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Le devoir
Quotidien montréalais indépendant et influent, qui informe rigoureusement et prend part aux grands débats de la société québécoise [...]

Fondé à Montréal par l'homme politique québécois Henri Bourassa, le quotidien Le Devoir paraît pour la première fois le 10 janvier 1910. Bourassa rassemble autour de lui une équipe de rédaction fort compétente. En font partie Olivar Asselin, Omer Héroux, Georges Pelletier, Louis Dupire et Jules Fournier.

Dès ses débuts, Le Devoir se veut patriotique et indépendant. Résolument catholique, il est partisan de la doctrine sociale de l'Église et appuie un encadrement catholique des mouvements associatif, syndical et coopératif. De tout temps, il défendra la place de la langue française et sera des débats sur la position constitutionnelle du Québec.

Au cours des années 1920, le catholicisme du directeur se dogmatise, ce qui rend plusieurs journalistes inconfortables, mais l'orateur demeure une figure très en vue qui permet au journal d'amasser des fonds. Grâce à lui, Le Devoir pourra toujours s'appuyer sur des donateurs privés, dont certains siègent à son CA. Des journalistes tels Fadette, Jeanne Métivier et Paul Sauriol y font leur marque à la fin de la décennie.

Proche des cercles intellectuels influents, Le Devoir a une vocation nationale. Une grande part de son tirage est tout de même acheminée dans les milieux ruraux. Le journal offrira d'ailleurs un vif appui à l'organisation de l'agriculture québécoise. Il ne pénétrera que tardivement, mais sûrement, le lectorat de la zone métropolitaine.

Au départ de Bourassa en 1932, Georges Pelletier prend la direction du journal. Un regard d'aujourd'hui sur l'époque des décennies 1930 et 1940 révèle une phase plutôt sombre, empreinte d'antisémitisme, le Juif représentant à la fois la cupidité du capitalisme et le péril athéiste lié au communisme.

Durant la Seconde Guerre mondiale, Le Devoir lutte contre la conscription et rapporte les injustices faites aux Canadiens français dans les corps militaires. Sur le plan politique, bien qu'indépendant, le quotidien appuie la fondation du Bloc populaire, parti nationaliste, et se rapproche parfois de l'Union nationale.

Gérard Filion prend la direction du journal en avril 1947. Il en modernise la formule et attire de solides jeunes collaborateurs, dont André Laurendeau, Gérard Pelletier et Pierre Laporte. Le journal prend alors définitivement ses distances de l'Union nationale, critiquant l'absence de politiques sociales, l'anti-syndicalisme et la corruption du gouvernement québécois, et dénonçant la spoliation des ressources naturelles.

À partir de 1964, le journal est dirigé par Claude Ryan, qui en base l'influence sur la recherche de consensus politique, entre autres sur les sujets constitutionnels. Sous sa gouverne, Le Devoir sera fédéraliste pendant la plus grande partie des années 1970.

Bien qu'il soit indépendant des milieux de la finance, Le Devoir est le quotidien montréalais qui accorde la plus grande place dans ses pages à l'économie, surtout à partir des années 1980. En 1990, l'arrivée de Lise Bissonnette à la direction redynamise la ligne éditoriale et le prestige du journal. Le Devoir appuie résolument la cause souverainiste.

Au XXIe siècle, sous la gouverne de Bernard Descôteaux, puis de Brian Myles, Le Devoir continue à informer les Québécois, à donner l'ordre du jour médiatique, à appuyer l'émergence des idées et à alimenter le débat social. C'est pourquoi il faut regarder ailleurs que dans ses données de tirage, relativement plus basses que celles des autres quotidiens montréalais, pour mesurer la force de son influence.

Sources :

BEAULIEU, André et Jean HAMELIN, La presse québécoise des origines à nos jours, Sainte-Foy, Presses de l'Université Laval, 1979, vol. 4, p. 328-333.

BONVILLE DE, Jean, Les quotidiens montréalais de 1945-1985 : morphologie et contenu, Québec, Institut québécois de recherche sur la culture, 1995.

LAHAISE, Robert (dir.), Le Devoir : reflet du Québec au 20e siècle, Lasalle, Hurtubise HMH, 1994.


Éditeur :
  • Montréal :Le devoir,1910-
Contenu spécifique :
Cahier A
Genre spécifique :
  • Journaux
Fréquence :
quotidien
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Références

Le devoir, 2009-08-24, Collections de BAnQ.

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AFGHANISTAN: ABDULLAH ACCUSE KARZAI DE TRUCAGE Page B 1 ?w vv w .I e (1 e v o i r.c o m ?LE DEVOIR V o i.C N " I !) I) ?L E L U N I) I 2 4 A O Û T 2 0 0 9 1,1 (( $ + r \ \ k s = 1.2 5 $ MUR DE FLAMMES AUX PORTES D’ATHÈNES tM-ii -, * LOUISA GOULIAMAKI AGENCE FRANCE-PHESSE LA LUEUR de vastes incendies faisant rage aux portes d’Athènes donnait hier matin un aspect inquiétant au paysage de l’Acropole.Attisés par des vents violents, les feux restaient menaçants hier soir, après avoir ravagé en deux jours des dizaines d’habitations et plusieurs milliers d’hectares de forêt.Des milliers de personnes ont dû fuir leur domicile menacé par les flammes, qui ont atteint les faubourgs nord de la capitale grecque.Ces incendies s’annoncent comme les plus graves depuis ceux d’août 2007, qui avaient fait 77 morts et détruit plus de 250 000 hectares.Cette nouvelle tragédie risque de donner le coup de grâce au gouvernement conservateur qui avait déjà été très affaibli par les manifestations et les émeutes de l’automne dernier.Nos informations en page A 4.UES 250 ANS DE LA HATAIIJ.E DES PLAINES D’ABRAHAM (2) 1759, «l’année des Anglais » Pas d’instabilité politique en cas d’élections, croit Ignatieff Une simple escarmouche de vingt minutes peut-elle avoir radicalement changé le destin d’un peuple?Deux siècles et demi après la bataille des plaines d’Abraham, les historiens ne s’entendent toujours pas sur l’importance de cette défaite historique.Evénement fondateur pour les uns, simple escarmouche sans conséquence pour les autres, la controverse bat son plein.Après avoir interviewé sur deux continents des historiens québécois, français et britanniques, Christian Rioux nous présente une série de trois articles, dont voici le second, sur cette période cruciale de notre histoire.CHRISTIAN RIOUX Cest pages ont été déchiré L’année des anglais.» Ainsi s’exprimait le curé de Ka-mouraska, Joseph Trutaut, pour expliquer à ses supérieurs l’absence des feuillets de l’année 1759 dans les registres d’état civil de sa paroisse.«On parle de l'année des Anglais exactement comme on parlerait de l’année des sauterelles ou d’une grande épidémie», dit l’historien Gaston Deschênes qui a justement intitulé son récit des destructions britanniques sur la côte sud L’Année des Anglais Un scrutin pourrait même être souhaitable pour le pays, a déclaré le chef libéral au Devoir GRAHAM HUGUES CANADIAN PRESS Michael Ignatieff en tournée dans les Cantons-de-l’Est la semaine dernière.ALEC CASTONGUAY Saint-Armand — Le chef du Parti libéral du Canada, Michael Ignatieff, estime que des élections fédérales cet automne ne provoqueraient pas une instabilité néfaste au Canada.Même s’ü affirme que sa réflexion sur le déclenchement d’élections est toujours en cours, il juge qu’un scrutin pourrait même être souhaitable pour le pays.Il affirme que le Canada a avant tout besoin d’un «bon gouvernement» en cette période économique.«Je ne 1e trouve pas actuellement», dit-il.Michael Ignatieff a rencontré Le Devoir en marge d’une activité partisane qui se déroulait au Domaine du Ridge, le vignoble de l’ancien député libéral Denis Paradis, à Saint-Armand, dans les Cantons-de-l’Est.Avec cette entrevue, le chef du Parti libéral du Canada (PLC) achevait une tournée de fieux jours dans le sud du Québec.Evidemment, la possibilité d’élections fédérales cet automne est sur toutes les lèvres à Ottawa.L’entente conclue entre Michael Ignatieff et Stephen Harper à la fin de la dernière session parlementaire, en juin, prévoit la tenue d’une journée d’opposition entre le 30 septembre et le 6 octobre.Le Parti libéral pourrait utiliser cette occasion pour déposer une motion de censure et ainsi renverser le gouvernement Dès le 18 juin dernier.Le Devoir ré-vêlait en manchette que Michael Igna- tieff avait donné le mot d’ordre à ses troupes d’être prêtes pour un scrutin qui aurait lieu le 9 ou le 16 novembre.Lors d'un caucus spécial à Ottawa en juin, le chef libéral avait expliqué à ses députés et à ses organisateurs que les chances de renverser le gouvernement dans la semaine du 5 octobre étaient fortes, mais qu’il allait prendre l’été pour y réfléchir.En entrevue, Michael Ignatieff soutient que cette réflexion n’est pas terminée.Mais il affirme dans un même élan que la performance du gouvernement depuis quelques mois «n’est pas géniale».D cite la coniusion et la précipitation autour de l’imposition d’un VOIR PAGE A 8: IGNATIEFF ¦ Ignatieff juge que l’industrie de l’amiante n’a aucun avenir, page A 4 L’ENTREVUE Le privilège de survivre À 91 ans, la neuropsychologue Brenda Milner a à peine ralenti le rythme VOIR PAGE A 8: 1759 MARK BLINCH REUTERS COUPE ROGERS Dementieva l’emporte sur Sharapova à Toronto ¦ À lire en page B 4 INDEX Annonces.B 6 Météo.B 5 Avis publics.B 2 Monde.B 1 Culture.B 8 Mots croisés.B 5 Décès.B (i Religions.B 6 Économie A 5 Sudoku.B 6 Éditorial .A 8 Télévision.B 7 Idées.A 7 JACQUF.S NADEAU LE DEVOIR La neuropsvchologue Brenda Milner dans son bureau rmn j* H'nm ét*H» •M*' *?*!*( • l #ll>« i U?Elle a reçu une vingtaine de doctorats honorifiques, une dizaine de reconnaissances nationales et internationales, et, en juin dernier, a été nommée grande offïcière de l’Ordre du Québec.Pour certains, Brenda Milner est à la neuropsychologie ce qu’était Pasteur à la bactériologie.À 91 ans, la chercheuse à l’Institut neurologique de l’Université McGill est surtout une mémoire vivante.Entretien.EISA MARIE G E R V AIS Le minuscule bureau faiblement éclairé de Brenda Milner est un joli désordre de livres empilés et de documents dans lequel la chercheuse semble se retrouver sans peine.Au milieu, assise sur une chaise qui lui semble inconfortable, la neuropsychologue qui a atteint l’âge vénérable de 91 ans répond avec une grande générosité aux questions de la journaliste, sans jamais perdre le fil.«J’ai la chance d’être en bonne santé.Ma mère est morte à 95 ans et elle a eu une vie beaucoup plus difficile que v T la mienne», raconte la chercheuse dans un français impeccable joliment teinté de son accent anglophone chantant.Menue et frêle, vêtue d’une jupe et d’un joli cardigan vert, Brenda Milner a l’élégance et la grâce dime reine anglaise, la douceur et l’amabilité de ce peuple auquel elle appartient, elle qui a vu le jour à Manchester en 1918.«Cest curieux, je voyage de plus en plus • • ! pour recevoir des prix, mais je suis aussi invitée à parler de l’histoire de la neuropsychologie, qui correspond à celle de pia vie ici au Québec», explique-t-elle.A l’automne dernier, elle était à New York pour donner une conférence sur son champ de recherche devant un auditoire bondé de jeunes et de moins jeunes.«L'Internet, c’est magnifique dans la largeur, on peut y trouver beaucoup de choses, mais peu dans la profim- t 1 deur du passé.Ijps nouveaux ne savent pas vraiment ce qui se passait avant, et c’est pour ça qu'on m’invite.Je suis la protagoniste de cette histoire.Cest un privilège de survivre.» Son père était critique musical et pianiste, sa mère était une jeune cantatrice, élève de son père.Ils n’ont eu qu’un seul enfant, Brenda, qui n’avait, insistât-elle, aucun penchant pour la musique.«Je n’ai pas d’oreille et j’aimais beaucoup trop les mathématiques», souligne Mme Milner.Elle est donc entrée en sciences à Cambridge, malgré un talent certain ]xmr les langues, notamment l’italien, qu’el-le a appris pour jxiuvoir lire Dante, et le français, quelle a découvert en lisant Flaubert et Stendhal et qui n’avait rien à voir avec celui que l’on parlait au Québec à son arrivée en 1944.«Je parlais comme un livre», dit-elle en riant, les yeux plissés.Coup du destin — et de la reine d’Angleterre qui envoyait au Canada des chercheurs à la demande de Mackenzie King — Brenda Milner a débarqué à Montréal en 1944.la Seconde Guerre mondiale faisait rage, et son mari, l’ingénieur Peter Milner, et elle devaient travailler au service de la Royal Air Force dans un laboratoire VOIR PAGE A 8: MILNER ) i i 77831302380035 I) E V 0 I K LE LUNDI A 0 U T 2 0 0 9 MONTREAL AVANT-APRÈS Quartier des spectacles en émergence, CHUM à édifier, échangeur Turcot à reconstruire, campus de Concordia redéployé, carrefour du Parc-des Pins enfin redessiné.Les projets qui refaçonnent le visage de Montréal ne manquent pas ces jours-ci.Mais, à toutes les époques, la ville s’est bâtie et rebâtie, faisant disparaître, bouger ou apparaître des repères visuels qui marqueront leur époque.Tous les lundis de l’été, un petit voyage photographique dans le passé vous en fera la démonstration.edgar gariepy, 1926, bibliothèque et archives nationales du Québec, Guillaume saint-jean Quelques pierres de taille provenant vraisemblablement de la direction du centre D'archives de quebec, collection initiale Aujourd’hui, la tour gothique a disparu sous la terrasse d’une tour font partie d’un muret érigé au bas de la pente, en bordure La tour de Trafalgar, sur le mont Royal, à Montréal, en 1926 résidence privée du chemin Trafalgar-Heights.de l’avenue Trafalgar.w jr-Vi V & É .r’ GUIL1JVUME SAINT-JEAN ^ -i v -J S mmm “'JL-.7 ¦ La tour de Trafalgar, ou la tour hantée de Montréal Alors que certains lieux de mémoire perdurent, d’autres sombrent rapidement dans l’oubli, si bien que, quelques années après leur disparition, plus personne n’en a le moindre souvenir.Occupant depuis plus de trois décennies une maison construite sur un terrain riche en histoire, le propriétaire lui-même ignorait, jusqu’à la visite du signataire de cette série, que s’y dressait autrefois une construction qui aura fortement influé sur la toponymie des environs.GUILLAUME SAI NT J EAN John Ogilvy, propriétaire d’une maison de ferme située à l’ouest du chemin de la Côte-des-Neiges, vouait une profonde admiration à Horatio Nelson, le célèbre amiral de la bataille navale de Trafalgar, qui eut lieu le 21 octobre 1805.L’année suivant la victoire de la flotte britannique, il fit dès lors ériger, sur sa propriété, une tour de pierre qu’il désigna par la suite sops le nom de Trafalgar.A l’image d’une pratique alors courante en Angleterre, soit celle d’ériger des monuments à la mémoire de prestigieux disparus, la tour de Trafalgar était pourvue à son sommet d’un petit canon dont on tirait quelques coups une fois l’an, à la date anniversaire de la bataille.Vendu par John Ogilvy en 1835, le terrain sera racheté de Mary Ann McGregor une décennie plus tard par Albert Furness.En plus d’y ériger sa résidence en 1848, celui-ci apportera quelques modifications à la tour.Avant cette seconde transaction, la tour gothique avait été laissée quelque peu à elle-même, et des signes de détérioration avancée lui donnaient alors un aspect sinistre.Cela ins- pira la plume de George Boucher de Boucherville qui écrivit un conte fantastique à son sujet en 1835.Dans ce texte écrit à la première personne du singulier, le narrateur expose le récit de son aventure en ces lieux.Etant allé s’y réfugier lors d’un violent orage après s’être perdu dans la forêt, ce dernier affirme y avoir entendu des bruits de pas, vu des traces de sang sur les murs et avoir senti une main glacée se serrer sur son cou.S'enfuyant de la tour à toutes jambes, il apprendra par la suite que celle-ci au-rait été le théâtre d'un double meurtre quelques années auparavant.Reproduit à maintes reprises dans diverses publications au cours des décennies suivantes, ce conte attisera pendant longtemps l’imagination populaire, si bien que la fiction se confondra par la suite avec la réalité.Vu les nombreux témoignages d’événements surnaturels racontés par des gens qui sont entrés à l’intérieur de ses murs, la tour sera reconnue au début du XX1 siècle par bon nombre de Montréalais comme étant la tour hantée.On ignore quand au juste la tour a été démolie, mais le terrain où elle se trouvait est occupé depuis 1955 par une résidence unifamiliale située au 3134 du chemin Trafalgar-Heights.Et bien qu’aucune trace de la tour ne subsiste au sommet du terrain escarpé où elle se trouvait autrefois, quelques pierres de taille provenant vraisemblablement de cette structure font maintenant partie d’un muret érigé au bas de la pente, en bordure de l’avenue Trafalgar.Symbole d’une victoire britannique sur la flotte franco-espagnole puis représentation d’un lieu maudit, la tour de Trafalgar aura en outre marqué l’histoire de Montréal en laissant son nom à de nombreuses propriétés et voies de circulation avoisinantes.Collaboration spéciale t ROLEX LADY OYSTER PERPETUAL EN ACIER ET OR GRIS 18 CARATS /Ai/ ouragan Bill ne semblait ’ pas avoir causé autant de dommages que prévu lorsqu’il a touché, hier, la côte atlantique de la Nouvelle-Ecosse.Rétrogradé en catégorie 1, il a toutefois occasionné de fortes pluies, des vents violents, des coupures d’électricité et a également forcé l’annulation de plusieurs activités, ainsi que certains vols dans la région.De plus, des branches d’arbres ont été arrachées à Halifax et ailleurs dans la province, où plusieurs inondations localisées ont également été signalées, hier soir.Le Centre canadien de prévision des ouragans a déclaré que Bill devrait être rétrogradé au rang de tempête tropicale lors de sa progression au-dessus des eaux plus froides de Terre-Neuve.Hier, il semblait en fait que le plus gros problème occasionné par l’ouragan Bill aurait été les maux de tête que plusieurs badauds ont donnés aux autorités en voulant observer de près le PAUL HARROW REUTERS À Cow Bay en Nouvelle-Ecosse, des badauds observent les énormes vagues provoquées par l’ouragan Bill, rétrogradé en catégorie 1.phénomène météorologique en dépit des avertissements leur enjoignant de s’éloigner des côtes.La ministre responsable des mesures d’urgence de la Nouvelle-Ecosse, Ramona Jennex, a quant à elle affirmé que les résidants de la province semblaient avoir pris les mesures appropriées.Hier après-midi, l’œil de l’ouragan était situé à environ 640 km de Terre-Neuve et se déplaçait en direction du nord-est à 56 km/h, avec des vents pouvant atteindre 120 km/h.On s’attend à ce qu’il cause encore des dégâts aujourd’hui, en provoquant des chutes de pluie abondantes (jusqu’à 20 centimètres) et des vagues pouvant atteindre dix mètres.Malgré tout, le premier ouragan de la saison a causé plus de peur que de mal: aucune victime n’est à déplorer au Canada.Aux Etats-Unis, plusieurs personnes portées disparues ont toutes été retrouvées hier dans l’État du Maine après avoir été emportées par une grosse vague consécutive au passage de Bill, sur une plage du parc national d’Acadia.Mais l’alerte a été levée sur les côtes du Massachusetts et sur l’île de Martha’s Vineyard, où le président Barack Obama est arrivé dans la journée d’hier pour quelques jours de vacances en famille.Bill a en effet contraint le chef de la Maison-Blanche à reporter son arrivée de quelques heures, mais toute la famille présidentielle est arrivée hier pour prendre pour prendre quelques jours de repos dans une luxueuse maison.Le Devoir Avec l’Agence France-Presse, Associated Press, La Presse canadienne et Reuters Sondage La Presse canadienne-Harris-Decima L’environnement tient à cœur aux Canadiens JULIAN BELTRAME Ottawa — Les Canadiens ne veulent pas que les gouvernements se servent de la récession pour réduire leurs efforts pour protéger l’environnement et combattre le réchauffement climatique, indique un sondage.Le sondage La Presse canadienne-Harris-Decima révèle que, sur cette question clé, 67 % des répondants estiment que l’environnement et les problèmes économiques ont une importance égale.Et seulement 26 % des répondants croient qu’au conü aire, l’environnement devrait passer au second plan.Ces opinions sont généralement partagées au sein de la population canadienne, et ce, peu importe le sexe, le revenu annuel, l’affiliation politique ou le lieu de résidence.Toutefois, les hommes, les partisans conservateurs et les Canadiens vivant dans l’ouest du pays ont tendance à dire que l’économie est prioritaire.Cependant, même parmi les Canadiens affiliés au Parti conservateur, une majorité de 53 % d’entre eux pense que l’éco- nomie ne devrait pas prendre le pas sur l’environnement.De plus, une majorité des répondants estime que le gouvernement n’en fait pas assez pour l’environnement, et 74 % d’entre eux croient que les mesures prises par Ottawa à ce sujet ne vont pas assez loin.Le vice-président de la firme de sondage Harris-Decima, Jeff Walker, affirme que les résultats sont surprenants puisque, normalement, en temps de crise économique, les enjeux qui n’y sont pas liés sont souvent mis en veilleuse.Le sondage, réalisé grâce à une enquête téléphonique omnibus, a été effectué auprès de près de 1000 Canadiens dans la dernière semaine du mois de juillet.Sa marge d’erreur est de 3,1 points de pourcentage, 19 fois sur 20.L’enquête révèle également que les Canadiens sont plus nombreux à vouloir protéger l’environnement puisque 73 % des personnes interrogées disent faire plus de gestes en faveur de l’environnement qu’il y a un an.La Presse canadienne UN BLOGUE COLLECTIF DES JOURNALISTES DU DEVOIR CARNETSDUDEV0IR.COM « L E I) E V 0 I R .L E L l! N I) I 2 I A 0 I1 T 2 (I 0 9 A r> ECONOMIE PORTRAIT Cycles Devinci : le salaire de la ténacité Malgré des débuts difficiles, Félix Gauthier a réussi à décrocher le contrat des Bixi.Prochaines étapes: Boston et Londres.CLAUDE TURCOTTE Cycles Devinci, c’est beaucoup l’histoire de vélos qui viennent de loin, sur lesquels deux étudiants ont commencé à «pédaler» en 1987 à Chicoutimi.Félix Gauthier, un jeune entrepreneur de 26 ans, a pris le relais en 1990 sur une route où les vents contraires étaient beaucoup plus forts qu’il ne s’y attendait.La ténacité, qui lui a fait surmonter tous les obstacles, lui aura permis aussi d’obtenir le contrat pour la fabrication du Bixi, ce vélo urbain qui, après avoir séduit Montréal, est en voie de conquérir d’autres clientèles ailleurs dans le monde.Félix Gauthier se souvient fort bien de ses débuts comme propriétaire de Cycles Devinci à l’automne 1990.Cette firme avait été fondée par deux étudiants, l’un en génie mécanique, l’autre en design industriel, qui tous deux avaient une passion pour le vélo, pour les outils et pour l’aluminium, un métal qui ne se corrode pas, qui est très malléable et qui est «un mythe» dans la région du Saguenay où Alcan est installée depuis longtemps et contribue grandement à l’économie locale.Pour sa part, le jeune Gauthier s’intéressait davantage à l’immobilier.Après le décès de son père, qui lui a laissé «des sous en héritage», il acquiert une participation de 50 % dans Cycles Devinci.«Sans savoir dans quoi j’embarquais, j'ai frappé un mur en béton armé», raconte-t-il.Au moment de l’acquisition, il savait que cette petite entreprise était fort mal en point et qu’elle n’avait plus de clients, et aucun employé.Six mois plus tard, il devait apprendre que 800 cadres de vélos qui avaient été vendus antérieurement présentaient un défaut de fabrication et que sa compagnie en était responsable.L’abandon pur et simple aurait pu être une solution bien compréhensible, mais la fierté l’a emporté.M.Gauthier a fait appel au Centre de recherche d’Alcan, où on lui a expliqué que le traitement thermique des pièces d’aluminium à souder ensemble avait été mal fait.Il y avait une recette précise à suivre, ce qui requérait un four d’une valeur de 100 000 $.«A défaut d’avoir l’argent, on l’a fabriqué nous-mêmes, nous avons restructuré notre procédé de fabrication et tous les cadres défectueux ont été remplacés.» Pour le nouveau propriétaire, c’était une question d’honneur: il a préféré prendre des garanties financières personnelles pour respecter les clients qui avaient fait l’achat de vélos de luxe.«Mon comptable m’avait dit de tout laisser tomber, j’ai changé de comptable», ajoute-t-il.A partir de 1993, M.Gauthier a commencé à monter un réseau de distribution au Québec avec un noyau d’une douzaine de détaillants à Rimouski, Québec et Montréal, mais n’étant pas prophète en son pays, il n’a trouvé aucun détaillant au Saguenay.Il lui a fallu surmonter toutes sortes de défis, entre autres celui d’importer des composantes, des moyeux du Japon, des jantes de France, etc.L’assemblage se faisait à Chicoutimi.En 1993, le chiffre d’affaires était de 370 000 $, avec une progression constante chaque année pour en arriver à 1,8 million en 1996 par la vente de 1300 vélos.«On doit se refaire tous les ans pour présenter nos produits dans les salons spécialisés.On prend les commandes, et après on fabrique».Cycles Devinci produit des vélos pour ses propres marchés, mais il en a fait aussi pour d’autres compagnies à Toronto et Montréal.Construire un vélo «instrumenté» En 1995, il a racheté la participation du fondateur, même si les marges de profit étaient minces.«Il faut respecter les règles du marché en espérant que ça va fonctionner», se disait l’entrepreneur.Alors qu’il était encore traumatisé par sa mauvaise expérience du début, sa préoccupation pour la solidité de la structure des vélos l’a incité à mettre en place une division de recherche et développement.Jusque-là, on mettait des modèles théoriques dans les logiciels de simulation, mais «les résultats étaient assez aléatoires».Avec l’aide du Centre québécois et de développement Félix Gauthier, propriétaire de Cycles Devinci, dans son usine de Saguenay avec un Bixi version brute.PHOTO FOURNIE PAR DEVINCI «Mon comptable m’avait dit de tout laisser tomber, j’ai changé de comptable » de l’aluminium, il a pu établir un partenariat avec le département de génie acoustique de l’Université de Sherbrooke en vue de faire «un vélo instrumenté».Des capteurs sont installés à plusieurs endroits sur un vélo, lesquels fournissent des données sur les charges de la structure.Cela a permis de pousser les limites de la résistance et de la durée de vie de l’aluminium.S’appuyant sur de telles informations techniques, M.Gauthier pense que la durée de vie d’un Bixi serait de 15 ans.«Je voulais conquérir le monde», lance cet entrepreneur avant d’avouer qu’il a perdu 1,2 million en frais de vente en parcourant les salons aux Etats-Unis pendant cinq ans.«Le réseau canadien supportait ça.Nous avons révisé notre stratégie en voulant devenir une meilleure compagnie canadienne par les prix, les produits et le service après-vente.Nous avons pris de la maturité.Notre attitude est de voir les détaillants comme une grande famille.» Il faut offrir une diversité d’approvisionnement et de fabrication.Les prix des vélos qu’il vend varient entre 500 $ et 9000 $.Des vélos pour la route, pour la montagne et des vélos hybrides.Cette année, il offre 70 modèles différents.Cette entreprise crée 55 emplois sur une base annuelle, et jusqu’à 80 en période de pointe.L’an dernier, son chiffre d’affaires a dépassé les 10 millions, provenant de la vente de 20 000 vélos, soit 10 000 assemblés dans l’usine de Saguenay et 6000 importés.Le marché est à 95 % canadien, dont un peu moins de 40 % au Québec.Et cette année?Il y aura encore la vente de 20 000 vélos, plus 8500 Bixi.Et le chiffre d’affaires?«Plus de 10 millions», répond M.Gauthier, tenu au sceau de la confidentialité en ce qui concerne le contrat de Bixi, qui relève de la société en commandite Stationnement de Montréal.Monter 8500 vélos Bixi représente 17 emplois à temps plein pendant un an pour cette PME du Saguenay, à qui il faut quatre heures pour assembler un tel vélo, sur lequel son nom n’apparaît pas.Cela assure quand même à Cycles Devinci une grande visibilité et des contrats nouveaux, pour l’instant à Londres et à Boston.En tout cas, il se dit très fier de voir ces vélos circuler dans les rues de Montréal.Le seul problème qu’il a trouvé dans les Bixi en service a été le panier qui, au départ, avait été conçu pour supporter un poids de 8 kg.On a modifié le panier pour qu’il supporte une charge de 16 kg.Michel Dallaire, qui a été architecte et maître d’œuvre de Stationnement de Montréal pour le projet Bixi, confirme que la société a choisi cette entreprise pour la fabrication du vélo nouveau parce que celle-ci avait l’expertise, l’expérience, les ingénieurs et les équipements nécessaires pour le faire et pour assumer les responsabilités, les exigences et les garanties demandées par les clients.Il souligne que plusieurs autres entreprises contribuent au succès du projet, notamment les Industries Fournier et GIF Métal de Thetford Mines.8D Technologies et Moltec de Montréal.M.Dallaire revient à peine d’une visite de deux jours à Londres où le Bixi a trouvé preneur.Quelques modifications y seront apportées.On inversera les freins, ce qui implique aussi un changement dans les câbles.Il y aura aussi des couleurs et un traitement graphique différent de SOURCE DEVINCI Les prix des vélos vendus par Cycles Devinci varient entre 500 $ et 9000 $.ceux du modèle montréalais.En revanche, à Boston on adopte le Bixi de Montréal tel qu’il est.Enfin, au cours des quatre derniers jours, le Bixi a été en démonstration au cœur de la ville de New York, sur lie de Manhattan.Le Devoir Contraste marqué entre le prix du pétrole et celui du gaz naturel MARINE LAOUCHEZ New York — Les prix du gaz ont chuté à leur plus bas niveau en sept ans la semaine dernière aux États-Unis en raison d’une offre surabondante sur le continent américain, un fort contraste avec le pétrole dont les prix flambent à nouveau.Le coup fatal a été porté par le rapport hebdomadaire sur l’état,des stocks de gaz naturel aux États-Unis, publjé jeudi par le département à l’Énergie: le prix du contrat de référence est alors tombé sous les 3 $ à la clôture face à une nouvelle hausse de§ réserves.A 2,945 $ par MBTU (million d’unités thermales britanniques; 1 MBTU égale 27,6 mètres cubes), les prix ont enfoncé un plancher symbolique qui tenait depuis 2002.Ds sont bien loin des records de juillet 2008, lorsqu’ils avaient atteint 13,57 $ par MBTU.La différence entre les prix du gaz et ceux du pétrole n'a jamais été aussi élevée: le baril de light sweet crude évoluait vendredi à son plus haut niveau depuis octobre, touchant plus de 74 $, soit deux fois plus qu’au mois de février.A la différence de l'or noir, le gaz n’est pas facilement transportable, bien qu’un peu plus sous sa forme liquide (GNL, gaz naturel liquéfié).Son marché est sensible à des facteurs différents de ceux du pétrole, notamment des facteurs régionaux, alors que celui du pétrole est plus mondialisé.«Parce que le marché améri- cain est essentiellement national, il est moins influencé par la valeur du dollar, les échanges internationaux et les cours du fret», explique Phil Flynn, de PFG Best Research.Or, l’affaiblissement marqué de la monnaie américaine, la demande en provenance d’Asie et la baisse des prix du transport du pétrole se sont révélés positifs pour l’or noir ces derniers mois.Les prix du gaz à New York reflètent eux la situation du tparché nord-américain.Or aux États-Unis «les stocks de gaz naturel sont à des niveaux records, si bien que la tendance à la baisse a envahi les marchés du gaz», expliquent les analystes d'UBS dans une note.Par contraste, les prix du gaz sont plus élevés en Europe, in- fluencés en grande partie par les aléas d’approvisionnement du marché par la Russie, qui fournit un quart de la consom- mation de la région.«La demande est tellement faible et l’offre si abondante que les installations de stockage sont bondées», ajoute John Kilduff de MF Global.«Les producteurs américains ont diminué le nombre d'installations de forage pour les nouvelles sources de gaz de plus de moitié depuis septembre 2008, mais la production des installa- tions existantes continue d'augmenter», poursuit Paul Dales, de Capital Economies.La consommation, elle, a fortement baissé, «en particulier chez les clients industriels», conséquence de la récession, ajoute l’analyste.S’ajoute à cela un été plutôt doux, qui réduit les besoins en gaz pour la production d’électricité nécessaire aux climatiseurs.Autre élément clé, qui s’inscrit dans le long terme, la découverte de nouvelles techniques dites «non conventionnelles» pour extraire le gaz naturel des sous-sols américains: le gaz extrait du schiste devrait peser sur les prix un long moment.Selon le rapport annuel sur l’énergie du géant pétrolier BP, la production de gaz aux États-Unis a crû de 7,5 % en 2008, soit «10 fois plus que la moyenne des dix années précédentes, et la plus forte croissance en volume jamais enregistrée».L«exeès» actuel «était considéré comme inimaginable il y a à peine cinq ans, lorsque le monde pensait que la production américaine de gaz avait atteint un pic», rappelle Phil Flynn.Il reste tout de même un espoir de retournement du marché, selon les analystes: la différence de prix entre le gaz et le pétrole pourrait, à terme, tourner en faveur du premier.Agence France-Presse «La demande est tellement faible et l’offre si abondante que les installations de stockage sont bondées» L E I) E V OIK, LE LUNDI 2 I A O Û T 2 0 0 !) A (j EDITORIAL Rentrée scolaire Sus à la morosité ! Pendant que parents et enfants, fébriles, mettent la dernière main aux préparatifs annonçant la rentrée scolaire, la classe politique s’affaire à chloroformer une part de l’enthousiasme lié à cette saine agitation en brandissant — encore! — le spectre du décrochage scolaire.DI est essentiel d’en parler, assurément.D’affligeantes statistiques, selon lesquelles le tiers de nos élèves quittent l’école sans diplôme, suffisent à le rappeler.Parti québécois et Action démocratique du Québec ont profité récemment de leur respective grand-messe pour claironner que le décrochage était un «drame national» (Pauline Marois) et que la réforme de l’éducation ne préparait pas «les jeunes à la vie» fie can-_____________didat à la direction de l’ADQ, Éric Caire).Lancinant et douloureux message de la rentrée.Un tonifiant avec ça?En faisant de la réussite à l’école un thème de première importance, les partis d’opposition non seulement ont l’intérêt des élèves à cœur, mais ils jouent surtout de l’archet politique, sachant fort bien que la ministre de l’Éducation, Michelle Courchesne, doit révéler sous peu un très attendu plan d’action pour combattre le décrochage.Si nécessaires soient-elles, ces secousses politiques occultent une part essentielle du recommencement scolaire, qui concerne à la fois les enfants, les parents et la direction d’une école, son personnel de soutien, les enseignants et les professionnels qui y déambulent: l’emballement pour la reprise de l’école, la douce ivresse et la trépidation des premiers temps, l’envie de faire d’un dossier vierge une possible histoire à succès.La morosité, qu’on se le dise, se marie mal à l’ardeur et au zèle.Justement: pour contribuer à l’enthousiasme de la rentrée, les curieux et les optimistes voudront feuilleter une étude tout juste publiée par le C.D.Howe Institute sur les facteurs de succès à l’école.Déboulonnant les mythes, le professeur d’économie David Johnson, de la Wilfrid Laurier University, y soutient que le milieu socio-économique d’un élève et la scolarité de ses parents ne peuvent à eux seuls prédire ses chances de réussite.Voguant à contre-courant, l’auteur a remonté la filière des résultats des écoles publiques de l’Ontario pour comprendre que les individus croisés sur la route de l’enfant faisaient toute la différence, peu importe le milieu: un bon prof, un directeur dynamique, un surveillant disponible, une psychologue à l’écoute.Ainsi, une école d’Oshawa qui, selon les critères habituellement observés, aurait dû obtenir des performances bien en deçà de la moyenne nationale obtint une cote vraiment supérieure, ce qui força les observateurs à ausculter ses manières de faire.Au nombre des formules inédites imaginées par une direction pour voguer contre l’échec, celle-ci, lumineuse: faire du professeur d’éducation physique, chouchouté par les élèves, également le responsable de la bibliothèque, plaçant dans l’esprit des jeunes la lecture d’un livre au même glorieux rang qu’un après-midi au gymnase.Cette analyse prend le revers du désenchantement ambiant, souligne les efforts de certains individus avec certains enfants dans certaines écoles, révèle les succès, déterre les faux pas.Elle montre surtout que les programmes miracle appliqués à l’ensemble d’une population sans distinction ne tiennent pas compte de l’essentiel: que des êtres humains, appelés à faire, pour le meilleur ou pour le pire, toute la différence dans la vie d’un enfant, en seront les premiers maîtres.machouinard@ledevoir.com Marie-Andrée Chouinard Évasion fiscale L La carte d’UBS e voile qui entourait le secret bancaire s’effiloche quelque peu.Après l’accord historique passé entre les États-Unis et la Suisse, sur fond d’Union des banques suisses (UBS), des mandarins de l’Agence canadienne du revenu s’apprêtent à amorcer des discussions avec UBS consacrées aux citoyens canadiens suspectés d’avoir camouflé des millions de dollars de leurs revenus.Quoi d’autre?Dans le courant de la semaine, Français et Suisses vont signer un traité de coopération favorisant un échange d’informations considérées jusqu’ici comme délicates après que le Liechtenstein et le Royaume-Uni eurent signé le leur.S’il est prématuré de claironner la mort du secret, celui-ci n’en est pas moins ébranlé.Revenons à UBS.Au cours des prochaines semaines, le plus puissant des établissements suisses va communiquer les noms de 4400 Américains ayant «planqué» 18 milliards dans ses coffres.C’est moins, beaucoup moins que les 15 000 souhaités, mais grâce à cette liste, une officine du revenu des Etats-Unis peu connue du grand public — l’Offshore Identification Unit — va pouvoir affiner, compléter la carte de l’évasion fiscale qu’elle compose depuis des mois.Qu'on se le dise: cette carte est devenue le cauchemar des avocats, courtiers et autres intermédiaires qui sont les principaux acteurs, les mécanos de la fraude fiscale.Car l’impôt américain ainsi que le ministère de la Justice entendent remonter tout le réseau de professionnels gravitant autour de la planète UBS.Non seulement ça, mais ils se promettent de partir à la chasse aux boutiques financières qui s’étaient greffées à UBS.Enfin, ils se sont dits d’ores et déjà en mesure d'attaquer un autre mastodonte de la place suisse: Crédit suisse.Rien de moins.Outre le fait que cette carte inquiète de riches Américains et les métiers qui font leur miel du détournement d’impôt, elle est propre à causer des maux de tête aux Canadiens, aux Britanniques, aux Français et autres ennemis de l’impôt.En effet, entre les ententes établies entre membres de l’OCDÈ, les traités bilatéraux et les récents engagements pris lors du sommet du G20 à Londres au printemps dernier, les limiers américains vont fournir à ces pays une foule d’informations, certaines ayant déjà été acheminées à qui de droit.L’objectif du combat amorcé par les administrations nommées en collaboration avec le FBI est double.À court et à moyen terme, les États-Unis souhaitent rapatrier les 100 milliards qui, selon la Banque mondiale, ont été disséminés dans les paradis fiscaux et traduire devant les tribunaux tous ceux et celles qui ne se seront pas inscrits au «programme de dénonciation volontaire».A long terme, ils voudraient présider à la mise en berne du secret.C’est du moins ce que les autorités affirment.Mais comme il y a loin de la coupe aux lèvres, comme cette histoire n’est pas exempte d’hypocrisie, on peut douter de leurs intentions.À preuve, et sans parler de la complaisance manifestée à l’égard des îles Caïmans et des îles Vierges: l’Etat du Delaware, où les sociétés bénéficient d’une taxe fixe au montant ridicule.Serge Truffaut LE DEVOIR FONDÉ PAR HENRI BOURASSA LE lO JANVIER 1910.FAIS CE QUE DOIS Directeur BERNARD DESCÔTEAUX Rédactrice en chef JOSÉE BOILEAU Vice-présidente, finances et administration CATHERINE LABERGE Directeur de l'information ROLAND-YVES CARIGNAN Directeurs adjoints de l'information PIERRE BEAULIEU, LOUIS LAPIERRE, JEAN-FRANÇOIS NADEAU Directeur artistique CHRISTIAN TIFFET Directrice, ventes publicitaires MANON BÉLAND REPRISE ' m:.LA BAÎAÛLé StKA fMf „ ISt AWÎ to* w» ,',g5 '0V17 LETTRES L’autre comme soi Lorsque quelqu’un vous aborde dans la rue, faites-vous la sourde oreille tout en continuant votre chemin?Un homme en chemise bleue, pantalon sable, loafers aux pieds vous demande l’heure, avenue Bernard à l’ouest de l’avenue du Parc: vous entendrez sa demande, vous lui direz donc l'heure, car si vous n’avez pas de montre, votre téléphone portable est toujours sur vous.En sortant du bureau, vous tombez sur une famille mexicaine en vacances (ils ont eu leur visa à temps) qui cherche le «Montréal souterrain».Vous souriez et leur désignez l’entrée du métro McGill, eh oui, c’est ça.Vous embarquez dans votre voiture.Arrivé à la maison, vous constatez, votre douce moitié vous le fait remarquer, que vous étiez chargé des filets de saumon soc-keye.Vous vous rendez donc à la poissonnerie avenue du Parc.En sortant de celle-ci, un être hirsute et sale vous demande d’une voix nasillarde et insistante si vous pouvez l’aider.Vous continuez votre chemin, sans lui répondre, ni le regarder.Pourquoi?Cela fait un temps que j’observe la chose, j’en ai même accosté quelques-uns, curieux de savoir pourquoi ils ignorent ceux qui ne sont pas de leur tribu, pourquoi ils ne sont pas capables de reconnaître la présence d’un autre être humain, qui leur parle de surcroît La réponse de ces hommes et de ces femmes est risible, ils ne l’avaient pas vu ou autres vétilles; ils cafouillent, certains s’offusquent, soudain démunis devant leur grotesque.Pourquoi ces bourgeois d’un certain âge, professionnels, prospères normatifs (l’ac- L coutrement, la voiture, le lieu de résidence), car se sont exclusivement eux que j’ai vu agir de la sorte, ne sont-ils pas capables d’expliquer leur non-reconnaissance d’une partie de la population?Sont-ils en autarcie?Ont-ils peur de la différence?H n’est pas ici question de donner de l’argent ou de la nourriture à qui que ce soit, n’allons pas trop vite.Il s’agit seulement de reconnaître la présence d’une personne qui nous adresse la parole, de la regarder et de lui répondre, ne serait-ce qu’un simple NON.C’est possible, Mesdames Messieurs, je le fais plusieurs fois par jour.Dites-moi, êtes-vous lâches à ce point?Martin Beaulieu Montréal, le 20 août 2009 Lamontagne accouche d’une souris! Le texte de Christian Lamontagne, «Pour /’aggiornamento du Québec», publié dans Le Devoir du 19 août, ne convaincra personne, pour la bonne raison qu’il n’a aucun destinataire! Son aggiornamento du Québec ou la mise à jour de la question nationale québécoise, dont il s’imagine peut-être qu’il est le premier à avoir lancé l’idée, ne peut pas s’adresser à un lieu physique, à un lieu géographique.Alors, est-ce auprès des membres du Parti québécois qu’il pense trouver une oreille ouverte à sa proposition?Et croit-il que la direction de ce parti est mûre pour accepter une révision complète de son programme?Sinon, qu’espère-t-il des nationalistes, qu’ils soient d’obédience indépendantiste, souverainiste ou autonomiste?Et si ce n’est pas seulement vers eux qu’il se tourne, a-t-il l’intention d’en demander autant au camp adverse?Au camp fédéraliste?IB RE OPINIO Considère-t-il que les partisans de cette option sont capables eux aussi d’envisager une remise en question de leur credo?Ce goût du consensus social (nous sommes tous dans le même engin à flotter dans le même univers) caché derrière ces appels répétés à la mobilisation, au change-ment, au mouvement malgré ses bonnes intentions, ses vœux pieux, sa logique de parangon de vertu, n’a jamais relevé que d’une longue lassitude, d’une terrible fatigue intellectuelle, d’un esprit défaitiste.Combien de fois faudra-t-il le dire: l’indépendance du Québec n’est pas qu’un simple article (même quand il en est prétendument le premier) d’un programme politique.La question nationale ne se résoudra pas d’elle-même, parce qu’on est tarmé d’en parler ou parce qu’il y a d’autres questions à régler, plus importantes ou plus urgentes.Il ne suffira pas de faire un X à côté d’un «OUI» pour voir le Québec devenir un pays indépendant II s’agit ni plus ni moins que d’une guerre.Tantôt larvée, tantôt violente.Le nationalisme mue et remue à travers les époques, quand l’identité d’un peuple ou d’une nation est en jeu.La question n’est pas tellement de savoir si la souveraineté se fera un jour ni s’il faut toujours continuer à croire qu’elle se réalisera; la question est simple: faut-il abdiquer?Faut-il cesser la guerre?Faut-il faire la paix?Dans ces conditions, que resterait-il à négocier?La négociation serait-elle seulement possible?Si l’on acceptait de faire partie définitivement du Canada, la question nationale serait-elle réglée?La guerre ne prendra pas fin grâce à un aggiornamento.Elle finira quand les Québécois et les Canadiens en auront assez de la faire.Ce jour-là, le fait français en Amérique aura eu sa chance, mais survivra-t-il?Denis Christian Morin iMvaltrie, le 18 août 2009 N L’anglo de Saint-Pierre EAN HIGGINS Journaliste qui vient de.terminer un cours intensif de français à l’Université McGill Que dois-je faire pour persuader les Québécois francophones de parler en français lorsque je m’adresse à eux?Même si c’est, dans la plupart des cas, une politesse, il devient gênant pour un Anglo qui vient de finir un cours de français de plus haut niveau, quand il essaye d’utiliser la langue nationale du Québec, de constater qu’un francophone lui réponde en anglais.Je suis tout à fait d’accord avec ceux qui dénoncent le fait qu’il existe plusieurs entreprises sur le Plateau Mont-Royal, à Montréal, où on ne peut pas être servi en français, car le propriétaire ou les employés ne le parlent pas.Mais il est ironique qu’un anglophone soit dérangé par cet illogisme.Pour échapper à mon agacement, j’ai développé quelques tactiques.L’une d’entre elles est très simple: je continue mon boniment en français, quoi qu’il arrive.Par exemple, l’autre jour, je suis allé au bureau de la Régie de l’assurance maladie du Québec, afin de renouveler ma carte, après avoir vécu trente ans en Australie.J’ai commencé à parler en français, mais la dame m’a répondu en anglais.J’ai fait semblant de n'avoir entendu que du français.C'était une petite victoire: elle a finalement daigné me parler dans la langue nationale.«Est-ce que vous avez un bail?», m’a-t-elle demandé.«Je ne sais pas, Madame.Attendez, je vais consulter Le Petit Robert pour trouver le mot “bail”.Le voilà! Oui, bien sûr, Madame, j’ai un bail.» Comme journaliste, je tiens au principe qu’il faut gêner les fonctionnaires le plus souvent possible, et c’était amusant de déranger cette femme ayant une fonction officielle.J’ai fait la même chose quand je suis rentré une fois de New York.A l’aéroport Pierre-Elliott-Trudeau, j’ai insisté pour parler avec les agents de l’immigration en français.Alors, ils m’ont emmené dans une salle d’interrogatoire et m’ont cuisiné pendant une heure, mais, à contrecœur, en français, la langue nationale du Québec.Mais cette tactique est un tantinet trop agressive pour la soutenir dans la vie quotidienne.J'ai donc expérimenté d’autres stratégies.Quand, dans un dépanneur, par exemple, on m’a répondu en anglais, j’ai dit: «Désolé, Monsieur, mais je ne parle pas très bien l’anglais, car je viens d’Ukraine.» C’était efficace, parce que rares sont ceux qui connaissent l’accent ukrainien.Aussi, en comparaison avec les Hollandais ou les Suédois, par exemple, il est crédible — grâce à la loi 101 — qu’un Ukrainien parle le français, mais pas l’anglais.Triste, mais personne n’a poussé la conversation pour me demander: «Comment c’est la vie en Ukraine?» Donc, j’ai trouvé une autre stratégie, beaucoup plus satisfaisante.«Désolé, Mademoiselle, mais je ne parle pas très bien l’anglais; je viens de Saint-Pierre et Miquelon.» Je crois que cela va être plus utile pour développer des conversations avec les Québécois et Québécoises francophones dans les bars.«Bien sûr, Mademoiselle, c’est un accent très étrange.Vous savez, nous descendons des Basques et des Bretons.» (J'ai trouvé cette explication sur Internet.) «Donc, Mademoiselle, même les Français de la métropole trouvent que c’est un accent bizarre.» D’ailleurs, si on fait une erreur grammaticale, et que la Québécoise me corrige, on peut dire: «Mademoiselle, je trouve ça très intéressant; nous devons avoir quelques nuances en grammaire qui sont uniques à Saint-Pierre et Miquelon.» J’ai l’intention de traîner avec moi un exemplaire du Monde, pour l’emporter aux bars, et — si j’en trouve un — un livre concernant Saint-Pierre et Miquelon avec beaucoup de grandes illustrations, pour rendre mon histoire plus crédible.Comme ça, je pourrais aussi dire: «Alors, Mademoiselle, peut-être voudriez-vous me rendre visite pour voir cette excellente description de ces belles îles françaises où je vis?Je me présente: je m’appelle Alexis de Tocqueville.» Tout simplement — il faut le dire — pour pratiquer la langue nationale. L K l> E V 0 I R , I, K LUNDI 2 t A 0 1! T 201)^ A 7 I DEES Changement de nom de la rue Amherst Mièvre lutte pour transformer l’histoire PEDRO RUIZ LE DEVOIR: Jeffrey Amherst, officier anglais que l’on a honoré en donnant son nom à une rue de Montréal, a tenu des propos soutenant l’extermination des Amérindiens.1 ||« » ISSill WêÊL mm.FABIEN LOSZACH Doctorant en sociologie de l’UQAM e débat revient de manière L cyclique: faut-il débaptiser les rues honorant un personnage historique que notre modernité ne trouve plus honorable?La question refait surface après que le conseiller municipal indépendant Nicolas Montmorency a déposé deux motions au greffier de la Ville de Montréal: l’une visant à franciser le nom des rues de la ville, l’autre à renommer «la rue Amherst avec un nom plus respectueux de son histoire ainsi que des diverses communautés qui habitent son territoire».Pour ce dernier, c’est avant tout une question de valeur: il «est tout à fait inacceptable qu’un homme ayant tenu des propos soutenant l’extermination des Amérindiens soit honoré de la sorte».Pourquoi Amherst ?Jeffrey Amherst (1717-1797) était un officier anglais.En 1758, il prit la forteresse de Louis-bourg aux Français avant de rejoindre James Wolfe pour la prise de Québec.Malheureusement, Amherst arrive trop tard et manque la bataille.En 1759, il est nommé commandant en chef des forces britanniques en Amérique du Nord et, par là même, chef des treize colonies britanniques.Après un an de préparation, il termine le travail entrepris par Wolfe et Monckton à Québec et prend Montréal mettant fin, par la même occasion, à la présence française en Nouvelle-France (mais pas en Amérique du Nord).La victoire anglaise bouleversa l’équilibre des forces entre les différentes nations qui étaient autant de partenaires commerciaux sur le territoire nord-américain.Les Britanniques occupent désormais une position hégémonique et peuvent imposer leurs règles commerciales aux nations amérindiennes.Devant cette menace, plusieurs tribus s’unissent derrière le chef outaouais Pontiac et se révoltent en 1763.Bien qu’il soit venu à bout des Français, Amherst ne parvient pas à mater la rébellion amérindienne.Découragé par une telle opposition, il écrit à un de ses officiers, le colonel Henri Bouquet, lui donnant instruction, si cela s’avère nécessaire pour vaincre les Indiens, de leur distribuer des couvertures contaminées par la petite vérole.«You will do well to try to inoculate the Indians by means of blankets, as well as every method that can serve to extirpate this execrable race.» [Vous veillerez à infecter les Indiens en utilisant des couvertures souillées, de même que tout moyen pouvant contribuer à éradiquer cette race répugnante.»] Henri Bouquet n’a pourtant pas à aller jusque-là: entre-temps, les deux camps ont amorcé des négociations.L’importance de la nuance en histoire Dans un article du quotidien The Gazette, Francis Flavin, collaborateur au Historical Journal of Massachusetts, s’interroge sur l’influence d’Amherst dans l’extermination des autochtones.Pour M.Flavin, «Amherst a discuté avec le colonel Henry Bouquet de l'idée de provoquer une épidémie de variole en distribuant des couvertures exposées à la maladie au sein de tribus indiennes qui leur résistaient».Amherst détestait les Amérindiens.«Son intention d'éradiquer les autochtones [était] claire, mais la mise en pratique de cette volonté ne [l’était] pas.» (The Gazette, 12 août 2009,«Amherst St.needs name change: councillor»).L’historien Denis Vaugeois, interrogé à la radio de Radio-Canada, précise qu’Amherst n’a rien inventé, puisqu’il était plus ou moins courant à l’époque d’inoculer la variole pour décimer des populations.Amherst ne mérite donc pas ce sobriquet, que ses détracteurs lui ont donné avec tant de nuance, d’«inventeur de la guerre bactériologique».L’importance du spectacle en politique Peu importe ces précautions et ces nuances historiques, pour les redresseurs de torts, les fossoyeurs de l’histoire, et ceux qui veulent la laver plus blanc que blanc, la cause est entendue.Dans sa motion déposée au greffier de Montréal, Nicolas Montmorency écrit que «Jeffrey Amherst est à l’origi- ne de l’un des premiers génocides bactériologiques en terre d’Amérique», ce qui est historiquement faux.D est suivi de près, dans cette course à l’approximation et aux demi-vérités, par la candidate à la mairie de Montréal, Louise O’Sullivan, qui déclare: «R y a eu me épidémie de variole causée par cette personne.Ryaeu une injustice et il faut la corriger.» (Radio-Canada, 12 août 2009) Ici comme ailleurs, on aime l’histoire spectacle, les gros mots, les évidences, et les dichotomies, surtout quand les Anglais y enfilent l’uniforme des méchants.Cynisme ?On se demande toutefois si Louise O’Sullivan, Nicolas Montmorency et si les membres du groupe Facebook visant à changer le nom de la rue Amherst (Francisation des rues de Montréal/Rue Amherst) cherchent vraiment à réparer une injustice faite au peuple amérindien ou s’ils n’utilisent pas plutôt cyniquement cet argument pour venger l’honneur (au moins symboliquement) des francophiles qui se sentiraient encore humiliés par la cuisante défaite de 1760.Serait-il malhonnête de notre part de supposer que les indépendantistes québécois (qui soutiennent Nicolas Montmorency) reprochent plus à Amherst ses victoires militaires contre le roi de France que ces exactions à l’encontre des peuples autochtones?Une question de valeurs Ces suppositions nous amènent à une question simple que l’on peut formuler ainsi: quels registres de valeurs ceux qui sont pour la débaptisa-tion de la rue Amherst font-ils valoir en premier lieu pour justifier ce geste?Sont-ce les valeurs humanistes et le respect dû à tous les peuples ou plutôt la défense du fait français au Québec?Veut-on changer le nom de la rue Amherst parce qu’il représente une souillure dans la mémoire des peuples amérindiens ou parce qu’il représente l’envahisseur anglais?Sur le groupe Facebook de la coalition, on trouve quelques éléments de réponse qui semblent aller vers la première hypothèse; on ht à propos d’Amherst que «bien qu’il s’agisse d’un personnage historique [.], la culture et l’histoire anglophones de Montréal ne doivent pas être injustement représentées par une personne ouvertement en faveur de l’extermination d’un peuple».On reproche au commandant ses ambitions génocidaires et dans un même mouvement fraternel, on tend la main à la population anglophone pour lui dire quelle mérite mieux comme représentant de son génie.Il semble que pour défendre les droits des autochtones, il est des choses beaucoup plus urgentes à régler que de s’attaquer à des symboles, fussent-ils des noms de rue.Forcer le Canada à ad- hérer à la déclaration des Nations unies sur le droit des peuples autochtones en est une, arrêter de massacrer leur écosystème pour nos besoins énergivores en est une autre (projet de la Romaine).Paradoxalement, il semble aussi que le symbole d’Amherst gêne beaucoup plus les indépendantistes que les premières nations.[.] Paravent du nationalisme La demande de débaptiser la rue Amherst est en fait la deuxième motion déposée par Nicolas Montmorency au greffier de la Ville de Montréal, la première proposant «que la Ville de Montréal, dans l’utilisation du nom des rues et des lieux publics, cesse d’utiliser des expressions non francophones, à moins que le contexte ne le justifie et qu’elle s’assure de la francisation des noms de rues déjà injustement anglicisés [.]».Cette motion cache mal une volonté hégémonique des défenseurs de la langue française qui veulent nettoyer la ville de toute son histoire anglaise.Le fait français ne sera réalisé que quand on aura lavé et expurgé totalement de la ville la langue de l’envahisseur.Face à cette rhétorique guerrière et revancharde, l’argumentaire qui visait à débaptiser la rue Amherst en raison de ses «actions» injustifiables à l’encontre du peuple autochtone ne pèse plus bien lourd; on a plutôt l’impression que cette coalition instrumentalise les victimes d’Amherst pour défendre une autre cause, soit celle du nationalisme québécois et de l’imposition de la langue française.Le politiquement correct Au-delà des luttes identitaires, le cas de la rue Amherst témoigne de cette plaie qui contamine nos démocraties occidentales: le fléau du politiquement correct Dans son Plaidoyer pour l’infamie, Michel Thévoz dresse les dix commandements de cette idéologie molle.Nous retiendrons ceux qui nous intéressent pour notre propos.¦ Tu respecteras les minorités et tu accorderas systématiquement ta bienveillance à celles qui sont méprisées ou persécutées.¦ Tu stigmatiseras à tout propos et même hors de propos les réflexions et les comportements racistes.Le devoir de mémoire te sera une ardente obligation, ainsi que de repentance pour tous les crimes collectifs dont tu auras eu connaissance.On pourrait suggérer un autre commandement à l’écrivain et historien suisse: ¦ Tu n’hésiteras pas à changer l’histoire si les valeurs qu’elle véhicule entrent en contradiction avec les valeurs de la société contemporaine.Le politiquement correct, c’est la tendance maladive qu’ont nos sociétés à vouloir désespérément effacer de l’espace public le moindre signe de négativité.Exit le mal, comme le rappelait le regretté Philippe Muray, l’accidentel, la part maudite, la pulsion de mort, la violence libératrice, les différences.Les ennemis de la société sont montrés du doigt et dénoncés, il faut les éradiquer sur la place publique pour que triomphe le bien (jeunes inconscients, adeptes de car surfing, violence à la télé, tabagisme, pollution, xénophobie, homophobie, etc.).Le grand bien doit triompher et le mal doit disparaître, tout le mal.Vivre le tragique L’histoire n’échappe pas à cette logique hygiéniste; Amherst détestait les Indiens, il était raciste et peu importe l’importance de contextualiser, peu importe si toute la population était sûrement raciste et dénigrait les Indiens à l’époque, il faut jeter Amherst au bûcher et le faire disparaître de nos métropoles culturelles (qui sont fondées, elles, sur des valeurs de respect, d’entraide, de fraternité?) et de l’histoire.Philippe Muray avait raison de rappeler l’importance de savoir intégrer une part de négativité dans notre quotidien et de savoir vivre en bonne intelligence avec la mort, le mal, le péché.Le négatif (péché, part maudite, mal radical, accident), dit-il, «était l’élément constitutif de la pensée dialectique.En tant que négation de l’identité, il faisait exister l’être».[.] Le sociologue Michel Maffesoli dans La Part du diable souligne aussi l’importance pour toute société de savoir conjuguer avec le mal «la part destructrice, celle de l’excès ou de l’effervescence, est cela même qui, toujours, précède me harmonie nouvelle».Il y a une «liaison organique du bien et du mal, du tragique et de la jubilation».Rappeler Thistoire Vouloir frire concorder les valeurs véhiculées par les acteurs du passé et celles du présent est une hérésie.Si l’on devait changer tous les noms de rue rendant hommage à des hommes symbolisant des valeurs antithétiques à celles d’aujourd’hui, il faudrait peut-être changer tous les noms de rue.Pourquoi ne pas demander aux Français de changer toutes les places et rues Voltaire sous prétexte qu’il a frit des déclarations antisémites?Rien de plus mièvre que cette petite lutte pour transformer l’histoire, rien de plus pathétique que de vouloir transfigurer la mémoire des rues pour la faire concorder avec notre idéal du bien.L’historien Denis Vaugeois souligne à cet égard le besoin qu’a l’histoire d’être rappelée, dans sa négativité comme dans ses moments plus positifs.Il faut se souvenir de la terreur, du conflit, de la négativité.Il faut accepter l’histoire dans sa dimension tragique, il faut accepter le tragique de la vie, c’est notre seul destin.f Lettre à la ministre de l’Education Le ministère s’illusionne sur la gouvernance des universités HUBERT LAFORGE Professeur, doyen et recteur (de l’Université du Québec à Chicoutimi) retraité adame la Ministre, Permettez-moi de revenir sur les volontés du gouvernement en matière de gouvernance des universités, alors qu’une commission parlementaire sur les projets de loi 38 et 44 s’annonce.Ce que je lis sur la loi en préparation confirme mes craintes.Une université, on le sait, a échoué dans un montage financier préparé avec des milieux d’affaires [l’Université du Québec à Montréal].On a pour cela blâmé la direction de l’établissement.Avec raison sans doute, mais, pour être juste, il eût fallu aussi scruter les responsabilités de deux instances majeures: l’Assemblée des Gouverneurs du résea,u de l’Université du Québec et le ministère de l’Éducation lui-même.Pour prévenir de semblables mésaventures, vous proposez de confier à des personnes de l’extérieur la majorité des sièges à tous les conseils universitaires.Solution curieuse étant donné que, pour le cas mentionné, les milieux d’affaires étaient bien de l’extérieur.Mais il y a plus grave: sans rien améliorer, cette loi risque de freiner ce qui constitue le plus important facteur de dynamisme d’une institution universitaire.Je m’explique.Y aurait-il avantage, dans les conseils d’administration, à une présence largement majoritaire de membres extérieurs?Pas vraiment, si je m’en tiens à ma longue expérience.Je ne me souviens pas avoir observé (comme membre de conseils d’administration dans les rôles de professeur, doyen, recteur, président) que cette présence externe ait significativement aidé, la discrétion étant plutôt ce qui la caractérise.J’ai la conviction qu’avec ce projet de loi, les universités ne seraient pas mieux gérées et qu’il faudrait sans doute trouver de meilleures façons de faire connaître les besoins du milieu ou de tirer avantage de ses compétences.Par cette loi, les universités risquent d’affecter le dynamisme et donc la qualité des universités.Il est largement reconnu que l’excellence (objectif représentant un défi énorme dans le monde d’aujourd’hui) de l’enseignement et de la recherche est fonction en tout premier lieu des exceptionnelles qualités et initiatives des profes- seurs.Et ce sont eux en particulier qui, en se soumettant année après année à la vive compétition des subventions, apportent la majeure partie du financement de la recherche (ne pas oublier que le niveau de l’enseignement est en étroite relation avec celui de la recherche).Les sommes «gagnées» ainsi sur la concurrence représentent souvent le quart des budgets des universités, parfois même jusqu’à la moitié chez celles reconnues comme les meilleures.En réduisant sérieusement la place des professeurs dans les conseils, cette loi émettrait un mauvais signal.Ma conviction est que non seulement elle n’améliorerait pas la gouvernance, mais elle menacerait le plus puissant facteur du progrès d’une université: la motivation et le dynamisme de ses professeurs.L’ÉQUIPE DU DEVOIR RÉDACTION Information générale et métropolitaine : Gérald Dnllaire (adjoint au directeur de Cinfitrmation), Marie-Andrée Chouinard (éditorialiste, responsable de la page Idées), Stéphane Baillargeon (général), Clairandrée Cauchy (éducation).Jeanne Corriveau (affaires municipales).Fabien Dctflise (consommation), Jean Dion (sports), Louis-Gilles Francceur (environnement).Pauline Gravel (sciences).Brian Myles (justice et faits de société’), Louise-Maude Rioux Soucy (santé), Alexandre Shields (général), l’hilippe l’apineau (pupitre) ; information iMilitique ; Michel David (chroniqueur), Hélène Buzzetti et Alee Castonguay (correspondants parlementaires à Ottawa), Antoine Robitaille et Robert Dutrisac (correspondants parlementaires à Québec), Kathleen Lévesque (reporter) ; information culturelle : Michel Bélair (théâtre et cahier Culture), Guillaume Bourgault-Côté (reporter), Paul Cauchon (médias).Frédérique Doyon (reporter), Caroline Montpetit (livres), Isabelle Paré (reporter), Odile Tremblay (cinéma), Paul Bennett (pupitre cahiers spéciaux et culturels du week-end).Julie Carpentier (pupitre) ; information économique : Gérard Bérubé (adjoint au directeur de l’information), François Desjardins (reporter), Eric Desrosiers (reporter), Claude Turcotte (reporter), Dominique Reny (pupitre) ; information internationale Guy Taillefer (adjoint au directeur de l'information), Serge Truffaut (éditorialiste), Claude I-évesque (reporter), Jean-Pierre legault (pupitre international, page éditoriale et cahier Perspectives) ; Diane Précourt (responsable des pages thématiques) ; Jacques Grenier et Jacques Nadeau (photographes) ; Michel Garneau (caricaturiste) ; Michéle Malenfant et Christine Dumazet (correctrices) ; Benoit Munger (responsable du site Internet), Emilie Folie-Boivin et Vincent Cauchy (commis Internet) ; Amélie Gaudreau (secrétaire à la rédaction)’.Jean-Jacques Coulombe et Étienne Plamondon-Kmond (commis à la rédaction).DOCUMENTATION Gilles Paré (directeur).Manon Demme (Montréal).Olivier Spéciel (Québec).Monique Bhérer (Ottawa).PUBLICITE Julie Chrétien (directrice adjointe), Amélie Bessette.Jean de Billy, Jennifer Boily-Demers, Jean-François Bossé.Manon Boilard.Marlène Côté.Richard Douangmala, Amélie Maltais.Claire Paquet, Flyssa Porlier, Chantal Rainville, Isabelle Sanchez, Nadia Sebaï (publicitaires), Sylvie Importe, Martine Bérubé (secrétaire).PRODUCTION Christian Goulet (directeur de production), Olivier Zuida (directeur adjoint), Michel Bernatchez, Danielle Cantara, Richard Des Cormiers, Donald Fillon, Yannick Morin.Nathalie Zemaitis.INFORMATIQUE Yanick Martel (administrateur Web).Hansel Matthews (technicien infiirmatique).PROMOTION, DISTRIBUTION ET TIRAGE Caroline Simard (responsable service à la clientèle).Nancy Beaulieu, Manon Blanchette, Nathalie Fllion, Marie-Lune Houde-Brisebois ; Jean-Robert Divers (responsable promotion).ADMINISTRATION Stéphane Roger (contrôleur), Olena Bilyakova (responsable des sendees comptables).Claudette Béliveau (adjointe administrative), Céline Furoy, Ghislaine I-afleur, Claudine Chevrier, Monique Protean, Danielle Ross. ACTUALITES MUSEE MCCORD Mort du général Montcalm, estampe de Louis Watteau (vers 1760).La bataille des plaines d’Abraham est-elle le tournant de la Conquête ?Âl1 ' «aww 'Y - 1759 SUITE DE LA PAGE 1 (Septentrion, 2009).Pour Deschênes, 1759 n’a vraiment rien d’une année comme les autres qui marquerait le passage en douceur de la colonie d’un empire à un autre.C’est même tout le contraire.Quatre jours avant la bataille des plaines d’Abraham, le 9 septembre 1759, deux corps de rangers sous le commandement du major George Scott, totalisant 1600 hommes, débarquent à Kamouraska et à Montmagny pour détruire tout ce qu’ils trouvent sur leur passage.Les troupes britanniques ont déjà ravagé les fermes de la côte de Beaupré, de Baie-Saint-Paul et de La Malbaie afin de couper Québec de toute source d’approvisionnement et de mettre fin au harcèlement que les habitants pratiquent contre l’armée anglaise.«Je ne suis pas certain de savoir pourquoi, quelques jours avant la bataille des Plaines, Wolfe fait mettre le feu aux fermes de la côte sud, dit Deschênes.Mais il n’avait pas caché son intention de “voir la vermine canadienne saccagée", de semer la famine” et la “désolation”, et même d’expédier en Europe le plus grand nombre possible de Canadiens.Chez ces derniers, on craignait la déportation.» Plus direct que la plupart de ses collègues québécois, l’historien anglais Jonathan R Dull n’hésite pas à écrire que Wolfe fit preuve de la même «cruauté» au Canada que celle qu’il avait manifestée dans la répression sauvage de la révolte écossaise de 1745-1746.Pourtant, en ce début du mois de septembre, les choses vont mal pour les Anglais.Deux mois de siège n’ont guère donné de résultats.In 24 juin, c’est pourtant une véritable armada de 250 navires, chargés de 15 000 marins, 2000 canons et 8500 soldats d’élite, qui arrivait au large de Québec.«Tout dépendait de la prise de Québec et du lancement de ce qu Amherst voyait comme une gigantesque invasion destinée à coincer les derniers défenseurs de la Nouvelle-France à Montréal», écrit l’Américain Fred Anderson.La ville est bombardée pendant deux mois, mais une première tentative de débarquement est vaillamment repoussée à Montmorency.Malade et déprimé, Wolfe n’a plus que quelques jours de sursis avant que les navires de l’amiral Saunders ne quittent le Saint-Laurent pour éviter d’y passer l’hiver.Un coup de poker «Il suffisait de tenir encore un peu pour que Wolfe soit obligé de repartir, dit l’historien français André Zysberg.C’est alors que le général anglais tenta un coup de poker insensé en débarquant à l’Anse-au-Foulon et en escaladant la falaise avec 4500 hommes et des canons.» L’historien Gérard Saint-Martin évoque un «acte presque désespéré».Les détails de la bataille sont connus et ne prêtent guère à débat Montcalm arrive aussitôt et décide d’engager le combat.le marquis n’a jamais connu la défaite.Pourtant la journée du 13 septembre sera surnommée celle de «toutes les erreurs» par l’historien Guy Frégault.«On n’a jamais compris pourquoi Montcalm est sorti au lieu d’attendre tranquillement les renforts de Bougainville dont les troupes d’élite étaient stationnées à Cap-Rouge à 11 km, dit Zysberg.Ni pourquoi il a engagé la bataille en terrain découvert alors que ses miliciens ne comprenaient pas ce combat traditionnel à l’européenne.» Le combat à l’européenne, où les soldats avancent en rangées sur un terrain découvert, est une mécanique réglée au quart de tour qui ne souffre pas l’improvisation et que les soldats britanniques maîtrisent parfaitement.Wolfe avait tout intérêt à rechercher un tel affrontement.Au contraire, les miliciens canadiens habitués à la «guerre à l’indienne» se couchent dès que l’adversaire ouvre le feu.Ils courent dans tous les sens, ce qui rompt les rangs et crée un effet de pagaille.La bataille fait 150 morts, 193 blessés et 370 prisonniers chez les Français.Les Britanniques ont 61 morts et 603 blessés.Ces chiffres font dire à André Zysberg que l’affrontement n’a pas pu durer seulement vingt minutes.«Je me demande toujours ce qui a déterminé le geste de Montcalm, s’interroge Charles-Philippe Courtois, professeur d’histoire au Collège militaire de Saint-Jean.Ce geste relevait-il du désespoir ou visait-il vraiment à empêcher les troupes de Wolfe de prendre position sur les Plaines?On sent que la victoire tenait à peu de chose.Certes, à came de la disproportion des forces, il était inévitable que la Nouvelle-France soit amputée, mais il demeurait certainement possible pour la France de conserver un noyau dur autour du Québec et de l’Ontario.» La brièveté de l’affrontement a fait dire à plusieurs que la bataille des plaines d’Abraham n’avait été qu’une escarmouche sans grandes conséquences.Elle fait pourtant plusieurs centaines de morts, dont Montcalm et Wolfe, et entraîne quelques jours plus tard la capitulation de Québec où la population est affamée et découragée.Cette capitulation aussi reste énigmatique.Certains historiens pensent que Ramezay aurait pu attendre des renforts puisque le gros des forces françaises, stationnées à Beauport, était toujours disponible.D’ailleurs, l’année suivante, venu de Montréal, le chevalier de Lévis, fort de 7000 hommes, remportera la bataille de Sainte-Foy.Les Britanniques iront se réfugier derrière les remparts de Québec en attendant des renforts.Lorsque, le 9 mai en fin de matinée, une frégate britannique est en vue de Québec, le sort de la colonie est vraiment scellé.Un non-événement?«Si les Français avaient envoyé trois ou quatre frégates au printemps, on ne parierait pas de défaite», dit Denis Vau-geois.Une flottille française de six bâtiments est bien partie de Bordeaux, mais elle sera interceptée et détruite dans la baie des Chaleurs.Pour Vau-geois, il faut réexaminer la place centrale accordée depuis longtemps à la bataille des plaines d’Abraham.«Ce n’est qu’une défaite entre deux victoires, celle de Montmorency et celle de Sainte-Foy, dit-il.On n’est même pas sûrs que Montcalm a donné l’ordre de tirer.La grosse bataille a été celle de Montmorency.C’est là que les Anglais ont essuyé leurs plus grandes pertes.L’année suivante, la bataille de Sainte-Foy dura trois heures, elle.» Selon Vaugeois, qui se fait probablement un peu provocateur, la bataille des Plaines serait une pure construction médiatique.«C’est un non-événement.Une construction des médias et de l’opinion publique britannique.Ijes gravures de l’époque exagèrent tout.L’affrontement a été grossi parce que Wolfe est mort au combat.On lui a littéralement fabriqué une mémoire.Au fond, Québec ne capitule pas à cause des Haines, mais parce qu’elle ne reçoit pas de ravitaillement.» Historien de l’Assemblée nationale du Québec, Christian Blais n’est pas du tout de cet avis.Selon lui, la bataille des plaines d’Abraham reste le tournant de la Conquête.Conquête qui ne saurait d’ailleurs se résumer à un banal changement de régime puisque les Canadiens de cette époque se considéraient toujours comme des Français, même si leur identité canadienne était en construction.Des vieillards et des enfants ne s’étaient-ils pas portés volontaires pour défendre Québec?«Il n’était pas écrit que Montcalm allait perdre, dit Blais.Au contraire.La population savait que le siège s’en venait.On s’y préparait avec tous les moyens disponibles, car on savait que Québec était la clef du Saint- Laurent et de la Nouvelle-France.» Ce qui fait dire à Christian Blais que l’affrontement des Plaines a été déterminant, c’est que jusque-là, les Canadiens avaient conservé l’espoir d’une victoire.«Im bataille dure peut-être vingt minutes, mais elle survient après 63 jours de bombardements.On manque de munitions et de vivres.La ville, qui a déjà résisté à tant d'assauts, est détruite et la population malade.C’est la défaite des Haines qui brise complètement le moral des combattants.Toute leur vie, les Canadiens avaient appris que les Anglais voulaient détruire leur Église et conquérir leur pays.Ils savaient que, quelques années plus tôt, les Acadiens avaient été déportés.La population perçoit la bataille des Haines comme une véritable défaite.En entrant dans Québec, le général James Murray constate lui-même la démoralisation de la population.La chute de la capitale, c’est la chute de la colonie!» La Carthage d’Amérique Pour Christian Blais, cette victoire symbolique, à défaut d’être totale, est déterminante à cause du statut politique et géographique de la capitale.«Québec est considéré comme une citadelle inexpugnable protégée par le fleuve, dit-il.La chute de Québec est déterminante parce que c’est la ville qui contrôle le fleuve.Après sa chute, Montréal ne peut plus être ravitaillé.Or, le but de cette guerre, c’est l’accès au réservoir de pelleteries de l’Ohio.» Un journal de Boston clame: «C’est la chute de la Carthage d’Amérique».On s’entend pour dire que si, en mai 1760, des secours français étaient parvenus à Québec avant les bateaux anglais, le sort de la colonie aurait pu être différent Mais la France était-elle en mesure de secourir sa colonie?Selon le spécialiste britannique de l’histoire maritime Nicholas Roger, quelle que soit l’importance de la bataille des Plaines d’Abraham, le sort de la colonie n’a pas été scellé à Québec, mais à Lagos et à Brest «En 1759, Wolfe et Montcalm ont fait beaucoup de bêtises, dit-il.La guerre a été gagnée par celui qui en a fait le moins.Mais l’essentiel, c’est la chute de la marine française après la bataille de Lagos, au Portugal, et des Cardinaux, dans la baie de Quiberon à Brest.La marine française est alors anéantie.Im marine, c'est un peu comme l’aviation aujourd’hui.Celui qui contrôle les mers contrôle l’Amérique.On ne peut pas tenir l’Amérique sans une marine performante.Après ces deux défaites, la Fran: ce n’a pratiquement plus de marine.A côté de Lagos et de la baie des Cardinaux, la bataille des plaines d’Abraham apparaît comme un détail.» Un détail qui va pourtant changer la face de l’Amérique.Selon le politologue Christian Dufour, cette bataille que l’on a eu tendance à réduire à une escarmouche est plus importante que la défaite de Waterloo.Dans Le Défi québécois (PUL), il écrit qu’elle est «le premier signal clair [.] que l’hégémonie mondiale est en train de passer de la France à l’Angleterre: l’Amérique sera anglo-saxonne».Correspondant du Devoir à Paris ¦ Demain: Défaite ou cession?IGNATIEFF SUITE DE LA PAGE 1 visa aux Mexicains et aux Tchèques en pleine période touristique et le laisser-faire d’Ottawa lors de la vente de Nortel à des intérêts étrangers.«Je ne cherche pas d’élections, je cherche un bon gouvernement.J’accepte les résultats des élections d’octobre dernier.C’était la décision du peuple.Depuis décembre, j’essaie de faire fonctionner ce Parlement.Mais je suis face à un gouvernement qui refuse de coopérer sur plusieurs fronts», affirme-t-il.Le chef libéral soutient qu’il ne prendra pas la décision de plonger le pays en élections uniquement en fonction de la réforme de l’assurance-emploi.(Même si pour l’instant, avoue-t-il, le comité libéral-conservateur qui se penche sur le sujet ne va nulle part.) «Oui, il y a cette réforme très importante, puisqu’il y a 1,5 million de chômeurs, dit-il.Mais au mois de juin, j’ai aussi demandé un plan pour sortir le pays du déficit.Je n’ai vu aucun plan.J’ai demandé quel était le plan pour réduire la pénurie d’isotopes et aider les gens qui ont besoin de traitements contre le cancer.Il n’y a aucun plan.Quelle est la vision pour aider à la restructuration de notre économie après la récession?C’est zéro.Alors, c’est ça le problème que j’ai.Je suis devant un gouvernement qui ne fait pas son travail.Qu’est-ce que je dois faire?Le maintenir en vie parce que les gens ne veulent pas d’élections?Ou alors le faire tomber et dire ce que je pense au fond de moi-même, c’est-à-dire que nous méritons mieux que ça.Je suis en réflexion.» Il affirme que la balle n’est pas seulement dans son camp.«Ça ne dépend pas que de moi.Ça dépend aussi de Duceppe et de Layton.Et même de Harper, qui a aussi des cartes à jouer.» Pas d’instabilité Depuis quelques jours, les ténors conservateurs soutiennent qu’une nouvelle élection plongerait le pays dans une instabilité politique inutile alors que l’économie va mal.Appelé à commenter, ce fait, Michael Ignatieff se redresse sur son siège, visiblement contrarié par ces attaques.«Une élection ne créerait aucune instabilité, lâche-t-il.Écoutez, c’est moi qui ai permis d’éviter une instabilité politique lorsque Stephen Harper a déclenché une crise en novembre dernier avec un mauvais document économique.Quand je suis arrivé à la tête du Parti libéral, j’ai travaillé à cette stabilité.J’ai fait mes preuves.Pourtant, je n’aimais pas le gouvernement.Je n’aimais pas le budget.Mais on était en pleine crise économique et il ne fallait pas faire de petits jeux politiques.Nous avons forcé le gouvernement à produire un budget de stimulation économique.On a été responsables.Maintenant, nous sommes dans une situation différente.On peut avoir une élection sans menacer quoi que ce soit.On pourrait même dire que ce serait bon pour le pays, mais c’est une autre histoire.Il n’y a aucun problème de stabilité.» Trois questions vont sans cesse tourner dans la tête de Michael Ignatieff d’ici à la fin du mois de septembre, dit-il.«Est-ce que ma formation politique est prête à aller en élections?Est-ce que c’est dans l’intérêt national de déclencher des élections?Est-ce qu’on peut continuer de travailler avec ce gouvernement?», énumère-t-il.«Ça me donne beaucoup de choses à réfléchir.» Lors d’un entretien avec le Globe and Mail la semaine dernière, le ministre Jean-Pierre Blackburn a révélé que les conservateurs allaient demander un mandat majoritaire en cas d’élections cet automne.En 2006 et 2008, Stephen Harper s’était abstenu d’évoquer cette possibilité pour ne pas effrayer les électeurs.Mais les stratèges conservateurs estiment que les électeurs se sont habitués au gouvernement Harper et n’ont plus cette crainte.Michael Ignatieff juge l’attitude conservatrice «arrogante».«C’est tout à fait ridicule de dire ça.A mon avis, personne au Canada ne croit que les conservateurs méritent une majorité.Il y a un déficit de 50 milliards de dollars et 1,5 million de chômeurs.Et je pense qu’on ne peut pas demander une majorité aux Canadiens.On offre un programme électoral, et les citoyens font leur choix.Mais dire que c’est dans l’intérêt des gens d’avoir une majorité conservatrice, c’est d’une telle arrogance.» De plus, le Parti conservateur ne cache pas qu’il tentera de marquer des points politiques en soutenant que le Parti libéral et le NPD pourraient former une coalition avec l’appui du Bloc québécois si Michael ignatieff prend le pouvoir de manière minoritaire.Le chef libéral rejette cette possibilité, affirmant que c’est lui qui a mis fin l’hiver dernier à la coalition négociée par son prédécesseur, Stéphane Dion.«Je ne suis pas contre des arrangements politiques entre partis pour faire fonctionner un Parlement minoritaire.Je suis prêt à négocier avec les autres partis pour faire avancer les projets législatifs.Mais, attention, j’ai toujours parlé d'arrangements, pas de coalition.» Le Devoir Rectificatif Une erreur s’est glissée dans les deux derniers paragraphes de l’article intitulé «Dmise Karel ravit trois militants à Projet Montréal», publié le samedi 22 août 2009.Atim U‘on et Frédéric lapoin-te y étaient décrits comme des candidats au poste de maire d’arrondissement En fait, MM.Leon et Lapointe sont candidats pour Vision Montréal au poste de conseiller municipal, respectivement dans les arrondissements de Rosemont-La Petite-Patrie et d'Ahuntsic-Cartierville.LE DEVOIR www.ledevoir.com Les bureaux du Devoir sont situés au 2050, rue De Bleury, 9 étage, Montréal (Québec), H3A 3M9 E3 Place-des-Arts Ils sont ouverts du lundi au vendredi de 8h30 à 17h.Renseignements et administration : 514-985-3333 MILNER SUITE DE LA PAGE 1 de recherche chargé de perfectionner des radars.Ensemble, ils avaient été envoyés jxmr un an au Canada, vers une destination qui leur était tout à fait inconnue, son mari ayant été invité à développer un programme de recherche atomique.Un an qui a fini par durer toute une vie.«On a embarqué sur un bateau à Glasgow et on devait zigzaguer entre les sous-marins.Une fois à Boston, on ne savait pas où on allait être emmenés, tout était secret.J’ai été ravie de découvrir que c’était Montréal, une ville francophone», raconte celle qui dit adorer le Québec.Alors qu’elle était à la recherche active d’un emploi, c’est à l’Université de Montréal qu’on lui a finalement donné sa chance.Elle y a enseigné le comportement animal et la psychologie expérimentale.Professionnellement, c’était une époque d’effervescence pour elle.Brenda Milner a commencé son doctorat en psychophysiologie à l’Université McGill aux côtés du professeur Donald Hebb, de qui elle avait dévoré l’ouvrage The Organization of Behaviour.Avec lui, elle avait obtenu du D Wilder Pen-field le privilège de pouvoir mener des recherches cliniques, avec des patients atteints d’épilepsie à qui on enlevait une partie du cerveau.«Il n’y avait pas du tout d’images du cerveau d’un individu vivant.R y avait des rayons X, on voyait la structure des ventricules et la forme du crâne, mais on ne voyait rien en détail», rappelle-t-elle.La chercheuse, qui a grandement contribué à cartographier le cerveau, s’était ainsi intéressée Comment nous joindre ?La rédaction Au téléphone 514-985-3333 Par télécopieur 514-985-3360 Par courriel redaction@ledevoir.com La publicité Au téléphone 514-985-3399 Par télécopieur 514-985-3390 Extérieur de Montréal (sans frais) 1 800 363-0305 aux spécificités des deux hémisphères, mais également aux effets qu’avait eus l’opération chez certains patients, notamment l’amnésie.Ses travaux l’ont menée à démontrer l’importance de l’hippocampe pour la mémorisation des faits nouveaux.D’aufres études comparatives entre l’homme et le singe lui font faire d’importances découvertes sur les lobes frontaux.«J’ai eu du mal à publier cette étude, car tout le monde disait que j’exagérais.Mais ça a eu me énorme influence et, aujourd’hui, tout le monde parle de la fonction exécutive au lobe frontal», note la professeure de psychologie à l’Institut neurologique de Montréal.Habitée d’une profonde soif de savoir, Brenda Milner poursuivra ses recherches auprès d’un patient qu’elle suivra sur trente ans nommé H.M., frappé d’une profonde amnésie antérograde à la suite d’une intervention chirurgicale au cerveau dans l’espoir de guérir son épilepsie.La neuropsychologue remarque qu’il peut acquérir des aptitudes sensorimotrices même si lui-même ne se rappelle pas avoir fait ces apprentissages.«D’une fois à l’autre, il ne me reconnaissait pas.Mais je voyais bien qu’il s’améliorait toujours.Il était surpris.Mais moi, j’étais très excitée.C’est un moment que je n’oublierai jamais», raconte la chercheuse avec émotion.«Nothing succeeds like success» Depuis les trente dernières années, Brenda Milner récolte les éloges de ses découvertes qui ont contribué à créer le champ de la psychologie cognitive.Membre de la Société royale du Canada et de celle de Londres et de l’American Academy of Arts and Sciences, elle est lauréate des prestigieux prix Penfield et Gairdner et a reçu quelque 20 doctorats honorifiques.Sacrée Grande officière en juin der- Les avis publics et appels d’offres Au téléphone 514-985-3344 Par télécopieur 514-985-3340 Par courriel avisdev@ledevoir.com Les petites annonces et la publicité par regroupement Au téléphone 514-985-3322 Par télécopieur 514-985-3340 nier, elle se dit fière d’avoir été admise une première fois au sein de l’Ordre du Québec par René Lévesque en 1985.«Je suis très reconnaissante.Les prix, ça vient avec l’âge.On dit en anglais “Nothing succeeds like success”.Mais il y a beaucoup de gens brillants qui sont décédés jeunes et qui n ’ont pas eu ma chance», dit-elle avec humilité.Autant de gratitude et de couronnement ne la font pourtant pas s’asseoir sur ses lauriers.Brenda Milner a à peine ralenti le rythme.Entre deux avions, elle continue d’aller à son laboratoire tous les jours à pied, sauf les week-ends qu’elle passe en ville à lire, à voir des films — au cinéma parce qu'elle n’a pas la télévision chez elle — et.à parler au téléphone.«Je continue de travailler parce que je trouve très stimulant le contact avec les jeunes.Je n’ai rien contre les groupes de personnes âgées qui vont en Floride en groupe, mais ça me semble moins naturel.Il faut se mêler à tous les âges», a-t-elle insisté.C’est d’ailleurs une partie du secret de son air de jeunesse, qu’elle s’est fait demander des milliers de fois.Rester active et bien manger, certes — elle mange des légumes à tous les repas.même au déjeuner! Toutefois, c’est son insatiable curiosité qui semble toujours faire briller dans ses yeux rieurs la petite flamme inextinguible du savoir.«Je veux rester au fait des développements de mon champ.Comment se tenir au courant si on reste à part?», soutient Mme Milner.«Il y a quelque chose de plus profond.L’idée que le monde nous oublie.Je sais que ça va tous mus arriver, mais j’aimerais retarder ce moment», poursuit sagement la grande dame qui sait sans doute mieux que quiconque que la mémoire, même collective, est une faculté qui oublie.Le Devoir Les abonnements Au téléphone 514-985-3355 du lundi au vendredi de 7h30 à 16h30 Par télécopieur 514985-5967 Par courriel abonnements@ledevoir.com Extérieur de Montréal (sans frais) 1-800463-7559 L’agenda culturel Au téléphone 514985-3346 Par télécopieur 514-985-3390 U Devoir peut, a l’occasion, incltre la liste d'adresses de ses abonnés a la disposition d'organisations reconnues dont la cause, les produits ou les services peuvent intéresser ses lecteurs.Si vous ne souhaitez pas recevoir de correspondance de ces organisations, veuillez en avertir notre service à la clientèle, h Devoir est publié du lundi au samedi par le Devoir Inc.dont le siège social est situé au 2050, rue De Bleury, fr étage.Montréal, (Québec), ILlA 3MO.Il est imprimé par Imprimerie Mirabel Inc., 12 Koo rue Brault.St Janvier de Minibel, Québec, division de Québécor Média.012 rue Saint-Jacques, Montréal, qui a retenu pour la région de Québec les services de l'imprimerie du Journal de Québec, 450 avenue Béchard, Québec qui est la propriété de C orporation Sun Média, 12 rue Saint-Jacques.Montréal.Enregistrement n 08.5^.Dépôt légal: Bibliothèque et Archives nationales du Québec, 2007
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