Le devoir, 8 septembre 2009, Cahier A
LES GRANDS FONDS DE RETRAITE ONT FONDU DE 13 % Page A 3 ?w w vv.I e (I e v o i r.c o m ?LE DEVOIR Vol.C N “ 2 I) 2 ?L E M A R I) I R SEPT E M B R E 2 O O !) I .I O $ + T A N H S = 1,25 $ Crise d’octobre : Québec n’a pas tout détruit Une partie des archives de la «police politique» de Bourassa existent toujours «i ANTOINE ROBITAILLE Québec — Alors que le manifeste du Front de libération du Québec ressurgit dans l’actualité, un autre aspect de cette époque trouble refait surface: le Centre d’analyse et de documentation, ou CAD, que certains ont déjà qualifié de «police politique» de Robert Bourassa.Une partie des archives du CAD, archives que l’on croyait avoir été presque entièrement détruites en 1977, existent toujours.Ces documents pourraient contenir des informations permettant d’éclaircir certaines zones d’ombre de l’histoire, notamment les liens entre le bureau du premier ministre Bourassa et la GRC, au moment où cette dernière commettait certains actes illégaux au Québec.Après de nombreuses hésitations, les Archives nationales (AN) ont admis à l’écrivain Denis Laçasse, qui avait fait une demande auprès d’elles, avoir localisé «trois boîtes» du CAD.Dans une lettre adressée à M.Laçasse, datée du 27 août et signée par la directrice des Affaires juridiques des AN, Isabelle Lafrance, on précise que celles-ci sont situées au Centre d’archives de Québec.Elles contiennent «des photocopies de documents en provenance du CAD» et ont été retrouvées VOIR PAGE A 8: OCTOBRE Bernard Landry à la défense du Moulin à paroles Sam Hamad «devrait avoir hontes, dit l’ancien premier ministre MARCO BÉLAIR-CIRINO Malgré la controverse, les organisateurs du Moulin à paroles sont résolus à déclamer, pendant 24 heures, samedi et dimanche, près de 150 textes historiques, politiques, littéraires et journalistiques marquants dans l’histoire du Québec, y compris le manifeste du Front de libération du Québec (FLQ), pour souligner le 250' anniversaire de la bataille des plaines d’Abraham.L’ancien premier ministre Bernard Landry s’est porté, hier, à la défense des organisateurs du Moulin à paroles et se désole de «tout ce désarroi, dont on aurait pu se passer».«Ce texte et ces événements tristes [d’octobre 1970] font partie de notre histoire et qu’on les rappelle, sans évidemment les célébrer, — on commémore, on ne célèbre pas — ça ne me paraît pas digne d’une polémique», a affirmé Bernard Landry au Devoir, rappelant que le manifeste du FLQ n’est «qu’un des très nombreux textes» qui seront repris durant l’événement «U n’y a rien de déshonorant à regarder l’histoire en face», a-t-il ajouté.Les Américains ne nient pas 7 Bernard Landry VOIR PAGE A 8: MOULIN DIANE DUFRESNE ILLUMINE LA PLACE DES FESTIVALS mm-wm PEDRO RUIZ LE DEVOIR LE CŒUR à la 0e, des milliers de personnes ont assisté hier au grand spectacle marquant l’achèvement de la Place des festivals — la première phase du projet du Quartier des spectacles — «que l’on imaginait il y a sept ans», selon le président du Partenariat du Quartier des spectacles, Charles Lapointe.Accueillie par un tonnerre d’applaudissements, Diane Dufresne, a livré peu après 20h son succès On fait tous du show-business.Ensuite, les spectateurs ont pu voir les 235jets d’eau de la plus grande fontaine interactive au Canada s’animer sous les boules disco suspendues aux quatre immenses lampadaires hauts de près de 25 mètres.DJ Champion et les Grands Ballets canadiens ont aussi offert des prestations remarquées.«J’invite les Montréalais à s’approprier cette nouvelle place publique.À vous maintenant de donner une âme à cette place publique», a affirmé le maire de la Ville de Montréal, Gérald Tremblay.MOHAMED NURELD1N ABDALLAH REUTERS SOUDAN La prison pour un pantalon ¦ À lire en page B 1 INDEX Annonces.B fi Avis publics.B 2 Culture.B 8 Décès.B 6 Économie.A 5 Éditorial .A 6 Idées.A 7 Météo.B 5 Monde.B 1 Mots croisés.B 5 Sudoku.B 6 Télévision.B 7 L’ENTREVUE L’âme de Bixiland Pour le concepteur Michel Dallaire, le bon design est celui qui donne le frisson Le frisson esthétique.C’est ce qui compte en design d’après Michel Dallaire, figure québécoise en la matière, devenu le concepteur de l’heure depuis que son vélo Bixi a fait son apparition dans les rues de Montréal.Pour que l’on puisse qualifier un objet de réussi, il faut, dit-il, que l’on frissonne devant celui-ci, que ses formes fassent briller nos yeux.JÉRÔME DELGADO est comme quand vous voyez une jolie femme qui traverse la rue, avance-t-il sans retenue.Vous ne vous demandez pas si elle a un système cardiovasculaire en bon état.Vous êtes séduit par sa beauté, sa démarche.Je ne sais plus qui disait: “Une femme en marchant ne montre rien, mais laisse tout voir.” Quand on voit, on ressent.» Passionné par les belles figures, architecte des formes utiles, comme il aime à le répéter, Michel Dallaire est un poète, fort en images, constaterez-vous.Ainsi, invité à commenter l’évolution de VOIR PAGE A 8: DALLAIRE JACQUES GRENIER LE DEVOIR Le concepteur Michel Dallaire tenant une pièce maîtresse du système Bixi.33e FFM Le Grand Prix des Amériques à Liberté de Tony Gatlif Le gitan français reçoit aussi le Prix du public ODILE TREMBLAY Enjambant le public massé pour l’ouverture de la Place des festivals, les manifestants antidictature iranienne étaient, comme à l’ouverture du FFM, venus attendre devant les marches Jafar Panahi, le président du jury, qui brandissait sa photo de la victime emblématique des manifestations de Téhéran.Le cinéaste iranien a gardé jusqu’au bout les projecteurs sur son pays en crise.Clôture, palmarès, et douteux film de clôture (voir autre texte en page B 8).Voilà! C’est terminé.C’est le beau Liberté (Korkoro) du gitan français Tony (iatlif, sur l’holocauste des Tziganes durant la dernière guerre, qui a remporté hier soir le Grand Prix des Amériques.Ce film humain et coloré du cinéaste de Latcho Drom, avec Marie-Josée Croze en vedette, enchantait par ses VOIR PAGE A 8: FFM ¦ Révisionnisme à la chinoise, page B 8 RENE HOMIER-ROY EN SEMAINE 5H30 Aujourd’hui à 8h20, vélos et autos sont-ils vraiment des ennemis mortels ?Réalisation: Nadia Peiellon #95,1 PREMIÈRE CHAÎNE Radio-Canada.ca/blenmelll®ur I.K I) K V OIK.1.E M A K I) I 8 S E 1> T E M K K E 2 O O îl A 2 ACTUALITÉS r Evasion fiscale L’affaire UBS suscite des divulgations volontaires au Canada FRANÇOIS DESJARDINS Sensibles au battage médiatique entourant la chasse à Invasion fiscale que mènent les Etats-Unis en Suisse, une douzaine de clients canadiens de la banque suisse UBS ont récemment fait des divulgations volontaires de 4,5 millions auprès du gouvernement fédéral.Le ministre du Revenu, Jean-Pierre Blackburn, a affirmé hier au Devoir que le gouvernement avait reçu 38 appels au cours des dernières semaines.Jusqu’à présent, le tiers de ces contribuables ont choisi de s’agenouiller au confessionnal fiscal pour éviter des pénalités ou des ennuis juridiques.La divulgation volontaire est une démarche visant à rectifier le tir sur des informations erronées ou incomplètes, ou à fournir des informations qui n’avaient pas été encore déclarées.En retour, le gouvernement s’engage à ne pas recourir aux tribunaux.La mesure s’inscrit généralement dans la lutte contre l’évasion fiscale.Les ministères du Revenu et de la Justice ont récemment eu des rendez-vous téléphoniques et par vidéoconférence avep UBS et les avocats de celle-ci.A l’instar de Washington, qui s’est battu fort pour obtenir les données sur 4450 clients soupçonnés de se soustraire au fisc, Ottawa a demandé la «collaboration» de la banque suisse.«UBS n’a pas dit non», a dit M.Blackburn lors d’un entretien avec Le Devoir en marge d’une conférence de presse portant sur l’aide aux travailleurs licenciés.«On a demandé la liste des noms [canadiens].Ils ont dit qu’ils veulent collaborer.Ils n’ont pas dit non, mais ils n’ont pas dit oui.On est dans un processus de discussion.» Outre les divulgations volontaires de 4,5 millions liés à des comptes suisses, Ottawa a reçu sept divulgations volontaires pour d’autres pays.Celles-ci totalisent deux millions.M.Blackburn a affirmé hier que les conservateurs allaient bientôt présenter de nouvelles mesures pour aider les travailleurs «de longue date» qui ont perdu leur emploi.S’exprimant au nom de la ministre des Ressources humaines, Diane Finley, il n’a pas offert de précisions.Dans la liste des 4450 clients, il y aurait au moins deux Canadiens.Ottawa ignore les sommes en cause ou le nombre total de clients canadiens qui pourraient avoir utilisé UBS pour y déposer des revenus générés dans des paradis fiscaux.Certains fiscalistes ont déjà affirmé qu’Ottawa est impuissant devant l’évasion fiscale et que son rapport de force envers la Suisse est faible.Pour sa part, Revenu Canada souhaite des amendements législatifs pour améliorer la lutte contre l’évasion fiscale.Dans un contexte d’ambiance préélectorale, cet espoir pourrait se buter aux menaces que brandissent les partis d’opposition à l’endroit du gouvernement minoritaire.Le Devoir Recherche sur le sida : une nouvelle percée Paris — Des chercheurs ont mis au point une nouvelle molécule capable de bloquer l'entrée du virus du sida dans les cellules, contrairement aux traitements actuellement disponibles qui visent à stopper la réplication du virus.La molécule, appelée CD4-HS, a été mise au point par des chercheurs de cinq organismes: CEA, CNRS, Institut Pasteur, Université Joseph Fourier et Université Paris-Sud 11, selon un communiqué commun.Leurs travaux, conduits par Françoise Ba-leux, ont été publiés dans la revue Nature Chemical Biology.Selon eux, «cette alliance tout à fait originale entre un sucre et un peptide représente une nouvelle stratégie thérapeutique prometteuse visant à agir bien avant l’entrée du virus dans la cellule».Les chercheurs rappellent que la mise au point de quelque 25 molécules thérapeutiques, depuis le début de l’épidémie, a considérablement augmenté la survie des patients.Effets secondaires Mais la plupart des traitements s’accompagnent d’effets secondaires importants et provoquent de «nombreuses résistances».Parmi les nouvelles stratégies thérapeutiques, certaines visent à bloquer l’entrée du vi-rus dans la cellule.À cet égard, «la glycoprotéine gp 120 située sur la membrane du virus pourrait être une cible pharmacologique de choix puisqu’elle permet la reconnaissance par le virus d’un récepteur sur la cellule, la molécule CD4», indiquent les chercheurs.Il reste encore, selon les chercheurs, à réaliser des tests in vivo.Agence France-Presse Campagne préélectorale Les libéraux lancent une première salve publicitaire MARCO BÉLAIR CIRINO Les Canadiens méritent mieux qu’un gouvernement conservateur, martèle le chef du Parti libéral du Canada (PLC), Michael Ignatieff, dans une première salve publicitaire préélectorale.Le chef du PLC rappelle dans l’une des deux publicités en français que les conservateurs avaient prédit qu’il n’y aurait ni récession ni déficit au Canada, avant de devoir se rétracter quelques mois plus tard.«Quand le gouvernement Harper vous dit dans la même année qu’il n’y aura pas de récession, puis qu’il n’y aura pas de déficit, pour finalement vous dire qu’il y a une récession et qu’on aura un déficit record de 50 milliards de dollars, c’est que ce gouvernement est complètement déconnecté de la réalité et irresponsable», a lancé M.Ignatieff.Le chef libéral déplore, dans la seconde publicité en français, qu’après quatre ans et trois ministres de l’Environnement, le Canada soit passé au dernier rang des pays du G8 qui se sont engagés dans la lutte contre leà changements climatiques.Dans la publicité en anglais, M.Ignatieff soutient que le pays a besoin «d’une nouvelle façon de penser, d’un gouvernement qui voit grand et d’une perspective plus mondiale».Ce sont d’ailleurs les premières publicités télévisées où Michael Ignatieff est mis en vedette depuis le 10 décembre 2008, quand il a été couronné chef du PLC.Les slogans que les libéraux ont retenus pour celles-ci: «Nous méritons mieux» en français et «Nous pouvons faire mieux» en anglais.Réplique conservatrice Les conservateurs ont cherché à allumer un contre-feu en rendant public un enregistrement audio où M.Ignatieff, sur le point de se lancer en politique, parlerait en privé avec ses collègues universitaires de Harvard en 2005.«C’est peut-être la dernière fois qu'il [a été] réellement lui-même», ont-ils laissé entendre.Les conservateurs ont dépeint, plus tôt cette année, le chef libéral comme un intellectuel arrogant n’ayant pas de véritables attaches avec le Canada.Le ministre de l’Immigration, Jason Kenney, a affirmé, CHRIS WATTIE REUTERS Michael Ignatieff lors de la dernière réunion de son caucus à Sudbury, en Ontario hier, que «Michael Ignatieff tente de se refaire une image d’homme du peuple», mais que cela est une «ruse».«[Michael Ignatieff] espère que les Canadiens vont oublier ce qu’il a dit ou fait», a-t-il ajouté, faisant référence aux 34 années que M.Ignatieff a passées à l’étranger.«U espère que les Canadiens ne verront pas qu’il met la reprise économique du Canada en pé- ril en imposant des élections inutiles», a renchéri M.Kenney.Dans son message en anglais, Michael Ignatieff répond indirectement aux critiques qui lui ont reproché d’avoir passé plus de 30 ans à l’étranger.«Partout où j’ai travaillé, j’ai rencontré des Canadiens qui étaient ce que le monde avait de meilleur à offrir», a-t-il dit, avant d’inviter ses compatriotes à s’intéresser tout particulièrement aux marchés indien et chinois.Le directeur national du PLC, Rocco Rossi, estime que son parti mise sur des publicités qui véhiculent un message d’espoir et qui expliquent la vision du PLC, plutôt que sur des attaques personnelles.L’ex-chef de cabinet adjoint de Stephen Harper, qui a participé aux campagnes publicitaires du Parti conservateur, Patrick Muttart, croit que les publicités libérales interpellent seulement une partie «riche, urbaine et internationaliste» de la population.Le Devoir Avec La Presse canadienne et l'Agence France-Presse Élections municipales Harel présente ses candidats dans l’arrondissement du Plateau-Mont-Royal MARCO B É LAI R-CI RI N O La chef de Vision Montréal et candidate à la mairie, Louise Harel, a présenté samedi ses candidats dans l’arrondissement du Plateau-Mont-Royal aux élections municipales du 1" novembre prochain.L’ancien vice-président du comité exécutif de la Commission scolaire de Montréal (CSDM) et coordonnateur de l’association d’arrondissement du Plateau-Mont-Royal pour Projet Montréal, Guillaume Vaillancourt, briguera la mai- rie de l’arrondissement.Il affrontera notamment Michel Labrecque, d’Union Montréal, et Luc Ferrandez, de Projet Montréal.Alors que l’ex-députée libérale de Mercier de 2001 à 2003, Nathalie Rochefort, sera candidate au poste de conseillère municipale dans le district de Jeanne-Mance, la fondatrice et présidente du Conseil des arts du Québec, Jennifer-Lee Barker, sera candidate au poste de conseillère d’arrondissement.Dans le district de Lorimier, la cofondatrice de l’Association québécoise des lobbyistes, Martine Hébert, sera candidate au poste de conseillère municipale et la coordonnatrice de deux centres de recherche affiliés au Centre d’études et de recherches internationales de l’Université de Montréal, Christine Féchette, sollicitera le poste de conseillère d’arrondissement.Le directeur général du Centre de services communautaires du Monastère, un organisme à but non lucratif qui gère un immeuble pour les organismes communautaires et culturels du Plateau, Pierre Marquis, sera pour sa part candidat au poste de conseiller municipal dans le district du Mile-End.L’identité du candidat au poste de conseiller d’arrondissement dans le même district sera annoncée sous peu, promet Vision Montréal.«Pour mener à bien tous leurs projets et remettre de l’ordre dans l’administration de l’arrondissement, l’équipe de Vision Montréal du Plateau-Mont-Royal pourra compter sur le soutien actif du tandem Harel-Labonté», a affirmé Louise Harel.Le Devoir Prisonniers afghans : des documents manquants MURRAY BREWSTER Ottawa — La Commission d’examen des plaintes concernant la police militaire a demandé au tribunal de forcer le gouvernement conservateur à déposer des documents relatifs aux prisonniers afghans remis par les militaires canadiens aux autorités locales, et a assigné à comparaître de hauts fonctionnaires et d’anciens officiers pour faire la lumière dans ce dossier.La commission tente ainsi de surmonter les obstacles qui l’empêchent d’avancer dans son enquête relativement aux allégations datant de 2007 selon lesquelles des policiers militaires canadiens ont transféré des détenus aux autorités afghanes en dépit des faits leur indiquant que ces prisonniers pourraient subir la torture.Selon le chef de cabinet de la commission, Sylvain Roy, la demande d’injonction en Cour fédérale concerne des documents qui ont déjà été soumis à l’enquête, mais qui avaient été lourdement censurés.M.Roy a ajouté en entrevue à La Presse canadienne que la commission n’arrivait pas à obtenir les informations nécessaires pour remplir son mandat, qui est de mener une enquête ouverte et transparente.La commission a finalement décidé d’exercer ses pouvoirs en vertu de la Loi sur la défense nationale.En plus de réclamer ces documents, la commission a assigné à comparaître quatre excommandants des troupes canadiennes à Kandahar, le sous-ministre des Affaires étrangères et quatre hauts fonction- naires, ainsi que le directeur des Services correctionnels du Canada.M.Roy a cependant refusé de préciser lesquelles de ces assignations étaient destinées au dévoilement des documents et celles qui obligeront de hauts fonctionnaires à comparaître à titre de témoin aux audiences publiques prévues par la commission.Il a toutefois indiqué que la commission comptait sur la «coopération des parties» visées.La Presse canadienne DE RETOUR CE SOIR 19 h LE GODE CHASTENAY LA DÉPENDANCE À LA NICOTINE CHEZ LES JEUNES.CERTAINS DEVIENNENT ACCROS, D’AUTRES NON.DES SCIENTIFIQUES CROIENT SAVOIR À QUEL MOMENT SE CRÉE L’ACCOUTUMANCE.telequebec.tv Téle-Quebec I.E 1) E V (MR.L E M A RDI « S E I’ T E M B H E 2 E V 0 I H , L E M A li I) I « SEPT E M B R E 2 0 0 !) A (> EDITORIAL Le G20 de la finance Retour en arrière En avril dernier, les chefs d’État du G20 réunis à Londres avaient promis-juré de réformer la planète financière en lui administrant une bonne dose de «moralisation».Au terme du G20 des ministres des Finances, que constate-t-on ?Sur l’essentiel, ces messieurs ont accompli une opération qui s’en tient aux apparences.Sur le fond, ce sera business as usual.Serge Truffaut 1 y a un an ces jours-ci, la banque d’affaires Lehman Brothers fermait boutique.Dans les semaines suivant la chute de ce mastodonte, des établissements financiers américains évitaient la faillite grâce à une injection massive de fonds publics.Simultanément, au Royaume-Uni, le premier ministre, Gordon Brown, ordonnait une quasi-nationalisation du secteur bancaire.Tout aussi simultanément, mais en Allemagne et en France, les responsables politiques accordaient des prêts à petit prix avec l’espoir d’esquiver une asphyxie interbancaire.En un mot, les gardiens du Trésor public avaient agi de concert afin de fuir le territoire funeste de la Grande Dépression.Après avoir effectué l’inventaire des causes à l’origine de maux ayant coûté 5000 milliards, les argentiers, les élus, ainsi que les autorités concernées, les hauts fonctionnaires, s’étaient engagés à encadrer le travail des agences de notation, les Moody’s, Standard & Poor’s et consorts qui avaient sous-évalué les dommages inhérents à des véhicules financiers, à modifier les exigences de prudence faites aux banques de manière à ce que leurs assises soient plus solides et surtout à bouleverser le régime des salaires et des primes des courtiers parce qu’il avait ceci de très pernicieux, d’éminemment nocif, qu’il favorisait une prise indue du risque.Au cours du mois précédent, le président Nicolas Sarkozy montait au front en imposant aux banques françaises le bonus-malus.De quoi s’agit-il?Un, on plafonne le montant du bonus enregistré au cours d’un exercice financier.Deux, on étale son paiement sur une période de trois ans.Trois, si au cours de l’exercice suivant le courtier affiche une contre-performance, on soustrait celle-ci du montant dû.Dans les jours suivants, la chancelière Angela Merkel appuyait la proposition de Sarkozy.D’autres chefs d’Etat de la zone euro, c’est à retenir, approuvaient le geste de l’axe Paris-Berlin.Londres?Dans un premier temps, le cabinet Brown adopta une attitude volontairement ambiguë.Puis ce fut oui avant que celui-ci se transforme lors du G20 tenu en fin de semaine en oui, mais.Idem à Washington qui a ceci de commun avec Londres que leurs monnaies sont concurrentes à l’euro.Si le duo anglo-américain convient qu’il y a lieu d’étaler le paiement de bonus, il ne veut pas, mais pas du tout, qu’il soit plafonné.Leur argument?Si l’on fixe une limite à la récompense financière, les meilleurs courtiers de Wall Street et de la City vont plier bagage en direction de Dubaï, de Singapour ou de Shanghai.Cette posture a, quelque chose de fallacieux, pour ne pas dire de malhonnête.A ce que l’on sache, la demande pour des emplois dans les places fortes de la finance excède l’offre actuelle.Mais il y a surtout ceci: est-ce que les médecins, ingénieurs et autres professionnels ont quitté l’Allemagne ou la France pour s’installer aux Etats-Unis où ils seraient mieux payés?Non! Dans cette histoire, il y a un énorme paradoxe: on a posé le bon diagnostic, mais on interdit, dans les faits, la consommation des médicaments appropriés.Autrement dit, faute d’avoir tiré des enseignements on,prend le risque de se retrouver Gros-Jean comme devant.A preuve, l’édition dominicale du New York Times qui nous apprenait que certains établissements concoctaient une recette analogue à celle employée pour les subprimes.Mais dans un secteur d’activité différent.Lequel?L’assurance vie.En effet, des cracks de l’ingénierie financière préparent la distribution d’une titrisation d’assurance.Que l’on y pense un instant.Le monde a été plongé dans la pire crise financière jamais observée depuis la Seconde Guerre mondiale à cause de subprimes, credit default swaps et autres produits toxiques.Et alors?Des petits malins constatant l’inertie des pouvoirs, de tous les pouvoirs, entendent reprendre là où l’on en était avant l’implosion de la bulle.Après tout, pourquoi se priver?LE DEVOIR FONDÉ PAR HENRI BOURASSA LE 10 JANVIER 1910.FAIS CE QUE DOIS Directeur BERNARD DESCÔTEAUX Rédactrice en chef JOSÉE BOILEAU Vice-présidente, finances et administration CATHERINE IABERGE Directeur de l’information ROLAND-YVES CARIGNAN Directeurs adjoints de l’information PIERRE BEAULIEU, LOUIS LAPIERRE, JEAN-FRANÇOIS NADEAU Directeur artistique CHRISTIAN TIFFET Directrice, ventes publicitaires MANON BÉLAND m M ?U&L\Ciî& liBÉlUlTS.LETTRES Visez bas Il fut un temps où les élus, qu’ils soient au gouvernement ou dans l’opposition, défendaient des idées.Pour ou contre, c’était aux citoyens de choisir, de décider.Les idées et les projets défendus étaient clairs, nets et précis.Aujourd’hui, les politiciens susceptibles de prendre le pouvoir évitent de se prononcer clairement suç quoi que ce soit.A î’aube peut-être d’une cinquième élection fédérale depuis l’an 2000, on nous demande encore de voter, d’exercer ce droit si important pour la vie démocratique et patati et patata.Mais on se fout de notre gueule.A Ottawa, ce sera toujours un duel entre conservateurs et libéraux.Dans l’opposition, Stephen Harper défendait l’idée d’un Sénat élu et qualifiait d’acte antidémocratique le fait que les libéraux nomment leurs petits amis.Et que font-ils une fois au pouvoir?La même chose.Et le fait de nommer un ancien entraîneur de hockey, aussi sympathique soit-il, ne cache pas le fait que les huit autres nominations sont purement partisanes.Et avez-vous remarqué le silence embarrassé des libéraux d’Ignatieff au sujet de ces nominations partisanes?Difficile en effet de critiquer et de dénoncer ce que l’on fait soi-même.Dans Kennedy and the Promise of the Sixties (Cambridge University Press, 2002), dont j’ai terminé la lecture le jour même où le sénateur Edward Kennedy est décédé, l’auteur W.J Rorabaugh explique pourquoi les politiciens ne font plus de promesses: «The fading elite knew, better than did the newcomers, that it was difficult for goverment to accomplish goals and that overpromising and overreaching could prove disastrous.» Traduction fibre: «Les élites décadentes savaient, mieux que les nouveaux venus, qu’il était difficile pour un gouvernement d’atteindre ses buts et que faire trop de promesses ou viser trop haut peut s’avérer catastrophique.» Alors, on vise bas, on ne promet plus rien et on se tient tranquille! Pas surprenant que de moins en moins de gens votent.Au dernier scrutin — c’était en octobre dernier —, le taux de participation à une élection fédérale est passé pour la première fois en dessous des 60 % avec 58 %.Sylvain Daignault La Prairie, le 1er septembre 2009 Bye bye Harper, bonjour Michael Ignatieff Je suis outré d’entendre Stephen Harper dire qu’il n’a pas l’intention de plier devant les partis d’opposition.Est-il conscient qu’il est dans un Parlement minoritaire?Je crois que non.Michael Ignatieff lui a ouvert une porte toute grande au début de l’été pour l’appuyer et faire fonctionner le Parlement.Stephen Harper a préféré gaspiller son été à dépenser l’argent des contribuables aux quatre coins du pays plutôt que de s’asseoir avec les autres partis pour en venir à une en- tente.Si une élection est déclenchée maintenant, mon choix est déjà clair: bye bye Harper, bonjour Michael Ignatieff.Il aura mon vote, il le mérite! Charles Beaudet Saint-Marc-sur-Richelieu, le 3 septembre 2009 La langue de chez nous Selon Marie-Eva de Villers, auteure du Multidictionnaire, «la langue parlée par les Québécois et celle parlée par les Français tendent à se rapprocher avec les années».Elle fonde son affirmation sur la comparaison de la langue observée dans Le Monde et dans Le Devoir.Cette étude ne prouve qu’une seule chose: que Le Devoir est un journal bien écrit.Pour ce qui est d’autres quotidiens comme Le Journal de Montréal ou Le Soleil, il en va tout autrement.De plus, on ne peut pas raisonnablement affirmer, sur la base de la qualité de la langue dans Le Devoir, que la langue «parlée» par les Québécois se rapproche de celle des Français.Il suffit de prendre l’autobus à la sortie d’un cégep et d’écouter les conversations pour se faire une idée juste de la tendance du français parlé au Québec: à l’oral, l’écart avec le français d’Europe s’accentue rapidement, conformément hélas au modèle notamment véhiculé par la télévision généraliste québécoise et socialement valorisé.Jean-François Dupuis Québec, le 31 août 2009 LIBRE OPINION BYE BYE 2008 La tolérance multiculturelle ou la nouvelle inquisition MATHIEU BOCK-CÔTÉ Candidat au doctorat en sociologie de l’UQAM La décision tout juste rendue par le CRTC à propos du Bye Bye 2008 est exemplaire du totalitarisme sournois qui, depuis quelques années, sous les habits de la rectitude politique, corsète la liberté d’expression ap Canada et dans les autres sociétés occidentales.A la lecture de cette décision rédigée dans le plus pur style de la nov-langue managériale, on devine à quel point s’annonce une prochaine grande noirceur pour le débat public dans les sociétés qui sacrifient la liberté du débat public à la fiction idéologique de l’harmonie intercommunaulaire imposée par les bureaucrates experts au service de la «diversité».Il faut d’abord situer le propos au bon niveau.Il ne s’agit aucunement de savoir s’il faut approuver ou non tel sketch du Bye Bye ou telle déclaration qu’a pu y faire un des «humoristes» qui s’y retrouvait, mais de reconnaître le caractère li-berticide de l’encadrement de la liberté d’expression par la rectitude politique qui se présente sous les apparences de la tolérance multiculturelle.Cette dernière, qui passe pour la plus noble des vertus dans nos sociétés converties au pluralisme identitaire, masque en fait, derrière les appels au respect de l’autre, une nouvelle censure qui n’est pas sans rappeler les origines marxistes du multiculturalisme.La notion centrale au cœur de la tolérance multiculturelle est celle prohibant les «propos offensants» envers certaines «communautés» à travers ceux qui prétendent les définir.C’est elle d'ailleurs qui a été mobilisée dans la condamnation du Bye Bye 2008.Elle n’est pas sans rappeler la crise des caricatures danoises ou encore les tentatives de plus en plus insistantes pour faire bannir des librairies européennes l’album Tintin au Congo.Il est de plus en plus courant, dans les sociétés occidentales, d’en appeler à la censure des propos qui sont jugés offensants par certains lobbys qui parviennent ainsi à se soustraire à la critique publique, la plupart du temps au nom de l’antira-cisme ou de la lutte à la discrimination.La méthode est toujours la même: on accuse celui qui s’est hasardé à transgresser la rectitude politique de tenir des propos haineux, ou à tout le moins, coupables d’insensibilité envers certaines communautés.Se déploie ainsi un espace public aseptisé où la tolérance multiculturelle justifie la régression systématique de la liberté d’expression, et cela, dans une de ses manifestations les plus indispensables, celle du droit de caricaturer et de tenir des propos n’ayant pas à recevoir l’imprimatur des lobbies qui sont parvenus à transformer en catégorie administrative ou juridique leur définition très particulière du blasphème.Rien de surprenant à voir l’humour ici pris à partie — et dans le cas présent, de manière particulièrement paradoxale, car le Bye Bye 2008, comme l’ont d’ailleurs noté les responsables de Radio-Canada, avait justement pour ambition de tourner en dérision les propos qu’on lui a reproché de tenir.Il ne faut pas être grand sorcier pour deviner la suite: l’espace public tel qu’il est reconstruit par le multiculturalisme d’Etat sera nécessairement fragmenté à partir de lobbies bien organisés disposant chacun d’un droit de veto dans la représentation publique que l’on proposera de ceux dont il prétend parler.Cette tolérance agressive, qui fait taire les irrévérencieux ou les impénitents, elle fonctionne évidemment à sens unique.Il suffit de se rappor- ter au Bye Bye 2007 pour constater qu’elle se déploie bien autrement lorsqu’il est question de la majorité historique dans nos sociétés.On se souvient du contexte, marqué par la crise des accommodements raisonnables et plus particulièrement par le code de vie de Hérouxville qui fut accueilli dans la stupeur par l’intelligentsia progressiste.Lors de ce Bye Bye, on caricatura l’ADQ et son chef en les présentant comme une collection d’analphabètes pratiquant le salut hitlérien et les gens de Hérouxville comme les parfaits représentants d’un Québec profond consanguin à l’intolérance crasse et vulgaire.La bonne cible Pourtant, à ce moment, et heureusement, faut-il le dire, personne n’a mené une campagne médiatique contre la SRC pour diffamation.H faut savoir que l’on se moquait alors de la bonne cible, le «colon des régions», comme on se moque en France du beauf et aux États-Unis du redneck.D’aucune manière la tolérance multiculturelle n’entend censurer ceux qui participent avec elle à la diabolisation de la majorité nationale.La conséquence politique la plus évidente de cette nouvelle culture médiatique ne fait pas de doute: on assiste au déploiement d’un dispositif inhibiteur fondé sur l'intimidation de ceux qui remettraient en question les dogmes de la rectitude politique.Il sera de plus en plus hasardeux pour des acteurs publics de critiquer les lobbies immaculés qui se sont placés à l’abri de la censure, alors qu’il sera recommandé, pour augmenter son crédit idéologique, de poursuivre la diabolisation de la société occidentale en multipliant les procès en «racisme», «sexisme» et «homophobie».Les seuls propos admis dans l’espace public se- mmÊÊmmmtam ront ceux qui travailleront à la transformation thérapeutique du groupe majoritaire, appelé à se fondre dans une nouvelle société fondée sur la disqualification de son expérience historique.Inversement, au nom de l’interdiction des propos en appelant à la «discrimination», on proscrira les opijiions en contradiction avec le multiculturalisme d’État en les assimilant toujours à la figure de l’intolérance.Il n’est pas impensable d’envisager dans quelques années seulement l’apparition de nouvelles versions expurgées des œuvres d’Aristote, de Montesquieu, de Shakespeare ou de Molière pour les rendre conformes à la nouvelle religion multiculturelle.C’est le propre des idéologies de ne rien tolérer de ce qui les contredit et de pratiquer au nom de lendemains meilleurs la persécution au temps présent.A terme, on assistera probablement, comme c’est d’ailleurs déjà le cas, à la mise à l’index des œuvres et des idées en contradiction avec la tolérance multiculturelle et à la reprogrammation intégrale des représentations sociales à partir du modèle de l’égalitarisme identitaire le plus intransigeant Il ne s’agit certainement pas de dire que le dernier Bye Bye était sans reproche, et l’habituelle controverse qui a suivi sa diffusion nous a rappelé qu’il s’était surtout rendu coupable d’un crime finalement bien plus grave que ceux que lui reprochent les savants experts au service du multiculturalisme officiel: il n’était pas drôle.Il manquait d’humour, d'esprit et de finesse.Il se voulait platement pédagogique et se complaisait dans les fieux communs les plus éculés du Québec médiatique.Cela aurait dû suffire à en faire une critique sévère.Mais la gauche multiculturelle n’allait pas se priver d’un procès en racisme contre la société québécoise.Elle ne s’en prive jamais, d’ailleurs.CMMKI e ncNniCi CMMKJM EU I.E I) E V OU!.I.E M AUDI X S K l> T K M I! |! K 2 0 (I !» A 7 IDEES Les services publics malmenés .¦ > aa@.JACQUES NADEAU LE DEVOIR St-luHireni X-Ut) LAtDIAW PIERRE BERNIER Professeur associé à l’École nationale d'administration publique et chercheur à l’Observatoire de l’administration publique r=—=-=| epuis quelques mois, le ser- Dvice public québécois, aussi bien sa gouvernance que l’encadrement de ses produits, est sujet de manchettes préoccupantes, porteuses d’informations qui contaminent la confiance des citoyens en la capacité de gestion préventive des insti- ______________ tutions publiques.Ainsi, force est de constater que le processus pour la mise à niveau de l’encadrement éthique des dirigeants politiques et administratifs laisse songeur.De même, à quelques mois de l’échéance d’une révision de la tarification des centaines de biens et services publics qui affectent la vie quotidienne des citoyens québécois, l’absence de critères pour l’organisation et la hiérarchisation de ces produits se montre tout aussi alarmante, laissant toute la place aux analyses courtes, à l’improvisation des officines administratives laissées sans boussole.ou, pire, aux appétences des cabinets ministériels.Pareil constat est de mauvais augure pour les débats, indispensables bien sûr, concernant les corrections aux modalités de leur financement annoncées au dernier budget limites du pragmatisme institutionnel • Marqués par une tradition institutionnelle dépourvue d’un véritable système intégré de droit administratif, les législateurs québécois n'ont pas cru opportun, jusqu’à maintenant, de fournir aux citoyens des définitions consistantes et cohérentes permettant de distinguer les «services publics» qui relèvent de leur aire de compétences.Après la création de la Commission des services d’utilité publique (1907), les principes et les conditions attachés aux nombreux produits placés sous patronage de l’appareil administratif ont été progressivement éparpillés à travers diverses lois sectorielles: aujourd’hui, une quarantaine de textes organiques en traitent sans règles directrices.Résultat: sans dispositif officiel «d’appellations contrôlées» et faute d’informations lisibles et compréhensibles autant sur les effets tangibles visés par ces produits que sur leurs coûts de revient, toutes les prestations d’origine publique sont spontanément perçues comme se limitant aux mêmes caractéristiques sommaires: c’est-à-dire des produits décidés par les pouvoirs publics, façonnés par l’administration publique et financés par les impôts.Cette vision réductrice ne résiste évidemment pas à l’analyse de la réalité de tout Etat moderne au service d’une société complexe.Mal d’État Sur le plan pratique, la situation actuelle prescrit qu’il y a «services publics» au Québec quand l’autorité publique — locale, régionale, nationale, voire supranationale — décide qu'une activité, un bien ou un service qu’elle estime indispensable L’autoroute Métropolitaine ne peut être rendu disponible à la population de façon satisfaisante et pérenne par le seul truchement du «laisser-faire»: c’est-à-dire par son confinement à l’initiative individuelle ou à l’archaïque logique marchande.Mais n’entretenant qu’une telle définition imprécise des finalités ou attributs des divers produits relevant des missions reconnues ici à l’État, autant les «faits administratifs» de l’État puissance publique (attribution de statuts, permis obligatoires, constats d’infraction, etc.) que les aides octroyées par l’État acteur économique, les ser-vices de l’État providence ou les prestations de l’État organisateur de la vie en société (aménage ment et de protection du territoire, infrastructures) sont spontanément perçus comme étant de constitution et de financement identiques et comme devant respecter les mêmes standards quantitatifs et qualitatifs.Dans ce contexte marqué par l’absence d’une hiérarchie notionnelle, que seul un cadre juridique adéquat pourrait établir, l’opinion publique tend légitimement à conclure que le financement de toutes les actions conduites ou attendues du secteur public relèvent d’une seule équation: un régime d’impôts progressif, doublé d'un disposi- tif de taxation égalitaire, justifie la gratuité des prestations publiques.On comprend qu’entretenant une telle conception abrégée, soutenue par un vide juridique d’une autre époque, tout débat sur les modes de production, de prestation et, maintenant, sur le financement des services publics sous l’égide de l’État québécois rencontre des difficultés considérables.Tout individu rationnel répugnant à la pensée de devoir payer deux fois le même service, comme d’ailleurs l’ont mis en lumière certaines polémiques entourant les RPR Un cadre Il faut savoir que des situations semblables sous d’autres latitudes ont évolué au cours des dernières décennies.En Europe, par exemple, des distinctions normatives sont clairement établies aujourd’hui entre «services d’intérêt général et catégoriel», «services universels et services de portée territoriale ou sectorielle», «services d’intérêt économique général et services d’intérêt industriel ou commerciale» permettant de circonscrire les biens et services collectifs, matériels ou immatériels, et instrumenter les débats concernant la portée et l’acuité des décisions des pouvoirs publics.Au Québec, afin de structurer un dialogue devenu urgent, en raison notamment d’une reconnaissance gouvernementale tardive des impacts prévisibles de la crise économique sur les finances publiques, et avant de se résoudre à recourir sans nuance à des solutions comptables brutalement indicielles et paramétriques, n’appartient-il pas à l’État de proposer des distinctions clarificatrices pour les citoyens et engageantes pour les pouvoirs publics?Les bénéfices d’une Charte Aujourd’hui, une véritable charte sur les services publics est nécessaire au Québec.Pour s’avérer utile, cette déclaration doit différencier nature et finalités des produits publics, prescrire les règles obligatoires à observer pour leur instauration ou leur maintien, définir et ordonner les critères de gestion de la disponibilité, de l’accessibilité et de financement adaptés aux diverses catégories de biens et services et, surtout, contraindre dorénavant à une évaluation publique périodique de ces produits.Une évaluation parlementaire qui ne se limite pas qu’aux coûts directs ou indirects des prestations, mais qui inclut, enfin, des mesures sur l’atteinte des effets recherchés dans le,cadre des missions d’intérêt public reconnues à l’État québécois.Au stade actuel, seule une initiative transparente de cet ordre favoriserait des débats éclairés susceptibles de déboucher sur des choix consensuels porteurs.Des effets collatéraux non négligeables En outre, un tel exercice correctement conduit procurerait deux bénéfices conjoncturels.D’abord, il favoriserait une reprise de conscience indispensable: celle que les besoins essentiels de la nation québécoise, devant être adéquatement comblés par la richesse collective prélevée sur le territoire, ne se limitent pas qu’aux «lits d’hôpitaux» ou aux «places en garderie» pour jeunes ou vieux.comme pourrait devoir s’en contenter certaines administrations infranationales voisines.Ensuite, une telle mise au point, ancrée dans une constitution québécoise devenue nécessaire à divers titres, se montrerait judicieuse pour encadrer les négociations de tous ordres qui, au sortir de la crise, ne vont cessçr de se multiplier, notamment à l’instigation d’États partenaires, mais néanmoins concurrents, sans doute tentés plus que jamais d’imposer leur vision des biens et services publics acceptables! Les législateurs québécois n’ont pas cru opportun de fournir des définitions cohérentes permettant de distinguer les «services publics» qui relèvent de leur aire de compétences Manifeste pour une social-démocratie concurrentielle MARCEL BOYER Professeur émérite de sciences économiques à l’Université de Montréal, fellow du CIRANO et économiste principal à l’Institut économique de Montréal ¦.ien des débats sociaux, économiques B et politiques ayant cours actuellement dans nos sociétés proviennent non pas d’un conflit entre gauche et droite ou socialistes et néolibéraux, mais plutôt 11 d’une confusion entre fins et objectifs d’une part et moyens et modalités d’autre part.Je prétends dans l’ouvrage Manifeste pour une social-démocratie concurrentielle que le modèle social-démocrate concurrentiel permettrait de mieux profiter des possibilités de croissance et de bien-être qu’offrent les nouvelles technologies d’information et de communication, la globalisation des marchés et l’internationalisation des cultures et de mieux relever les défis économiques et sociaux que posent ces développements.La social-démocratie concurrentielle se définit par rapport à trois éléments fondamentaux: la capacité des individus de faire des choix rationnels, le partenariat social qui définit et façonne l’individu, le besoin de mécanismes explicites et efficaces de coordination et d’incitation permettant un usage optimal des ressources disponibles.C’est à partir d’une conception réaliste de l’État que se justifient dans la social-démocratie concurrentielle les limites imposées aux pouvoirs publics, en particulier dans la production et la distribution de biens et services publics et sociaux, au profit d’un recours systématique aux processus plus transparents que constituent les processus concurrentiels, de marché ou autres.Modèle vieilli et dépassé Le modèle social-démocrate dominant ou traditionnel s’appuie sur une pensée et un discours politiques et un modèle social usés, vieillis et dépassés.C’est une social-démocratie orientée vers la préservation des droits acquis, la protection des rentes et intérêts corporatistes et la sauvegarde des vaches sacrées, bref une social-démocratie peu motivante, peu innovante, tolérante de la médiocrité, figée et enfermée dans son passé, et endormie dans une langue de bois où la forme et le contenant dominent le réel et le contenu.La social-démocratie concurrentielle est une social-démocratie moderne, innovante, responsable, basée sur un nouveau modèle social issu de l’analyse socio-économique des organisations et des institutions efficaces.C’est une social-démocratie résolument orientée vers les fins et objectifs (à atteindre par les moyens les plus efficaces et les plus économiques possible), largement ouverte aux changements technologiques et organisationnels et favorable à l’émergence d’un pouvoir de compétence dans tous les milieux et dans toutes les sphères d’activité.C’est une social-démocratie flexible, hostile à la médiocrité et allergique à la mainmise des groupes d’intérêt et de pression de toute nature sur le pouvoir public, ses prérogatives et ses programmes.Cinq grands programmes définissent cette nouvelle social-démocratie concurrentielle.¦ Favoriser le développement et le maintien de compétences-clés bien définies dans les secteurs gouvernemental et concurrentiel.Le rôle du premier est de recenser les besoins des citoyens en biens et services publics et sociaux (BSPS), de faire les arbitrages nécessaires, et de gérer les contrats et partenariats pour leur production et distribution au meilleur coût possible et dans le meilleur intérêt des citoyens.Le rôle du secteur concurrentiel (entreprises privées, entreprises coopératives, organisations communautaires, organisations de la société civile, organismes sans but lucratif, etc.) est de produire efficacement les BSPS, en utilisant les meilleures ressources humaines et matérielles possible, motivé comme il se doit par la recherche d’une efficacité concurrentielle maximale.¦ Favoriser le recours systématique aux mécanismes concurrentiels dans la production et la distribution des BSPS et s’abstenir de manipuler indûment les signaux de rareté et de valeur relatives que sont les prix concurrentiels; favoriser le développement et la mise en pratique d’un droit des citoyens de contester et de remplacer le cas échéant les producteurs et distributeurs actuels des BSPS.¦ Favoriser la prise en charge par chaque individu du développement et du maintien de son portefeuille de compétences; développer les outils et instruments de gestion de risque permettant aux individus de faire face aux changements inévitables dans leur environnement économique (fermeture d’usine, déplacement des emplois, création de nouveaux emplois et de nouvelles possibilités, délocalisation, etc.); impliquer de manière crédible les entreprises et organisations privées et publiques dans les programmes de formation et de maintien des compétences.¦ Diminuer les taux marginaux implicites de taxation des chômeurs et des assistés sociaux lorsqu’ils réussissent à dénicher des emplois à temps plein ou à temps partiel; combattre le développement de la dépendance des personnes grâce à un programme de redistribution directe des revenus fortement incitatif à l’autonomie individuelle; faire de même pour les entreprises faisant face à des conditions de concurrence particulièrement difficiles.¦ Mettre sur pied des méthodes et processus d’évaluation rigoureuse, transparente, indépendante et crédible des politiques et programmes publics.Le Manifeste pour une social-démocratie concurrentielle peut être téléchargé à l'adresse wwwxi-rano.qc.ca/manifeste L’ÉQUIPE DU DEVOIR RÉDACTION Information tfOn'-mlr et métropolitaine : Ciérald Dallaire (adjoint au directeur de l’information), Marie-Andrée Chouinard (éditorialiste, responsable de la page Idées), Stéphane Baillargeon (général), Clairandrée Cauchy (éducation), )vnx\v\e Corriveau (affaires municipales), Fabien Deglise (consommation), Dion (sports).louis-Oilles Francœur (environnement), htuline Gravel (sciences), Brian Myles (justice et faits de société), louise-Maude Rioux Soucy (santé), Alexandre Shields (général), Hiilippe P&pineau (pupitre) ; information itolilique : Michel David (chroniqueur), Hélène Buzzetti et Alec CastOtlguay (correspondants parlementaires à Ottawa), Antoine Robltallle et Robert Dutrisnc (correspondants parlementaires à Québec), Kathleen I-évesque (reporter) ; information culturelle : Michel Bélair (théâtre et cahier Culture), Guillaume Bourgault-Côté (reporter), Paul Cauchon (médias), Frédérique Doyon (reporter), Caroline Montpetit (livres), Isabelle Paré (reporter).Odile Tremblay (cinéma), Paul Bennett (pupitre cahiers spéciaux et culturels du weekend), Julie Carpentier (pupitre) ; information économique : Gérard Bérubé (adjoint au directeur de l’information).François Desjardins (reporter), Eric Desrosiers (reporter), Claude Turcotte (reporter), Dominique Rony (pupitre) .information Internationale : Guy Taillefer (adjoint au directeur de l'infitrmation), Serge Truffaut (éditorialiste), Claude I-évesque (reporter), Jean-Pierre Icgault (pupitre international, page éditoriale et cahier Perspectives) ; Diane Précourt (responsable des pages thématiques) : Jacques Grenier et Jacques Nadeau (photographes) ; Michel Garneau (caricaturiste) ; Michèle Malenfant et Christine Dunwet (correctrices) ; Benoît Munger (responsable du site Internet), Emilie Folie-Boivin et Vincent Cauchy (commis Internet) : Amélie Gaudreau (secrétaire à la rédaction); Jean-Jacques Coulombe et Étienne Plamondon Émond (commis à la rédaction) DOC! JMENTATION ( îilles Paré (directeur), Manon I Jerome (Montréal), Olivier Spéeiel (Québec), Monique Bhérer (Ottawa).IM 1B El CITÉ Julie Chrétien (directrice adjointe).Amélie Bessette, Jean de Billy, Jennifer Boily-Demers, Jean-François Bossé.Manon Bollard.Marlène Côté, Richard Dnuangmala.Amélie Maltais, Claire Paquet, F.lyssa Porlier, Chantal Rainville, Isabelle Sanchez.Nadia Sebaï (publicitaires).Sylvie Importe.Martine Bérubé (secrétaire).PRODUCTION Christian Goulet (directeur de production).Oliviet Zuida (directeur adjoint).Michel Bernatchez, Danielle Cantara, Richard Des Cormiers, Donald Fillon, Yannick Morin, Nathalie Zemaitis.INFORMATIQUE Yaniek Martel (administrateur Web).Hansel Matthews (technicien informatique).PROMOTION, DISTRIBUTION El' TIRAGE Caroline Simard (responsable service à la clientèle), Nancy Beaulieu, Manon Blanchette, Nathalie Fillon, Marie-I-une Houdi-Brisehois ; Jean-Robert Divers (responsable promotion).ADMINISTRATION Stéphane Roger (contrôleur), Olena Bilyakova (responsable des services comptables).Claudette Béliveau (adjointe administrative), Céline Furoy, Ghislaine I-afleur, Claudine Chevrier, Monique Protean, Danielle Ross. A 8 LE DEVOIR, L E M A R D I ACTUALITES SUITE DE LA PAGE 1 les assassinats des présidents Abraham Lincoln et Jonh F.Kennedy, fait remarquer l’ex-premier ministre péquiste.Prié de dire ce qu’il pensait de la lecture du manifeste du FLQ ce week-end sur les Plaines lors d’un point de presse hier, le ministre du Revenu national, Jean-Pierre Blackburn, a affirmé: «Je ne pourrais pas concevoir qu'on ne montre pas les deux côtés de l’histoire.Pierre Laporte a perdu la vie, et on ne peut pas se limiter à une seule partie de l'affaire.» Le président du caucus québécois du Parti conservateur du Canada, Steven Blaney, a ajouté qu’il faut tenir compte du contexte dans le quel le manifeste a été lu à la télévision et respecter la mémoire du ministre Pierre Laporte, qui a été assassiné par des membres du FLQ.Le ministre responsable de la CapitaleNationa-le, Sam Hamad, avait déclaré, vendredi, que les organisateurs du Moulin à paroles, en choisissant le manifeste du Front national du Québec (FLQ), faisaient l’apologie de la haine et du terrorisme, «en encourageant les gens dans le FLQ [sic]».Cette déclaration a été qualifiée, hier,
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