Le devoir, 12 septembre 2009, Cahier F
I.K l> K V (I I It .I, E S S A M EDI 12 E T I) I M A N *ri 1 - jsîfe^vv PHBébmi ,;ÇîiA ?JSÎ La bataille des plaines d’Abraham, à Québec, en 1759.t Les plaines d’Abraham, centre du monde M fs 111 i * t r tfff i m ftiLLt*r r læliH MATHIEU BELANGER REUTERS ; : ÙTf Il y a 250 ans, le 13 septembre 1759, sur les plaines d’Abraham, les Anglais ont défait les Français et les Canadiens.Mais ces derniers, ancêtres des Québécois, se situaient, bien qu’ils fussent des vaincus, au cœur d’un drame passionnant: un changement géopolitique mondial, unique dans l’histoire.L’Europe commençait à perdre de son influence au profit de l’Amérique.La conquête amorcée de la vallée du Saint-Laurent marquait ce rééquilibre planétaire.MICHEL LA PIERRE Le résultat géographique de l'ouverture des Canadiens à la mentalité des autochtones constituait un enjeu stratégique des plus cruciaux.Grâce aux alliances franco-amérin-diennes, Québec et Montréal n’étaient-ils pas les fondements d’une immense Amérique intérieure, qui, des Grands Lacs à la Louisiane, échappait jusqu’alors à la domination anglo-saxonne?On a récemment réédité, avec une préface de Jacques Lacoursière, La Guerre de la Conquête, de Guy Frégault.Dans cet ouvrage exemplaire, d’abord publié en 1955, l’historien québécois soulignait déjà la portée internationale de la chute de Québec en montrant que les colons britanniques d’Amérique, Benjamin Franklin en tête, souhaitaient, encore plus vivement que Londres, l’intégration du Canada dans le monde anglo-saxon par souci de cohésion continentale.C’était, en effet, dans son prolongement nord-américain que la guerre de Sept ans (1756-1763), conflit mondial avant la lettre opposant la Grande-Bretagne, la Prusse et le Hanovre à six autres pays (France, Autriche, Russie, Saxe, Suède et Espagne), trouvait l’issue la plus éclatante.Même la suprématie maritime britannique qu’elle a favorisée et l’essor de l’empire colonial qui en a découlé passaient au second plan.Comment nier que la victoire britannique de 1759 a renforcé le caractère anglo-saxon d’un continent, espace plus propice que jamais à la naissancç d’un pays indépendant appelé à grandir: les Etats-Unis?Elle fait oublier l’une des causes de la guerre de Sept ans: la rivalité entre l’Autriche et la Prusse.La prise de Québec et la disparition de la Nouvelle-France, qui en a résulté, ont permis, avec plus d’apparence de vérité, aux Etats-Unis, d’abord limités aux 13 colonies anglaises situées le long de l’Atlantique et devenues indépendantes en 1776, de se targuer d’être l’Amérique.Frégault insiste avec raison sur la clairvoyance de Franklin, qui, en 1760, comprenait, mieux que la plupart de ses contemporains, l'importancq de la chute du Canada pour les «Américains britanniques».Ils ont été, selon l’historien québécois, «les vrais vainqueurs» de la bataille des plaines d’Abraham.L'un d’entre eux ne constata-t-il pas que les Canadiens étaient par la suite «brisés en tant que peuple»?Prévoyant l’assimilation de ceux-ci, Franklin, bientôt partisan de l'indépendance américaine, rafraîchit la mémoire de ses compatriotes: «Nous avons déjà vu de quelle manière les Français et leurs Indiens freinent la croissance de nos colonies.» Dans ce contexte, faut-il s’étonner que l’homme d’Etat anglais William Pitt père (1708-1778), esprit aussi vif que Franklin, malgré une vision évidemment différente de l’avenir du lien des co- lonies avec la métropole, ait presque doublé le budget de la Grande-Bretagne pour financer la conquête du Canada?La France était-elle à la hauteur de la détermination anglo-saxonne?Non, répondrait Frégault.Nul historien québécois n’a mis autant que lui l’accent sur l’indiscipline des militaires français au Canada et même les pillages auxquels ils se livraient.Pour confirmer les faits, il cite des phrases éloquentes du journal de Montcalm, écrites à l’automne 1758: «Un grand nombre de familles se sauvent.Je dis se sauvent, parce qu'il s'agit ici de fuir un ennemi plus dangereux mille fois que les Anglais.» Un humour semblable, ne visant plus les réguliers français mais les alliés amérindiens, se trouve dans le Journal du siège de Québec (1759).Bernard Andrés et Patricia Willemin-Andrès nous offrent une précieuse édition mise à jour de ce document anonyme, présenté par Ægidius Fauteux en 1922.Nous y apprenons qu’en juin 1759 quelques centaines d’Amérindiens étaient sur le point d’arriver de l’Ouest pour guerroyer aux côtés de celui qu’ils appelaient «leur père Onontio», c’est-à-dire le Canadien Vaudreuil, gouverneur général de la Nouvelle-France.«J’ai bien peur qu’ils ne nous fassent plus de mal qu’à nos ennemis mêmes», note le diariste en reflétant le mépris de Montcalm pour l’art de l’escarmouche, manière de combattre chère aux autochtones et à leurs émules, les Canadiens.Cette tactique était aussi celle des Rangers, comme le montre la réédition augmentée de L’Année des Anglais, de Gaston Deschênes, livre captivant sur le ravage par les Britanniques, en marge du siège de Québec, des fermes de la Côte-du-Sud.Les Rangers, miliciens nord-américains originaires surtout de la Nouvelle-Angleterre, accompagnaient l’armée régulière de Wolfe.Celui-ci les dépeignait comme «les pires soldats de l’univers».Ces Blancs allaient jusqu’à scalper des civils canadiens.Comme quoi, avec des horreurs et des promesses, la participation passive des Canadiens au passage amorcé de la primauté de l’Ancien Monde à celle du Nouveau sera un avantage douteux.L’offre, en novembre 1759, d’un «peuple libre» (les conquérants anglais) A’«affran-chir» les vaincus «d’un despotisme rigoureux» (celui de la France) fait sourire.Dans moins de 20 ans, les colons britanniques d’Amérique brandiront contre l’Angleterre et, en définitive, contre toute la vieille Europe, le mot «liberté», symbole, sublime mais tendancieux, d’une nouvelle histoire du monde.Collaborateur du Devoir LA GUERRE DE LA CONQUÊTE Guy Frégault Fides Montréal, 2009,520 pages JOURNAL DU SIÈGE DE QUÉBEC Anonyme PUL Québec, 2009,258 pages L’ANNÉE DES ANGLAIS Gaston Deschênes Septentrion Québec, 2009,160 pages ¦ Voir aussi la chronique de Louis Cornellier en F 6 I> K \ l> I 11 .I.K S S A M K I) I 12 K T I) I M A N (' Il K I :i S K I1 T E M B 11 E 2 0 (I !l LIVRES LITTERATURE FRANÇAISE La vague qui porte Michèle Lesbre GUYLAINE MASSOUTRE Inspirée par Modiano, quelle a entièrement relu pour son roman, Michèle Lesbre publiait au printemps Sur le sable, chez Sabine Wespieser éditeur.Ce onzième opus, plein de séduction et de noyades littéraires, connaît un destin heureux, puisqu’il sort ces jours-ci aux éditions Héliotrope, à Montréal.Ses derniers livres, volontiers à l’imparfait, fixent quelque chose d’immuable et de perdu, entre la littérature et le réel.A Paris, pour Le Devoir, elle évoque ses débuts: «On ne décide pas d'écrire d’un jour à l’autre.C’était présent même avant que j’écrive; à un moment, j’ai abouti à un texte.Avant, je faisais des esquisses, de petits textes aboutis que j’ai perdus.Le rapport à l’écrit remonte à l’enfance, au rapport que j’avais avec m grand-père maternel, que j’aimais beaucoup et qui, lui, aimait la lecture, la flânerie, la rêverie, et que je regardais vivre sans qu’il y ait de mots.J’ai lu mon premier livre chez mes grands-parents; il n’y avait pas de livres chez mes parents.L’envie d’écrire, avant qu’elle soit consciente, était là; c’est une façon d'engranger des émotions comme si on savait qu’un jour on allait se servir de ça.» Cette disposition, Lesbre l’associe à un engagement «Au milieu des années 80, écrire a pris le relais de quinze années très effervescentes de militantisme.» La guerre d’Algérie devient le creuset d’une réflexion essentielle: «Ç’a été ma prise de conscience.J’ai adhéré à la Ligue communiste d’Alain Krivi-ne en 1972, pour la question des femmes, de l’armée, des prisons qu’on y posait.J’ai arrêté d’y militer en 1978, car je sentais que les choses se fossilisaient.L’esthétique de la politique m’intéressait plus que la politique, parce qu’il y avait une forme, un respect dans le rapport à autrui.Cet outil de contact avait m relai, l’écriture et son effet miroir: comment avancer ensemble et être chacun responsable de ses actes.» Désirs évanescents Aussi, le néo-polar était né, relais de cette extrê- i me-gauche.Ce genre cessait d’être folklorique pour devenir une littérature en tant que telle, «vigilante», dit-elle, comme les Hammett, Chandler, Thomson.Elle écrit alors des romans noirs.«Ces trois premiers livres font partie d’un cheminement cohérent, qui se déploie au fil des livres.Je les revendique comme un passage vers ce qui m’était nécessaire, puis indispensable.» Puis elle abordera de nouveaux registres.Les cinq romans parus chez Wespieser plongent dans l’onirisme des déplace-Ü ments et des disparitions.«Je ne fais jamais de plan.Je connais le “la" du livre et je sais où l’emmener, mais je ne sais pas comment on va y arriver, avec mes personnages.Je ne sais pas s’il y aura des personnages secondaires.C’est d’abord une idée floue, qui grandit.Je prends des notes qui me ramènent à cette idée pendant six ou sept mois.Autour du personnage se construit une histoire, sans précision.Se construit alors un début, qui grossit sans que j’écrive.Je porte le livre sans le connaître.Je vais accoucher sur le temps d’écriture et je le découvre à ce moment, quand l’urgence est là, que je me mets à l’écrire.» Ainsi, la première page entraîne un livre qui veut exister, à son insu.Plaisir et surprise! Sur le sable se déroule à Bologne et en France, à plusieurs époques.Nul besoin pour Lesbre d’intervertir des chapitres ou de calculer des effets.Ce livre non linéaire a d’emblée sa forme définitive.La discipline?«Cela ne sert à rien! Je vis avec mon roman, et lui avec moi 24 heures sur 24.Monomaniaque, je rêvasse encore et j’écris irrégulièrement.» Gerbes glanées Toute rencontre, même éphémère, est essentielle à son univers romanesque, rempli d’échos.Si les personnages me percutent, dit-elle, ils toucheront les lecteurs.«Un livre strictement autobiographique ne m’intéresse pas.Quel écrivain peut nier, évidemment, qu’il n’est dans tous ses livres?Im fiction me permet de trouver ma place et d’être au plus près de v> .j, M % M MiiïirrrMinflua*ii • ©JACQUES LEENHARDT «Je vis avec mon roman, et lui avec moi 24 heures sur 24, commente Michèle Lesbre en parlant de son dernier roman, Sur le sable.Monomaniaque, je rêvasse encore et j’écris irrégulièrement.» moi, parce que la fiction ouvre la porte à l’imaginaire.On ne peut pas le maîtriser complètement.Sa liberté est révélatrice pour qui l’écrit et pour qui le lit.» A force d’ellipses et d’intuition, l’angoisse de perdre sa route affleure.La culpabilité qui empêchait l’enfant de négocier avec les adultes revient avec la mémoire.«Tout est flou et, de ce fait, le monde est plus fréquent,able», dit-elle de l’accompagnement littéraire.Ecrire est-il alors un acte réparateur?«Pour tout auteur, écrire est se construire.Paul Gadenne dit: “Écrire, c’est se retourner un jour et se voir tel qu’on est.” À partir de quelles données?C’est mystérieux.» Lais- sons ses personnages vagabonder: «Je préfère le doute aux certitudes.Les femmes de mes quatre derniers romans cherchent à assumer leur solitude d’être humain», car la mémoire les enracine: «Mes émotions sont construites pour faire écho dans la vie d’autrui.» Collaboratrice du Devoir SUR LE SABLE Michèle Lesbre Héliotrope Montréal, 2009,133 pages LITTÉRATURE QUÉBÉCOISE La pauvreté gravée dans les pieds Dans un essai précédent, portant sur l’écrivain Tierno Mone-nembo, il s’est longuement penché sur la question de l’exil.Son dernier roman, intitulé Les Pieds sales, publié chez Boréal, présente des personnages qui sont eux-mêmes pris dans cette mouvance de fuite, portés plus loin, toujours plus loin, mais continuant de chercher dans cet ailleurs les traces de leurs origines.CAROLINE MONTPETIT Originaire du Togo, Edem Awumey a longuement vécu en France avant d’immigrer à Gatineau, au Québec.L’exil qu’il a vécu pour sa part est un exil «intellectuel».«C’est-à-dire que je n’ai pas été obligé de quitter mon pays pour des raisons politiques.Je suis parti parce que je voulais voir le monde, apprendre des choses», dit-il.Askia, le personnage principal de son roman, a la mouvance inscrite dans son histoire.Originaire du Sahel, sa famille a décidé de fuir la sécheresse vers l’ouest.C’est là qu’Askia poursuivra des études universitaires, avant d’être recruté par une Cellule qui l’amène à terroriser la population.Exilé à Paris, il est à la fois poursuivi par son passé et à la recherche de son père, disparu de sa vie depuis longtemps.Dans ce livre qui tourne autour du thème de l’immigrant, les exilés portent les stigmates de la pauvreté, de la violence.Ils ont les pieds sales depuis toujours, eux qui ont couru les routes à pied pour survivre.Une fois en Europe, ils continuent de porter ces cicatrices et vivent dans une sorte de marge.Quand on lui demande si la vie est plus facile pour les immigrants de ce côté-ci de l’Atlantique, Edem Awumey répond d’ailleurs par l’affirmative.«Il y a plus d’espace ici.Et l’espace est un point très important lorsqu’on interroge la réalité de l’immigration.Les immigrants ont plus d’espace pour déployer leurs ailes.Ce n’est pas la même réalité en Europe, où il y a des masses de populations à gérer.Cela crée des tensions, et cela amène des gouvernements à adopter des politiques très dures envers ‘Vautre”.» © MARC CARI SSE Edem Awumey Immigrer Ces gens qu’Edem Awumey décrit dans son roman, il les a vu vivre d’expédients et de petits boulots, année après année, dans l’espoir de finalement se faire une vie plus décente un jour.Comme Askia, qui tente d’oublier son passé de tueur en faisant du taxi dans les rues de Paris.«Immigrer est difficile, convient-il.Mais ce qui est intéressant, c’est qu’au moins on est dans la tentative de se sortir de cercle de feu, de cet enfermement.Même si tout cela fonctionne comme une malédiction et qu’il semble impossible de sortir un peu de cette prison, de ce passé douloureux.» Pour écrire Les Pieds sales, Edem Awumey, qui a été boursier de la fondation Rolex, a été jumelé avec l’écrivain marocain Tahar Ben Jelloun, qui a lui-même beaucoup écrit sur l’immigration.«J’ai été à Tanger avec Tahar Ben Jelloun, et j’ai assisté au spectacle des gens qui essayaient de traverser le détroit de Gibraltar vers l’Espagne», dit-il.Le travail avec l’écrivain marocain a été «exigeant», admet-il.«Très vite, il vous met la barre assez haute.Le tout n’est pas d’avoir une histoire à raconter.Il faut peaufiner le texte.» Le premier roman d’Edem Awumey, Port-Mélo, se passait en Afrique, le second se déroule à Paris, et le troisième, confie-t-il, devrait se passer de ce côté-ci de l’Atlantique.Le Devoir LES PIEDS SALES Edem Awumey Boréal Montréal, 2009,158 pages ^ 1 GRANDE BIBLIOTHÈQUE BIBLIOTHÈQUE ET ARCHIVES NATIONALES DU QUÉBEC et le FESTIVAL INTERNATIONAL DE LA POÉSIE DE TROIS-RIVIÈRES vous invitent à assister à la soirée de lecture Poésie et jazz Quatre saisons, quatre couleurs, quatre lumières avec les poètes Herménégilde Chiasson, Louise Desjardins, Anthony Phelps et Carolyn Marie Souaid Musique : Trio Daniel Lessard à l’Auditorium de la Grande Bibliothèque le dimanche 20 septembre à 19 h 30 Entrée libre GRANDE BIBLIOTHÈQUE 475.boul.De Maisonneuve Est.Montréal è.®© Berri-UQAM 514 873-1100 ou 1800 363-9028 www.banq.qc.ca Bibliothèque et Archives nationales LITTERATURE QUEBECOISE Fais ce que dois CHRISTIAN DESMEULES Montréal, 1917.La Première Guerre mondiale fait toujours rage en sol européen et les combats s’enlisent.Les troupes alliées ont un besoin criant de sang neuf.Le gouvernement fédéral canadien promulgue sa loi sur le service militaire obligatoire, déclenchant au Québec une onde politique et militaire d’importance: la crise de la conscription.C’est la grande Histoire.La petite, elle, produit de l’imagination de Jean Mohsen Fahmy, donne vie à deux frères jumeaux, Lionel et Armand Couture, fils d’un notaire en vue de Montréal, qui seront au premier plan, témoins et acteurs, de cette époque agitée.Frères ennemis mélange les deux: «Toute la province ressemblait à un énorme chaudron bouillonnant prêt à exploser.Armand et ses amis, dont certains étaient des collègues du Devoir, mais dont beaucoup d’autres étaient des étudiants ou des fils de bourgeois, se réunissaient dans la fièvre.Que faire?Comment répondre à cette loi inique?» Tandis que Lionel, plus frondeur, choisit de s’enrôler dans le 22e bataillon canadien-fran-çais récemment formé — l’ancêtre du Royal 22l Régiment — pour aller en découdre avec les Allemands, Armand décide pour sa part de combattre aux côtés d’Henri Bourassa, fondateur et directeur du Devoir, auquel le jeune homme collabore depuis quelques années, mais aussi figure de proue du mouvement anticonscriptionniste.En contrepoint à l’agitation sociale et intellectuelle qui soufflait sur Montréal, le roman intègre l’expérience de guerre de Lionel et nous dessine aussi un triangle sentimental «fratricide».Amoureux de la même femme, une jeune employée de mercerie, les deux frères Couture s’affronteront en silence sur le terrain de l’amour et de la morale.Cinquième roman de Jean Mohsen Fahmy, écrivain franco-ontarien né au Caire, en Egypte, ancien haut fonctionnaire fédéral.Frères ennemis, encore une fois, après Amina et le mamelouk blanc et L’Agonie des dieux (éd.L’interligne, 1998 et 2005), se sert de l’Histoire comme canevas.Et si le roman ne se démarque vraiment ni par sa voix, ni par sa profondeur, il propose tout de même une exploration singulière de deux destins différents confrots tés à l’amour et à l’adversité.Roman historique efficace légèrement au-dessus de la me lée habituelle, Frères ennemi nous renvoie un écho intéres sant des débats qui agitaient 1 société canadienne-françaisi durant cette période chaude.Collaborateur du Devoi FRÈRES ENNEMIS Jean Mohsen Fahmy YTB éditeur Montréal, 2009,428 pages SOURCE VLB EDITEUR Jean Mohsen Fahmy E Ht fl Québec SS LIBRAIRIE BONHEUR D’OCCASION Livres d’occasion de qualité NOUVEAUTÉ Choix de livres en ligne Plus de 200 titres à chaque semaine à cette adresse : www.abebooks.frA7mdair/bonheurdoccasion 514-522-8848 1-888-522-8848 4487, rue de La Roche (angle Mont-Royal) bonheurdoccasion@bellnet.ca I K l> E V 0 I li .I E S S A M E I) I 12 E T I) I M A ( Il E I A S E I’ T E M li li E 2 0 0 0 LITTERATURE Frères ennemis dans un Québec divisé  X Danielle Laurin Oui ou non?Faut-il lire à haute voix le manifeste du FLQ sur les plaines d’Abraham aujourd’hui?J’aimerais bien entendre ce qu’auraient à dire les personnages de L’Œil de Marquise là-dessus.Mais le roman de Monique LaRue s’arrête en 2008.Peu importe, c’est tout un questionnement sur l’évolution politique du Québec depuis les années 1960 qui prend place ici.Depuis les premiers attentats terroristes au nom du nationalisme jusqu’aux retombées de la Commission Bouchard-Taylor sur les accommodements raisonnables.L’astuce de la romancière: nous faire revivre les métamorphoses du Québec, avec ses divisions et affrontements de toutes sortes, nous faire voir le chemin parcouru, à travers l’histoire de deux frères.Deux frères ennemis, que tout sépare.Et dont l’inimitié va aller en grandissant au fil des années.Tout commence dans l’enfance.Dès la naissance, en fait.Quand, à l’été 1957, le petit dernier pointe son nez.Qu’il vient déranger l’ordre établi.Très tôt, il sera moqué, humilié par le père autoritaire, et pris en grippe, malmené par son grand frère.Mais la vengeance est douce.Le tournant?1995.Lors du deuxième référendum.Du fameux «on a été battus par l’argent et le vote ethnique» de Parizeau.Quand, comme l’écrit Monique LaRue, «le «démon des origines s’est échappé de sa boîte».D’un côté, Doris.Il a voté oui en 1980, mais en a assez de la question de l’indépendance, qu’il trouve anachronique.De l’autre, Louis, son aîné de 10 ans, qui accuse son frère d’avoir annulé son vote.Ça se termine dans le sang.Ce n’est qu’un début.Les deux vont se faire la guerre par médias interposés.La guerre, oui.Car «les guerres de mots sont de vraies guerres, pas des métaphores», comme le dit l’un des personnages, qui ajoute: «Un mot est un acte, un acte de parole.» Tout le monde va s’en mêler.Les accusations de racisme ne lâcheront plus Louis qui, tout comme son père, d’ailleurs, est persuadé que «les immigrants ne peuvent pas comprendre le -, „ projet de l’indépendance du Québec».Même la fille de Louis va répudier son père.Son père qui ne se remet pas de la séparation avec la femme qui a partagé sa vie pendant 25 ans,une anglophone, en passant.à qui il a tu son passé de terroriste.C’est la sœur, l’enfant du milieu, qui raconte les événements.Marquise.C’est par son œil à elle qu'on voit tout.Elle qui est prise entre Doris et Louis comme entre deux feux.Elle tente de les comprendre, chacun de leur côté.Mais à ses yeux: «Comprendre n’est pas excuser.Raconter n’est pas excuser.Expliquer n’est pas excuser.A chacun d’en juger.» Elle-même ne sait pas toujours sur quel pied danser.Elle est aux prises avec ses propres contradictions, ses propres questions.Mariée à un Juif mi-anglophone, mi-francophone, elle est persona non grata aux yeux de sa belle-famille, qui ne lui pardonne pas d’avoir un frère ultranationaliste mêlé à un attentat terroriste dans lequel une victime innocente a laissé sa peau.La pauvre Marquise aura beau tenter l’impossible pour réconcilier ses frères, elle se heurtera à un mur.Même quand la vie de l’un d’eux sera en jeu.Complexe, tout ça.Avec plusieurs allers-retours dans le temps.Et une constellation de personnages, qui s’ajoutent au fil des pages.Qui arrivent parfois comme un cheveu sur la soupe, entourés de mystère.Plus on avance, plus ça devient rocambolesque, pour tout dire.Un moment, quand l’action se transporte au Japon, on en vient à se demander si ce n’est pas trop.Mais au final, la romancière parvient à rattacher les fils de re-marquable façon.Et à nous émouvoir au possible.Elle nous réserve tout un choc.Avant de regarder vers l’avenir.A quoi tient une famille?Qui nous apprend à aimer, à pardonner?Qu’est-ce qui fait de nous l’individu que l’on est?Et qu’est-ce qui fait de nous le peuple que l’on devient?Ces questions s’entremêlent, s’appellent dans L’Œil de Marquise.En toile de fond: la peur de l'autre.Les malentendus, les non-dits, les mensonges que l’on entretient.Sur sa propre éditions Liber Philosophie • Sciences humaines • Littérature Alain Médam La saveur des livres ÜIH La savour des livres II 162 pages, 18 dollars ©NORBERT ROBITAILLE Monique LaRue vie, sur l’histoire de sa famille, de son peuple.Comme l’indique Monique LaRue à travers sa narratrice: «Aucun être humain n’est transparent.C’est pour cela que nous avons tant besoin de la confiance.La confiance est le point qui enjambe le fossé entre les humains.» Qu’on se le dise, le cinquième roman de Monique LaRue, par ailleurs essayiste, est exceptionnel.Tellement percutant, pertinent, convaincant.L’auteure de Copies conformes, Grand prix du livre de Montréal, et de La Gloire de Cassio-dore, Prix du Gouverneur général, maîtrise plus que jamais son art.L’ŒIL DE MARQUISE Monique LaRue Boréal Montréal, 2009,384 pages LITTÉRATURE QUÉBÉCOISE Partir, c’est mourir un peu Vingt courtes histoires où Sylvie Massicotte explore le poids des non-dits entre les êtres CHRISTIAN DESMEULES Partir de là, le cinquième recueil de Sylvie Massicotte, réunit des histoires où il sera notamment beaucoup question de départs, sous toutes les formes qu'on pourrait donner à ce mot: rupture, maladie, mortalité, vieillissement ou dégradation générale.Vingt courtes histoires où la nouvelliste explore le poids des non-dits entre les êtres.Ceux qui, harnachés par les liens du sang, vibrent entre un frère et une sœur, entre une fille et sa vieille mère, ceux qui circulent entre un homme et une femme à l’intérieur d’un couple qui, lui, se fissure lentement Après L’œil de verre (L’instant même, 1993), Voyages et autres déplacements et Le Cri des coquillages (1995 et 2000), dans la foulée des nouvelles réunies dans On ne regarde pas les gens comme ça, paru en 2004, Sylvie Massicotte poursuit son exploration oblique du réel.Au confrai-re, l’écrivaine ne se prive pas de regarder les gens «comme ça», attentive, à travers les quelques personnages qui défilent dans ses nouvelles, aux petites manies des uns, aux déficiences et aux fêlures intimes des autres.Comme cette notaire grapho-mane qui prend un plaisir presque malsain à observer la transformation d’une cliente au fil du temps et à consigner, dans son petit carnet bleu, ses observations «sur tout et sur rien», notant par exemple que «la peau de son ARCHAMBAULT^) Une compagnie de Québécor Media PALMARÈS LIVRES ROMAN HELL.COM Patrick Senécal (Alire) LE JEU DE L’ANGE Carlos Ruiz Zafôn (Robert Laffont) U TRILOGIE BERUN0ISE Philip Kerr (Du Masque) OUVRAGE GÉNÉRAL I ALMANACH DES EXILS S.Elion /1.Décarie (Marchand De Feu) MILIÉNHIM T.1 : LES HOMMES QU.Stieg Larsson (Actes Sud) HAUTE-VILLE, BASSE-VILLE Jean-Pierre Charland (Hurtubise HMH) LE WHY CAFÉ John P.Strelecky (Dauphin Blanc) H L’ÉLÉGANCE DU HÉRISSON Muriel Barbery (Gallimard) S'1 BD] LE PREMIER JOUR Marc Levy (Robert Laffont) ¦ M LA COMMUNAUTÉ DU SUD T.3 Charlaine Harris (Flammarion Québec) LA VALSE LENTE DES TORTUES Katherine Pancol (Livre de Poche) JEUNESSE US SECRETS DU DIVAN ROSE T.1 Nadine Descheneaux (Boomerang) FASCINATION T.4: RÉVÉLATION Stephenie Meyer (Hachette Jeunesse) LES SORCIÈRES DE SALEM T.1 Millie Sydenier (Éditeurs Réunis) H VISIONS T.1 : NE MEURS PAS UBELLULE U Linda Joy Singleton (ADA) QUÊTE D’AUTOMNE T.1 Terie Garrison (ADA) | NARUTOT.42 Masashi Kishimoto (Kana) CATHY’S BOOK S.Stewart / J.Weisman (Bayard-Jeunesse) JOURNAL D'UN VAMPIRE Usa Jane Smith (Hachette Jeunesse) M LE JOURNAL D’AURÉLIE LAFLAMME T.6 India Desjardins (Intouchables) ARTEMIS FOWL T.6 Eoin Colter (Gallimard-Jeunesse) LE GUIDE DE L’AUTO 2010 Denis Duquel (Trécarré) U PETIT LAROUSSE ILLUSTRÉ 2010 Collectif (Larousse) VN MANGE PRIE AIME Elizabeth Gilbert (Livre de Poche) MULTIDICnONNAIRE DE LA LANGUE.Marie-Éva DeVillers (Québec Amérique) L’ART DE CONJUGUER Collectif (Hurtubise HMH) DIXEL2010 Collectif (Robert) U NOUVEAU PETIT ROBERT DE LA.Collectif (Robert) PM L'ANNUEL DE L’AIITOMOBIU 2010 Benoît Charette (Annuel De L’automobile) LA NOUVELLE GRAMMAIRE EN TABLEAUX Marie-Éva De Villers (Québec Amérique) ANGLOPHONE THE BRASS VERDICT Michael Connelly (Warner Books) ECUPSE Stephenie Meyer (Little Brown & Co) DEAD UNTIL DARK Charlaine Harris (Ace Books) I THE TIME TRAVELER’S WIFE Audrey Niffenegger (Vintage Canada) 206 BONES Kathy Reichs (Scribner) THE MERRIAM-WEBSTER DICTIONARY Collective (Merriam-Webster) THE GIRL WITH THE DRAGON TATTOO Stieg Larsson (Penguin Books) 1984 George Orwell (Gallimard) I TWENTIES GIRL Sophie Kinsella (Dial Books) VAMPIRE DIARIES V.1: THE AWAKENING L.J.Smith (Harper Collins) Jusqu'au 30 septembre ARCHAMBAULT recherche de nouveaux talents littéraires DÉTAILS SUR WWW.C0TEBLOGUE.CA, LE BLOGUE D'ARCHAMBAULT Côté Votez pour le nouvel auteur sur coteblogue.ca cou pendait comme un gros col mou au-dessus de ses claviades enrobées», sans bien savoir où tout cela pourra mener (Le carnet).Ou comme la passagère d’un train de banlieue qui se fait un «petit film tandis qu’elle observe activement, sans bienveillance particulière, un couple aux visages gris que le silence soude sur leur banquette (Cinéma).Ou encore comme cette femme qui abandonne un livre sur le frottoir, incapable de lire ou de se débarrasser autrement de ce cadeau à ©VE?RO BONCOMPAGNI Sylvie Massicotte la dédicace encombrante, et qui se met à suivre à la trace l’homme qui choisit de le ramasser (Un livre).D’un côté, celui qui regarde, de l'autre celui qui est vu.De la même façon, les nouvelles semblent toutes habitées de personnages qui tantôt partent, pour un temps ou pour longtemps, tantôt restent: délaissés, survivants, orphelins, en deuil d’un être cher ou d’un désir particulier.Partir?«Partir est un mot si court.Un mot plein.Une valise éclatée sur un tapis roulant d’aéroport.» Un mot court, et qui n’a pas vraiment, vu sous cet angle, de consonance joyeuse.Et comme «partir, c'est mourir un peu, mourir c’est partir beaucoup», écrivait Alphonse Allais, ces nouvelles fraîches de Sylvie Massicotte, fidèle à sa manière sensible et concise, nous redisent une fois encore toute la précarité de l’existence.Collaborateur du Devoir PARTIR DE LÀ Sylvie Massicotte L’instant même, Québec, 2009,90 pages < r-0 W * Monique LARUE L'Œil de Marquise Roman d’amour, roman familial, roman d’aventures qui nous fait revivre la métamorphose d’une société.L’Œil de Marquise mérite d’ores et déjà sa place parmi les œuvres d’envergure de notre littérature.Martine Desjardins L’actualité Monique.LaRue L’ŒIL DE MARQUISE Roman 384 pages • 28,50 $ Boréal www.editionsboreal.qc.ca .ÙflHHHRRNMMNKl Ci ¦ en K V 0 I K I K S S A M K I) I I ^ K T l> I M A N (' ! :i SK I1 T E M li It K 2 (I 0 f) LITTERATURE La bataille du Québec Louis Hamelin Le regretté John Grube, de Toronto, esprit frondeur et social-démocrate qui, pour toutes les bonnes raisons, avait un contentieux avec l’establishment canadien, me disait en 2002 quelque chose comme: «Nous, Canadiens de gauche, avions toujours vu dans les Québécois des paysans, le cœur à droite et la tête sous la soutane.» Chômage, Famille, Patrie, bref.D ajoutait «Mais les années 60 sont arrivées et les culs-terreux sont devenus des terroristes.Alors vous avez commencé à nous intéresser.» On doit à Grube quelques nouvelles jamais traduites, une docufiction d’investigation inédite sur la Crise d’octobre et un petit ouvrage un peu austère, du genre thèse, sur François-Albert Angers, pas très folichon comme personnage.En fait, Grube retardait d’une ou deux générations.Car au même moment, un autre Canadien francophile quittait Ottawa et plongeait dans la marmite de soupe aux pois.«J’en avais assez, racontera plus tard Malcolm Reid, d’être un Canadien anglais.S’il y a une question qui se pose dans mon pays, me disais-je, c’est le Québec qui la pose.» Ce ne sera pas bien long avant que le Canada arrive avec sa propre interrogation existentielle: What does Quebec want?Au départ, tout semblait pourtant prédisposer Reid à une enviable carrière de bloke: au tournant des années 50, il étudie à McGill, travaille au Canadien Pacifique, achète même sa lecture, imaginez, au rayon des livres chez Eaton, le défunt paradis des «grosses maudites anglaises».C’est là qu’il tombe un jour sur les Insolences d’un drôle de moine dont ce brassage de cage constitue la précoce apothéose.Desbiens sera beaucoup moins drôle en éditoriaüste de La Presse.Peu importe.La Révolution tranquille est lancée.Pour Malcolm Reid, comme pour le Québec, l’année charnière est 1963.Les premières bombes séparatistes sautent.Combattant l’ire par l’ironie, le docteur Ferron invente le Parti Rhinocéros.En octobre, fondation de la revue Parti Pris.Son programme «séparatiste, socialiste et laïque» contient en ger- La génération de Parti Pris va culminer le 8 octobre 70 avec la lecture du Manifeste du FLQ me toutes les tensions et contradictions qui vont déchirer la gauche d’ici pendant près d’un demi-siècle — si on considère qu’elles trouvent aujourd’hui un écho affaibli dans la lutte larvée qui continue d’opposer les tenants du «projet de société» aux caribous, ou partisans pressés de l’indépendance pure.Parti Pris.D’abord la revue, puis une maison d’édition, enfin, le Club.Ces jeunes gens qui forment à la fois une école littéraire et un mouvement politique, pendant que Bourgault et son RIN dérivent tranquillement vers le centre, vont poursuivre une réflexion qui aura des conséquences incalculables sur la suite de l’histoire du Québec: forts de leurs lectures et du vent de révolution qui souffle alors sur le monde, ils arrachent le nationalisme au terreau historique de la droite.«Tout à coup, c’était possible d’être à la fois socialiste et indépendantiste sans se sentir déchiré.» Un virage qui ne se peut qu’au prix d’une adaptation de la réalité locale à la grille d’interprétation héritée de Sartre, Fanon et cie.La décolonisation est la goutte de Krazy Glue qui doit faire de l’indépendance politique et du socialisme un couple inséparable.Mais le mode d’emploi s’avère trop compliqué pour le prolétariat du cru.Et le Québec n’est pas l’Algérie.Le fait que le livre de Reid, fruit de ses années d’«enquête» sur le terrain (et dans les tavernes où se tiennent ses archives vivantes devant des verres de bière à dix cennes), d’abord paru en anglais en 1972, ne trouve son «public naturel» (le mot est de l’éditeur) que maintenant, est en soi une illustration du thème éculé des deux solitudes.Quelque part entre la tentative sociologique, le nouveau journalisme et l’analyse de textes, son portrait de famille, avec ses premiers de classe et ses sujets dysfonctionnels, semble répondre avec une trentaine d’années d’avance à celui, pancanadien, de Noah Richler.Entre ses amitiés et les mythologies du temps, ce qui revit sous nos yeux, avec une empathie non dé nuée d’esprit critique, dans un constant effort de compréhension, c’est l’espace d’une Rencontre.Ce sont les taudis de l’Est et leurs fameux escaliers aujourd’hui recensés dans les guides touristiques, c’est le jouai étandardisé, l’auteur du Cassé en dandy ti-casse, un Paul Chamberland en jeune marié, le Major des débuts, Godin, Maheu.D’un point de vue personnel, j’ai été peiné par l’agacement mal dissimulé de l’auteur devant Miron.Ne pouvant le juger sur pièce (les poèmes sont encore disséminés aux quatre coins de la ville) , il fonde son impression sur le personnage, le Parchemin DEP U I S 1 966 QUA RT I E R L A T I N Librairie agréée Toujours de meilleurs prix! CUj/rvJL rdL/nXrJUL xJL îdl ^udldJL .m 20W ¦ Dixel _ tl .Mil U « PFTiï KODERT de G Unque français 2010 DICTIONNAIRE le Robt rr ffiicro !< sit« Internet .54.95$ Notre prix: Il Robi Notre prix Notre prix cb mm pmpms iq Dictionnaire rançais - anglais / anglais - français Le Petit Robert _jfes noms propres 2010 Notre prix: Notreprix: Ptlil Robt lit 2009 Notre prix?Le nouveau Petit Robert électronique Legrand ¦ Dictionnaire RobfclU I français - anglais ! & Colli ns ¦ anglais - français ^électronique Notre prix: i T le Parchemin ^ Tout pour la rentrée complète laires © ItRobERf h Lés prix annoncés sont valides jusqu'au 27septembre 2009 ^ V @1 Mezzanine métro Berri-UQAM 505, rue Sainte-Catherine Est, Montréal (514)845-5243 librairie@parchemin.ca www.parchemin.ca ARCHIVES LE DEVOIR Le Vieux de ’37, tel qu’illustré en 1904 par Henri Julien l’homme de la rue, étranger aux agendas, toujours sur une patte.Et comment juger cet orignal urbain à lunettes selon les critères d’Ottawa?On lit aujourd’hui Le Cassé comme une curiosité historique, mais les mots de Miron continuent d’implacablement se plaquer sur nos vies, nos voies profondes.Les partipristes dont les idées ont le mieux vieilli sont bizarrement les moins écrivains (au sens poétique et romanesque, disons) de la bande.C’est Pierre Maheu, le plus solide penseur du lot empêtré dans la contradiction de son travail pour une agence de pub, mais qui annonce la liberté paradoxale de la consommation, de la post-révolution marchande.Et c’est Laurent Girouard qui, déjà, entreprend des fouilles archéologiques sur les sites des campements indiens désertés afin de retisser le sens de notre appartenance métissée à ce continent, et il regarde vers l’Amérique latine.Pour, qui sait, peut-être un jour reféconder la légitimité de notre présence au sein d’une Amérique des Nations, et alors au diable Fanon.La génération de Parti Pris va culminer le 8 octobre 70 avec la lecture du Manifeste du FLQ.L’esprit du Manifeste est clairement partipriste: un appel à la révolution, en langue populaire, relayé par des moyens de diffusion de masse.Tout ce dont ils avaient rêvé.Une semaine après, l’armée était à Montréal.hamelinlokasympatico.ca NOTRE PARTI EST PRIS Malcolm Reid Traduit par Héloïse Duhaime Les Presses de l’Université Laval Québec, 2009,344 pages LITTÉRATURE JAPONAISE Nuage de magie SUZANNE GIGUÈRE La magie de l’imagination! Des poussins couleur arc-en-ciel, un instrument de musique maritime, un marchand de mots, un clavier érotique, des bonbons magiques sortis directement du dernier recueil de nouvelles de Yôko Ogawa, l’une des plus brillantes romancières du Japon d’aujourd’hui.Univers évocateur et subtil, tendresse, poésie, rêverie, étrangeté, voilà toute l’esthétique de cette écrivaine nippone dont les romans et nouvelles (une vingtaine) sont traduits dans le monde entier.Le merveilleux fait irruption dès les premières pages de La Mer.Un enfant crée un instrument de musique unique au monde, le mei-rinkin; quand la brise de la mer l’effleure, des sonorités s’en échappent (Umï).Dans Le camion de poussins, une petite fille, muette depuis la mort de sa mère, retrouve sa voix devant l’envolée féerique de poussins multicolores qui s’échappent d’un camion accidenté.Changement de registre.Une femme âgée se rend au chevet d’un amour de jeunesse pour s’apercevoir après coup qu’il y a erreur sur la personne.Un bijou d'humour noir (Voyage à Vienne).Dans Le bureau de dactylographie japonaise, une employée fantasme sur les idéogrammes de sa machine à écrire.Une nouvelle érotique qui ne peut être que japonaise.Dans Boîte de pastilles — sorte de haïku romanesque (nouvelle réduite au minimum, une page et demie) —, on découvre la stratégie d'un vieux chauffeur de bus scolaire pour consoler les enfants qui pleurent.Tendresse diffuse.En tournant les pages de La Mer, des rencontres insolites nous attendent.Comme d’autres vendent des chemises dans leur Chemiserie, un poète vend des titres dans sa «Ti-trerie».Le marchand de mots écoute les histoires de ses clients, puis il invente des titres pour leurs souvenirs, « parce qu’un souvenir qui n’a pas de titre s’oublie finalement » (La guide).Yôko Ogawa excelle dans la création d’atmosphères.Son écriture, d’une grande simplicité, accentue la force de ses récits.Il flotte dans les nouvelles de La Mer un sentiment de bonheur éphémère, de détachement, certainement lié au bouddhisme qui teinte la littérature japonaise.Dans ce Japon insulaire à la merci des cyclones et des séismes, chaque instant est un cadeau de la vie.C’est peut-être pour cette raison aussi que là-bas, les rêves restent allumés très longtemps.Collaboratrice du Devoir LAMER Yôko Ogawa Nouvelles traduites du japonais par Rose-Marie Makino-Fayolle Actes Sud/Leméac Montréal, 2009,160 pages Les Éditions du Noroît www.lBnoroit.com 1 PIERRE BARRETTE Epiphany, Arizona ïmahêm.Arizona Pierre Barrette Les yeux sur moi (nouvelle édition) ÉDITIONS OU NOPOtT Martin Thibault DIFFUSION A DIMEOIA Stefano Elio D'Anna T ’F* 1 L Ecole des dieux Rêvez, rêvez.et la réalité suivra ! « Pour le Rêveur, l’explication ordinaire du monde - la première éducation reçue - nous enseigne à concevoir la réalité comme une entité extérieure qui peut décider, agir et nous imposer sa volonté.Voilà pourquoi l’homme est toujours confronté à un univers qu’il perçoit comme une menace et dont il est irrémédiablement victime.» Traduit en 6 langues et distribué dans 12 pays, L’Ecole des dieux est enfin offert en français.Traduction de l'italien par Marie José Thériault HMMCT 0 £ I- K l> K V (I I li .LES S A M EDI I 2 K T It I M A N < Il K I li S K I' T E M B H E 2 (I 0 It LIVRES PHILOSOPHIE Aimer « malgré tout HISTOIRE Les journaux d’Etty Hillesum nous donnent accès à un travail où se croisent une recherche autobiographique exacerbée et une méditation spirituelle sur la présence de Dieu dans l’expérience de la détresse.GEORGES LEROUX -è Lorsqu’il fut publié pour la première fois en français, en 1985, le journal d’Etty Hillesum ne reçut pas toute l’attention qu’il méritait.Une vie bouleversée.Journal 1941-1943 était en fait une anthologie préparée par un éditeur néerlandais, qui avait travaillé à partir des huit cahiers originaux conservés par le docteur Smelik, le frère d’une amie d’Etty Hillesum.Aux extraits du journal, ce dernier avait joint quelques lettres écrites du camp de Westerbork, où Etty avait travaillé jusqu’à sa déportation.Aujourd’hui, nous avons accès à une édition intégrale de tous ces textes et nous pouvons lire aussi une magnifique étude d’Alexandra Pleshoyano, de l’Université de Sherbrooke, sur la pensée d’Etty Hillesum, qu’ac-Compagne un choix de textes destiné à ceux qui veulent connaître cette écriture brûlante et à tous égards unique.Qui était Esther (Etty) Hillesum?Née en janvier 1914 à Middelburg, aux Pays-Bas, elle était la fille d’un professeur d’études classiques, Louis Hillesum, un juif assimilé.Etty a deux frères, Jacob, étudiant en médecine, et Michael, un musicien de génie.Etudiante en droit à Amsterdam, elle s’intéresse aux langues slaves.Sa jeunesse est sans histoire; on lui connaît quelques liaisons, notamment avec Han Wegerif, chez qui elle écrit ses journaux.Au mois de février 1941, elle rencontre le psychologue Julius Spier, alors âgé de 54 ans, réfugié d’Allemagne en 1939: c’est au contact de ce disciple de Jung, et d’une manière qui demeure énigmatique, qu’Etty prend conscience du besoin, à la fois affectif et spirituel, qui la conduit à s’engager avec lui dans une relation passionnée, à la fois thérapeutique et amoureuse.Les journaux d’Etty nous donnent accès à ce travail analytique, où se croisent une recherche autobiographique exacerbée et une méditation spirituelle sur la présence de Dieu dans l’expérience de la détresse.Comment proposer une lecture de ces écrits sans faire intervenir plusieurs dimensions distinctes?D’abord, certes, les sources analytiques, mais aussi le rapport de transfert avec un maître qui est aussi un amant et qui va périr en même temps qu’elle.Au cœur de leur relation, alors que s’abattent sur la communauté juive des Pays-Bas les premiers décrets de déportation, nous voyons un recours profond et critique aux traditions religieuses, autant le judaïsme que le christianisme.Qui est le Dieu d’Etty Hillesum?Quelle est la nature de son expérience spirituelle?Ce sont les questions qu’examine A.Pleshoyano, qui choisit de les faire graviter autour des notions de sortie de soi, de décentrement, d’amour absolu de l’autre, même s’il s’agit du bourreau et du meurtrier.C’est en fait une confiance immodérée et inexplicable dans la vie qui domine ces textes, écrits pourtant dans la déréliction la plus complète.Volontaire pour le drame Recensée comme toute sa famille en vue de la déportation, Etty décide de s’engager de manière volontaire au camp de transition de Westerbork: pour elle, il s’agit d’un geste de responsabilité face au destin de masse des juifs, elle va au-devant de son destin.La première lettre du camp est datée du 23 novembre 1942, alors que commence la déportation systématique vers Auschwitz.Toutes les lettres suivantes constituent des témoignages bouleversants de l'extermination aux Pays-Bas.Aucun membre de sa famille ne sera épargné, elle sera dans le même train qu’eux le 7 septembre 1943.Sa dernière carte postale est jetée du train et sera retrouvée par un paysan.Ce témoignage déchirant s’accompagne, mystérieusement, d’un retrait dans (a prière et l’adoration d’une présence infinie.A l’écoute d’une voix intérieure, que Spier l’invite à reconnaître comme un appel à la miséricorde, Etty Hillesum ne cesse de rechercher le Dieu qui sera pour elle un refuge insondable, un guide vers l’amour de l’être vulnérable et créé.Seul l’amour, répète-t-elle souvent, peut contrer le mal et c’est hors de toute haine et de tout ressentiment qu'elle invite chacun à libérer le Dieu emprisonné en soi comme dans un puits sans fond.Comment évoquer les «bienfaits de Dieu» dans l’abîme de la souffrance?Dans la très belle préface de son choix de textes, Alexandra Pleshoyano le dit sans détour: Etty aimait un Dieu vulnérable, blessé par le mal humain et qui a besoin de tout l’amour humain pour poursuivre son œuvre de salut.Alors que tout la conduisait au désespoir, elle est pour ainsi dire relevée par la certitude qu’il est possible d’aimer «malgré tout».Si on devait résumer sa spiritualité, ces deux mots de confiance en porteraient le message courageux et absolu.Collaborateur du Devoir J’AVAIS ENCORE MILLE CHOSES À TE DEMANDER L’univers intérieur d’Etty Hillesum Anthologie de textes choisis et traduits du néerlandais Alexandra Heshoyano Montréal, Novalis/Bayard, 2009,243 pages Robert Rumilly, duplessiste et usurier MICHEL LAPIERRE Dans les années 60, au cours d’un cocktail littéraire tenu au Ritz, à Montréal, l’un de nos écrivains s’avance vers Robert Rumilly, historien à la silhouette filiforme et au visage émacié.Il lui demande: «Ne seriez-vous pas François Mauriac?» Outré, l’intellectuel québécois d’origine française lui répond d’un ton sec: «Je n’ai pas ce déshonneur.» Et il lui tourne le dos.Son interlocuteur, c’était bien sûr Jacques Perron.Il n’y avait que lui pour narguer aussi sournoisement l’incorrigible maur-rassien et pétainiste en l’assimilant à Mauriac, catholique d’une gauche qui, si modérée fût-elle, représentait, aux yeux de Rumilly, le comble de l’horreur.Un tenant de l’extrême droite française, tendance qui souvent se sert de l’Église à cause de son armature sociale au lieu de s’inspirer de son message spirituel, préfère qu’on le compare à un communiste plutôt qu’à quelqu’un de sensible à l’origine évangélique du catholicisme.Dans son excellente biographie Robert Rumilly, l’homme de Duplessis, Jean-François Nadeau, directeur des pages culturelles du Devoir, en est très conscient Toutefois, par son analyse fouillée de la personnalité aussi bien que de l’œuvre de Robert Rumilly (1897-1983), il va beaucoup plus loin que la pointe ferro-nienne, pourtant si lumineuse.Le biographe ne perd jamais de vue que les trop nombreux livres (environ 90) consacrés par l’historien de près ou de loin au Québec cachent l’arrière-pensée d'un fils de la France martiale, chauvine et colonialiste, nullement étrangère à «un siècle de boucheries».Au Musée de médecine militaire du Val-de-Grâce, à Paris, on lui avait montré des «moulages de membres déchiquetés, broyés».Nadeau les revoyait dans la «suite de cauchemars» Un chef d'œuvre d'histoire militaire [.] Raymond Lemieux, éditeur Québec Science Une remarquable réédition de Donald E.Graves [.] Denis Vaugeois, historien C.P.Stacey Traduit de l’anglais par Catherine Fgo Uition révisée et ebmie /«F Donald K.Gwvwi A N J " * Des textes qui ont fait l’Histoire (y compris le manifeste du FLQ) Andrée Ferretti Les grands textes indépendantistes 1992-2003 Andrée Fe-rrstti Gaston Miton Les grands textes indépendantistes msmm Ce livre constitue depuis sa publication la référence incontournable pour quiconque s’intéresse au siège et à la bataille de Québec, ISBN 978-2-7637-8561-5 360 pages • 29,95 $ Les Presses de l ’Université Laval pu! wwiv.pulaval.com / ISIE 'J ï Lf c TYWi 688 pages - 18,95$ 1 /jj j!.-‘-u- 368 pages - 16,95$ O cv.FONDS ROBERT-RUM1LLY, ANQ Robert Rumilly, un «bourgeois à lunettes», comme il se décrivait lui-même, à la fin des années 20 qui traversait la gestation de son ouvrage sur Rumilly.Perspicace, il expose les inconséquences de la position maurrassienne cultivée par le polygraphe, immigré au Québec dès 1928.Il souligne que des idées, en apparence aristocratiques, comme le royalisme, l’antidémocratisme et le mépris du grand capital, peuvent s’accommoder respectivement de velléités fascistes, de l’aventure électorale et de la recherche peu scrupuleuse du succès financier.Nadeau décèle la «figure royale de substitution» dans l’imaginaire d’un historien aux interprétations pourtant ténues.Il en donne des exemples très parlants: Henri Bourassa, dont Rumilly mettait en relief les aspects les plus à droite d’une pensée complexe, Camillien Houde, maire plébéien à l’antisémitisme latent, surtout l’autoritaire Maurice Duplessis, dont le natif de la Martinique, élevé en Indochine et à Paris, se frisait l’apôtre avec un aplomb héri- té d’un empire colonial.Pour avoir révélé la grande volte-face politique du polygraphe rompu à la spéculation foncière et à l’usure, Nadeau a droit, de la part de nos intellectuels, à une reconnaissance toute particulière.Il nous apprend qu’à la fin des années 50 et au début de la décennie suivante, Rumilly soutenait le séparatisme québécois.Mais l’historien a vite renoncé à la cause.Il s’est rendu compte que la souveraineté, si naturelle pour une puissance colonisatrice, comme la France, ne l’est pas du tout pour une nation dominée, comme le Québec.\ja revendiquer suppose, en effet, l’emploi d’un terme contre nature pour un homme d’extrême droite, d’un mot qui, à lui seul, distingue la gauche de tout ce qu’elle n’est pas: libération.Collaborateur du Devoir ROBERT RUMILLY Jean-François Nadeau Dix Montréal, 2009,416 pages O Triptyqi www.triptyque.qc.ca triptyque@eclitiontriptyque.com Tel.: (514) 597-1666 Luc I a Rochelle Hors du bleu Luc LaRochelle HORS DU BLEU nouvelles, 152 p., 1S $ Hors du bleu, comme out of the blue, surviennenr les événements inattendus qui déstabilisent les personnages de ces nouvelles, lit hors du blues, au-delà des frontières de cette musique lancinante qui s’acharne sur leurs mauvais souvenirs comme une mouche sur une plaie qui suppure encore.Patrick Boulanger Selon Mathieu Patrick Boulanger SELON MATHIEU roman, 132 p., 18 $ Mathieu, sept ans.est l'aîné d’une famille de quatre entants.Avec une mère velléitaire et catholique et un père impulsif, il habite sa famille qui est tantôt tableau, tantôt toile d’araignée, tantôt cellule, Au cours de cet été, petits plaisirs quotidiens et colères gigantesques se succèdent, car même dans les meilleures familles, il peut y avoir des déchirures, des prisonniers qui disparaissent.l’Inconvénient no 38 Aussi dans ce numéro LA BATAILLE DES PLAINES D'ABRAHAM N’A PAS EU LIEU Mathieu Bélisle Alain Roy Marc Chevrier Jean-François Aubé Charles-Philippe Courtois Isabelle Daunais Disponible en kiosque et en librairie www.i n co n ve n i e n t.ca .c Mavis Gallant David Dorais Geneviève Letarte Serge Bouchard Réjean Beaudoin Gilles Marcotte L E I) E V 0 I li , I- I' s ^ A ,M E l> I I 2 E T I) I M A N C II E I :$ S E P T E M B R E 2 0 0 !l F (> ESSAIS ESSAIS QUÉBÉCOIS Fallait-il refaire la bataille des plaines d’Abraham ?Yves Tremblay, historien au ministère de la Défense nationale à Ottawa, est en colère.Dans Plaines d’Abraham.Essai sur l’égo-mémoire des Québécois, un ouvrage polémique sur la controverse engendrée par le projet de reconstitution de la célèbre bataille du 13 septembre 1759, il s’en prend sans ménagement aux fossoyeurs de cette idée.Au nom -—— du respect de l’histoire ^ et de la mémoire blés- Cornei sée du peuple québécois, écrit-il, les opposants à ce projet ont trahi la science de l’histoire — et ses vertus pédagogiques — au profit d’une cause actuelle, le nationalisme, qui n’en exigeait pas tant «On ne nie pas une défaite, lance Tremblay; on l’accepte, on l’assume, on devrait même cherchera la comprendre, à l’étudier et pourquoi pas la rappeler et la commémorer [.].» Or, les Québécois, ajoute l’historien, «ont une mémoire égocentrique»', le passé qu’ils disent chérir doit servir leur vanité pour en faire partie.Cette «egomtémoire» aurait donc «pour ennemi naturel toute méthode qui ne lui retourne pas une bonne image; par conséquent, la méthode critique est son ennemi mortel».Cette instrumentalisation nationaliste de l’histoire, dans laquelle un passé fantasmé devient «un moyen de façonner le présent», est précisément ce que Tremblay, monté sur ses grands chevaux, dénonce.Oeuvre pédagogique La volonté de reconstituer la bataille des Plaines, explique-t-il, qui devait s’accompagner d’une activité semblable reproduisant la victoire du 28 avril 1760, émanait d’abord de clubs de reconstitution privés, composés de «fanatiques de l’exactitude».H s’agissait, écrit Tremblay, de proposer «une manifestation historique, mais déclinée sous une forme pédagogiquement abordable».La L.UER Société du 400 anniversaire avait été blâmée pour le manque de contenu historique de ses activités.lit Commission des champs de bataille nationaux, en collaboration avec les «recons-tituteurs», allait proposer mieux et faire œuvre pédagogique, avance Tremblay.Or, les opposants à cette initiative ont tué l’affaire dans l’œuf.«Il ne fallait surtout pas tirer les Québécois de leur torpeur mémorielle», ironise l’historien, en identifiant les coupables de cette faute: Michel David et Le Devoir en général, qui auraient fait preuve de «mauvaise foi éditoriale» et à’«acharnement» dans ce dossier, Pierre Falardeau, Yves Beauchemin, Normand Lester et la plupart des souverainistes.«Je veux bien que le Québec devienne indépendant, conclut froidement Tremblay, mais je ne peux admettre que Frégault ou Groulx ou Courtois ou David sélectionnent ce qui fait leur affaire dans l’histoire touffue du Québec pour promouvoir leur projet.» «Nous avons perdu, et aucune rhétorique n’y changera rien», insiste rhistorien.Les Québécois, toutefois, gagneraient à revenir sur l’affaire et à réviser la «mauvaise version de 1759» qu’ils entretiennent depuis un siècle et demi au lieu de stériliser «un effort interprétatif déjà assez peu fécond».C’est là l’autre raison de la colère de Tremblay: non seulement les opposants à la reconstitution ont-ils rejeté la pédagogie historique que recelait ce projet, mais ils colportent, de plus, une version égocentrique de la bataille, qui relève de la dénégation.«Nous avons perdu, disent-ils, mais nous aurions pu gagner si.» S’ensuivent, selon l’historien, des stéréotypes — Wolfe et Montcalm étaient incompétents, Vaudreuil et les Canadiens Firent brillants et courageux — qui nourrissent un «refoulement histo- Que sont les baby-boomers devenus?Un essai attendu et percutant sur les aspects sociaux d’une génération préoccupée par son désir de ne jamais vieillir.296 pages 28,95$ AspctU jtxiaui d'un* generation wieillnunt* Yi rflfÉfc ‘ -~il Edite Mi tnt D f Éditions Malm Des livres pour savoir wsmmm TOUT UN WEEK-END AVEC NATHALIE ! TROPISMES.JEAN MARCHAND LIT NATHALIE SARRAUTE Mise en scene Alice Ronfard Éüaikages Martin Sirois SAMEDI 19 septembre / 16 h DIMANCHE 20 septembre / 19 h USINE C rique» plein de mensonges et de manipulations.On sauverait ainsi l’honneur, mais pas la vérité.Bonne ou mauvaise version?Cette mauvaise version de 1759 serait due, d’abord, à François-Xavier Carneau.Selon ce dernier, Montcalm, jaloux de Vaudreuil, aurait précipité l’assaut contre les Anglais, causant ainsi la défaite des troupes franco-canadiennes.Casgrain reprendra cette version qui ne sera, au fond, que modernisée par Frégault: les coupables, ce sont les autres, Français corrompus, comme Bigot, ou hautains et incompétents, comme Montcalm.La persistance de cette thèse, incorrecte selon Tremblay, mais reprise par le collègue Michel Lapierre, s’expliquerait par deux raisons: notre ego national s’en trouve préservé, et la domination de l’histoire sociale, depuis les années 1960, a discrédité l’histoire au Québec, donc les recherches sur la Conquête.«Ne faisant plus d’histoire militaire au Québec, résume Tremblay, on n’a aucun besoin de trouver des successeurs à F'régault, qui de toute façon fait l’affaire.» Parce qu’ils n’aiment pas les guerres, les Québécois se refusent à les penser et — «c’est ici que la conquête est la plus totale» —, déplore Tremblay, abandonnent la Conquête comme problème historique aux Anglais.Dans des pages plutôt savantes qui font la part des considérations stratégiques, diplomatiques et logistiques ayant trait à la fameuse bataille et des travaux les plus récents à son sujet, l’historien contredit la version «égocentrique» de 1759.Il réhabilite Montcalm, accable Vaudreuil et montre que la défaite était presque inévitable.Cette contribution au débat historique sur la Conquête est riche, bien documentée et donne raison à Tremblay sur un point la cause nationaliste ne doit pas interdire la remise en question de l’histoire officielle ou nuire aux efforts interprétatifs scientifiques.L’historien est toutefois plus difficile à suivre quand il s’entête à considérer les opposants à la reconstitution de la bataille comme des ennemis de l’histoire.S’il est vrai, comme il l’écrit, que «les guerres sont des choses compliquées», comment croire qu’un «spectacle à grand déploiement» puisse adéquatement en rendre compte, surtout si l’objet du spectacle en question est très controversé et si l’activité est parrainée par un des camps qui se disputent la vérité?Parmi les opposants au projet de reconstitution, il y eut certes des nationalistes qui instrumentalisent l’histoire — comment l’éviter, au demeu-rant.dès lors que l’interprétation est en cause —, mais il y eut aussi des esprits réfractaires à une mise en spectacle indélicate de notre tragédie nationale.Ce n’est pas l’histoire, même dure à avaler, que rejetaient ces derniers, mais le mépris spectaculaire de sa gravité.Tremblay a certes raison de reluser l’hégémonie d’une histoire nationale sacrée à l’usage exclusif d’une cause.On ne pleurera toutefois pas avec lui la foirade des «reconstituteurs».louiscoCasympatico.ca PLAINES D’ABRAHAM Essai sur l’égo-mémoire des Québécois Yves Tremblay Athéna Outremont, 2009,252 pages NOUVELLE ÉDITION « La guerre de la Conquête demeure le meilleur ouvrage sur cette période troublée de notre histoire.» Jacques Lacoursière, auteur de la préface GUY FRÉGAULT ia guerre.DE LA CONQUÊTE 1754-1760 FIDES GUY FREGAULT La guerre de la Conquête 1754-1760 520 pages • 29,95$ REVUES La bataille de L’Inconvénient Dans son numéro d’août 2009, la revue L’Inconvénient souligne, à sa façon littéraire et ironique, le 250* anniversaire de la bataille des plaines d’Abraham et la controverse suscitée par le projet de la reconstituer.Fallait-il rejouer l’affaire?Selon Alain Roy, cette polémique a opposé deux camps: les historio-philes, des souverainistes pour lesquels l’histoire reste une source de sens pour aujourd’hui, et les historio-phobes, des fédéralistes qui, parce qu’ils souhaitent s’en affranchir, transforment le passé en «un objet de reconstitution qui sert au témoignage de notre supériorité présente».Pour Roy, la reconstitution ne visait pas à faire «revivre le passé» mais à «décréter sa mort», en montrant que ces affrontements nationaux ne sont plus le lot des êtres multiculturels que nous sommes.Isabelle Daunais, elle, conteste l’argument pédagogique avancé par les partisans de la reconstitution.Le geste de se substituer à autrui, de prendre possession de son identité, dans le cadre d’un spectacle «vécu», sans la distance que procure la fiction, «n’est pas du tout le même que celui de vivre à ses côtés et de se confronter à lui».La simple décence morale devrait plutôt nous inciter à laisser au passé et à ceux qui y vécurent ne serait-ce qu’un peu de leur zone d’ombre, sans nous interdire, évidemment, de les fréquenter par l’histoire et la littérature.Louis Cornellier EN BREF De la généalogie sur les Plaines La Société généalogique cana-dienne-française ne pouvait manquer de contribuer à la commémoration de la bataille des plaines d’Abraham.Avec la collaboration de la Fédération française de généalogie, elle a mené à terme, sous la direction de Marcel Fournier, le Projet Montcalm, «une vaste étude portant sur les soldats des troupes françaises qui ont combattu en Amérique entre 1755 et 1760».Ouvrage de luxe préfacé par l’ex-ministre Marcel Masse, Combattre pour la France en Amérique contient donc une synthèse historique de la guerre de Sept ans et quelques textes connexes, mais surtout un répertoire de 7450 notices biographiques, sur 400 pages, des soldats et officiers qui ont alors défendu la France sur nos terres.Pour se procurer cet ouvrage unique en son genre, il faut contacter la Société généalogique canadienne-française (info@sgcf.com ou ® 514 527-1010).-Le Devoir éditions Liber Philosophie • Sciences humaines • Littérature Aline Giroux Reconnais-toi toi-même Figures de l’expérience morale RECONNAIS-TOI TOI-MÊME FIGURES DE L’EXPÉR IENCE MORALE 204 pages, 24 dollars HOMMAGE A GABRIELLE ROY RENDEZ-VOUS POÉTIQUES LA DÉTRESSE ET L'ENCHANTEMENT AMÉRIQUOISES Avec MARIE-THERESE FORTIN Mise en scIne Olivier Kemeid I Éclairages • i Claude Cournoyer I En collaboration avec le 1 Fonds Gabriel ie Rov Kj El ir Studio iitiérairi K M la Place oîs Arts LUNDI 21 septembre 19 h 30 CINQUIÈME SALLE DE LA PLACE DES ARTS Marklta Boies Christine Germain Marie-Paule Grimaldi Kena Molina Marie-Hélène Moîpetit Claude Fradette Urbain Desbois Direction artistique et littéraire Christine Germain Conception visuelle Sonia Léontieff SAMEDI 26 septembre / 20 h (ouverture des portes à 19 h) LION D’OR En marge du spectacle : une exposition, une rencontre et des projections de films, tout NATHALIE SARRAUTE EN MOTS ET IMAGES les 19 et 20 septembre à l'Usine C.Québec SS iflWHi o'»*r» ¦ aomitM hé, Montréal® En marge du spectacle : des lectures de Gabrielle Roy par Mireille Deyglun, Françoise Faucher, Sylvie Drapeau et Sophie Faucher dans le cadre des MIDIS LITTÉRAIRES.Du lundi 21 au vendredi 25 septembre, de 12 h 10 à 12 h 50, aux Jeunesses musicales du Canada.Festival International de la LITTÉRATURE 18 / 27 sept 09_ À ne manquer : des lectures de poésie dans une ambiance jazzée à l'heure de l'apéro dans le cadre des 5 À SOUHAITS.Du 18 au 25 septembre, de 17 h à 19 h, au Cabaret des Terrasses Saint-Sulpiœ.Billetterie 514 842-2112 / www.festival-fil.qc.ca t t
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