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Le devoir
Quotidien montréalais indépendant et influent, qui informe rigoureusement et prend part aux grands débats de la société québécoise [...]

Fondé à Montréal par l'homme politique québécois Henri Bourassa, le quotidien Le Devoir paraît pour la première fois le 10 janvier 1910. Bourassa rassemble autour de lui une équipe de rédaction fort compétente. En font partie Olivar Asselin, Omer Héroux, Georges Pelletier, Louis Dupire et Jules Fournier.

Dès ses débuts, Le Devoir se veut patriotique et indépendant. Résolument catholique, il est partisan de la doctrine sociale de l'Église et appuie un encadrement catholique des mouvements associatif, syndical et coopératif. De tout temps, il défendra la place de la langue française et sera des débats sur la position constitutionnelle du Québec.

Au cours des années 1920, le catholicisme du directeur se dogmatise, ce qui rend plusieurs journalistes inconfortables, mais l'orateur demeure une figure très en vue qui permet au journal d'amasser des fonds. Grâce à lui, Le Devoir pourra toujours s'appuyer sur des donateurs privés, dont certains siègent à son CA. Des journalistes tels Fadette, Jeanne Métivier et Paul Sauriol y font leur marque à la fin de la décennie.

Proche des cercles intellectuels influents, Le Devoir a une vocation nationale. Une grande part de son tirage est tout de même acheminée dans les milieux ruraux. Le journal offrira d'ailleurs un vif appui à l'organisation de l'agriculture québécoise. Il ne pénétrera que tardivement, mais sûrement, le lectorat de la zone métropolitaine.

Au départ de Bourassa en 1932, Georges Pelletier prend la direction du journal. Un regard d'aujourd'hui sur l'époque des décennies 1930 et 1940 révèle une phase plutôt sombre, empreinte d'antisémitisme, le Juif représentant à la fois la cupidité du capitalisme et le péril athéiste lié au communisme.

Durant la Seconde Guerre mondiale, Le Devoir lutte contre la conscription et rapporte les injustices faites aux Canadiens français dans les corps militaires. Sur le plan politique, bien qu'indépendant, le quotidien appuie la fondation du Bloc populaire, parti nationaliste, et se rapproche parfois de l'Union nationale.

Gérard Filion prend la direction du journal en avril 1947. Il en modernise la formule et attire de solides jeunes collaborateurs, dont André Laurendeau, Gérard Pelletier et Pierre Laporte. Le journal prend alors définitivement ses distances de l'Union nationale, critiquant l'absence de politiques sociales, l'anti-syndicalisme et la corruption du gouvernement québécois, et dénonçant la spoliation des ressources naturelles.

À partir de 1964, le journal est dirigé par Claude Ryan, qui en base l'influence sur la recherche de consensus politique, entre autres sur les sujets constitutionnels. Sous sa gouverne, Le Devoir sera fédéraliste pendant la plus grande partie des années 1970.

Bien qu'il soit indépendant des milieux de la finance, Le Devoir est le quotidien montréalais qui accorde la plus grande place dans ses pages à l'économie, surtout à partir des années 1980. En 1990, l'arrivée de Lise Bissonnette à la direction redynamise la ligne éditoriale et le prestige du journal. Le Devoir appuie résolument la cause souverainiste.

Au XXIe siècle, sous la gouverne de Bernard Descôteaux, puis de Brian Myles, Le Devoir continue à informer les Québécois, à donner l'ordre du jour médiatique, à appuyer l'émergence des idées et à alimenter le débat social. C'est pourquoi il faut regarder ailleurs que dans ses données de tirage, relativement plus basses que celles des autres quotidiens montréalais, pour mesurer la force de son influence.

Sources :

BEAULIEU, André et Jean HAMELIN, La presse québécoise des origines à nos jours, Sainte-Foy, Presses de l'Université Laval, 1979, vol. 4, p. 328-333.

BONVILLE DE, Jean, Les quotidiens montréalais de 1945-1985 : morphologie et contenu, Québec, Institut québécois de recherche sur la culture, 1995.

LAHAISE, Robert (dir.), Le Devoir : reflet du Québec au 20e siècle, Lasalle, Hurtubise HMH, 1994.


Éditeur :
  • Montréal :Le devoir,1910-
Contenu spécifique :
Cahier F
Genre spécifique :
  • Journaux
Fréquence :
quotidien
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Le devoir, 2009-10-10, Collections de BAnQ.

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1.K I) K V 0 I H .I.E S S A M EDI 1 (I E T I) I M A X < HE II o < T O B II E 2 (I II il LITTERATURE L’effet Au Destin d’Olga Duhamel-Noyer Page F 3 BEAU LIVRE Far East, Far West de Benoit Aquin Page F 8 «J’habite une ville, à peine île, de moins en moins fleuve et mer, de plus en j plus ruelle et rue, de plus | en plus navire, de moins en 1 moins marine.D’autres vont sur l’eau.D’autres vont sur l’air.Et c’est maintenant que l’avenir, l’avenir se tourne vers nous, faisant mine de nous attendre, car nous sommes la main-d’œuvre à bon marché.» Il î REGARDS SUR LA V LLE JEAN-FRANÇOIS NADEAU m?V 7 v • Y \ Pierre Perrault n’a que faire de la quête du béton avec laquelle on confond l’avenir de l’homme Vous allumez la radio.Une voix sortie de l’oubli se fait entendre.C’est la voix chaude de Pierre Perrault, décédé il y a dix ans.Un peu surpris, vous pensez tout de suite qu’il s’agit d’une émission consacrée à l’île aux Coudres, à la Côte-Nord ou peut-être au Grand Nord, c’est-à-dire à des lieux qui habitent tout entier la poésie autant que le cinéma de cet homme hors du commun.Mais non.Voilà Perrault qui plonge dans Montréal, au cœur de la ville, nous entraînant à sa suite, avec des mots en apparence assez puissants pour défaire tous les embâcles du langage.Le printemps dernier, pour souligner l’anniversaire de la disparition du poète-cinéaste, Mathieu Beauchamp, Charles Plourde et Jean-Philippe Pleau ont eu la bonne idée de faire redécouvrir à la radio de nos impôts quelques facettes méconnues de l’auteur de Toutes isles.Leur excellente série gagnerait, d’ailleurs à être rediffusée.A la base de leur projet, une part méconnue du travail de Perrault: au début des années 1960, magnétophone à l’épaule, le poète-cinéaste était parti dans les rues et ruelles de Montréal à la découverte de tout un monde urbain alors en pleine mutation.Son intention manifeste était de saluer dans la ville un type d’humanité qu’il traquait par ailleurs avec une caméra, presque au même moment, à l’île aux Coudres.Ses efforts à l’île aux Coudres allaient notamment donner lieu à la production du chef-d'œuvre que l’on sait: Pour la suite du monde.En ce début des années 1960, Montréal se transforme à toute vitesse, sans toujours prendre le temps de tenir compte des enracinements anciens.Au centre-ville, le plan Dozois a déjà fait en sorte de raser un quartier pauvre pour y construire d’affreux HLM.Le pont Champlain est inauguré en 1962.Le pont Mercier est doublé en 1965.L’autoroute 30 VOIR PAGE F 2: PERRAULT JKAN-I.OIUS FRUND I.E n E V OIK.LES S A M EDI 1 (I ET I) I M A N f H E 11 0 C T 0 B R E 2 0 0 II F ‘2 LIVRES L’élégante lenteur des lettres L’art du calligraphe Luc Saucier CAROLINE MONTPETIT Il fait figure d’hérétique dans la frénésie sur-voltée ambiante.Et il s’en accommode bien.Depuis le début des années 1990, le calligraphe Luc Saucier dessine à la main, année après année, toutes les affiches illustrant les activités qui se tiennent à la chapelle historique du Bon-Pasteur.Ses œuvres, qui n’existent qu’en un seul exemplaire, sont d’ailleurs exposées jusqu’au 8 novembre à la chapelle, rue Sherbrooke, à Montréal.Son art est celui du silence et de la lenteur.«Je suis un rebelle d’abord parce que je fais des affiches à la main.À ma connaissance, je suis le dernier à le faire pour une maison publique de concert.Et je suis rebelle spirituellement parce que c’est un geste beaucoup plus lent.On ne peut pas faire de calligraphie à 200 kilomètres à l’heure, comme le dicte notre vie quotidienne.Il y a une recherche de beauté, du geste précis.C’est très zen, la calligraphie», dit le calligraphe.En fait, son art, la calligraphie, a commencé à décliner en Occident avec l’invention de l’imprimerie.Et l’avènement de la machine à écrire, puis de l’ordinateur, n’a rien fait pour venir à son secours.En Orient, soit en Chine ou au Japon, ou encore dans le monde arabe, par exemple, il a continué d’évoluer et les calli-graphes y sont toujours considérés comme des artistes à part entière.Luc Saucier est autodidacte.Après avoir étudié le chant, qu’il pratique d’ailleurs toujours professionnellement, notamment comme choriste de l’Orchestre symphonique de Montréal, il adresse une lettre au directeur de la chapelle historique du Bon-Pasteur, Guy Soucie, écrite avec une calli- graphie soignée.Le directeur le remarque et l’invite aussitôt à collaborer aux activités de la chapelle, comme calligraphe.Deux versants «J’ai appris mon métier dans les livres», dit-il, rappelant que, comme c’est le cas pour le musicien qui fait des gammes, il faut que le calligraphe s’exerce constamment pour garder sa souplesse et sa dextérité.C’est d’abord l’étude des lettres romaines qui a retenu son attention.«La majuscule romaine est à la base de toute la calligraphie occidentale», dit-il.Puis, il s’intéresse aux différents styles historiques utilisés dans les manuscrits médiévaux: la lettre gothique, la lettre onciale, la lettre Caroline.«Mon art a deux versants, dit-il.Un versant très protocolaire, très classique, qui part de l’étude de formes classiques.Et l’autre, très créatif, très contemporain, où il est avisé d’être très original, très coloré, très déhanché.Je peux jouer sur les deux tableaux.» A la chapelle historique du Bon-Pasteur où l’exposition est présentée, les affiches portant sur des témoignages des survivants de l’Holocauste en voisinent d’autres portant sur l’opéra chinois.L’affiche portant sur la musique yéyé côtoie celle illustrant le spectacle pour jeunes publics Le Vilain Petit Canard-, les lettres explosent, s’étirent, se promènent pour parfois revenir sagement à leur place.Art éphémère paradant sur les murs le temps d’une exposition, d’un spectacle, avant de retourner finir sa vie dans l’obscurité des boîtes.mm?-?JACQUES GRENIER LE DEVOIR Le Devoir Le calligraphe Luc Saucier dessinant une affiche pour la chapelle historique du Bon-Pasteur.PERRAULT J'habite une ville est un livre extraordinaire qui propose les transcriptions de certaines des émissions radiophoniques de Perrault consacrées à Montréal SUITE DE LA PAGE F 1 se rend à Varennes.La 25, jusqu’à Terrebonne.On se lance dans la construction du tunnel Louis-Hippolyte-Lafontaine.Des maisons anciennes tombent partout sous les pics de démolisseurs empressés d’élargir les artères de la ville au nom de la modernité, sans se rendre compte qu’ils la saignent souvent de ce qu’elle a de plus humain.Cette saignée accélère le phénomène des banlieues.Pierre Perrault n’a que faire de la quête du béton avec laquelle on confond l’avenir de l’homme.Il n’est pas dupe un instant du sort que le béton promet à Montréal comme à file aux Coudres.«J’habite une ville, à peine île, de moins en moins fleuve et mer, de plus en plus ruelle et rue, de plus en plus navire, de moins en moins marine.D’autres vont sur l’eau.D’autres vont sur l’air.Et c’est maintenant que l’avenir, l’avenir se tourne vers nous, faisant mine de nous attendre, car nous sommes la main-d’œuvre à bon marché.» Perrault transporte près des hommes son gros magnétophone.H tend son micro à un laitier, à un poseur de tapis, à un mécanicien, un débardeur.D recueille leurs paroles humbles dans sa gibecière faite de ruban magnétique.Plus tard, installé à sa table, il retranscrit toutes les paroles entendues, puis construit une suite complexe d’échanges entre ses propres mots et ceux entendus.De la matière brute, il fabrique ainsi des bijoux sonores comme lui seul sait en faire.En 1969, alors que Bernard Gosselin et lui sont invités par la société d’État à commenter le traditionnel défilé de la Saint-Jean-Baptiste, il explique avoir voulu prendre la mesure exacte de la parole au Québec, depuis Montréal jusqu’à File aux Coudres.Perrault n’aura pas le temps de développer sa pensée belle enfance, j’habite une ville secrète, cachée, enfouie sous les décombres du silence obstiné.Une ville sans mot dire, ni poète, ni peintre, ni amoureux, ni soleil, ni fontaine.Une ville sans eau, ni visage, ni mirage.» Comment entrer dans cette ville que Perrault « Depuis belle enfance, j’habite une ville secrète, cachée, enfouie sous les décombres du silence obstiné.» en ondes puisque, ce jour-là, Radio-Canada lui retire le micro, insatisfaite de constater qu’il ne veut pas se contenter de parler des majorettes et des notables qui pavanent sous les applaudissements d’une foule docilisée par les pouvoirs de la consommation de masse.Il faut se plonger dans J’habite une ville, un livre extraordinaire qui propose les transcriptions de certaines des émissions radiophoniques de Perrault consacrées à Montréal.Ces textes ont été rassemblés grâce aux soins patients du professeur Daniel Laforest Loin des simples fonds de tiroir d’un grand écrivain, J’habite une ville constitue un livre exceptionnel dont on ne peut guère que critiquer l’apparence physique, quelque peu négligée par l’éditeur.Dans les pages de J’habite une ville, on découvre un Perrault qui tente de découvrir le propre monde qui l’a vu grandir, lui, fils d’un marchand de bois qui étudie en droit comme s’il s’agissait de mieux s’assurer que le travail d’avocat n’est pas fait pour lui.«Depuis avoue d’emblée ne pas connaître comme il le souhaiterait et qu’il nous permet pourtant de découvrir comme pas un?Plonger dans la lecture de J’habite une ville est une sorte de bonheur, tant pour l’écriture exceptionnelle de Perrault que pour le monde qu’il nous donne à découvrir.La plume de Perrault d’abord, magnifique, digne et grave, permet d’entrer à fond dans la naissance du Montréal moderne qui se construit au début des années 1960.«J’habite une ville à la tête des eaux et qu’il faudra bien, un jour ou l’autre, découvrir du large, afin qu'on puisse dire enfin de tant de rivages qu’ils ne sont pas là pour rien ni pour personne.» Cinéaste, Perrault disait une phrase en apparence étonnante: «Voir profondément, c’est entendre.» On pourrait dire à sa suite que voir profondément le Montréal des années 1960, c’est d’abord lire Jhabite une ville.Le Devoir J’HABITE UNE VILLE Pierre Perrault L’Hexagone Montréal, 2009,217 pages LITTÉRATURE QUÉBÉCOISE Un homme, une femme, beaucoup de temps Ce sont presque les «carnets du sous-sol» de Patrick Nicol.Un peu comme chez Dostoïevski, on y partage les turbulences, les inquiétudes et le désenchantement qui se mélangent sous l’eau calme d’un quotidien prévisible.Un narrateur sans nom un peu amer, rien qu’un peu, qui se décrit lui-même comme «pestiféré», se souvient de ce qui n’est plus et nous raconte au «je» les derniers soubresauts de sa tranquille existence.CHRISTIAN DESMEULES V A peu de chose près, ce narrateur rappelle beaucoup celui de La Blonde de Patrick Nicol ou de La Notaire (Le-méac, 2005 et 2007).Et il a certainement tout le profil d’un des avatars de l’auteur, ce Sherbroo-kois dans la quarantaine qui tisse, dans Nous ne vieillirons pas, des allers-retours entre, d’un côté, son présent d'écrivain quasi anonyme, de père de famille et de prof de français au collégial et, de l’autre, des souvenirs lointains de ses années d’études à l’université.Couvant une «sorte» de rhume de rentrée scolaire, l’homme décide de prendre congé et de rentrer chez lui au milieu de l’après-midi.Frappé par «la stricte ordonnance des objets» qu’il n’ose pas déranger, il descend au sous-sol et ouvre le canapèlit pour faire une sieste.La mémoire, elle aussi, se déplie: nous voici projetés au milieu des années 80.Des temps de torpeur postréférendaire, d’amitiés étudiantes enthousiastes, de quel- •No us, lit tilbnMKjplK Michel Lord Brèves implosions narratives.La nouvelle québécoise (1940-2000) U livre le plus complet sur la nouvelle québécoise.Un regard clair qui démontre en près de 400 pages le chemin parcouru par ce genre bref depuis 1940 jusqu’à nos jours.f Editions Nota bene Michel l.urd Brèves implosions narratives nouvelle qiubéoijkr PMO-’oon t(tilioii\NoUt!i Dos livres pour savoir Un livre essentiel pour bien comprendre —¦ économie JOSEPH HEATH PETIT TRAITÉ D’ÉCONOMIE À L'INTENTION DES • En librairie dès maintenant Joseph HEATH GROUPE LIBRBX Un* compsgni* d* Qwfcacor Mer** GROUPELIBREX.COM ques griseries idéalistes, d’amours naissantes.C’est aussi l’époque où il rencontre celle qui deviendra plus tard sa femme, avec qui il vit toujours.Un jour, raconte-t-il, un professeur qu’il appréciait laisse échapper devant lui une enveloppe contenant une lettre apparemment destinée à quelqu’un d’autre.Mais à qui?Il la ramasse, la lit, se l’approprie.D’autres lettres suivront, remplies de descriptions minutieuses du contenu de l’appartement du Professeur et de méditations sur la vie matérielle.Le Professeur, on le comprend vite, avec sa solitude, son indignation impuissante et ses lettres pathétiques qui suintent l’aliénation individuelle autant que collective, est une sorte de double du narrateur.Aussi bien dire un épouvantail.Tout ça semble loin dans le temps.Vraiment?Une fatigue existentielle légère lui fait ralentir le pas, lever la tête, regarder autour de lui.Un vertige le saisit.Celui qui frappe souvent l’homme — et pas seulement l'homme québécois — au milieu du chemin de sa vie.«Le Professeur, reconnaît-il aujourd’hui, ne raconte rien d’autre que ma propre vie, mais située dans un autre décor.» Nous ne vieillirons pas, sixième roman de Patrick Nicol, fait la part belle aux angoisses littéraires et personnelles.Ne pas vieillir.Fixer le temps.Est-ce un programme, un souhait, une injonction?«Elle a plus de quarante ans, maintenant, et elle est belle peut-être comme elle ne l’a jamais été.» Alors, il a peur d’ennuyer la femme qu’il aime, de ne plus être à la hauteur.«Comment se fait-il qu’en vieillissant les hommes comme nous deviennent insignifiants?», demande-t-il au Professeur.Il s’interroge sur le passage du temps et sur les dommages collatéraux de la vie conjugale, lui qui se sent parfois «comme un voleur dans une maison étrangère», victime d’aliénation domestique modérée.«Je voudrais m’installer pour toujours au sous-sol», comme dans une sorte de cocon chaud, un sarcophage de béton, un abri imperméable aux effets du temps.Que perdons-nous en vieillissant?«De l’espace de comptoir, si tu veux mon avis», lui répond sa femme, pragmatique et volontaire, en balayant avec un clin d’œil ses états d’âme de nostalgique introspectif.Patrick Nicol nous interprète encore une fois avec justesse ce qui ressemble de plus en plus, il faut le reconnaître, à «sa» petite musique.Une tonalité romanesque pleine d’ironie larvée et de questionnements.Derrière l’apparente impuissance de son narrateur à évoquer l’histoire qu’il cherche à écrire — et qui se déroule pourtant bel et bien sous nos yeux — se cache une étonnante maîtrise de toutes les petites débâcles du quotidien.Une histoire qui se résumerait pour l’essentiel à ces trois variables d’une équation sensible: «un homme, une femme, beaucoup de temps».Collaborateur du Devoir NOUS NE VIEILLIRONS PAS Patrick Nicol I-glTIraC Montréal, 2009,136 pages LIBRAIRIE BONHEUR D’OCCASION Livres d’occasion de qualité NOUVEAUTÉ Choix de livres en ligne Plus de 200 nouveaux titres à chaque semaine à cette adresse : www.abcbooks.lr/vendeur/bonheurdoccasion 514-522-8848 1-888-522-8848 44H7, rue de La Roché (angle Muni Royal) bonheurdoceasion@bellnet ca mcMËÊÊÊÊm ¦UMMClRil L K I) E V OIK, L E S S A M EDI 1 O K T I) I M A X < HE II 0 < T 0 15 K E 2 (I 0 !) LITTERATURE L’indéchiffrable Difficile d’expliquer l’effet que produit Destin, deuxième roman d’Olga Duhamel-Noyer A Danielle Laurin trangeté de ton, de situations.Etrangeté de ce qui échappe pt envoûte en même temps.Etrangeté: c’est sans doute le mot qui convient le mieux à Destin, deuxième roman d’Olga Duhamel-Noyer, née à Montréal en 1970.Mais faut-il vraiment parler de roman?Peut-être davantage de récit.D’autofiction.Faut-il s’attacher à un genre en particulier?Nous sommes dans l’écriture, ça c’est sûr.Nous sommes dans la distance et dans l’intériorité en même temps.Nous sommes dans la perplexité et l’enchantement.Dans le paradoxe.Paradoxe amoureux, sexuel, existentiel, fondamental, vital.C’est une femme qui parle, qui écrit.Elle s’appelle Olga.Olga ressasse sa vie, par petites touches.Elle replonge dans ses souvenirs, ses obsessions, ses états d’âme, ses états d’esprit, ses manques successifs.Avec mélancolie, langueur.Tout lui semble crypté, tout nous semble crypté.A commencer par cette scène de film, qu’elle a vue à 13 ans à la télé dans un hôtel anglais.Une révélation pour elle.Elle ne peut expliquer pourquoi, nous nous l’expliquons encore bien moins.Cette scène, la voici: «A un moment donné, les deux héroïnes sont dans la maison, le gramophone fait entendre un air sur lequel elles dansent malgré la catastrophe de la guerre, leurs pas ont quelque chose de saccadé, et leurs lèvres vont se toucher longtemps.Elles portent toutes les deux des vareuses tachées, trop grandes, récupérées avec peine sur des cadavres raides.» Cette scène de film a changé sa vie, dit Olga, et on la croit.On avance comme ça, sans savoir où on s’en va.Les chapitres sont courts, hop, on passe à autre chose, pas le temps de creuser.Nous voici sur une plage, en Espagne, l’été de ses treize ans, toujours.Une jeune serveuse, appelée Nine, la fascine, l’attire, elle ne sait pas pourquoi, c’est comme ça.C’est comme ça, l'amour?Mais est-ce vraiment de l’amour?Ou du désir?Treize ans plus tard, en France, dans le Midi, il y a la rencontre de Sonny.Une fille.Une fille séduisante qui la fascine, l’attire.qui ressemble étrangement à Nine, la Nine de ses 13 ans.Mais Sonny, c’est Sonny, elle ne se laisse pas prendre facilement.La vie continue pour Olga, ponctuée par des aventures sexuelles à droite, à gauche, avec des filles, mais pas seulement.La vie, elle a l’impression qu’elle lui coule entre les doigts, Olga.Elle attend, elle ne sait pas EN BREF Renaud-Bray inaugure un centre de distribution A défaut de se lancer dans la course au livre numérique pour l’instant, le groupe Renaud-Bray inaugurait cette semaine son nouveau centre de distribution, qui alimentera la librairie virtuelle Renaud-Bray.com.Les consommateurs pourront donc désormais avoir accès aux 250 000 livres de papier entreposés dans le centre de distribution.Cette organisation permettra à Renaud-Bray de diminuer les délais de livraison des livres, qui n’auront pas à être commandés chez l’éditeur.Renaud-Bray espère ainsi pouvoir livrer des livres à domicile le surlendemain pour la région de Montréal, et dans un délai de quatre jours en Ontario par exemple.Le groupe Renaud-Bray a par ailleurs décidé de ne pas se lancer dans la course au livre numérique pour l’instant.- Le Devoir Bryan Perro à la remise des prix Essor L’auteur Bryan Perro a participé cette semaine à la remise des prix de reconnaissance Essor pour la région de Mont- SOURCE RADIO-CANADA Bryan Perro réal.Les prix de reconnaissance Essor ont été remis cette année à l’école Henri-Bou-rassa et à l’école Le Carignan.L’école Henri-Bourassa a remporté un prix dans la catégorie «culture» pour le projet «semaine de la francophonie», qui proposait une foule d’activités sur l’heure du dîner aux élèves.Un récital et un spectacle de chorale ont aussi été présentés.L’école Le Carignan a pour sa part remporté un prix dans la catégorie «pédagogie», pour sa nouvelje revue musicale intitulée L’Etrange Grenier, qui a été présentée à la maison de la culture de Montréal-Nord.- Le Devoir éditeur Les Éditions XYZ félicitent Claude Le BOUTHILLIER récipiendaire de l’Ordre du Canada « pour son influence et sa contribution à la scène littéraire canadienne, en tant que romancier, chroniqueur et poète, et pour le rôle qu’il a joué dans la renaissance du roman acadien.» www.cditionsxyz.com REINE MATTERA Destin est le deuxième roman d’Olga Duhamel-Noyer quoi.Elle attend la suite de son destin.Mais qu’est-ce que le destin?«Parfois, le poids du destin était si lourd qu’il apparaissait invraisemblable jour après jour d’en être l’artisan.» On a l’impression qu’elle flotte, en fait, cette Olga.Qu’elle flotte au-dessus d’elle-même, des autres, de la vie.Qu’elle est là sans y être.Toujours dans sa tête.Comme si la vie était ailleurs, dans ce qui se joue à son insu.Justement.Cela va se jouer à son insu.Il y aura Sonny à nouveau, à Montréal cette fois.Il y aura de l’inattendu.Il ARCHAMBAULT 51 Une compagnie de Québécor Media PALMARES LIVRES Résultats des ventes : du 29 septembre au 5 octobre 2009 ROMAN OUVRAGE GÉNÉRAL CŒUR TROUVÉ AUX OBJETS PERDUS Francine Ruel (libre Expression) HELL.COM Patrick Senécal (Alire) L'ÉNIGME NI RETOUR DanyLaferrière (Boréal) LE JEU DE L'ANGE Carlos Ruiz Zafén (Robert Laftont) MON VIEUX Pierre Gagnon (Hurtubise HMH) B L’OMBRE DU VENT Carlos Ruiz Zafon (Livre de Poche) i DOCTEURE IRMA T.3 Pauline GHI (Québec Amérique) CAPITAINE WILDER Anne Robillard (de Mortagne) FILLES DE LUNE T.3 : LE TALISMAN.Élisabeth Tremblay (de Mortagne) LA TRILOGIE BERLINOISE Philip Kerr (du Masque) LE WHY CAFÉ John P Strelecky (Dauphin Blanc) TROIS FILS ET UN ANGE Christian Tétreault (de l'Homme) LE GUIDE DE L’AUTO 2010 Denis Duquel (Trécarré) LA BIBLE DES ANGES Joane Flansberry (Dauphin Blanc) LES MEILLEURES RECETTES DE PLATS.Garnie Heding Munson (ADA) U PETIT LAROUSSE ILLUSTRÉ 2010 Collectif (Larousse) RÉUSSIR L’EXAMEN D’ENTRÉE AU.F.Tchou / P.Tranquille (Didier) ABDOS FESSIERS Josée Lavigueur (de l'Homme) DU NOUVEAU DANS LA MUOTEUSE Collectif (ADA) MANGE PRIE AIME Elizabeth Gilbert (Livre de Poche) JEUNESSE ANGLOPHONE LES SORCIÈRES DE SALEM T.1 Millie Sydenier (Éditeurs Réunis) LES SECRETS DU DIVAN ROSE T.1 Nadine Descheneaux (Boomerang) VISIONS T.1 : NE MEURS PAS UBELLUIE Linda Joy Singleton (ADA) I JOURNAL D’UN VAMPIRE T.2 Lisa Jane Smith (Hachette Jeunesse) I FASCINATION T.4 : RÉVÉLATION Stephenle Meyer (Hachette Jeunesse) B LES SANG D’ARGENT Melissa De La Cruz (Albin Michel) i I HARUTOT.43 Masashi Kishimoto (Kana) OÙ EST CHARUE 7 LE CARNET SECRET Martin Handford (Gründ) MAX LA LOUPE ENQUÊTE T.1 Stéphane Bourget (ADA) LES VAMPIRES DE MANHATTAN Melissa De La Cruz (Albin Michel) THE LOST SYMBOL Dan Brown (Doubleday) AN ECHO IN THE BONE Diana Gabaldon (Doubleday Canada) THE VAMPIRE DIARIES: THE FURY.Usa Jane Smilh (Harper Collins) I THE ASSOCIATE John Grisham (Dell) NEW MOON Stephenie Meyer (Little, Brown & Co) B THE BRASS VERDICT Michael Connelly (Warner Books) THE TIME OF MY LIFE Patrick Swayze / Usa Nieml (Atria Books) DEAD UNTIL DARK Charlaine Harris (Ace Books) I THE TIME TRAVELER’S WIFE Audrey Nlffenegger (Vintage Canada) CROSSCOUNTRY James Patterson (Vision) carte-cadeau Jouez la carte de la culture! ARCKAM/WUIt:» y aura tout un climat bizarroïde, marginal, des danseurs nus, des prostitués, le sida.Et un enfant.On suit Olga comme ça jusqu’à l’aube de ses 40 ans.Tandis qu’elle avance à tâtons.Qu’elle cherche sans jamais trouver, sans même savoir ce qu’elle cherche.Une vérité, peut-être?Une vérité inaccessible pour elle, pour nous?Ce qui nous tient?Une sorte de légèreté, un détachement.Qui font contraste avec i’ampleur, la gravité de certains événements.Et les mêmes obsessions qui reviennent, encore et toujours, les associations d’images en boucles: c’est là que ça se passe, en fait.Comme s’il s’agissait d’une vague, qui arrive par en dessous, qui emporte tout.Et ça recommence.Difficile d’expliquer l’effet que produit ce texte sur nous.On attend toujours quelque chose, un dénouement, un rebondissement extraordinaire; on se dit voilà, ça s’en vient, et puis non.On se dit qu’il manque quelque chose, mais on ignore quoi au juste.C’est de l’ordre de l’impalpable.De l’indéchiffrable.L’indéchiffrable, oui, ce pourrait bien être le sujet véritable de Destin.Ce qui donne à ce livre toute son étrangeté.Et sa force d’évocation.DESTIN Olga Duhamel-Noyer Héliotrope Montréal, 2009,155 pages 0 £ S Tl M iriam TOEWS Les Troutman volants Si la liberté a un prix, elle comporte aussi d’indéniables avantages.Traduit de l anglais (Canada) par Lari Saint-Martin et Paul Gagné | Miriam Toi-:ws f |LES TROUTMAN VOLANTS ; ?' tKmü Mil i,im Tocws DRÔLE DE fENDRESSt Roman • 328 pages • 25,95 $ Maintenant en Boréal compact : Drôle de tendresse * « Libérateur, joyeusement provocateur.» Daily Mail Roman 360 pages -14,95 S Boréal www.editionsboreal.qc.ca 1 I.K 1) E V 0 I H .LES S A M EDI I II E T 1) I M A X C H E II OC T (I B H E 2 O O !» F 4 LITTEÜATORE Les Gros Casques et José Acquelin SHAMIL ZHUMATOV REUTERS Guy Laliberté, poète clownesque de l’espace, peu avant son départ pour la Station orbitale internationale !• IWlHBEPTE ’ t\' Louis Hamelin ¦ l n’y a que la gratuité de l’art / pour ££ I m‘mer la frivolité des univers».C’est ^ ^ ¦ de José Acquelin, un poète qu’il faut se dépêcher de lire avant que quelqu’un n’ait l’idée de lui réclamer, à lui aussi, des messages éco-humanitaires déguisés en vers à deux sous.L’univers est peut-être frivole, mais la gratuité de l’art, elle, est paradoxalement une idée de poids, aux antipodes de la légèreté.Ça veut dire qu’elle n’a aucune chance de traverser les couches stra-tosphérjques et de s’élever jusqu’au Verbe du nouvel Evangile selon Guy-Guy-Guy.bref, Ti-Guy trismégiste.Le gaz coûte trop cher.Adieu mots ailés de l’aède, donc.Voici ceux, réactés, du mécène-clown et de ses commis aux écritures.Mon mode de déplacement, ce jour-là, était pas mal moins reluisant qu’une navette spatiale, voire qu’une simple capsule Soyouz.J’étais assis sur le pont supérieur du traversier de Sorel.Un petit soleil frappait.Le ferry glissait dans un paysage d’usines en forme de mornes et hideuses montagnes de ferraille riveraines.Ç’avait un côté presque grandiose, comme si ces industries d’un autre âge, qui réussissent à désoler même le Saint-Laurent, étaient des pyramides et nous, au milieu, le fiable et archaïque chameau.Des filles jeunes aux seins lourds se déplaçaient dans mon champ de vision.Disons que ce n’est pas Tadoussac.Les gars autour de vous ressemblent plus à des hang around des Hells qu’à des touristes français, les femmes à des danseuses de club requinquées à coups d’intraveineuses qu’à de gentilles biologistes.Sur mes genoux était posée une enveloppe brune et ça ne venait pas de Karl Schreiber, non, les chroniqueurs du Devoir sont bien au-dessus des moyens de ce genre d’affairistes.L’aspect de l’enveloppe, vivement coloriée et ornementée, était rien de moins que spectaculaire.Les propres collages surréalistes de l’auteur y côtoyaient des timbres tout sauf banals et un autocollant orné de représentations symboliques de figures amérindiennes mythiques: l’Aigle, le Soleil, le Castor, la Tortue, la Grenouille.Et ici, cet aveu: si je n’avais pas déjà su à quelle sorte de poète appartient l’Acquelin en question, si donc je n’avais pas eu la moindre idée de ce que l’occasionnel et quasi accidentel lecteur de poésie que je suis peut attendre d’une autre ac-quelinade, j’aurais bien eu le droit de douter un peu.Et ce, avant même d’avoir fini de déchirer l’enveloppe.Je me serais représenté un poème dialogué réunissant l’Aigle, le Soleil, le Castor, la Tortue, la Grenouille et, pourquoi pas, une goutte d’eau pour faire bonne mesure.La poésie a au moins une chose en commun avec l’esprit antimilitariste: la commander la tue.Mais la réduire à une opération de pub multimillionnaire la rend simplement risible.Si un milliard d’étoiles peut la faire naître, le même nombre de dollars, en lui retirant son passeport pour l’infirmament et l’af-frontière, la force à faire un peu la pute et c’est presque aussi triste qu’un phoque enrichi qui a cessé de faire tourner des ballons sur son nez pour s’y coller un pif de clown.Et José Acquelin, lui?Je ne l’appelle pas l’Extraterrestre pour rien.Il n’a pas besoin d’aller dans l’espace, ni même de le désirer: il y est depuis toujours, «je suis au cœur de la nuit / il est toutes les heures moins moi / les météores me boivent».Depuis l’éternité que nous le savions: les poètes vont sur la Lune et en reviennent à volonté.Acquelin: «je jouis de ne pas être de ce monde / enfin celui auquel on a longtemps / essayé de me convertir en vain / j’aime croire que je suis pas le seul / à penser et à vivre cela simplement».Le seul, non.Parce que je suis là, au volant de mon auto qui vient de toucher terre et qui file plus au sud.Avec, dans ma besace de lecteur, au moins quatre poèmes qui sont très bons, plus un lot appréciable de vers soulignés, ou qui le seront.Une heureuse récolte, somme toute, pour un opuscule d’un peu plus de cent pages.José Acquelin ne m’est jamais apparu aussi incarné que dans la sensuelle incantation intitulée Il n’est sens que d’apprendre à mourir.Il faudrait citer en entier cet hymne du retour au pays toujours natal, à cette terre d’Oc où Acquelin se livre à racines nues.En le lisant, je me suis souvenu de ce que Calvino disait de la densité et de la précision que la littérature a pour fonction d’insuffler à la langue des jours.Dans ce poème, les mots s’échappent de la page avec tout leur poids de réalité, ils devien- nent sons, couleurs, odeurs, jusque dans le mystère de leur opacité: «je suis né des tripous des fricandous des forçons /je suis né des kermesses et des casse-bouteilles / je suis né du cassis de la groseille des coings [.] / je suis né de tous ces voyages immobiles / assis sur une pierre du pays / à écouter les tourterelles / je suis né plusieurs fois la nuit / à découvrir les autres soleils que le soleil».J’espère pour Yann Martel que son conte œcuménique en quatorze langues aura puisé, hier (vendredi), à une aussi belle veine, plutôt que de se retrouver écartelé quelque part entre la Saskatchewan et le Kazakhstan.Mais j’ai comme un petit doute.Avec moi, dans l’auto, il y a maintenant, en plus du Acquelin incarné du recueil, le Survenant.J’ai songé à lui en voyant annoncé, un peu plus tôt, au restaurant Ti-Den de Yamaska, le Festival des Gros Casques.Il me semble entendre le père Didace vitupérer les gros casques de Maska, ces notables en chapeau de poil qui en menaient large à Sorel.Moi, c’est à Sherbrooke que je surviens, pour me cogner le nez sur une affiche électorale du parti Comme une eau terre.Quille! J’ai repensé à notre gros bonnet, là-haut.A Laliberté et ses 35 millions, à cette apothéose éclatante de la génération lyrique, celle du Moi Formidable et du tout-le-monde-il-est-un peu-tartiste-au-fond.Il n’est évidemment pas exclu qu’un ego surdimensionné fasse le bien.Toutes ces tonnes de GES flambées auront très certainement des retombées liquides.La drôle d’idée que cet homme aura eue, c’est de vouloir lancer en orbite un art essentiellement modeste, la poésie.Ce n’est pas moi qui le dis, c’est José Acquelin: «j’ai déjà la mémoire branchée / sur le fossile que je serai».hamelinlo@sympatico.ca L’INFINI EST MOINS TRISTE QUE L’ÉTERNITÉ José Acquelin Les Herbes rouges Montréal, 2009,112 pages POÉSIE Le corps brisé Le Vitrail brisé, de Jean-Paul Daoust, s’offre comme le chant un peu désespéré de qui a peur tout à coup que la vie s’arrête, que la fête ne chante plus HUGUES CORRIVEAU Jean-Paul Daoust est le lauréat du Grand Prix Québécor du 25' Festival international de poésie de Trois-Rivières pour son nouveau recueil Le Vitrail brisé.On sait peut-être que le poète a eu un très grave accident qui l’a mené en réhabilitation de longs mois durant.Cette expérience fondatrice porte ce recueil entre la douleur perçue dans sa plus grande acuité et la contemplation, la méditation de l’auteur devant un paysage lacustre.«Chaque souffrance si unique en son / recommencement» tente ici de s’incarner dans une parole proche du témoignage.Mais je ne suis pas certain que le poète soit vraiment allé au bout des immenses possibilités que lui offrait son sujet; la raison en est peut-être une crainte réelle que les mots fassent surgir de nouveau l'intolérable, ce qui le laisse, dirait-on, au seuil de l’incarnation nécessaire à la traduction véritable de l'affolement du corps, de la terreur absolue.Il ne fait aucun doute que «l’efficace théâtre de la douleur!» tient ici à entrouvrir son rideau de scène sur la troublante expérience d’un corps défait, mais, si le tremblement de l’effroi se tient tout juste en retrait, l’émotion également se retient.N’empêche que, dans cette distanciation, on reconnaît bien la manière de Jean-Paul Daoust, cette espèce de cynisme rentré qui jalonne son œuvre, ce regard toujours un peu ironique, déchiré entre tristesse et éclat Il lui fallait absolument «sortir du coma en déclamant des poèmes» éditeur Hélène Rioux Âmes en peine au paradis perdu Hélène Rioux FRAGMENTS DU MONDE II Âmes en peine au paradis perdu 284 p., 25 $ Dans ce deuxième tome d’une série de quatre romans, Hélène Rioux fait la preuve qu’elle est au sommet de son art.Ici, désir, douleur, amour et mort sont intimement liés au fil du récit, alors que Part et la littérature sont comme des liens qui retiennent le tout.Sublime ! de rire, et strass.Ce vers, par exemple, qui à lui seul témoigne éloquemment de la volonté radicale du poète de faire image, à partir d’un glamour qu’on n’attendrait pas nécessairement ici: «Alors la douleur ce soir est Rolex!» Il lui fallait absolument «sortir du coma en déclamant des poèmes» pour survivre quand «mendier l’air devient un vulgaire labeur».Intolérable immobilité, inadmissible démission du corps las, du misérable corps qui ne répond plus de rien.Soumis à «Un parfum de camphre / Opaque comme la mort», voici que «les idées déraillent / train de panique».Devant le «vacarme inouï de la douleur», essayer d’entendre des oiseaux, des baigneurs, le vent qui passe, de toute urgence le soupçon www.cditionsxyz.com d’une paix ambiante qui fasse en sorte que l’âme se sente apaisée.Quand «La lumière de septembre expire / Et tombe en miettes froides», il faut se défendre, tourner le regard vers «Cinq canards [qui] filent à la queue leu leu / Deux nageurs [qui] brisent tout à coup la perspective / Leurs éclats de voix doux bijoux sonores» estompant la voix intérieure au bord du désarroi.Ce recueil s’offre comme le chant un peu désespéré de qui a peur tout à coup que la vie s’arrête, que la fête ne chante plus, que la parole n’atteigne plus l’essentielle beauté à laquelle aspire le poète en chaque œuvre.Collaborateur du Devoir LE VITRAIL BRISÉ Jean-Paul Daoust Écrits des Forges Trois-Rivières, 2009,68 pages Dans le cadre de la Série littéraire internationale Metropolis bleu Michèle Plomer Auteurs des romans Jardin sablier et HKPQ, elle partage son temps entre le Québec et la Chine, deux géographies qui nourrissent son quotidien et son écriture.Elle s’entretiendra avec Marie-Andrée Lamontagne et lira des extraits de ses deux romans.FONDATION METROPOLIS IlElfc («S Con*«il dus Arts Canadu Council du Canada for tbç Arts ROBERT HOULi: Jean-Paul Daoust, lauréat du Grand Prix Québécor du 25' Festival international de poésie de Trois-Rivières pour son recueil Le Vitrail brisé L’HISTOIRE AU QUOTIDIEN Rtnéc Rlanchi 'rgcs Aubin (& SuP ru nr«mn SIÈ( il Pendant des années, Renée Blanchct et Georges Aubin ont accumulé de nombreuses lettres manuscrites, produites par des femmes issues de grandes familles ou de milieux modestes.Relisez ces femmes qui ont aimé et vécu au Bas-Canada au xix' siècle, vous trouverez en elles des traits frappants de ressemblance avec votre quotidien.SEPTENTRION.QC.CA LA RÉFÉRENCE EN HISTOIRE AU QUÉBEC P Zî £•/> L E I) E V (Ml!.L E S S XI EDI I (I E T I) I M A \ ( HE II (I ( T (I I) Il E 'l (I 0 !l LITTERATURE F 5 BIOGRAPHIE La Guimard ou la drôle de danse d’une époque Elle a porté la danse baroque aux nues avant de sombrer dans l’oubli avec son art, tous deux balayés par la Révolution française.Mais Marie-Madeleine Guimard était aussi une courtisane qui recevait dans son salon les personnalités du monde de demain, de Mirabeau à Voltaire en passant par Talleyrand et le duc d’Orléans.C.HKLIE / GALLIMARD Le romancier et essayiste Guy Scarpetta FRÉDÉRIQUE DOYON Dans La Guimard, un ouvrage qui mélange astu-cieu-sement la biographie romancée et l’autofiction, l’essayiste et romancier français Guy Scarpetta transfigure cette femme pour en faire l’emblème d’une époque aussi ambiguë que le métier de danseuse, dont la connotation libertine se dispute l’acception hautement artistique (encore aujourd’hui d’ailleurs).«C’est une période complètement fascinante parce que complètement contradictoire», confie au Devoir l’auteur, de passage à Montréaj.Et la Guimard l’incarne bien.Etoile du Ballet de l’Opéra, elle tiendra aussi son théâtre privé, le Temple de Terpsichore, qui sert tour à tour de scène ar- tistique, de salon philosophique et de bordel.L’icône de la danse baroque — balayée par le ballet classique — aux mœurs légères fait briller les «derniers feux d’artifices de l’ancien régime»’, la maîtresse de salon et artiste émancipée «annonce un autre monde», résume l’ancien membre de la revue Art Press et collaborateur assidu du Monde diplomatique.Mais l’intérêt du livre de Guy Scarpetta passe aussi par sa schizophrénie formelle: entre biographie et faux journal intime.Le narrateur tantôt s’efface complètement de son propos, tantôt revient à l’avant-plan (au «tu») pour décoder sa passion pour un sujet aussi fuyant et, surtout, interroger une véracité historique impossible à mater.«[.] il est impossible de faire revivre le passé.C’est cela qui disqualifie, selon toi, toutes les biographies romancées», écrit-il.«J’ai voulu à la fois faire une biographie et une antibiographie, poursuit l’auteur, en chair et en os.D’un côté, ça m’intéressait de ressusciter un personnage, et de l’autre, ça m’a toujours paru complètement artificiel, cette manière d’entretenir l’illusion qu’on y était.Donc, j’ai voulu faire en sorte que le narrateur du livre soit présent, qu’on voie les ruses qu’il emploie, les difficultés qu’il rencontre, les moments où il triche.» Non seulement le narrateur passe du elle au tu, mais il s’amuse à relire les événements du passé à la lumière de l’époque actuelle.Pour comprendre sa Guimard, l’auteur (ou le narrateur?) se permet de faire des détours par son amour pour la danse contemporaine, pour des figures comme Trisha Brown ou une danseuse (fictive?) de flamenco, Maria.«Le narrateur se demande si on ne vit pas aussi aujourd’hui une époque charnière, où les vrais artistes s’obstinent à pratiquer leur art à contre-courant de la tendance ambiante, qui consiste à transformer tous les arts [y compris la littérature, dira-t-il plus tard] en marchandises.» La Guimard devient ainsi bien plus que la simple biographie d’une illustre et séduisante danseuse du XVffl' siècle, totalement oubliée aujourd’hui.L’essayiste rattrape le romancier et porte une réflexion sur son temps et sur son art Le Devoir LA GUIMARD Guy Scarpetta Gallimard Paris, 2009,310 pages LITTÉRATURE FRANCOPHONE Un homme de passage LISE GAUVIN Le Prix des cinq continents vient d’être attribué à Kossi Efoui, un écrivain d’origine togolaise, pour Solo d’un revenant, un roman d’une grande force évocatrice qui relate le retour au pays d’un narrateur en proie à ce qui pourrait s’appeler «l’hallucination simple», si celle-ci n’était à tout moment soutenue par des détails trop crus pour être inventés.Le lecteur est prévenu dès le départ par l’épigraphe: «Les personnages de ce livre sont des êtres de fiction comme nous tous.Toute ressemblance, même fortuite, avec les vivants, les morts et les morts vivants, est donc réelle.» Ce troisième roman, après La Polka (1998) et La Fabrique de cérémonies (2001), est une sorte de conte cruel dans lequel les mots les plus banals sont porteurs d’effets inattendus.Ainsi du narrateur demandant la clé de sa chambre au portier de l’hôtel où il loge et se rendant compte qu’une jeune dame en robe de mariée est déjà installée dans son lit.Le romancier a pris le parti de décrire les scènes en intervenant le moins possible, à la manière d’un œil-caméra sui- vant les déplacements des protagonistes.D’où la présence, dans les premières scènes, de l’expression «on voit» utilisée comme un leitmotiv: «On peut les voir maintenant.On peut les voir marcher à travers les trouvées fléchées dans le paysage pour guider les derniers dérivants que la forêt recrache.Par petites échappées.On peut les voir arriver jusqu’à la ligne de démarcation, entrer dans la Zone neutre.» Ainsi copimence le roman.A ces observations au présent se jouxtent les souvenirs, ceux-ci donnant lieu aux énumérations les plus étonnantes.«Il faut imaginer autrefois, au bout de cette rue, les échoppes de ceux qui font profession de guérir; leurs boutiques à médicaments où étaient étalés des flacons de couleurs, de la poudre safran, des boulettes émeraude de feuilles mâchées par de vieilles dents, des racines rendant leur jus de vieillesse, des chapelets de crânes d’oiseaux, des chapelets de plumes, des statuettes de fertilité [.]» Aucune nostalgie toutefois dans ces rappels.Tout au plus pour le narrateur l’impression d’un profond «dépaysement», le sentiment d’être «perdu dans une scène dont [il] croit recon- naître le décor mais pas les répliques», mais aussi de se perdre de vue lui-même.Et de se définir comme «un homme de passage».Le motif du voyage, pour cet homme absent de son pays depuis une dizaine d’années, est de retrouver un ami de jeunesse avec qui il avait fondé une troupe, le Théâtre des Pièces à conviction.Tous deux passaient des nuits au bar-dancing appelé le Couvent des vierges folles à rêver de livres aux titres farfelus: Comment être fou sans tomber malade, La vie, l’œuvre et l’enseignement des grands prophètes: de Moïse à Saint-Exupéry, etc.La recherche de cet ami donnera lieu à un périple au cours duquel le narrateur traversera le pays et constatera aussi bien les luttes intestines des dictateurs, les changements de mentalité — la nécessité pour chacun de faire remonter sa généalogie jusqu’au totem originel — que les modifications dans l’aménagement du territoire opérées grâce au soutien de la main-d’œuvre chinoise.Charge émotive Ce que le lecteur retient surtout de ce roman, c’est la capacité de l’auteur de donner SS Sous la direction fle , Hachimi Sanm Yaya POUVOIR MEDICAL et SANTE .TOTALITAIRE i'fi Conséquences , socio-anthropologiques et éthiques i ij i !!! JD Srtl» I» dilKlK-Itlk' MmSt-LucMIH*'»-Mark-lttknr HARI/**1 ft j«wftul AMAN* Iroit * \ put A Les pu! présentent Sous la direction de Hachimi Sanni Yaya 440 pages • 44,95 $ OMk Stéphanie Tésio 362 pages • 34,95 $ l’HistiiMMBHI Xouvelle-France Franc MB m Sous la direction de Marie-Luce DELFOSSE, Marie-Hélène PARIZEAU et jean-Paul AMANN 534 pages • 49,95 $ LES PRESSES DE L’UNIVERSITÉ LAVAL • www.pulayal.com ï 4.une charge émotive ou accusatrice à chacun de ses tableaux, par le pouvoir des mots accompagnant une vision qui se veut pourtant distanciée.Comme ces quelques phrases qui décrivent un Centre de renaissance des arts: «On voit des inventions sculpturales, des assemblages inédits d’outils aratoires, d’ustensiles de cuisine, d’instru- ments d’artisan, des pioches et des houes greffées à des tuyauteries de mitrailleuses, toute cette œuvre d’art attendant d’être transportée par cargo vers l’Europe, pour être exhibée à la Foire universelle des Esthétiques métissées, avec l’étiquette Née sous la guerre.» Ce conte pour un homme seul serait un solo désespéré s’il n’était traversé par un hu- mour à froid et une lucidité impitoyable, souvent rendus par des dialogues dont la vivacité rappelle que le romancier est aussi un auteur dramatique.Collaboratrice du Devoir SOLO D’UN REVENANT Kossi Efoui Le Seuil Paris, 2009,206 pages Les Éditions du Noroît i PRIX LITTÉRAIRES www.lenoroit.com MONIQUE DEIAND Miniatures, balles perdues et autres désordres Monique Deland, Miniatures, balles perdues et autres désordres Prix Alain-Grandbois de l'Académie de lettres du Québec.Lauréate WMm Paul Bélanger Répit Normand de Bellefeuille Mon nom Le Grand Prix Québécor du Festival International de la Poésie Finalistes BRUNY SURIN.Le désir.La détermination.La puissance.La fougue.Saïd KHALIL En librairie dès maintenant SAÏD KHALIL BRUNY SURIN le lion tranquille hr." '• • —.¦SS ' r: SÇS,' v.tUÆr;ï®r., PHOTO MJT1U1 © IACQUM MIGNPAULT GROUPE LIBRRX Un* comtxgnM d» QuMwtot Madii GROUPEL1BREX.COM v F 6 I I> V I H .I.K S S A M EDI I II ET 1)1 M A .\ ( HE II 0 I T I) It |{ E 2 (I 0 il BÉDÉ Histoires de filles LIVRES .CiftTAiHS S'A'AJÎiKiT AVec Î>£S eux ViK
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