Le devoir, 13 août 2005, Cahier F
LE DEVOIR.LES SAMEDI 13 ET DIMANCHE 14 A O T T 2 O O 5 LE DEVOIR V* • Sud a u LN o r d PATRICK IMBERT Avoir les Amériques sous observation Page 3 GILLES PATRY Il est à la tête de cette université qui se veut résolument «canadienne» Page5 DORVAL BRUNELLE Autant on avait pu penser, au lendemain des dictatures, que nous assisterions à un rétablissement des relations entre le Nord et le Sud autour du projet de Communauté des démocraties, déposé par le président Clinton, lors du premier Sommet des Amériques tenu à Miami en décembre 1994, autant nous semblons actuellement assister à une mise à distance de part et d’autre.Témoigne de ceci le fait que le fleuron du plan d’action de Miami, le projet de Zone de libre-échange des Amériques (ZLEA), a été complètement écarté des discussions et des rencontres hémisphériques depuis l’échec de la huitième rencontre ministérielle, tenue à Miami en novembre 2003.C’est ainsi que le quatrième Sommet des Amériques, ce rituel qui verra converger les 34 chefs d’Etat et de gouvernement du continent sur Mar del Plata, les 4 et 5 novembre 2005, portera sur la démocratie et l’emploi, mais pas sur le libre-échange.Or, il faut quand même le souligner, le libre-échange a été depuis dix ans le référent obligé dans les discours portant sur le développement, que ce soit à la Maison-Blanche, à l’Organisation des Etats américains ou dans la quasi-totalité des Parlements nationaux.Gauche, droite Les raisons de ce revirement sont nombreuses et elles nous conduiront à tracer à grands traits les évolutions en cours à l’heure actuelle dans les Amériques.La première chose qui frappe l’esprit est la vitesse avec laquelle on a assisté à un vaste déplacement de l’électorat vers la gauche du spectre politique.Tout a sans doute commencé avec l’élection du président lula da Silva du Parti des travailleurs du Brésil, le 27 octobre 2002.Cette victoire électorale est suivie par le retour en force du président Hugo Chavez du Venezuela, élu une première fois en 1998, après le coup d'Etat raté d’avril et la grève de décembre 2002.Puis ce fut au tour de Nestor Kirchner, qui assume la présidence de l’Argentine en mai 2003, après la saga des turbulences politiques du mois de décembre 2001 et le court intermède de Duhalde en 2002.Enfin, Tabaré Vasquez est élu président de l’Uruguay, le 31 octobre 2004, à la tête d’une vaste coalition de gauche ralliée derrière le Frente Amplio.Cependant mises à part ces accessions au pouvoir de partis de gauche, il faut aussi tenir compte des nombreuses chutes brutales de gouvernements qui défendaient bec et ongles les politiques de libéralisation de la Banque mondiale .et du Fonds monétaire international, comme ce frit le cas en Equateur, au Pérou, et en Bolivie, entre autres.Ces revirements politiques sont imputables à deux causes.D’abord, à la détérioration de la conjoncture économique, une détérioration rendue d’autant plus intolérable que la politique économique fondée sur la déréglementation et les privatisations prétendait favoriser la création d’emplois.Mais ces revirements sont imputables encore et surtout à la rapide dégradation des niveaux et des conditions de vie, un fléau qui affecte aujourd’hui les Amériques depuis le Nord jusqu’au Sud.En effet, quand on analyse la répartition par tranche de revenus, on prend toute la mesure d’un phénomène majeur qui est celui de l’appauvrissement de pans entiers des populations.Ce phénomène va en s’accélérant et U n’épargne pas les Etats-Unis, dont l’évolution de la repartition des revenus au cours des récentes années les place derrière le Costa Rica et l’Uruguay, avec le résultat qu’ils se rapprochent petit à petit d’un modèle de distribution de la richesse que Ton rencontre dans les pays les plus inégalitaires, comme le Brésil.Fractures Les réactions collectives et politiques contre ce modèle néolibéral de développement divisent profondément les Amériques.Ces contradictions se répercutent à trois niveaux.On les retrouve aussi bien au niveau local, dans les affrontements qui opposent les promoteurs des privatisations de l’eau aux populations locales, comme à Cochabamba en Bolivie, qu’au niveau national, dans ces confrontations entre prompteurs et adversaires des accords de libreéchange entre les Etats-Unis et l’Amérique centrale.On les rencontre enfin au niveau régional avec, d’un côté, de vastes projets de renforcement des solidarités Sud-Sud, tel celui de fa Communauté sud-américaine des nations, signé à Cuzco en décembre 2004, ou même, au niveau international, l’initiative brésilienne de regrouper les puissances émergentes à l'intérieur d’un G20 afin d’accroître leur poids politique au sein des grandes instances internationales.Et on a également, d'un autre côté, faute de ZLEA, le projet de renforcement d’une Communauté des démocraties qui est encore et toujours à l’ordre du jour, comme l’illustre fa présence de fa secrétaire d'Etat Condoleezza Rice devant les représentants de ladite Communauté réunis à Santiago, en avril 2005.Ces contradictions et ces fractures sont alimentées par de nouvelles utopies émancipatrices issues tout autant des mouvements autochtones que des mouvements de femmes, de jeunes et de moins jeunes, qui puisent aux sources des imaginaires les plus divers.Certains de ces imaginaires politiques et sociaux (fa démocratie communautaire, le budget participatif, fa réforme agraire, etc.) cherchent à penser le changement social dans un ici et maintenant qui s’inscrit en porte-à-faux avec les contraintes d'une production à flux tendu (just in time) qui ne cesse de s'accélérer et de s’étendre.D’autres imaginaires au contraire se réfugient dans les nouvelles religions ou dans un consumérisme effréné qui poussent à fa remise en cause de Tétatisme et du bien commun.Bref, après une décennie d’expérimentations les plus contradictoires, la grande fracture entre le Nord et le Sud tend à se reproduire et à gagner les conjonctures nationales les unes après les autres.La conjoncture économique, politique et sociale semble étonnamment mouvante dans les Amériques ces jours-ci Dans la tourmente DANIEL ACUILAR REUTERS lüiii '• *- / ¦ ¦ Les réactions collectives et politiques contre le modèle néolibéral de développement divisent profondément les Amériques.Dorval Brunette est directeur de l’Observatoire des Amériques d l’Université du Québec à Montréal INTÉGRATION «Amérilatinité» Capitalisme Page 2 SOCIÉTÉ Continents complexes Page 3 ÉDITION Littératures France et Québec Page 4 IDENTITÉ Américanité Page 5 » L K L> E V O I K .LES SAMEDI I :î ET Ü I M A \ ( H E 1-1 AU I T 'J 0 U F 2 AMERIQUES Sur le chemin de l’intégration De l’américanité à l’« amérilatinité » Le Québec a des liens «distincts» avec la grande Amérique Loin de former un tout homogène, les trois Amériques, avec une population de près de 890 millions d’habitants dispersés du Nord au Sud, présentent des différences marquées sur les plans géographique, socioéconomique et socioculturel.Pour autant, les peuples qui les composent n’échappent pas au puissant courant de la mondialisation et tendent vers des intégrations continentales.RÉGINALD HARVEY Frédéric Lesemann, professeur à l’Institut national de la recherche scientifique — INRS-Urbanisation, culture et société — et coordonnateur du Groupe interdisciplinaire de recherche sur les Amériques (GIRA), s’est penché sur cette problématique de l’intégration continentale.Il situe le GIRA dans cette réflexion: «Il se.veut un réseau de réseaux.C’est un forum de discussion, c’est une sorte de plateforme d’échanges, de projets divers, de recherches conjointes et comparatives, de circulation d'étudiants, de profs, de fonctionnaires de différents ministères.Ces gens sont placés en réseau entre eux de manière interdisciplinaire et interinstitutionnelle.» Le Québec des Amériques Au point de départ, le GIRA s’était donné pour mandat de faire le point sur l'appartenance continentale du Québec.Le concept de l’«américanité» a émergé comme un prolongement des réflexions qui sont nées dans les années 1980 autour de cette américanité du Québec.«C'est l’affirmation que le Québec appartient au continent nord-américain, qu’il en fait intégralement partie, qu’il participe vraiment à une culture qu’on peut appeler rapidement, entre guillemets, du Nouveau Monde.» Lesemann apporte toutefois une précision: «En même temps, il faut bien voir que ma compréhension du débat sur l’américanité au Québec est née d’une volonté de se distancier des élites, par rapport à une survalorisation de l'appartenance à la métropole ou à la France.» Arrivé au Québec en 1968, il se remémore cette époque: «Je dirais que c’était le réveil de la culture du peuple, à commencer par Tremblay, les chansonniers, etc., qui affirmaient la légitimité d’un langage différent de celui de Radio-Canada à ce moment.Face à une élite qui, jusqu’à la Révolution tranquille, avait affirmé la différence du Québec en insistant sur son lien avec la métropole, je pense que l’américanisation du Québec, c’était d’abord de prendre acte d’une composante sociologique fondamentale, à savoir que l’immense majorité de la population avait des comportements, des adhésions, des aspirations en fonction d’une appartenance vraiment continentale américaine, au sens large du terme et non restrictif aux seuls Etats-Unis.On essaie d’introduire dans le langage, quand on parle de tout cela, une distinction entre Américains et Etasuniens.» Les élites québécoises ont de tout temps craint, non sans bonnes raisons, une certaine forme d’américanisation: «Celles-ci ont toujours détesté le processus appréhendé d’une intégration aux mauvaises valeurs et habitudes induites par la représentation d’une culture étasunienne populaire qu'on appelle l’américanisation ou que d’autres nomment, schématiquement, la “macdonali-sation” de la culture, des comportements, des choix, des valeurs, etc.» Selon cette approche, se pose cette question: «Comment articuler l’affirmation d’une appartenance au continent nord-américain sans pour autant que cela équivaille à une dépendance à l’égard du processus dit d’américanisation, c'est-à-dire de la pénétration des valeurs produites par les Etats-Unis au plan de la culture, des comportements de consommation, etc.?» L’intégration venue du Sud Pareil questionnement pourrait-il trouver réponse, en partie, dans un rapprochement avec des pays des autres Amériques?«Il y a là, pour être clair, une dimension très hypothétique et assez volontariste d’essayer de dire que tel est peut-être le cas aujourd’hui, à cause des phénomènes de “conti-nentalisation”, à l’image même de celui global de la mondialisation, qui ont été entérinés politiquement par la création de l’Accord de libre-échange nord-américain (ALENA) et par les discussions sur la création d’une Zone de libre-échange des Amériques (ZLEA), DANIEL AGUILAR REUTERS Les échanges entre le Québec et les pays d’Amérique latine sont de plus en plus nombreux.laquelle est au point mort parce que Bush n’en veut pas.» Simultanément, le Marché commun du Cône sud (Mercosur) s’est activé l’an dernier.De nouvelles alliances se sont tissées entre des pays comme le Chili, le Brésil, l’Argentine et le Venezuela: «Ça dépasse largement le volet d’intégration économique et ces tentatives de rapprochement incluent des échanges culturels et des projets politiques de front commun par rapport à l’impérialisme américain.Il faut toujours voir que tout le continent nord, centre, sud, est totalement drainé par une tentative de devenir autonome, ou de mettre sous contrôle, ne serait-ce que de façon minimale, la puis- sance étasunienne.Ça ne se dit pas beaucoup et pas très explicitement, mais c’est évidemment le socle qui sous-tend l’ensemble des initiatives politiques, depuis des décennies j'imagine.» Du Québec au Sud Un pareil mouvement politique et certaines réalités québécoises conduisent Frédéric Lesemann à l’invention du jeu de mots “amérilatinité» par rapport à «américanité».Il fournit les raisons du rapprochement entre le Québec et les nations situées plus au sud: «Les expériences vécues au sein du GIRA le prouvent: les contacts existent, ils sont nombreux.Il y a les phénomènes de migration: les Latinos-Américains montent vers le Nord, ils traversent les Etats-Unis pour se rendre jusqu’au Canada et parfois jusqu’au Québec.Il y a aussi tous les exilés politiques des années 1970 qui sont venus ici.A l’inverse, il existe le courant démographique des vacanciers du Nord qui se dirigent vers le Sud.» D’autres facteurs entrent en ligne de compte pour favoriser l'intégration: «Il y a une pénétration culturelle dans le sens, en premier, des apprentissages linguistiques.Au plan politique, vous avez énormément d’échanges internes gouvernementaux.Les fameuses missions économiques sont apparues, bien qu’elles soient quelque peu affaiblies sous le gouvernement Charest.C’était très actif sous le PQ et il y en a eu vers le Pérou, le Brésil, l’Argentine, le Mexique, etc.» De telles initiatives se sont soldées par la création d’entreprises québécoises de diverses tailles dans plusieurs de ces pays.De ses expériences au Québec et de ses voyages en Amérique latine, il a beaucoup appris: «Chaque fois que je vais là-bas, je découvre des nouvelles formes d’activité.Bref, je pense qu’il y a au moins matière à poser l’hypothèse qu ’il existe des flux d’échanges, bien sûr économiques mais aussi culturels, de savoir-faire politiques, sociaux et syndicaux.La circulation Nord-Sud est très dense.Le constat que je fais à travers le GIRA, un haut lieu de communication, c’est que le Québec est connu, qu’il l’est beaucoup plus que je l'imaginais il y a dix ans, quand j’ai commencé à circuler vers l’Amérique latine.» Il s’étonne de ce niveau de connaissance: «Il n’existe pas le moindre soupçon d’impérialisme envers les Québécois qui se rendent là-bas.Le mode de gestion, les relations entre le gouvernement et la société civile, les objectifs démocratiques, la promotion des droits, de ceux des femmes en particulier, tout cela, ce sont des éléments de la société québécoise qui sont parfaitement connus.» II est plus facile de communiquer entre Latins: «Non pas d’abord parce que les langues ont des structures comparables, mais à cause des mentalités qui sont façonnées par celles-ci.C’est profondément culturel.» Il envisage par conséquent une voie d’intégration pour l’avenir «Je me dis que ce serait intéressant de réfléchir sur l’appartenance du Québec à un monde américain, au sens continental du terme, mais avec cette nuance qu’il s’agirait d'un monde américain latin, qui est très largement majoritaire par rapport à l’Amérique anglo-saxonne.» Collaborateur du Devoir Capitalisme Du Dans une tentative de compréhension du processus de mondialisation économique et de la dynamique des relations internationales contemporaines, une jeune doctorant décrit un néolibéralisme qui est en fait la traduction sur le plan économique de la domination d’une petite minorité sur le reste de la société, domination qui procure des avantages à ce cercle d’initiés, donc sécurité sociale et économique, dont ne peut jouir le reste du monde.Une approche historique pour permettre de faire le point sur la situation actuelle.DAPHNÉ ANGIOLINI La criçe de 1929 plonge le capitalisme corporatif des Etats-Unis de l’époque dans une période de noirceur sans précédent: effondrement des valeurs boursières, baisse de la production industrielle et ruine des banques et des consommateurs de tous milieux.Le chômage urbain flambe.Devant la situation, les élites politiques du début des années 1930, Roosts velt en tête, réagissent et trouvent un moyen de pallier au problème en formant le New Deal.De cette mesure découle notamment une réfonne du système bancaire, une dévaluation du dollar et le lancement de grands travaux dans l'intention de relancer ta machine économique.L’Etat fédéral s’investit davantage dans la vie économique, il y a beaucoup de nationalisation, ainsi qu'une légitimation des syndicats.«On voit un accord tripartite entre l’Etat, le patronat et le syndicat pour mieux répartir la richesse», affirme Olivier Régol, ce jeune Français dont les études l’ont conduit dans un passé récent à l'UQAM.Parallèlement, le complexe militaro-industriel américain se développe pendant la Seconde Guerre mondiale, puisque les Etats-Unis produisent et fournissent quantité d'armements (avions, tanks, munitions) aux pays en guerre.«Ils sont devenus les maîtres du monde du fuit de la destruction des autres capitalismes en Europe.Après la guerre, le système économique américain s’est tellement enrichi qu'il est devenu autonome et structuré.Il a continué de produire de l’armement en se légitimant par le danger potentiel de l’URSS», explique le jeune homme.L’avènement de la barbarie New Deal au néolibéralisme à l’américaine Forts de leur artillerie militaire, les États-Unis entreprennent de rebâtir une puissance industrielle en Europe et au Japon dans le but de développer des partenariats économiques.«Ce n’est pas une question de bons sentiments, mais plutôt le meilleur moyen de s’assurer que ces pays ne tombent dans le monde communiste et d'assurer des débouchés à l’économie américaine», soutient Olivier Régol.Victoire du Sud À partir des années 1960, le Japon et l’Europe ont si bien évolué qu’ils sont devenus des adversaires sur le plan économique, «capables de remettre en cause l'hégémonie américaine», de dire le futur docteur.De plus, la plus grande égalité sociale qui règne depuis le New Deal menace l'élite dite «upper class», constituée des grands détenteurs des moyens de production et des titres de propriété, ainsi que d’héritiers de grandes familles qui fréquentent les prestigieuses universités américaines.Cupper class est idéologiquement divisée en deux parties: celle du Nord et celle du Sud.Cette dernière — liée au complexe militaro-industriel américain — tente de combattre le New Deal, «car il consistait à donner des avantages aux ouvriers, à mettre la pédale douce sur les profits», affirme Jacques Mascotto qui, en sa qualité de professeur de sociologie à l'UQAM, a trapsmis ses connaissances à Olivier Régol.À la fin des années 1960, la «pensée réactionnaire du Sud a gagné les esprits», souligne Olivier Régol.Ceux qui la promeuvent remportent les élections et détrônent les tenants démocrates du New Deal.«Le New Deal a apporté une réelle élévation du niveau de vie des Noirs pauvres, ce qui nécessitait un sacrifice de la part des classes moyennes blanches.Elles devaient partager la part du gâteau [et cela ne les arrangeait pas]», continue-t-il.Les électeurs de la classe moyenne blanche optent donc pour un parti qui assure une élévation de leur qualité de vie.La libération du capitalisme financier Pour remettre sur les rails le capitalisme américain des années 1970, qui fait également face à une surproduction et à une féroce concurrence avec le Japon et l’Europe, l’élite du Sud opte pour un capitalisme financier, en reléguant aux oubliettes le capita- lisme industriel.Ce changement se déroule sans heurts majeurs entre l’élite du Nord et celle du Sud.C’est ce qu’on appelle la période de désindustrialisation, de la Bourse ou de la spéculation.«Les Américains vont sortir des chaînes industrielles et se lancer dans d’autres voies comme la pharmaceutique, la biotechnologie, les communications.Il y a une attaque générale contre les syndicats, les salaires, les droits sociaux», avance Jacques Mascotto.Pour Olivier Régol, c’est le point de départ du néolibéralisme.«Des masses de capitaux ont pu se déverser sur les marchés mondiaux avec suffisamment de puissance pour dire à tous: maintenant, on veut des rendements solides.C’est l'avènement de la barbarie où l’humain ne peut plus assouvir ses besoins fondamentaux de logement, d’éducation, d'eau potable.La richesse ne passe plus par le travail, mais par le capital.C’est-à-dire que Ton fait travailler les gens pour un salaire dérisoire, pour que les entreprises fassent des profits qui se retraduisent dans les actions boursières qui, elles, sont versées aux détenteurs d’actions par dividendes.Les capitaux américains investissent dans une industrie quelque part dans le monde et demandent à avoir des retours sur investissement.C’est l’endettement des pays du Tiers-Monde, qui ont accepté de participer pour s’industrialiser et qui se retrouvent avec des taux d’intérêt énormes ainsi qu’avec une dette supérieure à la capacité économique nationale», déplore-t-il.Selon ce dernier, l’idéologie du Sud cesse, dans cette foulée, de promouvoir une ségrégation raciale, sous prétexte d'égalité et de dignité humaine, mais dans le but quelque peu voilé de privilégier une concurrence accrue entre les travailleurs blancs et les autres afin de profiter d'une substantielle baisse des salaires.«Cest la concurrence de tous contre tous pour trouver un emploi: la politique de discrimination positive», dit Olivier Régol.Il continue: «Grâce à ce discours humaniste manipulé, Télite américaine du Sud réussit à acheter les élites des minorités ethniques, à leur donner des bourses pour fréquenter les grandes universités américaines, et les coupe en même temps de leurs racines raciales, se présentant ainsi au monde comme un peuple libéral.» Divisions L’étudiant français est d’avis que.parallèlement.cette même partie de Yupper class s’emploie à scinder la classe moyenne blanche en deux: elle privilégie de 10 à 20 % de celle-ci et l'amène un peu auriessus de la «middle class», en prenant soin de conserver intacte Yupper class dont eux-mêmes font partie, créant ainsi la «upper middle class».Puis, pour créer la division, l’élite offre des bourses aux progénitures blanches de familles aisées et recrute dans les universités, promet une sécurité d'emploi et donne la priorité aux professions libérales: «Cette partie de /’upper class va dégager des masses d’argent considérables qui vont lui permettre d’acheter le savoir.Les intellectuels commencent à recevoir des subventions dans les universités, qui dépendent de plus en plus de fonds privés et perdent leur indépendance», affirme Jacques Mascotto.Pendant ce temps, Olivier Régol estime qu’environ 80 % du reste de la classe moyenne blanche tire vers le bas: «L’élite fait descendre tout le reste de la population vers la pauvreté.Ça fait tomber une partie de la classe moyenne blanche traditionnellement liée à Télite blanche et ça fait monter une petite minorité d’ethnies.Tout ça pour dire “voilà, c’est la méritocratie, c’est tous contre tous et que les meilleurs gagnent”.» Selon le professeur de sociologie, la mise en place de cette chaîne culture-pouvoir-savoir permet de former Y «over class», un concept tiré du livre The Next American Nation de Michael Lindt, sur lequel s’est appuyé Olivier Régol pour construire sa thèse.lindt affirme que Y over class résulte de l’amalgame de Y upper class et de Yupper middle class.Olivier Régol croit plutôt que Yover class constitue la relation de classe entre les deux entités sociales.Pour ce dernier, il n’y a aucun doute: le leader du gouvernement américain actuel appartient à l’élite du Sud.«Il est totalement formaté”par Télite du Sud dans le sens culturel; il a une très grande ignorance du monde.C’est quelqu’un qui ressent profondément rexceptionnaljsme” américain, qui est sérieux quand 11 dit que les E.-U.sont là pour apporter le bonheur au genre humain.» Quels sont les dangers qui pointent à l'horizon ou qui se dessinent déjà clairement, selon l’élève et le professeur?Catastrophes climatiques dues aux énormes ponctions des matières premières que suppose le train de vie de l'élite, dérèglements climatiques qui toucheront les plus pauvres et, surtout accentuation de la pauvreté dans le monde.Collaboratrice du Devoir L upper class s’emploie à scinder la classe moyenne blanche en deux Coed> non CEIM iflM 204 p , 19,95 $ 2'922d6S'22-3 Coédtoon Chure MCD 156p.'4.95S 2-9228&5-36 3 CoéSchtton Chine MCD 392 p.27.95 $ 2-922865-26-6 Coédition Chaire MCD 262 p .19,95 $ 2-922865-14-: Coédition Cepcs Gersi 144 p.14.95$ 2-922865-33-5 Coodiwon CEIM iflM cntjHw l n mo/frfc tüfc |Mirowirç (jtîsmatté1 «¦>“ '¦>' «"*»!»' .uvi'oilm’ LJU Analyses I actuaire mtemafonii te mythe du destin national est ancré dans le passé, mais la réponse citoyenne a cette crise est inédite Quel devrait être le statut d'un bien aussi fondamental que l'eau douce ! Quelles Amériques pour les femmes ’ • Securité dans les Amériques • Le crédit d une puissance à crédit • Brésil, chef de file des puissances du Sud Les grands enjeux de la sécurité continentale en Amérique du Nord et en Europe, À paraître Des exemples concrets des incidences de la régulation néolibèrale au Canada et dans les Amériques.Athéna éditions • athenaeditions.net Daniel DRACHE, tes frontières en question (trad, de Borders Matter.Homeland Security and the Search for North America) Comment le Canada doit-il l'eagir à l'unilatéralisme améiicain face à la sécurité ! EAR LE I) E V III R o n s a b 1 e : .NORMAND THÉRIAULT ntlii'riaiilleli'iti'voir.ra Tri.: i.îttl nxâ rréartionalrérvoi K A I S ( K Q I E D 0 I S 4 4 LE DEVOIR.LES SAMEDI LA ET DIMANCHE 11 A O Ê T 2 0 0 5 F ;î AMERIQUES À Ottawa, du 18 au 20 août Les Amériques sous observation «Si les États-Unis s’étaient mis à l’écoute de ce qui se disait d’eux ailleurs, peut-être que les événements terroristes de New York n’auraient pas eu lieu» L Association internationale d’études américaines (1ASA) — traduction libre de l’International .American Studies Association — tiendra son deuxième colloque à l’Université d’Ottawa du 18 au 20 août.C’est sur le thème «Les mondes des Amériques et les .Amériques du monde» que des professeurs d’un peu partout à travers le monde prendront langue autour d’un continent qui vit de l’Arctique à la Terre de Feu depuis plus de 12 000 ans à travers quelque 1000 langues et 800 millions de personnes dans 46 Etats; le tout sur un territoire s’étendant sur plus de 42 millions de kilomètres carrés où se retrouvent tous les climats.Réflexion sur un continent qui dicte la marche mondiale dans THIERRY HAROUN T e thème du colloque veut " l~jsouligner la chose suivante: les Amériques concernent la planète», résume Patrick Imbert, directeur exécutif de 1TASA, membre de la Société royale du Canada et titulaire de la chaire de recherche intitulée «Canada: enjeux socioculturels dans une société du savoir», établie à l’Université d’Ottawa.«La découverte des Amériques a redéfini les cultures du monde et en particulier les cultures chrétiennes qui interdisaient que l’on puisse penser qu’il y ait des antipodes [nord et sud) habités.C’était un des interdits.D’une certaine manière, dit-il, les Amériques ont contribué à la transformation des cultures européennes en apportant au monde quelque chose de nouveau.» Exemple?«Les pays qui font face à l’océan Atlantique comme l’Argentine, le Brésil, le Canada ou encore les États-Unis ont fasciné l’Europe — mais la Chine également — du fait que les pays d’Amérique donnaient aux gens accès au droit à la propriété.» Les grandes vagues d’émigration vers le Nouveau Monde qui se sont étalées sur plus de deux siècles, dès le XVII1 siècle, ont non seulement transformé les Amériques (pour ses moindres déplacements.le meilleur ou pour le pire, c'est selon) mais ont, du même coup, profondément bouleversé l’identité des êtres venus en terre nouvelle parce qu’ils étaient libres de se déplacer et de devenir propriétaires.«En fait, c’est ça qui a fasciné la planète!» «The U.SA» et les autres L’omnipotence des Etats-Unis sur le continent américain (voire la chevauchée étasunienne pour la direction du monde depuis le plan Marshall — à tout le moins — jusqu’aux actuels faucons de la Maison-Blanche) est sans équivoque.Cette réalité,, difficile à ignorer, pousse les Etats souverains des Amériques «à se définir par rapport aux États-Unis: soit par protection, soit au contraire par tentative d’exportation culturelle.Et devant cette omnipuissan-ce mondiale étasunienne, il serait peut-être plus efficace, au lieu de se protéger, d’essayer d’affirmer l’essentiel des cultures respectives des différents États.Et d’écouter, poursuit-il, ce que les autres disent de nous».«Si les États-Unis s’étaient mis à l’écoute de ce qui se disait d’eux ailleurs, peut-être que les événements terroristes de New York n’auraient pas eu lieu», prétend M.Imbert en ajoutant que, dans le cadre de la mondialisation, «ce P HI KMI NKIll DK CHIASSON Patrick Imbert, directeur exécutif de l’IASA, membre de la Société royale du Canada et titulaire de la chaire de recherche intitulée «Canada: enjeux socioculturels dans une société du savoir», établie à l’Université d’Ottawa.monde n’est pas celui de l’identité figée, mais du déplacement.Il importe de se développer en tenant compte de la manière dont les autres nous analysent et nous construisent».Et c’est notamment dans cet esprit que le colloque de l’IASA, dont les participants se mettront en mode écoute dans un objectif de partage des savoirs, se déploiera dans la capitale canadienne par le biais de conférences et d’ateliers de tous ordres: des récits de voyage et d’immigration dans les Amériques, l’écriture d’un Nouveau Monde dans la littérature francophone du Canada, les conséquences du multicultu ralisme, l'Asie et les Amériques, la rencontre des cultures dans le cinéma québécois, l’anti-américa-nisme et l’anti-impérialisme (traduction libre), les Mexicains aux États-Unis, la culture et l’économie dans les Amériques, l'intégra tion continentale et ses délis, un retour sur les dernières élections aux États-Unis (ça promet!), la numérisation de la mémoire col- lective canadienne: politiques et stratégies en action, le déplacement des cultures et la construction des cultures nomades, les Amériques: communisme, guerre froide et ensuite, l'espace public américain, émergences des nouvelles voix, etc.Conférences Bref, les Amériques seront scrutées à la loupe.A noter que les participants porteront une attention toute particulière aux conférences qui seront données par d'éminents chercheurs, en l'occurrence Enrique Dusse 1 (pro-fesseur a T Université de Mexico et auteur A'Une histoire de t Eghse en Amérique latine et de L’Eclipse de l’autre, notamment), Hortense Spiders (professeuiv à l'université Cornell dans l'État de New York) qui s'intéresse aux cultures atriv américaines, François Paré (pro-tesseur à l'Université de Waterloo, en Ontario, et auteur de Iss latte ratures de l’exiguïte) et Gérard Bouchard, historien et sociologue à l'Universite du Québec à Chicoutimi (bien connu pour l'édification du tichier BAIKAL"), qui traitera des «mythes des Amériques».Si le continent américain dicte actuellement la marche mondiale, il n'est pis prêt à céder le pis au continent asiatique qui le talonne de près.«Il y a en tffét une culture et des systèmes financiers très forts en Asie en ce moment.Mais je ne vois pas les Amériques comme étant menacées.Bar contre, tant que les Amériques sont en mesure de se transformer — et je pense qu 'elles en sont capables — et d'intégrer ce qui vient d’ailleurs tout en écoutant ce que les autres disent d'elles, je pense que ce continent possède encore beaucoup de potentiel par rapport au reste de la planète», observe M.Imbert, auteur de Consensual Disagreement: Canada and the Americas, un petit livre (une réflexion sur le rôle et la place du Canada à titre d’Etat-providence, notamment, dans une Amérique de plus en plus «globalisante») qui sera distribué lors du colloque, ouvrage auquel Gérard Bouchard et Daniel Castillo Durante (attaché à l’Université d'< )ttawa) ont appirté leur contribution.L’IASA, qui compte dans ses rangs plus de 400 professeurs en provenance d'une soixantaine de pays, a tenu son premier congrès à Ixtiden, en Hollande il y a deux ans.Collaborateur du Devoir Société Il n’y a pas de modèle américain ! « Ce sont souvent les élites qui créent la représentation des pauvres» La notion de communauté peut prendre plusieurs formes, évidemment selon les gens qui la composent, mais aussi selon la société dans laquelle cette notion évolue.Et les sociétés ont toutes des représentations d’elles-mêmes et de leurs communautés dont on trouve les traces, entre autres, dans les écrits qui en émanent.PIERRE VALLÉE La notion de communauté — un concept qu’on apparenterait plus aisément aux sciences sociales — intéresse aussi les chercheurs en littérature comparée, comme en témoigne le panel intitulé «Forms of Community in an Inter-American Context» qui se tiendra dans le cadre du congrès de l’International American Studies Association.«Nous cherchons à comprendre les diverses formes de communauté dans les trois Amériques, avance Amaryll Chana-dy, professeure de littérature comparée à l’Université de Montréal et présidente du panel.Nos recherches reposent sur des textes, en général, des essais, des articles de journaux, des éditoriaux, mais aussi les discours politiques officiels et même les œuvres de fiction.Cela nous permet de voir comment les sociétés américaines se représentent symboliquement et comment elles imaginent leurs communautés.» Situation américaine Pour bien comprendre la manière dont a évolué la notion de communauté en Amérique, Mme Chanady explique qu'il faut remopter au XIX' siècle en Europe.«A cette époque en Europe, comme en témoignent les nombreux écrits, la notion de communauté repose d’une part sur la filiation, et d’autre part sur la pureté de la race.Par exemple, nous sommes français, descendants des Gaulois, ou nous sommes Aryens.» Cette notion n’a pas survécu en Amérique, où la notion de communauté a pris une tout autre forme, en grande partie en raison du fait que les sociétés en Amérique ont été fortement in- fjencées par l'immigration.«Aux tats-Unis, la forme de commu- nauté qu’on a choisie est le creuset ou le melting pot dans lequel tous les individus doivent se fondre.» Un choix que ne partage pas le Canada, qui a plutôt opté pour le multiculturalisme en tant que forme de communauté.«Même le Québec n’échappe pas à cette diversification des types de communauté puisqu'il a choisi la voie de l’interculturalisme.» Ailleurs, en Amérique latine et en Amérique du Sud, on parle plutôt de métissage, ce qui suppose une communauté où se sont mêlées une population autochtone et une population immigrante.«Dans les Antilles, on dira créolité, hybridité et antillanité.» Non seulement les communautés américaines sont-elles différentes des communautés européennes du XIX' siècle, mais elles sont différentes entre elles.Par contre, certains traits communs existent.«Dans tous les cas, il s’agit de forger une communauté qui fonctionne à partir d’éléments hybrides et de fournir un modèle de conduite auquel tous peuvent se rallier.» Mme Chanady précise que la représentation que se fait une communauté d’elle-même est toujours positive.«Il y a toujours un élément d’utopie et d'idéal dans ces représentations.» Malgré cela, ces représentations ne sont pas seulement idéologiques, mais elles décrivent aussi une réalité.«Les tensions engendrées sur le terrain influencent la perception qu'a la communauté d’elle-méme.» Terrorisme et pauvreté Mme Chanady accueillera lors de ce panel trois autres professeurs de littérature comparée.Terry Cochran, professeur au département de littérature comparée de l’Université de Montréal, a intitulé sa communication «Kami-kase and communal sacrifice».«M.Cochran s’intéresse à la perception de sa communauté que peut avoir un terroriste prêt à se suicider pour elle», explique Mme Chanady.Eric Savoy, professeur au département d’études anglaises à l’Université de Montréal, dans une communication intitulée «The Borderline of Irony», s’intéresse à cette drôle de frontière qu’est celle situép entre le Mexique et les États-Unis.Quant à Roxanne Rimstead, professeure au département des lettres et communications de l’Université de Sherbrooke, elle se penchera sur le sort des pauvres dans une communication intitulée «An Unimaginable Community: The Threat of Symbolic Unity among the Poor in the Americas».Selon Mme Rimstead, l'espace culturel alloué aux pauvres dans les médias, les discours des gouvernements et les écrits universitaires est non seulement limité, mais il est aussi vicié.«D'abord, précise-t-elle, ce sont souvent les élites qui créent la représentation des pauvres et ils sont souvent perçus comme un problème à résoudre.La perception est aussi souvent négative.Présentement, à la télévision américaine, on assiste à ce que j’appelle la criminalisation des pauvres.Ce ne sont plus des paresseux, mais des criminels et des terroristes en puissance.» De plus, rajoute-elle, on n’écoute jamais les pauvres.«Les pauvres sont toujours un objet de savoir et jamais un sujet de savoir.Pourtant, les pauvres ont une connaissance d'eux-mêmes et de leurs communautés.Mais on ne tient jamais compte de leur propre vision de la société.» Pauvreté et travail Mme Rimstead avance qu’il y a une raison principale qui commande cette attitude: le capitalisme.«Dans une société où la valeur marchande prime, on ne veut pas admettre qu’on a besoin des pauvres parce qu’on les utilise.Les pauvres ne sont pas tous chômeurs ou assistés sociaux.Beaucoup travaillent et font les sales boulots que Ton ne veut plus faire, mais qui sont nécessaires au maintien de notre société.» De plus, la pauvreté, selon elle, n’est pas un atavisme.«Une maladie, un divorce, la perte d’un emploi peuvent vous plonger dans la pauvreté.Au fond, les pauvres, c'est nous.C’est une réalité que nous ne voulons pas envisager.» La recherche de Mme Rimstead repose sur l’étude de ce qu’elle nomme les récits de pauvreté.Y sont inclus des romans, comme Bonheur d'occasion de Gabrielle Roy et l'œuvre de l’auteur canadien David Adams Ri chards, qui campe ses romans dans des milieux de pauvreté.Elle a aussi tenu compte des récits des pauvres eux-mêmes.«Ce ne sont pas des romans, mais des entrevues, des récits oraux, des articles de journaux, parfois des autobiographies.J'ai aussi tenu compte du discours des organismes communautaires qui défendent les pauvres.» La thèse défendue par Roxanne Rimstead a quelque chose de révolutionnaire.«L'expérience d'une communauté symbolique permet aux pauvres de se reconnoitre entre eux de façon positive.Comment résister et se débrouiller plutôt que d’avoir honte et de se blâmer?Mais cette communauté symbolique des pauvres vus par eux-mêmes est perçue par notre société comme une menace au discours national.» Collaborateur du Devoir ' i '"Ht it, , V sSi www.amertques.uqam.ca OBSERVATOIRE UQÀM Prenez position Chroniques des Amériques publiées chaque lundi _ par l’Observatoire des Amériques ^ Lundi 15 août : 225e chronique ! «Une maladie, un divorce, la perte d’un emploi peuvent vous plonger dans la pauvreté.Au fond, les pauvres, c’est nous.» LE DEVOIR.LES SAMEDI 13 ET DIMANCHE II AOÛT 200 A F I AMERIQUES littératures américaines Un nouveau regard Des communautés en marge à une Amérique mythifiée, l’étude de la littérature américaine passe par une connaissance accrue des différences culturelles L’Amérique telle que représentée par les Européens dans les récits de voyage fait figure de mythe, d’objet de fascination, d’admiration et de rejet à la fois, source d’une paradoxale relation d’amour-haine qui tend à perdurer de nos jours.Pourtant, la réalité est toujours plus complexe et les chercheurs d’ici posent un regard tout autre sur ce continent, ses cultures et littératures, de l’étude des communautés en marge, souvent occultées de nos imaginaires collectifs, à l’Amérique triomphaliste.M A R I LYS E HAMELIN La nouveauté de ce deuxième congrès de l’International American Studies Association (IASA), c’est l’apport d’une nouvelle école constituée de chercheurs non étas-uniens pour qui il n’y a pas une Amérique, mais des Amériques.Ils profiteront de la tribune qui leur est offerte pour déconstruire la vision traditionnellement monolithique du continent en l’examinant sous toutes ses coutures et en présentant ses multiples facettes à travers ses différentes communautés et leurs expressions culturelles, en rupture avec l’Amérique rêvée, interprétée et déformée par le récit de voyage.Professeur émérite au département des lettres et communications de l'Université de Sherbrooke, affilié à l’institut WEB Du Bois de l’université Harvard sur la recherche africaine et afro-américaine, auteur de plusieurs ouvrages sur l'émergence des cultures dans lesquels il a notamment étudié les œuvres de léonard Cohen, Hubert Aquin, Nicole Brossard et Michael Ondaatje, et coauteur de plusieurs ouvrages collectifs sur les différences culturelles entre le Québec et le Canada anglais, Winfried Sim-merling a bourlingué de l’Allemagne à la Nouvelle-Zélande ces derniers temps afin de présenter rien de moins qu'une nouvelle vision de l’étude des littératures américaines.Ce qu’il propose dans son dernier essai, The New North American Studies, c’est sa volonté de renouveler la façon d'appréhender la littérature comparée, en étudiant à la fois les littératures étasunienne, canadienne anglaise et québécoise dans un effort d’internationalisation des études américaines.«Il faut sortir des États-Unis, aller chercher l’opinion d’autres chercheurs.Ils ont forcément un regard différent de celui des chercheur de la vieille école, les “américanistes” qui concentrent les études américaines autour des États-Unis», affirme le professeur.C’est pourquoi, lors du premier congrès de l’IASA tenu aux Pays-Bas en 2003, justement centré alors sur les études étatsuniennes, Winfried Simmerling a présenté ses recherches portant sur la revue québécoise Vice-versa, «un peu pour provoquer- et surtout pour affirmer son opinion à l'effet que les objets d’études américaines peuvent aussi être rédigés en français «ou en espagnol, d’ailleurs».«Je leur ai parlé de la culture québécoise, qui leur était à peu près inconnue, probablement en raison de la barrière linguistique, mais puisque je leur présentais mon travail en anglais, ils ont été en mesure de s’y intéresser.Je dois dire que cela a suscité un engouement certain.» En fait, l’accueil hit tel qu’il été approché pour organiser le deuxième congrès de l’organisation internationale, qui se tiendra à Ottawa la semaine prochaine.Le chercheur a non seulement accepté l’invitation, mais il a travaillé à ce qu’une pluralité de cultures américaines y soient représentées.De fait, les conférences seront présentées en quatre langues, soit l'anglais, le français, l’espagnol et le portugais, et porteront entre autres sur le Québec, le Canada et l'Amérique latine.«Certains “américanistes" ont refusé de participer au congrès à cause de la barrière linguistique; cela crée un malaise chez certains», regrette le professeur, qui a personnellement organisé deux panels de discussion pour l’occasion, qui s’intitulent Canada and ifs Americas.Au-delà des frontières «Le premier panel consistera en une discussion entre les chercheurs dont les études portent sur l’œuvre d'auteurs dont les récits traversent les frontières nationales pour suivre la logique de la littérature à travers les Amériques.Seront présentés, par exemple, les résultats d’une étude comparative sur le travail de l’écrivaine Francine Noël, qui parle dans son œuvre de la relation entre le Québec et Mexique, explique le chercheur.Le deuxième panel sera plutôt une réflexion théorique où l’on regardera l’Amérique des points de vue nationaux, où seront discutées entre autres les spécificités des littératures canadienne et québécoise.Il s’agira de mettre en relation l’étude des littératures nationales versus les études américaines dans une optique transnationale, de circonscrire ce que Ton gagne avec les études américaines, et le danger de perdre si les institutions nationales venaient à disparaître.» Pour le conférencier, la solution serait de cumuler les deux perspectives, soit de connaître les détails et spécificités des littératures culturelles et nationales en plus d'une vaste connaissance de la littérature américaine globale, ce qui demande beaucoup d’efforts, aux dires de celui qui apprend l’espagnol, tente de s’intéresser aux littératures des Caraïbes, en plus des afro-américaine, québécoise, canadienne et étasunienne.«Par exemple, il y a des experts en littérature post-coloniale; ce sera la même chose maintenant, nous aurons des experts en littérature des Amériques.Cela demande une internationalisation du regard de la littérature comparée.Cette vision va peut-être arriver dans les écoles et les universités dans cinq ou dix ans, tout changement prend du temps», observe le passionné de ces phénomènes de transcuhuration.Amérique minoritaire François Paré, directeur du département d’études françaises à î’Université de Waterloo et un des trois conférenciers principaux chargés de lancer le deuxième congrès international de ITASA, considère que les chercheurs étudient beaucoup l’Amérique du Nord du point de vue des trois grandes entités que sont les Etats-Unis, le Canada et le Mexique.Lors de sa présentation, «Aux frontières d’une Amérique sans mémoire», il présentera plutôt les communautés américaines marginales, thème au cœur de ses recherches.L’objectif de sa présentation: démontrer comment trois communautés marginales nord-américaines — les francophones au Canada et aux Etats-Unis, la diaspora portoricaine (très importante aux Etats-Unis) et les minorités amérindiennes, en particulier les Micmacs du Canada — ont essayé de s’organiser, de s’exprimer, notamment par la littérature, dans l’espace public depuis les années 1970.«L’enjeu est de retrouver la mémoire de la migration des communautés en marge.On dirait que la communauté franco-américaine est installée dans le temps présent et ne cherche pas à connaître les raisons qui ont poussé ses ancêtres à Texil initial, ni quelle sorte de vie ont vécu les migrants.C’est un peu la même chose pour la communauté portoricaine de New York: elle est stationnée dans un temps présent étemel», s’étonne le chercheur, qui prône une étude élargie des infrastructures auxquelles ont accès ces communautés.«De quoi les communautés marginales en Amérique ont-elles besoin pour vivre?On a beaucoup construit de centres culturels et d’écoles.Est-ce que les gens y vont?Est I» 0 5 r r> AMERIQUES Université d’Ottawa \ - A la conquête des Amériques «Au cœur de la zone de fracture des deux univers canadiens, le francophone et l’anglophone» L’L nh'ersité d’Ottawa se considère comme la plus importante université bilingue du Canada, un carrefour pour les francophones et les anglophones.Elle estime occuper une place de choix non seulement sur la scène nationale, mais également à l’échelle des Amériques.Pour cette raison, elle se présente comme «l’université canadienne».SOI ko: UNIVKKSII'K D'OTTAWA Gilles Patry, recteur et vice-chancelier de l’Université d’( Ittawa.1 CLAUDE LAFLEUR Çî l’Université d’Ottawa ''O n’existait pas.il faudrait l’inventer!», lance, mi-sérieux mi-sourire, Gilles Patry, recteur et vice-chancelier de l’institution.•Ce qu’on ne retrouve nulle part ailleurs au Canada, c'est le fait qu’on fonctionne dans un contexte parfaitement bilingue», renchérit Pierre Anctil, directeur de l’Institut d'études canadiennes de ladite université.L’un comme l’autre parlent de la «position stratégique» qu’occupe l’Université d’Ottawa, une place qui devrait même s’accroître au cours des prochaines années.C’est ainsi, rapporte M.Patry, qu’elle augmentera sa visibilité sur la scène des Amériques à l’occasion du colloque sur «Les mondes des Amériques».«L’une des choses qu’on veut faire davantage, indique-t-il, c'est d’occuper notre place sur la scène internationale.» Des intérêts aussi variés que méconnus Tout en reconnaissant que chaque université se considère comme unique, le recteur estime que son institution se démarque des autres par la convergences de cinq caractéristiques.«Notre université est l’une de celles qui offrent le plus grand éventail de programmes, dit-il, et ce, tant au pre- mier cycle qu’au deuxième et au troisième.De surcroît, on y mène quantité de recherches sur une vaste gamme de domaines de pointe.De plus, nous nous démarquons grâce à notre situation géographique particulière [la capitale nationale], grâce au bilinguisme que nous appliquons systématiquement et grâce au multiculturalisme que l’on retrouve sur notre campus.» Si on imagine souvent que l’Université d’Ottawa excelle dans des disciplines comme le droit, la politique et les langues.M.Patry évoque qu’elle est aussi un important centre de recherche scientifique.A titre d'exemple, il cite les six nouvelles chaires de recherche qui viennent d’être créées, des chaires spécialisées en génomique, en études biomédicales avancées, en interactions laser-matière, en études sur l’immigration, en chimie «computationnelle», etc.L’université héberge à présent 41 chaires de recherche avancée.«Au cours des dernières années, relate M.Patry, nous avons considérablement augmenté notre volet recherche scientifique, en quadruplant nos budgets de recherche et en accroissant sans cesse le nombre et la variété de nos chaires de recherche.» Il souligne d’ailleurs que, contrairement à ce qu'on pense, la capitale nationale n’est pas qu'un lieu où se concentre la fonction publique, mais un important centre d’activités scientiliques et technologiques.Conséquemment, l'Université d’Ottawa mène des travaux dans maints domaines de pointe tels que les biotechnologies et les nanotechnologies.En outre, le fait d’être situé à Ottawa procure aux chercheurs et aux étudiants l’accès à une foule de ressources qu’on ne retrouve pas ailleurs au pays, dont les grands centres de recherche, les grandes institutions académiques, les musées nationaux, etc.«Il s’agit là de véritables mines d’or», dit-il.Enfin, l’université se targue de favoriser l’expression des deux langues of ficielles.«Pratiquement toutes nos formations se font dans les deux langues, rapporte fièrement le recteur.De plus, nous accueillons dans nos murs des étudiants provenant de 150pays.» À l’affût des préoccupations canadiennes et nord-américaines «Le fait que l’Université d’Ottawa soit localisée dans la région de l'Outaouais nous place dans une position stratégique particulière.enchaîne Pierre Anctil, directeur de l’Institut d’études canadiennes.soit au cœur de la zone de fracture des deux univers canadiens — le francophone et l'anglophone.» L'un des phares de l’Universite d'Ottawa est justement l'institut que M.Anctil dirige et qui s’intéresse autant à l'évolution de notre société qu’à la place qu'on occupe sur la scène mondiale.«Nos chercheurs s'intéressent aux realites de part et d’autre de l'Outaouais, précise-t-il, ce qui n'est pas souvent le cas ailleurs au Canada anglais.On est aussi très intéressé par l’insertion canadienne en Amérique du Nord.» L’Institut accueille ainsi régulièrement des «canadianistes», des chercheurs venant de partout et qui se spécialisent dans les questions canadiennes.Ainsi, à l’occasion d’une récente conférence sur «Le Canada vu d'ailleurs», l'Institut a reçu 150 canadianistes qui ont jete un «regard intéressant» sur notre situation.«Ce qui intéresse beaucoup les canadianistes, souligne M.Anctil, c'est notre multiculturalisme et notre diversité culturelle.» Ainsi.ces observateurs extérieurs sont fascinés non seulement par la cohabitation des francophones et des anglophones, mais également par l’intégration des autochtones, des immigrants et des minorités.«Pour bon nombre de pays, poursuit-il, on sert de modèle car, malgré tout ce qu’on en pense quand on reste à l'intérieur de ses frontières, le Canada est un succès sur le plan de l’aménagement de la diversité et de l'accueil des di- versités culturelles, religieuses et autres, et ce, par rapport à d'autres sociétés où les niveaux de tolerance sont beaucoup plus bas.» Comme on s’y attendrait, les relations avec notre voisin étasunien sont l'un des grands sujets d’étude de l'Institut.«Depuis le 11 septembre, note Pierre Anctil.le Canada revêt beaucoup plus d'intérêt pour les Américains, étant donné la grande frontière que nous partageons ainsi que les risques pour la sécurité, presumes ou réels.Ils s’intéressent peu aux questions culturelles et linguistiques — questions qu ils ne comprennent strictement pas la plupart du temps! —.mats c’est plutôt la question de la sécurité et du transfert de marchandises qui les préoccupé.» I .'Institut d’études canadiennes profitera du colloque sur «Les mondes des Amériques» pour présenter l'ensemble de ses activités et travaux.«Nous allons tenter de faire valoir la manière dont on traite du Canada, comment nous présentons le Canada, indique le directeur de l'Institut.Et puisque le colloque a lieu ici même, voilà qui nous procurera énormément de retombées.» «D’une manière générale, de conclure Gilles Patry, nous voulons nous assurer que l’Université d’Ottawa, de par ce qu’elle est et de par son positionnement stratégique, occupe davantage sa place sur la scène internationale — et ce, pour le bénéfice de nos professeurs et de nos étudiants.» Collaborateur du Devoir L’Université d’Ottawa héberge 41 chaires de recherche avancée Américanité Qui est ce « nous » ?Les discours théoriques sur Videntité collective Les écrits des intellectuels québécois décrivent des univers culturels complexes.De Gérard Bouchard à Patrick Imbert, un portrait se trace, tout en nuances.Le regard de Claire Roberge sur cette Amérique québécoise.DENIS LORD Pour paraphraser la communication de Claire Roberge lors du colloque sur le discours des Amériques, on pensera au titre d’une peinture de Paul Gauguin: «D’où venons-nous?Qui sommes-nous?Où allons-nous?» C’est que sous le titre «Des mondes proposés, fréquences relationnelles dans les Amériques et discours théoriques», Roberge, doctorante en communication à l’université McGill, identifie, analyse et interroge le «nous» représenté dans les textes d’intellectuels pour l’essentiel historiens, sociologues et québécois, Gérard Bouchard, Jean-François Côté, Patrick Imbert, Yvan Lamonde et Jocelyn Létourneau.«Je n’essaie pas d’opposer ces penseurs, précise Mme Roberge, mais de rendre compte des nuances dans leurs cheminements respectifs au sujet des Amériques.Ils ont à tout le moins en commun d’inciter leurs lecteurs à poser un regard dynamique sur leur culture.» L’américanité Un élément récurrent et saillant des discours passés au crible par Claire Roberge est l’américani-té, dont le sens et la portée même varient selon les auteurs.Chez Gérard Bouchard, historien et sociologue de l’Université du Québec à Chicoutimi, titulaire de la Chaire de recherche du Canada sur la dynamique comparée des imaginaires collectifs, l’américanité se présente comme une dynamique en trois actes: rupture, appropriation et recommencement.Ce concept, dont les Etats-Unis sont un modèle, avait déjà une certaine prégnance au Québec, dans le projet des Patriotes au début du XIX' siècle, alors que Louis-Joseph Papineau prônait une rupture avec la Grande-Bretagne.Bouchard propose au «nous» (la société québécoise du XXI' siècle) de renouveler cet acte fondateur.Pour sa part, Jocelyn Létourneau, titulaire de la Chaire de recherche du Canada en histoire contemporaine de l’université Laval, interpelle davantage une histoire récente.Selon lui, la rupture n’est pas nécessaire ou voulue par les Québécois; la continuité, toutefois, inscrite dans l’ambivalence du parcours historique québécois, est importante.«Dans une lecture historique, explique Mme Roberge, il propose de rendre compte des moments de l’histoire tout en vérifiant en quoi ceux-ci participent ou non de l’avenir.La mémoire du “nous” se construit, elle n ’est pas statique et n’appartient pas au passé.» Yvan Lamonde, professeur au département de langues et littérature française à l’université McGill, propose une analyse comparative des cultures populaires au Québec et aux Etats-Unis aux XIX' et XX' siècles.Il note un clivage entre la culture populaire québécoise et celle de l’élite québécoise, la première étant tournée vers les Etats-Unis, la seconde vers la France.Lamonde interroge un «nous» québécois contemporain au sujet de ses appartenances historiques française, anglaise et américaine.De l’hybridité Quant à Jean-François Côté, il propose la reconnaissance d’un fondement historique de l’hybridité (d’une identité continentale hybride), c'est-à-dire incluant la présence historique initiale du rapport entre les cultures européennes et les cultures autochtones.Ce professeur au département de sociologie de l’Université du Québec à Montréal, et membre du Groupe interdisciplinaire de recherche sur les Amériques (GIRA), interpelle ainsi un «nous» contemporain à partir de cette perspective de l’hybridité, en propose la réévaluation en réfléchissant à son devenir dans l’identité continentale actuelle.Il faut donc considérer les différentes voix des Amériques pour favoriser un dialogue où chacune participe de l’écoute des autres.M.Côté convie le «nous» à revisiter ce moment de rencontre initiale — la mise en présence des cultures — pour saisir le manque actuel de cette hybridité non complétée ou qui n’a pas réussi à réellement s’opérationnaliser.Il invite le «nous» à une «nouvelle rencontre continentale», c’est-à-dire à contribuer à l’histoire en devenir de l’hybridité présente dans les Amériques.«Le “nous” est le Québécois au départ, croit Claire Roberge, mais pourrait tout aussi bien désigner tout individu participant de la continentalité.» Transnationalité Patrick Imbert, professeur au département des lettres françaises de l’Université d’Ottawa et titulaire de la chaire intitulée «Canada: enjeux sociaux et culturels dans une société du savoir», prône une approche transnationale.«R ne parle pas d'américa-nité, précise Claire Roberge, mais souhaite plutôt un mode de pensée concernant les multiples dynamiques des Amériques.Pour cet auteur, également sémioticien, U faut mettre en évidence la mobilité de l’identité, dont l’ancrage n’est pas terminé.» 1^ transnationalité favorise les déplacements géographiques ou symboliques.Un des corpus qu’utilise Imbert est la littérature, Yann Martel par exemple.•Pour Imbert, le plaisir littéraire éveille un goût du risque et apporte une réflexion animant un franchissement des limites pouvant mener à une désorientation et, ainsi, à une relecture de la normalité.» Le «nous» est invité à interpeller ses frontières.Dans ce contexte, Imbert discute de la société canadienne, d’une réinvention dans le rapport entre les cultures pour vaincre les stéréotypes.Mme Roberge abordera egalement dans sa communication la notion de métaculture — une réflexion sur la culture — chez Bouchard, Côté, Imbert, Lamonde et Létourneau, en soulignant la dialectique entre ce que Greg Urban nomme «les aspects inertes et accélérés du mouvement culturel», c’est-à-dire entre les mouvements qui répètent ou copient le passé et ceux qui l’enrichissent.Dans cette optique, Mme Roberge insiste sur le privilège qui nous est donné de pouvoir librement participer aux questions sociales, culturelles, politiques et économiques, ainsi qu’à la mobilité actuelle du savoir.«Quelle que soit la perspective, dit Mme Roberge, c’est un privilège de pouvoir énoncer un “nous” et de pouvoir le lire autrement.Si nous le tenons trop pour acquis, nous l’évacuons.Dans ce sens, qu ’ils soient en accord ou en désaccord entre eux, les auteurs nous invitent à participer d’un mouvement de transformation en nous encourageant à investir dans notre propre lecture de l’identité dans les Amériques.» Collaborateur du Devoir Diplômée de l’UQAM, Claire Roberge prépare actuellement un doctorat sur «Le réseautage transnational: la sédimentation du passage» au département d’histoire de l'art et des études en communication de l’université McGill.CURIEUX CURIEUX TOUS LES JOURS ABONNEZ-VOUS ?On n’est jamais trop curieux ? Université d'Ottawa r L Université d'Ottawa est fière d'accueillir le deuxième congrès mondial de l'International American Studies Association U u Ottawa L’Université canadienne Canada’s university Depuis 1848, l'Université d'Ottawa — l'Université canadienne — a toujours visé l'excellence dans toutes ses activités d'enseignement et de recherche.Aujourd'hui encore, elle se consacre aux défis et aux opportunités qui s'offrent au Canada, particulièrement dans le contexte des relations complexes et importantes entre le Canada, les États-Unis et les Amériques.Découvrez-en davantage : www.uOttawa.ca
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