Le devoir, 24 octobre 2009, Cahier F
I.K I) K V (I I li .LES S A M E I) I 21 E T I) I M A N (' Il E 2 A U < T (» Il U E 2 II I) il LITTÉRATURE Michel Tremblay, au-delà des mots Page F 3 ENTREVUE Frédéric Brun, Prix Marie-Claire-Blais Page F 6 CAROLINE MONTPETIT Jusqu’à présent, elle écrivait presque toutes les paroles de ses chansons en portugais du Brésil, une langue «toute en voyelles, comme l’italien», dit-elle.Et puis voilà que Bïa la chanteuse s’est mise à écrire un roman, en français, Les Révolutions de Marina, qui vient de paraître aux éditions du Boréal.Ce roman, il lui en est venue la première idée alors qu’elle était immobilisée dans un avion qui la ramenait de Paris vers Montréal.Elle venait de lire un article d’un magazine de bord qui relatait les difficultés dans les rapports des filles avec leur belle-mère.Il lui vient alors l’envie d’écrire une petite chronique sur ses propres rapports avec sa belle-mère, la seconde femme de son père.Une femme qu’elle a aimée tout de suite et qui se présentait plus, pour elle, comme une solution que comme un problème.Et puis voilà que commence un roman, basé sur le récit de la vie de Bïa, ballottée, enfant, entre son Brésil natal, d’où ses parents étaient bannis pour activités subversives, le Chili, le Pérou et le Portugal.Bïa est devenue Marina, et l’histoire de sa vie s’est transformée par moments en fiction.Le titre parle de révolutions, entre autres, parce que la petite Marina fait ses débuts dans la vie entre deux parents qui militent contre la dictature brésilienne dans les années 1970.Contraints à la clandestinité, ils font garder leur enfant unique successivement par ses grands-parents maternels et des amis qui leur permettent de poursuivre leurs activités.Puis, confinés à l’exil, ils prennent le chemin du Chili, durant le court règne de Salvador Mende, et ensuite du Pérou et du Portugal.C’est donc sur fond de lutte politique, à une époque où l’Amérique latine, secouée par les crises, oscille entre ambi- «La dictature, la censure et l’interdiction d’aborder les sujets politiques ont fait fleurir l’imagination de nos poètes» r .» .-r *¦ y » % * a Wmm wwm M' % Le Brésil au temps des combats a M ' Premier m x * * tiens révolutionnaires et régimes totalitaires, que se déroule cette histoire.Bïa y place le regard d’une enfant, qui fait ainsi son apprentissage du monde, avec un point de vue qui n’est pas sans rappeler celui de la petite fille dans le film de Julie Gavras, La Faute à Fidel, qui met aussi en scène la vie d’un enfant de parents révolutionnaires de gauche.Dans le café de Montréal où je la rencontre, Bïa, toute de noir vêtue dans l’automne qui s’avance, parle.umw JACQUES GRENIER I.E DEVOIR «Les parents de Marina étaient des acteurs de l’histoire.Ils ont fait des actions qui ont modifié le cours des choses.D’où venaient-ils, ces parents-là?Quels étaient leurs choix?Quel était le contexte politique de ce pays, dont on sait peu de choses finalement en Amérique du Nord qui ne soient pas des clichés, même si les clichés sont vrais.C’est vrai que c’est un pays de bonne humeur.C’est vrai que c’est un pays de carnaval.C’est vrai que c’est un pays de soleil.C’est vrai que c’est un pays de criminalité.Mais c’est aussi un pays à l’histoire complexe où des gens extrêmement forts, des personnalités très fortes ont contribué d’une manière ou d’une autre à faire un pays de grand métissage culturel.D’où ça vient, quels genres de gens ont créé ce melting-pot», c’est ce qu’elle a essayé de décrire dans cette histoire.La dictature qui a sévi au Brésil dans les années 1970 est en effet sans doute moins connue sous nos latitudes que l’ont été les dictatures argentine ou chi- lienne, par exemple.El Bïa explique ce fait par l’extraordinaire dynamisme culturel brésilien, qui éclipse les aspects plus sombres de son histoire.Ce pays n’est pas sérieux La légende veut d’ailleurs que le général Charles de Gaulle, en visite au Brésil, aurait dit: «Ce pays n’est pas sérieux.» «Je pense que le Brésil est un pays dont les aspects un peu folkloriques sont tellement fi>rts et colorés que cela a toujours été plus important et plus médiatisé que son histoire économique et politique.Les luttes sociales sont arrivées au Brésil en même temps qu’ailleurs en Amérique du Sud, mais il y a des relations publiques du Brésil qui ont toujours été plus fortes parce que c’est un pays tellement festif.Au sein même du Brésil, les années dictatoriales ont été des années d’explosion culturelle.Même que certains diront que la dictature, la censure et l’interdiction d’aborder les sujets politiques ont fait fleurir l’imagination de nos poètes, qui se sont surpassés en chefs-d’œuvre de sous-entendus, de non-dits pour exprimer l’anticonformisme.Les poètes principaux de la musique, comme Chico Buarque, ont écrit des chefs-d'œuvre qu’à l’époque tout le monde reprenait, qui parlaient d’amour, mais dont tout le monde savait qu’ils parlaient en fait de la dictature de tel ou tel général.» Le français, la chanteuse l’a d’abord appris au lycée français de Lisbonne, où elle a vécu enfant Vient ensuite un long séjour en France, au cours duquel elle dévore des livres d’auteurs français, d’abord Maupassant, puis Boris Vian, Flaubert et Proust.Elle écoute aussi beaucoup la chanson française, Brassens, Léo Ferré, Bobby Lapointe.Là, elle se lance à corps perdu dans la langue française, se prête aux joutes verbales auxquelles les Français aiment bien s’adonner.Aujourd’hui, Bïa vit au Québec avec son conjoint qui est Québécois.Elle retourne au Brésil, où toute sa famille vit, régulièrement.«J’écris mes chansons, mais pour moi, la littérature et la chanson, c’est aussi différent que la peinture et le tricot de haute qualité, ce sont vraiment deux exercices très différents.[.] J’ai toujours aimé écrire en prose.Mais peut-être que je n’avais pas l’âge, ou l'expérience, ou le recul pour croire que j’avais quelque chose de vraiment intéressant à raconter et une manière de raconter qui valait la peine de le faire.» Ce roman, étonnamment, lui est venu tout naturellement en français.Il n’est d’ailleurs pas encore traduit en portugais.Le Devoir LES RÉVOLUTIONS DE MARINA Bïa Krieger Boréal Montréal, 2009,262 pages Prix de FAssemblée nationale du Québec 2009 «Les historiens s’appuient sur une abondante documentation, bien identifiée, pour présenter des textes abordables et de bonne lecture.La qualité de la présentation matérielle rend le livre attrayant.» — Prix décerné par l’Institut d'histoire de l'Amérique française Les Presses de l'Université de Montréal AOA-QU i ranci Université fHt de Montréal S A M E I) I I) I M A N < II E 0 V T 0 B 11 E LIVRES EN APARTE Les immortels Les amis de Nelly Arcan se sont réunis cette semaine, à la Grande Bibliothèque puis à l’Usine C, afin de souligner sa disparition.Ils ont rappelé ensemble, de diverses manières, assez sobrement, la singularité de cette femme propulsée en 2001 dans l’orbite de la littérature avec la parution de Putain.Au même moment, par l’entremise de la presse, l’éditeur français de Nelly Arcan, Bertrand Visage, annonçait peut-être un peu vite, sans doute avec un certain manque de tact aussi, ses velléités de publication d’inédits de la jeune femme décédée à l’âge de 36 ans.L’éditeur l’a même volontiers comparée à Rimbaud, le poète maudit, image par excellence d’une jeunesse brillante et fascinante.Ressemblait-elle à Rimbaud, vraiment, cette «mouffe blonde», comme l’appelait avec dérision le poète Réjean Thomas, un autre récent disparu?Par la force des choses, on a beaucoup parlé de l’auteure de Putain ces derniers temps.Au point de singulariser jusqu’à sa fin tragique, survenue le 24 septembre dernier.Bien qu’Isabel-le Fortier, alias Nelly Arcan, ait été sans l’ombre d’un doute un être original, son suicide lui-même ne l’est pourtant pas, malgré la forte tentation de le mythifier au nom de la littérature, comme on a mythifié, au nom de la musique populaire, celui de Dédé Fortin.Selon les données disponibles à la Direction de la santé publique, 236 personnes se sont suicidées dans la métropole québécoise entre 2000 et r\ Jean-François Nadeau 2005, soit un taux moyen de 12,5 pour 100 000 habitants.La rumeur publique charrie encore le cliché selon lequel le taux de suicide au Québec est parmi les plus affolants du monde, aux côtés de la Suède, comme si le désir de mourir appartenait par essence au froid, au givre, au nord du Nord.Comme si le froid, tant qu’à faire, expliquait aussi le taux de suicide aujourd’hui affolant chez les Inuits.Non, le Québec et la Suède ne figurent pas parmi les nations où on se suicide le plus.On trouve bien pire du côté des pays de l’ex-URSS, du Japon, voire de la France.Mais que ce soit à Montréal, à Stockholm ou à Paris, un suicide reste un suicide, c’est-à-dire un drame.Pas une histoire littéraire en soi.Dans les quartiers montréalais placés sous la juridiction des établissements de santé publique Jeanne-Mance, Saint-Henri, Pointe-Saint-Charles, Faubourgs et Hochelaga-Mai-sonneuve, on observe un taux de suicide presque deux fois supérieur au reste de la ville.Dans ces lieux précis, les indicateurs inclinent vers les plus alarmants du monde.Qu’ont en commun ces quartiers?A priori, ils sont pauvres et minés par des problèmes sociaux qui découlent de cette infériorité économique fondamentale.Un seul autre quartier, très différent de ceux-là, affiche un taux de suicide presque aussi affolant: le Plateau Mont-Royal.Dans ce quartier où vivent deux fois plus de jeunes qu’ailleurs, on travaille en général plus que dans les autres sec- teurs de la ville.Le chômage y est rare.Les logements y sont en meilleur état.Nombre de diplômés en science sociale y vivent, de même que la plus grande concentration d’artistes au Canada, tribu d’écrivains comprise.On trouve pourtant sur le Plateau Mont-Royal un taux anormalement élevé de 20,7 suicides par 100 000 habitants.Nelly Arcan appartient comme pas une à cet univers du Plateau Mont-Royal, magnifié depuis quelques années aussi bien par la télévision que par l’ensemble des productions culturelles québécoises.Parfaite incarnation de l’esprit jeune et fulgurant de cet espace branché, Nelly Arcan ne flottait pas dans le vide, comme en témoignent assez ses écrits, mais bien dans les formes générales dessinées par un milieu voué à la consommation des apparences.Bien qu’il demeure à jamais un phénomène individuel insondable, le suicide appartient néanmoins à la réalité d’un monde social, en l’occurrence ici celui du Plateau.Souffre-t-on, en cet endroit, d’un mal de vivre comparable à celui d’Hochelaga-Maison-neuve ou des Inuits?Bien sûr que non.Au thermomètre de la douleur intérieure, il semble que le pire puisse être atteint même dans des lieux inattendus.Raisons communes On peut bien sûr entreprendre de tracer un portrait commun de ces artistes qui cherchent un jour à faire triompher le curieux sentiment de leur échec dans la réussite amère d’un acte tragique et définitif.Chacun part néanmoins seul, avec un petit tas de secrets dont on ne sait en définitive jamais grand-chose.Bien des écrivains sont retournés d’eux-mêmes au silence, après avoir été pourtant entendus comme des voix exceptionnelles.Près de nous, on pense à Hubert Aquin, à Jacques Ferron, à Claude Gauvreau, à Roland Giguère.Ce faisant, on songe aussi volontiers à Virginia Woolf, à Guy Debord, à Romain Gary, à Paul Celan, à Stig Dager-man, à Paul Lafargue, à Yves Navarre et à bien d’autres.Le suicide est-il un phénomène qui touche de plus près les écrivains?Sans doute pas.Pourquoi le suicide épargnerait-il ces êtres sensibles qui font souvent une grande consommation du monde, jusqu’à en éprouver la nausée?Mais le suicide en soi n’est jamais singulier, même pour un écrivain.Seule une œuvre arrive à l’être.Prisonnière dans la cale de ses mots, Nelly Arcan n'avait accès au grand pont de la littérature que pour constater l’infini horizon du tragique d’une époque à laquelle elle appartenait presque à son corps défendant.Ses livres suivent ses plongées dans les fosses profondes des sentiments humains.Tous les bons écrivains jouent sans doute sur la crête qui annonce leurs propres précipices.Leurs livres se construisent là, sur cette ligne du risque, en un équilibre fragile.Dans la réussite de leurs jeux de trompe-la-mort surgit d’un coup la vie d’une œuvre.Et c’est devant l’immortalité de pareil travail qu’on se refuse à croire un jour à la disparition de leur auteur.jfnadeau@ledevoir.com Une soirée littéraire unique ! Dans le cadre du programme d'échanges entre l'État de la Bavière et le ministère de la Culture, des Communications et de la Condition féminine du Québec l'Union des écrivaines et des écrivains québécois présente Le MARDI 27 OCTOBRE, 19 h 30 ENTRE LANGUES ET MONDES une lecture avec Léo Rosshàndler (Montréal) et Simon Werle (Munich) animée par Bernadette Ott (Munich) MAISON DES ÉCRIVAINS / 3492, avenue Laval ÜII Sherbrooke Entrée gratuite / Réservation obligatoire Renseignements au 514 849.8540 www.uneq.qc.ca UNEQ UNION DES ECRIVAINES et des Ecrivains québécois Québec üü % Chancellerie bavaroise POUVOir S°üs la direction de mnflite ’at DIMITRIOS KARMIS rr, .et LINDA CARDINAL ideologies ÉB» kuBiiiioina ¦ U11:11 r*T 11 -L QU CANADA ¦ Jdllet tion ^^tÿjVERNANCE et ESTION publique Les / POLITIQUES / PUBLIQUES / au CANADA / Pouvoir, conflits et idéologies ^_ Quand la réalité dépasse la fiction M-.- 3^ Jean Robitaille ï Guérir à kjLiüM s’en rendre maiaae ^ En librairie dès maintenant Jean ROBITAILLE ) GROUPE LIBREX GROUPE LIBREX Une compagnie de Québécor Media GROUPELIBREX.COM Les Presses de l'Université de Montréal par les professeurs de science politique de l'Université de Montréal *4 ms Irt n librairie>bistr ¦ WSSM Ouellette U < X UJ X O ii < r 0 b k e 2 il ii ii •> F 7 LIVRES BÉDÉ Sur les traces de l’irrésistible On célèbre le cinquantenaire des aventures d’Astérix FABIEN DEGLISE Le souvenir est lointain, mais agréable à raconter.«Avant même de savoir lire, j’ai été en contact avec Astérix, explique le bédéiste Guy De-lisle.On avait toute la collection à la maison.C’était ma sœur qui me les lisait.Je me souviens qu’un jour, sans doute sous l’effet de la culpabilité, elle m’a avoué qu’elle aussi ne savait pas lire.Mais je lui ai répondu: “Ce n’est pas grave, continue pareil.”» Depuis quelques minutes, à l’autre bout du fil, de sa résidence à Montpellier, en France, le p’tit gars de Québec et père de Pyongyang (L’Association), de Comment ne rien faire (La Pastèque) et de Chroniques birmanes (Delcourt) fait aller doucement ses synapses pour mentalement tracer les contours du célèbre personnage imaginé par René Gosciny et Albert Uderzo.«Je le préférais à Tintin parce que Astérix était moins sérieux, ajoute-t-il./e me suis aussi rendu compte avec le temps que plein de gags et de subtilités m’avaient échappé petit.Mais c’est finalement la beauté de cette œuvre, qui offre une lecture à plusieurs niveaux.Il y a là une chimie parfaite pour toucher les petits et les grands.C’est plus qu’un succès.C’est un phénomène.» Et pas le moindre.La semaine prochaine — jeudi pour être précis — l’irrésistible Gaulois, Astérix, va en effet célébrer son demi-siècle d’existence.Par Toutà-tis! Le personnage a vu le jour, sous la double plume de Gosciny et d’Uderzo, le 29 octobre 1959 dans les pages du magazine Pilote, versé dans la bande dessinée.Pour marquer le coup, le guerrier moustachu et son pote, le «un peu enrobé» tailleur de menhirs, reprennent le collier pour un 34" album, L’Anniversaire d’Astérix & Obélix (éditions Albert René), pompeusement présenté comme «le livre d’or».Les deux héros se retrouvent également au cœur d’un multiple voyage dans la mémoire de quelques bédéistes d’ici, invités au cours des derniers jours par Le Devoir à tracer les lignes de leur Astérix.Pour le simple plaisir de la chose.«Quand j’étais jeune, on était Astérix ou Tintin, comme on était Michael Jackson ou Boy George, résume Tristan De-mers, l’homme derrière le personnage Gargouille (Boomerang), qui l’an dernier a, lui, fêté son 25' anniversaire de naissance.C’étaient deux univers différents.L’un, Tintin, très structuré, avec une ligne claire et des couleurs à plat; l'autre, Astérix, plus fou, anachronique et plein d’humour.C’est ce que j’aimais.» Et il n’était pas le seul.Un humour contagieux A l’heure de la consécration, le héros sans âge — mais avec un casque ailé — force le respect avec près de 325 millions d’albums vendus partout dans le monde.L’univers des irréductibles Gaulois a fait l’objet de neuf adaptations au cinéma en plus d’avoir été traduit, à ce jour, en 110 langues et dialectes, ce qui laisse du coup les créateurs d’aujourd’hui plutôt rêveurs devant cette force fédératrice et pérenne.«C’est vrai, il y a quelque chose de très impressionnant, lance Eva Rollin, qui a donné naissance à la série Mademoiselle et qui vient de publier Chloé arrive en ville (Glénat Québec).Mais une telle durée de vie pour un personnage de bande dessinée n’est plus envisageable aujourd’hui.Nous ne sommes plus dans la création de personnages forts.Astérix vient d’une autre époque», une époque où le 9e art posait lentement ses bases.Tout était à faire, à imaginer, à construire, ce que le duo formé de Gosciny et d’Uderzo semble .J*, A.UDERZi 1/ANNIVl.KSAlRi: Mm OBEUK R GOSCINNY avoir particulièrement bien réussi d’ailleurs.«C’est facile de dire de belles choses à l’occasion d’un anniversaire, lance au téléphone Sylvie-Anne Ménard (Zviane, de son nom d’artiste) depuis Paris, où elle a décidé de huiler pendant quelques jours.Mais je le pense profondément: c’est une œuvre qui a marqué le monde de la bande dessinée.Gosciny a laissé une marque indélébile dans le monde de la scénarisation.Quand on en fait, on sait à quel point c’est difficile.Lui, ses créations sont toujours efficaces, elles sont pleines d’humour et tiennent la route.C’est précieux.» Précieux, l’adjectif semble particulièrement bien aller au petit Gaulois qui, à l’aube de son cinquantième anniversaire, est devenu, en décembre dernier, la propriété du géant de l’édition Hachette Livre.Le groupe Lagardère qui chapeaute cette maison a acquis en effet les parts d’Albert Uderzo et d’Anne Gosciny — héritière du défunt René —, assurant du coup la survie du personnage après la mort du dessinateur, aujourd’hui âgé de 81 ans.L’affaire a d’ailleurs alimenté une querelle familiale, qu’Ordralfabetix et Cétauto-matix n’auraient pas détestée, Sylvie Uderzo, la fille de 1 "Urjh ., MkiKtl Viou > Les rencontres d'Édouard NOVA! IN Les rencontres d'Édouard Conte philosophique avec Marcel Viau auteur et théologien Animation : Louise Lafortune, intervenante au CPRF Lorraine Decelles, directrice de la Maison d'Aurore Lundi 26 octobre 19 h 30 Beaucoup plus qu'une librairie! Salle de conférences et café-resto 2661 Masson, Montréal, Qc 514 849-3585 Contribution suggérée de 5 $ r'r auhnes Avec le soutien de la Sodée sodec j Québec Sïî ESSAI Les mystères du langage paternel Gaulois l’autre, ayant publiquement dénoncé la transaction, évaluée à plusieurs dizaines de millions de dollars, et qui selon elle ne peut que dénaturer l’œuvre artistique mise au monde il y a 50 ans par son père et l’ami Gosciny.Moins bon «Tout le monde s’entend pour dire que, depuis que le scénariste n’est plus là, Astérix, c’est franchement moins bon», résume Tristan Demers.«Cela a effectivement baissé d’une coche, ajoute Sylvie-Anne Ménard.Uderzo n’aurait peut-être pas dû continuer», laissant du coup dans la mémoire collective et pour les générations futures uniquement les titres réalisés entre 1961 {Astérix le Gaulois) et 1979 {Astérix chez les Belges).«C’est la partie la plus marquante de l’univers d’Astérix, résume Marc Delafontaine, qui de son coup de crayon a donné naissance aux Nombrils (Dupuis).Ce sont les titres les plus complexes, les plus riches», dans lesquels, à l’occasion du 50", plusieurs risquent de retomber, comme Obélix, dans la potion.«Moi, c’est Astérix en Corse que j’ai bien aimé, dit Guy De-lisle.C’est vrai que les clichés sur les Corses sont rabâchés encore une fois, mais de façon très élégante et bien ficelés.C’est magnifique.» «Le devin, quand il apparaissait avec son ombre, me terrifiait, confie en souriant Tristan Demers.Mais aujourd’hui je suis capable de le lire sans crainte.Et puis, il y a Le Domaine des dieux qui mérite certainement d’être relu.Il y est question de construction, d’entrepreneurs véreux, de corruptions, de pots de vin en forme de sanglier.C’est hyperactuel» et ça démontre aussi que, même à 50 ans, on peut toujours être de son temps.Le Devoir CAROLINE MON T PETIT Z'"'effe façon de ne pas «Ks dire».C’est ainsi que Geneviève Landry, instigatrice du projet Enquête de paternité, qui a donné naissance à un livre et à une exposition, désigne le langage masculin.Car de langage masculin il n’est que question dans ce magnifique ouvrage, qui donne la parole à une cinquantaine de pères et de fils s’exprimant sur la paternité.Le livre est publié aux éditions de l’Homme et, l’exposition est présentée à l’Économusée du fier-monde.Ces pères, ils sont absents, présents, morts, vivants, suicidés, alcooliques, sobres, souvent, de toute façon confinés au silence par une sorte de condition existentielle difficile à cerner.Ces hommes qui parlent peu, ils arrivent ici à dire l’amour, cette autre condition essentielle à la survie, sur tous les tons, du plus pudique au plus extraverti.Et c’est ce qui rend ce livre si précieux et si beau.Cet amour paternel, il se manifeste souvent par de petits gestes, des messages laissés sur une table de cuisine, une journée de ski, une promenade à moto, une poignée de main comme celle que Réjean Houle a échangée avec son père après avoir gagné la première de ses cinq coupes Stanley.Une poignée de main avec un «C’est beau, mon gars».Sans plus.Le samedi matin, ce père, mineur, qui travaillait de nuit, se levait après seulement une heure de sommeil pour emmener son fils à l’entraînement.Pour beaucoup de ces fils comme de ces pères, la paternité demeure un mystère, quelque chose qu’on ne comprend pas vraiment.«A quoi ça sert un papa?», demande Jean-René Du-fort, qui a perdu son propre père à 13 ans et est aujourd’hui père d’un garçon de huit ans.«Avouez que ce n’est pas simple.La paternité, c’est le royaume du non-dit.Dans ce domaine, un regard, une bine sur l'épaule, une petite caresse dans les cheveux ou un silence sont souvent les seules expressions du dialecte papa-garçon», écrit-il.Ces pères interrogés, ils racontent souvent leur désarroi devant le rôle qui leur est accordé, comme tant de femmes, ces maîtresses de la parole, l’ont fait avant eux.Ainsi, Yves C.Nantel parlera de son angoisse devant la maladie de sa fille, devenue schizophrène à l’adolescence.«Le père devrait nécessairement proposer des solutions et vaincre le malheur», écrit-il.Certains pères, plus âgés, mesurent le fossé qui les sépare des pères plus jeunes.Ainsi Jacques Languirand reconnaît-il n’avoir été attentif à ses enfants qu’à partir de l’adolescence.«Aujourdhui, lorsque je vois certains de ces jeunes pères qui s’occupent avec compétence de leurs enfants en l’absence de la mère, il m’arrive de les envier.Une partie importante de la vie de mes enfants m’aura en partie échappé», écrit-il.Dans un tout autre registre, et de façon beaucoup moins intéressante d’ailleurs, les éditions des 400 Coups publient Les Jpies de la maternité, poil au nez, d’Elise Gravel, écrit d’ailleurs avec la collaboration de Caroline Allard, désormais connue sous le nom de «mère, indigne».On y aborde avec ironie les obsessions des jeunes mères, que l’on somme par exemple d’introduire les brocolis avant les navets dans l’alimentation du bébé, ou d’inculquer des notions de physique, de philosophie, de latin, de diction et de salsa au fœtus.Là où on aurait besoin d’un peu plus de silence, où les excès des unes font jurer l’absence des autres.Le Devoir ENQUÊTE DE PATERNITÉ D’après une idée originale de Geneviève Landry Editions de l’Homme Montréal, 2009,232 pages éditions Liber Philosophie • Sciences humaines • Littérature l'imt Bcrtmid Pourquoi créer?•f >¦£ Ho vi- et < iiltiircs Pierre Bertrand Pourquoi créer?Qu’est-ce que la réalité?Basarab Nicolescu Qu est-ce que la réalité?Réflexions autour de l’œuvre c* i • t de Stéphane Lupasco bophie Jama r r Rêve et cultures À lire, entre autres, dans le numéro d'automne en kiosque et en librairie partout au Québec Il est décrié comme auteur mondain, égocentrique, libertin, dédaigneux des débats et combats politiques actuels.Pourtant, qui mieux que lui i porte sur notre monde un regard plus aigu et plus cohérent.« Sellers : Brillante expression de la jouissance intellectuelle et sensuelle d'être » par Andrée Ferretti Les éditeurs sont comme cela, que voulez-vous.Ils vous disent oui le jour et la nuit, en douce [.], vous chapardent quelque ponctuation çà et là.« Le livre jamais lu » par Max Férandon Porte-drapeau des métèques, il a écrit ses romans comme autant de témoignages sur une société qui se prétend celle de la communication mais s'avère incapable de s'affranchir des douanes, des barbelés et des visas.«jean Malaquais (1908-1998), Écrivain méconnu du XXe siècle» par Geneviève Nakach On conserve pourtant le droit de dénoncer dans les termes les plus durs les crimes commis par les comploteurs étatsuniens contre à peu près tout le monde, à commencer par les consommateurs de leur propre pays et en continuant avec la main-d'œuvre étrangère.« Le Texas et le coton » par Laurent Laplante DONALD ALAR1* ENTREVUE PAR LINDA AMYOT Philippe SOILERS par ANDRÉE FERRETTI [e livre jamais lu de max FÉRANDON jean MALAQUAIS Écrivain méconnu MARIO BELLATIN 1 par louis joucauR LE TEXAS ET LE COTON PAR LAURENT LAPLANTE’ décembre 2009 K|0 octobre, novembre Tout le champ littéraire québécois et international dans un seul magazine Entrevues, dossiers, portraits, commentaires de lecture, actualités littéraires.Offrez-vous Quatre numéros par année et l'accès gratuit au site littéraire le plus complet au Québec www.nuitblanche.com |e m'abonne pour une période de ?1 an (4 numéros) : 34 $ i_J 2 an s (8 numéros) : 56 î taxes incluses Nom .Prénom Adresse .Ville Province Code postal .Tél.Courriel .?Chèque à l'ordre de Nuit blanche N° de la carte .Date d'expiration .?VISA ?MasterCard Veuillez poster ce coupon à Nuit blanche, 1026, rue Saint-Jean bureau 40Î, Québec (Québec) CIR 1R7 I' I- l> V- o I K .LUS S A M E I) I 2 I E T I) I M A N ( H E 2 5 () € T 0 15 R E 2 0 ESSAIS ESSAIS QUÉBÉCOIS Trudeau contre Lévesque : qui a gagné ?ncore des livres sur Pierre Elliott Trudeau et René Lévesque?Pourquoi pas, surtout s’ils sont l’œuvre de deux romanciers canadiens renommés, l’un anglais et l’autre français, qui n’ont pas l’habitude d’arpenter le territoire politique.Après tout, s’il est vrai que les hommes, une fois morts, ne changent plus, il est tout aussi évident que notre regard sur eux, lui, ne cesse d’évoluer au gré de la conjoncture.Au surplus, il est loin d’être inintéressant de découvrir le point de vue canadien sur deux grands Québécois sélectionnés par John Saul pour figurer au panthéon des «Extraordinary Canadians», selon le titre de cette collection dans laquelle ces ouvrages paraissent en version anglaise.La rébellion sans risques «Trudeau, écrit le romancier ontarien Nino Ricci, projetait une impression d’aventure et de changement, même lorsqu’il réaffirmait l’ordre des choses.La rébellion sans risques.Une rébellion toute canadienne.Au- trement dit : il nous a appris à être nous-mêmes, mais avec classe.» Il faut, bien sûr, être canadien-anglais pour prononcer un tel jugement.Au Québec, s’il fut populaire à une certaine époque, Trudeau, aujourd’hui, suscite plus de grincements de dents que d’élans de reconnaissance.Nino Ricci le sait, lui qui écrit que 1982 marque un tournant trouble dans l’histoire du Canada.Trudeau, ,IER en 1980, avait promis des changements constitutionnels au Québec.Il a, deux ans plus tard, «manqué à sa parole», en imposant aux Québécois une Charte des droits et libertés dont \’« approche universaliste et individualiste» menace la différence québécoise.Aussi, si «ce grand adversaire du nationalisme» est salué par les Canadiens anglais auxquels il a donné «un sens de l’identité nationale que leur convenait enfin», il demeure perçu, au Québec, avec raison, comme l’homme du fédéral, insensible à la protection de la culture des siens.Léon Dion disait de Trudeau qu’il avait été «l’intellectuel le plus fascinant et le plus ARCHIVES LE DEVOIR Le biographe Daniel Poliquin donne presque raison à ceux qui doutent des convictions indépendantistes de René Lévesque.décevant des années cinquante ».Nino Ricci semble en penser autant de l’homme politique.Les paradoxes de Trudeau — le Canadien français anglophone, l’ancien nationaliste réactionnaire métamorphosé en pape du fédéralisme fonctionnel, l’homme de raison passionné, le catholique qui décriminalise la sodomie — le fascinent, mais l’ensemble de l’œuvre le déçoit.Ricci avoue n’avoir «évidemment jamais voté pour Trudeau», mais avoir « toujours senti sa présence derrière [lui]».Le biographe fait joliment le tour de son personnage (son père, canadien-français et exubérant, sa mère, british et snob, ses études, ses voyages, l’époque Cité libre, sa pénible expérience maritale, sa carrière politique) et s’arrête plus longuement sur certains moments de crise.Les pages qu’il consacre à Octobre 1970 présentent une profonde ambivalence.Ricci souligne les abus de la Gendarmerie royale du Canada et écrit que Tommy Douglas a eu raison de s’opposer à la proclamation des mesures de guerre, pour ensuite affirmer que Trudeau «a agi de bonne foi», a «fait moins preuve de bravade que d’intégrité et de retenue», «ne nous a pas fait honte aux yeux du reste du monde et a su appréhender correctement la gravité de la situation».Une chose et son contraire.Neuf ans après sa mort, Trudeau, remarque Ricci, soulève encore les passions, «comme si nous avions des choses à régler avec lui».Ricci a beau définir le Québec actuel comme une société «économiquement viable, plutôt à gauche et offrant pratiquement les meilleures conditions de vie au monde [.] et tout ceci, ajoute-t-il, sans statut ni pouvoirs particuliers, sans même avoir signé la Constitution, à l’intérieur du carcan, certes inconfortable mais familier, de la fédération», les Québécois restent nombreux à souhaiter en finir avec le Canada de Trudeau dans lequel ils ne se sont, et pour cause, jamais reconnus.Trudeau, contrairement à ce que conclut Ricci, n’a pas gagné.Éll&W téi Photographies de BENOIT AQUIN Récipiendaire du prestigieux prix Pictet 2008 pour la série Dust Bowl Chinois PRÉSENTÉE À LA LIBRAIRIE MONET du samedi 17 oct.au dimanche 8 nov.\s)vrl*?A‘ réinventons \C/f l&ri la librairie Galeries Normandie 2752, nie de Salaberry, Montréal H3M 1L3 www.librairiemonet.com Daniel Poliquin René LÉVESQUE Lévesque, le nationaliste Rédigée dans une prose rythmée, nerveuse et parfois encline à l’ironie, la petite biographie que le romancier franco-ontarien Daniel Poliquin consacre à René Lévesque a des allures d’essai politique.Très critique à l’égard du sou-verainisme actuel qu’il assimile à un conformisme, le biographe donne presque raison à ceux qui doutent des convictions indépendantistes de Lévesque, présenté ici comme un «démocrate viscéral», partisan d’un nationalisme «strictement québécois, fondé sur un réalisme qui devait bien peu au mépris et tout à l’espoir d’une reconfiguration de l’ordre politique canadien».Poliquin parle donc d’un sain «nationalisme minoritaire» auquel auraient aussi adhéré.Jean Chrétien et Stéphane Dion! Or, si on peut accepter de distinguer le souverai-nisme-associationnisme de Lévesque de l’indépendantisme d’un Bourgault, on voit très mal ce qui rapproche le premier du trudeauisme des seconds.On veut bien que Poliquin s’essaie à désamorcer la position de Lévesque, mais il y a des limites à tout confondre.Le fondateur du Parti québécois, c’est vrai, souhaitait une entente avec le Canada, mais pas au prix de l’abdication.Poliquin vise plus juste quand il explique que, là où Trudeau voulait «soustraire l’individu à la tyrannie du groupe», Lévesque pensait que «si on libère le groupe, l’individu se libérera tout seul».Encore faut-il que le groupe en question ressente le besoin de se libérer.Or, selon Poliquin, si le Québec a raison de revendiquer «l’égalité, la justice, le bien des siens sans nuire à autrui», il aurait tort de choisir, pour ce faire, la rupture avec le Canada, puisque «pas un Québécois ne peut affirmer, sans faire rire de lui, que la Constitution et la charte de Trudeau ont gâché sa vie ou l’ont empêché d’avancer».Poliquin, en écrivant que «droits individuels et collectifs coexistent désormais en paix», suggère que Trudeau et Lévesque ont, d’une certaine façon, tous les deux gagné.Pourtant, devant le malaise national qui persiste, force est de conclure que le romancier prend sa fiction pour la réalité.louiscoCqsympatico.ca PIERRE ELLIOTT TRUDEAU Nino Ricci Traduit de l’anglais par Alexandre .Sanchez Boréal Montréal, 2009,210 pages RENÉ LÉVESQUE Daniel Poliquin Boréal Montréal, 2009,210 pages - ' ; T ' - tuvY: A ‘ A , Liutjuv.$jiÿ* « ¦* A .^ Si ce défi vous intéresse! Le bénévolat dans les murs et dans la communauté Avec la participation d'aumôniers, de bénévoles engagés et d'ex-détenuEs des pénitenciers de la région Nord de Montréal Mercredi 28 octobre 19 h 30 Mkv Beaucoup plus qu'une librairie ! Tj/f Salle de conférences et café-resto 2661 Masson, Montréal, Qc fAUlinCS 514 849-3585 Entrée libre SODEC Québec SS Les Presses de l’Université d’Ottawa félicitent Charles Le Blanc auteur de Le complexe d’Hermès REGARDS PHILOSOPHIQUES SUR LA TRADUCTION Finaliste de la catégorie Études et essais des Prix littéraires du Gouverneur général 2009.« Réflexion brillante et riche d’un vaste savoir culturel, ce livre est une méditation philosophique sur le travail de la traduction, qui s’exprime dans une langue impeccablement maîtrisée.» - Conseil des Arts du Canada 978-2-7603-3038-2 .Livre relié .155 pages.35 $ www.presses.uottawa.ca Recards PHOjQSOrHKms SUR LA TRADUCTION " /.SX- l'ÜàlMâl.àa* U .CONSfy U ' % Félicitations à j— Jocelyn Boisvert f FINALISTE AU PRIX DU GOUVERNEUR GÉNÉRAL DU CANADA 2009 )ocelyn boisveit mort et déterré Soulières éditeur www.soulieresediteur.com
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