Le devoir, 31 octobre 2009, Cahier F
I.E I) E V (I I R , I.E S S A M E I) I III 0 ( T 0 B li E E T I) I M A X (' Il E I” X (I V E M B H E 2 (I 0 I) QC c o CHRONIQUE Jean Larose: Poésie sans paroles Page F 2 LITTÉRATURE Nelly Arcan, la part manquante Page F 3 Le chef-d’œuvre méconnu Après une décennie et plus de 100 000 heures de patient travail, le site québécois «Les classiques des sciences sociales» met en ligne son 4000e texte STÉPHANE BAI LLA K G E O N La grande Toile, telle que nous la connaissons, a environ deux décennies.Depuis ce temps, le projet californien Internet Archives a engrangé 67 millions de sites en 37 langues totalisant des milliards et des milliards de pages.Dans ce lot, franchement, combien de produc* lions québécoises peuvent prétendre au titre de chefs-d’œuvre?Quand on pose la question au philosophe Jacques Dufresne, lui-même créateur de XEncyclopédie de L’Agora, il pointe vers au moins deux exemples remarquables: L’Encyclopédie sur la mort, maintenant intégrée à agora, qc.ca, puis le site Les classiques des sciences sociales.La bibliothèque numérique patiemment élaborée depuis une décennie s’avère unique en français, unique au monde en vérité.On y retrouve des mil- « Je numérisais des textes pour mes étudiants quand j’ai eu l’idée de rendre les textes accessibles au plus grand nombre de gens possible» liers de textes, pour la plupart introuvables en librairie.Tous complets, tous gratuits.Merci.La liste fait frissonner de bonheur quiconque s’intéresse à l’aventure humaine.Rien qu’à la lettre «B», rien que dans la section des classiques, on retrouve des textes de Bachelard, de Bakhouni-ne, de Beaumont (le collaborateur de Tocqueville), de Boas, de Bonald, de Bréhier et de Brunschwicg, entre autres.Le «M» abrite Marat et Marx, Mill et Montesquieu, Malinowski et Mannheim, notamment.«Je numérisais des textes pour mes étudiants quand j’ai eu l’idée de rendre les textes accessibles au plus grand nombre de gens possible», raconte en entrevue téléphonique Jean-Marie Tremblay, professeur de sociologie au cégep de Chicoutimi, responsable du chef-d’œuvre dématérialisé.Avec ses collaborateurs, il a consacré plus de 100 000 heures à la lente et patiente construction monumentale.«J’avais quatre objectifs en fondant ce site: faire découvrir et aimer les sciences sociales; rendre librement accessibles ces savoirs; contribuer à la diffusion du patrimoine intellectuel québécois; et finalement, montrer la vitalité de la langue française sur Internet.» 4000 fois sur le métier.Le site placera très bientôt en ligne sa 4000' entrée, un livre sur les communautés religieuses {A la recherche d’un monde oublié, un excellent ouvrage) de§ sociologues québécoises Nicole Laurin-Frenette et Danielle Juteau.Au total, on y retrouve environ 1200 classiques comme tels et 2500 textes contemporains, le reste traitant de l’histoire régionale du Saguenay-Lac-Saint-Jean (le 3000' texte était consacré à l’historien régional Russel Bouchard) ou de la méthodologie des sciences sociales par exemple.M.Tremblay aimerait d’ailleurs bonifier cette section.Les centaines de milliers de pages sont regroupées en sous-collections: crimino- logie, Chine ancienne, civilisation de l’Inde, civilisation arabe, mais aussi anthropologie médicale, sociétés créoles, handicaps et inadaptations, sociologie de la famille et sociologie de la santé.La barre des 1000 auteurs en ligne a été franchie plus tôt cette année.La portion classique fait la part belle aux étrangers, évidemment; la portion contemporaine compte beaucoup d’universitaires québécois.«Les auteurs participent à la construction avec des suggestions ou des versements de textes, explique le bibliothécaire virtuel.Mais c’est plus difficile avec les chercheurs européens.Au Québec, les auteurs réagissent vite et favorablement.En Europe, ils sont plus tatillons quand quelqu’un d’inconnu les contacte pour leur demander une collaboration.» En général, les textes fournis sont épuisés.Une quinzaine d’éditeurs (Lux et VLB par exemple) ont accordé des autorisations de diffusion et deux nouveaux éditeurs français (Karthala et Ibis Rouge) viennent tout juste de s’ajouter au généreux groupe.Selon le site, une maison québécoise (les éditions Liber) a retiré le droit de diffusion de deux ouvrages accordés par ailleurs par leurs auteurs.Récemment, la maison française Bayard a accepté la diffusion simultanée d’un ouvrage sur papier et en version numérique.«La diffusion numérique contribue à faire connaître un auteur, un éditeur, une œuvre, dit M.Tremblay.En général, quand un texte est accessible en version papier, les chercheurs l’achètent.Imprimer sur une imprimante un livre numérisé coûte d’ailleurs plus cher que de l’acheter.Il faut aussi considérer la diffusion mondiale.En Afrique, des étudiants peuvent passer des nuits entières à lire des livres en ligne.Au moins, la connaissance leur est accessible.» Des nouvelles de la Chine C’est là que la valeur universelle de cette grande œuvre pédagogique et culturelle prend toute sa signification.L’achalandage n’a cessé de croître.Le site attirait 1,2 million de visites en 2006 et plus de deux millions en 2008.Six millions de pages ont été consultées en 2006 et dix millions deux ans plus tard.Environ 30 % des consultations viennent de la France, 12 % des Etats-Unis, 10 % du reste du Canada.«On touche toute la francophonie internationale, dit fièrement le bibliothécaire.Mais on pénètre aussi dans les universités d'autres langues.Notre site est référencé justement parce qu’il propose des classiques français en français.» La production reçoit constamment des courriels reconnaissants d’internautes de l’étranger lointain.Le 17 août 2008, Mme Yu Ou, enseignante de français à l’Université provinciale de Yunnan, dans le sud-ouest de la Chine, remerciait M.Tremblay.«J’ai trouvé ainsi la clé d’or à un monde merveilleux de la civilisation humaine en langue française», écrivait l’intellectuelle chinoise, qui se disait aussi «vraiment très, très contente».La Française Najate a aussi passé de la pommade le 26 août en expliquant qu’elle «ne manquerait pas d’envoyer une donation» dès qu’elle aurait terminé ses études.VOIR PAGE F 2: CHEF-O’ŒHVRE .- ; r+'2) mA Map » vt 1 - ILLUSTRATION: TIFFET LK DEVOIR « Il me semble encore très important de retourner à Durkheim, Tocqueville ou Weber.Il me semble aussi essentiel de retourner aux textes originaux et complets, et pas seulement à des interprétations ou à des morceaux choisis.» IK l)K vont, LES SAMEDI Al (MTOBKK ET DIMANCHE l"1 N O V E M H II E 20(1!» F Poésie sans Jean Larose La misère de la poésie par les temps qui courent, je l’ai comprise (ça passe vite) en revoyant le film que Scorsese a fait sur Bob Dylan en 2005, No Direction Home.L’idée géniale du film n’est dite nulle part, mais sensible partout nous n’avons plus besoin de la poésie depuis qu’elle s’est réalisée dans le rock.Greenwich Village, 1961.Tout le monde a du génie.Dylan lit tous les poètes, apprend toutes les chansons, imite tout ce qui bouge.Avide et souple comme une éponge, il vole tout ce qu’il aime, il prend toutes les formes.Contrairement à ses rivaux, il n’a pas une personnalité originale, il ne dit pas «je suis un autre, je suis différent», mais «je est un autre».N’étant personne, il se transforme en tout ce qu’il vole.Il se fait chien, vent, femme ou fumée, et tout d’un coup, parce qu’il est tout métamorphosé, il ressemble au changement qui souffle dans le vent.Il en profite.Imiter le monde à venir, offrir une page blanche au temps qui change, voilà le prophète (Obama le sait bien).Dylan se gorge de Joan Baez et bientôt part s’époumoner avec elle contre la discrimination raciale.On trouve qu’il a du génie pour annoncer que les temps changent.On trouve ses poèmes clairement progressistes.Dylan monte incroyablement vite.Le malentendu s’aggrave.On lui demande de chanter à Washington, auprès de Luther King, le jour où celui-ci prononce / have a dream.Il ne suit pas.La gauche a trouvé en lui son poète.D se dérobe.Les militants, ce sont des sincères, des croyants.Dylan n’est pas sincère mais poète, plus étonné que convaincu par ce qu’il dit Du change LIVRES paroles ROBERT GALBRAITH REUTERS ment, il épouse non la promesse mais le souffle.Allen Ginsberg dira dans le fdm que Dylan à cette époque s’est transformé en colonne d’air.Qui le voit chanter dans la nuit à Newport voit une haleine faite chant, entend un homme à voix de crapaud qui fait des poèmes comme il respire.Ce souffle n’annonce pas le changement, il le réalise.Les progressistes qui l'admirent ne comprennent pas qu’il les a précédés en Galilée, déjà ressuscité, qu’il ne représente pas mais acpompÜt directement le nouveau corps amoureux.Enorme malentendu.L’Emergency Civil Liberties Committee lui confère son prix annuel «in recognition of distinguished service in the fight Jbr civil liberty».Banquet.D boit, fait un discours désastreux, leur dit qu’ils sont vieux, tristes, chauves, en somme que leurs fesses ne sont pas les siennes.Il ne les suit pas.Il suit sa colonne d’air à travers le désert No direction home.La poésie ne fait pas un foyer, mais un improbable retour d’exode.I was bom very far from where lam suppose to be.Ses amis de gauche croient que la poésie, c’est le triomphe du bon sens avec la justice.Lui, n’ayant rien contre la justice, bien sûr, aime le dérèglement des sens et ne veut pas être entendu si facilement Enfin, c’est la tournée d’Angleterre, en 1966, juste avant de manquer mourir dans un accident de moto.Le concert a deux parties.La deuxième obsède Scorsese, il y revient souvent, comme pour répondre à une question qu’il ne posera pas.En première partie, Dylan seul en scène a chanté de ses chansons à texte longues et compliquées.Protest songs, dit-on.Le public, en adoration, a l’air de savoir contre quoi ça proteste.Il est venu là pour entendre un message.Il prend les paroles au sérieux: la poésie marche avec le progrès.Moi, je m’étonne: les textes sont obscurs, pour ne pas (fire insensés.Dylan ne paraît d’ailleurs pas heureux d’être compris.D l’a bien dit, le soir du banquet des chauves: «No one can say what 1 meant to say.» La claire entente de fraternité sociale le dégoûte.Aussi, sa vraie protestation sera contre le public, après la pause, quand il revient sur scène avec plusieurs Bob Dylan en concert à Los Angeles en 2004 musiciens armés d’instruments électriques.Un bruit d’enfer! Le beau démon exulte, il hurle que quelque chose arrive, oui, mais qu’on ne sait pas ce que c’est, qu’on n’est pas ensemble dans la lutte sociale, mais chacun seul contre le monde, une pierre qui roule, et pour rien, vers nulle part.D’ailleurs, qu’importe ce qu’il dit, les paroles maintenant sont inaudibles, et il s’en fout.On ne peut plus le prendre au mot II n’a pas de message.Il est le message.Horrifiés, ses adorateurs de tout à l’heure le huent.Imagine-t-on Rimbaud livrant ses poèmes dans le vacarme d’un band électrique?Peut-être, puisque Rimbaud aussi a voulu dire adieu au monde et merde à la poésie en des espèces de chansons idiotes, peut-être farceuses plus souvent qu’on ne le croit.Dylan n’en fera qu’à sa tête.Plus on le hue, plus il salope sa chanson, il tourne le dos à la salle, monte encore le volume.D refuse de faire sens pour la société.Le poète ne doit rien à la société.D jouit.Qu'elle s’éclate, au lieu d’écouter.La société va suivre.Newport mène à Woodstock, dans la boue de la poésie réalisée.On aimerait quand même entendre Dylan, dans le film, sur la mort manquée de peu.CHEF-D’ŒUVRE SUITE DE LA PAGE F 1 Tout est gratuit et tout se fait pro deo.L’Université du Québec à Chicoutimi abrite le site et lui fournit la puissance nécessaire.«Il y a dix ans, ma proposition a été acceptée en cinq minutes, raconte M.Tremblay.J’avais trois conditions: travailler de la maison; demeurer totalement libre du choix des œuvres et des auteurs; bénéficier d’un espace illimité sur le serveur.» Un antidote à la morosité Les mêmes raisons lui font critiquer sévèrement le projet de Google de numérisation massive de millions de livres universitaires.«Une entreprise privée s’approprie le patrimoine intellectuel universel et c'est inacceptable, dit-il.Les usagers doivent passer par Google pour accéder à ces ouvrages.» L’enseignant dit travailler 32 heures par semaine au collège et une quarantaine d’autres sur son site.Il n’a reçu que de maigrelettes subventions pour l’achat d’un ordinateur et d’un scanneur.La municipalité paye les assurances de l’organisme.Plusieurs amis et sa femme l’accompagnent dans le travail, chacun creusant un sillon, toujours bénévolement On aurait le goût de placer dans la balance les sommes importantes qui se dépensent pour tant de niaiseries inutiles et stériles dans les universités ou les collèges du pays, mais on ne le fera pas.La féconde et noble biblio- thèque offre aussi un antidote à la morosité croissante des sciences sociales engoncées dans une hyperspécialisation.«Devant l’émiettement des sciences sociales et l’émiettement de nos objets d’étude, il me semblait important de retourner à l’essentiel de ce que les fondateurs de notre discipline nous ont appris, c’est-à-dire la prise en charge de la totalité, le développement d’une vision d’ensemble», dit M.Tremblay, qui lui-même termine sa dernière année d’enseignement à temps complet, avant une retraite de l’enseignement bien méritée.«H me semble encore très important de retourner à Durkheim, Tocqueville ou Weber.Il me semble aussi essentiel de retourner aux textes originaux et complets, et pas seulement à des interprétations ou à des morceaux choisis.» Une dernière information pour susciter encore plus l’admiration?Alors voilà.Une entente avec l’Université de Paris permet aux étudiants aveugles d’avoir accès aux œuvres en version intégrale.Le traitement de texte facilite la transcription en braille.«C’est très touchant, dit Jean-Marie Tremblay.Une étudiante en anthropologie à Toulouse m’a dit qu’elle pouvait lire Georges Ba-landier et Marcel Mauss grâce à ce système.» Bref, même les aveugles en profitent.On le répète: le site Les classiques des sciences sociales est un rare chef-d'œuvre, un point c’est tout.Le Devoir éditions Liber Philosophie • Sciences humaines • Littérature Andrée Yanacopoulo Henri E Ellenberger.Une vie 1905-1993 Ai h liée VuhiHO|)outo Henri F.Ellenberger Une \ir 1 ’(L ié l.ilM’i 408 pages, 29 dollars LITTÉRATURE QUÉBÉCOISE Professions de foi CHRISTIAN DESMEULES En poussant un peu vers l’absurde, il serait facile d’imaginer une sorte de Bart-leby de la critique.Quelqu’un de réticent, convaincu de l’inutilité de la cause qu’il croit défendre, certain d’avance de l’inutilité aussi de tout commentaire.«Je préférerais ne pas», comme le répète l’antihéros récalcitrant de la nouvelle de Melville.Y aurait-il quelque chose de plus facultatif qu’un article consacré à un objet qui lui-même est parfaitement inutile?C’est le gouffre qui se creuse, souvent à son insu, sous les pieds de tout critique.Qu’il soit ou non récalcitrant.Et c’est ce que Gilles Marcotte et Jean Marcel, deux essayistes, deux hommes aux convictions solides, conjurent à leur façon.Ils nous démontrent l’importance, par la ferveur qui les anime, de cette chose «inutile».«Cette petite phrase, il faut la répéter sur tous les tons, aujourd’hui plus que jamais: la littérature, le théâtre, la peinture, la sculpture sont inutiles.Ils ne servent à rien.» Sorte d’éminence grise de la critique littéraire québécoise, Marcotte, journaliste et professeur né en 1925, est déjà l’auteur d’une œuvre critique (Une littérature qui se fait, Littérature et circonstances, Le Roman à l’imparfait) qui se passe de présentation.Inutile, mais nécessaire Sous un titre en apparence provocateur, La littérature est inutile regroupe une trentaine d’essais et d’articles critiques parus pour l’essentiel entre 1989 et 2008, revus çt remaniés pour l’occasion.A travers son regard de grand relecteur, Yann Martel, Yvon Rivard, Jean-Marc Fréchette, Emile Ollivier, Gabrielle Roy, Anne Hébert, Frank Scott, Réjean Ducharme, Saint-De-nys Garneau et Jean Basile s’animent.Un parti pris domine tous les autres: la littérature demeure plus que jamais nécessaire.Pouvant lui aussi revendiquer une longue carrière de professeur de littérature à l’université, médiéviste, essayiste (Le Jouai de Troie, Jacques Perron malgré lui) et romancier, Jean Marcel nous livre quant à lui un troisième tome de ses Fractions, constitué d’extraits choisis de carnets remplis pendant une quarantaine d’années — les deux premiers avaient paru en 1996 et en 1999 à l’Hexagone.Bon vivant un brin pessimiste, parfois grincheux et lapidaire, lecteur de San Antonio et de Cioran, Jean Marcel nous rappelle que «livre et libre ont la même racine (sans commentaire)».On trouvera entre autres dans ces carnets librairie » bistro Olivieri Au cœur de la littérature Mercredi 4 novembre 19 h 00 Avec le soutien de la Sodée RSVP : 514 739-3639 Bistro : 514 739-3303 5219 Côte-des-Neiges Métro Côte-des-Neiges Dans le cadre de la Série littéraire internationale Metropolis bleu Joséphine Bacon Poétesse innue, cinéaste, professeure, parolière de Chloé Sainte-Marie et auteure de Bâtons à message / Tshissinuatshiatakana (édition bilingue français / innu Mémoire d’encrier, 2009).Elle s’entretiendra avec Marie-Andrée Lamontagne et lira des extraits en français et en innu fondation de son METROPOLIS premier recueil de poésie.MtIHUrULIà m Con$#il des Arts Canada Council CIÜO du Canada f°r the Arts qn long hommage à Jean-Ethier Blais, le récit de la genèse de son roman Hypathie ou la fin des dieux (Leméac, 1989), des fragments sur la musique, un rapprochement entre Rutebeuf et Gaston Miron, un regard sensible sur l’humanité.Mais aussi des réflexions plus personnelles, notamment sur son état d’esprit après l’échec du premier référendum, qui nous donne quelques clés pour comprendre son exil en Thaïlande, loin de ce «pays ennemi» qui s’appelle Canada.Visions de Jean Le Moyne Si un certain nombre de choses les relient, rien ne saurait opposer davantage les deux essayistes que leurs sensibilités respectives envers la question nationale, notamment dans le jugement qu’ils portent sur Jean Le Moyne (1913-1996).Homme de grande culture, ouvertement catholique et antinationaliste, membre fondateur de La Relève, ami du poète Saint-Denys Garneau, essayiste (Convergences, 1961) conseiller et rédacteur de discours pour Pierre Elliott Trudeau, Le Moyne, ancien sénateur libéral, a été un critique intransigeant de la société ca-nadienne-française (et en particulier de sa littérature).Dans le texte qu’il consacre à «Jean Le Moyne, le magnifique», Gilles Marcotte ne manque pas d’éloges pour saluer la mémoire d’un homme en qui il a reconnu un jour un modèle.En lisant les Conver- gences, il a tout de suite su qu’il se trouvait «devant un grand écrivain, un des rares écrivains de grande taille qui aient paru au Canada français.Cette conviction ne [l’a] jamais abandonné».Pour Jean Marcel, au contraire, c’est à Le Moyne «que revient le triste honneur d’avoir provincialisé la pensée, de nous avoir fait croire que le dualisme et le matriarcat constituaient notre seul lot national historique.[.] Il faut être grossier pour considérer comme un penseur celui qui se permet de dissoudre d’un coup de plume, sous prétexte de dualisme, et la grande civilisation arabe et l’immense civilisation indienne».Plus carrément: «Le Moyne est un caricaturiste; c’est le Roger Lemelin de la pensée canadienne-française.» De quoi illustrer à coup sûr, comme l’évoque lui-même Marcotte, «la complexité, Tin-finie complexité de l’aventure humaine».Collaborateur du Devoir LA LITTÉRATURE EST INUTILE Exercices de lecture Gilles Marcotte Boréal, coll.«Papiers collés» Montréal, 2009,240 pages FRACTIONS 3 Carnets Jean Marcel Editions de Courberon Saint-Patrice-de-Beaurivage (Québec), 2009,144 pages Lucie Bourassa Ci ¦4 L’entrelacs des temporalités rnd Du temps rythmique au temps narratif Lucie Bourassa explore ••P l’hypothèse selon laquelle la littérature est un lieu ; .privilégié pour éprouver et penser la temps, parce *3 qu’elle le structure et le représente clairs une organisation complexe, ; ’: ’ qui est à la fois sensible fllHMI* llHfUlIKUl et signifiante.CMashubnrc en* wà f Éditions Nota bene AP’’" «m»-'' JPMMMHMMMfl . I- I- l> !•- V (> I I! • I K S S A M E I) I :( I 0 (' T u B R E E T I) I M A X (' Il E I"' X (I V E M I! Il E 2 /M* $;’¦ «v r ¦ .Paul OHL e» ¦ iwaii PHOTO ICJ GROUPE LII3KEX www.pulaval.com BONHEUR D’OCCASION Livres d’occasion de qualité NOUVEAUTÉ Choix de livres en ligne Plus de 200 nouveaux titres à chaque semaine à cette adresse : www.abebooks.fr/vendeur/bonheurdoccasion LES PRESSES DE L'UNIVERSITÉ LA1 Bïa KRIEGER Les Révolutions de Marina BIA KRIEGER Les Revolutions de Marina «% « Un tour de force, vraiment, qui hantera le lecteur comme un air de bossa nova.» Stanley Péan Le Libraire « Magnifiquement écrit.» Claude Deschênes Radio-Canada PAUL f làlp rie Atén/ Récit • 280 pages • 25,95 S En librairie dès maintenant GROUPIi LIBRBX Un* compagnl* ri* Qu*hcti» Media GROUPELIDREX.COM www.editionsboreal.qc.ca 514-522-8848 1-888-522-8848 4487, rue de La Roche (angle Mont-Royal) bonheurdoccasion@bellnet.ca Le retour d’un romancier talentueux, la conclusion d’un grand récit La suite du Prix de l'honneur HHNHMHH RMKüüCl [¦rmHMHMMMCKECI Cl i: l> i: v II I n .I.K S S A M K I) I :> I (I C T 0 B K E E T I) [ M A N C II E P " N (I V E M li R E 2 O' 0 !) LITTERATURE De Rip van Winkle à Tom Cruise Le nouveau livre de Philip Roth est une lamentation, belle, vibrante et douloureuse Louis Hamblin Le premier livre que j’ai lu pour Le Devoir était Pastorale américaine', c’était une fin d’été, il y a dix ans de ça.Je me souviens de ma lecture: assis sous un arbre dans le rang du Petit-Québec à La Patrie, près du petit potager où les chevreuils venaient déterrer les carottes la nuit.A l’exception d’un coup d’œil peu concluant accordé au fameux complexe de Portnoy, je connaissais Roth et son homme de plume, Nathan Zuckerman, depuis peu, grâce à La Contrevie, le chef-d’œuvre vers lequel m’avait aiguillé la lecture d’un ouvrage de Guy Scarpetta.J’aimais bien, dans Pastorale américaine, la manière dont Zuckerman, double de l’auteur, ne tardait pas à s’effacer lui-même devant le vrai sujet de son livre: l’Américain rêvé.A 65 ans, Roth avait fait du chemin, c’est sûr, depuis le narcissisme de Portnoy, sorte de version masculine, frénétiquement masturbatoire, de l’hystérie.Outre le fait que, plus rapide que moi, un malin avait mis la main dessus au Devoir, j’ignore comment j’ai fait pour ne pas lire La Tache, qui a traîné longtemps dans mes affaires, mais c’est religieusement que, en 2001, je m’acquittais de mes devoirs envers J’ai épousé un communiste, le second tome de la grande trilogie consacrée à la vie idéologique (pardon pour l’oxymore) de l’Amérique de l’après-guerre, et intégrée au cycle Zuckerman.Le fantôme littéraire de Roth, de nou- veau, n’apparaissait que pour mieux s’effacer devant un autre personnage emblématique: l’intellectuel étasunien de gauche fauché par le maccarthysme.Mais la scène de ce livre qui m’a laissé le plus vif souvenir se trouvait à la fin, quand on retrouvait l’écrivain Zuckerman dans un nouvel avatar: l’ermite littéraire, en sa retraite complètement isolée au bout d’un chemin de campagne, loin de ce monde tourmenté et social, des ambitions humaines et du sexe, en marge de l’histoire, et la racontant.Mais aussi, prêtant l’oreille, avec une pointe de regret qui se laissait facilement deviner, aux propos de l’ami qui l’assurait gentiment que, «à 60 ans, Nathan, vous êtes encore trop jeune pour cesser d’aller dans le monde».Enchantement Si la lecture du dernier Roth m’a enchanté, c’est, entre autres, parce qu’il reprend, pour l’approfondir et le porter à ses ultimes conséquences, précisément ce regret-là.Son livre est une lamentation, belle, vibrante et douloureuse.La plupart des thèmes chers à l’auteur (la séduction, la condition juive, le sexe, les classes sociales et la transgression, la politique, la littérature) s’y retrouvent concentrés pour atteindre à une sorte d’incandescence dans la lucidité amère de l’âge.Le roman est bâti tout autour d’une contradiction: la sainte paix nécessaire au travail de l’écriture, à la construction de l’œuvre, s’y voit opposée, en un violent choc urbain, au combat social et à l’intense liberté des désirs, à ce maelstrom balzacien des villes dont la créature littéraire ne saurait éternellement se passer, sous peine d’assécher ses racines.Le moteur de l’œuvre, nous dit Roth, est dans le monde, même si l’œuvre doit ensuite être portée par une solitu- de qui s’accommode mal de l’avidité commune et de ses incessantes sollicitations.Elle doit être protégée des contemporains.Sacré Philip Roth! Cet auteur, pour qui le statut de juif américain, aux Etats-Unis, n’a jamais cessé de «faire problème» — des charmes de la shiksa, femme blanche de la transgression eth-no-matrimoniale, à ce Complot contre l’Amérique, qui était une uchronie (ou anticipation rétrospective) plutôt ratée à mon avis, en passant par le flamboyant dédoublement de personnalité de Shylock qui mit aux prises deux Philip Roth, l’un partisan de l’intégration et l’autre adepte du retour massif de la diaspora en Israël.—, cet auteur, bref, épouse cette fois, pour donner le neuvième et, semble-t-il, dernier épisode des aventures de Nathan Zuckerman, un des mythes les plus authentiquement yankees de toute la littérature américaine: l’histoire de Rip van Winkle.Après avoir dormi 20 ans, Rip van Winkle se réveillait dan§ les Catskills, une chaîne de montagnes de l’Etat de New York, et dans un pays passé de colonie de l’Angleterre à nation indépendante.Zuckerman, lui, après 11 années passées à écrire du matin au soir, sans télé ni pratiquement jeter un coup d’œil aux journaux, émerge des Berkshires, dans le Massachusetts, pour refaire surface dans la Grosse Pomme post-ll-Septembre et les USA du fils Bush.L’autisme volontaire de cette foule de marcheurs dont la moitié arbore un téléphone de poche incrusté dans l’oreille inspire à Roth-Zuckerman des pages magnifiques et impayables.Quand la posture de l’éternel ronchon largué par le progrès est assumée avec une telle brillance intellectuelle, il faut applaudir.Une des meilleures répliques de tout le ro- man est assenée par Nathan à une femme de deux générations plus jeune que lui: qui est Tom Cruise?lui demande-t-il, sans rire, sinon parfaitement sérieux., Toujours un problème, l’antisémitisme aux Etats-Unis?On apprend que Zuckerman est d’abord parti vivre à la campagne pour se soustraire à des menaces de mort récurrentes adressées au grand romancier «youpin».Et s’il se trouve à New York pour assister à la réélection d’un W.surfant sur d’inquiétantes valeurs morales, c’est que l’espoir d’une opération qui inverserait les fâcheux effets d’une précédente chirurgie à la prostate l’y a ramené.Pas à dire, ça donne un choc de voir notre Zuckerman porter une couche, lui le «professeur de désir» désormais impuissant.Mais le combat à mener dépasse les enjeux liés à ce mélancolique retour à la cité de tous les vœux, et ce, même si le narcissisme est plus que jamais le Stradivarius dont joue Roth pour donner à son impudeur l’universelle portée d’une grande musique.Voici un grand livre, un autre de Philip Roth.L’égoïsme intrinsèque de la nature humaine y est soluble dans la tentation de se battre au nom de certaines valeurs.Et ce combat est aussi celui, aujourd’hui, de la littérature contre une culture livrée au sensationnalisme des petits ratons de la réduction biographique, à cette mort de l’invention romanesque.Ils sont les nouveaux fondamentalistes, aux antipodes d’un Philip Roth.hamelinlo(fsympatico.ca EXIT LE FANTÔME Philippe Roth Traduit de l’anglais par Marie-Claire Pasquier Gallimard Paris, 2009,327 pages LITTÉRATURE QUÉBÉCOISE Gabrielle Roy, contes pour (grands) enfants ANNE MICHAUD Gabrielle Roy n’a jamais écrit spécifiquement pour les enfants.En effet, comme le dit François Ricard, «dans son esprit, la différence que l’on établit aujourd’hui entre la “littérature jeunesse” et la littérature tout court n’existait pas; un récit, s’il était bien mené, devait pouvoir rejoindre tous les lecteurs, quels que soient leur âge, leur sexe, leur appartenance sociale ou leur origine.C’est seulement après coup, c’est-à-dire une fois qu’elle les eut terminés, que Gabrielle Roy jugea que certains de ses récits pouvaient être publiés comme des contes pour enfants.» Quatre de ces contes {Ma vache Bossie, Courte-Queue, L’Espagnole et la Pékinoise ainsi que L’Empereur des bois) sont aujourd’hui publiés par Boréal sous le simple titre de Contes pour enfants.Ces histoires, qui mettent en vedette une vache, des chats, un chien et des caribous, devaient à l’origine faire partie soit de Rue Deschambault, soit de Cet été qui chantait, mais elles en furent retranchées parce que, toujours selon François Ricard, l’auteure jugea finalement que leur matière ou leur ton ne cadraient pas avec le style ou le contenu du reste du livre.Ces contes tout simples sont un exemple parfait de l’apparente facilité avec laquelle Gabrielle Roy savait La recherche exerce-t-elle une influence sur la conception (J*, des politiques et la prise de décision de la part de l'administration publique et si c'est le cas.comment ?TIRER LE MEILLEUR PARTI POSSIBLE DE LA RECHERCHE EN DÉVELOPPEMENT mener un récit.Son style limpide, sans flaflas ni fioritures, convient particulièrement bien à ces histoires de chattes et de chiennes à l’instinct maternel très développé, de vache qui donne trop de lait et de caribous qui rêvent de liberté.Toutefois, il est loin d’être assuré que les jeunes lecteurs s’y intéresseront.D’Aurélie Laflamme à Harry Potter, le choix de livres et d’albums jeunesse est aujourd’hui très vaste et extrêmement varié; chaque année les enfants ont accès à des milliers de titres qui reflètent leurs préoccupations quotidiennes, les transportent dans des mondes inventés, leur font découvrir des univers fantastiques, etc.Habitués qu’ils sont à une littérature faite sur mesure pour eux, quel regard porteront-ils sur ces contes de Gabrielle Roy?Le même, à mon avis, qu’ils portent généralement sur les histoires que leur racontent leurs grands-parents lorsque ceux-ci font du «dans-mon-temps-tisme»: amusé et légèrement ennuyé.Parions que ces Contes pour enfants trouveront plutôt preneur parmi les lecteurs adultes qui voudront décou- SOURCE ARCHIVES NATIONALES DU CANADA Gabrielle Roy vrir cet aspect méconnu de l’œuvre de Gabrielle Roy, et espérons qu’ils soient nombreux! Collaboratrice du Devoir CONTES POUR ENFANTS Textes de Gabrielle Roy, illustrations de Nicole Lafond Boréal Montréal, 2009,116 pages LXITÉRATURE QUÉBÉCOISE Les ébranlés Fred Carden La culture : DE QUOI PARLE-T-ON?librairie ^bistro SSSwuSSSE â.DES CONNAISSANCES AUX POLITIQUES tirFR IE MEILLEUR PARTI POSSIBLE 0EW RECHERCHE EN DÉVELOPPEME^ IDRC^CRDI Olivieri Au cœur de la culture Jeudi 5 novembre 2009 19 h 00 Avec le soutien de la Sodée RSVP: 514 739-3639 Bistro : 514 739-3303 5219 Côte-des-Neiges Métro Côte-des-Neiges Quelle est l’importance de la culture pour une société?Notre société valorise t-elle vraiment la culture?De quelle culture parle-t-on?Avec Simon Brault, Auteur de LE Facteur C, L’avenir passe par la culture (Voix parallèles, 2009), il est président de Culture Montréal et directeur de VÉcole nationale de théâtre.Chorégraphe, interprète, codir.de La 2e porte à gauche, a co-créé le Bal moderne lors des Escales Improbables.Tristan Malavoy-Racine.Auteur, musicien, chroniqueur littéraire (Journal Voir, Voir TV) Animé par André Lavoie.Critique de cinéma (Le Devoir, Médiafilm).SUZANNE GIGUERE La question de l’engagement part toujours d’un malentendu.D’une part, parce qu’elle constitue le monde social et son actualité comme cible et but de l’activité d’écriture; d’autre part, bien plus simplement, à cause du préjugé que l’exercice de la littérature est en amont des préoccupations du monde, dans une sphère close idyllique.L’Abri a pour cadre un centre d’hébergement pour les plus démunis de la société, les «ébranlés» (dont parle le philosophe polonais Jan Potocki) tant psychologiquement que physiquement.Peu importe que Stéphane Bertrand se soit inspiré ou non d’une expérience vécue comme préposé aux bénéficiaires dans un établissement de soins de longue durée.L’écriture de son deuxième roman ressemble à une réponse personnelle, un espace de nécessité.Décrire ces formes dans l’ombre qui ne lui appartiennent pas personnellement.Il tient à exposer ce qui tient de l’ombre et qui déborde.Grave et burlesque D’entrée de jeu, le romancier nous fait pénétrer dans le centre d’hébergement.On y croise le directeur haïtien, un homme bon et courageux, ses adjoints hauts en couleur, Frankenstein et Dracula, le personnel soignant: Boris, adepte de la boxe thaïlandaise, Jacinthe, à la beauté et à la générosité naturelles, Irène, la grand-mère congolaise, John Wayne, le gardien de sécurité et Simon Trépanier, jeune écrivain et père de famille qui travaille depuis peu à L’Abri comme préposé aux bénéficiaires.Merveilleux, drôles, attentifs, dévoués, ils humanisent les lieux.Surchargés et soumis à des responsabilités énormes et à des tâches ingrates, ils doivent encore réconforter les proches souvent bouleversés.A leurs côtés, les pensionnaires, parmi lesquels se trouve un des premiers patients de L’Abri, qui n’émet que des grondements, Woody le Pic, le plus méchant, dont la spécialité est d’aiguiser ses dents longues sur le dos des préposés, Marco, sanglé en permanence depuis sept ans dans son lit, condamné à supporter en silence l’insupportable injustice de son destin.Soudainement, le récit prend une tournure dramatique.Un scandale éclabousse l’établissement.Une jeune résidente est violée et le bruit court que le coupable est un employé.Un journaliste sans scrupule se déchaîne, manipule l’opinion publique, attise les préjugés, accuse le personnel de L’Abri.Le directeur et les employés sont sur le qui-vive, certains craquent sous la pression.Empathie, don, calme intérieur, complicité sont les premiers mots qui nous viennent à l’esprit quand on referme L’Abri, un roman grave et burlesque, plein d’humanité.Avec des personnages attachants, un style vivant et de multiples rebondissements, Stéphane Bertrand dépeint avec justesse le monde clos et souffrant des centres d’hébergement.Il réhabilite l’image du personnel soignant injustement montré du doigt lorsqu’un collègue dérape.Comme une trouée dans les nuages, l’auteur de Clark et les autres nous réserve quelques échappées belles.Lors de sa ronde de nuit, Dracula entre dans les chambres au hasard, se penche au-dessus des patients endormis: «c’est un privilège, pour mus, de les voir dans leur lit, inconscients de leurs malheurs pour quelques heures, rêvant peut-être de courir dans un champ au soleil, qui sait, ou de marcher simplement, debout comme tout le monde, sur le bord d’une rivière.Ou de nager dans la rivière, tiens, pourquoi pas, comme des enfants l’été.» LAb,ri, ou l’urgence de témoigner.Ecrit sans artifice.Collaboratrice du Devoir L’ABRI Stéphane Bertrand Hurtubise HMH Montréal, 2009,162 pages Uv'e, e, :aRRso i ¦ ¦ cl Les livres qui ne circulent pas meurent L'ÉCHANGE 707 fl 713 MONT-ROYAL HT ©MONT-ROYAL, 514-523-6389 I' in: vin h.i, i; s ,s,\,Mi':i)i :j i o c t o it k k k t n i m a x c ii k r " x o v i: m it it k t o o it !•' 5 LITTERATURE JACQUES GRENIER LE DEVOIR Pierre Godin admet que c’est pendant qu’il travaillait à la biographie de René Lévesque que lui est venue l’idée de récupérer certains éléments de sa recherche pour en faire un roman.LITTÉRATURE QUÉBÉCOISE Un premier roman ponr le journaliste Pierre Godin L’histoire du Québec telle que plusieurs voudraient l’avoir vécue Dix ans durant, il a enquêté sur la vie d’un personnage fétiche de l’histoire québécoise: René Lévesque.Et certains éléments de la biographie de l’homme l’ont tellement marqué qu’ils ont donné naissance à un roman.Au pays des masques, le premier roman du biographe et journaliste Pierre Godin, paraît donc aux éditions Fides.primer librement sur l’avenir, AU PAYS DES MASQUES et le passé, de son pays.pjerre Godin Editions Fides Le Devoir Montréal, 2009,459 pages CAROLINE MONTPETIT Il s’agit entre autres de l’histoire de la fille légitime d’un homme politique, Vita-lus, qu’on appelle aussi le «père de la nation».Fille d’un mariage rapidement rompu, rejetée par son père, elle se glisse tout de même dans l’entourage politique de ce dernier, qui refuse de la reconnaître publiquement.Cette fille, Vénus de son prénom, est par ailleurs une fervente militante pour l’indépendance de cette nation qui n’est jamais nommée dans le livre.Elle est aussi amoureuse de Pétrus, autre militant, mais qui doute beaucoup plus qu’elle, au point de succomber à la tentation de travailler comme espion pour les fédéralistes.Tout cela vous rappelle-t-il quelques souvenirs?Il y a aussi Titus, le premier ministre sortant à l’arrivée au pouvoir de Vitalus.Mais inutile de chercher ici les traits de la fille de René Lévesque née hors mariage, par exemple, ou encore ceux de l’ancien ministre péquiste Claude Morin, qui fut lui-même espion, ou encore ceux de Robert Bourassa, qui céda sa place à René Lévesque en 1976, précise l’auteur en entrevue.Titus serait par exemple un amalgame de Maurice Duplessis, de Pierre Elliott Trudeau et de Robert Bourassa, dit-il.Vénus n’a pas du tout le caractère de la véritable fille de René Lévesque, que celui-ci n’a d’ailleurs jamais reconnue mais que Pierre Godin a déjà rencontrée.Et Pétrus, s’il est bien un espion comme Claude Morin, incarne un peu pour lui le Québécois type, qui doute constamment de la pertinence des revendications nationalistes même s’il y adhère.Pierre Godin admet par ailleurs que c’est pendant qu’il faisait la biographie de René Lévesque que lui est venue l’idée de récupérer certains éléments de sa recherche pour en faire un roman.En amorce, l’auteur signale d’ailleurs qu’il «souffre depuis toujours d’uchronie».«J’aimerais tellement que notre histoire se soit déroulée non comme elle fut, mais comme elle aurait pu être», écrit-il.Cette histoire inventée, elle se termine donc par un vote au référendum en faveur de l’indépendance de ce pays sans nom et par la reconnaissance publique de Vénus par le «père de la nation».Disons le tout net.L’essayiste qu’est Pierre Godin est omniprésent dans ce livre.Et ce sont les idées, plus que l’intrigue, qui tiennent le lecteur en haleine.En entrevue, l’auteur affirme que l’écriture de cette fiction a été libératrice pour lui, puisqu’elle lui a en quelque sorte permis de réécrire l’histoire.Mais on a l’impression que la part romanesque de l’ouvrage sert à maquiller plutôt qu’à porter un besoin authentique et légitime de s’ex- ARCHAMBAULT «1 Une compagnie de Québécor Media PALMARÈS LIVRES Résultats des ventes : du 20 octobre au 26 octobre 2009 ROMAN OUVRAGE GÉNÉRAL MÉMOIRES D'UN QUARTIER T.4 Louise Tremblay-D'Essiambre (Guy Saint-Jean) LA COMMUNAUTÉ DU SUD T.5 Charlaine Harris (Flammarion Québec) LES OS DU DIABLE Kathy Reichs (Robert Laffont) CŒUR TROUVÉ AUX OBJETS PERDUS Francine Ruel (Libre expression) HELL.COM 1 Patrick Senécal (Alire) PUTAIN Nelly Arcan (Seuil) ILA TRAVERSÉE DES SENTIMENTS Michel Tremblay (Leméac) DE RETOUR LE 1/ NOVEMBRE Bg Presque 50 ans après sa première parution, procurez-vous l’un des plus grands succès de l’édition au Québec.Découvrez ou redécouvrez de façon ludique toute la richesse de notre histoire à travers Le Boréal Express qui est devenu, au fil des ans, une référence en la matière.«IIUS BOULE ÜÜÎit • °INII VAUG l> 101*1 DU CANADA i I PT( " L'ÉNIGME DU RETOUR Dany Laferrière (Boréal) U JEU DE L'ANGE Carlos Ruiz Zafôn (Robert Laffont) 5150, RUE DES ORMES Patrick Senécal (Alire) JEUNESSE L'ANNIVERSAIRE D'ASTÉRIX ET OBÉUX Uderzo / Goscinny (Albert René) LES NOMBRILS T.4 : DUEL DE BELLES Delaf / Dubuc (Dupuis) TINTINrCOLOCS EN STOCK Hergé / Yves Laberge (Casterman) VI LES SECRETS DU DIVAN ROSE T.1 Nadine Descheneaux (Boomerang) JOURNAL D'UN VAMPIRE T.2 Lise Jane Smith (Hachette Jeunesse) LAUGNÉEDES DRAGONS T.1 S.Bilodeau / D.Hudon (ADA) FASCINATION T.4 : RÉVÉLATION Stephenie Meyer (Hachette Jeunesse) |lU’J LES SORCIÈRES DE SALEM T.1 Millie Sydenier (Éditeurs Réunis) VI MAX LALOUPE ENQUÊTE T.1 Stéphane Bourget (ADA) LA MORTE QUI MARCHAIT T.1 Linda Joy Singleton (ADA) CÉLINE AUTOUR DU MONDE Gérard Schachmes (Libre expression) LA VIE COMME JE L'AIME T.t Marcia Pilote (de Mortagne) SEXY Louis-François Marcotte (Flammarion Québec) ¦1 LE PRIX A PAYER Kd Natalie McLennan (de l'Homme) LE WHY CAFÉ John P Strelecky (Dauphin Blanc) ï FRÈRES DE SANG ; LES FILS DE MOÏSE R.S.Theriault / F.Thériault (La Semaine) LES MEILLEURES RECETTES DE PLATS.Carole Heding Munson (ADA) ANTIDOTE HD Collectif (Druide informatique) L'UNION FAIT LA FORCE Collectif (La Presse) LE GUIDE DE L'AUTO 2010 Denis Ducquet (Trécarré) ANGLOPHONE THE LOST SYMBOL Dan Brown (Doubleday) NEW MOON : THE COMPUTE MOVIE COMPAMON Mark Cotta Vaz ( Little, Brown & Co) ECUPSE Stephenie Meyer (Little, Brown & Co) VV THE VAMPIRE DIARIES : THE AWAKENING U Lisa Jane Smith (Harper Collins) THE ASSOCIATE John Grisham (Dell) CROSS COUNTRY James Patterson (Vision) H REMEMBER ME?Sophie Kinsella (Dell) THE GIRL WITH THE DRAGON TATTOO Stieg Larsson (Penguin Books) THE ZOMBIE SURVIVAL GUOE : COMPLETE.Max Brooks (Crown) DEFINITELY DEAD Charlaine Harris (Ace) (PETITES DÉTRESSES GÉOGRAPHIQUES) Diane-Monique Daviau Diane - Motif u ue Daviau QUÜJEC VMtJUQUE Treize nouvelles, treize «petites détresses géographiques», semblent se répondre dans ce recueil qui met en scène des personnages aux destins singuliers.EDGAR FRUITIER - MÉMOIRES Propos recueillis par Jean Faucher SEPTENTRION.QC.CA LA RÉFÉRENCE EN HISTOIRE AU QUÉBEC Ô ï ^ O S’*- ^ .a 5 a £ Membre del' «c ae ca 0 Jouez la carte ne la culture! cadeau 1 -«CHAMMutr, MEMOIRES EDGÆR FRUITIER Propos recueillis par Jean Faucher Personnage d'exception, Edgar Fruitier se révèle ici avec sincérité, intelligence et humour, nous permettant d'apprécier plus de cinquante ans de carrière, de vibrer à sa passion sans bornes pour la musique et de découvrir sa personnalité absolument unique.Louvrage contient une liste de recommandations musicales inédites.CŒURS MOLOTOV Zoe Whitta À dix-huit ans, Eve ne rêve que d'une chose: quitter la maison familiale du West Island pour enfin aller vivre dans son propre appartement à Montréal.QUEBEC AMÉRIQUE www.quebec-amerique.com * 1» Cl case mci L V.I» K V OIK.I.K S S A M V.1)1 Kl O 0 T O II II K K T I) I M A X (' Il K 1’" N O V E M B II E 2 0 (I !) LIVRES ESSAI Derrière le neuf, la réaction Pour Lindenberg, le passéisme habillé à la moderne constitue un phénomène planétaire 3 I'VE CHANGED JESSICA RINALDI REUTERS Les conservateurs américains opposés à l’instauration d’un régime d’assurance maladie plus généreux aux Etats-Unis n’hésitent pas à comparer le président Barack Obama à Hitier.MICHEL LAPIERRE Parmi ceux qui s’opposent au régime public d’assurance maladie que Barack Obama veut implanter aux Etats-Unis, certains le comparent à Hitler.Même si Daniel lindenberg ne mentionne pas l’anecdote dans son Procès des Lumières, il s’agit d’un exemple extrême de la tendance qui consiste, selon le livre, à «faire passer les progressistes pour des conservateurs étroits».Réduire l’ennemi à son contraire, c’est l’actuelle guerre mondiale des esprits.Lindenberg, qui, en 2002, provoqua un débat mémorable en stigmatisant les «nouveaux réactionnaires» de l’Hexagone, n’a pas de difficulté aujourd’hui, dans son «essai sur la mondialisation des idées», à nous convaincre que le passéisme habillé à la moderne constitue un phénomène planétaire.Pour lui, la lutte contre l’islam dynamise les polémiques, qui dépassent les frontières.Perspicace, l’intellectuel français précise que le péril musulman a détrôné, dans la classification des épouvantails, les Juifs et le communisme en devenant la phobie non pas tant des chré- tiens convaincus que de ceux qu’il appelle ironiquement les «athées dévots», d’après un oxymoron inventé en Italie.En effet, malgré leur incroyance, ils s’en prennent à l’islam au nom de l’héritage hellénique et chrétien de l’Occident La journaliste et pamphlétaire italienne Oriana Fallaci (1929-2006) illustra de façon ou-trancière cette tendance.Mais Lindenberg rattache l’esprit des athées dévots à l’œuvre du très posé Léo Strauss (1899-1973), penseur allemand exilé aux Etats-Unis, dont la défense laïque des valeurs de l’Occident chrétien s’accompagnait d’une attaque systématique des Lumières, révolte philosophique du XVIIL siècle contre le christianisme institutionnel, du moins contre ses coutumes les plus étriquées.Dans le survol que l’essayiste français fait de la renaissance des doctrines de la droite à travers le monde, l’influence plus ou moins diffuse de Strauss n’est pas toujours discernable.N’empêche que des thèmes associés aux Lumières, comme le progrès, la démocratie, Légalité, cèdent souvent la place à ceux qui re- jaillissent du passé européen le plus lointain: la tradition, l’autorité, la hiérarchie sociale.Chez les intellectuels conservateurs des pays anglo-saxons, Strauss a triomphé, comme Friedrich von Hayek, son pendant en économie.En Allemagne, l’historien Ernst Nolte a tenté de relativiser l’horreur du nazisme en la comparant à celle du stalinisme.En Chine, les tenants de la libéralisation du régime se heurtent à des néoconfucia-nistes qui, à l’instar d’Edmund Burke, réactionnaire britannique du XVIIL siècle, signalent les périls de la révolution! C’est dire à quel point les interprétations les plus rigides des racines culturelles de l’Occident réapparaissent partout pour éteindre les Lumières.Lindenberg pense que seul l’apport des civilisations non occidentales pourrait changer la situation.Pourquoi en douter?Collaborateur du Devoir LE PROCÈS DES LUMIÈRES Daniel Lindenberg Editions du Seuil Paris, 2009,304 pages HISTOIRE Réévaluer les génocides YOLANDE COHEN Les recherches sur l’Holocauste, entièrement renouvelées depuis la chute de l’Union soviétique et l’ouverture complète des archives européennes dans les années 1990, apportent régulièrement leur lot de découvertes macabres.Aujourd’hui encore, la publication de Y Encyclopédie des camps et des ghettos, 1933-1945 démontre l’ampleûr dü génocide orchestré par les nazis et leurs.alliés.L’existence de 20 000 camps de la mort estdqsqrptajs attestée par les chercheurs, ce qui change notre appréciation d’un phénomène qui désormais s’apparente à une entreprise de destruction massive qui couvre tout le continent européen.Ainsi, à tous les grands camps connus (Auschwitz, Birkenau, Dachau, etc.) il faut ajouter des dizaines d’autres camps qui se spécialisaient dans le traitement des enfants étrangers (où les prisonnières enceintes étaient forcées d’accoucher), dans l’aryanisation des jeunes prisonniers, dans l’internement des dissidents allemands, fautifs d’avoir écouté du jazz, musique interdite par le pouvoir, etc.La magnitude et l’ampleur de la destruction des Juifs du paysage européen suscitent un questionnement nouveau sur la nature des régimes politiques et des sociétés qui ont permis et organisé le massacre d’êtres humains à cette échelle.C’est le mérite du petit livre de Gérard Rabinovit-ch, chercheur au CNRS, que de revenir sur le fonds insondable des questions que soulève le nazisme, à la lumière de ce que nous savons des autres génocides, en particulier du génocide rwandais.Au carrefour de l’histoire, de la sociologie, de la philosophie politique et de la psychanalyse, ses réflexions permettent de renouveler la çompréhension que nous en avons.A la figure du Léviathan, monstre d’ordre et d’autoritarisme qui a souvent servi de référence pour caractériser le nazisme et la solution finale, Rabinovitch préfère se référer au Béhémoth, l’autre monstre biblique dont Hobbes avait déjà fait la figure emblématique de la désorganisation.Désordre, chaos, jouissance criminelle, tels sont les principes de ce monstre qui valorise l’annihilation des normes morales, qui encourage le vitalisme guerrier et qui livre les populations ciblées à la destruction sans merci.La différence entre les deux modèles est de taille: ce ne sont pas seulement les forces de l’ordre du Léviathan (bu-rcaucratique et minutieux) qui sont mobilisées, mais aussi celles, bien plus destructrices encore, du désordre d’Etat.La technologie et la précision de la bureaucratie nazie sont mises au service des forces irrationnelles qui confinent à l’inhumanité du Béhémoth, ivre de puissance.On assiste ainsi à la banalisation de la barbarie qui se répand et se pratique dans toutes les sphères de la vie sociale et politique.Pour une éthique de la désillusion Prenant leur source aussi bien dans une méditation philosophique qu’en référence aux régimes mafieux et corrompus qui font régner la terreur dans le monde et au génocide commis au Rwanda, les réflexions proposées par Gérard Rabinovitch montrent à quel point cette histoire n’est en rien terminée.Les forces de destructivité, ce «mal radical» dénoncé par Freud, sont à l’œuvre et doivent être comprises comme des éléments de notre modernité.La destructivité humaine renaît sous des formes les plus inattendues, anéantissant tous les efforts déployés par les civilisations pour la tenir à distance.Rabinovitch plaide pour une éthique de la désillusion, qui consiste à lever le voile une fois pour toutes sur les Lumières et la raison, pour pouvoir faire barrage aux forces de destructivi- DE PÈRES JUBUil Cinquante-deux hommes parlent sans pudeur des rapports entre les pères et les enfants.Illustré par plus de 100 photographies inédites, ce livre vous entraîne dans l'intimité d’une relation unique.LES EDITIONS DE L’HOMME Une compagnie de Québécor Media www.editions- hommo.com EN FILS Richard Cummings Michaël, mon fils m JM a0U: ';v; < aevr/xt wfMWCW* (if 't'r'U'i' Q, , V,mï Le récit touchant et lumineux d’un garçon atteint d’une maladie dégénérative tel que raconté par son père amoureux et dévoué.RENCONTREZ RICHARD CUMMINGS EN SÉANCE DE SIGNATURES le samedi 14 novembre de 14h à 16h au Carrefour Laval le dimanche 15 novembre de 14 h à 16 h aux Galeries de Terrebonne Renaud-Bray té.Je crois aussi qu’une des façons de le faire est de garder une vigilance de tous les instants, mais aussi de déployer des antidotes aussi puissants que ceux mis en branle par le Béhémoth, en mobilisant les forces du care, de la bienveillance et de la compassion présents en chacun d’entre nous.Habitués à envisager les génocides d’abord et avant tout sous l’angle de l’affrontement politique, entre démocratie et totalitarisme, entre civilisation et barbarie, entre bien et mal, nous sommes conviés, à l’issue de cette réflexion, à réviser notre interprétation.Ce livre, comme d’ailleurs les récentes recommandations sur la prévention des génocides de Frank Chalk — directeur du Montreal Institute for Genocide and Human Rights Studies à l’Université Concordia —, force historiens et politistes à réévaluer la pertinence de leurs analyses, en réintégrant la barbarie comme un paramètre essentiel de la modernité occidentale.Certes, nous savons combien cet aspect, bien connu des psychologues, doit être pris en compte, mais nous préférons sans doute croire à l’Occident des Lumières.La lecture de ce livre, lucide et percutant, nous convie à un autre cheminement, plus ardu mais sans doute plus conforme à la réalité que nous vivons: des lumières, certes, mais avec toujours et partout ces zones d’ombre qu’il faut regarder avec perspicacité et constance pour pouvoir mieux les traquer et les combattre.Collaboration spéciale DE LA DESTRUCTIVITÉ HUMAINE Gérard Rabinovitch PUF Paris, 2009,160 pages 1 * Tutsis dans un camp de réfugiés au Rwanda en 1994 éditions Liber Philosophie • Sciences humaines • Littérature Pourquoi créer?Pierre Bertrand Pourquoi créer?Qu'est-ce que U réalité?mM Basarab Nicolescu Quest-ce que la réalité?Réflexions autour de l’œuvre ci.» de Stéphane Lupasco Sophie Jama r ‘ Rêve et cultures I.K K K V (III!, I.KS S A MK 1)1 A I (M'TOBRK K T I) I M ,\ V C II K 1"' XOVKMUHK 2 0 0!) F 7 LIVRES LITTÉRATURE SUD-AMÉRICAINE Garcia Marquez ne publiera pas de nouveau roman, selon son biographe Mexico — Le proülique écrivain colombien Gabriel Garcia Marquez, auteur notamment de Cent ans de solitude, ne publiera plus de nouveau roman, estime le Britannique Gerald Martin, auteur de la seule biographie autorisée sur le Prix Nobel de littérature 1982.«Il dit qu’il passe tout son temps à écrire, mais si vous me demandez s’il va y avoir de nouvelles choses, je ne crois pas», a déclaré le biographe à l’occasion de la sortie de son livre Gabriel Garcia Marquez, une vie, cette semaine au Mexique.Cette biographie de 500 pages, publiée en octobre 2008 en anglais, est sortie au début du mois en français chez l’éditeur Grasset Le critique anglais n’écarte pas l’hypothèse «que soient publiées des choses que nous connaissons déjà, comme En agosto, nos vemos» {Nous nous verrons en août, un conte qui n’a pas été édité jusqu’ici).Le biographe ajoute qu’«)7 ne va pas écrire beaucoup plus».Il avait déjà formulé cette hypothèse au mois de mars.«Je crois que Garcia Marquez n’écrira plus jamais», avait également déclaré il y a quelques mois l’agent littéraire espagnol Carmen Balcells, qui gère l’œuvre du Prix Nobel depuis des années.Garcia Marquez, 82 ans, était alors sorti de son silence médiatique pour assurer le contraire.«La seule certitude, c’est que je ne fais rien d’autre qu’écrire», avait déclaré l’écrivain début avril au quotidien colombien El Tiempo.«Mon travail ne consiste pas à publier, mais à écrire.Je suis le seul à savoir quand les gâteaux que je suis en train de préparer seront cuits», avait-il ajouté.Le dernier roman de Garcia Marquez, Mémoires de mes putains tristes, a été publié en espagnol en octobre 2004.Un peu plus d’un an plus tard, l’écrivain avait avoué connaître une panne d’inspiration: «2005 a été une année où, pour la première fois de ma vie, je n’ai pas écrit une ligne», avait-il confié au quotidien catalan La Vanguardia.Agence France-Presse EUANA APONTE REUTERS Gabriel Garcia Marquez photographié en avril dernier lors d’un dîner d’Etat en l’honneur du président Barack Obama, à Mexico LITTERATURE FRANÇAISE Pour faire danser les fantômes Toussaint et Mauvignier font briller les constellations de Minuit G U Y LAI N E MASSOUTRE Deux romans d’émotion passent les sélections.Les lecteurs calés du Concourt en discuteront lundi prochain, à l’hôtel Drouot.Né à Bruxelles en 1957, Jean-Philippe Toussaint, avec La Vérité sur Marie, suite de Faire l’amour et de Fuir (2002 et 2005, prix Médicis), partage son intrigue tout intérieure et ses regards d'angle sur l’amour.Si l’un rayonne, l’autre roman exhale l’enfer.Né à Tours en 1967, Laurent Mauvignier, dans Des hommes, arrache au refoulé la brutalité d’ex-militaires, qui n’ont pu oublier les faits de guerre en Algérie.La violence enfouie retentit.Ces deux romans, parus chez Minuit, méritent notre attention.Ils s’ajoutent au roman de Marie Ndiaye, Trois femmes puissantes, à J an Karski, essai-fiction de Yannick Haennel, et à l’autobiographie de Claude I-ansmann, Le Lièvre de Patagonie, parus en 2009.Tout comme les Lydie Salvayre et Hubert Haddad ou les exceptionnels Hélène Cixous et Pascal Quignard font figure de plantes inoubliables, il est impossible de croire que tout ce qui est herbe se vaut.De la solitude à l’essentiel Dans Im Vérité sur Marie, le narrateur de Toussaint reprend sa vie d’amoureux à î’improviste.Marie, la femme emblématique de son triptyque, fixe sa mélancolie.Y dérivent les sentiments contrariés et les effets boomerang du coup de foudre anéanti.L’amour perdu et retrouvé, inespéré, met en mots les mouvements de ce couple aléatoire, variation en rafales de moments de passion crue.La jalousie.Elle avait perverti une âme, mais elle évolue.À travers elle, l’homme qui se glisse jusqu’à un autre homme pousse sa curiosité dans le désamour à trois.Transparente, Marie saura-t-elle, de sa main inerte qui passe d’un corps à l’autre, faire renaître la volupté d’une connivence différée?La Vérité sur Marie parle de ce désordre du désir, d’abord sur un fond d’orage parisien, puis dans un ciel nippon, enfin en Méditerranée.Perte de conscience, étranglement et impuissance: le narrateur dit l’envoûtement.Pourtant, l’un des trois gît au sol, mort.Dans l’atmosphère de crise, une toile de fond de toute beauté met en valeur l’éclairage des personnages plus que leurs pensées.Cet amoureux disparu, à qui on refuse son nom, est moins un obstacle que le côté imprenable de Marie: ainsi, aimer autrui est un éternel recommencement.Ce double d’abord haï solidifie une relation invisible, qui passe par la très belle vision d’un cheval en avion, comme un véritable pic de folie.Toussaint a des phrases pesantes et sensorielles.Il fixe de menus détails, approfondit le somnambulisme général, le souvenir des souvenirs.Une nouvelle strate réflexive, telle la mélancolie incurable de Forest, moins cérébrale et plus optimiste, glisse son écriture entre les peaux.Baisers, caresses, étreintes, gestes manqués, les frôlements concèdent un besoin infini d’aimer et d’être aimé.La sexualité hyper-présente se relie à la mort.Dans la dernière partie, l’histoire se transporte à File d’Elbe, pour y subir des rites de purification.Là, Toussaint réfléchit sur la qualité d’une relation exempte de vanité, même si elle ne lèvera jamais les mystères de la présence-absence à autrui.Dommages collatéraux S’il est une littérature qui dérange, comme les contes de Jean-Yves Cendrey et de Serge Joncour sur les pathologies contemporaines, Mauvigner, aussi puissant qu’eux à cerner le ressenti, pousse une écriture féroce dans un immémorial inconscient.Là où des expériences sédi-mentées de guerre, vampire à soldats, ont fiché la rage inex- tinguible, que devient cette résurgence de mémoire, soixante ans plus tard, dans un monde social qui porte les stigmates d’une guerre algérienne mal cicatrisée?Des hommes est un livre âpre, sourd et murmurant, rédigé dans un style coup-de-poing.La peur d’une femme, avec ses enfants, et la bagarre de deux hommes, son frère et son mari, font frémir la lecture.C’est moins sensible qu’affolant, tant la souffrance rentrée et projetée fait un carnage outrancier.Les mots collent à la vérité de Bernard, dont l’esprit saute des coches, et de Chefraoui, devenu sa cible.La haine et l’horreur des souvenirs de guerre distillent un mélange mortel, pointé par plusieurs personnages.La vérité stupide et irréversible, documentée, est sise, tel un cercueil, au centre d’un engrenage impressionnant, une guerre de décolonisation qui demeure, misérable, en un texte bouleversant.Collaboratrice du Devoir LA VÉRITÉ SUR MARIE Jean-Philippe Toussaint Éditions de Minuit Paris, 2009,205 pages DES HOMMES Laurent Mauvignier Éditions de Minuit Paris, 2009,281 pages MO Tk GRANDE BIBLIOTHÈQUE ' IES ÉDITEURS EbECOIS dI'EFFOHI REMUE Les écrivains québécois et la Deuxième Guerre mondiale En collaboration avec l’Académie des lettres du Québec à l’Auditorium de la Grande Bibliothèque le mercredi 4 novembre à 19 h 30 Entrée libre Également : Club d'écoute le jeudi 5 novembre à 19 h et visite-conférence de l'exposition avec le commissaire Jacques Michon le 26 novembre à 19 h Lancement annuel 2009 le mardi 3 novembre 2009 à 17 heures dans le Hall d’honneur du pavillon Roger-Gaudry (Pavillon principal) de l’Université de Montréal, 2900, boulevard Édouard-Montpetit, Montréal (métro Université de Montréal).Le prix de la revue Études françaises 2009 sera remis à madame Hélène Dorion lors de la soirée.Anne Hébert Chronologie et bibliographie Sous la direction de Nathalie Watteyne avec la collaboration de Anne Ancrenat, Patricia Codbout, Lucie Guillemette et Daniel Marcheix Approches et pratiques en évaluation de programme Sous la direction de Valéry Rldde et Christian Dagenais L’autorégulation Pour un dialogue efficace Yves St-Arnaud Aux sciences, citoyens 1 Expériences et méthodes de consultation sur les enjeux scientifiques de notre temps Une publication de l’Institut du Nouveau Monde, sous la direction de Léonore Pion et Florence Piron avec la collaboration de Marie-France Duranceau La Beauceinc.Capital social et capitalisme régional Jacques Palard Le bilan hémodynamique par cathétérisme cardiaque Réda Ibrahim, Alexis Matteau et Nicole Piazza Les clientèles récalcitrantes Comment réussir l’alliance thérapeutique Jérôme Cuay Le comportement électoral des Québécois Éric Bélanger et Richard Nadeau Contre la réforme La dérive idéologique du système d’éducation québécois Normand Baillargeon Équations différentielles Mario Lefebvre L’étreinte des vents Prix de la revue Études françaises Hélène Dorion L’évaluation : concepts et méthodes Sous la direction de Astrid Brousselle, François Champagne, André-Pierre Contandrtopoulos et Zulmira Hartz L’examen musculosquelettique Jean-Luc Tremblay L’interview à la radio et à la télévision Claude Sauvé Introduction aux sciences de l’information Sous la direction de Jean-Michel Salaün et Clément Arsenault GFtANDE BIBLIOTHÈQUE 475.boulevard De Maisonneuve Est, Montréal 6-®® Berrl-UQAM 514 873-UOO ou 1800 363-9028 www.banq.qc.ca Bibliothèque et Arthives nationales __ __ Québec tan Le japon au travail Sous la direction de Bernard Bernier avec la collaboration de Vincent Mirza Joindre langages, cultures et visions CAAD Futures 2009 Sous la direction de Temy Tidafi et Tomas Dorta Lignes de fronts Le roman de guerre dans la littérature africaine Désiré Nyela et Paul Bleton Les migrations internationales contemporaines Une dynamique complexe au cœur de la globalisation Sous la direction de François Crépeau, Delphine Nakache et Idll Attak Le paysage humanisé au Québec Nouveau statut, nouveau paradigme Sous la direction de Gérald Domon La politique internationale en questions Les professeurs du département de science politique de l'Université de Montréal Prévention et traitement des lésions sportive Michel Cuay avec la collaboration de Céline Boudreau-Larivlère et Ginette Michel Profession psychologue Louis Brunet et Dianne Casoni La psychiatrie en question Choix de textes en hommage au professeur Frédéric Grunberg Sous la dlreaion de Pierre Lalonde, Alain Lesage et Luc Nicole Raisonnement et pensée critique Introduction à la logique informelle Martin Montmlny Santé et citoyenneté Les expériences du Brésil et du Québec Sous la direction de André-Pierre Contandrlopoulos, Zulmira Hartz, Marion Cerbier et Amélie Nguyen Signé Papineau La correspondance d’un exilé Yvan Lamonde Terrorisme et anti-terrorisme au Canada Sous ia direction de Stéphane Leman-Langlols et Jean-Paul Brodeur LES REVUES Circuit Criminologie Études françaises Géographie physique et Quaternaire Meta Sociologie et sociétés Les Presses de l'Université de Montréal Université rHl www.pum.umontreal.ca de Montréal ¦¦¦¦Kl DHHHHHII 20k : ^ U À voix i: ^ - (6^ : ^ : &W*qk.-tYZmvd.M, tv to ^vec ^K*'À*c*&rJ*-\làMl, mm - ï***6^5-*’ i \(^^i s/^o^ cUM^1 H; P-'^’i^v ÿ - t 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