Le devoir, 31 août 2005, Supplément 1
INTERNATIONAL Mexique, Brésil, Moyen-Orient, Mali, Etats-Unis NATIONAL Contamination dans les Territoires du Nord-Ouest CULTURE Musiques rebelles : rencontre avec des musiciens engagés d'Amérique latine alternatives LE JOURNAL fà*l'âube \ *dAjn retoor-*^ en arrière UN JOURNAL POUR UN MONDE DIFFÉRENT VOL 12 • NO.l / SEPTEMBRE 2005 WWW.ALTERNATIVES.CA PHOTO OAVC P GILKET l DETROIT FREE PRESS / FRT / ABACA 'W' v wmmmm Le 30 juillet, la mort « accidentelle » de John Garang, leader emblématique du Soudan-Sud, moins d'un mois après son investiture comme % vice-président du Soudan, plonge le pays dans une période de violents affrontements intercommunautaires qui opposent les populations négro-africaines aux Arabes.Et voilà que l'angoisse de la reprise de l'une des plus longues guerres civiles de notre époque ressurgit.Quelques jours après la mort du chef sudiste, nous avons reçu cette lettre d’une amie soudanaise, Gihan, décrivant l'atmosphère régnant au lendemain des émeutes qui ont éclaté dans la capitale : « Jusqu'ici, Khartoum, siège du pouvoir central, avait réussi à commander une guerre à distance, demeurant ainsi à l’écart des affrontement armés qui avaient déchiré le Sud.Au fil des ans, l'arrivée massive des dé- placés de la guerre avait bouleversé les données démographiques de la capitale et créé une fragile, mais tolérante, mosaïque ethnique et religieuse, où églises et mosquées cohabitaient presque sans heurts.Comme un microcosme, mêlant urbains et ruraux, Africains et Arabes, villas et bidonvilles, Khartoum reflétait la diversité et les contrastes du pays, le plus vaste du continent.Outre quelques groupes qui en tiraient profit, les Soudanais, toutes ethnies confondues, souhaitaient la fin de cette guerre commencée à la veille de l'Indépendance.» De bien fragiles espoirs C'est le 9 janvier dernier, à Nairobi, capitale du Kenya, que le gouvernement de Khartoum et le Mouvement populaire pour la libération du Soudan (MPLS - ex-rebelles sudistes) ont signé des accords de paix historiques mettant fin à la guerre civile qui oppose le Nord arabo-musulman au Sud chrétien animiste.Six mois plus tard, la mise sur pied du gouvernement intérimaire d’unité nationale et d'un gouvernement du Soudan-Sud a marqué le début d'une période de transition de six ans, à l'issue de laquelle les sudistes doivent choisir par référendum entre l'unité ou l’indépendance.Première pierre de l'édification politique du nouveau Soudan, une Constitution établit les modalités de partage des richesses entre les deux régions, la nature des rapports entre la religion et l'État, le principe de la diversité ethnique du pays et le droit à l’autodétermination des populations du Sud, afin de briser une longue tradition de domination du Nord.L'entente accorde également au chef sudiste la vice-présidence du Soudan et un droit de veto sur les décisions de l'actuel chef d'État, Omar Hassan Al-Bashir.Mais les incidents qui ont suivi la mort de John Garang révèlent à la fois la fragilité du processus de paix et les faiblesses de ce projet unificateur.Selon plusieurs analystes, les conflits qui traversent le Soudan depuis si longtemps, la politique de division pratiquée par l'administration coloniale britannique et la répression par les régimes dictatoriaux qui se sont succédés après l'Indépendance sont autant de facteurs qui expliquent le désordre permanent dans lequel le pays est enfoncé.La démocratisation, la reconstruction et la réconciliation des diverses communautés semblent lointaines.D'autant plus que l'exploita- tion des ressources du pétrole a littéralement jeté de l'huile sur le feu, puisqu'elle engendre des revenus immenses que les diverses élites, principalement celle qui contrôle le gouvernement de Khartoum, veulent monopoliser.En l'absence d’un projet alternatif à cette crise politique, la mort du principal architecte du processus de paix risque de plonger le pays dans une nouvelle période d'incertitude et d’instabilité.Unique signataire de l'accord de paix au nom du Soudan-Sud, Garang, issu de la tribu Dinka de Bor, la plus in- Les conflits qui traversent le Soudan depuis si longtemps, la politique de division pratiquée par l'administration coloniale fluente de la région, ne faisait pas l'unanimité parmi la trentaine de mouvements politiques et armés du Sud, qui contestaient sa représentativité.Mais il était l'un des seuls à promouvoir l’unité nationale au sein d'une fédération.Visionnaire, il réclamait l'égalité de tous les citoyens — Arabes et Africains, musulmans, chrétiens et animistes — dans un Soudan unifié.Cette nouvelle embûche à la paix aura inévitablement des répercussions sur les laissés-pour-compte des accords de Nairobi : les victimes de la guérilla de la province du Darfour où perdure, depuis 2003, un conflit meurtrier, alors que les deux principaux mouvements rebelles de l'Est du pays menacent de reprendre la lutte armée.Car les crises que traverse actuellement le Soudan ne se résument pas à la lutte Nprd-Sud ni à une opposition Arabes contre Africains, comme il est trop souvent écrit.Elles opposent davantage un centre à ses périphéries où vivent des populations qui ont été longtemps marginalisées par les régimes successifs.Catherine Pappas britannique et la répression par les régimes dictatoriaux qui se sont succédés après l'Indépendance sont autant de facteurs qui expliquent le désordre permanent dans lequel le pays est enfoncé.E P È R E S SOUDAN • Le Soudan est une dictature militaire (islamique), gouvernée par le Conseil de commandement de la révolution.Depuis 1994, le pays forme une sorte de fédération apparemment décentralisée composée de 26 États appelés wilaya.• Il y a 360 sièges au Congrès (Parlement), et les principaux partis sont : l’Alliance nationale démocratique (AND, rebelles du Nord) ; le Mouvement de libération des peuples du Soudan (MPLS) ; le Front national islamique (FNI) ; le Mouvement pour l’indépendance du « Sud-Soudan * (MISS) ; l’Oumma ; le Parti communiste soudanais (PCS) ; le Parti unioniste démocratique (PUD) ; le Rassemblement national démocratique (RND) ; l’Union des partis sudistes (UPS).^ |Soudan • Sa capitale est Khartoum et sa superficie est de 2 505 810 kilomètres carrés.• Le pays connaît de nombreux conflits depuis 40 ans, opposant le Nord et le Sud.• Ce sont les questions d’ordre linguistique et religieux qui enveniment la vie politique soudanaise.Ces questions attisent les tensions entre le Nord et le Sud, et sont devenues l’une des causes du sous-dévetoppement économique.• Plusieurs tentatives de négociation ont achoppé sur la question de l’arabisation et de l’islamisation.La rébellion sudiste exige l’abolition de la loi islamique (la charia) et de l’arabisation, tandis que les nordistes, par la voix du Front national islamique, réclame sa stricte application.Quelques chiffres : • La population soudanaise est estimée â 38,1 millions d'habitants.• Elle est répartie entre deux principaux groupes .les Africains (Béjjas, Dinkas, Noubas, Nuers, Anuaks.) représentent 60%, et les Arabes, 40 %.• Le Nord représente les deux tiers de la superficie du pays et est majoritairement arabophone et musulman.Le Sud est majoritairement peuplé d’Africams, chrétiens et animistes • L'espérance de vie moyenne est de 55 ans.Le taux d'alphabétisation est de 58.8 %, et la croissance démographique annuelle de 2.2 %.• La langue officielle est l’arabe, tandis que les autres langues sont : l'anglais, le dinka, le nuer, le shilouk.• Les ressources principales sont l'agriculture : canne à sucre, sorgho, arachides, céréales ; l'élevage ovin (5e rang mondial), l’élevage bovin (6e rang mondial) ; et le pétrole.Retour historique : • En 1898.le Soudan devient une colonie britannique.L'Empire britannique administra les deux régions comme deux entités distinctes.• Les Britanniques gérèrent le Nord selon le modèle du Direct Rule.Ils mirent en place une structure centralisée et unificatrice, notamment dans l'administration et la formation des cadres locaux.Ils se désintéressèrent du Sud, n'assurant qu’un minimum d'ordre au moindre coût possible, selon le modèle de l’indirect Rule.• La colonisation britannique fut essentiellement militaire.Le pouvoir était exercé par le Soudan Political Service.Lequel s'est essentiellement appuyé sur les petits chefs locaux pour mener sa politique.• Le Soudan accéda à l'indépendance le 1er janvier 1956.L'élite nordiste s'empara du pouvoir et de l'administration et imposa ses politiques et son « idéologie unitaire ».Soit l'arabisation et l’is-lamisation de toute la société soudanaise.Le Sud, quant â lui, souhaite le pluralisme culturel et religieux du Soudan, l'abolition de la charia, et un système fédéral dans un État laïc.• La dictature militaire du régime du général Abboud (1958-1964) imposa l’arabisation et l'islamisation dans tout le Sud.La répression systématique envers le Sud aggrava les tensions qui se transformèrent en véritables conflits armés qui durent depuis plus de 40 ans ? frémissement au Moyen-Orient 2 -4| - Un grand Le Moyen-Orient s'enfonce dans une crise sociale et politique sans précédent, selon un rapport du Programme des Nations unies pour le développement (PNUD) publié au printemps 2005.Pour remédier à cette situation et empêcher les attaques terroristes, les Etats-Unis veulent remodeler la région.Il s'agit d'un ambitieux projet, le « Grand Moyen-Orient », dans lequel Washington propose aux pays arabes de s'arrimer à son système et à ses valeurs.Mais le projet passe mal.Les régimes sont méfiants, l'opposition aussi.Le Caire — Dans l’Égypte profonde, comme au Liban, pour le commerçant du coin, le journaliste, le policier, l'imam, le chômeur ou l'étudiant, le constat est le même : tout autant que les régimes antidémocratiques, les États-Unis dérangent.Prises en étau entre l'oppression de leurs gouvernements et la montée d'un islam radical qui n'est pas accepté, les populations constatent chaque jour que l'horizon radieux promis depuis 50 ans s'éloigne chaque jour davantage.« Nous disons oui à la démocratie mais non aux États-Unis qui veulent nous imposer un code de conduite », affirme sur le ton de la colère Farida Akkache, journaliste et militante des droits de la personne.« Pour l'immense majorité de la population arabe, la politique américaine c'est : la profanation du Coran à Guantanamo, les bombardements en Afghanistan, la répression dans les territoires palestiniens, la guerre en Irak.» De leur côté, les gouvernements arabes perçoivent le projet de remodeler le Moyen-Orient comme une ingérence.Aussi, dénoncent-ils les pressions américaines en exploitant — c’est nouveau — le sentiment anti-américain de leurs populations et même de leurs opposants », commente la journaliste.« Entre-temps, poursuit-elle, la rue est livrée à elle-même et lutte pour sa survie.Les islamistes lui montrent la voie d'un monde fantasmagorique, mais meilleur à ses yeux.» Une autre militante, Amina al Nacash, secrétaire générale du principal parti d'opposition de gauche, le Tagamu (Rassemblement national démocratique), affirme que « les Américains savent pourtant que l'aide qu'ils apportent [aux « démocratures » corrompues] est détournée et ne profite pas à la population.Ils savent que ces régimes, leurs grands amis, font le lit du terrorisme qui leur a explosé en pleine face.» Le bras droit de Ben Laden, Ayman Zawahiri, ainsi que Mohamed Atta, le cerveau présumé des attaques du 11 septembre, sont égyptiens.La majorité des autres responsables des attentats de New York et de Washington provenaient de la grande alliée des États-Unis, l'Arabie Saoudite.« Exister pour nous-mêmes » * Les Américains ne connaissent ni nos sociétés ni ce à quoi elles sont confrontées.Nous existons par nous-mêmes et nous voulons exister pour nous-mêmes », explique Mohammed Essayed, directeur du Centre d'études stratégiques Al-Aram, et l'une des figures marquantes du mouvement d'opposition Kefaya (Ça suffit !), issu de la société civile égyptienne.« Nous sommes acquis à la démocratie depuis le XIX' siècle.Le Parlement égyptien date de 1866.Nous n'avons pas de problèmes avec l'islam mais bien avec une certaine modernité [dans sa formule américanisée], » Selon le chercheur, le Grand Moyen-Orient est une invention colonialiste héritée de la période britannique.« Nous parlons du monde arabe, et eux d'un label qui sert leurs intérêts et ceux d'Israël.Ils pourront envoyer des missiles sur toutes les capitales arabes, ils ne parviendront ni à arrêter les guerres permanentes que nous connaissons ni le terrorisme.» « Aller vers les populations, éduquer nos enfants aux valeurs démocratiques et au respect de l'autre, voilà ce que nous croyons être la voie de la démocratie », espère Aida Younès, une jeune animatrice d'ONG basée à Beyrouth, qui ajoute que
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