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Le devoir
Quotidien montréalais indépendant et influent, qui informe rigoureusement et prend part aux grands débats de la société québécoise [...]

Fondé à Montréal par l'homme politique québécois Henri Bourassa, le quotidien Le Devoir paraît pour la première fois le 10 janvier 1910. Bourassa rassemble autour de lui une équipe de rédaction fort compétente. En font partie Olivar Asselin, Omer Héroux, Georges Pelletier, Louis Dupire et Jules Fournier.

Dès ses débuts, Le Devoir se veut patriotique et indépendant. Résolument catholique, il est partisan de la doctrine sociale de l'Église et appuie un encadrement catholique des mouvements associatif, syndical et coopératif. De tout temps, il défendra la place de la langue française et sera des débats sur la position constitutionnelle du Québec.

Au cours des années 1920, le catholicisme du directeur se dogmatise, ce qui rend plusieurs journalistes inconfortables, mais l'orateur demeure une figure très en vue qui permet au journal d'amasser des fonds. Grâce à lui, Le Devoir pourra toujours s'appuyer sur des donateurs privés, dont certains siègent à son CA. Des journalistes tels Fadette, Jeanne Métivier et Paul Sauriol y font leur marque à la fin de la décennie.

Proche des cercles intellectuels influents, Le Devoir a une vocation nationale. Une grande part de son tirage est tout de même acheminée dans les milieux ruraux. Le journal offrira d'ailleurs un vif appui à l'organisation de l'agriculture québécoise. Il ne pénétrera que tardivement, mais sûrement, le lectorat de la zone métropolitaine.

Au départ de Bourassa en 1932, Georges Pelletier prend la direction du journal. Un regard d'aujourd'hui sur l'époque des décennies 1930 et 1940 révèle une phase plutôt sombre, empreinte d'antisémitisme, le Juif représentant à la fois la cupidité du capitalisme et le péril athéiste lié au communisme.

Durant la Seconde Guerre mondiale, Le Devoir lutte contre la conscription et rapporte les injustices faites aux Canadiens français dans les corps militaires. Sur le plan politique, bien qu'indépendant, le quotidien appuie la fondation du Bloc populaire, parti nationaliste, et se rapproche parfois de l'Union nationale.

Gérard Filion prend la direction du journal en avril 1947. Il en modernise la formule et attire de solides jeunes collaborateurs, dont André Laurendeau, Gérard Pelletier et Pierre Laporte. Le journal prend alors définitivement ses distances de l'Union nationale, critiquant l'absence de politiques sociales, l'anti-syndicalisme et la corruption du gouvernement québécois, et dénonçant la spoliation des ressources naturelles.

À partir de 1964, le journal est dirigé par Claude Ryan, qui en base l'influence sur la recherche de consensus politique, entre autres sur les sujets constitutionnels. Sous sa gouverne, Le Devoir sera fédéraliste pendant la plus grande partie des années 1970.

Bien qu'il soit indépendant des milieux de la finance, Le Devoir est le quotidien montréalais qui accorde la plus grande place dans ses pages à l'économie, surtout à partir des années 1980. En 1990, l'arrivée de Lise Bissonnette à la direction redynamise la ligne éditoriale et le prestige du journal. Le Devoir appuie résolument la cause souverainiste.

Au XXIe siècle, sous la gouverne de Bernard Descôteaux, puis de Brian Myles, Le Devoir continue à informer les Québécois, à donner l'ordre du jour médiatique, à appuyer l'émergence des idées et à alimenter le débat social. C'est pourquoi il faut regarder ailleurs que dans ses données de tirage, relativement plus basses que celles des autres quotidiens montréalais, pour mesurer la force de son influence.

Sources :

BEAULIEU, André et Jean HAMELIN, La presse québécoise des origines à nos jours, Sainte-Foy, Presses de l'Université Laval, 1979, vol. 4, p. 328-333.

BONVILLE DE, Jean, Les quotidiens montréalais de 1945-1985 : morphologie et contenu, Québec, Institut québécois de recherche sur la culture, 1995.

LAHAISE, Robert (dir.), Le Devoir : reflet du Québec au 20e siècle, Lasalle, Hurtubise HMH, 1994.


Éditeur :
  • Montréal :Le devoir,1910-
Contenu spécifique :
Cahier F
Genre spécifique :
  • Journaux
Fréquence :
quotidien
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Le devoir, 2005-09-03, Collections de BAnQ.

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LE DEVOIR, LES SAMEDI 1> 1 M A N ( H E I S E I’ T E M R R E 2 O O 5 Denise Desautels, côté vie, côté écriture Page F 3 Guérillas postrévolutionnaires avec Louis Hamelin Page F 4 LE DEVOIR » o uzanne é GRENIER LE DEVOIR L’inconfort de la vérité vaut mieux que celui du mensonge CAROLINE MONTPET1T epuis la parution de son dentier livre, Suzanne Jacob s'est remise au piano pour apprendre des fugues de Bach.Au départ, elle a eu des hésitations.Puis, au tur et à mesure qu’elle lisait la partition, celle-ci devenait de plus en plus claire.L'exercice illustre un ]x*u le cheminement que suivent les personnages de son dernier roman, /•«gwrttMS, ixiru chez Boréal.Coincés dans des secrets de famille qui se sont perpétués «le génération en génération, ils dénouent Laborieusement et individuellement les nœuds qui les lient pour accéder à leur vérité.Entre temps, ils rencontrent des histoires belles et moins belles, une force en eux qu’ils n’avaient pas soupçonnée.In liliation n'est pas un thème nouveau dans l’œuvre de Suzanne Jacob.Déjà son premier roman, Hure Cocon, |Xïs,tit la question des schémas répétitifs de l’histoire, ces schémas qui mènent jusqu’à la répétition des guerres, par exemple.Plus récemment, Rouge Métis explorait les origines amérindiennes d’une famille d’aujourd'hui.Fugueuses, c’est l’histoire de plusieurs femmes, de différentes générations, qui ont besoin d’échapper au carcan imposé |)ar leur famille pour mieux se comprendre.Elk's tentent de transcender la [xuir et de trouver le courage d’affronter leur propre destin.Cette reconquête se fait à la fois dans la douceur et dans la violence, et on trouve dans Fugueuses des personnages étonnamment paradoxaux.Ainsi sont Catherine et François Hano, à la fois séducteurs et abuseurs.«Il y a des séductions noires et des séductions claires», dit Suzanne Jacob, ajoutant que la marge entre les deux n’est pas toujours limpide.Parce que Fugueuses est aussi l’histoire d’une série d’abus, qui se perpétuent de génération en génération, et avec lesquels les personnages doivent vivre, que cela l«*ur plaise ou non.L’abus, il débute avec l'arrière-grand-père, se poursuit avec le grand-père et pèse*, à peine transformé, sur les générations subséquentes.En entrevue, Suzanne Jacob dit s’être étonnée souvent de voir comment des comportements se transmettent de génération en génération, sans pourtant avoir fait l’objet d’un apprentissage.I Jn peu comme si naître signifiait aussi hériter d’une boite noire dont on devrait lentement déchiffrer le contenu.Cette patiente reconstruction de l’histoire redonne à chacun de nous sa force, sa capacité de rencontrer les événements et de sortir d’une certaine dépendance, d’une certaine apathie.Alors commence le véritable récit fondateur de l’identité.Et ainsi va Natiie, portée par son destin vers le dénouement de ses propres secrets, au-delà des travestissements, au risque de tout perdre et de tout retrouver, sous un autre jour.Dans Fugueuses, cette reconquête du récit ne peut se faire sans une évasion, sans la volonté et la capacité d’échapper aux mensonges ambiants.Ainsi Nathe et sa sœur Alexa proiitent-elles d’un malaise de leur rqère pour remonter en Abitibi, là où elle a grandi.Ainsi Emilie trouve-t-elle le courage de mentir à ses enfants pour rendre visite a son frère à Montréal.C’est comme ça aussi que Fabienne arrive à se séparer passagèrement de son mari, pour se retrouver dans un village au bord du fleuve.Et enfin, Blanche, la vieille Blanche, arrive à s’échapper de l’bôpital où on l’a placée pur connaître une belle mort promise.Aanaq, quant à elle, la vieille Inuk qui ne parle ni le français ni l’anglais, prend le chemin de la rivière qui la ramènera vers la contrée de ses propres origines.Four Suzanne Jacob, œs évasions sont des traversées de la peur.Et Nathe, le personnage qui est au centre de Fugueuses, réussit cette traversée parce qu'elle arrive finalement à découvrir ses origines et se raconter la bonne histoire».L’inconfort «le la vérité vaut mieux que celui du mensonge.Et la musique n’est pas absente de cette partition en devenir.Ainsi, le nom des Hano, qui veut dire doucement, en italien, prend ici des dimensions charmeuses et terrifiantes, et la jeune Nathe retrouve ce couple aux mœurs étranges, à la fois ^tachant et attachant», dirait Suzanne Jacob, au sortir de chacun de ses cours de violon.Leur univers désirable et étouffant est par-dessus tout limité par le sceau du secret Il faut dire que la musique a été très présente dans l’enfance de Suzanne Jacob, dont la mère était pianiste.L’écrivaine apprécie d’avoir été très tôt en contact avec de grands 'textes» de musique, qui n’ont pas été modifiés pour plaire aux enfants.Elle-même, benjamine, a joué du violon pur accompagner ses deux sœurs qui jouaient respectivement du piano et du violoncelle.Et pur l’écrivaine, la musique porte toujours une voix, un discours, et elle s’abstient d’en écouter lorsqu’elle ne peut pas être entièrement attentive à cette voix.Les personnages du récit ont certains points en commun avec Suzanne Jacob.Comme Emilie, l’écrivaine a grandi en Abitibi, comptait de la famille vivant dans lie de Vancouver.Mais dans Fugueuses, Suzanne Jacob emprunte la voix de plusieurs personnes, dont elle retrace le monologue intérieur.Son écriture court comme le fil VOIR PAGE F 2: JACOB I LE DEVOIR, LES SAMEDI 3 ET DIMANCHE 4 SEPTEMBRE 2005 F 2 Livres EN APARTÉ Compte d’auteur MJean Sabourin, 85 ans, attend dans l’entrée du .Devoir.Il est accompagné par plusieurs membres de sa famille qui forment, autour de lui, un demi-cercle.Chacun adopte une pose grave qui donne à cette délégation, très inhabituelle, presque l’allure d’une procession religieuse.M.Sabourin et sa famille viennent déposer au journal un exemplaire du Déclencheur d’idées, un livre grand format de plus de 1300 pages publié à compte d’auteur.La voix fragile de M.Sabourin, mise au service d’une politesse extrême, annonce qu’il y a ni plus ni moins que l’œuvre d’une vie làdedans.Le Déclencheur d’idées, explique-t-il, contient un répertoire de «1600 thèmes analogiques», un regard sur «le style figuré» de même que sur la pratique de la correspondance, ainsi que bien d’autres choses dans la même veine.Le livre, relié à la main, protégé par une solide toile verte embossée par des caractères dorés, constitue un monument très personnel en hommage à la langue française.Comme bien d’autres auteurs sans éditeur, M.Sabourin a pensé que l’autoédition assurerait la gloire à son travail autant qu’à ses idées.Mais malgré ses efforts et ceux de son clan, son livre ne profitera d’aucun réseau de distribution officiel et sera, par conséquent, condamné à demeurer hors de la vue d’un large public.Au fond, est-ce si grave?I>e monde de l’édition, surexcité par des espoirs de rendement qui ne sont jamais satisfaits, rejette chaque année ses excès dans des décharges.Dans h 0* Jean-François Nadeau les réseaux officiels, les taux de retour n’ont en effet jamais é,té aussi élevés.Aux Etats-Unis, où on donne le ton, près de 20 millions de livres sont retournés chaque année aux distributeurs! Le taux de retour des nouveautés en 2003 était de 34 %, comparativement à 28 % une décennie plus tôt Plusieurs livres n’ont plus même le temps de sortir de l’imprimeur qu’ils entrent déjà en quelque sorte en leur tombeau: un livre neuf sur cinq sera réduit en bouilli dans l’année de sa parution.Pour un simple mortel, qu’importe la distribution, surtout quand les résultats des grosses entreprises du genre n’offrent guère plus d’assurance, même pour des auteurs qui voudraient se croire immortels?Pour quelques milliers de dollars, à condition de pouvoir compter sur la collaboration de quelqu’un qui s’y connaît au minimum, l’autoédition permet d’avoir sous la main 500 ou 1000 exemplaires d’un livre, ou du moins de quelque chose qui y ressemble assez pour faire illusion.Chez AGMV Marquis, un des imprimeurs de livres les plus importants au Québec, Serge Lou-bier affirme toutefois consacrer beaucoup de temps à décourager quelque peu des auteurs qui souhaitent se lancer à l’aventure de l’autoédition.Les tirages envisagés, observe-t-il entre autres, sont souvent très irréalistes.Du côté d’imprimerie Gauvin, Jean Yelle soutient que plusieurs livres publiés à compte d’auteur connaissent de bon succès dans les milieux particuliers auxquels ils sont destinés.Ainsi, un vieux loup de mer, habitué de naviguer dans toutes les eaux, a réussi récemment à vendre lui-même deux ou trois milliers d’exemplaires de ses «mémoires».Un exploit.Si les avancées technologiques rendent l’autoédition de plus en plus alléchante et abordable, cette pratique ne date pourtant pas d’hier.En témoigne de la plus belle manière le formidable Manuel de la petite littérature du Québec de Victor-Lévy Beaulieu, réédité il y a quelques années aux Editions Trois-Pistoles.Grâce à ces livres, tout à fait en marge d’une littérature officielle, se dessine là la vie humble de tout un peuple, avec sa quête de miracles, ses espoirs, ses rêves, ses souvenirs.Tout cela bien loin des crustacés littéraires les plus connus.L’autoédition est même devenue aujourd’hui une L’autoédition est devenue aujourd’hui une véritable industrie qui progresse parallèlement à l’édition officielle véritable industrie qui progresse parallèlement à l’édition officielle.A mi-chemin entre les balises rigides fixées par un éditeur établi et l’improvisation plus ou moins heureuse de l'autoédition, des maisons, telles Carte blanche, au Québec, ou l’Harmattan, en France, naviguent pour repêcher des auteurs rejetés par le système éditorial traditionnel.Ces maisons prennent en charge des projets de livre contre rémunération.Elles assurent de la sorte aux auteurs une meilleure qualité finale, de même qu’une certaine distribution.A l’enseigne de l’Harmattan, imaginez que l’on publie aujourd’hui plus d’un titre par jour! Dans le cadre d’une entrevue qu’il accordait récemment à Radio-Canada, Pierre Renaud, le coloré p.-d.g.de la chaîne Renaud-Bray, affirmait que son entreprise de librairies avait dû composer ses étals Tan passé avec pas moins de 27 000 nouveaux titres.Que quelques dizaines de nouveautés par aimée échappent à ce fol univers de la distribution commerciale, cela ne fait pas de mal à personne.Pas même aux gendelettres et à leurs salons de papier.Le Devoir jfnadeau@ledevoir.com LITTÉRATURE JEUNESSE Du nouveau pour les p’tits loups Le Loup de Gouttière lance une collection destinée aux 6-12 ans, entièrement conçue par des auteurs et des artistes autochtones ANNE MICHAUD La maison d’édition Le Loup de Gouttière, spécialisée en poésie et littérature jeunesse, lançait officiellement cette semaine une collection destinée aux 6-12 ans, entièrement écrite et illustrée par des auteurs et des artistes autochtones.Baptisée «Les loups rouges», cette collection se pose en tant que gardienne de la mémoire et des traditions orales des différentes nations amérindiennes.En transposant par écrit et en illustrant ces récits, on assure leur pérennité tout en rendant possible l'éclosion de nouveaux talents artistiques parmi ces communautés.Pour le moment, la collection compte trois titres.Un quatrième est prévu pour le mois de novembre.Hannenorak (sept ans et plus), du poète et directeur de la collection Jean Sioui, comprend sept petites histoires racontées par le vieux sorcier Chaman-dake; on y fait la connaissance de Feutre le castor, de Marie-Mielle l'abeille, de Kataracte la taupe, de Wakas-pic le porc-épic chauve et d’autres animaux issus de l’imaginaire de la nation wendate.Le Fetit Aigle et l'enfant (sept ans et plus), de Joanne l-afram-boise, met en parallèle les apprentissages du jeune Atsi et de l'aiglon Atondi, qui devront tous deux faire preuve d’un grand courage pour affronter leurs destins respectifs.Les histoires sont directement inspirées des contes, légendes et mythes amérindiens Quant à Yawendara et la forêt des Têtes-Coupées, de Louis-Karl Picard-Sioui, c’est un roman un peu plus étoffé (dix ans et plus) qui raconte comment la jeune Yawendara, aidée par le Grand Conseil des animaux, affronta Fils-d'Areskwe, le maître de la Forêt des Têtes-Coupées, afin de sauver sa grand-mère et tous les autres habitants de son village.Ces histoires, quoique généralement simples, sont directement inspirées des contes, légendes et mythes amérindiens et sont donc particulièrement riches en valeurs spirituelles, humaines et sociales; en raison des nombreuses métaphores et des abondantes références aux coutumes autochtones, les plus jeunes lecteurs auront probablement besoin de l'accompagnement d’un adulte pour bien saisir le sens des récits.Les textes, de même que les illustrations qui les accompagnent, sont plutôt naïfs et demeurent très proches de leurs origines orales, mais cela ne devrait pas déplaire aux enfants, qui découvriront dans ces romans un univers où les hommes sont en communication directe avec- la nature et où les traditions, la famille et la communauté ont une importance primordiale.Collaboratrice du Devoir Collection «Les loups rouges» Pour 6-12 ans Editions Le Loup de Gouttière, Québec Lib e r f « de vive voix » Jt Sophie Jama Entretiens avec Naïm Kattan Les temps du nomade.Itinéraire d'un écrivain MIWMITO UMEMINPl NOM VIH fWwèr ïmrmrm 2S2 p*grs.2.' dollars Télé-stop Une nouvelle émission littéraire diffusée sur Internet PAUL CAUCHON La campagne publicitaire de Folio pour promouvoir la littérature prend de l’expansion: Gallimard va en effet inaugurer la semaine prochaine une toute nouvelle émission littéraire exclusivement diffusée sur Internet, avec le journaliste Pierre Ihibeault, de l'hebdomadaire Ici, comme animateur.Cette émission, Télé-stop, doit être en ligne à compter de mercredi sur un site Internet créé pour l’occasion par le groupe Lichen.Le responsable de Lichen, Laurent Rabatel, avait conçu la campagne publicitaire de Folio de l'hiver dernier.Ce magazine littéraire nouveau genre veut échapper à la «tyrannie du neuf» en proposant des lectures qui ne sont pas nécessairement de nouvelles parutions.Cinq émissions, d’une vingtaine de minutes chacune, sont actuellement enregistrées et elles seront mises en ligne à raison d'une émission différente toutes les deux semaines.A titre d’exemple, dans une des émissions, Nelly Arcan et Patrice Dansereau discutent des romans Passion simple d’Annie Er-naux et Hiroshima mon amour de Marguerite Duras.Dans une autre émission, Maurice G.Dantec discute de Taméricanité dans L’Hiver de force de Réjean Ducharme et Sur la route de Jack Kerouac.Une autre émission présente Wajdi Mouawad et Thierry Bar-dini parlant de L’Adversaire, d’Emmanuel Carrière, et de La Tache, de Philip Roth.Jean Dion et André Marois discutent pour leur part de Money money, de Martin Amis, ainsi que de 99 francs, de Biegbeder.Chaque émission est enregistrée dans un lieu différent, dont une église et un bain tourbillon! Les livres proposés sont des titres de la collection «Folio».Josée Lareau, attachée de presse de Gallimard au Québec, n’exclut pas que, si le projet suscite de l’intérêt, d’autres éditeurs puissent s’y joindre, mais «pour le moment c’est un banc d’essai, nous atten- dons de voir comment cela sera reçu», dit-elle.Folio avait lancé en février une campagne publicitaire provocante sur le thème «Un Folio lu, une émission stupide pas vue», une campagne conçue pour le Québec et qui incluait une «trousse de décrochage télévisuel».La campagne critiquait également la quasi-absence d’émissions littéraires à la télévision.Gallimard prend donc maintenant le taureau par les cornes en créant sa propre émission.Le site Internet doit être inauguré officiellement mercredi soir, le 7 septembre, au wumtele-stop.com.Le Devoir Café littéraire alternatif Les journées Alternatives, organisées par l’ONG du même nom, seront l'occasion de rencontrer cette année deux écrivains qui partageront leur perception du monde.11 s'agit d’Olivier Rolin, écrivain français qui publiait Tigre en papier en 2003 et Port Soudan en 1994, et de Paco Ignacio Taibo II, qui vient de publier au Mexique Commission d’enquête, un polar écrit à quatre mains, avec le sous-commandant Marcos.Le premier, qu’on retrouvera, le 9 septembre à 14h au pub L'île noire, est un ancien militant de l’extrême gauche française.Le second, qui sera le samedi 10 septembre à midi au café L’Utopik, est issu d’une famille socialo-anar-chisante espagnole.Ces cafés littéraires seront animés par Danielle Laurin.Les journées Alternatives se déroulent les 8, 9 et 10 septembre 2005.Le Devoir ÉCHOS Sylvain Trudel chez 10/18 Du mercure sous la langue, roman de Sylvain Trudel d’abord publié aux Editions Les Allusifs, sera repris en édition de poche chez 10/18.C’est le premier auteur québécois à entrer au catalogue de cette collection.Du mercure sous la langue raconte l’histoire d'un adolescent qui arrive prématurément au terme de sa vie, et en fait le bilan.- Le Devoir JACQUES NAOEAU LE DEVOIR Sylvain Trudel JACOB SUITE DE LA PAGE F 1 sans entrave de la pensée.En entrevue, elle se souvient avoir fait travailler des étudiants de l’Université d’Ottawa, où elle était en résidence d’écrivain, sur ce monologue intérieur.L’accès à cette ressource est inestimable, dit-elle, pour l’écrivain.Il semble aussi que ce soit le plus sûr chemin vers la vérité toute crue.Le Devoir FUGUEUSES SuzanneJacob Montréal Boréal, 2005,329 pages Pas assez de littérature québécoise Ne manquez pas le salon de la philosophie et des sciences humaines du 10 au 30 octobre 2005 • Tables rondes, débats et conférences.• Présentation exceptionnelle de fonds d'éditeurs.Renseignements : Laurent (514) 337 4088 poste : 218 I 2752, de Salaberry - Galeries Normandie \c/tMon,réa|( Qc H3M 1L3 (514) 337-4083 • www.LibrairieMonet.com T / semble que les journalistes ^ X n’aient pas comme priorité de Parler de la littérature québécoise», avance Alexandrine Foulon à la suite d’une étude qu’elle a conduite sous la gouverne de l’Université de Sherbrooke et dont elle résume certaines des conclusions dans Tiré à part, le périodique de l’association des éditeurs.En 2002-03, dans son cahier des Livres, Le Devoir a consacré 26,1 % de son espace éditorial à des ouvrages québécois.Durant la même période, l’hebdomadaire Voir consacrait 17,5 % de son espace au même univers et La Presse, seulement 14,8 %.Ces données prennent une perspective encore plus intéressante lorsque Ton considère que Le Devoir a publié, durant cçt-te même période, 332 pages consacrées aux livres tandis que l’hebdomadaire Voir et le quotidien de la rue Saint-Jacques en publiaient respectivement 166 et 198.Pour Alexandrine Foulon, fille de l’éditeur Hervé Foulon (Hur-thubise-HMH), la place de la littérature québécoise devrait être meilleure dans les journaux québécois.«Les éditeurs pourraient dire et redire leur mécontentement, cela ne changerait pas grand-chose, car ce sont les journaux qui doivent être convaincus de la nécessité d’un changement et apporter les modifications nécessaires».Le Devoir ÉCHOS Quelle rentrée ?Selon un sondage Ipsos-Epok réalisé en France au début de Tété, 82 % des personnes interrogées affirmaient ne pas s’intéresser à la rentrée littéraire.Selon cette étude, 27 % de tous les sondés avaient pourtant envie de lire Une fête en lames, de Jean d’Ormes- son (Robert Laffont), et 26 % Le Roman des Jardin, d’Alexandre Jardin (Grasset).fis étaient 20 % à avoir envie de se plonger dans Acide sulfurique, d’Amélie No-thomb (Albin Michel), et 13 % dans La Possibilité d’une île, de Michel Houellebecq, un roman pourtant surmédiatisé (Fayard).-Le Devoir LIBRAIRIE BONHEUR D’OCCASION Livres d’occasion de qualité Livres d’art et de collections Canadiana Livres anciens et rares Littérature Philosophie Sciences humaines Service de presse Achetons à domicile 514-522-8848 1-888-522-8848 4487, rue De La Roche (angle Mont-Royal) bonheurd occasion @ bellnet.ca NOUS NOUS DÉPLAÇONS PARTOUT AU QUÉBEC, POUR LACHAT DE BIBLIOTHÈQUES IMPORTANTES.1 r LE DEVOIR.LES SAMEDI 3 ET DIMANCHE 4 SEPTEMBRE 2 0 0 5 y Littérature ^ C GILLES DAIGNAULT Au nombre des meilleurs écrivains québécois contemporains, Denise Desautels fait entendre depuis trente ans une voix unique et sensible.Où?* Tant du côté de la vie que du côté de récriture Suzanne Giguère Il s’agit d’écrire où ça brûle.Dans sa vie comme dans son œuvre, Denise Desautels a affronté la mort.Au plus près d’elle.La disparition d’êtres chers (une amie d'enfance, sa mère, son père) est devenue une sorte de rivage sur lequel l’auteure a pris appui pour en faire un élément vital de sa création.Dans Ce désir toujours, pour la première fois peut-être, elle plante une objection dans le champ du malheur et tente de poser quelques mots sur l’étonnement d’être vivant.Découpé en vingt-six chapitres, le récit rassemble les épisodes significatifs de son existence, que la romancière transpose dans une prose vibrante d’images et de sensations.Un questionnement sur l’écriture accompagne le récit.L’auteure, qui se définit comme «une archéologue de l’intime», signe un texte d’une émouvante beauté dans une prose claire, balancée, aérienne.Un supplément d’aube «J’écris après, décidée à tenir éloignés mes fantômes, morts et mots [.], pour faire taire l’autre, l’inconsolable, ramassée dans un coin de mon crâne, l’autre, la toute petite, l’obstinée, qui continue de bercer sa blessure et d’attendre.» Devant une écriture saturée de douleur et de deuil, la narratrice est déterminée à laisser derrière elle ce qu'il y a «de souffrant, d’irrésolu, daveuglé».D’en suspendre l’écho.Pour achever le deuil et célébrer le désir, catalyseur du vivant il faut encore une fois, accepter que les arcades de la mémoire s’ouvrent Remuer les souvenirs, ceux de l’enfance avec ses lieux et ses deuils, laisser l’écriture se «cogner à répétition» contre la pensée obsédante de la mort Petit à petit, les voix, les gestes se dérobent Après un long et lent retournement la narratrice parvient à stimuler une sensualité éprouvée par des deuils successifs.Elle trouve la force de laisser passer parmi la tristesse de la perte la beauté des couleurs saisonnières du mont Royal.Les mots se dilatent redisent la force du lien qui l’unit à Gilles, son compagnon depuis trente ans.«Sans cette étreinte continue, je ne remonterais plus à la surface, ne jouerais plus à espérer un supplément d’aube.» Dépassant la dimension intime du deuil, la ro- mancière se met à l’écoute du monde.Écrit au plus près d'elle dans un souci d’attention au monde.«Surtout ne pas oublier [.] le fait que le monde ne s’arrête pas à ma porte [.] me sentir responsable devant l’univers de ce qui se passe dans les gouffres de ma chair.» Elle joint son histoire personnelle à la grande, «à cette clameur de l’univers qui, curieusement, a de plus en plus tendance à se rapprocher de son territoire intime» par le biais d’artistes avec qui elle travaille.Elle s’ouvre à d’autres voix, accueille les livres des écrivaines qui savent dire en une phrase le trouble qui l’assaille.«Mon écriture ne prend son élan que portée par des pensées et des images murmurantes [.] j’écris à proximité des voix chercheuses.» Contre l’inespoir Le romanesque est une essence à découvrir.L’écriture de Denise Desautels est à décrypter comme une fouille archéologique d’un monde enfoui.Elle répertorie ses souvenirs «en éclats», les classe par ordre alphabétique (de «Avant» à «Journal»; de «Bibliothèque» à «Miroirs»; de «Père» à «Zeuzères», ces papillons de nuit qui creusent des galeries sous l’écorce des arbres fruitiers), les rassemble en une vaste palette d’évocations.Un faisceau de réflexions, de sentiments, de visions s'enchaînent et se fraient un chemin.Reste à construire le sens.«Il y a tant de résistance jusqu'à l’histoire vraie», écrivait-elle déjà dans Leçons de Venise.Ce désir toujours relate aussi sa confrontation à l’écriture.Et sa conquête.«Écrire.Un ring au centre de soi, où blessure.imagination, langage et sensation s’affrontent [.] En conséquence, l’écriture — ses fouilles, ses exigences, son utopie — n’arrête pas d’être nécessaire.Contre le désespéré.Contre l'inespoir.» Ce désir toujours est un petit livre très dense porté par une «écriture de la blessure qui pousse, irrépressible».Une écriture qui va plus loin cette fois avec juste ce qu'il faut de légèreté.Comptant parmi les quelques grandes poètes québécoises contemporaines, Denise Desautels a publié plus d’une trentaine de recueils de poésie, salués par de nombreux prix, un récit Ce fauve, le bonheur, des dramatiques radiophoniques et de nombreux livres d’artistes.Au cours de trente années d’écriture, elle a fait entendre une voix unique et sensible.Elle signe ici son deuxième récit Collaboratrice du Devoir CE DÉSIR TOUJOURS Denise Desautels Leméac, coll.«Ici Tailleurs» Montréal, 2005,136 pages Presses de l'Université du Québec Collection Problèmes sociaux et interventions sociales Comparaison internationale.analyses et tîébaft uowi mwn c«o«u fUVÉNUi lesécMpt I de Sa recherche 39* Revenu minimum garanti Lionel-Henri Groulx 29* Trajectoires de déviance juvénile Natacha Brunelle et Marie-Marthe Cousineau Commandez en ligne et économisez WWW.BEJES.ca 1 800 859.7474 Québec S S LITTÉRATURE QUÉBÉCOISE Soude caustique pour râme CHRISTIAN DESMEULES On a eu tôt fait depuis ses débuts, de pointer le ton et le style de Suzanne Myre: propos mordants, humour ravageur, cynisme corrosit écriture imagee et méchanceté à la dé./ai de mauvaises nouvelles pour ims, en 2001, l’avait discrètement révélée.Nouvelles d’autres mères (2003), puis Humains aigres-doux, paru Tan dernier, sont venus confirmer une voix et un regard.C’est donc sans surprise que Ton retrouve, dans les six nouvelles de son quatrième recueil, intitulé Le Peignoir, la même narratrice acariâtre, portant bas sa trentaine désabusée et qui se balance encore une fois en équilibre fragile sur La mince ligne de ses névroses.Comme dans le récit drôle et amer d’une rencontre avec Bobino dans un centre commercial de Montréal-Nord (Nom d’une Bobi-nettef).Bien des années plus tard, apprenant que le comédien qui avait incarné l'idole de son enfance souffrait de dédoublement de personnalité: «Je t’imaginais, triste et seul dans sa cellule, coiffé de son chapeau melon défraîchi, espérant le jet d'une poire à eau qui ne viendrait jamais» Dans la nouvelle intitulée Le Peignoir — la plus longue du recueil, qui s’étire un peu poussivement sur près de 80 pages —, un couple s’offre un week-end d’évasion et de détente dans un spa au-dessus de leurs moyens.Peintre en manque d’inspiration et kleptomane en rémission, la narratrice y fait la rencontre d'un ancien prof de cégep (et de sa jeune compagne) ppur le quel elle avait le béguin.Ailleurs, «l’alter ego de l’auteure» se retrouve seule dans un chalet à la campagne et voit son besoin de solitude et de silence saboté par des désagréments imprévus (Le moustique erre) ', une femme se déchire un tendon sur un appareil d’exerdee et en profite, en arrêt de travail, pour s’incruster chez son copain du moment (Tendres ten- dons)'.une massothérapeute, prolixe en conseils de santé pour ses patients, reequilibrage des chakras et désintoxication par le lait de soya, se reserve la télévision à écran géant et les Froot-Loops (La Massotherapeute).Petites catastrophes du quotidien, traque sans merci de l’envers des apparences: le regard de Tauteure possède toujours autant d'acuite, mais il s ent barrasse cette fois nettement moins demotion.La délicatesse de l'humour Ronchonneuse, acide, caustique, toujours à la limite de la hargne, sempiterneDement insatisfaite de sa relation amoureuse de l’instant, la narratrice de Suzanne Myre critique phrase après phrase tout ce qui retient son attention.La Terre au complet lui en veut et tout le monde conspire pour lui rendre la vie impossible.Mais l’humour est un genre délicat, qui commande de doser ses effets.Ne serait-ce que pour laisser le lecteur reprendre son souffle avant de hù en remettre une tasse.Le hic, au-delà de leur aigreur parfois indigeste, est que ces nouvelles donnent l’impression d'avoir déjà été lues ailleurs.Dans un autre recueil de Suzanne Myre?Par exemple.Un cru moyen, en somme, qui sent un peu la précipitation ou l’essoufflement, et qui risquera sans doute do décevoir jusqu’aux aficionados de Tauteure.Collaborateur du Devoir LE PEIGNOIR Suzanne Myre Marchand de feuilles Montreal, 2(X)5,178 pages Suzanne Myre mtmm DING, DONC; ! Robert Soulières, Soulières Editeur, 9,95$ Offrez-vous un Soulières à la sauce Queneau : c’est du plaisir à l'état pur à déguster par petites bouchées ! Brigitte Moreau librairie Monet (Montréal) ROUGE SECRET Chrystine Brouillet, Boréal, 25,95$ Irène est sous le joug d’un mari jaloux et manipulateur.Puissant homme d’affaires, il réussit à la faire incarcérer pour un meurtre qu'elle n'a pas commis.L'espoir renaît avec l’enquêteur Frédéric Fontaine, qui croit en son innocence.Lucie Lizotte librairie Clément Morin (Trois-Rivières) LE CHRIST PAÏEN Tom Harpur, Boréal, 27,95$ Harpur, nourri à des sources mythiques anciennes et diverses, nous présente les origines païennes du christianisme.Une démonstration fascinante d'une manipulation faite au profit de l'institution catholique.Une lecture très accessible pour qui s'intéresse à l'Histoire.Yves Guillet librairie Le Fureteur (Saint-launbert) FUGUEUSES Suzanne Jacob, Boréal, 27,95$ La texture de Fugueuses est riche, englobante et fait figure d'importance.1 o dérive de scs personnages exorbités mène au coeur de leurs vies incertaines et fabulées, modulant du même coup l'émotion du lecteur fasciné, ému, preneur ! Isabelle Beaulieu librairie Pantoute (Québec) LE PEIGNOIR Suzanne Myre, Marchand de feuilles, 21,95$ En six nouvelles, Tauteure nous dépeint le quotidien des relations humaines et de couple.Des situations drôles et des échanges percutants animent ce petit ouvrage qui l u U hn*4 nAk-n nous fait rire, parfois jaune ! À ne pas manquer ' Lina I^essard librairie Les Bouquinistes (Chicoutimi) le libraire Bimestriel gratuit sept-oct 2005 Disponible le 12 septembre j h Uhnmc -j www.lelibraire.org Le portail du livre au Québec Avec I aide de Patrimotne Canada Canacfâ Une réalisation des librairies indépendantes MOR'N Jfc.I I b «Al R I 6 PANTOUTE UBftAtftli “13' URETEUR Informations : info@lelibraire.org I » I LE DEVOIR, L E S S A M E D I 3 ET DI M A N (HE 1 E P T E M B R E 2 0 0 5 F 1 «'Littérature-» Guérillas Un coup de dés n’abolit pas le hasard, mais acheter ou emprunter des livres, parfois, oui.Et donc ça ne peut pas être un hasard si quatre des ouvrages qui me sont passés entre les mains au cours des dernières semaines possèdent un mot-clef en commun, un beau mot, féroce et riche de passé, aux odeurs putrides de jungle et de charniers: guérilla.Le premier roman d’Arturo Pérez-Reverte, traduit par François Maspero, a été réédité ce printemps.Le Hussard raconte les tribulations ibériques d’une paire de soldats napoléoniens qui, croyant apporter les bienlaits de la Révolution française à un peuple arriéré, voient se dresser devant eux les premiers guérilleros.Dans Le borgne est roi, pièce de Carlos Fuentes datée de 1968, et rééditée elle aussi ce printemps, les guérilleros débarquent à la toute fin, deus machina qui arrive comme un cheveu sur la soupe pour exécuter sommairement un des protagonistes.Autre réédition printanière, Un nom de torero, de Luis Sepulveda, met en scène un vétéran des guerres de libération latino-américaines qui, dans l’exil, s’est recyclé en videur de cabaret érotique à Hambourg.Enfin, j’ai profité d’une petite semaine de vacances pour lire, entre deux expéditions de pédalo ou de maison flottante sur le lac Kipawa, l’ouvrage littéraire définitif sur le sujet: Guerre au paradis, du Mexicain Carlos Montemayor.Sans compter la petite manie personnelle qui consiste à accumuler tout ce que je peux trouver sur mes bons amis felquistes, lesquels, il ne faut pas l’oublier, se trouvaient sous l'influence desTupamaros lorsque leur est venue cette idée bizarre de kidnapper un obscur attaché commercial britannique.Je sais que je vais avoir l’air de réagir un bon mois après tout le monde (comme d’habitude), mais difficile, même pour un gars en vacances, de ne pas se cogner la tête au plafond à l’idée d'un Jean-Daniel La-fond endossant la casaque vice-royale pour aller Louis Hamelin jouer les potiches de luxe à Rideau Hall.Irefond vient opportunément nous rappeler que les idées sont les chemises et les chaussettes de l’âme et que, décidément (mais ça, on le savait déjà), Paul Martin lave plus blanc.Quant à Jacques Lanctôt, virulent pourfendeur du couple vire-capot, drapé dans son inébranlable fidélité à Cuba et à la Cause, il a sûrement oublié avoir déclaré à Nathalie Petrowsky, dans les pages du Devoir en 1984, qu'il travaillait à un roman «sur la trahison»: «Je ne sais pas, ajoutait alors l’ancien felquiste.JwsçK’à quel point je ne porte pas cela en moi.» Et nous non plus, pour le moment.Il faudra peut-être attendre que l’ex-Robin des Bois reçoive des offres d’Ottawa pour en savoir un peu plus.?Mais revenons à nos moutons du printemps.La pièce de Fuentes, qualifiée d’onirique par le présentateur de la N RF, rejoue la lutte des classes et la conquête de Mexico sous les traits de deux protagonistes aveugles, et le tout baigne dans une céré-bralité qui confine assez souvent au maniérisme et finit par étouffer le propos sous une accumulation de paradoxes plus songés que vraiment spirituels.Telles les ailes du célèbre albatros, la haute intellec-tualité d’un Fuentes handicape parfois la marche raffinée de sa prose sur le terrain de la fiction, pro- blème inconnu de ces romanciers plus instinctifs, plus naturels que sont les Garcia Marquez et Vargas Uosa, ses contemporains.Quant au Perez-Re-verte, il ne m’a fait ni chaud ni froid, ce qui n’annonce rien de très bon pour une histoire censée se dérouler sabre au clair sous l'astre implacable de la péninsule ibérique.La plus captivante de ces trois rééditions reste donc l’attachant polar post-révolutionnaire imaginé par Luis Sepulveda, dont Le vieux qui lisait des romans d'amour, à l’époque, m’avait passablement irrité 0e continue de croire que l’ocelot, qui n’est quand même pas un jaguar, n’attaque pas l’homme, et que l’histoire racontée par le Chilien reposait donc sur une absurdité aussi énorme que celle que commettrait tel romancier québécois essayant de nous passer en douce un lynx mangeur d’homme.mais basta).Sepulveda me devint par contre éminemment sympathique le jour où je découvris (en lisant La Folie de Pinochet, je crois) qu'il avait fait partie de la garde rapprochée de Salvador Allende et avait goûté à la médecine des sbires de Pinochet.La torture constitue d’ailleurs un des élé-ments-clefs de cette sombre histoire de pièces d’or dérobées à un banquier juif par les So, puis volées et mises en sûreté (vraiment?) quelque part au fin fond de la Terre de Feu, et sur les traces desquelles sont simultanément lancés d’anciens agents de la Stasi et un vétéran désabusé de la brigade Simon Bolivar et de la révolution sandiniste, sorti de sa retraite hambourgeoise pour découvrir, plein de réjouissant cynisme, le bonheur climatisé post-Pinochet et la démocratie made in Chili: «[•••] quand la démocratie a ouvert ses cuisses au Chili, elle a d’abord annoncé le prix et la monnaie dans laquelle elle s’est fait payer s’appelle oubli.» Je me souviens.Je m’étais fendu d’une lettre ouverte dans Le Devoir pour dénoncer Guy Sor-man, ce sinistre pseudo-penseur français qui était allé serrer la main du sénateur Augusto Pinochet, proclamé par lui grand artisan du miracle économique chilien.J'avais eu droit à des félicitations de Jacques Lanctôt.Lisez Sepulveda, en souvenir des vieilles luttes, et Montemayor, pour, en ce balbutiant début de mille naire, garder de force les yeux ouverts.Après l’avoir lu, impossible, même pour «un gars en vacances», de voir Acapulco, ses montagnes et sa mer de la même manière.Collaborateur du Devoir UN NOM DE TORERO Luis Sepulveda Traduit de l'espagnol par François Maspero Métailié Paris, 2005,197 pages LE HUSSARD Arturo Perez-Reverte Traduit de l’espagnol par François Maspero Le Seuil Paris, 2005,193 pages LE BORGNE EST ROI Carlos Fuentes Traduit de l'espagnol par Céline Zins Gallimard Paris, 2005,95 pages GUERRE AU PARADIS Carlos Montemayor Traduit de l’espagnol par Anny Amberni Gallimard Paris, 1999,443 pages LITTÉRATURE FRANÇAISE Incandescence de Guyotat SOURCE ÉDITIONS LÉO SCHEER Pierre Guyotat en 1976, vu par Mohror.GUYLAINE MASSOUTRE Lorsque Progénitures, de Pierre Guyotat, est sorti chez Gallimard (2000), 800 pages de versets scandés, la lecture, quasi impossible en raison des ellipses affectant la syntaxe et l’orthographe, exigea plus que de la patience: une dévotion à la musique de la langue, aux pulsions de l’auteur et au spectacle du sens nié.Sons heurtés, avalés, amputés, froissés, déjections et divagations sonores sur papier, il fallait supporter des pages d’élan radical.Cette écriture brute trouve sa plénitude dans la performance scénique.Artaud hante toujours les grands.Toute envahie par le corps, par ses organes explosés, sexués, et par les échafaudages d’une narration impossible, l’écriture met en branle une langue inventée, créolisée, arabisante et franco-occitane, un argot traversé par des lieux, des figures, des bribes d’action, des figures.Un enregistrement de Guyotat lisant les premières pages accompagnait l'ouvrage.L'exploit ne passa pas inaperçu, débordant les milieux savants lorsque France-Culture le diffusa en série.Guyotat n’était pas un inconnu.; Comme jadis Genet, défendu par Sartre, il deviqt vite un auteur hors norme.A l’Institut Mémoires de l’édition contemporaine, on l’a impliqué dans la «visitation» de ses carnets.Pourquoi cet honneur?Parce que dès Tombeau pour cinq cent mille soldats (1967) et Êdcn, Éden, Éden (1970), interdit jusqu’en 1981, Guyotat se démarquait.Denis Roche, Sellers, Louis-René des Forêts, Klossowski, Foucault l’ont saisi très vite.Guyotat livrait là l’expérience d’une écriture non pas automatique, mais non censurée, introspective et solitaire, marquée par la révolte et le témoignage sur le monde.On en retient surtout sa participation à la guerre d’Algérie, qui lui valut arrestation, internement en cachot et condamnation pour atteinte au moral de l’armée.Mais il y eut aussi Cuba et le communisme.Aujourd’hui, sa prose se veut fédératrice et voluptueuse.Le Verbe musclé Trois nouveaux ouvrages le font mieux connaître.Ashby, écrit dans la vingtaine, est un de ses premiers romans.Publié çn 1964, il se passe en Ecosse et fait écho à un amour de jeunesse, vécu en 1955.Rédigé au début en Ka-bylie, où Guyotat se rebelle contre la guerre coloniale, sa fiction shakespearienne porte déjà tous les signes du monde cruel dont il saisit le matériau.Sur un cheval, sa première fiction, publiée en 1961, peint durement le monde familial.Ce n'est rien à côté de ce qu'il va inventer pour tenter, par-delà la folie de sa gorge cas-cadant les consonnes, de libérer l’esclave du maître et de rendre le dernier homme, selon ses vœux, «propriétaire de son corps et de son organe», «d’un sexe et de la pensée de ce sexe».Faut-il le préciser, le viol est omniprésent.«Le sexe ne m intéresse pas, écrit-il.Je suis un politique, je traque l’esclave absolu.» Bernard Comment, éditeur de ces textes introuvables, jadis refusés au Seuil, rend hommage à cet irréductible pourfendeur de la liberté.Le barbare — un homme «joueur et sombre, exigeant et tendre, chaleureux et timide», comme le dépeint Catherine Brun —, né en 1940 en Haute-Loire, sait dès l’âge de 14 ans qu’il sera écrivain.Dans la matrice Le second ouvrage.Carnets de bord, est le premier volume de ses notes, remontant aux années 60.Quoique non rédigées, ces pages documentent la mémoire collective et une œuvre qui colle aux événements.Tensions, ondu- lations, griffures, ce journal intime et carnet de voyage fqrme l’assise de l’œuvre jusqu’à Eden, Éden, Éden.Ces Carnets se lisent aussi pour ce qu'ils sont: des notes prises dans l’action par un soldat d’une France en guerre, par un militant à Cuba, enfin, par un témoin détaché des événements de Mai 68.Echos de vie, notes de lecture, architecture en cours, refrains d’une esthétique qui se pense, le «texte sauvage» face au «texte publié» déborde d'audace.Au point qu’en 1967 il déclare: «La fiction dépasse de loin sa vérification historique.» En somme, ces carnets de projets inventent le réel, la vie.la réalité charnelle: «Mes textes sont de vrais chants d’amour.» En notant «seule l’épopée et un théâtre dont le rythme reste à établir peuvent rendre compte d’un monde “démoralisé”.Une exploration de la subversion fait mieux ressentir l'âme universelle», Guyotat ne professe aucune théorie.Mais il réalise un programme.V.lallement, éditeur de ces inédits, a eu fort à faire.Rien n'est omis, ratures, alinéas.Les caractères d’imprimerie facilitent la lecture de ce reportage.Tellement vivant! On évoque, en introduction, des prises de vue caméra au poing.Lieux, scènes et visages croqués dans la rue, au bordel, rêves et jeux, fulgurances verbales, cette mine de mots au quotidien éveille une énergie en prise sur le XX' siècle.Elle relance l’idée d’une littérature sublime.«Quand création belle, tremblement.Je me jette dans le verbe comme dans la mort.Création, infinie tendresse pour la mort.Peut-être pour la mort, état nécessaire à toute naissance.» Pour traverser indemnes — et plus intelligents — les pages préliminaires au Tombeau, comme pour démêler la fiction du souvenir, il est bon de se munir de la biographie de Catherine Brun.Etablie grâce à Guyotat elle permet d’aller très loin dans cette aventure bouleversante.De comprendre ce qu’une telle fureur esthétique doit à l’histoire de famille et aux engagements qui, depuis toujours, sous-tendent sa pensée.L’intellectuel artiste n’a pas écrit dans le désert Un climat de débats et de polémiques a soutenu et poussé l’irrépressible nomade à franchir les limites de son corps.La parole personnelle et survoltée qui en découle, un étonnant sabir au cœur des tornades à Tel Quel, le propulse, avec des soubresauts, en avant de la grand-scène éditoriale.La charge symbolique de Guyotat est considérable.ASHBY, SUIVI de SUR UN CHEVAL Pierre Guyotat Le Seuil Paris, 2005.208 pages CARNETS DE BORD Vol.I, 1962-1969 Pierre Guyotat Lignes & Manifeste, 2005, 637 pages PIERRE GUYOTAT, ESSAI BIOGRAPHIQUE Catherine Brun LéoScheer Paris, 2005,509 pages Dans ses œuvres, Guyotat livrait l’expérience d’une écriture non pas automatique, mais non censurée, introspective et solitaire, marquée par la révolte et le témoignage sur le monde Les journées Alternatives • 8 - 9 -10 septembre 2005 Cinémathèque québécoise, Maison Théâtre, Cégep du Vieux-Montréal, Bibliothèque Nationale du Québec, ONF et cafés du quartier latin.DE L’ACTION LOCALE À LA CITOYENNETÉ MONDIALE Raconter sans frontières Café littéraire - Vendredi, 9 septembre 14 h à 17 h • Pub L’île Noire Avec Olivier Rotin Une rencontre particulière avec l’auteur Olivier ROLIN et vous.Le romancier français vous entretiendra sur sa conception et sa perception du monde, à travers ses voyages et ses reportages, ses rêves et ses luttes de jeunesse, son œil de marin et sa plume d'écrivain.OLIVIER ROLIN Ne en 1947.Olivier Rolin fut l’un des animateurs de Mai 68 et entra par la suite en clandestinité.Après ses années de militantisme dans l'extrême gauche française, il exerça le métier de reporter.Passiennê de géographie et de bateaux, il est également un grand voyageur, auteur de nombreux romans remarquablement écrits dont.Port-Soudan (Prix Femina 1994).Méroé, L’invention du monde.Son roman Tigre en papier (prix France Culture 2003) a été l'événement de la rentrée littéraire 2002.Les deux cates sont animes par Danielle Laurin, journaliste littéraire S e u Histoire de révolution Café littéraire - Samedi, 10 septembre 9 h 30 à midi • Café Utopik Avec : Olivier Rolin et Paco Ignacio Taibo II Les romanciers mexicain et français.Paco Ignacio TAIBO II et Olivier ROLIN.discuteront de leur compréhension du monde à travers les rêves et les luttes qu'ils ont vécus ou écrits, auxquels ils croient toujours ou auxquels ils ont renoncé.De la complexité et de la diversité d’un monde, et de leurs aspirations Internationalistes.Éditions Rivages LE DEVOIR Visitez notre site Internet, pour consulter la programmation complète des Journées Alternatives, et pour vous inscrire : www.alternative.ca ou 514.982.6606 poste 2257 PACO IGNACIO TAIBO II Paco Ignacio Taibo II est né en 1949 à Gijon en Espagne.Sa famille, jusqu'aux grands-parents, est composée essentiellement de figures socialo-anarchisantes dans la plus grande tradition espagnole.Cette famille militante s'est vite sentie à l’étroit dans l’Espagne franquiste.Elle émigre donc au Mexique alors que Paco est âgé de 8 ans.Homme aux multiples talents Paco Taibo s'avère capable d'écrire avec un égal bonheur édites, articles, nouvelles et romans noirs.Son dernier livre.Commission d'enquête, vient tout juste de paraître au Mexique.Il s'agit d’un polar écrit à quatre mains, avec le sous-commandant Marcos, porte-parole du soulèvement zapatiste de 1994 au Chiapas.Alternatives .pour un monde différent J LE DEVOIR.LES SAMEDI 3 ET DIMANCHE 4 SEPTEMBRE 2 O O 5 F 5 4T xV^ ESSAIS QUÉBÉCOIS L’intuition fondamentale de Sartre ARCH1VKS DK RADIO CANADA Jean-Paul Sartre en compagnie de Simone de Beauvoir.é Ceux qui ont fréquenté les grands philosophes savent à quel point l’art du commentaire est précieux.Ces auteurs, en effet, développent la plupart du temps des pensées complexes qui resteraient impénétrables, même pour les esprits vifs, sans l'aide de guides avisés.Les bons commentateurs — les éclaireurs, pas ceux qui rajoutent une couche d’obscurité à la complexité première — servent alors de recours indispensables à l'explorateur.Prenons le cas de Sartre.Il existe, bien sûr, une vulgate sartrienne qu’on nous ressert au gré des circonstances.L’homme aurait écrit que «l'enfer, c’est les autres», que «l’existence précède l’essence» et autres formules du même acabit.Sachant cela, on croit parfois connaître un peu cette philosophie, mais, comme le précise Jacques Marchand dans son Introduction à la lecture de Jean-Paul Sartre, il «apparaît incontestable que le non-spécialiste qui s’aventure dans les œuvres philosophiques de Sartre risque de faire face à des difficultés techniques si grandes qu’il arrivera mal à tirer profit de ces lectures assurément très ardues et qu’il sera par la suite tenté de renoncer purement et simplement à pénétrer dans cette pensée pourtant riche et originale».D’où, donc, cette introduction en forme d’hommage qui se veut «utile et instructive pour un large public».Ce dernier, toutefois, devra s’atteler sérieusement à la tâche puisque le parcours qu’on lui propose est loin d’être aisé.Marchand, plutôt que d’exposer l’œuvre de Sartre à la manière encyclopédique, a choisi de partir de l’intuition fondamentale du philosophe et de la déplier.Cette intuition dessine une «conception extrêmement radicale de la conscience et de la liberté» que le commentateur résume en ces termes: «Le fait est que la conscience n’a aucune existence propre mais qu’elle se caractérise uniquement par son éclatement vers l’extérieur qui la constitue comme conscience.[.] Ni être ni substance: elle est tout entière acte, exercice pur d’elle-même en tant que jaillissement ou visée intentionnels.» La conscience, en d’autres termes, n'existe que dans son rapport aux objets et aux situations, mais, précise Marchand, elle conserve toute sa liberté à leur égard.Elle ne doit, d’ailleurs, pas être confondue avec le psychisme qui est le résultat, et non la source, de ce processus incessant La conclusion morale qui découle de cette intuition postulant une liberté ontologique se décline ainsi: «L’homme moral est donc celui qui vit selon sa liberté ou sa transcendance tandis que l’homme immoral est celui qui la nie ou l’aliène; ce critère moral se nomme l’authenticité et consiste à vivre selon la négativité, la non-coïncidence avec soi qu’implique cette liberté par laquelle l’être humain se définit.» Cette authenticité, toutefois, n'est pas facile à vivre puisque l’humain a tendance à fuir cette responsabilité en l’aliénant à son psychisme (je suis fait comme ça, c’est mon tempérament) ou à sa situation socioculturelle objective (dans ma condition, comment faire autrement).Il ne s'agit pas, bien sûr, pour vivre dans l’authenticité, de nier l’un et l’autre, mais de ne jamais leur aliéner une liberté qui leur reste transcendante.Impossibilité de la morale D’un point de vue strictement idéaliste, l’intuition sartrienne en impose, mais elle ne va pas sans soulever d’importants problèmes: «Non, il y a bel et bien une difficulté plus fondamentale et cette difficulté est celle du passage de la liberté ontologique du pour-soi à la liberté morale de l’individu concret.» A lire Sartre, en effet, on constate que les humains s’égarent sans cesse dans la praxis de cette liberté au point où la conclusion s’impose de «l’impossibilité de la morale».Creusant toujours son intuition fondamentale, Sartre remettra d’abord en question son caractère bourgeois en affirmant qu'«««e morale idéaliste qui prétend qu'un individu peut réaliser l’authenticité morale dans un milieu social où la majorité vit dans l’oppression et l’aliénation [.] n’est au mieux qu’une illusion et au pis une mystification».Poussant sa réflexion encore plus loin dans la Critique de la raison dialectique, il en arrivera même à conclure que cet état d'aliénation est «l’oeuvre même de chaque liberté absolue».Qu’est-ce à dire au juste?Le brillant commentaire de Jacques Marchand aboutit à un constat qui sape presque les fondements de l'intuition sartrienne: «Le paradoxe.fondamental est là: la liberté sartrienne est pure indétermination; cela la rend du même coup apte à s’autodéterminer mais l’oblige aussi tôt ou tard à retourner à son indétermination qui est le gage infaillible de son authenticité.» D’où Ton est forcé de conclure que si, pour reprendre la célèbre formule de Sartre, l’existenc,e précède l'essence, celle-là reste néanmoins en quête de celle-ci, qu’elle ne saurait atteindre définitivement sans aliéner la conscience conçue comme pure liberté.L’authenticité, en ce sens, ne serait possible que sur le mode de l’échec, ce qui fait écrire à André Comte-Sponville: «Sartre, en toute cohérence, explique que la liberté n’est possible que comme néant, point comme être, ce qui m’a toujours paru une réfutation suffisante: la liberté, en ce sens absolu, n’est possible qu’à la condition de n’être pas.L’existentialisme n’est qu’un humanisme imaginaire.» Jacques Marchand ne s’exprime pas avec la même sévérité, mais sa conclusion va dans le même sens: «A mes yeux, c'est la hantise de l’universel et même de l’absolu qui a perdu Sartre, qui a rendu sa pensée de plus en plus inopérante.» Reste que cette exigeante Introduction à la lecture de Jean-Paul Sartre montre l'immense profondeur de l’effort philosophique sartrien et ne discrédite en rien la portion intellectuelle de l'œuvre qu'elle laisse à d’autres le soin d'évaluer.Aussi publié à la faveur du centenaire de la naissance de Sartre que l’on fête cette année, l’essai de Peter Royle intitulé L’Homme et le Néant chez Jean-Paul Sartre tente une présentation de la vision du monde du philosophe à travers certaines de ses obsessions (dont sa hantise des crustacés), qu’il traque surtout dans la portion littéraire de l’œuvre.Intéressant à certains égards et d’assez haut calibre, l’ouvrage souffre toutefois d’un manque d’unité qui affecte la clarté de ses thèses.Collaborateur du Devoir louiscornellierCaparroinfo.net INTRODUCTION À LA LECTURE DE JEAN PAUL SARTRE] Jacques Marchand liber Montréal, 2005,180 pages L’HOMME ET LE NÉANT CHEZ JEAN PAUL SARTRE Peter Royle Presses de l’Université Inval Saint-Nicolas, 2005,138 pages L’esprit de la lutte Pour Bernard Lefort, Sartre l’intellectuel peut encore nous servir d'inspiration LOUIS CORNELLIER Sartre, cette année, aurait eu cent mis, mais il est mort il y a vingt-cinq mis.Ces chiffres ronds, comme c’est l'habitude, donnent lieu à un déluge d'ouvrages et de manifestations en tous genres qui visent à rendre hommage à ce philosophe, romancier et dramaturge qui a marqué son siècle.Pour le philosophe et journaliste Bernard lefort.c'est l’intellectuel qid mérite notre admiration et qui peut encore nous servir d’inspiration.Dans Sartre, reveille-toi.ils sont devenus mous!, lefort insiste donc surtout sur le principe sartrien de la liberté connue engagement tet non comme détachement, ainsi que le chante une certaine pensée en vogue): «Vivre dans le présent, dans l'urgence du fait à saisir, de l'événement à déchiffrer.de sa traduction à poser en mots, en aides, telle est la demarche de Sartre.» Le travail philosophique.ici, refuse de s'extraire de l'actualité, adopte le rythme de l'urgence et laisse le souci de la postérité au vestiaire.Hors de la ligne du risque — et là-dessus Sartre et Camus font front commun —, il n’y a que des penseurs et des artistes irresponsables.Partisan d’un socialisme qui tient «à sauver la dimension humaine», disait Beauvoir, et qui doit nécessairement s'arrimer à la liberté, Sartre tentera sa vie durant de résoudre adéquate- ment l'articulation entre l'individu et le collectif.Ses liens avec le parti communiste français se résumeront à «un compagnonnage recherche sur fond de méfiance réciproque» parce que l’intellectuel n'abandonnera jamais vraiment cette idée propre au socialisme démocratique d'une «troisième voie.vraiment de gauche».Défenseur d’un humanisme concret — le seul qui vaille — fondé sur cette idée forte mais encore négligée de «lïnterdepen-dancc des hommes entre eux.celle des hommes réels, pris dans les rets de l’alienation», intellectuel courageux et frondeur opposé au règne des experts qui impose «la legitimation de la compétence par l’institution», Sartre, conclut le fort, était un brillant «lutteur» comme il y en a trop peu aujourd'hui: «Il s'est parfois égaré?Im belle affaire.Son œuvre prouve au moins qu'il a vécu.Il a passé sa vie à boucher les trous du silence.Il a remis chaque mot sur la planche à tracer de nouveaux sens.» Aussi, saluer sa mémoire est bien; s'en inspirer est mieux.Collaborateur du Devoir SARTRE, RÉVEILLE TOI, ILS SONT DEVENUS MOUS! Bernard Lefort Ramsay Paris, 2005,200 pages É C II O S L’or noir Avec le pétrole, finira-t-on par se ruiner tout à fait ou bien par détruire complètement la planète?Dans 1m Vie après le pétrole, l'ingénieur Jean-Luc Wingert affirme que les crises du pétrole qui sont devant nous risquent d’être de plus en plus importantes.Wingert examine de plus les conséquences de l’inévitable pénurie qui finira bien par frapper le monde, à mesure que la consommation augmente et que les découvertes de gisements diminuent.En ces heures d'excès spéculatifs à l’égard de l’or noir, voilà une lecture profitable qui vaut son pesant d’or.Um Vie après le pétrole - De la pénurie aux énergies nouvelles, Jean-Luc Wingert, Autrement, Paris, 2005, 238 pages) - Ix Devoir |eau-luc Wingert P»**'' He K*' Uhnr*
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