Le devoir, 7 novembre 2009, Cahier G
L Y l> K V H I R .1.Y S S A M K I) I Y 1 I) I M A V ( H K S N (I \ K \| R R Y '1 0 0 !> G SCIENCE ET CULTURE Cette année, ce fut mardi dernier, le 3 novembre.Et c’est dans l’enceinte de l’Assemblée nationale qu’ont alors été accueillis les 11 récipiendaires des Prix du Québec 2009.Ces personnalités que le Québec honore proviennent du monde de la culture, comme c’est le cas de la cinéaste et comédienne Paule Baillar-geon, de la linguiste Monique C.Cormier, de la poétesse Denise Desautels, du dramaturge Roland Lepage, de l’anthropologue Marcel Moussette et du photographe Gabor Szi-lasi, tout comme ils et elles seront toujours scientifiques, comme c’est le cas de l’anthropologue Gilles Bibeau, de l’horticulteur André Gosselin, de l’astrophysicienne Victoria Kaspi, de l’endocrinologue Otto Kuchel et de l’universitaire Luc Vinet En 2009, c’est la joaillière Marie-Eve Martin qui signe la médaille des Prix du Québec, offerte dans un écrin en cuir de buffle et en peau de porc velours ayant été conçu par le relieur d’art Jonathan Tremblay.Une fois l’an, de ses créateurs et scientifiques le Québec se souvient et il leur rend hommage.PRIX DU QUEBEC LEDEVOIR Normand Thériault R RM Y IUM1.Y Une fois l’an, de ses créateurs et scientifiques le Québec se souvient et il leur rend hommage Prix Armand-Frappier Le scientifique administrateur Luc Vinet a mis sur pied des réseaux de chercheurs Luc Vinet À la fois physicien, mathématicien et administrateur universitaire, Luc Vinet, recteur de l’Université de Montréal, vient de recevoir le prix Armand-Frappier.Il s’agit de la plus haute distinction décernée par le gouvernement du Québec à des «personnes qui ont mené une carrière en recherche et qui ont contribué au développement d’une institution de recherche ou qui se sont consacrées à l’administration ou à la promotion de la recherche».BRIGITTE SAINT-PIERRE Luc Vinet raconte s’être passionné très tôt pour les sciences et la technologie.Dès l’école secondaire, il trouve la physique fascinante.Il choisit plus tard cette discipline et obtient un doctorat en physique théorique de l’Université Pierre-et-Marie-Curie à Paris, puis un doctorat en physique théorique de l’Université de Montréal.Il effectue par la suite des études postdoctorales au Massachusetts Institute of Technology (MIT).Dans les années 1980, il entreprend une carrière de chercheur et de professeur au département de physique de l’Université de Montréal.Ses travaux de recherche font appel à la physique et aux mathématiques.«Ce qui m’émerveille toujours, c’est de voir à quel point les mathématiques sont adaptées à décrire l’univers dans lequel on vit, indique Luc Vinet actuellement recteur de l’Université de Montréal.Un fil qui guide mes travaux, c’est l’examen des symétries qui s’expriment dans les diffé- rentes lois de la nature», explique-t-il.Le chercheur travaille à l’identification de ces symétries et au développement d’outils mathématiques pour les décrire.Partant, il cherche à parvenir à une meilleure compréhension des forces de la nature.Il a ainsi fait plusieurs découvertes.Création de réseaux De 1993 à 1999, Luc Vinet dirige le Centre de recherches mathématiques (CRM).Durant son mandat au CRM, il devient également président-fondateur du Réseau de calcul et de modélisation mathématiques (rcm2), fruit de la fédération de sept centres ou instituts de recherche montréalais.Il s’agit alors de créer des masses critiques de chercheurs en les mettant en relation et d’offrir un guichet d’expertise unique pour leurs partenaires du secteur privé, indique M.Vinet, à la tête de ce réseau de 1996 à 1999.Sous la présidence de Luc Vinet, le Réseau de calcul et de modélisation mathématiques décroche le mandat de mettre sur pied et de gérer un laboratoire de recherche dans le domaine du multimédia, le Laboratoire universitaire Bell (LUBE).M.Vinet en devient le premier président-directeur général, une fonction qu’il occupe en 1998 et en 1999.Il est aussi à l’origine de la création du Réseau québécois de calcul de haute performance.Il est en outre l’un des membres fondateurs du MITACS, le Réseau de centres d’excellence sur les mathématiques des technologies de l’information et des systèmes complexes.Ce réseau voit le jour en 1999, grâce à la collaboration du CRM, du Fields Institute, à Toronto, et du Pacific Institute for Mathematical Sciences (PIMS), dans l’Ouest canadien.Administration universitaire En 1999, Luc Vinet devient vice-principal à l’enseignement de l'Université McGill.E y occupe par la suite les postes de vice-principal aux affaires académiques et de vice-principal exécutif.«À McGill, j’ai lancé un très grand programme pour renouveler le corps professoral, in-dique-t-il./’m/ait une utilisation assez originale, dont je suis assez fier, du programme des chaires de recherche du Canada», ajoute l’administrateur universitaire.«J’ai proposé que nous n’utilisions ce programme que pour recruter des personnes VOIR PAGE G 6: VINET f Prix Georges-Emile-Lapalme Le mot juste Monique C.Cormier propulse la langue française dans l’avenir K KM Y BOII.Y Monique C.Cormier Si nous vivons aujourd’hui en français, la pression de l’anglais reste constante, et il incombe à chaque Québécois de faire vivre cet héritage.La récipiendaire du prix Georges-Émile-Lapalme veut «nommer le monde».HÉLÈNE ROULOT-GANZMANN L?attrait de la langue française, Monique C.Cormier y a succombé toute petite.«J’ai toujours été intéressée par les mots, depuis que j’ai commencé à lire, confie la récipiendaire en 2009 du prix Georges-Emile-Lapalme, accordé à une personne ayant contribué de façon exceptionnelle à la qualité et au rayonnement de la langue française au Québec.La langue, c’est une identité, un matériau, on joue avec elle, on travaille, on pleure, on est heureux avec la langue.C’est un élément très vivant, qui permet d’exprimer sa pensée.Ça m’a toujours passionnée.» Honorée.Monique C.Cormier avoue même être très honorée de faire partie de la lignée des Pierre Bourgault, Jean-Claude Corbeil et autres Jacques Lan-guirand, pour ne citer que quelques-uns des grands défenseurs de la langue française a avoir reçu ce prix Georges-Emile-Lapalme.Pourtant, la vice-doyenne aux affaires professorales de la faculté des arts et des sciences de lUniversi-té de Montréal n’en est pas à son premier honneur: elle a, entre autres, été élue a la Société royale du Canada, en 2007, la plus haute distinction qu’un universitaire puisse recevoir au pays.«Mais le prix Georges-Émile-Lapalme est remis par le Québec, c’est une reconnaissance de l’État, précise-t-elle.ai moi-même présidé le jury au début des années 2000.À l’époque, je ne pensais jamais le recevoir un jour.» Sa carrière est toutefois exemplaire.En tant que professeure de traduction et de terminologie depuis plus de 25 ans, elle a contribué à la formation d’un grand nombre de ces langagiers, sur qui repose, depuis l’adoption de la Charte de la langue française en 1977, le fardeau de nommer en français une grande partie de la réalité québécoise.«Avant l'entrée en vigueur de cette loi, on utilisait souvent des termes anglais au travail, rappelle Monique C.Cormier.U vocabulaire technique, scientifique, commercial ou administratif existait en français, mais n’était pas toujours employé ici.Il a fallu l’implanter.Dans d’autres cas, les Français utilisaient le mot anglais tel quel.lx> rôle des langagiers était alors de proposer des solutions de rechange.» Parmi elles, le courriel et la baladodiffusion, termes couramment utilisés de ce côté-ci de l’Atlantique, alors que les Français envoient allègrement des mails en «pod-castant» leurs émissions radiophoniques préférées.«Nous, nous n’avons pas d’autre choix que d’être créatifs, insiste la terminologue.Je ne pense pas que le français soit menacé au Québec, mais nous devons faire preuve de vigilance quotidiennement.Il faut prendre des initiatives pour propulser cet héritage dans l’avenir.Mais je suis optimiste: nous vivons aujourd’hui en français.» Perméabilité Un français très perméable à l’anglais, cependant, certaines expressions courantes étant des traductions littérales de la langue de Shakespeare, alors même qu’elles existent dans la langue de Molière.Ainsi, «on prend une marche» au Québec, quand «on se promène» en France, «on prend une chance» à Montréal, quand «on court le risque» à Paris.«Il y a une perméabilité entre nos systèmes linguistiques du fait du très grand contact, admet Monique C.Cormier.C’est ce qui donne au français québécois son très grand dynamisme.Il doit constamment être prêt à nommer le monde.En même temps, c’est vrai que, parfois, ça déteint un peu trop, les gens utilisent des calques.Ce n’est pas souhaitable.» Cela ne signifie pas pour autant que les Québécois devraient parler exactement comme à Paris.«Il n’y a qu’une seule langue française, partagée par un certain nombre de locuteurs de différents pays.Mais la langue, c’est notre identité, notre culture, c’est avec elle qu’on se définit, qu’on apprend, qu’on vit.Il est logique quelle s’adapte à la réalité de chaque groupe partout sur la planète.L’important, c’est que tous les francophones continuent à se comprendre.» VOIR PAGE G 6: CORMIER I ET 1) I M ,\ S (HE ^ X O V E M B K E 2 0 O it PlilX DU Ol'EBEf de plus.Einstein à l’épreuve V L KEMY BOILY Une nouvelle «terre» pour le Québec André Gosselin transforme l'activité agricole Fils d’une famille agricole de Saint-Laurent sur l’üe d’Orléans, André Gosselin a opté pour une carrière d’agronome spécialisé en horticulture.Il est devenu en fait un chercheur universitaire réputé, ayant accumulé à ce jour 300 communications et 150 publications scientifiques et accompagné 75 étudiants gradués et stagiaires postdoctoraux.Cette année s’ajoute à cette liste la réception du prix Lionel-Boulet.Prix Marie-Victorin Une étoile Victoria Kaspi a mis Membre de la Société royale du Canada, prix Urgel-Ar-chambault de l’ACFAS, prix Steacie pour les sciences naturelles, médaille Herzberg.Le 3 novembre 2009, un Prix du Québec: avec toutes ces étoiles, l’astrophysicien-ne Victoria Kaspi rivalise avec ce firmament qui la passionne tant.AMÉLIE DAOUST BOISVERT \ A peine quadragénaire, elle s’attire le respect des grands noms dans son domaine.Cette astrophysirienne a mis à l’épreuve Einstein lui-même.La recherche en astrophysique à l’Université McGill, dont Victoria Kaspi fut la pionnière il y a dix ans, lui doit sa réputation internationale.Mais demandez-lui de vous parler de ses découvertes importantes au cours des dernières années, elle vous répondra en donnant les noms de ses étudiants de doctorat.Modeste, vous dites?Avec René Breton, par exemple, la titulaire de la Chaire de recherche du Canada en astrophysique d’observation a mis à l’épreuve la théorie de la relativité générale d’Einstein.avec succès! Un couple d’étoiles unique Le tandem a utilisé un couple d’étoiles unique pour vérifier la théorie du célèbre physicien: un système de deux étoiles à neutrons, des pulsars.Ces minuscules «étoiles puisantes» de quelques dizaines de kilomètres de diamètre seulement sont les cadavres issus de l’explosion d’étoiles très massives.Victoria Kaspi «C’est très rare, une des étoiles tourne autour de l'autre en me demi-heure: ça prend un an à la Terre pour tourner autour du Soleil!», compare la chercheuse.«C’est très très rapide!» D’ailleurs, l’astrophysicienne a découvert récemment un de ces pulsars.Il tourne sur lui-même.[dus vite que les lames d’un mélangeur, soit autour de 700 fois par seconde.Certaines étoiles à neutrons tournent si vite qu’elles deviennent des pulsars.A l’image du faisceau lumineux de la place Ville-Marie, un pulsar émet un rayon, mais qui est composé de rayons X.De la Terre, on perçoit faiblement ce faisceau de rayons X avec un télescope très puissant, chaque fois qu’il pointe dans notre direction pendant sa potation.A une telle vitesse de rotation, Einstein doit venir à la rescousse de Newton et Kepler.La théorie de la relativité générale allait-elle survivre à l’observation minutieuse que René et Victoria entreprennent «avec beaucoup de patience et une ob- servation détaillée»?«Elle en est sortie sans une égratignure!», s’enthousiasme cette derniere, qui, par la rareté d’une telle occasion, «n’aurait jamais imaginé vérifier ça un jour».En effet, des couples d’étoiles semblables, les astronomes en ont à peine découvert une centaine.Et, souvent, les pulsars dansent dans un tel angle par rapport à la Terre que les observations sont difficiles, voire impossibles.Science a publié cette preuve «élégante», comme disent les physiciens, en 2008.Montréal, par amour Après tous ses succès, Victoria Kaspi ne regrette pas d’avoir quitté le célèbre Massachusetts Institute of Technology (MIT), où elle a enseigné pendant trois ans.Née au Texas, patrie de son paternel, élevée au Québec où sa mère est née, elle avait quitté la province pour poursuivre sa maîtrise et son doctorat à l’Université de Princeton.Mais c’est l’amour qui l’a ramenée ici.«En vérité, j’étais heureuse au MIT, confie-t- elle, mais mon mari.était professeur à McGill.» Apres trois ans d’allers-retours, «on voulait un bébé», simplement, dit celle qui a donné naissance a trois enfants.Les étoiles étaient alignées, ; car McGill lui propose au : même moment de créer un programme en astrophysique.«Ça m’inquiétait un peu d’etre la seule femme du programme, mais, quand je suis revenue, c’était parfait pour la famille.McGill a ensuite attiré d’autres astrophysiciens — et physiciennes!» «Ma vie en recherche ici?C’est mieux qu’au MIT, affirme sans hésitation Victoria.C’est rare qu’on puisse assister à la mise sur pied d’un nouveau programme et même choisir ses futurs collègues! Auparavant, j’étais toujours la plus jeune.En 2000, je ne le savais pas, mais c’était vraiment la meilleure décision.» Gageons que ce Prix du Québec n’est pas le dernier honneur à marquer le parcours exceptionnel de l’astrophysicien-ne, qui continue à publier des découvertes importantes dans les plus grandes revues scientifiques et à former des scientifiques qui font à leur tour leur marque.Et ce, jusque dans les écoles primaires, où elle s’est promenée pour parler de sa carrière peu traditionnelle.«Elle change le cours de sa discipline.Mettre les points sur les i et les barres sur les t, ce n’est pas pour elle!», dit Jonathan Arons, professeur d’astronomie et de physique à l’Université de la Californie à Berkeley.Et de renchérir l’astronome David Eichler: «Kaspi, pour moi, c’est une des plus grandes astronomes au monde et je la pressentirais tout autant pour un prix mondial.» Collaboratrice du Devoir Prix Lionel-Boulet CLAUDE TURCOTTE Les réalisations d’André Gosselin, nombreuses et impressionnantes, presque toutes reliées à la production agricole et à l’environnement, sont désormais largement connues dans le grand public, sans que celui-ci sache vraiment qui en a été l’artisan.Le prix Lionel-Boulet, décerné pour honorer une personnalité qui s’est illustrée par ses activités de recherche et de développement en milieu industriel, ne saurait être remis à une personne plus méritante, comme en témoigne sa contribution à l’industrie agroalimentaire.Encore étudiant, au moment où son père s’apprêtait à vendre la ferme familiale, André Gosselin a pris la relève, ce qui ne l’a pas empêché de poursuivre de brillantes études, couronnées par un doctorat en biologie végétale et horticulture de l’Université Laval, en 1983.Par ses activités de chercheur, M.Gosselin a contribué de façon importante au développement de la technologie de l’éclairage photosynthétique pour la culture des légumes en serre, du fraisier à production continue et des petits fruits sous grands tunnels au Québec.On pourrait résumer en disant \ RÉMY BOILY André Gosselin qu’il est en quelque sorte le père des tomates Savoura.Dans sa ferme, il y a désormais Les Fraises de l’île d’Orléans Inc., une entreprise qui, grâce à la technologie de production continue, récolte désormais des fraises et des framboises d’automne.C’est en partenariat avec des firmes prestigieuses com-me Hydro-Québec et Sylvania (Etats-Unis) que la technologie de l’éclairage photosynthétique VOIR PAGE G 3: GOSSELIN ICI, ON NE CHERCHE PAS SEULEMENT À ÊTRE LES MEILLEURS, ON CHANGE LE MONDE L’Université Laval souligne la réussite remarquable des membres de sa communauté qui, par l’excellence de leurs activités d’enseignement et le prestige de leur carrière, se distinguent sur la scène nationale et internationale.Ces personnalités d’exception font rayonner notre savoir et notre créativité et contribuent, chaque jour, à changer le monde.LES PRIX DU QUÉBEC 2009 Décernés chaque année par le gouvernement du Québec et représentant la plus haute distinction reçue en reconnaissance d'une carrière remarquable dans le domaine artistique et culturel.P >i»% — PRIX GÉRARD-MORISSET M.Marcel Moussette, professeur d'archéologie au Département d'histoire et chercheur au CELAT PRIX LIONEL-BOULET M.André Gosselin, professeur au Département de phytologie et chercheur à l'INAF LES PRIX D’EXCELLENCE EN ENSEIGNEMENT 2009 Décernés chaque année par l'Université Laval et remis à des membres de la communauté universitaire qui se distinguent par l’excellence de leurs activités d'enseignement.PRIX CARRIÈRE EN ENSEIGNEMENT M.James Douglas Thwaites, professeur à la Faculté des sciences sociales PRIX DISTINCTION EN ENSEIGNEMENT Mme Evelyne Guay.chargée de cours à la Direction générale des programmes de premier cycle M.François Anctil, professeur à la Faculté des sciences et de génie PRIX POUR LE MATÉRIEL COMPLÉMENTAIRE AU COURS Mme Suzanne-G.Chartrand.protesseure à la Faculté des sciences de l'éducation PRIX POUR LES NOTES DE COURS M.François Ratté et Mme Julie F.Thériault, professeurs à la Faculté de médecine PRIX COURS À DISTANCE M.Doris Pellerin et Mmes Edith Charbonneau et Rachel Gervais, professeurs à la Faculté des sciences de l'agriculture et de l’alimentation PRIX VOLUME MM.Clément Beaucage et Yv Bonnier-Viger professeurs à la Faculté de médecine et M.André Simpson, chargé de coure à la Faculté des sciences infirmières UNIVERSITÉ LAVAL Félicitations à Vicky Kaspi, lauréate 2009 du Prix Marie-Victorin en sciences naturelles et génie Ce Prix du Québec est une nouvelle reconnaissance des importants travaux de pointe que réalise l’astrophysicienne, dont les recherches sur les débris d’étoiles à neutrons, les pulsars et les supernovas rayonnent à l’échelle internationale Aux quatre coins du monde, l'Université McGill est reconnue comme chef de file dans les secteurs de l’enseignement supérieur et de la recherche.Grâce aux chercheurs qui la composent, McGill poursuit sa longue tradition, soit celle de contribuer de façon marquée au bien-être des gens d’ici et d’ailleurs.^ McGill LE DEVOIR.LES S A M E l) I ET I» 1 M V N ( Il E 8 N O V K M |i li E L» O U ü PB1X OU OTEBEC GOSSELIN SUITE DE LA PAGE G 2 a été developpee.dont bénéficient désormais les producteurs de concombres, de poivrons et de laitues, par exemple Hydro-Serre Mirabel.Il y a à peine 20 ans, toutes les tomates et les laitues vendues au Québec en hiver étaient importées de l’etranger.Fruits d’ici A part une participation majoritaire dans Les Fraises de File d’Orléans, M.Gosselin est un actionnaire silencieux dans plusieurs des entreprises qui sont nées à la suite de ses travaux de recherche et qui créent des centaines d’emplois.Plus récemment, il a lancé une nouvelle entreprise, Nutra Canada, en voie de démarrage à Champlain, qui aura pour mission de commercialiser des extraits de petits fruits ainsi que d’autres espèces à valeur ajoutée, dont certains légumes et plantes médicinales.D mentionne en particulier le travail qu'il fait en collaboration avec Fruit d’or, un leader dans le domaine des bleuets et des canneberges.Avec Agriculture et Agroalimentaire Canada, il a également développé et enregistré quatre cultivars de fraisiers et de framboisiers, qui sont désormais multipliés in vitro par un étudiant gradué, Frédéric Laforge, et distribués dans des réseaux de pépiniéristes en Amérique du Nord.Des essais sont en cours en Europe.En plus de donner une valeur ajoutée à ces fruits et légumes, Nutra Canada veut valoriser les résidus qui sont ensuite récupérés par des entreprises de transformation, pour devenir par exemple un antioxydant dans les biscuits Leclerc ou un fortifiant dans les jus Lassonde.«Ce «La santé et la bonne alimentation intéressent beaucoup les jeunes maintenant» sont tous des produits importés de l’Asie ou de la Californie et qu 'on pourrait développer nous-mêmes*, souligne M.Gosselin, qui a ete par ailleurs l'instigateur de la creation de l'Institut des nutraceutiques et des aliments fonctionnels, qui aujourd'hui, avec ses 300 chercheurs, est un chef de file au Canada dans ce domaine.Souci écologique Sur le plan de l'environnement, il a, avec son collègue Serge Yelle, mis en place un programme de recherche et développement, avec un budget de sept millions sur six ans.qui aura permis la valorisation de 100 % des résidus de 200 tonnes par jour de la papetière Daisho-wa.D'autres entreprises, dont Cascades, ont par la suite adopté cette technologie.Âgé de 53 ans.M.Gosselin demeure toujours un chercheur passionné qui profite d’un nouveau centre de recherche à l’Université Laval, construit au coût de 15 millions, avec Les Industries Har-nois, un spécialiste dans le domaine des serres et des installations sous tunnel, qui a participé au financement de ce projet, tout comme Daishowa, Provigo et Petro-Canada.«C’est mon laboratoire», déclare-t-il à propos de ce centre, dans lequel on retrouve 15 professeurs et 50 étudiants gradués.Ce champ d'activité universitaire dans le vaste domaine de la nutrition attire plus que jamais l’attention des jeunes étudiants.«Il y a 15 ans, la nutrition n’était pas tellement un sujet à la mode, mais la santé et la bonne alimentation intéressent beaucoup les jeunes maintenant.Chez nous, il y a un très bel engouement, d’autant plus que tous nos projets sont reliés à l’environnement», ajoute-t-il.Collaborateur du Devoir Prix Léon-Gérin Pour un nouvel humanisme Gilles Bibeau se voyait.missionnaire A voir le nombre et la variété des sujets sur lesquels s'est penché Gilles Bibeau, on pourrait croire qu’il s’agit d'un touche-à-tout.Mais, avec lui, point de butinage.Malgré l’étendue de ses intérêts, chacune de ses recherches repose sur des assises solides qu’il a fait siennes et qui donnent à l'ensemble de sa carrière une étonnante cohérence.PIERRE VALLÉE Récipiendaire du prix Léon-Gérin en sciences sociales, Gilles Bibeau est anthropologue et professeur à l’Université de Montréal.En 1961, il obtient de cette université un baccalaureat en sciences, option biochimie.«À cette époque, raconte-t-il je voulais devenir médecin, mais je voulais aussi devenir missionnaire.» Missionnaire, il ne le deviendra pas, mais il change de discipline et obtient en 1967 une licence en religions comparées de l'Université grégorienne de Rome.Quelques années plus tard, c'est un doctorat en religions comparées, coiffé d’un certificat en anthropologie et linguistique africaines, qu’il obtient de l'Üniversi-té nationale du Zaïre.D complète sa formation par une maîtrise et un doctorat en anthropologie à l’Université Laval en 1979, se spécialisant en anthropologie médicale.La boucle est bouclée.La variété et le nombre des travaux de recherche auxquels Gilles Bibeau a participé, comme auteur principal ou collaborateur, sont impressionnants.On compte une douzaine de livres comme auteur ou coauteur et plus d’une soixantaine de chapitres dans des ouvrages collectifs.Ses multiples domaines de specialisation sont l'anthropologie de la science, en particulier les biotechnologies et la génoprotéomique; l’anthropologie médicale comparée; la toxicomanie, la violence et la saute mentale; les identités québécoise et canadienne; l'univers culturel des jeunes; l’ethnicité, l’immigration et le pluralisme ail turel; les droits de l'homme et le système politique.Il a commencé sa carrière de chercheur en Afrique, où il a habite pendant treize ans.Ses premiers travaux portent donc sur des sujets africains.De retour au Quebec, il se tourne alors vers des sujets québécois et canadiens, tout en conservant des liens avec l'Afrique, «fy retourne encore deux ou trois fois par année.» Ses travaux l’ont aussi mené vers d’autres contrées, en Amérique du Sud.notamment au Brésil, et en Inde.Anthropologie médicale et sociale Puisqu’il s’agit de sa specialisation, plusieurs de ses travaux se trouvent dans le domaine de l'anthropologie médicale.On y trouve une large gamme de sujets, allant de la médecine traditionnelle africaine à la régionalisation des services en santé mentale au Québec.«J’ai développé à cet égard une double stratégie devant la souffrance humaine.D’un côté, la question fondamentale: pourquoi mourir ou vivre?La mort et ce qui la précède: la maladie.Et, de l’autre côté, la réponse médicale à ces questions, c’est-à-dire les solutions thérapeutiques des sociétés humaines.Je suis toujours étonné par la pluralité des réponses des sociétés humaines.» Gilles Bibeau n’a pas craint de Gilles Bibeau quitter son champ de spécialisa tion et de se pencher sur des su jets qui relèvent davantage de l’anthropologie sociale.Par exemple, au milieu des années 70.il s’intéresse au cas des Bérets blancs.«C'était un mouvement conservateur d'après la Révolution tranquille.Iss adeptes y trouvaient là un espace de retrait dans une société dont les valeurs ne correspondaient plus aux leurs.Mais si ce retrait était thérapeutique pour les parents, ce n’était pas le cas des enfants, pour qui ce retrait était pathogène.Cela illustre bien le fait qu’une chose peut être bonne et mauvaise à la fris.» Un autre exemple de sujet sur lequel il s’est penché: les gangs de rue non criminalisés.«Dans une société, il y a des règles et des codes qui forment ensemble un système normatif.C’est ce qu'on peut appeler la normativité collective.Et puis, il y a le comportement réel des individus, ceux qui assimilent les règles et ceux qui les contestent.Ily a donc toujours des écarts par rapport aux normes.Avec les gangs de rue, il s'agissait de voir ce que font des groupes pri maires d'appartenance avec nos règles sociales.Je suis convaincu qu ’on doit avoir des écarts sem- blables dans nos sociétés, la tolerance zero serait un appauvrissement de la diversité sociale.- Pour un nouvel humanisme Dernièrement, Gilles Bibeau s'est particulièrement intéressé à la genomique et à la protéomique.«le génie génétique nous permet aujourd'hui de transformer la nature et d'intervenir directement sur le vivant, donc sur nous-mêmes II devient alors pos sible d'agir sur les gènes et de corriger les déficiences.« Bien qu’il loue cette nouvelle ¦sse technologique par l'humain.Gilles Bibeau tient à faire une mise en garde.«Je rejuse tous les réductionnismes, comme celui qui prétend que tout passe par les gènes et qu'au tond l'humain est entièrement programme, la cellule demeure un milieu de vie qui a son histoire particulière et sa biographie.Il est faux de prétendre que l’humain n'est qu’un ordinateur, aussi puissant et complexe soit-il.Nous arrivons à une période charnière de notre histoire.Homo fa-ber, celui qui fabrique les outils, nous donne aujourd'hui des outils extrêmement puissants qui permettent de travailler même la vie.Mais oie est Homo sapiens, celui qui donne le sens, dans tout cela?» C’est la raison pour laquelle il plaide aujourd’hui en faveur d'un nouvel humanisme.«Pas un humanisme classique, mais un humanisme qui correspond à notre post-modernité.Un humanisme qui inclut la dimension biologique et les sciences de la vie, y compris le génie génétique.Une sorte d'humanisme qui pourrait se définir comme un humanisme anthropo-technique.» A la fois Homo faber et Homo sapiens.Collaborateur du Devoir LES PRIX DU QUÉBEC LAI Le dynamisme de la société québécoise jaillit de la créativité, des initiatives et du génie de ses membres.Parmi ceux-ci, des femmes et des hommes de mérite se démarquent par la constance de leurs efforts et par la qualité exceptionnelle de leurs réalisations.Nous sommes fiers de leur rendre hommage en leur décernant l’un des onze Prix du Québec dans les domaines de la culture et de la science.Les lauréates et les lauréats de cette année ont mené de fructueuses carnères marquées par une vision originale et une volonté de dépassement qui leur a permis de repousser les limites de la connaissance dans leurs disciplines respectives.Ces hommes et ces femmes d'exception ont non seulement contribué au progrès de notre société, mais iis sont aussi devenus des sources d'inspiration pour les jeunes qui se préparent à prendre le relais.Au nom des Québécoises et des Québécois, nous exprimons notre profonde gratitude à mesdames Pauie Baillargeon, Monique C.Cormier, Denise Desautels et Victoria Kaspi ainsi qu'à messieurs Gilles Bibeau, André Gosselin, Otto Kuchel, Roland Lepage, Marcel Moussette, Gabor Szilasi et LucVinet.Chères lauréates, chers lauréats, nous vous remercions sincèrement de votre apport à l'avancement de notre collectivité.Votre collaboration au rayonnement intellectuel du Québec ménte toute notre admiration.PAU LE BAILLARGEON DENISE DESAUTELS T3 I ROLAND .FLAG LUC V1NET MONIQUE C CORMIER GILLES BIBEAU 1C ÎJi,\ MARCEL MOUSSETTE Æ i___ GA HORS ZI LAS I ANDRE GOSSELIf Le ministre du Développement économique, de l'Innovation et de l'Exportation, ?émeut tigiac La ministre de la Culture, des Communications et de la Condition féminine, ?iristi*e St-Plen* VICTORIA KASPÎ OTTO KUCHEL Voyez les entrevues avec les lauréates et les lauréats dans le site Web des Prix du Québec à l’adresse suivante ; WWW.prixdlKjUebec.gOUV.ljC.Ca Québec« MCW4 CMMC l ^ L K I) K V (i I H .1.K S S A M E I) I F.T 1)1 M A N < H K X \ I) V K M B H K L U I) !» PRIX DI QUEBEC Prix Athanase-David / «Ecrire est en soi un geste de lumière» Denise Desautels lie l’art et la mort aux mots «Écrire est pour moi un geste vivant, un geste de résistance.C’est lutter contre ce qui va de soi, et savoir, comme Sisyphe, qu’il nous faudra recommencer, toujours recommencer, avec une pensée et une précision dans le langage sans cesse à reconquérir, à renouveler.» Pour ce langage et cette voix d’écrivaine qu’elle s’est forgée et qui résonne dans le paysage littéraire québécois depuis plus de trente ans, Denise Desautels se voit aujourd’hui remettre le prix Athanase-David.ISABELLE BINGGELI Dans un registre sensible a l’expérience humaine, celle qui se qualifie
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