Le devoir, 28 septembre 2005, Supplément 1
INTERNATIONAL États-Unis, Inde, Liban, Russie, Venezuela, Vietnam NATIONAL Les travailleurs agricoles saisonniers migrants Svetlana Broz : la voix des justes alternat m Je f LE JOURNAL VOL.12 • NO.2 / OCTOBRE 2005 UN JOURNAL POUR UN MONDE DIFFÉRENT WWW.ALTERNATIVES.CA PHOTO KDNI TAKAHASHI/CP 5 ï CJ D.J Üfii c ¦ REPÈRES IRAK Superficie : 438 317 km2.Population (1999) : 22,5 millions d’habitants.Composition de la population (1997): Arabes (80 %), Kurdes (15 %), Turkmènes, Assyriens et Autres (5 %).Population urbaine : 75,5 %.Principales agglomérations : Bagdad (la capitale), Bassorah, Mossoul, Kirkouk, Irbil.Croissance démographique annuelle (1995-2000) ; 2,8 %.Espérance de vie (1997) : 66 ans.Langues : les trois langues officielles sont l’arabe, le kurde et le syriaque, tandis que sont aussi utilisées le turkmène, le persan et le sabéen.Dirigeants : Saddam Hussein a dirigé d’une main de fer le pays jusqu'en 2003.De mai 2003 à juin 2004, l’Irak a été administrée par les États-Unis, via un administrateur civil en chef, nommé par le président Bush, Paul Bremer.Le Conseil de gouvernement transitoire irakien, formé le 3 septembre 2003 gouvernait et légiférait sous sa tutelle.La souveraineté a été « rendue » aux Irakiens le 28 juin 2004.Les deux têtes de l'exécutif irakien étaient alors le président sunnite Ghazi al-Yaouar et le premier ministre chiite laïc, lyad Allaoui.Le 30 janvier 2005, la population irakienne s’est rendue aux urnes afin d'élire le premier gouvernement irakien démocratique.Depuis, le président est le Kurde Jalal Talabani, alors que le premier minsitre est Ibrahim Jaafari.Religions .l’Islam est la religion officielle et l’Irak est composée à 95 % de musulmans (dont 2/3 de chiites et 1/3 de sunnites) ; les chrétiens et ceux qui appartiennent à d'autres confessions comptent pour seulement 5 % de la population.Ressources principales : l’Irak est la deuxième réserve mondiale de pétrole.Depuis 1991, une partie de la production a été consommée sur place, et le reste échangé contre des médicaments et de la nourriture conformément à la résolution n°706 (15/08/91) des Nations unies, également appelée « pétrole contre nourriture ».Taux de croissance (1998) : 2 %.PIB (par habitant en 1998) : 2 400 dollars (source CIA).Le 16 septembre, devant les Nations unies, le président irakien, Jalal Talabani, avouait avoir désespérément besoin de l'aide de la communauté internationale, affirmant que l'Irak n'était pas à la veille d'une guerre civile, mais en plein dedans.De fait, les attentats se multiplient à l'approche du référendum sur la Constitution, devant avoir lieu le 15 octobre.Pour Gilbert Achcar joint à Berlin, spécialiste du Moyen-Orient, une seule chose pourra réussir à stabiliser l'Irak : le retrait complet des troupes américaines.TURQUIE SYRIE IRAK ARABIE SAOUDITE L'aventure américaine en Irak, au printemps 2003, ne devait être l’affaire que de quelques semaines, le temps de bouter dehors, voire de capturer, Saddam Hussein et ses sbires.Ce qui en effet n’a pris que très peu de temps.Seulement, par la suite, les choses ne se sont pas passées comme cela avait été prévu par le gouvernement américain.Ce dernier croyait répéter le scénario qui a suivi la guerre de 1939-1945, commente Gilbert Achcar.Soit s'installer en vainqueurs et libérateurs, adulés par la population.« Plus ça va, pire c’est, plus ils s'embourbent », remarque le professeur de science politique et de relations internationales à Berlin.« Ce que l'administration Bush aimerait, c'est un certain niveau de stabilité où les forces américaines sont acceptées comme arbitres.Mais c'est un jeu qui ne leur réussit pas.Ç'aurait pris des gens beaucoup plus machiavéliques pour ça -, ironise Gilbert Achcar.Il ne fait pas de doute, pour ce spécialiste du Moyen-Orient, que la très grande majorité des Irakiens, chiites et sunnites confondus, à l’exception des Kurdes, souhaitent le départ des troupes américaines, la fin complète de l'occupation.« Sinon immédiatement, en tout cas qu'il y ait immédiatement un calendrier de retrait de proposer.* Pendant ce temps, le gouvernement irakien se porte assez mal.Élu le 30 janvier 2005, dans un inattendu élan démocratique de la part de la population qui avait bravé l'insécurité pour se rendre aux urnes, quelques optimistes avaient alors prédit la fin des violences.Erreur.» Le bilan est assez mauvais, tant sur le plan de la sécurité que des services publics.- Pour le professeur, le fait que le gouvernement irakien collabore avec les États-Unis pour assurer la sécurité est la preuve que la souveraineté irakienne n'existe pas.* C’est de courte vue, un non-sens, une provocation.- Constitution Le projet de Constitution sur lequel ont travaillé les autorités irakiennes au cours de l'année a été achevé en août.Quelques consultations avaient été organisées ici et là.Après bien des tergiversations et sans consensus sur l’ensemble des articles.les dirigeants irakiens ont décidé de laisser les électeurs trancher.Le 15 octobre, la population décidera par voix de référendum si oui ou non elle accepte cette Constitution.Si dans 3 des 18 provinces qui composent le pays, la population répond majoritairement non, le texte sera rejeté.Cette clause avait été à l'origine réclamée par les Kurdes.Mais elle pourrait permettre aux Arabes sunnites, majoritaires au centre du pays, d'exercer un droit de veto.Pour Gilbert Achcar, il est donc difficile de prédire quel sera le verdict de cette consultation populaire.Si l'on peut facilement imaginer que la quasi totalité des Kurdes voteront oui, et qu'une majorité de chiites feront de même, le vote des sunnites demeure moins clair.- Est-ce que les sunnites réussiront a empêcher la ratification ?», se demande le professeur Achcar.Et c'est là la grande inconnue.Les sunnites sont eux-mêmes divisés en deux camps.Alors que certains appellent à voter non, d'autres appellent a carrément boycotter le référendum du 15 octobre.C'est le cas du chef d'al-Qaida en Irak, al-Zarquaoui, qui a aussi lancé un appel a la •• guerre totale - contre les chiites.* Il semble que le plus probable soit que le oui l'emporte », conclut néanmoins Gilbert Achcar, mais avec beaucoup de bémols.Si la Constitution est rejetée, le gouvernement est alors dissout et des élections déclenchées.Mais des élections parlementaires sont de toute façon prévue en décembre, même si le oui l'emporte.Qui gagnent ?Dans tout ce méli-mélo , le grand gagnant serait l'Iran.De cela est convaincu le spécialiste du Moyen-Orient qui enseigne présentement a Berlin, en Allemagne.« Alors qu'il est en pleine confrontation avec les États-Unis sur le nucléaire, l'Iran se réjouit de voir les États-Unis embourbés en Irak.Tant que ce sera le cas, ils ne seront pas menaçant pour eux.» Quant à la - résistance armée » irakienne, il faut savoir de quoi nous parlons, prévient Gilbert Achcar Il y a d’une part les réseaux baa-sistes, qui restent fidèles à Saddam Hussein, et d'autre part les réseaux intégristes dont la branche la plus importante est celle de al-Zarquaoui.À cela s'ajoute toute une nébuleuse d’organisations rebelles en tout genre.« Les réseaux baasistes continuent d'être assez puissants, mais il est hors de question qu'ils reviennent au pouvoir dans le cadre d'une Irak unifiée.» Le retrait américain C'est surtout la nébuleuse rebelle qui rend le travail des forces armées américaines difficiles pour assurer la sécurité.Cependant, estime le professeur de relations internationales, ces groupuscules sont assez faibles, et ils se rallieront au consensus auquel pourront parvenir les sunnites.Et c'est pour cela que lui comme d'autres persistent a croire que les troupes américaines doivent se retirer.- Cela obligerait les Irakiens à trouver un modus vivendi.» Est-ce que cela n'ouvrirait pas plutôt une porte aux islamistes ?» Les intégristes ont déjà la porte ouverte en présence des forces d'occupation, ça ne change rien -, répond le spécialiste du Moyen-Orient.Lequel pense profondément par ailleurs qu'a partir du moment ou on force au jeu démocratique, il faut être prêt a en accepter le résultat.Pour lui, continuer de croire que l’occupation protège, est ni plus ni moins qu’une farce.Il insiste : il y a un consensus qui unit tous les Irakiens, du moins les Arabes : les Américains doivent quitter le pays le plus rapidement possible.Dans ces circonstances, est-ce vrai que les États-Unis envisagent sérieusement de passer à l'action ?- Certainement qu’au niveau du Pentagone, c'est un scénario qui doit être envisagé, quand on est militaire on doit tout considérer.- Cependant, au niveau de la direction a Washington, on demeure déterminé à poursuivre l'occupation.Et ce, même si les pressions augmentent de plus en plus, de tous côtés, y compris aux États-Unis, comme l'ont démontré les manifestions contre la guerre en Irak au cours du week-end du 24 et 25 septembre.« Le plus intelligent par rapport à leurs (États-Unis) intérêts serait de prendre les devants, conclue Gilbert Achcar.En proposant un calendrier de retrait et verser les milliards qu’ils ont promis.» Franœ-Jsabelu Lanolois I 4 CARNETS DE VOYAGES Dans la tourmente libanaise, les femmes perdent au change « Nous exigeons de nos gouvernements plus de démocratie.Mais peut-être faudrait-il que les sociétés se démocratisent aussi.Les femmes, malgré les apparences de liberté ou d'égalité, sont soumises au Liban au diktat des hommes et des différents clergés, qu'ils soient musulmans ou chrétiens.• Pour Joumana Mehré, vice-présidente de l'association libanaise des femmes démocrates, un regroupement de plusieurs associations indépendantes, c'est la société avec ses mentalités machistes et sexistes qui laisse aux tribunaux religieux le soin d'établir le statut de la femme, et donc sa condition.C'est la société qui permet la persistance de l’inégalité entre les hommes et les femmes, que ce soit au nom du dogme chrétien puisé dans les épîtres de Saint-Paul, ou du dogme musulman inspiré de la tradition islamique.Le réseau des femmes démocrates que dirige Wadad Chakhtour, une retraitée de l’enseignement, tente de faire entendre la voix des femmes libanaises dans le brouhaha politique que connaît le Liban.L’organisation essaie d’apporter une pierre au nouvel édifice démocratique que souhaite une partie de la population.Courageusement, ces femmes transcendent les clivages religieux et les lourdeurs sociales.Les clivages religieux persistent et dissimulent l’oppression sociale des femmes.Dès l'école primaire, on distingue les sexes, contrairement aux apparences et au mythe selon lequel la femme libanaise serait « la plus libre du Moyen-Orient ».Les écoles comme les universités affichent des frontons aux slogans confessionnels.Une école publique implantée dans un quartier chiite, arménien ou chrétien maronite sera de fait soit chiite, arménienne ou maronite.L’école qui doit former le Libanais de demain enseignera la morale et l’histoire du Liban du point de vue de la communauté concernée seulement.L'appartenance religieuse avec ses contraintes et ses règles prime sur l’appartenance citoyenne où hommes et femmes subiraient un même traitement aux yeux de la loi.C’est ainsi que le code pénal ne condamne pas le viol conjugal et encourage le crime d’honneur.Au nom du respect des règles religieuses.C'est dans ce contexte qu'un programme de l’Unicef, auquel participe le Canada, essaie de réhabiliter socialement des femmes condamnées à des peines de prison.Une vraie gageure dans un pays encore en partie hostile aux femmes.« Commentators construire un pays, alors que le communautarisme religieux est le pire des maux qui ronge le Liban ?», demande Bechel Nacer, un sociologue, lui-même formé dans une école et une université maronites, et qui, après avoir passé une année en France, est revenu avec la conviction profonde que les religions peuvent être un frein au développement d'un pays.Que dire alors d’un pays qui compte 18 confréries religieuses ?Selon lui : « La seule chose que [cela a donné aux Libanais], c'est une guerre civile permanente depuis un siècle.Tous les conflits au Liban, toutes les guerres, tous les massacres jusqu'aux dernières voitures piégées de cet été, ont pour origine un litige interreligieux.Le Liban des citoyens n'existe pas encore.Un patchwork de communautés, cherchant chacune un allié étranger sur qui s'appuyer, n'a jamais constitué un pays.» Adbelkrim Debbih L'auteur est journaliste à l’émission Points chauds de Télé-Québec.Ce reportage a été réalisé grâce à la participation du programme Initiative journalisme et développement, de l'Agence canadienne du développement international (ACDI).Les opinions exprimées ne reflètent pas nécessairement les vues de l’ACDI, et n’engagent que l’auteur.L’aide humanitaire en fonction du ¦ statut social Quatre mois après le passage du tsunami, le village côtier de Perikalapet est toujours dévasté.Situé dans la région de Pondichéry, au sud-est de l’Inde, ce village de pêcheurs a reçu de plein fouet, le 26 décembre 2004, la vague.de plus de 10 mètres.Mais plus choquant encore que l’ampleur des dégâts, c’est de constater que les efforts de reconstruction déployés par le gouvernement ont été effectués en fonction du rang social des familles.En effet, selon les témoignages des gens rencontrés sur le terrain, les familles affectées par le tsunami et faisant parti du système des castes ont reçu de la part du gouvernement indien 50 000 roupies, un bateau et un filet de pêche, alors que les familles de dalits, c’est-à-dire les individus n’appartenant pas au système des castes, les intouchables ou, plutôt, selon le discours officiel, les individus socialement non privilégiés, ont reçu 2 000 roupies et 25 kilos de riz.Selon une jeune femme de la communauté, ces familles de dalits n'ont pas été autant atteintes que les familles de pêcheurs faisant partie du système des castes.Ce qui justifierait le fait que deux types d’infrastructures sanitaires aient été construites : la première, destinée aux individus appartenant au système, est construite avec des matériaux plus résistants, plus nobles et accueillants ; la seconde, construite pour les personnes n’appartenant pas au système, a été érigée avec de simples tôles rouillées.Un peu plus loin, sur la plage, et curieusement près du rivage, on peut apercevoir une hutte à l’effigie de World Vision et exposée aux forces de la nature.À l’intérieur : une dizaine de postes de télévision qui serviront à la « réhabilitation » psychologique des enfants ayant subi des traumatismes.À l’exclusion des dalits, toutefois.Ce sont là quelques exemples anecdotiques des centaines de millions de dollars investis pour venir en aide à la population affectée par le tsunami.Des initiatives mises en œuvre de façon spontanée, cependant sans grande coordination avec les acteurs locaux et, surtout, sans réelle adéquation avec les besoins.Tellement d’attention globalement, mais à l’échelle locale, l’argent ne se rend toujours pas.Geneviève Lefebvre L’auteure a visité le village de Perikalapet en tant que géographe afin de cartographier les côtes de la région.En Russie/ l'écologie sert de porte-étendard à l'opposition PHOTO HEIKK1 SAUKKOMA '
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