Le devoir, 5 décembre 2009, Cahier F
LE DEVOIR.LES S A M E 1» I ET l> I M A N ( Il R ti D E ( E M R K E 2 0 0 !» DfVC JEUNESSE Romans, documents et bedés pour nos enfants Pages F 6 et F 7 - F 8 La Baie-James, un pays dans le pays.La plus grande municipalité du monde: 300 000 kilomètres carrés d’un territoire occupé par quelque 30 000 habitants, soit pas plus d’un habitant par kilomètre carré.Population partagée à peu près également entre autochtones, principalement de la nation crie, et «Jamésiens».Baie-James qu’on appelle aussi Eeyou Istchee, du nom que les ancêtres des Cris avaient donné au territoire bien avant que les Blancs n’y posent le pied.CAD 'ES EAUX CAROLINE M O N T P E TIT Ces grands espaces presque vierges, où l’on peut marcher des kilomètres dans la forêt sans rencontrer autre âme qui vive, c’est ce qui a profondément séduit le géologue François Huot, parti à Chibougamau au milieu des années 1990, qui publie aujourd’hui le très beau livre La Baie-James des uns et des autres.Eeyou Istchee, avec l’écrivam et médecin Jean Désy.Le livre est publié aux Productions FH, qu’il a créées pour l’occasion.Après avoir fourni le gros de la matière première du livre, il en a confié l’écriture à Jean Désy, lui-même grand habitué de nos contrées nordiques.Tous les deux passionnés de ce Nord moins inhospitalier qu’on ne le croit, Désy et Huot ont voulu nous livrer une Baie-James invitant surtout à l’avenir, loin des clichés connus.Le sujet était délicat, le titre d’ailleurs en témoigne.Véritable mine de pierres précieuses, de métaux et d’énergie pour les Québécois du Sud, la Baie-James et son développement ont fait l’objet de nombreux débats économiques, politiques, environnementaux, humains et sociologiques.Dans des dossiers comme celui du projet de complexe hydroélectrique Grande-Baleine, autochtones et gouvernement du Québec se sont opposés, vigoureusement Ménager les uns et les autres Mais les années ont passé; les uns et les autres ont peut-être pris le temps de s’écouter.Survient donc ce livre qui donne une perspective de conciliation entre développement, autonomie d’autochtones et Jamésiens, puis protection environnementale.Sur ce dernier point, plusieurs questions demeurent d’ailleurs à élucider.Les auteurs établissent par exemple que, dans les zones inondées par les territoires, le poisson non piscivore retrouve un taux normal de mercure dix ou vingt ans après la création du réservoir.Chez les poissons piscivores, cette période peut atteindre 20 à 30 après la création du réservoir.Trente ans à consommer du mercure pour un autochtone, ce peut être long, même si les effets négatifs du mercure sur la santé des populations locales n’ont pour l’instant pas encore été prouvés.«C’est une génération» d’humains qui est touchée par ces changements en particulier, dit Huot.VOIR PAGE F 2: NORD l’avenir est au nord des uns et des autres ¦f.-vf Vf V T > J .'C PHOTOS: LES PRODUC TIONS I H praips vie o nene soPhie www.instantmeme.com Vie d’Rnne-Sophie Bonenfant Roman.244 pages.25?En librairie le 15 septembre Photo: Idra labrie / Perspective I- F.I) F V O I H .LES SAMEDI FT DI M A V ( Il F « 1) £ C EM B k F 2 0 0 D LIVRES CADEAUX NORD POESIE On tente aussi de proposer ici un développement qui profite surtout aux habitants de la Baie-James, si peu nombreux soient-ils."Le Nord ne peut plus être considéré comme un Klondike pour le Sud.Son développement doit d'abord profiter aux Cris et aux Ja-mesiens», écrivent les auteurs.Car la Baie-James n’a pas encore livré tout son or, loin de là.Dans le ventre des monts Otish, dont la chaîne est littéralement le pivot hydrographique du Québec, gisent des ' diamants et de l’uranium.Une route est d’ailleurs projetée pour aborder ces montagnes géantes.La région du réservoir Opinaca fait déjà miroiter des promesses d’or, de cuivre, d’argent et d'uranium.Sur le plan humain, la croissance démographique chez les Cris annonce également des lendemains prodigues.Démographie «Il y a énormément de naissances chez les Cris, dit François Huot.Je crois que c’est 50 % des Cris qui ont moins de 21 ans.» Selon M.Huot, la population des Jamésiens, de son côté, est affectée par la centralisation des agences gouvernementales dans les grandes villes.«Il y a un organisme qui s’appelle Im Ruée vers le Nord, qui essaie de faire connaître le nord du Québec pour attirer une main-d'œuvre chez les jeunes de 18 à 30 ans», dit-il.Pour rendre justice à ce livre, il faut absolument parler des textes, signés Jean Désy, qui allient connaissances scientifiques et poésie des lieux.Jean Désy y a intégré, parfois sous forme de contes, des expériences qu’il a souvent lui-même vécues.Celle de sa rencontre avec un buck, par exemple, cet orignal mâle dont le panache est -large comme deux bras étendus».Ou encore celle du nénuphar qui pousse dans le muskeg («tourbière de graminée» en langue algon-quienne), ces tourbières nordiques parfois nauséabondes.Et il faut surtout parler des photos, innombrables, prises par Mathieu Dupuis d’un bout a l'autre du pays.Ici, un lagopède a laissé sa trace dans la neige; ailleurs, ce sont les vues aériennes de ces paysages aussi impressionnants que déserts qui coupent le souffle.On y trouve des photos d’archives aussi, celle de prospecteurs de la région de Chibougamau en 1935, par exemple, ou des reproductions de ces cartes dessinées par le pere jésuite Laure, basé aTadoussac en 1733.Car ce livre est aussi une plongée dans l’histoire de la Baie-James, ou l’on apprend des choses étonnantes sur le développement de cette région.Par exemple, que bien des missionnaires et des explorateurs croyaient que la Baie-James, «grâce à son sol plat et argileux et à ses richesses naturelles, serait en mesure d’accueillir une large population».On pensa même construire un chemin de fer qui relierait le lac Saint-Jean, le nord du lac Abitibi et Moose Factory.Mais ce projet sombra dans l’oubli.Des rêves, la Baie-James, ce pays méconnu, en porte encore pourtant.Et ce livre, à la fois rare et magnifique, se pose aussi comme une invitation au voyage.Le Devoir LA BAIE-JAMES DES UNS ET DES AUTRES Eeyou Istchee François Huot et Jean Désy Prologue de Louis-Edmond Ha-melin Productions FH Québec, 2009,320 pages Désy dans la toundra Le médecin et écrivain poursuit son exploration d’un territoire mystérieux, mais qui lui est familier LOUIS CORNELLIER Pour le médecin et écrivain Jean Désy, le Nord est un appel irrépressible.Parmi les œuvres de cet aventurier du froid, on compte, en effet, des titres compte Voyage au nord du Nord, O Nord, mon amour, Au nord de nos vies et plusieurs autres recueils de poésie, romans ou essais qui évoquent cet univers.Avec Toundra-Tundra, un recueil de poèmes bilingue, illustré par des encres de Pierre Lussier, Désy poursuit donc son exploration d’un territoire mystérieux, mais qui lui est familier.Il raconte un éblouissement qui fut un coup de foudre.«Trois janvier mil neuf cent quatre-vingt-dix / Huit heures du soir / Un cri explosa dans mon ventre / Tous mes sens volèrent en éclats / C’était au Nunavik / La toundra me fut un éblouissement», écrit-il.Et cette expérience de l’austérité magnifique et saisissante ne va pas sans une révélation existentielle.«Par moins quarante / Dans la toundra / Un homme peut être habillé / De cent couches de peau / De sueur de peur / De cent protections / Contre le vent / Aucun habit ne remplace / Jamais le cœur noir / Tout fou tout palpitant / Nu comme un corbeau l’hiver», médite le poète.Pour vraiment apprécier cet ouvrage, il faut, toutefois, beaucoup aimer le Nord puisque la poésie de Désy transcende rarement son thème.Elle manie avec soin et sincérité les mots de la géographie nordique, mais atteint rarement à la géographie du langage.Collaborateur du Devoir TOUNDRA-TUNDRA Jean Désy Encres de Pierre Lussier XYZ Montréal, 2009,136 pages SOURCE XYZ Illustration de Pierre Lussier pour Toundra-Tundra de Jean Désy Aux éditions du Seuil, les portes claquent encore Le directeur général des éditions du Seuil, Thierry Pech, démissionne.Un départ qui en rappelle beaucoup d’autres ces dernières années pour cette maison d’édition prestigieuse qui affiche plu- sieurs blessures.Thierry Pech est peut-être arrivé au mauvais moment: il a dû gérer la mise à pied d'une vingtaine de personnes dans cette maison qui publie chaque année environ 600 M UiOl I / PHILIP KERR histoires dfiiv&ir ÜLi Kwiv H's Coûts st wm fttns ht leCHirr titres.Mais surtout, son départ pourrait être le résultat d’un constat d’impuissance.Le Seuil est une maison complexe où les vrais centres de pouvoir sont les «pôles» (les départements), notamment ceux de littérature et de sciences humaines, dirigés respectivement par Martine Saada et Monique Labrune.Coincé entre le p.-d.g.du Seuil, Denis Jeambar, un peu éloigné des affaires courantes, et deux directrices de pôles très actives, Thierry Pech n’a sans doute pas eu autant de marge de manœuvre qu’il l’aurait souhaité.Par ailleurs, il n’aurait pas su convaincre le propriétaire du groupe, Hervé La Martinière, avec lequel les relations ne semblaient pas être au beau fixe, du bien-fondé de ses choix.Autres départs Le départ de celui qui était auparavant l’éditeur d’une collection importante du Seuil, «La République des idées», s’ajoute à une liste déjà four- nie: l’éditeur Robert Pépin, qui dirigeait «Seuil Policiers» (un des secteurs les plus rentables de la maison); l’éditeur Jean-Claude Guillebaud; l’auteur et éditeur Olivier Rolin, qui reste toutefois éditeur extérieur; Gwenaëlle Dréan, qui dirigeait le service de presse; ainsi que des forces importantes de la fabrication et du marketing.Ça commence à faire beaucoup, et ça commence à faire mal, même s’il reste de belles compétences dans la maison.Le déménagement de l’ensemble du groupe La Martinière à Montrouge, au printemps prochain, n’arrange rien à l’affaire, suscitant une grogne interne: certains estiment que ce départ de la rue Jacob vient parachever une «rupture culturelle» dommageable à la cohésion de la maison.A cette occasion, l’organisation du Seuil devrait être revue profondément, puisque beaucoup parmi les partants n’ont pas été remplacés.Libération et Le Devoir Normand Baillargeon ISBN : 978-2-7637-8760-2 150 pages • 19,95 $ Il s’agit d’insérer, dans la conversation démocratique, un maximum de pensée critique.Librairie Raffln se néserve le *o« de modHfef las prhamonoés sans prtovfj.Les prtu sont en vigueur jusqu'au 10 jawler 2010 ou jusqu’à répuisement des stocks.MONTRÉAL Place Versailles - 7275, me Sherbrooke Est 514.354.1001 Plaza St-Hubert - 6330, me St-Hubert 514.274.2870 LAVAL Centropoks -1820, av Pierre-Péladeau 450.682.0636 REPENTIGNY Galeries Rive-Nord • 100, bout.Brien 450.581.9892 QUÉBEC Place Fleur de Lys-550, boul.Wilfrid-Hamel 418.524.9909 BON DE RÉDUCTION Sur présentation de ce bon, obtenez 5$ de réduction sur tout achat de 30S et plus (avant taxes) de marchandise à prix régulier.5$ RAISON OBLIGE Essai de philosophie sociale et politique Essai de philosophie sociale et politique pu! US PRESSES DE L’UNIVERSITÉ LAVAL • www.pnlayal.cow ¦ mmm LE DEVOIR.LES SAMEDI 5 ET DI M A N l HE « D E l E M R R E 2 0 0 0 F :i LIVRES CADEAUX Comment vivre ?UTTERATTRE FRANÇAISE m.\ D am elle: Laurin Donnez-lui l'Afrique.La misere, la corruption, la violence sans nom.Le pillage des ressources, les conflits ethniques.Les enfants soldats, les crimes impunis.Donnez-lui l'Afrique, et l'auteur d'Uti dimanche à la piscine à Kigali en fera un roman puissant Donnez-lui un héros qui rêve de justice sociale.Qui.au nom de ce rêve, de cet ideal plus grand que lui passe à côté de sa propre vie, tourne le dos au bonheur, à l’amour.Et s’en va droit dans le mur.Donnez-lui ce he-ros-là, et l’auteur d'Une belle mort écrira un roman puissant Donnez-lui les deux en même temps: l’Afrique anarchique, infernale, et le héros tragique, désarmé.Gil Courtemanche signera Le monde, le lézard et moi.Un roman d’autant plus puissant.Un roman désespéré, dévastateur.Tellement noir que ça fait mal, ça fait peur.Ça commence à La Haye.Où le héros, Claude, un juriste québécois de 35 ans, travaille comme enquêteur pour la Cour pénale internationale.Il recueille des preuves contre un criminel congolais, une ordure qui recrute des enfants soldats, viole, tue, torture, pille sans vergogne.Oui mais voilà, le procès sera bientôt annulé, pour vices de procédure.Le droit aura raison de la justice.Le criminel sera libéré, retournera chez lui, à Bu-nia, au Congo.Que fera Claude, qui vient de passer trois ans à traquer ce Ka-banga, à éplucher jour et nuit les témoignages accablants contre lui, jusqu’à en faire une affaire personnelle?On ne le saura pas tout de suite.On était dans sa tête tout ce temps, cet homme assoiffé de justice, dévoué comme pas un à sa cause, on y reste.On continue de voir le monde à travers lui.Mais plutôt que d’aller de l’avant, on replonge dans son enfance avec lui.Nous voilà à Montréal, dans une maison bourgeoise.Le petit Claude grandit dans l’ignorance totale du monde, se réfugie dans les livres, les dictionnaires, les encyclopédies.Ses parents, d’ex-gauchistes désillusionnés, l’élèvent en dehors de toute conscience sociale.Il va finir par se rebeller.Va se joindre à un groupe d’anarchistes, va même participer à un attentat contre un MacDo pour prouver ses convictions révolutionnaires.Tout cela ne fera qu’un temps, il deviendra avocat.Parallèlement, il vivra ses premières expériences sexuelles, ce sera couci-couça, il se mariera.puis divorcera.Un jour, sur la table du salon, il trouvera ce mot de sa femme: «Tu penses à tous ces gens qui souffrent dans le monde.Mais finalement, tu ne penses qu a toi.Adieu.» On est loin de La Haye et de Bunia.Justement.On s’ennuie un peu, à vrai dire.On a bien compris que l'auteur voulait nous montrer d'où venait son he- _____ ros, ce qu’il avait dans le ventre, comment il en était venu à se retrouver seul au monde et à travailler comme analyste à la Cour penale internationale de La Haye.Mais on n’en demandait pas tant.Trop de détails?Heureusement, on change de lieu, d’époque.Nous voici en Bretagne, aujourd’hui.Et pourquoi?Parce que c’est là que rêve de vivre Claude, quand il se laisse aller.Là qu’il a vu passer, un jour, une jeune femme et sa fille, qu’il n'a jamais oubliées.Elles le suivent comme une ombre, comme l’ombre du bonheur auquel il a renoncé pour se réfugier dans les règles de droit Nous irons à Bunia, au Congo, finalement Où Claude débarqua ra avec une femme qu’il aurait pu aimer.Où il sera confronté à la réalité, la dure réalité qui dépasse tout ce qu’il avait découvert dans ses dossiers, ses études, ses livres de droit Là-bas, sa vie sera menacée.Après un faux procès, auquel il aura participé.Là-bas, la justice triomphera du droit La justice de la rue, sanglante, nourrie de vengeance.Est-ce vraiment mieux?C’est un homme plus désenchanté, plus seul que jamais, avec pour seule compagnie un lézard, qui va rentrer chez lui.Chez lui?Mais où ça, chez lui?«Ma vie avec les humains n’est qu’une suite remarquable d’erreurs.Je suis incapable d’aimer ou j’ignore le mode d’emploi.Mais le résultat est le même.Je suis seul et je n'aurai jamais de chez-moi.» Comment vivre avec les autres?Comment vivre malgré la blessure, la désillusion, la laideur, l’injustice?Comment vivre dans la confrontation abrupte avec soi-même quand on a tout perdu?Oui, comment vivre?C'est la question qui traverse le livre.Elle demeure sans réponse, au milieu de la noirceur.Mais le miracle s’est produit.Le miracle de la voix, de l’écriture, du souffle.Le miracle des phrases, qui coulent sur la page, s’enroulent, portées par un étrange mélange de lucidité sans pitié et de sensibilité exacerbée.Le monde, le lézard et mot.le miracle de la beauté au milieu de la noirceur.LE MONDE, LE LEZARD ET MOI Gil Courtemanche Boréal Montréal, 2009,232 pages LIBRAIRIE BONHEUR D’OCCASION Livres d’occasion de qualité NOUVEAUTÉ Choix de livres en ligne Plus de 200 nouveaux titres à chaque semaine à cette adresse : www.abebmks.fr/vendeur/bonhairdoccasion 514-522-8848 1-888-522-8848 4487, rue de La Roche (angle Mont-Royal) bonheurdoccasion@bellnet.ca SYMBOLE DE NOTRE HISTOIRE ' BoUciii ' ' î k 1 vf ; ni i l-» ' MIRABEL EN HISTOIRES^ I £ kEPUNTRo La ville de Mirabel, marquée par la cruelle et inutile expropriation de 1969, n’en possède pas moins une histoire d’une richesse et d’une diversité étonnante.Entre la création de la première paroisse, Saint-Benoît, et l’émergence de la ville de Mirabel, issue du regroupement de sept villages et paroisses, près de 200 ans ont passé.SEPTENTRION.QC.CA LA RÉFÉRENCE EN HISTOIRE AU QUÉBEC ~ -c 3 * o $ Membre de I < z a eâ Dans les traces du passé Les plus beaux livres sont ceux de l’intelligence et des sens.Ils inspirent leurs lecteurs, engendrant les prochains.Cixous est un pilier de cet édifice, sur lequel la pensée fait des gammes.i G UYLAINE M A S S O U T R fc Que deviennent les morts dans nos conversations se-| crêtes?Qu’avons-nous à leur | dire?Et comment les faire vivre j en soi, dans la durée, dans la pensée et ses transformations, | en partenaires?De cette intimité, vue comme un territoire largement inexploré, Hélène Cixous tire un univers, Eve s’évade.La ruine et la vie.Rebondissements de lecture infinis.Ses trouvailles étonnent, après tant de volumes consacrés à d’impossibles retours à l’origine.Famille perdue, pays quittés, souvenirs tenaces, elle s’est forgé une quête inventive — entre Eve, la mère, et Omi, la grand-mère en pièce manquante — qui s’enfonce dans la féminité, l’altérité, l’identité, dans la pensée vivante, tout simplement.Bâtie sur le manque, sur la M’Omi, son œuvre est compensée par la force inextinguible de la fiction: faire apparaître l’invisible, l’incréé d’ici-bas, la part secrète du réel.Avec évidence.Cette formidable essayiste, dramaturge et autobiographe n’a cessé d’interroger l’écart avec soi-même que constitue tout tracé de vie.Paradoxe de la conscience, qui va de A à B: plus la maîtrise de soi est grande, plus ce qui s’affirme fabrique de l’éloignement.D’un côté, des figures de vivants disparaissent de l’autre, la hantise devient nette, tandis que la culture arraisonnée, en dépit de sa forte singularité, n’arrive pas à la satisfaire.La vie suivante Lectures innombrables et chantier d’histoire: cet écrivain derridien signe un nouvel «hy-perrêve», sa «Nouvelle Vie».Eve, sa mère, en est le centre fuyant, qui se déplace devant Omi, la grand-maman.De la famille Klein, puzzle aux pièces dispersées ou détruites, demeure une généalogie sans cesse réinventée.Voyez le titre: Eve s’évade.1m ruine et la vie, échappé d’un long entretien que Cixous eut avec Mireille Calle-Gruber: Hélène Cixous, photos de racines (1994).On croit parfois, à tort, qu'il faut avoir tout lu, autour et avant, pour saisir de telles œuvres.Eh bien, vous ne rattraperez pas la soixantaine d’ouvrages de son combat contre le temps.Justement.Si Cixous avait eu devant les yeux la rechute dans l'oubli ou le piétina ment dans le commentaire, aurait-elle travaillé sur la liberation, sur l’allégement, sur l’échappee furtive?C'est bien l'aventure poétique, orphique, qui fait le sel de cette œuvre — ardue, certes, mais surtout exploratoire, géographiquement étendue, esthétiquement colorée et culturellement si vive.Eve s'évade vient après Ciguë.Vieilles finîmes en fleur, et la dépasse.Eve, figure maternelle, est l’archétype de toute femme, la première, la fautive, la bienheureuse avant la chute donnée en partage.La ruine et la vie.Perditions relayées Comme mère, Eve est la toute vieille, flétrie, égarée dans sa décrépitude mortelle.Comme Eurydice, elle se dédouble, étant le chant et la perte, la morte du poèiqe et la respiration inspirante.Evç sans retour, Eve sans pardon, Eve sans dessein autre que celui, dans la catastrophe, d’initier la vie.Si un Quignard s’auto-en-gendre dans sa mémoire éternelle d’humain, tantôt immense, tantôt futile et vaine, Cixous, quant à elle, sur un thème voisin, bute inexorablement sur le corps maternel.Rêvasion, dit-elle, jouant avec les lettres d’Eve, Eve dans le rêve, qui s’échappe entre des mots au contenu latent.De merveilleuses pages campent ainsi les mots en lutte contre la dispersion.Il y a des souvenirs, mais surtout la tour du for intérieur.On y grimpe comme dans les contes, et on redescend dans le supplice de l’engendrement.Après sont venus les livres, lectures et écrits, qui résistent aux diversions.On ne peut ni les résumer, ni les éluder, ni les ignorer.Parce qu’on y rêve en glissant hors du rêve par le récit, tenu par la raison aux prises avec ses démons, cet essai de la bien nommée collection «lignes fictives» est une formidable consolation.Un livre sur la fin, sur la peau parcheminée et sèche, la vieille, fantastique et balzacienne Peau de chagrin.Grimoires Nul essayiste n’aura mieux écrit sur Cixous que Ginette Michaud — Comme en rêve (Derrida, Cixous, Le Temps Les Éditions du Trécarré félicitent Richard Béliveau et Denis Gingras, lauréats pour la deuxième fois du prix du Grand Public Salon du livre de Montréal-la Presse 2009 en collaboration avec l'Association des libraires du Québec, dans la catégorie Essais et Livres pratiques GROUPE LIER EX lin* COTQagnN d» ONbocor GROUPELIBREX.COM M4 Hélène Cixous en 2001 volé éditeur, Montréal, 2008 —, sensible aux pensées irréelles qui font rayonner l’absence par dedans les corps, les mots, les formes, les iflées.fleur de Mallarmé, l’Eve des premiers temps.Il faut lire, mais ici, en ce temps des beaux livres, car c’en sont, grimoires magiques tant par la forme que par le fond, et contemporains, c’est de l’objet-livre qu’il importe de par ler: un éditeur québécois, Mar c Desjardins, artiste et artisan, nous donne, avec quelques complices de sa profession, plusieurs précieux beaux livres.Vergé via couverture blanc naturel, pour la caresse, format exceptionnellement gratifiant pour l’œil lecteur, et accessible aux bourses, caractères, reliure, signatures, tout est luxe et volupté, intelligence des sens.Une essence de livres rares, à fréquenter, à collectionner.Le dernier en date de Michaux s'intitule Juste le poème, peut- A(.i N, V FRANCK FRI SM être (Derrida, Celan), suivi de Singbarer Rest: l’amitié, Tin-deuillable.Non seulement on y retrouvera Cixous, mais aussi Celan, en partageant la lecture avec Georges Leroux jusqu’aux plus fines strates de l’intraduisible feuilleté des mots.Collaboratrice du Devoir ÈVE S’ÉVADE La ruine et ia vie Hélène Cixous Galilée Buis.2009,211 pages JUSTE LE POÈME, PEUT-ÊTRE (Derrida, Celan), suivi DE SINBARKR REST: L’AMITIÉ, LTNDEUILLABLE Ginette Michaud Le Temps volé Montréal, 2009,195 pages ARCHAMBAULT Une compagnie de Québécor Media PALMARÈS LIVRES Résultats des ventes : du 24 au 30 novembre 2009 ROMAN OUVRAGE GENERAL LE SYMBOLE PERDU Dan Brown (JCLattts) L'ÉNIGME DU RETOUR Dany Laterrière (Boréal) PARADIS CLEF EN MAIN Nelly Arcan (Coups de tête) LE COCON KJ Janette Bertrand (Libre expression) L'ARRACNEUSE OE TEMPS Fred Pellerln (Sarrazine) L’ÉCHAPPEE BELLE Anna Gavalda (Dilettante) R U FAIM DE LA TERRE T.1 U Jean-Jacques Pelletier (Alire) SAUVER SA PEAU Usa Gardner (Albin Michel) U ROUTE Cormac McCarthy (Points) LA TRAVERSÉE DES SENTIMENTS Michel Tremblay (Leméac) JEUNESSE L'ANNIVERSAIRE D'ASTÉRIX ET OBÉUX Uderzo (Albed René) HÉSITATION Stephenie Meyer (Hachette Jeunesse) U SOIRÉE PYJAMA Collectif (Héritage) LA MORTE QUI MARCHATT T.1 Linda Joy Singleton (ADA) U GUIDE OFFICIEL OU FILM TWIUGHT Mark Cotte Vaz (Hachette) LES CANAYENS DE MONROYAL Achdé / Lapointe (Boomerang) H ARIEUE QUEEN T.B ££ Michel J.Lévesque (Intouchables) B j] LE ROYAUME OE LA MAGIE Geronimo Stilton (Albin Michel) LES NOMBRILS T.4 Deiaf/Dubuc (Dupuis) VISIONS T.t : NE MEURS PAS UBELLULE Linda Joy Singleton (ADA) U SOUVERAINETÉ DU QUÉBEC Jacques Padzeau (Michel Brûlé) U FROUSSE AUTOUR DU MONDE T.2 Bruno Blanche! (La Presse) CÉUNE AUTOUR DU MONDE Gérard Schachmes (Libre expression) ¦Fi OSEZ VOUS RÉCONCIUER AVEC LA VIE Susan Jeffers (Marabout) SEXY L-F.Marcotte (Flammarion Québecl LES ANGES AU QUOTIDIEN Joane Flansberry (Dauphin Blanc) El U GUIDE DU VIN 2010 Kg Michel Phaneut / Nadia Fournier (de l’Homme L’UNION FAfT LA FORCE Collectif (La Presse) M ANTIDOTE HD Collectif (Druide informatique) LES MEILLEURES RECETTES DE PUTS 1 Carole Hedinq Munson (ADA) ANGLOPHONE THE LOST SYMBOL Dan Brown (Doubleday) ECLIPSE Stephenie Meyer (Little, Brown S Co) THE VAMPIRE DIARRESrTHE FURY Lisa Jane Smith (Harper Collins) El THE ROAD Cormac McCarthy (Knopf) DUD UNTIL DARK Chartaine Harris (Ace Books) UNDER THE DOME Stephen King (Scribner) E| SHADOWLAIID: THE IMMORTALS Alyson Noel (St.Martin's Press) BON JOVt: WHEN WE WERE BEAUTIFUL Bon Jovi (Harper Collins) NEW MOON: THE COMPtflt kiUSTRATtn.Mark Cotta Vaz ( Little, Brown & Co) TEMPTED V.6 R C.Cast / Kristin Cast (St.Martin's Press) Jouez la carte de la culture! I Cf«e-cacfoaij (AI e’hotos auteurs C Jacques M' L E I) E V OIK.LE S S ,V M EDI 5 ET D I M A X f H E 6 DÉCEMBRE LIVRES CADEAUX Trois hommes, deux procès et un système POLARS Louis Hamklin Cm est une sorte de ^ western de l’ere globale, qui se déroule sur deux continents, a des époques différentes: le Bon a rien, la Brute et le Warrior.Des trois hommes dont il sera question ici, l’un est un Ojibwé-Lako-ta, l’autre un Blanc, le troisième un Aborigène du Queensland (nord de l’Australie).Parmi eux, il y a un mort, un condamné à perpétuité et un homme libre.Devinez lequel.Le territoire historique et social couvert par Grand homme, livre-reportage de l’Australienne Chloe Hooper, paraîtra étrangement familier au lecteur du nord des Amériques.Ia;s antipodes, en l’occurrence, se répondent.Au Queensland, il y a d'abord les missionnaires, anglais plutôt que français, mais tout aussi chrétiens, venus apprendre aux indigenes «la honte, le port des vêtements».et «apporter la lumière à l'obscurité de leur existence».En 1897, tous les Aborigènes de cette partie du monde, femmes et enfants métis y compris, deviennent «pupilles de l’Etat».Ils doivent être «protégés, même parfois contre leur gré», écrit un ethnologue de l’époque.Jusque dans les années 40, le gouvernement conserve l’espoir de les assimiler jusqu’au dernier.Ils sont confinés dans des réserves pendant que pionniers et aventuriers s’approprient les terres de la péninsule du cap York.On est au pays de Crocodile Dundee, mais si on remplace les kangourous par des caribous, ça donne l’Ungava: «Ces endroits étaient devenus des ghettos pauvres livrés a l’alcool, ou l’on sniffait de l’essence, pleins de brutalité, d’arrestation et de mort prématurée.» Violences S’il faut absolument trouver une différence, elle est peut-être du côté des conditions de détention: 99 décès d’Abori-genes (22 % de la population carcérale contre 2,4 % de la population totale) en détention provisoire, sur une période de.10 ans.A peine croyable.C’est sur une de ces bavures que porte le livre-enquête de Hooper.Les faits sont atrocement banals.L’affaire s’est déroulée à Palm Island qui, contrairement à ce que son nom semble indiquer, n’est pas un paradis pour réfugiés de la Bourse, mais Î’île où, décennie après décennie, ont été exilés les indigènes qui avaient le mauvais goût de ne pas se transformer assez rapidement en forçats du système, de ne pas s’incliner avec suffisamment de grâce devant cette gigantesque entreprise de dépossession.Bref, un «goulag tropical», comme l’appelle joliment Hooper.Le sable y est, la mer, les palmiers, la chaleur.Physi-quement, c’est le paradis.Moralement, c’est l’enfer.Et c’est ici que la Brute entre en scène: Hurley, policier blanc avec un physique de rugbyman.Il vient de porter secours à une femme diabétique ivre et battue qui ne lui dira probablement pas merci, et il voit maintenant arriver Doomadgee, le Bon à rien, 36 ans, beau bonhomme, complètement cuité à la bière, au vin et à un mélange ENSEMBLES-CADEAUX POUR FINS PALAIS THÉIÈRES ET OBJETS DU THÉ CERTIFICATS CADEAUX MTL | Quartier Latin MTL | Marché Jean-Talon QC | Nouvo St-Roch 351 Emery 70l0Casgrain 624 St-Joseph E.514.286.4002 514.271.4002 418.525.0247 www.camellia-sinensis.com Thé NOTRE NOUVEAU LIVRE SUR LE THÉ est maintenant disponible à nos Maisons de thé et en librairie.4 d’eau et d’alcool a brûler, et il n’est pas encore 10h30 du matin.«Qui a lâché les chiens?», chantonne le Bon a rien.La Brute l’arrête pour insulte à agent, reçoit plus tard au poste, un coup de poing, y riposte en «tombant sur» le prévenu.Hurley a-t-il alors vargé à tour de bras sur sa victime ou simplement voulu l’aider a se relever, comme il l’a prétendu?Toujours est-il que le Bon a rien, la rate éclatée d'un coup de genou, meurt ensuite sur le sol de sa cellule en appelant au secours, filmé par une caméra de surveillance tandis que, étendu de tout son long, il obtient pour toute réponse un dernier coup de pied, comme le vrai chien des deux.La violence engendre la violence.La désespérance chronique devenue le sort quotidien et quasi institutionnel d’une communauté comme celle de Palm Island releve, de toute évidence, d’une forme de violence cautionnée, fut-ce passivement, par l’État.La double réussite de Hooper est, d'une part, d’inscrire cette malheureuse affaire dans un contexte historique qui la précède et l'explique, et, d’autre part, de démonter l’implacable mécanique de l’impunité policière, qui allie le racisme le plus ordinaire à la solidarité instinctive et quasi tribale des confréries autoprotégées de flics.Dès la page 70, citant les conclusions d’une enquête sur la corruption et les eaux troubles fréquentées par la police du Queensland (prostitution, jeu, pots-de-vin, la poutine habituelle), Hooper semble indiquer que les jeux sont faits d’avance: «L’enquête identifia au sein des forces de l’ordre l’omniprésence d’un code non écrit, qui stipulait que les policiers n ’appliquent pas la loi contre d’autres policiers, qu’ils s'abstiennent de coopérer à toute tentative en ce sens, et peut-être même qu’ils fassent obstacle à ces tentatives.» Ce qui signifie que, dans les faits, ces occasionnelles gâchettes rapides et autres gagas du Taser se situent au-dessus des lois.Ainsi, la Brute verra l'investigation sur son cas être confiée a un ami.Dès le premier soir de l’enquête, les deux se retrouvaient pour boire de la bière et manger du barbecue avec les boys.Le Warrior, Leonard Pel-tier, n’a pas eu autant de chance.Il croupit en prison depuis tout près de 35 ans et sa dernière demande de libération conditionnelle vient d’être rejetée.(Tl aura de nouveau le droit de s’essayer en 2024.Il sera alors octogénaire.) Je manque d’espace pour résumer l'affaire, alors je vais procéder par une comparaison.À Oka, en 1990, pendant la fusillade, un policier est tombé.Cinq ans plus tard, une enquête judiciaire concluait que «Marcel Le-may a été tué par une balle venant du côté des Warriors, mais [nous sommes] dans l’impossibilité de déterminer lequel de ces derniers est celui qui a tiré».C’est la même chose pour Peltier.Aucune évidence balistique n’a jamais été présentée pour prouver son rôle dans la mort, à Pine Ridge en 1975, de deux agents du FBI.Mais quand des policiers sont achevés d’une balle dans la tête, ça prend un coupable.lire, là-des-sus, Peter Matthiessen, dont le livre n’est pas traduit en français (In the Spirit of Crazy Horse), mais qui résume son admirable défense de l’homme dans l’édition de la New York Review of Books du 19 novembre.Pour voir de quelle belle saloperie est capable une justice au-dessus des lois.GRAND HOMME Mort et vie à Palm Island Chloe Hooper Traduit de l’anglais par Antoine Cazé Christian Bourgois éditeur Paris, 2009,394 pages Solide offensive québécoise MICHEL BELAIR Quand même rare que, coup sur coup dans la même semaine, deux polars québécois tombent sur mon bureau.Et comme, encore plus rare, les deux ouvrages soutiennent fort bien la comparaison avec l’abondante production de la saison, plongeons-y donc sans tarder.L’histoire du Mort du chemin des Arsène de Jean Lemieux est plantée dans le décor sauvage de la fin d’été aux îles de la Madeleine.Sous la pluie et le vent violent souvent on suit là les méandres de la deuxième enquête du sergent-détective André Surprenant de la SQ qui, à quelques jours de son départ des Des pour un nouveau poste à Québec, doit cette foisci trouver l’assassin du violoneux national Romain Leblanc.D découvrira bien vite que la vedette est un personnage très complexe; atteint d’une balle en plein cœur, en pleine gloire, Leblanc a vécu des histoires d’amour tourmentées où l'argent et le pouvoir jouent un rôle capital.Les coupables possibles sont légion.Lemieux sait raconter les histoires et celle du cadavre trouvé dans sa maison de l’Étang-du-Nord est riche en rebondissements divers.Ses personnages sont bien campés, échappant la plupart du temps aux gros traits et à la caricature; son intrigue est solide et bien ficelée, et son écriture, remarquablement efficace.Un peu plus de senti dans la désespérance, comme ne l’aurait jamais dit Toe Blake, et on passe à un autre niveau.Geneviève Lefebvre campe, elle, son histoire dans le quartier montréalais de Griffintown, entre Pointe-Saint-Charles et le sud-ouest du bas de la ville.C’est dans cet ancien quartier irlandais toujours aussi pauvre et délabré que la productrice de cinéma Maggy Sullivan veut transplanter une sorte de remake de l’histoire de Maria Goretti, «celle qui a dit non», la patronne de toutes les victimes du monde.Le scénariste qui travaille au projet de film, Antoine Gravel aura a demêler là un écheveau très dense de paliers de réalité où la pègre, la passion, la violence ordinaire et l'assassinat en sérié de jeunes filles du quartier l’amèneront à changer sa vision de l’existence, disons.Ici aussi l’histoire est solide, riche, peut-être même un peu trop.En fait on pourrait presque dire que Je compte les morts — le titre est un hommage pas du tout déguisé à François Barcelo, on l’apprend dans les remerciements d’usage — a du matériel pour au moins deux ou trois romans.Le chapitre sur la mafia irlandaise du quartier, par exemple, est particulièrement fouillé, fascinant par instants, surtout lorsque se dévoile la silencieuse solidarité des gens qui hantent les espaces marqués par la misère.Tout au long, on sentira une sorte de même souffle dans l’intime chaleur des descriptions et dans les mots simples de ceux qui vivent là.surtout ceux de ce fascinant personnage de la petite rouquine, Laurie.Par contre, l’histoire en filigrane du tueur en série est plutôt faible, surtout à cause du psychologisme minimaliste avec lequel on définit le personnage.Rien qu’une séance de respiration par le nez ne puisse régler.Le Devoir LE MORT DU CHEMIN DES ARSÈNE Jean Lemieux La Courte Échelle Montréal, 2009,454 pages JE COMPTE LES MORTS Geneviève Lefebvre libre Expression, coll.«Expression noire» Montréal, 2009,318 pages Œuvres de Charles De Koninck Tout homme est mon prochain volume 1 CEuvres de Mes De Konmek ROLAND GIGUÈRE ARTISAN OU RÊVE D*****'*" TOME II Avant-propos de Thomas De Koninck Présentation de Jacques Vallée ISBN : 978-2-7637-8720-6.162 pages ?24,95 $ pu! LES PRESSES DE L’UNIVERSITÉ LAVAL • www.pulaval.com Héritier des surréalistes, manieur de la couleur comme des mots, poète et artiste unique, Roland Giguère est au cœur d’une nouvelle exposition présentée à la Grande Bibliothèque.Du 1er décembre 2009 au 9 mai 2010 Section Arts et littérature, niveau 1, et vitrines, niveaux 1 à 4 Réalisée dans le cadre de la série «Ateliers d'écrivains» à partir des archives provenant du fonds Roland Giguère conservé par Bibliothèque et Archives nationales du Québec Entrée libre Grande Bibliothèque 475.boulevard De Maisonneuve Est.Montréal è.® © Berri-UQAM | Autobus : 30.15 et 125 Du mardi au vendredi de 10 h à 22 h I Samedi et dimanche de 10 h à 17 h www.banq.qc.ca I 514 873-1100 ou 1800 363-9028 Bibliothèque et Archives nationales Québec na Le sens du combat Pierre Vadeboncoeur Yvon Rivard Patrick Moreau Sylvain David David Dorais Yannick Roy l’Inconvénient no 39 Aussi dans ce numéro Disponible en kiosque et en librairie Paul Kodama Geneviève Blouin Nicolas Charette Amélie Desruisseaux-Talbot Gilles Marcotte Réjean Beaudoin Serge Bouchard www.i nconven icn t.ca c LE DEVOIR.LES SA M E R 5 ET DI M A \ ( Il E ti D E ( E M K R E 2 O O ;• LIVRES CADEAUX LITTERATURE QUÉBÉCOISE Moulin à paroles René-Daniel Dubois récidive et donne une suite à ses entretiens avec lui-même CHRISTIAN DESMEILES Il aurait ete difficile d’imaginer que Rene-Daniel Dubois puisse ajouter un second tome à ses volumineux Entretiens (Leméac, 2006).Et qui plus est aussi rapidement.Difficile de croire aussi que ce second exercice, porté une fois encore par une fureur et une verve apparemment intarissables.dépasse le premier en longueur.Dramaturge doue et bien connu {26 bis, impasse du Co-lonel-Foisy, Ne blâmez jamais les Bédouins, Being at Home with Claude), René-Daniel Dubois replonge donc sous la surface.Ses nouveaux entretiens avec lui-même, intitulés Morceaux, ouvrage paru chez Leméac un peu plus tôt cet automne, forment, avec leurs 680 pages bien tassées, une sorte d'objet littéraire difficile à identifier.Un monstre de papier, de vanité, d'exhibitionnisme et de méticulosité presque maniaque, mais aussi une espèce de grosse bibitte de candeur, de franchise et de générosité.Depuis le début de ses confessions aux accents de sincérité rousseauiste, depuis ce qu’il appelle «la remontée», «l’ouverture des écoutilles» ou la «sortie du maquis», une véritable libération s’est opérée chez l’auteur de théâtre.Certains se souviendront peut-être de l’une ou l’autre des lectures publiques des Entretiens, à l’automne 2006.Une poignée de témoins avaient eu droit à toute la palette des émo- tions humaines: rire aux éclats, vociférations, larmes.C’est la matière brute de sa vie — ou ce qu’il croit être sa vie — que RDD interprète.Et tout ça porté, jusqu'au bout, par un imperturbable esprit de sérieux.RDD.névrosé de la société Morceaux, sous-titre Entretiens sur l'écho du tnonde, l’imaginaire et l’écriture, est le second volet d’un projet plus general qui devrait en compter quatre.Les deux derniers pourraient être eventuellement consacrés, nous explique-t-il, aux voyages et aux morts de sa vie.Quelques textes de René-Daniel Dubois y sont présentés, expliqués, contextualisés, liés entre eux, remis en question et parfois défendus par lui-même.Entre ces morceaux choisis, RDD se livre à une minutieuse exégèse d’évènements cataclysmiques de sa vie privée (amours, créations) ou à une réflexion toute personnelle sur l’acte créateur, parfois teintée de ses découvertes sociopolitiques.Sa théorie singulière, fruit d’un long travail de réflexion et d’introspection, tient en peu de mots.On ferait preuve ici, au Québec, d’un mépris particulièrement inédit envers la culture et les arts.Au Québec, estime René-Daniel Dubois, ce ne sont pas les œuvres qui comptent (musique, cinéma, théâtre, poésie ou roman), «mais l'utilisation du statut qu’elles accordent, et la mise de ce statut au service de la cause nationale».Du coup, il a enfin compris pour- René-Daniel Dubois quoi il s’est «senti aussi tout croche aussi longtemps».Le Québec l’étouffe.C’est sa pierre philosophale, l’alpha et l’oméga de sa pensée d’homme et de créateur révolté.Il s’explique ainsi largement dans Morceaux à propos de ses «sorties» politiques — contre le nationalisme québé- ANNIK MH DE CARUFEl.EK DEVOIR cois, en particulier —, sur ses «activités théoriques» et ses trouvailles.Tous ne savent peut-être pas la véhémence, la révolte et la colère qu’il porte contre cette société menteuse et «sans âme», «extraordinairement violente», où le hasard l’a fait naître un jour de 1955.Au Québec, écrit-il, bien plus qu’ailleurs, on pratique rien de moins que «l'assassinat systématique de la beauté».I-a solitude du coureur de fond À cet effet, il lui faudrait reviser au plus vite sa petite histoire des dessous de la publication du premier roman de Rejean Ducharme («refuse par tous les éditeurs d’ici»).L’auteur de Bob ne sait pas vraiment de quoi il parle et il nous dévoile, si on ajoute ce détail signifiant à une mémoire historique particulièrement selective, toute retendue de sa mauvaise foi — quitte à devoir alimenter ici le leger sentiment de persecution dont il semble souffrir.Son obsession à crier la vérité que personne ne semble voir est sans repos.C’est le bout de miroir auquel il s’accroche, comme un glaneur jaloux d’une verroterie qui n’intéresserait en réalité personne.Mais heureusement épargnés en grande partie par ses polémiques de chercheur d’absolu solitaire, certains des aspects les plus intéressants de Morceaux concernent ce qui touche au cœur même de la création.Depuis les origines de quelques-uns de ses textes (pièces, lettres ouvertes, proses, bouts de roman) jusqu’à des réflexions particulièrement senties à propos de l’acte créateur et de la solitude profonde que cela implique.René-Daniel Dubois y décortique notamment la genèse d’une pièce créée en 1987, Le printemps, monsieur Deslauriers, commandée deux ans plus tôt par Jean Duceppe.Il nous parle en long et en large de la transformation de son processus d’écriture, passe de ta mécanique spontanée et dé vorante du «ping» (celle des «départs par surgissements») à l’écriture «par fable» qu’il pra tique davantage aujourd’hui.Lucide et exigeant: «Le but de l’artiste, soutient-il, est de laisser surgir de lui des regards sur le monde différents de ceux qu’il connaît déjà.Des regards poses sur le monde, à l’extérieur ou à l’intérieur de lui, qui apparaissent entre les morceaux du monde comme notre esprit le conçoit.» Catégorique quant à la condition profonde de l’ar liste: «Il est impossible de parler de l’effet que vous fait le monde et d’être entendu.Impossible!» La cause est entendue.Ce nouveau volume d’entretiens conjugue ainsi la solitude du coureur de fond, l’exubé rance entêtée du croisé et le masoch i s me s peel acu 1 a i re d'un martyr du nationalisme québécois.Et comme son prédécesseur, Morceaux tour à tour fascine, exaspère, ennuie, touche.C’est le témoignage éloquent du combat un peu désespéré d’un homme seul contre le silence, la surdité, la mort.Contre l’inévitable.Collaborateur du Devoir MORCEAUX Entretiens sur l’écho 1)1! MONDE, L’IMAGINAIRE ET l’écriture (juillet 2005 -JANVIER 2006) Daniel & René-Daniel Dubois Leméac, coll.«L’écritoire» Montréal, 2(X)9,684 pages Presses de l'Université du Québec Collection - Jacqueline Cardinal e* ^WÊÊÈàim- ot Laurent Lapterre jean mot AUX COMMANDES DU CIEL I .LU.é ¦ ’ ! ri®, • " ‘ r > r ¦¦ ‘ u La révolution Internet A cv " ¦ a— de livres et d’idées www.puq.ca ‘•Kou* Rlginant Auger Nathalie C Les jésuites et l'esclavage Loyola de K/MlT«ABÙii'«' ‘K)fV« CAlilt • ¦ MAXIME DENOMMEE FRTOfcWC DUBOS f RAMC'C I lUOHAm: HÜ3UES F«ENETrr .MABI>N f¥.M ST.JÔMAWilE !ABi À ¦ ' ?ÆID .CHBSTIAN LAPOIIsift JV NOiT M» OlNNtti FRANCIS MONTY.(X.WKR MOFlifv.MARIl YN PERREAULT f.VBYNE ROMPRE Portraits d’une génération i^ Revue de théâtre ¦ Lmm Jeu occupe une place unique au cœur de l’activité théâtrale québécoise, autant que dans le monde, en suivant à la trace le théâtre vivant, brûlant, passionnant.Jeu témoigne, illustrations à l’appui, du parcours et de l’évolution des créateurs qui façonnent le théâtre québécois et étranger.Jeu est un lieu où l’on donne la parole aux artistes et artisans de la scène.livres cadeaux ACTUALITÉ Avec les soldats en Afghanistan ALEC CASTONGUAY En décembre 2008, les soldats français qui forment le 27 bataillon de chasseurs alpins (BCA) débarquent dans la province de Kapisa, au nord-est de Kaboul.Pendant six mois, ces hommes normalement basés à Annecy, sur le flanc des Alpes, vont mener la bataille contre les insurgés en Afghanistan et tenter de développer la région au bénéfice des citoyens.Mais contrairement aux Canadiens, qui ont très peu de livres à se mettre sous les yeux pour se faire raconter l’histoire de leurs soldats à Kandahar, les militaires français ont eu a leurs côtés trois journalistes pendant toute la durée de leur mission.D en ressort un récit à cheval entre l’histoire de guerre et le cours théorique sur le conflit en Afghanistan.Sylvain Tesson, Thomas Goisque et Bertrand de Miollis ont vécu avec les soldats et participe aux opérations dans ce qu’ils nomment le «royaume de l'insolence».L’écriture est soignée, vivante et permet de saisir à la fois la vie des militaires en mission et celle des Afghans de cette vallée.Les auteurs prennent aussi le temps d’expliquer aux lecteurs ce qui a provoqué le conflit en Afghanistan, son évolution depuis 2001 et en quoi consiste une guerre asymétrique.Les auteurs évitent le jargon militaire et permettent à tous de bien saisir la réalité sur le terrain, sans complaisance envers la coalition internationale.«Voici l’histoire de ces Français partis se battre parmi ceux qui invoquent sans cesse le nom de Dieu dans un pays d’où les dieux semblent s’être retirés», affirment les auteurs à la fin de l’introduction.Paysages saisissants Le livre raconte aussi cette expérience de six mois en images.De nombreuses et magnifiques photos accompagnent les textes.Plusieurs dessins s’ajoutent La province de Kapisa, habitée par 300 000 Afghans, s’étend au pied des gigantesques montagnes de l’Hindou Kouch, ce qui donne des paysages saisissants.On se sent loin des horizons beiges et désertiques de Kandahar, ou les militaires canadiens travaillent.La géographie a d’ailleurs une importance dans le récit militaire.«D’opération en opération, les chasseurs se font une idée de la géographie de la Kapisa.Le morcellement des champs et la disposition des villages sont diablement propices à l’insurrection.Les accrochages ne tardent pas», racontent les trois écrivains.«L’insurrection ne connaît pas les saisons.» Les auteurs, même s’ils adoptent une écriture à la portée de tous, relatent plusieurs détails intéressants pour ceux qui suivent l’actualité afghane, notamment le mode opératoire des insurgés dans cette région.Pour ceux qui s’intéressent au conflit en Afghanistan, ce livre apporte un éclairage nouveau et bien illustré.Mais pour les grands connaisseurs, il est peut-être légèrement trop explicatif et vulgarisateur.Le Devoir HAUTE TENSION Des chasseurs .alpins en Afghanistan Sylvain Tesson, Thomas Goisque, Bertrand de Miollis Gallimard Paris, 2009,141 pages SOURCE GALLIMARD Villageois d’Allasay, en Afghanistan.Illustration de Bertrand de Miollis pour l’album Haute tension.Abonnez-vous ou offrez un abonnement-cadeau ! BEAUX LIVRES Un guide québécois des légendes et mystères En vous abonnant, vous économiserez jusqu’à 40% sur le prix en kiosque 1 AN 2 ANS (4 numéros) (8 numéros) Individu 47,41$ 88,04$ Étudiant/UDA 39,51 $ (taxes incluses) Trimestriel -176 p., 120 photos, 16 $ plus taxes En vente dans les Maisons de la presse, en librairie et à nos bureaux.Jeu Revue de théâtre 460, Sainte-Catherine Ouest, bureau 838 Montréal (Québec) H3B 1A7 514 875 2549 / info@revuejeu.org www.revuejeueorg Revue de théâtre Le Dictionnaire des artistes du théâtre québécois QUEBEC AMERIQUE [ | V1 UN OUVRAGE DE la revue de théâtre JEU et de Québec Amérique SOUS LA DIRECTION DE Michel Vais De Claude Accolas à Alain Zouvi, 450 artistes ayant marqué le théâtre québécois ont une entrée dans cet ouvrage.On y trouve consignés le parcours professionnel et les principales réalisations de ces interprètes, metteurs en scène, scénographes au sens large (décorateurs, éclairagistes, concepteurs de son et de costumes.).Nés entre 1839 et 1974, ces artistes ont fait du théâtre québécois un des théâtres les plus dynamiques de la planète.ISBN 978-2-7644-0621 -2 422 pages - 34,95 $ En vente en librairie, par Internet et à nos bureaux.Voir la mise à jour du Dictionnaire sur notre site -.www.revuejeu.org> Achetez un Dictionnaire à nos bureaux et recevez gratuitement l'affiche de l'Arbre du théâtre québécois (valeur : 20$).1 ODILE TREMBLAY Un champ de roches derrière Rigaud remplaçant les patates plantées par un vieux mécréant, l’église de Saint-François-Xavier-du-Bas-sin érigée par le diable chez les Madelinots, une forêt enchantée aux cèdres tordus sur les bords du lac Témisca-mingue.Autant d’énigmes que des générations successives se sont chuchotées au coin du feu, y voyant souvent la griffe du Malin.Mais si des phénomènes naturels étaient derrière la plupart de ces étranges phénomènes?Mariant le mythe aux lieux, la science à la tradition orale, le géographe Henri Dorion, le photographe Pierre Lahoud et l'illustratrice Anik Dorion-Coupal ont remonté la source des légendes, sur des sites devant lesquels le rêveur peut encore flâner aujourd’hui.Cartes et photos à l’appui, sceptiques et esprits roma- lia*.^ A jr , LEIGH OAKES JANE WARREN Jane Warren Leigh Oakes citoyenneté Tandis que le Québec doit se définir dans le contexte de la mondialisation tout en composant avec la diversité à l’intérieur de ses propres frontières, voici une étude détaillée qui propose un regard sociolinguistique sur la question de l'identité québécoise.ISBN : 978-2-7637-8669-8 340 pages • 29,95 $ Française ^tmérique ' • ÏORD pu! LES PRESSES DE L'UNIVERSITÉ LAVAL • www.pulaval.com nesques sont invités à multiplier les balades sur les chemins du Québec eq quête des vérités cachées.A la Roche pleureuse de Pile aux Cou-dres, où, dit-on, une belle fut pétrifiée de ne pas voir revenir son promis, la science répond que l’eau s’est infiltrée entre les couches de roches sédimentaires.Mais devant la maison hantée de Trois-Pis-toles, le géographe s’interroge: «Se peut-il que les murs aient une mémoire?A-t-on jamais eu de preuves que cela soit impossible?» Il fallait bien qu'il laisse sa juste place au surnaturel.L’ouvrage, qui circule entre les dimensions, captive.De belles photos, de jolies illustrations, ainsi qu’un CD de chansons charmantes l’accompagnent.Le Devoir W.'&A.d CD de dix chansons Indes m* Lieux ^légendes que mystère du Québec -y LIEUX DE LÉGENDES ET DE MYSTÈRE DU QUÉBEC Henri Dorion Photos: Pierre Lahoud; illustrations: Anik Dorion-Coupal Avec CD de chansons interprétées par NathaKe Coupai Éditions de l’Homme Montréal, 2009,320 pages éditions Liber Philosophie • Sciences humaines • Littérature Michèle Marchand Éthique et pratiques sociales Essai de morale réaliste Uwai «fe morale ré»h«tc 150 pages.18 dollars Muctuivi Éthique et pratiques sociales \ LE DEVOIR.LES SAMEDI ET DI M A \ (HE (i D E < E M R K E LIVRES CADEAU Le cœur des Québécoises de jadis PHOTO MICHEL LAPIERRE En 1839.Henriette Cadieux, femme de Chevalier de Lori-mier.écrit à Colborae, qui a maté !es insurrections du Bas-Canada avant de devenir gouverneur en chef de l’Amérique du Nord britannique.Elle lui rappelle que son mari «doit subir demain la peine de mort» et implore la clemence coloniale.A un ami.elle avouera que Lorimier voulait un «pays indépendant et exempt de la tyrannie anglaise».Des mots simples qui disent tout Parmi les 150 textes que nous révèlent aujourd'hui les chercheurs Renée Blanchet et Georges Aubin dans Lettres de femmes au XLX siècle, ceux qui visent à empêcher l’exécution prochaine de l’être cher enrichissent les pages bouleversantes de l’histoire du Québec.L’écriture féminine a l’art d’éviter les méandres et les arguties de la politique.Les cris du cœur que l’on y trouve éclipsent les longs et savants discours masculins.A cet égard, la lettre d’une femme injustement oubliée, Louise-Amélie Panel (1782-1869), poétesse très attachante de la période antérieure à la Confédération, est des plus exemplaires.Mariée à William Bent Berc-zy, l’épistolière prend la défense de son neveu, le Patriote Guillaume Lévesque, inscrit sur la liste des condamnés à mort Elle écrit au juge en chef de Montréal pour lui demander d’épargner la vie du jeune homme «plein de talents» qu’elle aime comme un fils.Après avoir échappé au gibet, ne s’adonnera-t-il pas, comme elle, à la poésie?C’est, semble-t-il, grâce au renom de la famille de sa tante, les Panel, qui a compté des magistrats loyaux à la couronne anglai- se, que Guillaume aura la vie sauve.Mais, dans une lettre touchante qu'elle lui écrira en 1850, la poetesse qui mène la rie morne d’une proprietaire terrienne en accord avec le conservatisme colonial, livrera des vers surprenants à l’ancien insurge: «Puis mon âme philosophique./ Se débarrassant de ses fers, / Eût voulu planer dans les airs.» Ce curieux melange de loyalisme et d'amour de lq liberté, on le retrouve chez Elisabeth Forbes (1806-1875), fille d’un soldat écossais de l’armée de Wolfe, le conquérant britannique.Celle dont la famille s'assimilera aux Canadiens français ose s’adresser, en 1838, à Colborae en lui demandant de l’aider à secourir les victimes de la répression du soulèvement des Patriotes de Châteauguay.«Nous avons été témoins, écrit-elle au persécuteur lui-même, de la misère, de la faim, des souffrances, des besoins de tout genre d'un grand nombre de familles enveloppées dans la ruine qui a désolé cette pauvre paroisse.» On dé couvre aussi un appel à la compassion dans la lettre qu’Eugénie Lemaire-Saint-Germain, mariée au condamné Joseph-Narcisse Cardinal, envoie à la femme de Colborae.Elle y affirme que «l’humanité» se trouve encore «dans le cœur des mères», comme celui de la destinataire.Mais le pouvoir colonial restera inflexible.Le notaire patriote sera pendu.Collaborateur du Devoir LETTRES DE FEMMES Al! XLX1 SIÈCLE Renée Blanchet et Georges Aubin Septentrion Québec, 2009,288 pages Happés par son Hasselblad Backstage réunit des portraits de musiciens d’ici et d’ailleurs, signés Valérie Jodoin Keaton FRÉDÉRIQLE DOYON Ils y sont tous ou presque, les Patrick Watson.Ariane Mof-fatt, Pierre Lapointe.Eleni Man-dell.Dumas.Jorane, Daniel Belanger, Richard Desjardins, qui font la chanson québécoise actuelle, et on s'en rejouit.Backstage (editions Varia), signé par la photographe et ex-musicienne de la formation des Dears, Valerie Jodoin Keaton, les réunit dans un livre de photographies joliment édité, chose plutôt rare au Quebec.La photographe a aussi croque les artistes internationaux croisés en tournée ou dans les coulisses des spectacles qu’ils ont donnés ici, au cours des cinq dernières années: Blonde Redhead, Catherine Ringer, Rufus Wainright Arthur H., M.I A Happés par son Hasselblad, l’appareil privilégié de son égé rie Mary Ellen Mark, ces artistes contemporains ont l’air sortis de l’âge d'or du rock, une esthétique totalement assumée par la photographe, quoique pas toujours bien rendue.Certains clichés semblent captés à la va-vite, comme si elle avait eu du mal à entrer dans l’intimité de ses sujets.Dans toutes les photos qu’elle a eu l’honneur de prendre de Paul McCartney à Québec et à Halifax l’été dernier, n’y en avait-il pas une meilleure que celle choisie pour Backstage?Plusieurs portraits font mouche (Dumas, The Strokes, Cœur de Pirate, The Dandy Warhols), volant au temps une petite part d'éternité.Les clichés sont souvent accompagnés d'un texte très personnel qui ex- Emilie Simon nu Spectrum, 2 août 2007, par Valérie Jodoin Keaton YAM' Kl I JOIIOIN KKATONWAKIA plique le contexte dans lequel elles ont été prises et livrent des anecdotes sur les rituels des artistes ou les imprévus des spectacles.L'auteure raconte aussi avec une fraîcheur charmante son périple dans l’univers du spectacle et de la tournée à titre de chanteuse-flûtiste-claviériste du groupe 'Die Dears, qui lui a fourni la matière première pour réaliser sa passion, la photo documentaire.Le Devoir Toujours de meilleurs prix! DEPUIS • < Libraire agréée • * 1 9 6 .6 |Exit le fantôme I Philip Roth Petite bible à l'usage | des grands voyageurs | PETITE BIBLE A L’USAGE DES GRANDS VOYAGEURS yr, S .11«0 «KJIOS [ Le son des couleurs ] )immy Liao Livre jeunesse Vivre l'hiver au Québec À l'achat de 3 livres, obtenez .15% 20% 25% de rabais sur le premier livre * de rabais sur le deuxième livre * R\ Toute la richesse de J ta tangue française Un cadeau exceptionnel e„édition limitée! de rabais sur le troisième livre * Pensez cadeaux / | Sur présentation de cette annonce seulement.Offre en vigueur jusqu'au 12 décembre 2009.Les cent plus belles fies légendes des Canadiens^^| chansons du Québec Léandre Normand HH Bruno Roy Pierre Bruneau Histoire visuelle | des sondes spatiales | Philippe Séguéia La grande librairie du Quartier Latin le Parchemin DEPUIS 1966 I Métro Berri-UQÀM, 50S rue Sainte-Catherine Est, (514) 845-5243 librairie@parchemin.ca www.parchemin.ca Île Parchemin M*zz*'W MMT'I JQAU P*-* Om Art» 508 ntt «tbe- re E*f 175 (M# $tr Notre prix:, Une boîte métal originale La boîte à mots contenant Le Nouveau Petit Robert de la langue française 2010 et Le Robert des noms propres 2010 ® IrRobERT SPÉCIMEN .44'”* 37'ËI I37-”.itnt Oépmttr 100 ¦ dollar» ’ ' !-! .' ¦ •u.¦ V> -A, J m v -N ¦MM Le cadeau idéal.puisqu'il laisse le choix! Chèque-cadeau Toute " ' ' Signalur* autorité* Métro Berri-UQAM 505, rue Sainte-Catherine Est (514) 845-5243 WWW.PARCHEMIN.CA Prix en vigueur jusqu'au 3 janvier 2009 OHHOHHHHnHHHK F 12 LE DEVOIR.LES SA M EDI 'i ET DI M A X (HE fi DÉCEMBRE 2 (I O D LIVRES CADEAUX JOURNAUSME L’intégrale PAUL CAUCHON Est-ce le chant du cygne avant la fin des journaux?Ces dernieres années, journaux et magazines multiplient les beaux livres pour mettre en valeur leur histoire prestigieuse.Ainsi, nous avons eu droit aux albums sur les plus importantes photos de Paris-Match, les plus grands reportages du Monde, les dessins complets du New Yorker, et ainsi de suite.Voici maintenant l’intégrale des unes du New York Times.Si l’ouvrage reproduit quelque 300 unes célèbres, ce sont les trois DVD qui l’accompagnent qui impressionnent le plus: ces DVD contiennent la totalité des unes du plus célébré journal américain, du 18 septembre 1851 au 21 janvier 2009.Soit très exactement 54 093 unes! En appui aux pages sélectionnées, le livre propose une série de textes qui racontent 150 ans d’histoire des Etats-Unis.Précision importante: même si le titre du livre est en français, les textes de présentation sont en anglais, à l’exception d’un seul.U* New York Times est surnommé aux Etats-Unis «The Grey Ixidy», tant pour son prestige de vieille dame bourgeoise que pour sa mise en page grise et terne.Un tel livre ne fera rien pour changer son image: pendant des décennies, la une du New York Times s’est distinguée par ses interminables colonnes de texte, ses titres trop longs et son absence de photos! CHANSON des unes du New York Times La premiere édition, le 18 septembre 1851, ne comptait que quatre pages.Le journal s’est d’abord appelé New York Daily Times.Une douzaine d’années plus tard, on voit apparaître des images en une, alors que le journal couvre la guerre de Sécession.Feuilleter cet ouvrage est évidemment une fascinante plongée dans l’histoire, alors que défilent les événements marquants tels qu’ils étaient suivis au jour le jour à l’époque: la fin de l’esclavage, les grandes découvertes scientifiques, la Première Guerre mondiale, le premier vol de Lindbergh, la grande crise de 1929, la montée du nazisme en Allemagne, la Seconde Guerre mondiale, la guerre froide, etc.Les images, les cartes géographiques et les photos se multiplient tout au long des décennies, mais pendant longtemps le style des unes est demeuré similaire.On remarque l’utilisation de points d’exclamation lors d’événements majeurs, par exemple «The war in Europe is ended!», et on remarque aussi, des années 1930 aux années 1960, l’utilisation de longs titres, sur deux ou trois lignes, occupant les six colonnes de la une.Un exemple typique est le titre choisi au lendemain de l’assassinat du président Kennedy en novembre 1963.Sur trois lignes, on peut lire: «Kennedy is killed by sniper; As he rides in car in Dallas; Johnson sworn in on plane».Un titre incroyablement long, qui comporte au moins six informations distinctes: Kennedy est mort tué par un tireur embusqué, alors qu’il circulait en automobile, a Dallas, et Johnson a prêté serment comme président dans un avion! Tout un contraste avec l’édition du 5 novembre 2008, qui présente un titre comportant un seul mot qui dit tout: «Obama».Sous-titre: «Les barrières raciales tombent dans une victoire décisive» (notre traduction).La mise en page terne n’empêche pas le journal d'être vraiment aux premières loges de l’histoire, et sa une est parsemée de photos célébris-simes.Dont le 25 février 1945, celle des marines plantant le drapeau américain sur une île du Pacifique.Ou, le 2 février 1968, celle de ce général vietnamien qui exécute d’une balle dans la tête un prisonnier viêt-cong, en pleine rue à Saigon.La mise en page change assez radicalement dans les années 90, avec la multiplication des photos couleur, la une du 12 septembre 2001, au lendemain des attentats terroristes aux Etats-Unis, est emblématique de ce nouvel esprit cinq photos couleur spectaculaires et un seul gros titre: «U.S.attacked» (Les Etats-Unis attaqués).Le Devoir THE NEW YORK TIMES.L’INTÉGRALE DES UNES 1851-2009 Editions Place des Victoires Paris, 424 pages + trois DVD.|(tl)f NcUi JJork Simcs L'INTEGRALE 1851-2009 JACQUES GRENIER LE DEVOIR Motown, ou la chaîne de montage qui scintillait ¦ \ Pi SYLVAIN CORMIER ç SOURCE ÉDITIONS DU ROCHER Berry Gordy Jr.photographiant les Suprêmes à l’aéroport Le Bourget, à Paris, en 1965 a s’intitule Motown Soul & Glamour, suppose-t-on, parce que les auteurs Florent Maz-zoleni et Gilles Pétard {sic), bien français de France au demeurant ont décidé que c’était intraduisible.Paresse et génuflexion d’américanophiles, si vous voulez mon avis.Ça n’empêche pas leur beau gros livre de valoir son poids.in gold.Ni de correspondre à ce qu’il annonce: oui, il y a dedans l’âme et le chic de la grande petite compagnie de disques rêvée dans les années 50, fondée en 1960 et menée magistralement quelques décennies durant par un auteur-compositeur afro-américain petit de taille mais plus grand que nature, Berry Gordy Jr.Motown.Contraction de Motor Town, à savoir: Detroit, ville des géants de l’automobile.C’est là, au 2648 West Grand Boulevard, dans une bicoque à devanture vitrée, ancienne boutique de photographe, que Gordy installera Hitsville USA, usine miniature à succès de palmarès, appliquant à la musique populaire la méthode Henry Ford: la chaîne de montage.De la création à l’enregistrement à la mise en marché, sans oublier les steppettes et l’école de maintien façonnant l’image grand chic des vedettes maison (le «glamour»), tout a lieu sur place, et c’est de là que sortiront comme autant de Mustang et de Corvette les refrains imparables des non moins irré- 1SBN : 978-2-7637-8981-1 194 pages • 24,95 $ LES PRESSES DE L’UNIVERSITÉ LAVAL ’twrw.pulaval.com On n’est pas là pour chercher des bibittes dans les «beehives» des chanteuses, mais pour célébrer la stylisation de Motown sistibles Miracles, Marvin Gaye, Suprêmes, Stevie Wonder et autres Jackson 5 (le «soûl»).Du contenu rare Que veut-on d’un beau gros livre de plus là-dessus?Très exactement ce que Mazzoleni et Pétard y ont mis: du contenu rare en quantité industrielle.J’ai fait le tour du rayon Motown de ma bibliothèque pop: en documents jamais vus, rien ne l’accote.Page après page, on s’émerveille: étiquettes de 45-tours introuvables, en voulez-vous en v’ià, totale des pochettes d’albums, affiches de spectacles fa-bu-leu-ses, craquantes photos de presse en noir et blanc et clichés couleur sortis des archives (les Suprêmes en page 161, belles mais belles!), des tas de pubs telles que publiées dans les quotidiens et revues, etc.Soul and glamour! C’est patent rien qu’à feuilleter: Gordy ne voulait pas seulement définir le «Sound of Young America» à la grandeur de la planète, toutes couleurs confondues, mais permettre aux siens de frayer dans le grand monde.Les Suprêmes au Copacabana, compie Sinatra.Eclatante réussite.Presque tout provient de (extraordinaire collection de Pétard, ancien patron de Motown France.Le texte de Mazzoleni, sans grâce mais compétent, n’oublie personne, fourmille de détails tout en se gardant de trop gratter sous la surface bien lisse de la légende Motown.On n’est pas là pour chercher des bibittes dans les «beehives» des chanteuses, mais pour célébrer la stylisation de Motown, l’esthétique au service du groove.Oui, groove.Pas trouvé d’équivalent en français.Le Devoir MOTOWN SOUL & GLAMOUR Florent Mazzoleni et Gilles Pétard Editions du Rocher, coll.«Le Serpent à plumes» Paris, 2009,384 page LE LIVRE IMAGINÉ Exposition collective présentée du 12 novembre 2009 au 3 janvier 2010 CANADA, ÉTATS-UNIS, FRANCE ET MEXIQUE Bibliothèque éphémère, réinventée, où j'aime vous imiter à pénétrer, l'instant d'une outre lecture de notre temps.Lise Bissonnette, porte-parole de l’événement., GaW Uav'f, pso' deU'ere Les livres qui ne circulent pas meurent L'ÉCHANGE 707 El 713 AONI-ROYAL EM ©iONI-ROYAL, 514-523-6389 LOUISE BOUCHARD Les images LOUISE BOUCHARD LES IMAGES LES HERBES ROUGES / ROMAN ' • .ARTISTES INVITÉS: GABRIELLE LAFOREST, CARA BARER, JEAN-MARC GODES ET GUY LARAMÉE.nous reinventons librairie Librairie Monet • Galeries Normandie 2752 de Salaberry, Mtl H3M1L3 Téléphone: 514 337-4083 librairiemonet.com « Une prose d’une pureté, d’une vérité bouleversantes » (Gilles Marcotte, L’Actualité).LES HERBES ROUGES/COLL « TERRITOIRES ».t « i LE I» E V U I K .LES SA M E I» I ¥ IH ET D I M A X ( H E (i l> E ( E M B K E 2 0 (I 9 LIVRES CADEAUX ESSAIS QUÉBÉCOIS Normand Baillargeon et la conversation démocratique Préservatifs : revue des ex du latex Louis Cornellier Le philosophe Normand Baillargeon est un des auteurs dont j’ai le plus souvent parle depuis que je tiens cette chronique.Pourtant, nos profils idéologiques sont plutôt contrastés.D est athée alors que je me réclame du catholicisme; sa gauche est libertaire et la mienne est social-démocrate; à son cosmopolitisme qui souhaite le dépassement de l'Etat-nation, j'oppose un nationalisme ouvert sur le monde; son opposition radicale à la réforme de l’école québécoise, enfin, ne trouve pas d’écho en moi, qui suis plutôt nuancé sur cette question.Baillargeon, on l'aura compris, m’est souvent un adversaire idéologique.Dans le plus récent numéro de la revue A bâbord! (octobre-novembre 2009), consacré au projet d'indépendance du Québec, il affirme que, pour lui.l’indépendance d'tme nation est «une valeur politique instrumentale ou seconde et non première ou fondamentale».Aussi, dans la logique du parti Québec solidaire, il lie son appui à cette cause à un projet social précis, de gauche, bien sûr.D affirme même que, entre deux référendums, il «ne pense guère à la question nationale».Pour moi, cette position est intenable.L’indépendance étant la condition de la liberté, je ne vois pas qu’on puisse en faire une valeur politique seconde.Il faut être libre pour pouvoir choisir le projet de société qui nous convient, comme le rappelle Andrée Fer-retti dans la même revue.La dépendance, en ce sens, est toujours un empêchement premier.Et cette liberté, ensuite, ne peut être «essentialisée» une fois pour toutes.Une nation libre n'est jamais définitivement de gauche ou de droite, sinon elle ne serait pas libre.Aussi, cette idée d’un appui à l’indépendance conditionnel à un projet de société précis, autre que le cadre démocratique, n’a pas d’allure.Les désaccords que j'entretiens avec Normand Baillargeon ne m’empêchent toutefois pas de le considérer comme un interlocuteur de première classe.J’aime, chez lui, son souci de la vulgarisation philosophique, son attachement à la pensée critique et son sens de l’engagement social.Baillargeon a des convictions politiques particulières, mais il reste un pédagogue hors pair, même quand il discute avec ses adversaires.H prend position clairement, souvent radicalement, mais jamais au détriment de l’esprit de la conversation démocratique.Publié dans la collection «Quand la philo fait pop!» des PUL, Raison oblige.Essai de philosophie sociale et politique regroupe de courts textes déjà parus dans diverses revues d’idées et dont l’intention est de «faire connaître, et apprécier la philosophie».On y retrouve le penseur rationaliste, anarchiste et athée, de même que le pédagogue toujours soucieux d’avancer des arguments précis qu’il soumet à la discussion.Cet ouvrage est d’abord un plaidoyer en faveur de la pensée critique, cet idéal qui «suppose l’habileté à se faire une opinion par soi-même, à demeurer impartial et à reconnaître ses propres préjugés et à s’en méfier» et qui est «le lieu d'une sorte de tension entre, d’une Part, le désir d’apprendre et l'ouverture aux idées nouvelles et d ’autre part, la ferme détermination à n ’accepter aucune proposition avant de l’avoir soumise à un attentif examen critique».Le cas du magicien Harry Houdini est un exemple modèle.Quand il perd sa mère en 1913, le spectaculaire prestidigitateur se met à frequenter des mediums dans le but d'entrer en contact avec la disparue.Le mouvement spiritiste connaît alors un renouveau aux Etats-l’nis.Houdini, qui en connaît un bout sur l'art de leurrer le public, déchanté assez vite.En 1920, il se lance dans une carrière de «de-mystificateur du spiritisme».Ses spectacles exposent aux crédules les ficelles de ce mouvement frauduleux.D voulait y croire, mais l'usage de sa pensee critique l'aura transformé en un des plus grands sceptiques du XX siècle.Exercice concret Baillargeon.pour qui la philosophie est un exercice concret, applique ensuite ce programme à de grandes et petites questions contemporaines.Il passe ainsi au tamis de la pensee critique les arguments en cause dans les débats sur la peine de mort, la guerre juste, l’avortement, la démocratie et les fondements de l’humour (très bon dialogue fictif entre Socrate, Hobbes et Bergson).Quand il aborde le débat sur les théodicées, Baillargeon déçoit.On connaît la question; comment un Dieu bon et tout-puissant a-t-il pu créer un monde dans lequel existent le mal et la souffrance?C’est que Dieu, répondent certains, a créé l'homme libre, et par conséquent libre de faire aussi le mal.Mais puisque toutes les souffrances ne sont pas issues de main d’homme, réplique Baillargeon, le problème n’est pas résolu.Il faudrait donc en appeler au mystère, ce à quoi se refuse le rationaliste.C’est un peu court Des théologies récentes ont affronté ce problème et proposé une relecture de la toute-puissance de Dieu.«SiDieu n'est quAmour, résume Jacques Duquesne dans Dieu, malgré tout (Stock/Plon, 2005), il ne peut créer un homme tout fait.Lequel ne serait pas libre.Aimer, c 'est respecter la liberté de l'autre.[.] Dieu ne pouvait donc que créer l’iwmme dans un monde inachevé.Puisque, si l’homme vivait dans un monde tout fait, figé, parfait, Une pourrait tout simplement pas être.» En s’at-taquant à des théodicées traditionnelles et dépassées, au lieu de discuter des versions plus récentes, comme celle résumée ici qui s'inspire des thèses théoévolutionnistes de Teilhard de Chardin, Baillargeon se donne la partie trop facile.On peut, d’ailleurs, adresser le même reproche à sa critique polémique du renouveau pédagogique, présentée dans le recueil Contre la réforme.La dérive idéologique du système d’éducation québécois.Si, en effet le constructivisme radical d’un Glaser-feld a pu exercer une certaine influence sur quelques réformistes, il semble franchement abusif de réduire l’esprit de la réforme à ce courant douteux, solidement contesté par Baillargeon.Malheureusement, comme l’écrit souvent ce dernier, rompu aux contraintes journalistiques, «je ne peux entrer dans le détail de son propos».louisca@sympatico.ca RAISON OBLIGE Essai de philosophie sociale et politique Normand Baillargeon Presses de l’Université Laval Québec, 2009,142 pages CONTRE LA RÉFORME La dérive idéologique du système d’éducation québécois Normand Baillargeon Presses de l’Université de Montréal Montréal, 2009,174 pages CHARLOTTE ROTMAN On l’a appelé «le Voluptueux», «le Rival», «le Parfait», «le Cocorico», «la Sainte-Mi touche» ou «Bibi cha-touilleur».Sans oublier «l’infaillible».Aujourd’hui, l'objet est devenu ordinaire, son usage banal.11 traîne dans une poche de jean, se loge dans un tiroir ou un sac, il est familier.À part le pape et quelques-uns de ses collègues, qui s'offusque encore de De l’intestin de mouton au « manteau pour chevaucher », histoire d’un accessoire son usage?Pourtant, la capote revient de loin.qui n a pas fini de faire fantasmer mot est obscure.Le Robert historique de la langue française fait remonter son emprunt à la langue anglaise en 1795, niais estime son origine «problématique».Certains parlent d'un monsieur Condom qui aurait invente ces enveloppes, d’autres r e m o n t e n t à cette bourgade du Gers homonyme, dont les bouchers avaient baptise condoms les morceaux d'intestin des bêtes abattues, la- terme de «redingote anglaise», apparu en France en 1725, vient lui de riding coat, qui signifie «manteau pour chevaucher».Quel est l’an cêtre de la capote?11 s’agissait du cæcum de mouton.C’est une partie de l’intestin.La technique remonte à l’Antiquité.Le procédé est exporté par les Grecs à Rome.On en trouve même la trace dans la mythologie hellénique: ainsi, la semence du roi Mi-nos, où 'grouillaient serpents et scorpions», empoisonna plusieurs amantes, jusqu’à ce que l’une d’elles.Procris, eut l’idée de se protéger avec une vessie de chèvre.De quand date le premier mode d’emploi du préservatif masculin?On le doit à un chirurgien et anatomiste italien, Gabriel Fallopio.C’est notamment lui qui a découvert les trompes.Il a mis au point un «engin» destiné à lutter contre le «mal vénérien».Cette description se trouve dans un traité publié en 1564 à Padoue.Grosso modo, il conseille de tremper un petit fourreau de linge dans une préparation à base d’herbes astringentes et de le garder dans une bourse en attendant de s'en servir.D’où vient le mot condom?En 1717, le préservatif apparaît sous le nom de.«condom».C’est sous la plume d’un physicien anglais: «Le condom, quoique le meilleur, n ’est pas le seul préservatif que nos libertins aient trouvé.» L’origine du Qui vendait des «vêtements imperméables à usage intime»?Grâce à l’utilisation du caoutchouc et du latex, la production de préservatifs se développe.A la fin du XIX' siècle, la société Macintosh (spécialisée dans les imperméables) démarre la production de préservatifs en caoutchouc et fait de la réclame en France dans les journaux frivoles, comme Pour lire à deux.D) maison néerlandaise Condomerie se lance aussi dans la vente «sous pli discret»-.elle propose des préservatifs parfumés et, en 1901, invente le réservoir.Certaines entreprises proposent des emballages à double fond, imitant les cigares de La Havane.la société l'Excelsior propose des «bonbons assortis» ou autres «boutons de fleur d'oranger».Comment le préservatif a-t-il conquis le marché?«Jusqu â la Première Guerre mondiale, le marché de la capote ressemble à celui d'un produit illicite.Le malheureux client dépend de quelques colporteurs distribuant à leurs risques et périls des produits douteux dans les arrière-salles de bars ou les billards enfumés des centres villes», relèvent les auteurs.Tout cela va changer, et très vite.Après la guerre, Merle Youngs, un fabricant new-yorkais, lance le Trojan, dont le paquet est «frappé d’un SOU KO' STOCK Le Crocodile, extrait du catalogin' de la société Excelsior dans les années 1910 casque troycn.symbole de prudente virilité».Fabriqués d;ms le New Jersey, ses modèles sont distribués dans les drugstores.Même la crise de 1929 n’a |ias eu la peau du Trojan et, en 1937,500 millions de préservatifs sont vendus aux Etats-Unis.Son équivalent anglais, à l’origine une marque d’articles pour coiffeurs (talc, brillantine) qui deviendra Durex (pour «durability.reliability, excellence», soit «durabilité, fiabilité, excellence»), va inonder le marché.Aujourd’hui, Durex représente 35 % du marché mondial dans 150 pays.Quinze milliards de préservatifs sont produits chaque année dans le inonde, avec pas moins de KH) millions achetés en France.Et désormais, on trouve même des capotes écolos! Libération IA PETITE HISTOIRE DU PRÉSERVATIF Béatrice Fontanel et Daniel Wolffomm Stock Paris, 2009,121 pages De savoureuses idées-cadeaux! Stefano FAITA ^ Entre cuisine et quincaillerie a été vendu à plus de , 30 OOO exemplaires Chasseurs* 0;'; ’ D’ÉPICES Uïi [,EVOKES + «méeanges S Ethné et Philippe DE VIENNE GROUPE LIBREX Uf* axnptgnw (* OutMax M«fta GROUPELIBREX.COM La traversée de la ville PRIX GRAND PUBLIC DU SALON DU LIVRE DE MONTRÉAL / LA PRESSE 2009 « La Traversée de la ville offre un regard plus frais que pmais sur une ville, Montréal, que Michel Tremblay connaît pourtant par cœur, lui qui y vit depuis toujours et qui en a fait le théâtre principal de son œuvre.[.) Il faut savourer cette douceur en feuilletant La Traversée rte la ville.File porte en elle la traversée de la vie d’un grand écrivain.» Caroline Montpetit, Le Devoir « Maria et Nana marquent particulièrement La Traversée de la ville, si intenses, fugueuses et audacieuses.On s’y attache vite, elles viennent trlpotailler nos sentiments.s'y frayent un chemin rapidement entre quelques viscères jusqu'au cœur, comme si elles en avaient toujours eu l'habitude.» Claudia Larochelle.Le Journal de Montréal (514) 524-5558 lemeac@lemeac.com Québec l;:; Cl c Not»»A,,p :«re l’hiver au Québec x -rs RENE DEROUIN 256 pages * 59,95$ PHILIPPE SEGUELA 376 pages • 49.95$ NORMAND CAZELAI5 200 pages • 39,95$ Les Editions FIDES vous souhaitent de joyeuses fêtes ! CENTJk FMES QUÉBÉCOIS CENT* .rnuç OU QUÉBEC LES PLUS BEAUX POÈMES LES www.editionsrides.com 240 pages • 49,95 $ IA CUISINE L „ c n n ne e Une histoire des Québécoises en photo 336 pages *39,95$ HELENE-ANDRÉE BIZIER 320 pages *39,95$ CARMEL DUMAS 336 pages* 37,95$ 416 pages* 34,95$ Une histoire des hommes québécois en photos 288 pages • 39,95$ IlilUlBS Pierre Godin Au pays des masque'.Leblanc Edna Ar s* McGrath La tille de Molly I F.vn.\ \ Lettre, ù Saint-Extipéri) Bienvenue sur terre Monsieur le ministre ! '03 O 72 pages.22,95$ 624 pages.29,95$ 496 pages *29,95$ 360 pages *29,95$ PRIX DE LA REVUE ÉTUDES FRANÇAISES U»OU« niT ÉM DUR ION n T Uli \ IF 1)1 > \ I \ , , d» HliManM'
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