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Le devoir
Quotidien montréalais indépendant et influent, qui informe rigoureusement et prend part aux grands débats de la société québécoise [...]

Fondé à Montréal par l'homme politique québécois Henri Bourassa, le quotidien Le Devoir paraît pour la première fois le 10 janvier 1910. Bourassa rassemble autour de lui une équipe de rédaction fort compétente. En font partie Olivar Asselin, Omer Héroux, Georges Pelletier, Louis Dupire et Jules Fournier.

Dès ses débuts, Le Devoir se veut patriotique et indépendant. Résolument catholique, il est partisan de la doctrine sociale de l'Église et appuie un encadrement catholique des mouvements associatif, syndical et coopératif. De tout temps, il défendra la place de la langue française et sera des débats sur la position constitutionnelle du Québec.

Au cours des années 1920, le catholicisme du directeur se dogmatise, ce qui rend plusieurs journalistes inconfortables, mais l'orateur demeure une figure très en vue qui permet au journal d'amasser des fonds. Grâce à lui, Le Devoir pourra toujours s'appuyer sur des donateurs privés, dont certains siègent à son CA. Des journalistes tels Fadette, Jeanne Métivier et Paul Sauriol y font leur marque à la fin de la décennie.

Proche des cercles intellectuels influents, Le Devoir a une vocation nationale. Une grande part de son tirage est tout de même acheminée dans les milieux ruraux. Le journal offrira d'ailleurs un vif appui à l'organisation de l'agriculture québécoise. Il ne pénétrera que tardivement, mais sûrement, le lectorat de la zone métropolitaine.

Au départ de Bourassa en 1932, Georges Pelletier prend la direction du journal. Un regard d'aujourd'hui sur l'époque des décennies 1930 et 1940 révèle une phase plutôt sombre, empreinte d'antisémitisme, le Juif représentant à la fois la cupidité du capitalisme et le péril athéiste lié au communisme.

Durant la Seconde Guerre mondiale, Le Devoir lutte contre la conscription et rapporte les injustices faites aux Canadiens français dans les corps militaires. Sur le plan politique, bien qu'indépendant, le quotidien appuie la fondation du Bloc populaire, parti nationaliste, et se rapproche parfois de l'Union nationale.

Gérard Filion prend la direction du journal en avril 1947. Il en modernise la formule et attire de solides jeunes collaborateurs, dont André Laurendeau, Gérard Pelletier et Pierre Laporte. Le journal prend alors définitivement ses distances de l'Union nationale, critiquant l'absence de politiques sociales, l'anti-syndicalisme et la corruption du gouvernement québécois, et dénonçant la spoliation des ressources naturelles.

À partir de 1964, le journal est dirigé par Claude Ryan, qui en base l'influence sur la recherche de consensus politique, entre autres sur les sujets constitutionnels. Sous sa gouverne, Le Devoir sera fédéraliste pendant la plus grande partie des années 1970.

Bien qu'il soit indépendant des milieux de la finance, Le Devoir est le quotidien montréalais qui accorde la plus grande place dans ses pages à l'économie, surtout à partir des années 1980. En 1990, l'arrivée de Lise Bissonnette à la direction redynamise la ligne éditoriale et le prestige du journal. Le Devoir appuie résolument la cause souverainiste.

Au XXIe siècle, sous la gouverne de Bernard Descôteaux, puis de Brian Myles, Le Devoir continue à informer les Québécois, à donner l'ordre du jour médiatique, à appuyer l'émergence des idées et à alimenter le débat social. C'est pourquoi il faut regarder ailleurs que dans ses données de tirage, relativement plus basses que celles des autres quotidiens montréalais, pour mesurer la force de son influence.

Sources :

BEAULIEU, André et Jean HAMELIN, La presse québécoise des origines à nos jours, Sainte-Foy, Presses de l'Université Laval, 1979, vol. 4, p. 328-333.

BONVILLE DE, Jean, Les quotidiens montréalais de 1945-1985 : morphologie et contenu, Québec, Institut québécois de recherche sur la culture, 1995.

LAHAISE, Robert (dir.), Le Devoir : reflet du Québec au 20e siècle, Lasalle, Hurtubise HMH, 1994.


Éditeur :
  • Montréal :Le devoir,1910-
Contenu spécifique :
Cahier G
Genre spécifique :
  • Journaux
Fréquence :
quotidien
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Le devoir, 2005-10-08, Collections de BAnQ.

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LE DEVOIR.LES SAMEDI 8 ET DIMANCHE 9 OCTOBRE 2 0 0 5 LE DEVOIR Sciences et cult ure E L ’ A C F A $ Les prix LAWRENCE MYSAK Ce qui nous attend: réchauffement de la planète ou ère glaciaire?Page5 ÉTUDIANTS François Leclerc partage avec les Solange Landreville, Alexis Lapointe et Ghyslaine Vanier le tableau d’honneur Page 6 SERGIO PEREZ REUTERS Les grands tableaux noirs semblent se décrocher lentement, au moment où les ordinateurs s’allument et où les équations dessinent des formules qui permettront de déboucher sur des réalisations concrètes.Ce qui hier était source de richesse ne l’est plus aujourd’hui.L’Amérique s’est ainsi construite sur sa capacité de transformation.On connaît la formule: il suffisait de contrôler les approvisionnements, les mines de cuivre du Chili par exemple, d’assurer l’acheminement du produit et de fabriquer ce qu’il y avait à fabriquer pour garantir des revenus substantiels.Avec les années, et considérant la nouvelle donne économique en ces temps de mondialisation, cela ne tient plus.Les capitalistes assurent leurs profits en établissant les lieux de production là où la marge de profit est la plus grande possible et, à cet égard, toute l’Asie, de la Chine à Singapour, ne demande pas mieux que d’accueillir leurs usines.Pour demeurer «concur-rentielles», et ce mot, on le décline sous toutes ses formes, les sociétés technologiquement avancées font le pari que leur développement passe nécessairement par l’innovation.Ainsi, la recherche et son importance sont devenues les barèmes par lesquels on mesure la richesse réelle de toute entité territoriale, qu’elle soit pays, province ou canton.Il est donc plus important de concevoir des processus, d’inventer de nouveaux procédés ou de faire quelque «découverte» plutôt que de simplement mettre en place de nouvelles usines, quitte à se bagarrer par la suite pour accueillir les unités de production.Dans un tel contexte, le chercheur n’est plus décrié, mais il se doit de comprendre la nécessité de se rendre utile.On n’a qu’à jeter un re- gard sur les développements en chimie ou en biologie pour comprendre qu’il faut maintenant insister sur les applications concrètes désormais permises par la connaissance d’une structure telle que celle de l’ADN.Dans le secteur de l’informatique, les théories cèdent aussi le pas aux développements que la physique permet, assurant de façon exponentielle le développement des processeurs et autres outils informatiques.Tableaux noirs et ordinateurs À lire les dossiers présentant les réalisations des récipiendaires des plus récents prix remis par l’Association francophone pour le savoir, comme on appelle maintenant cet organisme aussi désigné sous le nom d’Acfas, il est possible d’affirmer que les chercheurs québécois ont bien compris le message.Les grands tableaux noirs semblent donc se décrocher lentement, au moment où les ordinateurs s’allument et où les équations dessinent des formules qui permettront de déboucher sur des réalisations concrètes.Cela va de soi pour le récipiendaire du prix J.-Armand-Bombardier pour l’innovation technologique, même si Mohammad Sawan effectue une recherche de haut vol, affichant des objectifs aussi ambitieux que ceux de rendre la vue à un aveugle ou de mettre en place des minilaboratoires qui assureraient l’injection automatique d’insuline ou constitueraient des postes de contrôle des membres artificiels.Aussi, un André Bandrauk, muni à Sherbrooke du plus puissant ordinateur universitaire du pays, voit déjà les retombées qui débouleront quand il aura mené à terme son travail sur les molécules.Quant à Mi- chel Moisan, lui qui vit parmi les «puces», il consacre autant de temps à garantir la survie de son laboratoire Le chercheur n’est plus décrié, mais il se doit de comprendre la nécessité de se rendre utile qu’à faire avancer le travail de ses chercheurs.On pourrait d’ailleurs croire que les universitaires se donnent pour mandat d’établir l’utilité de la science: un Lawrence Mysak veut ainsi, en climatologie, •appliquer les mathématiques au monde réel» et la carrière d’un Jean-Marie Dufour a été trouvée lorsqu’il a, comme il le rapporte, •feuilleté par pur hasard un numéro de la revue Econo-metrica et [que] ç’a été une révélation.Je venais de trouver une manière d’appliquer des méthodes de physique aux problèmes sociaux.» Même celui qui définit •l'édifice humain comme une construction de l’esprit humain», Laurent Descarries, œuvre dans le domaine de la neuroscience! Et les littéraires, par la voix d’un François Ricard, récipiendaire du prix André-Laurendeau, ne sont pas en reste: •Je n'ai jamais vraiment fait de litté-raturologie et je ne suis pas un scientifique.Ceci dit, le prix ne me met pas mal à l’aise.Cela me fait plutôt un petit velours de plus de voir que quelqu’un qui n’est pas un théoricien ni un spécialiste pointu le reçoive.Mais je maintiens que la littérature n'est pas une science; qu'en l'enseignant, nous montrons surtout l'incertitude, l'esprit critique.Et puis, on l'oublie trop souvent, la littérature est un art, la découverte de la beauté.» Nécessité oblige pour certains, pour ceux qui regardent les paramètres mis en place par les organisrpes subvention-neurs, qu’ils soient d’Etat ou privés; nouvel état de fait pour les autres, dans un contexte où le critère économique est devenu premier; toujours est-il que cette cuvée 2005 de l’Acfas démontre que le chercheur contemporain a vraiment le projet de mettre «le monde dans une bouteille».Normand Thêriault PRIX ANDRÉ-LAURENDEAU PRIX MARCEL-VINCENT François Ricard Jean-Marie Dufour PRIX J.-ARMAND-BOMBARDIER Page 3 Mohamad Sawan Page 2 PRIX LÉO-PARISEAU Laurent Descarries PRIX URGEL-ARCHAMBAULT André Bandrauk PRIX ADRIEN-POULIOT Michel Moisan Pages 4 et S 4 LE DEVOIR.LES SAMEDI 8 ET DIMANCHE 9 OCTOBRE 2005 ACFAS Prix André-Laurendeau Au point de rencontre de Gabrielle Roy et de Milan Kundera «La langue française n’a pas besoin d’être déconstruite, elle a toutes les ressources qu’il faut» «Il habite le roman mondial comme on habite une maison.C’est rare.» C’est ce qu’écrivait Milan Kundera à propos de François Ricard en 1985.L’éloge venait de haut, qui saluait un lecteur attentif, fervent, un intellectuel libre qui, au fil de son parcours intellectuel, a su choisir ses attaches.ROBERT CHARTRAND Son goût pour la littérature, François Ricard le découvre au petit séminaire Sainte-Marie de Shawinigan, «un externat pour garçons de familles modestes, mais un excellent collège».A la fin de son cours classique, un professeur l’aiguille vers l’université McGill «où, comme aux États-Unis, on pouvait passer directement du baccalauréat ès arts à la maîtrise».Il rédige son mémoire sur Félix-Antoine Savard ÿvec, en guise de directeur, Jean Ethier-Blais.Puis c’est le doctorat en France, avec une thèse sur les techniques romanesques dans le Jean-Christophe de Romain Rolland.Et à son retour au Québec, en 1971, il obtient un poste à McGill.D a tout juste 24 ans.Dans ce contexte de fièvre nationaliste, il ne devait pas être commode pour un Québécois francophone de travailler dans un milieu jugé hostile.«En effet.Mais je dois dire que, depuis une vingtaine d'années, McGill a beaucoup changé.Et puisque le département d'études françaises est tout petit, nous ne subissons pas cet effet de masse qu’on retrouve dans les grandes universités francophones: nous avons de petits groupes d’étudiants, que nous connaissons bien et que nous pouvons suivre de très près.» De Gabrielle Roy à Milan Kundera François Ricard y enseigne la littérature française, mais aussi la québécoise, qu'il avoue avoir peu connue au départ «favais essentiellement pour bagage mes lectures du cours classique.» D dévore alors tout ce qui lui tombe sous les yeux.Et il est séduit, notamment par l'œuvre de Gabrielle Roy, sur laqueDe il en- treprend de ppblier un livre dans la collection «Ecrivains canadiens d’aujourd’hui», chez Fides.«Je suis entré en contact avec elle, car il me fallait quelques photos pour agrémenter mon petit livre.J’ai tout de suite eu un attachement profond pour la personne.Et une grande admiration: die a dé, selon moi, le modèle de ce que peut être une vie d’écrivain, entièrement consacrée à la littérature.Sa morale profonde, ç’a été la littérature, sa façon d’entrer en contact avec le monde, avec les autres.A mon avis, il y a eu peu d’exemples d’artistes aussi authentiques à cette époque, au Québec.» Autre rencontre déterminante, lorsqu’il collabore à des émissions à la radio de Radio-Canada celle de Jean-Guy Pilon, qui l’invitera à écrire dans la revue Liberté.«Avec Pilon, Jacques Godbout, Jacques Brault, André Belleau et les autres, je me suis en quelque sorte imprégné de l’esprit de la revue, où on pratiquait un recul, de même qu’une certaine forme d'ironie, tout en ayant une grande confiance dans la littérature.Ils avaient le sentiment — qu’on leur a parfois reproché — qu’un écrivain peut parler de tout, qu'un romancier, un poète, un essayiste a, sur le monde qui l’entoure, un regard, un point de vue que lui seul est en mesure de défendre.» Ce sentiment sera conforté lorsque, au cours des mêmes années, François Ricard découvrira l’œuvre de Milan Kundera.«Pour moi, c’est un qiaître.Comme romancier, mais aussi dans sa façon de concevoir et de pratiquer la litté rature.Son regard peut paraître sombre parfois, mais pour moi, il a été profondément libérateur.Je me sens d’ailleurs plus proche, intellectuellement, de son univers que de celui de Gabrielle Roy auquel je suis attaché viscéralement, auteure et œuvre confondues.» En juin 1981, dans un numéro spécial de Liberté consacré à Kundera, François Ricard écrit un texte sur son œuvre, «qu’il a bien voulu reproduire en guise de préface à une réédition de La vie est ailleurs.Depuis, nous sommes restés en contact.Et il y a une quinzaine d’années, il m’a demandé de faire toutes les postfaces des rééditions de ses livres chez Folio, en me laissant libre de les écrire au rythme qui me convenait.Je les ai toutes faites, sauf celle du Livre du rire et de l’oubli, qui est à venir».Ces postfaces ont été l’occasion pour François Ricard de relire Kundera en profondeur et d’écrire, il y a deux ans, un essai particulièrement pénétrant, Le dernier après-midi d’Agnès, paru chez Gallimard et traduit déjà en plusieurs langues.Regards sur l’Histoire François Ricard est également un «profane passionné» d’histoire — de la discipline et de son objet —, comme il l’a écrit dans un texte autobiographique reproduit dans La littérature contre elle-même (Boréal, colL «Papiers collés»).Lorsque, jeune professeur, il lit François-Xavier Garneau, Lionel Groulx, Thomas Chapais, il mesure à quel point l’histoire peut être proche de la littérature.«Les deux, avec leurs spécificités, tentent de cerner la signification d’une époque, ses enjeux, ses lancées et ses contradictions Et j’ai aussi découvert que certains de ces historiens avaient été d’excellents essayistes, parfois même plus accomplis, comme écrivains et comme intellectuels, que nos romanciers et nos poètes» Cette autre passion mènera François Ricard, au début des années 1980, à collaborer à L’Histoire du Québec contemporain avec Linteau, Durocher et Robert où on lui confiera la culture savante et populaire, les idéologies, la démographie.«En travaillant avec eux, j’ai notamment appris la nécessité de la rigueur et celle de résister à la tentation des jolies formules.Et puis j’ai admiré leur ampleur de vue.Si les Félicitations à nos lauréats Des professeurs et des étudiants de l’Université de Montreal se distinguent par la qualité de leurs recherches.Michel Moisan Prix Adrien-Pouliot Professeur titulaire Département de physique Faculté des arts et des sciences Laurent Descarries Prix Léo-Pariseau Professeur titulaire Département de pathologie et biologie cellulaire Faculté de médecine www.umontreal.ca Jean-Marie Dufour Prix Marcel-Vincent Professeur titulaire Département de sciences économiques Faculté des arts et des sciences Alexis Lapointe Prix Desjardins d'excellence pour étudiants-chercheurs - Maîtrise Etudiant à la maîtrise Département de philosophie, Faculté des arts et des sciences Ghyslaine Vanier Prix Desjardins d'excellence pour étudiants-chercheurs - Doctorat Erudinnt au doctorat Département de microbiologie et immunologie, Faculté de médecine Université de Montréal François Ricard SOURCE ACFAS historiens d’avant avaient une vaste culture, ceux d’aujourd’hui — les meilleurs, s’entend — doivent être des modèles de multidisciplinarité, connaître l’économie, la psychologie, l’anthropologie, etc.Sans être des spécialistes de ces domaines, ils doivent pouvoir fédérer en quelque sorte tout cela.A notre époque de surspécialisation, f histoire — tout comme la littérature, d’ailleurs — est une de ces disciplines carrefour qui permet la rencontre de plusieurs savoirs spécialisés.» Sans cet apprentissage, François Ricard estime qu’il n’aurait pas pu écrire sa grande biographie, Gabrielle Roy.Une vie (Boréal, 1996 ).«J’ai pu me familiariser avec la discipline historique, mais aussi accumuler beaucoup de connaissances sur le Québec et le Canada qui m’ont été précieuses.» Précieuses également pour l’élaboration de La Génération lyrique, cet essai remarquable paru en 1992 chez Boréal.«C’est juste.Ce livre aussi émane de mon travail sur l’histoire du Québec contemporain.Mais également d’une inquiétude plus existentielle, qui m’est venue vers 45 ans, sur le rôle de ma génération dans l’histoire du Québec et de l’Occident.C’est une tentative de réflexion là-dessus, avec des constats assez durs.Cétait ainsi que je voyais les choses.Et je m’en dédis pas.J’ai voulu écrire là un essai au sens le plus fort du terme, c’est-à-dire fondé sur le savoir, mais réinterprété par une conscience individuelle selon une saisie poétique, personnelle de cette période de l’histoire à laquelle j’ai participé.C’est aussi un portrait de mes amis, de moi-même, sans complaisance — du moins je l’ai voulu ainsi —, assez critique, assez inquiet, car je pense que nous avons lieu de l'être compte tenu de ce que nous avons fait.» François Ricard a été agréablement surpris de l'accueil qu’on a fait à cette lecture très personnelle d'une époque.«Car je tiens à dire que cela reste un travail littéraire où, à travers le langage, j’ai vu l’occasion de formuler certaines hypothèses sur une certaine réalité.» A propos de ce livre, comme pour celui sur Gabrielle Roy, on a souligné, en plus de la rigueur, un souci de clarté, de vulgarisation intelligente.«R est vrai que c’est une de mes grandes préoccupations quand j’écris.À la vérité, j’ai toujours été très mal à l’aise avec le langage abscons.Pour moi, la langue française n'a pas besoin d’être déconstruite, elle a toutes les ressources qu’il faut.Et quand j’écris, j'ai le sentiment de m’adresser à un public de lecteurs de bonne volonté: s’ils ont pris la peine d’ouvrir mon livre, ils méritent que je m’adresse à eux de façon intéressante, et surtout claire, sans céder sur la rigueur.Cela aussi je le dois à Gabrielle Roy et à Kundera: ce sont des écrivains qui ont toujours eu le souci de leurs lecteurs.» Écriture et critique Quant au prix André-Laurendeau, François Ricard est touché, voire flatté de le recevoir, «fy vois cependant une certaine ambiguïté, puisque je n’ai jamais vraiment fait de littératurologie et que je ne suis pas un scientifique.Ceci dit, le prix ne me met pas mal à l’aise.Cela méfait plutôt un petit velours de plus de voir que quelqu’un qui n’est pas un théoricien ni un spécialiste pointu le reçoive.Mais je maintiens que la littérature n’est pas une science; qu’en l’enseignant, nous montrons surtout l’incertitude, l’esprit critique.Et puis, on l'oublie trop souvent, la littérature est un art, la découverte de la beauté.» Il se réjouit enfin qu’on ait redonné à ce prix, après une éclipse de cinq ans, le nom d’André Laurendeau, «un journaliste, un personnage public, un intellectuel qui a su aborder la réalité sociale politique à partir de son point de vue d’écrivain».Enseignement recherche, écriture: François Ricard pratique tout cela avec bonheur depuis plus de 30 ans.Il est également éditeur puisqu’il s’occupe, depuis 1984, de la cofiection «Papiers collés» chez Boréal.«Je suis très fier de cette collection à peu près unique dans la francophonie, qui assure la pérennité d’articles, d’essais parus dans des périodiques.Vont paraître incessamment cinq nouveaux titres, dont un regroupement d’essais de Virginia Woolf.» De même que des chroniques de François Ricard lui-même, qui avaient paru dans LAte-lierdu roman.Et son attachement à Gabrielle Roy se poursuit puisque, en sa qualité de directeur du Fonds Gabrielle-Roy, il est en quelque sorte un des fiduciaires de son œuvre, dont il assure également la diffusion de textes moins connus dans la collection des «Cahiers» qui porte le nom de la grande romancière, chez Boréal Collaborateur du Devoir Prix J.-Armand-Bombardier Déjà le futur «Fouiller le cortex, proposer des solutions et inventer» Récipiendaire du prix J.-Armand-Bombardier pour l’innovation technologique remis par l’Association francophone pour le savoir (Acfas), Mohamad Sawan effectue ses recherches dans des domaines que l’on croyait, encore récemment, inaccessibles: redonner la vue à un aveugle, contrôler des membres artificiels par le système nerveux ou bien injecter automatique ment de l’insuline.Cela ne relève plus de la science-fiction, mais d’un avenir rapproché.CHRISTIAN LÉVESQUE Prédestiné par ses parents à devenir docteur, Mohamad Sawan a échoué aux tests d’admission à sa première tentative.Pour ne pas perdre son temps, le jeune homme s’inscrit à la faculté de génie.Comme il était à Taise avec les chiffres et qu’il aimait les mathématiques, il n’en est jamais ressorti.Aujourd’hui titulaire d’un doctorat en génie électrique de l’Université de Sherbrooke, Mohamad Sawan tente par ses recherches de lier ses innovations technologiques au monde médical afin d’améliorer la qualité de vie des personnes affectées par divers handicaps.Ses spécialités: la microélectronique et le génie biomédical.Depuis plus de 15 ans, il oriente ses recherches vers la conception et la fabrication de microsystèmes pouvant être implantés dans le corps humain.«Ce que l’on essaie de fabriquer, ce sont des outils mécaniques qui répondent à des problèmes spécifiques», explique-t-il.Bref, de restaurer la perte d’acuité sensorielle ou de fonctions physiologiques d’un patient.Le tout, en utilisant les signaux neuronaux.Pas une mince affaire, car on en connaît encore peu sur le fonctionnement réel du cerveau humain.«Il faut donc aller fouiller le cortex, proposer des solutions et inventer autant les puces que les systèmes électroniques qui les feront fonctionner.» En somme, repousser quotidiennement les limites de la connaissance et de ce que Ton croyait encore impossible.Des dispositifs utiles Professeur à l’École polytechnique de Montréal, Mohamad Sawan a notamment mis sur pied une technique de mesure des signaux neuronaux pour évaluer le volume d’urine dans la vessie d’un patient.Pour les personnes VOIR PAGE G 3: SAWAN PRIX J.-ARMAND-BOMBARDIER DE L'ACFAS P* Mohamad SAWAN Génie électrique École Polytechnique de Montréal Pour information : (514) 340-4720 www.polymtl.ca/recherche POLYTECHNIQUE MONTRÉAL Affilié* à l'Univénité de Montréal Polytechnique offre la plus grande diversité de programmes en ingénierie et compte Tune des plus importantes concentrations de professeurs-chercheurs en génie au pays.Elle réalise à elle seule le quart de la recherche universitaire en ingénierie au Québec et se classe au 1" rang des établissements au Canada pour l'intensité de ses activités de recherche.À Polytechnique, vous trouverez ce que vous cherchez ! LA RECHERCHE À POLYTECHNIQUE C'EST : • Un budget de recherche de 66,7 M î • 15 Chaires industrielles • 24 Chaires de recherche du Canada • 31 laboratoires de recherche • 27 Centres et groupes de recherche • 141,5 MJ en projets d’infrastructures Québec-FCI, depuis 1999 • 1418 mémoires de maîtrise et thèses de doctorat dirigés par des professeurs de Polytechnique depuis 10 ans • 7863 publications scientifiques et techniques publiées par les professeurs et chercheurs de Polytechnique depuis 10 ans Portes ouvertes le dimanche 20 novembre 2005, de 10 h à 16 h.Venez découvrir nos projets de recherche passionnants ! www.polymtl.ca/ipo r LE DEVOIR.LES SAMEDI ET D 1 M A N l H E OCTOBRE 2 0 0 ô AC FA S SAWAN Prix MarcelA'incent SUITE DE LA PAGE G 2 atteintes de lésions à la moelle épinière, l'implantation de cette puce permet de traiter l’incontinence et la rétention urinaire.De son propre aveu, cette innovation a été un point marquant dans sa carrière.Elle lui a permis d'obtenir une renommée enviable.Et une compagnie québécoise évalue présentement le potentiel commercial de sa découverte.S cette réussite est importante, le chercheur, qui est aussi titulaire de la Chaire de recherche du Canada sur les dispositifs médicaux intelligents ainsi que directeur du Regroupement stratégique en microélectronique du Québec (ReSMiQ), est loin de s’y arrêter.Depuis huit ans, il tente de mettre au point un dispositif qui permettrait de redonner la vue aux non-voyants.L’idée est de fournir au cortex visuel des signaux électriques en provenance d’une caméra.Ce projet a aussi contribué à forger sa renommée internationale.«Au début, on était les seuls au monde à travailler sur cette idée, mais maintenant, on fait face à une grande compétition, dit-il.L’autre problème, c’est qu'on ne connaît pas encore complètement la manière dont fonctionne le cerveau humain.Il nous reste donc quelques années de travail avant de pouvoir crier victoire.» En collaboration avec la firme Victhom bionique humaine, Mohamad Sawan travaille en outre sur une nouvelle génération de membres artificiels.Ceux-ci seront contrôlés par un implant électronique qui analysera les commandes du système nerveux et les transmettra sans fil.Les défis que le chercheur place sur sa route sont donc multiples et variés.Une reconnaissance locale Déjà récipiendaire de plusieurs prix, bourses et mentions, Mohamad Sawan croit que l'obtention du prix de l’Acfas lui permettra d'obtenir une certaine renommée locale qu’il n’a jamais eue: «Je ne suis pas connu ici, se désole-t-il en riant de la situation.C’est un peu une sorte de soulagement de voir que tes pairs reconnaissent les efforts que tu fais.Mais cela amène aussi une responsabilité supplémentaire: il faut être à la hauteur! Ce qui donne une raison de plus pour continuer à travailler fort.» Le chercheur est néanmoins habitué à la pression: avec plus de 400 articles et conferences, six brevets et plus de 20 millions de dollars en recherche à son actif, il supervise également 24 étudiants à la maitrise, 16 au doctorat et quatre au postdoctoral.Le tout amalgamé à ses propres recherches, aux cours qu’il dispense et aux divers organismes qu’il dirige.Ayant participé à la récente mission Québec-Chine 2005 avec le premier ministre du Québec, il était à son poste universitaire dès son retour: «Il faut être très actif dans ce domaine.On ne peut pas laisser passer le train trop longtemps», confesse celui qui a également mis sur pied le laboratoire de neurotechnologie Polystim en 1994.Le Québec, chef de file Même si les recherches qu’effectue Mohamad Sawan sont très pointues, il ne peut les effectuer seul.C’est la raison pour laquelle son équipe multidisciplinaire est plutôt bien étoffée et provient de différents domaines: «Nous avons ici des étudiants de très grande qualité, on n a pas à se plaindre là-dessus.Après toutes mes années de travail, j'ai découvert qu’il y a des ressources de grande qualité dans notre provin-ce.«Reste qu’il a été étonné des effectifs dont ses homologues chinois disposaient.Evidemment, le bassin de population n’étant pas le même, leur recrutement peut être plus sélectif.Malgré ce désavantage numérique, la province regorge d’atouts: «On a la chance d'avoir un système qui récompense ceux qui poussent et qui veulent grandir», croit le chercheur en se référant à l’honneur accordé par l’Acfas.Les recherches qu’il effectue n’en demeurent pas moins ardues: les connaissances dans ces domaines pointus manquent, ce qui suffirait pour en décourager plusieurs.Pour Mohamad Sawan, pas question de s’arrêter: «On travaille assez fort, c’est sûr que l’on souhaite arriver à des résultats tangibles!» Avec la commercialisation prochaine de ses découvertes les plus prometteuses, on pourra bientôt apprécier le fruit de ses années de labeur.Collaborateur du Devoir ISÉilP L’alchimiste du nombre Importer des relations mathématiques à l’intérieur de problèmes strictement économiques Il a publié plus d’articles et de livres que la majorité de ses collègues.Les spécialistes des sciences économiques le définissent comme un leader dans son domaine.Une étude récente le classait même au septième rang mondial pour l'importance et l'impact de ses publications en économétrie.En recevant le prix Marcel-Vincent de l’Acfas, Jean-Marie Dufour voit son excellence soulignée de belle façon pour la huitième fois en carrière.Quand les mathématiques, les statistiques et l’économie ne font qu’un.SOURCE ACFAS Mohamad Sawan G U Y L AIN E BOUCHER \ A20 ans, Jean-Marie Dufour rêvait de physique et de sciences appliquées.Les faibles perspectives d’emploi le dissuadent toutefois alors d’opter pour ces domaines.Il bifurque finale ment vers les mathématiques avant de compléter une scolarité de maîtrise en statistique et de découvrir les sciences économiques.«J’avais l'intention de me diriger vers une discipline appliquée qui me permettrait d’utiliser les sciences pour explorer divers phénomènes sous l’angle social.J'ai feuilleté par pur hasard un numéro de la revue Econometrica et ç’a été une révélation.Je venais de trouver une manière d’appliquer des méthodes de physique aux problèmes sociaux.» La suite de l’histoire est maintenant connue.Boursier du gouvernement du Québec et du gouvernement du Canada, Jean-Marie Dufour prend le chemin des Etats-Unis où il complétera une maîtrise et un doctorat en économie à l’Université de Chicago.Un épisode qu'il considère encore aujourd’hui comme crucial danç son parcours professionnel.«A l’époque, le département d’économie de l’Université de Chicago était un peu en marge de tout ce qui se faisait ailleurs.La beauté de l’histoire, c’est que tout cela s’est par la suite imposé comme le courant de pensée majoritaire et j’étais parmi ceux qui avaient eu la chance de suivre le développement de tout cela de très près.» Sa scolarité complétée, la vieille tradition d’économétrie qui a fait la marque de l’Université de Montréal l’incite à revenir au Québec.En quête de nouveaux professeurs, son aima mater l’accueille à bras ouverts.«H y avait à Montréal tout ce qu’il fallait pour me développer professionnellement», raconte-t-il encore aujourd’hui.Les années qui suivent lui donneront raison.Un chercheur prolifique Le jeune professeur et chercheur fait rapidement sa marque.Auteur de nombreux articles — son dossier de publications totalise actuellement plus d’une centaine de titres —, il fait sa marque tant du côté de l’économétrie appliquée que théorique.Il s’intéresse notamment à l’évaluation économique de l’aide au financement des exportations, au comportement des taux d’intérêt et à la construction de modèles macroéconomiques dynamiques.Chaque fois, sa triple formation en économie, mathématique et statistique FOUILLE-MOI fait la différence.«En économie, explique-t-il, les échantillons dont nous disposons sont souvent très petits.Cest quelque chose qui m ’agaçait parce que ça limitait la fiabilité des résultats.Je me suis donc rapidement intéressé à la mise au point de tests statistiques utilisables en économétrie.Ma formation en statistique m’a beaucoup aidé.C’est ce qui a fait en sorte que j’aie pu voir les choses différemment et importer des relations mathématiques à l’intérieur de problèmes strictement économiques.» Extrapolée dans le temps, cette façon de faire lui a aussi permis de développer et d’évaluer des modèles de prix d’actifs financiers.Un fait d’armes qui lui vaut aujourd’hui l’admiration de ses collègues un peu partout dans le monde.Coauteur avec lui de plusieurs articles, le président de l’Institut de statistique et de recherche opérationnelle de Belgique, Marc Hallin considère, lui, que le mariage économie et statistique proposé par Jean-Marie Dufour est sa plus grande contribution à l’économétrie.«Tout au long de sa carrière, Jean-Marie s’est fait l’apôtre d'une utilisation plus consciente et plus efficace par les économètres des grands principes de la statistique mathématique: invariance, liberté, robustesse, validité sous échantillons de taille finie.Cet apport a été majeur.Si le Québec est considéré comme l’un de centres d’excellence f SOURCE ACFAS Jean-Marie Dufour de cette discipline si importante pour les sciences sociales contemporaines, c’est en grande partie à des personnalités comme lui qu’il le doit.» Une notoriété incontestée Concrètement, la pertinence des travaux réalisés par le professeur-chercheur lui a valu de nombreux prix et reconnaissances.11 est notamment Fellow de l’Econometric Society, la plus prestigieuse société internationale dans le domaine de la théorie économique et de l’économétrie.11 a aussi été le premier récipiendaire du prix John Rae, décerné par la Canadian Economie Association, et deux fois lauréat du prix triennal d'excellence scientifique de la Société canadienne de science économique.Membre de l'International Statistical Institute et de la Société royale du Canada, il a également été titulaire de la prestigieuse bourse Killam.Pour James H.Stock, du département d'économie de l’université Harvard, Jean Marie Dufour s'impose comme un leader de l’économétrie moderne, «Il est, affirme-t-il, prolifique, techniquement très fort, prudent dans ses recherches, plein d'idées et ultra competent en matière de statistique et d’économetrie théorique.» Une opinion que Donald W.K.Andrews, professeur au departement d'économie de l'université Yale, partage entièrement.Selon lui, «parce qu’il n'a jamais cessé de s'intéresser au développement de nouvelles méthodes, Jean-Marie Dufour a travaillé sur des problèmes fondamentaux en matière de macroéconomie et d’actifs financiers et les a résolus».Modeste malgré tout, le principal intéressé affirme qu’il est «plus facile défaire de la théorie (ce qu’il considère comme sa spécialité) que de l’appliquer».Toujours passionné par son champ de recherche, il avoue d’ailleurs que c'est la recherche qui lui procure encore le plus de plaisir aujourd’hui.D'autant plus, précise-t-il, «qu’unegrande partie de cette recherche est aujourd’hui réalisée avec des etudiants ou d’ex-etudiants qui ont choisi de continuer d’évoluer à Montréal».C'est qu'en plus de jouir d'une feuille de route fort bien garnie en tant que chercheur, au til des années, Jean-Marie Dufour a aussi consacré une bonne partie de son énergie à l’encadrement des économètres en formation.Une question d'avenir, selon lui.«L’économétrie est un champ d’excellence pour le Quebec et l’Université de Montréal fait figure de chef de file dans le domaine non seulement au Québec et au Canada, mais aussi à l'échelle internationale.Maintenir un tel niveau n’est pas évident: il faut pouvoir compter sur une relève.J’espère que le fait que l’un d’entre nous reçoive un prix tel que le prix Marcel-Vincent continuera défavoriser le développement de la discipline au Québec.» Collaboratrice du Devoir ?On n’est jamais trop curieux ?Hommage aux lauréates et lauréats des Prix de l’ACFAS r C'est avec fierté que je rends hommage aux lauréates et aux lauréats de la ôlème édition des Prix de l'ACFAS qui soulignent la contribution ™^- remarquable de chercheurs et d'étudiants- chercheurs à I avancement des connaissances scientifiques.Les recherches de même que les découvertes qui en résultent sont un héritage inestimable qui contribue à la performance du Québec dans une économie fondée sur le savoir.Les étudiants-chercheurs hautement qualifiés représentent la génération montante de chercheurs qui auront à faire ‘face à de nombreux défis.Par leur capacité à travailler en réseau et par leur souci de partager leur savoir, ils contribueront à enrichir les connaissances d'ici et d ailleurs.J’espère qu ils deviendront des sources d inspiration incitant d'autres jeunes passionnés à s investir dans des activités de recherche.i- 4tj WW Jf "Vl Le ministre du Développement économique, de llnnovation et de l’Exportation, _L !>ua Claude Béchard m ¦ Développement économique.Innovation et Exportation Québec n» mdeie.gouv.qc.ca v G 4 LE DEVOIR.LES SAMEDI 8 ET DIMANCHE 9 OCTOBRE 200 A CFA S Prix Léo-Pariseau Prix Adrien-Pouliot Une symphonie de découvertes «Je vois l’édifice scientifique comme une construction de l’esprit humain » Plongée dans l’univers des plasmas Les statistiques déconcertent.Selon certaines estimations, la dépression affecte entre 17 % et 20 % de la population mondiale.«Une des plus grandes préoccupations de notre époque», admet le neurologue Laurent Descarries, qui combat depuis une dizaine d’années cette maladie en s’appliquant à décortiquer le fonctionnement de certains neurotransmetteurs.Le récipiendaire du prix Léo-Pariseau désire mieux comprendre afin de mieux agir.Portrait d’un artiste de la science.ULYSSE BERGERON La dépression pourrait éventuellement être combattue plus efficacement Les récents travaux de Laurent Descarries sur la sérotonine, un neurotransmetteur, permettent aujourd’hui de mieux saisir l’effet à retardement des antidépresseurs, médicaments qui augmentent le taux de sérotonine, trop faible chez les personnes dépressives.Mais surtout ces travaux ouvrent la voie à un procédé d'observation du mécanisme biologique étant à la source même du phénomène.Normalement, trois semaines peuvent s’écouler avant qu’on sache, en discutant avec un patient si l’antidépresseur agit sur lui.«On pourrait maintenant déceler au bout d’une heure si l’antidépresseur est bien approprié.» Un changement majeur qui s’explique par la découverte d’un traceur qui «permet de suivre la sérotonine».Un traceur est une substance qu’on injecte et qui permet, dans ce cas-ci à l’aide de l’imagerie cérébrale, d’observer l'évolution de la sérotonine lors d’une neurotransmission.Sur le plan clinique, cette découverte pourrait bien avoir des réper- cussions notables.D serait alors possible, dès le début du traitement de vérifier le déclenchement d’un mécanisme neurobiologique qui conditionne l’efficacité thérapeutique des antidépresseurs et du même coup, de savoir si cehiki est approprié.Trop rares sont les chercheurs qui peuvent se vanter de voir leurs résultats appliqués à des situations concrètes de la vie.Descarries fait partie du nombre.Pour le chercheur, qui œuvre dans ce secteur depuis les années 1960, ces découvertes dépassent même le cadre scientifique.«Lorsque des travaux aboutissent à une implication qui a des répercussions directes sur la santé et la vie de personnes, c’est très stimulant.» L’art qu’est la science Pour ce fils de pianiste, la science peut facilement se comparer à une activité artistique.Le neurologue n’hésite pas à comparer celle-ci à un processus de création, «une création de savoirs et de connaissances».«On se fait une idée de la recherche.On la perçoit souvent comme quelque chose qui est là et qu’il suffirait de découvrir.Pour moi, dans le domaine où je travaille, mon point de vue de la connaissance est beaucoup plus constructiviste.Je vois l’édifice scientifique comme une construction de l'esprit humain, individuel et collectif.Dans ce cas-là, la science devient ce qu’elle est grâce à l’imagination, la créativité et grâce au travail des individus.Elle n’est donc pas un objet existant qu’il faut découvrir, elle est plutôt la couleur de ceux qui la font», résume-t-il Descarries admet que, depuis sa «tendre enfance», grâce à la présence d’un père musicien, il est attiré par la création et la production «aussi bien artistiques que de connaissances.f ai toujours valorisé l’activité qui consiste à produire des connaissances ou à produire des œuvres».C’est donc en désirant comprendre l’œuvre qu’est l'être humain qu’il s’est intéressé aux sciences biologiques.«Je me suis alors orienté vers la médecine», indique-t-il Admettant par ailleurs que les neurosciences n’offrent pas une création «aussi libre» que les activités artistiques, il lance à la blague que, «faute d’être un artiste tel qu'on l’entend, on peut faire de la science et s’exprimer à travers cette forme de création.Et c'est ce que je fais».Ébranler le «statu quo» Depuis ses premières recherches au cours des années 1960, celui qu’on considère aujourd’hui comme une sommité mondiale en neuroscience n’a cessé d’étonner et d’apporter de nouvelles briques à l’édifice scientifique.Très jeune, après des études en neurolo gie à Harvard, il jette les bases d’une nouvelle compréhension du fonctionnement neuronal: la transmission diffuse.«Contrairement à ce qu’on SOURCE ACFAS Laurent Descarries croyait, plusieurs types de neurones qui sont caractérisés par leurs transmetteurs chimiques n'établissent pas de relations morphologiques spécialisées de type synoptique.» Une découverte qui en a déconcerté plus d’un, car les relations de type sy-naptique étaient un concept fondamental en neuroscience.C’est par les synapses qu’on expliquait traditionnellement le fonctionnement des circuits nerveux.Descarries découvrait de son côté que certains neurones en influençaient d’autres en déversant des neuromodulateurs dans l’espace extracellulaire plutôt que dans la fente synaptique.En d’autres termes, les études qu’il réalisa au cours des années 1960 mirent en lumière le fait que, «dans bien des cas, les terminaisons» de certains neurones caractérisés par leurs transmetteurs chimiques «ne montraient pas les spécialisations membranaires synoptiques.C'était une surprise et c’était inattendu, mais on en a fait la démonstration de façon extrêmement rigoureuse».«A partir de ces observations qui étaient d’ordre morphologique, j’ai postulé que les transmetteurs libérés à partir de ces neurones pouvaient agir plus loin, et non pas seulement sur les zones de spécialisation membranaire postsynaptique.J’ai alors émis l'hypothèse qu’il y aurait une transmission diffuse qui serait un mode de communication entre les cellules nerveuses et qui serait en complément de la transmission ponctuelle», explique-t-il.Les travaux de Descarries furent, en quelque sorte, révolutionnaires.fis furent à l’origine de ce qu’on appelle la «transmission diffuse» (volume transmission), un concept qui permet aujourd’hui de percevoir la transmission neuronale sous un angle autre que celui de circuits neuronaux câblés.Dans cette conception, les actions des neurones peuvent donc être analysées sous un «angle plus généralisé».Finalement, lorsqu’on le questionne sur la signification que revêt pour lui le prix Léo-Pariseau — un prix qui souligne le travail d’une personne dans le domaine des sciences biologiques —, il avance calmement et tout souriant «C’est toujours très flatteur.Mais dans ce cas-ci, ce qui est d’autant plus étonnant, c’est que l’Acfas est l’endroit où j’ai fait ma toute piremière communication scientifique, il y a de cela de nombreuses années.» Collaborateur du Devoir Physicien de carrière dont le parcours se situe à l’échelle internationale, Michel Moisan hérite du prix Adrien-Pouliot Diplômé du collège André-Grasset, il a poursuivi ses études universitaires en physique à l’Université de Montréal.Il a reçu son doctorat d’État en sciences à l’Université de Paris XI, pour se diriger ensuite vers l’Union soviétique où il a achevé son parcours académique par l’obtention d’un post-doctorat REGINALD HARVEY \ A sa sortie du collège Grasset Michel Moisan hésite entre les professions d’ingénieur en électronique et de physicien.Il opte finalement pour la deuxième afin de satisfaire ses goûts pour le bricolage.Il raconte: «Quand j’étais au collège, je réparais des télés pour me faire de l’argent.J’ai aussi obtenu mes deux brevets de radio amateur alors que je me trouvais encore au collège.» Il nous transporte en Union soviétique en 1972, à l’époque de Brejnev, là où il s’est rendu pour ses études postdoctorales: «J’étais invité par l’Académie des sciences de là-bas en vertu d’un accord d’échange avec le Canada.» La correspondance avec l’académicien qui l’a invité s’est déroulée en français et il y a eu méprise: «Ils ont VOIR PAGE G 5: MOISAN Prix Urgel-Archambault Contrôler les molécules Le laser pour «permettre à la médecine de réparer une molécule défectueuse» La manipulation et l’organisation de molécules atome par atome, et même électron par électron, grâce à l’utilisation d’un laser, ne relèvent plus de la science-fiction.Les travaux en chimie théorique du professeur André Bandrauk en ont amplement fait la démonstration.HOMME DE SCIENCE Homme d’action François Leclerc Prix Ressources naturelles L'Institut national de la recherche scientifique (INRS) se réjouit du succès de François Leclerc, étudiant au doctorat en sciences de la Terre.Ses recherches aideront à guider les travaux d'exploration minière effectués dans le nord du Québec.Toutes nos félicitations au lauréat! Nous lui souhaitons une carrière à la hauteur de ses aspirations.Unlv«n»ité du Qudbec Institut national de la recherche scientifique PIERRE VALLÉE Les recherches en chimie théorique, en particulier dans le domaine de la photochimie, effectuées par André Bandrauk tout au long de sa carrière, en ont fait un pionnier dans un secteur scientifique qu’on dit des plus prometteurs.Professeur à l’Université de Sherbrooke et titulaire de la Chaire de recherche du Canada en chimie computationnelle et photonique, André Bandrauk est le récipiendaire cette année du prix Urgel-Archambault décerné par l’Association francophone pour le savoir.Né à Berlin en 1941, André Bandrauk arrive au Québec à l’âge de 10 ans.«Ma mère, une Ukrainienne vivant à Paris, a été forcée sous l’occupation d'aller travailler à Berlin.C’est là qu ’elle rencontre mon père qui, malheureusement, n’a pas survécu à la guerre.» Retour à Paris avec le petit André puis, quelques années plus tard, la famille débarque à Montréal.Jeune homme, André Bandrauk est plutôt littéraire.Mais lorsque vient le moment de choisir son champ d’études universitaires, puisqu'il est bon en mathématiques, il s’inscrit plutôt en sciences.«Dès le départ, j’ai été fasciné par l’architecture des molécules, ce qui m a fait choisir la chimie.Mais je ne voulais pas travailler en laboratoire avec des éprouvettes Je croyais plutôt que l’ordinateur était l’avenir en sciences et je me suis orienté vers la chimie théorique.» En 1961, il obtient son baccalauréat en chimie de l'Université de Montréal.Deux ans plus tard, il termine une maîtrise en chimie théorique au Massachusetts Institute of Technology’ puis revient au Canada.à l’université McMaster, pour son doctorat en chimie physique, qu’il obtient en 1968.Dès lors, sa carrière prend une tournure internationale.Il est chercheur boursier à TUnivirsité d’Oxford et ensuite U devient adjoint de recherche à la Technische Hochschule à Munich.En 1971, reconnaissant la qualité exceptionnelle de ce chercheur, TUniversité de Sherbrooke lui offre un poste de professeur.La chimie théorique et la photochimie In chimie théorique consiste à faire des expériences chimiques numériques à l’aide d’un ordinateur.«Avec un ordinateur, on peut modéliser des molécules et aussi simuler les différentes propriétés de ces molécules.» Mais pour réaliser de pareils calculs savants, ce n'est pas d’un ordinateur ordinaire dont on a besoin, mais bien d’un superordinateur.Dès son arrivée à l’Université de Sherbrooke, André Bandrauk étaient de ceux qui militaient pour que l’institution se dote d’un pareil instrument Non seulement l’Université de Sherbrooke fut-elle la première université canadienne à acquérir un superordinateur, mais celui qui se trouve aujourd’hui sur son campus est le plus puissant.«C’est comme si vous aviez branché ensemble 2000 ordinateurs individuels!» La photochimie est la discipline scientifique qui étudie les réactions chimiques produites dans les molécules par l’effet de la lumière ou des photons.L'exemple le plus simple d’une réaction chimique produite par la lumière est la photosynthèse.Les travaux de recherche du professeur Bandrauk portent sur l’étude des réactions chimiques dans les molécules lorsqu’elles sont bombardées par des rayons laser.Plusieurs des théories et des prédictions qu’il a élaborées dans son laboratoire numérique furent par la suite confirmées expérimentalement, notamment à l'Institut Max Planck.Les recherches ont permis de comprendre qu'il est possible de contrôler les atomes et les électrons à l’intérieur d'une molécule à l’aide d’un laser.D faut pour cela SOURCE ACFAS André Bandrauk utiliser un laser superpuissant et des impulsions de très courte durée.Si courtes qu'elles ne se calculent même pas en nanosecondes, mais plutôt en femtosecondes et en attosecondes.«C’est comme si on donnait aux atomes et aux électrons des petits coups de marteaux successif.On arrive ainsi à pousser et à déplacer un atome ou un électron à l’intérieur de la molécule, modifiant ainsi sa structure.» Les applications pressenties Selon André Bandrauk, une des applications découlant de cette capacité de contrôler les électrons à l’intérieur d’une molécule avec une impulsion laser pourrait être de «permettre à la médecine de réparer une molécule défectueuse».Cela lui apparait d'autant phis possible que le corps humain le fait déjà «Nous avons une protéine qui parcourt sans arrêt notre ADN afin de réparer les défectuosités qu ’elle détecte.Et elle le fait en cédant un électron.Au fond, on ne ferait qu’imiter la nature.» Le domaine pharmaceutique pourrait aussi grandement profiter des avancées de la photochimie et de la chimie théorique.Déjà les compagnies pharmaceutiques se servent de la modélisation numérique lors de l’élaboration de nouvelles molécules.Lors de la synthèse de ces molécules, au lieu d'utiliser les procédés chimiques traditionnels, les chercheurs pourraient alors modifier les molécules à l’aide d’un laser, économisant ainsi temps et argent Cette nouvelle chimie à base de laser, que l’on nomme maintenant la femtochimie et l’attochimie selon que l’on manipule des atomes dans le premier cas et des électrons dans le second, pourrait aussi servir à de nombreuses industries.«H serait possible de créer de nouvelles molécules et de nouvelles réactions chimiques» Par exemple, cela pourrait permettre d’élaborer de nouveaux polymères.Les travaux d’André Bandrauk sur les lasers ont aussi permis d’ouvrir une nouvelle voie dans le domaine de la photophysique.«S’il est possible de manipuler les électrons et les atomes, il serait peut-être possible de manipuler les noyaux des atomes et de les forcer à se fusionner.» En fusionnant ainsi deux atomes d’hydrogène, c’est de l’énergie qu’on obtient et si cela un jour se produit le laser aura permis de résoudre l’épineuse question de la fusion nucléaire qu'on n’arrive pas encore à produire efficacement malgré la taille et la puissance des accélérateurs de particules.Selon André Bandrauk, le laser, tout comme l’ordinateur, est appelé à révolutionner la manière dont nous faisons de la science, en particulier la chimie et la physique.«Je prévois qu’il y aura de finies discussions pour savoir si le laser peut remplacer dans plusieurs cas les accélérateurs de particules.» En conclusion, ce qui compte le plus à ses yeux, c’est la possibilité qui s’offre a nous de mieux contrôler les molécules et au besoin, de les modifier lorsqu'elles sont défectueuses.«Au fond, ce que ça nous Permet, c’est de dire à une molécule de bien faire sa “job"» Collaborateur du Devoir Félicitations! PRIX DE LACFAS L’Université Laval applaudit ses étudiants, lauréats du Gala de la science de l'ACFAS 2005, et reconnaît leur talent.PRIX BERNARD-BELLEAU I CONCOURS I PRIX DES MEIUEURES COMMUNICATIONS I PRIX DE L'ADESAO Sciences de la santé DE VULGARISATION PRIX DE L'ÜNIVERSITE PRIX DE L'UNIVERSITÉ Sciences humaines et et pharmacologie SCIENTIFIQUE DE MONTREAL DU QUÉBEC sociales, arts et lettres Solange Landreville Nicolas Bisson Joëlle Morissette Jonathan Bolduc Koffï Philippe Houme Paul-André Dubois Parce que l’avenir se prépare ici.L'Université Laval voit aussi loin que vous ! o g a UNIVERSITÉ LAVAL f t i LE DEVOIR.LES SAMEDI 8 ET DIMANCHE 9 OCTOBRE 2 0 0 5 À CFA S (i ,) MOISAN SUITE DE LA PAGE G 4 cru que j’étais citoyen français et, quand je suis arrivé à Moscou, ils m'ont avisé que ce n’était pas possible d’y rester.En sous-entendu, fêtais un espion américain.* Apres de nombreuses tractations, il est finalement transféré à Kiev, en Ukraine, dans un institut de physique théorique: •Je suis plutôt un expérimentateur Ça s’est donc avéré moins intéressant sur le plan de cette science.J’ai plutôt fuit de la sociologie appliquée», ironiset-iL Donc, 3 s’est tourné vers la France pour le doctorat et vers l’URSS pour le post-doc.D se voit attribuer le prix Adrien-Pouliot, une distinction qui vise à souligner l'excellence de travaux réalisés en collaboration avec la France.11 s'empresse d’ajouter •Ilfaut peut-être élargir cela.Le prix qui me conviendrait le mieux, ce serait celui de collaboration internationale.» fl dresse la liste et l’origine de ses collaborateurs: trois ou quatre groupes de Polytechnique, des gens de l’Institut national de la recherche scientifique (INRS), des collègues d’autres départements ou facultés de l'Université de Montréal, des chercheurs en provenance de l’Espagne, de la Belgique, de la Pologne, de la Bulgarie, de la Russie, et une douzaine de groupes de recherche de la France/ Le retour au pays Michel Moisan est revenu à Montréal en 1972 et est devenu officiellement professeur au département de physique de lUdeM en janvier 1976.Au début des années 1980, il a pris la direction du laboratoire de recherche.Depuis une vingtaine d’années, il est demeuré le chef du Çroupe de physique des plasmas.A ce titre, 3 s’est avéré un pionnier et un chef de file dans le domaine de la physique appliquée, plus particulièrement en ce qui concerne les plasmas.Aujourd'hui, son assistante et lui-même sont entourés d'une équipe composée d’une quinzaine d’étudiantscher-chçurs de diverses origines.A ses débuts, la fusion thermonu-cléaire retient l’attention du monde scientifique, fl pose le problème: «Il s’agissait de remplacer les réacteurs de fission, c’est-à-dire d’uranium, par, en quelque sorte, le processus inverse d’addition des masses de fusion à partir de l’hydrogène ou du deutérium.De cette façon, il était possible d’obtenir de l’énergie qui pouvait être convertie en énergie électrique avec beaucoup moins de risques de contamination.» Pour l'instant, de tels réacteurs n’existent pas et un projet de recherche de plusieurs milliards de dollars se poursuit depuis 1965 afin d’en arriver à la réalisation du grand réacteur «ITER».D’autres domaines retiennent son attention, comme la fabrication des puces en microélectronique.«Sans les plasmas, il aurait été impossible d’arriver à la réduction de la taille des puces que l’on connaît à l’heure actuelle; sur un centimètre carré, on met maintenant des dizaines de millions, sinon plus, de transistors élémentaires.Plus de la moitié de la fabrication des puces fait appel au plasma.C’est déjà là un point de repère: sans les plasmas, il n’y aurait pas de puces ou, à ce mo- ^5» SOURCE ACFAS Michel Moisan ment, on aurait été limité à des tailles beaucoup plus grosses.On n ’aurait pas les micro-ordinateurs aussi compacts et puissants que l’on connaît à l’heure actuelle.» Angoisses Tout au long de ses travaux de puis 1985, le physicien a été assodé au milieu industriel, sans pour autant renoncer au caractère fondamental de la recherche.«C’est en ayant des relations contractuelles qu’on peut trouver de l’argent.» Est-ce une préoccupation constante pour lui?«Le mot “constante” est correct.Pour la préoccupation, c’est plus que cela.Ça devient de la douleur psychologique et c’est très angoissant, parce qu’on ne sait jamais si on aura assez d’argent pour payer les 18 personnes à l'emploi du labo.» Déjà en 1992,3 avait dû sabrer dans son personnel et renvoyer ses assistants faute de ressources financières.Et pourtant cette équipe domine sur la scène internationale dans un champ de recherche, soit la stérilisation des objets médicaux par plasma: «C’est un sujet sur lequel fai beaucoup travaillé avec mon équipe.On peut maintenant dire en toute modestie que nous sommes les chefs de file dans ce domaine à travers le monde; sans aucun doute.» Il reconnaît que la compagnie française Air liquide Ta soutenu financièrement dans ce projet A l’heure actueDe, l’entreprise fait preuve d’hésitation quant à la commercialisation des résultats: «Cest notamment dû au fait qu 'il leur faudrait fabriquer de l’équipement et qu’ils ne se sentent pas à l'aise dans le rôle d’équipementier, comme on dit.» Pour l’heure, l’avenir est donc incertain de ce côté.L'un des aspects majeurs de son travail «a toujours été les alliances entre les applications et la compréhension des phénomènes qui les fondent.» Une telle façon de faire n’est pas toujours bien accueillie par les organismes qui financent la recherche: «Ils veulent avoir un appareil, un résultat, mais ils ne veulent pas payer pour la compréhension.» Son raisonnement va plutôt dans ce sens: «Pourtant, quand ils obtiennent celle-ci, ça devient un argument de vente parce que ça donne confiance à l’acheteur.Us comprennent comment ça fonctionne et, s’il y a des problèmes, Us vont pouvoir être en mesure de les régler» Collaborateur du Devoir POUR VOTRE RÉUSSITE PERSONNELLE ET PROFESSIONELLE .AIGUISEZ VOS FACULTÉS UNIVERSITÉ SAINT-PAUL SAINT PAUL UNIVERSITE JU «J Prix Michel-Jurdant Ondes de choc «Appliquer les mathématiques au monde réel» Il est parfois étonnant de découvrir jusqu'où peut mener une formation en sciences pures.Mathématicien de formation et spécialiste de la dynamique des océans, le professeur Lawrence Mysak étudie des questions brûlantes d'actualité telles que celle-ci: quel sera l’impact, sur le climat du futur, du gaz carbonique (C02) que nous rejetons en quantité dans l’atmosphère?Il cherche aussi à déterminer si le réchauffement planétaire auquel nous assistons fait tout bonnement partie d’un cycle climatique et si nous connaîtrons à nouveau une ère glaciaire.CLAUDE LAFLEUR SO r RC F ACFAS Spécialiste du Centre de recherche sur les changements climatiques et planétaires de l'université McGill, le professeur Mysak est connu dans le monde entier pour ses contributions originales et essentielles concernant les ondes océaniques et l’évolution du climat.Il s’est d’abord servi des mathématiques pour traquer la migration des poissons dans les océans, puis pour étudier les variations climatiques à long terme.Ces travaux lui valent de recevoir aujourd’hui le prix Michel-Jurdant décerné par l’Acfas à un chercheur émérite en sciences de l’environnement Comprendre la nature Natif de Saskatoon en Saskatchewan, Lawrence Mysak s’est très jeune passionné pour les mathématiques.«Je suis avant tout un physicien et un mathématicien, dit-il.Dès mon adolescence, j’ai rêvé d’appliquer les mathématiques au monde réel.» Ce n’est toutefois qu’à l'université qu’il découvre son véritable champ d’intérêt les phénomènes ondulatoires.«Mon intérêt pour les ondes océaniques a surgi alors que je poursuivais me$ études doctorales, raconte-t-3.À vrai dire, j’ai été séduit par la manière dont certains de mes professeurs parlaient des ondes.» Avec son doctorat de Tuniversi-té Harvard en poche, Lawrence Mysak enseigne, de 1967 à 1986, les mathématiques et l’océanographie à l’Université de Colombie-Britannique.Il consacre alors ses recherches à l’étude des grandes vagues océaniques.Les vagues en question s’assimilent à celles qu’on observe en mer à partir du pont d’un navire.Toutefois, il ne s’agit pas de vagues de petite taille qui ne durent que quelques minutes, mais de très longues vagues qui s’écoulent sur des jours ou des semaines.«Ces longues vagues sont particulièrement intéressantes, rapporte le chercheur, parce qu 'elles conditionnent les températures sous la surface des océans.Or, les poissons sont justement très sensibles aux températures.» Il y a d'ailleurs dans les océans différents types de grande vague — dont le célèbre phénomène El Nino — qu’on ne peut observer depuis le pont d’un navire.«Comme vous le savez, El Nino a de trà importants effets dans le Pacifique, entre autres sur la migration des saumons.» C’est ainsi que, dans les années 1980, le professeur Mysak utilisait des photos thermiques réalisées par des satellites pour observer la température des océans et pour débusquer les bancs de poissons.Le chercheur a par le fait même découvert que les saumons sockeye — une espèce très recherchée par les pêcheurs bri-tannocolombiens — contournent Tfle de Vancouver, lors de leur migration vers la rivière Fraser où ils se reproduisent, par Tune ou l’autre des deux routes.«Nous avons découvert que si, au printemps, l'eau du Pacifique est chaude, les saumons empruntent la route passant au nord de Hie, indique M.Mysak.Par contre, si les températures sont fraîches, ils suivent la route du sud.Voilà une donnée très importante pour les pêcheurs, car ceux-ci savent désormais où tendre leurs filets.» Réchauffement planétaire et/ou ère glaciaire?En 1986, I^wrence Mysak est invité par l’université McGill à participer à un nouveau programme d’études environnementales.«Voilà qui tombait bien pour moi, se rappelle-t-il, car je désirais alors changer de domaine de recherche.» En 1996, il fonde et dirige le Centre de recherche sur les changements climatiques et planétaires.«Je consacre désormais mes travaux à l’étude des interactions entre l’atmosphère et les océans», dit-il.Plus particulièrement, 3 s’intéresse aux ères de glaciation, c’est-à-dire à l’époque où le Canada s’est retrouvé recouvert par des Lawrence Mysak couches de glace épaisses de plusieurs kilomètres.«Savez-vous que, il y a 20 000 ans, Montréal se trouvait ensevelie sous deux ou trois kilomètres de glace?, pose le chercheur.La chose se reproduira-t-elle un jour?Voilà la question à laquelle je tente de répondre.» l.e chercheur rapporte aussi que, dans le passé, il y a eu des époques où il n'y avait aucune couche de glace sur Terre.«Or, avec la fonte des glaces à laquelle nous assistons, c’est peut-être cela qui est en train de se produire.» Par conséquent, le réchauffement généralisé de la planète qu’on observe actuellement fait peut-être partie d’un cycle climatique normal.C’est ainsi qu'à l'aide de modèles mathématiques permettant de reproduire le comportement des océans et de l’atmosphère, Lawrence Mysak tente de situer le moment où pourrait survenir, si c’est le cas, une nouvelle ère glaciaire.11 étudie en outre l'impact du CO, que nous injectons dans ce système sur l’évolution du climat.Ce déversement mas-sif entravera-t-il le cycle de glaciation?«C'est là l’une des grandes questions qui me passionnent actuellement», lance-t-il.Selon ses calculs, la prochaine glaciation ne, surviendra pas avant 50 000 ans.Etonnamment même, le CO , que nous produisons pourrait n avoir que peu de conséquences sur le phénomène puisqu’il s'agit, à l’échelle où travaille le professeur Mysak, d’un phénomène passager.«En quelques siècles seulement, on a pratiquement brûlé tous les combustibles fossiles, fait-il remarquer.Par la suite, nous retournerons à d'autres formes d’énergie — l'énergie solaire ou l'énergie nucléaire, par exemple — qui ne produisent pas de CO?» Pour lui, ce qui importe, cest d’estimer quel sera le niveau de CO , qui demeurera dans l'atmosphère une fois que nous aurons épuisé tous les carburants fossiles.«Si ce niveau retombe à 300 parties par million, comme c'était le cas avant l’ère industrielle, nous ne devrions pas connaître une nouvelle glaciation avant 50 000 à 100 000 ans.C’est déjà une bonne nouvelle, n’est
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