Le devoir, 15 octobre 2005, Cahier F
« 0 C T 0 B R E 2 0 0 5 LITTÉRATURE Harold Pinter, Prix Nobel Page F 3 PHILOSOPHIE La traversée du siècle de Raymond Klibansky Page F 8 à F 10 ?LE DEVOIR 8/ o LITTERATURE QUÉBÉCOISE Le j eune homme JACQUES NADEAU I.E DEVOIR Robert Lalonde se dévoile tout en livrant un vibrant témoignage sur l’adolescence dans Que vais-je devenir jusqu’à ce que je meure?FRÉDÉRIQUE DOYON révolté Robert Lalonde n’en finit jamais de s'interroger sur ce qui l’entoure.Peut-être pour éviter de parler de lui — et doublement puisque le nouveau roman qui fait l'objet de cette entrevue est assez autobiographique —, il se demande d’où vient cette tendance à la facilité, dans la société en général et particulièrement chez ses étudiants de l'Ecole nationale de théâtre (END.•Ils ne lisent pas, s'exclame celui qui leur enseigne justement a pénétrer le texte pour mieux l'incarner.Ils sont comme des musiciens qui voudraient jouer du Prokofiev par oreille.Or le théâtre moderne est torn-plexe et difficile à décoder.On ne peut pas être un interprète sans interpréter le texte.» Le ton n'est pas celui du reproche, ni de la plainte larmoyante.Loin de lui l'idée d'en faire une fatalité ou de dénigrer l’air du temps.C’est plutôt l'étonnement qui déclenche chez lui cette tirade sur l'éducation de l’art sur la valorisation de l’instinct au détriment de la réflexion, comme s'il livrait tout haut un monologue intérieur, suivant le dédale de son esprit en éveil.Un étonnement nourricier, comme celui qui pousse à écrire.D'ailleurs, dans leur résistance a l’égard de l'accumulation de connaissances qui semblent si loin de la vie, ces jeunes ne ressemblent-ils pas un peu au narrateur de son roman Que vais-je devenir jusqu ’à ce que je meure?, paru aux Editions du Boréal •Je suis bien placé pour comprendre ça, la menace des choses mortes qu i! y a dans le savoir», reconnait l'auteur en riant Dans ce bouquin délicatement ciselé, certainement le plus personnel de son œuvre prolifique, l'adolescent qu’il a été se cabre contre la vie de college, qui prétend l’éduquer et l'épanouir mais le fait plutôt mourir.•Fobtenais de mauvaises notes mais je m'en tirais, tout juste, raconte le narrateur.J’avais vite compris: on étudiait un monde mort, jes mots, les chiffres tombaient en poussière sur nous.C’était fini.!.,j A la suite du maître, nous traversions des champs de bataille où tous les guerriers avaient depuis longtemps été tués.Nous recommencions des problèmes mille fins résolus.[.] Nous répétions sans cesse les mêmes bêtises.C'était insensé et ça m endormait.» Genèse de l’écrivain Cette aversion du collège cache une autre révolte, autrement phis viscérale, celle de l'adolescence, du passage a la vie d’homme, où tant de choses se brisent pour faire place à d’autres qui tardent toutefois à prendre racine, jusqu’à ce qu’on comprenne qu'il faut les inventer.•Dans la mort de l’enfimce, il y a la nécessité de faire advenir les choses pour qu'elles arrivent», note Robert Lalonde.C’est ce que constate, en cours de route, le jeune homme révolté.D choisit alors de laisser libre cours à ses rêveries salvatrices, qui le feront renaître comme adulte, mais aussi comme artiste.Quête initiatique, ce roman raconte aussi la dure genese de l’écrivain, son •attirance pour le mensonge de l'art, précise l’auteur.C'est un peu le récit de ma voie déviante.J'ai vite crmpris qu 'on pouvait, par l’art, capter une attentùm qui, dans la vie courante, était un écart de amportement.» •Je pâtirai.J’endurerai, je suis prêt à Unis les martyres, écrit-il.Une espérance obstinée me travaille.Je lisse du plat de la main une page de mon livre d’histoire.Ce qui compte, ce que j’aime, c'est cette bande qu’on me laisse, d'un pur blanc de neige, cette mince marge du texte qui est a moi, rien qu'a moi.Mes doigts agrippent le crayon comme l’assassin son couteau.Peu importe qu’il n'y ait pas de.sens encore à tout ce que je tente.Le talent me viendra en cours de route.» Double dévoilement donc que ce livre pour un auteur qui •n'atme pas beauamp l'autofictum», avoue-t-il.Il a d'ailleurs fait beaucoup de détours avant d'en arriver à Ce roman, écrit et réécrit plusieurs fois sur une période de 30 ans, jusqu'à ce qu’il perde ses versions antérieures.Oublier pour mieux se souvenir, dit-on.Fallait-il écrire tous ces autres livres, donner voix aux auteurs qui nourrissent son œuvre, avant de raconter sa propre naissance?VOIR PAGE F 2 LALONDE ET DIMANCHE 16 OCTOBRE 2 0 0 5 F 2 LE DEVOIR, LES SAMEDI 15 -•'Livres» LALONDE SUITE DE LA PAGE F 1 •La distance qui me sépare de ces premières versions est probablement celle qu'il me fallait pour écrire ce livre, répond-il.Autant il vient tard, autant les gens peuvent maintenant se dire: il a tout fait ça et pourtant, là d'où il est parti, c'était très incertain.» La mort de sa mère, partie rejoindre son père, brise la dernière chaîne de pudeur qui le retenait.•C'est comme si en s’en allant ma mère m'avait en quelque sorte donné la permission » Il veut d’abord en faire le scénario d’un documentaire sur le collège classique, projet jugé «trop confidentiel», qui ne trouve pas preneur.Le premier jet de cette énième version de roman sort d’un trait.Mais il doit tout de même épurer, car dans sa hantise de l’autobiographie, il s’attarde trop aux histoires entourant sa propre quête, aux autres collégiens, aux enseignants.Peut-être était-il encore attaché, inconsciemment, à décrire l’univers oppressant du collège.Dans cette institution, l’auteur voit une «mécanique de la représaille», dit-il, qui existe sous d’autres formes dans la société actuelle.«On confie encore à ces enfants le devoir de reprendre le fardeau de cette humanité, de s'adapter, de se ranger.J’ai voulu prendre la défense de l’incertitude, du vague, de l’effroi devant soi-même, m’inscrire en faux contre l’obligation de décider qui on sera a des âges comme ça», confie-t-il, évoquant la névrose freudienne qui nous guette à force de ne pouvoir supporter l’ambiguïté.Il veut surtout en finir avec toutes les fausses perceptions, ces étiquettes faciles qu’on accole à l’adolescence et qu’on colporte ensuite, ces «Ils sont ignorants!», «Ils sont suicidaires!», cite-t-il en exemple.«Je suis contre la vision commune, unique, le mainstream.L’artiste est là pour s’éloigner de ça.» Paradoxalement, c’est en restant au plus près de ce jeune homme révolté qu’il fut — et qu’il est encore —, en respectant cette voix «venue de l'intérieur», mais filtrée par le temps, que l’artiste a fait son œuvre.«Ça [le récit) s’est transformé à partir du moment où j’ai remonté le labyrinthe de mon propre personnage à partir des séquelles qui sont toujours là pour moi, qui m’habitent encore.» Le Devoir ÉCHOS Julian Barnes lu par lui-même La série littéraire Metropolis bleu se poursuit avec une lecture publique du romancier britannique Julian Barnes le jeudi 27 octobre à l’université Concordia (atrium du bâtiment Samuel Bronfman, sis au 1590delaCôte-des-Neiges).L’auteur et critique littéraire lira des extraits de son dernier roman, Arthur and George, qui lui a pennis d’être en nofnination pour le Booker Prize 2005.L’œuvre raconte, en les inventant un peu, les destins de George Kdjali et d’Arthur Conan Doyle.L’écrivain s’affiche comme un fervent francophile depuis qu'il a publié Le Perroquet de Haubert, qui a remporté STEPHEN H1RD REUTERS Julian Barnes le prix Médicis essai en 1986.Son plus récent ouvrage traduit en français, Un homme dans sa cuisine, a récolté des éloges auprès des critiques québécois et européens.- Le Devoir EN APARTÉ La cerise sur l’Empire Jean- François Nadeau où vient cet intérêt des géants de la communication et de la finance pour l’univers du livre?Car, enfin, Québécor n’est pas le seul empire, loin de là, à s’embarquer sur l’esquif fragile de l’édition.Bertelsman, Editis, Vivendi, le groupe pharmaceutique de Pierre Fabre et le baron Seillières lui-même, pour ne nommer qu’eux, ont tous mis la main, ces dernière^ années, en Europe comme aux Etats-Unis, sur d’importantes maisons d’édition.Depuis, la pression de la rentabilité se fait sentir plus que jamais sur l’ensemble de l’édition.L’effet premier de la concentration, comme le montre notamment l’éditeur André Schiffrin, fils du créateur de La Pléiade, a été de balancer par-dessus bord les facteurs de risque principaux.In littérature donc.Au pays de l’incertitude qu’est la littérature, on fait place nette pour accueillir désormais des livres d’amusement puisque ceux-ci ont plus de cfmnces d’être rentables à très court terme.En clair, il se publie de plus en plus de livres, mais à condition qu’ils soient insignifiants.Au siècle passé, les taux de rendement dans l’édition n’ont jamais dépassé, au mieux, les 5 %.Et comme au Québec on considère qu'un titre se vend bien lorsqu’il atteint KXX) ventes seulement, personne de la finance ne s’est jamais tellement intéressé à ce secteur.Rien n’est jamais sûr dans l’édition.Quand les Editions de Minuit décidèrent de publier Samuel Beckett, celui-ci prit la peine d’écrire un mot à son éditeur pour l’en décourager! Beckett ne voulait pas, disait-il, faire perdre de l’argent à quiconque avec une littérature difficile, même si c’était la sienne.Cinquante ans phis tard.En attendant Godot constitue toujours le meilleur vendeur de l’éditeur.Dans le Québpc des années 1970, lorsque les Editions du Jour se trouvèrent au bord du gouffre, l’homme d’affaires Claude Béland s’était plus ou moins improvisé éditeur pour sauver la mise des Caisses Desjardins.Du bord du précipice où elles se trouvaient, les Editions du Jour avaient alors tout simplement plongé dans l’abîme.La maison était alors vite venue grossir les rangs de Sogides, qui venait pourtant d’être menacé par la décision de Power Corporation de créer une sorte de Gallimard québécois à partir de son quotidien de la rue Saint-Jacques.Mais Power aussi avait dû vite déchanter au sujet de l’édition de livres.Se souvient-on, plus loin dans le temps, du frère de Pierre Péla-deau?Henri-Paul Péladeau fit paraître à la va-vite, à partir de 1941, plus de 1000 livres en moins de huit ans sous l’enseigne des Editions Variétés.Il entendait, comme d’autres, profiter d’un marché exceptionnel laissé vacant à cause de l’occupation allemande.Sa formule était simple et ajustée aux goûts populaires de l’époque.Grands tirages, large diffusion, réclame à outrance.Au fond, rien de bien différent de la formule mise en avant par les nouveaux empereurs de l’édition.Péladeau frère s’est tout de même cassé la gueule lorsque la vraie France a récupéré Paris, c’est-à-dire au moment où les vrais éditeurs ont recommencé à travailler des textes tandis que lui ne frisait comme toujours, que faire rouler des imprimeries.Editer des livres n’est pas chose aussi simple qu’il y paraît A moins, bien sûr, de changer complètement les règles du métier et d’appeler des livres des objets qui n'en sont guère.Les grands empires financiers constituent aujourd’hui des ma- Ipiil JACQUES NADEAU LE DEVOIR Pierre Bourgie devient éditeur.chines à imposer leurs propres règles dans l’espace, pour reprendre les paroles lucides d’un ami éditeur.Les empires fabriquent ainsi leurs propres références, leur propre système de reproduction et de gratification social.la télévision, la radio, les journaux et tout ce qu’ils possèdent servent en définitive, à constituer et à développer leur seul univers.«Ils imposent peu à peu un mode de fonctionnement total au monde qui les entoure tout simplement pour lui substituer peu à peu un monde qui leur ressemble tout à fait.» Au fond, ces empereurs de la finance sont les colonisateurs d’un siècle nouveau qui estiment comme ceux des siècles passés, devoir imposer leurs propres règles de civilisation partout pour simplement s’assurer de leur prestige à domicile.Dans cette mécanique de la fabrication du monde auquel se livrent les empires économiques, acheter des maisons d’édition ne coûte presque rien et peut rapporter beaucoup.Cela procure, d’abord, du pouvoir symbolique: un prestige lié au savoir, à la culture et à la mémoire.Et cela rapporte aussi, ensuite, de l’argent.Comment?Grâce au système de distribution, le seul maillon vraiment rentable de la chaîne éditoriale.Le livre, c’est la cerise sur l’Empire.?Avec l'annonce de la fusion de Sogides avec Québécor, on passerait presque sous silence l’achat, cette semaine, d’une petite maison d’édition par Pierre Bourgie, un millionnaire d’un genre très peu commun.Héritier d’une fortune familiale construite, notamment par des entreprises funéraires, Pierre Bourgie a fait l’acquisition des Editions Varia.Même si cette petite maison existe depuis dix ans, peu de gens la connaissent M.Bédard, le fondateur, un gentilhomme en son genre, frisait peu de vagues et seulement quelques livres chaque année.Son catalogue ne compte désormais pas moins d’une centaine de titres.Pierre Bourgie souhaite d’abord se servir de cette petite structure éditoriale pour lancer ses propres idées en édition.Que deviendra cette enseigne sous son impulsion?Il y sera question de culture, au sens le plus large.Le nouvel éditeur annonce déjà son souhait de voir paraître une collection de livres consacrés à la musique.Il est aussi question de lancer des ouvrages en sciences sociales, notamment dans le champ économique.Et la porte demeure ouverte à la nouvelle littérature.Reste à voir quelle ligne sera donnée à ce secteur par le choix décisif d’un nouveau directeur littéraire.Quelle valeur aura cette maison?On verra bien.Les nouveaux titres signés Pierre Bourgie devraient paraître à l’automne prochain.Mais connaissez-vous beaucoup d’hommes d’affaires passionnés à la folie par le travail graphique méticuleux des maîtres imprimeurs de l’entre-deux-guerre ou encore collectionneurs avisés des ouvrages du poète-typographe Roland Giguère?Moi pas.Et il me semble que ce sont tout de même des indices de sérieux qui devraient donner confiance.jfnadeau@ledevoir.com t V R E du numéro 100 En librairie le 14 octobre 2005 Esther Croft par Roland Bourneuf ; BAbla Farhoud par Sylvain Marois ; Jacques Lacan par Michel Peterson ; Pierre Bertrand par Laurent Laplante ; Traduire disent-ils et Linda Gaboriau par Linda Amyot ; « Le livre jamais lu » par Alain Beaulieu ; « Écrivains méconnus du XXe siècle » : Emmanuel Berl par François Ouellet; « Littérature jeunesse » par Laurent Laplante.Site Internet www.nuitblancKe.com Tous les abonnés (version papier) y ont accès gratuitement Abonnez-vous : 4 numéros pour 31,06 $ taxes incluses Nom : Prénom : .Adresse: .Ville: Code postal: .Tjél.:.Courriel: .?Par carte de crédit Visa n" : .Date d’expiration : ?Ci-joint mon paiement par chèque Envoyas votre chèque à l'ordre de Nuit blanche, 1026, rue Saint-)ean, bureau 403, Quebec (Québecl, GIR 1R7 Tél.: (418) 692-13Î4 Télécop.: (4tS) 692-135S Lia-Ja jgrL,.Ber traiitf ¦acan nui I i éi éi ?' M f Jv w‘ * Jf M w JP iJ: w, LE MAGAZINE OU Ll Au sommaire UsconseilSde libraires indépendants PAS SI BETE Philippe Béha, Hurtubise HMH, 24,95$ L’univers graphique unique de Béha, tout en poésie et en humour, nous propose des moments de tendresse irrésistibles.Avec cet album, il signe son plus beau livre, textes et illustrations.Bravo ! Brigitte Moreau librairie Monet (Montréal) UNE BELLE MORT GU Courtemanche, Boréal, 22,50$ Face à notre société vieillissante, Gil Courtemanche pose une question fondamentale : devons-nous s'offrir une belle mort lorsque nous ne sommes plus que l’ombre de nous-mêmes ?Un roman intimiste et percutant ! Johanne Vadebonceur librairie Clément Morin (Trois-Rivières) QUE \AIS-JE DEVENIR JUSQU’À CE QUE JE MEURE ?Robert Lalonde, Boréal, 19,95$ C’est à un huis clos que Lalonde nous convie, tant par l’univers des collèges classiques que par les débats intérieurs qui tourmentent le narrateur.Un récit intimiste et sombre, où la musique est libératrice.Yves Guillet librairie la’ Fureteur (Saint-Lambert) LA MORT DE MIGNONNE ET AUTRES HISTOIRES Marie Hélène Poitras, Triptyque, 19$ Douze nouvelles un brin tordues qui explorent les limites de l’imaginaire et de la réalité avec une cruelle sensibilité.Un beau travail d'équilibriste ' Annie Mercier librairie Pantoute (Québec) MONSIEUR JULOT Marie-Christine Bernard, Stanké.22,95$ L’auteure nous offre un hymne à la vie malgré les affres qui la ponctuent, ici le cancer.Un roman regorgeant de fantaisies langagières, qui vous fera vivre une gamme d emotions et rétablira vos valeurs.À découvrir ! Marie-Belle Girard librairie Les Bouquinistes (Chicoutimi) le libraire Bimestriel gratuit Une réalisation des librairies indépendantes : .MORIN Jfe.:’V ¦ PANTOUTE a fi| li $ êUfea» i «.Ug, ___________ LIBRAIRIE TY.rfrivw JSuRETEUR Avec T’aide de Patrimoine Canada Canada J i LE DEVOIR.LES SAMEDI 15 ET DIMANCHE 1 ti OCTOBRE 2 0 0 5 ITTERATÜRE xV4 Prix Nobel L’influence d’Harold Pinter ARCHIVES LE DEVOIR pfÿ; HERVÉ GLAY attribution du prix Nobel de lit- ' térature à Harold Pinter rient récompenser un écrivain qui a certainement été beaucoup plus applaudi que lu.Un auteur dramatique britannique dont la fortune à la scène est restée constante au cours des ans, ce qui est dqà très rare.Inquiétant théâtre de l’intime Son succès s’explique notamment par le caractère intime de son théâtre.En effet, ses pièces né cessitent rarement des moyens importants, ni un très grand nombre de comédiens.Même une compa-gme peu fortunée peut donc aisé ment s’y risquer.Autre avantage, les dialogues que l’auteur du Retour cisèle, à cause de leur proximité avec le quotidien, font d'abord illusion.En somme, ils masquent plus qu’ils ne révèlent le mystère et l'ambiguïté d’univers décidément fort inquiétants.L’écriture de Pinter s’est parfois déployée avec succès à l’extérieur de la scène.Certains des scénarios qu’il a imaginés ont même donné lieu à des films inoubliables.Pensons à The Servant de Joseph Lo-sey.Il a aussi écrit de la poésie et un roman.Toutefois, sa parole se trouve à son apogée au théâtre.D faut dire que Pinter a reçu une formation d’acteur, carrière qu'il poursuit toujours.Il a également signé de nombreuses mises en scène.Aussi n’est-il pas étonnant qu’à la scène, son œuvre prenne ses véritables dimensions.Le jeu des ombres et de la lumière mais aussi la présence des acteurs concourent à mettre davantage en relief l’incidence des forces invisibles qui menacent à tout instant, dans son théâtre, de faire basculer ses personnages dans la cruauté.Derrière les mots Les mots que chacun emploie sont d’ailleurs une véritable obsession pour Pinter.Dans une confé rence qu’il a donnée à Bristol en 1962, il s’est justement expliqué sur son rapport aux mots.«Les côtoyer, Harold Pinter les choisir, les voir apparaître sur la page, avoue-t-il, tout cela me procure énormément de plaisir.Et pourtant, j’éprouve un autre sentiment très fort face à eux, qui s’apparente à rien de moins que de la nausée.» «Il est très facile de succomber à cette nausée, ajoute-il, et de s’en trouver paralysé — j'imagine que la plupart des auteurs sont familiers avec cette paralysie.Mais s’il est possible de faire face à la nausée, de la suivre jusqu ’à son paroxysme, de la pénétrer et de la dépasser, alors il devient possible de dire qu’il s’est vraiment passé quelque chose, qu’on a accompli quelque chose.» «Bien souvent, en dessous des mots prononcés, se cache ce qui est su mais non dit.Mes personnages se révèlent à moi dans une certaine mesure seulement — en ce qui a trait à leur expérience, leurs aspirations, leurs motivations ou leur histoire, Entre le peu de détails biographiques que je possède à leur sujet et l’ambiguïté de leurs propos existe un territoire qui non seulement mérite d’être exploré, mais qu’il est obligatoire d’explorer.» L’influence de Pinter au Québec Au Québec, Pinter a beaucoup été monté, tant par les grandes compagnies que par les plus petites.En 1969, le comédien Jean Duceppe a incarné le clochard, au centre de sa pièce Le Gardien.A la même époque, le Rideau vert et le TNM ne se sont pas privés non plus d’aborder à quelques reprises cet auteur singulier.Par la suite, ce sont plutôt des troupes et des metteurs en scène moins connus qui se sont intéressés à lui et ont continué à le faire connaître.Ainsi, pas plus tard qu’en mai dernier, le Quat’Sous présentait Comme en Alaska.Deux de ses pièces ont aussi été très sobrement mises en scène au printemps 2003 par Frédéric Blanchette, à qui cette écriture plaît beaucoup.Les amateurs de théâtre se rappelleront certainement deux autres Pinter marquants.Le Groupe de la Veillée a proposé Le Retour en 1992, qui mettait en vedette Gilles Pelletier.Puis, en 2000, Betrayal a été joué au Saidye Bronfman, avec l’accent canadien, sous la houlette du metteur en scène to-rontois Daniel Brooks.On avait joue ces mêmes Trahisons.dans la Vieille Capitale, en 2002, et la même troupe joue à present Hollywood de David Mamet.Ce n’est pas l’effet du hasard.Mamet s’avère un des nombreux auteurs chez qui l'influence de Pinter est visible.D’autres la repérant aussi chez Martin Crimp, auteur britannique percutant, dont on reprend, en noveqibra.Le Traitement à l’Espace Go.A ce petit jeu cependant la liste risque d’être longue.Car Pinter, dont plusieurs affirment qu’il doit aussi beaucoup à Beckett, à cause de sa carrière prolifique et planétaire, a exercé ime influence durable, tant dans sa propre tradition que dans des pays très éloignés de Londres, sa ville natale.L’influence de Pinter se fait encore sentir au Quebec aujourd'hui, notamment auprès de la génération montante des François Létoumeau (Cheech), Frédéric Blanchette (Pourfaire une histoire courte) et Anne-Catherine Toupin (L’Envie).Ceux-ci se réclament volontiers de son héritage.Ils partagent avec lui son goût pour les pièces closes dans lesquelles les relations amoureuses ne sont jamais simples et où la complexité de la psyché humaine et les ellipses dramatiques font partie du voyage.L’importance du sous-texte Quelques traductrices québécoises se sont aussi frottées aux pièces de Pinter.Maryse Warda (Comme en Alaska) est du nombre.Elle est d'avis que ce dernier n'est pas plus difficile à traduire que n’importe quel autre auteur britan-nique.Le plus grand obstacle vient, selon elle, de ce que nous ne partageons pas la même réalité culturelle.A ses yeux, Pinter écrit dans une langue très simple, utilise peu de mots, des phrases courtes, et on y trouve peu de grandes envolées verbales.Elle croit, par conséquent, que la désorientation que produit son théâtre vient plutôt de la situation dramatique, de son ambiguité, que de la langue elle-même.Le plus souvent, indique Warda, ce pourrait être une conversation ano- j dine ri ce n’était de La situation qui, ; elle, ne l'est pas.«Le mm-dit chez Pinter, explique-t-elle, on s'en sert pour amprendrc le sens d'une réplique, mais un traducteur ne doit pas trop le stiuligner ou insister là-dessus parce qu’il doit rester fidèle à l’auteur, qui, lui, a choisi de garder cette chose non dite.» ! L'expression «sous-texte» ! semble avoir été inventée pour Pinter.D est justement de ceux qui aiment bien laisser parler les si lences et autoriser ceux qui montent ras pièces à faire émerger, au fil de la représentation, le passe, la j trahison, la lâcheté, la violence qui j se cachent sous ce qui est dit.Aus- ! ri une morale de l’ambiguïté se dégage-t-elle de son œuvre.Dans la trentaine de pièces qu’il a publiées, pas un être qui ne soit vraiment net ou dont la vie soit entièrement exempte de mensonges ou de compromissions.De son côté, l’écrivain ne semble plus tellement porté au compromis.L'iui passé, il affinirait vouloir renoncer à l'écriture théâtrale pour se consacrer surtout à la poésie et à la politique.Dans cet esprit, l’auteur dramatique était allé au front en 2003, dénonçant publiquement le choix du premier ministre britannique, Tony Blair d'aller guerroyer en Irak aux côtés du président Bush.Plusieurs années auparavant, Pinter s’était aussi porté à la défense de Salman Rushdie, contre qui une fatwa avait été lancée.Généralement peu tournée vers les questions sociales, son œuvre s'est davantage politisée ces dernières années.11 a notamment fait paraître War.en 2003, un recueil de poèmes contre la guerre en Irak menée par la coalition américano-britannique.Mais c’est s;uis doute moins cette partie de son œuvre qui restera gravée dans les mémoires que celle de l’auteur dramatique, habitué à traquer, dans les replis de la mémoire et du désir, les intentions les moins avouables et les gestes les plus brutaux.Collaborateur du Devoir F Bibliothèques vertes FRÉDÉRIQUE D O Y O N C* est au tour des bibliothèques de s'afficher «responsables et engagées», leitmotiv de la septième edition de la Semaine des bibliothèques publiques, qui s'ouvre de-in.ün et court jusqu’au 22 octobre.Une vague environnementale deferlera ainsi sur les quelque 1000 maisons des livres que compte le Québec.Une foule d'activités en lien avec ce thème sont prévues à travers la province, d’une conference sur le recyclage du papier à Rouyn-Noranda à la realisation d'une œuvre d'art avec ties objets du papier recyclé à Rivière-du-Loup, en passimt par le spectacle de marionnettes qui traite de la protection de l’envi-roqnement à Trois-Rivières.A Montréal, la Bibliothèque nationale du Québec (BNQ) organise une conférence sur les changements climatiques le 19 octobre, tandis qu’au Prévost, c'est le logement vert qui fera l’objet d’une causerie.llurieurs établissements pro poseront un étalagé d’ouvrages traitant d'environnement.Le thème s'inscrit en continuité avec celui de l’an dernier, axé sur les lieux citoyens, selon Suzanne l’ayet-te, présidente de l'Association des bibliothèques publiques du Québec.«On se soucie aussi de l'environnement dans lequel vit la communauté citoyenne.» les organisateurs ont d'ailleurs fait produire 100 (XX) sacs recyclables, pour remplacer les deux millions de sacs jetables distribues amiueUenxmt Une partie sera distribuée gratuitement, les autres seront vendus à 2 $.Mais tout cela n'est que prétexte à mettre en valeur le rôle crucial des bibliothèques, rappelle Micheline Lanctôt, porte-parole de l’événement pour la deuxième année.«Dans les bibliothèques, il y a les livres, dans les livres, il y a le savoir et dans le savoir, il y a la liberté.» Effet d'entraînement créé [xir l’ouverture de la BNQ ou émulation dans le contexte do Montréal, capitale mondiale du livre, «les bibliothèques de quartier connaissent une légère hausse de fréquentation», note Ma-rie-Josée Benoît de la BNQ.Le Devoir COLLECTION PAPIERS COLLÉS Une grande collection littéraire o < u û£ < Detivs Arcand HORS CHAMP Ecrits divers 1%1-20ÜÔ IVtival kPr un On oC • LO Ui O < û.sO On Serge Boiielum! LES CORNEILLES NI SONT PAS EES EPOI SES DESCORBEAl \ Par-delà la variété des thèmes traités dans ces textes, il faut admirer la continuité de pensée, la sensibilité et le style d’un des plus grands cinéastes de sa génération.Les épinettes noires ne sont pas des arbres de misère.Le monde dans lequel nous vivons n’est pas nécessairement le paradis.Tout, en dehors de Montréal, n’est pas forcément le désert.a oc < U oc UN ON ON U) UJ 03 « Q~ oo Véritables exercices d'improvisation, propices aux divagations et aux humeurs, les textes de François Ricard réunis ici sont pour lui une belle occasion de s’attaquer avec férocité et causticité à la splendide bêtise de l’époque actuelle.ChrClian Riotix CARNET-' I) VMÉRIQl E Bitiral UN O (N ratrice du Devoir LE CERCLE DE MEGIDDO Nathalie Rheims Editions Ijéo Scheer 2(X)5,308 pages ACTIVITÉS CULTURELLES mercredi 19 octobre 19h00 Table ronde : DE QUI, DE QUOI ÊTES-VOUS LE CONTEMPORAIN ?invités : Pierre Bertrand (professeur de philosophie) Dominique Scarfone (psychiatre, psychanalyste) Éric Méchoulan (professeur de littérature) Éric Bédard (professeur d’histoire) NOUVEAUTE VARIA M La Production privée de ia sécurité Jasmin Guénette À propos de l’argumentation libertarienne et anarcho-capitaliste Pour les iibertariens et les anarcho-capitalistes le respect de ia liberté individuelle devrait toujours être la valeur principale servant de base aux actions humaines en société.Ce petit livre permettra au lecteur curieux de comprendre les tenants et aboutissants d’un point de vue souvent évoqué à l'heure des PPP (partenariats publics-privés) mais rarement expliqué.Qu'on veuille lutter contre cette orientation ou au contraire la soutenir, U est indéniablement utile d'en connaître la teneur.m 2-8HIMI74 • 13é pack • 17,*5 $ XA LIRE, PENSER, AGIR, RÊVER LES ÉDITIONS , VARIA WWW O M Sélection Communication jeunesse 2005 Francine Legaré Louis Hébert Premier colon en Nouvelle-France récit biographique 160 p.• 16 $ HEBERT Sylviane Soulaine Johan Beetz Le petit grand Européen récit biographique 168 p.• 16 $ André Vanasse Gabrielle Roy Écrire, une vocation ROY '=ë t récit biographique ; wwrm Xri éditeur • 1781, rue Saint-Hubert, Montréal (Québec) H2L 3Z1 M 1 A Téléphone : (sia) 525.21.70 • Télécopieur ; (514) 525.75.37 éditeur Courriel : infoOxyzedüqc ca • www.xyzedit.qc.ca Grand week-end Jacques Ferron samedi 22 octobre de 14H00 à 15hOO conférence Jacques Ferron, mon maître en histoire animateur : Luc Gauvreau, responsable de Tannée-hommage à Jacques Ferron.dimanche 23 octobre de 15h00 à 16h30 André Lemelin raconte La Chaise du maréchal ferrant de Jacques Ferron Réservez votre place ! M Librairie .0C)eA (514) 337-4083 2752, de Salaberry Galeries Normandie Montréal, Qc H3M 1 L3 www.LibrairieMonet.com Humanitaô AUTOMNE 2005 PAROLES D'HOMME LIBRE Saint-John Kauss Tout dans cette poésie, les émotions comme let idées et les rêves, tout naît et se nourrit du souffle miraculeux des syllabes, tout se mue en éléments de langage.Poèmes, 136 pages, 19,95 $ CONTES DE BRAISE ET DE FRIMAS Sylvain Rivière Une bien belle occasion d'adhérer à une façon de rêver le réel, de l’enchanter, de le magnifier, tant le conteur se montre fervent à travers un délire linguistique qui lui est désormais propre.Récits, 111 pages, 19,95 $ insoumis! INSOUMIS! Ci t Gervais Pomerleau C’est avec la rébellion des Patriotes de 1837-38 en trame de fond que se dessine avec ce dernier tome de la trilogie Le Royaume (Malchut, 2002; Meneur de Loups, 2003).Roman, 229 pages, 22,95 $ 'Mnüf SrtiiU.JoliM K nu.4r.4'Wo PROPOS SUR LE SUICIDE Edmond Robillard La problématique du suicide - particulièrement grave au Québec - est abordée dans ce volume dans une perspective philosophique et religieuse.tssai, 160 pages, 20,00 $ PifeiiGihf+iBtieSd La Defo'iru LA DÉFORME SCOLAIRE Réal-Gabriel Bujold Ce livre raconte (es aventures d'un enseignant au primaire II se veut à la fois un témoignage troublant de ses trente-sik années dans un monde de femmes et une critique acerbe du système scolaire tel qu’on le connaît aujourd'hui.C oller lu,n Circonsunces, ! 99 pages.21,95 J 990 Picard, longueuil (Broward), Québec, Canada |4W 1S5 Téléphone/Télécopieur: (450) 466-9737 • humanitaso ryberglobe.net 4 ) t LE DEVOIR.LES SAMEDI 15 ET DIMANCHE 16 OCTOBRE 2 0 0 5 F 6 -•'Essais»- ESSAIS QUÉBÉCOIS Pour une littérature québécoise autonome Louis Cornellier Conçu comme un petit guide visant à soulever les «questions préalables à l’écriture» de fiction et «les enjeux de l’écriture en ce pays» au bénéfice de l’écrivain en herbe, Écrire de la fiction au Québec, du romancier et ex-professeur Noël Audet, se veut aussi un plaidoyer en faveur d’une littérature québécoise autonome, libérée de la gangue parisienne ou de la tentation joualisanté.Réédité en format de poche dans une version revue et augmentée de deux chapitres inédits, cet essai, d’abord publié en 1990, contient donc des considérations sur l’élaboration d'un sujet sur l’inspiration, sur la phase d’incubation de l’œuvre, sur le travail d’écriture en fragments, sur le mythe du premier jet et sur les genres littéraires, toutes destinées à guider le néophyte dans l’aventure de la création littéraire.Ni livre de recettes toutes faites ni ouvrage théorique lourd adressé aux spécialistes, il a le mérite de rappeler que, si on ne s’improvise pas écrivain sur la base du seul talent, et qu’il importe donc de ne pas y aller à l’aveuglette, «l’art d’écrire est aussi quelque chose de modeste comme un artisanat».Nul besoin, cela dit, d’entretenir des prétentions littéraires pour trouver son intérêt à la lecture A'Ecrire de la fiction au Québec.D suffit, en effet, pour cela, de s'intéresser au sort de notre littérature.Doit-elle, demande Audet, s’aligner sur les normes linguistiques et culturelles parisiennes pour imposer sa valeur?Doit-elle, à l’inverse, s’y soustraire radicalement pour exprimer son américanité?Au sujet de la langue de l’écriture, Audet prend le parti de la souveraineté dans la continuité.«Notre langue, écrit-il, c’est bien le français, Unite la langue française (selon les diverses pratiques nationales, d’abord celles de la France, bien sûr) que nous devons nous approprier et considérer nôtre.À quoi l’on ajoute le qualificatif SOURCE TÉI.É-QUÉBEC Andrée Ferretti conçoit l’écriture comme une entreprise de combat.“québécois”— et le qualificatif est d’importance!» Pour lui, donc, l’avenir de notre littérature passe par un parti pris linguistique et littéraire qui raccorde ces deux segments de la gamme linguistique, c’est-àdire «la langue française dans toute son extension et les usages de la langue québécoise, y inclus le niveau familier».Ni la langue de Paris, qui n’est pas la nôtre même si nous partageons avec elle des aspects communs, ni le franglais, qui ne serait qu’un autre signe de notre servitude.Au sujet du code socioculturel ou du contexte socio-logique à privilégier dans la représentation littéraire, Audet adopte une position à l’avenant «Penser le monde en français, suggère-t-il, le vivre à la manière des Amériques, sur le mode du réflexe: tout est là, c’est notre risque et notre force» et la seule façon, surtout de rendre sa valeur à notre littérature et de rejoindre le public.Jacques Perron, à cet égard, lui sert de modèle, alors que d’autres (Anne Hébert, Hubert Aquin, Marie-Claire Blais) lui apparaissent trop soumis à une norme fondamentalement française., À la fois guide d’écriture et essai sociolittéraire, Écrire de la fiction au Québec se veut aussi un éloge de l’écriture de fiction, particulièrement dans sa forme romanesque, conçue comme un puissant révélateur de la condition humaine.Dans un des deux nouveaux chapitres de cette édition, Audet mène d’ailleurs une charge à fond de train contre les modes de l’autofiction et de la télé-réalité et martèle à leurs victimes que «ce n’est pas en simulant la réalité qu’on représente le mieux la réalité».Modeste à certains égards, audacieux et imaginatif à d’autres, cet essai constitue une belle invitation, autant pour les créateurs que pour les lecteurs, à se mettre à l’école d'une littérature québécoise enfin autonome./ Ecrire rebelle «Mon écriture, affirme Andrée Ferretti, est avant tout, comme mon action politique, l'expression de mon puissant désir de révolution, l’expression d’une vie sur- abondante qui tient tout autant de mon énergie que de la pensée et de l’art.Cest un débordement.» Et ce débordement, on le sait et on s’en réjouit, a les couleurs du Québec autonome, du Québec indépendant qui incarne pne version de la liberté universelle.Ecrivaine de l’intensité rebelle, Andrée Ferretti, dans Écrire pour qu ’arrive le Grand Soir, parie des sources de son écriture, qu’elle conçoit comme une entreprise de combat «Pour moi, écrit-elle, une grande œuvre littéraire est une œuvre engagée dans des combats, même les plus singuliers, menés pour la liberté de tous contre l’injustice et les pouvoirs abusifs et leurs cohortes de malheurs.» Loin de la rendre aigrie ou désespérée, son athéisme et sa révolte, explique-t-elle dans tes plus beaux passages de cet essai, ne l’empêchent ni de croire au miracle — mais ce sera alors celui d’un monde meilleur — ni d’embrasser la beauté du monde.Ainsi, à la manière de son maitre Spinoza, et contre les déprimés atteints de fatigue culturelle, elle rappelle avec grâce que la joie est la condition de la lutte: «Car voilà bien le paradoxe.Cest parce que je l’éprouve comme une joie profonde et constante que le monde me tient à cœur.Peut-être au fond est-ce bgique.Peut-être faut-il être heureux pour s’indigner des malheurs du monde, pour vouloir sans cesse partir en guerre contre l’injustice, l’exploitation, la domination, contre tout ce qui est source des souffrances évitables des humains.» Admiratrice des plus grands, Andrée Ferretti avoue avoir peine à se considérer comme une écrivaine.Ceux qui l’ont lue savent que, à cet égard, elle a tort Collaborateur du Devoir louiscornellier@parroinfo.net ÉCRIRE DE LA FICTION AU QUÉBEC Noël Audet XYZ Montréal, 2005,160 pages ÉCRIRE POUR QU’ARRIVE LE GRAND SOIR Andrée Ferretti Trois-Rstoles Paroisse Notre-Dame-des-Neiges, 2005,120 pages BIOGRAPHIE Fessenden au bout du fil FRANCIS BOUCHER 3 décembre 1900: une voix humaine est transmise par ondes radio pour la première fuis de l’histoire de l’humanité.A qui appartient cette voix?Il est probable que vous n’avez jamais entendu parler de Reginald Aubrey Fessenden.N’empêche, cet infatigable inventeur originaire des Cantons-de-TEst est bel et bien à l’origine de cette première communication sans fil, un an avant celle, de loin plus célèbre, de Gu-glielmo Marconi.Fessenden recevra au cours de sa vie plus de 500 brevets, principalement dans le domaine de la transmission du son et de la lumière.Sa vie durant, il se battra pour garder la paternité de ses inventions, dont il ne jouira malheureusement pas de l’entier usufruit.Françoise Hamel-Beaudoin nous présente la vie et l'œuvre de ce génie méconnu dans Reginald Aubrey Fessenden: le père de la téléphonie sans fil.Né en 1866 à Bolton, l’inventeur grandit dans une famille où le savoir est valorisé.Le petit Fessenden est très précoce.Il apprend à lire avant cinq ans.Premier de classe, il s’intéresse aux premiers balbutiements de la téléphonie et lit avidement tout ce qui s’écrit sur les travaux d'Alexander Graham Bell, dont il entend parler par l’entremise de son oncle Cortez, qui a assisté aux premiers essais sur le téléphone en 1876.L’auteure raconte que Fessenden est déjà intrigué par l’idée de transmettre la voix humaine sans fil, «un encombrement» à ses yeux précurseurs.Ses études terminées, il quitte le Canada pour s’installer aux Bermudes, où il accepte un poste de directeur d’école.Cette réussite est cependant loin de satisfaire ses ambitions.Son rêve?Travailler avec l’inventeur de l’ampoule électrique Thomas Edison, rien de moins.Rapidement, il devient maître chimiste au laboratoire d’Edison.La biographe nous à la Galerie de l’UQAM plus de 25 il Dans le cadre du vernissage de l’exposition TROP Jean-Luc Nancy avec François Martin et Rudolphe Burger Spirale /**••»*' «.4 ym .d*»* /a ^ihh*> m A / *» g* mt+i-rt.gj*.Le 20 octobre à 17 h 30 ^ mdtcei »ur b» corps JEAN-LUC NANCY, À BORDS PERDUS (dossier sous la direction de Georges Leroux et Ginette Michaud) Le magazine Spirale vous invite au lancement de son numéro de septembre-octobre et de l’essai de Jean-Luc Nancy, 58 indices sur le corps et Extension de l'âme, suivi de Appendice de Ginette Michaud (Éditions Nota bene Pavillon Judith-Jasmin, salle J-R120, 1400, rue Berri (angle Sainte-Catherine Est) Tél.! (514) 987-8421 • www.galerie.uqam.ca entraîne alors dans le New York du début du siècle, en pleine période d’électrification de ses quartiers.On y croise, entre autres personnages, J.-P.Morgan, pour qui Fessenden développe «un système de conduits intérieurs qui éliminera les problèmes d’électricité de la demeure Morgan».L’inventeur, jamais à court d’idées, fabrique également une génératrice pour les expériences cinématographiques d’Edison.La faillite de la Société Edison en 1893 obligera Fessenden à poursuivre sa carrière comme professeur dans quelques universités américaines, jusqu’à son emploi par le service météorologique des Etats-Unis à Cobb Island, dans le Maryland.C’est à partir de ce lieu inhospitalier sans eau courante, approvisionné en denrées alimentaires par canot, qu’il réalise la première transmission radiophonique de l’histoire.Très mauvais publiciste, Fessenden n’ébruite pas l’exploit.Surplus d’humilité ou simple omission?SOURCE TRIPTYQUE Reginald Aubrey Fessenden Françoise Hamel-Beaudoin ne tranche pas.Une chose est sûre: l’histoire a retenu Marconi comme l’inventeur de la radio.Pourtant, sans l’apport considérable de Fessenden, l’Italien n’aurait jamais pu effectuer sa fameuse transmission transatlantique presque un an jour pour jour après celle, moins ambitieuse il est vrai, du Québécois.Communication transatlantique En 1906, Fessenden réalise sa prentière communication transatlantique — on l’entend jusqu’en Ecosse! — pour le compte de la National Electric Signaling Company.Celle-là même qui, après une longue bataille juridique aussi acharnée qu’ignoble, met la patte sur les 300 inventions effectuées pour elle par Fessenden.La firme RCA les acquerra plus tard pour la somme de trois millions de dollars.Françoise Hamel-Beaudoin écrit «Ignorant le fonctionnement du droit d'auteur, incapable de toucher les fruits de son labeur et totalement impuissant face aux compagnies qui l’exploitaient, il passa une bonne partie de sa vie dans une relative pauvreté.» De son côté, le gouverne- ment canadien a pour le moing tardé à reconnaître son génie.A Ottawa, on préfère accorder un monopole à la Marconi Wireless Telegraph of Canada, qui développe une technologie pourtant inapte à transmettre la voix humaine.Fessenden mourra en 1932 dans un relatif anonymat Dans un style simple, précis et sans fioritures, la biographe nous plonge dans une époque à la veille de connaître d’importants bouleversements techno-scientifiques, auxquels Fessenden aura largement participé.Souhaitons que cet ouvrage saura réhabiliter ce négligé de l’histoire officielle.Collaborateur du Devoir REGINALD AUBREY FESSENDEN: LE PÈRE DE LA TÉLÉPHONIE SANS FIL Françoise Hamel-Beaudoin Triptyque Montréal, 2005,156 pages L’autre monde en marche Jean-Claude Guillebaud mène dans La Force de conviction une réflexion audacieuse sur le problème des monothéismes confrontés à la modernité.ROBERT COMEAU Les travaux de l’écrivain et journaliste Jean-Claude Guillebaud ont été largement reconnus: prix J.-J.Rousseau pour La Trahison des Lumières en 1995, prix Renau-dot en 1998 pour La Tyrannie du plaisir et, enfin, grand prix européen de l’essai en 2002 pour Le Principe d’humanité.En ce nouveau millénaire, une folie paraît s’attacher à toutes les croyances.La question du «croire» déborde le cadre religieux.L’auteur s’en prend à cette fixation sur le religieux comme matrice principale de l'intolérance en montrant qu'il existe des formes d'intoteran-ce dans des domaines qui n’ont rien à voir avec la religion.Le fanatisme, cette pathologie de la croyance, peut se retrouver dans des comportements humains multiples: activités politiques, scientifiques ou autres.Guillebaud veut repérer cette pathologie de la croyance partout où elle se manifeste pour rendre praticable cette force de conviction qui nous manque trop souvent.Il passe d’abord en revue «ce siècle de décroyance» où, à cause des tragédies meurtrières, nous avons appris à nous méfier des utopies et des idéologies rassem-bleuses.Combien, nombreux, affichent aujourd'hui le rejet mélancolique ou désespéré de leurs convictions passées?Face aux désillusions innombrables du XX' siècle et au rejet de ce qu'il appelle la «culture héroïque» qui valorisait l'esprit de conquête, nos sociétés se veulent aujourd'hui plus pacifiques et tiennent phis à protéger la planète qu'à transformer te monde.Pariant des Etatsuations d'Europe, U constate que plusieurs prennent en horreur leur histoire et uni lent fuir leur passe national.On assiste à l'ère du «néo-narcissisme», où le vivre au présent est à l’ordre du jour.Réfractaire à l’idée de normes, de traditions, la société se veut tolérante et en appelle au principe d'authenticité.Toutes les institutions comme l’école, la famflle.les partis politiques sont en crise alors que «l'homme sans gravité applaudit le crépuscule du devoir».On congédie la croyance pour s'en remettre aux experts et à l'empire du droit.Entre intolerance et desenchantement, comment retrouver la force de conviction?Guillebaud explique dans la deuxième partie de l'ouvrage, inti- tulée «Le retour des idoles», comment la superstition ou la crédulité a remplacé les croyances.«Ces nouieÛes religions prolifèrent maintenant sur les terrains de la science, de l'économie, de la technique, de la politique, des médias, mais comme en catimini, sous le déguisement de la raison.» Des indices: on assiste à l'augmentation fulgurante des ventes d'ouvrages d’ésotérisme et d'occultisme et des «arts divinatoires».Le phénomène des consultations auprès de «voyants» atteint des records.Le fondamentalisme n'est pas te seul fait des prêtres ou des imams.Il peut aussi saisir le savant ou l’économiste lorsque la mondialisation est perçue comme transcendance.Bref, la postmodernité n’est pas aussi sceptique qu’on l’a cru.Entre le fanatisme revenu et la désespérance, Guillebaud tente de répondre à une question centrale: «A quoi pouvons-nous croire aujourd’hui?» En politique, ou en économie, dans la science comme dans la religion, il faut réapprendre à distin-guer la croyance aveugle de la conviction raisonnable.Car on ne vit pas sans croyance et «il faut croire pourfitire la société».Que faire de la Révélation et des textes sacrés?Guillebaud mène ici une réflexion audacieuse sur le problème des monothéismes confrontés à la modernité.Ces trois religions du Livre seraient entrées dans une «nouvelle étape de l'interprétation».GuiDebaud fournit des références nombreuses pour nous permettre d’approfondir ses réflexions.Croire, c'est faire confiance et implique un rapport à l'autre; une reflexion sur la
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