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Le devoir
Quotidien montréalais indépendant et influent, qui informe rigoureusement et prend part aux grands débats de la société québécoise [...]

Fondé à Montréal par l'homme politique québécois Henri Bourassa, le quotidien Le Devoir paraît pour la première fois le 10 janvier 1910. Bourassa rassemble autour de lui une équipe de rédaction fort compétente. En font partie Olivar Asselin, Omer Héroux, Georges Pelletier, Louis Dupire et Jules Fournier.

Dès ses débuts, Le Devoir se veut patriotique et indépendant. Résolument catholique, il est partisan de la doctrine sociale de l'Église et appuie un encadrement catholique des mouvements associatif, syndical et coopératif. De tout temps, il défendra la place de la langue française et sera des débats sur la position constitutionnelle du Québec.

Au cours des années 1920, le catholicisme du directeur se dogmatise, ce qui rend plusieurs journalistes inconfortables, mais l'orateur demeure une figure très en vue qui permet au journal d'amasser des fonds. Grâce à lui, Le Devoir pourra toujours s'appuyer sur des donateurs privés, dont certains siègent à son CA. Des journalistes tels Fadette, Jeanne Métivier et Paul Sauriol y font leur marque à la fin de la décennie.

Proche des cercles intellectuels influents, Le Devoir a une vocation nationale. Une grande part de son tirage est tout de même acheminée dans les milieux ruraux. Le journal offrira d'ailleurs un vif appui à l'organisation de l'agriculture québécoise. Il ne pénétrera que tardivement, mais sûrement, le lectorat de la zone métropolitaine.

Au départ de Bourassa en 1932, Georges Pelletier prend la direction du journal. Un regard d'aujourd'hui sur l'époque des décennies 1930 et 1940 révèle une phase plutôt sombre, empreinte d'antisémitisme, le Juif représentant à la fois la cupidité du capitalisme et le péril athéiste lié au communisme.

Durant la Seconde Guerre mondiale, Le Devoir lutte contre la conscription et rapporte les injustices faites aux Canadiens français dans les corps militaires. Sur le plan politique, bien qu'indépendant, le quotidien appuie la fondation du Bloc populaire, parti nationaliste, et se rapproche parfois de l'Union nationale.

Gérard Filion prend la direction du journal en avril 1947. Il en modernise la formule et attire de solides jeunes collaborateurs, dont André Laurendeau, Gérard Pelletier et Pierre Laporte. Le journal prend alors définitivement ses distances de l'Union nationale, critiquant l'absence de politiques sociales, l'anti-syndicalisme et la corruption du gouvernement québécois, et dénonçant la spoliation des ressources naturelles.

À partir de 1964, le journal est dirigé par Claude Ryan, qui en base l'influence sur la recherche de consensus politique, entre autres sur les sujets constitutionnels. Sous sa gouverne, Le Devoir sera fédéraliste pendant la plus grande partie des années 1970.

Bien qu'il soit indépendant des milieux de la finance, Le Devoir est le quotidien montréalais qui accorde la plus grande place dans ses pages à l'économie, surtout à partir des années 1980. En 1990, l'arrivée de Lise Bissonnette à la direction redynamise la ligne éditoriale et le prestige du journal. Le Devoir appuie résolument la cause souverainiste.

Au XXIe siècle, sous la gouverne de Bernard Descôteaux, puis de Brian Myles, Le Devoir continue à informer les Québécois, à donner l'ordre du jour médiatique, à appuyer l'émergence des idées et à alimenter le débat social. C'est pourquoi il faut regarder ailleurs que dans ses données de tirage, relativement plus basses que celles des autres quotidiens montréalais, pour mesurer la force de son influence.

Sources :

BEAULIEU, André et Jean HAMELIN, La presse québécoise des origines à nos jours, Sainte-Foy, Presses de l'Université Laval, 1979, vol. 4, p. 328-333.

BONVILLE DE, Jean, Les quotidiens montréalais de 1945-1985 : morphologie et contenu, Québec, Institut québécois de recherche sur la culture, 1995.

LAHAISE, Robert (dir.), Le Devoir : reflet du Québec au 20e siècle, Lasalle, Hurtubise HMH, 1994.


Éditeur :
  • Montréal :Le devoir,1910-
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Cahier F
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  • Journaux
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quotidien
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Le devoir, 2009-12-19, Collections de BAnQ.

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LE DEVOIR.LES SAMEDI IM ET D 1 M A N ( Il E 2 (I D E T E M H K E 2 O O !» mm LITTÉRATURE Lectures 2009 Page F 3 ipi ESSAI L’enfer des travailleurs forestiers Page F 6 YT\ Le cinéaste populaire auquel le prestigieux MoMA de New York consacre une exposition revient sur sa vie et sa carrière dans un livre-confidences.Une superbe préparation à son adaptation filmée d’Alice au pays des merveilles.STÉPHANE BA1LLARGEON Alice s’approche du terrier et y tombe.Elle s’écrase au fond du gouffre, découvre une fiole et en boit le contenu.Alice bascule dans un autre état, de l’autre côté, aux antipodes.«Il existe un endroit unique au monde, un endroit rempli de mystères et de dangers», explique la voix hors champ, avec un accent britannique élégamment maîtrisé par l’Américain Johnny Depp, qui incarne lui-mème le Mad Hatter, le chapelier fou que la terrible Reine de cœur a condamné à mort pour «tuer le temps».Le reste de la bande-annonce de l’adaptation du ___ classique Alice au pays des merveilles SH ~ paj- ie génial Tim Burton donne le goût de faire la file devant un cinéma.C’est justement fait pour ça.Elle a déjà été visionnée quatre millions de fois sur le site YouTube et le compte devrait culbuter encore plusieurs fois jusqu’au lancement d’un des films les plus attendus de 2010, le 5 mars.L’année qui achève a célébré le génie de Tim Burton d’une tout autre manière, avec une exposition synthèse présentée au Museum of Modem Arts.Le travail toujours dans les salles new-yorkaises rassemble 500 dessins, toiles, esquisses, photos et extraits de films du créateur de Batman, Edward Scissorhands et The Nightmare Before Christmas, évidemment.Il y a là en concentré tout ce qui fait la puissance et l’originalité de ce créateur.D’un côté, le cinéaste adulé par les masses du monde entier, dont iê , MICAKL LOCCISANO AFP chaque opus cinématographique draine les foules devant les grands et petits écrans.D’un autre côté, le créateur étudié par les savants muséologues, le divin dingo dont les travaux côtoient les chefs-d’œuvre de l’art moderne et contemporain dans un des plus sérieux musées du monde.Le high et le low art concentrés, amalgamés, fusionnés.Quoi de mieux pour une épique époque impure?À l’ombre d’Hollywood Tim Burton est le crésus du 7e art, une sorte de James Cameron, en mieux, avec ce supplément d’art qui transforme un produit culturel en œuvre tout en activant les tourniquets et les rendements en tous genres sonnants et trébuchants, produits dérivés compris.Surtout, ce Californien né à l’ombre des grands studios (au sens propre et figuré) donne l’impression d’avoir réussi le très difficile pari de rester fidèle à ses sentiments les plus intimes, sans aucune concession.Un de ses premiers grands succès, Edward aux mains d’argent, est d’ailleurs né d’un dessin de jeunesse exprimant la douleur de ne pouvoir communiquer adéquatement avec son entourage.La fructueuse collaboration avec Johnny Depp, devenu l’acteur fétiche de M.Burton, date de cette production.En fait, d’une rencontre dans un bar d’hôtel la paire insécable depuis a passé des heures à confronter des vi- «J’ai toujours aimé les monstres et les films de monstres, dit-il.Il ne m’on jamais fait peur.» VOIR PAGE F 2: BURTON DESSINS DF TIM BURTON L E I) E V O I R , LES SAMEDI 19 ET DIM A X ( H E 20 DÉCEMBRE 2 0 0 9 F 2 LIVRES Une scène de Frankenweenie, de Tim Burton BURTON SUITE DE LA DAGE Fl les films de série, la musique, les monstres et les raisins en plastique, joue un rôle non marginal.Johnny Depp signe non pas une, mais deux préfaces du livre de son ami et accoucheur cinématographique produit avec la collaboration du journaliste britannique Mark Salisbury.Des textes bien tournés, un pour chacune des éditions, la vieille et la nouvelle, revue et augmentée.La star mondiale a l'humilité et l'honneur de reconnaître sa dette immense envers ce réalisateur hors pair qui l’a extirpé des productions médiocres et des rôles minables.«J'ai choisi de l'écrire [ce texte] en tenant compte de l’état d'esprit sincère dans lequel je me trouvais au moment où il m’a sauvé, dit la superstar, à savoir celui d'un perdant, d’un paria, d'un morceau de viande made in Hollywood prêt à être sacrifié à n'importe quel instant.» Le sous-titre annonce des entretiens, mais il ne s’agit pas vraiment de ça.Oui, bon, messieurs Salisbury et Burton ont passé bien du temps à dialoguer et le reporter a organisé le résultat.Seulement, dans les textes, des mises en contexte et des explications, en caractères gras, remplacent les questions de la formule traditionnelle.Le résultat s'avère aussi instructif qu’agréable.Les textes se présentent de manière chronologique: d’abord au sujet de l’enfance de Tim Burton, puis sur ses débuts au cinéma et ensuite à propos de chacun de ses films.Les révélations abondent, les confidences aussi.Le créateur se livre sur sa vie, son art et son entourage sans censure, en ouvrant le jeu, à livre ouvert, quoi.Dans une armoire Les fans plus ou moins maniaques vont retrouver dans ce long journal bioprofessionnel une mine de renseignements pour enrichir la compréhension de l'œuvre.Dès les premiers propos et confidences, Tim Burton revient sur son enfance à Burbank et à sa découverte de l’art qui allait le happer.«J’ai toujours aimé les monstres et les films de monstres, dit-il.Il ne m’ont jamais fait peur.Mes parents disaient que rien de m'effrayait, que je regardais tout et n'importe quoi.Et tous ces trucs sont restés en moi.King Kong, Frankenstein, SOURCE SONATINE Godzilla, L’Étrange Créature du lac noir, ils se ressemblaient tous, seuls les maquillages et les costumes en caoutchouc les différentiaient.Mais justement, ils dégageaient tous quelque chose qui me plaisait terriblement.J’avais le sentiment que la plupart de ces monstres étaient souvent incompris et qu’ils avaient généralement plus de cœur et d’âme que les humains entre eux.» Il obtient son premier boulot dans les studios Disney en 1979, à 21 ans, après une formation en animation dans une école financée par l’empire de Mickey.On le met alors à l’ouvrage sur le film Rox et Rouky.Seulement, le pauvre traîne en lui trop d’images noires et trop d’envies marginales pour s’intégrer simplement.«Je donnais l’impression d’être quelqu’un de bizarre, explique-t-il./c m’installais fréquemment au fond d’une armoire dont je ne sortais pas, je m’asseyais sur mon bureau, ou bien en dessous, je faisais des trucs étranges comme m’arracher une dent de sagesse et inonder de sang les couloirs.Mais je suis arrivé à dépasser ce stade.Je ne m'enferme plus dans une armoire.» Qui s’en plaindra?En tout cas, pas les innombrables parents et enfants qui attendent son Alice en trépignant.Il n’est pas question de cette production dans les propos et confidences, arrêtés après Sweeney Todd, son récent drame musical.Tim Burton s’explique par contre sur ses choix nombreux de sujets «pour enfants», sur son adaptation de Charlie et la chocolaterie par exemple.«J’ai appris au fil du temps qu’il valait mieux avancer sans rien dire à personne, confie Tim Burton, qui ne cesse dans les entretiens d’interroger sa relation d’amour-haine avec les grands studios./'a/ essayé d’appliquer cette tactique à deux reprises.Sur Ed Wood et Edward aux mains d’argent, que j'avais tenté de réaliser avec des budgets plus modestes, j’ai presque eu le sentiment de devoir cacher qui j’étais, voire de changer de nom avant de me mettre au travail.La manière dont les gens vous perçoivent soulève énormément d'obstacles.On croit que vous avez de l’argent, que vous êtes un gros réalisateur hollywoodien; alors, si vous ne payez pas les gens à la seconde, vous les dépouillez, etc.Bizarrement, la célébrité rend les choses plus difficiles.» Le Devoir m 'r k LJU r, fryHi B 1 itai» B HPUMlMMls ¦ msswns B k— • 1 « T BÉDÉ Racolage climatique en sol canadien Climax manque d’un scénario et de dialogues intelligents FABIEN DEGLISE Avec la publication bon an, mal an de près de 5000 titres, l’univers de la bande dessinée a tout pour offrir à ses lecteurs le meilleur comme le pire.Et la série Climax (Dargaud), qui se termine avec la sortie du quatrième, et heureusement dernier, volet, le prouve: projet d’édition plus commercial qu’artistique, cette aventure à grand déploiement dans le monde du complot abuse des préoccupations environnementales du moment pour séduire, mais manque allègrement son coup faute d’avoir l’essentiel: un scénario et des dialogues intelligents.Imaginée par Luc Brahy au dessin, Éric Corbeyran et Achille Braquelaire au texte, l’histoire en cases a pourtant tout pour accrocher l’œil avec ses couleurs vives, son découpage dynamique et ses décors spectaculaires qui, à l’image de Largo Winch — une autre série commerciale certainement mieux réussie — annoncent, en superficie du moins, le caractère captivant de cette intrigue à saveur politico-éco-socio-écologique.Mais derrière les tours à bureaux, les grands espaces, les voyages en jet privé, les laboratoires ultraprotégés, les blondes plantureuses et les hommes qui fument le cigare dans des bureaux presque ovales, le lecteur n’aura finalement rien de ce qu’il croyait y trouver.Sans surprise d’ailleurs.C’est que dès les premières cases, le ton est rapidement donné avec cette salve d’échanges lourdement vides entre les protagonistes de l’équipe de l’agence Imago Mundi qui, au temps du réchauffement climatique, rêve de sauver la planète.Bien sûr, des méchants ont comploté pour leur mettre des bâtons dans les roues.Tout en jonglant, malhabile-ment, avec les grandes lignes discursives de l’écologisme contemporain, Leia, Loïc et Ha-rald vont finalement répandre cette vacuité sur les quatre chapitres d’une intrigue alambiquée qui prend place dans le Grand Nord canadien, à Toronto ainsi qu’en Alaska, où bien sûr le gouvernement américain, avec l’armée et les pétrolières avides de profits salement acquis, complotent depuis des lunes contre l'humanité.Rien de moins.Bien sûr, l’exposition à ces bulles finit par faire ballonner en laissant même présager cette finale absurde débordante de clichés: la politique, la grande finance et l’armée unies pour mieux contrôler les ressources naturelles tout en manipulant le climat et en tuant des dauphins au passage.On résume.Une conclusion qui confirme toutefois ce que Climax tente de faire sans y arriver: oui, la pollution et le dérèglement du climat peuvent faire des dégâts insoupçonnés.Y compris dans l’univers du 9' art.Le Devoir CLIMAX Tome 4: GAKONA, ALASKA Brahy, Corbeyran, Braquelaire Dargaud Bruxelles, 2009,48 pages ROMAN QUÉBÉCOIS En exil, c’est-à-dire nulle part SUZANNE GIGUÈRE Moshone est issu d’une famille juive aux racines flottantes: une lignée espagnole et marocaine du côté de sa mère, turque du côté de son père.Il est né et agrandi à Paris.Quand le récit commence, il vit à Montréal depuis trente ans, a fondé une famille avec Dvora, la femme de sa vie.Ils ont un fils.Intervenant communautaire, il tente de jeter des ponts entre la police pour qui il travaille et les jeunes des quartiers sensibles.Congédié après avoir collaboré à un film sur les relations tendues entre la police et les jeunes des quartiers multiethniques montréalais, il apprend que son père est gravement malade.Il rentre à Paris après une longue absence.Qu’est-ce qui a poussé Maurice Chalom, spécialiste en an-dragogie et en stratégies d’intégration des immigrants, en prévention de la criminalité et en réformes policières, à écrire Va, Moshone, une méditation poignante sur l’exil?Malaise identitaire, désir de retrouver les failles qui l’exilent de sa réalité présente, de voir au-delà, d’avancer dans l’exil?Le ton intime et urgent, le verbe brûlé, c’est dans cet esprit qu’il tisse son récit, en créant un montage de retours en arrière où sa vie personnelle s’enchevêtre à l’histoire familiale, mêlant les faits et la fiction, la biographie et l’autobiographie.Sur un fond de fête — la vie explose à toutes les pages — et de mélancolie.Paris.Moshone revisite les lieux de son enfance dans un quartier ouvrier du XL arrondissement.«J’entre au numéro vingt-neuf, monte au cinquième, et là, sans faire de bruit, je colle mon oreille sur la porte à gauche au bout du couloir.Je m'appelle Moshone, j’ai cinq ans.» Dans sa famille, on ne parle pas un mot d'hébreu, on ne pratique pas la religion des ancêtres, on est Français.Gamin difficile et turbulent.Moshone fréquente dès le primaire le pensionnat.Quand il revient la fin de semaine.il se sent de plus en plus visiteur, déjà étranger.Au lycée, il est traîné en conseil de discipline pour avoir frappé un étudiant au réfectoire qui lui a lancé: «on sait que t’es juif, mais c'est pas une raisçn pour prendre toute la sauce».A l’été 1968, apprenti dans l'atelier des tapissiers de son père, il vit avec lui des moments rares d’intimité et de silence.Arrive la fin de l'adolescence, un bac en poche, obtenu à l’arraché, Mezel Tov’ (félicitations), il décide de poursuivre ses études à Jérusalem, emportant dans sa mémoire les mots en ladino (judéo-espagnol) de sa grand-mère: «Va, Moshone, viajo bueno.» Yeroushalaïm.Années d’insouciance où Moshone collectionne les filles et les succès, apprend l'hébreu, rencontre pour la première fois une bande de militants totalement allumés qui croient dur comme fer en l’intervention communautaire, renforce son identité culturelle juive, empoche une maîtrise.Années glorieuses où il rencontre Dvora, juive d’origine égyptienne.Amoureux en proie à la fureur érotique, la lumière qu’émet leur corps quand ils s’aiment rappelle celle des amants du roman de Jonathan Safran Foer (Tout est illuminé) dont les lueurs sont visibles depuis la Lune- Invité à Montréal pour un contrat de quelques mois, Moshone est toujours là après trente ans.Après l’échec référendaire en 1995, un officier de direction lui balance: «C’est à cause de vous si on a perdu.» C’est qui, «vous»?Le juif, en référence à l’argent ou au lobby occulte, le Français, le maudit Français envers qui il y a encore un malaise ou un contentieux à régler, l'étranger qui brouille les cartes.Il faut lire les pages 203 à 205 sur la stigmatisation des immigrants et l’insécurité identitaire des Québécois.Un fort coup de gueule pousse par celui qui se croyait citoyen à part entière.Moshone se demande pour la énième fois s'il a bien fait de quitter la France.De nouveau, il ressent avec douleur la condition de l’exilé.Être en exil, c’est-à-dire nulle part.Il fait siens les mots d’Amin Maalouf cités en exergue du récit: «Je suis né étranger, j’ai vécu étranger, et je mourrai plus étranger encore.» Feu roulant de bonheurs et de malheurs, Va, Moshone laisse fuser plusieurs scènes auxquelles il est impossible d’être insensible.A Yad Vashem, le principal monument commémoratif de l’Holocauste en Israël, dans la salle où sont gravés dans la pierre les noms des camps d’extermination, brûle la flamme du souvenir.Sarah, la grand-mère de Moshone, debout devant le nom d’Auschwitz, dépose dans la flamme un papier tout froissé et jauni.C’est la dernière lettre écrite à son ma-ri Isaac et jamais envoyée, ignorant où il avait été emmené.Une autre scène tout aussi émouvante nous montre Moshone déposant lui aussi une lettre sur le corps de son père, enveloppé d’un linceul, avant qu’il ne soit recouvert de la terre de Jérusalem.Alors qu’il n’a jamais récité le kaddish (prière des morts), soudé à son frère, les mots s’envolent de sa bouche: «Yit-gad-dal / vé-yit-qad-dach /ché-mèh raba.» Il y aurait encore beaucoup à dire sur les tribulations de Moshone, sur le rôle déterminant des femmes dans sa vie.Il nous faudrait parler des idées qui déboulent, de l'écriture qui coule d’elle-même, truffée de mots en hébreu — une manière de rendre hommage à cette langue en la faisant vivre devant nos yeux de lecteur — du style qui a du panache, de la langue populaire extrêmement colorée et imprégnée d'humour.Si l'écriture de l’exilé est nourrie par l’expérience individuelle, elle ouvre une zone de dialogue et d’échange.Va, Moshone nous invite à penser à une nouvelle forme dhospitali-té, non pas l’hospitalité à l'egard de l’homme, mais à l'égard d'une œuvre qui existe par sa différence.Collaboratrice du Devoir VA, MOSHONE Maurice Chalom Editions Leméac Montreal.2009,279 pages « L’exil est ma patrie et je resterai un étranger.Je suis séfarade.Etranger, immigré, un transplanté toujours en partance.[.] Je me suis fait à l’idée que le provisoire est ma condition et l’errance, mon statut.» LE DEVOIR.LES SAMEDI 19 ET 1> 1 M A N < Il E 2 O D E l E M R R I 2 O O •! LITTERATURE Les romans québécois de l’année Petit exercice de fin d'année.Fermez les yeux.Pensez romans.Romans québécois parus en 2009.Lequel vous vient à l'esprit en premier?Il y a des années, comme ça.Ou un livre s'impose d’emblée, fait l’unanimité.Cette année, pas moyen de passer à côté de L’Enigme du retour (Boréal), de Dany Laferrière.Quoi, vous ne l'avez pas encore lu?Vous résistez, vous craignez d’être déçu?Les prix, les honneurs, les commentaires élogieux créent parfois des attentes démesurées, c’est connu.Difficile d’oublier la consécration en France.D’abord le Médicis.Ensuite le palmarès du magazine Lire, qui élève L’Enigme du retour au rang de meilleur roman français de l’année.Ce n’est pas rien pour un auteur d’origine haïtienne, qui vit au Québec et qui est allé jusqu'à se dire japonais.Qui a toujours refusé de se laisser enfermer dans une identité, en fait.Puis, il y a eu le Grand Prix du livre de Montréal, premier prix d’importance reçu par Dany Laferrière au Québec.La manne, quoi.Sans compter qu'il est en lice pour le Prix littéraire des collégiens et le Prix des libraires 2010.Et qu'il sera honore au printemps par le Grand Prix littéraire international Metropolis bleu pour l'ensemble de son oeuvre.Mais au-delà du brouhaha médiatique, de la reconnaissance.du momentum, au-delà de tout, y compris de l’auteur lui-même et de ce qu’il en dit, il reste le livre.Il reste ce retour 1 au pays natal sur les traces du père mort.Il reste cette coulée, entre prose et poé-E sie, entre chronique et carnet.Cette fluidité et cette densité.Cette gravité, cette humanité.Cet exploit littéraire: L’Énigme du retour.Parmi les autres romans parus au Québec en 2009, on a beaucoup parlé aussi de Paradis, clef en main (Coups de tête), de Nelly Arcan.Sans doute l’un des livres les plus touchants, les plus troublants, étant donné les circonstances tragiques de sa publication.Comment oublier que l’au-teure s’est suicidée à 36 ans, avant la parution de ce texte-testament sur le suicide?Com- JACQUES GRENIER LE DEVOIR Monique Larue vient de recevoir à Lyon le prix Jacques-Cartier, dont c’est la première édition cette année.JACQUES GRENIER LE DEVOIR Nellv Arcan ment ne pas être happé par ces pages sur le mal de vivre, sur le désir de mourir comme une tare, une obsession?Reste que Paradis, clef en main révèle aussi un nouvel aspect du talent littéraire de Nelly Arcan.Il y a dans ce texte des personnages de fable, un univers ludique, une imagination pleine de ressources.H y a l’annonce d'une œuvre à venir, qui ne prendra pas son envol.Autre roman marquant de l’année chez nous: L’Œil de Marquise (Boréal), de Monique Larue.Un livre miroir, qui met en question l’identité québécoise, à travers l’histoire de deux frères que tout oppose.Tous nos déchirements, nos contradictions, nos désillusions y passent, depuis les années 1960 à aujourd’hui.C’est finement amené,, maitrisé.A noter: Monique Larue vient de recevoir à Lyon le prix Jacques-Cartier, dont c’est la première édition cette année.Elle est aussi en lice pour le Prix littéraire des collégiens et le Prix des libraires 2010.Parlant d’identité québécoise, on ne saurait passer sous silence le savoureux roman de Jacques Poulin paru au printemps dernier, L’Anglais.n'est pas une langue magique (Le-méac/Actes Sud).Où la bataille des plaines d'Abraham côtoie la conquête de l’Ouest américain telle que relatée par les explorateurs Lewis et Clark, tandis que Maurice Richard compte des buts.Et le bon vieux Jack dans tout ça?Eh bien, il écrit! Drôle, tendre et ingénieux roman.Autre fiction qui met en question l’identité, mais par un biais totalement différent: Le, Cafard (Alto), de Rawi Hage.Écrit en anglais, traduit l’automne dernier, il s’agit du deuxième livre de ce Montréalais d'origine libanaise qui avait remporté une flopée de prix avec son époustou- flant Parfum de poussière.Le Cafard nous plonge dans le quotidien glauque d'un immigré fauche, desesperé.suicidaire, vivant dans un taudis montréalais Très noir, très dur.très cynique.Gil Courtemanche, lui, a replongé dans l’Afrique cette année.Il est question dans Le Monde, le lézard et moi (Boréal) du Congo.D'un criminel de guerre, en particulier.La barbarie est au rendez-vous.L’injustice aussi.Et la perte des illusions.la grande force de ce roman: son héros.Un juriste québécois épris de justice qui va se retrouver le bec à l'eau.Qui devra se regarder en face, se rendre compte qu’il est passé à côté de lui-même, de la vie, de l’amour.Déchirant.Pas un roman à proprement parler, mais on retiendra dans la cuvée 2009 L’Étreinte des vents (Presses de l’Université de Montréal), d'Hélène Dorion.Un texte d'une grande beauté, inspiré, inspirant sur la rupture amoureuse et le recommencement.Line réflexion approfondie sur les liens qui nous unissent aux autres, qui se nouent et se dénouent.Dans la même veine: Cette année s’envole ma jeunesse (Québec Amérique), de Jean-François Beauchemin.L’auteur de La Fabrication de l’aube y parle avec une remarquable justesse de ton de sa mère, de la mort de sa mère et de lui-même, devant la mort de sa mère.Extrêmement poignant Enfin, cette année 2009 nous aura révélé plusieurs nouvelles voix.A commencer par celle, douce et tendre, de Kim Thuy, auteure de Ru (Libre expression): un récit nourri de sa propre épopée de boat people vietnamienne, débarquée au Québec à la fin des années 1970.Autre découverte: Anai's Airelle, avec Pçurquoi j’meurs tout l’temps (Ecosociété), en lice pour le Prix des libraires 2010.La traversée de l’enfer d’une damnée de la terre, d’une errante désespérée, écorchée vive.Enfin, il y a cette jeune Montréalaise de 19 ans, Olivia Tapie-ro, qui a reçu le prix Robert-Cliche pour sa première œuvre romanesque portant sur le suicide, Les Murs.Sans oublier Simon Boulerice, poète, acteur et auteur dramatique, qui signe, avec Les Jérémiades (Sémaphore), un roman plein de surprises, de fraîcheur.Mais s’il y avait un prix innovation remis à un nouveau venu en 2009, il reviendrait sûrement à Jean-Simon DesRo-chers, pour son très cru, très dur et très ambitieux premier roman, La Canicule des pauvres (Herbes rouges).LITTERATURE QUEBECOISE L’escalade et la chute Deux romans légers et humoristiques parus cet automne bouleversent à leur manière les règles de bon voisinage qui régissent nos petites sociétés.CHRISTIAN DESMEULES Avec de courts chapitres, de l’imagination et une certaine vivacité, Méchants voisins, le 7" roman de Monique de Gra-mont, raconte l’histoire de Ci-cius Dejours, chargé de cours en littérature dans quelques universités montréalaises à qui une amie libraire lui a légué à sa mort, à sa grande surprise, toutes ses économies et son petit commerce de l'avenue du Mont-Royal.Coup de fortune et changement de carrière pour cet homme discret et rêveur, épris d’une anthropologue «dotée d’un tempérament volcanique» qui passe sa vie à courir le monde.Après une longue introduction et des confessions biographiques qui pourront paraître accessoires et parfois un peu forcées, une succession de péripéties s’enclenche.L'achat d'une maison jumelée, suivi rapidement par l'arrivée de nouveaux voisins, nous feront entrer au cœur du roman — l’his- toire d’un conflit qui dégénère.Affreux, sales et méchants, les Crispa auront tôt fait d’empoisonner la vie du nouveau libraire, qui arrive mal à frire respecter ses droits à la tranquillité et à la vie privée.Bienvenue au cirque.L’inévitable escalade d’actions et des représailles entre les deux parties, devenue l’affaire de toute la rue, se transforme en guerre de tranchées.Slipoïnomanes anonymes Premier roman de David Décarie, professeur de littérature à l’Université de Moncton né à Montréal en 1969, Les Dessous de Larry’s Launderette, allie lui aussi humour et relations de quartier à travers les activités d’une buanderie de Montréal et les quelques personnages caricaturaux et mal engueulés qui gravitent autour d’elle.Robin Martin, un petit gros barbu et chauve qui moisit lentement dans ses frustrations professionnelles, sentimentales, sexuelles et littéraires, nous fait le récit au «je» de son expérience de travail dans cette buanderie, vous le verrez, pas tout à fait comme les autres.Le propriétaire anglophone, Larry Launderette (l’homme a fait légalement changer son nom pour déjouer les fonctionnaires de l’Office québécois de la langue française qui avaient MONIQUE DE GR AMONT Vil CHANTS V! >ISINS l’enseigne de son petit commerce dans leur collimateur), et sa femme seront rapidement éclipsés de l’histoire pour aller ouvrir une succursale de leur buanderie à Toronto.Devenu gérant des lieux, aux prises avec quelques requêtes étranges de clients pervers polymorphes, libéré du regard de son patron et sensible à l’appât du profit rapide, l’idée d’un petit commerce parallèle germe très vite dans son esprit.Il publie une petite annonce: «Sous-vêtements féminins à louer.Venez cueillir vous-même en toute discrétion les culottes, strings, bustiers, brassières et bas résille fraîchement portés par les clientes d’une honnête buanderie montréalaise.Nos clientes nous confient leur lavage et nous vous prêtons leurs dessous sexy pour 24 heures.» Rapidement, «slipoïnomanes» «pantynoses» et autres renifleurs patentés vont se bousculer à la buanderie.Stress, chassés-croisés, chantage et corruption: l’affaire se transforme rapidement en cauchemar pour le diplômé en littérature qui croyait pouvoir améliorer son sort Malgré les anecdotes, les observations et les multiples digressions qui jalonnent Les Dessous de iMrry’s Launderette — ou peut-être même en raison de leur ampleur —, il subsiste beaucoup de gras dans cette histoire légère d’arroseur arrosé, parfois drôle, qui aurait certainement gagné à être plus serrée.Collaborateur du Devoir MÉCHANTS VOISINS Monique de Gramont Hurtubise Montréal, 2009,456 pages LES DESSOUS DE LARRY’S LAUNDERETTE David Décarie La Bagnole Longueuil, 2009,200 pages Dany Laferrière a obtenu notamment le Montréal.S GRENIER 1 E DEVOIR Prix du livre de PRIX JACQUES-CARTIER DU ROMAN DE LANGUE FRANÇAISE '•.t '¦% f * I ¦ ¦, ¥ - Monique LARUE l’œil de marquise L’Œil de Marquise mérite d’ores et déjà sa place parmi les œuvres d’envergure de notre littérature.Martine Desjardins L’actualité «J’aime ça, les références à l’histoire politique.[.] C’est un livre très riche, très dense.Ça vaut le coup.» Nathalie Petrowski Radio-Canada « Une vraie saga, dans la littérature québécoise, c’est rarissime.» René Homier-Roy Radio-Canada Retrouvez-nous sur twitter et facebook Monique La Km: L'ŒIL DE MARQUISE _ Roman 384 pages • 28,50 $ Boréal www.editionsboreal.qc.ca c: © Norbert Robitaiüe F 4 L K DEVOIR.LES S A M E D I I U ET DI M A .V f H E 20 DÉCEMBRE 2 0 0 9 .ITTERATURE Je rêve d’un Noël rouge POÉSIE Du Québec au Liban Dans A Short History of Indians in Canada, une nouvelle de Thomas King parue en 2005, un homme d'affaires insomniaque quitte l’hôtel King Edward en pleine nuit, a la recherche d’un peu d’excitation torontoise.Le portier lui conseille Bay Street.Quand il sort du taxi, entre les hautes falaises de verre illuminées, c’est pire que New York le 11 septembre 2001, mais ce qu’il voit s’écraser sur l’asphalte et le ciment autour de lui, ce sont des Indiens.Whup! Whup! font les corps en touchant le sol.Il assiste ensuite à l’arrivée de l’équipe de ramassage, dont les membres sont capables d’identifier la plupart des espèces d’indiens au premier coup d’œil: un Mohawk là-bas, une couple de Cris par ici, et même, occurrence rarissime à cette latitude, un Navajo! Whup! Whup! Arrivant du Nord, des volées d’indiens foncent tête première dans les vitres éclairées des tours à bureaux, puis dégringolent du ciel, tués sur le coup, ou simplement commotionnés.Les préposés au ramassage placent les premiers dans des sacs verts, les seconds seront confiés à des refuges, bagués, soignés, éventuellement remis en liberté.Et c’est bien beau de varier le maigre ordinaire nocturne du tourisme local, mais quand les travailleurs des banlieues envahiront de nouveau le centre-ville, dans quelques heures, ils verront des trottoirs propres.Toute trace de l’hécatombe aura disparu.Hécatombe La nouvelle fait a peine quatre pages.Elle montre assez bien comment fonctionne l’imagination de ce King.L’hécatombe torontois a bel et bien lieu, chaque année, mais les victimes en sont des dizaines de milliers d’oiseaux désorientés parmi les millions qui empruntent l’important couloir de migration jusqu’au passage des Grands Lacs que la Ville reine encombre de ses gratte-ciel.Plumes pour plumes, King a remplacé les passereaux par un autre peuple migrateur et ça donne une petite merveille de fable contemporaine, grinçante et lumineuse.Ou: comment faire tenir, en une seule image ou presque, à la fois le mirage et le déni qui fondent ces quelques centaines d’années d’histoire commune.Du sud au nord, le résultat le plus visible de notre entreprise d’occupation et de civilisation du territoire a été, et demeure, la destruction simultanée des cultures autochtones traditionnelles et des derniers grands espaces sauvages.C’était déjà le thème de The loons, la nouvelle de Margaret Lawrence, dont la conclusion élégiaque ne s’oublie pas facilement.Thomas King, écrivain canadien d’ascendance amérindienne, reprend ce motif en y ajoutant un mélange unique de légèreté et de férocité.Jonathan Swift, pour attaquer la Couronne d’Angleterre, humanisait les chevaux, chevali-sait les humains et inventait des îles volantes.La prose de King est du même acabit: sous le déguisement de sa fantaisie déli- rante pointent des opinions politiques fortes.A peu près au moment ou je le lisais, je suis allé scèner devant le parlement d’Ottawa, a pied, marchant pour ma propre cause, qui était ce jour-là une curiosité baladeuse, sinon vraiment déplacée.Autour de moi, il y avait du bébé phoque, un fœtus accompagné d’un pro-vie, des Chinois, des sans-abri et des amis-de-sans-abri déjà dans la mire de Jack Lay-ton, pas le gars dans une position pour cracher sur une petite tournée de serrage de mains.C’était un petit jour gris, propice a la méditation.Contemplant cette raisonnable agitation péri-parlementaire, je me demandais s’il était déjà arrivé que le Québec soit aussi mal dirigé aux deux endroits à la fois.Oui, aussi bien baisé par les deux trous: Harper à By-Town et Charest dans le Gros Village.Le premier gouvernement Bourassa, dans les années 70, était gangrené par la pègre, mais quand on se tournait vers l’Outaouais, on voyait dépasser les têtes à Trudeau, brillantes et plutôt solides, à défaut d’être celles de grands démocrates.Et si les deux de pique dont s’entourait Jean Chrétien ont parfois eu l’allure d'une équipe de vendeurs de chars d’occasion (en option: le flag sul’ hood), il lui fallait compter avec les Parizeau, Bouchard et Landry à Québec.Mais maintenant?Ainsi allaient mes pensées, de Québec à Ottawa, entre deux mensonges, deux pourritures.L’équipe de ramassage devait avoir déjà quitté les lieux, car je n’ai vu aucune trace des cinq chefs innus qui, d'après mes espions, avaient survolé Ottawa la veille pour aller se fracasser contre la tour du parlement.Pauvre Jean-Charles Piétacho, pauvre Raphaël Picard, mes pauvres chefs.Vous avez pensé quoi, au juste?Que le ministre des Affaires indiennes de ce pays n’avait rien de mieux à faire?Louis Hamelin Si j’étais le chef des Premières Nations [.] je commencerais à lorgner le marché des bombes atomiques d’occasion du côté du Kazakhstan Qu’il allait accepter, comme ça, de rencontrer des chefs autochtones?Tsss.Au Quebec, Ghislain Picard de l'APN-QL représente quelques dizaines de milliers de personnes appartenant a plusieurs nations et il doit se contenter, pour le moment, de saluer le ministre des Affaires autochtones de Jean Charest dans des colloques sur la grippe.Il faut dire que Pierre Cor-beil est un cas a part, un insignifiant rare.Mais sérieusement, la patience admirable et presque incompréhensible dont ces gens persistent à faire preuve sous ces tonnes de mépris va bientôt finir par ressembler a un acquiescement au suicide.Le Plan Nord du petit bâtisseur des peuples (ma contribution au marketing du Parti libéral.) n’a même pas tenu le temps d’une réunion.«A feel good session», une -page blanche», a-t-on entendu, comme si tout ce beau monde sortait d’une séance de spiritisme avec la mère Normandeau, son petit biscuit trempé dans le verre de lait de Robert Bourassa.Et Picard de menacer, pour la énième fois, de bloquer des projets! Comme s’il n’avait pas déjà compris que ce gouvernement manque même de l’imagination qu’il faut pour craindre le pire.Si j’étais le chef des Premières Nations, avec les cinq chefs dissidents de l'ASI, je commencerais à lorgner le marché des bombes atomiques d’occasion du côté du Kazakhstan.Quant au recueil de Thomas King, il contient un conte de Noël, Tidings of Confort and Joy, qui est à lire.C’est en anglais.Il faut sauter dessus et le traduire.Il y a urgence en la demeure.A SHORT HISTORY OF INDIANS IN CANADA Thomas King HarperCollins Publishers lid Toronto, 2005,282 pages HUGUES CORRIVEAU Les editions du Passage ont produit un livre tout simplement magnifique en publiant J'partirai.Noir comme une stele, sobre comme le sujet l’exige, on est en présence d'un projet respectueux, important Toutes générations confondues, les textes s'attardent a ce moment du grand départ aux affects qui y sont impliqués, aux douleurs inhérentes comme à la distanciation parfois nécessaire.D’Eudore Eventuel à Juan Garcia, d'Abraham Moses Klein a Marcel Labine, d’Emile Nelligan à Louise Dupré, cent noms se croisent pour donner à entendre la frontière.Chaque texte est accompagné d’un commentaire de François Hébert, qui part directement de lui, le prolonge.Ne renonçant jamais à sa propre manière, le propos que l'anthologiste inscrit en regard du texte choisi tient parfois d'une poétique mise en perspective comme d’une simple fiche biobibliographique, ce qui n’exclut jamais cette part de philosophie ou de bonhommie qu’on lui connaît.Retenons-en pour preuve ce texte présentant Mourir m’arrive, de Fernand Dure-pos: «L'amour est une navigation, le corps ayant largué ses amarres.L'image du traversier pour aller aux lèvres de l’aimée est grosse, mais non moins frappante et sympathique que celle du paquebot dans la chambre à coucher pour les atnours de Richard Desjardins.» Cette traversée des apparences confère à cette anthologie une force non négligeable et appelle à l’apaisement, à une vision prolixe.Les choix, disons-le, pertinents et significatifs, nous invitent à un parcours, tout parcimonieux qu’il soit, à travers la parole poétique d’ici.L’ailleurs Si François Hébert s’en est tenu à un seul texte par auteur selon le thème abordé, Sabah Khar-rat Zouein, dans ses Voix libanaises actuelles, a recouru, elle aussi, à l’économie en ne nous proposant que peu de textes si- Grand merci au journal Le Devoir de célébrer les 15 ans des Éditions Trois-Pistoles! Gagnez ces 15 ouvrages en participant au tirage auquel vous convient Le Devoir ei les Éditions Trois-Pistoles.Remplissez le coupon-réponse et faites-le parvenir aux Éditions Trois-Pistoles avant le 31 décembre 2009 et recevez votre prix le 15 janvier 2010.PASSION MAISONSI .r.Jaf; Monique Mivi%0«chênM Wm ' M?* ' ( rwti'tte FrancinîsAUarî La Oauturière i • • .uauitionfctmp l rancine Allard la (oultirièn de la M'ttvr Mais moi je dorma vtetor-lévy Beaulieu PASSION MAISONS (Tome 2) André Morin et Christian Lamontagne CHAVIRE MAIS MOI JE DORMAIS LA COUTURIÈRE (Tome 1) LA COUTURIÈRE (Tome 2) BIBI Monique Miville-Deschênes Pierre Labrie Francine Allard Francine Allard Victor-Lévy Beaulieu -— En bordure de mer m.Isabelle Vinet | L’ordre des forêts „ lc» KobmsotCCtjisof de l'hisloirc .WL EN BORDURE DE MER Marilyn Verge et André Lavoie L’ORDRE DES FORÊTS Isabelle Vinet LA C0RDEUSE DE BOIS LES ROBINSON CRUS0É Michel Leblond DE L’HISTOIRE Jean-Paul de Lagrave 9955 LE PETIT LIVRE J’ESPÉRAIS DES CITATIONS QUE LA NUIT SOIT DOUCE INDÉPENDANTISTES Martin Thibault Erick Frappier SytnÀn Rivière Sctje Gauthier Aurthcn Boivm CONTES.LÉGENDES CONTES.LÉGENDES CONTES, LÉGENDES ET RÉCITS ET RÉCITS ET RÉCITS DE L’ACADIE DE U RÉGION DE LA REGION âi DE CHARLEVOIX DE QUÉBEC ft CONTES, LÉGENDES ET RÉCITS DE l’ACAOIE Sylvain Rivière CONTES, LÉGENDES ET RÉCITS CONTES, LÉGENDES ET RÉCITS DE LA RÉGION DE CHARLEVOIX DE LA RÉGION OE QUÉBEC Serge Gauthier Aurélien Boivin COUPON-RÉPONSE Je participe au tirage des 15 ouvrages des Éditions-Trois-Pistoles.Nom :.Rue :.Ville :.Code Postal:.Téléphone :(.).Je réponds à la question « Que signifie VLB ?» :.LE DEVOIR SODEC Québec SS Veuillez remplir ce coupon et l’expédier à: ÉDITIONS TROIS-PISTOLES 31, route Nabonale Est Trois-Pistoles QC GOL4K0 Un différend quart à l'organisation ou à la conduite d'un concours publicitaire peut être soumis à la Régie des alcools, des courses et des jeux afin qu'il soit tranché Un différend quant à l attrfoution d’un prix peut être soumis à la Régie uniquement aux fins d’une intervention pour tenter de le régler.non un seul pour chacun des 33 poetes qu elle a choisis.De 1950 a 2009, nous parcourons ce florile ge éclairant en nous emerveiBant de la richesse qui s’y déploie.Pour prouver que le Liban n’a pas connu de confrontation entre l’ancien et le moderne, l’anthologiste nous propose des poemes autant en prose qu’en poésie rimee, et la chose est heureuse.Précédées chaque fois par une courte presentation biobibliographique, les pages s’illuminent et nous rattachent plus facilement au réeL Regrettons tout de même que l’anthologiste n’ait identifié ni les recueils d’où ont été extraits les poèmes ni l’année de leur parution.Poésie de la terre, du concret et de la liberté, poésie qui pose un regard vif sur la peur comme sur le devoir, les textes sont une proposition d’ouverture sur le pays qui en soi s’épanouit.Là sont les parfums secrets, vifs les désirs de vivre.S’il est vrai, comme le dit le poète Kaissar Afif, que «La mémoire est l’exil des poètes, / la poésie est leur patrie.» D faut en tenir compte pour pénétrer les univers de ces écrivains et de ces écrivaines tant préoccupés par le ciel, la survie immédiate et, parfois, le désir amoureux.La résistance implicite de la parole se traduit formidablement dans ce beau texte d’Abbas Baydoun: «Une parole a apporté la peste bien que perstmne ne put connaître son nom.Une parole a apporté le serpent et personne ne put le proférer.Ceci commença au moment où nous lavions les paroles du sable collé à elles, alors que nous étions certains qu’elles avaient me autre mission dans la pierre.» Sabah Kharrat Zouein l’a bien compris et les convie à se répandre à travers nous.Collaborateur du Devoir J’PARTIRAI 100 POÈMES QUÉBÉCOIS SUR LA MORT Choisis et commentés par François Hébert Iconographie de Dominique Ma-laterre et Richard-Max Trembaly Editions du Passage coll.«Les derniers mots» Montréal, 2009,248 pages VOK LIBANAISES ACTUELLES (ANTHOLOGIE) Sabah Kharrat Zouein Editions des Forges/Le Temps des cerises Trois-Rivières/Pantin, 2009, 96 pages L’islam et ses réformateurs N AÏ M KATTAN Dans la première partie D’un islam textuel vers un islam contextuel, un ouvrage publié aux Presses de l’Université d’Ottawa, Naïma Dib fait état des travaux et des ouvrages des réformateurs musulmans.L’un des premiers, saps doute le plus important, est l’Egyptien Mohammed Abdou qui, à la fin du XK siècle et au début du XX', introduit la notion d’une contextualisation du Coran.Le livre sacré de Main appartient à une période historique, cependant les règles qu'il énonce demeurent toujours valables à condition de les lire et de les étudier en tenant compte des réalités sociales et politiques du présent Tout en s'inspirant du modernisme occidental, Mohammed Abdou a élaboré une démarche proche des conditions sociales et politiques de son temps.Sa pensée a grandement contribué à la montée du nationalisme.Plus proche de nous, le Syrien Mohammed Chahrour constate, dans les années 1970 et 1980, que le nationalisme n’a pas donné les résultats espérés et attendus et que les traditionalistes exercent encore leur suprématie.D fait la distinction entre le texte coranique et les commentaires qui l’entourent D étudie les principes en prenant en considération leur dimension historique et prône une laïcité moderne.Naima Dib indique la voie qui s’ouvre actuellement à la réforme: on peut relire, interpréter certains mots pour faire état de la voie d’une plus grande liberté de la femme.Collaborateur du Devoir •h CMMKCMHKMI LE l> E V U 1 R .LES SAMEDI I !» ET DI M A N < Il E 20 DE ( E M R I! E 2 0 0 !» LIVRES 1JTTERATURE FRANÇAISE Le monde intérieur, tel qu’il est GUYLAINE M A S S O U T R E T / était une fois.» Et si
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