Le devoir, 29 octobre 2005, Cahier H
LE DEVOIR.LES SAMEDI 29 ET DIMANCHE 30 OCTOBRE 2 0 0 5 LE DEVOIR Université de Montréal, pavillon Joseph-Armand-Bombardier.¦t .FINANCEMENT Les universités craignent des lendemains difficiles Page 3 * im professorat Enseigner ou ne pas W * enseigner?¦•W 1 ne se passe pas une semaine sans que, quelque part sur le territoire québécois, une université ou une grande école ne fasse Tan-nonce publique de l'inauguration d'une nouvelle chaire de recherche.Ainsi, dans six «Jl jours, les médias seront conviés à l'Ecole polytechnique de Montréal.En ce vendredi 4 novembre, l'école inaugurera officiellement un Laboratoire de thixomoulage destiné à la recherche en fabrication industrielle à haute performance.A cette occasion, une double présence remarquée sera celle des représentants des entreprises Husky et Magna.Car, si ce laboratoire constitue la premiere unité à l'échelle mondiale dans le monde universitaire destinée à effectuer de la recherche fondamentale pour améliorer la fabrication de pieces de magnésium pour des applications automobiles et électroniques plus performantes, son implantation démontre de quelle manière le privé et le public s'allient non seulement pour mener à terme des recherches qui les servent, mais aussi parce que l'un compte sur l'autre pour soutenir financièrement le travail de terrain.Comme le précise un chercheur d une autre institu-' tion, d'une université cette fois, TUQAM, «il ne faut pas être naïf*.Et Jean-Paul Lafrance, de la chaire UNES COBeD, de poursuivre: «À ma connaissance, dans mon université, il n’y a aucune chaire qui n 'ait une forte composante privée.Les lieux de recherche comme le nôtre nécessitent évidemment un bon financement.Sans cela, on se retrouve avec une coquille vide.Et je connais bien des chaires qui sont des coquilles vides.* En fait à lire aussi les articles que consacraient en fin de semaine dernière Le Devoir aux nouveaux pavillons universitaires, et surtout en enregistrant les noms qu’ils portent, on aurait tendance à croire que le privé a pris le «contrôle» de la recherche dans les institutions de savoir.Ainsi l’Université de Montréal est devenue, à l'égal des institutions anglophones, généreuse dans cette acceptation d'inscrire les noms des donateurs sur la façade de ses nouveaux bâtiments.A ce jour, à cette tendance résistent encore Sherbrooke et le réseau de TUQ, en y incluant ici tant FUQAM que les divers instituts qui y sont rattachés.Mais quand on aborde la recherche, cette résistance ne tient phis.Partout le nom d’une compagnie pharmaceutique (de Merck Frosst à SmithKline Beecham, d'une société d'Etat (dUydro à LotoQuébec) ou d'une grande entreprise (pensons a Alcan ou Bombardier) est accolé a un projet scientifique.Faut-il craindre pour la liberté du chercheur?«Non*, dira un Jean-Paul I>a- france.Et cela semble confirmé par un organisme sub-ventionneur car, comme le déclare le porte-parole de Merck Frosst pariant des subventions que la compagnie accorde: «Ce sont des dons sans attaches.On vise surtout à soutenir l’excellence en recherche * Et pour les universités, cette manne est nécessaire: «Avoir de belles plateformes technologiques et des gens de haut calibre, c’est une chose.Il faut aussi pwt-voir faire tourner tout ça, informe d’ailleurs Jacques Hurtubise, vice-principal a la recherche à l’université McGill Malheureusement, les fonds d'opération n’ont pas suivi les investissements qui ont été effectués dans les infrastructures et les sommes allouées au recrutement.Aussi, si rien n’est fait, nous ne serons pas concurrentiels très longtemps et tout sera q refaire.* Et d’ajouter dans la foulée que, même aux Etats-Unis, le privé ne fournit pas phis que 10 % de tous les budgets de recherche.11 s’en trouvera toutefois plusieurs pour craindre que cette recherche constante de financement en vienne même à déterminer les secteurs retenus en vue de développements futurs, les universités devant faire conjuguer leurs besoins finanders avec des besoins d’une autre nature, ceux de compagnies dont les activités génèrent des revenus bien réels.Faut-il craindre pour l’avenir de la recherche?D’autant plus que, devant ce constat, il faut aussi retenir le cri d’alarme lancé il y a quelque temps par des universitaires, œuvrant surtout ceux-là dans le secteur des sciences humaines.Ils dénonçaient alors l’intrusion de Tordre gouvernemental fédéTal dans le monde de l’enseignement supérieur.Injectant des millions par centaines, Ottawa met en effet en place un énorme réseau de Chaires de recherches du Canada, ce dont à ce jour ne se plaignent point les universités.En fait, elles doivent même attendre avec des espérances le prochain budget, électoral, de Tad-ministration Martin: le secteur de l’éducation n'est-il pas une cible rêvée pour qui parle d’«excellence», de développement de la recherche, de «compétitivité» à l’échelle internationale et de soutien aux développements technologiques?Dans un tel contexte, l’idée une recherche «québécoise», comme celle qu’avait souhaitée un ancien ministre d’un ministère maintenant imbriqué dans un autre, un Jean Rochon, alors a la tête de la Recherche, de la Science et de la Technologie, semble maintenir appartenir a un -passé glorieux».Normand Thériault INRS Partenariats Page 2 CHAIRES Desjardins Page 4 Stephen-Jarislowsky Page 5 UNESCO-Bell Page 6 Hans-Selye Page 8 i 33EZXXZXXXZ Hydro Alcan Merck Frosst Page 7 I Il 2 LE DEVOIR, LES SAMEDI 29 ET DIMANCHE 30 OCTOBRE 2 0 0 5 RECHERCHE INRS Des partenariats à l’échelle planétaire L’heure est à la convergence scientifique, estime la direction de l’INRS Il serait derrière nous le temps où les chercheurs et les scientifiques travaillaient en vase clos.Désormais, le partage de la connaissance scientifique entre les divers corps de métier, le travail d’équipe, mieux, la convergence du savoir scientifique, s’imposent.Changements climatiques, pollution et santé publique obligent.Entretien avec le directeur général de l’Institut national de la recherche scientifique (INRS), Pierre Lapointe.THIERRY HAROUN Les défis auxquels nous [à l'INRS] sommes confrontés se situent à l’échelle de la convergence des différents secteurs d'activité de recherche», soutient d’entrée de jeu Pierre lapointe.Et le champ d’action de l'INRS est vaste.Université de recherche et de formation de 2' et 3' cycles, l’INRS, une composante du réseau de l’Université du Québec, compte quatre centres de recherche, situés dans les régions de Québec et de Montréal: le Centre eau, terre et environnement (ETS); le Centre énergie, matériaux et télécommunications (EMT), l’INRS-Institut Armand-Frappier voué au secteur biomédical, et le Centre urbanisation, culture et société.L’INRS compte dans ses rangs 157 professeurs-chercheurs, et ses quelque 570 étudiants ont accès à 21 programmes d’études, 20 chaires de recherche et à plusieurs unités de recherche, soit des laboratoires et autres observatoires qui ne sont pas sans intérêt.Cet institut de haut calibre, dont le centre administratif est si- TCC MARC COUTURE Le nouveau bâtiment de l’INRS, situé dans le quartier Saint-Roch, à Québec.v PORTES OUVERTES le dimanche 20 novembre 2005, de 10 h à 16 h.VENEZ DÉCOUVRIR LE NOUVEAU VISAGE DE POLYTECHNIQUE ! • Plus de 70 programmes aux études supérieures • Des projets de recherche passionnants Renseignements : (514) 340-4929, poste 1 www.polymtl.ca/jpo POLYTECHNIQUE MONTRÉAL Affiliée à l'Université de Montréal tué à Québec, peut compter sur un budget annuel de 108 millions de dollars, dont 52 millions proviennent de fonds de recherche.Un nouveau lieu De plus, l’INRS vient d’inaugurer son tout nouveau bâtiment, au coût de 37 millions de dollars, situé dans le quartier Saint-Roch, qui lui permettra de loger, pour la première fois en 35 ans d’histoire, toutes ses équipes de la région de Québec à une même enseigne, soit son administration générale, le centre ETS, l’équipe de Québec du Centre urbanisation, culture et société ainsi que la Commission géologique du Canada et Ressources naturelles Canada.Revenons à la convergence.«Si on fait une étude prospective dans le monde, on s’aperçoit que le principal champ d’action du secteur de la nanotechnologie se dirige vers le secteur de la santé et celui du biomédical.Ainsi, ce que l’on est en train de faire — et c’est l’un des défis qui se posent à nous — c’est de faire converger le savoir de nos physiciens, chimistes, épidémiologistes, virologues et ainsi de suite, ce qui nous conduit à faire naître un secteur qu’on appelle désormais la nanobiotechnologie», souligne Pierre Lapointe.Peut-on parler d'une nouvelle approche?«Oui, on peut parler d’une tendance.C’est un défi qui semble simple en apparence, mais chaque secteur intéressé détient son langage propre, sa propre façon d’entamer une recherche.Et le défi, c’est de les mettre à la même table afin d’en arriver à une vision commune de complémentarité, de convergence de leur expertise et de leur capacité.» Certes, mais les scientifiques n’ont-ils pas la réputation de protéger leurs terres?Un monde qui n’est pas toujours enclin à divulguer ou encore à partager ses connaissances.«On a franchi ce mur-là depuis deux ans.D’ailleurs, en ce moment même, nous avons un groupe du secteur EMT ainsi SOURCE INRS «Si on fait une étude prospective dans le monde, on s’aperçoit que le principal champ d’action du secteur de la nanotechnologie se dirige vers le secteur de la santé et celui du biomédical», explique le directeur général de l’Institut national de la recherche scientifique (INRS), Pierre Lapointe.qu’un groupe de l’Institut Armand-Frappier qui sont en train de préparer une demande conjointe auprès de la Fondation canadienne de l’innovation en ce qui a trait à l’imagerie dynamique.Donc, poursuit M.Lapointe, ces deux secteurs travaillent de pair.C’est de cette façon qu’on réussit à briser les murs autrefois imperméables.» Environnement Les changements climatiques et leurs effets néfastes sur la biodiversité, notamment, sont sur toutes les lèvres par les temps qui ÉCOLE POLYTECHNIQUE DE MONTRÉAL Polytechnique offre la plus grande diversité de programmes en ingénierie et compte l’une des plus importantes concentrations de professeurs-chercheurs en génie au pays.Elle réalise à elle seule le quart de la recherche universitaire en ingénierie au Québec et se classe au 1er rang des établissements au Canada pour l’intensité de ses activités de recherche.À Polytechnique, vous trouverez ce que vous cherchez ! LA RECHERCHE À POLYTECHNIQUE C’EST : • Un budget de recherche de 66,7 M $ • 15 Chaires industrielles • 24 Chaires de recherche du Canada • 31 laboratoires de recherche • 27 Centres et groupes de recherche • 141,5 M$ en projets d'infrastructures Québec-FCI, depuis 1999 • 1418 mémoires de maîtrise et thèses de doctorat diriges par des professeurs de Polytechnique depuis 10 ans • 7863 publications scientifiques et techniques publiées par les professeurs et chercheurs de Polytechnique depuis 10 ans.Pour information : (514) 340-4720 www.polymtl.ca/recherche courent.Qui plus est, même les autorités de la Maison-Blanche osent depuis peu prononcer les mots «climate change»: les ouragans se succèdent à un rythme fou, comme autant de marches vers des dévastations humaines et écosystémiques, des rivières qui sortent de leur lit comme jamais auparavant, l’érosion des berges du Saint-Laurent, la contamination des sols et de l’air due aux émanations de métaux sorties tout droit des fonderies, ce qui n’est pas sans conséquences sur la santé humaine.Et qui nous ramène à la convergence.«Si on tient compte des différents modèles météorologiques qui s’étendent sur une cinquantaine d’années, on prévoit, dans la région du fleuve Saint-Laurent, des variations assez importantes de température, du niveau d’eau de même que la possibilité que l’eau du lac Saint-Pierre, situé dans la région de Montréal, soit un jour salée [l’eau est déjà saumâtre à la pointe est de lie d’Orléans], Par conséquent, poursuit M.Lapointe, cela induit de l’érosion, des changements majeurs au plan des infrastructures urbaines et de tout ce qui touche l’eau potable, notamment.» Afin de prendre la mesure de la.convergence de ces fléaux, les scientifiques doivent de leur côté travailler de concert, «On parle maintenant de la convergence des géologues, des hydrologues, des hydrogéologues, des démographes, et ainsi de suite.» International L'INRS fait également acte de présence à l’échelle internationale.Et les projets ne manquent pas.«Nous avons une entente spécifique avec le Viêtnqm, un protocole d’entente avec l’Ecole supérieure des télécommunications en Italie.Nous offrons de la formation au Costa Rica et au Mexique.Je pense, par exemple, à un contrat que nous avons avec la ville de Puebla, au Mexique, qui vise à implanter un système de transport en commun, une ville dont les rues sont très petites», ce qui n’est pas sans difficultés, estime-t-il.Et au Brésil, «nous sommes en train de négocier avec la province de Goyave un partenariat majeur dans l’élaboration d’un vaccin pour contrer les maladies infectieuses en Amérique du Sud.Et pour ce même type de projet, nous avons rencontré une délégation de l’Angola», dit M.[.apointe.Et ce n’est pas tout.«Nous sommes à construire un laboratoire laser femtoseconde — en fait, c’est le temps que prend un Boeing 747 pour passer à travers une feuille de papier.Ce projet est rendu possible grâce à la participation financière de la Fondation canadienne pour l’innovation, de l’ordre de 21 millions de dollars», fait-il remarquer.Localisée au centre ETS à Va-rennes, cette infrastructure permettra, lit-on dans la documentation, de repousser les frontières de la connaissance en physique et en chimie, en plus d’avoir un impact dans le domaine de la biologie grâce à la conception d’un système laser ultrapuissant qui intègre les plus récents développements de la technologie ultrarapi-de.Ce projet propose une approche basée sur le tout-optique pour sonder le comportement microscopique de la matière.Les chercheurs utiliseront ces sources laser pour suivre le fonctionnement en temps réel des molécules et de la matière.Cette avancée scientifique ouvrira la porte, selon la documentation, non seulement à des applications médicales nouvelles en imagerie médicale et en thérapie, notamment pour la détection plus précoce des calcifications cancéreuses et le traitement des tumeurs, mais aussi dans des champs aussi divers que l’électronique, la photonique, le traitement des matériaux, l’environnement et les sciences de la vie.Cette infrastructure de l’INRS reçoit l’appui d'un consortium international de recherche regroupant 72 chercheurs en provenance de 32 universités canadiennes, des Etats-Unis, de la France, de l'Autriche, de la Suède, de l'Allemagne, de l’Italie, de la Grèce et du Japon.Collaborateur du Devoir LA COMPÉTITIVITÉ URBAINE À L'ÈRE DE LA NOUVELLE ÉCONOMIE : ENJEUX ET DÉFIS COLLOQUE DE L'ASSOCIATION D'ÉCONOMIE POLITIQUE (AÉP) en collaboration avec la Chaire Bell en technologies et organisation du travail (TÊLUQ.UQAM-ENAP) et le CRISES-UQAM.AUDITORIUM DE LA TELUQ 4750 avenue Henri Julien, Montréal 10-11 NOVEMBRE 2005 Des sessions sur la «classe créative» de Richard Florida, sur les «classements» des villes, sur le développement local, sur les régions, sur Montréal.Voir le detail du programme : http://www.unites.uqam.ca/aep/colloque.html Pour information et inscription: Serge Rousseau ou Diane-Gabhelle Tremblay Tél : 514-840-2747 poste 2415 Télécopieur : 514-843-2160 TÉLUQ L'université à distance de l'UQÀM * LE DEVOIR.LES SAMEDI 29 ET DIMANCHE 30 OCTOBRE RECHERCHE Financement Les universités craignent des lendemains difficiles V A McGill, seules 7 % à 8 % des activités de recherche effectuées sont subventionnées par des fonds privés Au tournant des années 2000, après des décennies de vaches maigres, les universités ont vu les sommes allouées à la recherche par les gouvernements, tant canadien que québécois, faire un bond considérable.Cinq ans plus tard, les généreux programmes de financement touchent cependant à leur fin.Résultat, dans les universités, les responsables de la recherche craignent le pire quant à la survie de divers groupes de recherche.Quand l’euphorie cède la place à l’inquiétude.GUYLAIN E BOUCHER 'C' « ce qui concerne les plate-^Cj formes technologiques, les sommes qui ont été reçues via la Fondation canadienne pour l’innovation nous ont permis de redevenir compétitifs au niveau international.L'argent alloué à la création de chaires de recherche a, lui, permis d’attirer et de retenir des chercheurs de haut calibre.Ce sont en soi d’excellentes choses.Le problème, nuance toutefois Jacques Turgeon, vice-recteur à la recherche à l’Université de Montréal, c’est que les programmes qui ont permis que tout cela se réalise achèvent et que les subventions d’opération sont nettement insuffisantes.» Les faits tendent à confirmer les visions avancées par les responsables de la recherche universitaire.Pendant que la Fondation canadienne pour l’innovation mène son dernier concours, la première phase du programme de Chaires du Canada touche effectivement à sa fin, sans promesse de renouvellement.Plus encore, les grands organismes subventionnaires que sont le Fonds de la recherche en santé du Québec (FRSQ), le Fonds québécois de recherche sur la société et la culture (FQRSC) et le Fonds québécois de la recherche sur la nature et les technologies (FQRNT) anticipent d’importants resserrements budgétaires, compte tenu de la diminution globale des sommes destinées à la recherche dans le dernier budget provincial.Pour Jacques Hurtubise, vice-principal à la recherche à l’université McGill, si les craintes avancées par les intervenants du milieu de la recherche sont fondées, c’est la recherche universitaire elle-même qui pourrait être compromise.C’est que, affirme-t-il, «avoir de belles plateformes technologiques et des gens de haut calibre, c’est une chose.Il faut aussi pouvoir faire tourner tout ça.Malheureusement, les fonds d’opération n’ont pas suivi les investissements qui ont été effectués dans les infrastructures et les sommes allouées au recrutement.Aussi, si rien n’est fait, nous ne serons pas concurrentiels très longtemps et tout sera à refaire».Le privé en guise de solution ?Reste bien sûr la possible implication de l’entreprise privée dans la recherche universitaire.Déjà utilisé à des degrés divers, selon le champ d’expertise, l’argent de l’entreprise privée ne pourra toutefois pas, selon Jacques Turgeon, remplacer complètement les sommes traditionnellement investies par les gouvernements et les organismes subventionnaires.«Quand une entreprise décide d’accorder de l’argent à un groupe de recherche, elle le fait de manière très ciblée, pour un projet précis et, la plupart du temps, de façon très circonscrite dans le temps.C’est inté- ressant, mais ça ne permet pas à une chaire ou à un groupe de chercheurs de dégager des sommes qui pourront être utilisées à des fins de recherches innovantes.Dans ce domaine, nous avons besoin du gouvernement.» Même dans le domaine des sciences appliquées, où des ponts avec l’industrie s’établissent plus facilement qu’en sciences humaines par exemple, l’apport de fonds privés reste, selon Jacques Turgeon, somme toute modeste.«Bien sûr, précise-t-il, des recherches de haut niveau permettent parfois de développer des applications réelles et mènent jusqu’à un brevet et au développement de petites entreprises innovantes, mais tout cela est loin de représenter la majorité.En fait, même quand cet élan est rendu possible, les fonds de type capital de risque viennent souvent à manquer pour financer le passage du monde universitaire au monde industriel.» A l’université McGill, Jacques Hurtubise ne s’en cache pas, tous secteurs confondus, seules 7 % à 8 % des activités de recherche effectuées sont subventionnées par des fonds privés.La différence repose entièrement sur l’argent public.Aussi, il est à son avis «illusoire de croire que le privé puisse suppléer au gouvernement et combler le manque à gagner en ce qui a trait aux subventions de recherche».C’esÇ que, explique-t-il, «même aux États-Unis, où la contribution du privé dans les milieux universitaires est beaucoup plus importante, la masse critique ne dépasse pas les 10 %».L’espoir des fondations Seul espoir, les fondations privées, qui ont connu une certaine hausse de popularité depuis quelques années.Pour Jacques Turgeon, leur principal avantage reste d’offrir de l’argent neuf sans qu’il soit pour autant attaché à un projet en particulier.«Il est évident que, lorsque d’anciens diplômés comme Jean Coutu, Maurice Goodman ou Michel Saucier, pour n’en nommer que quelques-uns, décident de redonner à leur aima mater, tout le monde est gagnant.Les grands donateurs francophones ne sont toutefois pas si nombreux et les sommes restent insuffisantes.» Même son de cloche à l’université McGill où, malgré le fait que la tradition anglo-saxonne soit plus favorable aux dons universitaires, Jacques Hurtubise confirme qu’il y a encore beaucoup à faire pour attirer les grands donateurs.«De plus en plus de gens d’affaires veulent participer au développement des universités.Ils sont dynamiques et remplis de bonne volonté, mais selon moi, ça ne remplacera jamais un engagement ferme du gouvernement à investir dans le savoir.Si, en tant que société, on choisit de miser sur la connaissance, et que l’on affirme vouloir se tourner vers une économie de aeq Centre interuniversitaire d'études québécoises Plusieurs domaines de recherche L'Atlas historique du Québec Une collection novatrice, scientifique, éducative et culturelle, s'adressant au grand public Présent à l'Université du Québec à Trois-Rivières et à l'Université Laval, le CIEQ est reconnu par le FQRSC.Un lieu de formation et d'échanges intellectuels Une expérience collective d’interdisciplinarité Espace-économie-société Populations, âges de la vie et transmission Cultures religieuses Institution Réseaux et mouvements sociaux EH .•MYtus.Tt |___ * H LAVAL —TéL- Feriez nous visiter! www.cieq.ulaval.ca mm’ ’ jm JACQUES (iRKNIKR LE DEVOIR Le nouveau pavillon de génie, d’informatique et d’arts visuels de Concordia.Si les universités construisent, elles ne sont pas pour autant au bout de leur peine quand vient le temps de subventionner les recherches qui devraient normalement se poursuivre à l’intérieur de ces nouveaux bâtiments.pointe, il faut être conséquent et accepter qu'une partie de nos deniers publics aillent à la recherche universitaire.Elle reste encore la meilleure façon, non seulement de faire avancer les connaissances, de la diffuser, mais surtout de former des diplômés de haut niveau.Même des pays comme la Chine ont compris cette équation.Im ville de Shanghai à elle seule investit 150 millions de dollars par année dans la recherche.Si le Québec et le Canada veulent être dans la course à l'échelle mondiale, il leur faudra mettre de l’argent sur la table.C'est un impératif.» Collaboratrice du Devoir i .! ïfi " , .: | sfc ¦ ¦ 1 ipgfSMa 1 Wmm '.YM f «Le Québec peut compter sur des avantages pour faire encore mieux en matière de recherche et d'innovation.C'est pourquoi le gouvernement entend mobiliser l'ensemble des acteurs en faveur d'un accroissement du rythme des investissements en recherche.» Claude Béchard Ministre du Développement économique, de l'Innovation et de l'Exportation L'AVANTAGE QUÉBÉCOIS V V- | ~~ w LA RECHERCHE ET L'INNOVATION: UN AVANTAGE QUÉBÉCOIS La R-D est essentielle au développement de la prospérité du Québec.Pour créer de la richesse et des emplois, elle doit se traduire en produits, en procédés et en services nouveaux capables de répondre aux besoins de nos entreprises et de nos concitoyens.La Stratégie gouvernementale de développement économique fixe deux cibles mobilisatrices pour 2010 : ¦ Atteindre 3% du PIB en dépenses de recherche et développement ¦ faire passer la part des entreprises dans le financement de la R-D de 60 % qu'elle était en 2002 à plus de 66 % Le gouvernement entend aller plus loin.Il s'active à mettre en place le Conseil des partenaires de l'innovation regroupant des représentants de la recherche publique, de l'industrie, des associations visées et des experts du domaine.Son rôle sera de conseiller le gouvernement, notamment sur les priorités et stratégies d'action à retenir dans le cadre de la révision de la Politique québécoise de la science et de l’innovation.www.avantagequebecois.com BRILLER Québec S! www.deq.uqtr.ca LE DEVOIR 2 9 ET DIMANCHE 30 OCTOBRE 2 0 0 5 ECHERCHE Professeurs et chercheurs Enseigner ou ne pas enseigner ?«L’enseignement n’est pas très valorisé dans la société en général, comparativement à la recherche» Ils sont nombreux dans les universités à accomplir conjointement le travail de professeur et celui de chercheur.Selon les établissements et les facultés, l’équilibre entre les deux mandats est plus ou moins maintenu.Toutefois, que l’enseignement consiste à donner un cours devant 200 étudiants de premier cycle ou à prendre sous son aile quelques étudiants à la maîtrise et au doctorat, les professeurs ne peuvent pas être complètement dégagés de cette tâche.MARTINE LETARTE Chaque université et chaque faculté a ses propres critères d’évaluation lorsque vient le temps d’embaucher un nouveau professeur ou d’accorder une promotion.Certaines facultés convoitent particulièrement de bons chercheurs alors que le volet enseignement est secondaire.Pour d'autres, l’expérience en salle de coqrs est primordiale.A la faculté de sciences de l’Université du Québec à Montréal (UQAM), les professeurs sont jugés selon leurs activités scientifiques.«lorsque nous voulons embaucher quelqu’un ou donner une promotion à un de nos professeurs, nous regardons le volet recherche de son dossier.C’est dommage, mais même s’il est très valable, le volet enseignement est secondaire», affirme le vice-doyen aux études, Yves Maufette.À la faculté de médecine de l'Université de Montréal (UdeM), le professeur se fait évaluer autant sur ses qualités de chercheur que sur celles d'enseignant.«Nous cherchons la personne idéale.Le professeur doit être un bon enseignant et un bon chercheur puisque ses tâches varieront énormément tout au long de sa carrière», explique le vice-doyen aux ressources professorales de la faculté de médecine de l'UdeM, Serge Dubé.Des professeurs aux tâches d’enseignement allégées Professeur au département de chimie de l’UQAM, le Dr Richard Béliveau est titulaire de la Chaire de prévention et de traitement du cancer et directeur du laboratoire de médecine moléculaire de l’hôpital Sainte-Justine-UQAM.Malgré toutes ses responsabilités administratives, il donne toujours des cours à des étudiants de premier cycle.«Les chercheurs sont très actifs dans l’enseignement à l’UQAM.Far contre, c'est certain que je me considère davantage comme un chercheur que comme un enseignant puisque la recherche occupe environ 90 % de mon temps au travail», soutient M.Béliveau.V Le pont entre recherche et enseignement n’est pas toujours aisé.À l’UQAM, tout professeur doit donner des cours.«Généralement, un professeur a quatre charges de cours.Il se peut qu 'en raison de l’importance de ses activités de recherche, sa tâche d’enseignement soit réduite de moitié.Toutefois, tout professeur dirigeant des activités de recherche doit encadrer plusieurs étudiants de cycle supérieur dans son laboratoire, ce qui demeure une forme d’enseignement», affirme, M.Maufette.A la faculté de médecine de l’UdeM, l’organisation du travail est différente.«De plus en plus, nous séparons le travail d’enseignant de celui de chercheur pour permettre à notre personnel d’avoir une qualité de vie appréciable.Comme le domaine de la recherche est extrêmement compétitif, les chercheurs doivent être très présents dans leur laboratoire pour “performer” et arriver à avoir des subventions.Ils ont donc moins de temps à allouer à l’enseignement en salle de cours», explique M.Dubé, en précisant que, souvent, les chercheurs reviennent davantage à l’enseignement en salle de classe en fin de carrière.Au cours de ses nombreuses années passées à l’UdeM, le pro fesseur au département de physiologie et titulaire de la Chaire de recherche du Canada sur la moelle épinière, le D' Serge Rossignol, Pour un étudiant de premier cycle, le fait d’avoir pour enseignant quelqu’un qui dirige un grand groupe de recherche peut être très motivant a vu sa charge de travail se transformer significativement.«Quand j’étais au sommet de ma carrière de chercheur, je dirigeais, en plus de la chaire, plusieurs autres groupes de recherche.À ce moment-là, comme il y a seulement 24 heures dans une journée, mon enseignement consistait à diriger des étudiants à la maîtrise, au doctorat et au post-doctorat.Je faisais très peu d'enseignement dans les salles de cours», affirme celui qui est maintenant retourné davantage à l’enseignement au premier cycle.La place du chercheur Les avis sont divergents lorsque vient le temps de déterminer si le chercheur qui est au sommet de sa carrière doit encore enseigner à des étudiants de premier cycle.«L’enseignement n ’est pas très valorisé dans la société en général, çomparative-ment à la recherche.À l’université, l’enseignement au premier cycle l'est encore moins que celui au cycle supérieur.Pourtant, il ne faut pas oublier que le baccalauréat est la base de tout étudiant à la maîtrise et au doctorat», soutient M.Maufette.Pour un étudiant de premier cycle, le fait d’avoir pour enseignant quelqu’un qui dirige un grand groupe de recherche peut être très motivant.«C’est très important que les étudiants au baccalauréat soient éveillés à la réalité SOURCE UNIVERSITE DE SHERBROOKE scientifique.Avec les exemples que je donne en classe, ils sont en contact avec ce qui se fait dans les laboratoires.En voyant ça, plusieurs décident de poursuivre leurs études, donc on peut dire que ça suscite des carrières», avance M.Béliveau.À la faculté de médecine de l’UdeM, on croit davantage que le chercheur doit se concentrer sur son travail dans les laboratoires, particulièrement lorsqu’il commence sa carrière.«Lorsqu’un chercheur commence son travail, il doit trouver du financement, s’installer dans son laboratoire, se bâtir une équipe, et tout cela demande beaucoup d’énergie.Dans ce cas4à, nous le laissons tranquille avec l’enseignement dans les salles de cours, mais il enseigne dans son laboratoire aux étudiants de cycle supérieur», affirme M.Dubé, en précisant que l’université essaie de permettre davantage de souplesse qu’aupara-vant dans ce domaine.M.Rossignol est également convaincu que, lorsqu’il était au sommet de sa carrière de chercheur, il était davantage utile dans son laboratoire que dans les salles de cours.«Dans les laboratoires, on forme directement des nouveaux chercheurs en les accompagnant quotidiennement dans leur travail et en les encadrant lors de la rédaction d’articles scientifiques.» Toutefois, le D' Rossignol conclut en affirmant qu'il est très important que le chercheur ait toujours sa place en enseignement puisque c'est lui qui peut transmettre sa passion aux étudiants.Collaboratrice du Devoir Presses de l'Université du Québec psychosociale POU* H/WMOWMR MCHHCHf ET PRAIKUlf YWC GAGNON L'étude de cas comme méthode de recherche '1 'fit."i 1 m Recherche psychosociale Stéphane Bouchard et Caroline Cyr 22* Abrégé sur les méthodes de recherche et la recherche expérimentale Louis Laurencelle 39* L'étude de cas comme méthode de recherche -.Jf* Yves-C.Gagnon indus Commandez en ligne et économisez WWW.0070-ca Chaire Desjardins de coopération et de développement du milieu Vers un nouveau modèle de partenariat Etablir «un modèle de coopération qui pourrait aller plus loin que la recherche absolue de rentabilité économique» Le lien entre le Mouvement Desjardins et une chaire de recherche pourra sembler de prime abord obscur à d’aucuns, mais c’est effectivement une méthodologie de recherche — action qui sous-tend l’existence de la Chaire Desjardins de coopération et de développement du milieu de l’Université de Sherbrooke.«Notre objectif, résume Denis Martel, titulaire de la chaire, est de valoriser la coopération en tant que mode de gestion dans le privé et le public, ainsi que d’accompagner, documenter et remettre en question l’évolution de Desjardins dans sa contribution au développement local et régional.» Cette évolution, c’est celle du passage de commanditaire à partenaire.DENIS LORD Le Mouvement Desjardins subventionne plusieurs chaires au Québec, notamment aux HEC et à l’UQAM; née en 1999, celle de l’Université de Sherbrooke collabore de très près à l’Institut de recherche et d’enseignement pour les coopératives (Irecus).Après avoir dirigé cet institut aux ramifications internationales, Denis Martel, professeur titulaire, devint en 2003 directeur du programme de MBA et titulaire de la chaire de recherche Desjardins.C’est également à cette époque que, à la suite de ses assises au cours desquelles Desjardins s'interrogeait sur son inscription dans le développement local et régional, l'organisme s’est doté d’une première ébauche de politique en ce domaine.«Il n’y avait pas de crise chez Desjardins, précise Denis Martel, mais une interrogation.Plusieurs remettaient en question le fait que des fonds et des commandites soient versés sans vision à long terme.Il faut savoir que Desjardins est l’organisme au Québec qui donne le plus en fonds et en commandites.Ce n’est pas du tout connu.Il y a pourtant un avantage à ce que ce soit su, c’est une question de visibilité et de crédibilité.» «Les Caisses ont décidé de devenir un acteur du développement et non simplement un bailleur de fonds.La politique d’aide au développement du milieu s’est accompagnée d’un fonds pour contribuer aux investissements stratégiques, s'associer aux plans des CLD, des MRC, etc.On parle de développement au sens large.Nous avons par exemple établi des partenariats dans la lutte au décrochage scolaire et la mise en place de maisons d’accueil.» En octobre dernier, Desjardins s’associait à la Commission scolaire de la ville de Sherbrooke et à la municipalité pour investir un million de dollars dans la création d’un fonds destiné à combattre le décrochage scolaire.La chaire a contribué à la mise au point de ces projets initiés par Desjardins, qui donnaient la mesure de sa nouvelle philosophie, naguère attentiste, désormais structurante.L’impact du renouveau coopératif Pour documenter l’implication de Desjardins et établir des priorités de partenariat, la chaire a réalisé de nombreuses études de synthèse du développement des caisses, et dressé des portraits de la situation des jeunes dans l’ensemble du Québec.«Ensuite, dit Denis Martel, nous proposons des stratégies, des projets-pilotes que nous implantons dans certaines régions.Ces modèles sont ensuite testés et améliorés à partir de nos observations.C’est ce qu’on appelle de la théorisation ancrée.» Illustration de ce nouveau modèle d'implication, Desjardins initiait le 22 octobre dernier un Forum sur le leadership économique dans la région de Tamiante.Les principaux acteurs de la région, comme la MRC, les municipalités, les commissions scolaires et le Cégep de Thetford Mines, avaient été sollicités pour déterminer les axes porteurs du développement local.«Mais nos partenaires ne comprenaient pas notre nouvelle façon de faire.Ils se demandaient pourquoi VOIR PAGE H 5: DESJARDINS 1 800 859.7474 .i—.—.L!, ; i SOURCE VILLE DE SHERBROOKE- La cote King à Sherbrooke.UNIVERSITES R E f II E R C H E < E CAHIER SPÉCIAL EST PUBLIÉ PAR II DEVOIR Responsable: NORMAND THERIAULT nlheruultolfdevoir.c» -’OM).r«r ir Blfnrv.9' êURf.Montre»! IQurberl HAA :ÎM9.Tel.: (,i|4l 985 ;t;SA3 rr HT S CM DÉCOUVRONS Alexandre Caillaud Récipiendaire 2005 de la Bourse Angelo PizzagM en brotogre cellulaire et moléculaire.Alexandre effectue son stage posUoctoral à tunité de recherche en retrovirologie humaine.Ses travaux portent sur les processus dînfedion et de replication du virus de l’immunodéficience humaine (VIH-1> et sur les mécanismes de résistance de l'hôte face à l infecbon La recherche biomédicale vous captive ?Poursurvw votre formation dans un enwormemefrf tnultidiscrplinaire performant Centre de recherche en pleine expansion orienté vers le sucrée, H ROM offre un encadrement de grande qualité et l'accès a des équipements uHramodernes Nos chercheurs, reconnus sur la soéne mternatioriaJe dans de nombreux domaines vous préparent é une carrière scientifique de premier ordre Renseignez vous des maintenant au sujet de nos pnxqianimes d'études supérieures et de formation postdoctoral Les possibilités d'obtenir une bourse sont aussi excellentes wwwurcmgcca admission a ircm.qc.ca (514)987-5527 tiRCM fttW o» 4» Mcrrte fa vie » 4 y LE DEVOIR.LES SAMEDI 29 ET DIMANCHE 30 OCTOBRE 200 3 RECHERCHE Université de Montréal Travailler à la mise au point du médicament « parfait » Quand on s’intéresse à un diabète qui n’affecte que 400familles à travers le monde! Dans son laboratoire de l’Université de Montréal, le biochimiste Michel Bouvier tente de découvrir comment nos cellules répondent aux messages qu’elles reçoivent du cerveau.«Vous savez, c’est un peu comme dans notre société: tous les dérèglements pathologiques proviennent de problèmes de communication entre nos cellules et le système nerveux ou endocrinien!», lance joyeusement le chercheur.Quand le monde universitaire précède la recherche menée par les compagnies pharmaceutiques.CLAUDE LAFLEUR Les travaux de Michel Bouvier portent autant sur la compréhension des mécanismes de fonctionnement du cerveau que sur la découverte de molécules (et de médicaments) susceptibles de régler ces «problèmes de communication».Son but ultime: mettre au point des outils qui permettront de développer les «médicaments de demain», des substances plus efficaces et plus spécifiques qui généreraient moins d'effets secondares.«Nous nous intéressons aux modes de signalisation utilisés par les cellules, explique M.Bouvier, à savoir la manière dont le système nerveux communique avec les différents organes pour contrôler leurs fonctions et la manière dont les hormones contrôlent les fonctions vitales de l’organisme.» Michel Bouvier est à la fois professeur au département de biochimie de l'Université de Montréal, titulaire de la chaire Hans-Selye et de la Chaire de recherche sur la signalisation cellulaire et de pharmacologie moléculaire ainsi que directeur du Groupe de recherche universitaire sur le médicament (GRUM).Des médicaments « made in university » Concrètement, son équipe s’intéresse aux mécanismes fins qui font que, par exemple, les cellules cardiaques répondent aux messages envoyés par le système ner- veux pour, notamment, régulariser la fréquence cardiaque ou la force de contraction du muscle.«Ces communications se font par ce qu’on appelle des transmetteurs — des hormones ou des neurotransmetteurs, précise le biochimiste.Et nous, nous tentons de comprendre comment fonctionnent ces récepteurs, comment leur efficacité est contrôlée, comment ils reconnaissent tel neurotransmetteur plutôt que tel autre, etc.» Bien qu’il s’agisse de recherche fondamentale, ces travaux mènent directement à des applications concrètes, dont, la mise au point de médicaments.A cette fin, l’Université de Montréal vient de constituer autour de cette équipe le Groupe de recherche universitaire sur le médicament «Je viens d’accepter la direction d'un nouveau groupe, le GRUM, rapporte Michel Bouvier, un rassemblement de près de 70 chercheurs spécialisés dans divers aspects de la découverte et du développement des médicaments.» Selon ses dires, le GRUM est, en quelque sorte, le prolongement naturel de ses travaux.Par contre, indique-t-il, ce groupe n'est pas là pour remplacer la recherche-développement réalisée par les grandes compagnies pharmaceutiques.«Nous visons plutôt à travailler en partenariat avec elles, car nous pensons que le secteur académique a une place à prendre à ce niveau-là.» L’un des rôles que se sont II SOURCE UNIVERSITÉ DE MONTRÉAL «Nous nous intéressons aux modes de signalisation utilisés par les cellules, explique Michel Bouvier, professeur au département de biochimie de l’Université de Montréal.d’ailleurs donné les chercheurs du GRUM consiste à découvrir de nouvelles molécules pour le traitement des maladies reliées au vieillissement.«Parce que nous avons un meilleur mode de vie, relate M.Bouvier, nous vivons plus longtemps.Or, par le foit même, nous développons des maladies pour lesquelles on ne dispose pas encore de thérapies appropriées.Il est par conséquent de notre devoir de mettre au point des médicaments qui ciblent plus particulièrement les maladies issues du vieillissement.» Etonnamment, rapporte Michel Bouvier, ses collègues et lui visent même une cible inatteignable: mettre au point des médi- caments «parfaits», c’est-à-dire des substances qui n’auraient aucun autre effet que celui recherché.«Bien entendu, s’empresse-t-il d’ajouter, c’est là une cible impossible à atteindre puisque, après tout, un médicament, c’est toujours une sorte de poison.» Il n’empêche que, mieux la molécule thérapeutique est ciblée, moins elle a d’effets multiples, d’où l’importance des travaux fondamentaux réalisés par cette équipe de recherche.Une pépinière de médicaments inédits Par ailleurs, les chercheurs du GRUM s’intéressent à des maladies dites «orphelines», c’est-à- dire qui n’affligent que peu de personnes.«Ce peut être une maladie qui ne touche que quelques milliers de familles à travers le monde, indique M.Bouvier, ou qui n’est présente que dans des pays défavorisés.» On comprend que de telles maladies ne bénéficient pas des investissements de l’industrie pharmaceutique.«Nous, au GRUM, estimons que le secteur académique a le devoir de s’intéresser à ce genre de maladies, affirme Michel Bouvier, et qu’on doit donc s’activer dans le développement de médicaments appropriés.» Un exemple de maladie orpheline sur lequel planchent les chercheurs du GRUM est le diabète néphrogénique congénital.Les vic- times de cette maladie rare urinent jusqu'à 30 litres par jour (!) et se doivent donc de boire énormément — ce qui, bien entendu, rend leur vie misérable.De phis, chez les enfants, cette maladie provoque de graves problèmes de croissance.Toutefois, le diabète néphrogénique congénital n’affecte que 400 familles à travers le monde.«Mais, rapporte M.Bouvier, dans les fomüles qui en sont atteintes, tous les garçons sont affectés, puisque la maladie est reliée au chromosome Y Dans ces familles, le diabète néphrogénique congénital est donc un drame puisqu ’il se transmet de génération en génération.» Dans un premier temps, les collègues de M.Bouvier ont cherché à comprendre pourquoi le récepteur en cause ne fonctionnait pas correctement Puis, ils ont repéré une molécule — un médicament déjà utilisé pour traiter une autre pathologie — qui, d’après leurs connaissances, devait pouvoir remédier à la situation.«Après l’avoir testé en laboratoire, relate le directeur du GRUM, nous avons effectué un petit essai clinique, en collaboration avec le D" Pichet de l’hôpital Sacré-Cœur.Or, il appert que cet essai semble donner de bons résultats!» Pour Michel Bouvier, c’est là un exemple de l’une des responsabilités que doit assurer le GRUM.«Mais, ajoute-t-il, on ne peut pas promettre que nous parviendrons à développer quantité de remèdes pour des maladies orphelines puisque, après tout, nous n’avons pas les moyens dont dispose l’industrie pharmaceutique — loin s’en faut! Dans bien des cas, nous espérons surtout parvenir à mettre au point un produit suffisamment prometteur pour finir par intéresser au moins une firme de biotechnologie qui nous aidera alors à commercialiser le nouveau médicament.» Collaborateur du Devoir I nscn \ cz en e 111 c sur \ otre liste de lectin nn rmirnn I Liberté, égalité, interdisciplinarité, r l otit au long tie 1 histoire, les percées les plus décisives de la science sont parvenues de directions insoupçonnées.» - \wkyK.opi Branchée sur les grands enjeux scientifiques et toujours désireuse de contribuer au progrès social, rUQAM met en commun les expertises pour faire avancer les connaissances.uqam.ca En un instant, notre perception de l’univers peut changer Découvrez les recherches qui transforment notre réaljté.Le nouveau magazine de McGill, En tète : Recherche, découverte et innovation à l’Université McGill, vous entraîne dans un univers de découvertes, où des penseurs s'attachent à repousser toujours plus loin les frontières de la connaissance McGill publiera En tête deux fois l’an en français et anglais, sous le titre Headway Research, discovery and innovation al McGill University La lecture de ce magazine peut se faire en ligne, sur notre site Web, à http://francais.mcgill.ca/headway Pour un complément d'information, écrivez à entete magazine@mcgill.ca.per McGill UQÀM Prenez position r i
Ce document ne peut être affiché par le visualiseur. Vous devez le télécharger pour le voir.
Document disponible pour consultation sur les postes informatiques sécurisés dans les édifices de BAnQ. À la Grande Bibliothèque, présentez-vous dans l'espace de la Bibliothèque nationale, au niveau 1.