Le devoir, 26 novembre 2005, Cahier H
LE DEVOIR.LES SAMEDI 26 ET DIMANCHE NOVEMBRE 2 0 0 5 LE DEVOIR Chang'emenl s clinmliques STÉPHANE DION L’heure est au rapprochement pour le président de la Conférence de Montréal Page3 ÉCOLOGIE Des associations citoyennes tissent une solide toile verte Page 12 ATTENTION .ILLUSTRATION LIFFET Lancer Kyoto 2 à Montréal Plusieurs indicateurs scientifiques pointent en direction d’une intensification des changements climatiques, bien au-delà des prévisions du Groupe d’experts intergouvememental sur l’évolution du climat (GIEC), le contrôleur scientifique de l’ONG.La Conférence internationale de Montréal, qui s’ouvre lundi, offre aux signataires du protocole de Kyoto la possibilité de démontrer leur sérieux en amorçant la deuxième phase de ce traité afin de lancer le processus de négociations sur les objectifs de réduction de la période 2012-2020, celle qui devrait impliquer les pays du G5, soit la Chine, l’Inde, le Brésil, l’Afrique du Sud et le Mexique, à côté d’une Europe déterminée à ouvrir la marche.LOUIS-GILLES FRANCŒUR Opposés à toute forme de multilatéralisme, les Etats-Unis risquent fort de s'isoler davantage à Montréal au moment où leur suprématie économique s’effrite.Ds vont donc tenter d’amorcer une nouvefle ronde de pourparlers en marge du protocole de Kyoto pour mieux le paralyser même si, chçz eux, le Sénat les grandes villes et une trentaine d’Etats veulent de phis en phis ouvertement engager la lutte aux gaz à effet de serre (GES).Les Etats-Unis sont le seul pays ayant refusé,en juillet à la Conférence du G8 à Gle-neagles, en Écosse, d’accélérer la cadence pour enrayer le réchauffement du climat Les pays du G8, qui regroupent 13 % dç la population mondiale, émettent 45 % des GES.Les Etats-Unis, avec 5 % de la population mondiale, rejettent 25 % des émissions anthropiques.L’urgence d’agir est chaque jour plus évidente En septembre, le laboratoire de diagnostic du National Ocean and Atmospheric Administration (NOAA) des Etats-Unis démontrait que les GES pré- sents dans l’atmosphère ont augmenté de 20 % depuis 1990, aimée de référence du protocole de Kyoto.A Kyoto, en décembre 1997, les signataires ont convenu de réduire les émissions planétaires de 5,2 % par rapport au niveau historique de 1990.le taux de gaz carbonique (CO ,J dans l’atmosphère, qui emprisonne la chaleur du Soleil et hausse le thermostat de la planète, est passé de 280 parties par million (ppm) en 1750 à 360 ppm aujourd’hui.le GIEC prévoit que ce taux pourrait atteindre 540 à 970 ppm d’ici 2100.Plusieurs institutions tentent de cerner ce qui se passera si l’on n’enraye pas cette croissance du CO, atmosphérique.En septembre, les chercheurs du US National Snow and Ice Data de l’Université du Colorado ont mesuré que la fonte de la calotte polaire cet été avait atteint non seulement un record, mais peut-être aussi un ~seutl critique» au-dela duquel la planète pourrait entrer, ont-ils dit, dans une phase de réchauffement irréversible.Cette calotte blanche, qui réfléchit une grande partie du rayonnement solaire, s’est agrandie de 18,2 % par rapport à sa surface moyenne historique.Cette situation, sans précédent depuis des millénaires, pensent les chercheurs, pro- voquera une plus grande absorption de chaleur solai re par l’océan Arctique, ce qui aggravera le phénomène d’année en année.Plusieurs de ces synergies — une conséquence du réchauffement devient un facteur qui l’accélère — n’apparaissaient pas dans les anciens modèles prévisionnels sur le climat, ce qui explique qu’ils sont peut-être en deçà de ce qui s’en vient.Dans l'Arctique, la fonte croissante de la calotte est observée depuis quatre années consécutives.Maïs on a noté dans cette région un autre phénomène nouveau, soit la croissance d’une végétation arbustive durant des étés plus longs.Cette végétation nouvelle perce la neige et réduit l'albédo ou réflexion solaire, augmentant d’autant encore une fois l’absorption de la chaleur et intensifiant le dégel du permafrost.L’institut Goddard de la NASA a d’ailleurs mesuré avec précision le phénomène en avril, établissant que chaque metre carré du sol terrestre absorbe désormais un watt d’énergie de plus qu’il n’en renvoie vers l'espace.Il s’agirait de la première mesure empirique du réchauffement climatique modéBsè jusqu’à présent VOIR PAGE H 2: FRAGILE KYOTO 2 DÉFIS Objectifs Energie Page 2 Page 3 Crédits d’émission Page 10 Climat Page 13 POLITIQUE RÉALISATIONS Etats-Unis Québec Europe Page 6 Pa9® 4 Montréal Canada Page 7 Page 5 «Climate Croup» Page 8 Innovation Page 12 PARTICIPATION Activités Page 10 LAVAL À L’HEURE DE KYOTO La Ville de Laval est préoccupée par la problématique des changements climatiques Afin de permettre l’atteinte des objectifs du Protocole de Kyoto, la Ville a entrepris les actions suivantes ^ • Adhésion au programme Partenaire pour fa Protection du Climat du gouvernement fédéral • Réalisatcn d'un inventaire complet des émissions de GES produites par la corporation et la collectivité •Établissement de prévisions pour 2008 2012 et adoption d'un objectif de réduction • Réalisation de projets corporatifs (flotte de véhicules à motonsaton hybride, économie d'énergie dans les bâtiments municipaux, etc.).• Promoteur de projets de sensibilisation de la population à téconomie d'énergie et à la réduction des GES (Auto-partage, activités de sensibilisation, Coupez les moteurs !, etc.) : 4/.il.i.i ir-dni .i i tifi U»- ¦.fur (M NJ ti'ett p#c quufi souhnit maMi bel et bief» Ub ùhttçUf «i fbi I il» (450) 071-#000 • www.vWa.Uval.qc « « LE DEVOIR, LES SAMEDI 26 ET DIMANCHE 27 NOVEMBRE 2 0 0 5 • CHANGEMENTS CLIMATIQUES • FRAGILE Les mers du globe absorbent l'essentiel de la chaleur solaire SUITE DE LA PAGE H 1 Mille lacs perdus.En juin, des chercheurs américains de grandes universités relevaient à partir de photos satellites que la région arctique du côté sibérien avait perdu plus de 1000 grands lacs parce que les sols voisins ont été transformés en 30 ans en véritables éponges.Là où le permafrost est demeuré stable, on a par contre noté une augmentation du nombre de lacs! De leur côté, les mers du globe absorbent l’essentiel de la chaleur solaire.Les eaux qui baignent la Grande-Bretagne accusent désormais des hausses de température qui menacent leur plancton marin et les especes qui en dépendent, selon un rapport gouvernemental publié en mars.Le niveau des mers britanniques a augmenté de deux millimètres en moyenne par année, mais la hauteur des vagues, efle, de 24 cm tous les dix ans.Ailleurs sur la planète, le niveau des mers continue de grimper en raison de la dilatation thermique de l’eau.Mais le pire danger à long terme sera la Kbération des milliards de tonnes de méthane gelé qu’on trouve au fond des mers si jamais ce carbone est libéré par le réchauffement des eaux.La planète deviendrait alors un véritable four.Aux Etats-Unis, l’été 2005 a permis d’entrevoir quelques impacts à long terme de l’augmentation des témpératures de l’Atlantique et du golfe du Mexique.L’ouragan Katrina et les quatre qui ont frappé successivement la Floride constituent une conjonction de facteurs météo et climatiques sans précédent depuis un siècle.Même si on ne peut formeUement attribuer cette série noire aux changements climatiques, la fréquence plus grande des grands ouragans commence à inquiéter pas mal de chercheurs et le public, même si la Maison-Blanche se déclare au beau fixe.t En France, on a aussi commencé à mesurer l’impact sur le climat de la sécheresse de 2003, qui a fait 15 000 morts dans ce pays et plus de 35 000 sur ce continent.Une étude publiée en septembre dans la revue Nature sous la direction du laboratoire des sciences du climat révèle que l’accroissement moyen de 6 °C, cet été-là, ainsi que le déficit en eau qui l’a accompagné, ont eu un impact sévère sur La végétation.Le fait que la production végétale ait chuté de 30% à féchelle européenne, tout comme celle des forêts, a provoqué une réduction considérable de la captation du CO, atmosphérique.Les écosystèmes ont ainsi refâché 500 000 millions de tonnes de CO,, soit l’équivalent de quatre années de séquestration de ce gaz par ïa végétation.Cette autre synergie n’avait pas été in-çluse, non plus, dans les modèles prévisionnels.' Les experts du GIEC planchent sur toutes ces études pour en faire ressortir en 2007, dans leur quatrième rapport, la signification et la portée.Mais ce qui ressort brutalement de ces signaux bruts, c’est Qu’ils pointent tous en direction d’un problème croissant et plus rapide que prévu.Le Devoir Montréal et Kyoto 2 Réduire de 60 % les émissions de gaz à effet de serre d’ici 2050 ! L’Inde et d’autres pays refusent d’être liés à des objectifs contraignants tant que les Occidentaux n’auront pas livré la marchandise promise en 1997 La Conférence de Montréal, qui doit attirer ici près de 10 000 délégués et représentants d’ONG, posera ouvertement la question des suites à donner au protocole de Kyoto après 2012, soit la phase 2 du protocole, que certains appellent faussement «l’après-Kyoto», comme s’il était déjà dépassé.LOUIS-GILLES FRANCŒUR En 1997, la communauté internationale a décidé que les 55 pays désignés dans l’annexe B du protocole, dont les États-Unis à l’époque, passeraient à l’attaque en premier parce que ces pays occidentaux sont les principaux responsables des émissions de GES depuis le début de l’ère industrielle.Par ce premier effort, la communauté internationale s’est donné pour objectif de réduire d’ici 2012 les émissions de gaz à effet de serre (GES) d’origine humaine de 5,2 % par rapport au niveau historique de 1992.Le Congrès américain a refusé de ratifier ce protocole parce que les grands concurrents en vue — la Chine, l’Inde et le Brésil notamment — n’ont pour leur part aucun objectif de réduction à atteindre d’ici 2012.Mais l’après-2012 est désormais sur la table pour les pays occidentaux et les pays en voie de développement L’enjeu principal de la Conférence de Montréal est précisément d’amorcer le processus de négociation qui doit impliquer — pas nécessairement sous la forme de réductions globales, mais possiblement par des projets adaptés au contexte de chaque pays — les pays dits émergents, pripcipalement ceux de l’Asie et de l’Amérique latine.A l’autre bout du spectre, des pays comme l’Inde refusent d’être liés à des objectifs contraignants tant que les Occidentaux n’auront pas livré la marchandise promise en 1997.le retrait des Américains fait de cette position une avenue sans issue.La Chine, heureusement pousse jusqu'à présent pour le respect des échéances de Kyoto et semble vouloir maintenir l’accord actif.Lors de la conférence Asie-Pacifique en juillet elle a refusé de signer le communiqué final proposé par les Américains, lequel n’imposait aucun objectif contraignant aux pays riverains, si on ne précisait pas que cet accord n'alté- rait en rien l’atteinte juridique des objectifs de Kyoto.La Chine est le deuxième phis grand émetteur de GES après les États-Unis.Elle seça le premier dans 20 ans.Si la Chine, l’Inde et les États-Unis vont de l’avant d’ici 2012 avec leurs 850 projets de nouvelles centrales thermiques, a calculé le Christian Monitor aux Etats-Unis, les émissions de GES planétaires grimperont de 2,7 billions de tonnes, soit cinq fois la réduction globale de 483 tonnes que représente la réduction de 5,2 % des émissions planétaires convenue à Kyoto en 1997.Cela donne du poids à la nécessité de lier ces trois pays dans une entente solide d’ici 2020.Mais deux choix sont ici possibles, qui feront toute la différence si l’on veut stabiliser le climat, ce qui exigera une réduction globale de 60 % des émissions planétaires d’ici 2050, selon le GIEC.Succès européen Les ministres de l’Environnement de l’Europe se sont dits prêts cet été à s’engager à réduire de 20 % les émissions de ce continent d’ici 2020, ce qu’ils proposent pour objectif à la communauté internationale.L’Europe des 15, qui s’est engagée à Kyoto à réduire ses émissions de 8 %, émet présentement 1,7 % moins de GES qu’en 1990.Avec l’arrivée des 10 récemment, la nouvelle Europe des 25 a réduit globalement de 8 % ses émissions pour un objectif reformulé de 7,7 %.En somme, son objectif est déjà dépassé.On est loin du Canada, qui dépasse de 24 % le niveau d’émissions de 1990 alors qu’il doit se retrouver à 6 % sous cette barre dans sept ans.H est impensable que la Conférence de Montréal puisse fixer des objectifs pour la période 2012-2020.Personne ne s’y attend.Mais si la communauté internationale est décidée à prendre le contrôle de la température du globe à moyen terme, elle devra minimalement déterminer à Montréal le cadre et le calendrier des prochaines négociations.L’année 2009 est avancée en tant que date butoir.Mais d'ici là, des choix stratégiques devront être faits qui vont déterminer grandement l’issue des pourparlers.Si on décide, par exemple, de négocier un «Kyoto 2», les États-Unis, qui de toute façon refuseront de s’engager à quoi que ce soit sous l’administration Bush, seront en dehors de la partie, du moins officiellement puisqu’ils ne sont pas membres de la communauté du protocole.L’Europe et l’Asie, qui rêvent de surpasser économiquement les États-Unis, pourront plus facilement fixer des règles du jeu plus exigeantes.C’est la position que défendent aussi les ONG environnementales, qui veulent ainsi forcer les Américains à prendre éventuellement un train en marche rapjde plutôt que de laisser les États-Unis paralyser avec leurs alliés, comme l’Australie, de nouveaux pourparlers en vue d’une entente parallèle au protocole de Kyoto, qui serait placée plutôt sous l’autorité de la Convention sur les changements climatiques, une convention que les Américains ont ratifiée.Stratégie canadienne La position canadienne Sera intéressante à surveiller.A court terme, le Canada aurait quelques ayantages à s’aligner sur les États-Unis, ce que mettent de l’avant les Conservateurs de l’Ouest.Mais le Canada gagne moins à ce jeu, à moyen terme, car il risque de se retrouver solidaire du futur «voyou» environnemental de la planète et la victime d’éventuels droits douaniers si toute la planète, sauf eux, produit des biens et services en vertu de règles plus exigeantes.D’ici 2020, la production «sale» de biens et services pourrait bien devenir une forme de concurrence déloyale que même les règles de l’OMC pénaliseront D’autre part dans un contexte électoral imminent, le gouvernement Martin pourrait bien faire du respect de Kyoto un enjeu électoral majeur devant des conservateurs qui s’alignent plutôt sur l'administration Bush et ses hantises politiques, comme l’Irak et Kyoto.Paul Martin aura vraisemblablement tout à gagner à faire face au géant voisin, du moins dans une élection.Le Devoir Le gouvernement Martin pourrait bien faire du respect de Kyoto un enjeu électoral majeur devant des conservateurs qui s’alignent plutôt sur l’administration Bush Rencontres sciences et société L A Colloque sur les changements climatiques 30 novembre au 3 décembre 2005 ?État des connaissances scientifiques sur les causes et les impacts des changements climatiques ?Examen des pistes de solution et mesures d’adaptation proposées ?Débats sur leurs enjeux politiques, économiques, sociaux et éthiques Nous contribuons à réduire les gaz à effet de serre / En plantant de plus en plus d’arbres sur nos terres et aux abords des cours d'eau, nous captons le C02.>/ En utilisant de façon plus judicieuse les engrais de ferme, nous diminuons les émissions d'azote.Les agricultrices et les agriculteurs du Québec ADMISSION Étudiants Entrée libre sur présentation d’une carte étudiante valide Délégués à la COP 11 de pays non membres de l’OCDE Entrée libre sur présentation du badge COP 11 Autres 50 $ pour la durée du colloque ou 20 $ par jour (Taxes en sus) Complexe des sciences Pierre-Dansereau de l’UQAM Pavillon Sherbrooke Grand amphithéâtre (SH-2800) 200, rue Sherbrooke Ouest Métro Place-des-Arts INFORMATION ET INSCRIPTION www.sciencessociete.uqam.ca/climat (514) 987-3000 poste 0850 : UQÀM Prenez position ¦?I l+l A^snot à» dév»4opo#m*r
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