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Le devoir
Quotidien montréalais indépendant et influent, qui informe rigoureusement et prend part aux grands débats de la société québécoise [...]

Fondé à Montréal par l'homme politique québécois Henri Bourassa, le quotidien Le Devoir paraît pour la première fois le 10 janvier 1910. Bourassa rassemble autour de lui une équipe de rédaction fort compétente. En font partie Olivar Asselin, Omer Héroux, Georges Pelletier, Louis Dupire et Jules Fournier.

Dès ses débuts, Le Devoir se veut patriotique et indépendant. Résolument catholique, il est partisan de la doctrine sociale de l'Église et appuie un encadrement catholique des mouvements associatif, syndical et coopératif. De tout temps, il défendra la place de la langue française et sera des débats sur la position constitutionnelle du Québec.

Au cours des années 1920, le catholicisme du directeur se dogmatise, ce qui rend plusieurs journalistes inconfortables, mais l'orateur demeure une figure très en vue qui permet au journal d'amasser des fonds. Grâce à lui, Le Devoir pourra toujours s'appuyer sur des donateurs privés, dont certains siègent à son CA. Des journalistes tels Fadette, Jeanne Métivier et Paul Sauriol y font leur marque à la fin de la décennie.

Proche des cercles intellectuels influents, Le Devoir a une vocation nationale. Une grande part de son tirage est tout de même acheminée dans les milieux ruraux. Le journal offrira d'ailleurs un vif appui à l'organisation de l'agriculture québécoise. Il ne pénétrera que tardivement, mais sûrement, le lectorat de la zone métropolitaine.

Au départ de Bourassa en 1932, Georges Pelletier prend la direction du journal. Un regard d'aujourd'hui sur l'époque des décennies 1930 et 1940 révèle une phase plutôt sombre, empreinte d'antisémitisme, le Juif représentant à la fois la cupidité du capitalisme et le péril athéiste lié au communisme.

Durant la Seconde Guerre mondiale, Le Devoir lutte contre la conscription et rapporte les injustices faites aux Canadiens français dans les corps militaires. Sur le plan politique, bien qu'indépendant, le quotidien appuie la fondation du Bloc populaire, parti nationaliste, et se rapproche parfois de l'Union nationale.

Gérard Filion prend la direction du journal en avril 1947. Il en modernise la formule et attire de solides jeunes collaborateurs, dont André Laurendeau, Gérard Pelletier et Pierre Laporte. Le journal prend alors définitivement ses distances de l'Union nationale, critiquant l'absence de politiques sociales, l'anti-syndicalisme et la corruption du gouvernement québécois, et dénonçant la spoliation des ressources naturelles.

À partir de 1964, le journal est dirigé par Claude Ryan, qui en base l'influence sur la recherche de consensus politique, entre autres sur les sujets constitutionnels. Sous sa gouverne, Le Devoir sera fédéraliste pendant la plus grande partie des années 1970.

Bien qu'il soit indépendant des milieux de la finance, Le Devoir est le quotidien montréalais qui accorde la plus grande place dans ses pages à l'économie, surtout à partir des années 1980. En 1990, l'arrivée de Lise Bissonnette à la direction redynamise la ligne éditoriale et le prestige du journal. Le Devoir appuie résolument la cause souverainiste.

Au XXIe siècle, sous la gouverne de Bernard Descôteaux, puis de Brian Myles, Le Devoir continue à informer les Québécois, à donner l'ordre du jour médiatique, à appuyer l'émergence des idées et à alimenter le débat social. C'est pourquoi il faut regarder ailleurs que dans ses données de tirage, relativement plus basses que celles des autres quotidiens montréalais, pour mesurer la force de son influence.

Sources :

BEAULIEU, André et Jean HAMELIN, La presse québécoise des origines à nos jours, Sainte-Foy, Presses de l'Université Laval, 1979, vol. 4, p. 328-333.

BONVILLE DE, Jean, Les quotidiens montréalais de 1945-1985 : morphologie et contenu, Québec, Institut québécois de recherche sur la culture, 1995.

LAHAISE, Robert (dir.), Le Devoir : reflet du Québec au 20e siècle, Lasalle, Hurtubise HMH, 1994.


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  • Montréal :Le devoir,1910-
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  • Journaux
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Le devoir, 2005-11-30, Collections de BAnQ.

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INTERNATIONAL Chine, Jordanie, Roumanie, Tunisie, Venezuela, Zimbabwe NATIONAL Changements climatiques CULTURE Entrevue avec l'auteur Yasmina Khadra alternatives LE JOURNAL VOL 12 • NO.4 / DÉCEMBRE 2005 UN JOURNAL POUR UN MONDE DIFFÉRENT WWW.AITERNAT1VES.CA Auront lieu, n'auront pas lieu ?Le cinquième report des élections en Haïti PHOTO RAMON ESPINOSMAP PHOTO ' ' Pour la cinquième fois, les élections haTtiennes ont à nouveau été reportées.Constatant l'ampleur du travail logistique devant encore être accompli pour mener à bien les élections présidentielles, législatives et municipales, le Conseil électoral provisoire (CEP) a repoussé son calendrier électoral à 2006.Alors que la communauté internationale mise beaucoup sur l'instauration d'un nouveau gouvernement pour permettre la sortie de crise et la reconstruction d'Haïti, de nombreuses inquiétudes demeurent sur les conditions dans lesquelles le processus électoral se déroulera.Depuis quelques semaines, un bras de fer s’esf engagé entre le premier ministre intérimaire, Gérard Latortue, et les responsables du Conseil électoral provisoire (CEP), en charge du processus électoral en Haiti.Pressé par la communauté internationale qui désire voir un nouveau gouvernement élu le plus rapidement possible, las des querelles intestines et des défaillances chroniques du CEP, Latortue est allé jusqu'à imposer la date du 27 décembre, pour le premier tour.Les membres du conseil ont eu tôt fait de réagir, déclarant publiquement qu’il n'en revenait qu'à eux de décider du jour où le peuple haïtien sera convié aux urnes.Mais le 25 novembre, le président du CEP, Max Mathurin, annonçait que le premier tour présidentiel et législatif aurait plutôt lieu le 8 janvier 2006, et le deuxième tour le 15 février.Ce nouveau report rend donc impossible l’instauration d'un nouveau gouvernement le 7 février, comme le prévoit la Constitution haïtienne.Les élections municipales auront lieu, quant à elles, le 5 mars.« Le CEP va travailler d'arrache-pied pour respecter les nouvelles échéances », d'assurer son président en conférence de presse.Souveraineté électorale ?Bien que le conseil électoral soit théoriquement en charge de l'organisation des prochaines élections, nombre d’Haïtiens dénoncent la mise sous tutelle du processus par la communauté internationale, et les complications qui en résultent.Le choix du nombre et de la localisation des bureaux de vote a de fait été laissé à l’Organisation des États américains (OEA), également responsable du processus d'inscription et de l'embauche de nombreux travailleurs électoraux.De passage à Montréal, fin novembre, le directeur de la Plateforme haïtienne de plaidoyer pour un développement alternatif (PAPDA), Camille Chalmers, soulevait les problèmes entraînés par un nombre trop restreint de bureaux de vote.« Leur nombre a été abaissé à 8 750, soit trois fois moins qu'aux dernières élections.Certaines sections communales n'auront même pas de bureaux.Ce sont les populations ru- rales qui seront écartées du processus électoral.» Pour M.Chalmers, la tenue de ces élections aurait également été l'occasion de reconstruire les institutions haïtiennes.« Mais l'OEA a mandaté une firme mexicaine pour imprimer les cartes électorales, alors que les mêmes technologies sont présentes en Haiti.Les nombreux reports des élections ont en partie été causés par l’incapacité de cette compagnie à livrer les cartes à temps.» Alors que 3,4 millions d'Haïtiens se sont inscrits sur la liste électorale, sur un total d'électeurs éligibles estimé à 4,25 millions, seulement quelques milliers de cartes ont été distribuées jusqu'à maintenant.Les données biométriques contenues sur celles-ci ont également provoqué les critiques.Chacune contient la photo, la signature et les empreintes digitales de son détenteur.« Quelle merveilleuse base de données dorénavant dans les mains de l'OEA.», ironise M.Chalmers, pantois.Polarisation politique Le départ forcé de l’ex-président Jean-Bertrand Aristide, en février 2004, et l'occupation militaire qui a suivi ont largement contribué à polariser la scène politique haïtienne.D'un côté, Fanmi Lavalas, parti du président contraint à l’exil, a d’abord hésité à appeler au boycott d'élections « illégitimes ».Puis, le père Gérard Jean-Juste est apparu comme le candidat par excellence, mais son emprisonnement a rendu impossible sa mise en candidature.Le fait qu’aucune accusation ne soit encore portée contre lui a entraîné les militants Lavalas à faire état d’une « criminalisation » de leur mouvement par le gouvernement intérimaire.Finalement, Marc Louis Bazin briguera les présidentielles pour Lavalas.Mais deux autres candidats pourraient diviser le vote Lavalas : Jean-Marie Cherestal, ancien premier ministre sous Aristide, fait aussi campagne, alors que René Préval, dauphin d'Aristide et président du pays de 1996 à 2001, réussirait selon plusieurs analystes à s'allier la majorité du mouvement Lavalas, bien qu'il fasse campagne sous l'égide du parti LESPWA (espoir).La candidature de Préval inquiète plusieurs observateurs.Son incapacité, par le passé, à se dissocier clairement d'Aristide fait craindre à certains l’éventualité du retour au pays de ce dernier.Prévai aurait cependant assuré en privé que cela ne faisait pas partie de ses plans, mais en refusant de se prononcer publiquement, de peur de perdre le vote Lavalas.Peu de candidats ressortent clairement du lot.L'un de ceux qui pourraient affronter Préval au second tour est le riche industriel Charles Henry Baker, ancien numéro deux du Groupe des 184.Ce regroupement de la « société civile », largement dominé par la bourgeoisie haïtienne et le secteur privé, était massivement impliqué dans les campagnes de 2003 appelant à la démission d’Aristide.Le slogan de Baker, « Ordre, discipline, travail », et ses politiques calquées sur les souhaits de Washington le positionnent clairement à droite sur l'échiquier politique.La gauche demeure en marge du débat, incapable de s’unir derrière un seul candidat.L'organisation Peuple en lutte (OPL), majoritaire au Parlement à la fin des années 1990, a refusé l'appel à l'unité réclamée par la Fusion des sociaux-démocrates.Paul Denis et Serge Gilles représenteront respectivement ces deux partis aux présidentielles.La campagne électorale semble plus articulée sur la personnalité des candidats que sur le contenu de leurs plateformes électorales.Le manque de vision claire des différents partis politiques choque profondément l’économiste Camille Chalmers : » Les programmes des partis se limitent aux généralités.Très peu de stratégies et de moyens ont été clairement évoqués pour générer de nouvelles ressources et sortir les deux tiers de la population haïtienne de Textrême pauvreté.» Observation internationale Think-tank en matière de sécurité et de transition démocratique, le International Crisis Group vient de publier un rapport émettant de sérieuses réserves quant au bon déroulement du processus électoral.L'incapacité à délivrer les cartes électorales à temps et le fait que les 40 000 travailleurs électoraux n'ont toujours pas été embauchés figurent parmi les risques évoqués.Jean-Pierre Kinsley, directeur général d’Élections Canada, se dit toutefois confiant du bon déroulement des prochaines élections.C'est ce qu'il a affirmé à Alternatives, dans une rare entrevue qu'il ait accordée.Élections Canada joue un rôle de premier plan au sein de la Mission internationale d’évaluation des élections en Haïti, dont le rôle ne se limite pas au strict modèle d'observation.« Nous avons plutôt un rôle d'accompagnement - ce qui donne en quelque sorte la dimension que lès missions d'observation auraient toujours dû avoir.Nous accompagnons le CEP et les autorités électorales, sans s'imbriquer dans le processus décisif et administratif.Nous prêtons des conseils ponctuels tout au long du processus.» Avec une contribution totalisant 29,5 millions de dollars, le gouvernement canadien figure au premier rang des donateurs internationaux appuyant le processus électoral.» Pour ce qui est du nouveau report, commente M.Kingsley, il me semble qu'il est de bon aloi que le CEP ait tenu compte de la réalité concernant la distribution des cartes des électeurs.» Interrogé sur l'ampleur du travail à accomplir, il dit avoir pris connaissance des plans d’éducation civique et de formation des travailleurs électoraux, et assure que le processus est * entre bonnes mains » et que - les bases ont été jetées pour qu’une élection crédible ait lieu ».-Les erreurs commises lors du processus d'inscription et de sélection d'un nombre limité de bureaux de vote sont d’une telle ampleur qu'on se demande a quel point le CEP sera en mesure de corriger le tir a temps pour que les résultats électoraux soient crédibles*, de conclure M.Chalmers.François L'Écuyer Produit en gouaioration avec ie cou-vi uni m int du Canada par l'entum ise DE L'AoENCE CANADIENNE DE DÉVEIOP PERI INT INTT.tes ATONAL (ACD1) > * fc IL E (L ¥ Il & Ni s, E (Mi A » E P' È f* E 1804 : Jean-Jacques Dessalines proclame la déclaration d'indépendance d'Hafti, qui devient la première république noire de l’histoire 1915 - 1934 : Haïti est occupée par l'armée américaine.1957 - 1986 : François Duvalier, puis son fils Jean-Claude, régnent sur le pays.La répression exercée par les tontons macoutes caractérisera cette dictature 1986 - 1990 : La transition démocratique connaît de multiples soubresauts suite au départ de Duvalier.Henry Namphy, Leslie Manigat, Prosper Avril, Hérard Abraham, Ertha Pascal-Trouillot et Roger Lafontant se succèdent au pouvoir.Décembre 1990 : Lors de joutes électorales ores et démocratiques.Jean-Bertrand Aristide est élu président.Son mandat débutera le 7 février 1991.Septembre 1991 : Aristide quitte le pays suite au coup d’État militaire dirigé par le générai Raoul Cédras.Octobre 1994 : Aristide est rétabli au pouvoir grâce à une intervention de l'armée américaine Le pays connaît sa deuxième occupation.Février 1996 : Après avoir remporté 'es élections de décembre 1995, René Préval est investi en tant que président.Novembre 2000 : Les élections présidentielles sont boycottées par l'opposition, en vertu des Irrégularités observées lors des législatives.Malgré une faible participation, Aristide remporte l’élection au premier tour.2003 : L'année connaT de nombreux soulèvements populaires appelant à la démission d'Aristide Des groupes paramilitaires associés aux ex-militaires des Forces armées d'Haïti dissoutes en 1995, prennent le contrôle d'importantes villes dans le Nord et le Plateau central.Févri«r 2004 : Sous de fortes pressions internationales.Ans- de est forcé de quitter le pays.Mars 2004 : Un gouvernement provisoire est mis en place sous la direction du premier ministre intérimaire Gé'ard Latortue.Une résolution des Nations unies prévoit le déploiement d’une mission internationale de maintien de la paix d’environ 8 000 hommes - une troisième occupation militaire d'Haïti “T i o n a HMMMnnMHnHBHHMIM La logique productiviste est dans les prés de Roumanie Le 1*' janvier 2007, la Roumanie sera l'un des nouveaux pays à intégrer l'Union européenne.Or, la mise en oeuvre de la politique agricole commune (PAC), combinée à l'invasion d'organismes génétiquement modifiés (OGM), bouleversera de manière radicale l'organisation du milieu rural fondé majoritairement sur de petites exploitations familiales.Celles-ci risquent de disparaître au bénéfice de l'agro-industrie, caractérisée par un productivisme féroce.Selon les estimations de la Coordination paysanne européenne (CPE), une ferme familiale disparaît toutes les trois minutes dans l’Europe des 15, et chaque minute dans l'Europe des 25.Laquelle inclue les pays d'Europe de l'Est qui ont joint l'Union en 2004.C'est la logique productiviste de la politique agricole commune (PAC) qui serait responsable de cette situation, affirme la CPE.En effet, 90 % des fonds des PAC sont accordés en aides directes calculées selon le nombre d'hectares et de bêtes par producteur, privilégiant la quantité au détriment de la qualité.Avram Fitiu, ancien secrétaire général de la Fédération nationale de l'agriculture écologique (FNAE) et actuel conseiller du secrétaire d’État à l'Agriculture en Roumanie, fait remarquer que même le paysan français ou belge a des difficultés à appliquer cette politique alors qu'elle a été conçue pour eux.« Les dégâts seront encore plus dramatiques en Roumanie, prévient-il.[Car/ à la suite du démantèlement du système collectiviste, une multitude de fermes de semi-subsistance, dont la taille moyenne est de 2,5 hectares, côtoient des exploitations de plusieurs dizaines de milliers d'hectares.» Critères d'éligibilité Effectivement, la FNAE craint que ce contraste foncier jumelé aux critères d'éligibilité de la PAC entraîne la disparition d'environ 4,3 millions de paysans et le transfert des 10 millions d'ha qu'ils cultivent au secteur industriel de l'agriculture.Cette superficie représente plus de 80 % de la surface agricole du pays.« Et la fracture sociale sera d'autant plus profonde que les sec- PHOTO : PHIU.SNEL/STF leurs industriel et tertiaire ne pourront pas absorber le surplus de main-d'œuvre provoqué par l'exode rurale », avertit Fitiu.Parmi les critères d'éligibilité, il y a d'abord la mise aux normes sanitaires des étables et des petites usines de transformation, à coûts prohibitifs pour la plupart des paysans, ensuite tout ce qui concerne l'enregistrement et le contrôle des semences.Tout paysan souhaitant échanger des semences est contraint d'inscrire ses semences dans un catalogue commun, législation européenne oblige.Les frais d'inscription sont élevés (allant de quelques centaines jusqu’à plusieurs milliers d'euros).Ce système n'est donc rentable que pour les entreprises qui ne produisent qu'un minimum de variétés à grande échelle, contribuant ainsi à l'expansion des monocultures.Et seules les semences « homogènes » ,et « stables » peuvent être inscrites.Autant dire seulement les semences industrielles traitées avec des engrais et des pesticides.Les semences paysannes, spécifiques à un terroir et à ses conditions climatiques particulières, ne seront pas commercialisables et risquent de disparaître.« La Roumanie pourrait se voir obligée d'interdire la culture de certaines variétés locales non inscrites ou inéligibles au catalogue et de cultiver des plantes provenant d’autres pays de IVE, provoquant la perte de son agrobiodiversité », explique M.Fitiu.De plus, les paysans qui auparavant sélectionnaient et échangeaient librement leurs semences, devront dorénavant les acheter des multinationales comme Monsanto, Dupont ou Syngenta, qui se parta- gent la moitié du marché mondial des semences.La contamination par des organismes génétiquement modifiés (OGM) constitue une autre dimension alarmante de l’agriculture roumaine.Selon les chiffres officiels du ministère de l'Agriculture roumain, il y aurait 35 000 ha de soja génétiquement modifié à travers le pays.Les estimations du Centre écologique de Transylvanie (CET) sont encore plus élevées.Le centre prétend que de 75 à 100 % des 120 000 ha de soja cultivés seraient contaminés.Cette hypothèse est fort probable car les OGM cultivés en plein champ se propagent sans égard aux frontières, par la dispersion du pollen et des graines provoquée par le vent.Un état de non-retour.Des alternatives en convergence Devant l'urgence de la situation, et à l'appel de la FNAE, les initiatives se multiplient.Ayant coopéré avec des agriculteurs roumains pendant de nombreuses années, Christian Planque, éleveur dans les Cévennes au sud de la France et membre de la Confédération paysanne, est convaincu qu'« il ne s'agit pas de remettre en cause l'adhésion de la Roumanie, mais d'agir en solidarité avec les pays candidats à IVE par le biais d'actions concrètes ».Ces dernières reposent sur la mise en réseau de diverses structures entre l'Europe de l'Est et de l'Ouest : associations paysannes, mouvements sociaux, centres de recherche et universités.À cela s'ajoutent l'auto-organisation des paysans de Roumanie, la création de groupes de travail sur la réforme de la PAC, la mise en place de systèmes de veille citoyenne et d'information indépendante, ainsi que la formation des journalistes sur les enjeux agricoles.« Toutes ces démarches visent à faire émerger la dimension politique de Tagri-culture ainsi qu'une perspective citoyenne.Elles contribueront à établir un rapport de force susceptible de renverser l'évolution actuelle de l'agriculture roumaine et européenne », conclut Christian Planque.Ces activités convergentes favoriseront la construction d'un projet européen commun fondé sur la souveraineté alimentaire.C'est-à-dire le droit des peuples de choisir une agriculture paysanne de proximité privilégiant la qualité des aliments, le respect de l'environnement et le maintien du tissu social des campagnes.Csilla Kiss Chronique d'un échec annoncé à l'OMC La réunion ministérielle de l'Organisation mondiale du commerce (OMC), organisée du 13 au 18 décembre prochains à Hongkong, semble d'ores et déjà condamnée à l'échec.Après les fiascos successifs des sommets de Seattle en 1999 et de Cancun en 2003, les déclarations les plus pessimistes des principaux acteurs de l'OMC se succèdent.Le commerce mondial devrait vivre dans les prochains jours une nouvelle désillusion.Selon les projections de l'Organisation mondiale du commerce (OMC), la libéralisation complète du commerce mondial injecterait à l’économie planétaire près de 182 milliards de dollars sur 10 ans.Cet objectif est le but ultime du cycle de Doha entame en 2001 et devant se terminer en 2006.Or les rivalités entre certains des 148 États membres de l’organisation, autant que la question de la liberalisation du commerce des produits agricoles mettent actuellement en péril l'atteinte de cet objectif.Le dernier round « Vous n 'aurez pas d accord à Hong Kong en décembre, non.» Peter Mandelson, le commissaire au commerce international, qui conduit les négociations pour le compte de l’Union européenne (UE), a fait sensation il \ a quelques jours en lançant cette declaration sur les ondes de la BBC M.Mandelson s’était déjà attiré de nombreuses critiques ces derniers mois, notamment en France, en raison de sa " complaisance » à l'egard des adversaires commerciaux de l’Europe.« Nous n'atteindrons pas le degre de progrès que nous espérions, mais nous allons continuer à travailler d'arrache-pied pour réaliser des progrès substantiels et nous aurons des progrès ».a alors nuancé Peter Power, le porte-parole de M.Mandelson, ajoutant : « Notre message est clair.Nous avons fait des efforts très sérieu v cri ahiissant nos subventions à l agriculture.Il taut qu'ils [les pays émergents, notamment.mais aussi des pays comme le Canada] reconnaissent que les négociations sont bloquées tant qu'ils n'auront pas répondu û nos propositions.» C’est donc dans ce contexte d'affrontement que s'amorcera le supposé round final du cycle de Doha à Hongkong.Si au départ, Pascal Lamy, le nouveau directeur général de l’OMC avait l’intention de bouder les deux tiers du programme de Doha à la mi-décembre, il admet maintenant qu'il ne pournu présenter qu’un projet d'accord très en deçà des attentes initiales.De sorte qu’une nouvelle conférence est déjà envisagée pour le début de 2006, question de venir à bout de l’ensemble des négociations et d’en arriver à un accord comme prévu dès la fin de la prochaine année.Le groupe de Cairns est le principal empêcheur de tourner en rond pointé du doigt.Celui-ci est composé de 17 pays développés et en développement, dont les principaux pays exportateurs de matières premières agricoles : Afrique du Sud, Argentine, Australie, Bolivie, Brésil, Canada, Chili, Colombie, Costa Rica, Guatemala, Indonésie, Malaisie, Nouvelle-Zélande, Paraguay.Philippines.Thaïlande, Uruguay.Ces membres sont accusés par TUE, mais aussi par les F.tats-l’nis, d'exiger une liberalisation totale des échanges mondiaux de produits agricoles, sans accepter en retour d’ouvrir leurs marches à l’industrie et aux services des autres pays.Certains pays membres tels le Brésil, Tlnde et l’Argentine, et dans une moindre mesure le Canada et l'Australie, n’ont pas tarde à reagir.Parmi les plus ulcérés, le ministre brésilien de l'Agriculture, Celso Amorim, qui a ouvertement remis en cause la bonne foi de ses partenaires européens : « L TE recherche des prétextés pour ne pas taire de concessions en matière agricole », a-t-il accusé.De son côté, l’organisation humanitaire Oxfam, très engagée sur cette question.ne s'est pas embarrassée de convenances diplomatiques.Elle a d'un côté qualifié vie » fourbes * les propos de M.Mandelson et s’est emportée de l'autre contre « la strategie honteuse des Eumpeens » visant à « accuser les pas s en soie de desvloppement de I actuelle impasse des discussions ».Deux camps s'opposent-ils encore ?« Ils ont aussi démontré leur determination â contrer désormais la logique d'un libéralisme à deux vitesses, im- posant aux pays du Sud qu'ils ouvrent leurs marchés à l'appétit des économies du Nord, tout en tolérant que les grandes puissances maintiennent leurs structures protectionnistes et faussent ainsi la libre concurrence [.].Reste à savoir si la cohésion des pauvres et des moins pauvres tiendra face aux puissants.» L'analyse de M.Bakary Togola, président d'une importante centrale syndicale de producteurs de coton du Mali, dévoile la complexité des rapports de forces sur l'échiquier mondial.Ainsi, le G-20.étendard des pays du Sud, mis sur pied juste avant la conférence de Cancun, n'est plus aussi homogène qu'il y a deux ans lorsqu’il était parvenu à tenir tête à TUE et aux États-Unis, notamment sur la question du coton.Depuis, les 18 millions d'Africains qui vivent de cette culture ont continué de subir de plein fouet les subventions que Washington fournit aux quelques dizaines de milliers de producteurs américains, permettant à ces derniers de doubler leurs exportations et de faire dramatiquement baisser les cours mondiaux.C ’est à sa tète même que « le front des pays du Sud • est fragilisé.Par exemple, le Brésil est bien plus » libre-échangiste » que Tlnde en matière de commerce agricole.De même, la récente polémique entre les compagnies d'aviation Embraer et Bombardier, à propos des credits à l’exportation, a montré combien « le consensus de Cairns » pouvait être altéré par les rivalités commerciales entre Brasilia et Ottawa.Et le Canada vient d ètre épinglé par TOMC, dans le conflit du bois d’œuvre, pour avoir enfreint les règles de libre concurrence qu'il pretend vouloir défendre à Hongkong.Le camp d’en face n'est pas plus coherent.La rivalité transatlantique, entre l’Amérique et le « vieux continent », reste vive dans de nombreux domaines tels que l’acier ou l'aéronautique.LUE elle-même est fortement affaiblie par l’historique adversité opposant les libre-échangistes réputés proches du « camp anglo-saxon » et les protectionnistes attachés aux subventions de la Politique agricole commune (PAC), dont la France est la principale bénéficiaire.Marc Gadiro CARNET DE VOYAGE Lendemains de la veille à Tunis Moment émouvant à Tunis en marge du Sommet mondial de la société de l'information.l'Iranienne Shirin Ebadi, avocate, défenseure des droits humains, Prix Nobel de la paix, rencontre les grévistes de la faim tunisiens assemblés pour sensibiliser la communauté internationale aux violations et atteintes aux libertés fondamentales en Tunisie.« La liberté est la plus grande des valeurs ! Car grâce à votre action, l'isolement de la dictature est aujourd’hui total.Vous pouvez arrêter votre grève en toute dignité, car nous avons besoin de vous pour continuer la lutte ! • a-t-elle déclaré.Entre-temps, le sommet organisé par les Nations unies, qui devait permettre aux États, aux entreprises et à la société civile de s'entendre sur l’avenir d’Internet, est resté sur sa faim.La question de la gouvernance de l’Internet, présentement contrôlée par les États-Unis, a été questionnée, mais aucune solution pratique n'a été élaborée.Dans un sens, il était un peu étrange cependant que ce débat ait lieu en Tunisie où, selon les organisations de défense des droits comme le Syndicat des journalistes tunisiens et la Ligue tunisienne de défense des droits de l'homme, la situation n'est pas rose.Quelques jours avant l’ouverture du Sommet parallèle, organisé par les organisations non gouvernementales (ONG), le gouvernement interdisait l’événement et se permettait de bousculer plusieurs journalistes et délégués internationaux venus appuyer les groupes tunisiens.Au point où plusieurs délégués officiels sont venus exprimer leur indignation, comme le président suisse qui a déclaré que la liberté de la presse est un passage obligé pour tous les États modernes.Lors de l'échange avec Ebadi, et devant une centaine de délégués internationaux, M, Tahyaoui, un des grévistes de la faim, a confirmé la détermination des dissidents : « Nous voulons révéler au monde une dictature.Tous les grévistes ont connu à diverses étapes de leurs vies l'emprisonnement ou la torture.D'autres ont subi l'exil.Nous avons entrepris cette grève ensemble et nous allons la terminer ensemble.» Au moins, la police s'est abstenue d'intervenir pour empêcher ces grévistes de prendre la parole.Le groupe a mis fin à sa grève le 18 novembre.Michel Lambert Quand la parole se cyberdélie PHOTO : GREG BAKER/AP PHOTO .x - ' Depuis la nuit des temps, des hommes et des femmes ont été censurés, voire emprisonnés, torturés et parfois mis à mort en raison de ce qu'ils avaient dit ou écrit Aujourd’hui, avec l’avènement du cyberespace et la prolifération des cafés Internet il est de plus en plus facile à quiconque de diffuser mondialement et rapidement des critiques, des commentaires, des opinions dissidentes, notamment à travers des blogs.Certains en subissent parfois le dur revers de la répression, comme en Tunisie, en Chine ou en Égypte.Abdolkarim, un jeune dissident quelque peu énigmatique, âgé de 21 ans, est le premier des cyberdissidents à être arrêté en Égypte.Sa famille est résolument sunnite et lui-même est inscrit à la prestigieuse école de droit Al-Azhar.Ce qui ne l’a pas empêché de tenir dans son blog, c'est-à-dire son site Internet personnel, des projxrs radicaux et offensants pour les membres de la communauté musulmane.Pour avoir publié un compte-rendu émotif des émeutes, il a été « puni » de 18 jours de détention.Cest qu'il a décrit les émeutes qui ont eu lieu en octobre, à Alexandrie en Égypte, aux abords d'une église copte, en ces termes : «¦ Hier, les musulmans ont retiré le masque, révélant au monde leur véritable sinistre visage, ultime incarnation du barbarisme, de la brutalité, du vol et de l'inhumanité.Les incidents dont j'ai été témoin hier ont été pour moi un révélateur d'à quel point leurs revendications de tolérance et de paix n'étaient que des écrans de fumée.» A la fin de l’incident, trois commerces avaient été détruits, trois personnes tuées et plusieurs blessées.En tout, environ 150 personnes ont été arrêtées.Confuse liberté d'expression Il n’y a pas eu beaucoup de mobilisation pour défendre le droit à la liberté de parole d’Abdolkanm.En fait, son militant le plus actif est un universitaire musulman du nom de Malek Mostafa.À titre d’opposant à l'arrestation du jeune cyberdissident, Malek a consulté des avocats et visité sa famille.Car, dit-il, même s'il a été offensé par les écrits d'Abdolkanm, il croit fermement que la liberté de parole est inhérente à l'islam.Malek Mostafa est en ce sens un être à part.Globalement, il existe une grande confusion autour des questions reliées à la liberté d’expression.Et lorsque la confusion règne, Chypocnsie se déchaîne.Bien des gens, aux bonnes intentions, se retrouvent dans l'embarras en raison de la façon dont ils se sont exprimés dans Internet.Le monde majontairement silencieux est en attente, parce qu'à ce jour, il n’existe pas de consensus international sur ce qui peut et ne peut pas être publié dans le cyberespace.Cyber-Chine Roland Soong est un chercheur en communication, basé à Hong Kong.Il exploite le blog très couru, EastSouthWestNorth, dans lequel il dépeint la Chine telle qu’il la perçoit.La Chine est une société fermée dans laquelle Internet croît de façon stable, ce qui permet à de plus en plus de ses atoyens de discuter en ligne.La plupart n'aborde pas les grands enjeux politiques.Seuls quelques-uns s'y risquent.Pour Soong, se sont des « leaders d'opinion », alors que l'État chinois est quant à lui, un leader mondial de la cyberrépression.Le chercheur souligne que dans nombre cfÉtats, le droit à la liberté d'expression, dans le cas spécifique d'Internet est protégé par leur Constitution.Mais en Chine, la liberté de parole s'arrête là où la sécurité nationale commence.En revanche, aucun écrit n'explique ce qu'est la sécurité nationale.Des cyberdissidents sont ainsi arrêtés et empnsonnés sans autre forme de procès.Et parfois sans laisser de trace.Dans notre cours Des campagnes sont actuellement en cours afin d’empêcher les gouvernements d'obtenir des renseignements sur les blogs et les sites Internet dans le but d'en poursuivre les auteurs, sans qu'ils aient dûment obtenu un ordre de la cour.Cet enjeu est important et nous concerne personnellement Le mois dernier, le projet de loi C-74 a été présenté devant le Parlement canadien.S'il est adopté, la justice n’aura plus besoin de mandats pour obtenir des fournisseurs de service Internet des renseignements sur leurs abonnés : adresses civiques, adresses IP, numéros de téléphone, de téléphone portable.Dans les pays où l’appareil judiciaire n'est pas indépendant les mandats ne sont le plus souvent Qu’une futile formalité.Certains des plus importants fournisseurs de service Internet reçoivent près de 200 ordres de cour par jour leur demandant de fournir des adresses IP, des noms et des adresses civiques.Ils ne sont pas informés de la nature des causes, et leurs employés ne sont pas en position d’argumenter.Une question de temps De l’autre côté, dans le cas de la Chine, il est évident qu'avec 100 millions d’utilisateurs d’Internet - un chiffre qui ne cesse d'augmenter - il n'existe aucun moyen efficace de surveillance.Les gens discutent en ligne d'enjeux tels la liberté de parole avec une liberté qui n’existart tout simplement pas il y a 20 ans.Soong croit que ce n'est qu'une question de temps pour que la Chine ne ressemble aux États-Unis.Autrement dit avant quTI y ait 10 millions de voix et personne pour les écouter.Les voo< les plus fortes seront cèles qui auront accès aux médias de masse., Vanessa Gordon A la suite des attentats à Amman, en Jordanie Heurs et malheurs d'une nation incertaine Pendant longtemps, la Jordanie a été présentée comme un modèle de stabilité et de sécurité au Moyen-Orient.Une stabilité érigée grâce à un efficace et féroce système géré par un puissant éventail de moukhabarates (services de sécurité), par une monarchie régnant sans partage.En ce sens, les horribles attentats du 9 novembre inquiètent.Que Al-Qaïda soit capable de frapper Amman, la capitale sans doute la plus sécuritaire de la région, n'est pas sans signification.Conçue durant la période coloniale comme une zone tampon, entre la péninsule arabique et le Proche-Orient, devant isoler les turbulents Irakiens et les non moins problématiques Palestiniens, la Jordanie a toujours souffert d'une certaine artificialité.Cette situation est exacerbée du fait que la majorité de la population jordanienne est en réalité palestinienne à 60 %, depuis l'exode de 1948 et celui de 1967.Sans pétrole ni autres ressources importantes, le territoire concédé par les Britanniques à la monarchie hachémite est donc resté fragile.Une dictature « efficace » En dépit de ces turbulences, la Jordanie a acquis la réputation d'être une dictature « efficace », très liée aux États-Unis et à Israël, ayant pour but non seulement de policer les Palestiniens, mais aussi de constituer une base de déstabilisation contre les régimes baassistes de l'Irak et de la Syrie.Jusque dans les années 1980, le roi Hussein prétendait parler au nom des Palestiniens dans le cadre de divers plans israéliens pour se donner un rôle important dans la gestion de la crise.Le roi Hussein, qui savait utiliser les occasions, devint également un grand allié de la dictature irakienne lors de la guerre de Saddam Hussein contre l’Iran.Mais en 1987, le régime subit un choc.La première Intifada démontrait à la face du monde que les Palestiniens n’entendaient pas se résigner à l'occupation ni accepter le joug du roi.Peu après, celui-ci eut l'intelligence d’abandonner ses velléités concernant la Cisjordanie.Une libéralisation sous influence La Jordanie des années 1990 s'est retrouvée relativement marginalisée, ayant épuisé son rôle d’« intermédiaire » obligé des Palestiniens.La première guerre contre l'Irak en 1991 est alors venue compliquer les choses.La très grande majorité des Jordaniens étant contre l'invasion américaine, le régime d'Hussein a dû manœuvrer pour ne pas offusquer ses protecteurs américains.Néanmoins, les ressacs ont été dramatiques.Après la défaite de Saddam, des centaines de milliers de Palestiniens étaient expulsés du Koweït et des autres pé-tromonarchies du Golfe.N'ayant pas la possibilité de revenir chez eux, la plupart a abouti en Jordanie en créant une grande pression sur les infrastructures déjà déficientes du pays.Entre-temps, les pays du Golfe coupaient les fonds, pour « punir » la Jordanie d'avoir été aux côtés de Saddam.Pour faire contrepoids à cette évolution, le roi Hussein a alors entrepris une libéralisation relative.Parfois qualifié de •• démocra-ture » par ses adversaires nationalistes ou de gauche, le régime a permis une certaine ouverture politique.Les partis d'opposition ont été légalisés, des élections ont eu lieu, la presse et les associations ont pu fonctionner avec une marge de manœuvre étroitement contrôlée par les redoutables moukhabarates.Les partis islamistes ont pour leur part connu une progression importante, en sachant qu'ils ne devaient pas franchir les « lignes rouges » établies par le roi, comme d'oser gagner les élections ! On avait l'impression que la monarchie allait avec cette évolution réussir à naviguer dans les eaux troubles du Moyen-Orient.La crise économique et sociale Mais au tournant des années 1990, les tensions politiques se sont surtout ravivées sous la forme d’une crise latente au niveau social.L’absence d’investissements s'est traduite par une montée rapide du chômage qui touche le tiers de la population.Des régions périphériques ont été durement touchées par les mesures d’austérité budgétaire que le gouvernement a décrétées sous l'influence du Fonds monétaire international (FMI).Des turbulences ont éclaté au sein de la population jordanienne « de souche », prenant la forme d'émeutes de la faim dans plusieurs villes secondaires comme Ma'an, Karak et Zarqa.Quant aux Palestiniens généralement exclus de la fonction publique et surtout de l'armée, la majorité s'est re- trouvée dans la pauvreté.Pendant ce temps, la détérioration de la situation en Cisjordanie et à Gaza a créé de nouvelles pressions.Les frontières entre Israël et la Jordanie ont été fermées à plusieurs reprises, ce qui a eu des effets très déstabilisateurs pour l'économie jordanienne.Après le déclenchement de la deuxième Intifada, la Jordanie est devenue avec les territoires occupés un espace sinistré sur le plan économique.Et la disparition d’Hussein en 1999 a été un coup dur contre un régime très identifié au roi qui avait su doser répression et cooptation d'une manière assez habile.La guerre contre l'Irak En 2003, avec la nouvelle guerre américaine contre l'Irak, la Jordanie se retrouve à nouveau coincée.Incapable d’appuyer Washington ouvertement, Amman devient cependant une plaque tournante pour les opérations militaires clandestines des États-Unis.La capitale jordanienne est aussi une sorte d'avant-poste politique et logistique pour préparer et mettre en place les conditions d'une occupation de longue durée.Cette guerre étant vue par les néoconservateurs de Washington comme la première étape d'une grande strategie pour remodeler l’ensemble de 1a région, l'élimination de Saddam doit ouvrir la porte au « nettoyage » des régimes récalcitrants en Syrie et en Iran, et même à la marginalisation des pétromonarchies instables du Golfe.Abdullah II, le nouveau roi de Jordahie, comprend son intérêt dans cette évolution et pense que la dynastie hachémite peut se donner un nouveau souffle comme allie stratégique des États-Unis.L'impasse actuelle Presque trois ans plus tard, c'est l’enlisement.Les néoconservateurs sont en déclin, Washington se cherche une porte de sortie permettant de sauver les apparences.L'Irak est à feu et à sang.Les Jordaniens et les Palestiniens sont sans illusion devant les manœuvres israélo-américaines en Palestine et dont le but est d’imposer la consolidation de l’occupation, particulièrement en Cisjordanie.Le régime iranien, au cœur de l’Axe du mal décrété par Washington, continue sa fronde.Dès lors, la monarchie jordanienne est fragilisée.Et en dépit de l'efficacité îles moukhabarates, elle ne réussit pas à contrôler la degradation de la situation.En exécutant une véritable boucherie dans les hôtels à Amman, le chef d’Al-Qaïda dans la région, Abou Moussab Zarkaoui, envoie un double message : contre la collaboration de la Jordanie avec les États-Unis, et contre le régime jordanien lui-même.Entre-temps, Abdallah s’apprête à verrouiller encore plus la société.Ce qui inquiète les associations de défense des droits de la personne qui estiment que les nouvelles mesures répressives vont davantage nuire à l'opposition libérale et aux médias qu'à Al-Qaïda.Certes, à court terme, la situation va demeurer sous contrôle.Mais il ne faudrait pas s'y tromper.Les foules qui étaient dans les rues d'Amman pour dénoncer les terroristes seront encore plus nombreuses pour célébrer un retrait honteux des forces américaines en Irak, ou encore pour fêter la défaite d’Ariel Sharon.La colère est immense et annonce les tempêtes de demain.I’ll KKE BEAUDET Rendez-vous à Caracas Du 24 au 29 janvier 2006 aura lieu à Caracas la sixième édition du Forum social mondial (FSM).Cette fois, le FSM se veut « polycentrique » avec des événements synchronisés au Venezuela, au Pakistan et au Mali où plusieurs milliers de personnes se sont donné rendez-vous.Dans la capitale vénézuélienne, plus de 100 000 personnes sont attendues.Après les énormes succès de Porto Alegre et de Mumbai, le FSM de 2006 entend faire plus, tout en prenant des risques.La grande métropole de Caracas s'étend entre les montagnes et la mer.Acaochés le long des collines, des bidonvilles, barrios, s’étalent à perte de vue dans un capharnaüm de ruelles et de cabanes où règne le « système D » de la débrouille et de l'entraide.Depuis quelques temps, les barrios bourdonnent d'activités.Des cliniques, des écoles, des centres d'alphabétisation poussent comme des champignons.L'argent du pétrole que les gens ordinaires n'avaient jamais vu sert au développement social.Les pauvres (50 % de la population) vont chez le dentiste pour la première fois de leur vie.Les enfants reçoivent un verre de lait à l'école.Des mémés et des pépés apprennent à lire et à écnre.Est-ce cela la révolution ?Sorti de sa caserne au début des années 1990 et réélu par la suite plusieurs fois par le peuple vénézuélien, Hugo Chavez est un homme comme on en rencontre dans les romans de Gabriel Garcia Marquez.Pour les petites gens des barrios, c'est le sauveur, celui qui ne fait pas partie de cette infiniment petite élite blanche et riche qui domine le pays depuis des lustres.Pour les dominants, c'est un « Castro communiste », un fou, un « singe noir » comme on le dit dans les beaux salons de la capitale où l'on est habitué à faire son shopping à Miami.Et pour Washington, Chavez est un gros, un très gros irritant.Au lieu de dilapider la richesse nationale, il reconstruit son pays et renforce ses capacités militaires.Il appuie Cuba, mais aussi tous les efforts pour remettre en mouvement cette Aménque latine qui en a marre d’une domination états-unienne.Sûr de sa force depuis qu'il a déjoué la tentative de coup d'État d'avnl 2002, Chavez en remet sur la sauce.Récemment, lors du Sommet des Amériques qui avait lieu en Argentine, il a fait défection pour aller du côté des manifestants anti-ZLÉA.« C'en est fini de l'humiliation », a-t-il déclaré devant 100 000 personnes en délire venues l'accueillir.Et son pays, quatrième plus gros producteur de pétrole au monde, a des capacités que peu d'États du tiers-monde possèdent.Ombres et lumières La révolution bolivarienne, comme l’ont baptisé les partisans du président, poursuit un cours impétueux.Selon des analystes comme le sociologue Edgardo Lander, «cette société a longtemps fonctionné avec des chefs charismatiques.Les contre-pouvoirs, comme les mouvements sociaux, les universités ou les médias, sont en général assez faibles.» Quand le lider maximo ne fait plus l'affaire, c’est l'émeute, comme le fameux Caracoazo de 1989.Aujourd'hui, Chavez surfe sur le haut de la vague et fonctionne au-dessus et même au-delà de l'État.Son émission télévisée hebdomadaire, Alla Présidente, est une sorte de dialogue direct où les gens expriment leurs doléances et où le président prend des décisions sur le champ ! Ce style fait bien des contents parce qu'il déjoue l’impitoyable bureaucratie toujours efficace à trouver une excuse pour ne pas agir.Mais en même temps, il inquiète les intellectuels et une partie des militants de gauche, d'autant plus qu'un grand nombre d'officiers l'ont suivi et se retrouvent maintenant au sommet des institutions de l'État D'un autre côté, admettent les critiques de Chavez, des réalisations importantes sont visibles dans les quartiers populaires, y Compris sur le plan d'une certaine démocratie participative où la population est appelée à se prononcer sur les priorités de la vie quotidienne.Le « pétro-populisme » avance, car ce qui compte pour les gens, ce sont les résultats.Le Forum social à Caracas Créé par les mouvements sociaux du monde entier, le FSM a relancé l'imagination du monde entier avec son désormais fameux slogan, Un autre monde esf possible.La relocalisation vers Caracas offre dans ce contexte des opportunités et des risques.Certes, Hugo Chavez a mis à la disposition des mouvements sociaux des infrastructures importantes, ce qui n'est pas négligeable pour recevoir 100 000 personnes ! Ses propositions, comme celle de créer une nouvelle « Alliance bolivanenne pour les Amériques », reçoivent beaucoup d'appui au sein de la grande famille altermondialiste, surtout en Aménque du Sud.Mais par ailleurs, le FSM est soucieux de préserver son autonomie et sa perspective critique.Il se définit très fortement comme non partisan faœ aux divers projets des partis politiques et des États, et se structure comme un espace de rencontres inclusif dans la recherche d'alternatives à l'ordre néolibéral actuel.Selon Carlos Torres, qui représente Alternatives auprès du comité organisateur du Forum, composé des principales organisations sociales du Venezuela, * c'est donc un grand défi, dans un pays où la voix cTEI Présidente a généralement prépondérance.» Mission Québec Comme lors dès précédents FSM de Porto Alegre et de Mumbai, des Québécois et des Québécoises seront au rendez-vous Alternatives, la CSN et la Fédération nationale des enseignantes et des enseignants du Québec (FNEEQ) s'apprêtent par ailleurs à organiser, quelques jours avant le FSM même, une sorte de « mission Québec » pour découvrir sur place les réalités multiples du processus en cours.Avec l'aide d’une équipe technique déjà sur place à Caracas, des discussions seront organisées pour comprendre et entendre le Venezuela « populaire » qui s'enthousiasme pour Chavez mais qui s’organise aussi dans mille et un projets.À travers cette « mission Québec » d'un type particulier, qui a peu à voir avec les Team Québec ou Canada qui visitent le monde pour faire du business, l'idée est de tisser des Hens de solidarité avec un pays qui sans nul doute puera un grand rôle dans les affaires à venir de l’hémisphère, tout en profitant de l'immense remue-méninges qu’est te F5M.CWHEWNE B NETTE Le ménage du président du Zimbabwe Des dizaines de milliers de Zimbabwéens se sont retrouvés sans abri à la suite de mesures administratives dévastatrices et une politique nécessaire, mais brutale, de redistribution des terres.Ce qui a provoqué le retrait des investissements occidentaux et isolé encore davantage le régime, qui ne compte dès lors que la Chine et l'Afrique du Sud pour tous alliés.Plus que jamais, le président du Zimbabwe, Robert Mugabe, clame être la cible de l'impérialisme blanc, parce qu'il a dépossédé les riches propriétaires terriens blancs et redistribué les terres aux agriculteurs noirs pauvres.¦ ï De fait, le régime de Mugabe s'en est pris à l'héritage colonial de l'ancienne Rhodésie en expulsant 2 900 Blancs des terres qu'ils s'étaient accaparé de force il y a 100 ans.Seulement, ces terres ont été majoritairement redistribuées aux membres du parti et de la bourgeoisie noire proche du pouvoir : les •< agriculteurs aux téléphones cellulaires ».En conséquence, si 80 % des terres ont été redistribuées, cela n’a pas empêché la pauvreté d'augmenter.Les quelque 150 000 familles, qui se sont vu offrir des terres provenant de 20 % des fermes reprises par l'État, ont reçu des exploitations de petites tailles situées généralement dans les régions les plus arides, sans infrastructure adéquate.Pire encore, les 350 000 anciens travailleurs agricoles à 1'» emploi » des Blancs ont pour la plupart été chassés par les nouveaux propriétaires.Opération rénovation Cette main-d'œuvre forcée à l’exode est venue grossir les rangs des habitants des bidonvilles, qui ont ensuite été évincés par l'opération Murambatsvina, qui signifie « nettoyer les ordures » en shona, la langue locale, ou » restaurer l'ordre », selon la traduction officielle.De mai à juillet, soit pendant les mois d'hiver, Mugabe, effrayé par le spectre des émeutes populaires, a effectivement procédé à ce qu'il nomme la » rénovation urbaine » ou le « déconges-tionnement des villes ».Les demeures d'environ 700 000 personnes ont été rasées - selon une estimation des Nations unies - lorsque les escouades de démolition du gouvernement se sont écrasées sur les pauvres des peuplements informels des centres urbains du Zimbabwe.La plupart de ces personnes délogées ont été abandonnées dans des campements, dans leur zone rurale d'origine, dans l’unique but de s’en débarrasser.Il s’agissait, pour le régime, d'éliminer toute étincelle de dissidence avant même qu’elle ne puisse se transformer en un siège populaire ou prodémocratie du palais présidentiel.En novembre, les étudiants, les syndicalistes et les militants en faveur de plus de démocratie ont été à leur tour victimes de la - stabilité forcée ».La Coalition de crise du Zimbabwe a dénombré 172 arrestations effectuées par la police lors de trois descentes en vue de contrer une rébellion anticipée en raison de l'augmentation annoncée du prix du pain, devant passer du simple au double.Le 9 novembre, des leaders étudiants ont été interpellés.Six membres du conseil exécutif étudiant de l'Université du Zimbabwe et le président du Syndicat étudiant national zim-babwéen (Zinasu) ont été accusés d’avoir « incité à la violence ».Leur arrestation survient à la suite de plusieurs mois d'une persécution qui s'est intensifiée avec la campagne du Zinasu contre la ridicule allocation d'études du gouvernement, et le débranchement des services d'eau et d'hygiène dans les résidences étudiantes.Les leaders étudiants amenés devant de nombreux comités disciplinaires ont été suspendus, et exclus des résidences.Trente-quatre militants de la National Constitutional Assembly (NCA) dans cinq différentes villes du pays ont connu le même sort.La NCA proteste notamment contre la récréation au Parlement d'une chambre haute, ou Sénat.Le Sénat avait autrefois été créé sous le régime rhodésien pour protéger les intérêts des Blancs, à l'aide des rôles d'électeurs ségrégués, d'une représentation disproportionnée et de chefs sélectionnés, Mais, neuf ans après la déclaration d'indépendance, en 1980, le Sénat avait été fusionné à la chambre basse.Les tenants du système bicaméral prétendent que la chambre basse fait preuve d'une « désastreuse immaturité » depuis l'arrivée des députés du Movement of Democratic Change (MDC) en son sein, et qu'afin de « sauvegarder les intérêts constitutionnels » il est donc nécessaire de la ressusciter le Sénat Trois jours apres les arrestations des membres de la NCA, les militants du Zimbabwe Congress of Trade Union fZCTU) ont aussi été pris en flagrant délit de « rassemblement illégal » lors de leur journée d’action contre la pauvreté.Les actions en solidarité avec l'initiative du ZCTU ont proliféré au pays.On a vu des jeunes distribuer des messages de liberté, mais aussi des travailleurs organiser des rallyes dans les quartiers.La police a révoqué la permission accordée pour la marche au centre de Harare et arrêté 115 personnes, dont des militants du Forum social pour le Zimbabwe et du Camp Uhuru pour les jeunes, ainsi que le président du ZCTU.Parmi les personnes arrêtées, cinq enfants âgés de moins de trois ans et au moins 20 personnes séropositives.La peur pour leur santé a grandi quand la police a refusé aux détenus l'accès aux services d'un avocat et qu'elle les a déplacés dans des cellules de détention à l'extérieur de Harare.Les rapports selon lesquels certains leaders auraient été torturés sont encore plus inquiétants.La journée d'action du ZCTU contre la pauvreté se voulait un geste de protestation contre le programme de redressement économique du gouverneur de la Banque centrale du Zimbabwe, Gideon Gono.La thérapie de choc néolibérale imposée par ce dernier n'a pas réussi à stopper le tourbillon inflationniste.Les frais de scolarité ont augmenté de 1 (100 %.Le taux de change pour le dollar américain est passé de 20 000 à 100 000 dollars zimbabwéens en moins d'un an.Les contrôles des prix des aliments ont aussi été éliminés.Et après avoir jiayé plus de 1.35 millions de-dollars US au Fonds monétaire international (FMI) afin d’empêcher d'en être expulsé, le Zimbabwe ne connaît toujours pas de signe de redressement économique.Dénouement et enlisement Les 115 manifestants arrêtés au rallye du ZCTU ont été relâchés le 11 novembre.Le procureur général émettra maintenant des assignations à témoigner afin de traduire les accusés devant les tribunaux.Les militants de la NCA et du Zinasu ont aussi été libérés, mais les accusations n'ont pas été abandonnées.Le programme de réinstallation des terres laisse toujours les pauvres sur leur faim.Le gouverneur de la banque centrale vient de condamner une nouvelle vague d'occupation des terres.Les « envahisseurs » ont été évincés afin de « stabiliser les indicateurs économiques ».Fendant que la population crie famine, les lois du marché et du FMI sont strictement observées par l'État autoritaire.Nicolas Diluiens 4 4 Points de vue Billets Les Nations unies blâment la police de Montréal Francis Dupuis-Déri Kafe, - Plus de 2 500 manifestants ont été arrêtés au Québec depuis 1999, dont la majonté à Montréal.Ce 2 novembre, le Comité des droits de l'homme des Nations unies a déclaré, à propos du Canada, s'inquiéter que » la police, en particulier à Montréal, pratique des arrestations de masse de manifestants », et invite le Canada « à mener une enquête » sur la police de Montréal.L’arrestation de masse consiste à encercler rapidement le plus grand nombre de manifestants, une tactique qui semble contrevenir à la Charte des droits et libertés, puisqu'elle réduit l'ensemble des manifestants à un attroupement de criminels, indépendamment des gestes posés par chaque individu, et brimant ainsi la liberté d'expression et d'assemblée.Si des méfaits sont commis par quelques manifestants seulement, est-il légitime de considérer tous les manifestants coupables par association ?L'article 65 sur « l'attroupement illégal » du Code criminel canadien propose un tel amalgame.Le Comité des Nations unies laisse entendre que la loi contrevient ici au Pacte international relatif aux droits civils et politiques, dont le Canada est signataire.Cette critique, de l'organisation internationale, rejoint la thèse de Patrick Forget, auteur de Sur la manifestation (2005), qui constate que la disposition du Code criminel à l'égard de l'attroupement illégal « remet entre les mains des policiers le pouvoir de mer l'exercice de droits constitutionnellement protégés ».Une fois encerclés, les manifestants sont déclarés en état d'arrestation et généralement tirés un par un de la foule, menottés, fouillés, photographiés, fichés puis accusés d'attroupement illégal.L'opération dure des heures, sans possibilité pour les personnes arrêtées de contacter un avocat ni d'avoir accès à de l'eau, de la nourriture, des toilettes, des tampons et serviettes hygiéniques.Réagissant au blâme des Nations unies, le directeur adjoint de la police de Montréal a déclaré que « les arrestations de masse sont toujours la dernière alternative.On fait ça seulement quand il y a des débordements majeurs pendant une manifestations.» Si ces propos sont correctement rapportés par les médias, ce policier ment.Les 66 étudiants de l'UQAM encerclés le 24 novembre 1999 manifestaient paisiblement contre Coca-Cola dans la rue Sainte-Catherine.Pire : le 26 avril 2002, les policiers ont encerclé environ 500 personnes avant même le début d'une manifestation contre le G-8.Le porte-parole de la police avait alors parlé d'une « intervention préventive ».Comment expliquer que la police arrête des manifestants paisibles ou qui n'ont même pas encore manifesté ?Des recherches en sciences sociales indiquent que les policiers sont d'autant plus prompts à intervenir de façon répressive qu'ils associent les manifestants à des idéologies jugées « radicales » et « marginales ».Cette discrimination des policiers à l'égard des manifestants associés à l'extrême-gauche semble encouragée par divers acteurs sociaux Une analyse des médias et des propos de policiers appelés à témoigner lors de procès de manifestants permet de constater que politiciens, journalistes, universitaires et policiers affirment tous en choeur que les « jeunes anarchistes » sont par essence des « casseurs » - voire des « terroristes » - qui n'ont aucune pensée politique et sont animés par une pulsion nihiliste.Pareille stigmatisation de la part d’un ensemble d'acteurs sociaux influant envoie un message clair aux policiers : ces manifestants n'ont aucune légitimité, neutralisez-les.Quelques drapeaux noirs anarchistes dans une manifestation de « jeunes » suffisent pour que les policiers perçoivent ces manifestants comme violents, indépendamment de leurs agissements concrets.Désespérés de voir les policiers respecter leurs droits, des manifestants arrêtés ont intenté des recours collectifs contre la Ville de Montréal.L'un de ces recours invoque une « discrimination fondée sur les convictions politiques » dont seraient coupables les policiers.L’observation tend à confirmer ce soupçon.Deux jours après la parution du rapport des Nations unies, une manifestation « anticapitaliste » avait lieu à Montréal.Cette fois, la police n'a pas procédé à une arrestation de masse.Fallait-il la voix des Nations unies pour que les policiers de Montréal respectent enfin les droits fondamentaux de leurs concitoyens, soient-ils « jeunes » et « anarchistes » ?« Indigènes de la République » Monique Crlnon Paris - Les émeutes des banlieues parisiennes ont tenu en haleine la police pendant plus de 15 jours.Elles ont touché l'ensemble du territoire français, ont procédé par auto-organisation, sans leaders ni revendications.Elles sont nées de la mort de Ziad Benna (17 ans) et Bouna Traoré (15 ans), de Clichy-sous-Bois, électrocutés en se réfugiant dans un transformateur à haute tension pour échapper aux policiers.Les émeutiers sont jeunes.La grande majorité d’entre eux n'était jusque là pas fichée (c’est maintenant chose faite I), et ce sont souvent des élèves classés « moyens » qui savent cependant qu'ils ne bénéficieront pas de la logique d'exception des têtes de classe.En réalité, ces jeunes ont compris qu'ils ne peuvent pas croire dans les institutions de la République.Ils le savent d'expérience, car ils ont vu le déclassement et le mépris dont ont été victimes leurs parents.Ils savent que le rapport de force avec les institutions est perdu d'avance : « On est foutu, alors on va leur pourrir la vie ».En réponse à cette situation, le gouvernement français a décidé d'exhumer une loi datant de 19551 à laquelle ses prédécesseurs n'ont fait appel qu'en deux occasions : pendant la guerre d'Algérie et en Nouvelle-Calédonie.Il vient d’en prolonger la mise en application de trois mois.En ressortant une loi de l'époque coloniale, le signe politique du gouvernement est clair : ces territoires et leurs habitants ont un statut à part qui renvoie symboliquement à celui des populations vivant sous domination coloniale.Ils sont somme toute, des « Indigènes de la République ».Depuis des années, les habitants des quartiers populaires - notamment les jeunes - sont stigmatisés.Ceux issus de la colonisation sont construits en barbares et en délinquants.Les banlieues deviennent une problématique à part, dont on confie la gestion à la police et à la justice.Les quartiers populaires sont renrésentés comme les espaces de la * racaille » et comme temtoires à reconquérir par la République.Le discours sur ces quartiers et leurs habitants est celui de l'autoritarisme et de la répression.Les violences policières sont le lot quotidien des jeunes.Essayez d'imaginer que votre enfant parce qu'il est grand et blond, se fasse contrôler de façon musclée cinq ou six fois dans la même semaine ?! L'Etat libéral s'est peu à peu désinvesti de ces « territoires ».Le tissu associatif et les acteurs de la société civile ont vu les aides publiques diminuer, et un nombre significatif d'entre eux ont dû déposer leur bilan ces trois dernières années.En fait d'intervention publique, c'est une politique publique sécuritaire qui a été développée au détriment des politiques de l'emploi, du logement et de l'insertion.D'ailleurs, l'actualité médiatique et politique est dominée depuis plusieurs années par une mise en scène de la peur : danger mtégnste, affaire du foulard, discours sur l'insécunté.En réalité, ces émeutes n'auraient dû surprendre personne, leurs causes sont profondes et anaennes.Cela fait 30 ans que les banlieues réclament justice : des années de révoltes, d'émeutes, de manifestations, de marches, de réunions publiques, de cns de colère et de revendications précises.Or, la gestion institutionnelle du marché du travail, des parcours scolaires, de l’accès à l'apprentissage et au logement est en droit égalitaire, mais en fait ethnique et raaste.Le faciès, le nom et le quartier d'habitation sont les indicateurs d'exclusion ou d'inclusion, tout le monde le sait.La distorsion, entre les affirmations d'une république qui se revendique des Lumières et sa pratique réelle, est devenue insupportable.Et la gauche ?Malheureusement ses réactions sont restées très en deçà de ce qu'on est en droit d'attendre d’elle.Le Parti socialiste (PS) a honteusement voté l'état d urgence, les autres organisations semblent dépassées par la situation Elles oscillent entre un discours parental (ce sont des enfants, il faut qu'ils rentrent à la maison et il faudrait aider leurs parents car ils ont du mal à éduquer leurs enfants), et le recours à une rhétonque générale sur la cnse soao-économico-libérale.Elles réagissent en reproduisant l'idée que ces temtoires sont à part, tendant à réduire leur énergie à une situation qui ne trouve d'exutoire que dans la violence et le désespoir Les jeunes ne feraient qu'exprimer une colère certes légitime, mas de façon irrationnelle.Sous-entendant ainsi que c'est à « nous » de leur apporter les instruments légitimes de lutte et d'expression politique, et reproduisant l'idée qu'il s'agit là de populations incapables d'articuler une pensée politique.Plus grave, on observe au fil des jours l'emprise du déni, s'accordant pour dire que finalement le problème est cf abord sooal, escamotant ainsi les pratiques raostes institutionnelles de ce pays.En réalité, l'enjeu est d'arriver à articuler et à combattre deux types de domination le capitalisme néolibéral et le racisme.Or, c'est bien par la collaboration avec les populations concernées qu’on armera à construire une convergence des luttes ' La loi du ï avnt 1955 autonse des interdictions de séÿxir pour • toute personne cherchant à entraver, de quelque manière que ce sort, l’action des pouvoirs publics >.des assignations è résidence pour • toute personne [ ] dont l’activité s avère dangereuse pour la sécurité et f ordre publics > la lermeture des « lieu» de réunion de toute nature • et I interdiction des « réunions de nature à provoquer ou à entretenir le désordre ».Le gouvernement a même prévu des perquisitions de nuit, if peut, en outre, faire • prendre toutes mesures pour assurer le contrôle de la presse et des publications de toute nature ».et donner compétence aux xiridietions militaires en concurrence avec ês luges ordinaires /A k.f mam NATIONS OKIES c©Nf É1&E-NCE T>ES \ CONTÉISENCfc VPS’ T4AI »v-ri-»-r ~ »- \sUK.UES qiAMgEMENTg CUMATt(3ÜE$ mËm ilîîSI!
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