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Le devoir
Quotidien montréalais indépendant et influent, qui informe rigoureusement et prend part aux grands débats de la société québécoise [...]

Fondé à Montréal par l'homme politique québécois Henri Bourassa, le quotidien Le Devoir paraît pour la première fois le 10 janvier 1910. Bourassa rassemble autour de lui une équipe de rédaction fort compétente. En font partie Olivar Asselin, Omer Héroux, Georges Pelletier, Louis Dupire et Jules Fournier.

Dès ses débuts, Le Devoir se veut patriotique et indépendant. Résolument catholique, il est partisan de la doctrine sociale de l'Église et appuie un encadrement catholique des mouvements associatif, syndical et coopératif. De tout temps, il défendra la place de la langue française et sera des débats sur la position constitutionnelle du Québec.

Au cours des années 1920, le catholicisme du directeur se dogmatise, ce qui rend plusieurs journalistes inconfortables, mais l'orateur demeure une figure très en vue qui permet au journal d'amasser des fonds. Grâce à lui, Le Devoir pourra toujours s'appuyer sur des donateurs privés, dont certains siègent à son CA. Des journalistes tels Fadette, Jeanne Métivier et Paul Sauriol y font leur marque à la fin de la décennie.

Proche des cercles intellectuels influents, Le Devoir a une vocation nationale. Une grande part de son tirage est tout de même acheminée dans les milieux ruraux. Le journal offrira d'ailleurs un vif appui à l'organisation de l'agriculture québécoise. Il ne pénétrera que tardivement, mais sûrement, le lectorat de la zone métropolitaine.

Au départ de Bourassa en 1932, Georges Pelletier prend la direction du journal. Un regard d'aujourd'hui sur l'époque des décennies 1930 et 1940 révèle une phase plutôt sombre, empreinte d'antisémitisme, le Juif représentant à la fois la cupidité du capitalisme et le péril athéiste lié au communisme.

Durant la Seconde Guerre mondiale, Le Devoir lutte contre la conscription et rapporte les injustices faites aux Canadiens français dans les corps militaires. Sur le plan politique, bien qu'indépendant, le quotidien appuie la fondation du Bloc populaire, parti nationaliste, et se rapproche parfois de l'Union nationale.

Gérard Filion prend la direction du journal en avril 1947. Il en modernise la formule et attire de solides jeunes collaborateurs, dont André Laurendeau, Gérard Pelletier et Pierre Laporte. Le journal prend alors définitivement ses distances de l'Union nationale, critiquant l'absence de politiques sociales, l'anti-syndicalisme et la corruption du gouvernement québécois, et dénonçant la spoliation des ressources naturelles.

À partir de 1964, le journal est dirigé par Claude Ryan, qui en base l'influence sur la recherche de consensus politique, entre autres sur les sujets constitutionnels. Sous sa gouverne, Le Devoir sera fédéraliste pendant la plus grande partie des années 1970.

Bien qu'il soit indépendant des milieux de la finance, Le Devoir est le quotidien montréalais qui accorde la plus grande place dans ses pages à l'économie, surtout à partir des années 1980. En 1990, l'arrivée de Lise Bissonnette à la direction redynamise la ligne éditoriale et le prestige du journal. Le Devoir appuie résolument la cause souverainiste.

Au XXIe siècle, sous la gouverne de Bernard Descôteaux, puis de Brian Myles, Le Devoir continue à informer les Québécois, à donner l'ordre du jour médiatique, à appuyer l'émergence des idées et à alimenter le débat social. C'est pourquoi il faut regarder ailleurs que dans ses données de tirage, relativement plus basses que celles des autres quotidiens montréalais, pour mesurer la force de son influence.

Sources :

BEAULIEU, André et Jean HAMELIN, La presse québécoise des origines à nos jours, Sainte-Foy, Presses de l'Université Laval, 1979, vol. 4, p. 328-333.

BONVILLE DE, Jean, Les quotidiens montréalais de 1945-1985 : morphologie et contenu, Québec, Institut québécois de recherche sur la culture, 1995.

LAHAISE, Robert (dir.), Le Devoir : reflet du Québec au 20e siècle, Lasalle, Hurtubise HMH, 1994.


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  • Montréal :Le devoir,1910-
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Cahier F
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  • Journaux
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quotidien
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Le devoir, 2005-12-24, Collections de BAnQ.

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LE DEVOIR.L E > SAMEDI 21 II' DIMANCHE LE DEVOIR 1) K < K NI H K h 2 O O DIVERSITÉ CULTURELLE L’UNESCO a-t-elle ouvert une boîte de Pandore?Page3 tiityss WÊmi I- 1 TRANSPORT Des usagers sous vidéosurveillance Page 4 EEEI I ¦ • j Æ ,Ti ïïs&m M t : am S mit - avoirs É m mm * gmemï WM ' .É*fc * h 4ÜS e 2 décembre dernier, les 18 Entretiens du Centre Jacques Cartier prenaient leur envol à Lyon.Fidèles à la tradition, des centaines d'intervenants sociaux, économiques, culturels et scientifiques du Québec, de la France et d'ailleurs ont encore une fois cette année répondu à l'invitation.l'ne invitation au partage des savoirs toujours unique en son genre, selon le directeur du Centre Jacques Cartier et responsable de l'événement Alain Rideau.«L'originalité des Entretiens reste la même qu’à leurs débuts, affirme, convaincu, celui qui préside à leur destinée depuis plusieurs années déjà.Ils sont encore aujourd'hui un lieu privilégié de rencontres pour les représentants de quatre univers bien distincts.soit le monde économique, culturel, universitaire et social.Aprà toutes ces années, ils continuent de favoriser le mélange des genres et défaire se rencontrer des gens qui autrement auraient très peu d’occasions d’y arriver.C'est ce qui en fait un rendez-vous à part et qui confirme le succà obtenu d’une année à l'autre.» Les chiffres tendent a donner raison a Alain Rideau.Depuis 1984, l'evénement a de fait permis de donner la parole a plus de 10 000 conférenciers et d'offrir matière à réflexion a plus de 40 000 participants d'un peu partout dans le monde.Pour la seule edition 2005, c’est environ 650 conférenciers qui auront ete mis a contribution.Partagée en 20 colloques distincts.la programmation, elle, aura permis de drainer dans son sillage plus de 2400 participants en provenance de 40 pays.La diversité avant tout Résultat de la mixité des organismes et individus mis à contribution, la diversité des sujets abordés se confirme d'ailleurs, eDe aussi, d’une annee a l'autre.Les 18 Entretiens n'ont pas fait exception a la regie.A 'preuve, soutient le directeur du Centre Jacques Cartier, ries cinq grands «Nous voulons intéresser les jeunes générations aux Entretiens » temps forts des rendez-vous 2005 ont permis de mettre en lumière des sujets forts différents».Considéré comme le premier pôle d’attraction des Entretiens en 2005, le forum sur le gouvernement d'entreprise a par exemple permis, selon Alain Rideau, que «les regards des grands témoins de la France et du Québec se croisent sur les enjeux actuels de transparence, de responsabilité d’entreprise et d'actionnariat vécus par les milieux financiers et économiques.Il a permis que l’on discute des modèles et des façons de faire mis de l’avant tant en France qu'au Québec».Organisé autour de trois tables rondes, l'événement a donné la parole à une douzaine de personnalités du monde économique, de Dans L Rocquefi président de Desjardins capital de risque, a Phi lippe Marcel, président de Adecco France, et Henri-Paul Rousseau, président et chef de la direction de la Caisse de dépôt et placement du Québec.Toujours dans la sphere économique, la 18' édition a donné la parole aux jeunes en faisant de l’entrepreneuriat le sujet des septièmes Rencontres jeunesse et étudiantes.Sous la gouverne de l’Office franco-québécois pour la jeunesse, l’événement a permis de voir de quelle manière, en France et au Québec, ries autorités ont fait en sorte de diffuser auprès des jeunes les valeurs d’entreprene.urship».Idus encore, du point de vue de Alain Rideau, «la rencontre ponctuée d'ateliers en groupe restreint a permis de créer des liens porteurs d'avenir entre jeunes Québécois et Rhônalpins».Dans un tout autre ordre d'idees.les Entretiens ont aussi laisse place a des discussions fort animées autour des questions de la diversité culturelle et de la laicite dans nos sociétés, la présence remarquée de Shi-rin Ebadi, avocate iranienne et prix Nobel de la paix 2003.a entre autres permis d'aborder la question de la perception de l'islam dans la société moderne.«De la loi française et son application nourrie du prin- cipe républicain français au principe démocratique québécois, tout a été dit», selon le directeur du Centre.Finalement, aime a préciser Alain Rideau, le Centre «a encore une fois assume son rôle de facilitateur en permettant a des scientifiques rhônalpins et québécois de se réunir pour parler de nanotechnologies et, surtout, de la maniéré dont elles peuvent venir en aide aux industries traditionnelles».Préparer demain Par-delà les colloques et conférences entendus, pour le directeur du Centre Jacques Cartier, la véritable plus-value des Entretiens réside toutefois dans leur capacité a faire naître des réseaux internationaux de collaboration.-Quand des recteurs du Québec et de la Franre se rencontrent dans le cadre des Entretiens et décident ensuite de signer des ententes de collaboration pour faciliter les échanges étudiants, tout le monde est gagnant Même chose si des scientifiques français et québécois décident de développer des liens permanents entre eux ou que des universitaires choisissent de mettre leurs savoir, en commun pour publier un ouvrage.Au fil des années, environ 75 % des colloques organisés ont fini par mener a la publication d'un ouvrage.C'est concret et ça contribue a faire rayonner les savoirs.C’est ce sur quoi il nous faut muser pour l’avenir» Apres avoir célébré ses 20 ans d'existenc un vaste exercice de réflexion stratégique «Sous voulons intéresser les jeunes générations aux Entretiens Il nous faut faire en sorte qu'ils les connaissent.les fréquentent et les alimentent Ce sont les décideurs économiques, universitaires, politiques et sociaux de demain Nous devons les rejoindre I/j réflexion que nous allons mener devrait nous permettre de se projeter jusqu'en 2015.Il faut voir loin.• Guylaine Boucher Collaboratrice du Devoir ÉVÉNEMENT COURU ARCHITECTURE GESTION D’ENTREPRISE CULTURE ET POLITIQUE PRATIQUES If Une forte représentation québécoise Page 2 Regards urbains Page 4 Où s’arrête la transparence ; Page 5 La laïcité, une exception française?Page 6 L’application des avancées scientifiques Page 8 UICHÉ KIPÉTÉ À ÉCLAIRAGE DIFFÉRENT EN RAISON DU TEXTE IMPRIMÉ SUR FOND GRIS 00 DE COUtEOR F 2 LE DEVOIR, LES SAMEDI 24 ET DIMANCHE 25 DÉCEMBRE 2 0 0 5 * ENTRETIENS JACQUES CARTIER * Le programme des 18e Entretiens Un événement couru Une forte représentation québécoise « Un carrefour essentiel de la vie intellectuelle francophone» Les 18' Entretiens Jacques Cartier, qui avaient lieu du 2 au 7 décembre à Lyon, Grenoble et Suze-la-Rousse, ont réuni quelque • 2300 participants et comptaient 20 colloques en plus des ren-' contres et des échanges inscrits à son programme.Le Devoir ne rend compte dans ce cahier que d’une partie de ces colloques, dont voici la liste complète.¦ Nouveaux regards sur le gouvernement d’entreprise: expériences du Québec et de la France.¦ Finance, innovation et techno-‘ logic.¦ Les micronanotechnologies en réponse aux défis des industries ‘ traditionnelles et des FM Pi.¦ Septièmes rencontres jeunesse et étudiantes: osez entreprendre.¦ La gouvernance des réseaux en : santé.¦ Les maladies ostéo-articülaires: •de l’hétérogénéité des mécanismes à la prédiction de la répon-• se thérapeutique.¦ Trouver des médicaments "contre le cancer: démarches in-'dustrielles et académiques.¦ Recommandations pour la pra-¦ tique clinique: au-delà de la création.¦ Vin et santé: les bienfaits :du vin.•¦ Sécurité dans les tnuisports publics: quelle complémentarité 1 : mettre en œuvre?¦ Le développement durable: les enjeux pour les villes et les terri-«toires.¦ fjes choix résidentiels.¦ A la recherche de la cohérence 'territoriale: la planification urbai-•ur ra même l’invoquer pour défendre les droits d’une culture minoritaire à l’intérieur des pays signataires.Déjà, certains ont commencé à le faire.«Les pays arabes sont riches d’une grande diversité, mais üs ne respectent pas cette diversité culturelle», dit leila Rezk.la directrice de l’organisation libanaise Dialogue XXI rappelle que les cultures des minorités kurdes, berbères, syriaques, ara-méennes, arméniennes, coptes, juives, palestiniennes, etc., sont sou- vent ouvertement bafouées dans ces pays.En Syrie, par exemple, k-s 300 000 Kurdes ne parviennent même pas à obtenir des documents officiels de citoyenneté.Après les Kurdes en Irak, les Berbères viennent à peine d’obtenir la reconnaissance de knir langue au Manx-.Cela n’a pas empêché les pays arabes de voter le texte de la convention.«Mais leur adhésion à ce texte est à mon sens biaisé, dit Leila Rezk.D’abord parce que cette convention n'est pas suffisamment contraignante pour obliger les États signataires à en respecter les clauses, pas plus qu’ils ne respectent d’ailleurs les autres conventions, notamment celles sur les droits de l’homme.Puis, parce que le concept de diversité est souvent utilisé comme un mode de revendication en faveur du respect des expressions culturelles arabes sur les marchés internationaux et, surtout, comme un système d’affirmation de la voix arabe sur la scène internationale.» Pays en développement Les experts estiment que la convention pourrait à tout k- moins permettre de se fain1 une meilleure idee de l’etat de la création culturelle qui prévaut dans les pays adhérents.Ceux-ci doivent en effet informer l’UNESCO des mesures prises dans ce domaine.11 sera par ailleurs difficile de mobiliser les pays en développement si la conférence des pays signa-taires ne crée pits le fonds international pour la diversité culturelle mentionné dans l’accord.«Si la mise en oeuvre de la convention intègre l’aide au développement, cela donnera plus de poids aux pays du Sud», explique Hélène Ruiz-Eabri, professeure à Lt Sorbonne.Or, l’Or-g.ufisation mondiale du commerce (OMC), dit-elle, est de plus en phis obligée de tenir compte de l’opinion de ces pays.En cas de conflit entre fa «invention et l’OMC, celle-ci ne pourra pas ignorer l’opinion des pays en développement Mais cette convention demeure ni théorique si les pays ne prennent pas la responsabilité de renforcer leurs propres politiques culturelles, dit Pierre Curzi.Selon lui, il faut dès maintenant aider les pays qui n’en ont pas à se donner de véri-tables politiques favorisant les créo teurs.I )ans les pays d’Amérique du Sud par exemple, il faudra tenir compte tant des minorités ethniques que des peuples aborigènes.Enfin, il faudra envisager les défis que [X)se à fa culture la dématérialisation des oeuvres qui pennet leur diffusion à l’infini sur Internet Bref, les pères de cette convention ont semé les germes d’un débat qui ne fait que commencer.Correspondant du Devoir d Paris PHILOSOPHIE A Etre ou ne pas être Deux courants de pensée s’affrontent sur la question de la reconnaissance sociale, l’un plus anglo-saxon ou nord-américain, l’autre d’influence française ou européenne À l’ère de la mondialisation et de l’éclatement des cultures, la reconnaissance sociale n’est plus ce qu’elle était.Pour Daniel-Marc Weinstock, professeur de philosophie à l’Université de Montréal, deux écoles de pensée s’affrontent: celle s’accommodant d’un certain individualisme et de la démocratie libérale ambiante et une autre, pour laquelle la reconnaissance suppose un changement radical de paradigme.Débats à finir.GUYLAINE BOUCHER De tous les temps, les philosophes se sont interrogés sur le concept de reconnaissance.Ils l’ont fait évoluer et continuent encore aujourd’hui de s’y intéresser Plusieurs projets philosophiques, voire de société, se cachent derrière ces réflexions.L'histoire est là pour le prouver», explique d’entrée de jeu Daniel-Marc Weinstock.L’influence que Hegel et Kent ont eue et continuent d’avoir sur les sociétés modernes en posant la reconnaissance en tant que moteur de l’évolution sociale tend en effet à confirmer l’impact que peuvent avoir les penseurs sur les fondements sociaux de nos communautés.Pour le professeur de l’Université de Montréal (UdeM), les philosophes actuels ne font pas exception à la règle.En fait, selon Daniel-Marc Weinstock, deux grands courants de pensée caractérisent l’univers philosophique contemporain à l’égard de la reconnaissance.L’un plus anglo-saxon ou nord-américain, l’autre d’influence française ou européenne.Le parcours anglo-saxon Dans la communauté anglo-saxonne, en Amérique du Nord notamment, certains penseurs — dont Charles Taylor, philosophe et politologue québécois — s'attaquent aux idées inhérentes à la démocratie libérale, qui prône d’abord l’individualisme.Ils la critiquent et parlent de la nécessité d’élargir la notion de société juste.«Us ne cherchent pas.précise Daniel-Marc Weinstock, à remplacer le cadre conceptuel, mais plutôt à rappeler aux libéraux qu’ils ont certains angles morts, qu ’ils ont oublié certains éléments dans leur équation • Suivant leurs réflexions, pour- suit le professeur de l’UdeM, «le projet libéral est louable, mais parce que l’individualité suppose aussi le collectif, l’autonomie individuelle doit s'exercer à l’intérieur d'un certain cadre.En d’autres mots, dans certains cas, lorsque par exemple une culture est menacée ou qu’il y a risque d'assimilation.il peut, selon eux, être nécessaire de donner préséance au projet collectif plutôt qu’au simple libre choix individuel».L’exemple du Québec et de la loi 101 illustrent parfaitement ce courant de pensée.«Pour Charles Taylor, précise Daniel-Marc Weinstock, même si les mesures mises en place pour protéger la langue française au Québec peuvent sembler restrictives au plan individuel, elles demeurent acceptables parce quelles permettent de protéger les droits et d’assurer la survie culturelle d’une frange entière de la population.Il ne s’agit pas de renier le cadre conceptuel libéral, mais plutôt de le compléter en y apportant des nuances.C’est un enrichissement de la société juste et de la reconnaissance sociale telles que les conçoivent les libéraux.» L’école de pensée européenne De l’autre côté de l’Atlantique, le philosophe allemand Axel Hon-neth, lui.a entrepris d’aborder autrement les concepts de société juste et de reconnaissance sociale.Pendant que la pensée de Taylor pose les jalons de la société juste et tend a faire évoluer la population vers l’idéal, Honneth, lui, fait plutôt le choix de regarder le monde tel quU est et de partir des souffrances existantes pour construire et penser la société.Selon Daniel-Marc Weinstock, le philosophe allemand, «fait le pari que chaque expression de malaise social — pauvreté, délinquan- ce, etc.— peut être interprété comme une absence de reconnaissance sociale et un grand besoin d’inclusion.Pour lui, les souffrances indiquent les changements à apporter et les zones sur lesquelles il faut travailler pour en arriver à une société plus juste.Dans son approche, la reconnaissance est le moteur de l’évolution sociale.Il s’inspire de la réalité pour construire, plutôt que de l’abstrait.Il va du bas vers le haut et non l’inverse.Il remet en cause le libéralisme et cherche à aller beaucoup plus loin, à construire sur de nouvelles bases.C'est beaucoup plus ambitieux».En fait, explique le professeur de l’Université de Montréal, la pensée de Honneth suppose un changement en profondeur des institutions qui tranche avec l’approche de compromis proposée par l’école de pensée anglo-saxonne.«Pour Taylor, le besoin de reconnaissance sociale commande des changements limités, dans des situations particulières, quand par exemple des minorités culturelles, linguistiques, voire religieuses, sont menacées, sans quoi les règles et normes libérales s’appliquent.Chez Honneth, le besoin de reconnaissance est au cœur de l’évolution sociale.Chaque souffrance est un indice de manque de reconnaissance et commande un changement ou un ajustement social important.» À chacun ses défis Du point de vue de Daniel-Marc Weinstock, chaque approche comporte son lot d’écueüs.Comment en effet questionne-t-ü, «les Taylor et autres peuvent-ils justifier, en raison, le fait que le besoin de reconnaissance sociale se limite à quelques groupes?Comment entrevoient-ils la préservation des droits individuels dans un contexte de survie culturelle?Ils sont, affirme-t-il, constamment entre le marteau et l’enclume Cette position affaiblit un peu la portée de leurs réflexions».A l’opposé, explique le professeur de l’UdeM, en présumant que toutes les souffrances sociales émanent d’un besoin de reconnaissance, Alex Honneth fait face a un défi moral majeur.«Comment, interroge Daniel-Marc Weinstock, peut-on être cer- tain que toute expression de souffrance est synonyme de manque de reconnaissance et exige un correctif?En abordant globalement la société, Honneth néglige le fait que l’on puisse exprimer certaines souffrances sans avoir un réel motif de revendication.A l’inverse, il oublie que l'on peut avoir un véritable motif de revendication et ne pas l’exprimer.» Bien qu’imparfaites, les pensées développées de pari et d’autre ont pour Daniel-Marc Weinstock, le mérite de faire avancer les choses.«Que l'on soit plus à l’aise avec la formule anglo-saxonne ou européenne importe peu.la pensée à l’égard de la reconnaissance sociale, elle, évolue et permettra à terme que les choses changent.C’est l'histoire de la philosophie.» Collaboratrice du Devoir UQAM, fiere partenaire du Centre Jacques-Cartier et de ses Entretiens.UQÀM Prenez position F 4 LE DEVOIR.LES SAMEDI 24 ET D I M A X Il E 5 DECEMBRE 2005 ENTRETIENS JACQVES CARTIER TRANSPORT Des usagers sous vidéosurveillance Prévention ou simple «sentiment de sécurité» ?Depuis les attentats du 7 juillet 2005 dans le métro de Londres, la sécurité des transports publics n’est plus un simple débat d’experts.Toutes les grandes villes des pays développés sont confrontées au défi d’assurer la sécurité de leurs usagers.CHRISTIAN R I O U X Malgré les apparences, les forces policières britanniques sont loin de tirer un bilan négatif de leur récente expérience.En dépit des 52 personnes décédées et 700 blessées le 7 juillet dernier, la police londonienne estime que de nombreux aspects de la sécurité ont très bien fonctionné en juillet 2005.D’abord, les policiers n’ont pas manqué de courage, estime l’inspecteur Phillip Trendall de la police des transports britannique.Ensuite, l’évacuation s’est plutôt bien déroulée.Il en va de même des communications radio ainsi que de la mobilisation nationale.On se rappellera que le système de caméras du métro de Londres avait permis l’identification rapide des suspects.Depuis, de nombreuses villes ont suivi la voie londonienne.Mais la question se pose de savoir si ces systèmes permettent une véritable prévention ou s’ils ne servent pas simplement à créer un sentiment de sécurité.Sécurité Directeur des télécommunications de la Société des transports de Francfort, Christian Schmitt ne s’en cache pas: «Notre effort ne vise pas qua améliorer la sécurité des 31 stations de métro de la ville, mais aussi à augmenter le sentiment de sécurité subjective des voyageurs.» La Société des transports de Francfort s’est engagée dans des travaux d'amélioration de son système de surveillance qui s’étaleront jusqu’en 2007.Il s’agit pour l’essentiel de l’implantation de 133 bornes d’appel d’urgence sur les quais et à l’entrée des stations, de 300 caméras de surveillance et d’un réseau de fibre optique relié à une centrale de surveillance qui répondra aux demandes des voyageurs.Lorsqu’un voyageur déclenchera une alarme, les caméras seront aussitôt activées, si bien que la centrale pourra non seulement parler au voyageur, mais voir l’incident qui est rapporté.Des groupes mobiles en service dans le métro pourront êtres appelés sur les lieux.Dans une phase ultérieure, le système vidéo sera directement relié à celui de la police de la ville.Gare Saint-Lazare, à Paris.En Île-de-France, les responsables des transports publics insistent plutôt sur l’aspect préventif, vidéosurveillance un outil de prévention plutôt que de surveillance», dit Jean-Marie Debanne, chargé de mission à la SNCF.JOHN SCHUI.TS REUTERS «Nous voulons faire de la L’originalité du système de Francfort réside dans le fait que les mêmes bornes permettront de demander des informations sur les horaires et les tarifs.Les caméras permettront, elles, d'aider les handicapés et même de repérer les endroits du métro à nettoyer d’urgence.La Ville de Bruxelles s’est déjà dotée d’un système semblable.Selon le chef de projet de la Société des transports intercommunaux bruxellois, François Krack.«ces équipements vidéo permettent non seulement d'agir en temps réel, mais aussi d’expliquer par la suite comment se sont déroulés les incidents».Prévention En Ile-de-France, on insiste plutôt sur l’aspect préventif.«Nous voulons faire de la vidéosurveillance un outil de prévention plutôt que de surveillance», dit Jean-Marie Debanne.chargé de mission à la SNCF.Selon lui, ces systèmes sont des facteurs déterminants de dissuasion de la délinquance.Il rappelle que, lors d'une intervention difficile à la gare Saint-Lazare, le suivi vidéo avait permis d'éviter des blessures aux usagers, aux forces d'intervention ainsi qu’au délinquant qui était armé d’un pistolet automatique.En Île-de-France, la vidéosurveillance n'a cependant pas empê- ché l'an dernier une progression de 5 % des incidents de toutes sortes à la SNCF, dont une augmentation de 10 % des vols et de 5 % des actes de malveillance.Les preuves que ces systèmes permettent une réelle prévention sont encore à venir, estiment la plupart des experts.Ce qui n’empêche pas les grandes villes d'emboîter le pas à Londres et à Francfort Bref, de considérer que, même si ces systèmes ne permettaient que d'augmenter les capacités de réaction rapide et le sentiment de sécurité, le jeu en vaut la chandelle.Correspondant du Devoir à Paris A En Ile-de-France, la vidéosurveillance n’a cependant pas empêché l’an dernier une progression de 5 % des incidents de toutes sortes à la SNCF ARCHITECTURE Regards urbains «L’architecte n’a pas à être un communicateur» Les villes se construisent-elles d'elles-mêmes?Qu’est devenue cette profession qui a pour nom architecture?Réflexions sur la ville contemporaine.NORMAND TH ÉRI AU LT Tony Garnier: ce nom est indissociable du Lyon architectural et urbanistique.Dans la ville, une grande halle porte ainsi son nom et.il y a huit ans, à la suite de sa restauration complète, s'y tenait la Biennale d'art contemporain (cette année, le monument investi par le même événement — entre autres lieux — est La Sucrière, mais arrêtons là, c’est une autre histoire.).Si, de cette halle, on a mis en évidence la structure métallique, c’est dans un quartier, au sud-est de la ville, qu’il faut se rendre pour encore être ébloui par la «ville industrielle» conçue par cet architecte qui a voulu faire du béton un matériau noble.Comme un hommage fait lors de la restauration des édifices en debut des années 1990, le quartier est devenu un musée en plein air: plus dîme vingtaine des constructions de six étages exposent en grand format les dessins et projets de l’architecte réalisés lors de l'élaboration de sa ville.Qu'aux Entretiens Jacques Cartier l’architecture ait une bonne présence, cela se comprend donc.Et en 2005, pas moins de trois colloques affichaient la ville et l’architecture comme propos.Dans un lieu, «A la recherche de la cohérence métropolitaine: la planification urbaine à l'épreuve du développement métropolitain dans le monde» avait pour mentor à l’ouverture le maire de Lyon, Gerard Coulomb, avant d'être conclu le jour suivant par Jean-Paul L'Allier, alors toujours maire en titre de Québec.Ailleurs dans la ville, les choix résidentiels étaient le sujet retenu en guise de matériau d’échanges.Imaginer la ville Dans un troisième lieu, un groupe de praticiens, architectes.professeurs ou animateurs tenait séminaire.Sous le thème «Imaginer la ville: comment vivre la transformation urbaine», ils travaillaient à la definition d'une série de grandes rencontres pour l’édition 2006 des Entretiens.Ici, point de solutions immédiates.Des jugements, certes, des appreciations, mais surtout des questions.Ayant en mémoire la réalisation du musée Guggenheim à Bilbao, Philippe Poul-laouec-Gonidec, de la Chaire en paysage et environnement de î'UdeM, avance que «les villes cherchent à se de/inir une personnalité».Auparavant, Francis Rambert.directeur de l'Institut français d'architecture de Paris, citant la KunsthaDe de Gratz.décrit une nrchitecture devenue «ai- « Les villes cherchent à se définir une personnalité » i' 3SWi irw-i-MbBt .WmaïA ARCHIVES LE DEVOIR La Saône traverse Lyon, cette «ville de maçons», selon l’expression d'Alain Vargas, le président de la Maison de l’architecture de l’endroit.mable, sensible, sexuelle, imaginaire» avant d’affirmer, parlant du travail de l'architecte: «On est passe du concept au ‘percept".» Et Anne Daoust, du groupe montréalais Daoust Lestage, soutient que le défi contemporain est «d aller au bout des différents systèmes construct^».Ils sont donc 25 à tenter de for- muler un discours capable de définir à la fois la pratique, les typologies.la connaissance et la perception d’un métier, tout en s'interrogeant sur la connaissance, et donc la réception, qu'en a le grand public.Une Sophie Giron-nay.responsable de la galerie Monopoli, cette OSBL qui compte sur la générosité des praticiens pour mettre en scène à Montréal les avancées architecturales et urbaines, demande ainsi: «Doit-on faire intervenir les citoyens?» Jetant un regard sur Montreal («cette ville est le résultat d'un opportunisme et d 'opportunités’», dixit Eric Gauthier, du groupe FABG architectes), ou sur Lyon («c’est une ville de maçons», selon Alain Vargas, le président de la Maison de l’architecture de cette ville), ils tentent de circonscrire un sujet amené par une question posée en ouverture par Georges Adamczyk, de l’école d’architecture de I’UdeM: «L'inattendu a-t-il une place sur la table à dessin?» Exercer le métier La discussion laisse apparaitre des oppositions de pratiques, voire de générations.Si pour un Frank Hammoutène, il est clair qu'*0H ne peut pas séparer la conception et la réception», comme cela est le fait du cinéma, pour un Gilles Perraudin, dont la carrière recouvre maintenant cinq décennies, «la recherche de la légèreté ne peut pas nous conduire à u ne grande spiritualité».Du jeu, donc, entre le promoteur, qu'il soit privé ou plus souvent public, et l'exploration des nouveaux matériaux, en revenant sur le rôle réel que joue le «monument» dans la ville, on en arrive à se demander si parfois 1 architecture ne se «ferme» pas sur elle-même, empêchant sa compréhension.Et Franck Hammoutène de déclarer que «l’architecte n 'a pas à être un communicateur» avant qu’.Alain Vargas rappelle que «le projet architectural est un excellent outil d'appro-priqtion du territoire».A1 an prochain donc, après une autre rencontre préparatoire (à Montreal peut-être, et là se joindra une PhiDys Lambert fondatrice du Centre canadien d'architecture) avant de savoir si la viDe imaginée correspond à la ville rêvée.Le Devoir 1. LE DEVOIR.LES SAMEDI 21 ET DIMANCHE 2 ¦> D K ( L M B R t ENTRETIENS JACQUES CART Gouvernance d'entreprise Où s’arrête la transparence ?Une simple information mal reçue peut créer tout un mouvement de panique» A __ .Les appels à la transparence se multiplient auprès des entreprises.Est-ce la garantie d’une saine gestion?Explications.André Noël enseigne la gestion internationale à l’Ecole des hautes études commerciales (HEC) de 1 Université de Montréal.Mais il ne porte pas que ce chapeau.Il siège aussi à plusieurs conseils d'administration.L’un deux est celui d'une entreprise inscrite à la Bourse de Toronto dont le chiffre d’affaires dépasse 300 milhons de dollars et qui emploie 1500 personnes.Il siège aussi au conseil d’administration d une entreprise moyenne où des sociétés gouvernementales ont investi et qui a un chiffre d'affaires d’environ 100 millions de dollars.Il siège enfin au conseil d’administration d'une toute petite entreprise familiale.«Je vis parfois de véritables problèmes de schizophrénie en passant d’un conseil d’ad- « Personne ministration à l’autre, dit-il.En tant que professeur, je dé/ênds évidemment la nécessi- ne peut être té pour les entreprises d’être transparentes.En tant qu’administrateur, je recherche contre la d’abord l’efficacité.Or, je sais que la transpa- .rence n'est pas toujours efficace.Les petites nansparence, entreprises, par exemple, n’ont souvent pas maie elle les moyens de se payer une bonne gouver- umls cl,e nance et de suivre les normes imposées par peut aussi nos gouvernements.Sont-elles pour autant F mal dirigées?» devenir Alors que les appels à la transparence se multiplient de la part des actionnaires et tyrannique » des gouvernements, alors que les exigences comptables sont de plus en plus grandes, sans compter les pressions des médias.André Noël ose faire remarquer qu’aucune étude n’a jamais démontré que les entreprises transparentes, dont les administrateurs sont indépendants et qui se plient aux normes les plus récentes de la bonne gouvernance, sont nécessairement plus efficaces que les autres.Rentabilité Ce n’est pas l’opinion de François Rebello, qui estime qu’il faut envisager la rentabilité de la transparence à long terme.Rebello est président-directeur général d’investissement responsable, une firme d'audit qui offre des conseils aux entreprises afin de leur permettre d’agir en «bons citoyens».Lorsqu'il se penche sur le cas d’une société, il dresse le bilan de son action en matière de transparence, mais aussi en ce qui concerne le respect des lois fiscales et environnementales.Il s'intéresse aussi aux contrats que signe l’entreprise à l’étranger afin de savoir, par exemple, si elle fait travailler des enfants.Tôt ou tard, dit Rebello, une entreprise risque de payer le prix d’une action qui ne respecte pas, par exemple, les règles de l’Organisation internationale du travail (OIT).Mieux vaut agir avant que l’opinion publique ne s'empare de la question.«Des entreprises comme Nike et Gap se sont conformées à des normes strictes et elles en sont aujourd’hui très fières.Une entreprise canadienne comme Gildan affirme que, depuis qu’elle agit en citoyen responsable [et publie un rapport de “citoyenneté corporative”], cela lui a permis de conquérir de nouveaux marchés.» Toutes les usines qui travaillent pour Gildan au Honduras, au Mexique et en Haïti ont été certifiées par la firme Worldwide Responsible Apparel Production.Gildan se vante aussi d'être le seul fabricant de vêtements possédant des installations au Honduras à s’ètre joint à la Fair Labor Association en tant que société participante.«Quand Wal-Mart, à cause de son image, ne parvient pas à remporter un référendum municipal, elle s’en mord les doigts, dit Rebello.Ça peut coûter très cher!» Après l’environnement et les normes du travail, Rebello est convaincu que les consommateurs seront de plus en plus attentifs à la façon dont les entreprises agissent sur le plan fiscal.«On m de plus en plus demander aux entreprises si elles pratiquent l’évasion fiscale et.sinon, pourquoi elles sont si nombreuses à posséder des filiales dans des paradis fiscaux.H va falloir que les entreprises expliquent leur stratégie et prouvent qu’elles ne pratiquent pas l’évasion.» Employés ou actionnaires ?Mais pour Philippe Marcel, administrateur du groupe Adecco basé à Zurich, cette «religion de la transparence» est loin d'aller de soi.«Pour moi.la transparence est une notion très ambiguë qui ne garantit aucunement l’efficacité.Les lois vous obligent parfois à la transparence, mais elles exigent aussi la confidentialité.Or, ces deux volontés sont souvent contradictoires.» Philippe Marcel cite le cas de ces deux entreprises dont les employés ont appris la fusion à la radio le matin en se rasant.Pourtant les lois européennes obligeaient les entreprises à annoncer d’abord la nouvelle à leur personnel.Ce faisant, une des deux entreprises aurait cependant enfreint une loi américaine qui l’obligeait à informer d’abord ses actionnaires sous peine de délit d’initié.Que fallait-il choisir?Le 9 janvier 2004, la société Adecco s'est retrouvée devant un dilemme encore plus dramatique alors qu'un de ses auditeurs avait demandé un banal contrôle supplémentaire avant la publication des comptes de l’entreprise.Sauf que l'information confidentielle s’est retrouvée par erreur dans le courrier électronique d’un analyste financier.L’information, qui autrement n’aurait suscité aucun émoi, est donc devenue publique et a commencé à faire naître des rumeurs.Si un auditeur demandait une vérification supplémentaire, c’est que la situation devait nécessairement être louche.Les administrateurs consultent alors les avocats de la société qui leur demandent s'ils sont certains à 100 % des chiffres du rapport qu’ils s’apprêtent à rendre publics.«Evidemment, personne ne peut répondre oui à une telle question», dit Philippe Marcel.Par mesure de sécurité, Adecco a donc reporté la publication de ses comptes.Les réactions ne se sont pas fait attendre: le titre de la compagnie a aussitôt chuté de 50 %.Cette peccadille aura coûté à l'entreprise plusieurs millions de dollars en frais d’avocats, sans compter la tète du directeur des opérations américaines du groupe.«La transparence peut être dramatique pour une entreprise, dit Philippe Marcel, car elle demande aussi un grand niveau de maturité de la part de celui qui reçoit l’information, ce qui est loin d’être toujours le cas.Une simple information mal reçue peut créer tout un mouvement de panique.Personne ne peut être contre la transparence, mais elle peut aussi devenir tyrannique.» Mieux vaut plus de transparence que pas assez, estime néanmoins François Rebello, selon qui les entreprises feraient mieux d'anticiper la demande plutôt que d’éteindre des feux.«Quand les scandales d'évasion fiscale seront connus, ça coûtera très cher.Ixj prévention coûte beaucoup moins cher.» Mais il en faudrait beaucoup plus pour convaincre Philippe Marcel.«Ne confondons pas la vertu et le marché, dit-il.Évidemment, les agences de notation ont tout intérêt à pousser à plus de transparence.Pilles gagnent ainsi des parts de marché.Ne nous faisons pas d'illusions, il y a aussi un marché de la transparence!» Correspondant du Devoir à Paris PASSEPORT SAVOIR Nord-américaine par ses racines, francophone par ses origines, internationale par vocation, l'Université de Montréal constitue un pôle d'attrait unique pour les étudiants et les universitaires du monde entier.L'Université de Montréal est fière d'être un partenaire privilégié des Entretiens du Centre Jacques Cartier depuis leurs débuts.Université de Montréal «Quand Wal-Mart, à cause de son image elle s’en mord les doigts, dit François Re , ne parvient pas à bello.Ça peut coûte JAl OUIiS NADliAU I I.DEVOIR remporter un référendum municipal, r très cher!» La science en n EVOLUTION La recherche pour éclairer les choix de société Le centre Urbanisation, Culture et Société de l'Institut national de la recherche scientifique joue un rôle de premier plan dans le développement des connaissances sur les villes, les populations, la culture et la société, tant au plan national qu’international.Force vive du savoir, il approfondit plusieurs questionnements au coeur des choix collectifs.Des thèmes de recherche Villes, régions et territoires Populations, liens sociaux, jeunes, familles et vieillissement Gouvernance et citoyenneté Culture, créativité, science, nouvelles technologies et nouvelle économie Des savoir-faire Analyse quantitative et qualitative Veille scientifique Évaluation des politiques Valorisation des résultats de recherche Des programmes d'études Maîtrise et doctorat er démographie, en collaboration avec l'Université de Montréal Maîtrise et doctorat en études urbaines, en collaboration avec l'UQAM Maîtrise en pratiques de recherche et action publique Des connaissances accessibles à tous : www.ucs.inrs.ca «I Université du Québec Institut national de la recherche scientifique Téléphone (514) 499-4000 www.mrs.ca T F (» K I» K V 0 I H .LES SAMEDI 24 ET DIMANCHE 25 DÉCEMBRE 2 0 0 5 ENTRETIENS JACQUES CARTIER Culture et politique La laïcité, une exception française ?Vers une «relégation du religieux dans le vaste champ de la pluralité sociale» dire que la France a inventé la laïei-parmi les rares pays à avoir inscrit de sa Constitution qu’elle est une ré-Et si la réalité était plus complexe?PASCAL ROSSIGNOL REUTERS La volonté de certaines musulipanes de port,er le hijab à l’école a soulevé toute une polémique en France comme dans d’autres pays qui prônent la separation de l’Eglise et de l’Etat Il est courant d’entendre té.Celle-ci est d’ailleurs dans la première phrase publique «laïque».CHRISTIAN RIOUX Le mot «laïcité» arrive en seconde position dans le texte de la Constitution française, juste après «indivisible» et avant «démocratique».La France aurait donc «inventé» la laïcité! Avec cette affirmation vient généralement celle qui dit que le Canada et les Etats-Unis ne sont pas vraiment des pays laïcs.C’est un peu ce que dit Michèle Vianès, conseillère municipale de la Ville de Lyon et présidente de l’organisation féministe Regards de femmes.Selon elle, «les pays communautaristes ou multiculturels n’ont pas l'outil de la laïcité pour réagir lorsqu’un groupe ethnique réclame des droits différents pour leur communauté, en particulier lorsqu’il y a atteinte aux principes d'égalité hommes-femmes».Michèle Vianès en veut pour preuve les tribunaux ontariens de conciliation familiale où l’on voulait instaurer la charia.Incidemment, si la laïcité est étrangère à la réalité canadienne, on pourrait se demander comment il se fait que ces tribunaux (quelle que soit leur filiation religieuse) viennent d’être abolis.«Dans un pays laïc, je n’ai pas à me mêler de votre religion, dit Michèle Vianès.Que vous adoriez Dieu ou le beaujolais, cela ne me concerne pas.Dans l’enseignement, je ne veux pas savoir si les élèves qui sont devant moi sont chrétiens ou musulmans.Cela ne me regarde pas.» Souveraineté de l’État S’il fallait en croire Michèle Vianès, qui reprend une idée large ment défendue en France, il y au rait donc une exception laïque française faisant de la France le seul véritable modèle de laïcité dans le monde.Une affirmation que contredit radicalement Joseph Yvon Thériault, directeur du Centre interdisciplinaire de recherches sur la citoyenneté et les minorités de l’Université d’Ottawa.L’«exceptionnalisme» aujourd’hui, dit-il, c’est de croire que la France est exceptionnelle! «La laïcité ne saurait être un modèle propre à la France», dit-il, pour la raison bien simple c\u’«elle est le propre de toutes les sociétés modernes qui ont dû substituer une transcendance laïque à la transcendance religieuse.La souveraineté d’État, donc la suprématie de celui-ci sur l’Église, sur les Eglises, sur le religieux, est inscrite au panthéon de la modernité.Tout comme d’ailleurs toutes les démocraties modernes ont traversé une pliage d’affirmation de l’Etat sur l’Église, de séparation/neutralité de l’Église et de l’Etat, et actuellement une phase de relégation du religieux dans le vaste champ de la pluralité sociale».Cela n’empêche pas la laïcité de s’être exprimée sous des formes différentes dans l’histoire, dit Thériault.Après des années de combats souvent violents, la laïcité s’est finalement imposée en France «en constituant la République comme une Eglise laïque en opposition à l’Église religieuse, dans une pure séparation».Par contre, le Québec a suivi la tradition anglo-américaine, soit «un chemin plus libéral de neutralité de l'État, reconnaissant par le fait même un rôle significatif aux Eglises dans la régulation sociale».In prétention française à l’exception laïque est d’autant plus surprenante que la France est un pays où la laïcité s’est instaurée tardivement, soit en 1905.Aujourd'hui.en France, c’est toujours la loi dite de 1(105 qui définit Ja separation de l’Eglise et de l’État.Au moment d’en fêter le centenaire, Jean Baubérot, directeur d’études à l’École pratique des hautes études à Paris, a cru bon de rappeler les objectifs de cette loi qu'il qualifie de «loi de réconciliation».Car on se méprend régulièrement sur son sens.Un modèle anglo-saxon?Jean Baubérot a été membre de la commission Stasi créée en France à la suite du débat entourant le port du voile islamique dans les écoles.Lorsque la commission a adopté une recommandation proposant son interdiction, Baubérot s’est abstenu.Or, parmi les nombreuses recommandations du rapport (proposant par exemple la reconnaissance des fêtes religieuses juives et musulmanes), c’est la seule que le gouvernement a retenue.Souvent perçue comme antireligieuse, ce qu'elle a été pendant de longues années, la laïcité française a trouvé un mode plus apaisé avec la loi de 1905, dit-il.Celle-ci opère une rupture avec l’anticléricalisme qui avait prévalu de 1899 à 1904.Dans sa défense du projet de loi de 1905, le socialiste Aristide Briand n’hésitait pas à citer les exemples britannique et américain.Les rapporteurs classaient d'ailleurs le Canada et les États-Unis parmi les pays qui connaissaient une laïcité de fait alors qu'ils considéraient encore la France comme un pays semi-laïc.Paradoxe étonnant, la laïcité a pu s’établir en France grâce à un emprunt à la culture anglo-saxonne «nuançant le modèle républicain», dit Baubérot.Par un renversement étonnant de l’histoire, il arrive aujourd’hui que les partisans de la loi de 1905 la défendent souvent avec les arguments de ceux qui s'y opposaient à l’époque, explique le chercheur.Lui aussi socialiste, Maurice Allard présenta en 1905 un contre-projet de loi considérant la religion comme nocive.Pour une partie de la classe politique, la libre-pensée (autrement dit l'athéisme) devait devenir l'idéologie officielle de l’État.Ce point de vue est loin d’être disparu en France et il domine tou- jours l'extrême gauche et certains milieux syndicaux.Briand dénonça alors les antireligieux qyi voulaient s'abriter derrière l’État pour combattre la religion.«Je suis surpris de constater que beaucoup de Érançais croient encore que le projet de Maurice Allard a été adopté, alors que c’est le contraire, dit Baubérot.Je m’étonne encore plus de voir le mouvement des femmes tenir les mêmes propos alors que la république laïque française a été une des dernières à donner le droit de vote aux femmes.Le grand phallus de l’universalisme n’a guère été tendre envers elles.» Correspondant du Devoir à Paris La laïcité s’est exprimée sous des formes différentes dans l’histoire Septièmes rencontres étudiantes et jeunesse Favoriser le développement de l’esprit d’entreprise chez les jeunes PEDRO RUIZ LE DEVOIR Comment insuffler le goût de l’entrepreneurship à la génération montante?En février 2004, le gouvernement du Québec mettait de Pavant le Défi Entrepreneurial Jeunesse.Objectif avoué: développer Pentrepre-neuriat chez les jeunes Québécois.Bien qu’englobée dans un plan d’action jeunesse plus vaste, une initiative semblable suit son cours de l’autre côté de l'Atlantique.Quand les gouvernements pensent esprit d’entreprise.GUYLAI N K BOUCHER ontmirement à cc qui a longtemps été véhiculé.''V_/ le Quebec n’est pas un terreau fertile pour Tcn-trepreneuriat.Xos pcrfiinnanccs en matière de développement de nouvelles entreprises sont meme plutôt modestes.4 choisir, la majorité des Québécois préfère un bon emploi au risque d'entreprendre.Sotrc heritage culturel n est paslfiivorablc èi cela.Le succès est encore un peu suspect chez nous» Jean-Paul Kiverin sait de quoi il parle.Au Secrétariat à la jeunesse, il agit comme chef d'orchestre du Défi Entrepreneurial Jeunesse.Depuis bientôt deux ,uis.il travaille avec les agents de sensibilisation et de promotion, répartis un [x-u partout sur le territoire, à taire la promotion de la culture entrepreneuriale auprès des jeunes.Pour insuffler le goût d’entreprendre à la generation montante, le gouvernement a.selon lui, choisi de prendre les grands moyens.Concrètement, le pro-gnunme nus de l'avant se déploie autour de trois axes prioritaires.Le premier consiste à miser sur l'ecole pour n ntorcer la culture entrepreneuriale.«Plusieurs études ont démontre que le fait d’entendre parler d’entre-preneunat lorsqu on est /eune peut aider à développer de lïntcrrt pour cela Sous avons, illustre-t-il.développe dis outils et des activités adaptes aux milieux d’enseignement primaire, secondaire et collegial et permettant de,taire la promotion des valcuis qui sont à la base de l’entrrpre-neuriat.Sous travaillons aussi à sensibiliser les enseignants et les orienteuis à cette •ealite Devenir entrepn-neur est un choix de carrière comme un autre et nous souhaitons qu ïl soit pris , n e, >mpte h >rsque rient le temps pour les jeunes d’envriagi ¦ - v ko pr, ssirnel.» Le financement accorde aux oi ganismes de promotion de l’entrepreneurial a aussi etc consolide.Dans un second temps, le Dell permet de développer im environnement propice aux elans entrepreneuriaux des jeunes en s'adressant aux parents et élus.«En faisant des sondages auprès dis entrepreneurs, nous avons constaté que les parents et la famille immediate liaient souvent des obstacles mineurs aux ni es d’entreprise des fi'unts.Beaucoup d'entre eux ont itfixiivemi'nt vu leurs ambitions remises en question parieur entourage.Pourquoi, leur demandait-on.vouloir travailler l(k> heures par semaine quand on peut occuper un emploi “normal' et avoir une lie 'normale’?Au mown de di- verses aetiiitis de sensibilisation, nous misons donc beaucoup sur les parents et les élus pour briser les mythes et m-loriserles ambitions entrepreneuriales.» Finalement, ajoute Jean-Paul Riverin, «parce qu’il fuit aussi soutenir ceux qui décident de frire le saut», l'approche québécoise prévoit le déploiement de diverses stratégies pour outiller les jeunes entrepreneurs, que ce soit via le mentorat, le soutien Internet la formation en gestion ou le réseau québécois de microcredit.Fin un peu plus d'un an et demi, ces initiatives — soutenues par les agents de sensibilisation et de promotion rattachés aux Carrefours d'emploi jeunesse partout sur le territoire — ont permis de rejoindre plus de 30 000 etudiants de tous les âges, environ 2000 entrepreneurs et plus de 4000 enseignants.L’expérience française le Québec n'est pas seul à vouloir développer la culture entrepreneuriale chez les jeunes.En France.où l'esprit d’entreprise est déjà plus ancré, le gouvernement a fait du développement de Tentre-preneuriat chez les moins de 30 ans une priorité des 198".L'approche y est aussi beaucoup plus englobante qu’au Québec.En fait, explique le chef de la mission Engagement des jeunes au ministère de la Jeunesse, des Sports et de la Vie associative.Thierry Delanoë, «toutes les ac- tions liées à la stratégie jeunesse mises de l avant depuis bientôt 20 ans ont pour but défaire rmerger une culture d'entreprise et surtout dïnitiatü'e chez les jeunes.En deux mots, nous voulons donner aux jeunes l’envie d’agir».L'approche choisie par le gouvernement français se decline en quatre grandes sphères.La première a trait à l'engagement.«Nous aivns voulu, explique Thierry Delanoë, inciter les jeunes à prendre des responsabilités dans leurs quartiers, dans leurs milieux, en investissant dùjrrmtes associations existantes Nous voulions qu ’ils développent une culture de la 'proactivité" et nous les avons aidés à comprendre ce que l’engagement peut procurer comme satisfaction.» La deuxième sphère d'action relève du défi et vise à permettre aux jeunes de 11 à 30 ans de développer un projet dans leur milieu de rie ou leur communauté.Pour le chef de mission, l'objectif est clair «Il faut apprendre aux jeunes à structurer leur projet et à concrétiser leurs ambitions • Parce qu'il faut savoir attraper au vol les jeunes sur Unir lancee.le troisième volet du plan d’action gouvernemental français vise à informer les jeunes sur les differentes formes de volontariat existantes, du bénévolat à l'entrepreneurial Viennent ensuite, dans un quatrième temps, l'accompagnement et le soutien financier necessaires aux jeunes qui choisissent de faire le saut et de se lancer en aftaires.Pour soutenir ces initiatives, l'Hexagone a déployé diverses mesures sur le terrain.Environ 30 centres régionaux d'information jeunesse sont présents sur le territoire et peuvent aider les jeunes à Tune ou l’autre des étapes de sensibilisation.Un site Internet reprenant la thématique «Envie d’agir» a aussi été mis en ligne.Dans un même ordre d’idées, plus ou moins 500 associations ou groupes jeunesse ont également été mis à contribution pour soutenir la campagne de sensibilisation sur le terrain.Des formations visant à développer des compétences relatives à la gestion ont aussi été développées et offertes un peu partout sur le territoire.Des programmes de garanties de prêt allant jusqu'à 8500 $ pour le démarrage d'entreprise ont été développés.Offerts à tous les jeunes de 11 à 30 ans, ces services, dit fièrement Thierry Delanoë, «ont permis à des jeunes peu qualifiés ou provenant de milieux défavorisés de prendre conscience des possibilités que leur offre l’entre-preneuriat./1s ont permis de redonner un second souffle au développement local, particulièrement dans les quartiers difficiles et les zones rurales enclavées».Les forces du milieu Pour Paul-Arthur Fortin, initiateur de la Fondation de Tentrepreneurship au Québec et grand partisan du développement de la culture entrepreneuriale, les résultats obtenus jusqu'à present par les gouvernements québécois et français confirment Tà-propos des mesures mises l’avant De son point de vue, si les approches développées en France et au Québec sont un peu differentes, elles reposent toutes les deux sur la même chose: la volonté des gens de bouger et de prendre leur place.«Elles mettent.dM, en évidence une idee que je défends depuis plus de 30 ans.celle que le potentiel entrepreneurial existe dans nos milieux et que la meilleure façon de développer un territoire est de miser sur la force des gens qui y sont.» Pour Jean-Paul Riverin.«il ne s 'agit pas de faire de tous les jeunes Québécois de .futurs entrepreneurs.U s 'agit de hire prendre conscience aux gens qu’il y a dans l'entre-preneuriat a une richesse extraordinaire.Nous hisons.explique-t-il le pari que.sensibilisés à cela, les jeunes seront aussi de meilleurs employés, plus conscients des défis que pose la vie d 'entreprise.» En total accord avec ce point de vue, Paul-Arthur Fortin considère, lui, que la population entière a beaucoup à gagner en favorisant l'esprit d'entreprise «Le gouvernement a tente jusqu 'à l'épuisement de red\-namiser l’économie des régions.Les interventions étatiques et bureaucratiques n'ont rien donné.La solution passe par la créativité et lïnitiative locale.Développer l’esprit d’entreprise chez les jeunes, c ’est favoriser I emergence de ces deux éléments.Personne ne peut y perdre», affirme-t-il.convaincu.Collaboratrice du Devoir LE DEVOIR.LES SAMEDI 24 ET DIMANCHE 2 .» D E C E M R R E EXT RETIENS JACQl'ES ('ARTIER Culture, création, handicap Accessible, la culture ?Les milieux culturels font piètre figure quand vient le temps de parler d accessibilité, avec à peine 25 % des musées pouvant etre fréquentes par les personnes handicapées des deux côtés de l’Atlantique.D’expositions adaptées en aménagements physiques des lieux, certaines initiatives permettent toutefois de croire que les choses vont changer.Espoir en vue.GUYLAINE BOUCHER Absence d’ascenseur ou de rampe d’accès, de repères en braille ou d’amplificateurs sonores, les obstacles à un libre accès aux institutions muséales pour les personnes handicapées, en fauteuil roulant sourdes ou aveugles sont nombreux.Et c’est sans compter les préjugés tenaces qui peuvent aussi teinter l’accueil qui leur est réservé.Devant le lobby de mieux en mieux organisé des personnes handicapées, certains pas ont été franchis au cours des dernières années.Des initiatives de prise en compte des clientèles avec des limitations émergent çà et là.A Montréal, le Musée des beaux-arts, au moyen de son programme «Le musée en partage», a notamment permis à des personnes déficientes intellectuelles de visiter le musée avec des guides-animateurs spécialement formés pour les accueillir.Dans la région Rhône-Alpes, le Musée des beaux-arts de Lyon et le Musée de Valenciennes ont, eux aussi, otivert leurs portes pour des activités d’animation particulières à l’intention notamment des personnes aveugles, malvoyantes et sourdes.Au Musée de la civilisation de Québec, c’est aux préjugés que l’on a choisi de s’attaquer.En collaboration avec l’Office des personnes handicapées du Québec, le musée a de fait conçu et présenté au public pendant plusieurs mois l'exposition l, rue des apparences faisant état de la réalité des personnes handicapées.«L'objectif de l'exposition était clair, explique Cécile Ouellet, chargée de projet au musée.Nous voulions donner la parole aux personnes luindica-pées et mettre en lumière le processus de marginalisation et les perceptions auxquelles elles sont confrontées quotidiennement.» Développée autour du concept du lieu à habiter, l’exposition abordait divers thèmes, dont la communication, l’amour, la séduction, l’angoisse, l’espoir et les apparences.«Chaque pièce de l’appartement que les gens étaient invités à visiter permettait d'aborder un aspect de la vie des personnes handicapées, de l’enfance à l'âge adulte», précise la chargée de projet Diffusée à la grandeur du Québec, l’exposition a attiré des milliers de personnes, dont plusieurs personnes handicapées.Phénomène intéressant selon Hélène Pagé, directrice du service de l’action culturelle et des relations publiques au Musée de la civilisation: «Même si ce n’était pas le premier objectif visé, l'exposition a fait découvrir le musée et ses activités aux personnes luiruiica- pées.Nous avons noté depuis une augmentation de leur fréquentation pour nos autres expositions Cest au-delà de nos espérances» L’exception anglaise De toutes les initiatives mises de l’avant c’est toutefois en Grande-Bretagne que les avancées les plus remarquables ont été notées.Depuis l’adoption en 1995 de la loi empêchant la discrimination envers les personnes handicapées et leur garantissant l’accès égal à l’ensemble des services publics existants.l’Angleterre a de fait entrepris un virage majeur.Porté par la législation, le Victoria and Albert Museum de Londres fait aujourd’hui figure de chef de file en matière d’accessibilité.«Avec l'aide d'un groupe d'accès formé de représentants des personnes lumdicapées, nous avons travaillé à rendre le musée plus accessible.Notre but était en fait l'accès absolu.Nous voulions que les personnes handicapées puissent déambuler librement dans le musée comme n'importe quel autre visiteur.Tout cela dépasse la simple installation d'une rampe d’accès», explique Barry Gin-ley, responsable de l’accès pour les personnes handicapées.Les aménagements effectués vont de l’intégration de livres tactiles dans les galeries de peinture aux amplificateurs de sons dans chacune des salles.Des étiquettes en braille sont aussi systématiquement intégrées aux expositions permanentes.L’ensemble des guides-animateurs à l’emploi du musée ont également été fonnés pour pouvoir communiquer en langage des signes.Ils EL IMIRRK SOOtARIt Ml MK DF IA CIVIl ISAHON Au Musée de la civilisation de Québec, c’est aux préjugés que l’on a choisi de s’attaquer en présentant pendant plusieurs mois l’exposition 1, rue des apparences qui faisait état de la réalité des personnes handicapées.ont de plus bénéficié de sessions de sensibilisation à la réalité et aux besoins des personnes handicapées.Les efforts entrepris, particulièrement pour l’une des galeries du musée, ont permis à l’établissement de rafler le titre de Musée de l’année en Europe pour 2003.Pour et par les personnes handicapées Admirative de l’expérience anglaise, Claude Gilbert, directrice du département des publics, de l’action éducative et de la diffusion culturelle pour les Musées de France, souhaiterait voir le modèle se répéter.A son avis, la meilleure façon d’y arri- ver est de miser sur les personnes handicapées elles-mêmes.«Nous parviendrons à accroître laccessibilité des pcrstmnes handicapées aux musées lorsque nous embaucherons ces perstmnes comme guides-animateurs, chargees de projets ou autres.Elles pourront ainsi faire changer les choses de I'intcrieur et rendre naturellement les institutions muséales plus ouvertes et ant beaucoup de choses fl nous apprendre et je suis persuadée que nous avons tous personnellement quelque chose à tirer de cela.Four avoir visité le Victoria and Albert Muséum, je peux affirmer que les dispositifs mis en place pour les personnes handicapées sont appréciés de tous.En fait, ils rendent les expositions plus faciles d’accès pour tout le monde.Il y a une leçon à prendre de cela.Il faut apprendre à voir les choses différemment.Il ne s'agit p* s , A.ète , - V* ./* ; y __________________________ t i _ rî-J* i # ¦ r "4 .y* *.y»» Er! tant que partenaire, l'Ordre des administrateurs agréés du Québec est fier du succès des Dix-huitiemes Entretiens du Centre Jacques Cartier.ADNH ORDRE DES ADMINISTRATIURS AQRttS DU m EBI
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