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Maintenant
Revue d'idées très en phase avec les débats qui animent la société québécoise durant la Révolution tranquille.

[...]

La revue Maintenant arrive et s'inscrit dans l'effervescence du Québec des années 1960, au moment de la Révolution tranquille. Elle a pour vocation de remplacer la Revue dominicaine en créant un lieu de discussion collé sur l'actualité. Pour s'insérer davantage dans l'activité intellectuelle de son temps, la nouvelle revue affiche une facture moins savante.

Père Henri-Marie Bradet, directeur de la revue depuis ses débuts en 1962, rassemble rapidement de nombreux collaborateurs, clercs et laïcs. Plusieurs dominicains, mais aussi Benoît Lacroix, Louis Lachance, Émile Legault, Gérard Dion et Louis O'Neill offrent des contributions à la revue, tout comme les laïcs Hélène Pelletier-Baillargeon, Louis Fournier, Pierre Saucier, Dr Paul David, Ernest Pallascio-Morin, Jacques-Yvan Morin, Guy Robert et Naim Kattan, parmi de nombreux autres.

La volonté d'actualisation du catholicisme prônée par Maintenant tient ses racines dans le personnalisme des années 1930 et son ouverture à l'individualisme, et coïncide, en 1962, avec le programme de réformes du catholicisme de Vatican II, duquel la revue portera l'esprit au Québec. Elle offre une tribune aux catholiques de gauche, soucieux de montrer un esprit actuel et moderne à la jeunesse intellectuelle.

Maintenant s'adapte rapidement aux changements accélérés en cours dans la société québécoise et devient un lieu de débat important. Les clercs souhaitent se positionner comme porteurs d'une conscience morale évolutive de la société vis-à-vis des intégristes et du contrôle de l'Église. Cet humanisme chrétien motive Maintenant à adopter hâtivement le socialisme démocratique et à cautionner et pousser l'idée de l'indépendance politique du Québec.

Le contexte de laïcisation et de pluralité grandissante des affiliations religieuses, conjugué au déclin de l'attachement national canadien-français et catholique, donne naissance à un nationalisme québécois civique qui se manifeste notamment dans la déconfessionnalisation de l'enseignement public. Maintenant en sera partie prenante.

La revue participe ouvertement aux débats sur la régulation des naissances, mais, par principe religieux fondamental, demeure d'abord contre l'avortement. Et bien qu'elle appuie une laïcité ouverte, la revue refuse affronte la position radicale de la relégation du religieux à la sphère privée. Les audaces que Maintenant se permet font des mécontents à la tête de l'ordre dominicain à Rome, qui demande la destitution du père Bradet en 1965. La maison provinciale de l'ordre ne souhaite pas se ranger dans la réaction. Le père dominicain Vincent Harvey prend la relève de Bradet à la direction et offre au contraire davantage d'autonomie à la revue, qui appuie plus résolument le socialisme et l'indépendantisme québécois.

Maintenant souhaite mettre un terme au nationalisme messianique pour que toute la place soit laissée à un mouvement politique pragmatique, qui envisage la souveraineté politique comme moyen pour le Québec de se développer. Tous les dominicains ne sont toutefois pas à l'aise avec les positions politiques de la revue. L'ordre sort de l'aventure en 1969. Son maigre financement est dorénavant assuré par Pierre Péladeau. La revue délaisse alors presque complètement le contenu religieux pour se concentrer sur les questions politiques, sociales et économiques.

Durant la période qui suit, Maintenant accueille des collaborateurs réputés, dont Robert Boily, Jacques Parizeau, Michèle Lalonde, Fernand Dumont, Jacques Grand'Maison, Jacques-Yvan Morin, Guy Rocher, Camille Laurin, Pierre Vadeboncoeur et Louis O'Neill. Hélène Pelletier-Baillargeon y est toujours et sera d'ailleurs nommée directrice au décès de Vincent Harvey en 1972.

Maintenant est affiliée aux journaux indépendantistes et réformistes Québec Presse (1969-1974) et Le Jour (1974-1978). Les trois cahiers publiés en 1975 sont d'ailleurs distribués avec Le Jour. Plusieurs des collaborateurs des dernières années seront des figures importantes du gouvernement et de l'administration du Parti québécois à partir de 1976.

Source:

ROY, Martin, Une réforme dans la fidélité: la revue Maintenant (1962-1974) et la «mise à jour» du catholicisme québécois, Québec, Presses de l'Université Laval, 2012.

Éditeurs :
  • Montréal, P.Q. :les Dominicains en collaboration avec d'autres clercs et des laïcs,1962-1975,
  • Montréal :Éditions Maintenant inc.,
  • Montréal :Editions Maintenant :
Contenu spécifique :
Février
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
chaque mois
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Prédécesseurs :
  • Revue dominicaine ,
  • Témoins
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Références

Maintenant, 1962-02, Collections de BAnQ.

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J 2 FÉVRIER 1962 P.-A.Liégé L'ÉGLISE ET LES CIVILISATIONS J.-P.Audet QUE RESTE-T-IL ENTRE NOUS?PA J.-Y.Morin MARCHÉ COMMUN : L’HEURE DÉCISIVE LE André Giroux LETTRE À UN JEUNE HOMME Naïm Kattan SEMAINE JUDÉO-CHRÉTIENNE ET Ernest Pallascio-Morin SUR Ut/ MARIAGE IMPROVISÉ LE Pierre Valcour PÉGUYENNE SUR LE VIN Jacques Girard JOURNALISME ETUDIANT iarc Lecavalier LÈS DÉLINQUANTS CRIERONT-ILS AUSSI AU SECOURS ?| Anne-Marie RÉHABILITATION D'UN AMOUR (Sommaire complet au verso) L’ANTICLERICALISME LE SACERDOCE Le rôle du prêtre serait si beau s’il n’était vu que par la foi ! A un pareil regard, nos yeux ne sont pas entraînés.Avec les meilleures intentions, les apologistes du sacerdoce lui érigent des piédestaux, et c’est dommage, car ils font du mal.On vantera son rôle civilisateur à travers les pays, plus spécialement le nôtre depuis trois cents ans ; tantôt on insistera sur l’apport moral du prêtre, disant même que, sans lui, la société perdrait toute moralité.Certains sont attachés au prêtre pour ses qualités humaines.On le défendra ardemment, parce qu’on est en sympathie avec lui, sans pourtant rien lui demander de proprement religieux.Chez nous, les paroisses et les communautés représentent des clients intéressants : c’est donc avoir le sens des affaires que de s’intéresser au clergé.Mentionnons aussi le regard historique sur le rôle du prêtre ; le regard du journaliste, toujours assuré de provoquer la curiosité par des reportages sur les hommes d’Eglise.Autant de regards étrangers à la foi, causes de malentendus. sommaire Le Directeur : Par-delà le cléricalisme : le sacerdoce .45 P.-A.Liégé, o.p.: L'Eglise et les civilisations .49 J.-P.Audet, o.p.: Que reste-t-il entre nous ?.53 Roger Rolland : Liberté .55 M.-M.Desmarais, o.p.: Le « racket » des lampions .56 Naïm Kattan : Semaine judéo- chrétienne .57 J.-M.Parent, o.p.: Une école acceptable pour tous ?.58 Claire Vaillancourt et Lucille La-tendresse : Une expérience de laïques missionnaires en Inde .59 Jacques Girard : Le journalisme étudiant .60 Coup d'œil sur les diocèses .62 André Giroux : Lettre à un jeune homme .63 Pierre Valcour : Péguyenne sur le vin .64 Marc Lecavalier, ptre : Les délinquants crieront-ils aussi au secours ?.65 Anne-Marie : Réhabilitation d'un amour .66 Ernest Pallascio-Morin : Sur un mariage improvisé .67 Jacques-Yvan Morin : Marché commun : l'heure décisive .68 Pierre Saucier : Marasme au primaire .70 Jean-Paul Vanasse : Chaque Français entend Racine à sa manière .70 Noël Pérusse : Syndicalisme d'affaires ?71 René Hurtubise : Le séparatisme et la constitution canadienne .72 Réginald Savoie : Commentaires sur la commission Salvas .72 Bernard Benoit : L'assureur-vie .73 Benoît Lacroix, o.p.: Affrontement .74 Guy Robert : Yves Thériault : un romancier .75 Jean Sirois : Poésie .76 Micheline Dumont : Théâtre .76 l’Estoc : Peinture .76 Gilles Potvin : Musique .77 H.-M.Robillard, o.p.ï Cinéma .77 G.R.: Livres et Revues .78 Guy Viau : Les Chrétiens et Bor-duas .80 Un centre d’intérêt : Moralistes, romanciers, dramaturges et cinéastes regardent le prêtre.Depuis Stendhal, avec Le Rouge et le Noir en 1830, jusqu’à nos jours, les personnages cléricaux ont tenu une place d’importance dans la littérature.Succès incontestable de films comme "Going my way”, "The keys of the Kingdom”, "The Bells of St-Mary’s”, jusqu’à "Léon Morin, prêtre”, que le grand public a vu surtout pour le thème traité.Parlant de lui-même et des autres apôtres, S.Paul déclarait : « Nous avons été en spectacle au monde, aux anges et aux hommes » (I Cor., IV, 9)- Parole qui n’a cessé de se vérifier pour ces hommes étranges, qui intriguent leurs contemporains par leurs fonctions, leur formation, jusqu’à leur costume venu du fond des âges et demeuré réfractaire aux influences de la mode, habit singulier, même si on s’oriente vers le "clergyman”, qui identifie encore si bien l’homme d’Eglise.Soit malveillance, admiration ou simple curiosité, on regarde les prêtres, on les surveille, on s’y intéresse.Bonne ou mauvaise, on se croit obligé d’avoir une opinion sur eux ; en tous cas, ils ne laissent pas la foule indifférente, mais les a-t-on jamais compris ?Eux-mêmes, les prêtres, voient-ils très bien ce qu’ils sont ?Le seul regard qui rend justice au prêtre, c’est le regard de la foi.Ne plus se faire aimer qu’à cause de Jésus-Christ, et non plus en raison d’un certain nombre de valeurs et de privilèges qui n’ont rien à voir avec la vraie religion.Une telle vision entraînera des conséquences pénibles pour le prêtre : situation dépouillée et démunie de moyens humains, mais combien plus enrichissante pour clercs et fidèles, parce que dissipant les malentendus.Ce que dit la foi : Que dit la foi du prêtre ?Laissons de côté ces discours encombrants des ordinations et des banquets de première messe, où l’on s’efforce si souvent de flatter la sentimentalité et l’orgueil familial avec des arguments de portée souvent discutable.A l’instar de Jésus-Christ qui l’a institué, le sacerdoce est une réalité d’incarnation.Comme son maître qui se montrait tantôt Dieu et tantôt 47 homme, le prêtre apparaît tour à tour revêtu de puissance divine et soumis aux exigences de l’humaine condition.Approfondir la notion d’incarnation, ce serait du même coup mieux saisir l’Eglise, le prêtre, aussi le composé que nous sommes : esprit et matière.Fait curieux, ce n’est pas le côté divin, le caractère sacré du prêtre qui fait obstacle chez les croyants.Ils lui concèdent logiquement des pouvoirs surnaturels, pour offrir le même sacrifice que le Christ a offert, prêcher le même Evangile, et comme Lui, lier et délier les consciences.Ce qui fait le scandale : La pierre d’achoppement pour les croyants, c’est le côté humain du sacerdoce.C’est là ce qu’on lui reproche le plus et ce qu’on lui pardonne le moins.Qui plus est, l’Evangile semble justifier pareil étonnement, voire pareil scandale.Voici, en effet, que la plus éclatante sainteté marque les personnages qui préparèrent et accueillirent le Sauveur sur terre : un ange annonce sa naissance, une Vierge l’enfante, une troupe céleste l’acclame, le pur saint Joseph veille sur Lui et l’austère Jean-Baptiste, purifié avant de naître, lui dispose les cœurs.Quand il s’agit de se continuer, de se donner aux âmes, ce même Seigneur se choisit des ministres, très apparentés aux pécheurs et pécheresses, même s’il faut ici distinguer une minorité qui atteindra les sommets.« Nous portons ce trésor dans des vases de terre» (S.Paul).Même constatation dans le culte chrétien, où tout est saint, sacré et même consacré : symbolisme du pain et du vin, autel, vases et ornements liturgiques.Qu’il se sent humilié le prêtre conscient à la fois de sa fonction et de sa misère, de se mouvoir en de pareilles réalités ! Prêcher l’Evangile dans toutes ses exigences en ne trahissant rien d’une perfection qui atteint l’héroïsme, alors que ce pauvre prêtre se sait si peu accordé au message : voilà qui requiert non pas de l’hypocrisie, comme certaines personnes le pensent, mais une fidélité immensément courageuse.Il est si tentant de penser comme l’on vit ; d’enseigner seulement ce qui laisserait invulnérable.Ici, les chrétiens qui mettent en cause leur foi pour justifier une situation en flagrante contradiction avec cette même foi, comprendront toute la force du prêtre, qui reste fidèle à dire le message et cela quand il n’arrive pas lui-même à le vivre pleinement.Il sait, pour l’avoir expérimenté dans son cœur et dans sa chair, les dangers de ce que la psychologie appelle des refoulements.Il sait aussi, qu’en se donnant tout entier aux exigences de sa vocation, il lui 48 est possible d’échapper aux appels d’en bas et de trouver une autre issue que les libérations ordinaires, dans ce procédé de la sublimation que S.Thomas avait mis en lumière avant Freud.Une comparaison : Prêtres, quels que soient les honneurs qu’on nous rende et la sympathie qu’on nous témoigne — dans une chrétienté idéale — nous restons des incompris, des inconnus, des méconnus, tant qu’on ne nous voit pas d’abord et avant tout comme représentants du Christ et les dispensateurs des mystères de Dieu, comme dit S.Paul.Une comparaison • imaginez la déception de l’ambassadeur du Canada en pays étranger, qu’on entoure de respect et de chaude amitié, mais qu’on refuse de considérer comme notre ambassadeur.Ce devrait être la même tristesse que ressentent les prêtres qui ne sont point vus ni ne se voient point entre eux dans cette perspective de la foi.Clercs et laïcs ont à s’aider mutuellement pour purifier leurs regards.Souvenons-nous que nos débats sur l’Eglise et le prêtre doivent s’élever jusqu’à la foi et à l’approfondissement de la notion d’incarnation.Situées au plan des personnes, par exemple, nos discussions n’aboutiront jamais.Il faut que des problèmes de foi — et le prêtre est un problème de foi — soient discutés et regardés sous l’angle de la foi et dans la religion voulue de Dieu : la religion incarnée.Le Directeur Qu’est-ce qu’une Université catholique ?RÉDACTION, ADMINISTRATION, ABONNEMENTS ET PUBLICITÉ, 2715, Chemin Côte-Ste-Catherine, Frais de port garantis si non livrable.Le Ministère des postes, à Ottawa, a autorisé l'affranchissement en numéraire et l’envoi comme objet de la deuxième classe de la présente publication.Montréal 26, P.Q.Tél.739-4002.Maintenant invite lecteurs et amis à un panel, le mardi, 20 février, à 8.30 hres à l’auditorium du monastère St-AIbert-le-Grand, 2715, Chemin Côte-Ste-Catherine.Animateur : Me Paul Lacoste, professeur à l’Université.Panellistes : Me Marcel Faribault, ancien secrétaire général de l’Université de Montréal ; Philippe Garrigue, doyen de la Faculté des Sciences sociales ; Jacques Girard, directeur du Quartier Latin et Jean Rochon, ancien président de l’A.G.E.U.M. CIVILISATIONS L’EGLISE ET LES On pourrait penser que le christianisme va susciter une civilisation qu’on pourra dire chrétienne, parce qu’il se sera exprimé à ce point dans une civilisation donnée, qu’il lui aura donné sa marque de façon suffisamment importante pour qu’on puisse dire : « Voilà la synthèse parfaite ; le christianisme a trouvé et réalisé « sa civilisation ».Voilà ce que vraiment on peut appeler une civilisation chrétienne.» Il y a là un problème historique extrêmement délicat et complexe, car il se trouve en effet que, depuis Charlemagne jusqu’à nos jours à peu près, en passant par Philippe II (Constantin, Charlemagne, Philippe II sont certainement trois princes qui ont donné leur marque à ce qu’on a appelé « la civilisation chrétienne»), l’Occident a proliféré une civilisation qu’on peut appeler en gros la civilisation occidentale et qu’on a baptisée chrétienne.En fait cette unité, que d’aucuns ont cru définitive, autant que le Royaume de Dieu, entre un fait de civilisation et le christianisme qui s’étaient rencontrés pour des épousailles éternelles.« Je t’ai rencontré, je t’ai reconnu, tu m’as reconnu, nous nous sommes plu et maintenant nous ne nous quitterons plus ! » Il se trouve aussi que, de nos jours, cette civilisation occidentale et chrétienne tout à la fois, se trouve par bien des aspects remise en question comme occidentale et comme chrétienne, d’où la proposition d’un certain nombre de « croisés » modernes, de défendre cette réussite unique qui a duré pendant plusieurs siècles dans l’histoire et qui s’appelle : « la chrétienté », autre terme pour désigner la civilisation occidentale et chrétienne.Dans un discours qui a eu un assez grand retentissement au Xe Congrès International des Sciences Historiques, le 7 septembre 1955, Pie XII a tenu ces propos très importants pour juger de ce qu’est et de ce qu’a été la Chrétienté : « L’Eglise a conscience d’avoir reçu sa mission et sa tâche pour tous les temps à venir, pour tous les hommes et par conséquent de n’être liée à aucune culture ni civilisation déterminée.La culture du Moyen-Age elle-même, on ne peut la caractériser comme la culture catholique.Elle aussi, bien qu’étroitement liée à l’Eglise, a puisé ses éléments à des sources différentes.Même l’unité religieuse propre au Moyen-Age ne lui est pas spécifique.Elle était déjà une note typique de l’antiquité chrétienne dans l’empire romain d’Occident et d’Orient.L’Eglise catholique ne s’identifie d’ailleurs avec aucune civilisation, mais elle est disposée à faire alliance avec chacune.Elle reconnaît volontiers ce qui, dans chacune d’elles, n’est pas en contradiction avec l’œuvre du Créateur, ce qui est conciliable avec la dignité de l’homme, avec ses droits et devoirs naturels ; mais elle y implante la richesse de la vérité et la grâce de Jésus-Christ, obtenant ainsi que les différentes cultures si étrangères qu’elles paraissent les unes aux autres, se rapprochent et deviennent vraiment sœurs ». 50 Ainsi, on ne saurait parler de la « civilisation chrétienne ».Il faudrait au moins parler au pluriel.Il y a eu ou il y aura « des » civilisations chrétiennes.Essayons de vider l’équivoque et de montrer que s’il y a lieu de parler « d’une » civilisation chrétienne, il n’y a pas lieu de parler de « la » civilisation chrétienne.En effet, que s’est-il passé pendant ces quelques siècles en Occident ?1) Il s’est passé qu’un certain état de l’histoire a favorisé une unité de civilisation.L’Occident s’est reconnu comme étant d’accord sur un certain type d’homme, et cet état de l’histoire a coïncidé avec le fait que l’Eglise a été reconnue par la plupart de ces peuples, au moins par les princes, (parce que, à ce moment-là, c’était surtout les princes qui décidaient de tout, et le peuple avait la religion de son prince).On a organisé les institutions de telle sorte qu’une unité humaine de civilisation s’instaure en même temps qu’une unité de vie chrétienne : une organisation chrétienne de l’Empire et de la Cité.Cela a donné lieu d’ailleurs à beaucoup de confusion, puisque le Pape et l’Empereur revendiquaient l’un et l’autre d’être les têtes de la civilisation chrétienne et occidentale.2) On peut faire remarquer que la civilisation chrétienne dont il s’agissait a connu des moments extrêmement divers, et qu’au stade de Charlemagne ou au stade de Saint Louis ou de Philippe II, elle n’était certainement pas la même.On trouve alors une espèce de grand amalgame d’inspiration chrétienne où des conceptions de l’homme assez diverses se sont manifestées.Limité de la civilisation chrétienne sur le plan historique peut être en partie contestée.Il faut se méfier de cette espèce de mythe qu’on en a fait, comme si depuis Constantin jusqu’à nos jours, l’Occident avait été vraiment unanime, se reconnaissant unanimement dans des institutions patronnées par l’Eglise s’exprimant dans des valeurs reconnues absolument par tout le monde.Tout au plus peut-on dire qu’au Moyen Age il y a eu un siècle à peu près : de la fin du XIIe siècle au milieu du XIIIe siècle, qui a connu une réelle unité de culture, de civilisation, sous l’inspiration chrétienne.L’histoire nous répond donc déjà : il n’y a pas eu une civilisation chrétienne, mais sans doute plusieurs, ou du moins plusieurs formes.3) Mais nous avons à nous demander, en allant plus loin, s’il peut y avoir une civilisation chrétienne ?L’histoire nous répond, mais cela ne suffit pas, parce qu’elle nous renseigne que sur ce qui s’est fait jusqu’à présent.Est-ce qu’en droit il peut y avoir une civilisation chrétienne ?Aucune civilisation ne sera à tout jamais, à elle seule, la civilisation idéalement accordée au fait chrétien.Etant donné ce qu’est le fait chrétien et le fait de civilisation, nous pouvons penser que ce qu’on appelle le « moment » de la civilisation chrétienne, la « chrétienté », c’est une réussite, entre d’autres, non pas la réussite parfaite et idéale et à tout jamais donnée ; une certaine réussite en ce sens qu’au moins à un moment de la civilisation occidentale, il y a eu un dialogue assez harmonieux entre le christianisme et le fait de civilisation.Mais rien de plus.4) Que sera dans le monde à venir l’affrontement civilisation et christianisme ?A.— Il semble que ce qui s’affirmera de plus en plus, ce sera le pluralisme du fait de civilisation.Il semble qu’il n’y aura pas dans l’immédiat de faits massifs et très durables de civilisation, mais qu’on assistera de plus en plus à des faits de civilisations extrêmement fluides, se transformant et réagissant les unes sur les autres, tout en gardant des originalités partielles.Si bien que le Christianisme ne trouvera plus, comme il l’a trouvé, en Occident, quelque temps après sa naissance et sa première expansion, un interlocuteur dominant dont il a pu penser un moment que c’était le seul.Aujourd’hui, l’Eglise, dans sa pensée et son action missionnaire, se trouvera nécessairement devant de multiples formes assez émiettées de civilisations, et elle devra prendre son parti d’amorcer un dialogue, lui aussi pluraliste, prendre le parti d’une ouver- 51 ture catholique sur tous les faits de civilisation, en se disant que si elle en négligeait un seul, elle négligerait un dialogue nécessaire.B.— Second élément de jugement : dans ce pluralisme des formes de civilisation, est-ce que l’Eglise aura le moyen de reconnaître une inégalité et donc d’encourager certaines préférences P Pourra-t-elle manifester qu’elle est davantage d’accord avec telle forme de civilisation qu’avec telle autre ?Ceci est difficile à dire.On peut toutefois avancer que l’Eglise se retrouve de plus en plus d’accord avec des faits de civilisation qui auront le souci de donner à l’homme une conscience plus vive de sa liberté, de sa responsabilité historique, de sa solidarité avec d’autres hommes.Et de même avec des faits de civilisations dans lesquels les différentes hiérarchies de valeur seront les plus sauvegardées, à savoir : l’économique au service de l’homme et non l’inverse ; l’homme avec une ouverture sur le spirituel et non pas aliéné par un pseudo-spirituel.La question réapparaît : sont-ce les civilisations qui paraissent les plus religieuses qui sont, de soi, les plus proches du christianisme ?Peut-être bien que des civilisations désacralisées et neutres, comme sont la plupart des faits de civilisations modernes, seront finalement plus aptes au dialogue avec l’Eglise qu’on ne le pensait naguère.De ce point de vue, en effet, on peut distinguer deux types de civilisations : celles qu’on pourrait appeler « sacrales », à savoir celles qui intègrent le fait religieux à l’intérieur du fait de civilisation.Tel est le cas des civilisations grecque, romaine, égyptienne, asiatique, africaine, et essentiellement l’Islam, et celles qu’on peut appeler « profanes ».C’est le cas de la plupart des faits de civilisation de l’époque moderne.Dans la mesure où ces faits de civilisation ne sont pas athées, mais simplement neutres, il semble que l’affrontement avec le christianisme n’est pas forcément plus défavorable lorsqu’il s’agit d’une civilisation profane que lorsqu’il s’agit d’une autre, car la civilisation sacrale peut conduire facilement au nationalisme religieux, à l’annexion de la religion dans une théocratie, dans un cléricalisme : la situation où étaient la plupart des civilisations antiques qui aliénaient la religion ou se laissent aliéner par elle.Un concordat très loyal peut s’établir entre l’Eglise et un type de civilisation neutre mais comportant un humanisme ouvert aux valeurs spirituelles, mettant en place une certaine hiérarchie des valeurs qui intègrent l’homme personnel et communautaire, donnant le maximum d’accès à tous aux valeurs de civilisation.Certains chrétiens qui voudraient aujourd’hui réclamer de la civilisation qu’elle soit sacrale, qu’elle implique le fait religieux dans sa nature même, n’ont peut-être pas suffisamment réfléchi au fait que ce qui ouvre l’homme à la foi ce n’est pas d’abord qu’il ait de la religion, mais c’est qu’il soit un homme le plus adulte possible, le plus libre, le plus conscient possible, ayant le sens aigu de sa responsabilité.C.— La tâche chrétienne dans ces différents faits de civilisation sera, demain, beaucoup plus celle d’une présence pour les animer de l’intérieur, pour les purifier dans ce qu’ils auraient d’insuffisant concernant leur conception de l’homme, de la liberté humaine.Il s’agirait que le christianisme anime le plus grand nombre de faits de civilisation, et non pas de chercher à faire une alliance, qui risquerait d’être une sorte de concubinat, avec tel ou tel fait privilégié de civilisation qui se déclarerait chrétienne.On se demande même s’il y aura jamais, à l’avenir, des civilisations globalement prises qui se présentent comme chrétiennes, mais on souhaite que toutes les civilisations soient animées par une présence chrétienne.C’est bien là la visée qui se fait jour de plus en plus dans les propositions missionnaires de l’Eglise.Les encycliques missionnaires des derniers papes insistent, en effet sur les points suivants : les missionnaires doivent éviter soigneusement tout nationalisme, éviter d’imposer d’une façon ou d’une autre leur propre civilisation.Ils doivent respecter positivement, et même encourager tout ce qui est bon dans les civilisations qu’ils trouvent et dans les mœurs des différents peuples qu’ils vont évangéliser.La mission n’est en aucune façon une succursale de la civilisation occidentale dite chrétienne.L’Eglise accepte aujourd’hui de faire un examen de conscience et de reconnaître qu’elle a peut-être été un peu myope, un peu unilatérale dans ses liaisons.Opportunisme, dira-t-on ?Plus simplement, les événements d’aujourd’hui, les modifications des faits de civilisation font que l’Eglise revient à une pensée fondamentale, reprend conscience d’une certaine transcendance du christianisme en même temps que d’une incarnation du christianisme.C’est une occasion, mais non pas simplement un opportunisme.L’occasion est bonne pour que les chrétiens occidentaux cessent de croire que leur civilisation est, à tout jamais, la seule réussite de dialogue entre le christianisme et la civilisation.Il faudrait qu’ils soient modestes, il faudrait qu’ils apprennent à travailler à ce que le christianisme noue de nouveaux dialogues.Le dialogue du christianisme et du monde asiatique n’est à peu près pas entamé ; celui avec le monde africain est à peine commencé.Ce serait aux chrétiens occidentaux à aider le christianisme par une entreprise missionnaire de qualité, à nouer de nouveaux liens et à donner la démonstration, qu’en effet, les données de la civilisation occidentale, tout en étant des données assez privilégiées, ne sont pas les seules à avoir le privilège de pouvoir dialoguer avec le christianisme et à recevoir en retour l’enrichissement d’animation, de purification, de promotion que le christianisme apporte à toute civilisation qui veut bien s’ouvrir à lui.Les chrétiens occidentaux devraient trouver normal que les entreprises missionnaires de l’Eglise impliquent de la part de ceux qui en sont responsables, une certaine désolidarisation de leur civilisation d’origine.Il faudrait par exemple que cela ne scandalise en aucune façon des chrétiens français, qu’un certain nombre de missionnaires quittent, autant que c’est possible, les mœurs et les points de vue de la civilisation occidentale, et cherchent le plus possible à se naturaliser dans d’autres types et d’autres faits de civilisation.Qu’on ne trouve pas qu’ils sont de mauvais Français, mais au contraire de vrais chrétiens.Aucun fait de civilisation n’épuise ce que l’homme peut dire de lui-même, ce que le groupe humain peut exprimer de ses valeurs.Tous les faits de civilisation, malgré leurs limites, ont leur sérieux et leur valeur ; ils sont complémentaires.L’homme est plus riche qu’un fait de civilisation donné, et tous les faits de civilisation mis ensemble sont plus riches qu’une civilisation monopolisante.Ce sens du relativisme permet d’attribuer un grand sérieux à chacune des civilisations, d’être fraternel à toute nouveauté de civilisation plutôt que d’être immédiatement hostile.Ce ne sont pas ceux qui sont les plus idolâtres d’une civilisation donnée, qui, en fait, sont les hommes qui ont le plus le sens du sérieux des faits de civilisation.Mais quoi qu’il en paraisse, le relativisme — qu’exprimait Valéry en disant que les civilisations sont mortelles — est lié au contraire au sérieux concernant chacun des faits de civilisation.L’Eglise doit entretenir à la fois ce relativisme et ce grand sérieux, sachant que c’est avec toutes les civilisations, (il y en aura certainement beaucoup d’ici la fin du monde), avec tous les visages de l’homme, avec tous les systèmes de valeurs humaines qu’elle aura à faire alliance et à nouer dialogue, et qu’à la fin des temps elle sera certainement enrichie de tous ces dialogues qu’elle aura noués, de ces alliances qu’elle aura cherchées, et que ce sera beaucoup mieux que d’avoir essayé de créer une sorte de monopole de civilisation chrétienne.P.-A.Liégé, O.P. 53 QUE RESTE-T-IL ENTRE NOUS?Cest donc un fait, et selon toutes apparences, un fait durable.De nouvelles différenciations s’opèrent dans notre société urbaine, dont il n’est pas trop malaisé de prédire, qu’elles gagneront, le moment venu, la masse de plus en plus réduite et de moins en moins isolée de notre monde rural lui-même.Certains plans de clivage sont déjà nettement perceptibles, et seuls les aveugles, pour se rassurer, peuvent encore se flatter de ne point les voir.Ainsi, de vieilles solidarités chrétiennes se dénouent chaque jour sous nos yeux, parce que, d’une manière ou d’une autre, elles ont tragiquement déçu, tandis que les nouvelles formations se cherchent, se déclarent, se définissent, hâtivement, et pour ne pas être noyées, réclament, là où il est nécessaire, des institutions propres.Que la dissidence prenne pour elle toute la série des épithètes négatives ne doit d’ailleurs pas faire illusion.La plupart sans doute de ceux qui, parmi nous, se disent acatholiques, agnostiques ou athées, ont déjà, personnellement sinon socialement, dépassé le drame de la rupture.Ils ont le sentiment de posséder pour eux-mêmes une valeur désormais acquise.Autour de cette valeur, ils refont leurs espoirs.Pour une part, ces espoirs sont mis sous le signe de la laïcité.Signe terriblement ambigu, hélas ! il faut le reconnaître, et qui pourrait bien nous amener demain, malgré que nous en ayons, de longs heurts inutiles.Car si l’État et la cité font le citoyen, il devrait être clair que c’est l’Église, et l’Église seule, qui fait le laïc, en même temps d’ailleurs que le clerc.Dans ces conditions, on n’a donc aucune peine à voir ce qu’une renvendication des droits et des valeurs propres à la laïcité peut signifier pour un chrétien, dans une situation historique où celui-ci juge que le clerc outrepasse les frontières reconnues de son service.En revanche, que peut signifier cette même revendication chez celui qui s’avoue non-chrétien, et pour autant, étranger à l’Église ?C’est bien là que nous sommes guettés par l’équivoque.Mais le sens historique et sociologique des mots ne s’emprisonne pas dans le droit.En fait, il existe déjà une certaine « laïcité » qui a derrière elle une histoire reconnue, et si l’on veut, de réelles conquêtes.D’un point de vue tactique, et concret, il pouvait être tentant de demander à cette vieille « laïcité » européenne, qui avait en quelque sorte fait ses preuves, de fournir une caution à nos revendications locales.Avouerai-je, cependant, que je ne suis pas encore tout à fait persuadé que nous n’aurons pas un jour à nous repentir de ce patronage aux titres si bizarrement confus ?Et quand je dis « nous », j’entends bien : nous tous, indistinctement, chrétiens et non-chrétiens.Néanmoins, l’histoire n’est pas une fatalité, et il demeure heureusement toujours possible que la sagesse, de part et d’autre, empêche les événements de glisser au pire.En définitive, et quels que soient les risques, l’issue est entre nos mains.C’est donc ici qu’il importe au plus haut point de bien nous comprendre.L'équilibre du service pastoral Les clercs comprendront-ils d’abord ceci ?Un laïc, en sa qualité de chrétien, n’a aucune permission à demander pour réclamer ce qui est à lui dans l’Église de Dieu.Cela va sans dire ?Très certainement.Mais, à voir la pénible et inquiétante timidité du progrès des esprits en ce domaine, cela ira peut-être encore mieux en le disant.Le risque d’incompréhension est ici intérieur à l’Église.Il concerne, essentiellement, un certain équilibre du service pastoral.À la base, celui-ci est un travail, disons même, fréquemment un véritable labeur, qui apporte avec lui sa peine.C’est en raison de ce travail que le service pastoral exerce ensuite, et normalement, un certain pouvoir, puis commande, encore au delà, une certaine considération, ou si l’on préfère, s’accompagne d’une certaine dignité.Paul, qui savait sans doute quelque chose d’un tel service, écrit à ses Thessaloniciens : « Nous vous demandons, frères, d’avoir de la considération pour ceux qui se donnent de la peine au milieu de vous, qui sont à votre tête dans le Seigneur et qui vous donnent l’instruction.Estimez-les avec la plus entière charité, en raison de leur travail» (1 Thessaloniciens, 5:12-13).C’est l’ordre authentique et le juste équilibre de ces choses, les seuls qui méritent à tous égards, et sans réticences, d’être sauvés, si l’on est entre chrétiens.Le travail au service de l’espérance de l’évangile est toujours premier.C’est donc lui qui justifie le pouvoir et la considération, comme il devient alors naturel.Ainsi envisagé, le service pastoral ne saurait apparaître, en aucune manière, comme une illégitime et offensante domination d’un homme sur un autre homme sous le prétexte des nécessités du salut.Mais, les hommes étant ce qu’ils sont, et les clercs étant des hommes parmi d’autres hommes, il n’est malheureusement pas inouï qu’un ordre et un équilibre assez différents viennent à s’instaurer, pour des périodes plus ou moins longues, et dans des secteurs plus ou moins étendus de la conscience chrétienne.L’histoire porte ici ses enseignements, et cette histoire n’est pas seulement celle de notre groupe.Lorsqu’un péril d’inflation, en vertu de quelques situations historiques que ce soit, en vient à menacer le service pastoral de l’Église, ce sont les valeurs, en réalité secondes, du pouvoir et de la considération qui, régulièrement, entrent les premières dans la spirale.Le travail évangélique suit alors, parce qu’il le faut bien, mais, en partie, et à son insu, comme pour éviter de créer un vide préjudiciable autour des valeurs du pouvoir et de la considération déjà engagées pour leur propre compte dans une expansion aussi ruineuse qu’elle est anarchique.De ce service pastoral inflationnaire, il va de soi que c’est, en définitive, la communauté chrétienne elle-même qui fait les frais, clercs et laïcs réunis.Mais comme, par la nature des choses, ce sont les laïcs qui seront les premiers susceptibles de ressentir douloureusement une certaine occupation injustifiée et une certaine utilisation mutilatrice du profane, il ne sera pas du tout anormal que leur expérience et leur clairvoyance propres les amènent alors à signaler à l’Église elle-même les dangers ou les torts dans lesquels elle s’est mise.Lorsque les choses en sont là, que peut-on souhaiter, si l’on a quelque sens de la simplicité évangélique, sinon que ceux qui voient, disent franchement ce qu’ils voient, dans la justice et l’amour fraternel ?Oui est oui, et non est non.À ce moment, d’ailleurs, en bonne équité comme en bonne sagesse, il n’appartient plus aux clercs de dicter d’en haut aux laïcs le style et les moyens de leur action sur l’Église.C’est aux laïcs eux-mêmes à en juger, avec leurs dons et leur prudence de membres de la communauté ecclésiale.L’anticléricalisme ne doit pas être identifié avec toute parole forte que des chrétiens pourraient prononcer parmi leurs frères, s’il devient évident 54 que cette parole a besoin de sa force pour être entendue.Lorsque le feu menace la maison, et qu’on le sait, on ne le murmure pas à l’oreille de son voisin.Si le cri n’est qu’une peur, il sera toujours temps de voir ensuite.De toutes façons, il est malgré tout plus facile de se tirer d’une fausse alarme que d’un incendie.Le témoignage des non-chrétiens Chrétiens, clercs et laïcs, comprendrons-nous encore cette autre chose, avant qu’il ne soit trop tard, avant que nous n’ayons multiplié les souffrances inutiles, avant que la révolte ne lève dans les sillons de l’injustice ?Nous pouvons, certes, nous attrister du départ de nos frères, devenus indifférents sinon hostiles à cette espérance qui est en nous, et dont il était prévu que nous devions être prêts à rendre compte, « avec douceur et respect », à quiconque nous en demanderait le motif (1 Pierre, 3:15-16).Mais oublierons-nous que, dès maintenant, les non-chrétiens eux-mêmes, par leur tranquille présence à nos côtés, rendent un précieux témoignage à l’évangile ?Que les non-chrétiens ne s’irritent pas.Je ne cherche, en ce moment, ni à les annexer malgré eux, ni à leur dérober leurs vertus pour en orner mon Église.Seulement, il y a ceci, dont un chrétien doit être persuadé.L’évangile est un message, non un ordre.En sa substance la plus intime et la plus inaliénable, il fait entendre un appel, non un commandement.Ni la cité où vivent les fils et les filles des hommes, ni les structures sociales qui résultent de l’aménagement de la cité, ni aucune autre des voies de transmission des héritages humains, ne sont chargés de tourner subrepticement en édit, ou en automatisme, ce qui est un appel, ni de changer indirectement en un ordre ce qui fut, et qui doit rester, un message.Quelles que soient les formes concrètes qu’on veuille prêter à ce message, l’évangile, en fait, se transmet d’homme à homme, « avec douceur et respect », ou, à la vérité, il ne se transmet pas.Dirai-je, en outre, que, sous la surface légale que lui font aujourd’hui le commandement et l’observance, le culte chrétien lui-même reste régi, en profondeur, par une invitation, non par un acte d’autorité, encore moins par une pure et simple pression sociale ?Hélas ! que nous sommes loin de compte ! Tel est pourtant le fait.Ce sont les usages et les gestes de l’hospitalité domestique qui ont présidé pour longtemps aux réunions des assemblées chrétiennes.Mais parce que, au fond, notre enfance ne saurait être perdue, et parce que ce qui a été au commencement demeure présent au grand âge de l’Église, ces usages et ces gestes sont encore pour nous, parmi tous les embarras de l’heure, les signes d’une juste liberté.Dieu est plus grand que l'Église Si donc, nous, chrétiens, laïcs et clercs, savons comprendre ce temps et ce lieu où nous sommes, les non-chrétiens qui demandent en ce moment leur place dans la cité, deviendront dès ce jour, à leur manière qui est celle du refus, les témoins opportuns, et encore fraternels, de la liberté dans l’évangile.Qu’on ne redoute rien, Dieu n’en paraîtra pas moins grand.C’est lui qui appelle, et c’est lui qui invite.En définitive, c’est également lui qui accueille.L’Église, il est vrai, sera empêchée par ce refus de mettre les signes de notre espérance sur ceux et en ceux que nous aimons, que nous respectons, et avec qui nous travaillons cha- que jour au bien et à l’aménagement de la cité.Néanmoins, ces signes resteront offerts.Cela suffit.Au reste, Dieu est plus grand que l’Église.Il n’est pas lié par les paroles de notre boudie, ni non plus par les gestes de nos mains.Sur ceux qui ne sont pas, ou qui ne sont plus avec nous, il a déjà mis lui-même, bien avant que nous n’y songions, un signe plus secret, qui est celui d’une espérance semblable à la nôtre.Il n’appartient à personne d’entreprendre de blesser ni d’effacer ce signe.Une fois de plus, l’histoire porte ici sa leçon.L’Église est née dans une société pluraliste, qui connaissait non seulement ses Juifs attachés au Temple et à la synagogue, ses païens demeurés fidèles aux vieux cultes de la cité, ses adeptes fourmillants des religions à mystère, mais encore ses panthéistes, ses sceptiques radicaux, ses agnostiques et ses francs athées.De cette condition, de ses origines et de sa première enfance, l’Église a souffert, moins uniformément toutefois que ne voudrait nous l’assurer une certaine apologétique.Allons-nous maintenant démentir nos premières attitudes, qui étaient les bonnes ?Vers 150, le philosophe Justin, dont la sincérité ne sera pas mise en doute puisqu’il fut martyr, adressait une supplique à l’empereur.Il faisait appel à la justice du prince pour que les chrétiens ne soient pas condamnés sur un simple nom, ni non plus sur la seule foi des calomnies dont ce nom était entouré.« Un nom, écrivait-il, n’est ni bon ni mauvais : ce sont les actes qu’il recouvre qu’il faut juger» (1 Apologie, 4).Si les chrétiens sont reconnus coupables des crimes dont la rumeur les accuse, qu’ils soient condamnés comme le veulent les lois.Mais s’ils sont innocents, que leur nom de chrétiens ne leur soit pas un grief devant l’État.Il circule et il s’imprime désormais parmi nous plus d’un nom, au seul prononcé ou à la seule vue desquels nombre de chrétiens, clercs et laïcs, ne peuvent encore réprimer un mouvement d’impatience, d’amertume, et souvent de condamnation, nette, tranchée, définitive.Apratiquants, acatholiques, agnostiques, athées : c’est moins simple.Et d’abord, soyons honnêtes.Ne faisons pas aux autres ce que nous avons refusé qu’on nous fasse, au temps et dans les lieux où c’était notre nom qui était en butte aux simplifications arbitraires de la calomnie et de l’injustice.À cet égard, certains répètent volontiers que nous devons enfin sortir de notre moyen âge, avec sa conception sacrale et unitaire de la chrétienté.C’est en partie vrai.Plus exactement, sans doute, nous sortons de l’ère constantinienne.Le nom de Justin, qui était laïc, et qui tenait école à Rome sous Antonin le Pieux, devient ici un symbole.Vous qui êtes partis Et maintenant, vous qui êtes partis, si déçus, si douloureux, et quelquefois si amers, que reste-t-il entre nous ?J’ose à peine le dire, de peur de paraître vouloir à nouveau peser sur votre choix, et aussi, de peur d’inquiéter, peut-être, indisaètement votre joie, que je respecte, avec votre souffrance.Je devrais me taire.Pourtant, je suis, moi aussi, un homme qui cherche.Les circonstances, les nécessités de mon service et ma propre avidité m’ont conduit sur bien des routes.Je sais maintenant que nous sommes frères, et qu’il y a, dans le monde et dans la vie, des questions qui sont plus fortes qui nos réponses.C’est tout ce que je sais.Nous nous rencontron: là.Jean-Paul Audet, O.P. 55 Jéjmoœ, ’atpislü i petes Je t plis ntt i! St/ i stale®®1 ses pàeis leptts (W: pjüè&fôi jjaitktS' èse pieit* « sttittfe JAW litita1’ :t: pï : ' ™letn& éttin ¦ s ée[Js^«, aïnou- itta i# LE SENS i DES MOTS .V .,/ Liberté ’ - tfP1 j.ro«tD' Oui, je crois, comme vous me le disiez, très chère amie, qu’il faut sans cesse combattre la tyrannie, où quelle soit.Je crois, comme vous, qu’il faut tout mettre en œuvre pour conquérir nos libertés, ou assurer celles qui sont menacées.Mais pendant que vous me parliez de la sorte, votre regard, dois-je vous le dire, tenait un tout autre langage.Et c’est celui-là surtout qui m’a frappé.Car j’y ai vu une telle détresse que toutes les prisons du monde m’ont tout à coup semblé légères à côté des fers qui vous rongent et qui ont fini par glacer jusqu’à votre sourire.Je ne vous en fais pas le reproche, bien au contraire.Je ne vous en veux pas non plus de dénoncer avec violence toutes les contraintes, même si vous n’avez pas réussi à vous défaire des vôtres.Mais laissez-moi vous demander pourquoi vous êtes si malheureuse ?Quel tyran vous a donc enchaînée ?Qui sont vos geôliers ?Et à quand, oui, à quand la libération ?Je sais que vous ne répondrez pas à mes questions : si vous le pouviez, je n’aurais plus besoin de vous les poser.Mais alors, qui répondra pour vous ?Qui répondra pour nous tous ?Qui nous donnera les clés, les vraies clés qui nous ouvriront les vraies portes de la vraie liberté ?«Ce qui me scandalise, c’est que ceux qui croient en Dieu, n’y pensent Pus aussi passionnément que nous, qui n y croyons pas, pensons à son absence.> (Jean Rostand).Et pouvons-nous espérer connaître la vraie liberté, si nous ne savons pas ce qu’est la vraie tyrannie ?Car c’est à elle que nous devrions nous en prendre, c’est elle qu’il nous faudrait attaquer en face, une fois pour toutes.Mais je crains bien qu’il y ait là, encore une fois, cercle vicieux.La tyrannie véritable ne se laisse pas démasquer, et fait même en sorte que la victime puisse être à elle-même son bourreau.Ainsi la permanence est assurée.La tyrannie reste cependant toujours la tyrannie, avec son odeur de gouffre et son monstrueux appétit.C’est là sans doute notre chance de pouvoir la repérer.Car le tyran, dans la mesure où il est vraiment tyran, ne peut s’empêcher d’être vorace, et nous ne pouvons nous empêcher, dans la même mesure, de vouloir apaiser sa faim.Que cherche, dites-moi, avec autant d’avidité, votre regard assoiffé ?Quel monstre insatiable devez-vous nourrir, qui vous pousse à quémander si fort, et si vite — et sur un ton tel que vous paraissez déjà désespérée de pouvoir rien obtenir qui soit à la mesure de votre convoitise ?Quel despote obscur et tout-puissant force, d’autre part, la main de l’ivrogne, humilie le craintif, menace le jaloux, terrifie l’hypocrite ?À quel encore implacable dieu doit sacrifier l’assassin ?le suicidé ?Quelle cupidité, exaspérée jusqu’au délire, jusqu’à la démence, et jamais assouvie, forçait Hitler à dévorer tou- « La liberté ne s’enseigne à personne, ne se donne même à personne, elle est une force intérieure, une puissance de l'âme.Un peuple libre est celui qui compte sur une certaine proportion d’hommes fiers et, si la proportion n’est pas atteinte, à quoi bon le faire proclamer libre par les avocats.» (Georges Bernanos).jours davantage, à conquérir, à opprimer, à exterminer ?De quel tyran était-il la victime pour être devenu si furieusement tyrannique ?L’extraordinaire, c’est qu’au moment où, pour satisfaire sa folie, il traînait des millions de prisonniers à leur mort, ces mêmes prisonniers, par un prodige de l’esprit et du cœur, réussissaient parfois, à l’intérieur même de leur cellule, à la face même de leurs bourreaux, à se dépasser au point de pouvoir retrouver leur vraie liberté.On n’a, pour s’en convaincre, qu’à lire les souvenirs émouvants d’André Malavoy à ce sujet : à travers toutes les vicissitudes de l’oppression, et dans le dénuement le plus total, cet homme est resté libre.Qu’est-ce à dire sinon que la seule vraie tyrannie, comme la seule vraie liberté, est en soi-même ?et que toutes les autres tyrannies comme toutes les autres libertés en dépendent ?Freud, à travers toute son œuvre, n’a cherché qu’une chose : mettre l’esclavage en échec, et libérer l’homme.Mais ses conclusions, pour étrange que cela paraisse, sont les mêmes que celles de l’Évangile : ce n’est qu’à partir du moment où l’homme cesse de se regarder pour regarder les autres, qu’il commence à vivre.La liberté est en soi.Mais elle est d’abord le dépassement de soi, et l’amour des autres.Roger Rolland « Loin que l'ordre soit détruit par le libre combat de l’erreur contre la vérité, c est ce combat même qui est l'ordre primitif et universel.Rien dans les desseins de Dieu, n’a été accompli par voie de censure.L’enfer n’existe que parce que la censure est impossible à Dieu même : il a préféré du moins au régime de la censure le régime de l’enfer.Car si l’enfer fait des damnés, il fait aussi des hommes et des saints, au lieu que la censure n’eût peuplé le monde que d'idiots immortels.» Lacordaire (L'Avenir du i2 juin 1831). 56 LE «RACKET, DES LAMPIONS LA CLINIflUE DE L’ESPRIT par Marcel-Marie Desmarais, O.P.Je l’avoue, Seigneur, j’ai souri, avec un air de connivence, quand un ami a dénoncé devant moi « ce scandale ».C’était à l’occasion d’un lancement de livre.L’intelligentsia, vraie ou prétendue, caquetait, picorait à droite et à gauche, mangeait d’un égal appétit sandwiches, petits fours et prochain.Une fois de plus, on reconstruisait le monde idéal.Comment, se demandait-on, les chefs politiques et ecclésiastiques manquaient-ils d’esprit au point de négliger telles ou telles méthodes, pas compliquées du tout, qui établiraient un nouveau paradis terrestre, avec des gouvernements parfaits et une Église ramenée à sa pureté primitive ?Oui, j’ai souri, car moi aussi, à certaines heures, je me crois de l’intelligentsia.Alors, je ne veux pour votre Père que des adorateurs en esprit et en vérité.À ces moments de zèle pour un culte dépouillé de toute fanfreluche et réduit à ses lignes essentielles, je me sens des fureurs d’iconoclaste.Ah ! que l’on m’accorde les pouvoirs nécessaires et l’on verra ce que l’on verra.Plus de statues en plâtre affreusement bariolées et même, pourquoi pas, plus de statues du tout, car elles engagent l’imagination sur des voies fausses.Des chemins de croix ?Non plus, car ils distraient les fidèles pendant les offices.Dehors aussi les broderies, les dorures et tous les clinquants : vive la simplicité du lin et la grandiose austérité du béton brut avec ses bavures bien apparentes.Bannissons également les bénitiers et les lampions, vestiges déplorables de pratiques superstitieuses.N’admettons qu’un seul crucifix, celui du maître-autel : tous les autres risquent de disperser l’attention.Un autel au Saint Sacrement ?Oui.mais aussi discret que possible, car les dévotions à la Présence réelle diminuent l'élan vers le Christ pascal et eschato-logique de la messe.Puis, de ces temples d’une splendide austérité, éliminons la prédication « moralisante» qui s’adresse plus à l’émotivité qu’aux facultés supérieures.Diffusons le message évangélique en exposant des idées stylisées, pures de tout alliage sensible.Proclamons la Parole dans son authenticité, selon un texte établi avec toutes les exigences de la critique la plus rigoureuse.Que beaucoup d’expressions et de mots se révèlent désuets et sortis du vocabulaire courant, qu’importe ?Tant pis si les fidèles ne comprennent pas ! Tant pis s’ils ne voient pas comment se joindre concrètement « au peuple de Dieu en marche vers le retour du Christ.» Tant pis si les malades ne guérissent pas ou meurent : nous leur administrons les remèdes théoriquement les meilleurs.Gardons notre bonne conscience.1 * * * Seigneur, je caricature à peine.À certaines heures, ma volonté de collaborer avec vous à la rédemption des âmes prend réellement cette tournure.D’avoir inscrit noir sur blanc ces tendances subconscientes m’en fait mieux voir les insuffisances et même l’aberra- 1.« .une possédée adressera un jour, d’une voix aigre, cette apostrophe au curé d’Ars : — Pourquoi prêches-tu si simplement ?Tu passes pour un ignorant.Pourquoi ne prêches-tu pas en grand, comme dans les villes ?Ah ! comme je me plais à ces grands sermons qui ne gênent personne, qui laissent les gens vivre à leur mode et faire ce qu’ils veulent ! » Michel de Saint Pierre, La vie prodigieuse du Curé d’Ars, p.159.tion.Comme je vous ressemble peu, vous qui aviez tant pitié de la foule (misereor super turbam) ! Plus que moi vous vouliez hausser les pauvres gens jusqu’à vous, non pas vous abaisser jusqu’à eux.Vous employiez cependant d’autres méthodes que les miennes, et combien plus efficaces.Les vérités les plus sublimes, vous saviez les monnayer en histoires toutes simples, en paraboles accessibles aux moins cultivés de vos auditeurs.Alors que je me gargarise avec des termes ésotériques comme kérygme, metanoia, parousie, vous parliez de pain et de vin, de lampe et de feu, d’huile et d’épis, de pâte et de levain, de pourceaux et de veau gras.Vous ne nous interdisez sûrement pas d’utiliser, entre spécialistes, les meilleures techniques de la science ni de recourir à un vocabulaire hermétique pour mieux scruter les dimensions de votre révélation.Nous approuvez-vous toutefois quand, pour convertir les fidèles, nous transportons telles quelles en chaire les savantes réflexions qui résultent de colloques entre intellectuels chevronnés ?Ne mettons-nous pas nos braves chrétiens en présence d’une scolasticaille qui, pour se prétendre biblique et liturgique, n’en garde pas moins les inconvénients de celle qui déshonora certains disciples dégénérés de saint Thomas d’Aquin ?Seigneur, donnez-moi de parler de façon à me faire comprendre.Au lieu d’écrans opaques, que mes sermons ressemblent au cristal par leur transparence et qu’ils transmettent jusqu’aux esprits les plus incultes la vivifiante clarté de vos enseignements.Sans doute, vous nous l’avez appris, il y a plusieurs demeures dans la maison de votre Père.Parmi vos disciples d’aujourd’hui comme de tous les temps, il s’en trouve qui réclament et qui peuvent assimiler des nourritures spirituelles 57 If ^:-' oaf»1® ¦iff) l6 sjviez Is je et* nf 0^1 Je is ;Epoai jt# % die's01 et if fS, :t'V Je Klf, d’une haute teneur en calories.À ces savants patentés, je devrai essayer de parler en savant pour les rapprocher de vous.Il y a aussi les snobs et les snobi-nettes qui admirent d’autant plus qu’ils comprennent moins.À ces pédants, vous me permettrez peut-être de jeter de la poudre aux yeux en des circonstances exceptionnelles.Pour l’ordinaire, donnez - nous, Seigneur, donnez-moi d’imiter votre si condescendante simplicité.Et qu’aucune fausse pudeur ne voile mon émotion.Je me souviens de quel cœur vous vous entreteniez avec vos apôtres dans votre discours après la Cène.Pourquoi me retiendrais-je de répandre ce feu divin que vous avez apporté sur la terre ?* * * Je suis loin de mes lampions, Seigneur.J’y reviens pour m’interroger sur votre pensée en ce domaine des soutiens matériels de notre prière.Je songe à cette femme qui parvint à toucher la frange de votre manteau.Loin de condamner son geste comme entaché de superstition, vous avez loué sa foi et vous l’avez guérie.Je songe à l’aveugle-né dont vous avez enduit les yeux de boue avant de lui donner le somptueux cadeau de la lumière.Je songe à ce sourd-muet dont vous avez ouvert les oreilles et les lèvres avec votre salive.Je songe à la multiplication des pains et des poissons, à la pêche miraculeuse, au vin de Cana et à tant d’autres preuves de votre sympathique compréhension pour l’humble condition humaine.N’avez-vous pas voulu dans votre Église des sacrements qui soient des signes sensibles de votre grâce invisible ?Pourquoi me voudrais-je plus spiritualiste que vous, plus dégagé des contingences de la matière ?N’y aurait-il pas danger, selon le mot bien connu, qu’à force de vouloir faire l’ange je fasse la bête ?Autant en convenir, les lampions ne me disent rien.De quel droit interdire le geste de ceux qui y voient une symbolique prolongation de leur prière ?Infatué de ma pseudo - culture, je hausse les épaules devant « l’huile de saint Joseph ou l’eau de saint Vincent Ferrier».Moi et mes pilules.ne devrais-je pas m’incliner devant une foi qui se sert de pauvres moyens comme d’un tremplin pour exprimer sa confiance en votre toute-puissance ?Du haut de mon infaillibilité, je méprise la camelote saint-sulpicienne sans penser que l’art liturgique connaît, lui aussi, des modes éphémères et que dans un mois, dans un an, d’autres lèveront le nez sur les objets de mon intransigeante admiration.Et pourquoi me montrer si sévère à l’égard des statues, des médailles et des reliques quand je ne me départirais pas sans chagrin d’un portrait, vulgaire chromo, qui me représente un être cher ?Éduquer le goût de nos gens, est-ce les brimer et leur imposer brutalement nos canons de beauté ?S’employer à purifier les supplications de leur gangue, à spiritualiser les oraisons, c’est sans doute, Seigneur, travailler dans le même esprit que vous.Mais chercher à éliminer tout élément sensible de la vie religieuse, ne serait-ce pas ressusciter en partie l’hérésie janséniste qui vous présentait comme accessible seulement à une élite de « purs » ?Pour combattre les infiltrations superstitieuses, est-il nécessaire d’ostraciser tout le charnel ?D’ailleurs, en existe-t-il beaucoup parmi les fidèles qui attribuent à leurs objets de piété et à leurs formules de prière une vertu magique coupée de toute référence à Dieu ?Seigneur, rappelez-moi qu’on peut charger de densité affective des gestes tout simples comme un baiser, une caresse, une poignée de main.Apprenez-moi que la pauvre vieille dont les doigts effleurent furtivement une statue de saint Antoine vous prie probablement mieux que moi « en esprit et en vérité ».— « Ce qui me parait caractériser les meilleurs de nos fidèles, c'est la mentalité pélagienne ou semi-péla-gienne.Nos chrétiens vivent ou essaient de vivre comme s’ils devaient ou pouvaient gagner le ciel.Et personne ne leur a dit que par là ils nient l'œuvre du Christ et la rédemption.Les bribes de savoir sont informes : il y a le Pape, le Sacré-Cœur, les sacrements, le sixième commandement et l'enfer.(M.Cyrille Vogel, professeur à la faculté de Théologie catholique de l’Université de Strasbourg).SEMAINE JUDÉO- CHRÉTIENNE La semaine de la fraternité va être célébrée cette année au Canada du 18 au 25 février.Elle est placée cette fois sous la présidence conjointe de l’hon.Leslie Frost, ancien Premier Ministre de la Province d’Ontario, et de l’hon.juge Gérald Fauteux.Il y a quelques semaines, le Conseil canadien des chrétiens et juifs, qui organise chaque année la semaine de la fraternité, a célébré son l4ième anniversaire.Cette organisation, dont l’activité s’étend aussi bien au Canada qu’aux États-Unis, groupe des chrétiens de toutes les dénominations ainsi que des juifs.Elle a comme objectif de susciter une atmosphère d’entente et de compréhension entre les chrétiens et les juifs.Elle œuvre pour le rapprochement entre tous les groupes religieux au Canada.Même si les juifs jouent un rôle actif dans cette organisation, et même si des organisations juives partout au Canada célèbrent avec ferveur la semaine de la fraternité, la majorité des membres du Conseil des Chrétiens et Juifs sont, et cela se comprend, chrétiens.De la rencontre des chrétiens et des juifs un respect mutuel peut se développer à partir d’une connaissance approfondie des uns des autres.Les juifs qui ont souffert de certains préjugés depuis bien longtemps ne peuvent qu’accueillir avec la plus profonde faveur l’occasion de nouer des liens d’amitié avec des personnes qui pratiquent une religion différente mais qui sont unies à eux par la croyance en Dieu.Aucun mot n’a été aussi galvaudé que la fraternité.Et pourtant dans ce monde aux dimensions rétrécies par les progrès de la technique, le visage de l’Autre n’est plus celui d’un lointain inconnu mais véritablement celui de notre prochain.Ainsi la fraternité n’est plus un désir ou un espoir.C’est un impératif qu’exige la réalité d’un monde en pleine transformation.Le commandement entendu sur le Mont Sinaï « Aime ton prochain comme toi-même » n’a jamais été aussi actuel.Les Juifs qui ont transmis ce message au cours des siècles et des générations ont été ceux qui ont le plus souffert de l’inhumanité de l’homme et de son refus de voir son image reflétée dans celle de son prochain, de son frère. 58 La fraternité prête à de multiples confusions et surtout à de trop faciles complaisances.Quoi de plus simple que de proclamer tout haut, l’espace d’une semaine, l’amour du prochain afin de pouvoir mieux fouler des pieds les droits et la dignité de ce même prochain le reste du temps ?On a trop souvent confondu la tolérance et la fraternité.Or, si on souhaite donner à la fraternité son sens le plus profond, la tolérance apparaît comme un pis-aller et même, jusqu’à un certain point, comme la négation de l’amour du prochain.On a voulu parfois appliquer aux opinions la loi de la démocratie électorale.Une opinion n’a de valeur qu’en fonction du nombre de personnes qui l’acceptent.On a ainsi déduit que les opinions minoritaires, que les religions minoritaires, que les confessions minoritaires doivent être considérées forcément inférieures à celles de la majorité.La conviction, la ferveur s'acclimatent parfaitement à une atmosphère de liberté.Dans ce domaine, la loi du nombre devient contrainte et la contrainte se transforme si vite, si imperceptiblement en persécution, en refus de l’Autre.Ceux qui ont choisi librement leurs convictions, ceux qui mettent toute leur ardeur dans la défense de leurs opinions sont les premiers, sans doute, les seuls, à reconnaître intérieurement la liberté aux autres, à ceux qui ne partagent pas leurs opinions, à ceux qui sont différents.Ils ne tolèrent pas les autres, il les respectent.La dignité solitaire est un contresens.On ne peut pas garder sa dignité en méprisant celle des autres et on ne peut pas comprendre le sens véritable de la dignité si on se contente de tolérer celle des autres.On n’aime pas ceux qu’on tolère car on ne les accepte pas.On n’aime que ceux qu’on respecte et le respect exige de chacun de nous un sens profond de l’humilité.Il semble donc que la fraternité ne peut vivre que dans un climat qui autorise le dialogue.C’est la diversité reconnue, admise et respectée qui rend le dialogue possible.La loi du nombre ne peut qu’obscurcir la signification de l’amour du prochain.Cet amour, cette exigence de la fraternité, ne peuvent être qu’individuels et si on ne peut pas aimer un groupe on peut aimer chacun de ses membres même celui dont on peut à peine reconnaître le visage et c’est alors qu’on découvre qu’il n’y a plus de groupe car il n’y a que des individus.Naim Kattan Une école acceptable pour tous ?On pouvait lire dans un récent message du Mouvement laïque : « Tout le monde aujourd’hui admet que les incroyants ont droit à des écoles non-confessionnelles.Il n’est pas souhaitable cependant qu’eux aussi y soient isolés.La présence des catholiques et des protestants dans le M.L.F.nous rassure sur ce point.De plus en plus on comprend que l’école neutre, c’est-à-dire laïque au sens de non-confessionnelle, est une école éminemment acceptable pour tous ».Joindre une telle déclaration à des vœux de Joyeux Noël, n’est-ce pas méconnaître le sens même de cette fête ?Si le Fils de Dieu a voulu naître à Bethléem pour le salut et la joie des hommes, les chrétiens qui croient en ce mystère d’amour divin peuvent-ils admettre qu’il soit exclu de l’enseignement et de la formation que reçoivent leurs enfants à l’école ?Avant de conclure que l’école neutre est éminemment acceptable pour eux, les catholiques seront bien avisés de s’informer de la position de l’Église sur un point aussi essentiel.Les autorités compétentes l’ont formulée assez clairement pour qu’on ne puisse raisonnablement l’ignorer.Le 17 juin dernier, Son Éminence le Cardinal Léger résumait en une phrase les nombreuses déclarations des Papes à ce sujet : « Comme instrument de sa mission éducatrice, l’Église a choisi l’école catholique dont elle ne peut se dispenser que dans des conditions exceptionnellement graves, imposées de force par l’histoire ou les circonstances » (Réflexions pastorales sur notre enseignement, p.18).Et le Cardinal ajoutait : « Il ne faudra donc pas taxer l’Église d’intolérance si elle oblige ses enfants à fréquenter, à moins de raisons graves exceptionnelles, ses écoles confessionnelles.Ce faisant, elle ne viole en rien le droit des autres dont elle veut respecter la liberté de conscience ; elle agit tout simplement en communauté vivante qui veut assurer la croissance normale de ses membres ».Chez nous, on ne voit pas pour quelle raison, catholiques ou protestants se laisseraient imposer un système scolaire qui par principe ferait abstraction de leur croyance respective.Pour leur part, les catholiques, « à moins de raisons graves et exceptionnelles » dont l’autorité religieuse reste juge, devront continuer à envoyer leurs enfants aux écoles confessionnelles.Commentant le tableau de l’emploi du temps dans les écoles élémentaires catholiques, un journaliste insinuait l’autre jour que la part de la religion était excessive : 4 heures sur 21 les deux premières années, et 4 heures sur 25 ou 26 les années suivantes.Si l’on note que dans ce tableau la rubrique religion inclut prières, catéchisme, histoire sainte et formation morale, il n’est certes pas exagéré que moins d’un cinquième du temps passé à l’école par l’enfant soit consacré à l’art de vivre d’une façon à la fois humaine et divine.Même en retirant du programme la religion proprement dite, on devrait accorder presque autant d’heures chaque semaine à la formation morale, pour que la vie en société soit encore possible dans deux ou trois générations.Il y a quelques mois, on nous déclarait : « C’est une illusion ou un mensonge familier chez nous que d’affirmer cet incroyable non-sens : que les protestants sont des neutres.Or si les écoles protestantes étaient neutres de fait, comme on veut nous le laisser croire, alors ne faudrait-il pas les appeler par leur nom ?» (L’École laïque, p.30).On prétend maintenant que « l’école neutre est éminemment acceptable pour tous » protestants comme catholiques.N’est-ce pas, comme on disait alors, (p.30) « faire injure à la religion protestante ?» Le Mouvement laïque devrait, semble-t-il, veiller davantage à la cohérence de ses affirmations, dût-il pour cela restreindre ses ambitions ! Joseph-M.Parent, O.P. nt fiu- tscepta-tiles, Ct i le droit specter h tout siœ-((jiiiveut t de ses ourfilli I cootin®11 ! ¦ | ¦ [ I .I ¦ JeW M ffoire,^ Expérience de missionnaires INFORMATIONS Mlles Claire Vaillancourt de Montréal et Lucille Latendresse de Joliette sont parties en Inde comme membres de la Société des Auxiliaires Féminines Internationales Catholiques (AFI).C’est une Société de laïques missionnaires qui se consacrent pour la vie à un service d’Êglise.Ce service se concrétise par leur insertion dans les chrétientés d’Asie, d’Afrique et d’Amérique latine, dans le but d’aider les jeunes élites de ces pays à s’affirmer, à se définir.Les AFI témoignent de leur foi en s’insérant, par l’exercice de leur profession, dans les tâches temporelles.Vocation d’apôtre laïque qui se situe au point-charnière où se rencontrent l’Église et le monde.Bruna Nota, AFI, interroge Claire Vaillancourt et Lucille Latendresse sur leur expérience de vie dans un milieu non chrétien.BRUNA NOTA ¦— Vous rentrez de l’Inde, combien de temps avez-vous passé là-bas ?En quelle région étiez-vous ?LUCILLE LATENDRESSE — Nous avons vécu presque trois ans dans l’état du Gujarat qui se situe à 350 milles environ au nord de Bombay.Nous étions à Patan, petite ville de 105,000 habitants, près de la frontière pakistanaise.BRUNA NOTA — Quel était votre travail ?CLAIRE VAILLANCOURT — Une association indienne de bienfaisance nous avait confié la direction d’un hôpital pour la lutte contre la tuberculose.Dans notre équipe, il y avait un médecin, Theresa Boria, Italienne, Lucille, travailleuse de laboratoire et moi-même, assistante sociale.B.N.— Dans votre vie de tous les jours avez-vous conservé le mode de vie occidental ou avez-vous adopté les coutumes de la région ?C.V.— La ville de Patan, située à cinq heures de train d’Ahmedabad — principale ville de l’Etat du Gujarat —, a un mode de vie qui n’a pas subi d’influence occidentale.Tout de suite nous avons donc adopté les habitudes de la ville, sans que les Indiens soupçonnent d’ailleurs que la différence entre ce nouveau mode de vie et celui auquel nous étions habituées auparavant fut si grande.Les films étrangers, illustrant les coutumes occidentales, ont commencé à pénétrer à Patan seulement vers la fin de notre séjour, mais la plupart de nos amis ne réalisaient pas que nous venions d’un milieu de ce genre.L.L.— Cette absence de contact avec l’Occident et les Occidentaux a présenté pour nous un grand avantage : nous n’avons eu à affronter aucun préjugé de la part des Indiens, ce qui nous a permis de participer, dès notre arrivée, à leur vie religieuse, professionnelle ou simplement sociale.B.N.-—-Vous êtes-vous intégrées surtout en milieu chrétien ou avez-vous pénétré indifféremment divers milieux ?L.L.— L’intégration en milieu chrétien aurait été difficile puisque nous étions les seules chrétiennes de la ville.Il y avait bien, de temps en temps, des chrétiens protestants, employés du gouvernement, qui passaient dans la ville mais leur séjour ne durait pas plus de trois à six mois.La population de la ville était formée en majorité d’hindous, de jaïns et de musulmans.B.N.— Étant éloignées d’une chrétienté, avez-vous eu plus de difficulté à vivre votre christianisme ?L.L.— Nous gardions un contact régulier avec le centre du Diocèse, Ahmedabad où nous allions tous les mois nous ressourcer au point de vue spirituel.Un lien aussi vivant que possible avec le milieu catholique est indispensable dans une situation comme la nôtre.C.V.— Sans doute, dans les quelques difficultés que nous avons rencontrées, l’assistance spirituelle d’un prêtre ou d’une communauté chrétienne aurait été précieuse, mais il me semble que l’Es-prit-Saint a bien travaillé pour nous aider ! laïques en Inde L.L.— C’est dans une situation pareille qu’on s’attache davantage à la présence spirituelle du Christ, à l’action du Saint-Esprit, alors que l’on est privé de tout le secours sensible de la religion : la messe, les sacrements.C.V.— Un autre point nous a beaucoup aidées, c’est que dans le milieu hindou les valeurs religieuses ont une très grande place ; dans nos rencontres, nous en arrivions souvent à parler du Christ qui, pour beaucoup d’entre eux, est un grand prophète.Certains hindous disent même que le Christ est une des incarnations du dieu Vishnou, mais ils reprochent aux chrétiens de croire que le Christ est la seule incarnation de Dieu.Dans un milieu comme celui-là, nous nous sentions beaucoup moins isolées que si nous avions vécu dans une grande ville, perdues au milieu de la foule comme le sont souvent les étrangers.B.N.— À l’intérieur de la religion hindoue ou jaïn, comment se fait la catéchisation du peuple ?Y a-t-il des rites d’initiation auxquels doit se soumettre l’enfant avant d’entrer pleinement dans sa religion ?C.V.— Dans les temples, de temps en temps et surtout à l’occasion des grandes fêtes il y a des « gourous », sorte de maîtres spirituels qui prêchent et expliquent les livres sacrés ; il me semble que la catéchisation (si on peut ainsi s’exprimer) se fait par des conférences spirituelles pour lesquelles il n’y a pas, je pense, de normes très rigides.Je ne crois pas qu’il y ait des étapes que l’enfant doive franchir avant d’être membre adulte de sa communauté religieuse ; chez les brames, il y a, vers six ans, la cérémonie du cordon par laquelle les enfants entrent officiellement dans la caste qui est déjà la leur.B.N.— Vous avez dit que vous participiez à leur vie religieuse, pourriez-vous nous décrire une cérémonie à laquelle vous avez assisté ?L.L.— Il y a la prière du soir qui est très suggestive : le brame entouré d’en- fants lit quelques stances de la Gita, un des livres sacrés, on fait brûler de l’encens, on prie pendant une demi-heure environ et à la fin de la prière on distribue à tous les participants, le sucre, offrande qui a été faite à Dieu, c’est un peu comme un geste de communion entre tous ceux qui ont pris part à la prière.C.V.— Nous étions parfois invitées à la cérémonie de clôture d’un jeûne.Dans une famille, à un certain moment un membre va jeûner au nom de toute sa communauté : pendant toute la journée il ne prend absolument rien et le soir on invite toute la famille, tous les amis à participer à la cérémonie religieuse présidée par le brame.Le brame s’assied par terre, face à celui ou celle qui a jeûné et pendant une heure il prie ; on éteint la lumière électrique et on s’éclaire avec de petites lampes à l’huile qui jettent une lumière très délicate.À la fin de la prière on passe parmi tous les assistants un plateau contenant le feu : chacun étend les mains sur le feu et se les applique au front ; c’est un signe de respect, de consécration, le feu signifie le passage de l’esprit de Dieu.Après cela on passe le plat de nourriture qui a été béni et offert à Dieu au cours de la cérémonie et chacun des participants prend sa part de nourriture ; ici encore c’est un signe de communion.B.N.— En tant que chrétiennes quel témoignage pouviez-vous apporter ?L.L.— Je dirai peut-être le respect des valeurs personnelles.Dans l’hindouisme la personne n’a de valeur qu’en tant que membre d’une communauté et la société passe avant l’individu, alors que dans le christianisme, la personne, indépendamment de la société qui l’a vue naître, a sa valeur propre et sa responsabilité dans l’Église.C.V.— Il y a aussi le témoignage de la charité.Par exemple, chez nous venait souvent le menuisier qui, s’intéressant au catholicisme, suivait les cours par correspondance de l’Église d’Ahmedabad.Un jour, je lui ai demandé pourquoi il s’intéressait tant au christianisme et il m’a répondu : « Depuis des années, j’étudie beaucoup les religions, j’ai beaucoup lu là-dessus et ce qui m’a frappé chez vous c’est que vous êtes trois jeunes filles de milieux différents et même de pays différents, vivant ensemble, comme des sœurs, sans aucune distinction.» La société hindoue est très respectueuse des différences de castes et précisément, c’est cet aspect qui l’a le plus frappé.Il avait découvert que c’était le Christ qui nous unissait et nous permettait de dépasser les réalités humaines de races et de nations pour transmettre au monde la certitude splendide de l’amour de Dieu.LE JOURNALISME ETUDIANT Il est une première question que l'on devrait peut-être se poser : qu'est-ce que le journalisme ?Cette question nous entraînerait bien loin et risquerait de nous éloigner de notre propos.C’est pourquoi nous n’y répondrons pas.Il est une seconde question que nous pourrions nous poser, elle se formulerait ainsi : le journalisme étudiant tel qu’il existe à l’heure actuelle est-il vraiment du journalisme ?Pour répondre à cette seconde question, il nous aurait fallu donner une réponse exhaustive à la première.Force nous est donc de la laisser elle aussi en suspens.Qu’il nous soit cependant permis de noter que plusieurs journalistes professionnels estiment que le journalisme étudiant ne répond pas aux principales visées, aux principales préoccupations du journalisme tout court.Le journalisme étudiant leur apparaît plutôt comme une espèce de formule bâtarde qui tient à la fois du journal de classe, de la revue et de l’annale religieuse.C’est à eux et non à nous de justifier cette position.Nous tenterons plutôt ici de saisir le journalisme étudiant dans sa réalité actuelle.Nous essaierons de déterminer quels sont ses pôles d’attraction, de vérifier son degré de liberté, d’estimer ses chances de succès.Nous dirons aussi, comment à notre avis, il pourrait se per- fectionner et devenir véritablement le reflet de la pensée étudiante d’avant-garde.Une première distinction à faire Il nous faut d’abord faire une distinction très nette entre le journalisme étudiant du niveau collégial et celui du niveau universitaire.Entre le finissant du collège classique et l’étudiant de première année d’une faculté universitaire, la différence, me direz-vous, est plutôt mince.Fort juste.Cependant cette distinction que nous faisons ne se justifie pas, ne se fonde pas au niveau des individus mais bien sur le plan des institutions.Entre un collège classique et une université il existe toute la différence du monde.Le climat, le degré de liberté, le régime de vie sont profondément différents.Cette première distinction faite, nous traiterons maintenant du journalisme étudiant au niveau collégial.Je dirai une chose choquante Au niveau collégial, le journalisme étudiant déçoit.Soyons juste ! il a quand même fait depuis cinq ans de nombreux progrès.Des progrès qui pourtant demeurent insuffisants.Et je dirai ici une chose choquante.Si le journalisme étudiant stagne, si les jeunes journalistes se plaisent dans les lieux communs, ce n’est pas tant leur faute que celle de leurs éducateurs.Oui, encore une fois, haro sur les éducateurs.Ce n’est pas par plaisir, qu’on veuille m’en croire.Il me serait beaucoup plus agréable de déclarer que les éducateurs favorisent l’éclosion d’un journalisme viril, franc et audacieux.Mais tel n’est pas le cas.L’éducation : un dressage Je m’explique.Dans plusieurs collèges on conçoit encore l’éducation comme un dressage.Éduquer, n’est point, pour une bonne majorité de nos éducateurs, libérer l’étudiant, le faire naître pleinement à lui-même, mais l’enrégimenter et l’endoctriner.Dans une telle conception, inutile de dire qu’on acceptera difficilement l’apparition d’un journal de collège.Si on l’accepte, ce sera à certaines conditions bien précises.Et l’on connaît la rengaine : c’est l’éternelle ribambelle d’interdictions qui se fait jour.On multipliera les sujets tabous de telle sorte qu’il ne restera plus aux jeunes journalistes que les lieux communs à traiter.On dira et redira ce qu’on entend depuis toujours.On félicitera le recteur d’avoir permis la messe dialoguée, le préfet d’avoir aboli la retenue du samedi soir, mais très rarement trouvera-t-on dans ces journaux 61 une pensée authentique et personnelle sur les problèmes qui agitent à l’heure actuelle notre société.C'est ainsi et c’est malheureux.Liberté dans certains collèges L’on pourrait nous accuser à raison d’affirmer que cette attitude est le fait de tous nos collèges.Je maintiendrai que cette attitude est la plus répandue, mais je dirai qu’il existe dans certains collèges de Montréal et dans quelques autres une liberté réelle qui permet aux collégiens de s’exprimer.D’ailleurs, fait très significatif, ce sont les journaux de ces mêmes collèges qui remportent depuis toujours les griffes décernées par la Corporation des Escholiers Griffon-neurs aux meilleurs journaux étudiants.Ce que devrait être le journalisme collégial Le journalisme collégial pourrait et devrait être l’occasion pour les jeunes de développer une pensée personnelle, originale.Le jeune journaliste devrait d’abord s’adonner — et il serait facile de l’y habituer — à la réflexion sérieuse d’un problème, puis par la suite donner dans un article le résultat de ses méditations.Et surtout qu’on n’aille pas le limiter dans le choix des questions à étudier.Si le problème religieux le touche ou l’affecte pourquoi n’en parlerait-il pas librement ?Je ne sache pas qu’il existe un précepte catholique interdisant la manifestation d’une vérité.II est des vérités qu’on n’aime pas, qu'on préfère taire.Elles n’en doivent pas moins être dites.Elles pourront être dites d’autant plus sincèrement par les jeunes que la vie ne les a pas encore compromis.La sagesse se nourrit d’audace Ainsi conçu, dans une optique de franche liberté, de dialogue, de respect mutuel — ce qui n’exclut pas la critique — le journalisme étudiant pourrait donner aux jeunes l’opportunité d’acquérir cet esprit social et communautaire qui devient un impératif chaque jour plus nécessaire.Pouvant parler librement sur leur milieu, les jeunes s’y intéresseraient davantage.Sachant qu’on les écoute, qu’on les respecte, qu’on attend leurs commentaires, ils ne se contenteraient plus de critiquer secrètement mais chercheraient à trouver des solutions.C’est une théorie qui comporte des risques, mais la sagesse n’est pas avant tout faite de prudence.La véritable sagesse se nourrit d’audace.Élément de démocratisation Dans pareille optique, le journalisme étudiant pourrait servir de point de départ à une démocratisation des structures collégiales que l’on ne saurait trop hâter.Notre enseignement a fait faillite sur plusieurs plans et c’est principalement dû au monolithisme.L’on ne peut pas prétendre instaurer une fois pour toutes un système, l’on ne peut pas éternellement prétendre avoir l’apanage de toutes les vérités.Le repliement, le cloisonnement, finissent par provoquer l’asphyxie.Il faut accepter au départ que chaque individu pense différemment et il faut surtout admettre qu’il a droit d’exprimer sa pensée.Cette règle s’applique partout, mais elle nous apparaît s’imposer avec plus de vigueur dans le monde de l’éducation.Comment y parvenir?Comment parvenir à concrétiser ces désirs ?Il faudrait d’abord que plusieurs éducateurs élargissent la notion qu’ils se font de l’éducation.Que ces mêmes éducateurs prennent une conscience nette des réalités actuelles, qu’ils cessent de rêver à cet heureux temps où régnait l’unanimité et qu’ils deviennent animés du désir de donner à la société québécoise de 1962 les hommes dont elle a besoin et les hommes dont elle aura besoin.Les étudiants pour leur part se sont déjà groupés.La Corporation des Escholiers Griffonneurs réunit la majorité des journaux étudiants.Elle multiplie les rencontres, perfectionne son système de secrétariat afin d’assurer cet échange si nécessaire des idées.Elle désirerait suggérer une action concertée, audacieuse, mais l’on sait l’attitude étrange — et c’est un euphémisme que j’emploie — que la Fédération des Collèges Classiques a adoptée à l’égard des Escholiers Griffonneurs.Espérons que les Escholiers Griffonneurs survivent et que par la force de leur association on puisse assister à l’éclosion d’un journalisme collégial fort et viril qui soit le reflet de la pensée étudiante.Liberté réelle et inquisition Au niveau universitaire, il existe une liberté réelle.Dans le milieu Canadien-anglais cette liberté est reconnue depuis fort longtemps et nul n’oserait la contester.Dans le milieu canadien-français il n’en va pas tout à fait ainsi.Qu’il suffise ici de rappeler la triste histoire du « Carabin » de l’Université Laval.Le Recteur et le vice-Recteur, sans consulter l’association des Étudiants, prirent sur eux d’expulser la direction du « Carabin » pour action journalistique.Le prétexte donné, l’article intitulé « Dora », n’a leurré personne.II ne sert à rien de rappeler à semblables individus que l’inquisition est depuis fort longtemps dépassée et quelle n’a jamais rencontré l’approbation universelle.À l’Université de Montréal nous jouissons d’une liberté réelle.Nous n’avons pas à en remercier les autorités.En agissant ainsi, elles ne font que respecter un droit naturel.D’ailleurs il est à prévoir que l’A.G.E.U.M.étant très forte, adopterait une attitude autrement intransigeante et draconienne que celle adoptée par l’association des étudiants de Laval, si jamais les autorités songeaient à expulser un étudiant en raison d’articles parus dans le « Quartier Latin ».Ceci démontre que même au niveau universitaire, les étudiants canadiens-français sont aux prises avec des problèmes qui ont souvent détourné — et qui oserait les en blâmer ?-— leur attention des questions proprement journalistiques.Éveiller la classe étudiante à son rôle social On peut ici se demander quels doivent être les buts d’un journal universitaire.Je répondrai que notre premier devoir est d’éveiller la classe étudiante à ses propres problèmes et à ceux qui agitent la collectivité, de la rendre consciente de son rôle social.À peu près partout dans le monde, les étudiants participent à la vie de la nation, à ses luttes.Ils n’hésitent pas à descendre dans les rues pour défendre ce qui leur apparaît juste et nécessaire.Ici, les étudiants sont amorphes.Us se contentent d’une petite vie bourgeoise qui leur épargne tout trouble et leur assure une tranquillité bien ouatée.La classe étudiante a un rôle à jouer dans la vie de la nation.Elle ne peut pas être absente.En raison des postes qu’occuperont plus tard dans la société les étudiants, il ne leur est pas permis de se désintéresser de la vie nationale de leur peuple.Ils doivent être au diapason.J’estime en conséquence que le journal universitaire doit être un journal d’idées, un journal où l’on n’hésite pas à publier les théories audacieuses, un journal d’avant-garde.Je conçois très mal un journal universitaire qui se contenterait d'informer ses lecteurs.Le journal doit avoir une politique et une politique qui se veuille, non pas bêtement le reflet de la pensée étudiante, 62 mais une politique qui tente d’orienter la pensée étudiante, de la faire progresser, de la rendre plus sensible aux nécessités de l’heure.Le journal universitaire ne doit pas hésiter à entreprendre des luttes, ne doit pas craindre de démasquer les imposteurs, les exploiteurs de la bonne foi populaire et les chasseurs de sorcières.Il sera critiqué, dénoncé par les bien-pensants.On voudra l’ostraciser.Peu importe.Ce qui compte c’est d’assurer un progrès dans Montréal Nous tenons à signaler que le texte de la lettre de son Éminence le Cardinal Léger sur les Responsabilités des catholiques face aux divisions des chrétiens a été publié aux Éditions Pides.Est-il besoin d’ajouter qu’il s’agit là d’un document de toute première importance et qui marque un tournant dans l’histoire de l’œcuménisme au Canada ?Le 6 janvier dernier, les Auxiliaires féminines internationales (A P I) inauguraient une nouvelle fondation au 5570, avenue Wilderton (Montréal).Maison-carrefour, cette nouvelle fondation veut être un centre où tous les étudiants étrangers de Montréal, quels que soient leur race, leur pays d’origine ou leur religion, pourront se rencontrer et connaître en même temps le milieu cana-dien-français.Elle s’offre comme une réponse à un besoin que ressentent particulièrement les jeunes Africains et Asiatiques et qu’exprimait, du reste, devant le Cardinal Léger un étudiant du Nigé-ria : « Nous voulons vous connaître.Aidez-nous à vous aimer.Paites-nous entrer chez vous ».La réponse que lui fit Son Éminence, à cette occasion, résume bien le but poursuivi par la fondation des A F I : « Je suis absolument d’accord.C’est à nous à faire les premiers pas ».Maintenant -—- qui désire voir naître et se prolonger le dialogue — ne les secteurs où tel progrès est nécessaire.Ce sont les étudiants d’universités qui, les premiers, luttèrent pour l’obtention de la gratuité scolaire dans les conditions et au milieu des menaces que l’on sait.Et pourtant à peine cinq ans plus tard, un parti politique inscrivait en tête de son programme la promesse formelle d’établir la gratuité scolaire.Il faudra habituer les étudiants à multiplier de pareilles interventions et à soutenir de pareilles luttes.Quelques vic- peut que souhaiter ardemment au carrefour du 5570, avenue Wilderton, de se développer et continuer à Montréal une œuvre qui a déjà rendu de nombreux services en France, en Belgique et ailleurs.En collaboration avec Radio-Canada, le 20 février prochain, l’Office catholique national des techniques de diffusion inaugurera des cours destinés à préparer des prêtres, des religieux et des laïcs aux émissions religieuses de la radio et de la télévision.Ottawa : Son Exc.Mgr M.-J.Lemieux, o.p., archevêque d’Ottawa et président de la Commission épiscopale canadienne de l’Amérique latine, annonçait récemment la fondation d’un Petit Séminaire qui sera érigé par des prêtres séculiers de son diocèse, à Tupi Paulista, où se trouvent déjà présentement sept prêtres.Moncton : En janvier dernier, s’est tenue une « semaine des foyers ».Articles de journaux, causeries et cérémonies liturgiques se donnèrent la main pour revaloriser la famille, comme l’instrument de sanctification d’une société.Québec : Un congrès du Mouvement Universitaire National pour le développement Outre-Mer (Mundo) réunissait récemment les représentants des différents mouvements du laïcat missionnaire au plan des Universités canadiennes.toires leur donneront le goût de poursuivre.C’est un programme audacieux que nous traçons et que nous demandons aux journaux tant de collèges que d’universités de réaliser.Cependant nous sommes convaincus qu’ils pourront avec beaucoup de travail et de courage réussir.Pareille réussite serait un gage de prospérité pour toute la collectivité.Jacques Girard Maison Montmorency.Les 17, 18 et 19 janvier 1962.Congrès sur « le déroulement d’une mission générale ».Environ 140 participants tant du clergé séculier que régulier.À l’égard de « la mission », technique nouvelle d’apostolat, on note des attitudes diverses.Caricaturées à gros traits, on les représenterait assez bien par trois symboles.1) Monsieur Pour.À son avis, la mission revalorisera comme par magie la foi de nos paroissiens.Renseignons-nous par l’enquête sociologique, ressourçons-nous à la Bible, travaillons en équipe, prêchons le kérygme, utilisons à bloc la liturgie.De nos fidèles, puérils et enclins aux pratiques superstitieuses, nous ferons des adultes dans le Christ, un peuple de Dieu en marche vers le retour du Seigneur pascal.2) Monsieur Contre.Pourquoi ne pas garder les méthodes traditionnelles en honneur depuis le Concile de Trente ?Avec mes sermons sur le péché, le jugement et l’enfer, je convertis encore des paroisses entières.Quand nos gens changeront leurs péchés, je changerai ma prédication.3) Monsieur Noui.Prudent au sens thomiste selon les uns, tiède que Dieu vomit selon les autres, il accueille certaines nouveautés et en rejette d’autres.Ainsi, à son gré, les visites paroissiales bien conduites valent n’importe quel « Gallup » religieux.La méditation des fins dernières demeure fondamentale : l’Évangile n’associe-t-il pas de façon étroite le retour du Christ glorieux au jugement dernier, avec séparation des boucs et des brebis ?Et ainsi de suite.Cherchons donc à intégrer nos considérations moralisantes dans une prédication positive, largement inspirée des thèmes essentiels : dessein de Dieu, histoire du salut, « mirabilia Dei ». 63 de p» Monsieur, idem f Jilt «ra ri w jeî réas-b es if ti Giimd lï, 18 * éétilt»' n», ™ tes if 0 Heu |! fl ®t N 77 MUSIQUE Les deux représentations de La Tra-\’iata de Verdi par l’Opéra Guild de 1 vlontréal, au théâtre Her Majesty’s à la ; in du mois dernier, nous permettent quelques considérations sur l’opéra con-emporain.Il semble pour le moins urieux qu’une œuvre de Verdi suggère les réflexions sur l’opéra de notre emps.Mais en regardant de plus près, 1115 * ‘ >n s’aperçoit que La Traviata, inspirée î; !“jr lu roman et de la pièce « La Dame aux ' Zamélias » d’Alexandre Dumas, fils, fut ;ii ’un des premiers, sinon le premier ou-hilu ,rage iynque) à traiter un sujet contem-i£"' ! Dorai n.La pièce de Dumas fut mise à l’affiche : s |.“n 1852 et Verdi, alors en voyage à ““i®" 3aris, fut séduit par cette pièce traitant il- aies mœurs de la société parisienne de ,Bif' .’époque.Il commanda un livret à son ' Collaborateur Piave et arrêta la composition de 1/ Trovatore alors en cours iMt HlDOur s’adonner à La Traviata qu’il com-j| ib®21, ^sléta en quelques semaines seulement, ions®*' Mettant en scène des personnages bien de l’époque, La Traviata fut un échec ; ilors de la première au Teatro La Fenice :de Venise, le 6 mars 1853.À l’unani-jmité, la critique reproche à Verdi de Jtraiter un sujet contemporain et de mettre en scène des personnages portant ÿesnîn des costumes de l’époque.«L’Opéra lieidoit s’inspirer de sujets mythologiques jijiï, H ou historiques, » clamèrent les édiles de de île “lia presse vénitienne.Verdi, en homme .[[ticNqlhabile et rusé qu’il était, révisa un peu ^ ««''s i l’ouvrage et il fut de nouveau chanté quelques mois plus tard, mais cette fois, jtoil»^ l’action en était reculée au 17ième siè-.v,; 5-p cle ! Ce fut un succès foudroyant.Y aurait-il donc incompatibilité entre opéra et la vie quotidienne, celle de pjrf*' tous les jours ?Peut-on écrire avec succès un opéra dont le sujet serait em-Pl#' prunté à la vie quotidienne de notre qW1’ siècle ?Il est difficile d’être catégorique G mais en se basant sur le passé, on peut r affirmer que les opéras à succès traitant !u de sujets contemporains à leur époque J/jithf sont rarissimes, pour ne pas dire inexistants.Aussi, on peut dire que l’opéra à notre époque, s’il n’est pas mort, traverse une période difficile.Ménotti a été l’un des rares compositeurs modernes à faire chanter des personnages du vingtième siècle avec la sincérité des compositeurs romantiques.Le succès de ses œuvres dans le monde entier semble avoir réconcilié le public avec un art qui semblait désuet.Des réussites comme Wozzeck d’Alban Berg et Peter J* ;¦¦¦.ir).ni.ijt' .gfi- Grimes de Britten restent des cas isolés, et ne représentent pas une renaissance de l’art lyrique valable pour l’avenir.L’opéra est peut-être mort ou sur le point de mourir mais personne ne peut rien pour arrêter son déclin.L’avenir ne réside sûrement pas dans un opéra qui parlerait de l’âge nucléaire ou de l’espace.Ces sujets seraient difficiles sinon impossibles pour créer une œuvre d’art valable et durable.Tout au moins jusqu’au jour où un nouveau compositeur apparaîtra à l’horizon et prouvera le contraire.Gilles Potvin CINÉMA On a dit de King of Kings tout le mal qu’on pouvait ; on a même fait du zèle, accumulant pour détruire le film des énormités plus graves que celles qu’on pouvait fionnêtement lui reprocher.Notre critique ordinaire n’est pas tellement exigeante pour Brigitte Bardot, pourquoi le serait-elle à ce point en présence d’un essai du même genre et qui ne vise qu’à distraire et à amasser des dollars ?Je n’ai pas vu toutes les Passions du Christ filmées jusqu’à ce jour, j’ai pourtant trouvé celle-ci l’une des moins mauvaises.Moins mauvaise en tout cas que l’ancien King of Kings —- véritable musée des horreurs ; moins mauvaise que le second Ben-Hur.L’impression n’est jamais fâcheuse, la figure du Christ et des principaux personnages reste attachante.En plein Moyen-Âge, sur le portique des cathédrales, les Mystères avaient bien aussi leurs distorsions, leurs naïvetés, leurs concessions au mauvais goût d’un peuple pourtant chrétien : faut-il attendre du cinéma d’un siècle qui n’est plus un siècle de foi, et qui ne s’adresse même pas à un auditoire de croyants, une orthodoxie illimitée ?Ce que les catholiques n’aperçoivent pas, il me semble, c’est que l’optique du film est juive.Les Juifs ont bien le droit de penser à leur manière le mystère de Jésus, et nous serions injustes de leur reprocher d’être ici fidèles à eux-mêmes.Ils ont même, pour saisir certains aspects de l’humanité du Christ, une affinité naturelle qui nous manque, à nous, les Gentils ! L’expérience affreuse des dernières années a permis à beaucoup de Juifs de retrouver au fond d’eux-mêmes certains traits, certains états d’âme, que les Évangiles laissent pressentir et que leur témoignage actuel met en lumière.Occupation romaine, déportations massives, flamme d’un nationalisme irréduc- tible, regain d’un messianisme exacerbé chez les uns, pacifiste chez les autres : toute cette atmosphère de King of Kings, par-delà les références trop claires à l’aventure hitlérienne, est bien proche de celle dont l’Évangile évoque aussi le tableau et qu’en d’autres temps nous n’aurions peut-être pas su retrouver et repenser.Les deux figures dominantes du film sont Barabbas et Jésus : les deux faces du messianisme traditionnel, guerrier et pacifique.De Barabbas, s.Matthieu dit qu’il était un « prisonnier fameux » 27 16, ce qui justifie partiellement la part du lion qui lui est faite et qui permet d’éviter, au moment de la Passion, l’espèce de non-sens d’un choix trop odieux entre un Barabbas qui n’aurait été qu’une vulgaire canaille et Jésus.Quoi qu’on ait dit ailleurs, et qui me paraît fort simpliste, j’ai été touché par le rôle extraordinaire confié à la Vierge Marie.Comment oublier, en particulier, au moment de l’ensevelissement de Jésus, ces yeux pleins d’espoir que Marie jette à l’Apôtre Jean ?Si aucune influence catholique n’a joué ici, je ne connais dans l’âme juive qu’un point de rencontre : l’image de la mère des sept enfants dont il est question en 2 Macchabées 7 23 et qui, mue par sa foi en la résurrection dernière, encourage son fils en ces termes : « Ne crains pas ce bourreau mais, te montrant digne de tes frères, accepte la mort, afin que je te retrouve avec eux au temps de la miséricorde ! » La Sainte Cène est d’une grande fidélité au texte et peut-être seulement un peu trop style italien.Le Sermon sur la Montagne, n’était la surcharge des costumes, des couleurs, etc., est une approche intéressante du récit évangélique : on a l’impression d’être aux sources mêmes du Sermon, dans ce dialogue avec les foules qui interrompent, questionnent, attaquent Jésus, et reçoivent de lui successivement des répliques parfois indulgentes, parfois cinglantes.Que n’a-t-on procédé ainsi avec le Baptiste, si guindé et si froid dans son bel habit vert ! S.Luc fournissait pourtant d’emblée (cf.3 10, etc.) des tableaux d’un pittoresque remarquable ! Le vrai reproche que je ferais à King of Kings est qu’il fausse à certains moments la vérité des textes pour défendre une cause : la cause juive ! Aucun juif n’est, dans le film, vraiment responsable de la mort de Jésus.Les Prêtres sont absents du Procès, et Pilate seul décide de la Crucifixion.Hérode est bien montré dans toute sa laideur mais, justement, il est arabe ! Judas n’a plus rien du voleur dont s.Jean dit « qu’il tenait la bourse et dérobait ce qu’on y mettait » 11, 6 : il n’est qu’un nationaliste maladroit mais, fondamentalement, bien intentionné.Cette coloration audacieuse, voire cette falsification de données historiques universellement connues, est choquante et dessert la cause qu’elle voulait probablement servir.Pourquoi Jésus serait-il une épine au pied du seul Israël : tous nous avons trempé dans sa mort et, devant la Croix, Israël rassemblé n’est que l’image de l’humanité entière à qui Jésus pardonne.Hyacinthe-Marie Robillard, O.P.LIVRES Archives des Lettres canadiennes, Êd.de l’Université d’Ottaiva, 1961.Ce précieux document, abondant de 350 pages, publié par le « Centre de recherches de littérature canadienne-française » de l’Université d’Ottawa, nous renseigne, d’une façon pertinente, exacte et vivante, d’abord sur le mouvement littéraire de Québec vers I860 (sept études), et ensuite sur un essai de bilan littéraire partiel de l'année I960.Paul Wyczinski et Gérard Bessette s’y occupent d’histoire littéraire et d’études critiques (entre autres, de « L’Histoire de la littérature canadienne-française » de Gérard Tougas) ; Jean Ménard s’y intéresse au roman et au conte ; Cécile Cloutier, à la poésie ; Bernard Julien, au théâtre, et Camille Mailhot, aux écrits divers.Enfin, un court, trop court article de Brian Robinson sur les lettres canadiennes-anglaises.T eilhard de Chardin : Hymne de l’Univers, Êd.du Seuil, Paris, 1961.(Distribution Fomac, Montréal).On a réuni dans ce beau livre des pages rassurantes et profondément religieuses de l’auteur du « Phénomène humain ».Un premier texte, « La Messe sur le Monde », donne à cet acte liturgique fondamental une extension dans le sens d’un Corps mystique englobant généreusement tout l’univers teilhardien.« Le Christ dans la Matière » se rattache aux écrits mystiques les plus valables.« La Puissance spirituelle de la Matière » nous propose des réflexions vertigineuses et d’une difficile lucidité.Finalement, des « Pensées » sur la présence de Dieu au monde, sur l’Humanité en marche, sur le sens de l’effort humain, et sur le « Christ total » attirent notre attention sur le prêtre dans Teilhard qui, sans jamais s’effacer de- vant le savant-philosophe, refusait toutefois de monopoliser la conscience.On sait les contestations officieuses et officielles apportées aux écrits de celui qui savait dire : « Voici l'Univers ardent, ce Monde plein d’Absolu».De nombreuses « notes des éditeurs » précisent ici les moindres audaces d’expression de l’auteur dont le souffle poétique, l’élan mystique, et le vaste esprit cosmique nous envoûtent profondément.G.R.REVUES Le Québec, État français, par Auguste Viatte ; Signes du temps, Paris, novembre 1961.M.Auguste Viatte est au courant de nombre de problèmes nous concernant, aussi étudie-t-il avec compréhension la signification de la visite à Paris de M.Lesage, dans le contexte de la Maison du Québec.M.Viatte parle entre autres choses de « la fin de l’isolement » et surtout il nous définit comme « des Français d'un autre type » : « le Français de France serait déçu s’il s’attendait à rencontrer au Canada ses pareils ou, comme les Canadiens l’ont cru à tort et l’ont fait croire, des contemporains de saint Louis ou de Jeanne d’Arc miraculeusement figés dans une psychologie immuable ; ils ont été modelés par trois siècles de vie au Nouveau Monde, par les luttes contre la nature et le dynamisme des espaces infinis, par le contraste entre leur tradition sans coupure révolutionnaire et le bourdonnement obsédant de la ruche américaine toute voisine ; ce sont à présent des Français d’un autre type.Français pourtant par leurs lectures, par leur langage et tout ce qu’il véhicule, par leurs habitudes d’esprit, par mille et une affinités qui leur inspirent pour la France un amour jaloux et susceptible.» M.Viatte replace cette visite de M.Lesage à Paris dans la perspective d’autres événements importants : le congrès, à Montréal, de l’association internationale des universités de langue française, le congrès à Paris de l’association canadienne des médecins de langue française, la réunion de l’association internationale des éditeurs de langue française.Dix-sept artisans du cinéma canadien, par l’équipe Objectif 61, Montréal, octobre 1961.Etude vivante d’un aspect de notre cinéma sur lequel on néglige trop souvent d’arrêter son attention : celui des artisans sans qui il ne peut évidemment pas y avoir de cinéma.De courtes biographies sont suivies de l’énumération des œuvres de chacun, et les petites analyses-critiques sont faites avec précision, minutie, et surtout beaucoup d’honnêteté.Huit films canadiens, par l’équipe Objectif 61, Montréal, octobre 1961.La meme équipe se partage ensuite l’étude de huit films canadiens récents.Cette revue, soignée et dynamique, remplit bien sa fonction de servir la cause de notre cinéma canadien, en étant à la fois compréhensive et exigeante ; difficile équilibre à établir, et l’on sent bien vibrer dans ces pages l’amour du septième art et le fort désir qu’il soit de meilleure qualité possible.Les réflexions de J.Lamoureux, sur le Festival international du Film de Montréal, 1961, complètent les comptes rendus des journaux locaux et dégagent quelques idées intéressantes.Les Lettres canadiennes en France, par David-M.Hayne : Revue de l’Université Laval, Québec, octobre 1961.Cette quatrième et dernière partie de l’étude de M.Hayne couvre la période de 1918 à aujourd’hui et termine sur une note optimiste, tout en étant réaliste, l’examen des rapports de notre littérature avec la France : « De nos jours, les livres canadiens se font éditer et distribuer en France par les grandes maisons d’édition ; ils sont appréciés dans les journaux et revues de Paris, sont exposés à la vitrine des libraires, sont honorés de prix littéraires.La littérature canadienne a conquis une modeste place dans les manuels, les anthologies et les bibliographies ; elle fournit la matière d’articles et de thèses académiques.» Il y a un petit accent « protectionniste » et paternaliste dans ces derniers propos, dont nous devons encore nous accommoder.G.R.Nosi dum tae-.'la pim i mil si k Mil, (JJ Mbs (I si tt toil, (Bi Dim l'Imti, Dswis, irai è Duo, (i fciià.Gy, (|i Dktai Gimn, [I Mtsst ttBiiiik Sum, (N, iGsiflii il N» itiok, ([ itsèr Ifinlis, liai «il, fl;' 'Cvi Mos collaborateurs œtntihu mois Quelques auteurs des prochains textes e avec pl Jt fciïcl ijiiif jviil fjr lipl iKffll Vnne-Marie : Auteur de « L'Aube de la joie » et « La nuit si longue», ludet, (J.-P., o.p.) : Professeur à l'Ecole Biblique de Jérusalem et au Collège Dominicain d’Ottawa, lenoît, (Bernard) : Directeur des relations extérieures de l'Alliance.ltl{f (tà | Jesmarais, (M.-M., o.p.) : Prieur du Monastère St-Albert-le-Grand.Oumont, (Micheline) : Ecrivain.Professeur de littérature, irard, (Jacques) : Directeur du Quartier Latin.Giroux, (André) : lM ^1 Ecrivain.ilf’Jl ‘J -lurtubise, (René) : qil'ilioit®! Professeur à la Faculté de Droit de l’Uni-¦ ¦ 1 versité de Montréal.)
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