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Maintenant
Revue d'idées très en phase avec les débats qui animent la société québécoise durant la Révolution tranquille.

[...]

La revue Maintenant arrive et s'inscrit dans l'effervescence du Québec des années 1960, au moment de la Révolution tranquille. Elle a pour vocation de remplacer la Revue dominicaine en créant un lieu de discussion collé sur l'actualité. Pour s'insérer davantage dans l'activité intellectuelle de son temps, la nouvelle revue affiche une facture moins savante.

Père Henri-Marie Bradet, directeur de la revue depuis ses débuts en 1962, rassemble rapidement de nombreux collaborateurs, clercs et laïcs. Plusieurs dominicains, mais aussi Benoît Lacroix, Louis Lachance, Émile Legault, Gérard Dion et Louis O'Neill offrent des contributions à la revue, tout comme les laïcs Hélène Pelletier-Baillargeon, Louis Fournier, Pierre Saucier, Dr Paul David, Ernest Pallascio-Morin, Jacques-Yvan Morin, Guy Robert et Naim Kattan, parmi de nombreux autres.

La volonté d'actualisation du catholicisme prônée par Maintenant tient ses racines dans le personnalisme des années 1930 et son ouverture à l'individualisme, et coïncide, en 1962, avec le programme de réformes du catholicisme de Vatican II, duquel la revue portera l'esprit au Québec. Elle offre une tribune aux catholiques de gauche, soucieux de montrer un esprit actuel et moderne à la jeunesse intellectuelle.

Maintenant s'adapte rapidement aux changements accélérés en cours dans la société québécoise et devient un lieu de débat important. Les clercs souhaitent se positionner comme porteurs d'une conscience morale évolutive de la société vis-à-vis des intégristes et du contrôle de l'Église. Cet humanisme chrétien motive Maintenant à adopter hâtivement le socialisme démocratique et à cautionner et pousser l'idée de l'indépendance politique du Québec.

Le contexte de laïcisation et de pluralité grandissante des affiliations religieuses, conjugué au déclin de l'attachement national canadien-français et catholique, donne naissance à un nationalisme québécois civique qui se manifeste notamment dans la déconfessionnalisation de l'enseignement public. Maintenant en sera partie prenante.

La revue participe ouvertement aux débats sur la régulation des naissances, mais, par principe religieux fondamental, demeure d'abord contre l'avortement. Et bien qu'elle appuie une laïcité ouverte, la revue refuse affronte la position radicale de la relégation du religieux à la sphère privée. Les audaces que Maintenant se permet font des mécontents à la tête de l'ordre dominicain à Rome, qui demande la destitution du père Bradet en 1965. La maison provinciale de l'ordre ne souhaite pas se ranger dans la réaction. Le père dominicain Vincent Harvey prend la relève de Bradet à la direction et offre au contraire davantage d'autonomie à la revue, qui appuie plus résolument le socialisme et l'indépendantisme québécois.

Maintenant souhaite mettre un terme au nationalisme messianique pour que toute la place soit laissée à un mouvement politique pragmatique, qui envisage la souveraineté politique comme moyen pour le Québec de se développer. Tous les dominicains ne sont toutefois pas à l'aise avec les positions politiques de la revue. L'ordre sort de l'aventure en 1969. Son maigre financement est dorénavant assuré par Pierre Péladeau. La revue délaisse alors presque complètement le contenu religieux pour se concentrer sur les questions politiques, sociales et économiques.

Durant la période qui suit, Maintenant accueille des collaborateurs réputés, dont Robert Boily, Jacques Parizeau, Michèle Lalonde, Fernand Dumont, Jacques Grand'Maison, Jacques-Yvan Morin, Guy Rocher, Camille Laurin, Pierre Vadeboncoeur et Louis O'Neill. Hélène Pelletier-Baillargeon y est toujours et sera d'ailleurs nommée directrice au décès de Vincent Harvey en 1972.

Maintenant est affiliée aux journaux indépendantistes et réformistes Québec Presse (1969-1974) et Le Jour (1974-1978). Les trois cahiers publiés en 1975 sont d'ailleurs distribués avec Le Jour. Plusieurs des collaborateurs des dernières années seront des figures importantes du gouvernement et de l'administration du Parti québécois à partir de 1976.

Source:

ROY, Martin, Une réforme dans la fidélité: la revue Maintenant (1962-1974) et la «mise à jour» du catholicisme québécois, Québec, Presses de l'Université Laval, 2012.

Éditeurs :
  • Montréal, P.Q. :les Dominicains en collaboration avec d'autres clercs et des laïcs,1962-1975,
  • Montréal :Éditions Maintenant inc.,
  • Montréal :Editions Maintenant :
Contenu spécifique :
Janvier
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
chaque mois
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Prédécesseurs :
  • Revue dominicaine ,
  • Témoins
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Références

Maintenant, 1964-01, Collections de BAnQ.

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JANVIER 1964 CENSURE L’ÉTAT ET LA CENSURE André Guérin FEMMES DU MONDE OU FEMMES MONDAINES?H.Pelletier-Baillargeon r La question de la censure est, à nouveau de nos jours, une question d’actualité.L’actualité tourne : des questions viennent à l’avant-plan, puis disparaissent et reviennent, comme des personnages qui montent en scène, font un petit tour et disparaissent, jusqu’à l’acte suivant.LE SIÈCLE DE LA LIBERTÉ PHILOSOPHIE ET AUTORITÉ Charles De Koninck INDEX ET LIBERTÉ INTELLECTUELLE Guy Robert Sommaire complet à l’intérieur Le XDCe siècle a été le grand siècle de la liberté.Tout est à la liberté : liberté religieuse, liberté politique, ou droit de critiquer, de renverser le gouvernement, liberté d’opinion en toute matière, liberté de la presse, liberté d’enseignement.Selon les pays, cette liberté est plus ou moins réalisée ; mais l’inspiration est partout.Entre autres, la liberté de la presse : on peut imprimer et répandre ce qu’on veut.Pas de censure.Mais la liberté se heurte à des exigences pratiques d’ordre social et de moralité.Laisser tout dire est donner une prune à ceux qui veulent exploiter les plus bas instincts.D’où des restrictions de toute sorte.Quand on établit la liberté absolue, on essaie du système répressif, poursuivant après coup ceux qui attentent à la moralité publique, et on aboutit à des procès retentissants et ridicules.La question est très difficile. BIENFAITS ET FAIBLESSES DE LA CENSURE RÉDACTION, ADMINISTRATION, ABONNEMENTS ET PUBLICITÉ, 2715, Chemin Côte-Ste-Catherine, Montréal-26, P.Q.Tél.739-2758 Le ministère des Postes, à Ottawa, a autorisé l’affranchissement en numéraire et l’envoi comme objet de la deuxième classe de la présente publication.Frais de port garantis si non livrable.La tendance spontanée des dirigeants n’est pas de laisser la bride sur le coup aux dirigés.Ni dans la famille, ni dans l’Etat, ni dans aucune entreprise, quelle qu’elle soit.On appelle cela dirigisme ou paternalisme, quand on ne l’aime pas, de nos jours tout au moins.Autrefois on parlait de paternalisme dans un sens laudatif.Aujourd’hui, la liberté reste à l'offensive dans certains secteurs, pas dans d’autres.Elle l’est, par exemple, dans le domaine familial.Sans doute le Canada français résiste-t-il mieux que d’autres à cet égard, mais il suffit de lire la littérature U.S.A.pour voir dénoncer — ou signaler, car on ne dénonce que si on trouve mauvais — les familles où les parents n’ordonnent plus rien aux enfants ; les ménages qui se séparent, aussitôt que cela ne va plus, etc.Dans vingt domaines, la liberté se développant sans entrave aboutit à l’élimination de toute règle.Et il n’y a pas moyen de vivre sans règle, intérieure et extérieure.L’extérieur réagit d’ailleurs sur l’intérieur, car les hommes subissent l’influence du milieu.Quand tout le monde, autour de moi, trouve qu’il faut faire quelque chose, ou pense quelque chose, je suis le courant.Et les réglementations établies par l’autorité tiennent une place là-dedans.Si elles sont maladroites, elles provoquent une réaction, — toutes les révolutions viennent de là, celles des enfants contre les parents, comme celles des peuples contre les gouvernements — si elles sont adroites, elles maintiennent l’ordre et mettent une atmosphère de paix sociale.Le chef-d’œuvre de l’organisation sociale est de donner aux gouvernés l’impression qu’ils sont libres, tout en les dirigeant discrètement.RETOUR À LA RÉGLEMENTATION En réalité, on n’a essayé le régime de liberté que dans une assez petite partie du monde, en Amérique du Nord et en Europe occidentale et encore avec beaucoup d’atermoiements.Le XXe siècle amène un retour à la réglementation, sous l’effet du développement des techniques de diffusion qui transforment la vie.Non jesw I leu- I 011^ 0# 5llC0t seulement la liberté de la presse présente des aspects nouveaux, mais surtout les moyens de diffusion nouveaux, le cinéma, la radio, la télévision.Parlons surtout cinéma, puisque c’est la question qu’on agite en ce moment.La production des films est une entreprise forcément centralisée, et l’émission des films l’est aussi dans une certaine mesure.Il n’est pas au pouvoir de chacun d’ouvrir une salle de cinéma, et celui qui le fait doit prendre les films qu’on présente sur le marché.Ne faut-il pas contrôler ce qui se passe ?On doit réglementer ; mais la censure devient vite odieuse.Cependant on parle souvent d’enfants et d’adolescents qui ont été poussés au crime par un film.Parfois avec une sorte d’innocence.Ils ont vu un film où on scalpait un prisonnier, ou bien où on le ligotait pour le torturer ensuite, et, pour s’amuser, ils ont fait la même chose avec un camarade.Autrefois, la lecture de romans de cow-boys ne paraissait pas faire le même effet.On dirait que la vision d’un film agit davantage sur l’imagination.De même on prétend que les jeunes gens et les jeunes filles acquièrent entre eux des mœurs inspirées du cinéma.On a parfois l’impression que, même dans beaucoup de milieux chrétiens, les fiancés ont un code de ce qui est permis ou défendu — qui ne s’inspire ni de ce que leur disent leurs parents, ni de ce que dit leur confesseur ; et certains m’ont prétendu que c’est dû au cinéma.On peut donner d’autres exemples.Le cinéma paraît avoir une influence énorme sur nos populations actuelles.Mais qui ne voit le danger ?Va-t-on, comme on a essayé de le faire, mesurer le temps que peuvent prendre les baisers au cinéma ?Il faudra aussi décider si on peut s’embrasser en gros plan.On tombe vite dans le grotesque ; mais peut-on laisser les choses aller au hasard ?Car ce qu’on appelle le hasard est souvent l’exploitation des passions les plus malsaines.On s’émeut de tout côté.Tout le monde est d’accord qu’il faut faire quelque chose ; mais quoi ?On essaie différents systèmes ; il y a des réglementations en tout pays ; mais on tâtonne.Des organismes privés agissent aussi.On met sur pied des ligues pour la décence, et des censures catholiques du film proposent des appréciations morales.Deux systèmes, en somme ; un contrôle officiel par des commissions, pffiçielleç, et un contrôle privé par des moyens de pression sur l’opinion.Y -a-t-d moyen de; choisir, • ou faut-il combiner les deux ?som maire ARTS Jacques Lamoureux : Esthétique et Censure .7 CINÉMA André Guérin : L'Etat et la Censure .5 DIAGNOSTIC EN VRAC 18 ÉDUCATION Maurice Champagne : Vive le Bill 60 ! .24 Robert Comtois, O.P.: L'Ecole régionale .23 Pierre Saucier : L'Education et les curés .21 Jean-Paul Vanasse : La télévision 6 l'école .20 Pierre-J.-G.Vennat : Pourquoi nos colloques ?.8 ÉGLISE Adrien-M.Brunet, O.P.: L'unité n'est pas pour demain 36 J.-M.-R.Tillard, O.P.: Eglise sacerdotale ou cléricale?10 JOURNALISME Pierre-J.-G.Vennat : Pour qui sonne le glas ?.29 LITTÉRATURE Guy Robert : Index et liberté intellectuelle .30 LIVRES Adrien-M.Brunet, O.P.32 Robert Comtois, O.P.34 Guy Robert 33 PASTORALE F.Vachette, O.P.: Baptême à l'âge adulte.13 PHILOSOPHIE Charles De Koninck : Philosophie et autorité .16 H.-M.Robillard, O.P.: Louis La-chance, métaphysicien 15 POLITIQUE Richard Pouliot : Deux cultures se rencontrent .26 SOCIOLOGIE Jacques Leclercq : Censure et liberté .1 SPECTACLES Madeleine Greffard : Théâtre 31 SPIRITUALITÉ Hélène Pelletier-Baillargeon : Femmes du monde ou femmes mondaines?.12 SYNDICALISME Noël Pérusse : Ça bouge.ailleurs aussi 28 UNE OPINION ÉCLAIRÉE Si l’opinion est inerte, il est difficile d’arriver à quelque chose d’équi-libré.L’opinion agissante est une des premières vertus démocratiques.Il n’y a de véritable démocratie que si les éléments agissants de la population sont nombreux, entendant par éléments agissants ceux qui se préoccupent du bien commun.Car il y a toujours eu des éléments agissants qui n’étaient angoissants que pour eux-mêmes, pour leur plaisir, leur confort, leur intérêt.Mais la démocratie dépend de ce qu’il y en ait un bon nombre qui se préoccupera du bien commun.Encore faut-il que ceux-là aient l’esprit ouvert, ne soient pas simplement de vieilles gens se scandalisant de ce qui est neuf.Les mœurs cinématographiques sont un phénomène nouveau, auquel rien ne correspondait il y a cinquante ans ; on doit chercher le bien à en tirer autant que le mal à éviter.Mais le fait du cinéma est irrésistible ; on ne l’arrêtera pas.Une opinion éclairée : cela veut dire un grand nombre d’hommes qui s’intéressent au cinéma, qui s’appliquent à en dégager ce qui peut servir au développement de l’esprit, au développement du goût, et que ceux qui ont autorité pour faire quelque chose rencontrent une opinion réagissante qui les soutienne.PROBLÈMES DE CENSURE Mais il faut quelque chose d’institutionnel.Le cinéma est, de nos jours, trop important pour qu’on puisse le laisser aller au hasard.Il faut une règle pour les enfants.On ne doit pas leur laisser tout voir et on ne doit pas non plus être d’une prudence qui tourne au ridicule.Il n’y a pas seulement les questions sexuelles, mais la violence sous toutes ses formes.On arrive vite à une censure qui se rend odieuse et ridicule en interdisant presque tout, ou à une tolérance qui permet tout.Il ne s’agit pas seulement des enfants ; car les adultes aussi subissent les contagions.Et puis à quel âge commence-t-on à être adulte ?Les jeunes criminels, qui ont puisé leur inspiration au cinéma, ont souvent 17, 18 ou 19 ans.Tout cela est compliqué.Ensuite il y a la composition et les pouvoirs des comités de censure.Et il y a les conseillers de la censure, les commissions qui assistent les censeurs.Là encore, dans une démocratie saine, il se formera des organismes privés sur lesquels le gouvernement pourra s’appuyer.Dans plusieurs pays se développent actuellement des associations de parents qui sont comme le lieu naturel d’orientation morale des hommes et des femmes d’âge pleinement adulte (entre 30 et 45 ans).Les foyers de cet âge sont les soutiens les plus fermes de tout l’ordre social.Leur rôle peut être déterminant pour la santé sociale.On discutera beaucoup tous ces problèmes.Nous devons souhaiter à nos amis canadiens de sortir une réglementation modèle.C’est un problème international dont les données fondamentales sont à peu près partout les mêmes ; mais chaque pays présente des particularités à tous les points de vue.Ce qu’on peut faire ici est simplement proposer une ligne de réflexion.JACQUES LECLERCQ 5 L’ÉTAT ET LA CENSURE CINÉMA Depuis 1961 on a assisté dans la province de Québec à un assouplissement du régime de la Censure.Cet élargissement de l’optique officielle correspond en fait à l’évolution des idées : une foule de notions sont soumises au crible et font l’objet d’une révision : à titre d’exemple, quelques concepts sont remis en question et suscitent des prises de bec depuis les cinq dernières années : liberté de conscience, tolérance, œcuménisme, pluralisme, etc.Cette inquiétude croissante coïncide d’ailleurs avec une ouverture de plus en plus large sur le monde : en 1952 la télévision faisait éclater les frontières, en 1960, le Festival international du film de Montréal nous apportait les chefs-d’œuvre du monde entier.Le Québec traverse une crise de conscience profonde et ce n’est pas en dressant des barrières et en multipliant les interdits que l’on favorisera une montée progressive vers un réalisme d’adulte.UN NOUVEL ESPRIT.UNE NOUVELLE LOI Tel est le climat qui prévaut à l’heure où l'Etat provincial s’apprête à passer une nouvelle législation.Pourtant, c’est un fait que nous sommes régis par un texte de loi qui remonte à 1925 et porte le nom pittoresque de Loi des vues animées ! Il était temps que l’on apportât les correctifs et ajustements nécessaires.Depuis Mary Pickford et grand-papa Ford, il s’est passé bon nombre d’événements importants : Einstein et la bombe atomique, l’avion supersonique, la télévision, la mondovision, l’automation, etc.Je ne m’attarderai pas à épiloguer sur les cocasseries et les abus criants de naguère, car le dossier de la Censure au Québec est déjà assez noir comme cela ! Je ne ferais d’ailleurs que rappeler toute une suite « d’affaires » lamentables depuis les coupures pratiquées dans la Jeanne d’Arc de Dreyer, jusqu’au double scandale du refus de Maxime et l’inénarrable « addition » apportée à Montparnasse 19, biographie de Modigliani ! RAPPORTS ET MÉMOIRES Qu’on me permette plutôt d’évoquer une évolution plus réconfortante, c’est-à-dire les étapes principales qui nous ont acheminé vers une prochaine législation.Le 6 juillet 1961 marque le grand départ avec la constitution par le gouvernement du Comité provisoire pour l’étude du cinéma dans la province de Québec, connu aussi sous le nom de Rapport Régis, du nom d’un de ses membres les plus éminents.Le comité qui a consacré pas moins de 17 séances de travail à la rédaction de ce rapport magistral réunissait quelques-uns des plus grands noms dans le domaine cinématographique au Québec : outre le R.P.Louis-Marie Régis, O.P., MM.Fernand Cadieux, Claude Sylvestre, André Lussier, Georges Dufresne et Maurice Leroux.Le 21 février 1962, le Procureur général déposait ce rapport devant la Chambre.Cette analyse fouillée demeure le document de base officiel qui est à la source de tout le mouvement de réforme en cours.L’immense intérêt soulevé par cette étude a incité plusieurs organismes privés à présenter à leur tour des mémoires au gouvernement.L’Office catholique national des techniques de diffusion a rédigé un mémoire très documenté sur la censure des films.Il est significatif que, sur plusieurs points, la pensée de l’O.C.N.T.D.rejoint celle des rédacteurs du Comité provisoire v.g.le principe de la classification avec paliers d’âge.Il apporte des lumières sur des problèmes intéressant particulièrement la protection de la jeunesse, v.g.l’admission des enfants aux cinémas, etc.Citons aussi le mémoire des Industries théâtrales unies du Québec Inc., qui exprime le point de vue des distributeurs et exploitants ainsi que le Mémoire du Comité des ciné-clubs qui définit la fonction et le rôle des ciné-clubs dans la perspective d’une politique d’éducation cinématographique.VERS UNE LÉGISLATION « ÉDUCATIVE » Cet effort de réflexion collective nous conduit au seuil de 1963 et il me reste à évoquer la phase finale : la préparation immédiate de la loi.Avant d’aborder plus en détail cette étape, il est nécessaire de rappeler quelques décisions récentes qui ont modifié sensiblement le paysage.A la fin d’avril dernier, le Bureau de censure du cinéma de la province de Québec cessait de relever du Procureur général pour être rattaché au Secrétaire d’Etat.Cette réforme indiquait une volonté de dissocier le cinéma de la justice et de la police pour l’associer à des activités culturelles.Pour mieux marquer encore son intention d’accorder au cinéma la place éminente qui lui revient comme art majeur du vingtième siècle, le gouvernement décidait au même moment de placer sous une même direction, le Bureau de censure et l’Office provincial du film.Ma nomination sanctionna ces nouvelles dispositions administratives en me donnant une double responsabilité à la présidence de la Censure et à la direction de l’Office du film du Québec.Depuis son entrée en fonction, le Bureau de censure a été profondément renouvelé.Le 14 août dernier, le Secrétaire d’Etat, M.Bona Arsenault, annonçait la décision ratifiée par le Lieutenant Gouverneur en conseil d’abolir la fonction de censeur à temps partiel.Le Bureau comprenait alors, outre son président, trois autres fonctionnaires à plein temps : MM.Lucien Desbiens, Robert Desjardins et Pierre Tassé.Le départ des « partiels » fut suivi de deux autres nominations qui portèrent à six le nombre des censeurs à plein temps : Pierre Saucier et Mme Nancy Coté.De plus, Mme Coté s’occupe tout spécialement de la censure des films pour enfants, fonction qu’elle exerce conjointement avec le président et Mme Florence Martel.Le choix d’un personnel nouveau choisi pour sa compétence en matière cinématographique et dans le domaine de l’éducation traduit un changement radical d’orientation.Dès le mois d’octobre, le Bureau a entrepris de se doter d’un système de documentation qui lui permet d’accomplir son travail avec le maximum d’efficacité et d’équité possible.Jusque-là le Bureau ne possédait à vrai dire que de rares répertoires.Les censeurs ont maintenant accès à une documentation internationale et nationale variée qui comprend des répertoires confessionnels et indépendants, des ouvrages de consultation ainsi que les revues les plus significatives de l’industrie et de l’art cinématographiques.NON PLUS « COUPER » MAIS CLASSIFIER Depuis la présidence de M.Maurice Leroux, le Bureau de censure a adopté des méthodes qui se rapprochent le plus possible d’une censure adulte.C’est ainsi qu’on ne coupe plus les films, mais que l’on se borne à les accepter ou à les refuser dans leur ensemble.Il reste que l’administration de la censure dans cette période de transition obéit toujours aux dispositions de la Loi de 1925.Cette situation n’est pas sans causer de lourdes difficultés pratiques.Tandis que le Ministre a lui-même affirmé que l’on se dirigeait progressivement vers un système de classification et que le gouvernement entendait favoriser l’épanouissement du cinéma comme valeur culturelle, les censeurs doivent attendre une nouvelle législation avant d’appliquer le système qui leur paraît le plus équitable : la classification.Cependant, afin de ne pas être pris par surprise lors de l’adoption de la nouvelle loi, le Bureau de censure fait le rodage du nouveau système et appose officieusement sur ses fiches de travail la classification des films, suivant certains paliers généralement accrédités à travers le monde.Ces précisions sur le renouvellement et le fonctionnement du Bureau de censure depuis ces derniers mois n’étaient pas inutiles avant d’aborder l’étape ultime qui acheminera la censure vers un contrôle rationnel et une classification par paliers d’âge.Un comité formé des membres du Bureau de censure et d’experts recrutés dans les milieux spécialisés a repris dans le détail le Rapport du Comité provisoire ainsi que les principaux mémoires mentionnés plus haut.Les membres de ce groupe de travail ont rédigé ensuite un nouveau document qui, tout en s’inspirant largement du Rapport du Comité provisoire, tient compte des observations recueillies au cours de plusieurs entrevues avec des représentants de l’industrie (producteurs, cinéastes, distributeurs, exploitants), des délégués du secteur culturel (ciné-clubs, Office catholique, etc.).Ce dernier rapport intitulé Rapport sur le projet de classification fournit au législateur une documentation précise et détaillée qui se résume dans 23 recommandations.Les rédacteurs ont cherché à mettre au point un projet qui puisse fonder une législation équitable, facilement applicable et qui tienne compte des aspirations de la communauté québécoise.QUE SERA LA NOUVELLE LOI ?Il serait présomptueux de préjuger des décisions du Législateur lui-même.Toutefois, il est possible d’indiquer les caractéristiques principales qui ressortent de ces 23 recommandations : 1 ) La première recommandation prend pour acquis que l’Etat entend assumer un rôle d’éducateur en matière de cinéma, tant au niveau des maisons d’éducation que dans le secteur de la culture populaire.Ainsi que le faisait remarquer le Comité provisoire : « C’est à ceux qui éduquent de diriger les apprentis de la liberté morale ».On peut donc poser comme principe premier qu’une censure serait illusoire qui ne s’appuierait pas sur une politique d’envergure de culture et d’éducation cinématographique ; 2) La censure poursuit deux fins principales : la protection de la jeunesse, et la sauvegarde de l’ordre public et des bonnes mœurs.Ce double objectif se traduit dans les faits par la mise en vigueur d’un système de classification qui répartirait les films suivant diverses catégories reconnues en Occident : ces paliers d’âge, si l’on s’en rapporte au Rapport du Comité provisoire et aux différents mémoires, pourraient être les suivants : Films pour tous : admission 7 ans ; Adultes et adolescents : admission 14 ans ; Films pour adultes seulement : admission 18 ans.Seraient refusés les films qui tomberaient sous les dispositions du code pénal, c’est-à-dire ceux qui enfreignent les règles de l’ordre public et des bonnes mœurs.3) Bien entendu, le Bureau de censure ne pourrait modifier ou faire modifier un film soumis pour examen au Bureau de censure.4) Les jugements des censeurs s’appuieraient non pas sur une critériologie analytique, mais sur les normes de morale sociale généralement reconnues dans les grands pays d’Occident.5) Les rédacteurs du rapport sur le projet de classification fondent l’espoir que la nouvelle législation ne se bornera pas à un simple ajustement de la loi, mais constituera une loi organique couvrant tout le secteur du cinéma.Dans cette hypothèse, le Bureau de censure deviendrait un service qui pourrait (comme la plupart des documents le suggèrent), porter un nouveau nom tel que Service de classification et de contrôle et s’intégrer à l’intérieur d’un organisme plus vaste, Régie, Centre, ou Direction du cinéma.POUR UN COMPORTEMENT ADULTE On ne pourra atteindre une attitude adulte envers le cinéma tant que nous resterons d’éternels consommateurs.Toute aliénation au plan de la culture apporte sa part de traumatismes et développe des complexes globaux de frustration, ce que fausse les attitudes de la collectivité envers la réalité cinématographique.C’est pour cela que l’on souhaite que l’Etat mène de pair le développement d’une industrie cinématographique et la rationalisation des services de contrôle des films.Comme on a pu le voir, en une période de temps assez brève, deux ou trois ans à peine, la notion de censure s’est purifiée.Après avoir jeté les ciseaux aux orties, on engage un dialogue ouvert avec le public.Une nouvelle législation s’annonce en ce début de 1964 : ce texte de loi devrait permettre l’éclosion au Québec d’une industrie du cinéma et la remise au public de ses responsabilités légitimes.Le Québec alors pourra sur le plan du cinéma apporter son modeste concours à la culture occidentale, tandis qu’à son peuple sera permis l’exercice d’un comportement adulte.André Guérin 7 ESTHÉTIQUE ET CENSURE En vous promenant dans un musée, avez-vous déjà vu d’équivoques petits carrés de peinture noire appliqués sur des détails anatomiques prétendument obscènes ?En bouquinant dans une librairie, avez-vous déjà mis la main sur un livre dont certaines pages étaient tout bonnement arrachées sous le fallacieux prétexte qu’elles contenaient des descriptions lascives ?Non ?Littérature, peinture et cinéma Pourtant c’est ce même traitement odieux qui, il n’y a pas si longtemps, était infligé aux films qui franchissaient le seuil des salles de projection du Bureau de censure de la province de Québec.On cisaillait à qui mieux mieux, cachant ici la naissance d’un sein qu’on ne saurait voir, grattant là la bande sonore pour effacer des phrases coupables, tripatouillant enfin des œuvres d’art au point de les rendre profondément suggestives alors que les originaux étaient bénins.Pourquoi le cinéma n’était-il pas considéré au même titre que la peinture ou la littérature ?Pourquoi dénaturer les films alors même qu’on n’oserait pas faire subir le même sort aux toiles et aux livres ?S’il est un argument en faveur de l’abolition de la censure des films telle que nous la connaissions avant ces derniers mois, c’est bien celui de l’esthétique.Comment peut-on en venir à déformer la pensée de cinéastes comme Renoir, Mankiewicz, Dreyer, Ophiils, Wilder ?Comment peut-on annihiler la valeur d’une œuvre sous des prétextes moralisateurs ?Respecter l'intégrité du poème Le cinéma est un art ; du moins j’espère que cette affirmation ne rencontre plus de détracteurs.Un film est une œuvre d’art formée de divers élé- ments disparates fondus en un tout harmonieux visant à exprimer une idée-maîtresse.Scénario, découpage technique, montage, trame sonore, ces diverses composantes se fusionnent en un ensemble homogène qui possède, selon le degré de génie du réalisateur, son rythme propre, sa respiration.Vouloir retrancher quelques plans, intervertir l’ordre de succession des séquences pour en modifier le sens général ou couper des mots (voire des syllabes) constitue un acte aussi barbare que le fait d’omettre un vers dans un poème ou de biffer 58 mesures d’une partition musicale.En effet, que se passe-t-il lors d’une coupure ?Le sens du poème est perdu, son rythme est dissous ; l’œuvre musicale devient incohérente.Le film subit les mêmes avatars : la pensée devient diffuse, le déroulement abracadabrant, le rythme brisé.Comment peut-on apprécier le style d’un auteur si son œuvre est édulcorée par une main étrangère ?Qui n’a pas souvenance de ces films de qualité bêtement gâtés par le zèle toujours vigilant et inlassable d’une censure dont Henri Agel a pu écrire : « Dans certains pays, comme l’Espagne et le Canada, le rigorisme de la censure est certainement plus authentique, mais il offre un aspect moyenâgeux qui est de nature à étouffer toute liberté créatrice et tout esprit critique ».Accepter ou rejeter The Barefoot Confessa, The Killing, The Apartment, Le Rouge et le noir, Brute Force, Hiroshima, mon amour, etc.(la liste ici est tellement longue que je laisse à chacun ses mauvais souvenirs personnels pour se constituer un musée des horreurs) autant d’œuvres abâtardies, falsifiées, défigurées, méconnaissables.Combien de longs métrages sont devenus des moyens métrages après avoir séjourné sur la table des censeurs ! L’artiste doit avoir la liberté d’expression.La censure doit respecter globalement une œuvre ou la rejeter globalement.C’est la solution pratique pour tout comité de censure : classer une œuvre pour un public déterminé ( 6 à 14 ans ; 14 à 18 ans ; 18 ans et plus) sans la remanier aucunement ou la rejeter dans son ensemble.Depuis le début de ce texte, il est toujours question du cinéma en tant qu’art.Je ne suis pas sans savoir que tous les films n’ont pas droit à ce titre.Tout ce qui est imprimé entre les deux couvertures d’un livre ne fait pas nécessairement partie du patrimoine littéraire d’un pays ; tout ce qui est impressionné sur une pellicule de celluloïd non plus.Il est bien évident qu’il existe des rats qui grugent les portefeuilles du public en lui exhibant de la marchandise « appétissante ».Les amateurs éclairés de cinéma ne s’y laissent pas souvent prendre et fustigent ces vils commerçants.Aussi est-on particulièrement à l’aise pour exiger le respect des véritables œuvres et la sévérité pour les vendeurs de fesses.Erotisme ou pornographie ?Tout cela est très joli en théorie ; mais en pratique, comment déceler le bon grain de l’ivraie ?Je crois que tout se résume à une question de style.Les scènes d’amour des Amants, d’Hiroshima mon amour, du Diable au Corps ne sont pas le moindrement entachées d’immoralité parce que dans chaque cas l’auteur a justement ce qu’on appelle du style, une combinaison de talents alliée à un goût sûr.D’ailleurs si une œuvre accède au niveau de l’art elle n’est pas pornographique.Je me permets de citer un passage de l’introduction au Dictionnaire de Sexologie (Sexologia-Lexicon ; J.-J.Pauvert, Paris, 1962) qui est remarquable de justesse : « .dès que la pornographie paraît, l’érotisme disparaît.Sur le plan expérimental, on a même prouvé, à Bloomington et à Hambourg, que dès que l’art — sous une forme quelconque, même faible (telle la rime ou la sculpture traditionnelle) — intervient dans une pièce « pornographique », tout effet excitatoire spécifique cesse.Ce qui rejoint une thèse, admirable de lucidité et de perspicacité, de Raymond Poin-carré : « Un livre obscène, c’est tout simplement un livre mal écrit.Le talent n’est jamais obscène.Ni à plus forte 8 raison immoral » (Procès de La Chanson des Gueux de Richepin) ».Une œuvre peut être érotique, sans être pornographique.Un isolement cinématographique continu (films largement hachurés depuis de nombreuses années), une éducation religieuse janséniste et une éducation artistique faussée (attitude des éducateurs devant les nus en peinture, par exemple) nous ont poussé, hélas, à associer « érotique » et « cochon ».C’est cette erreur de vision qui conduisit un marchand de disques devant les tribunaux sous l’accusation d’avoir vendu un disque obscène (Les Blasons du corps féminin).Naturellement, le marchand fut acquitté et le juge remercia même les éditeurs qui permettent la préservation de ces trésors poétiques.Sur le même sujet, (les blasons du corps féminin), des comédiens de seconde zone accoucheraient d’un long-jeu dont la vulgarité se le disputerait sans doute au mauvais goût.Question de style.Le critère : un bon jugement Que l’on compare la scène du viol de La Source de Bergman avec le voyeurisme des Régates de San Francisco de Claude Autant-Lara et l’on découvrira facilement quelles étaient les intentions du cinéaste dans chaque cas.Il n’est pas nécessaire d’être malin pour savoir distinguer l’art du commerce : une connaissance du cinéma et un bon jugement suffisent et je crois que les nouveaux membres du Bureau de censure en ont ; leur décision de ne plus couper les films, mais de les classer ou de les rejeter en entier en fait foi.Jacques Lamoureux POURQUOI NOS COLLOQUES?Pourquoi une revue comme Maintenant organise-t-elle des colloques sur des sujets qui, souvent, n’ont pas de rapport direct avec la revue et pourquoi y invite-t-on des conférenciers dont quelques-uns émettent publiquement des opinions nettement divergentes à celles exprimées par certains rédacteurs de Maintenant.Cette question, on nous l’a souvent posée et nous allons tenter d’y répondre.Les colloques sont inutiles Il est vrai que si l’on se fiait à certains commentaires provenant pourtant de gens qu’on classe un peu arbitrairement parmi notre élite, il serait assez mal vu de nos jours d’essayer de dialoguer.Car si tout le monde parle de dialogue, le seul dialogue qui ait bonne presse auprès de ces gens est le « dialogue de sourds », expression fréquemment employée par tous ceux qui sont persuadés que l’ère de la table ronde est terminée et que toute discussion préalable à une prise de position est inutile.Encore plus inutile, ajoutent-ils, si l’on a déjà pris position et si l’on affronte — le mot n’est pas trop fort — le tenant d’une thèse opposée, dans une discussion, publique ou privée.C’est d’ailleurs l’opinion d’un confrère qui de retour d’un colloque de Maintenant écrivait qu’une fois de plus, un colloque a démontré que les colloques ne règlent rien.« Le dialogue, affirme-t-il, même lorsque les participants se montrent les plus compréhensifs, est généralement un dialogue de sourds.Les définitions, même lorsque l’animateur a voulu les énoncer dès le départ, ne sont à peu près jamais les mêmes ».Je crois que le tout découle d’un malentendu.Les colloques, ceux de Maintenant du moins, ne visent pas à régler quoi que ce soit.En fait ceux qui les organisent savent déjà au départ que pour les participants, la discussion ne réglera rien, que chacun demeurera sur ses positions et sortira du débat grandi dans sa propre estime et plus persuadé que jamais d’avoir raison.En ce sens on a donc quelque peu raison d’écrire que dans la majeure partie des cas, les colloques de Maintenant sont des dialogues de sourds, quoiqu’il y ait eu de notables exceptions.Une école d'éducation populaire Mais tel n’est pas le but des colloques.Ceux-ci, en effet, ne sont pas organisés pour les débattants mais bien pour le public.Tant celui dans la salle que celui qui en lira le compte rendu dans les journaux.Les colloques sont en fait un prolongement indispensable de la revue.Maintenant, il est vrai, n’est pas un mouvement à strictement parler.Mais elle se veut une revue d’opinion, d’information et surtout d'éducation populaire.Or c’est justement à cette éducation populaire que visent les colloques.On tente, en quelque sorte, d’être une espèce d’institut canadien des affaires publiques, fonctionnant à l’année longue.Il s’agit de fournir une tribune pour que se lance une idée dans l’air, afin de favoriser au public l’accès à tous les aspects d’une question, d’un point de vue.C’est pourquoi nous avons tenté et nous tenterons encore dans l’avenir d’amener à nos colloques des gens qui, sur une question donnée, partent d’un point de vue diamétralement opposé et qui proposent, pour résoudre un problème donné, des solutions également contradictoires.Il ne s’agit donc pas de bourrage de crâne.Nous laissons le travail à l’auditeur.Les colloques de Maintenant n’amènent aucune conclusion.Ils visent seulement à « informer ».A permettre à des gens qui n’ont pas encore d’opinion sur une question donnée de s’en former une à la lumière de versions opposées.On leur permet ainsi de se former eux-mêmes un jugement en choisissant la prise de position qui leur plaira le plus.Et si parfois nos colloques semblent pencher d’un côté plutôt que de l’autre, c’est justement parce qu’à l’heure où l’habitude du dialogue se perd, il devient de plus en plus difficile de réunir autour d’une même table des gens de points de vue opposés.Informer pour former Pour certains, le dialogue et la discussion ne sont « qu’abstraite futilité » par rapport à « la violence des relations et des luttes concrètes entre les hommes » {Parti Pris dans son article de présentation).Je me refuse à admettre ce point de vue.Car pour se battre, il faut avoir une cause à défendre, un but, une opinion.Et c’est justement pour aider le grand public à se former une opinion, afin qu’il se batte pour la cause de son choix, que Maintenant organise des colloques qui tournent souvent aux « dialogues de sourds ».L’heure du dialogue de conciliation est peut-être passée.C’est d’ailleurs pourquoi les colloques de Maintenant ne visent, en soi, à rien régler.Nous avons voulu réhabiliter le dialogue en substituant au dialogue de « conciliation » le dialogue « éducatif », celui qui ne règle rien pour les participants, mais permet au grand public de s’ouvrir les yeux.Et pour éduquer, nous organisons des colloques qui « informent » afin que l’auditeur, lui, se « forme » un jugement à partir de données précises.En ce sens, je crois, que non seulement les colloques de Maintenant se justifient mais que, s’ils n’étaient pas, la revue perdrait sa signification.Car si nos colloques sont des dialogues de sourds, ce qui n’est d’ailleurs pas prouvé, nous avons la conviction qu’ils ne sont pas des dialogues d’aveugles.Pierre-J.-G.Vennat COLLOQUES À Montréal j «LA FEMME, UNE MINEURE PROLONGÉE ?» AVEC LA PARTICIPATION DE Madame Thérèse Casgrain j Madame Françoise Gaudet-Smet s Madame Alec Pelletier 1 Maître Roger Comtois 1 ANIMATRICE : Madame Jeanne Sauvé l DATE : Jeudi, le 23 janvier 1964 < HEURE: | à 8 heures 30 p.m.LIEU : | Monastère Saint-Albert-le-Grand > 2715, Chemin Côte Sainte-Catherine Montréal \ INVITATION GÉNÉRALE À Québec « NOS JEUNES VONT-ILS PERDRE LA FOI ?» AVEC LA PARTICIPATION DE Madame R.Stanton Sœur Sainte-Thérèse de Lisieux Frère Alphonse Caron Monsieur Claude Beauchamp ANIMATEUR : Monsieur Yves Martin DATE : Lundi, le 20 janvier 1964 HEURE : à 8 heures 30 p.m.LIEU : Ecole Secondaire St-Joseph-François-Perreault 140, Chemin Ste-Foy, Québec - ENTRÉE LIBRE 10 CONCILE ÉGLISE SACERDOTALE OU CLÉRICALE?Les accents les plus forts de cette seconde session du Concile ont, sans aucun doute, porté sur le Meat.Sans cesse, lorsqu’il a été question de la définition de l’Eglise, de sa nature, de sa mission salvatrice, de sa sainteté, des évêques se sont levés pour affirmer la place essentielle que les laïcs tiennent dans l’Eglise de Dieu et pour demander qu’on leur accorde le statut qu’exige leur vocation spécifique.Ce qu’il y avait de frappant dans la nef de Saint-Pierre, au fur et à mesure du déroulement du débat, c’était de constater comment cette prise de conscience de la nature du laïcat jaillissait de la vie même de l’Eglise d’aujourd’hui, de l’expérience pastorale concrète des évêques, et qu’elle ne se cantonnait pas à quelques régions plus « avancées » ou plus « progressistes » du monde chrétien mais qu’au contraire elle venait des pays les plus divers aux prises avec les problèmes les plus différents.Pour faire percevoir quelque peu cette diversité des horizons et pourtant la profonde convergence des conclusions doctrinales, il nous suffira de rappeler quelques interventions, inscrites sur notre carnet de notes au fil des journées.EXIGENCES CONTEMPORAINES Un évêque américain, Mgr Primeau (Manchester, U.S.A.), déclare (le 23 octobre) : « Rien ne sera fait au Concile si nous ne définissons pas, enfin, le statut du laïcat adulte dans l’Eglise.Les laïcs ne sont plus seulement des brebis muettes.Animés de l’amour de l’Eglise, ils se sentent conscients de leur compétence non seulement en matière temporelle mais aussi au plan spirituel ».Puis, ayant expliqué que pour eux tout ne pouvait pas se résumer en une simple obéissance à la hiérarchie, et donc que celle-ci devait scrupuleusement respecter leur initiative et leur responsabilité chrétienne, il conclut : « Je parle ici pour les laïcs ; mais je désirerais que l’on entende ici-même les laïcs parler pour eux-mêmes.» Il rejoignait ainsi la pensée du cardinal Suenens (Belgique) qui, dans une intervention suivie des applaudissements de l’assemblée, avait dit : « Si les fidèles doivent respect à leurs pasteurs, ceux-ci à leur tour doivent respect aux fidèles et aux dons de l’Esprit-Saint que ceux-ci portent ».Un évêque espagnol, Mgr Enrique, après une insistance sur le droit des laïcs à une responsabilité propre dans la fonction apostolique de l’Eglise, ajoute : « Dans les rapports entre hiérarchie et laïcs il ne faudrait pas oublier la nécessité d’une opinion publique dans l’Eglise.Sans cette opinion, l’Eglise souffrirait d’une lacune ».Déjà le 18 octobre le cardinal Gracias (Bombay), apportant le témoignage d’une Eglise en plein printemps, avait fortement réaffirmé que pour les laïcs la participation concrète à la mission de l’Eglise, loin d’être un privilège, représentait un droit et un devoir.Les évêques français surtout apportent l’écho des pays de vieille chrétienté redevenus « pays de mission ».Mgr Maziers (Lyon) dit des laïcs : « C’est par eux que l’Eglise devient la lumière, l’espérance, le salut du monde ».Mgr Ancel (de Lyon également) affirme : « Dès qu’on vit sa foi on devient lumière du monde.Aucune condition n’est exclue de ce témoignage évangélique, même pas les pécheurs comme la Samaritaine et le bon larron ».Quelques semaines plus tard, alors que l’on discute de la sainteté dans l’Eglise, l’évêque de Belley, Mgr Fourrey, ajoutera : « Les laïcs qui sont dans le monde mènent là une vie généreuse, parfois héroïque (pour leur foi).A la messe, à la communion, ne faisant plus qu’un, ils se sanctifient et sanctifient le monde ».On comprend alors les résonances profondes, dans l’assemblée, d’interventions comme celle de Mgr Ménager, évêque de Meaux (France), avouant qu’il parle après une discussion avec les auditeurs laïcs et en leur nom, et exprimant leur insatisfaction devant certaines définitions données par le schéma.Et il nous semble que, à part de rares exceptions (se comptant surtout parmi les membres de la Curie romaine), l’ensemble des Pères a souscrit à la vigoureuse formule de Mgr Wright, évêque de Pittsburgh : Jl faut que l’Eglise apparaisse comme sacerdotale et non cléricale ; sacerdotale du fait que tous, laïcs comme prêtres, sont unis dans la participation à l’unique sacerdoce du Christ, quoique les prêtres y participent sous un monde spécial et irremplaçable ; non cléricale parce qu’il ne faut pas que dans l’Eglise tout se résume à l’influence et l’initiative des clercs.CONVICTIONS D'HIER En écoutant ce faisceau de déclarations épiscopales, en un moment aussi solennel et de si grande importance pour la vie de l’Eglise d’aujourd’hui et sa percée dans l’avenir, nous n’avons pas pu ne pas nous reporter un siècle en arrière.Lorsque, en avril 1867, de Rome, Mgr Talbot écrivait au cardinal Manning ce qui suit : « Les laïcs n’ont pas le moindre droit de se mêler d’affaires d’Eglise » (voir W.Ward, Life of J.H.Card.Newman, London 1912, tome 2, p.147), il exprimait la pensée non pas certes de tous les évêques du temps, mais au moins d’une forte majorité d’entre eux.Newman, à la même époque, ne se scandalisait-il pas du catégorique refus essuyé lorsqu’il avait réclamé la collaboration étroite de certains jeunes laïcs avec les évêques dans un apostolat universitaire ?La franchise de ses mots, très rudes, apparaît Message du Ministre de la Jeunesse ILE Man® noaanl lOlt,(1 de®1 EFFORT COLLECTIF DANS LE DOMAINE DE L'ÉDUCATION Depuis quelques années, nous assistons dans notre milieu à une profonde revalorisation de l’éducation et cette revalorisation a été un véritable moteur qui a déclenché et soutenu un vaste effort collectif du Québec dans le domaine de l’éducation, non seulement pour rattraper un retard tragique mais aussi pour construire énergiquement l’avenir.Cet effort s’est manifesté à tous les paliers de la collectivité québécoise ; au palier du gouvernement, au palier des commissions scolaires et au palier des contribuables.En 1956-1957, les dépenses effectuées chez nous pour l’enseignement, à la fois par le gouvernement lui-même, par les commissions scolaires et par les institutions indépendantes, s’élevaient à $286 millions, ce qui représentait 5.2% des revenus personnels de la province.En 1959-1960, les Québécois affectaient 6.5% de leur revenu personnel à l’éducation ; en 1961-1962, ils ont consacré à cette fin 8.5% de leur revenu personnel, soit une augmentation de 31% en deux ans, alors que durant les quatre années précédentes, cette augmentation n’avait été que de 25%.Si on a pu dire pendant longtemps que le peuple du Québec ne fournissait pas un effort suffisant pour l’éducation, il faut aujourd’hui reconnaître au contraire que le peuple manifeste de façon claire et nette, non seulement son consentement mais son désir de fournir un effort adéquat.Paul Gérin-Lajoie ' ¦ le MP jlliiii 0' vlold1 prêt®' 'iiffl1!11* prêt® spec»1 , paît* lit# (Extrait d'une allocution du ministre de la Jeunesse, prononcée à l'occasion du 25e anniversaire de la Société de pédagogie de Montréal, à l'Hôtel Queen's, le samedi 16 mars 1963.) ^ Censeur et chargé des Relations Extérieures J M au Bureau de Censure de la Province.Jour-^ ¦> naliste.IT: nilard, J.-M.-R., O.P.: 10 Professeur de théologie dogmatique, expert i de l'épiscopat canadien au Concile./achette, F., O.P.: Aumônier Faculté de Droit lllV^ Sciences économiques de Paris, chargé de catéchèse à Montparnasse./anasse, Jean-Paul: Directeur de l'Information Française à l'Of-.' fice National du Film.Critique littéraire./ennat, Pierre-J.-G.: Adjoint au Directeur de l'Information au Journal « La Presse ».Livres reçus Alcantara, saint Pierre d': Le Chemin secret de l'oraison, Montréal, Fides, 1963, 160 p.Arnaud, Marie-Christine : Reinie journaliste, Paris, Editions Spes, Collection « Feux du matin », 1963, 183 p.Babelon, Jean : La Civilisation espagnole, du moyen âge à nos jours.Tournai, Casterman, 1963, 250 p.Bouchard, Georges : Show-down ou notre bilan après deux siècles d'agitation, Montréal, 1963, 171 p.Congar, Yves M.-J.: Pour une Eglise servante et pauvre, Paris, Les Editions du Cerf, 1963, 150 p.Exner, Adam : The Amplexus Reservatus, Ottawa, University of Ottawa Press, 1963, 270 p.Fernessole, Pierre : Pie IX, Tome II, Paris, Lethielleux, 1963, 491 p.Fournier, Roger : Inutile et Adorable, Montréal, Le Cercle du Livre de France, Collection « Nouvelle-France », 1963, 204 p.Jounel, P.: Les Rites de la messe, Paris, D.D.B., 1963, 154 p.Lafontaine, P.-H.: Les Conditions positives de l'accession aux Ordres dans la première législation ecclésiastique (300-492), Ottawa, Edition de l'U-niversté d'Ottawa, 1963, 398 p.Pagnol, Marcel : Jean de Florette, Montréal, Le Cercle du Livre de France, 1963, 275 p.Trottier, Pierre : Mon Babel, essai, Montréal, Les Editions H.M.H., Collection « Constantes », 217 p.Vicaire, M.-H.: L'Imitation des Apôtres, Paris, Les Editions du Cerf, 1963, 90 p.REVUE CHRÉTIENNE D'OPINIONS SUR L'ACTUALITÉ, PUBLIÉE PAR LES DOMINICAINS EN COLLABORATION AVEC D'AUTRES CLERCS ET DES LAÏCS PARAÎT LE 15 DE CHAQUE MOIS directeur-administrateur : H.-M.BRADET, O.P.secrétaire de rédaction : H.DALLAIRE, O.P.rédacteur adjoint : R.COMTOIS, O.P.comité de rédaction : A.BRUNET, O.P.PASTEUR D.POURCHOT G.TELLIER, O.P.HÉLÈNE PELLETIER-BAILLARGEON JACQUES GIRARD GUY ROBERT PIERRE SAUCIER PIERRE-J.-G.VENNAT maquette typographique : GILLES ROBERT CONDITIONS D'ABONNEMENT: ABONNEMENT D'UN AN __ ___ S 5.00 ABONNEMENT D’ÉTUDIANT ___ $ 3.50 ABONNEMENT DE SOUTIEN __ $10.00 RÉDACTION, ADMINISTRATION, ABONNEMENTS ET PUBLICITÉ, 2715, Chemin Côte-Ste-Catherine, MONTRÉAL-26, P.Q.TÉL.739-2758 N.B.Les abonnements ne sont enregistrés qu'au reçu du versement.IMPRIMÉ AU CANADA PAR : L’OEUVRE DE PRESSE DOMINICAINE N.B.LA REVUE N’EST PAS RESPONSABLE DES ÉCRITS DES COLLABORATEURS ÉTRANGERS À L’ORDRE DE SAINT-DOMINIQUE CUM PERMISSU SUPERIORUM L’UNITE N’EST PAS POUR DEMAIN Dans quelques jours commencera la semaine de prières pour l’unité.Bien des chrétiens se rappelleront sans doute les grands événements œcuméniques qui ont marqué les derniers temps : les deux sessions de Vatican II, où, pour la première fois dans l’histoire, des observateurs non catholiques assistaient à des réunions conciliaires ; la présence à Montréal, en juillet dernier, de la Commission de Foi et Constitution du Conseil mondial des Eglises ; la grande soirée de prières du 21 juillet à laquelle prenaient part le Cardinal Léger, le métropolite Athé-nagoras de l’Eglise grecque orthodoxe, le Docteur Viser’t Hooft, secrétaire général du Conseil mondial des Eglises et le Révérend George Johnston de l’Eglise-Unie du Canada ; la conférence pan-anglicane de Toronto ; le voyage de Paul VI en Terre sainte.Autant d’événements qui laissent soupçonner l’action de l’Esprit et qui animent l’espérance des chrétiens en quête d’unité.* * * Ces événements, malgré leur signification, ne doivent pas nous faire oublier tous les aspects de la conjoncture œcuménique que nous vivons.Car ici, comme en bien d’autres domaines, il est si facile de s’arrêter uniquement sur ce qui peut soulever l’enthousiasme, puis se laisser envahir par un faux optimisme.La route qui achemine vers l’unité est une route difficile : elle est longue et semée d’obstacles.Le dialogue œcuménique nous révèle, en multiples occasions, que la foi de nos frères orthodoxes, anglicans et protestants n’est pas très éloignée de la nôtre.Mais il est par contre des divergences entre chrétiens désunis qui tiennent aux convictions profondes, à notre fidélité à la Parole de Dieu et à l’Esprit.* * * Si nous voulons être sincères, nous devons avouer que ces obstacles nous semblent souvent insurmontables.Mais le sont-ils vraiment ?Je ne sache pas de théologien qui, s’étant sérieusement penché sur les problèmes œcuméniques, oserait l’affirmer de façon catégorique.Cependant il reconnaîtra que le travail à faire est immense, sans compter ces efforts de compréhension mutuelle qu’exige le dialogue théologique.Les deux sessions du Concile du Vatican nous ont fait voir qu’il est souvent difficile pour une Eglise de se connaître soi-même, d’apercevoir ses « rides », comme disait Jean XXIII.Essayer de retrouver son « vrai visage » reste un travail pénible.Ce que je dis du catholicisme, peut se dire sans doute de toute confession chrétienne.Que de fois, le poids des siècles, les traditions purement humaines, les controverses anciennes conditionnent notre manière de voir et nous empêchent d’atteindre l’essentiel ! S’il est si difficile de se connaître soi-même, qu’en est-il de la connaissance de l’autre ?Et pourtant c’est là une condition essentielle à tout dialogue.* * * L’unité des chrétiens n’est pas pour demain.Même si la vision du chemin parcouru depuis les débuts du XXe siècle et surtout depuis dix ans nous permet d’espérer qu’elle pourrait, un jour, se réaliser, il faut être réaliste : l’unité demeure encore un bien difficile à atteindre.Mais ce réalisme nous invite tous à faire notre part.Et c’est précisément le sens de cette semaine de l’unité où tous les chrétiens, catholiques, orthodoxes, luthériens, réformés, se rapprochent pour chercher ensemble les moyens d’abolir les murs de la séparation.Adrien-M.Brunet
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