Maintenant, 1 février 1965, Février
h>6 3 15 F EV «5 ftur m\ Il F É V R I E R s®t _ _______________________________ Z 1965 No 38 [ficile I ijîi'1 I JUIFS jue, •erl' RAPPORT PARENT ÿt- l.jOl' . e' , iOJi ’ jjjl y;!, jpé'*1 .|ÿ .°v AA I — Les orthodoxes : L’orthodoxie est la tendance qui représenterait l’épicentre du Judaïsme moderne, le moyeu de la roue : comme le Catholicisme d’où ont essaimé les Eglises nées de la Réforme.Les orthodoxes tiennent à la religion ancienne et au respect des traditions mais même les plus stricts d’entre eux croient que la Vérité n’est pas statique, qu’elle évolue, depuis le Décalogue jusqu’à nos jours et qu’elle reste vivante.Parmi les orthodoxes, certains, que je dirais de « stricte observance » sont plus résistants à l’idée de changement et craignent que les nouveautés n’altèrent l’authenticité du message en acceptant de faire des concessions au monde d’aujourd’hui.Ce sont eux qui perpétuent le port de la barbe, des mèches et de ces étranges redingotes et chapeaux qui vous étonnent tant parce qu’ils n’ont rien de palestinien, mais dont les formes variées se sont transmises de pères en fils depuis un quelconque ancêtre slave, ukrainien ou polonais.Très semblables par leurs costumes, à ces orthodoxes de « stricte observance », vous trouvez aussi les Assidéens dont le mouvement remonte à 1736 et se situe en Europe de l’Est.C’est un mouvement populaire, et souvent populiste : le rabbin assidéen est moins un intellectuel qu’un homme à forte personnalité romantique et mystique qui attire les fidèles à lui dans un grand élan d’amour populaire.On le consulte pour tout, on le visite à tout propos, on vit autour de lui.Plus tournés vers la vie extérieure et les « public relations », souvent agressifs par les coutumes déroutantes, les Assidéens ont contribué à faire croire au monde non juif qu’ils étaient les Juifs.Pourtant combien d’orthodoxes sont vêtus comme vous et moi et n’ont rien d’extérieur qui les identifie comme tels ! 2 — Les réformistes sont à l’orthodoxie un peu ce que les protestants furent au catholicisme, mais, je le répète, sans incidence schismatique.Les réformistes sont nés avec la Révolution française et leur souci constant fut d’adapter le Judaïsme aux conditions de vie modernes.Ils sont moins attirés par la recherche intellectuelle, théologique et par l’exégèse.Quand par exemple il s’agit de réévaluer un point de morale, le consentement universel des fidèles suffit.Cela ressemble un peu au libre arbitre des protestants : il n’est pas toujours nécessaire de faire appel aux seuls savants et exégètes.En outre, les réformistes refusent les costumes archaïques et le port constant du chapeau, ils font asseoir hommes et femmes ensemble à la synagogue (contrairement aux orthodoxes qui les séparent), et ils célèbrent leurs offices en langue vivante, considérant l’hébreu comme une langue morte.Enfin parmi les réformistes, il existe divers degrés d’attachement aux prescriptions talmudiques : il y a ceux qui mangent « kosher » et ceux qui mangent comme tout le monde, etc.3 — Les conservateurs sont des gens épris d’un juste-milieu qui essaient d’éviter les excès des orthodoxes comme ceux des réformistes et de « conserver » le meilleur de chaque tendance.LES FACTEURS D’UNITÉ Q.— Entre toutes ces tendances et ces synagogues, existe-t-il un lien hiérarchique quelconque ?M.ROME — Aucun lien hiérarchique.Les rabbins sont formés dans des écoles appelées « yes hivot » dont les professeurs sont nommés par la Communauté pour leur savoir et leur sagesse.Chaque communauté pourvoit elle-même aux besoins de ses synagogues, de façon démocratique par le consentement populaire.Toutes les synagogues se reconnaissent comme excellentes entre elles car elles ont en commun les livres saints, la Thora (l’Ancien Testament) et le Talmud (livre des Lois).Q.— Et l’hébreu.cette langue morte que l’Etat d’Israël a ressucitée ?M.ROME — L’hébreu n’a jamais à proprement parler été une langue morte comme le latin ou le grec classique, par exemple.Il y a toujours eu des gens qui parlaient l’hébreu au niveau de la vie quotidienne et l’hébreu est toujours resté vivant dans la conscience du peuple juif.Alors que l’apprentissage du latin n’était, chez vous, que le fait d’une élite restreinte qui le parlait peu, l’hébreu, chez les Juifs, a toujours été enseigné aux garçons qui fréquentent les écoles.Et même les femmes qui ne le comprennent pas toujours, peuvent quand même le lire et le prononcer correctement.Aussi s’agit-il dans le cas de l’Etat d’Israël, plutôt d’une « restauration » que d’une « résurrection ».Il a fallu évidemment compléter le vocabulaire moderne à l’aide de racines anciennes qui, dans le cas de l’hébreu, sont très riches dans les domaines de la science et de la pensée en général.On s’est aussi servi, dans les domaines techniques de racines internationales gréco-latines.Q.— Et le yiddish ?M.ROME — C’est une langue riche et magnifique qui a témoigné autrefois d’une culture très vaste dont malheureusement Hitler a détruit le berceau natal.C’est aujourd’hui une langue perpétuée par des communautés qui font preuve d’un courage et d’une volonté de vivre très touchants et dont la situation minoritaire ressemble à certains égards à celle de la communauté canadienne-française ici.pour ne pas parler du cas du breton ou du provençal en France.Le yiddish est une langue germanique comme l’anglais et le hollandais et sensiblement du même âge qu’elles.Son nom au complet serait d’ailleurs le « yiddish-deutch » parce qu’il s’agit d un alliage d’hébreu et d allemand.Lorsque du Bellay défendait la jeune langue française face au latin tout-puissant, au 56 même moment le yiddish avait, lui aussi, ses défenseurs enthousiastes face à l’allemand et à l’hébreu.Q.— Et l’Etat d’Israël, qu’est-ce au juste pour les Juifs dispersés de par le monde.une mère-patrie, un équivalent de Rome pour les Chrétiens ?M.ROME — La terre d’Israël n’est pas, comme Rome, le lieu où réside le chef de la hiérarchie religieuse puisqu’une telle hiérarchie n’existe pas chez les Juifs.C’est la patrie d’origine bien sûr, mais c’est plus que cela : c’est une réalité complexe et mystique à la fois.Israël participe organiquement au lien mystérieux qui unit Dieu à son peuple et la terre d’Israël prendra une place précise dans cet équilibre parfait qui marquera l’avènement du Messie.PARLONS DU CONCILE .Q.— Le mouvement œcuménique et le schéma sur les Juifs : comment tout cela est-il perçu par la conscience juive ?M.ROME — Evidemment, en principe, les Juifs sont heureux de voir certains chrétiens retirer leur accusation traditionnelle de déicide à l’égard des Juifs et de reconnaître qu’ils ont eu leur part de responsabilités dans la mentalité punitive qui s’est développée dans la chrétienté à la suite de cette accusation.Mais en fait, ils considèrent en général l’oecuménisme plutôt comme un mouvement d’unité à l’intérieur de la chrétienté et ils n’attendent pas plus des contacts avec les chrétiens qu’avec les communistes ou les démocrates.L’histoire du peuple juif n’est pas heureuse ; le peuple juif est un peuple blessé et qui a toujours souffert du hiatus permanent qui persiste entre les principes humanitaires et moraux des hommes et les impératifs politiques de l’Histoire.Dans les discussions sur ce schéma, les Juifs n’ont pas été sans sentir une forte résistance.Si cette résistance avait été le simple fait d’un esprit conservateur et traditionnel, ils l’auraient admis, mais une fois de plus ils ont senti la présence du spectre politique de l’Histoire : cette fois-ci, c’était du monde arabe qu’il émanait.Aussi les Juifs, sans endosser une attitude négative, préfèrent attendre que les résultats du Concile se traduisent en actes positifs.Alors peut-être.LA BIBLE : HÉRITAGE COMMUN ?Q.— Juifs et Chrétiens ont en commun, il me semble, la foi en un Dieu unique révélé dans l’Ancien Testament : n’est-ce pas là un facteur d’unité entre nous que ce livre saint ?M.ROME.— Encore faudrait-il que ce soit le même livre.Déjà au moment où St-Jérôme traduit la Vulgate, ce n’est plus le même livre ! Il y a là-dessous toute une philosophie.Je vais tenter de vous l’expliquer.Pour vous, la Révélation a eu lieu à un moment donné et précis dans l’Histoire de la part de Dieu.Ensuite la tradition a commenté et précisé ce « noyau » original.C’est ainsi qu’au Concile vous en êtes arrivés au schéma sur les deux sources de la Révélation, à savoir l’Ecriture et la Tradition et à ce souci d’épuration et de réévaluation de votre Tradition.Pour un esprit juif, cette démarche est plus que surprenante : elle est impensable.Pour les Juifs, la Révélation ne se dissocie pas des commentaires de la Tradition : la Révélation se continue à travers la tradition, elle n’a pas eu lieu « une fois pour toutes », elle se poursuit sans cesse.Evidemment cela comporte des dangers : dans la Tradition peuvent se loger des scories ou des opinions subjectives de la part d’un commentateur.Mais il est impossible d’y toucher : excusez cette image familière, mais si vous enlevez des pelures d’un oignon vous n’atteindrez pas un « noyau » original, vous n’atteindrez rien du tout ! Q.— Comment cela ?M.ROME — Question de sémantique : imaginez par exemple que vous atteigniez par impossible au message original et authentique, à la toute première parole de Dieu.Vous serez en présence de caractères hébreux, de mots hébreux sans signification.Le dictionnaire ne peut vous donner que le sens actuel des mots.En outre, il ne vous indiquera rien des réalités que ces mots recouvrent parce que ces réalités sont disparues et oubliées.Comme si par exemple, un homme du 40e siècle trouvait votre horaire de chemin de fer : il pourrait à la rigueur le déchiffrer mais cela ne le renseignerait nullement sur les villes et le chemin de fer disparus auquel il fait allusion.Q.— Notre exégèse est donc fort différente ?M.ROME — Tout à fait : chez vous, il y a l’influence platonicienne, puis aristotélicienne, puis enfin thomiste qui vous fournit des patrons pour penser ainsi : une substance (la Parole) sur laquelle se sont greffés les accidents (la Tradition).Notre façon de voir, chose curieuse, ressemble davantage à celle des esthétiques modernes : de James Joyce par exemple.Lire la Bible pour un Juif, c’est un peu comme lire la poésie moderne : la lecture et le commentateur complètent ce qu’il y a d’irrationnel, de non-terminé, de sous-entendu et d’hiatus dans le texte.Y A-T-IL UN AGGIORNAMENTO JUIF ?Q.— Cette façon de lire la Bible en conservant toutes les couches de la Tradition ne fige-t-elle pas parfois la Morale qui découle de cette lecture ?M.ROME — Pas nécessairement puisque les commentaires actuels peuvent éclairer une prescription mal comprise ou obscure : les commentaires actuels font partie du message.De plus, chez les orthodoxes par exemple, le consensus des savants et théologiens réunis peut suffire à réévaluer complètement un aspect moral.Q.¦—- Mais toutes ces prescriptions minutieuses du Talmud concernant l’alimentation, le vêtement, l’hygiène, la vie sexuelle, et datant de quinze siècles n’entrent-elles pas en conflit parfois avec la vie moderne, la médecine moderne ?leoce.Mai pb, L'atiéi | eststusibi qui cira parti* flya patine cette jeini P est i Canada jj Mnien 'e pli faitresstL.Du lien (jt où connu ft oacs r "Cetco] “fie Mi I M.ROME — Toutes ces prescriptions sont sages, saines et visent le bien de l’homme qui est le critère suprême : elles ne doivent pas entrer en conflit.Le Talmud parle, par exemple, du soin à donner aux plaies infectées : le Juif moderne s’y conformera tout en prenant, en plus, l’antibiotique dont le Talmud ne parle pas et que son médecin lui a prescrit.La vie du Juif orthodoxe est réglée en détails, du moment de son lever à celui de son coucher.être Juif, c’est toute une façon d’être, de vivre, d’agir.Il y a aussi toute la dialectique des choses « pures » et des choses « impures » qui joue sans cesse, et la manière de parler, de nommer les choses, de tenir les livres saints.Un Juif ne doit jamais prononcer ’ le nom d’Hitler, ni celui d’un hérétique, ! etc.LA JEUNESSE JUIVE a Q.— Y a-t-il une crise religieuse chez .les jeunes face aux exigences détaillées de cette morale ?M.ROME — Oui bien sûr.ces exigences ne facilitent pas toujours l’intégration du Juif dans son milieu de travail ou d’étude.Aussi les rabbins ne les enseignent-elles pas comme autrefois : f«l!/ t*» «4 N K lait Dod, 57 l!t ! celli lie Inn i J'iniM-KülîBlill ti k lih a1 ii'ililfr 0i I 110 0CH1 ^ ,iiW< Hitt»1"" 0 Priif?,eolfebli jccrf11 (OP19 •cel»' est»! *;> {jin is jiv >r ils passent beaucoup de choses sous silence.Mais la question est plus complexe.L’athéisme moderne touche la jeunesse juive comme les autres : elle aussi est sensibilisée aux idéologies nouvelles qui circulent si rapidement aujourd’hui par tous les moyens de diffusion.Il y a plus : il y a aussi le fait que, par une certaine apathie, on présente à cette jeunesse une image du Judaïsme qui est déformée.Prenez l’exemple du Canada où les jeunes Juifs vivent dans un milieu imprégné par la civilisation chrétienne : pour leur rendre la synagogue plus familière, on l’a peu à peu fait ressembler à une église chrétienne.Du lieu de rencontres communautaires où parfois l’on priait, elle est devenue, comme l’église, un lieu de stricte prière.On a cessé d’y enseigner comme autrefois les études juives et surtout les formes de vie juives, la culture juive.La religion en a été isolée de la vraie vie juive et colorée en religion chrétienne : les jeunes en ressentent un profond scepticisme.Si j’étais le pape des Juifs, je convoquerais bien vite un Concile ! LA FEMME JUIVE Q.— De quel œil la femme juive que l’on sépare des hommes à la synagogue voit-elle le mouvement féministe moderne ?M.ROME — Tout d’abord disons que le fait de séparer hommes et femmes à la synagogue n’a rien de péjoratif ni pour les uns ni pour les autres : il s’agit là d’une coutume destinée à éviter les distractions étrangères à la prière avec Dieu.La femme juive qui comprend bien le statut que lui fait la Bible et les traditions juives n’en ressent aucune infériorité.Elle peut devenir une femme tout à fait moderne, exceller dans une profession sans ressentir de conflit avec sa foi et sa religion car le Judaïsme fait une place très honorable à la femme.Bien sûr, il lui reconnaît une vocation plus tournée vers l’intérieur que celle de l’homme et fait de celui-ci le chef de la famille.Mais pour une loi qui autorise l’homme à répudier son épouse, il y en a dix pour protéger l’épouse et rendre cette répudiation difficile.Il ne faut pas envisager tout ceci avec notre mentalité du XXe siècle : ce serait faire injustice au passé ! Force et centre de la famille aux temps bibliques, la femme juive prendra plus d’importance encore dans la période européenne qui suivra.Sous l’influence de la chrétienté, les Juifs sont souvent exclus de certains domaines comme la vie agricole.Us s’adonnent au négoce et aux affaires.Mais comme ils préfèrent souvent se consacrer aux recherches intellectuelles et à la vie religieuse, un grand nombre de femmes deviennent des chefs d’entreprise.Il n’est pas rare alors de voir des Juifs porter le nom d’une mère ou d’une épouse rendue célèbre dans le monde des affaires ! Q.— Existe-t-il chez les Juifs, comme chez nous, un problème de régulation des naissances ?M.ROME — Pas du tout dans le sens où les Catholiques l’entendent.Pour les Juifs, le crime d’Onan était strictement d’avoir gaspillé la semence de vie pour rien.Mais le Talmud reconnaissait la nécessité d’une fécondité dirigée et donnait même des indications mécaniques détaillées sur la manière d’empêcher une fécondation non souhaitable.La religion juive ne porte aucun jugement sur les contraceptifs ou les pilules : elle interdit seulement le gaspillage dont Onan s’était rendu coupable.LE CHRIST ET LE MESSIE Q.— Pour la conscience juive, qui est ce Jésus-Christ en qui les Chrétiens voient le Messie ?M.ROME — Ma réponse va vous sembler brutale et contradictoire au niveau de la logique, mais c’est dans une psychologie juive qu’il faut la comprendre et je pense vous en avoir assez dit pour que vous soupçonniez du moins cette mentalité.D’abord, il y a des Juifs pour qui Jésus-Christ n’a aucune existence historique : ils l’annihilent tout simplement parce qu’un tel nom n’est jamais apparu dans les registres de leur Histoire.Lorsque l’on sait que le Juif ne doit jamais parler d’un hérétique, ni prononcer, ni encore moins écrire son nom, on voit là évidemment une contradiction avec l’argument des registres ! D’autres Juifs voient en Jésus-Christ quelqu’un de sérieux et de bien-intentionné mais dont l’œuvre a eu, indépen-demment peut-être de sa volonté, des conséquences néfastes pour le peuple de Dieu, comme la division et les persécutions.Or, le Messie n’aurait pas causé de mal à son peuple.1 — On reproche donc au Christ d’avoir saboté l’unité juive dont je vous mentionnais tantôt le caractère sacré.Par des idées peut-être bonnes, il a divisé les Juifs : on ne juge pas ces idées en elles-mêmes, mais on condamne la divi- sion irréparable qu’elles ont occasionnée.Et cette division n’a fait que s’intensifier dans l’histoire de l’Eglise.2 — On reproche au Christ d’avoir fait tomber le mur mystérieux qui séparait Juifs et Gentils.Quand il dit : « Désormais il n’y aura plus ni Grecs, ni Gentils, ni Juifs ».Il dénie au peuple juif son statut exclusif dans la pensée de Dieu pour donner à l’humanité entière l’égalité dans le plan divin.Cela non plus, les Juifs n’ont pu l’accepter.Q.— Et le Messie que les Juifs attendent, comment se manifestera-t-il ?M.ROME — Le Messie n’aura pas besoin de signes pour se faire connaître.Toute Père messianique par son équilibre parfait indiquera clairement que le monde s’est transformé sous son influence.L’avènement du Messie est beaucoup plus un point d’équilibre entre tous les éléments du monde que l’arrivée d’une personne.L’ère messianique verra le cosmos, la conscience, l’humanité, le peuple juif et sa patrie prendre chacun leur place dans un plan divin admirable dans son degré d’évolution et dans son équilibre.Q.— Vous parlez.et je ne puis m’empêcher de songer au point Oméga de Teilhard de Chardin.M.ROME — Peut-être en effet, Teilhard de Chardin connaissait-il bien la Cabale ?Le livre qui traite de ces choses mystiques, le Zohar, parle en effet du Messie en ces termes qui vous semblent familiers.Mais tout ceci reste bien mystérieux pour nous deux ! 4 Ce qu’un Juif religieux espère et attend de ses frères chrétiens, c’est non pas une conversion pure et simple à la foi juive, mais une reconversion, un retour aux sources du christianisme ou, en d’autres termes, à la religion de Jésus.Il est bon de le rappeler : le Christ n’a jamais rompu avec la religion dans laquelle il fut élevé.A en croire les Evangiles, il n’en abolit aucune prescription mais prétendit seulement, toujours selon la même source accomplir la loi.Il n’appartient pas à un Juif, surtout bien intentionné, de « balayer devant la porte » des adeptes d’une autre religion.Il lui appartient peut-être, par sa propre fidélité au judaïsme, de témoigner pour la pureté et la pérennité du vieux mais toujours actuel monothéisme juif.(Léon Liebmann, De Maand, avril 1964) RAPPORT PARENT POUR GARDER LES « Tu en sauras toujours assez pour aller à la queue des vaches ».Peut-être n’avez-vous jamais entendu cette phrase parce que justement vous êtes citadins et assez éloignés des problèmes ruraux et paysans.Fasse le ciel que vous ne l’ayez jamais pensé ! Pour ma part, elle a bercé ma jeunesse à trois mille cinq cents milles du Québec de l’autre côté de l’Atlantique.J’en retrouve l’écho dans les paroles de M.LIONEL SOREL, président de l’U.C.C., rapportées par Le Devoir du 5 janvier : « On avait tendance, à cause du retour à la terre et de toute cette patente-là, à sortir le plus tôt possible les futurs cultivateurs du système général d’enseignement pour en quelque sorte les protéger, les préserver à l’agriculture en les inscrivant aux écoles moyennes d’enseignement d’agriculture, pour ensuite les faire crever de faim ».RIEN QU'UNE BOUTADE ?Ce qui n’était qu’une boutade semble s’être érigé en système.N’en voulant plus, les organisations agricoles représentatives demandent purement et simplement l’intégration de l’enseignement agricole au régime général de la province préconisé par le rapport PARENT.L’enseignement spécialisé serait alors seulement une option parmi les autres.Certes les cultivateurs sont des citoyens à part entière et il ne saurait être question pour eux de recevoir un enseignement au rabais qui leur donnerait dans la nation une position intellectuelle inférieure.Il est patent, d’autre part, que le milieu agricole comporte une proportion de gens doués pour les études comparable aux autres milieux.Il faut donc offrir à ces gens-là, la possibilité d’acquérir la promotion intellectuelle dont ils sont capables sans les obliger, a priori, à sortir de leur classe sociale.Une nation a en effet besoin d’élite dans tous les milieux et j’oserais dire que la qualité du milieu agricole est PIERRE AUBAILLY : Professeur et journaliste.Ancien professeur de Sociologie agricole.peut-être plus qu’une autre indispensable à un peuple par le sens des responsabilités, de la mesure, du travail bien fait, de l'Opiniâtreté éclairée qui s’y rencon-_tre.Il faut donc offrir aux enfants ruraux l’occasion de franchir toutes les étapes de l’instruction sur le seul critère de leur capacité et cela en parité complète avec le régime général de la nation.En l’occurrence il convient donc d’en discuter dans le cadre des conclusions du rapport PARENT.QUATRE MARCHES VERS LE SOMMET Il me semble que les besoins vitaux de l’agriculture réclament quatre niveaux dans l’enseignement agricole de demain.Voyons comment ils s’inséreront dans les cadres de l’enseignement général de la province.Le niveau le plus bas se confondrait avec l’enseignement secondaire général ou scientifique jusqu’à l’âge de quatorze ans au moins car il est inutile de parler de spécialisation avant cet âge-là.Il importe avant tout de donner au jeune un bagage de base sérieux pour ce qui est de la langue maternelle d’abord, de l’arithmétique et du rudiment des sciences.C’est seulement à ce stade qu’il aura acquis, pensons-nous, ce minimum de culture générale absolument indispensable à qui veut vivre décemment dans le monde moderne.A partir de ce moment et sans arrêter l’enseignement général on pourra présenter une option agricole.A ce niveau elle devra être essentiellement pratique car ceux qui veulent terminer leurs études au niveau de la fin du secondaire à dix sept ou dix-huit ans ne sont pas des spéculatifs et il y a lieu d’en tenir compte.ENTRE LA PELLE ET LA PIOCHE On aura donc le souci de leur enseigner des notions facilement assimilables et directement préparatoires à leurs responsabilités de chef d’exploitation agricole.Cela suppose des notions de comp- VACHES PIERRE AUBAILLY tabilité, de gestion, de droit pratique, de sociologie agricole en plus de l’enseignement directement technique.Ce programme comportera beaucoup de travaux pratiques non pas avec la pelle et la pioche mais bien des établissements de budgets et de bilans annuels, des visites de coopératives voire même une initiation aux budgets municipaux.Le deuxième niveau correspondrait quant à lui à l’institut c’est dire que le jeune qui s’y destine, ferait ses études secondaires normales comme tout un chacun.Au niveau des instituts seulement, il s’orienterait vers une spécialisation franchement agricole.L’enseignement général à ce stade sera supposé acquis et même s’il est continué, il ira lui-même dans le sens de la spécialisation.Les cours seront nombreux et vraiment préparatoires aux problèmes généraux de l’agriculture : Cours techniques de culture, zootechnie, zoologie, pathologie végétale et animale, droit agricole, sociologie agricole, comptabilité et gestion, chimie minérale et organique.Une spécialisation particulière pourrait éventuellement être préconisée pour certaines régions comme l’aviculture, la laiterie, l’horticulture.Des options spéciales pourraient aussi être ouvertes plus particulièrement pour les jeunes filles sans préjudice des options offertes aux jeunes filles des autres milieux.DE BAS EN HAUT Il faut aussi pour l’agriculture un enseignement de type universitaire.Les diplômés de ce niveau recevraient un brevet d’ingénieur agricole.Ils auraient un niveau d’enseignement général comparable aux licenciés puisque tout aussi bien ils auraient complété leurs études secondaires, institut compris, sans spécialisation.Ils recevraient alors les cours spécialisés dans le cadre de l’université et ces études devraient durer au moins trois ans.La nation aurait là les cadres de ses services agricoles gouvernementaux et l’agriculture recevrait les bienfaits d’hommes instruits capables de la défendre à tous les échelons et de pro- 59 * 5 «LH r-;::;:; ¦¦ t, Cl Philip diB' ; [a [tlt S iiiaîi lié#K ipatt fier'- diief *e I ss ¦: s# L’tjseif'- jiai péc^1 il a# ill#' e,!4' al K Üiy jeiiJ»1 ol# eii^1 :>* mit 1 ^ r mouvoir des réformes d’ensemble vraiment valables.Il faut aller plus loin et il faut réserver aux agriculteurs des éléments capables de s’intéresser à la recherche pure et aussi d’enseigner aux niveaux les plus élevés.Il faut donc à l’échelon provincial au moins, une institution qui prépare des agronomes dont le niveau correspondra au doctorat des autres sciences.Ce doctorat en agronomie dont il est futile de définir la durée d’étude complétera un cycle d’étude qui permettra une promotion complète d’une classe sans l’obliger à changer de milieu social sinon à s’élever dans l’ordre intellectuel.C’est l’ouverture vers le haut que cherche vraiment une profession qui a un peu pour habitude de se tenir en bas de l’échelle sociale.JUSTICE POUR TOUS Oui, pour l’agriculteur comme pour les autres, l’intelligence est encore le meilleur outil.Il convient de donner aux jeunes toutes leurs chances à cet égard.Pour ce faire il faut leur forger un instrument de travail souple, sans sclérose précoce comme sans trop de préjugés.Il faut donc éviter une spécialisation trop poussée, qui, si elle mène à une perfection immédiate quasi totale, limite singulièrement les possibilités futures.Les ingénieurs techniques sortis du système d’éducation américain en ont fait la triste expérience.Il faut certes habituer nos jeunes à une analyse précise de chaque cas, mais il ne faut pas leur enlever l’esprit de synthèse qui leur permettra d’avoir une vue d’ensemble de leurs problèmes et les empêchera de se noyer dans un verre d’eau.Il est important aussi de les ouvrir à ce que sera le monde agricole de demain, c’est-à-dire un monde aux structures nouvelles où l’individualisme n’aura plus place mais où la personnalité de chacun gardera la sienne pour la promotion de tous.Il convient aussi de leur donner une formation civique qui en fera des citoyens conscients de leur droit mais aussi de leur devoir c’est-à-dire de leur responsabilité démocratique.Car il serait dangereux pour une nation de négliger et de porter à la traîne une classe sociale aussi importante que l’agriculture.Ce serait là, une injustice intolérable.Mais bien au contraire, ayant à sa disposition, un enseignement en rapport avec celui des autres milieux, celui-ci peut apporter au pays en plus d’une certaine richesse matérielle non négligeable une puissance intellectuelle dont les siè- cles passés nous donne l’assurance.Le monde agricole a toujours fourni sa part pour la marche en avant de la nation malgré le handicap certain dû à sa difficulté d’obtenir un enseignement complet et approprié.NI AGITÉ, NI REVENDICATEUR, MAIS .Il faut attendre la fin du rapport Parent pour connaître les conclusions administratives auxquelles il arrive, mais d’ores et déjà on peut préconiser une décentralisation sous l’égide du ministère de l’Education qui permette aux coins les plus reculés de bénéficier de la réforme.Je pense que les agriculteurs seront encore les grands oubliés dans cette répartition géographique de moyens de culture.Certes le problème est complexe mais le milieu agricole n’est pas agité par principe ni revendicateur par déformation.Il sait apprécier les efforts qui sont faits et reconnaît plus qu’on le pense les multiples difficultés pour aller jusqu’à lui dans certains cas.Mais qu’au nom de ces mêmes difficultés on ne fasse rien, voilà ce qu’il ne saurait admettre.En définitive, on parle dans tous les journaux, à toutes les émissions de la révolution intellectuelle et culturelle de la nation.Le cultivateur ne veut pas rester en dehors de la course.Il veut prendre part au mouvement.Il ne demande à personne de lui apprendre son métier.Il a dans son milieu même les éléments suffisants.Il veut des chances égales aux autres citoyens ; qui aurait le cœur ou le front de lui refuser ?N’a-t-il pas comme les autres mené la nation où elle est ?Il veut bénéficier de cet humanisme nouveau que le monde et le Québec en particulier est en train de bâtir.Plus qu’une spécialisation, il demande à l’enseignement de demain cet humanisme orienté vers ses propres préoccupations.Puisque tout aussi bien la réforme est générale, pourquoi ne pas aller jusque-là dans la justice sociale ?4 LA TECHNIQUE RÉHABILITÉE Dans un sermon de 1902, qui est devenu « le bréviaire du patriote cana-dien-français », Mgr Paquet déclarait : « Ce sacerdoce social, réservé aux peuples d’élite, nous avons le privilège d’en être investis.Notre mission est moins de manier des capitaux que de remuer des idées ; elle consiste moins à allumer le feu des usines qu’à entretenir et à faire rayonner au loin le foyer lumineux de la religion et de la pensée.Pendant que nos rivaux revendiquent.l’hégémonie de l’industrie et de la finance, nous ambitionnerons avant tout l’honneur de la doctrine et les palmes de l’apostolat ».Soixante-deux ans plus tard, une commission royale d’enquête, présidée pourtant par un monseigneur, déclarait que dans le monde contemporain, un pays qui ne possède pas un nombre suffisant de techniciens qualifiés à tous les niveaux est condamné à retomber au rang de pays sous-développé.Et pourtant nul PIERRE-J.-G.VENNAT : Sous-adjoint au directeur de l’information à La Presse.PIERRE-J.-G.VENNAT ne semble scandalisé par cette hérésie que plusieurs, au contraire, considèrent comme l’énoncé d’une vérité de La Pa-lice.Que s’est-il donc passé dans la belle province pour susciter un tel « revirement de capot » ?Dans le Québec, traditionnellement, les membres des professions libérales dirigeaient leurs fils vers les études classiques et l’université.Pour les enfants des autres milieux, le choix de la future profession ou occupation dépendait de facteurs plus variés : situation de fortune des parents, occupation du père, ambitions plus ou moins grandes du milieu familial et social.Encore aujourd’hui, en bien des milieux, l’opinion publique donne tout le prestige aux humanités, classe les études scientifiques au second rang, considère comme des pis-aller le cours technique et la section commerciale.Parents et élèves subissent cette pression de l’opinion.Bien des parents rougiront de voir leur enfant s’engager dans le cours technique plutôt que dans le cours scientifique ou dans le cours classique ; ils croiront déchoir si l’enfant s’oriente vers un enseignement moins bien coté que celui qu’ils avaient choisi pour lui.ON N'A PLUS LES NOTAIRES QU'ON AVAIT A la grande honte de ceux qui considéraient les professions libérales traditionnelles — droit, médecine, — comme plus prestigieuses que les professions scientifiques, le génie, l’enseignement ou les carrières dans le domaine de l’histoire, de la sociologie, des lettres, de la géographie, de l’architecture ou autres, la Commission Parent affirme qu’il est absurde et illogique, dans le monde contemporain, d’établir une cote de préférence entre des études classiques et des études scientifiques.Le nouveau système d’options proposé par le rapport éliminera le cloisonnement, la ségrégation et la surenchère qui existent actuellement entre les établissements et les sections, telle section ayant des exigences d’entrée plus élevées, telle autre section ou tel type d’institution ayant une réputation mieux établie.Il s’est créé une sorte de hiérarchie entre les sections générale, classique et scientifique, la cote de préférence entre ces deux dernières ayant varié depuis quelques années, de même que leurs exigences respectives d’admission.L’enfant qui passe de la section jugée — arbitrairement — supérieure à une autre se sent déclassé.L’élève qui est dans la section « générale » ou qui s’y est trouvé repoussé ne peut plus en sortir, il se sait dans la catégorie la plus basse, on le lui fait sentir ; cette voie n’offre ensuite à peu près pas de débouché.Avec le rapport Parent, toute cette compartimentation dès le bas âge cessera.Notre société, constate ensuite le rapport Parent, manque de gens bien formés et compétents dans tous les secteurs de la fonction publique, de l’industrie et du commerce.Nombre d’emplois et de carrières, dans ces secteurs, ne requièrent pas la formation professionnelle longue que donne l’université, formation qui peut justement rebuter un adolescent pressé de s’engager dans la vie.C’est en effet pour la préparation aux carrières techniques et professionnelles que s’impose avec le plus d’urgence un enseignement public répondant aux aspirations des jeunes et aux besoins de notre province.REPENSER EN NEUF Dans le passé, l’ancien cours classique offrait à une minorité d’étudiants une longue formation trop exclusivement générale ; les autres élèves engagés dans le cours secondaire public ou le corns technique étaient trop tôt spécialisés.Pour sa part, l’enseignement professionnel a souffert d’être en marge des études générales.Il a pris un caractère trop exclusivement appliqué, même dans les matières de base : mathématiques, langues, sciences.C’est ce qui explique en partie que l’on n’ait pas développé ici un corps de techniciens supérieurs.Les meilleurs étudiants ont été frustrés.Le monde industriel, d’affirmer les commissaires, a besoin de techniciens qui aient une formation de base assez solide pour savoir adapter leurs connaissances spécialisées à des situations variées et changeantes.C’est ainsi que se réalise le progrès technologique.On ne formera pas ces techniciens aussi longtemps que les écoles de technologie seront laissées à elles-mêmes.De même jusqu’ici, l’école préparait une trop petite fraction de la jeunesse directement à un emploi ; on se contentait de donner au plus grand nombre une formation générale sans une préparation professionnelle assez poussée.Selon les commissaires, il est impérieux de mieux préparer à la vie qu’on ne l’a fait dans le passé tous les adolescents qui n’entreprendront pas des études supérieures.Sans doute faut-il compter que les jeunes recevront dans leur emploi un complément de formation spécialisée ; mais l’école devra d’abord avoir fait sa part.Et la Commission a défini comme fonction importante des futurs instituts qu’elle désire créer, de donner une solide formation professionnelle à tous les jeunes gens qui ne s’orienteront pas vers l’université.LA TECHNOLOGIE SUR LE CAMPUS Enfin la Commission recommande que le ministère de l’Education et la Commission de l’enseignement supérieur prévoient la création d’un centre universitaire de sciences appliquées qui, en étroite collaboration avec les universités, préparera une partie des cadres moyens nécessaires à l’industrie, aux services publics et privés, à l’administration et aux affaires.Les progrès de la société industrielle reposent sur cette évolution : un besoin croissant de cadres moyens se fait sentir et prendra toujours plus d’ampleur.Les services de bien-être, les hôpitaux, les pénitenciers, les industries, les laboratoires requièrent de tels cadres pour assister les spécialistes, faire le lien entre les tâches de direction et celles d’exécution, accroître le rendement ou l’efficacité des services publics et privés.Les universités forment déjà certains de ces cadres, elles ont dû céder à la pression de divers besoins.On peut s’attendre à une expansion de ces besoins en enseignement technologique supérieur.Ce type d’enseignement doit être considéré comme vraiment supérieur.« Ce n’est pas dévaluer l’enseignement universitaire, d’écrire les commissaires, que de lui adjoindre cet enseignement technologique : il faut plutôt songer à hausser ce dernier, et lui donner les caractères d’un enseignement supérieur ».La Commission se demande cependant s’il faudra en confier la responsabilité aux universités : celles-ci ne sont guère équipées pour s’en charger.Elles risquent ou bien de hausser indûment le niveau de cet enseignement et le détourner de sa fin, ou bien de le considérer comme un parent pauvre de l’Université.Il se peut aussi que les employeurs fassent plus confiance à des établissements qui se spécialiseraient dans cet enseignement, comme cela s’est produit en France, et en Ontario pour le Ryerson Institute.Enfin, le développement qu’est appelé à connaître le technologique supérieur risquerait aussi d’alourdir beaucoup les universités.C’est pourquoi la Commission a émis la recommandation de créer un centre universitaire, exclusivement consacré aux sciences appliquées.LES TECHNICIENS EN FURIE la Go lion à la Éitassi le toi! «1 Geste taiïüliine pée alors ferait f autre “ipni' Ki Si ces recommandations peuvent paraître révolutionnaires au commun des mortels pour qui les quatre personnages les plus importants de son entourage ont toujours été M.le curé, M.le docteur, M.le notaire et M.le député (généralement un avocat), elles n’ont pas eu l’heur de plaire aux techniciens eux-mêmes mais pour des raisons fondamentalement opposées.En effet, la Corporation des techni- , ciens professionnels de la province de Québec s’est plainte au ministre de l’Education que les recommandations de la Commission, en ce qui concerne l’enseignement technique et professionnel, « ne tiennent pas compte du contexte industriel nord-américain, sont vagues et manquent d’initiative ».i "«a /H*. ' ¦ lesd’tiîoi- ¦ us ¦ S-S ¦¦ ¦: s::: ;-S .-s:"'- ¦rsss s:; s'' ss.;s'.s; r:S ¦¦ ¦' .s- ci '¦ (JIP1 établit îBsceti»' iiproJ»11 ssii)» ce»1* CO»! IfiCt» otlf»?e#1 n11 La Corporation refuse donc la suggestion de la Commission de faire des techniciens supérieurs un intermédiaire entre l’ingénieur et le technicien ordinaire ou le contremaître dans les équipes de travail.Ces techniciens supérieurs accompliraient une partie des tâches que doivent présentement remplir les ingénieurs, alors que ceux-ci pourraient être employés plus utilement à d’autres travaux.Partant des projets ou des calculs de l’ingénieur, le technicien supérieur en ferait l’application que réalisera ensuite le technicien.A un niveau plus élevé, se dessine un autre grade, celui de l’ingénieur-techni- cien, appelé à collaborer étroitement au travail de l’ingénieur professionnel.Les techniciens n’ont guère prisé cette promotion que recevraient certains d’entre eux aux dépens des autres.Selon eux, la pédagogie de l’enseignement technique et professionnel doit s’inspirer des principes généraux de la production industrielle.Ainsi, le technicien étant un intermédiaire entre l’homme de génie ou de science et l’ouvrier spécialisé, il n’existe pas de besoin pour des techniciens avec des scolarités différentes.Etablir trois types de techniciens comme le veut la Commission Parent embrouillerait davantage les employeurs et créerait des injustices.LES AUTRES ET LE RAPPORT Les premières réactions lors de la parution des tranches deux et trois du RAPPORT PARENT ne furent qu’élo-ges et applaudissements.Les deuxièmes, (celles de janvier) : des éloges toujours, mais cette fois elles ont été nuancées de réserves où se glissent quelques reproches.Des reproches, il est vrai, plus ou moins sérieux : dénationalisation des petits Canadiens français, oubli des valeurs traditionnelles de notre cours classique (qui demeure toujours le seul cours qui permet à ceux qui en ont les moyens d’accéder à toutes les facultés universitaires), scolarité de quatorze ans pour les techniciens, nécessité de l’Université d’Etat, besoin d’une Université des sciences de l’Education.En fait, aucune réaction sérieuse et valable n’a encore été suscitée ni publiée.Personne n’a encore mis en doute les conceptions presque surréalistes que les commissaires ont exposées dans le chapitre douze de la troisième partie du RAPPORT (La Langue Maternelle).En plus de prendre position en faveur du mythe de la pureté des sons vocaliques, alors CLAUDE VIDAL : Directeur du département de langue et de littérature anglaise à l’Ecole Normale Jacques-Cartier.que les congrégations d’Enfants-de-Ma-rie sont de moins en moins populaires, les commissaires suggèrent aux articles 583, 586, 588 et 611 que nos enfants entendent, imitent et reproduisent les dialectes des comédiens français.Après nous avoir répété qu’il faudra tenir compte de la réalité de l’enfant, les enquêteurs font preuve d’un irréalisme des plus fantaisistes pour ne pas dire des plus loufoques Il nous semble aussi que les Arts plastiques n’ont pas été présentés comme une discipline aussi valable et aussi indispensable que les mathématiques ou les sciences.On conçoit encore les Arts plastiques comme un agrément ou comme une façon de garder les petits enfants actifs et sages.Nous croyons qu’on n’a en aucune manière tenu compte des travaux de Sir Herbert Read, Henri Van Leer et Irena Woijnar.On attend donc avec émoi et le cœur battant les voix cultivées des Universités, les remarques réalistes des Syndiqués et des professionnels « libéraux », de même que les commentaires intéressés de la Politique.Les corps intermédiaires, les associations de toute sorte s’arrachent les lumières singulières des enquêteurs-royaux Il y a dix ans, cinq ans peut-être, on aurait crié au scandale devant les recommandations « révolutionnaires » du rapport Parent.Aujourd’hui, un important corps professionnel trouve « qu’elles manquent d’initiative ».Quoi qu’il en soit, l’unanimité semble s’être faite sur deux points : La supériorité de la culture « humaniste » et les mérites « du retour à la terre » sont vraiment tous deux définitivement passés dans l’album des souvenirs, à côté du folklore et des danses du bon Vieux temps.4 PARENT CLAUDE VIDAL afin d’être à la fine pointe de l’exégèse de cette nouvelle « Bible » pédagogique québécoise.Universités et formation des maîtres Nos héroïques enquêteurs ont suggéré que la formation des maîtres relève des universités.On ne sait du reste pas ce qu’elles en pensent.Pourront-elles recevoir les étudiants et étudiantes de nos cent sept écoles normales (compte tenu de ceux et celles de notre nouvelle Ecole normale Technique) dans un avenir plus ou moins proche ?A l’université, la recherche est un besoin vital, l’aménagement des bibliothèques presqu’un luxe, la formation du personnel une épine : on leur impose encore la tâche ingrate que remplissent les écoles normales.Dans ces conditions, les professeurs distingués se contenteront-ils de leurs associations « bona fide » ou bien créeront-ils de véritables syndicats affiliés soit à la masse des travailleurs, soit à celle des enseignants de la Province ?Certains d’entre eux commencent à peine à songer à des traitements et à des horaires qui respectent les particularités et les exigences de leur discipline : recherche, renouvellement, publication et enseignement.Il ne faut avoir aucune crainte cependant.Nos professeurs d’université seront sûrement les premiers à joindre les rangs de nos centrales syndicales ouvrières ou bien à se grouper à l’intérieur des cadres de la Corporation des Instituteurs Catholiques (C.I.C.).Ce dernier organisme a modelé ses structures sur celles du défunt D.I.P.Intéressée parfois à défendre des thèses « ojicistes » plutôt que ses membres, la C.I.C.aidée par la présence régénératrice des universitaires pourra se réformer complètement.C’est justement pour favoriser la socialisation et la démocratisation de nos enfants que le RAPPORT PARENT recommande la création des écoles polyvalentes.Ces professeurs ont donc à nous donner l’exemple en réalisant un des vœux les plus importants du RAPPORT.Ainsi, dans un avenir prochain ouvriers et intellectuels se lieront et uniront leurs efforts.Trop tard ou trop tôt Les syndiqués et nos professionnels « libéraux » n’ont pas encore dit grand-chose.Us se demandent peut-être si le RAPPORT PARENT ne vient pas soit trop tard, soit trop tôt.En effet, certains prétendent qu’il aurait dû être lancé immédiatement après le premier « Spoutnik », soit presque dix ans plutôt, afin de justifier ici, un renouvellement de l’éducation, en 1965.Nous ne sommes pas encore tout à fait sortis de notre monde agraire et pastoral ; mais il nous faut tomber à pieds joints et debout dans un monde qui vit la deuxième étape de la révolution industrielle (automatisation) et qui songe à coloniser l’espace sidéral.Notre Radio-Télévision scolaire s’est permise en 1964 de rester pendant neuf mois silencieuse, après quelques balbutiements.De plus, pour le reste de l’année 65, elle ne propose aux écoliers de la Province que quelques émissions tronquées de sa production 64-65.Nos adultes, nos ouvriers à recycler, nos sans-emploi auraient besoin aujourd’hui même, d’au moins une trentaine d’heures hebdomadaires de Radio-Télévision scolaire, conçues pour eux.Les patrons, les syndicalistes et les professionnels ne se sont pas encore prononcés.Veut-on vraiment améliorer la qualité du travail au Canada français ?Nos députés Nos politiques non plus ne se sont aventurés dans l’interprétation des conclusions du RAPPORT PARENT.Il est vrai que l’Ex-Ministre des Affaires Culturelles a déclaré avoir envié les crédits octroyés au Ministère de l’Education.La Culture n’est-ce pas.Mais il a oublié de nous dire combien son Ministère avait embauché d’anthropologues, ou combien de linguistes professionnels travaillaient à « l’Office de la langue française », s’occupant à établir la carte dia-lectologique de la Province.Nos députés, en 1965 se lanceront-ils dans une bagarre : Culture contre Education ?Discuterons-nous encore les mêmes thèmes des campagnes « jécistes » des années quarante.Il ne faudrait pas s’en surprendre ; la devise de la Province reste toujours : « Je me souviens ».C’est peut-être aussi pourquoi il y a tant de gens alarmés depuis la parution du RAPPORT PARENT.Notre passé pédagogique a été peu brillant.Il reposait Évitez-nous Plusieurs avis de réabonnement entre les mains des « bourgeois » de l’enseignement : fonctionnaires du D.I.P., inspecteurs, directeurs, tous pour la majorité, issus en droite ligne soit des cadres de l’Ecole publique ou sortis « pé-dagogues-à-trente-crédits » de nos écoles universitaires de pédagogie.Par contre, le futur qu’on nous annonce paraît à la fois glorieux.et très lointain.Comme nous le rappellent certains philosophes contemporains, le présent étant à la fois fait du passé et du futur, citoyens, professeurs, étudiants, coupés subitement de leur passé et projetés vers un avenir mal défini ne peuvent naturellement que montrer une certaine inquiétude.Pourtant, nous gardons quelque espoir.Le Ministre de l’Education pourra compléter rapidement son organigramme, dont il nous a montré la tête seulement.Bientôt, nous le souhaitons, on nous en fera voir les racines et nous pourrons observer comment le Ministre rejoindra le titulaire de troisième année avec clarté, économie et célérité.Il est presque sûr qu’il créera un service de relations extérieures qui éclairera ses fonctionnaires et les professionnels de l’Education avant la presse et le grand public.On peut espérer qu’Hebdo-Edu-cation devienne plus volumineux.Et, nos journaux pourront confier leurs chroniques quotidiennes d’éducation à des journalistes de qualité.Si l’on tient à ce que le citoyen paye la note du Ministère de l’Education de bon cœur et sans grommeler, il s’impose qu’on tienne le payeur de taxes au courant et qu’en quelque manière, on justifie à ses yeux l’investissement de capitaux consacrés au relèvement intellectuel du Québec.^ 63 secisi di iis d» , tons pom SOCIALISATION ne soil des sortis «po-eiosé» e.Psi M-«ce p®1 DE LA MÉDECINE ns philo»-:ol Ws i,ciios« ss sohifr és vers mi l jsimelli-iie ioi®' 1# ^ alêle*»-laiiofi1,11 :s et oo® |e Mi®® éiitéi*1 senti do ;|aii(B ^ 3*w | (lier l#£f jitli®' # ' SdJ# le»P ¦lio» s'impo'1 ;S»^ oui16' < Si l’on entend par socialisation la mise sur pied de structures destinées à transformer les professions libérales en des sortes de services publics ; si l’on entend par socialisation l’établissement d’institutions destinées à changer la motivation de l’activité professionnelle qui est, dans une large mesure, l’appât du gain, eh bien ! je pense que ces mesures rencontreront assez peu de résistance chez les médecins du Québec.Mais, si l’on entend par socialisation l’étatisation pure et simple de la médecine et la fonctionnarisation des médecins, je crois que la profession médicale sera à peu près unanimement opposée à la socialisation.EN PRINCIPE ET EN FAIT Que les médecins soient disposés à accepter des modifications de structures qui fassent de la profession médicale un véritable service public, cela vient probablement du fait que l’acte médical a toujours été considéré depuis Hippocrate comme un service, un service qui en soi n’a pas de prix et que personne ne peut rétribuer à sa juste valeur.Dans cette perspective, les honoraires ne sont qu’une compensation, compensation qui permet aux médecins de vivre d’une certaine manière, laquelle varie d’ailleurs suivant les époques et les sociétés.C’est parce que la médecine traditionnelle considère l’acte médical comme un service que les médecins acceptent, en principe, de soigner gratuitement les indigents et qu’ils s’estiment tenus, en principe encore une fois, de demander aux malades des honoraires qui soient proportionnels à leurs moyens.Il serait illusoire de croire, cependant, que la notion de service n’a pas été quelque peu reléguée dans l’ombre ces dernières années au profit de la notion du gain.L'ARGENT ET NOUS Il est sûr qu’un certain nombre de médecins travaillent d’abord pour faire JACQUES BOULAY : Médecin.JACQUES BOULAY de l’argent.Mais cela n’est pas propre à la profession médicale.L’ouvrier, quand il travaille, a-t-il aujourd’hui comme premier souci de rendre service à ses semblables et de façonner avec autant de perfection que possible l’objet qu’il fabrique ?L’argent est devenu le moteur fondamental des activités humaines.Je déplore ce fait, mais je suis bien obligé de le constater.Je ne pense pas qu’on puisse logiquement demander aux seules professions libérales, et en particulier à la profession médicale, d’être détachée des biens de ce monde alors que la plupart des autres citoyens ne vivent que par et pour les biens de ce monde.On peut néanmoins affirmer, je pense, que la plupart des médecins, tout en accordant de l’importance au gain, considèrent encore leurs actes comme un service.Aussi n’auront-ils probablement pas de difficultés à accepter la socialisation de leur profession.PAS UN FONCTIONNAIRE Les médecins s'opposent toutefois à devenir des fonctionnaires de l'Etat.Ils n’ont rien contre les fonctionnaires évidemment, mais ils sont convaincus que le genre d’activité qu’ils exercent ne se conçoit pas dans le cadre du fonctionnarisme.Ils ont d’ailleurs été échaudés dans le passé.Qu’il suffise de rappeler ici par exemple le sort que le gouvernement du Québec a fait aux médecins hygiénistes, d’abord sous Taschereau, ensuite sous Duplessis et enfin depuis le début de la révolution tranquille.Les médecins s’opposent aussi à l’étatisation de la médecine parce qu’ils ne veulent pas être les seuls à faire les frais de l’opération « amélioration de la santé publique ».En effet, la médecine est beaucoup plus efficace qu’autrefois.La notion de droit à la santé est devenue depuis quelques décennies beaucoup plus évidente.Ainsi la demande de soins médicaux a augmenté d’une manière extraordinaire depuis cinquante ans et on ne voit pas pourquoi la courbe ne continuerait pas d’être ascendante.Or, l’expérience de certains pays le démontre, l’Etat, alléguant des raisons budgétaires pour plafonner les dépenses dans le domaine de la santé publique, s’est prévalu de la situation particulière où se trouvent les médecins, qui ne peuvent pas facilement faire la grève, pour imposer à ceux-ci des conditions de travail jugées par eux inacceptables.Il se peut que les demandes des médecins, dans certains cas, n’aient pas été raisonnables, mais il n’est pas juste non plus d’essayer de faire porter par ceux-ci l’essentiel du fardeau que représente l’accroissement constant des besoins en soins médicaux.AU PAYS DU QUÉBEC Au Québec, il y a certainement lieu d’envisager la mise sur pied, dans un avenir rapproché, d’une assurance-maladie qui permettrait à toute la population de recevoir les soins médicaux dont elle a besoin, sans égard aux revenus.L’Ordre des Médecins du Québec (improprement appelé Collège des Médecins) a présenté au gouvernement du Québec, le 30 septembre dernier, un rapport concernant l’établissement d’un régime d’assurance contre les frais médicaux.La profession médicale, dans ce document, faisait les recommandations suivantes : 1.Que le régime d’assurance-maladie du Québec soit accessible à tous ; 2.Qu’il offre aux assurés une protection complète contre tous les frais médicaux ; 3.Que l’adhésion au régime soit facultative pour les médecins (l’adhésion pourrait être obligatoire pour les citoyens du Québec, mais il appartiendra au gouvernement d’en décider) ; 4.Que le régime soit financé par des primes ; 5.Que l’Etat paye en tout la prime des indigents et en partie celle des économiquement faibles ; 64 6.Qu’il n’y ait pas de frais dissuasifs pour les assurés subventionnés (il est même possible d’envisager qu’il n’y ait pas de frais dissuasifs quelle que soit la catégorie d’assurés) ; 7.Que le dépassement d’honoraires ne soit pas permis, mais que le tarif soit établi par négociations entre l’organisme payeur et l’institution qui représente la profession médicale.SOCIALISATION : OUI ÉTATISATION : NON La plupart des médecins ne sont pas favorables à ce que ce soit l’Etat qui prenne seul en charge un éventuel régi- me d’assurance-maladie.Une régie publique formée de représentants de l’Etat, des différentes catégories de citoyens qui reçoivent des soins médicaux et des différents groupes qui les donnent, est une solution beaucoup plus acceptable pour les médecins.Les médecins savent bien que le mouvement actuel de socialisation va les toucher eux d’abord, à cause de l’importance fondamentale qu’ont dans notre société les services qu’ils rendent, et je dois dire que, dans l’ensemble, ils envisagent la situation avec sérénité.Mais je doute qu’ils acceptent d’être les seuls atteints par ce mouvement.On ne voit pas pourquoi la médecine serait transformée en une sorte de service public, un peu comme le sont la police et les pompiers, tandis que le droit, l’architecture et le génie continueraient d’être des professions libérales au sens traditionnel du terme.La profession médicale est attachée à des traditions et il est sûr que la socialisation représente, tout au moins pour les médecins d’un certain âge, une rupture douloureuse.Mais il est à souhaiter que la mise en place des institutions nouvelles s’accomplira sans trop de heurts et qu’on n’aura pas à assister au Québec à des événements comme ceux qui se sont produits en Belgique l’année dernière.4 Pessimisli i Ni d® iîfei-éii Srtries i àsaoïtrei jeunes et ¦ fcprogri lue on b »'tc 1( , rçueiii, l tours de b| %aiii soiuel juj fOBinm,,, BIEN-ÊTRE SOCIAL I ( il VERS LES SOMMETS?LOUIS BEAUPRÉ Faot-a s Il appert que la « politique de grandeur » a envahi plusieurs domaines, mais non celui du bien-être social.La « politique de grandeur » ça regarde les ressources naturelles, l’électricité, les hôpitaux, les écoles mais pas les organismes s’occupant de la réhabilitation et de la prévention des misères sociales.La place des indigents, des démunis, des orphelins se trouve comme à d’autres époques de l’histoire du monde, sur le parquet du temple.Faut-il se surprendre de cet état de choses ?Pas tellement, si on songe que le Seigneur a dû commander aux hommes d’aimer les pauvres, de partager avec eux.Il savait que les hommes de tous les temps, même ceux de la catholique province de Québec, devraient se faire violence pour être charitables, compréhensifs et généreux envers les démunis.La preuve ?On n’a qu’à comparer l’évolution et le progrès dans les domaines éducatif, hospitalier et économique avec les changements lents dans le champ du bien-être.Où serions-nous ?Il est vrai que depuis 1960, nous avons la loi d’assistance-chômage, élabo- LOUIS BEAUPRE : Travailleur social.rée par le gouvernement fédéral et adoptée par les autres provinces depuis 1956.De plus, nous avons adopté cette autre mesure fédérale-provinciale relative à l’Hygiène Mentale, qui a apporté des progrès considérables dans le traitement des maladies psychiatriques.Et puis, il y a les pensions aux personnes indigentes de 65 à 70 ans, les pensions d’invalidité qui ont été augmentées chaque fois que le gouvernement central a donné le signal.On peut se demander où nous en serions au point de vue de bien-être s’il n’y avait pas eu ces fameux plans à frais partagés.Même si l’on veut être autonomiste au plan des idées politiques, il n’est pas facile de l’être au plan des préoccupations sociales.Il faut quand même s’encourager car des mesures provinciales récentes comme les allocations scolaires et la caisse de retraite indiquent qu’un certain réveil s’opère au Québec dans le domaine du bien-être.quoique la caisse de retraite ait été présentée bien plus comme une mesure économique que sociale.Définie comme une mesure de sécurité ou d’assurance sociale, la caisse de retraite aurait-elle reçu l’appui général de la population ?On peut avoir de légers doutes.Au compte-gouttes Notre province a encore bien, elle, sa « Pension des mères Nécessiteuses » avec son taux de $85.00 par mois pour la veuve et un enfant et $10.00 pour chaque enfant additionnel.La famille éprouvée, composée de cinq personnes, reçoit en vertu de l’Assistance Publique $125.00 par mois ou $30.00 par semaine.La Métropole a bien ses 4,000 enfants abandonnés par leurs parents dans les foyers nourriciers et les institutions, petits qui sont visités par une poignée de fonctionnaires, à Pâques ou à la Trinité.Et puis il y a les familles de 14 paroisses montréalaises qui croupissent dans des conditions quasi inhumaines, si on en croit la déclaration récente des pasteurs de St-Henri.A travers la province, des centaines de « foyers de bien-être » (nursing homes) offrent des soins de garde à plusieurs milliers de vieillards et malades chroniques, retardant ainsi tout au plus le passage des vieux dans un monde meilleur.Il y a aussi une centaine de garderies d’enfants où sont entassés des milliers de petits êtres handicapés physiquement ou mentalement et où ils reçoivent trois repas par jour."¦De, : Hb “Jlllt s.{ s .indique les conditions essentielles.Que P*\ vei> b* 'fj r .C< le ii)f UN CAS DE MYOPIE Une déception attend le lecteur pressé de trouver des réponses à tout.En cela sa déconvenue rencontrera celle de celui qui attendait une charge à fond.Car ce livre n’est pas écrit pour ceux qui refusent tout correctif à leur myopie.La critique est radicale ; ce qui ne l’empêche pas d’être juste.Il y a assez longtemps que l’on parle d’un changement de mentalité dans l’Eglise pour se réjouir à la parution d’un livre qui en cet essai, qui ne le cède en rien aux travaux européens du même genre, soit publié au Canada français, cela représente un témoignage de confiance dans notre vitalité intellectuelle.Ce qui suit ne ressemble en rien à la recension classique.Il s’agit beaucoup ^ J plus d’impressions personnelles recueil ,# l"- - • lies au cours de deux lectures suivies, e d’une troisième en diagonale.DE LA TENSION À LA CRISE Enquêtes et sermons font état de h | irise religieuse chez nous.Mais ce qu’or PAUL DOUCET ne dit pas, c’est qu’elle a toujours été.Croire en Jésus-Christ, dans une Eglise commise à la responsabilité des hommes, entraînera souvent autant de questions que de réponses.Croire à l’homme, en ses capacités de dépassement, provoque, surtout chez les gens d’un certain âge, un sourire sceptique.Or, aujourd’hui, notre monde est en crise.L’accord des esprits est chose du passé.Car la société contemporaine, loin de s’appuyer sur des principes intangibles, cherche à se définir par rapport aux pressions économiques et aux valeurs culturelles, elles-mêmes susceptibles d’interprétations divergentes.Le séparatisme est un exemple parmi d’autres.PAS FACILE DE S'ADAPTER Il serait simple de répondre : soit ! le monde change, évolue, se transforme.Mais croire en Jésus-Christ est un acte de foi, motivé par le désir du bonheur et appuyé sur de solides raisons de croire à la Résurrection.En effet, tout serait simplifié peut-être, s’il n’y avait pas.l’Eglise.Deux faits vont illustrer ce point.L’Eglise enseigne une doctrine sociale.Beaucoup de catholiques se sont alors cru dispensés de prolonger leurs bonnes intentions au-delà des rappels intermittents au bien commun, laissant aux autres le soin de rechercher des techniques précises d’organisation sociale.Ainsi, s’il y avait adaptation, c’était par mode de juxtaposition entre une tradition religieuse et les conjonctures d’une époque.Car au lieu de s’attacher à la valeur et à la signification d’une situation, on moralisait ou l’on défendait l’Eglise.L’histoire du mouvement syndical canadien-français en est une illustration.En ce sens, un nouveau type d’Action Catholique, dont le but est de permettre un approfondissement de la foi et une critique des motifs d’action, tout en laissant la liberté dans le choix des engagements temporels, représentent une « conversion » dans l’approche catholique aux problèmes sociaux.DE LA TRADITION À L'OPINION Un deuxième malaise est directement lié au problème central qui oppose le monde et l’Eglise.L’enseignement de l’Eglise, en effet, s’appuie sur une tradition.Il est continu par rapport au passé.Ainsi la réforme liturgique ne crée pas du nouveau.Elle retrouve le meilleur de la tradition de la prière chrétienne en élaguant ce que les siècles passés avaient accumulé de surcharges.Il n’en va pas de même dans la société contemporaine, car elle a substitué à la tradition, l’OPINION.Par exemple, pour juger du comportement entre garçons et filles, on ne se réfère plus de façon mécanique, au modèle antérieur des fréquentations en vue du mariage, mais bien à ce qu’apporte aux partenaires leur amitié présente.Même sur ce point, il n’y a pas unanimité, car on se réfère, sur ce sujet comme sur bien d’autres, à ce que pensent les autres.Ainsi l’opinion correspond à l’univers mental de l’homme bousculé avec lequel nous n’avons aucune difficulté à nous identifier.FIDÉLITÉ ET CONVICTION Ce climat d’opinion qui est le nôtre exige un revirement dans la prédication. 74 Elle devra retrouver les éléments qui forment les coordonnées de la vie chrétienne : la fidélité et la conviction.Rien de nouveau ?Oui, si la fidélité est synonyme de répétition obstinée ; si le conditionnement — qui pense jeune, pense Pepsi — tient lieu de la conviction.Non, s’il s’agit d’autre chose.La fidélité est accueil au temps.C’est le temps qui modifie les objets de notre attachement.Il y a, dans ces modifications, une occasion unique d’aimer mieux et différemment.La conviction est une expérience continue qui approfondit toujours ses raisons de croire dans une sympathie profonde pour le temps présent.C’est la seule orientation possible d’une prédication qui vise à faire du chrétien un TEMOIN.Celui-ci saura, par la transformation de sa vie et les risques qu’il prendra, éviter l’évasion qui réduit la vie spirituelle à la survivance d’un âge antérieur.FEU LA SOCIÉTÉ TRADITIONNELLE Lorsque Fernand Dumont plaide pour la conversion de la pensée chrétienne, il s’attaque à la mentalité des chrétiens qui s’accrochent presque désespérément à cet âge antérieur qu’est la société traditionnelle.La religion avait si bien sanctionné les usages et les préjugés de cette société que la disparition de celle-ci risque d’entraîner la première dans son sillage.Ainsi, morale et religion liaient spontanément, comme sanctions ou récompenses, la maladie, la mort, les châtiments de toutes sortes et les réussites imprévues.Prédicateurs et auditeurs se retrouvaient dans un univers qui permettait aux uns et aux autres de reconnaître « la main de Dieu ».Or la technique vient dénoncer ce facile raccourci qui s’inspirait du Dieu des religions primitives plutôt que du Dieu des chrétiens.L’avènement de la machine met en question la passivité de l’homme devant la nature.Les progrès de la médecine en sont une vivante attestation.En conséquence, Dieu ne peut être celui qui tire les ficelles ou comble le chemin non parcouru par l’homme (God of the gaps, selon l’expression anglaise), mais bien celui qui respecte la liberté de l’homme et soutient sa responsabilité.La société aussi se transforme.A la hiérarchie stable d’antan, se substitue le statut obtenu par la possession de l’argent, de l’instruction, du prestige et du pouvoir.Ces choses sont rarement possédées isolément.Le facteur détermi- nant se décèle facilement : c’est l’argent.Or, et ceci est très important, certains éléments de la population ont le vif sentiment d’être frustrés de cet ensemble de valeurs, admises par tous comme les plus hautes.C’est la prise de conscience de ces tensions qui mène parfois à la lutte des classes.« Les rappels au bien commun n’y changeront rien » (p.71).Nous sommes bien d’accord.chrétien devrait pouvoir se retrouver, non plus comme écartelé entre diverses allégeances, mais comme celui qui répond à l’appel de son Seigneur.C’est ce désir latent, cette attente confusément ressentie, que l’on veut exprimer lorsqu’on affirme que l’Eglise se doit d’être une COMMUNAUTE.RETOUR AUX SOURCES LI, min i ^ foi, oa 10: E;n: < trait,op ¦¦T.:: CE QUI DOIT CHANGER Qu’est-ce qui devra changer dans l’Eglise ?Le chrétien doit réapprendre que la foi est aussi de l’homme.Le surnaturel est d’En Haut.Ce qui ne signifie pas qu’il survient dans l’homme pour l’inhiber, peser sur lui et finalement se substituer à ce qui le fait homme : une intelligence qui cherche et une volonté mal assurée.Deux voies s’offrent à lui.Celle de l’aliénation qui projette l’image d’un Dieu qui comble les déficits et rassure l’homme sur ses échecs en lui promettant le ciel.Ou celle de l’épanouissement et de la liberté péniblement acquise qui résulte de la rencontre et de la reconnaissance progressive du Dieu des chrétiens qui se révèle dans et par l’action de l’homme.C’est en se mesurant avec le monde, et non en acceptant avec résignation ses limites, que l’homme élargit son horizon aux dimensions de l’Espérance chrétienne.LE VRAI COMBAT Tout ce qui précède revêtirait la mante de l’irréalité si les chrétiens ne s’attaquaient « à ce qui, dans l’organisation de la cité, fait qu’il y a encore des pauvres » (p.73).Ces deux urgences, l’« humanité » de la foi et le combat pour la justice sociale, ne sont pas nouvelles.Il suffit de relire l’Evangile.Peut-être serait-ce suffisant pour ceux qui imaginent la possibilité théorique d’un changement de mentalité des individus qui ne s’accompagnerait pas d’un changement de structures.On ne met pas le vin nouveau dans de vieilles outres ! Faisons une première constatation.C’est désormais la mode de parler de l’Eglise comme Peuple de Dieu.Ce langage implique le partage des responsabilités, dialogue, etc.Mais, à la différence du prêtre, le laïc est divisé entre ses responsabilités familiales, professionnelles, sociales et autres.Celles-ci ne sont pas directement liées à la vie liturgique ou à l’action caritative de l’Eglise.C’est ce qui explique que l’Eglise est lieu où tout Il est traditionnel, en théologie, d’enseigner que l’Eucharistie est à la fois communion au Christ et à ses frères.Cette communion concrète n’est réalisable, il va sans dire, que dans la paroisse.Mais est-ce possible ?Quatre conditions s’imposent si on veut y arriver.Il faudra abandonner l’idée de la paroisse-synthèse.Tout grouper sous l’égide d’un conseil paroissial est aussi illusoire que le retour à la terre.Il va de soi que les paroisses urbaines devront être plus petites.L’emploi du temps du clergé devra être modifié.Entre autres, la visite paroissiale devrait durer toute l’année.Mais plus important encore, la paroisse devra trouver de nouveaux fondements humains.Comme on le voit, il y a là un terrain propice où pourra se déployer à son aise, l’imagination créatrice du pasteur et de ses brebis.C’est à de ternes perspectives pastorales, selon l’expression même de M.Dumont qu’aboutit son essai.Car la réflexion pastorale, comme la vie chrétienne, n’a rien d’aristocratique.UN STYLE NOUVEAU »î»ti qui voiemont.tliiurs a plis iutjjj l0Ut( * tout « ^iieitie.'««iistect ps mu N, i St led, Vi « Ces ternes perspectives pastorales », qui ne se limitent pas à la paroisse mais embrassent l’ensemble de la vie de l’Eglise, du diocèse aux associations paroissiales sont de nature à provoquer un certain étonnement.Elles se situent en dehors du contexte habituel des envolées mystiques propres au prédicateur en quête d’une conclusion et de l’attente crispée du fonctionnaire clérical qui attend patiemment qu’on lui dise quoi faire.En un mot, ce livre s’adresse à ceux qui veulent réfléchir, le crayon en main, au contact d’une pensée parfois hermétique, mais toujours riche.Etudiants, jeunes foyers, groupes d’études y trouveront une source de renouvellement.A tous ceux qui le liront, il leur aura été donné de parcourir un des meilleurs livres de théologie pastorale écrits en français.41 K ¦'% s?i'V J1"'ta .% V' S,ï^ s* iÿ; C\ ¦ \ X • ;«! :: K-:r Cel v I i la 1® g iiite' ! 1 ' ' ' : L’ENJEU EST DÉCISIF L’enjeu est décisif.Pour de nombreux fidèles, déjà se pose le cruel dilemme : ou bien j’accepte une tradition de foi, ou bien je me débrouille avec ma foi personnelle.Il ne s’agit pas de la « tradition dogmatique » : celle-là ne fait guère difficulté, pour la plupart.La tradition dont il s’agit, c’est la communauté qui est derrière nous depuis les origines, avec ses recherches, ses louvoiements, ses compromissions, ses pécheurs et ses saints.On sent de plus en plus intensément que c’est la fidélité envers tout cela, que c’est aussi le procès de tout cela qui constitue la condition chrétienne, et non pas simplement le combat solitaire avec l’Ange.En tant que chrétiens, il est vrai que nous tenons le sens dernier du monde.Mais nous n’en possédons aucunement la signification plénière.Sinon, à quoi pourrait donc servir d’y vivre, pourquoi Dieu nous aurait-il condamnés à ce long apprentissage ?Regardons du côté de Sartre, de Merleau-Ponty, de Camus — de ceux que l’on qualifie vaguement d’« existentialistes » — et qui expriment sans aucun doute l’obscure recherche d’un grand nombre de nos contemporains.Partis qu’ils sont à la découverte des conditions premières de la spontanéité de l’existence et de la conscience, je les vois aussi chercher une tradition.Celle du marxisme ou celle de la révolte éternelle — peu importe, au fond, les noms qu’ils lui donnent.CETTE PRISON QUI EST LA NÔTRE Chrétiens, nous poursuivons en quelque sorte un chemin inverse, mais qui va peut-être à leur rencontre.De part et d’autre, même si les composantes de l’inquiétude ne sont pas superposables, la ferveur de la recherche doit être égale.Oui, nous tournons en rond sur cette terre, comme nos frères incroyants, dans cette prison qui est aussi la nôtre.Pour l’aménager quelque peu, économiquement ou politiquement, nous n’a- oir0®1 » la® * 1(ile Cal cite- Livres reçus Barnard, J.: Mémoires Chapais (Vol.III).Montréal & Paris, Fides, 1964, 367 p.Berimont, Luc : Félix Leclerc Paris, Pierre Seghers, 1964, 189 p.Besret, Bernard : Incarnation ou eschatologie.Paris, Cerf, Collect.: « Rencontres », 1964, 240 p.Boucher, Pierre : Histoire véritable et naturelle des mœurs et productions du Pays de la Nouvelle-France vulgairement dite le Canada 1664.Boucherville (P.Q.), Société Historique de Boucherville, 1964, 415 p.Chamberland, Paul : L'afficheur hurle (poème).Montréal, Parti Pris, 1964, 80 p.w ^.1 Chevalier, Willie: Peace of our time.A Canadian view.Montréal, International Publisher's, 1964, 132 p.|1 Conchon, Georges : L'état sauvage.Ottawa, Cercle du livre de France, 1965, 267 p.De Becker, Gérald, R.P.: La vie religieuse et la spiritualité du Sacré-Cœur.Bruges, Beyaert, 1964, 395 p.De Grandmont, Eloi ; Tard, Louis-Martin ; dudon, Normand : Un bill 60 du tonnerre.Montréal, Ed.Leméac, 1964.Dick, Ignace : Qu'est-ce que l'Orient chrétien ?Paris-Tournai, Casterman, 1965, 176 p.V "ÿ ¦ .•r i/j! 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