Maintenant, 1 juillet 1965, Juillet - août
.% .J I de- I en- I ! de I nbii I lies Bien itéra ¦: JUILLET AOÛT >r ¦ if da I I fiî HI PSYCHIATRES I ET CRIMINELS «tiofl 1965 No 43-44 PEINE DE MORT SUIS-JE NÉ CRIMINEL ?DÉLINQUANCE JUVÉNILE JUGES ET POLICIERS Sommaire complet à Fintérieur TOUS DES ASSASSINS Nous sommes tous des assassins.Voilà une affirmation qui risque de faire sursauter le citoyen moyen qui aime à se définir comme celui qui obéit aux lois, travaille honnêtement, se mêle de ses affaires et exerce son droit de vote.En retour, le bon citoyen, — God-fearing and law-abiding — attend de la société qu’elle le protège efficacement contre tous ceux qui troublent l’ordre public.Qui sont ces fauteurs de troubles ?Cette dernière catégorie comprend un peu de tout, entre autres : les étudiants en mal de démonstration, les voleurs d’automobiles, les bandits armés, les maniaques pervertis et les assassins.Comme la criminalité et la délinquance sont à la hausse, n’y a-t-il pas heu de se repher sur la sévérité ?A tel délit, correspond tehe peine : appliquons-la avec rigueur.Le châtiment saura faire réfléchir le coupable et effrayer ceux qui seraient tentés de ne pas s’engager dans les sentiers de l’honnêteté.D’où la nécessité d’une force policière alerte, de juges sévères et d’un ministère de la Justice aux aguets.Toute la rhétorique qui précède, je l’espère, n’aura convaincu personne.CONDAMNÉ POUR MEURTRE Il y a quelques années, était projeté un film intitulé : Nous sommes tous des assassins.Une scène entre autres retenait l’attention.Deux tenanciers de cabaret discutaient de la condamnation à mort d’un voisin.Le crime était horrible.Un père avait tué sa fillette.En soi, ce crime méritait pendaison, électrocution et guillotine.Mais l’on apprenait de la tenancière que le condamné à mort partageait sa vie entre le chômage forcé, un travail intermittent et pénible et le logement familial malsain et exigu.Fatigué, découragé, il avait, dans un moment de désespoir, battu à mort sa fille qui pleurait d’avoir toujours faim.La question était alors posée : l’assassin était-il un criminel, un malade ou une victime des conditions sociales ?Dans ce dernier cas, comme dans un grand nombre d’actes criminels, contre qui la société se défend-elle ?Car, il faut savoir à qui l’on a affaire.Un minimum de bon sens et d’humanité doit dicter la conduite à suivre s’il s’agit d’un escroc ganté et roulant Cadillac, d’un fraudeur d’impôts, d’un délinquant ou d’un malade, quel que soit le crime commis.Or, il arrive très peu souvent que nous soyons en présence d’un crime à l’état pur.Le criminel est une personne humaine.Il n’a pas que des mobiles pour poser une action ; il agit souvent sous le coup d’émotions ressenties et vécues qui le rendent plus ou moins lucide.Ne parle-t-on pas de crime commis avec ou sans préméditation ?La société doit se protéger, soit ! Mais elle a aussi des devoirs à remplir vis-à-vis ceux des siens qui, à l’instar de ce prisonnier, réclament la justice en ces termes : « Si vous volez une robe valant $18.00, vous pouvez écoper de dix-huit mois en prison ; mais si vous fraudez l’impôt pour $100,000., vous vous en tirez avec une sentence suspendue et une amende ».(Times, 18 juin 1965.) LES VRAIS BANDITS RÉDACTION, ADMINISTRATION, ABONNEMENTS ET PUBLICITÉ, 2715, Chemin Côte-Ste-Catherine, Montréal-26, P.Q.Tel.739-2758 Le Ministère des Postes, à Ottawa, a autorisé l’affranchissement en numéraire et l’envoi comme objet de la deuxième classe de la présente publication.Frais de port garantis si non livrable.S’il est un domaine où le bon citoyen se complaît dans des idées toutes faites, c’est bien celui de la criminalité.Car le « bandit », sauf celui du type Robin des Bois, représente une menace constante pour l’argent péniblement gagné, la tranquillité des soirs d’été et.les vies humaines.Spontanément, on réagit en termes de défense, mais jamais en termes d’altérité et de véritable protection.Qui est ce criminel, comment en est-il arrivé là, peut-il être réhabilité ?A cette dernière question, les sceptiques répondent : non ; les idéalistes : oui.Mais les uns et les autres ne possèdent pas toujours les qualifications nécessaires pour appuyer leur réponse spontanée.Les criminologues qui ont signé neuf articles du présent numéro consacré à cette science nouvelle qu’est la criminologie apportent faits, expérience, science et pratique.Ceux qui craignent l’ébranlement du temple sacré de la justice en faveur des criminels seront peut-être rassurés de lire un article signé par un juge de la cour supérieure et un autre sous la plume du directeur adjoint de la police de Montréal.fiibi h so m m aire Si avait, d illi: aa àitr ltla^ àœoit Jusqu’à ces toutes dernières années, la philosophie générale qui régissait le système pénal pouvait se résumer sous les trois chefs suivants : 1 ) Le châtiment infligé doit jouer un rôle essentiel dans la rééducation et la réha-biütation des criminels endurcis.Etre progressif dans ce domaine, c’est pouvoir affirmer que le châtinrent est moins inhumain qu’au temps de jadis où la torture était de mise.2) Le criminel moyen redeviendra un citoyen honorable si on lui permet de gagner sa vie honnêtement.Il ne reste plus, dans ce cas, qu’à investir de l’argent pour développer des écoles techniques au sein des institutions pénitentiaires.3) Finalement, seule une discipline inflexible jsût®j*!J est à même d’assurer au criminel la possibilité de retourner à la « vie civile », «joB,J t en lui inculquant un minimum de « caractère ! ».airi«3 1(0 LE BON SENS MIS EN CAUSE sus s1’®'*! Ces trois propositions, si sensées en apparence, ont le désavantage, : comme l’a montré le père Noël Mailloux, O.P., président du congrès international de criminologie qui se tiendra à Montréal du 29 août au 3 septembre prochain, de ne pas coller à la réalité.Entre autres, précisait-il, dans une conférence prononcée à Toronto en 1962, une des principales manifestations de la pathologie délinquante est l’aversion quasi innée pour tout emploi permanent.Car la psychologie du délinquant n’est pas celle que l’on croit savoir (p.230).Une des premières réformes qui s’imposent, c’est de diagnostiquer et de classifier les criminels selon des normes psychologiques.Il ne suffit plus de savoir quelles lois ils ont enfreint.C’est le diagnostic qui devra à l’avenir servir de critère à la sentence qui devrait être individualisée.Là réside la pierre ^[d’angle de la réhabilitation.Ensuite, les prisons ont à être réformées en 1 ' tjfj tenant compte du fait que la solitude, l’absence de liberté ou la cohabitation f, JH £#|ü ¦/Su"' avec d’autres criminels ont souvent pour conséquence de mettre le sceau rt i final à la détérioration mentale.i1 K/ AJ .lll, ¦ pjifoü tice canadienne.Il faut noter cependant “ 'jjtiii qu’il y a lieu d’éviter certaines erreurs qui se sont produites dans quelques pays i£l f1' wri strangers où la probation est tme insti-iit tution presque autonome, juxtaposée ux autres organes chargés de la protec-'0 tion sociale.L’unité de cette protection at# doit être assurée grâce à la présidence d’un magistrat qui veille à ce que les principes de la légalité et de l’efficacité soient préservés, au sein d’une commission qui réunit les représentants des institutions pénales, de la police, de la orobation et de la liberté surveillée.^ e) En ce qui concerne la police, elle :onnaît une transformation assez profonde sur notre continent : essentielle-nent décentralisée « municipalisée » et •ecrutée selon des critères d’efficacité physique bien plus qu’intellectuelle, elle leviendra de plus en plus centra-isée et ses membres éprouvent le besoin de se former davantage, de se professionnaliser ».Les lois de la po- 'yj ice existent dans plusieurs provinces sanadiennes, notamment en Ontario, nettant progressivement de l’ordre dans un corps qui, trop soumis aux fluctuations des politiques municipales, n’était pas toujours en mesure d’assurer une protection efficace à la société, contre le crime organisé.Cette tendance à la centralisation, gage d’efficacité accrue, doit aller de pair avec l’augmentation des compétences exigées des policiers.Comme aux Etats-Unis, et depuis toujours en Europe, les cadres moyens et supérieurs de la police doivent disposer de plus en plus, d’une formation de niveau universitaire.Les départements de criminologie des universités canadiennes assumeront une responsabilité particulière à cet égard.RECHERCHE ET ENSEIGNEMENT f) La recherche criminologique est un parent très pauvre de la recherche scientifique au Canada.A part quelques équipes de recherche, qui se réunissent tous les deux ans, depuis les six dernières années, sous l’égide de la Société de Criminologie du Québec, et qui groupe des chercheurs de Montréal et de Toronto, cette recherche se poursuit sans plan d’ensemble, par les soins de trop rares chercheurs des universités et des agences publiques ou privées.Dans cette grande pauvreté, les travaux cliniques (concernant les jeunes ainsi que les adultes) jouissent d’une situation privilégiée : la criminologie cliniques dispose déjà de quelques résultats appréciables.La recherche étiologique, où les sociologues devront jouer un si grand rôle, est par contre très peu poussée.Les recherches d’évaluation, qui ont connu un si fulgurant développement aux Etats-Unis et également, grâce à la politique intelligente du Home Office, en Grande-Bretagne, sont presque inexistantes au Canada.Or, ce n’est que grâce à ce type de recherche que nous pouvons apprécier l’efficacité de notre appareil de protection sociale (tribunaux, polices, prisons, systèmes de probation, etc.) Les gouvernements, provinciaux et fédéral, en particulier le Ministère de la Justice, doivent accepter les responsabilités qui leur incombent à cet égard.Un excellent exemple est donné par le Ministère de la Santé et celui de la Défense, pour ne citer que ceux-là, ce qui nous montre le rôle positif que les pouvoirs publics peuvent jouer dans des secteurs aussi essentiels de la vie nationale.g) U enseignement de la criminologie dans les universités canadiennes avait déjà été réclamé avec force par la Commission royale d’enquête présidée par le Juge Fauteux dès 1956.De très modestes initiatives ont répondu jusqu’ici à ces vœux exprimés pourtant par des voix si autorisées.A l’exception des universités de Montréal et de Toronto, aucun établissement d’enseignement supérieur canadien ne prépare un personnel de cadre supérieur pour le domaine qui nous intéresse.Et encore, le Centre de criminologie de Toronto ne donne pas un programme d’enseignement complet, conduisant à un grade académique régulier.Ce conservatisme coupable, qui n’est hélas pas un péché particulier à notre pays, freinera d’une manière fâcheuse tout effort de réorganisation, de réforme ou de progrès dans le domaine de l’administration de la justice, des peines, de la resocialisation des criminels et de la prévention de la délinquance.C’est pour s’en être aperçu, que les Américains viennent d’établir par une loi du Congrès, une Commission, disposant d’un budget de $3,5 millions, pour trois ans, afin d’établir les besoins en main-d’œuvre « correctionnelle » et criminologique du pays.Ils se sont aperçus, en effet, qu’aucune réforme ne peut être esquissée sans que soient assurées les compétences professionnelles de ceux qui seront chargés de les appliquer.Le Canada n’échappera pas à cette évolution et il est à espérer que le nouveau comité présidé par le Juge Ouimet en fasse une de ses préoccupations prioritaires.CONCLUSIONS Ce rapide aperçu indique une réalité en pleine transformation, un monde en quête de principes directeurs, de techniques d’application efficaces, bref, les efforts d’une société qui est à la recherche de sa propre image que devrait refléter le sort qu’elle fait à la Justice.Il ne faut point cacher que cette image n’est pas toujours belle, elle est parfois même hideuse.Mais ce numéro spécial de Maintenant aidera peut-être chacun de nous à prendre connaissance du fait que l’acquisition de la vertu de justice passe, dans notre siècle, par la double voie d’un humanisme intransigeant quant à la dignité et la liberté de l’homme, et d’une discipline scientifique, la criminologie, qui est la méthode qu’une société moderne se donne, pour tenter de résoudre le défi toujours renouvelé que nous lance l’homme criminel.^ 228 SUIS-JE NE CRIMINEL?« Le temps de parler est arrivé ; ce serait un crime de se taire.» (Sainte-Beuve : Port-Royal, livre U) « Et c’est la vieille règle que tous les faux bonhommes se dressent contre l'homme franc et crient : c’est un faux bonhomme ».(Montherlant : Coups de Soleil) « Les portes s’ouvrent et se referment.Tu les franchis une à une.Quatorze ! Tu les as comptées.Toutes plus lourdes les unes que les autres, bardées de fer, pivotant sur leurs gonds bien huilés et se réajustant dans leur gâche avec un bruit sec (« définitif », penses-tu !).« Tu retrouves au fond de toi-même cette vieille angoisse, qui jamais ne t’a paru si lourde et qui a été à chaque incarcération la compagne la plus fidèle de ta vie d’emmuré : l’angoisse de celui qui entre au tombeau.Chaque fois qu’un pêne tourne derrière toi et que tu t’enfonces d’une autre porte dans cette caverne de pierres, tes vêtements d’homme tombent.Tu te dépouilles de ce qu’il y a de meilleur en toi pour revêtir une carapace de haine.Tu prends un numéro.Voilà ce que tu deviens : une bête numérotée ! « Tes souvenirs affluent.Tu reconnais le décor, les murailles hautes de quarante pieds, les bâtiments entassés les uns sur les autres, la cour triste, la grisaille.Pierres, barreaux, grilles, cages, serrures ! Partout le regard achoppe sur un appareillage complexe installé pour contraindre, pour effrayer, pour « briser l’esprit du détenu en le rem- MARCEL FRECHETTE : Professeur au département de Criminologie, université de Montréal.plissant d’effroi», disait en 1830 Elam Lynds, réformateur de prison.« Et voici l’odeur familière, qui te saisit brutalement aux narines.L’odeur épaisse des prisons, à la fois douceâtre et âcre, qui s’exhale de ces centaines de vies entassées, de la saleté, de la sueur, des excréments, de la nourriture pourrissante.Frissonne, toi sur qui ces portes impitoyables assènent coup sur coup ! Ta rupture avec les hommes, une fois de plus, se consomme ».TRISTE CHAPELET Robert.purge sa quatrième sentence au pénitencier.Il a 26 ans.Sa vie se résume en quelques mots : orphelinat, cour juvénile, école de réforme, prison, pénitencier.Triste chapelet, avec, ici et là, quelques mois dans sa famille qui sont « pires, dit-il, que la prison ».Les heures, derrière des murs toujours plus opaques, se sont agglutinées dans sa mémoire pour y former un bloc compact qui pèse autant sur sa vie qu’une pierre tombale.« Ce soir, tu rêves ! Tu essaies en vain d’entailler la masse de ton passé afin d’y décaper un filon de jours heureux ou d’images que tu puisses caresser.Ce soir, dans ta cellule, à la première d’une longue série de nuits, tu te sens écrasé et tu désespères.Tu pleures peut-être ?« Demain, tu iras avec les « confrères ».Tu décriras longuement tes derniers exploits de gunman, tes dernières consommations somptuaires, tes dernières frasques.Tu cracheras sur la société, sur la police, sur les juges.Tu accuseras.Tu les menaceras tous.Tu maudiras le délateur qui t’a trahi (et que tu inventeras de toutes pièces ; il MARCEL FRECHETTE n’y a pas de délateurs puisque tu n’as jamais su organiser convenablement tes délits) ».HUIT SUR DIX Ils sont des milliers à compter les jours, à « faire du temps », disent-ils.Deux ans, cinq ans, dix ans, vingt ans, à vivre d’attente, à ronger ce mors.Temps qui s’étire, temps élastique qui semble ne jamais devoir finir, temps qui ne passe pas, temps qu’ils voudraient escamoter.Conscience hallucinante de la durée ! Pourtant, c’est leur vie qui s’use.Qui peut se permettre de gaspiller le temps d’une vie ?Qui peut renoncer à vivre ?Irrésistiblement, ils souhaitent demain, après-demain, l’autre et l’autre année, alors que tout leur être proteste et se refuse à ce sacrifice, à cette destruction, à ce blanc dans la trame de leurs jours.Ecartelés, ils sombrent dans la rage ou dans l’abrutissement.Toutefois, presque tous recommencent et retournent à la vie carcérale.Les chiffres sont effarants : le taux de récidivité dans les grandes maisons pénitentiaires canadiennes se situe au-delà de 80%.Huit détenus sur dix replongent dans ce cauchemar, dans cette existence humiliée.Le naïf demande : « le régime des prisons est-il trop doux ?» Robert répondrait par un haussement d’épaules ou dirait : « Venez donc essayer.» La vérité, c’est que le récidiviste, face au groupement humain dont il provient, vit un conflit sans issue.Evidemment, il sabote le corps social et très vite il doit être neutralisé.Le rejet social qu’il subit semble cependant si brutal et si irréversible qu’il n’a plus ensuite que le choix de l’antisocialité.Le chemin de Il révoliî dsme.Il i léclirm uu U11UÜI Kl do i i la siibj Mi ce fe eil fc ic::| ttii elle I départ laniptui hivers se Miàm hi*.k Kcicii toi sC!;; ®%nt; tasÉt;p ^iiilar 25 ÜS ai, ^ lui p Sdiisli Ifllr Nési 'Je "Ws “Htje Hi % * "H N n ft ît.ft Ht I 'tilj L#î|« la, 1,1 V 229 a révolte devient l’ornière de l’ostra-:isme.Il y a toujours dans la crimina-Ijité chronique (ce n’est pas le seul élé-inent du phénomène) une protestation le la subjectivité brimée ou opprimée :ontre ce qui l’aliène.Cette protestation est fonction du poids de l’oppression.L’opposition sans rémission entre l’in-;Iividu et la société se cristallise vite.Dès e départ, les adversaires se braquent.La rupture une fois consommée avec ’univers social, le délinquant paraît en-CHEÏÏt ï er dans une terre of no return.Les îtudes confirment que la récidivité s’installe à un âge précoce dans la vie de ’individu.En morcelant la population les récidivistes par groupes d’âge, les taux suivants de rechute criminelle émergent : pour les 15 à 20 ans, un taux de 55% à 60% ; pour les 21 à 24 ms, un taux de 75% à 80% ; pour les njbliiiteiï!;i 29 à 39 ans, un taux de 50% ; et fina-tement pour les 40 ans et plus, un taux le 35%.Ces chiffres témoignent que :eux qui pénètrent dans le domaine de (,Br!(t là .’interdit social voient se durcir, très jeu-liiüti les, leur identité criminelle.ifi'i pi t* tl Tout ceci, un vieux récidiviste, interrogé sur les raisons qui le ramenaient jlluciiiiiiK 1‘ instamment au pénitencier, le sentait .lien lorsqu’il répondait d’un air las : * Je ne connais rien d’autre ; je fais ce pjllï ls ^ eu depuis que je suis enfant et je crois lien que je vais le continuer jusqu’à ma J1* SOLIDAIRES DANS LE MALHEUR ort ».Tel se dessine le destin tragique - le ces parias : mener derrière les bar-^lesli1 ‘eaux une vie diminuée et inhumaine; ;tre mis en liberté dans un monde hos-,|;ijsF' :ile qui les regarde comme des bêtes cu-l5 [î ^ ¦ 'ieuses sinon féroces ; retourner à la irison à la fois pour se venger et fuir .[(cflr- me société dont ils se sentent aliénés et iour retrouver l’appui sécurisant de con-génères égaux dans le malheur.1?.rÿ’ 1 j Cet homme sur le chemin de l’er-ance, qui est-il ?Pourquoi se refuse- |-ii à jouer son rôle social ?Pourquoi se ^ x -:____ ÿl® ,, ilérobe-t-il à la conscience et à la ré- ;pÿ .^iprocite interhumaines?Que signifie e refus ?Les criminologues qui ont me expérience vécue du récidiviste en-1 lurci s’accordent pour observer qu’il .st un être dont la personnalité est gra-ÿ®'j ’ement atteinte et dont les structures isy chiques sont tronquées, mutilées, orrodées ; qu’il souffre de troubles sé-ieux de l’affectivité qui engendrent, en-re autres manifestations, l’insatisfaction hronique, le sentiment permanent de rustration et d’injustice subie, la ré- pi# '% si ÿ/;.volte contre autrui et contre les normes, la carence de contacts existentiels véritables en même temps qu’une insensibilité élevée aux diktats de la communauté.Ce retranchement ne résulte pas d’une volonté consciente ou intentionnelle de méchanceté mais se greffe sur une vision hostile du monde et sur une structuration comparable à celle de la pathologie mentale grave, qui sont acquises.PONCE PILATE ! « Car enfin, s’écrie Robert, suis-je né criminel ?» La rechute se rattache à la convergence de deux responsabilités.La première est assurément celle de l’homme qui agit sa révolte sur la scène sociale.La seconde implique ce monde trop sûr de lui-même qui rejette toute culpabilité comme toute indulgence et qui, si on creuse les choses, sacrifie des victimes afin de compenser son échec à assumer une impossible innocence.Ce monde appréhende de se voir tel qu’il est.Il préfère détruire certains êtres, certains protestataires, concédant à l’illusion et à l’inconscience pour sauvegarder son image.C’est là le geste de Ponce Pilate.Sans doute le criminel endurci inspire-t-il la peur, à la mesure de l’intensité de sa désaffection de son désynchronisme ! Sans doute porte-t-il encore un certain carcan mythique qui permet à l’homme honnête de se rasséréner et d’échapper au vertige des possibles que le dissociai symbolise ! « Tout mythe implique un sujet qui projette ses craintes vers un objet privilégié » (S.de Beauvoir), c’est-à-dire met en cause une sorte de stylisation du contenu émotif par laquelle le sujet cerne, assiège et capture en la définissant mythiquement la réalité qui l’angoisse et le contrôle, d’abord au-dedans de lui-même, ensuite au-dehors, en usinant une représentation-cliché qui lui sert de passe-partout pour s’affranchir de l’impuissance.Ceci explique pourquoi le criminel devient l’autre, l’insolite, le différent de soi, l’intouchable, et pourtant le si-pareil-à-soi par tellement d’aspects et aussi d’affinités profondes.D’où, l’ambiguïté du mythe et sa nécessité ! LE DRAME DU REJET COLLECTIF Peu d’hommes subissent avec autant d’intensité le rejet collectif.De même, peu de situations humaines contiennent en germe une telle puissance d’élucida- .1 tion des rouages de la machine sociale et méritent autant l’attention des intelligences lucides.La criminalité la plus noire ne livre-t-elle pas toujours un message interhumain ?« Pourquoi se révolter s’il n’y a, en soi, rien de permanent à préserver ?» demande Camus.Dans ce sens, tout criminel, même le plus endurci, cherche à témoigner.Une partie de lui-même se dresse pour en protéger une autre qui plonge nécessairement des racines dans le collectif.Son geste n’est jamais pure négation : il ne pourrait choisir alors que le suicide.Il revendique, il attaque, et cette action ne peut être entreprise qu’au nom d’une valeur à sauver, valeur qui est le lien ultime et ténu le rattachant au rivage des hommes.Cette valeur demeure imprégnée de valence interhumaine : il sauve un bien qu’on lui a appris à aimer, il sauve donc en lui un dépôt social, le moment privilégié de sa vie où il y avait encore échange, partage, présence à autrui.Peut-être est-ce là le sens profond de son cri ! « Robert lit, me regarde perplexe et finit par me déclarer en faisant jouer à fond sa mimique désabusée de gars-à-qui-on-ne-la-fait-plus : « Bien beau tout ça ! mais vous vous mettez le doigt dans l’œil jusqu’au coude si vous croyez qu’« ils » vont comprendre.Il n’y a plus rien à espérer d’« eux ».» « Tu mens, Robert ! Je vois ton regard qui tremble.Tu espères toujours, tu espéreras toujours et malgré tout, plus que tu ne veux bien te l’avouer.Que te reste-t-il d’autre ?Je soupçonne les images qui t’habitent.Ces images qui montrent un homme autre que toi, qui a pourtant ton visage et qui vit en paix, heureux, dans un monde accueillant.» 4 HOSPITALITÉ DEMANDÉE Du 1er au 5 août, 120 militants français du mouvement « La Vie Nouvelle » seront à Montréal pour quatre journées d’information sur « Le Canada-français, aujourd’hui ».Normand et Lucie Ryan, (Re 3-7415) sont donc à la recherche de foyers canadiens susceptibles d’héberger et surtout d’échanger avec leurs hôtes français.La délégation comprend des célibataires, hommes ou femmes et des couples.« La Vie Nouvelle » est un mouvement d’éducation permanente s’inspirant du personnalisme communautaire d’Emmanuel Meunier. 230 état ou Québec DELINQUANCE JUVENILE ESSOR OU DÉCLIN?Icepltr pdes deèjei ttial de Pnii (K gm üi) fon Wei m can, Celts fe.Y % ce, |l)l« MARIE-ANDRÉE BERTRAND Dans notre vocabulaire, il existe peu de mots qui aient été employés à plus de sauces que ceux de « jeune délinquant ».On en a coiffé le jeune garçon qui empruntait sans permission le véhicule automobile de son père et celui qui menaçait d’abandonner des études qui ne lui convenaient pas, interrompant un processus scolaire que ses parents jugeaient (unilatéralement) indispensable à son avenir.On en a affublé la jeune fille qui usait précocement de ses charmes féminins, refusant d’entrer aux heures convenues, et qui à l’occasion fumait et consommait des boissons alcoolisées « avant l’âge ».« C’est notre enfant problème », déclaraient les parents du premier et du second jeune garçon.« Un vrai délinquant ! » — « Je ne sais ce qu’on va faire de celle-là !.» soupiraient les parents de la jeune fille dévergondée.Les « délinquants » de la paroisse, ou de la petite ville de X, c’était aussi ce groupe de teen-agers en mal de vivre, pourvus de motos d’occasion, tapageurs à souhait, clients réguliers mais indésirables des restaurants du coin, en rupture de ban contre les us et coutumes culturels et familiaux, refusant de se faire couper les cheveux (quelle hor- MARIE-ANDREE BERTRAND : Département de Criminologie, université de Montréal.reur !) et d’adopter les accoutrements vestimentaires que la société a décidé de juger « convenables » pour leur âge.LES «VRAIS» DÉLINQUANTS La vraie délinquance est tout autre chose et peut-être est-il grand temps que nous en réservions les mots et le sens au phénomène auquel elle s’applique réellement.a) Notion juridique : au sens légal, est jeune délinquant celui qui enfreint quelque loi ou statut ou règlement ou ordonnance, fédéral, municipal ou provincial.La notion juridique a deux énormes désavantages : elle est trop large, et de ce fait ne peut être utilisée pour le traitement puisqu’elle est susceptible de s’appliquer à des jeunes parfaitement normaux, qui commettent un délit d’occasion qu’ils ne répéteront jamais, tout autant qu’à des adolescents très sérieusement perturbés, voire à des malades mentaux.En effet, appréhendés pour des motifs qui vont de : « lancer des boules de neige », « violer la loi du couvre-feu » à « vol à main armée », « tentative de meurtre », « possession de narcotiques », les « jeunes délinquants » au sens de la loi sont souvent des adolescents qui traversent tant bien que mal leur crise de puberté et qui ne re- viendront jamais devant les tribunaux pour mineurs.b) Notion psychologique : au sens profond, psychologique, le jeune délinquant est celui ou celle qui répète les mêmes délits, qui recommence sans cesse les mêmes méfaits avec une sorte de désir inconscient de se faire punir et de se faire confirmer qu’il est « mauvais », qu’il est un hors-la-loi, inacceptable et inaccepté.C’est celui qui, à chaque nouveau vol, tâche de vous prouver qu’il rejette violemment la société qui, elle, l’a d’ores et déjà banni de ses cadres respectables.C’est aussi la jeune fille qui vous dit en se rendant coupable de complicité dans une affaire de vol ou en se livrant à un commerce charnel précoce et illicite : « Vous m’avez tous cru capable de cela ?— Eh bien ! vous voilà satisfaits : je suis bien aussi « mauvaise » que vous le pensiez ! » — Mais est-il besoin de dire que ce jeune garçon et cette jeune fille souhaitent secrètement que nous n’en croyions rien, que nous renversions cet amas de preuves et que nous sentions derrière leurs défis un appel à l’aide ?c) Notion sociologique : le vrai délinquant, le délinquant d’habitude, le récidiviste juvénile, finit par se classer (et se faire classer) dans une sorte de contre-société.Il se range parmi les « anti » (faute d’avoir su ou pu se faire Wam ¦tits ten], Wé de to': dit, Ntt, r trifi Nlem Ne t0 b^l.J] s tas s, ‘«Vjj 1 face 'll1 nulle ptse, ' «N «cta.’S Ptoij, «t HtJ.11 Se 231 accepter chez les « parmi » ).Refusé, par des adultes surtout, dans ces cercles de jeunes qui ont un comportement social de conformité, il se crée ses propres milieux, ou bien trouve accès dans ces gangs, ces fameuses sous-cultures déjà formées, dont les valeurs, les ambitions et les activités vont à rebours de celles de la société globale.le^' r^le u# se fain iiïl*1 lu* Cil»1 i ^ ^ s:l itn fri» j ttA 'i; U il »» Ji QUEL EST LE «VOLUME» AU CANADA?Cette question renferme bien des pièges.Y répondre (si tant est que ce soit possible) suppose d’abord qu’on dissipe certaines sources d’erreurs.1 ) Les chiffres officiels, publiés par le Bureau fédéral de la statistique, section de la statistique judiciaire, reproduisent les rapports que les différents tribunaux traitant des affaires pour mineurs veulent bien leur faire parvenir.A côté de ces cas connus, que de délits « cachés » ! que de parents désireux de régler seuls, ou avec l’appui d’un éducateur, d’un psychologue ou d’un psychiatre un problème de comportement qui amènerait normalement leur enfant devant le tribunal.2) Même les chiffres officiels ne représentent pas toute la réalité criminelle jii sa» juvénile connue de la police et des tri-jili»- bunaux.Il est de fait que dans deux ou 1» trois cas sur dix, en tout cas dans certaines villes, les officiers de police qui sont face à des premiers délits, renoient le délinquant dans sa famille et .wjiaMui évitent la comparution devant le r, jjjÿjp juge.De leur côté, les juges renvoient i, ];parfois des plaintes pour toutes sortes s# de bonnes raisons, dont la moindre n’est »»s j (j sx i„ (216 ; dtalité ou sa qualité, qu’à la quantité le désaccord qu’elle peut « supporter » y lans sa tension vers l’unanimité.;.Le désaccord, le conflit, la tension jj ;ont la condition historique de tout groupe.L’unanimité est la conjonction oujours à faire de la fidélité à soi-4 nême et de l’ouverture d’autrui, ÿ Le désaccord est source de perpétuel 5^',^ enouveau.La contestation réciproque .st la condition de la vie.L’unanimité 0e :onduirait au sommeil.Etre en désac-; :ord c’est s’obliger les uns les autres à .iller plus loin, à creuser plus profond, i''’- j i prendre de l’altitude, à chercher au-lelà des désaccords le point de ren-:ontre, la racine des choses, dans le ’ espect des désaccords.UK®*® ' JNE ILLUSION QUI PERSISTE ( ^ jri Le désaccord ne se définit pas entre :joint de vue sur la Vérité, telle ou telle a vérité et l’erreur mais entre tel et tel ¦ ji^ oute vers la vérité.Tant que nous ne v '¦* ommes pas totalement absorbés par la ' ' /érité nous sommes en désaccord et 'honnêteté élémentaire consiste à le re-nnnaître et à l’accepter.L’illusion qui 'j jVJ^jue toute possibilité de dialogue con-¦’ "j, (5 ^ iste à se croire dans la Vérité, ce qui , .COSMAO, O.P.: Prieur du monastère y ^ ominicain à Dakar, Afrique.» V.COSMAO revient à être esclave, prisonnier d’une parcelle de vérité.Alors l’unanimité est nécessairement l’asservissement des autres à celui qui se croit dans la vérité.Il devient un maître et ils deviennent des disciples.L’unité se fait autour de l’idole.Mais quand tous sont en recherche, quand chacun suit ses intuitions, ses lignes de forces et demeure attentif aux lignes de recherches des autres, à Té-coute de ce que chacun a déjà découvert ou des questions qu’il se pose, ce groupe est riche de désaccords dont certains irréductibles, riche de questions qui remettent sans cesse en route et délivrent de la pire tentation qui est de croire qu’on est arrivé.Tout retour au paradis terrestre est régression et finalement évasion dans le rêve.LE RISQUE DU CHEMIN La grandeur de la pensée moderne, de la culture moderne, de la civilisation moderne c’est la dose d’interrogation qu’elle porte en elle, qui dit interrogation dit question sans réponse suffisante, dit entrée progressive dans les réponses, dit donc désaccord entre les réponses des uns et les questions que se posent encore les autres.Qu’une telle dose d’interrogation mette le monde en état de crise, est évident, et aussi que la dose d’interrogation puisse devenir critique, explosive.— Il n’en reste pas moins qu’il n’y a pas de retour en arrière.Quand une question a été posée une fois dans l’histoire on ne peut plus la nier.La réponse est au bout de la question quel que soit le risque du chemin.L’interrogation, l’investigation, l’invention, la création, l’ambition pro-méthéenne sont inscrites dans le devenir de l’homme.Elles ne sont pas le mal, le péché.Le mal c’est d’y limiter le destin de l’homme.La plénitude de l’homme, sa vérité, sa vocation ne sont pas en deçà mais au-delà, au bout de cette quête.UN JOUR AU PARADIS Le retour à l’harmonie de l’enfance, à Tâge d’or, au paradis terrestre, c’est le vieux rêve des hommes, leur maladie infantile, leur refus de vivre, d’affronter le monde, la nature, les autres : le retour au sein maternel.L’harmonie, l’unité, la simplicité, Tunanimité, la paix, la joie ne sont pas en arrière mais en avant, au bout des questions, des désaccords, du risque.La réponse est au bout de la question et non dans le refus de la question.Et pour entrer dans la réponse, il faut accepter de traverser la question à ses risques et périls.C’est une affaire d’honnêteté, de vérité, d’acceptation du réel.DÉPART ET ARRIVÉE Le départ au désert, la claustration ne sont pas une fuite mais un combat qui va droit au coeur de la question.Mais l’apostolat, le dialogue, le compagnonnage aussi, visent au cœur de la question.Ecouter autrui, non par condescendance ou par tactique, mais pour Técouter, est aussi important que 254 de lui parler.Seul le dialogue qui modifie les interlocuteurs est un vrai dialogue et seul le vrai dialogue conduit à la vraie communion.La relation maître-disciple est une pédagogie nécessaire pour la mise en route.Elle doit se dépasser dans un dialogue d’homme à homme dans une réciprocité.Ainsi de la relation parents-enfants.Ainsi de la relation Dieu-humanité.Il y a deux recherches qui vont l’une vers l’autre, l’humanité cherche sa voie : c’est la sagesse.Dieu se fait son pédagogue.C’est la loi, la voie de la justice.Fais cela et tu vivras.En Jésus-Christ ces deux voies sont dépassées et assumées.Nous continuons à chercher et Dieu nous montre toujours la voie mais en Jésus-Christ la relation entre Dieu et l’humanité devient dialogue en réciprocité.Amour.Amitié.Communion : rencontre de libertés.Ainsi de la relation Eglise-monde.Si l’Eglise est Mère et Maîtresse c’est en vue de la Communion.C’est parce que Dieu parle le premier et qu’elle a pour fonction première de transmettre sa parole ; mais c’est en vue de l’Eucharistie, la communion dans Faction de grâces.Elle ne s’arrête pas à la relation « Maître-disciple » : elle est en permanence en dialogue avec un monde qui a toujours quelque chose à Lui dire.Elle est mère mais elle n’engendre pas, elle réengendre et elle naît de son enfantement.Elle est maîtresse et disciple et la Parole de Dieu lui vient aussi par ceux qui la reçoivent d’elle et qui sont illuminés par l’Esprit pour la dire ou la redire.Le dialogue est au-delà de la relation maître-disciple, au-delà du désaccord, de la contestation mais il passe par le désaccord et la contestation qui obligent à se mettre à l’écoute d’une vérité toujours nouvelle.Dieu qui parle maintenant n’est pas une idole : sa parole est actuelle parce qu’elle est nouvelle.DÉSACCORD ET VIE TERRESTRE L’unanimité c’est la vie éternelle qui est inaugurée : le désaccord est la condition de notre cheminement vers la vie éternelle.Qui m’approuve m’invite à me reposer à me complaire dans ma vérité.Qui me conteste m’oblige à la creuser.Plus l’autre est autre, différent, plus le dialogue, s’il s’établit, est riche et enrichissant en même temps que purifiant.Mais la condition du dialogue est la reconnaissance de l’autre dans sa différence, la reconnaissance du désaccord.Un minimum d’unanimité, de communion est la condition de départ du dialogue mais ce qui est commun n’est que chemin vers ce qui est autre.Se reconnaître dans l’autre c’est se retrouver soi.Reconnaître l’autre en ce qui le fait autre c’est se transcender, c’est sortir de soi, entrer en dialogue, en communion.C’est se perdre, se mettre au monde, c’est commencer à vivre.La naissance est risque, la vie est risque, le dialogue est risque, la foi est risque.Perdre son âme, risquer sa vie, se perdre en Dieu, ce dont il s’agit en tout état de cause c’est de sortir, pour entrer : l’identité avec soi-même passe par la perte de soi et coïncide avec la communion.La personne est l’être qui ne coïncide avec soi-même que par sa présence aux autres, qui n’est soi qu’en étant tout, pur sujet de relations, à la limite pure relation.L’actuation, la réalisation de la personne est proportionnelle à son ouverture et non à sa définition.La personne incarnée est définie.Sa vocation est d’ouvrir sa « définition » jusqu’à la résurrection des corps qui sera présence immédiate à la totalité de l’Univers, à Dieu, tout, en tous.VOCATION ET PROGRÈS La vocation personnelle a une autre ampleur que tout rêve de paradis terrestre, d’âge d’or, de retour à l’enfance ou au sein maternel.Elle passe par le refus de ce rêve et de toute tentative de réalisation de ce rêve.Elle passe par le désaccord, la contestation, la question.Elle passe par la contestation mais ne s’y arrête pas.Elle est progrès, processus, histoire : de l’unanimité originelle à l’unanimité éternelle la voie passe par le désaccord et elle est irréversible.Le temps est orienté et nul n’y échappe.C’est une donnée irréductible de la nécessité du monde et la nécessité est la « condition », le milieu vital de la liberté créée.Privée du « corps » de la nécessité, la liberté se dissout dans le rêve, la conscience s’évapore dans le sommeil, le moi s’anéantit dans le nirvanâ.L’homme est au monde et être au monde c’est aller à l’unanimité, à l’unité, à la communion, à l’amour, par la route austère du désaccord, de la confrontation, de l’affrontement, d’une certaine violence.à LAICS adultes ?Je pense que ces périodes d’heureux équilibre dans l’Eglise ont été surtout celles où le laïcat — le peuple et les intellectuels — avait un rôle déterminant dans l’organisation de sa vie.On trouve même des situations limites, telles celles de l’Eglise de Milan au IVe siècle.Lorsque le jeune Ambroise, avocat et catéchumène, devint évêque sous la pression du peuple et de l’« intelligentsia » de la ville, c’est-à-dire gravit en quelques! heures la hiérarchie sacramentelle et ins-| titutionnelle : baptême, confirmation, ji,,,.j communion, ordre et plénitude de l’or-lte- i dre dans l’élévation à l’épiscopat, nouspfc assistions là à quelque chose d’organi- Ce fSi que dans l’Eglise qui n’était rendue pos- j, sible que par une « osmose » déjà acqui- ; ¦ .se entre la hiérarchie ecclésiastique, la société et la pensée laïque.Nous attendons une renaissance du; j*' qui laïcat : on nous offre une promotion.En ces périodes remarquables, l’évê-p.:., que et le prêtre trouvaient donc devant! p ro,-.eux des interlocuteurs valables.Depuist Hti* s longtemps, le laïcat a perdu ce rôle.LeU4'® transfert des pouvoirs spirituels du peu-f''Ai pie et des corps intermédiaires dans la] ^ ^ main d’un roi de plus en plus absolu, la L création par les rois du concept de lî !’Etat, la suppression du roi par l’Etat, i(opp la séparation de l’Eglise et de l’Etat, .e tout ce processus de l’histoire moderne 't-amorcé dès la fin du Moyen Age et du-f^Mi, rant la Renaissance, laissa l’Eglise de- 1?!- vant une poussière d’hommes plus oui,.moins fidèles qui ne sont plus des in- fe,.terloculeurs valables., du XIXe siècle.Ce fut le drame| tet; ?b En tout cela, la hiérarchie ecclésias- ^ '"U >0; te* \/‘!l U."* tique et le pouvoir temporel ont une L, grande responsabilité.La hiérarchie a, ' au cours de l’histoire, lutté contre le " pouvoir du laïcat dont les abus en \i personne des rois et des grands gê naient Faction de l’Eglise.Aujourd’hui tous les corps plus oi moins religieux suscités dans le laïcai par la hiérarchie, représentent-ils des « interlocuteurs valables » ?L’Actior catholique peut-elle jouer ce rôle ?C’esi un premier regroupement dont l’importance est indéniable.Elle a fait décou i vrir à beaucoup de chrétiens une vie s?1 ; rituelle qu’ils n’auraient pas connue semble-t-il, sans elle.Mais cette Actioi catholique n’englobe pas tous les chré tiens, et elle est essentiellement subor donnée à la hiérarchie comme telle Nous attendons un réveil, une renais sance du laïcat, on nous offre uni promotion.K4'1 JS .N r K kfV]s ; L.-H.Parias, le peuple chrétiei a-t-il sa place dans l'Eglise ?Ecclesia, avril ’65 il tC; int'.î; kV '"N “y ^ i: 'k’k JVuVi IL ^ iv ods dtarea jjplî elles» lieftBinai vie.les, telles tel' de siècle.L« avocat el es# ioiislapr®1 ijealsia’il* en (pif tutelle et iœ itiûfl antoine, -ivres reçus [lllUüc psopal,» 'iose JW aitre«M ¦!»** ;iiielsd“l,il p diais plus a1 dans onceP1.id P®1 j istoie %; «e*1 J.; Carrier, H.(jçl’Aïurent, Ph.f & Al.: Le phénomène urbain.Paris, Aubier-Montaigne, Collect.: « Recherches économiques et sociales », 1965, 259 p.iron, Gabrielle : Marcel 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CHRÉTIENNE D'OPINIONS ET DE CONVICTIONS SUR L'ACTUALITÉ PUBLIÉE PAR LES DOMINICAINS EN COLLABORATION AVEC D'AUTRES CLERCS ET DES LAÏCS PARAÎT LE 15 DE CHAQUE MOIS directeur-administrateur : H.-M.BRADET, O.P.secrétaire de rédaction : H.DALLA IRE, O.P.adjoint à la direction : PAUL DOUCET, O.P.rédacteurs : PIERRE SAUCIER HÉLÈNE PELLETIER-BAILLARGEON parmi nos collaborateurs : A.Brunet, O.P.; Pasteur D.Pourchot ; L Fournier ; J.-Y.Morin ; A.Beaudoin ; V.Harvey, O.P.; Denis Duval, ptre ; J.Lamoureux ; M.Bouchard ; R.Cardin ; Chanoine J.Leclercq ; P.-A.Liégé, O.P.; J.-P.Vanasse ; B.Lacroix, O.P.CONDITIONS D'ABONNEMENT: ABONNEMENT D'UN AN _________ ___ S 5.00 ABONNEMENT D'ÉTUDIANT __________ S 3.50 ABONNEMENT DE SOUTIEN __________ SIO.OO RÉDACTION, ADMINISTRATION, ABONNEMENTS ET PUBLICITÉ, 2715, Chemin Côte-Ste-Catherine, Montréal-26, P.Q.Tél.739-2758 N.B.Les abonnements ne sont enregistrés qu'au reçu du versement.IMPRIMÉ AU CANADA PAR : L'ŒUVRE DE PRESSE DOMINICAINE CUM PERMISSU SUPERIORUM M JOURNALISTES CATHOLIQUES ?Il y eut une époque, elle n’est pas si lointaine, où les catholiques nourrissaient le goût de la bannière : ils se regroupaient en professeurs catholiques, médecins catholiques, intellectuels catholiques.Leurs activités et leurs institutions étaient soigneusement estampillées : ils publiaient des anthologies de la littérature catholique et s’inscrivaient dans des syndicats catholiques.Les étiquettes une fois identifiées, il était alors facile d’anticiper dès ici-bas la séparation du bon grain d’avec l’ivraie : il y avait les hommes et des machins catholiques.et les autres.Ce n’est pas le Concile qui a tout changé : il y a près de cinquante ans, agacé par les tentatives d’annexion de ses coreligionnaires, le vieux Mauriac s’impatientait : « Je ne suis pas un romancier catholique, je suis un catholique qui écrit des romans ».Il ne s’est rien dit de plus puisque toute la nuance est là, au dernier congrès mondial de la Presse Catholique à New York.Voilà bien ce que nous sommes : des catholiques qui faisons du journalisme.C’est tout.Mais c’est peut-être plus qu’avant sur le plan métier.A New York, l’évêque auxiliaire de Washington, Mgr Philip Hannan, a tenté de restaurer la notion étroite du journal catholique « instrument au service de l’Eglise ».Employant une comparaison étonnante, le prélat a suggéré que les fonctions du journaliste catholique devraient être celles-là même de l’attaché de Presse du Président des Etats-Unis : diffuser seulement l’information jugée par son chef comme saine et utile dans l’intérêt du public auquel elle est destinée.LES TEMPS ONT CHANGE Cette notion est impensable aujourd’hui : elle ne rencontre plus les normes professionnelles du journalisme contemporain.Le public n’est plus un enfant qu’on conditionne, c’est un consommateur qui exige : le public catholique comme les autres.Si le journal catholique, tait, voile ou édulcore son information religieuse, le public catholique l’achètera ailleurs.Les articles de Paris-Match sur le Concile, la réforme de la Curie, ou les secrets des commissions spéciales ne sont pas après tout si mal bâtis ! Le journalisme vit de cette denrée essentiellement périssable qu’est la nouvelle.Et par métier, le journaliste est un loustic qui finit par découvrir, pour la joie de ses lecteurs, un secret trop bien gardé, fût-il du Vatican.L’évêque auxiliaire de Washington fait la grimace.Pourtant si le journal catholique ne doit plus être qu’un sous-produit filtré et décanté de l’information générale, vieilli par les délais de la prudence et de l’opportunité, comment des lecteurs un tant soit peu démocratisés pourront-ils s’en satisfaire ?ROLE ESSENTIEL Le journaliste catholique est d’abord un homme de métier et son rôle est d’abord d’exécuter correctement son travail d’informateur.Tout métier doit se faire avec honnêteté et exactitude, mais aussi avec rapidité.Sans jaunisme ni démagogie, mais sans utilitarisme non plus : une nouvelle banale peut, si l’on y met du sien appuyer n’importe quelle thèse.La foi et les options de chacun lui permettent de lire dans les événements un éventail de significations.Chacun, après tout, a le droit de digérer pour soi.Parfois brouillonne, indiscrète et tapageuse, la Presse joue quand même un rôle devenu essentiel dans notre société civile.Elle éveille l’opinion publique à des problèmes insoupçonnés, aiguillonne les pouvoirs somnolents, crève des abcès dissimulés et se fait, à l’occasion, le porte-parole d’hommes et de groupes sans voix.Notre Eglise, une, sainte, catholique, apostolique et romaine serait-elle devenue dès ici-bas triomphante, qu’elle ne sache voir l’information utile que souhaiterait lui apporter une presse ouverte qui débusquerait ses problèmes insoupçonnés, aiguillonnerait ses pouvoirs somnolents, crèverait ses abcès dissimulés et se ferait à l’occasion, le porte-parole d’hommes et de groupes sans voix ?Hélène Pelletier-Baillargeon ¦HH LE NUMÉRO : $0.50 m
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