Maintenant, 1 février 1966, Février
lïluOTHÈQUlf] DE BROSSARD FÉVRIER 19 6 6 No 5 0 L’ÉTUDIANT ET LA RELIGION RÉFORME DU BARREAU PRÊTRE-OUVRIER EN COLÈRE RADIO-QUÉBEC LES HORIZONS SANS DIEU L’homriie d’aujourd’hui est pragmatique.« Les déceptions accumulées depuis des années-et les illusions perdues ont détourné beaucoup de jeunes de l’idéologie abstraite et des discussions sur les principes, en faveur de positions réalistes tournées vers les faits et les démonstrations concrètes », constatait Mendès-France dans La République moderne.Ascète moderne, l’homme pragmatique sait isoler un problème, ne retenir que les données immédiates, exclure ce qui est secondaire.Il ne peut plus travailler seul.Dépendant d’experts qui sp penchent sur des problèmes précis en vue d’organiser une politique cohérente dans des domaines de plus en plus circonscrits, il n’a qu’un choix : la solidarité.Jean XXIII répondrait à peu près à ce type nouveau.Ne disait-il pas de lui-même : « Je ne suis pas tellement un homme à principes qu’un homme pratique et équilibré ».Le concile devait lui donner raison en inaugurant le renouveau de l’Eglise, non pas surtout par des déclarations de principes mais par la mise en commun de toutes les ressources du peuple de Dieu.LA TERRE AVANT LE CIEL Pragmatique, l’homme moderne est aussi a-religieux.Au XVIe siècle, Luther protestait contre un monde sans âme au nom Sommaire complet 1’EvanSiIe et d’une attitude essentiellement religieuse.La révolte des paysans dont il approuva la répression sanglante, a l’intérieur montre bien qu’il ne se situait pas du tout au plan social.Au XXe siècle, les révolutions ignorent la religion.Elles se font au nom de la justice, de la liberté et de l’égalité, que l’on soit à Cuba ou dans le sud des Etats-Unis.Au Québec, Cité Libre en 1950, rendait honunage à Mgr Charbonneau.Née d’une protestation contre le duplessisme, elle s’est toujours intéressée à l’évolution de l’Eglise.Par contre, Parti-Pris, depuis sa fondation en 1963, se désintéresse complètement de la religion, la tenant comme une activité marginale par rapport aux engagements économiques et sociaux.Au même moment, des enquêtes effectuées chez les étudiants de niveau collégial, révèlent un taux de non-pratique ou de pratique occasionnelle allant jusqu’à 46% aussi bien à Montréal qu’à Jonquière.Les deux phénomènes, Parti-Pris et non-pratique sont à interpréter différemment.Mais à leur manière, ils indiquent que l’attention, ici comme ailleurs, s’est déplacée du religieux au social, du ciel à la terre.L’homme peut en effet trouver sa joie dans le seul fait de travailler à la promotion culturelle de l’humanité, à la lutte pour les droits des noirs, au relèvement des régions sous-développées du Québec.Dans cette perspective, se pencher sur les questions religieuses et sur l’au-delà, c’est rêver.Car la caractéristique de l’homme pragmatique et a-religieux, c’est de concevoir la vie comme un ensemble de problèmes et non comme un mystère insondable.Bien sûr, la souffrance, la mort, l’amour demeurent des mystères, mais on peut les accepter comme tels, les mettre entre parenthèses et s’accommoder de solutions provisoires.C’est un fait que des hommes vivent ainsi et ne semblent pas s’en porter plus mal.L'OUVRIER ET L'HOMME DE SCIENCE Deux mondes en particulier sont pragmatiques et a-religieux : celui de l’ouvrier et celui de l’homme de science.Le premier organise sa révolte contre une situation de fait.Dans ce combat, il dépend de lui-même et de la solidarité de tous.Le scientifique de son côté, cherche à donner du monde une explication aux prolongements efficaces.Si les différences sont grandes au niveau de la vie quotidienne, l’orientation essentielle est la même : pour l’homme de science comme pour l’ouvrier, le monde ne chante pas la gloire de Dieu.Prêchant dans une paroisse ouvrière, je devais l’apprendre à mes dépens.Après un sermon sur la grandeur du travail dans le plan de Dieu, un ouvrier m’a dit : « Venez à l’usine ».Tous deux, l’ouvrier et le technicien affrontent une réalité dont il leur faut venir à bout en vertu de leur capacité d’hommes.Construire des ponts, ouvrir des mondes nouveaux, restreindre le domaine de l’ignorance, c’est s’adresser aux ressources des hommes et à elles seules.Ce n’est pas la récitation des litanies qui ont contribué à la baisse de la mortalité infantile, mais les progrès de la médecine ! C’est ainsi que la vieille protestation contre un monde sans âme qui prenait jadis des formes et des contenus religieux RÉDACTION, ADMINISTRATION, ABONNEMENTS, 2715, Chemin Côte-Ste-Cotherine, Montréol-26, P.Q.Tel.739-2758 Le Ministère des Postes, à Ottawa, a autorisé l’affranchissement en numéraire et l’envoi comme objet de la deuxième classe de la présente publication.Frais de port garantis si non livrable. so m m aire s’exprime désormais dans les perspectives et avec les ressources d’un univers marqué par l’absence de Dieu.Le Luther des temps modernes, c’est Karl Marx.FIN DE L'UNANIMITÉ CHEZ LES CHRÉTIENS Devant cette situation nouvelle, des chrétiens jettent des hauts cris.Rien de plus facile alors que de reprendre la vieille rengaine des prédicateurs : « si ça va mal dans le monde, c’est que les gens ont oublié Dieu ».Une variation québécoise de ce thème ancien a été jouée dernièrement, lorsqu’on a accusé de manœuvres pernicieuses ceux qui avaient enlevé les références rehgieuses de certains manuels scolaires.D’autres chrétiens, heureusement, sont plus clairvoyants.Récemment, Alban Asselin de la Jeunesse Ouvrière Catholique déclarait : « La J.O.C.étant un mouvement d’action catholique, nous ne pouvons jouer le rôle d’un mouvement politique ou purement syndical.Nous faisons pression pour changer la structure sociale du Québec, mais notre action n’a pas la portée que pourrait avoir celle qui serait menée par un organisme totalement indépendant de l’Action Catholique.pour transformer la société il faut faire de l’action politique.or la J.O.C.ne peut que promouvoir l’éducation syndicale.» Autrement dit, le problème social postule des mécanismes d’action qui semblent incompatibles avec certaines structures d’Eglise.DRAME DE CONSCIENCE Influencés d’une manière ou d’une autre par l’appel de l’Eglise à l’engagement dans le monde, des chrétiens se sont mis à la tâche résolument, aussi bien dans des organismes d’Action Catholique que non confessionnels.Ils font alors la découverte que l’action sociale, professionnelle ou autre comporte sa propre justification.Engagés à jond, ils se rendent compte qu’ils n’ont besoin ni de motivations religieuses, ni d’objectifs religieux.Faire le décompte d’anciens membres de l’Action Catholique qui sont aujourd’hui agnostiques ou athées, serait révélateur à ce sujet.Bien sûr, ils se sont butés parfois à l’Eglise établie, mais celle-ci n’était peut-être qu’un écran de fumée embrouillant leur option dernière située au niveau de l’inutilité de la foi.DU CLOCHER AU GRATTE-CIEL Le problème n’est pas si nouveau qu’on le croit.Il a été souvent résolu dans le passé par une désaffection plus ou moins avouée vis-à-vis de l’Eglise.Si on n’osait mettre en question l’existence de Dieu, les sacrements ou les dogmes, rien n’interdisait d’expliquer à des amis sûrs que l’Eglise établie tenait trop du musée d’antiquités pour être de quelque utilité, sauf bien entendu pour les entrepreneurs de pompes funèbres.55 58 AGRICULTURE Points noirs d'un livre blanc : Pierre Aubailly 46 ARTS ET LETTRES Trois films canadiens : Jacques Lamoureux .63 DROIT Réforme du Barreau : Roland-G.Chauvin .48 ÉGLISE I Chrétienté impuis- sante, défis d'aujourd'hui .52 II Pour sortir du ghet- to : une anthropologie nouvelle : Fernand Dumont, Jocelyne Dugas .Le poids des institutions : P.-A.Liégé .INFORMATIONS L'Evangile et les « requins » .45 En plein jour .53 Le cardinal et les journalistes .59 L'après-concile est-il bien engagé ?.65 MUSÉE DES CANDEURS Sens de l'humour de Jean XXIII 57 ŒCUMÉNISME Le drame de la foi chez Martin Luther : John Mc Donough .61 PASTORALE « Prêtre-ouvrier » en colère : Jacques Couture .42 L'étudiant et la religion : Pierre Fortin .67 Le chrétien peut-il refuser d'aller à la guerre ?.69 SOCIOLOGIE Allocations familiales : Solange Chalvin .44 Du « bonhomme » au père responsable : Pierre Saucier .64 La belle époque : Hélène Pelletier-Baillargeon 72 TÉLÉVISION Radio-Québec : André Charbonneau 50 THÉOLOGIE Les horizons sans Dieu : Paul Doucet .37 En fait, l’accession à un poste responsable liée à la possibilité de prendre des initiatives et de jouir d’une marge confortable de liberté contrastait trop avec les mécanismes autoritaires d’une Eglise à direction unique, soit celle de l’évêque ou du curé, pour qu’on désire s’y sentir chez soi.Si l’Eglise pré-conciliaire était le havre du fonctionnaire, elle était la pierre d’achoppement du syndicaliste ou du chercheur scientifique.On acceptait l’Eglise parce qu’elle était là, omniprésente dans les structures hospitalières et éducatives.Elle faisait partie d’un passé dont nous avions hérité.Cette étape est déjà révolue.Malgré les clochers d’églises, le XXe siècle, pragmatique, a-religieux et constructeur de gratte-ciel, a fait son entrée au Québec.Tout notre univers religieux a alors été remis en cause.Mais les prises de position ne se situent plus seulement au niveau de la redéfinition du rôle de l’Eglise dans la société.Elles ont pour objet la foi ou la non-foi en Dieu dans sa relation avec les tâches humaines.LA FIN D'UN MONDE En conclusion d’une étude sur le Dieu de Marx, Sartre et Camus, R.Coffy constatait que ceux-ci s’en prennent plus à un théisme froid, à un Etre suprême indifférent, voire sadique, qu’au vrai Dieu dont la révélation de Jésus-Christ nous dit qu’il est Père et que son nom est Amour.Il est très utile d’analyser ainsi de façon théorique les vraies et les fausses représentations de Dieu.Mais le problème de Dieu se pose rarement pour lui-même.Il se pose toujours en relation avec une expérience humaine personnelle, elle-même conditionnée par la mentalité d’une époque.C’est précisément en tenant compte du caractère a-religieux de ce temps-ci qu’on doit refuser de faire appel à Dieu simplement pour résoudre des problèmes insolubles ou pour compenser la faiblesse de l’homme.Quant à la nouvelle apologétique de type existentialiste qui s’efforce d’exploiter les failles de l’homme pour apporter la solution Dieu, elle a fait son temps.Nous vivons peut-être dans un monde cassé ou une vallée de larmes, mais il y aurait peut-être mieux à faire que de gémir et de pleurer.D’ailleurs ce n’est pas tout le monde qui trouve le temps de s’occuper de son désespoir et de considérer son bonheur, peut-être modeste, sous l’angle de la misère, du souci et du malheur.En fait, l’expérience de l’échec personnel, risque de ne conduire qu’à un Dieu fait à la mesure des consolations que nécessite le moment.On ne saurait en faire une voie privilégiée de la recherche de Dieu.DE L'ÉCHEC À LA SOLIDARITÉ Il est une réalité beaucoup plus noble que l’échec personnel, c’est la solidarité.Elle est le pain quotidien de l’homme pragmatique.Voici comment Saint-Exupéry décrivait cette communauté de destin : « Nous voulons être déüvrés.Celui qui donne un coup de pioche veut connaître un sens à son coup de pioche.Et le coup de pioche du bagnard, qui humilie le bagnard, n’est point le même que le coup de pioche du prospecteur, qui grandit le prospecteur.Le bagne ne réside point là où des coups de pioche sont donnés.Il n’est pas l’horreur matérielle.Le bagne réside là où des coups de pioche sont donnés qui n’ont point de sens, qui ne rehent pas celui qui les donne à la communauté des hommes ».La solidarité exige que tout engagement humain comporte une volonté efficace de trouver les mécanismes propres à relier « le coup de pioche du bagnard à la communauté des hommes ».Il est légitime de ne considérer cette solidarité qu’au niveau des objectifs et des motivations d’ordre strictement humains.Il ne s’agit pas de construire le ciel sur la terre, il s’agit de faire en sorte qu’il n’y ait plus de « bagne où des coups de pioche sont donnés qui n’ont pas de sens ».Au fond, c’est cette recherche passionnée d’un « sens » ; c’est au cri de « nous voulons être délivrés » que sont déclenchées révoltes et révolutions, personnelles ou collectives, tranquilles ou non.FOI ET ESCLAVAGE Il est certain que le mouvement pour les droits civiques aux U.S.A.n’a que des objectifs terrestres.Il aspire à la reconnaissance légale et civile des noirs.Doit-on nécessairement en conclure que la foi en Dieu n’y soit que marginale ?« Des points chauds de l’Afrique jusqu’à la ceinture noire de l’Alabama, j’ai vu des hommes se dresser et secouer leurs chaînes.Tout simplement parce qu’ils venaient de se rendre compte qu’ils étaient fils de Dieu, et qu’en tant que fils de Dieu, il est impossible de se soumettre à l’esclavage de quiconque », déclarait à Paris, Martin Luther King.Son interprétation de la communauté de destin et de lutte du peuple noir est contestable.On peut légitimement en expliquer les motivations et les objectifs en termes strictement humains.Mais peut-on affirmer catégoriquement que « le tout simplement parce qu’ils étaient fils de Dieu » soit faux ?Il est difficile de répondre à cette question par un oui ou par un non.Car l’interprétation chrétienne que Martin Luther King donne de l’aspiration à la liberté n’est pas susceptible de vérification expérimentale.De plus, l’inspiration qui anime son action sociale ne se laisse pas réduire aux seuls critères d’utilité, d’efficacité et de succès.Dans la recherche d’un « sens », elle accueille même un au-delà de l’homme.Prouve-t-elle pour autant l’existence d’un Dieu personnel ?Evidemment non.Mais dans un monde aux horizons sans Dieu, elle indique que c’est la conscience d’une communauté de destin et de la lutte qu’elle implique qui est devenue le chemin privilégié de la reconnaissance du vrai Dieu.Dans cette optique, Dieu sera moins la réponse à des mystères comme la mort et la souffrance que la source unique de cette communauté de destin dont nous cherchons à percevoir le sens.PAUL DOUCET 42 La Patrie du 5 décembre dernier parle des « prêtres-ouvriers » québécois.La page couverture, toute accrochée au sujet, lui donne le caractère d’un événement sensationnel.On veut délibérément sortir les grosses batteries pour annoncer avec fierté que le Québec, lui aussi, aura ses prêtres-ouvriers.EN BRAS DE CHEMISE On fait allusion à trois prêtres de Montréal qui vivent actuellement en logement dans des milieux défavorisés et c’est par eux et à travers eux qu’on cherche à évoquer l’image des prêtres-ouvriers.Le journaliste affirme que le fait pour « l’abbé Freddy » d’avoir vécu quinze jours dans un taudis de la rue Hôtel-de-Ville, « voilà déjà la vie du prêtre-ouvrier ».Voilà qui nous éclaire sur l’objectif de l’article.Tout le tapage publicitaire qui a entouré l’expérience française recommence, on monte immédiatement en épingle les timides essais réalisés dans le milieu montréalais, on parle déjà des « saints » qui vont en « enfer » (ce pauvre romantisme faux de Gilbert Cesbron), des images toutes faites sont lancées : un prêtre-héros qui moisit dans un taudis pour mieux contacter les ouvriers.la classique et touchante scène du verre de bière partagé et de la tape dans le dos.les gars « tough » qui s’attendrissent au regard lointain du p’tit abbé en bras de chemise.Je suis l’un de ces trois prêtres en question.L’ « enquête » dont on fait état n’a pas été poussée bien loin, en tout cas, l’allusion sur mon compte n’est pas le fruit d’une rencontre préalable avec le journaliste.N’importe.On me permettra, cependant, de donner ma modeste opinion sur un sujet qui me paraît très important dans le contexte actuel, étant donné, surtout, que j’y JACQUES COUTURE, S.J.: • Prêtre- ouvrier ».«PRETRE-OUVRIER» EN COLÈRE JACQUES COUTURE suis passablement impliqué.Les Pères du Concile nous ont habitué au dialogue ouvert et public et nous ont prouvé à quelle fécondité il menait.C’est dans cet esprit que je veux apporter cette série de commentaires.Ce qu’on a lancé avec éclat dans le public donne le droit aux intéressés d’intervenir au même niveau.SUIS-JE « PRÊTRE-OUVRIER» ?L’expression « prêtres-ouvriers » a une signification particulière et se réfère directement à cette catégorie de prêtres français, groupés par la « Mission de Paris » du cardinal Suhard, envoyés en usine pour s’intégrer parfaitement à la condition ouvrière, expérience qui s’étendait de 1944 à 1954, année de leur condamnation par Rome.Ces prêtres sont devenus ouvriers à plein temps et ont mené le plus complètement possible la vie de l’ouvrier, activité syndicale, participation aux grèves, vie quotidienne absolument semblable aux autres, etc.Employer ce terme pour ce qui se fait maintenant ou se prépare est tout a fait inadéquat et peut prêter à beaucoup de confusion.D’ailleurs, l’expression en elle-même ne me semble pas heureuse.Cela tient encore à une conception du sacerdoce qui est loin d’être dans la ligne de l’Eglise primitive.Souhaitons qu’il y ait des ouvriers prêtres, qui seront des chrétiens du milieu en service pastoral auprès des leurs, mais.des « prêtres » qui se font ouvriers, qu’est-ce que cela veut dire ?Des « prêtres » en soi, ça n’existe que dans les gros livres écrits par des théologiens en chambre.On est d’abord homme de tel milieu, bapti-sé-chrétien.Devenir prêtre signifie : recevoir une mission pastorale dans le milieu « de vie » de son origine ou de son choix pourvu qu’il y ait parfaite intégration.Le Christ, d’abord ouvrier de Nazareth.Pierre, pêcheur, Paul, tisserand.LE «MYTHE» DU PRÊTRE En fait, c’est le visage du prêtre au Québec qui est en jeu.La façon dont l’article en question traite le sujet en fait foi.Ce clerc en soutane et ce clerc devant son établi.ce prêtre envoyé par les presbytères.le monde des « prêtres » qui délègue des hommes vers le monde ouvrier.Il s’agit bien de la « caste » sacerdotale, du « clergé » des « curés » comme on dit, qui partent « de leur milieu » pour s’intégrer à un autre milieu.Le prêtre est ce « personnage » officiel, instruit, sorcier du ciel, associé aux puissants.D’où l’événement qui paraît extraordinaire quand quelques-uns d’entre eux vont vivre comme tout le monde.Cette image traditionnelle est un mythe et Dieu sait si plusieurs d’entre nous en souffrent.Nous sommes enveloppés de fausse dignité et de faux respect.J’aurais mille anecdotes pour manifester l’étonnement des gens qui se sont subitement aperçus qu’un « prêtre » pouvait être un homme comme les autres, qu’il avait le droit, lui aussi, de sortir les vidanges, de faire un peu de vaisselle, d’aller chez l’épicier du coin, de s’asseoir sur sa galerie pour fumer, de nettoyer sa « shed ».Avec toutes les idées qu’on a sur le prêtre, je comprends que l’événement puisse paraître sensationnel et stimuler un journaliste à produire un reportage coloré sans oublier ce pittoresque dialogue du prêtre-devenu-un-homme avec le travailleur pris au jeu.SI PEU, SI TARD Mais, bon sang, on serait peut-être mieux de ne pas trop s’émerveiller d’un acte qui aurait dû devenir affaire courante et normale depuis des siècles.Il y en a qui font beaucoup de bruit autour de la chose et se donnent bonne conscience (l’Eglise est dans le vent.), pour ma part, j’ai un sentiment de honte 43 qu’on puisse être satisfait de nos efforts alors que nous devrions plutôt pleurer de réaliser si peu et si tard.Je n’ai jamais senti aussi vivement que dans ma situation actuelle à quel point s’imposent une grande démystification du clergé québécois, une abolition totale de la « caste » avec ses trop nombreux privilèges, une immense tentative de sortir de nos tours d’ivoire bien gardées pour aller vivre et souffrir avec les hommes d’aujourd’hui.Nous faisons partie du « peuple chrétien » (tant de rappels venus du Concile) et ce peuple chrétien est en marche dans la cité, sa vie quotidienne est à mille milles de certains milieux de vie protégés par des murs, des clôtures et des grands jardins.Pour la majorité des gens, nous ne sommes pas « dans le coup ».Sous prétexte de témoigner la vie d’éternité, nous oublions de vivre celle qui nous est d’abord demandée de vivre, à l’exemple du Christ, au niveau des gens avec leurs misères et leurs joies.OÙ SONT LES « HÉROS » ?Ce qui m’apparaît le plus grave et me révolte totalement, c’est l’espèce de fausse idéalisation qu’on tente de réaliser autour de ces « prêtres-en-milieu-ouvrier ».Encore un peu et on en fait des héros ! Imaginez.aller vivre quinze jours dans un taudis de la rue Hôtel-de-Ville.Comme je me sens terriblement mal à l’aise quand de bonnes personnes de milieux riches s’apitoient sur mon sort : quoi ?vous acceptez de vivre pauvrement comme ça ?.Rassurez-vous, ma bonne dame, les pauvres, c’est pas nous autres ! C’est une chose qu’il faut absolument que je crie publiquement.On donne une importance énorme au fait qu’un « prêtre » (vous y pensez, un prêtre !) veuille vivre relativement la vie quotidienne d’un modeste salarié (je dis bien « relativement » car avec tout le « prestige » qui nous entoure, on n’a aucune chance d’être laissé quatre heures de temps sans un petit don d’ici ou de là).Allons donc ! Ne me faites pas rire ! J’ai vaguement l’impression que l’on fait à peine le minimum de ce qui devrait être accompli sur une grande échelle par tous ceux qui croient à un évangile vécu avant d’être prêché.Et encore.Ne parlez plus de nous comme si nous étions des héros, c’est de l’imposture.Les héros du Québec, je les vois tous les jours autour de moi : cet ouvrier accablé d’ouvrage, exploité à qui mieux mieux par un patron (généreux envers la Fédération).et qui trouve le temps et le cœur de se donner sans compter pour son quartier, malgré sa grosse famille, malgré sa fatigue qui est grande, malgré mille problèmes qui le harcèlent.Ces mères de famille admirables qui ont tout sur les bras : un mari ivrogne (pourquoi boit-il ?ne condamnez pas tout de suite.), sept enfants, des comptes tous les jours, un logement insalubre à rendre « vivable ».Je me compte chanceux de vivre dans ce milieu pour savoir ce que pouvaient être en pratique les vertus évangéliques.Des héros ?Les milliers de petites gens de ma ville qui triment dur, sourient malgré tout à la vie et qui ne connaissent pas leurs limites dans le don d’eux-mêmes aux autres.Ce sont eux qui croient naïvement tout ce que les journaux leur racontent et qui pensent sûrement que le p’tit Père Untel qui vit dans leur rue est un « prêtre-ouvrier » et leur p’tit héros.LE PRÊTRE : UN HOMME DE MÉTIER ?On s’est réjoui avec raison de la décision romaine d’une reprise des « prêtres-ouvriers ».C’est une véritable réhabilitation.On avait un peu trop facilement montré du doigt les « erreurs » de ces pionniers sans apprécier à sa juste mesure l’immense espérance qu’ils avaient suscitée dans le monde ouvrier.Directives nouvelles, modalités nouvelles réglementent dans le détail les tentatives à venir.Il n’y a pas de solution magique.L’article de La Patrie fait état d’une Commission diocésaine de pastorale ouvrière dont l’un des objectifs est de préparer pour notre milieu cette expérience de prêtres en usine.Je suis parfaitement d’accord avec l’article pour vouloir avant tout qu’une telle possibilité soit l’accomplissement d’un désir préalable du milieu ouvrier.C’est notre devoir d’étudier la question à fond à l’intérieur de cette Commission.Il n’est cependant pas négligeable de faire appel à tous les chrétiens qui nous entourent pour nous éclairer dans cette recherche.Les plus grandes difficultés viennent encore de cette conception étriquée qu’on a du prêtre.C’est notre faute et la faute de tous ceux qui veulent plus ou moins volontairement laisser cette image du prêtre.Je reviens donc à l’article pour dénoncer le faux romantisme qui entoure ce visage du prêtre-en-soutane-et-de-presbytère qu’on pa- rachute subitement dans un fond de cour.en organisant ainsi un beau contraste dont la portée lyrique est certaine.UN VOISIN À QUI PARLER Seigneur, que le folklore et tout le bric-à-brac clérical disparaissent au plus tôt ! Quand les prêtres deviendront, pour tous, un homme comme les autres, un voisin-à-qui-parler, on comprendra facilement que certains se consacrent totalement à ce que 90% de l’humanité ne cesse de faire tous les jours : gagner sa vie en travaillant de ses mains.Il est à souhaiter car cela me semble l’idéal tel qu’il était vécu dans la primitive Eglise, il est à souhaiter que tous les milieux sociaux produisent leurs propres chrétiens en service ministériel et pastoral auprès des siens.La vie vient d’en bas.que du milieu de travailleurs puisse naître le pasteur attendu et surtout, qu’on ne le coupe pas de ses racines ouvrières, de son lien vital.Là est le drame : la « formation cléricale » est bourgeoise (au sens de « classe sociale » ) et comme le faisait judicieusement remarquer le prophète qu’était l’abbé Godin (France, pays de mission?), «elle déclasse».Il est inutile de se réfugier derrière quelques tentatives encore timides, l’Eglise du Québec n’est pas « incarnée » dans le monde ouvrier, elle y est « psychologiquement » absente.Beaucoup d’œuvres, de grandes églises, mais où sont les communautés chrétiennes vécues au niveau de la vie quotidienne ?Le même abbé Godin et la mission de Paris n’ont-ils pas centré tous leurs efforts sur l’intégration aux « chrétientés de base » ?UN BIEN PAUVRE COMMENCEMENT Evidemment, tout est à bâtir.Le passé avait ses valeurs, d’autres moyens et une autre mentalité.Ce n’est pas à nous de juger ou de renier.Il nous est demandé un effort lucide pour la vérité des faits.C’est à ce niveau que je proteste contre la façon choisie par La Patrie pour traiter un sujet qui engage tant d’éléments.Je suis persuadé que nous, du peuple chrétien, avons beaucoup manqué envers le monde ouvrier, nous avons beaucoup de choses à nous faire pardonner.Comprenez qu’on puisse se sentir un peu gêné d’être cité en honneur quand le petit effort accompli nous paraît encore un bien pauvre commencement.Croyez-moi, il y a des milliers de héros anonymes qui méritent infiniment plus ! 4 44 Ce qui m’étonne dans la transformation que subira d’ici quelques mois chez nous le système de prestations familiales, c’est que ce ne sont pas les familles elles-mêmes qui aient réclamé ces changements.Bien qu’il y ait des années qu’en cercles fermés, on se plaint que les taux accordés aux familles sont absolument ridicules — ne servent même pas à payer le lait d’un enfant en croissance — aucun groupe de parents, aucun corps intermédiaire — du moins à ma connaissance — n’a jamais présenté de revendications sérieuses, de mémoires bien stucturés auprès du gouvernement fédéral.D'OTTAWA À QUÉBEC Le fait que ces allocations aient jusqu’ici été le monopole d’Ottawa y est sans doute pour quelque chose.Les corps intermédiaires se sentent une plus grande autorité quand ils réclament à Québec ; à Ottawa, ils deviennent une voix qui crie parmi dix autres voix.une voix quasi non autorisée qui devrait normalement canaliser ses efforts par l’intermédiaire de son propre gouvernement.Il ne faudrait toutefois pas croire qu’un gouvernement qui accepte de répondre aux besoins vitaux de la famille fait preuve d’une ouverture de pensée extraordinaire, d’une magnanimité sans limite ou encore d’un fléchissement à gauche.La répartition par l’Etat des sommes perçues est un strict devoir de justice ; tous les pays civilisés ont institué ces prestations comme base de sécurité sociale aux familles.Et parmi ces pays, nous sommes l’un des seuls à avoir laissé stagner pendant 21 ans le même système.Ce n’est sans doute pas un record de vitalité.Mais depuis six mois, nous avons franchi quelques SOLANGE CHALVIN : Journaliste au Devoir.ALLOCATIONS FAMILIALES SOLANGE CHALVIN étapes.Revoyons-les ensemble avant de dégager les espoirs naissants des familles.DE 1944 À 1965 C’est un sociologue, M.Jacques Henripin, appuyé par le doyen de la faculté des sciences sociales de l’U.de M., M.Philippe Garigue, qui a sonné l’alarme en réclamant pour les familles du Québec des prestations familiales reposant sur les besoins réels des familles au fur et à mesure de la croissance des enfants.Jusqu’ici nous avions accepté, bon gré mal gré, les $6.par enfant, par mois de la naissance à dix ans et les $8.par mois par enfant, de 10 à 16 ans.A cet âge, s’arrêtent les allocations familiales fédérales.Au Québec, afin de prolonger la scolarité, on accorde à tout enfant aux études de 16 à 18 ans une allocation mensuelle de $10.Uniformes pour tout le pays, ces prestations familiales n’ont subi — à une exception près — aucun ajustement au coût de la vie, bien qu’elles aient été instituées en 1944 à une époque où la valeur du dollar était presque deux fois celle d’aujourd’hui.S’il n’y a pas d’ajustement au coût réel de la vie, il n’y a pas non plus de gradation du taux d’allocation selon le rang qu’occupe l’enfant dans la famille.L’inventaire de notre système de prestations familiales est rapide à faire comme on le voit.D’allocations prénatales, de maternité, de mère au foyer ou de salaire unique, il n’a même jamais été question.La nomination d’un nouveau ministre québécois au Bien-être et à la famille a redonné espoir à ceux qui ont été emballés par la thèse préconisée par M.Henripin.Rappelons brièvement l’ébauche du système élaboré par le sociologue avant de dégager les priorités du ministre de la famille, M.René Lévesque.LE SYSTÈME HENRIPIN Un minimum de sens commun suffit pour se convaincre qu’avec un revenu donné, on ne jouit pas du même niveau de vie suivant qu’on est deux, six ou huit dans une même famille à partager ce revenu.S’appuyant sur ce principe, le sociologue base son système de prestations familiales, sur les besoins de la famille au fur et à mesure de la croissance des enfants.Autrement dit, le premier souci de M.Henripin est d’attribuer le maximum de prestations familiales aux familles qui en ont le plus besoin, c’est-à-dire aux familles nombreuses et aussi au moment où elles en ont le plus besoin c’est-à-dire vers la période d’adolescence de leurs enfants.Comment y parvenir sans trop grever les coffres de l’Etat ?Telle est la question qui vient à l’esprit de tout administrateur, soit-il seulement simple responsable de l’équilibre du budget familial.Par un moyen très simple, dit M.Henripin : en supprimant l’allocation au premier enfant et en n’augmentant que légèrement ou pas du tout, celle du second enfant.Bien sûr, cette mesure n’aura pas l’assentiment des familles à enfant unique, mais qu’à cela ne tienne, ce sont toujours celles qui se débrouilleront le plus facilement.Les sommes ainsi économisées seraient reportées sur les enfants de rang supérieur à 2.Cette économie qui semble banale au premier abord est en fait considérable puisque plus du tiers des enfants sont des premiers enfants.Si l’on appliquait ce système, on pourrait verser pour chaque enfant de rang 3 et plus $340.par année.En d’autres termes, on demandait aux parents de prendre à charge leur premier enfant, on les assisterait quelque peu pour le deuxième et on leur donnerait pour chacun des autres, un montant qui représenterait une partie importante 45 du coût de leurs subsistance.Ce qui ressort surtout de cette ébauche, c’est que les familles nombreuses auraient enfin la possibilité d’accéder à un niveau de vie à peu près égal à celui des petites familles.Des compensations financières, sous forme de prestations familiales, viendraient alléger les charges familiales qui incombent au père d’une nombreuse famille.UN MINISTRE ATTENTIF.À LA FAMILLE Ce qui étonne les observateurs, chez le nouveau ministre de la famille, M.Lévesque, c’est sa facilité d’adaptation aux besoins du milieu ; les propos de M.Henripin prononcés sur la place publique — et non dans les couloirs parlementaires — ne sont pourtant pas tombés dans l’oreille d’un sourd.Pas plus d’ailleurs que les autres systèmes de sécurité sociale existants dans d’autres pays, plus avancés socialement que le Québec ; nous pensons à la France, la Suède et l’Allemagne.Deux mois après sa nomination, M.René Lévesque donnait un aperçu de sa politique de sécurité sociale à l’intérieur de laquelle pointaient deux grandes priorités : l’assistance-santé et les prestations familiales.A celles-ci sont venues s’ajouter au fur et à mesure des conférences publiques du ministre, d’autres priorités dont une loi unique d’assistance publique, la décentralisation des services, la refonte de la loi de l’adoption, la création de coopératives de crédit familial, etc.Enfin, début janvier, assistant à la conférence fédérale des ministres provinciaux du bien-être, M.Lévesque, ouvrait le feu en réclamant : 1) que les allocations familiales des enfants de 13 à 15 ans de rang 3 dans la famille, soient portées de $8.à $16.par mois; 2) que les allocations familiales des jeunes de 16 et 17 ans soient portées de $10.à $20.par mois; 3) qu’une allocation de $20.par mois soit également attribuée aux étudiants de 18 ans.D’une pierre, le ministre fait deux coups.Il avantage les familles aux prises avec les charges familiales les plus lourdes — des jeunes de 13 à 18 ans aux études ; d’autre part, il favorise la scolarité de ces étudiants que bien des parents peu scrupuleux ou économiquement faibles auraient dû jeter sur le marché du travail.Les mesures préconisées par le Québec ont si bien rencontré l’assentiment des autres pro- L’ÉVANGILE ET LES «REQUINS» On a béni ces jours derniers les nouveaux locaux d’une grande caisse populaire de la métropole.Invité à présider cette cérémonie, l’archevêque de Montréal a profité de l’occasion pour commenter le remarquable chapitre sur les laïcs que comporte la constitution conciliaire sur l’Eglise.A un certain moment, levant les yeux du texte qu’il lisait, il s’est adressé à l’assistance en disant : « J’aimerais recommencer ma vie pour pouvoir appliquer de tels enseignements ; quand j’étais plus jeune, on ne nous apprenait pas de si belles choses ».Le cardinal Paul-Emile Léger a dit en substance que les caisses populaires, nées à l’ombre du clocher paroissial, devaient maintenant évoluer dans un conditionnement profane à la conquête de leur place dans le monde économique.« Seront-elles pour autant moins chrétiennes parce que moins cléricales », s’est-il demandé, s’empressant de répondre que « non, si leurs membres, laïcs chrétiens, prennent davantage conscience de leur mission propre que le concile vient de leur rappeler ».« Sous une étiquette chrétienne, a-t-il dit encore, qu’on a trop facilement accolée à nos institutions économiques, peuvent croître des institutions d’esprit purement matériel ».« C’est au moment seulement où un chrétien fait passer un esprit de fraternelle charité qu’il transforme du dedans les réalités temporelles ».Il a souligné que les caisses populaires pouvaient être une merveilleuse école d’entraide et de charité fraternelle si on savait en saisir l’esprit évangélique.Et c’est à ce point de son allocution, que l’archevêque de Mont- réal a prononcé ces paroles qui, à prime abord, peuvent étonner : « A certaines heures, dans nos frères qui réclament du crédit pour améliorer leur sort ou subvenir à des nécessités vitales, nous voyons le Christ qui a faim, qui a soif, qui est malade.« Alors ce ne sont plus ni des pierres ni des chiffres que nous manipulerons, mais le sort de nos frères que nous portons avec nous devant le Seigneur ».Propos bien artificiels pour qui n’aura pu qu’observer du dehors les opérations courantes d’une importante caisse populaire moderne.Il faut peut-être avoir vu à l’œuvre, en divers points de la province, ces équipes syndicales, animées par un André Laurin, ou celles des Travailleurs étudiants du Québec, pour ne pas hésiter sur le sens profondément humain de l’invitation de l’archevêque de Montréal.L’Eglise enseignante pouvait difficilement aller plus loin qu’elle ne l’a fait ce jour-là.Il nous appartient peut-être de prolonger la réflexion qu’elle nous a proposée.Les caisses populaires, pour être fidèles à l’esprit évangélique qui a présidé à leur fondation, ne devraient-elles pas intensifier leurs services d’éducation et de « dépannage » auprès des familles victimes de leur ignorance peut-être, mais également des multiples formes d’exploitation qui ont présentement cours, notamment dans le domaine du crédit à la consommation.On comprendait mal que le mouvement du commandeur Desjardins, hynoptisé par le prodigieux succès financier qu’il a connu et continue de connaître, ne soit pas à la fine pointe de cet effort pour sauver du marasme les victimes des « requins de la finance ». 46 vinces qu’aucune voix discordante ne s’est élevée à la conférence fédérale-provinciale des ministres du Bien-être.Par conséquent, la première manche de la lutte est gagnée.Il suffit maintenant de savoir si Ottawa s’acquittera honorablement de ses nouvelles tâches sociales ou si les provinces — et le Québec en particulier — devront faire face à la musique et financer elles-mêmes leurs mesures sociales.Il semble que M.René Lévesque ne donnera que peu de temps à Ottawa pour se décider.Les prochaines élections provinciales étant sur le point d’être annoncées, le ministre de la famille voudra prouver avant cette échéance, que les mesures de sécurité sociale qu’il préconise ne sont pas que du vent et que dès la fin de 1966 les Québécois devraient en ressentir quelques effets sur leurs budgets familiaux.LA VOIX DES PARENTS L’annonce de ces mesures si elle permet aux familles d’entrevoir des compensations plus raisonnables de leurs charges familiales, ne devrait pas les empêcher de garder l’œil vigilant et de réclamer d’autres formes de prestations familiales.Toujours dans le domaine des allocations familiales, l’opinion des jeunes couples est actuellement réclamée sur la suppression probable de l’allocation au premier enfant, selon des modalités à établir.Il faudrait que ces jeunes couples trouvent le moyen de s’exprimer afin que les mesures ne prennent pas forme sans leur participation.Si l’application d’un système de sécurité sociale est un devoir de justice pour une société évoluée, la consultation et la participation de cette société à l’élaboration d’une telle pobtique est la meilleure garantie que celle-ci corresponde bien aux besoins de cette société.Malheureusement au Québec, il n’existe quasiment pas d’organismes vraiment représentatifs des parents et autorisés à parler au nom de cette vaste collectivité que sont les parents.Alors que s’élaborent des programmes qui régiront la famille, qui lui donneront un modèle typiquement québécois, qui lui assureront une certaine forme originale de sécurité, il serait important que les parents se groupent, unissent leurs efforts pour faire entendre leurs voix, leurs revendications, leurs suggestions.Associations de parents, unions de familles, écoles de parents, etc., devraient s’unir en une vaste Fédération des parents du Québec afin de travailler à donner à la famille québécoise son vrai visage.4 AGRICULTURE POINTS NOIRS D’UN LIVRE BLANC PIERRE AUBAILLY Quand vous lirez cet article, le livre blanc du ministre de l’agriculture et de la colonisation, paru en mars, aura sombré dans l’oubli quasi total.Il s’apparentera déjà à l’histoire ancienne en admettant que les citadins et les intellectuels de la province aient daigné y prêter attention, tant il est vrai que les choses de l’agriculture intéressent si peu de gens.UN REVENU DÉRISOIRE D’abord en prenant les estimations les moins avantageuses pour ma démonstration, la population agricole du pays représente 11 % de la population totale.Or ce 11% ne se partage que 5.7% du revenu national.Compte rendu du pourcentage d’erreur cela veut dire qu’un cultivateur a la moitié des revenus qu’il PIERRE AUBAILLY : Professeur et journaliste, ancien professeur de sociologie agricole.serait en droit d’attendre par comparaison avec les autres secteurs de la société nationale.D’après ce livre blanc : « La situation financière de la ferme moyenne du Québec peut se décrire par les quelques statistiques suivantes (chiffres approximatifs) tirées du recensement de 1961 : Valeurs totale des biens Revenu brut en espèce .Revenu brut en nature .$17,000.00 $ 4,600.00 $ 800.00 Revenu brut total .$ 5,400.00 Frais d’exploitation .$ 3,450.00 Revenu net .$ 1,950.00 (cf.livre blanc pages 8 & 9) produit par le travail dans une entreprise, il faut retrancher du revenu l’intérêt raisonnable du capital engagé.Supposez que l’agriculteur au lieu d’investir dans sa ferme, place une somme égale en obligations du gouvernement par exemple (valeurs sûres et en aucune manière spéculatives).Pour connaître la rémunération exacte de son travail, il suffit de faire la différence entre son revenu net et le revenu prévisible de la même somme dans un investissement qui n’entraîne aucun travail de sa part.Or en l’espèce cela change singulièrement la conclusion de notre statistique.Reprenons : Si déjà ce revenu net annuel moyen est nettement insuffisant et en dessous de la normale, il y a plus grave car il ne représente absolument pas la rémunération du travail.En effet, en saine gestion, pour avoir le bénéfice net Valeur totale des biens .$17,000.00 Intérêt prévisible à 5.25% .$ 882.50 (intérêt moyen des obligations du Québec) Revenu net de l’exploitation agricole .$ 1,950.00 Intérêt du capital investi (CF.supra) .$ 882.50 Rémunération réelle du travail .$ 1,067.50 I«tsi tones- ttiété, ifflile «il toisés cot in* «ta- fllélï- :rtà saii oft DYNAMIQUE DES GROUPES TROIS STAGES DE FORMATION Soit du 23 mai au 4 juin — Soit du 11 au 23 juillet — Soit du 15 au 17 août Les exposés parferont sur les thèmes suivants : • COMMUNICATION HUMAINE • RELATIONS INTERPERSONNELLES • GROUPES DE TRAVAIL • PSYCHOLOGIE DES PREJUGES • GROUPES DE DISCUSSION • SOCIOGRAMME ET SOCIODRAME • GROUPES DE FORMATION • DIVERS TYPES DE LEADERSHIP • PRISES DE DÉCISION EN GROUPE Pour informations et formules d'inscriptions, écrire à: BERNARD MAILHiOT, O.P.CENTRE DE RECHERCHES EN RELATIONS HUMAINES 2765, CHEMIN STE-CATHERINE, MONTRÉAL 26 Les Inscriptions doivent être faites au plutôt.— Le nombre des participants est limité.'péd&uztùïn de tZué^ec dee “ZlHÙHut ’léyùMuileâ.dee (?eU4ee& fiajiuleiûiee "Deàjandùie ® 10 Unions régionales ® 1,300 Caisses populaires • 1,650,000 Sociétaires Cuh de eed daccéteUieA ?1E VOLCANO BOILERS 381-6281 8635, Boul.St-Laurent Montréal HÔPITAL JEAN-TALON 273-5151 1385, Jean-Talon E.Montréal jÿi ^GERICAÎS^ -hD’ÉPARGNEh- JANIN CONSTRUCTION LTÉE ENTREPRENEURS GÉNÉRAUX Tél.: RE.9-3291 7085, Chemin de la Côte-des-Neiges Montréal \u MORGAN, OSTIGUY & HUDON INC.M.GUY L.HUDON, Prés.Courtiers en Valeurs UN CERTIFICAT DE *10 VENDU *180 Cest un placement qui augmente du tiers en six ans ! A l’échéance, tout détenteur de ces certificats touchera $ 10 pour chaque somme de S7.50 investie.ce qui équivaut à un intérêt composé de 4.85% par an, calculé deux fois Tan, ou à un intérêt simple de 5.55% par an.Ces certificats sont remboursables n’importe quand, avec intérêt progressif s’ryoutant après six mois.500, St-Jacques O.Montréal 774-8118 PAUL ST-ONGE INC EMBOUTEILLEUR Autorisé (Coca-Cola 3085, rue St-Pierre St-H/acinthe w* j w.'on >• cucvfî Certificats de $I0 à $50,000 dans toute succursale de la Première Banque au Canada LQill D.GRAND MAÎTRE LTD.SAND & GRAVEL Tel.: 745-1571 131, Montreal Rd.Eastview i 555555555555555555555545550 777-4788 PHARMACIE LAFOND PHARMACY Prop.C.GOUGEON, L.Ph.43, rue Principale Hull, Qué.569-9441 PAVAGE DE LAESTRIE ENRG Boul.Bourque ou RR 1 Rock Forest n 777-0802 LUCIEN LALONDE ASSURANCES INC.25, rue Taschereau Hul PR.7-4301 OVERNITE EXPRESS LIÉE 291, rue St-Rédempteur Hul 842-1413 EAST SULLIVAN MINES LTD.507, Place d'Armes Montréal 745-9441 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SACRÉ-COEUR 2830 est, Boul.Gouin Montréal 12, P.Q.soin saje; les 773-9235 SÉMINAIRE DE ST-HYACINTHE 450, rue Girouard St-Hyacinthe 774-4181 LÉO THÉROUX 4315 Boul.Laurier Douville 747-4867 YVES COURVILLE INC.STÉRÉOS - HAUTE FIDÉLITÉ 612 Boul.Ste-Croix St-Laurent 642-7431 EUDES AUTOMOBILES LTÉE 505, rue Broadway Montréal-Est DU.1-6221 MAÇONNERIE RÉGENT CIE LTÉE 2521 rue Charland Montréal 47 Qui voudrait fournir le travail du chef d’exploitation pour un salaire de $1,067.50 par an?D’ailleurs puisqu’il s’agit d’un revenu moyen, il faut admettre qu’un bon nombre d’exploitants sont en dessous de ce chiffre.Cela laisse rêveur même si depuis 1961, année de la statistique, il y a eu une hausse sensible de quelques $50.L'AIDE AUX PRIX: CAUTÈRE SUR UNE JAMBE DE BOIS Le livre blanc énumère avec complaisance le nombre de millions dépensés par le gouvernement pour aider l’agriculture surtout en soutenant ou en relevant le prix du lait.Il semble en effet, à tort ou à raison, que le lait soit le grand critère de revenu agricole pour l’est canadien.Au risque d’engager la lutte contre le sacro-saint dollar, je dis que cette aide est inefficace, sinon en définitive malfaisante pour l’agriculture.Cet apport extérieur et somme toute artificiel fausse le problème sans y apporter de solutions.Toutes choses égales, cela me fait penser à un malade qui envisagerait de vivre avec une transfusion de sang perpétuelle.Primo, cette aide profite presque exclusivement aux gros producteurs puisqu’elle est servie à la quantité de production sans limite ni quota comme sans barème dégressif.Secundo, cet apport extérieur venant des gouvernements, fédéral ou provincial, restera toujours très insuffisant.Même si du jour au lendemain, les prix étaient doublés, doublant ainsi le revenu de l’agriculteur moyen ce serait encore insuffisant.Le revenu moyen serait de $2,000.Ce qui est loin du minimum acceptable.Or l’hypothèse de doubler ainsi n’est même pas du domaine du rêve, elle est insensée.Il faut ajouter que ce doublage des prix ferait hausser le coût de la vie dans une proportion qui jetterait bas l’équilibre précaire et déjà légèrement inflationniste de l’économie nationale.Il faut dire enfin que le fait pour un secteur de l’économie et pour ceux qui y travaillent d’être ainsi en tutelle ne peut être accepté que temporairement sous peine de dégradation humaine.Les travailleurs agricoles ont droit de trouver dans ce travail même la satisfaction de leurs besoins normaux comme les salariés des autres secteurs.RÉFORME DES STRUCTURES Il faut donc conclure et le plus vite possible que les structures actuelles de l’agriculture sont à changer.Il serait bien entendu trop long d’énumérer ici toutes les modalités et détails de cette nécessaire réforme de structure.Cela dépasse notre propos et, en partie, notre compétence.Cela devrait être le vrai et le seul but de la commission royale d’enquête créée par le même livre blanc.Cependant, il faut bien admettre d’abord que si la production agricole n’est pas à l’heure actuelle suffisamment rentable, ceux qui revendent ces mêmes produits en tirent des bénéfices substantiels.Si d’une part l’agriculteur supporte continuellement le poids du marché et ses fluctuations, le revendeur pour sa part ne réduit jamais sa marge de bénéfice qui reste confortable.A noter ensuite, que dans les autres domaines de l’économie, le producteur fixe les prix de base parce qu’il assure au moins la mise en marché au premier stade.Par contre l’agriculteur n’a presque rien à dire dans la vente de sa production où les prix sont à la merci des acheteurs grossistes.Si encore le consommateur bénéficiait d’une telle situation, on pourrait la comprendre sinon l’admettre, mais une étude élémentaire montre qu’il n’en est rien et que les bas prix d’achat profitent uniquement aux intermédiaires de vente.RÉVOLUTION NÉCESSAIRE Il faut donc conclure que rien ne pourra être fait ni même tenté pour l’agriculture tant que les agriculteurs ne contrôleront pas la mise en marché de leurs produits du départ de la ferme à l’arrivée dans le réfrigérateur de la ménagère.Bien sûr c’est une révolution, mais une révolution nécessaire, toute la solution n’est pas là mais cela conditionne toute la solution.En effet les agriculteurs quand ils contrôleront pleinement leur propre marché prendront immédiatement conscience des problèmes de gestion de leur ferme, ils seront sensibles dès lors aux besoins des consommateurs et aux luttes de concurrence.Chacun comprendra alors, à condition d’une formation adéquate donnée dans le même temps, qu’il faut tenir compte non seulement de la tradition ou des enseignements venant du sud mais bien plus encore des exigences et des possibilités de sa terre et aussi du marché local.La spécialisation aura ainsi une chance de succès.Pour arriver à une conclusion rapide, citons pour l’exemple certains non-sens que l’on souhaiterait voir déraciner par une vague salutaire de bon sens.La métropole offre un marché idéal pour la culture maraîchère, deux millions de clients ça compte, or une assez forte proportion des terres environnantes a une vocation maraîchère, le chauffage dans ce pays est un problème négligeable à cause du coût très bas de l’électricité, l’ensoleillement est nettement suffisant même au cœur de l’hiver pour fournir en abondance infrarouge et ultraviolet indispensables à la croissance des plantes, et pourtant tous les légumes viennent de l’extérieur malgré les prix prohibitifs des transports.Les endives, dont le prix à la livre ne descend guère au-dessous du dollar, restent à cause de cela une nourriture de riche ou d’exception alors que le marché métropolitain devrait absorber des quantités industrielles de ce légume facile à produire dans un pays à l’été court.Pourquoi aussi poursuivre dans l’est de ce pays une politique laitière rétrograde ?Hier, les producteurs laitiers demandaient $3 le 100 livres et aujourd’hui les politiciens en mal de gésine électorale promettent $4.Tout homme intelligent sait parfaitement que cette augmentation de plus de 25% en moins de deux ans n’est absolument pas une solution.Alors, pourquoi s’obstiner quand on sait que l’est manque de viande ?La viande vient de l’ouest par tradition, sans doute un reliquat de Père des bisons.Mais le Québec peut produire de la viande aussi bonne et à meilleur compte.Qui viendra enfin renverser une situation que le gouvernement semble sinon encourager, tout au moins endurer sans déplaisir.LA COMMISSION ROYALE N'EST PAS UNE PANACÉE La commission royale d’enquête est peut-être une donnée intéressante pour trouver une solution ?Pourtant en lisant attentivement le livre blanc on en doute sérieusement.On n’est pas sûr en effet que ceux qui l’ont écrit et publié aient compris à quel point la révolution agricole est nécessaire dans ce pays-ci.Les commissions royales ne sont pas des panacées universelles.En définitive la clé réside dans une organisation et une coopération totale de l’agriculture.Mais alors que le temps presse, la médiation risque d’être longue et la solution n’est pas pour demain à 48 RÉFORME DU BARREAU ROLAND G.CHAUVIN L’idée d’une « réforme » du Barreau, c’est-à-dire de l’ordre des avocats et sans doute des avocats eux-mêmes, a été beaucoup discutée ces derniers mois : doit-on s’attendre à d’importants changements ?L’opinion publique paraît demander un certain renouveau et les avocats les plus en éveil le reconnaissent.Mais combien de temps faudra-t-il à l’opinion publique et aux éléments progressifs du Barreau pour obtenir des changements ?Et quels seront ces changements ?Je ne pourrais, dans ce bref article, étudier à fond ces questions : je tenterai seulement de les situer en ajoutant à mon exposé de francs commentaires.DOUBLE TÂCHE Deux tâches à mon avis incombent au Barreau.Celui-ci remplit déjà assez bien, me semble-t-il, la première qui est d’assurer à ceux qui les désirent des services juridiques adéquats.Il s’agit là du rôle traditionnel et premier du Barreau, qui ne saurait l’assumer lui-même directement et qui s’en acquitte par ses membres individuels.Cependant, le Barreau doit aujourd’hui se reconnaître une deuxième tâche : c’est l’obligation pour lui de contribuer comme tel, c’est-à-dire collectivement, au maintien et au progrès de certaines valeurs et de certaines institutions de notre société.Ce rôle collectif n’était pas exigé du Barreau il y a cinquante ans ; il est douteux qu’il soit encore aujourd’hui bien compris ; il ne faut donc pas s’étonner s’il est encore imparfaitement rempli.De fait, la corporation s’est jusqu’à présent consacrée à peu près exclusivement à l’exercice de son rôle premier et si je peux dire élémentaire.Elle a suffisamment réussi dans ce domaine pour continuer d’avoir droit, à mon avis, à la confiance du public.De fait, si les avocats ne jouissent pas de tout le prestige qu’ils souhaiteraient, s’ils doivent déplorer une certaine hostilité persistante à leur égard, ce n’est pas tant à cause des fautes individuelles qu’ont pu commettre certains d’entre eux.C’est que la société n’exige plus seulement des groupes et des corps qui la composent qu’ils établissent des structures pour leurs membres et défendent leurs intérêts : elle s’attend à ce que ces groupes, forts des structures qu’elle a sanctionnées et des intérêts qu’elle a permis, contribuent en retour, collectivement, au mieux-être de toute la population.RÔLE SOCIAL À REVALORISER Cette obligation sociale peut être jugée d’autant plus importante qu’elle incombe à des professionnels, c’est-à-dire à des citoyens par définition éclairés ou instruits et dégagés des intérêts propres aux divers secteurs de la société.Les lecteurs me pardonneront peut-être une citation à ce sujet ; elle est de Me.Jules Deschesnes, C.R., président du Conseil interprofessionnel du Québec : « Les corporations professionnelles.sont des organismes créés d’abord pour la recherche et la défense de l’intérêt public ; en second lieu seulement sont-elles orientées vers la protection de leurs membres.C’est de l’intérêt public qu’elles tirent la justification de leur existence ».Mais peut-on définir avec précision ce rôle collectif que doit jouer le Barreau ?D’abord, doit-il s’intéresser à toutes choses et prendre position ou exprimer un avis sur toutes les questions ou presque ?Ce serait assurément trop lui demander.Cependant, je vois qu’en plus d’assurer chez ses membres une haute qualité professionnelle il doit pouvoir assumer le double rôle de veiller au maintien et au progrès des institutions avec lesquels il est en étroites relations ou qui constituent pour ainsi dire les cadres de son travail et d’enrichir la discussion publique, au moins sur certaines questions, de ses études et points de vue.DE LA SOMNOLENCE AU NERF DE LA GUERRE Ainsi, que faut-il penser de notre système et de notre organisation judiciaires ?Ni les tribunaux, ni leur organisation, ni les lois que nous pourrions dire de procédure, ne relèvent du Barreau.Mais qui serait plus en mesure que le Barreau de représenter le public et de sauvegarder ses intérêts face aux autorités ayant la juridiction appropriée ?De ce point de vue les moyens que, du moins à première vue, le Barreau devrait pouvoir mettre en œuvre sont importants : l’organisation des tribunaux et la nomination des juges relèvent des deux ministres de la justice, mais ces derniers se recrutent depuis toujours dans le Barreau ; les lois de procédure (Code de procédure, Loi de faillite, etc.) relèvent des deux parlements, mais le Barreau compte toujours une très forte représentation parmi les législateurs ; le Barreau est prospère et doit donc pouvoir se donner le « nerf de la guerre » pour faire ses représentations ; etc.Et pourtant l’administration de la justice laisse beaucoup à désirer.Les juges sont encore insuffisants en nombre (surtout à la Cour supérieure) ; ils sont encore nommés suivant un arbitraire politique primitif (heureusement, les juges nommés sont encore en général excellents — mais c’est malgré le système) ; quand même les juges seraient plus nombreux ils n’auraient pas de locaux où siéger, du moins à Montréal ; les palais de justice sont pour la plupart (et surtout celui de 49 Montréal) désuets, malpropres ou inefficaces ou tous trois à la fois ; les fonctionnaires des palais, même s’ils ne sont plus affamés, comme ils l’ont été systématiquement jusqu’en 1959, reçoivent encore des traitements inadéquats ; etc.Et c’est ainsi que les causes contestées ordinaires en Cour supérieure ne sont entendues qu’après une attente de 3 ans environ.A qui, finalement, imputer la responsabilité ?La responsabilité première repose sur les ministres de la justice, mais qui, mieux que l’ensemble des avocats, pouvaient et devaient obtenir « justice j> des ministres de la justice ?De fait, l’administration de la justice a le plus souvent été considérée comme une parente pauvre de la politique (des palais, ça ne vote pas !) Mais une question se pose : les avocats ne devaient-ils pas prendre les moyens, et tous les moyens, pour faire régner l’ordre et l’efficacité dans les palais de justice ?SORTIR DE SON JARDIN D’autre part, le Barreau a-t-il contribué à la chose publique dans d’autres domaines ?Sa contribution paraît avoir été de très peu d’importance dans les domaines suivants : celui des libertés civiles, avant comme après 1960 ; celui des enquêtes publiques (aucun mémoire n’a été soumis par le Barreau à la Commission Bélanger sur la fiscalité, ni à la Commission Laurendeau-Dunton, entre autres) ; celui de la refonte de certaines lois, même de certaines lois jugées par tous incomplètes ou inadéquates ; etc.Le reproche essentiel pouvant être fait au Barreau doit donc être celui qu’on adresse à toutes les professions libérales : celui de ne s’être pas adapté assez vite à notre société en évolution ; de s’être préoccupé trop exclusivement des intérêts immédiats de ses membres ; de ne pas avoir conçu et mis en œuvre des moyens collectifs de contribuer au mieux-être de toute la population.Ainsi, le Barreau a su déjà, par des « pèlerinages à Québec », faire amender sa propre loi organique de façon à protéger ses prérogatives exclusives contre les empiétements des comptables agréés et des agences de perception, et il a régi l’admission à la profession d’une façon telle que son propre budget interne s’est trouvé grossi des droits perçus d’étudiants ; tandis que d’autre part des recherches juridiques essentiel- les stagnaient et que le Barreau ne faisait rien ou presque pour les stimuler et que des injustices manifestes ne cessaient de se commettre dans les Palais de justice sans que le Barreau fît des « pèlerinages » pour en obtenir le redressement.Le Barreau doit donc atteindre à une action collective utile.De fait nombre de membres influents de la profession l’ont compris.Ils ont même entrepris la réforme.Cependant, celle-ci ne sera pas facile.(C’est du reste le cas de toutes les réformes !) PROSPÉRITÉ VS RÉVOLUTION Les structures internes du Barreau laissent beaucoup à désirer : le dernier Congrès du Barreau de la Province, en mai dernier, a étudié des projets de refonte mais il n’est pas du tout sûr que des progrès se fassent vite.D’autre part, l’esprit nouveau qui devra régner ne se créera pas en une nuit.De ce point de vue le principal obstacle au progrès est la prospérité même des avocats.Le Barreau est prospère et il l’est tellement qu’il manque d’adeptes.De nouvelles études se fondent sans cesse ; les anciennes battent les universités et la province à la recherche de recrues.Les jeunes avocats — ceux qui seraient en principe les plus perméables aux courants de réforme — sont pour la plupart débordés et suffisent avec peine à leur tâche quotidienne ; ils n’ont guère le temps de préparer une révolution.Cependant, le Barreau de Montréal a montré depuis quelques années une vigueur qui semble devoir éveiller des avocats d’autres sections : il a mis sur pied l’assistance judiciaire, un service de conférences et de relations extérieures ; il a cherché à créer un esprit de corps.Le bâtonnier prône carrément des mesures pouvant mettre fin à « l’impasse (du Barreau) devant l’opinion publique » : une démocratisation des cadres, l’unification au moins relative des diverses sections encore très autonomes, l’adoption d’un système autre de nomination des juges, des efforts nouveaux dans le domaine des recherches juridiques, une « socialisation » du droit, des échanges plus fréquents avec la magistrature, etc.Nul doute, quant à moi, que de telles idées fassent leur chemin.Du reste, la distance parcourue depuis cinq ans seulement me paraît significative : le Barreau « se redéfinit ».Cependant, deux observations s’imposent, à mon avis, quant à la portée de l’éventuelle « réforme » du Barreau : la première a trait à la mesure de la réforme qu’on est en droit de demander ; la seconde a trait au contexte de cette réforme : TRANQUILLE.MAIS RÉVOLUTIONNAIRE ! 1.Le Barreau ne fera pas preuve de radicalisme, et il ne saurait en être autrement.Le Barreau que nous avons reflète encore assez bien la société que nous sommes.Notre société se fonde encore sur la libre entreprise, sur l’esprit d’initiative, sur la faculté de chacun d’engager le professionnel de son choix : le Barreau conforme sa conduite à ces postulats.Le progrès se fera au Barreau à un pas d’homme et non pas de machine.2.Une réforme profonde du Barreau serait incomplète sans une réforme de l’administration de la justice en général et ne se fera pas sans l’appui et l’aiguillon des législateurs.Il faut donc au moins tout autant une réforme en profondeur dans les deux ministères de la justice.Certains indices ont déjà été donnés d’une orientation nouvelle dans un de ces deux ministères et je ne veux donner comme exemple que la récente offensive en matière de faillites frauduleuses.Mais il faut terriblement plus.Tant que les retards dans l’audition des causes demeureront excessifs, que les palais manqueront d’outils et de services et que les justiciables n’auront pas l’assurance que des lois mauvaises ne seront pas souvent cyniquement perpétuées, les plus vaillants efforts des avocats ne sauront suffire : l’administration de la justice, même si elle est d'abord le domaine des avocats, demeure la responsabilité de tous et par conséquent des parlements et de leurs exécutifs.A L'INITIATION CHRÉTIENNE DES ENFANTS Ce 3e cahier de la revue Communauté chrétienne rassemble des articles de spécialistes en catéchèse.On y envisage en particulier l’éveil des enfants au sens de Dieu, la formation de leur conscience morale, leur initiation aux sacrements.2715, Ch.Côte-Ste-Catherine, Montréal 26 RADIO-QUEBEC ANDRÉ CHARRONNEAU En 1929, la commission Aird, examinant la situation de la radiodiffusion au Canada, constatait : « Actuellement ce service est fourni par des stations appartenant à des entreprises privées, et sauf deux qui appartiennent à la province du Manitoba les autres stations sont exploitées par des détenteurs de licences dans un but de gain ou de publicité se rattachant aux affaires du détenteur de la licence ».L’abus de la réclame, la médiocrité des programmes, la rareté des émissions d’origine canadienne et l’influence prépondérante des stations américaines corroboraient ce jugement.Evoquant le caractère public des ondes, la commission Aird recommanda logiquement l’étatisation des stations privées.LA RADIO PRIVÉE : UN «JUKE-BOX»?Le gouvernement étudia ce rapport mais n’en fit pas moins à sa tête.Aussi retrouvons-nous aujourd’hui dans le rapport Fowler des considérations non moins déprimantes au sujet des stations privées.Nous avons signalé, le mois dernier, quelques-unes des énormités de la télévision privée.Nous aurions pu en déceler tout autant du côté de la radio et conclure avec le comité sur la radiodiffusion : « Souvent la radio (privée) est devenue une simple machine à jouer des disques de musique populaire, musique coupée d’autant d’annonces qu’on en peut vendre.C’est particulièrement vrai pour les stations privées qui ne sont pas affiliées à Radio-Canada.Les régions desservies par une ou quelques stations seulement ne bénéficient pas, tant s’en faut, du « service vaste et varié d’un haut niveau » qu’exige la loi.Même dans les grands centres, l’octroi de plusieurs permis de stations de radio AM a amené dans de nombreux cas un abaissement général de la qualité et une diminution de la variété des émissions» (p.55- 56).Pourtant, malgré cette situation déplorable, la nationalisation des stations ANDRE CHARBONNEAU : Auteur de « La radiodiffusion au Canada depuis ses origines jusqu’à nos jours », Cahiers d’information et de documentation de l’Institut canadien d’éducation des adultes, no 16-17.privées n’est plus recommandée.Pourquoi ?Parce qu’aujourd’hui l’entreprise privée contrôle 280 stations de radio et 60 stations de télévision ; parce qu’elle a un chiffre annuel d’affaire excédant les $120,000,000.et des installations évaluées à près de $65,000,000.; parce qu’on ne peut pas facilement restructurer du jour en lendemain les trois quarts du service de la radiodiffusion nationale.Ces chiffres servent de prétexte à plusieurs pour justifier leur démission face au problème que posent encore aujourd’hui les stations privées.« Le mal est inévitable, disent-ils.Conservons nos énergies pour solutionner les problèmes du secteur public ».RADIO-CANADA : UN NAIN PARMI LES GÉANTS! Cette attitude n’est pas nouvelle.Elle prévaut depuis 1932.On la décèle dans les mémoires adressés aux commissions d’enquête et dans les rapports que celles-ci soumettent.Cette démission était en partie justifiable autour de 1940 au moment où Radio-Canada dirigeait 75% du service radiophonique et contrôlait indirectement par ses réseaux les stations privées soumises par ailleurs quant à leur existence même au bon vouloir de la Société.Contrairement à ceux que la grandeur du colosse privé effraie, nous croyons qu’elle devient de plus en plus difficile à justifier alors que la situation est exactement inversée.Devant le nouvel équilibre des forces en présence, il faut bien admettre que le problème de la radiodiffusion au Canada s’identifie sans cesse davantage avec celui que pose la présence des stations privées.Que cela nous plaise ou non, le service fourni par les marchands de la libre entreprise devient pour un nombre sans cesse grandissant de Canadiens le type même des services offerts en radiodiffusion.Dans notre dernier article, nous rappelions que la nationalisation des stations privées n’était pas une solution tout à fait impensable.Nous soulignions alors qu’une provincialisation progressive des ondes exploitées par les radio-diffuseurs indépendants non seulement réglerait le problème aigu que pose la surveillance de stations dispersées sur un territoire de plusieurs millions de milles carrés mais apporterait une réponse satisfaisante aux besoins prioritaires des provinces en matière de radiodiffusion orientée vers l’éducation scolaire et permanente.VERS RADIO-QUÉBEC ?Nous donnions alors comme exemple la provincialisation en vue de la nationalisation des stations CFTM-TV (Montréal), CFCM-TV (Québec) et CJPM-TV (Chicoutimi).Nous aurions pu illustrer nos affirmations en parlant de la radio.Qui ne voit, en effet, les avantages qu’apporterait la nationalisation provinciale de la station CJMS (Montréal) et de quelque dix des vingt-cinq autres stations indépendantes du Québec ?La belle Province disposerait alors d’un réseau radiophonique presque complet auquel il suffirait d’ajouter quelques stations dans les régions où la concurrence radiophonique commerciale est impensable.Le système canadien de la radiodiffusion s’enrichirait du même coup d’un nouveau type de service et les stations privées maintenues se partageraient un marché commercial moins encombré.Depuis 1946, la ligne de conduite du Parlement fédéral est de ne pas délivrer de permis à « d’autres gouvernements ou à des corporations appartenant à d’autres gouvernements ».Le comité Fowler recommande l’assouplissement des règles du système de la radio-télé-vision nationale en ce domaine.Il croit : « Qu’il serait bon d’accorder à l’avenir des permis de radiodiffusion à des institutions d’enseignement où à des sociétés, même si elles sont possédées entièrement ou en partie par des gouvernements provinciaux, à la condition que la Régie des ondes soit assurée que le requérant n’est pas soumis à un contrôle ministériel direct» (p.311).L'UNIVERSITÉ OU LE CONSEIL SUPÉRIEUR DE L'ÉDUCATION Si malgré cette recommandation plus que raisonnable le gouvernement fédéral persistait à se soucier davantage de son instinct de domination que du bien public, le gouvernement du Québec devrait chercher à pénétrer dans le secteur de la radiodiffusion par les voies de services.Ne pourrait-il pas encourager financièrement les Universités à faire application lors du renouvellement de permis des stations convoitées ?Serait-il impossible d’obtenir des permis au nom du Conseil supérieur de l’éducation ou via un consortium groupant les principaux corps intermédiaires d’une région donnée ?Quoi qu’il arrive le Québec dispose d’un nombre suffisant de juristes pour arriver à contourner les difficultés que pourrait poser le gouvernement fédéral ! Il n’y a pas lieu de revenir dans cet article sur le contrôle éventuel par les provinces de l’ensemble des stations privées.Tenons-nous-en aux actions à court terme et mentionnons un second secteur où le ministère québécois des Affaires culturelles devrait se mettre immédiatement à la tâche.Nous voulons parler des conseils régionaux de la radiodiffusion.CONSEILS RÉGIONAUX La politique que le gouvernement provincial se doit d’amorcer en matière de radiodiffusion aura intérêt à s’appuyer sur une opinion publique éclairée.Ceci exige une transformation profonde de nos attitudes à l’égard du service public de la radiodiffusion.Actuellement, peu de citoyens sont conscients que les ondes sont leur propriété et qu’ils ont en ce domaine des responsabilités précises.Voilà certes une nouvelle occasion d’utiliser la roulotte de l’Office d’information.Pour cette Opération 66, le thème pourrait être le regroupement des corps intermédiaires régionaux en vue de former des conseils de la radiodiffusion.On découvre à peine à l’heure actuelle les multiples avantages des conseils régionaux de la radiodiffusion que prônait pourtant la Commission Aird il y a près de quarante ans.Groupes de pression auprès du Bureau des gouverneurs de la radiodiffusion et des stations desservant la région, ces conseils deviendraient la conscience et la voix d’un public si peu entendu à l’heure actuelle tant à Radio-Canada, qu’au BGR et au sein des stations privées.Ils devraient s’attacher à faire des études sérieuses sur les réactions et les besoins de l’auditoire ainsi que sur les répercussions de la radiodiffusion sur le public.Le ministère devrait pouvoir fournir à ces recherches les subventions qu’elles mériteraient.Il va de soi qu’un des principaux devoirs de ces conseils consisterait à former l’opinion publique en la sensibilisant à ses responsabilités et à ses droits.CONTRÔLE PROVINCIAL DES ONDES Bref, si le ministère des Affaires culturelles du Québec consent à formuler des politiques d’envergure susceptible de modifier profondément le climat culturel de notre province, il trouvera dans le secteur de la radiodiffusion de quoi justifier ses crédits.Il suffit en effet d’un peu d’imagination pour réaliser tout ce que le gouvernement provincial peut effectuer de positif dans un domaine que la tradition politique éloigne arbitrairement de sa juridiction.Pourtant, même dans les cadres constitutionnels actuels, l’Etat du Québec peut prendre pied en ce secteur vital de la vie culturelle.Au départ, il ne pourrait faire mieux que d’obtenir certaines stations privées de radio et de télévision soit directement par une société de la couronne soit indirectement par l’intermédiaire de corporations privées.Il se doit par ailleurs de promouvoir la création de conseils régionaux de la radiodiffusion qui pourraient par la suite lui assurer de précieux supports dans la réalisation de la politique à long terme que nous aimerions lui voir adopter et qui l’amènerait à contrôler les ondes non requises pour la diffusion des émissions de la Société Radio-Canada.à COLLOQUE LE CONCILE A-T-IL SA CHANCE AU QUÉBEC ?PARTICIPANTS : Jacques Grand'Maison, ptre : auteur de « Crise de Prophétisme » Michel Despland : professeur au département de religion, Sir George Williams U.Jean Francoeur : journaliste au Devoir Paul Bernard : directeur du Quartier Latin ANIMATEUR : Laurier Lapierre : animateur de l'émission « This Hour Has Seven Days » Jeudi, 24 février Auditorium St-Albert-le-Grand 8 h.30 p.m.2715, Ch.Côte-Ste-Catherine 52 ! - CHRETIENTE IMPUISSANTE, DÉFIS D’AUJOURD’HUI Le récent ouvrage du père Jean Daniélou, S.J., L’oraison, problème politique, réjouira sans doute les défenseurs acharnés du statu quo au Québec.Ils y trouveront une apologie ronflante de la chrétienté et de ses institutions qui appuiera leur idéologie.Dans RELATIONS de décembre, le père Richard ARES conclut ainsi sa recension de l’ouvrage : « A l’Eglise du Québec qui aujourd’hui fait face à une magnifique et redoutable option, cet ouvrage du père Daniélou peut apporter un rayon de la lumière dont elle a besoin pour orienter sûrement le destin religieux du peuple canadien-français ».Maintenant examine le problème dans l’éclairage d’une sociologie et d’une théologie en état de recherche.FERNAND DUMONT Interview de Jocelyne Dugas J.D.— M.Dumont, quels sont les thèmes abordés par le P.Daniélou dans « L’oraison, problème politique » ?F.D.— Si on peut dégager un problème central d’un ouvrage aussi mal construit, je pense qu’il se situe autour de la liquidation de la chrétienté, thème très discuté depuis une dizaine d’années par plusieurs théologiens contemporains.J.D.— S’agit-il là d’un vrai problème ?F.D.— Le problème posé par le P.Daniélou est incontestablement un problème très réel.C’est peut-être le problème essentiel du catholicisme contemporain.En effet, la liquidation de la chrétienté implique le remplacement de la chrétienté.Mais par quoi ?QU'EST-CE QUE « LA CHRÉTIENTÉ » ?/.D.— Si nous nous entendions tout de suite sur le sens du terme « chrétienté » ?F.D.— La chrétienté, c’est une conception de l’insertion de l’Eglise dans l’histoire, selon laquelle cette incarnation doit se faire en termes d’institutions chrétiennes : par exemple, un Etat chrétien, des écoles, des syndicats, des FERNAND DUMONT: Sociologue, poète, auteur de Pour la conversion de la pensée chrétienne, professeur à l’université Laval.JOCELYNE DUGAS : Journaliste.coopératives, des clubs sociaux officiellement chrétiens.Elle implique aussi l’existence, par rapport à la plupart des questions même les plus profanes, de ce qu’on pourrait appeler des idéologies chrétiennes officielles.En définitive — et là je reprends un terme utilisé par le P.Daniélou lui-même — un état de chrétienté suppose une civilisation chrétienne.L’état de chrétienté est en train de s’effriter depuis quelques siècles, et de façon irréversible.Alors, s’il ne nous satisfait plus, qu’allons-nous y substituer ?Voilà, il me semble, le problème essentiel de la réflexion théologique actuelle.CONFUSION THÉOLOGIQUE J.D.—Avant d’aller plus loin, que pensez-vous de la valeur théologique et sociologique de l'étude du P.Daniélou ?F.D.— Je dirais qu’il tente de poser le problème, mais qu’il le pose mal.Son livre est très superficiel.L’auteur rôde autour du problème sans jamais le cerner vraiment.Et il faut mettre en cause l’imprécision du vocabulaire.Prenez par exemple des mots qui pour lui sont des mots-clés : « chrétienté », « civilisation », « sacré », « masse ».Aucune de ces expressions n’est définie de manière systématique.Même les catégories théologiques sont parfois assez curieusement utilisées.Je pense au mot « pauvres » en particulier.Le P.Daniélou l’utilise dans un sens dont je ne reconnais pas, pour ma part, la correspondance exacte ni dans la Bible ni dans la pensée chrétienne traditionnelle.Il oppose « pauvres » à « élite », il identifie « pauvres » et « masse ».Je soulignerais également un troisième point : la carence de l’information socio-logique.Reportons-nous, par exemple, à la page 16 : « La civilisation technique tend à absorber les hommes dans les préoccupations matérielles.La socialisation et la rationalisation laissent peu de place à la vie personnelle ».SOCIOLOGIE BOITEUSE J.D.— Vous contestez ces affirmations ?F.D.— Les constatations des sociologues contemporains faites au cours d’enquêtes poursuivies depuis plusieurs années, révèlent que l’urbanisation favorise la vie personnelle par rapport aux sociétés traditionnelles.Dans nos villes, il s’est établi une séparation entre la vie privée et la vie proprement collective.Celle-ci s’est rationalisée, est devenue très formelle, très souvent anonyme aussi en ce sens que les contacts entre individus sont des contacts de statuts sociaux plutôt que de véritables rencontres de personne à personne.Mais à côté de cela, il y a toute une zone de la vie privée où justement le contact gratuit entre les individus est possible et où, par conséquent, se trouve favorisé un approfondissement de la conscience personnelle, du sentiment de la gratuité des valeurs de l’existence, qu’on ne trouve pas dans les sociétés anciennes.PENSÉE HÂTIVE, SUPERFICIELLE J.D.— En ce cas, si les prémisses du P.Daniélou sont fausses, toute sa thèse s’en trouve ébranlée ?F.D.— Je me permets d’insister sur le fait qu’en ces matières, qui sont très discutées actuellement — et davantage dans d’autres pays qu’ici — le théologien doit être particulièrement scrupuleux.Il me semble que c’est une des qualités qu’on doit lui demander.Et comme cette question touche aux problèmes les plus fondamentaux du catholicisme actuel, je le répète, on s’étonne de se trouver devant un livre aussi vite fait, aussi hâtivement construit que « L’oraison, problème politique ».DÉFIS D'UN MONDE NOUVEAU /.D.— Revenons à la vie urbaine et à la civilisation technique.Elles donnent peut-être plus d’autonomie à l’homme sur le plan personnel, mais malgré tout ne diminuent-elles pas ses chances d'approfondissement à cause du rythme accéléré de l’existence ?F.D.— Oui, bien sûr, la civilisation technique, comme celles qui l’ont précédée, pose un certain nombre de problèmes sur le plan spirituel.Elle favorise l’émergence d’une vie personnelle plus intense mais très cloisonnée par rapport à la vie collective (par exemple les loisirs de l’individu sont coupés de la vie du travail).La plupart du temps, ces valeurs approfondies dans la vie privée l’individu ne les fait pas passer dans la vie collective.De sorte que nos sociétés considérées globalement sont effectivement des sociétés matérialistes alors que l’individu y éprouve au plus profond de lui-même au moins une nostalgie profonde des valeurs les plus élevées.J.D.— Serait-ce là alors le problème de notre civilisation ?Croyez-vous que EN PLEIN JOUR Ce n’est un secret pour personne que les dirigeants de l’Action catholique canadienne, organisme créé il y a une vingtaine d’années pour coordonner l’action de tous les mouvements d’apostolat des laïcs, entretiennent des rapports constants avec l’épiscopat.Cet organisme qui d’autre part n’a jamais fait aucun secret de son activité, publiant chaque année livres, brochures et revues, nous a peu habitués à des prises de positions sur la place publique par le truchement de déclarations remises à la presse.Aussi est-ce avec une certaine surprise, agréable, précisons-le, qu’on aura appris que l’A.C.C.avait prié les évêques du Québec de surseoir à leur projet de rédaction d’un directoire de pastorale scolaire, prenant soin de remettre à la presse copie du mémoire présentée en ce sens à la commission épiscopale de l’éducation que préside l’archevêque de Québec, le cardinal Maurice Roy.Le mémoire de l’Action catholique dit qu’une telle initiative ne semble « pas très bien indiquée » dans les circonstances.Selon les laïcs engagés dans l’apostolat, il ne serait pas dans l’intérêt d’une « action renouvelée de l’Eglise dans le monde de l’éducation » de fixer trop tôt des règles précises pour une pastorale scolaire.Ils soutiennent en outre que la procédure adoptée pour l’élaboration de ce directoire « est entachée de lacunes sérieuses ».Le projet auquel ils s’opposent aurait été confié à un secrétariat de l’éducation créé par l’Assemblée des évêques du Québec.L’A.C.C.soutient que les laïcs sont sous-représentés au sein de la commission chargée de rédiger ce directoire et que les mouve- ments et organismes intéressés à un tel projet n’ont pas été invités à faire valoir leurs constatations, leur expérience et leur point de vue.L’A.C.C.estime que le moment n’est pas venu d’élaborer un tel directoire, ajoutant qu’une lettre pastorale « serait bien davantage indiquée », surtout si l’ensemble de la communauté chrétienne était invitée à s’associer à l’élaboration d’un tel projet.En effet, poursuit le mémoire, « il nous paraît préférable dans les circonstances d’inviter les chrétiens à prendre toutes leurs responsabilités et à faire preuve d’initiative ».« Que les chrétiens perçoivent les signes des temps que recèle l’évolution en cours, qu’ils approfondissent leur réflexion à la lumière de la foi et qu’ils apportent leur pleine participation avec tous les hommes de bonne volonté », voilà les invitations que pourrait lancer une telle lettre des évêques, suggère l’A.C.C.Ce document épiscopal devrait être mis en chantier au vu et au su de la communauté chrétienne par le truchement d’une commission dont les membres seraient connus et qui ferait appel à des spécialistes, aussi bien qu’aux fidèles représentés par divers groupements.« Une occasion unique » est ainsi offerte à Tépiscopat « de répondre à l’attente des laïcs qui souhaitent que des gestes précis soient posés chez nous pour concrétiser les perspectives du concile », conclut le mémoire.« They are stating the obvious », a commenté quelqu’un.Cela va sans dire, pourrions-nous reprendre à la française, mais cela va encore beaucoup mieux.en le disant ! c'est ce problème qu’il faudrait avant tout projeter sur le plan des discussions religieuses ?F.D.— Il faut, à mon avis, que le style de la religion dans le contexte technique soit un peu cohérent par rapport à celui de la société, de la culture où cette religion est pratiquée, où elle est vécue.OÙ TROUVER DIEU?J¦ D.-— Alors l’homme moderne, animal religieux selon le P.Daniélou, comment, dans quel milieu va-t-il trouver Dieu ?Peut-il arriver à Le rejoindre à travers ses actes, par sa contribution à la construction de la Cité ?Est-ce que l’homme de la rue ne peut pas le faire tout aussi bien que l’intellectuel ?F.D.— Dans la société paysanne traditionnelle (celle du Moyen Age, la nôtre aussi pendant très longtemps), l’homme rencontrait le sacré à chaque pas : grands phénomènes naturels où foisonnait le symbolisme, réapparition périodique des fêtes saisonnières, etc.C’est à travers ce sacré qu’il communiquait avec le religieux mais avec toutes les ambiguïtés inévitables telles que, par exemple, la dégradation de dévotions religieuses en magie.L’homme moderne se heurte rarement au sacré dans sa vie quotidienne.Dans le contexte de la technique, le travailleur a tendance à considérer à peu près n’importe quelle situation comme susceptible de recevoir une réponse rationnelle sans faire intervenir la magie ou le sacré.NOUVELLE RENCONTRE DU SACRÉ J.D.— Où rencontre-t-il le religieux, en ce cas ?F.D.— Il rencontre le religieux d’une manière et d’une façon peut-être plus pure que dans la société traditionnelle.Il le rencontre hors du travail, dans la solitude.Une solitude d’ailleurs qui, sans doute, lui cause beaucoup plus de problèmes que celle de l’homme traditionnel.Son travail (je pense surtout au milieu ouvrier) ne favorise guère l’expression de la vie personnelle.L’homme se retrouve avec lui-même dans le loisir ou dans la vie privée.Il a plus souvent l’occasion de contester le monde tel qu’il est, alors que l’homme de la tradition l’acceptait avec ce fatalisme habituel au paysan.Il y a donc là une possibilité de remettre le monde en cause qui est pour ainsi dire l’attitude fondamentale de l’homme lorsqu’il veut se mettre en face de Dieu.Tant qu’on est enlisé dans le monde, que ce soit un monde technique ou un monde du sacré peu importe, on ne peut pas rencontrer Dieu, on ne peut pas rencontrer la transcendance, on ne peut pas recevoir l’appel qui fait le croyant.Là encore, je pense qu’il ne s’agit pas de privilégier une civilisation plutôt que l’autre, mais de reconnaître que l’accès au Message, l’accès à l’appel de Dieu est différent selon les contextes.Et que, par conséquent, l’aménagement de la collectivité religieuse doit aussi être différent dans un monde nouveau, puisque l’individu lui-même doit vivre la foi selon un style nouveau.LE « PAUVRE » SELON DANIÉLOU /.D.— D’accord, mais si j’ai bien compris, le « pauvre », le « tout venant » comme l’entend le P.Daniélou, ne dispose pas de l’équipement intellectuel nécessaire pour réfléchir aussi profondément que les gens instruits à toutes ces grandes questions.Alors que fait-on pour lui, se demande le P.Daniélou ; on l’oublie, on va l’oublier dans la civilisation de l’avenir.Que répondez-vous à cela ?F.D.— Le P.Daniélou qui s’insurge contre ce qu’on pourrait appeler les aristocrates de la religion me paraît pécher lui-même avant tout par aristocratisme.Il semble projeter sur les problèmes que nous discutons la distinction des individus en classes sociales.Que certains individus, par leur instruction, puissent mieux pénétrer dans les arcanes de la théologie systématique, c’est bien entendu.Mais on ne peut identifier la théologie avec l’expérience religieuse.Les conditions favorables ou défavorables de la civilisation par rapport à l’expérience religieuse, tous les hommes de notre époque, sans distinction de classes sociales, les vivent.Et on pourrait même dire qu’en un certain sens, ce sont justement ceux qui sont en bas de l’échelle sociale qui sont le plus affrontés aux insuffisances de notre société, ceux qui sont le mieux placés pour la remettre en question, pour ne pas s’enliser dans le monde tel qu’il est.L’homme le plus défavorisé au point de vue de l’instruction peut faire cette confrontation tout autant en profondeur que l’intellectuel.Peut-être même est-elle, chez le premier, plus concrète.AU-DELÀ DES «CLASSES» SOCIALES J.D.-—Alors la « masse », sur le plan religieux, qui est-ce donc ?F.D.— Voilà une autre ambiguïté du vocabulaire du P.Daniélou.La masse, à mon avis, ce sont tout autant des hommes très instruits que des hommes dépourvus de toute instruction.Dans la perspective du christianisme ce sont en quelque sorte les hommes qui n’ont pas encore réalisé la rencontre directe, l’affrontement avec Dieu.Alors j’englobe dans la masse aussi bien des bourgeois que des ouvriers.Les classes sociales n’ont rien à voir là-dedans.Il s’agirait plutôt de distinguer un certain nombre de degrés dans une conversion que je situerais d’abord au niveau le plus élémentaire.Il faut d’abord aller chercher l’expérience religieuse sur ce plan.On peut être un grand pécheur et avoir fait cette conversion, c’est-à-dire s’être placé en présence de Dieu, dialoguer avec Dieu, s’y opposer même comme à un être personnel.Mais on peut être aussi un individu à qui cette expérience ne s’est jamais vraiment offerte.TROIS TYPES D'ÉLITES J.D.— Apportez-vous autant de nuances au terme « élite » ?F.D.— Certes.Il faudrait en distinguer au moins trois espèces.Des individus qui connaissent bien la théologie opposés à ceux qui n’en savent rien ; des spirituels très profonds opposés à une masse de gens pour qui les problèmes spirituels et religieux n’ont pas d’importance ; et puis les élites au sens où l’on parle de classes sociales.Il y a là trois sens différents avec lesquels le P.Daniélou joue continuellement sans faire de distinction précise.LE DIALOGUE UNE TRAHISON ?./.D.—Est-il si sûr, comme le laisse entendre le P.Daniélou, que le dialogue de certains milieux catholiques avec les marxistes, les athées, constitue une trahison du peuple chrétien ?Le souci missionnaire suppose-t-il nécessaire l’abandon de la foule des « pauvres », le rejet des chrétiens à gros grains, qui sont peut-être le plus grand nombre ?F.D.— Ce que je ne comprends pas bien, ce sont les raisons pour lesquelles le P.Daniélou fait une pareille opposi- 55 tion.Je ne vois pas comment, dans une spiritualité authentique, les deux solidarités se contredisent.Pour ma part, je pense avoir besoin à la fois des deux.Je dois me sentir profondément solidaire des autres chrétiens, avec qui je partage la foi, qu’ils soient de droite ou de gauche.Ce qui ne m’empêche pas non seulement d’essayer d’apporter le message chrétien à d’autres qui ne sont pas chrétiens, mais même de tirer de mes contacts avec eux des apports très valables non seulement sur le plan humain, mais même sur le plan spirituel.LIQUIDATION IRRÉVERSIBLE J.D.— La chrétienté telle que vous l’avez définie, M.Dumont, est donc en ce moment à l’état de liquidation.Cette liquidation doit se faire complètement, selon vous.Pourquoi ?F.D.— Oui, elle est effectivement à i’état de liquidation, et depuis le Moyen Age.La désintégration est plus frappante maintenant parce que le processus s’accélère.Pourquoi y a-t-il liquidation de la chrétienté ?Du fait des adhésions religieuses très différentes des individus, du fait que beaucoup d’hommes n’ont plus la foi.Cela nous interdit d’emblée de penser à une civilisation chrétienne.On ne voit pas quelle serait la place de ces individus dans un pareil contexte.Et puis, depuis le début des temps modernes le sens des valeurs profanes s’est approfondi.Même pour un chrétien il devient extrêmement difficile d’accepter de systématiser ses aptitudes dans un corps d’institutions ou d’idéologies qui prétendraient englober tous les aspects de son existence.De plus, la chrétienté est un phénomène qui m’apparaît condamnable en soi.Il - POUR SORTIR DU GHETTO : UNE ANTHROPOLOGIE NOUVELLE SCLÉROSE, MALADIE DE LA CHRÉTIENTÉ J.D.— Et pourquoi donc ?F.D.— D’abord parce que la situation de chrétienté a impliqué la collusion de l’Eglise avec des civilisations périssables.Il faut que l’Eglise dans l’histoire ait continuellement sa liberté de mouvements, qu’elle ne risque pas d’être enlisée dans des institutions qui souvent touchent de près aux problèmes les plus profanes ou les plus matériels.J.D.— Un exemple ?F.D.— Que penser d’une Eglise ainsi instituée en chrétienté qui n’a pas perçu des mouvements historiques très importants pour elle, comme l’apparition d’un prolétariat aux 18ème et 19ème siècles ?Peut-on alors parler d’une Eglise vraiment incarnée dans l’histoire ?J.D.— Et le conformisme, le traditionalisme engendrés par l’état de chrétienté, qu’en dites-vous ?F.D.¦—- Cela me paraît encore plus grave.Le P.Daniélou l’admet parfois aussi dans certaines incidentes.Bien des rites religieux et bien des attitudes morales deviennent des conventions sociales comme les autres.Mais la conséquence la plus sérieuse de l’état de chrétienté, à mon sens, c’est l’appauvrissement et la sclérose de l’expérience religieuse spontanée.Quand la religion est trop officialisée, elle risque de devenir très juridique.De sorte qu’on se retrouve souvent devant des cadres officiellement chrétiens, devant toute une série d’institutions chrétiennes et de pratiques chrétiennes, mais qui ne correspondent pas à une vitalité religieuse profonde.Il faut bien sûr que l’Eglise encadre les individus, mais il faut qu’elle soit à son tour nourrie de la conscience personnelle des individus puisque, en définitive, c’est à la conscience personnelle que le Message fait appel.LA THÈSE S'ÉCROULE J.D.— Une phrase du P.Daniélou, page 14, me laisse perplexe.« L’expérience montre », dit-il en parlant du problème de la pastorale actuelle des masses, « qu’il est pratiquement impossible à un chrétien qui n’est pas un militant de persévérer dans un milieu qui ne le soutient pas.Combien vont à l’église dans leur village qui n’y vont plus en ville ».F.D.— Au point de vue de la sociologie religieuse contemporaine, ce passage pourrait être tourné contre la thèse même du P.Daniélou.Si des gens qui vivent dans un contexte de christianisme unanime, où la religion est une tradition sociale comme les autres, cessent d’être chrétiens dès qu’ils quittent ce milieu, cela indique bien que le christianisme dans lequel ils vivent n’est pas un christianisme authentique.IDENTIFICATION FAUSSE J.D.— Mais justement, le P.Daniélou préfère une masse de chrétiens pratiquants à peu de chrétiens fervents.Il préfère ce christianisme sociologique à rien du tout, car il ne restera que l’alternative de l’athéisme à ces gens-là, croit-il, si on les laisse tomber.F.D.— Mais c’est justement cette alternative que je ne comprends pas.Il ne s’agit pas de nier que le christianisme s’adresse à tous, qu’il compte aussi 56 des conformistes et que c’est là une situation parfaitement normale de l’Eglise et des chrétiens dans l’histoire.Mais est-ce qu’on a dit l’essentiel de cet aspect collectif de l’Eglise quand on parle de chrétienté ?C’est cette identification, chez le P.Daniélou, entre le collectif et l’idée de chrétienté qui me paraît profondément fausse.REDÉCOUVERTE DU COLLECTIF J.D.— Cornent dès lors liquider complètement l’état de chrétienté ?F.D.— Il nous faut retrouver les aspects collectifs authentiques du christianisme, masqués par la situation antérieure de chrétienté.Considérons d’abord le plan où le collectif semble, à première vue, peu présent : celui de la spiritualité.N’est-il pas paradoxal de constater que les courants de spiritualité individualiste dans les temps modernes ont coïncidé avec un état de chrétienté officiel ?J.D.— Vous avez raison.Du moment où tous les aspects un peu importants de l’Eglise et de ses rapports avec le monde sont définis officiellement, qu'est-ce qui reste comme initiative sur le plan personnel ?F.D.— Il reste la religion individualiste.Quand la liturgie est quelque chose d'extrêmement officiel auquel le fidèle n’a pas à participer, il ne reste à celui-ci que le recours de se fabriquer une spiritualité à lui, quitte à la nourrir avec des cantiques n’ayant justement rien à faire avec la liturgie authentique ; à lire des ouvrages de piété qui vont le rappeler à son salut individuel, à ses péchés individuels.Depuis que la chrétienté est à l’état de liquidation, nous sommes en train de redécouvrir les aspects collectifs de la spiritualité : d’une part le fait qu’une spiritualité authentique doit se rattacher à une tradition (c’est bien un phénomène collectif, une tradition), d’où la liaison sur laquelle on insiste de plus en plus entre spiritualité personnelle et liturgie ; et, d’autre part, le fait que la même spiritualité personnelle doit se rattacher à un engagement, c’est-à-dire à une prise de position dans l’histoire des hommes, et non pas seulement à un salut rigoureusement personnel.On pourrait encore parler de la place des petites communautés dans l’Eglise.Ou encore de la complémentarité de la liturgie et du prophétisme, qui sont bien des phénomènes collectifs puisque la liturgie est une prière de la communauté et que la fonction prophétique dans l’Eglise (mise en veilleuse dans les âges de chrétienté), représente précisément la nécessaire et constante contestation de l’histoire par les chrétiens.Contestation des injustices sociales, en particulier, dont les prophètes de la Bible nous ont donné l’exemple.Enfin, à un dernier plan, on retrouverait les tensions et les liaisons des médiations proprement religieuses, représentées par le sacerdoce, et des médiations profanes, représentées par le laïcat.On aurait ainsi une figure très concrète de ce qu’il y a de proprement collectif dans la vie de l’Eglise sans que, pour cela, on doive parler de chrétienté.UNE ANTHROPOLOGIE À FAIRE J.D.— N'avons-nous pas assisté, surtout depuis la guerre, à un vaste renouveau théologique : retour aux Pères de l’Eglise, à la Bible, à la liturgie ?F.D.— Oui, mais il nous reste une étape à franchir, peut-être encore plus difficile : c’est la constitution de ce que j’appellerais une anthropologie chrétienne, qui expliciterait les conditions d’insertion de l’Eglise et du chrétien dans l’Histoire.Problème auquel avaient répondu prématurément les idéologies de la chrétienté, mais auquel il nous faudrait maintenant essayer de trouver des solutions beaucoup plus précises et nuancées, plus fidèles aussi à la prodigieuse réflexion théologique contemporaine sur l’Eglise.C’est seulement une pareille recherche théologique qui pourra nous dire ce qui doit remplacer la chrétienté.Alors seulement on pourra s’interroger avec précision sur la convenance de telle ou telle institution chrétienne et savoir vraiment si l’école primaire, l’université, le syndicalisme, les associations charitables doivent être neutres ou non.ET LES INSTITUTIONS CHRÉTIENNES ?/.D.— Vous parlez d’institutions.Comment, au Canada français, allons-nous résoudre le problème des institutions confessionnelles privées ?L’auteur de ï« Oraison, problème politique » souhaite pour créer un milieu de chrétienté idéal une incarnation de l’Eglise, en tant qu’institution dans les structures scolaires.Il préconise, non seulement la reconnaissance, mais le soutien matériel par l’Etat de toute institution religieuse.F.D.— Voilà un bon exemple du fait qu’il ne faut pas considérer tous ces problèmes en bloc.En somme, le P.Daniélou veut qu’on accepte tout le paquet des institutions chrétiennes, alors qu’elles ne doivent évidemment pas être jugées au même niveau, selon les mêmes critères.On doit tenir compte de plusieurs facteurs pour juger de la pérennité des institutions confessionnelles d’enseignement.Est-ce que l’Etat est prêt à créer dans les institutions officielles les conditions favorables à l’exercice de la religion et à l’instruction proprement chrétienne ?C’est une question qui me tient à cœur tout autant que de savoir si on va laisser survivre les institutions confessionnelles.Deuxièmement, est-ce qu’en maintenant les institutions privées, l’Etat va pouvoir rendre possible une qualité égale de l’enseignement dans le secteur public ?Est-ce que l’enseignement privé n’exercera pas une sorte de monopole sur les professeurs qualifiés ?Il y a là une foule de problèmes qui doivent être jugés dans la conjoncture actuelle du Canada français et par rapport à toute une série de critères dont certains relèvent de la justice, d’autres des conditions essentielles à l’éducation chrétienne des enfants des chrétiens.DU CODE AU DIEU VIVANT J.D.— Comment expliquer, M.Dumont, que le P.Daniélou ne fasse aucune mention dans son analyse du renouveau de la catéchèse chez les enfants et les adultes ?Ne sont-ce pas là mesures plus réalistes pour Venracinement politique et social de la foi que l’édification de ces cadres qu’il désire et qui, comme vous le disiez, ne garantissent vraiment rien en profondeur en milieu de plus en plus pluraliste ?F.D.— En effet, dans une société où les cadres officiels ne garantissent plus la pratique religieuse, on est bien obligé de se rendre compte que la religion n’a plus qu’un seul support humain fondamental : la conscience des individus.C’est dans ce sens que le renouveau de la catéchèse m’apparaît comme une conséquence heureuse de la désintégration de la chrétienté.Alors qu’on nous faisait surtout apprendre en quelque sorte le code religieux d’une société officiellement chrétienne, nos enfants sont enfin placés en face du Dieu vivant.{ Propos de Fernand Dumont, recueillis par Jocelyne Dugas. Extraits des Fioretti du bon pape Jean par Henri Fesquet.LE BON PATRON Un prélat trouvant exagérée l’augmentation des petits traitements lui fit respectueusement remarquer que ce serait un gros prélèvement sur le budget pontifical.Alors le pape lui répondit pour le taquiner : « Nous avons non seulement augmenté le traitement des plus humbles, mais encore diminué celui des hauts fonctionnaires.De la sorte, je prévois pour notre trésorerie une économie d’environ vingt millions de lires par mois.» LE FOU Mgr Roncalli, nonce de Turquie, n'avait aucune envie d’aller à Paris ; il se sentait indigne de cette difficile mission.Quand il apprit sa nomination, il partit à regret pour Rome.Au Vatican où l’on se montrait étonné de son peu d’empressement, il déclara tout de go : « Quel est le fou qui m’a envoyé là-bas ?t> Quelle ne fut pas sa confusion lorsqu’il apprit que le « fou » c’était Pie XII en personne ! LE PATRON N'EST PAS DRÔLE Avant de quitter Paris, le nouveau cardinal, ignorant encore qu’il allait être nommé à Venise, craignait pardessus tout une affectation à la Curie romaine.Comme on s’étonnait de cette humilité excessive, il glissa dans un sourire : « Si vous croyez que c’est drôle de retourner auprès du patron ! » CÉLIBATAIRE COMME MOI .Un ambassadeur asiatique est reçu en audience.Jean XXIII s'approche de lui et se met à bavarder avec lui fa- SENS DE L’HUMOUR DE JEAN XXIII milièrement comme d’habitude.Il s'enquiert de sa vie de famille.Son hôte l’interrompt et lui dit : « Je ne suis pas marié ».«—Ah ! vous êtes célibataire! Alors c'est tout comme moi ! » s’écrie le pape.« — Pas tout à fait, Saint-Père.», reprend honnêtement l’ambassadeur.UN BON DIPLOMATE « II n’y a que deux solutions possibles, disait le pape, pour être un bon diplomate : ou bien être muet telle la taupe, ou bien loquace au point que ses propos perdent toute importance.Etant donné que je suis Italien, je préfère la deuxième méthode ».MICROS INDISCRETS Lors d’une audience générale, le pape dut s’adresser à des Britanniques en anglais, langue qu’il connaissait très mal.Il bafouilla quelques mots, puis s’embrouilla vite.Il chargea un prélat de l’excuser et de dire à son auditoire qu’il apprenait l’anglais et que la prochaine fois, il leur parlerait mieux.Croyant alors les micros fermés, le Pape dit à son voisin : « Basta ! S’ils croient que je vais apprendre l’anglais, ils peuvent toujours attendre ! » LE CONCLAVE Ayant surpris dans les rues de Rome ce propos d’une passante à sa voisine, choquée par l’embonpoint du pape : « Mon Dieu ! qu’il est gros ! », Jean XXIII se retourne et lui dit : « Mais vous savez, Madame, le conclave, ce n’est pas un concours de beauté ! » LA MOITIÉ Un diplomate nouvellement accrédité au Saint-Siège est reçu par le Pape.Il lui demande combien de personnes travaillent au Vatican ?« Oh ! pas plus de la moitié », répond Jean XXIII en clignant de l’œil.LA NUIT Faisant allusion à ses fréquentes sorties du Vatican : « Us disent que je sors trop pendant la journée.Eh bien ! je sortirai la nuit ».LE VICAIRE ET LA SUPÉRIEURE Jean XXIII visite à Rome l’hôpital du Saint-Esprit tenu par des religieuses.La supérieure arrive tout émue et lui dit pour se présenter : « Très Saint-Père, je suis la supérieure du Saint-Esprit ! — Eh bien ! vous en avez de la chance, lui répond le Pape, moi je ne suis que le vicaire de Jésus-Christ ! » UN SCANDALE « Vous n’êtes pas gêné, Monseigneur, lui demandait-on, quand dans un grand dîner, il y a des femmes trop décolletées ?C’est souvent un scandale.— Un scandale?Mais non, répondit Mgr Roncalli, quand il y a une dame décolletée, ce n’est pas elle que tout le monde regarde, mais le nonce apostolique.» PAPE OU POLICIER?Dans les premiers temps de son pontificat, Jean XXIII reçut d’un petit garçon d’une dizaine d’années, nommé Bruno, une lettre ainsi rédigée : « Mon cher pape », « J’hésite.J’ai envie de devenir policier ou pape.Qu’est-ce que tu en penses ?» Le pape lui répondit : «Mon petit Bruno », « Si tu veux mon avis, apprends le métier de policier, car ça ne s’improvise pas.Quant à être pape, tu verras plus tard.N’importe qui peut être pape ; la preuve c’est ce que je le suis devenu ». Il n’est pas rare qu’on entende reprocher à l’Eglise de posséder des institutions temporelles : reproche qui vient de l’intérieur comme de l’extérieur.De l’intérieur pourtant s’élèvent des défenses vigoureuses de ces institutions.Reproches et défenses ont souvent en commun leur simplisme en sens inverse.Comment situer correctement le problème réel que pose à la réflexion croyante l’existence et la signification de ces institutions ?Institution ecclésiale .Commençons par les distinguer : Par institution ecclésiale, il faut entendre, non pas tout ce qui dans l’Eglise prend visage d’institution, selon un regard global de sociologue, mais, précisément, ce qui, dans l’Eglise de la Pentecôte, réalise la volonté de Jésus et des Apôtres qu’il s’est associés pour la fonder.L’aspect institutionnel de l’Eglise n’aura plus de raison d’être dans le Royaume d’après la Parousie, mais il est constitutif dans l’Eglise de l’histoire et ne relève pas d’une initiative simplement humaine.La foi nous accorde à la volonté du Christ et de l’Esprit pour reconnaître dans l’Eglise de la Pentecôte une Eglise structurée par le pouvoir apostolique, rassemblée autour d’une institution sacramentelle et en premier lieu du baptême et de l’Eucharistie, organisée en communautés, unie par une charte donnant une expression sociale à sa foi et à ses mœurs.La Nouvelle et Eternelle Alliance a reçu sa constitution d’en-haut, jusqu’au retour du Seigneur et il n’est de mission qu’en référence à cette constitution.Voilà pourquoi la réforme de l’institution ecclésiale ne pourrait être qu’une révolution, les hommes s’arrogeant alors un pouvoir de jugement sur ce que Jésus lui-même a voulu.Une Eglise sans épiscopat, sans baptême et sans eucharistie, une Eglise purement spirituelle, ce n’est plus l’Eglise mise au P.-Â.LIEGE, O.P.: Professeur à l’institut catholique de Paris.LE POIDS DES INSTITUTIONS P.-A.LIÉGÉ monde et lancée à travers l’histoire à la Pentecôte.Ecclésiastique Par institutions ecclésiastiques, on désignera tout ce que l’Eglise, sous sa propre responsabilité assistée de l’Esprit, a fondé, selon les nécessités et les temps, pour exprimer et acculturer l’institution ecclésiale.Jésus n’a pas fixé la liturgie dans laquelle serait célébrée l’eucharistie, ni la façon dont s’organiserait le pouvoir apostolique, ni le régime d’existence de sa communauté messianique.Il a laissé à l’initiative de son Eglise, au long des générations, le soin de le faire.Ce qui caractérise les institutions ecclésiastiques, c’est donc, tout à la fois, l’identité de but immédiat avec l’institution ecclésiale, et le relativisme de leur origine.Veut-on quelques exemples ?On citera, pêle-mêle, les diocèses et les paroisses, les ordres religieux, les grands séminaires, les dévotions, le catéchuménat et le catéchisme, les divers clergés, les écoles de théologie, les mouvements apostoliques et les mouvements de spiritualité, etc.Que l’Eglise n’ait pu en rester à l’institution ecclésiale pure et simple, qu’elle se soit donné ces institutions ecclésiastiques, il n’y aurait à s’en étonner que des esprits abstraits.Il reste que ce que l’Eglise a créé, elle peut le défaire et le transformer : et c’est la place légitime de la réforme, toujours pour le plus grand service de l’institution ecclésiale.Temporelle chrétienne Nous en arrivons aux institutions chrétiennes, ainsi désignées pour faire court, car il vaudrait mieux dire institutions temporelles chrétiennes.Il s’agit, en effet, d’institutions qui, à la différence des précédentes, ont leurs similaires dans la cité humaine, dans l’ordre de civilisation, poursuivant une fin immédiate qui est d’humanisme : culture, organisation sociale ou politique de la société.En quoi seront-elles chrétiennes ?En ceci qu’elles seront prises en charge par des chrétiens, engageant plus ou moins l’Eglise dans la sphère de la vie publique, plus ou moins contrôlées par l’autorité ecclésiastique ; et tout cela en vue de servir la mission de l’Eglise, de prolonger jusque dans la vie publique, plus ou moins contrôlées par l’autorité ecclésiastique ; et tout cela en vue de servir la mission de l’Eglise, de prolonger jusque dans la vie publique ses organes propres et sa présence.Des exemples viennent immédiatement à l’esprit, les plus divers : l’état chrétien, le parti chrétien, le syndicat chrétien, l’Etat du Vatican, l’école chrétienne, les mouvements d’éducation chrétienne, les associations familiales chrétiennes, la presse chrétienne, l’assistance médicale chrétienne, les secrétariats sociaux chrétiens, etc.On pressent, à travers cette énumération, que l’élasticité du terme « institution » permet de regrouper des institutions-mouvements, des institutions-centres d’étude et d’action, des institutions-pouvoirs.Quant à l’élasticité de l’épithète « chrétienne », il est évident qu’elle laisse place à ce plus et à ce moins dont nous usions plus haut pour désigner le rattachement à l’Eglise de telles institutions.Mais, s’il y a lieu de distinguer, il y a possibilité d’unir toutes ces formes d’institutions qui ne relèvent pas directement du mystère de l’Eglise, tout en étant sociologiquement inscrites dans la sphère d’existence ecclésiale, au point d’apparaître, pour des observateurs du dehors, plus révélatrices de l’Eglise que l’institution proprement ecclésiale et que les institutions ecclésiastiques.Aux origines des institutions chrétiennes S’il est difficile d’imaginer la mission de l’Eglise sans institutions ecclésiastiques, il l’est moins lorsqu’il s’agit des institutions chrétiennes.Pendant les premiers siècles de son existence, l’Eglise 59 n’omit point de se donner les premières, mais se préoccupa assez peu des secondes.Historiquement, c’est avec la « réussite sociale » de l’Eglise, à la suite de Constantin et de Charlemagne, et pendant la chrétienté médiévale, que le mouvement de création des institutions chrétiennes se déclenche.On peut vraiment dire que Faction pastorale de l’Eglise en chrétienté eut comme axe les institutions chrétiennes, à ce point qu’on peut parler alors d’une « Eglise-en-état-d’institution-chrétienne ».Rechercher les motifs qui ont amené la naissance de ces institutions chrétiennes, c’est bientôt se trouver en face d’une intention très bariolée et amalgamée, où l’occasion historique, la coutume sociologique, les états de fait, voisinent avec des décisions théologiques et avec des motivations de conscience pastorale plus a priori.La conjoncture historique y tient, en effet, une assez grande place.Voici, pour l’essentiel, ce que l’on découvre : — le vouloir d’aider les chrétiens à vivre dans l’unité leur vie de foi et leur vie humaine totale ; — le vouloir de protéger la faiblesse personnelle des chrétiens pas adultes, ou peu adultes, en leur fournissant un cadre social ; — le vouloir de regrouper au nom de l’Eglise les communautés humaines pour y exercer plus facilement la mission de salut ; — le vouloir de prolonger plus avant dans le monde la sphère de la communauté proprement ecclésiale ; — le vouloir de garantir les baptisés contre l’hostilité d’institutions humaines paganisantes ; — le vouloir de faire front contre les ennemis de l’Eglise, constitués en institutions « laïques », et de défendre les droits de l’Eglise ; — le vouloir d’allier à l’Eglise toutes les réalités de la vie publique et de la civilisation pour les christianiser et réaliser un ordre social chrétien ; — le vouloir d’exprimer jusque dans les institutions l’unanimité chrétienne — réelle, ou tenue pour telle — d’une communauté humaine ; unanimité généralement réalisée ou décrétée par les princes chrétiens ; — le vouloir de faciliter l’adhésion chrétienne des masses par le climat favorable créé sous l’influence des institutions ; — le vouloir de réaliser visiblement l’unité du monde sous forme d’une société chrétienne identifiée à l’Eglise ; — le vouloir de règne clérical et d’impérialisme spirituel qui anima des prin- LE CARDINAL ET LES JOURNALISTES Autopsie d’une nouvelle.Vain jeu de l’esprit ?Peut-être bien que oui, mais peut-être aussi que non.L’autre jour, sur les ondes de la Radio d’Etat, l’archevêque de Montréal a déclaré : « Si un groupe de citoyens désirent des écoles neutres, de la part de l’Eglise, il n’y aura pas d’opposition ».Cette déclaration, aussi lapidaire qu’elle fut, a connu un retentissement considérable.A peu près tous les media d’information lui ont fait un sort.Prévenant la curiosité de leurs confrères de la presse parlée, les reporters de Radio-Canada leur avaient d’ailleurs fait tenir une transcription intégrale de l’entrevue radiophonique accordée par le cardinal Léger : une bonne douzaine de pages, grand format.C’est à la lecture de ce texte que débute notre analyse.La nouvelle est-elle exacte ?Oui, bien sûr, tous les mots y sont, en noir sur blanc (sur rose, faudrait-il dire, en l’occurrence, pour être plus exact), aucun doute là-dessus.Mais là où ça devient intéressant, c’est quand on lit le paragraphe au complet, 21 lignes en tout, s’interrogeant sur les diverses manières dont cette même réponse aurait pu être « exploitée ».Aurait en effet été tout aussi exact et « objectif », le journal qui aurait « titré » vigoureusement : l’archevêque de Montréal réaffirme le droit des catholiques à l’école confessionnelle.Car du même souffle, le cardinal Léger, après avoir écarté l’idée que l’Eglise s’oppose à l’école neutre, ajoutait : « mais cette liberté que nous accordons aux autres, nous demandons aux autres de nous la donner ».Position qu’il s’empressa d’expliquer : « C’est-à-dire que, dans la conviction de notre propre foi, nous considérons que l’éducation chrétienne, c’est une valeur.Je crois que c’est là le problème.» Mais ce n’est pas tout.On peut imaginer un troisième journal, qui, avec tout autant de vraisemblance et, ajoutons-le, « d’objectivité », aurait pu coiffer sa nouvelle du titre suivant : Le cardinal Léger refuse de s’engager dans un débat sur la neutralité de notre système scolaire.Le reporter pouvait alors ainsi amorcer le préambule de son article : « Interrogé à la radio d’Etat, sur la question à savoir si les catholiques, s’inspirant de la déclaration conciliaire sur la liberté religieuse, devraient non seulement ne pas s’opposer à l’école neutre mais seconder ceux qui la revendiquent, l’archevêque de Montréal a répondu, qu’il était « inutile d’engager une discussion sur ce point-là, tant que la dernière tranche du rapport Parent n’aura pas été publiée ».« Alors seulement, nous pourrons engager de sérieuses discussions, a ajouté le cardinal Paul-Emile Léger ».Autant de nouvelles, toutes aussi plausibles les unes que les autres, mais qui oserait affirmer que l’impact sur l’opinion publique aurait été tout à fait le même ?Vanitas vanitatum, écrivait déjà la Bible, citant Claude Bruchési ! 60 ces et des clercs s’inspirant du théocra-tisme juif.Il faudrait prendre l’une après l’autre chacune des institutions chrétiennes pour retrouver son origine intentionnelle dans un ou plusieurs des motifs ainsi explicités.Bientôt on verrait poindre des différenciations suivant que les motifs retenus sont surtout négatifs et défensifs, ou positivement éducatifs, ou consécratoires, ou potestatifs.On pourrait, d’ailleurs, ajouter ceci : le jugement historique permet de constater qu’une action pastorale très centrée sur les institutions chrétiennes, comme ce fut le cas naguère, là où demeurait l’héritage de la chrétienté, n’a pas porté, et de loin, les fruits qu’on en espérait de confiance.Elle n’a qu’insuffisamment préparé les chrétiens et l’Eglise aux fidélités évangéliques dans le monde moderne.Elle n’a pas efficacement empêché ce qu’on appelle la déchristianisation, malgré les illusions qu’elle entretint un moment et les promesses non tenues qu’elle cautionna.Ceci dit de façon globale et réserve faite au bénéfice de telle ou telle institution chrétienne en particulier.L'aujourd'hui de la mission de l'Église On s’accorde volontiers, dans l’impulsion du Concile, à reconnaître que l’Eglise doit être d’abord une Eglise missionnaire, soucieuse de la foi à susciter et à éduquer, présente au monde et en dialogue de salut avec lui.Point n’est besoin de débattre longuement, après cet accord, pour reconnaître les exigences majeures qui vont commander le comportement de l’Eglise et dont devront tenir compte de bon gré les institutions chrétiennes.Enumérons-en quelques-unes : — L’Eglise aura le souci de se garder libre par rapport aux instances temporelles, afin que soit manifestée par elle la transcendance de l’Evangile.— L’Eglise sera habitée par le souci de la pauvreté : pauvreté de prestige et de puissance autant que pauvreté financière et immobilière.— L’Eglise aura le souci de servir la société, sans l’utiliser ni l’annexer.Ce qui conduit à une présence dans l’avenir du monde respectueuse de ses entreprises, amicale à ses projets.— L’Eglise aura le souci de ne pas se couper d’un monde dont elle se distingue, d’y multiplier les antennes.Ce qui conduit à une éducation de la foi en dialogue avec tous.— L’Eglise aura le souci d’une qualité particulière de la foi, distinguée de la religion atavique et par trop socio-logique.On le voit : il s’agit pour l’Eglise de réviser son statut d’existence dans le monde en s’affirmant elle-même dans sa différence tout en reconnaissant sa solidarité intrinsèque et active avec le monde dont elle se distingue.Sans sécularisation comme sans cléricalisation, sans esprit de ghetto comme sans mon-danisation, sans évasion comme sans fausse présence.Interrogations Confrontant ces exigences avec les institutions chrétiennes, on pressent que, sans les congédier de façon massive, l’Eglise va les interroger sur leurs possibilités.Et voici les questions qu’elle leur pose : — Ne risquez-vous pas de télescoper les médiations ecclésiales de la Parole, agissant de l’extérieur, et visant insuffisamment le cœur des hommes qui est concerné par la Parole ?— Ne risquez-vous pas, par impatience du règne social du Christ, de combler, au prix d’adhésions sans profondeur, l’espace entre l’Eglise et le monde ?— Ne cherchez-vous pas davantage le ralliement à l’institutionnel chrétien qu’à l’Evangile ?— Craignez-vous suffisamment le pharisaïsme ?Et croyez-vous qu’il ait jamais existé un peuple unanimement et librement chrétien ?— Ne risquez-vous pas de confondre l’unité catholique et l’uniformité socio-logique d’un « ordre chrétien » ou d’une « civilisation chrétienne ?» — Ne risquez-vous pas de rassurer à bon compte ceux qui sont dans l’Eglise et de céder à ce manichéisme qui identifie au monde des ténèbres tous les non-catholiques ?— Ne risquez-vous pas de dispenser les laïcs d’un témoignage de foi et de l’évangélisation proprement dite ?— Ne risquez-vous pas de prolonger indûment un rôle de suppléance des institutions profanes ?— Ne risquez-vous pas de faciliter la paresse de la foi, en la protégeant et en l’encadrant par trop ?— Prenez-vous les moyens de susciter des chrétiens de dialogue, ouverts aux non-chrétiens ?— Ne risquez-vous pas de faire trop confiance à la « climatisation » chré- tienne et d’user insuffisamment du glaive de la Parole de Dieu, de ne pas évangéliser autant que vous baptisez ?Le débat se poursuit Le débat s’instaure donc désormais en face d’un reste d’institutions chrétiennes.Mais lesquelles garder et promouvoir, lesquelles rejeter ?Réservant les situations de fait, on pourrait distinguer deux types d’institutions chrétiennes, d’une distinction prise de leur signification pastorale.En termes d’artillerie on parlerait ici d’institutions lourdes, là d’institutions légères.Il y a d’abord les institutions chrétiennes de pouvoir : celles qui font entrer l’Eglise dans le monde en lui donnant pouvoir et puissance.Puissance parmi les puissances de ce monde, capable de pression, d’influence extérieure.Inévitablement alliée au prestige des forces temporelles : financières, sociales et politiques.Tels sont les Etats chrétiens, les partis chrétiens, les syndicats chrétiens.Il y a ensuite les institutions chrétiennes de service : celles qui font entrer l’Eglise dans le monde avec un visage fraternel, dans le seul but de travailler à la libération de l’homme, à l’unité de la communauté, au témoignage et au service de la foi.Avec une intention d’éducation véritable.L’avenir des institutions chrétiennes est donc de ce côté seulement.Leur domaine sera l’éducation, l’opinion, la culture, l’assistance.Nul doute que d’anciennes institutions doivent survivre à condition de se mettre à jour par rapport à la mission de l’Eglise et au service humain et chrétien qui les justifie.Peut-être que des institutions nouvelles viendront s’y adjoindre dans de nouveaux secteurs de service.Il ne faut se le cacher pourtant : leur fonctionnement restera toujours délicat ; elles seront l’objet d’une attention particulière pour ne pas faillir à leur mission.On leur demandera de ne pas se fier dans la seule vertu des encadrements, mais de faire passer les fidélités chrétiennes qu’elles veulent aider, par la liberté et le respect des consciences.La préoccupation de la liberté religieuse trouve là un point d’application.A cette fin il faudra éviter que les institutions chrétiennes se présentent ou donnent l’apparence de se présenter comme concurrentes des institutions similaires non chrétiennes.4 Après avoir parcouru les grandes étapes de la carrière de Luther pour mieux saisir les dominantes de ce destin singulier, c’est au cœur même du drame spirituel qu’il nous faut essayer de pénétrer afin de mieux comprendre les luttes ardentes du réformateur.Il ne fait pas de doute que Luther est une figure très complexe et malaisée à cerner.Son être est partagé et toute son expérience passe à travers des combats déchirants.Impossible de réduire sa démarche à des affrontements de style dualiste.Bien plus qu’un homo duplex Luther est un homo multiplex.Plusieurs personnes pour ainsi dire cohabitent en une seule et même personne.Chez Luther il y a le jeune moine catholique, le jeune réformateur hésitant, puis le réformateur mûr et engagé.On trouve aussi un polémiste, un docteur, un poète, un musicien et en fin de compte, Luther, simple homme de chair et de sang, avec toutes les humaines faiblesses.Tout le temps ces Luthers différents semblent entrer en conflit, en guerre l’un contre l’autre.Néanmoins, de cet homme complexe, se développant à l’intérieur et au travers de luttes avec lui-même, avec ses adversaires, avec JOHN McDONOUGH, O.P.: Auteur de The Law and the Gospel in Luther, Oxford, 1963 ; professeur invité, Trinity College, Toronto.flifÛoTÏÏÈOïïn LE DRAME DE LA FOI CHEZ MARTIN LUTHER JOHN McDONOUGH, O.P.la théologie traditionnelle, avec la Curie Romaine, « un génie vraiment religieux, un homo religiosus, arrive à percer, puis à prendre forme ».(Lortz, Le drame de Martin Luther, dans La découverte de l’œcuménisme, 1961, p.350.) Or si nous envisageons Luther de ce point de vue, comme prédicateur de la parole, comme un homo religiosus, singulièrement inspiré et possédé par la puissance de la parole vivifiante et rédemptrice, nous serons en mesure de discerner une certaine unité dans cet homme et dans sa pensée.THÈME CENTRAL Quand je dis « une certaine unité », je ne pense pas à un principe unifiant, comme la notion de l’être chez saint Thomas ou comme le concept de prédestination chez Calvin ; ni non plus à un plan préconçu que l’on projetterait dans ses écrits pour réduire sa théologie à un système.Je pense plutôt à un thème central, un leitmotiv, qui se dégage et de son expérience et de ses écrits ; un thème d’ailleurs qui constitue le cœur même de son enseignement sur la Bible et sur les mystères de la foi.En un mot je pense à ce que j’appelle sa doctrine « loi-évangile » (Law-Gospel doctrine) doctrine qui comporte et nécessite une expérience personnelle de désespoir suivi de foi.LA LOI ET L'ÉVANGILE Dans mon livre, The Law and the Gospel in Luther, Oxford, 1963, voici comment j’ai résumé l’essentiel de cette doctrine : « La parole de Dieu que Luther défend, et à laquelle il croit, est double : les préceptes et les promesses du décalogue et les préceptes et les promesses de l’évangile ; ou tout simplement la parole comme loi et la parole comme grâce.Ensemble ils causent dans l’homme pécheur une expérience religieuse et dualiste où l’homme devient conscient que sa propre justice (self-righteousness) est en conflit avec la justice divine (God’s righteousness).Dans la mesure où Dieu meut l’homme et l’aide de sa grâce, cette expérience se termine dans une crise de conscience où l’homme désespère totalement de lui-même pour croire absolument dans le Christ *.En quelque sorte cette doctrine « loi-évangile » est une doctrine « expérien-tielle », voire existentielle.Mais attention ! Ici Luther ne parle pas de désespoir quant aux efforts et aux accomplissements de l’homme dans l’ordre naturel.Il parle toujours dans le contexte de la rédemption, dans l’ordre de la grâce.Il attire notre attention principalement sur l’impuissance morale de l’homme devant le jugement de la loi divine.IMPUISSANCE DE L'HOMME POUR LE BIEN A moins que Dieu n’intervienne avec sa parole évangélique, avec ses promesses de grâce et de pardon, l’homme ne peut que désespérer de lui-même dans ses efforts pour observer les dix commandements, pour se réaliser et atteindre Dieu.Le but de sa doctrine « loi-évangile » c’est précisément de grandir la réalité de Dieu et de rapetisser la réalité de l’homme sans Dieu.Cette approche de Luther représente sa façon d’enseigner la « métanoïa » ; c’est-à-dire la nécessité pour l’homme de se convertir, de réaliser un renouveau de cœur et d’esprit par la foi dans la parole de Dieu.Et cette foi, en plus, se voit, se manifeste, dans l’événement d’une expérience, une crise de conscience, qui se traduit en termes de désespoir de soi, suivi d’une confiance dans le Christ.NOUVEAU SAINT PAUL ?Cette doctrine est au cœur même de la pensée et de la prédication de Luther.C’est là qu’on trouve Luther un avec lui-même, obstinément persistant, résolu, inflexible.Et cette doctrine devient, pour lui réformateur, son cri de bataille, sa profession de foi.Lorque Luther, la Bible entre les mains, se dresse et hurle contre le trafic honteux des indulgences et contre les abus de l’église du XVIe siècle, il se propose de prêcher sa doctrine de la « métanoïa », dans la ligne de la doctrine de Saint Paul.Il proclame que c’est la loi de l’Ancien Testament et la grâce du Nouveau Testament qui causent en nous une crise de conscience quotidienne de pénitence, de désespoir et de foi.Ainsi parle-t-il dans une lettre envoyée au Pape Léon X, intitulée La liberté de l’homme chrétien : « Les commandements enseignent et prescrivent beaucoup de bonnes choses, mais elles ne sont pas accomplies du seul fait que les commandements sont énoncés.Ils enseignent, mais ne donnent pas de force pour y parvenir.Aussi n’ont-ils d’autre but que de démontrer à l’homme son impuissance pour le bien et de lui apprendre à désespérer de lui-même, et c’est pourquoi ils s’appellent l’Ancien Testament.Quand l’homme a éprouvé son impuissance en face des commandements, quand il se voit plein d’angoisse pour les observer, alors qu’il doit y satisfaire sous peine de damnation, il devient humble, anéanti à ses yeux, car il ne trouve rien en lui qui puisse le justifier.Mais voici maintenant la promesse divine : « Voulez-vous satisfaire aux commandements et vous libérer de vos mauvais désirs et de tous vos péchés, comme l’exige la Loi, croyez au Christ en qui je vous promets toute grâce, toute justice, paix et liberté.(Traduit du texte latin, dans W.A., 7, pp.52-55) ».C’est essentiellement cette « métanoïa », exprimée en termes de loi et d’évangile, qui inaugure l’immense conflit entre chrétiens que nous appelons la Réforme.Pour ma part c’est le thème positif et durable de la révolte de Martin Luther.La prédication de cette doctrine souligne, comme l’a bien dit Lortz, la pauvreté spirituelle de l’homme : « L’homme pâtit foncièrement de tout rapporter à soi-même son ‘incurvitas’ ; mais en réalité par lui-même il n’est rien, et c’est ce qu’il faut reconnaître.Luther s’acharne à dénier à l’homme toute justice propre devant Dieu ; comment il prêche ïhumilitas au pécheur et lui apprend à tout espérer de la seule justice du Christ » (Lortz, Op.cit., pp.350-351).Les exagérations, les contradictions, les déclarations massives de Luther appartiennent au langage évangélique.A travers ce style percutant il compte bien retourner les cœurs et rendre les hommes conscients de leur péché, pour qu’ils reconnaissent leur besoin de Dieu.SENS PROFOND DE SA DÉMARCHE Et voilà la signification de sa doctrine et la portée de son enseignement sur la relation entre la loi et l’évangile.Elle explique pourquoi il fut prêt à tout risquer pour la défendre : son esprit, sa santé mentale, son âme, et même à la Diète de Worms, sa tête.Il espérait que toutes choses dans l’église — la papauté, l’épiscopat, le sacerdoce, la liturgie, les sacrements, la prière, les œuvres — seraient subordonnées à son expérience et à sa prédication de la « métanoïa ».LE PAPE PARLE DE LA « MÉTANOÏA » A cet égard il est intéressant de signaler que le Pape, dans son discours à l’O.N.U., a aussi parlé de la « métanoïa ».Il a invité les hommes de bonne volonté à se convertir, à devenir des hommes nouveaux : « .le moment est venu de la conversion, de la transformation personnelle, du renouvellement intérieur.Nous devons nous habituer à penser d’une manière nouvelle l’homme : d’une manière nouvelle aussi la vie en commun des hommes, d’une manière nouvelle enfin les chemins de l’histoire et les destins du monde, selon la parole de Saint Paul : « Revêtir l’homme nouveau créé selon Dieu dans la justice et la sainteté de la vérité (Ephésiens, 4-23) ».Bien entendu, le pape parle de la conversion intérieure dans un tout autre contexte que Luther.Pourtant il souli- gne que la conversion, le renouvellement intérieur constitue comme le point essentiel, comme le point de départ de tout progrès spirituel.Chez Luther il en est de même.L’église, dans son tout et dans ses parties, doit être fondée et centrée sur la « métanoïa », sur la conversion intérieure, causée par la parole de Dieu.En bref, ce n’est pas l’autorité ecclésiastique qui est l’essentiel, ni non plus le cléricalisme, ni le droit canon, ni les œuvres purement extérieures.LUTHER UN SUBJECTIF?C’est vrai, c’est un fait que Luther fut impulsif, têtu, téméraire, subjectif dans sa prédication et dans son enseignement.Aussi fut-il incapable de saisir le contenu total objectif de l’Ecriture et de l’enseignement de l’Eglise.Mais, comme dit encore le père Lortz, « il ne faudrait pas confondre tout cela avec de la mauvaise volonté ou du subjectivisme égoïste».(Ibid., 353).Les attitudes de Luther s’expliquent plutôt par le fait que la conversion intérieure, basée sur son interprétation de la loi et de l’évangile, constitue, pour lui, l’essentiel, la somme et même le tout de l’évangile.DRAME ET GRANDEUR DE LUTHER Voilà précisément ce qui fait tout le drame et la grandeur de Martin Luther.Parfois magnifiquement, toujours passionnément, avec une foi profonde et intense, il défendit la « métanoïa » de la Bible.Cependant, par un excès, sans doute nécessaire pour son temps, il se trouva en guerre contre des autorités intransigeantes.A son insu, sans le vouloir, il fut, en quelque sorte, forcé de laisser de côté, même de rejeter certains aspects importants de l’église visible.Mais cette dernière déclaration, je ne veux pas la présenter comme une forme du « triomphalisme romain ».Au contraire, c’est précisément à cause de Luther et à cause du protestantisme d’aujourd’hui que nous sommes conscients de nos faiblesses.Ces aspects importants de l’église visible, que Luther laissa de côté, ou qu’il rejeta, doivent subir un examen critique et en profondeur, à la lumière des nouvelles études bibliques, de la théologie nouvelle et de notre expérience historique de vingt siècles.à US tes-tie B il tat te et t la i la Ipas situai le meal WE.2-3113 LA CLINIQUE ST-LOUIS 2150 ouest, rue Sherbrooke Montréal 381-9231 FINANCEMENT LABRADOR INC.50 ouest.Place Crémazie, Suite 109 Montréal 677-9101 LA BARRE 500 INC.2019 Boul.Taschereau Ville Jacques-Cartier 274-2910 LUCIEN GERVAIS Bl J O UT I ER EN GROS 6577, rue Chateaubriand 933-1138 VICTORY INC.CONVOYEURS ET MACHINES 250, rue Rose de Lima Montréal Montréal 935-1169 GRAND SÉMINAIRE DE THÉOLOGIE DE MONTRÉAL 2065 ouest, rue Sherbrooke Montréal 756-1691 ÉMILIEN GRÉGOIRE AUTOMOBILES INC.St-Ambroise de Kildare Co.Joliette 625-2416 LUCIEN DAGENAIS & SES FILS LTÉE GARAGE 471 Boul.Labelle Fabreville OR.6-2910 MARTIN & FILS INC.PIERRE ARTIFICIELLE 7190 Chemin 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