Maintenant, 1 octobre 1968, Octobre-novembre
15 OCTOBRE - 15 NOVEMBRE « 1968 No 80 UNE UNIVERSITE RENOV S ÉGLISES EN PAYS MARXIST SIGNS CULTURELLES DE LA SEXUA NADA 67 DANS LA PRESSE FRANÇ UNE EXPÉRIENCE FINANCIERE LE BIAFRA NOUS ACCUSE TÉMOINS 75 CENTS sommaire TABLEAU DE BORD ÉDITORIAL : Pour une université rénovée Pierre Saucier, Yves Gosselin 227 Dimensions culturelles de la sexualité Jacques Grand'Maison 230 Canada 67 dans la presse française Jacques Rivet 235 Expérience financière.sans intérêt Jacques-A.Lamarche 240 Réponse de Pierre Pascau 243 Les Eglises en pays marxistes Michel Despland .245 Le Biafra nous accuse Jacques Flamand .249 Musulmans du Québec Jules Arbec 252 TÉMOINS Témoins hier, Témoins Maintenant Jean-Pierre Bélanger 253 Antimanifestation Claude Wallot 254 Prises de vue Richard Gay .255 »______________________________________________ Le Ministère des Postes, à Ottawa, a autorisé l’affranchissement en numéraire et l’envoi comme objet de" la deuxième classe de la présente publication.Frais de port garantis si non livrable.C’est un fait : les pays de civilisation industrielle avancée sont entrés dans la révolution culturelle.Partout, le pouvoir étudiant remet en cause les structures, les méthodes pédagogiques et le rôle traditionnel de l’université.Le Québec n’échappe pas à cette vague de contestation.Est-ce à dire que ce mouvement prendra nécessairement la forme d’une rébellion anarchiste ou meurtrière ?Pierre Saucier et Yves Gosselin ne le croient pas.Après avoir rencontré des groupes d’étudiants, de professeurs et d’administrateurs, ils examinent la situation au Québec, principalement à l’Université de Montréal.Poursuivant une réflexion amorcée dans la revue autour d’Humanœ Vitœ, Jacques Grand’Maison propose quelques points de repère relatifs aux dimensions culturelles de la sexualité.L’année 1967 devait marquer un tournant décisif dans l’histoire du Québec.Complètement ignorées jusque-là par la presse française, les aspirations du Québec ont finalement été mises en lumière tant dans les journaux de Paris que dans les quotidiens de province.Jacques Rivet, spécialiste des problèmes de l'information et professeur à l’Université Laval, livre à Maintenant une analyse inédite.Pour la première fois depuis sa fondation, la revue présente un dossier sur la situation religieuse dans les pays socialistes.On lira avec beaucoup d’intérêt l’étude de Michel Despland.Les dernières villes biafraises succombent sous la pousée nigériane mais la guerre semble devoir se muer en guérilla.Entre temps, des milliers d’enfants, de femmes et de civils meurent d’inanition.Jacques Flamand fait le point sur ce conflit bouleversant.r—- REVUE CHRÉTIENNE D'OPINION directeur-administrateur : VINCENT HARVEY, O.P.adjoints à la direction : PIERRE SAUCIER HÉLÈNE PELLETIER-BAILLARGEON ANDRÉ CHARBONNEAU YVES GOSSELIN, O.P.IMPRIMERIE EXCELSIOR PUBLIÉE SOUS LA RESPONSABILITÉ Montréal, Canada DE L'ORDRE DOMINICAIN PARAÎT LE 15 DU MOIS V distributeur : LES DISTRIBUTIONS ÉCLAIR LTÉE Tel.: 353-6060 conditions d'abonnement : ABONNEMENT D'UN AN $7.00 ABONNEMENT D'ÉTUDIANT $5.00 ABONNEMENT DE SOUTIEN $10.00 N.B.Les abonnements ne sont enregistrés qu'au reçu du versement.rédaction, administration, abonnements : 2715, CHEMIN CÔTE-STE-CATHERINE, MONTRÉAL 250, P.Q.Tél.: 739-2758 227 ÉDITORIAL Pour une université rénovée TEMOINS « A quelque chose, malheur est bon », dit le proverbe.La revue Témoins disparaît.(Qui s’en réjouira, hormis ceux qui craignent la vie F).Mais c’est pour renaître au sein de Maintenant.Qui s’en plaindra ?Certainement pas nous : car désormais nous pourrons ainsi présenter à nos lecteurs deux points de vue complémentaires, le nôtre et celui d’une équipe de jeunes chrétiens, soucieux de « favoriser la prise de conscience étudiante et (de) refléter celle-ci auprès des adultes ».Dès le présent numéro, le lecteur constatera en effet que la responsabilité rédactionnelle des trois dernières pages de la revue, devient celle de l’équipe de Témoins.Il trouvera en page 253 l’explication de cette nouvelle orientation.Puisse-t-il apprécier autant que nous ce facteur d’enrichissement.Quant à nous, cette collaboration nous réjouit non seulement parce qu’elle s’inscrit dans la ligne de recherche et d’approfondissement qui a toujours été la nôtre mais également parce qu’elle favorise, par les rencontres qu’elle suscite, un échange de points de vue et d’informations.Chaque équipe de rédaction conservant son autonomie, certaines divergences pourront à l’occasion se manifester.Nous nous en réjouissons à l’avance.Nous n’avons jamais prétendu être les détenteurs tranquilles de la Vérité.Nous croyons plutôt que l’unité ne naît pas de l’uniformité mais plutôt du respect des divers points de vue et des options dans le partage d'un but commun.Aux lecteurs de Témoins nous souhaitons la bienvenue.Puissent-ils trouver dans nos pages ce qu’ils appréciaient dans Témoins.La Direction Berkeley, Pékin, Columbia, Berlin, la Sorbonne, Mexico.Le monde entier est en butte à un mouvement inédit de contestation.Rébellion d’un type nouveau puisqu’elle ne surgit plus des masses travailleuses organisées, mais des travailleurs intellectuels.Le milieu universitaire est devenu l’un des foyers les plus actifs de la remise en cause de la civilisation de consommation.Les futurs cadres de la société s’inquiètent à juste titre de l’avenir de l’humanité.PROCÈS DE LA SOCIÉTÉ GLOBALE Les nouvelles générations qui accèdent à l’université sont confrontées à un monde de plus en plus dur et barbare malgré les progrès spectaculaires de la technologie.Ces étudiants connaissent le Vietnam, le Biafra, l’Angola, le drame noir américain, la révolte latino-américaine, la tragédie tchèque et ils se rebellent contre un monde essentiellement violent parce que livré à des formes de compétition implacables et inhumaines.Faut-il se scandaliser de cette révolte qui, bien au-delà du campus universitaire, fait le procès de la société globale ?Ou bien ne serait-ce pas l’indifférence qui, elle, serait mauvais signe ?Qu’adviendrait-il si les couches les plus instruites allaient capituler comme si elles se heurtaient à une fatalité aveugle, inéluctable ?Il est peut-être au contraire réconfortant de voir qu’à l’université on s’interroge.Il est en tous cas significatif que la révolution culturelle qui se répand partout dans le monde ait pris pour point d’appui privilégié et pour slogan : LE POUVOIR ETUDIANT.Cette vague de fond ne semble pas devoir se dissiper comme une capricieuse bourrasque ou un mauvais rêve.On a pu en mesurer toute l’ampleur lors des journées de mai en France et l’on a bien vu que les interventions autoritaires, loin d’éteindre l’incendie, ne faisaient qu’attiser les flammes.Est-ce à dire que le Québec est mûr pour un octobre sanglant, ou bien, si la partie était remise, pour un printemps houleux ?S’il fallait se fier à certains prophètes de malheur, on serait à la veille de désordres meurtriers.Nous récusons une vision aussi cauchemardesque, tout en reconnaissant que l’université actuelle, malgré des réformes structurelles notables, n’est pas adaptée aux besoins ; bien des éléments sont en place qui laissent présager des heures difficiles.Ce ne serait pas par de pseudo-dialogues, de mini-concessions, encore moins par un raidissement ou un recours à la répression que l’on redresserait une situation à plus d’un égard insatisfaisante.UNE INFORMATION BÂCLÉE ET TENDANCIEUSE Faut-il se scandaliser outre-mesure des cris alarmistes d’une certaine presse ces derniers mois ?Sans nécessairement verser dans le sensationnalisme, le journalisme ne peut demeurer insensible à des mouvements universels de contestation et il était naturel de se poser des questions sur la tournure que prendrait la rentrée.Des indices révélaient un malaise et une remise en question sérieuse : sessions intensives de travail au niveau de l’UGEQ, des AGE et des associations de CEGEP.Bien plus, l’annonce de la venue de leaders étudiants de France comme Sauvageot légitimaient une certaine inquiétude.Plutôt que de s’intéresser de près à la forme précise que prendrait ici la contestation étudiante et de présenter des dossier factuels des principales réclamations, on a trop souvent pour ainsi dire discrédité par avance la cause étudiante, tendant de faire passer les étudiants pour une bande de privilégiés anarchistes ou, plus grossièrement, pour des agitateurs dangereux.Ainsi, le 8 août dernier, un poste de radio de Montréal diffusait l’insinuation suivante : « depuis de nombreux mois, des étudiants québécois ont effectué de nombreux voyages à Cuba, où, dit-on, des sommes considérables d’argent leur auraient été remises pour fomenter des troubles au Québec ».Quant aux forces de l’ordre, elles sont pour le moins maladroites, sinon provocatrices, quand elles se livrent à des prédictions aussi terroristes que les pronostics du capitaine Jean-Paul Picard (La Presse, 23 août 228 1968) : « Si Québec n’agit pas, des gens seront tués dans les rues de Montréal, et automne ».Après tant de propagande aussi sommaire, il faisait bon de voir un hebdo tenter de faire le point par le moyen d’une table ronde où l’on avait donné la parole à quelques leaders du monde étudiant (Sept-Jours, 21 septembre 1968).UN DIAGNOSTIC PARTIEL Fort préoccupée par l’enjeu du malaise étudiant, l’équipe de direction de Maintenant a tenu à s’informer de première main.Pour cela, une des méthodes de travail les plus fécondes est le recours à des sessions internes d’information.Il s’agissait de connaître avec exactitude les réclamations des étudiants aussi bien que le point de vue des enseignants et administrateurs au double niveau CEGEP et Université de Montréal.Le travail a été réparti en deux sessions d’études.La revue a demandé à cinq étudiants et à un autre observateur de prendre part à une session intensive de travail avec l’équipe.Une semaine plus tard, un choix parallèle de professeurs et membres de la direction de l’Université de Montréal venaient dialoguer et répondre à toutes nos questions.Ces échanges de vue ainsi que la consultation de quelques documents récents permettent une première saisie des problèmes très complexes qui se trouvent engagés dans la rénovation de l’Université et la réalisation d’une authentique participation.Cependant, le diagnostic recueilli ne peut être que partiel car, pour avoir une idée juste et nuancée de la question étudiante au Québec, il faudrait des études et séances d’information beaucoup plus diversifiées.S’il est indéniable que dans la région métropolitaine de Montréal il existe un noyau contestateur assez actif, ü resterait à voir si un tel mouvement existe effectivement ailleurs au Québec.UNE MINORITÉ ACTIVE ET DYNAMIQUE En prédisant donc un raz de marée de contestation qui déboucherait presque inévitablement sur la violence, on a proféré des jugements superficiels et non fondés sur une observation attentive du réel.Bien sûr, il peut exister une poignée d’agitateurs anarchistes, irresponsables et capables de verser dans des gestes extrémistes.Il reste que le noyau de contestants semble assez modeste et ses effectifs recrutent non pas des têtes brûlées mais des étudiants au contraire réalistes, responsables et plutôt modérés.C’est en tous cas l’impression très nette que nous avons retirée des entretiens que nous avons eus avec des étudiants assez représentatifs du « pouvoir étudiant ».Comment se présente donc la réalité à l’Université ?Au départ, un fait incontestable : une prise de conscience est amorcée depuis un an.En témoignent des textes et documents publiés et qui favorisent une remise en cause profonde de la vie universitaire.Les responsables du mouvement, semble-t-il, peu nombreux, ne se recrutent pas également dans toutes les facultés.Les Lettres et les Sciences sociales sont des terrains privilégiés de contestation.Si l’on se tourne vers les grandes écoles, Poly ou HEC, le spectacle est tout à l’opposé.L’esprit revendicateur cède la place à un esprit de dialogue dans la modération.L’étudiant s’accommoderait assez bien de la situation et tout au plus chercherait-il de raisonnables accommodements.Une proportion encore très considérable d’étudiants ne sont pas du tout sensibilisés aux problèmes de la démocratisation et de la participation.Le plus grand nombre est plutôt amorphe, passif, et égocentrique.On vient encore à l’université chercher un diplôme qui permettra plus tard de faire de l’argent et de réussir dans la vie.Bref, même là où la critique se fait radicale, il importe donc de noter qu’elle demeure le fait d’une minorité active et dynamique de contestataires motivés, non pas par un esprit brouillon et négatif de rébellion romantique, de critique pour la critique, mais au contraire soucieux d’une participation pleine et entière à une vie universitaire enrichissante et rénovée.UNE DYNAMIQUE ESSENTIELLEMENT CRÉATRICE Il est assez ridicule (et injurieux pour ces animateurs) d’imaginer des leaders naturels allant puiser aux réservoirs extérieurs de la révolution culturelle, en France ou aux Etats- Unis.Les relations avec l’UNEF, par exemple, se font d’égal à égal.Les Français ne viennent pas donner de leçons, ni dicter de ligne de conduite à leurs cousins québécois.Et c’est ici qu’il faut mettre en relief toute l’originalité et le sérieux du « pouvoir étudiant », tel qu’il est vécu et s’exprime chez nous, à Montréal.Les étudiants les plus radicaux sont très conscients de la condition particulière de l’université québécoise.A tous les points de vue, des parallèles avec la France risquent d’être boiteux, même si plusieurs des réclamations sont semblables.Ainsi, l’accessibilité de la classe travailleuse aux études supérieures est incomparablement plus avancée au Québec qu’en France, malgré de graves insuffisances.La charte nouvelle de l’Université de Montréal, qui régit maintenant la vie universitaire, n’a pas encore été vraiment mise à l’épreuve et il n’est pas prouvé qu’elle ne ménage pas une marge assez grande de flexibilité dans la pratique quotidienne.Enfin, le pragmatisme, qui nous caractérise, diffère du tout au tout de l’approche souvent beaucoup plus théorique et dogmatique propre aux étudiants français.Les étudiants québécois frappent par leur réalisme, leur esprit autonome et leur sens poussé des responsabilités.Avant d’en arriver à des affrontements ultimes, ils sont résolus à épuiser tous les moyens modernes de communication : techniques d’information et d’animation.Le mouvement québécois n’est à la remorque de personne : c’est une émanation spécifique du milieu.Tel qu’il s’incarne à Montréal, il obéit à une dynamique essentiellement créatrice.C’est tout d’abord une prise de conscience des problèmes quotidiens.Aucun durcissement idéolo-logique ne vient colorer cette contestation lucide qui vise à sensibiliser la population étudiante à ses problèmes.La seule démarche essentielle, au bout du compte, c’est de travailler à l’avènement d’une université vraiment démocratique dans une société non seulement juste mais libre.P1 1' ?!' - te tt n ai li à V s (fi CRÉER DES MÉCANISMES D'INFORMATION ET DE PARTICIPATION Cette université à rénover, il ne faudrait pas la limiter au secteur étudiant car la crise a des répercussions profondes également dans le corps professoral.L’Association, aussi bien que le Syndicat des professeurs, ont aussi des revendications qui, en bien des cas, rejoignent celles des étudiants et révèlent un malaise analogue.D’ailleurs, la source profonde des difficultés viendrait peut-être principalement de l’isolement profond où sont placés professeurs tout autant qu’étudiants en dépit d’une charte et de statuts nouveaux.L’Université en 1968 est une immense organisation anonyme (on a parlé de « fabrique de ronds de cuir »), où les pouvoirs sont concentrés surtout au sommet et cloisonnés et où les échanges ne sont pas aisés.Dans cette perspective, la création d’un Office d’information, avec notamment la mise en place, à des points stratégiques, de postes de télévision en circuit fermé, pourra sans doute décloisonner et aérer le campus et encourager les échanges et le dialogue.Le numéro spécial, numéro zéro du Quartier latin consacré à l’Office, est assez révélateur du caractère positif du pouvoir étudiant à l’U.de M.Plus peut-être que les structures, c’est probablement un état d’esprit qui explique la persistance du malaise.Chacun vit plus ou moins sur son quant-à-soi malgré de louables efforts d’ouverture.Un directeur de département et même un doyen ne disposent somme toute que de pouvoirs limités.Leur autorité est bien circonscrite, mais cela n’est pas un obstacle décisif à leur rayonnement.Tout dépend de la personnalité des titulaires.Une marge d’initiative assez grande serait, semble-t-il, possible, mais à condition d’y mettre une dose suffisante d’esprit d’initiative et de ténacité.Les structures, établies d’après un modèle d’autorité descendante, n’expliquent pas à elles seules la paralysie.Le fonctionnalisme, avec son gigantisme et son anonymat, son absence de communications, est un trait inhérent à Père des technostructures.Les revendications fondamentales ou particulières trouveront une solution dans la mesure où l’on saura créer des mécanismes d’information et de participation satisfaisants.lu it it foi ut po en fii 1» àj U! sol LES REQUÊTES LES PLUS PRESSANTES S’il est vrai que professeurs et étudiants veulent avant tout savoir ce qu’ils font et où ils vont, les requêtes les plus 229 pressantes sont d’ordre pédagogique.Essayons d’en repérer quelques-unes : 1) On remet d’abord en cause la compétence des professeurs comme en fait foi le livre Evaluation des cours 1967-68 publié par l’AGEUM.On souhaiterait que des possibilités de recyclage soient offertes.2) La forme et le contenu des cours font difficulté.La forme même des cours est jugée inadéquate.Pourquoi a-t-on privilégié la leçon magistrale dispensée parfois à des centaines d’étudiants en « amphi » et sans possibilité d’échanges ?Qu’attend-on pour diversifier davantage les modes d’enseignement ?La remise en question n’est pas superficielle car elle postule un nouveau type d’enseignant plutôt guide et conseiller que « docteur ».Les formules de remplacement ne manquent pas (et elles ont, à l’occasion, été mises à l’essai) : seminars, colloques, travaux pratiques, recherches communes, travaux collectifs de toutes sortes.Sur le contenu même des programmes, les étudiants voudraient avoir droit de parole et part à la décision.Le choix des matières est souvent imposé avec une rigidité jugée excessive et certains types de cours apparaissent d’une utilité contestable.On réclame en particulier des options libres, l’abolition des barrières interfacul-taires, l’institution de cours interdisciplinaires, etc.Le projet de réforme pour l’université Laval (Québec, septembre 1968) propose une analyse et des éléments de solution très suggestifs et valables.Ce projet remarquable mériterait à lui seul une analyse très serrée.3) L’évaluation des études.Peut-on accepter que l’examen, sorte de guillotine inflexible, demeure le mode privilégié d’évaluation des études ?Pourquoi ne pas diversifier en créditant aussi, et généreusement, les examens oraux, les travaux pratiques, recherches, etc.?Et pourquoi ne pas introduire un système d’évaluation faisant place aux étudiants eux-mêmes ?La promotion par matière fait l’objet de réclamations insistantes de même que la reconnaissance des crédits accumulés.4) Les questions monétaires sont depuis longtemps un des principaux griefs des étudiants.C’est tout le problème de la gratuité scolaire qui se traduit pour le moment sous la forme de prêts-bourses.Les modalités d’obtention de cette aide ne donnent pas satisfaction et le problème devient très aigu pour des étudiants qui ont été en chômage l’été ; il devient crucial pour les étudiants mariés.5) Autres questions : elles foisonnent ; impossible d’en faire un tour d’horizon exhaustif.Mais on se rappellera l’enquête de Guy Sarrazin dans le Quartier latin, qui avait mis à jour la grande pitié de la bibliothèque de l’U.de M.UNE PARTIE DE CARTES ?Tous ces problèmes spécifiques ne pourront trouver de solution qu’avec de très sérieuses négociations.Cela implique des formes assez poussées de co-gestion ; le dialogue sera long, souvent ardu, et il exigera beaucoup de courage, de souplesse et de ténacité de part et d’autre.Le pire drame serait une léthargie, un abandon à la passivité.Le développement d’un esprit positif de contestation est un signe de santé.Aux yeux d’un professeur très au fait des requêtes étudiantes, la contestation ne serait pas tellement musclée.Elle risquerait de ressembler davantage à une partie de cartes qu’à un match de boxe ! Un autre professeur, très préoccupé des difficultés de croissance de la communauté universitaire à Montréal, notait avec beaucoup de réalisme : « Une première mutation s’est opérée avec la charte en septembre 67.La seconde mutation, aussi indispensable que la première, devra venir des étudiants ».Pour aboutir, cette seconde mutation exigera des efforts loyaux, persévérants et concertés.Chez les étudiants, ce qui frappe c’est la détermination qui s’exprime par une volonté de participation et d’édification sans concessions à la facilité.Bien des professeurs, de leur côté, sont très conscients de la complexité et de la gravité des enjeux.On note chez eux une ouverture d’esprit et une volonté de dialogue réelle, teintée parfois, il est vrai, d’une inévitable pointe de paternalisme.Seule une petite fraction de radicaux semble prête à se battre pour une co-gestion totalement paritaire à 50/50, ou même à une co-gestion prioritairement étudiante.Entre cet objetctif extrême et la mini co-gestion assurée par les comités conjoints de départements et de facultés, il y a sans doute place pour une gamme de formules de participation avec des dosages à l’infini.« FAIRE DU RÉFORMISME ET RESTER RÉVOLUTIONNAIRE » En conclusion, nous aimerions citer des réflexions de Paul Ricoeur (ESPRIT, juin-juillet 1968, pp.987-988), qui propose un idéal à la fois exigeant et accessible : « Toute tentative pour refondre l’institution est désormais soumise à une sorte de tension entre, d’une part, un projet réformiste réglé sur le possible et le raisonnable, et un projet révolutionnaire total et inépuisable.Dans cette situation peu confortable, deux erreurs symétriques sont à éviter, qui ont en commun la même conviction erronée et mortelle selon laquelle il faudrait choisir entre la réforme et la révolution.Les uns, réformistes, seront tentés d’édifier des structures aussi rigides que les précédentes, destinées à capter l’énergie des révolutionnaires et à briser celle-ci là où elle résiste.Les révolutionnaires purs voudront récuser toute institution, où ils verront un piège et un essai de récupération, et dont ils empêcheront le fonctionnement régulier.Aux uns et aux autres il faut dire ceci : nous sommes entrés dans un temps où il faut faire du réformisme et rester révolutionnaire ».^ PIERRE SAUCIER, YVES GOSSELIN Hélas, il ne s’agit pas là d’un de ces joyeux rassemblements de fin du jour où, autour d’un « caribou », on fête ensemble un joyeux anniversaire.Le cinq à sept est plus prosaïque.Il s’agit d’une sorte de contribution volontaire que nous devons bien à contre-cœur imposer à nos fidèles abonnés aussi bien qu’aux nouveaux lecteurs.Pendant sept années nous avons réussi, grâce à la générosité compréhensive de l’ordre dominicain, à maintenir à un taux de cinq dollars le coût de l’abonnement annuel.Mais nous n’échappons pas à la spirale inflationniste et, pour tenir le coup, c’est le coût qui doit en pâtir.Nous passons donc de cinq à sept.Faut-il préciser qu’une revue chrétienne d’opinion du style de MAINTENANT ne se range pas parmi les entreprises lucratives.Le bilan est plutôt nettement du côté déficitaire, si bien que nous connaissons des difficultés assez cruciales comme beaucoup de publications de pensée.Comptant sur votre indéfectible et loyal attachement à la revue, nous espérons bien que cette majoration inévitable n’entamera pas votre enthousiasme.Nous vous lançons au contraire un appel à de nouveaux efforts.Nous convions tous et chacun de nos lecteurs non seulement à renouveler leur abonnement mais à recruter chacun un nouvel abonné.De son côté, MAINTENANT entend ne négliger aucun effort pour répondre à la demande de son public.Ce n’est pas un vœu pieux que nous formulons puisque nous avons invité instamment tous nos lecteurs de la région de Montréal à prendre part à une journée de dialogue, le samedi 26 octobre prochain.On pourra alors formuler des critiques, émettre des suggestions et propositions concrètes susceptibles d’enrichir la revue.La journée de Montréal sera suivie, au cours des prochains mois, d’autres journées en province.Plus que jamais MAINTENANT se met à l’écoute de ses lecteurs et cherche à réaliser une revue qui réponde pleinement aux Québécois adultes qui croient en l’avenir d’une société libre et juste, et en l’avènement d’une Eglise dynamique et ouverte à tous.La Direction 230 O0O Humanae Vitae Dimensions culturelles de la sexualité Les questions soulevées par la dernière encyclique ne laissent personne tout à fait indifférent.Chacun y va de son point de vue, l’homme de science, le législateur, le moraliste, le simple citoyen ou le croyant individuel.Le problème est aussi complexe que vital ; il exige des angles de vision différents.Je voudrais apporter ici quelques points de repère sociologiques qui restent relatifs et ne remplacent ni la morale, ni la loi, ni la foi.I - DU TABOU AU BIEN DE CONSOMMATION Les sociétés traditionnelles ont multiplié les règles rigides et les interdits religieux sur la sexualité et sur le mariage.Il était nécessaire d’agir ainsi parce qu’on ne contrôlait pas les effets de la sexualité, parce que celle-ci engage les valeurs les plus profondes et les bases de la société, la vie, l’amour, la famille, la sécurité et la solidarité nécessaires pour survivre ou subsister.On ne pouvait pas s’en remettre à la liberté et aux décisions autonomes des individus qui n’avaient pas les moyens de maîtriser rationnellement et efficacement des forces instinctuelles.Or les découvertes scientifiques et techniques récentes ont amené une véritable révolution du mariage et de la société entière.L’homme, par exemple, contrôle de plus en plus les effets de la sexualité surtout par des techniques qui sont le fruit de son intelligence naturelle (ce qui n’implique pas nécessairement un plus grand contrôle de lui-même).Dans un tel contexte, la société, surtout les législateurs, sentent moins le besoin d’intervenir.La sexualité devient surtout une question privée.Ses implications sociales ne sont plus tout à fait celles d’autrefois.Dans cette perspective, les couples devraient désormais assumer des décisions autonomes, c’est du moins la tendance qu’une observation sociologique décèle.Mais le processus ne s’est pas arrêté là.Notre société de consommation impose ses normes partout, jusqu’au cœur de la sexualité.Celle-ci tend à devenir à la limite un échange de plaisirs qu’on peut techniquement dissocier de toute responsabilité amoureuse ou procréatrice.La loi de l’offre et de la demande ! C’est d’ailleurs un bien très rentable pour l’industrie du spectacle ! Le sexualité risque aussi de devenir un jeu, une technique que l’expression « faire l’amour » rend bien.Le phénomène « playboy » en est témoin.Le sociologue Schelsky parle du gaspillage de pulsions érotiques par la consommation de détail, de l’insignifiance d’une sexualité à la portée de la main, sans engagement amoureux et familial.II note que la prochaine génération reviendra peut-être à des règles rigides et à une valorisation plus humaine de la sexualité et du mariage.Il y a donc entre les tabous et l’anarchie sexuelle, toute une gamme d’attitudes possibles.Mais la question est encore plus profonde.JACQUES GRAND’MAISON Il - DE L'INSTINCT AVEUGLE AU PRIMAT DE LA CULTURE On a mis beaucoup de temps avant de se rendre compte que les comportements sexuels devaient beaucoup de leurs composantes aux conditions culturelles et historiques particulières.En parlant de sexualité, plusieurs se référaient à la nature universelle, surtout à la nature dans son état brut et à son plus bas niveau.Il s’agissait de l’instinct aveugle souvent en opposition avec les valeurs spiritueUes et religieuses.En outre certaines morales, en prétendant s’appuyer sur l’ordre naturel, absolutisaient soit des données culturelles particulières, soit des conceptions biologiques (rejetées aujourd’hui par la science), soit des considérations psychologiques et philosophiques très contestables ou pour le moins relatives.Ce sont surtout les anthropologues qui ont attiré l’attention sur les dimensions culturelles de la sexualité vécue (Malinowski, Mead, Benedict, Lévi-Strauss, Kluckhohn).«La structuration culturelle des pulsions sexuelles doit certainement être classée parmi les toutes premières réalisations civilisatrices et les besoins primordiaux de l’homme, tout comme les outils et le langage ».H.Schelsky tire cette conclusion de son étude d’une somme impressionnante de travaux anthropologiques poursuivis dans les sociétés les plus diverses.Ce qu’on appelait structure innée ou donné de nature, passe au second plan en regard de l’importance des critères socio-culturels et des normes institutionnelles dans la vie des individus et des collectivités.Mais avouons que le débat sur les rapports entre « nature » et « nurture » n’est pas encore liquidé.Mais il nous éclaire assez pour poursuivre une intelligence critique des définitions trop faciles et trop simplistes de l’ordre naturel.Certains anthropologues prennent le problème à rebours quand ils constatent l’alourdissement culturel de certaines institutions ou sociétés qui en viennent à identifier leur culture, leurs façons de penser, de vivre et de contrôler à l’ordre et au droit naturels.Elles universalisent sur un plan théorique et juridique des expériences et des conceptions liées soit à des conditions historiques d’une autre époque, soit à une philosophie ou à une idéologie inconscientes de leurs emprunts culturels implicites.Faut-il conclure que tout doit se relativiser dans le domaine de la sexualité par exemple ?Certains des spécialistes précités notent les conséquences désastreuses du subjectivisme exacerbé en ce domaine.Aucune société ne peut durer sans un minimum de consensus collectif sur les normes de conduites les plus vitales.Nous serions portés à penser que les sociétés primitives se devaient d’assurer une cohésion sociale, maximale pour leur survie, mais que nos sociétés modernes plus émancipées des déterminismes et mieux équipées à tous les plans peuvent se permettre un maximum de pluralisme moral et culturel et s’en remettre le plus souvent au jugement ON ipti lews tra- ils ltd wl Ed (te lieu- llii sd s, j Isli-.La » :ivi-me sioi | et aux décisions des individus.L’histoire des civilisations contredit ces dernières considérations.Freud et plusieurs autres ne nous le rappellent pas vainement au moment où certaines utopies nouvelles comme celle de Marcuse dans Eros et civilisation, surprennent autant le psychiatre que l’homme de la rue.Je rencontre des révolutionnaires de chez nous qui sont prêts à toutes les formes d’ascèse pour créer une société et un homme nouveaux, mais qui rejettent toute norme contraignante dans la vie sexuelle.D’autres se bâtissent une philosophie et une morale sexuelles à partir de quelques données biologiques ou sociologiques ou psychologiques érigées en nouveaux dogmes.Passera-t-on d’un dogmatisme à l’autre ?Aucune de nos sciences humaines ne saurait prétendre éclairer tout le problème de façon exhaustive.Et la relativité culturelle que nous avons analysée devient un autre absolu implicite, si elle sert à rejeter tout donné objectif, toute expression juridique, toute norme sociale et morale précise et impérative.Parce que d’aucuns glissent ici dans l’arbitraire, ce n’est pas une raison pour craindre une investigation critique des fondements culturels des morales et des institutions anciennes et nouvelles qui ont cherché une normalisation sociale ou éthique de la sexualité.Voyons-en une première manifestation dans l’évolution de l’institution du mariage.Ill - DU CONTRÔLE OBLIGÉ AU CHOIX LIBRE (BURGESS) Les sociétés traditionnelles insistaient davantage sur l’institution-famille que sur la communauté libre de personnes.L’institution est cet ensemble de lois, de traditions, d’usages.Elle assure continuité, stabilité et cohésion sociales.Autrefois, elle prenait pratiquement toute la place ; elle noyait dans une certaine mesure le choix amoureux libre et l’importance du couple.Les alliances étaient imposées souvent par des considérations d’ordre socio-économique, par exemple l’obtention de telle terre.Le contrat de mariage se révélait d’une importance exceptionnelle.La famille nombreuse représentait un atout en terme de main-d’œuvre sur la ferme, et de continuité de la propriété familiale.Pour ce qui est de l’amour, il devait naître et croître du mariage.Aujourd’hui, on veut que le mariage soit d’abord le fruit de l’amour, d’un libre choix.On privilégie la relation amoureuse sur la fonction procréatrice.On n’accepte plus que le couple perde sa raison d’être propre et immédiate au profit des facteurs institutionnels.Tout se tient, régulation des naissances, divorce, etc.Le couple se refuse à mettre au monde des enfants qui ne soient le prolongement d’un amour authentique, d’une communauté conjugale intense sur tous les plans, d’une décision libre et responsable, d’un climat amoureux qui a besoin d’un épanouissement et d’une sécurité sexuels.Etant donné la valorisation du couple, le divorce devient impératif quand la communauté conjugale n’est plus possible, quand cette cellule fondamentale est brisée.On considère ici le sort personnel des conjoints avec plus d’attention que celui des enfants.Mais l’objection vient rapidement, l’enfant ne peut vivre normalement dans un foyer où les époux ne peuvent plus s’accorder.Comment ne pas voir l’enjeu impliqué ici, au cœur des solutions tentées dans diverses sociétés et Eglises.Trop insister sur l’institution avec ses règles, c’est mettre en péril la liberté des personnes.Réduire la vie conjugale et familiale aux décisions des individus et des couples, c’est menacer l’équilibre et la stabilité de la famille et de la société.Par l’homme et la société Revue internationale de recherches et de synthèses sociologiques Le sous-titre de l'« Homme et la Société » : Revue Internationale de recherches et de synthèses sociologiques et son sommaire, disent clairement les ambitions de cette nouvelle publication consacrée aux sciences humaines.La Revue publie — trimestriellement — des articles et des chroniques de sociologues français et étrangers ayant en commun le souci de mettre l'accent sur la critique des principaux courants de la sociologie contemporaine et sur la nécessité d'entreprendre des recherches théoriques , épistémologiques et méthodologiques pour aboutir, en liaison avec des psychologues, économistes, et historiens à des synthèses partielles.No 8 NUMÉRO SPÉCIAL $4.20 DÉBATS Table Ronde : Pourquoi les étudiants ?.3 SYNTHÈSES Henri LEFEBVRE : L’irruption, de Nanterre au sommet .49 Norman BIRNBAUM : Le colosse qui vacille .101 ENQUÊTES Y.L.(professeur au Lycée Pasteur) : Le mouvement de mai au Lycée Pasteur à Neuilly .123 Gilbert TARRAB : Qu’est-ce que le S.D.S.?Interview de Karl Dietrich, Wolff, président du S.D.S.133 ÉTUDES R.KALIVODA : Marx et Freud .135 Andréas HEGEDUS ï Contribution à l’étude des alternatives de l’évolution sociale .147 Alessandro PIZZORNO : A propos de la méthode de Gramsci, de l’historiographie de la science politique .161 Martin KOLINSKI : L’Etat et la classe dominante .173 H.WOLPE : Structure de classe et inégalité sociale-principes théoriques de l’analyse de la stratification sociale .183 Rodolfo STAVENHAGEN : Classes sociales et stratification 201 ESSAIS THÉORIQUES Jean-Paul CHARNAY : « Tuez les sociologues » Profil prospectif du sociologue .213 Serge JONAS : Problématique d’une sociologie de la créativité 221 RECHERCHES Maria Isaura Pereira De Queiroz : Mouvements messianiques dans quelques tribus sud-américaines .229 COMPTES RENDUS Herbert MARCUSE : L’homme unidimensionnel (Emmanuel Hérichon) .237 Léon TROTSKY : Ecrits militaires Tome I (Jean Sanvoisin) Serge DOUBROVSKY : Pourquoi la Nouvelle Critique ?(Gilbert Tarrab) Stephan STRASSER : Phénoménologie et sciences de l’homme (André Jacob) Ramon Losada Aldana : Dialectica del Subdesarollo (Régine Rodriguez) Camillo TORRES : Ecrits et Paroles (K.Jaouiche) Henri LEFEBVRE : Le droit à la ville (Colette Durand) Jeanne HERSCH et René POIRIER : Entretiens sur le temps (Eddy Trêves) Revue des Revus .255 Livres reçus .267 publication trimestrielie Le numéro - $4.20 L'abonnement (un an) - $15.00 agence du livre français 1249 ouest, rue Bernard, Tél.: 271-6888 Montréal-8 exemple, un taux élevé de divorces, de naissances illégitimes, d’avortements n’est pas, loin de là, un signe de santé sociale.Le sociologue protestant Schelsky reconnaît que c’est précisément dans les pays latins catholiques que la famille présente le plus de cohérence et de stabilité.Freud à son tour trouve inévitable l’imposition de normes rigoureuses pour le comportement sexuel dans les civilisations que se veulent durables et progressives.C’est parce que les institutions, continue A.Gehlen, poussent l’homme à dépasser ses instincts tout comme sa conscience individuelle, qu’elles obtiennent paradoxalement que l’homme réussisse à les dominer et à les diriger.Les névroses semblent s’accentuer davantage dans le cas de l’affaiblissement des soutiens institutionnels et de la libéralisation sexuelle poussée.Ne se reposer que sur la subjectivité, c’est compromettre à la fois la solidité des liens du couple, de la famille et de la société.Et la maîtrise sexuelle devient un tremplin pour un amour supérieur, des formes d’existence plus élevées et même des œuvres de culture de qualité éminemment humaine.D’autres chercheurs soulignent que ces considérations se payent très cher.Elles ignorent trop facilement l’étouffement des personnes qui en résulte.Il reste peu de place pour la liberté qu’on considère de plus en plus comme la dimension la plus distinctive de l’homme en rapport avec l’animal.Or l’homme moderne met au premier rang ces valeurs.Il en appelle aussi aux conditions nouvelles de vie liées à l’urbanisation et à l’industrialisation.La famille a délaissé bien des fonctions économiques, récréationnelles et même éducatives.C’est surtout un des seuls milieux affectifs véritables, parfois l’unique lieu de privauté, d’intimité, d’autonomie possibles vis-à-vis une société sur-organisée.Les points de vue évoqués plus haut vaudraient davantage pour une société pré-industrielle moins changeante, moins mobile dans tous les sens du terme.Les lois et prescriptions morales traditionnelles en matière de sexualité et de mariage découpent des vêtements soit trop grands, soit trop étroits ou à tout le moins mal ajustés pour l’homme moderne.Nous serions donc au seuil d’une véritable révolution de la sexualité, parce qu’on a tellement tardé à adapter les normes correspondantes à celles des autres secteurs du comportement humain.Ces remarques nous amènent à un autre palier plus profond.IV - DE LA NATURE À LA PERSONNE Ce sont les découvertes scientifiques qui ont bouleversé davantage tout le problème.Autrefois, moralistes et législateurs pensaient que tout acte conjugal était fécond.Or, la biologie nous a appris que la très grande majorité de ces actes sont inféconds.La période génésique se réduit à quelques heures dans le mois.Cette découverte a eu un retentissement social énorme.Elle posait une grave question aux moralistes et aux philosophes d’abord sur les fins de l’intimité sexuelle.Au cœur de la nature, semble s’inscrire une intention.Si la plupart des actes sont inféconds, il doit y avoir une autre fin, pas nécessairement liée à la fécondité physique, une fin relativement autonome qui concerne l’amour et la vie du couple lui-même.Traditionnellement on avait reconnu cet objectif de l’acte sexuel, mais en pratique, l’intimité sexuelle était ramenée à la condition d’un moyen au service de l’institution familiale et de la procréation des enfants.Le débat devait donc reprendre encore plus fort à la suite des études comparatives entre l’instinct sexuel chez les animaux et chez les hommes.Le rut des premiers traçait des frontières précises à l’accouplement.Mais l’être biologique de l’homme connaît une plasticité et même une imprécision significatives.Il appelle l’intervention de l’intelligence et de la maîtrise.Il se prête à plusieurs solutions à la fois à la gratuité de l’amour et à une responsabilité difficilement codifiable.Même au plan biologique, il devient alors très problématique de préciser des règles décisives et même de déterminer ce qui est naturel.L’instabilité des cycles féminins, par exemple, contredit une conception mécaniciste de la nature.La femme, plus que tout autre, a bien des choses à dire en ce domaine.Dans ces conditions, certaines prescriptions morales apparaissent chez les hommes modernes comme une agression vis-à-vis ce qu’il y a de plus profond en eux, là où l’amour et la vie se rencontrent dans une responsabilité éminemment personnelle.Chez les protestants, les efforts se porteraient davantage pour mettre la nature au service de la personne et non vice-versa.Celle-ci dépasse toutes les conditions de la nature ; elle les plie aux exigences supérieures de l’amour, de la liberté.C’est moins la vie qui est sacrée, que l’enfant-personne voulu par deux personnes qui s’aiment.Les moyens techniques restent neutres en soi, comme la physique nucléaire, les ordinateurs ou la pilule.Tout dépend de l’utilisation et des fins poursuivies.Si, par exemple, au nom du respect de la nature, l’homme avait refusé de développer la science médicale avec toutes ses techniques, les fléaux naturels auraient continué de dévaster des populations entières, un mort-né sur deux naissances, espérance de vie de 27 ans pour la moyenne des hommes, etc.Or les tenants de cette opinion concluent aux graves dangers sociaux d’une morale la® f Kde meat CM[ reee aiiai den ceiji titre itioir aater serer deseï «és sexuelle traditionnelle qui ne leur semble pas avoir accédé au plan humain.Les techniques ont aidé à régler le problème de la sous-population, aujourd’hui elles semblent nécessaires pour assumer celui de la sur-population, parce que la nature livrée à elle-même ne garantit pas le sort de l’espèce humaine.Pourquoi refuser, disent-ils, d’un côté ce qu’on permet de l’autre ?Si la technique ne fait pas partie de la nature cosmique, elle relève de la nature intelligente et volontaire de l’homme.De plus, les morales ont des enracinements dans les attitudes fondamentales des sociétés.C.Kluckhohn distingue trois étapes dans l’évolution des sociétés : la première pratique surtout une soumission aveugle à la nature, la seconde cherche d’abord l’harmonie avec elle ; la troisième tente de la dominer.Or encore ici les opposants reprochent aux morales traditionnelles qu’on veut maintenir, soit de reculer au deuxième ou au premier stage, soit de plier de façon contradictoire la troisième étape à la première, c’est-à-dire de vouloir la domination de la nature en obligeant en même 'ta temps à la soumission aveugle à la même nature.Nous signalons ceci non pas pour porter un jugement moral mais pour montrer les fondements sociaux et culturels des débats moraux actuels.Ltco Mura iJoi liuioi V - AUTORITE ET CONSCIENCE Une dernière question va retenir notre attention.Qu’on le veuille ou pas, dans nos sociétés modernes les formes d’autorité, de contrôle, ont profondément changé, de même les statuts de la loi et de l’Etat.Les Eglises ne peuvent mettre ces réalités entre parenthèses.Les situations de fait impliquent parfois très profondément les hommes et viennent interférer dans l’application de principes, voulue par les législateurs.Ceux-ci se trompent gravement, nous dit saint Thomas, s’ils 233 homw icafe 'Irise, I'iir.:: i*a Pti&l' nail:;; Jilw »sp sapf> Ki!)! K';:5 del aa;:: eals IliO oafe anuii i[«Ii amis 6, ?!la : ca mai accei ilr aaioi a:;::.: Oil i ie* satf i&'li ale?' île ^ veulent identifier les lois à la rigidité des principes moraux.Us découragent les hommes et obtiennent l’effet contraire.Toute autorité humaine qui se veut absolue suscite ou la révolte ou une obéissance servile et infantile.Or c’est une situation de fait évidente que le pluralisme des familles spirituelles dans nos sociétés.Les positions morales varient d’une famille à l’autre.L’Etat commettrait une injustice très grave en se soumettant à l’autorité d’une de ces familles, même si celle-ci se perçoit comme la seule authentique.Cela reviendrait à imposer une position morale particulière à tout le monde.En ce domaine, la législation doit assurer un bien commun minimal, le plus favorable possible à la responsabilité des personnes et des consciences, aussi à la liberté des familles spirituelles.En outre, l’homme moderne, même s’il contredit souvent cette exigence, n’accepte pas des arguments d’autorité dont il ne perçoit pas la logique interne, fussent-ils appuyés sur une autorité divine transcendante.Il ne s’agit pas ici d’un engagement de foi qui transcende la raison, mais de la logique d’un comportement naturel.Et le croyant moderne, s’il ne voit pas de lien évident entre l’interprétation même la plus autorisée de la volonté divine et la prescription de morale naturelle, donnera son adhésion difficilement, parce qu’il veut aussi comprendre au plan même de la prescription les « pourquoi » et les « comment » immédiats, ce que la révélation ne donne pas d’elle-même ; et c’est ce qui doit être logiquement justifié, si on ne veut pas une obéissance aveugle.L’échelle des valeurs moderne place très haut la démarche scientifique, ce que les sociologues appellent la rationalité.Mettre celle-ci entre parenthèses c’est aller contre la dignité humaine et le progrès de la conscience humaine.L’évolution des statuts de la loi et de l’Etat, malgré les totalitarismes sans cesse renaissants, marque une tendance à se retirer de plus en plus du domaine des conduites intimes de l’homme, parce que les législations universelles, à ce plan, menacent une conscience de plus en plus désireuse d’assumer sa pleine liberté et sa pleine responsabilité.Le croyant et le citoyen se rencontrent dans le même homme.Le croyant adulte et lucide sent un déchirement quand il se voit partagé entre deux sociétés visibles, profane et religieuse, qui semblent si étrangères l’une à l’autre dans leurs façons de penser et d’agir.Le conflit s’accentue si des politiques religieuses vont à contre courant de certaines valeurs fondamentales de sa foi.En effet la liberté est au cœur du message chrétien ; le Christ lui a donné le pas sur la loi.Or, socialement, c’est peut-être le témoignage auquel les non-chrétiens actuels seraient les plus sensibles ; un témoignage non seulement personnel mais ecclésial.Je ne crois pas déborder le champ de la sociologie, parce que celle-ci, dans son observation des institutions et des comportements, tient compte des définitions que les premières se donnent d’elles-mêmes.La théologie de la hiérarchie, du peuple de Dieu, de l’Esprit-Saint répandu sur toute chair aborderait le problème sous un autre angle.Mais les sciences d’observation peuvent à leur tour noter si les gestes visibles correspondent à la doctrine proclamée.Derrière les nombreuses réactions enregistrées, il n’y a pas que l’option morale et l’attitude de foi impondérable.Les phénomènes sociaux mentionnés plus haut interfèrent sans qu’on en ait une conscience toujours claire.UNE « NÉCESSAIRE >» ATTITUDE DE RECHERCHE Dans toute cette affaire de l’encyclique, tout n’est pas noir ou blanc, du côté des opposants comme des adhérents.Les plaidoyers absolus des uns ou des autres laissent en veilleuse bien des problèmes non résolus, comme l’encyclique elle-même d’ailleurs.Il est intéressant de noter que plusieurs enquêtes en matière de sexualité ont montré un fort décalage entre les opinions et les raisonnements d’une part, et les comportements, les situations réelles, d’autre part.Sur le plan scientifique, il y a bien plus d’hypothèses que de thèses assurées et définitives.Les modernes que nous sommes regardent avec hauteur et mépris les tabous du passé, sans reconnaître les nouveaux mythes sexuels et leur signification réelle.Sommes-nous davantage équilibrés, heureux et libres ?Le rejet de toute contrainte dans certains milieux n’a pas produit tellement des effets bénéfiques à ce que je sache.Est-ce que la femme a été vraiment libérée ?Est-ce que les techniques nouvelles ont tous les avantages qu’on veut bien leur accorder ?Par ailleurs certaines revendications de la conscience moderne relèvent-elles d’un amoralisme arbitraire comme le laissent entendre les rigoristes ?A notre humble avis, la révolution culturelle et sexuelle ne fait que commencer.Et rien de sûr ne nous amène à préjuger de son avenir.Le meilleur ou le pire peuvent en sortir.Tout sera conditionné davantage par la qualité des hommes que par les codes de morale ou par la sûreté des techniques.La conscience humaine a besoin autant de sagesse que de science.C’est dans le cœur de l’homme que commence la rectitude de l’esprit et la vérité du geste.l’évangile en témoigne.^ JACQUES GRAND’MAISON : Professeur à la Faculté de théologie de l’Université de Montréal.liflU La patrie en deuil La mort tragique du premier ministre Daniel Johnson est pour tous les Québécois une perte très lourde qui les a profondément bouleversés.MAINTENANT s’associe à cette douloureuse épreuve et rend hommage au chef d’Etat disparu.La très haute conception que M.Johnson se faisait de la place et de l’avenir du Québec et le rôle actif qu’il a joué dans la promotion du seul Etat français d'Amérique lui réservent une place de choix parmi les grands serviteurs de la patrie.Nous gardons encore à l’esprit le grave avertissement qu'il prononçait la veille de sa mort, devant les téléspec- tateurs du Canada tout entier, dans une sorte de testament politique : « Si Ottawa ne veut pas admettre les relations franco-québecoises dans les domaines de la culture et de l’éducation, si la situation est à ce point grave, ce serait la meilleure démonstration qu’il n’y a pas de place pour les francophones au Canada dans une structure canadienne ».Cette grave mise en garde rejoignait la conclusion de son livre Egalité ou indépendance : « Canada ou Québec, là où la nation canadienne-française trouvera sa liberté, là sera sa patrie ». 234 DEVOIR .c’est le quotidien du matin qui vous apporte une information approfondie sur les événements politiques, nationaux et internationaux, sur l’éducation, les relations du travail, les arts et lettres, la vie féminine, la finance et le sport.LE DEVOIR prend position en toute liberté et explique le pourquoi des événements.Ses nouvelles sont choisies et présentées dans un style vivant et clair par des journalistes compétents.La structure juridique du DEVOIR lui permet d’être indépendant vis-à-vis les puissants du jour quels qu’ils soient.Ses éditoriaux font autorité à travers le Canada.LE DEVOIR, c’est le journal tout désigné pour la personne occupée.la personne sur qui pèsent des responsabilités et qui doit approfondir son information.Pour vous procurer LE DEVOIR composez S44-3361 ou Écrivez à : 434 est, rue Notre-Dame, Montréal 235 CANADA 67 DANS LA PRESSE FRANÇAISE » JACQUES RIVET La presse quotidienne française s’est-elle intéressée aux deux événements les plus importants de la vie canadienne en 1967 : l’Exposition universelle et internationale de Montréal et le voyage du général de Gaulle au Québec ?Pour répondre à cette question, nous avons déterminé la quantité des informations concernant ces événements publiées dans les vingt-deux quotidiens suivants : Quotidiens parisiens L’Aurore Combat La Croix Les Echos Le Figaro France-Soir L’Humanité Le Monde Le Parisien Paris-Jour Paris-Presse Quotidiens régionaux Le Dauphiné libéré (Grenoble) La Dépêche du Midi (Toulouse) Les Dernières Nouvelles d’Alsace (Strasbourg) La Montagne (Clermont-Ferrand) La Nouvelle République du Centre- Ouest (Tours) Ouest-France (Rennes) Le Progrès de Lyon (Lyon) Le Provençal (Marseille) Sud-Ouest (Bordeaux) L’Union (Reims) La Voix du Nord (Lille) Ces quotidiens, qui ont un tirage total de 8,444,857 exemplaires, représentent plus de 75% du tirage global de la presse quotidienne française.Comme unité de mesure, nous avons choisi le titre.Ainsi, la quantité des informations fut définie par la somme des titres publiés sur l’Exposition de Montréal et le voyage du général de Gaulle au Québec.Cette unité de mesure donne une indication quantitative de l’intérêt des quotidiens français envers ces événements.Cet intérêt, quel est-il ?INTÉRÊT ASSEZ FAIBLE POUR L'EXPO 67 Du 1er mars au 1er novembre 1967, les quotidiens parisiens ont publié 307 titres sur cet événement alors que les quotidiens régionaux en ont publié 345, soit un total de 652 titres.Ces titres s’étendent généralement sur un nombre restreint de colonnes et se situent très rarement à la Une.L’intérêt pour l’Expo 67 est donc assez faible si on tient compte du fait qu’elle s’échelonne sur une période de six mois.Sauf à l’occasion de l’ouverture, de la fermeture de l’Exposition ainsi que de la visite du 40 millionnième visiteur, les événements qui suscitèrent cet intérêt furent le plus souvent reliés aux manifestations de la France sur la Terre des Hommes.Il s’agit, par exemple, des spectacles de l’Odéon-Théâtre de France et de la Gendarmerie Française.Toutefois, il faut nuancer les conclusions de ce bilan en précisant que les quotidiens français ont publié sur l’Expo 67 vingt et un grands reportages consistant en une série de deux ou plusieurs articles rédigés à la suite de la visite de leur auteur à la Terre des Hommes.Cette visite, faut-il le mentionner, avait été organisée dans la plupart des cas par le Service des relations publiques de l’Exposition internationale.L’Office d’information et de publicité du Québec a également collaboré à l’organisation du séjour de ces journalistes en terre québécoise.L'Expo 67 perçu comme un spectacle unique La perception de l’Exposition de Montréal par ces quotidiens se reflète en grande partie dans les titres de ces grands reportages : La plus gigantesque exposition de tous les temps.Le plus prestigieux spectacle du monde moderne.Un ensemble harmonieux de formes nouvelles, hardies.Un message d’espoir et d’amitié à l’humanité.— Le Rendez-vous du St-Laurent.— La Synthèse du monde.— L’Univers en raccourci.— Une Venise futuriste.— Une Machine à rêver. 236 Au moment de l’ouverture de l’Exposition, l’intérêt des journaux français atteint son maximum.Ils accueillent l’événement en des termes particulièrement élogieux.L’Aurore y voit même une démonstration exceptionnelle du génie humain.Tous insistent sur le spectacle grandiose que constitue l’Expo 67.Cependant, après le 7 mai, ce spectacle, si grandiose soit-il, ne recueillera qu’é-pisodiquement et bien faiblement l’attention de la presse quotidienne française.Pourtant, les quotidiens régionaux ont maintenu leur intérêt pour cette manifestation internationale plus longtemps que les quotidiens parisiens.Il semble que ce soit une autre conséquence du travail du Service des relations publiques de l’Exposition, qui a surtout orienté son action vers ces journaux.Ignorance du « problème » canadien Il était inévitable que la perception de la réalité canadienne par la presse quotidienne française fut influencée par l’image de l’Expo 67.Pour cette presse, le Canada s’identifiait alors à l’Amérique.Et qui dit Amérique, surtout pour un esprit européen, dit audace, dynamisme et non-conformisme.Riche et prospère, le Canada peut se payer le luxe d’une Exposition internationale à l’occasion de son centenaire.Quant aux relations entre le Canada anglais et le Canada français, elles sont jugées essentiellement harmonieuses.Certes, il existe des divergences de vues entre les deux groupes ethniques canadiens, qui débouchent quelquefois sur la mésentente.Mais le plus souvent, ces divergences sont une source de dynamisme puisque ce qui caractérise l’association de ces deux groupes, c’est davantage la collaboration et l’harmonie que la discorde et la mésentente.Du reste, l’Expo 67 est bien la preuve la plus éclatante que cette collaboration et cette harmonie existent et qu’elles sont fécondes et efficaces.On ne saurait trop reconnaître dans les éléments thématiques (collaboration, divergence, harmonie) composant cette perceptions de l’image du Canada, les thèmes mêmes du contenu des discours des représentants officiels de l’Exposition et de ceux du maire Jean Drapeau, habilement propagés d’ailleurs par la publicité des « relationnistes » de la Terre des Hommes.Si, à l’occasion, certains thèmes tels que la divergence et la mésentente prennent une place aussi importante que les thèmes de collabora- Titres Totaux Principaux événements rapportés a — arrivée du général à Québec b — « le chemin du roy » c — « Vive le Québec libre » 4- “ inacceptable » d’Ottawa d -— annulation de la visite à Ottawa e — retour à Paris f —¦ réactions françaises g —- déclaration du Québec -j- réactions internationales h — déclaration de l’Elysée i —- réactions françaises j — k — 1 — réactions françaises et internationales.25 26 27 28 29 30 1 2 3 4 5 JOURS - L'évolution du nombre de titres quotidiens sur le voyage du général de Gaulle dans les quotidiens parisiens (—) et dans les quotidiens régionaux (-). 237 tui- tion et d’harmonie dans les grands reportages publiés par ces quotidiens, il faut y voir l’action efficace du travail « d’information » de l’Office d’information et de publicité du Québec auprès de leur auteur.En somme, si les Français avaient eu du Canada la seule image que leur en a transmise leur presse quotidienne à l’occasion de l’Expo 67, ils n’auraient pas connu son vrai visage, les préjugés traditionnels de plusieurs d’entre eux ayant été raffermis par cette image édulcorée du « pays de Maria Chapdelaine ».Mais .de Gaulle vint ! LE VOYAGE DU GÉNÉRAL DE GAULLE I Du 24 juillet au 6 août 1967, les - ' quotidiens parisiens ont publié 749 “ ( titres sur cet événement alors que les quotidiens régionaux en ont publié 606, I soit un total de 1,355 titres.Il était naturel que l’intérêt des quotidiens fran- çais pour le voyage présidentiel fut plus important que pour l’Exposition de Montréal.Cependant, l’attention a incontestablement été décuplée en raison des péripéties retentissantes de ce voyage.Ainsi, 25% des titres totaux sur cet événement se situent à la Une des journaux.Le graphique I montre l’évolution du nombre de titres parus dans les quotidiens parisiens et régionaux entre le 24 juillet et le 5 août 1967.Cet intérêt atteint son paroxysme à la suite de l’annonce de l’annulation de la visite du général à Ottawa et non pas après le célèbre « Vive le Québec libre » et la réaction fédérale qu’il a provoquée.Les quotidiens parisiens sont beaucoup plus sensibles aux réactions françaises et internationales suscitées par les propos du général de Gaulle que les quotidiens régionaux ; ce qui explique le nombre total de titres plus élevé dans la presse parisienne que dans la presse régionale le 30 juillet et les 2, 3, 4 et 5 août.Tout se passe donc comme si, après la déclaration de l’Elysée du 1er août, les quotidiens régionaux estimaient que l’événement était clos.Pourtant, l’intérêt pour cet événement n’a pas été le même pour tous les quotidiens parisiens et régionaux.Certains ont accordé beaucoup plus d’importance au voyage du général de Gaulle que d’autres quotidiens.Le graphique II présente, en effet, le classement croissant des quotidiens parisiens et régionaux en fonction de leurs titres totaux sur le voyage du général au Québec.On note que les quotidiens parisiens Le Monde, L’Aurore, Le Figaro et Combat ont beaucoup plus de titres totaux que tous les autres quotidiens français.Par ailleurs, sept quotidiens régionaux sur onze possèdent des effectifs totaux plus élevés que ceux des sept quotidiens parisiens.Si, comme nous venons de le mentionner, la presse 1 ! J Titres Totaux MONDE Graphique II.— Classement croissant des quotidiens parisiens et régionaux en fonction de leurs titres totaux sur le voyage de Gaulle.quotidiens parisiens : - quotidiens régionaux : — COMBAT • OUEST-FRANCE MONTAGNE D NOUVELLES RANGS Croissants 238 parisienne est plus sensible aux réactions françaises et internationales que la presse régionale, cela provient du fait que ces quatre quotidiens parisiens sont eux-mêmes beaucoup plus sensibilisés à ces réactions que tous les autres quotidiens français.Réveil de la presse quotidienne française Il faut bien convenir que le voyage du président français a pris une tournure qui a surpris la presse quotidienne française.En fait, celle-ci a été brutalement confrontée avec une donnée politique qu’elle ignorait : à savoir qu’il y a, au Canada, deux gouvernements qui s’affrontent périodiquement : le gouvernement du Québec et celui d’Ottawa.Déjà, lors des préparatifs de ce voyage, certains incidents survenus entre les états-majors des deux gouvernements avaient éveillé l’attention de quelques journaux sur cette réalité.Le Monde et Combat, par exemple, notaient à la veille de l’arrivée du général de Gaulle à Québec que cette visite posait de délicats problèmes de protocole.Mais, pour l’ensemble des journaux, cette visite se justifiait surtout en raison de la tenue de l’Exposition internationale de Montréal.Plusieurs d’entre eux n’ont donc pas vu qu’il pouvait y avoir matière à incident entre les deux gouvernements à l’occasion de cette visite.Du reste, n’y avait-il pas, à leurs yeux, un seul gouvernement au Canada : celui d’Ottawa ?Or le discours de l’Hôtel de Ville et sa mémorable conclusion allait leur permettre d’être témoins de l’affrontement de ces deux gouvernements.En effet, le 26 juillet, le gouvernement fédéral qualifie les propos du général « d’inacceptables » alors que, le 29 juillet, le gouvernement du Québec, dans une déclaration non équivoque, approuve sans réserve les mêmes propos.Quelle fut l’attitude des quotidiens français à l’égard de ces deux déclarations ?La majorité d’entre eux ont partiellement ou totalement ignoré la déclaration québécoise, n’accordant d’importance qu’à la protestation fédérale.Cependant, les quotidiens France-Soir, Le Monde, Le Parisien libéré, La Montagne et L'Union attacheront autant ou plus d’attention à la déclaration du Québec.Us ont donc saisi l’intérêt que re- présentait tant au plan de la politique intérieure canadienne qu’à celui des relations franco-canadiennes cette divergence de vue.Leur lucidité peut sans doute provenir du fait qu’ils possèdent au sein de leur personnel des journalistes ayant fait un séjour prolongé au Québec quelque temps avant ce voyage.Quant au silence total de L’Aurore et de Combat au moment de la déclaration québécoise et la mise en valeur très importante qu’ils ont accordé à la déclaration fédérale, il s’explique surtout par leur hostilité gaulliste.Combat n’affirmait-il pas, à la suite du « Vive le Québec libre », que M.Daniel Johnson s’était senti gêné et s’était montré peu loquace à la réception donnée le lendemain par la France au pavillon français.Pourtant, le jour de la déclaration québécoise, Combat reste complètement muet.Précisions aussi que la lucidité du Parisien libéré fut influencée par sa forte sympathie gaulliste.On peut donc conclure qu’à l’occasion de ces deux déclarations gouvernementales, France-Soir, Le Monde, L’Union et La Montagne ont fait preuve d’un intérêt pour les problèmes politiques canadiens.Des éditoriaux hostiles à de Gaulle Quant aux éditoriaux publiés à la suite des propos canadiens du général, ils sont certes hostiles à ce dernier.Remarquons également que cette hostilité se manifeste à l’égard de tous ses discours au Québec et non pas seulement envers celui de Montréal.Ainsi, dès le lendemain de son arrivée à Québec, certains quotidiens blâment le général de Gaulle d’avoir exalté exagérément le nationalisme des Canadiens français et d’encourager les « vues autonomistes du gouvernement du Québec ».Pourtant, dans tous ces éditoriaux, exception faite de ceux de La Voix du Nord, La Montagne et L’Humanité, on cherche en vain une opinion éclairée sur les problèmes politiques et sociaux canadiens mis en lumière par le discours à l’Hôtel de Ville de Montréal.Par exemple, certains quotidiens affirment que les relations entre Ottawa et Québec sont devenues tendues et délicates au cours des dernières années à cause de l’activité des mouvements séparatistes québécois.Cette analyse ressemble fort à ce qu’on a déjà écrit à propos des relations entre l’Algérie et la France il y a quelques années.Il s’y manifeste aussi une incompréhension des caractéristiques du fédéralisme canadien.Le Figaro n’émet-il pas le commentaire suivant : « Encore eut-il été nécessaire de se rappeler que le Canada est un dominion, dont la souveraine est la Reine Elisabeth d’Angleterre.» On se préoccupe peu des conséquences des propos du président français au plan de la politique intérieure canadienne.On remarque surtout qu’ils contribueront à diminuer le prestige international de la France et à « ébranler le clan gaulliste ».La perception des événements est donc essentiellement française.De plus, les éditorialistes sont influencés par la réaction de la presse anglo-saxonne.Pour ces derniers, au-delà d’un encouragement séparatiste apparent, les propos de de Gaulle au Québec attaquent le monde anglo-saxon et l’hégémonie mondiale américaine.Selon eux, de Gaulle dit « Vive le Québec libre » pour le même motif qu’il dit « non » à la demande d’adhésion britannique au Marché Commun : son anglophobie.Toutefois, cette pensée se nuance dès le retour du général de Gaulle à Paris.Combat, par exemple, le 27 juillet, fait le point sur « le fond du problème ».Cette analyse de la situation politique canadienne est beaucoup plus lucide et éclairée.A la suite de la déclaration de l’Elysée le 1er août, les quotidiens français, bien qu’à nouveau hostiles à la thèse politique canadienne du général, la discuteront plus en profondeur à la lumière des réalités politiques canadiennes dont ils ont fini par prendre conscience.De l'hostilité forte à la sympathie forte Par ailleurs, on peut se demander si cette hostilité envers le président français se retrouve dans la façon dont les quotidiens ont rapporté les informations à l’occasion de son voyage au Québec.Un élément de réponse est apporté à cette question lorsqu’on analyse les titres des articles (favorables, neutres, défavorables).Cette analyse nous a permis de construire une échelle de l’attitude des quotidiens français à l’égard du général de Gaulle.Les pôles sont l’hostilité forte et la sympathie forte. 239 Classement des quotidiens parisiens et régionaux en fonction de leur attitude à l'endroit du général de Gaulle dans le titre de leurs articles.ATTITUDES QUOTIDIENS QUOTIDIENS PARISIENS RÉGION A UX L’Aurore Hostilité forte Combat Paris-Jour La Dépêche du Midi Hostilité atténuée Le Provençal Neutralité active ( 1 ) France-Soir Paris-Presse Le Dauphiné L’LInion Ouest-France Les Echos Sud-Ouest Neutralité passive (2) L’Humanité La Montagne La Croix La Voix du Nord Sympathie atténuée Le Monde Le Parisien libéré La Nouvelle République du Centre-Ouest Les Dernières Nouvelles d’Alsace Sympathie forte Le Figaro Le Progrès de Lyon (1) à la fois favorable, neutre.défavorable et peu (2) à la fois peu favorable, peu défavorable et très neutre.On peut conclure que la majorité des quotidiens français ont adopté une attitude objective dans la mise en valeur des informations concernant le voyage du général de Gaulle au Québec.On note que l’hostilité provient surtout de trois journaux parisiens: L’Aurore, Combat et Paris-Jour ainsi que du quotidien toulousain La Dépêche du Midi.Dans le cas de ces quotidiens, leur attitude hostile se manifeste surtout par l’importance qu’ils ont accordée à des déclarations françaises et étrangères défavorables au président français plutôt qu’à l’interprétation péjorative des événements rapportés.L’Aurore, par exemple, accorde deux fois plus d’importance à la déclaration du vice-président des maires des municipalités du Québec, hostile à de Gaulle, qu’à la déclaration du gouvernement du Québec du 29 juillet.Le Figaro et Le Progrès adoptent le comportement inverse.Ainsi, les déclarations des ministres gaullistes et l’accueil chaleureux de la population du Québec envers le général sont fortement soulignés.Une image différente de la réalité canadienne Hostile au général de Gaulle dans ses éditoriaux et assez objective dans la manière dont elle a transmise les informations concernant son voyage au Québec, la presse quotidienne française sentira le besoin, quelques semaines plus tard, de revenir sur l’événement et de tenter d’aller un peu plus « au fond des choses ».En effet, la preuve que certains quotidiens se sont éveillés aux réalités politiques canadiennes à la suite du voyage du président français se trouve dans le fait qu’ils ont publié par la suite de grands reportages sur le Canada : L’Aurore : Un mois après la visite de de Gaulle, j’ai parcouru la Nouvelle-France, de Québec à Montréal.Combat : Le Québec après de Gaulle ?Le Monde : Le Canada après de Gaulle ?Le Canada peut-il survivre ?Le Figaro : Au Québec, après l’orage.La Dépêche : Le Canada peut-il survivre ?Pour sa part, L’Humanité parle de « nos cousins du Canada ».Et ce titre est flanqué d’une carte géographique stylisée du Québec.Quel est le contenu de ces reportages ?C’est essentiellement une explication et un effort de compréhension de la réalité politique canadienne telle que mise en lumière par les incidents de juillet.Le point de vue du gouvernement du Québec et celui du gouvernement fédéral sur l’avenir du pays y sont honnêtement exposés.Il en est de même des principales revendications des Canadiens français et des Québécois.Prudents dans leurs conclusions, ces grands reportages font surtout ressortir les diverses options politiques que devront prendre le Canada et le Québec s’ils désirent conserver leur personnalité.Et l’image du Canada qui se dégage de leur contenu est bien différente de celle transmise par les grands reportages publiés à l’occasion de l’Expo 67.Le Canada y apparaît comme un pays n’ayant pas encore réalisé son unité nationale et le Québec comme un Etat en marche vers une plus grande autonomie.Les relations entre le Canada anglais et le Canada français ne sont plus présentées comme harmonieuses.Elles apparaissent tendues et soumises à un processus irréversible de profonde mutation qui a son origine dans l’état d’infériorité de la communauté canadienne française par rapport à la communauté canadienne anglaise.Si l’on tente de décrire les caractéristiques sociologiques de la société canadienne française, on renonce a le faire pour la société canadienne anglaise en avouant qu’elle se différencie très peu de la société américaine.Le Canada de 1967 dans la presse quotidienne française, c’est d’abord un événement international : l’inauguration de l’Exposition universelle et internationale de Montréal.De cette grandiose manifestation culturelle, la presse quotidienne a retenu une image dynamique et prospère du Canada.Mais c’est surtout un événement politique : le voyage du général de Gaulle au Québec.Grâce à ce voyage, la presse quotidienne française a pris conscience, certes avec un certain retard, de la réalité politique et sociologique canadienne : deux nations s’affrontent au Canada, l’anglophone et la francophone.C’est, enfin, pour elle, la révélation qu’un Québec français existe et qu’un Canada anglais francophile est en train de naître sous la pression des événements.^ JACQUES RIVET : Professeur à la Faculté des Arts de l’Université Laval au cours du B.A.(information). EXPÉRIENCE FINANCIERE.SANS INTÉRÊT JACQUES-A.LAMARCHE En avril dernier, l’évêque du diocèse de Saint-Jean et les marguilliers de la Fabrique Saint-Pierre Apôtre remettaient aux paroissiens réunis des certificats de reconnaissance d’emprunt d’une valeur dépassant $200,000.La fabrique s’engageait à rembourser les paroissiens-prêteurs qui venaient de permettre, par leur geste, d’abolir la répartition financière.L’expérience est intéressante parce qu’elle suscite la curiosité, l’analyse ; elle est sans intérêt puisque les paroissiens ont prêté sans recevoir un seul sou d’intérêt.L’intérêt de l’expérience provient de la façon dont on prend connaissance du problème, au sens bergsonnien.Un principe métaphysique Au tout début de son Introduction à la Métaphysique, Henri Bergson écrit : « Si l’on compare entre elles les définitions de la métaphysique et les conceptions de l’absolu, on s’aperçoit que les philosophes s’accordent, en dépit de leurs divergences apparentes, à distinguer deux manières profondément différentes de connaître une chose.La première implique qu’on tourne autour de cette chose ; la seconde, qu’on entre en elle.La première dépend du point de vue où l’on se place et des symboles par lesquels on s’exprime.La seconde ne se prend d’aucun point de vue et ne s’appuie sur aucun symbole.De la première connaissance on dira qu’elle s’arrête au relatif ; de la seconde, là où elle est possible, qu’elle atteint l’absolu ».(Henri Bergson, La Pensée et le Mouvant (1934), 22e édition, pp.177-178, PUF 1946.L’expérience de Saint-Pierre Apôtre procède de ces deux connaissances.La connaissance relative Exprimant par symboles financiers le sens de l’expérience, j’en conclus immédiatement qu’elle est sans intérêt.Elle ne rapporte rien aux paroissiens et à la Fabrique que d’autres systèmes financiers pourraient apporter.Comme toute la campagne publicitaire qui a précédé cette initiative, excellente en soi, a parlé de dividendes et d’intérêts, j’aborderai l’étude financière du projet.Au 31 décembre 1966, la Fabrique Saint-Pierre Apôtre est endettée de $275,000.Elle rembourse ce capital au taux d’intérêt de 3 1/2%.Dans deux ans, elle devra renouveler l’emprunt pour une quinzaine d’années.Déjà, le taux d’intérêt monte à 4% d’ici là et les marguilliers prévoient qu’ils devront payer 8% de loyer d’argent.La répartition de la dette entre les paroissiens est alors évaluée à $2.00 du mille dollars ; l’évaluation totale des propriétés affectées par la répartition est de $17,000,000.Le 7 juin 1967, le courtier d’assurance agréé, M.Roland Pillenière, résident de Longueur! et paroissien de Saint-Pierre Apôtre, fait parvenir à tous les paroissiens une circulaire de quatre pages.Il leur propose de prêter à la Fabrique de petits montants d’argent, sans intérêt.L’ensemble de ces prêts, si la proposition plaît aux paroissiens et qu’ils l’acceptent, permettrait à la Fabrique d’acquitter sa dette et d’enlever la répartition.Le remboursement s’effectuerait sur une période d’une dizaine d’années, chaque mois, à même le surplus des quêtes régulières.Une telle proposition permettrait aux propriétaires résidant de la paroisse de ne plus avoir à payer la répartition et surtout supprimerait l’intérêt de la dette amortissable sur une quinzaine d’années ou plus.L’invitation est adressée aux locataires et aux propriétaires, donc à tous les paroissiens.L’objectif initial est de $300,000.La circulaire comprend une formule d’offre de souscription : « Je.consentirais à souscrire .certificats au montant de cent dollars chacun au comptant.ou par versements mensuels, égaux et consécutifs de $.» Il s’agit d’un sondage initial sans force coercitive.Un mois plus tard, le 13 juillet 1967, 80% de l’objectif envisagé pour la suppression de la répartition en vigueur est atteint.Il manque $80,000.La campagne continue et réussit.L'analyse financière Si les paroissiens de Saint-Pierre Apôtre n’avaient pas ainsi réussi à supprimer la répartition, que serait-il arrivé ?De janvier 1967 au renouvellement de l’emprunt, ils auraient payé la répartition sur une dette de $275,000.1967: 4% d’intérêt: $11,000.et une remise de capital de $25,000.soit $36,000.environ, laissant un solde impayé de $250,000.1968 : 4% d’intérêt : $10,000.et une remise de capital de $25,000.soit $35,000.environ, laissant un solde impayé de $225,000.Au cours de l’année 1968, la Fabrique aurait renouvelé l’emprunt de $225,000.amortissable disons sur 15 ans au taux vraisemblable de 8%.Le tableau suivant donne un aperçu précis de l’amortissement possible : 241 |78 S2 Dette Intérêt 8% Remise Total solde taxe moyenne $225,000.$ 18,000.$ 15,000.$ 33,000.$210,000.$210,000.$ 16,800.$ 15,000.$ 31,800.$195,000.$195,000.$ 15,600.$ 15,000.$ 30,600.$180,000.$180,000.$ 14,400.$ 15,000.$ 29,400.$165,000.$165,000.$ 13,200.$ 15,000.$ 28,200.$150,000.$1.80/$1000.$ 90,000.$ 7,200.$ 15,000.$ 22,200.$ 75,000.$1.45/$1000.$ 30,000.$ 2,400.$ 15,000.$ 17,400.$ 15,000.$ 15,000.$ 1,200.$ 15,000.$ 16,200.nil $1.10/$1000.$144,000.$225,000.$369,000.Moyenne : $1.45/$1000.Dl Spiritu IE it ii tit is a i ill i: ifi :: C’J 'E- i r si j- tt r 1 it i- tt it i- tt I f i- It J s is Donc, si la répartition n’avait pas pu être supprimée, les propriétaires résidant de la Fabrique Saint-Pierre Apôtre auraient dû envisager le paiement de $369,000.d’ici 1983 plus les deux paiements de 1967 et 1968 ($71,000.) donc un remboursement de $440,000.pour une dette globale de $275,000., soit $165,000.d’intérêts.En réussissant à convaincre ses coparoissiens, M.Roland Pillenière leur a épargné, relativement, $165,000.environ $11,000.par année.Une comparaison mathématique Avec la répartition, la dette de $369,000.amortie sur 15 ans donne une moyenne de $24,600.par année.Sans répartition, l’emprunt de la Fabrique auprès de ses paroissiens s’élève à $225,000.amorti sur 15 ans donnant une moyenne de $15,000.L’économie, à première vue, est de $9,600 par année pour la Fabrique.Afin de rembourser ces $225,000.aux paroissiens, la Fabrique dispose d’un moyen : 60 quêtes par année à raison d’une cueillette supplémentaire de $250.par quête ($15,000.annuellement).Les paroissiens se paient leur propre remboursement.S’il y a 1000 familles dans la paroisse, ce surplus de $250.par quête signifie que chaque famille donne $0.25 de plus soit $15.par année.Donc, les paroissiens, au lieu de payer l’intérêt sur la dette de la Fabrique au moyen d’une répartition sur les propriétaires, paient (locataires et propriétaires) un surplus à la quête de $15.00 par année.Admettant que le taux de répartition soit $2.00 du mille, un propriétaire d’une résidence évaluée à $12,000.aurait payé, avec la répartition $24.En vertu du système d’emprunt auprès des paroissiens, le même propriétaire, à condition que le surplus des quêtes ($0.25 par famille : $15.par année) se maintienne pendant ces quinze années, ne paiera que $15.00 au lieu de $24.Il économise ainsi $9.00, en théorie.Toutefois, il a sûrement prêté à la Fabrique, disons en moyenne $225.soit 1.87% de son évaluation municipale.Afin de prêter cet argent, il l’a retiré de la banque et n’aura plus d’intérêts sur cette somme.Le manque à gagner, la perte bancaire est (à 4% sur $225.) de $9.00.Il sauve $9.00 d’intérêts à payer sur la dette de la Fabrique et pour sauver cette somme, il se prive de $9.00 d’intérêts à la Banque : donc, l’expérience est sans intérêt.C.Q.F.D.« Quod erat demonstrandum ! » Relativement, l’expérience de Saint-Pierre Apôtre ne change rien à l’intérêt financier des méthodes de remboursement.Elle est sans intérêt, relativement.Mais, sur le plan absolu, sur le plan de la sympathie : « Nous appelons ici la sympathie, dit Bergson, la démarche par laquelle on se transporte à l’intérieur d’un objet pour coïncider avec ce qu’il a d’unique et par conséquent d’inexprimable dans l’absolu» (p.181, livre déjà cité), sur le plan de la sympathie et de la connaissance absolue, l’expérience de Saint-Pierre Apôtre est très intéressante.La connaissance absolue De bonne foi, généreusement, solidairement, la grande majorité des paroissiens a envisagé, d’une façon communautaire, le financement de la dette fabricienne.C’est un premier pas vis-à-vis la responsabilité collective laïque.La Fabrique n’a plus de dette, l’argent demeure dans la paroisse.Une fabrique d’ailleurs ne devrait pas s’endetter ! Avant de bâtir une église et un presbytère, la Fabrique doit créer l’esprit communautaire, assurer les services religieux, garantir un revenu à ses prêtres et se financer elle-même selon les moyens de ses paroissiens (et non en répartissant des dettes entre des propriétaires déjà endettés, très souvent).Saint-Maurice de Duvernay a fait l’expérience d’abolir jusqu’aux quêtes : les paroissiens ont établi le budget et réparti les sommes entre tous les ressortissants qui ont déposé une série de chèques pour toute l’année.Il n’est plus question d’argent à l’église mais de Dieu et de l’amour du prochain.Comme il y a d’autres valeurs humaines beaucoup plus importantes que l’argent, l’expérience de Saint-Pierre Apôtre est concluante au sens humain.Son intérêt vient de cette preuve : des familles d’un même milieu ont participé ensemble à une expérience enrichissante de solidarité humaine et fraternelle et elles n’ont pas perdu d’argent, au contraire, tout balance.Cette espèce de corvée volontaire sur le plan matériel permet d’augurer le succès de corvée spirituelle.Un mode de financement équitable Une telle méthode de financement a l’avantage de répartir les paiements entre tous les paroissiens, ce qui est plus normal que la répartition traditionnelle entre les seuls propriétaires.Il n’y a aucun inconvénient à ce qu’elle se généralise.L’épargne volontaire ainsi consentie par les paroissiens permettra de déplacer la masse financière des emprunts fabriciens.L’argent rendu ainsi disponible pourra augmenter les réservoirs de prêts hypothécaires domicilaires et contribuer au mieux-être des citoyens.Nous reviendrons sur le sujet particulier de la propriété domiciliaire dans un prochain article.Paroissiens de Saint-Pierre Apôtre, puisse votre exemple servir d’étude et de tremplin à d’autres réussites intéressantes.à JACQUES-A.LAMARCHE : Journaliste. LA RADIO DE RADIO-CANADA AXÉE SUR L’INFORMATION ET LES GRANDS MAGAZINES Une radio qui se veut actuelle doit avoir assez de souplesse pour s'adapter au rythme de vie de son auditoire et user de son extrême mobilité pour satisfaire un public avide d'information.C'est ce souci d'adaptation qui nous frappe tout particulièrement, quand on analyse la nouvelle programmation automne-hiver à la radio de Radio-Canada.Nous n'en voulons pour exemples que la nouvelle façon d'aborder et de traiter l'information, « l'épine dorsale de la radio », selon l'expression du directeur des programmes, monsieur Antonin Boisvert, et ces grands magazines qui permettent à la radio, à un moment ou l'autre de la journée, de vivre au même rythme de l'auditoire auquel elle s'adresse.La radio demeure le véhicule par excellence de l'information, comme il nous fut donné de le constater lors de l'invasion de la Tchécoslovaquie.Dans ce domaine, la radio de Radio-Canada apporte cet automne des innovations et des changements d'importance.Le « Radiojournal parlé» de 13 heures et de 18 heures, par exemple, est l'une des innovations susceptibles d'intéresser grandement l'auditoire.Au lieu d'avoir en studio un seul annonceur se bornant à lire les dépêches et à annoncer les « topos » de tel ou tel correspondant, nous entendons maintenant trois animateurs qui, par leurs échanges de vues, « personnalisent» la nouvelle.Ces derniers bénéficient en plus du concours de plusieurs journalistes et correspondants.De son côté, l'émission «Présent» change complètement de style.Les animateurs qui, par le passé, présentaient les sujets à l'ordre du jour et dirigeaient les entrevues du magazine, cèdent maintenant leur place à un groupe de journalistes qui, à tour de rôle, font un exposé sur un sujet de l'actualité et répondent aux questions de leurs confrères sur l'événement qu'ils viennent de commenter.Finalement l'émission « Tel quel », lancée de façon expérimentale durant la saison d'été, revient à l'horaire d'automne et étudie en profondeur un seul problème pendant 90 minutes.Si nous ajoutons à tout cela, quotidiennement, des bulletins de nouvelles de trois minutes entendus pratiquement à toutes les heures, le« Radiojournal » de 8 heures, celui de 22 h.30 et deux commentaires, force nous est d'admettre que l'information est véritablement le pivot de la radio de Radio-Canada.Quant aux magazines, ils sont le reflet de cette souplesse et du rythme qui doivent caractériser la radio d'aujourd'hui.Le matin, face à un auditoire fébrile et débordant d'énergie, la radio de Radio-Canada devient nerveuse, alerte et gaie.A l'heure de pointe, avec «A la bonne heure», elle accompagne l'auditeur au volant, le divertit par de la musique et des propos légers, l'informe rapidement sur les nouvelles de dernière heure et lui fournit toutes sortes de renseignements utiles comme l'heure exacte, l'état de la circulation et la température.Puis viennent les grands magazines de divertissement, « Chez Miville », « Place aux femmes » et « Les Joyeux Troubadours », qui s'ingénient à faire accepter de gaieté de cœur les nombreuses corvées de la matinée.De plus ces émissions, qui se font avec public en studio, montrent le souci constant de la radio d'être présente à son auditoire.L'après-midi, alors que le rythme de vie se fait plus calme, la radio de Radio-Canada est plus détendue et se consacre au plaisir des ondes.Le magazine « S'il vous plaît », qui groupe une série de courtes rubriques, vient peupler d'agréable façon la solitude de l'auditrice au foyer.Puis, en début de soirée, la radio de Radio-Canada se met à l'heure de la jeune génération, vibrant et tourbillonnant avec elle dans une ronde à vous couper le souffle.Faisant appel à la participation des jeunes, le magazine « Un instant » fournit à ces derniers l'occasion de s'exprimer, d'entendre la musique qu'ils affectionnent et de communier à des aventures qui canalisent le trop-plein de leurs énergies débordantes.Avec sa nouvelle programmation automne-hiver, la radio de Radio-Canada fait peau neuve, elle entre dans sa deuxième jeunesse et bat au rythme d'un monde en pleine évolution.C'est une radio actuelle.Guy Burelle Communiqué de presse. 243 Réponse de Pierre Pascau N.D.L.R.— Sous le titre « Pierre Pascau, Pat Burns français ?», Pierre Saucier proposait dans la dernière livraison (août-septembre ¦— no 79) une analyse d'un genre radiophonique très particulier, le « hot-line » ou « ligne ouverte ».L’émission LE POINT DU JOUR fournissait un exemple-type de hot-line politique.M.Pascau a jugé bon de s’expliquer.Nous tenons à noter que MAINTENANT n’endosse en aucune façon les soi-disant démentis de M.Pascau.Nous publions intégralement son texte qui reflète le point de vue tout à fait personnel de l’animateur et apporte aussi un éclairage complémentaire que nous croyons utile de livrer au lecteur.Je n’aurais jamais cru que personne, surtout pas un Canadien français, aurait la cruauté de me comparer à M.Pat Burns.Ma première réaction a été de confondre M.Pierre Saucier et de me venger du mal qu’il m’avait fait.Une explication très franche avec l’auteur m’a cependant convaincu que, même si elles sont destinées à paver l’enfer, ses bonnes intentions sont réelles.C’est pourquoi je préfère essayer de compléter son analyse des lignes ouvertes (cette expression vaut quand même mieux que « hot-lines » ) en présentant le sujet de l’intérieur, puisqu’il fait partie de ma vie quotidienne et que je le connais bien.Avant d'aller plus loin L’article de M.Saucier contient plusieurs inexactitudes et des paroles blessantes gratuites à mon égard.En bref, il me reproche d’être un fédéraliste enragé, de railler et de rabrouer systématiquement Québec, d’avoir appuyé des « scabs » pendant la grève des postes, d’inviter les gouvernants à se montrer énergiques en matières de grèves et de revendications des travailleurs, de préconiser l’adoption de la carte d’identité au Canada, d’approuver la vente du Centre de Psychologie et de Pédagogie à des Américains, et ce n’est pas tout.Pierre Saucier me consacre défenseur du sacro-saint statu-quo et féroce panégyriste du pouvoir, à la Renaude Lapointe et autres éditorialistes à gages de tous les régimes.Je représente à ses yeux une presse inerte, esclave de l’argent, bêtifiante et parfaitement vassalisée.Tout cela est méchant et faux.Ceux qui m’écoutent régulièrement le savent.Les autres peuvent essayer d’écouter le Point du Jour pour se faire leur propre opinion.Si c’est trop leur demander, tant pis ! Le rôle du journaliste radiophonique Avant de parler des lignes ouvertes proprement dites, il faudrait savoir ce qu’est la radio en 1968.Ce qu’on a appelé son « âge d’or » est révolu, mais loin d’être arrivée au bout de son rouleau, elle prend maintenant une nouvelle dimension, la dimension « transistor ».Aujourd’hui on écoute la radio en voiture, d’une oreille distraite, en faisant autre chose.La radio doit donc, avant tout, accrocher l’auditeur et retenir son attention, par des émissions brillantes, variées, pleines de nerf et de vie.Finies les entrevues de quinze minutes, les documentaires détaillés, les études profondes.Le journal, le livre, voire la télévision, sont là pour nous informer de façon complète.Le rôle de la radio est bien différent et il n’est pas question qu’elle devienne un moyen d’information mineur et négligeable.Il existe chez nous des préjugés détestables qui font qu’on dit qu’un journaliste fait de la radio lorsqu’il ne sait pas écrire.S’il est si facile d’être journaliste radiophonique, comment expliquer le fait que de très nombreux et éminents journalistes de la presse écrite sont incapables de « passer le micro » ?Non, ce n’est pas facile, croyez-moi, de communiquer l’information sur les ondes.Evidemment, un annonceur peut toujours lire un bulletin qu’on lui présente, sans y comprendre grand-chose ; mais réussit-il à informer l’auditeur ?Rarement, et ce n’est pas cela la radio.Le journaliste radiophonique atteint son but lorsqu’il réussit à capter l’attention du public et à centrer cette attention sur la nouvelle qu’il expose.La radio doit éveiller la curiosité de l’auditeur et lui faire comprendre l’importance de la nouvelle, afin qu’en-suite il se tourne vers la lecture du journal ou du livre, pour en savoir plus long.Un besoin de participation La ligne ouverte représente la démocratisation de l’information, symbolise l’abaissement des barrières entre experts et profanes, professionnels et amateurs.Elle favorise le besoin de participation qui caractérise notre siècle.Nous vivons dans une société anonyme où le citoyen éprouve la nécessité de s’exprimer, de jouer un rôle positif dans le monde, de participer activement à la vie communautaire.Les sociologues affirment que la multiplication des corps intermédiaires, sociétés et associations de toute sorte, ne sont que la réaction nécessaire à une civilisation de machines et de numéros.Sur le plan sociologique, la ligne ouverte joue donc un rôle utile.Elle sert également de trait d’union entre l’élite et la masse.Les intellectuels, 244 les penseurs, s’ils ne sont pas trop snobs pour écouter les programmes de ligne ouverte, entendent parler tout un immense secteur de la population avec lequel ils n’ont que peu, ou pas l’occasion de frayer.Us prennent conscience de problèmes populaires qu’ils ne soupçonnent pas, et souvent ce sont ces problèmes populaires, marginaux en apparence, qui jouent le plus grand rôle dans la transformation d’une société.Il y a tant d’incompréhension au Québec et dans le monde ! Cette incompréhension n’existerait pas si les différentes couches de la population n’étaient pas si hermétiquement fermées sur elles-mêmes.Les dangers de la ligne ouverte M.Saucier nous les a fait voir très consciencieusement et il a trop bien épuisé le sujet pour que je me permette de vouloir y ajouter quoi que ce soit.Certaines émissions de ligne ouverte sont réellement néfastes, j’en conviens, mais il faut faire remarquer ici que la formule n’est pas mauvaise en soi, et ce pour les raisons que j’ai énumérées plus haut.Tout dépend de l’usage qu’on en fait et cette remarque s’applique aussi bien à la Bible, à l’atome, la nourriture, la boisson, l’amour, la littérature.N’a-t-on pas reproché à Jean-Paul Sartre d’avoir pourri toute une génération de Français ?Faut-il pour autant interdire la lecture aux humains ?Il existera toujours des hommes honnêtes et malhonnêtes et les journalistes n’échappent pas à la règle.Le journaliste malhonnête peut, par le moyen de l’émission de ligne ouverte, endoctriner jusqu’à un certain point tout un secteur de la population.Mais là deux considérations s’imposent.Premièrement, le dit journaliste malhonnête, s’il ne disposait pas de la radio, trouverait sans doute d’autres moyens d’accomplir son œuvre nuisible, par le journal, le livre, le film, le discours électoral, que sais-je ?Deuxièmement, en admettant qu’il existe aussi des journalistes honnêtes, ce qui n’est pas impossible, nous pouvons supposer que ceux-ci mettront la même ardeur au service du bien, ce qui rétablira la balance.S’ils comprennent la portée de l’instrument dont ils disposent, ils pourront contribuer à éveiller des dizaines de milliers de personnes aux grands problèmes de notre société.Non, nous ne pouvons pas raisonnablement condamner les émissions de ligne ouverte, simplement parce que certains en font un mauvais usage.Le rôle du journaliste-animateur Le style de l’émission veut qu’elle se compose d'appels téléphoniques très variés, à la fois intéressants et inutiles, animés et ennuyeux.Le journaliste-animateur représente le seul élément stable dans cette confusion organisée, celui que le public retrouve chaque jour.Sa personnalité a donc une très grande importance, elle doit être acceptable au plus grand nombre possible d’auditeurs.Son rôle est important ; il doit être à la fois journaliste et animateur et c’est là que se situe la difficulté.En tant qu’animateur, il doit veiller à ce que l’intérêt de l’émission ne tombe jamais, car c’est là la règle d’or de la radio.Pour garder l’attention de l’auditeur, il doit utiliser mille trucs indispensables : l’ironie, l’humour, le mot percutant, la remarque directe, parfois même le sentiment.Dans ses commentaires sur l’actualité, il doit donner l’impression qu’il va un peu trop loin et éviter à tout prix les réflexions d’ordre général, qui ont pour but de plaire à tout le monde.Sinon, l’auditeur s’endort dans cette béatitude rassurante de la facilité et n’appelle pas l’émission.C’est lorsqu’il veut corriger une remarque qu’il trouve exagérée, ou protester contre une idée qu’il juge extravagante que cet auditeur prend son téléphone pour discuter avec la personne qui se trouve au micro.A ce moment le journaliste se manifeste.En parlant au correspondant, il rétablit l’équilibre du raisonnement.Il doit se montrer suffisamment agressif pour faire oublier son trac à celui qui se trouve au bout du fil, et le pousser à aller au fond de sa pensée.Nous parlions tout à l’heure de la variété des appels téléphoniques.Il ne faut exercer aucun filtrage sur ces appels, c’est-à-dire ne pas sonder le correspondant avant qu’il n’entre en ondes pour lui fermer la ligne au cas où on le jugerait indésirable.C’est là une pratique peu recommandable qui enlève, d’autre part, le caractère imprévu de l’émission.C’est à l’animateur de juger le plus tôt possible que tel correspondant est sans espoir, et de mettre un terme rapidement à son verbiage inutile.Les détracteurs des lignes ouvertes diront que l’animateur ne laisse pas parler ceux qui ne sont pas de son avis.C’est faux, mais on n’y peut rien.Les détracteurs du Point du Jour citent souvent l'exemple de ces émissions consacrées à un seul sujet précis à la fois, qui présentent un expert en studio, capable de répondre aux questions des correspondants.Cette formule est valable pour des émissions documentaires, sur des sujets nettement en marge de l’actualité.Par définition, l’actualité est imprévisible et les experts sont des personnes occupées, qui ne sont pas disponibles à quelques heures d’avis.Us ne peuvent pas se trouver en studio à midi, si on ne les prévient que le matin même.Par contre, il est souvent possible de les atteindre au téléphone et de leur parler en direct.C’est ce que nous faisons tous les jours.Cette formule a de plus l’avantage de permettre l’intervention de plusieurs experts au cours d’une seule et même émission et de ne pas limiter cette émission à un sujet unique.Citons comme exemple le problème scolaire à l’école Aimé-Renaud, de St-Léonard.Coup sur coup, nous avons eu les opinions du Procureur de la Régionale Le Royer, du président de cette Régionale, du président et de l’un des membres du Mouvement pour l’Intégration scolaire, de la mère d’un des occupants de l’école.L’éventail, on le voit, est beaucoup plus vaste et nous n’avons aucune raison de faire venir un expert quelconque en studio.Depot élision »! il! léiétp pis 191 asdes reste I il peu ni pi i piioi ransior Karl J religic seul de: Mm evoirdi i les pi ialisles lions La liberté de la presse est relative A cause de l’importance que prennent actuellement les communications de masse, il y aurait sans doute lieu de contrôler les lignes ouvertes, comme il y aurait lieu de contrôler les journaux, les revues, les maisons d’édition, la télévision québécoise, etc.Tout cela entre dans l’ensemble du contrôle de l’information.La ligne ouverte fait partie du tout et ne doit pas être traitée séparément, d’autant plus qu’on se demande qui pourrait exercer le contrôle en question.L’UCJLF ou L’Association des Hebdos, comme le suggère M.Saucier ?A quel titre ?Qu’ont en commun les hebdomadaires et la radio ?Et chacun connaît les limites de l’UCJLF, qui représente trop mal les journalistes radiophoniques.Contrôle oui, main-mise d’une clique organisée, non ! | fes* 'Ejlis iftésoc «il S«e.Itipo dipped Mes lEjlise dicatioi «s.So 11 ledt ils, eic.Sfitei Inde j ®cesi i nilift ulisue Ld ^îo So s line a PIERRE PASCAL : Animateur du Point du Jour à C.K.A.C.‘P de s; s 245 mai ittiial Les Eglises en pays marxistes MICHEL DESPLAND ornd pasi m.Icâ mal olpi «e cei] lie fl iitsi mà igài Depuis deux ou trois ans, des travaux en sociologie de la religion ont commencé à être publiés en Europe orientale et ont attiré l’attention des spécialistes de nos universités.L’intérêt pour ces travaux résulte dans une large mesure du fait que ces pays ont été gouvernés par le parti communiste depuis 1917 dans le cas de l’URSS, depuis 1945 ou 1948 dans le cas des autres pays de l’Europe de l’Est.Avant de passer en revue les récents travaux en sociologie de la religion, il serait peut-être utile, comme aide-mémoire, de brosser rapidement un tableau des constantes dans les attitudes des gouvernements communistes européens vis-à-vis de la religion, ainsi qu’un portrait des diverses réactions des Eglises face à la transformation communiste de leur société.Aim ftOt Pra lu pi fiiJe îtmt nui .¦fila aile ! là ldi» pie :alio ieu «me nui «tâ mt i«fi tie' sép 0 le du Sa i;]Jl ldi M si ¦M ici LES GOUVERNEMENTS COMMUNISTES ET LA RELIGION Karl Marx, se distançant par là des matérialistes français du XVIIIe siècle, avait souligné qu’il ne s’agit pas de s’attaquer à la religion mais aux causes économiques et sociales qui produisent des situations telles que les hommes, faute de justice et de bonheur, se tournent vers les illusions de la religion pour recevoir des pseudo-consolations.Restant fidèles à ce point de vue, les partis communistes ont tendu à maintenir une thèse selon laquelle la religion irait en se desséchant dans les pays socialistes et disparaîtrait comme d’elle-même dès que les conditions économiques et sociales seraient redressées.Que quelques vieillards continuent à manifester de l’attachement à leur Eglise n’inquiète donc pas le parti : on est sûr qu’en société socialiste la jeunesse ne répétera pas ces erreurs.Toutes les constitutions des pays socialistes garantissent la liberté religieuse.Les gouvernements communistes ont d’autre part eu une politique de harassement des Eglises.Les propriétés (souvent terriennes et très abondantes) des Eglises leur ont été enlevées.Les Eglises ont perdu toute opportunité de jouer un rôle dans l’éducation.Les écoles paroissiales, là où il y en avait, furent abolies.Souvent les Eglises rencontrèrent des difficultés même pour l’éducation de leurs fidèles dans leurs temples.Les œuvres sociales et charitables des Eglises (hôpitaux, orphelinats, etc.) leur furent arrachées.Enfin, à toutes ces restrictions furent parfois ajoutées des campagnes actives de propagande anti-religieuse menées par des instituts d’athéisme.Dans ces cas-là, les milieux religieux étaient vus comme liés aux milieux réactionnaires et comme freinant le progrès du socialisme.Il y a eu oscillation dans l’intensité de ce genre de propagande.Les gouvernements communistes ont aussi utilisé la hiérarchie pour des fins nationales.La deuxième guerre mondiale, par exemple, a vu un étrange rapprochement entre Staline et le patriarche de Moscou.Après l’annexion de la Lithuanie, les catholiques romains y furent l’objet de beaucoup de sévices, alors que les orthodoxes, plus sympathiques à tout projet de russification, y furent presque choyés.Enfin, certains éléments du clergé furent utilisés pour des fins de propagande internationale.Divers congrès pour la paix virent apparaître des prêtres ou des pasteurs qui, plus ou moins subtilement, condamnaient au nom de la morale chrétienne les agissements des gouvernements occidentaux sans jamais montrer la moindre tendance à critiquer les gouvernements communistes.Ces prêtres « pacifistes » ont parfois été traités de « vendus » ; certains étaient certes de bonne foi, d’autres marchaient sur une corde très raide afin de continuer à obtenir des visas de sortie et des occasions de contact avec les Eglises des pays non communistes.Se réjouissant de la pluralité des traditions religieuses représentées en URSS, le gouvernement soviétique a aussi mis en avant des chefs musulmans et bouddhistes pour aller expliquer dans le Tiers-Monde à quel point le communisme était compatible avec ces traditions religieuses.Les juifs russes semblent avoir été les seuls à ne pas être mis en avant de cette manière.RÉACTIONS DIVERSES DES ÉGLISES Face à une prise du pouvoir par le parti communiste, les Eglises dans certains cas ont pris une position d’opposition et de totale non-coopération.Le cas le plus illustre est probablement celui du cardinal Mindszenty actuellement réfugié auprès de l’ambassade des Etats-Unis à Budapest.Depuis Jean XXIII, il semble que le Vatican cherche en vain à le persuader de venir finir ses jours à Rome.Il est peut-être bon d’ajouter qu’il y eut un temps où ce primat de l’Eglise catholique romaine hongroise possédait près du tiers des terres et forêts de son pays.D’autres Eglises ont eu une attitude d’acquiescement quasi total, souvent aidées en cela par une longue tradition de césaro-papisme.L’Eglise orthodoxe russe est peut-être le meilleur exemple de ce type de compromis.Certains chefs religieux se sont engagés dans la voie d’une affirmation critique du socialisme.Le pasteur Hromadka, de Prague, est le meilleur exemple.Après avoir proclamé son avis selon lequel le régime communiste corrigeait des abus notoires et était prometteur de grandes réalisations dans le domaine de la justice sociale, il a revendiqué et exercé le droit d’une critique interne et loyale de certains aspects des politiques communistes.Son attitude a porté des fruits.Enfin certaines Eglises ont simplement considéré le gouvernement communiste comme un fait regrettable et inévitable auquel il fallait se soumettre et se sont efforcées de servir le peuple par une pastorale religieuse.L’Eglise protestante d’Allemagne de l’Est est en gros une bonne incarnation de ce choix.Signalons enfin que maintenant, au moment du déblocage dans bon nombre de pays communistes, en Tchécoslovaquie en particulier, le problème le plus délicat des Eglises est d’écarter tranquillement les prêtres ou pasteurs « pacifistes » sans laisser pour autant les prêtres ou pasteurs réactionnaires et « ancien régime » prendre leur place.Les espoirs ont donc 246 tendance à se tourner vers ceux qui ont été silencieux durant ces vingt dernières années.Mais comment peut-on apprendre à placer sa confiance en quelqu’un qui a été silencieux ?LA SOCIOLOGIE DE LA RELIGION EN EUROPE DE L'EST Depuis environ cinq ans, on peut observer un éveil de la sociologie comme discipline universitaire dans les universités de l’Europe de l’Est.Auparavant, l’orthodoxie marxiste avait tendance à affirmer que la société avait été analysée une fois pour toutes et que les travaux de sociologie relevaient plutôt de la curiosité bourgeoise que de l’effort marxiste pour construire la société socialiste.Dès que la sociologie a commencé à apparaître comme une poursuite intellectuelle valable, la sociologie de la religion a pris la place qui lui revenait.Et en 1965, lors d’une rencontre de savants d’Europe de l’Est, à Jéna, il s’est trouvé bon nombre de spécialistes pour présenter des travaux empiriques en sociologie de la religion.Parmi ces travaux, un certain nombre s’imposent à notre attention.Le professeur Todor Stojtschew, de Bulgarie, y présenta des recherches qui établissent que 35.51% de la population bulgare peuvent être considérés comme religieux.Ses critères de religiosité sont fort élémentaires ; il en a deux : participation au culte et affirmation des doctrines traditionnelles de l’Eglise, du théisme en particulier.D’après ses recherches, les couches religieuses de la population bulgare sont aussi facilement discernables.Il s’agit des vieillards, des paysans et des petits commerçants.Par contre les ouvriers, les fonctionnaires et les intellectuels apparaissent comme n’étant pas religieux du tout.La conclusion que tire Stojtschew ne saurait effrayer un marxiste orthodoxe : on trouve des gens religieux parmi les couches sociales qui ont été les moins affectées par le socialisme.Un Occidental voudrait savoir quelle proportion de la population française, suédoise ou britannique apparaîtrait comme religieuse en suivant les mêmes simples critères.Un savant de la République Démocratique Allemande, le professeur Wolfganag Masula, présenta aussi un travail qui n’apporte rien de bien nouveau ni dans la méthode ni dans les conclusions.Il établit que pour le groupe des jeunes de 14 à 25 ans on peut observer une augmentation récente de 10% d’« intérêt pour la religion ».Masula ne nous dit pas par rapport à quoi se dessine cette augmentation de 10%.En lisant entre les lignes, on peut discerner une certaine inquiétude face à ce phénomène : il semble que les choses ne sont pas censées se passer comme ça.Il avance une explication bien traditionnelle de ce phénomène : il s’agit de l’influence de parents qui sont de tendance réactionnaire et qui font obstacle à l’éducation socialiste de leurs enfants.Le sociologue « occidental » se demandera évidemment si l’on n’assiste pas là à la formation d’une sous-culture des jeunes, de groupes indépendants qui, à l’intérieur d’une société officiellement athée, prennent une coloration religieuse.Mais l’étude de Masula ne nous permet pas de vérifier cette hypothèse.Venant de Pologne, le professeur Jarosewski présente des recherches qui établissent que 21.6% de la population se déclarent athées alors que 78% s’affirment comme catholiques.On sait le rôle profond du catholicisme dans la conscience nationale de la Pologne.Poussant plus avant les questions qu’il pose aux catholiques, Jarosewski découvre que 70% d’entre eux acceptent l’avortement, 37% acceptent le divorce, et qu’en fait 7% seulement des catholiques acceptent les lois de l’Eglise (en particulier dans le domaine du mariage) dans leur totale intégrité.Jarosewski n’analyse guère ces don- nées.Il ne se pose pas la question de savoir si les lois de l’Eglise pourraient être en voie de revision.Il est clair qu’il les conçoit comme inchangeables.Il semble croire que la Pologne s’achemine vers le socialisme intégral par une lente évolution.Le professeur Nikolai Krasnikov, de l’URSS, avance quelques idées plus intéressantes.Pour lui, il est nécessaire d’étudier les formes actuelles de la religion afin de découvrir les déficiences de la société socialiste.Le but reste clair : on étudie la religion pour mieux l’abolir, mais on affirme l’existence de déficiences réelles dans la société gouvernée par le parti depuis trois générations.Krasnikov s’attarde surtout sur le problème particulièrement délicat des rites : la religion traditionnelle de la Russie semble s’affirmer particulièrement au niveau des rituels.Le professeur Kadlecova, de Tchécoslovaquie, croit aussi que la religion est un mécanisme de défense et fournit des pseudo-consolations, bref qu’elle est un substitut auquel les personnes ont recours lors de l’inaccomplissement de leur développement.Dans le groupe de 20 à 30 ans, elle constate que 20% de la population se disent religieux, alors que dans le groupe de 61 ans et plus, 45% se considèrent croyants.Notons que ce dernier groupe a reçu son éducation bien avant l’apparition du communisme dans le pays.Il est facile de discerner des thèmes communs dans tous ces travaux de professeurs marxistes : 1.La religion est une forme de conscience sociale.2.La religion est significative à peu près exclusivement au niveau des institutions.La participation au culte est le grand critère.3.La religion est une falsification, une distortion des relations humaines appelée à disparaître lorsque la pensée marxiste aura formé les bases des relations humaines.Un deuxième colloque a lieu à Prague, l’année suivante, et un ton assez différent s’en dégage.Il y a participation de spécialistes « occidentaux ».Le Dr Kadlecova présente un travail qui, vigoureusement, exige l’étude du contenu psychologique et spirituel des croyances x'eligieuses.On n’est plus à demander qui participe au culte et qui croit à quoi.Le problème de la religion est posé dans le contexte du problème humain de la recherche du sens.Il ressort clairement du travail que le communisme est loin d’avoir bâti la société idéale et qu’il y a des causes sociales qui expliquent la permanence de la religion.L’étude de la religion débouche donc sur une auto-critique marxiste, sur une analyse de la situation d’aliénation en société socialiste.La religion a des racines dans la détresse humaine.APPORT DES SPÉCIALISTES OCCIDENTAUX NON MARXISTES 1 * 1/ I f Celui qui s’intéresse à la sociologie de la religion en pays communistes trouve aussi à sa disposition des travaux de spécialistes occidentaux non marxistes.Ces travaux n’ont pas la même qualité empirique.Les spécialistes occidentaux n’ont pas la possibilité d’aller faire des interviews dans les rues de Cracovie.Par contre, ils me semblent beaucoup plus raffinés du point de vue méthodologique et théorique.Mais il faut ajouter que souvent ces auteurs sont des émigrés qui ont quitté les pays de l’Est en particulier pour causes religieuses, et ils ont parfois tendance à diminuer l’importance de la transformation sociale accomplie par le changement de régime.(suite à la page 248) 247 marabout /zctuaUté ÿ fart russe des Scythes à nos jours par Louis Réau en trois volumes Déjà parus : Tome 1l'ârt gréco-scythe / le Moyen Age à Kiev et Novgorod.Tome 2 ; la Renaissance à Moscou / le Baroque à St-Pétersbourg.n Louis R&tu russe T»t giéix! si:ytiio / fc Mtuon Age I ii Kk-v nt Nwv^âroct En rééditant L’art russe de Louis Réau, .nous avons conscience de mettre à la portée du public un ouvrage d’une rare qualité, introuvable depuis de longues années, et de rendre un juste hommage à l’un de nos plus brillants historiens de l’art.Cette réédition, par surcroît, vient combler une surprenante lacune de nos bibliothèques, car force nous est de constater que, depuis la publication de la présente histoire de l’art russe, en 1922, aucune étude d’ensemble de quelque importance n’a plus été consacrée à cet art méconnu entre tous dans nos pays.L’exposition présentée à Paris au début de l’année 1968, « L’art russe des Scythes à nos jours »,-fut, pour des dizaines de milliers de visiteurs, une véritable révélation.«Si, en France, on connaît les belles-lettres, la musique, le théâtre et le cinéma de notre pays, pouvait-on lire dans le catalogue de cette exposition, nos arts plastiques y demeurent encore très peu connus.Cela s’explique, car dans les musées d’Europe occidentale.les œuvres des écoles russes ne sont presque pas représentées.Même un musée aussi riche que le Musée du Louvre ne possède que quelques exemplaires récemment acquis d’icônes anciennes,» Cette méconnaissance — faut-il dire cette indifférence ?— semble partagée par les historiens de l’art occidentaux, car peu nombreux sont ceux qui s’intéressent au prodigieux passé de la Russie, et encore les travaux actuels sont-ils le plus souvent limités à des aspects particuliers de l’activité artistique.Ajoutons à cela que les sources soviétiques les plus importantes sont difficiles d’accès ou font défaut, et que nos bibliothèques nationales ou universitaires sont tragiquement dépourvues de documentation en provenance de l’U.R.S.S.Ce constat de carence, pour désolant qu’il soit, souligne toute l’importance que revêt la présente réédition.Qu’un ouvrage, même de grande valeur, publié en 1922, même revu par l’auteur avant sa mort en 1961, comporte des lacunes par rapport à la somme de connaissances amassées aujourd'hui ; que l’auteur y soutienne des thèses depuis lors remises en question ne surprendra pas.Mais il ne s'èst trouvé personne pour entreprendre la nécessaire mise à jour avec une compétence équivalente à celle de Louis Réau ; aucun spécialiste, parmi tous ceux que nous avons consultés,.ne s'est senti préparé ou autorisé à se charger du travail.Nous avons donc respecté le texte original en ajoutant en note quelques précisions indispensables ; en indiquant,- dans la mesure où nous possédions le renseignement, la situation ou l’état actuel des œuvres d’art ; en remaniant l'importante bibliographie originale.Nous avons également modifié l'illustration des volumes, y introduisant notamment la couleur, mais encore une fois notre ambition s’est vue limitée par la pauvreté des sources iconographiques.Enfin, et malgré d'innombrables difficultés dues à l'absence d'information objective, nous avons cru devoir compléter l’œuvre de Louis Réau par un chapitre sur l'évolution de l’art en Union Soviétique, et surtout de l’art non officiel, depuis la Révolution.Raoul-Jean Moulin était incontestablement l'un des plus qualifiés pour brosser ce rapide panorama et nous le remercions de sa précieuse collaboration.Après cette indispensable mise au point, qu’il nous soit permis de formuler le souhait que la lecture de Louis Réau suscite un.intérêt accru pour l’art russe, parmi la jeunesse notamment, et incite quelques jeunes historiens de l'art à mettre en chantier l'histoire de l’art russe que le public de langue française est en droit d’attendre.« ¦: * , S marabout unxèursitû Marabout Université n° 162/163 Chaque volume **** illustré de 32 pages d’illustrations en noir et en couleurs : prix suggéré $ 2,10 y Distributeur général pour les Amériques : KASAN Liée - 226 Est, Christophe Colomb, QUEBEC P.Q.h€> !-.ni « c,W ilt™ («ce jede commun), puis l’envoyé du secrétaire des Nations-Unies U.Thant, se heurtaient à la même intransigeance.Mais, tandis que la C.R.I.attendait ce 17 août pour formuler sa première critique envers Lagos, la Caritas Internationalis avait, à ses risques et périls, effectué cinquante transports aériens au Biafra, le 14 août, apportant chaque jour vingt à trente tonnes de denrées alimentaires.Inertie ou attentisme des uns, initiative courageuse des autres.Dans cet accord si difficile à conclure pour autoriser l’acheminement des secours, il faut signales la crainte du Biafra, crainte que les denrées apportées n’aient été empoisonnées par les Nigérians.Enfin, le 5 septembre, un début d’entente a fini par survenir entre Lagos et la C.R.I.: des avions pourront se poser sur l’aérodrome tout juste achevé d’Uturu, dans le Nord du pays.En attendant, répartis dans sept cents camps improvisés, 6.5 millions de réfugiés dont 2 millions d’enfants de trois à cinq ans4 continuent à souffrir, et des milliers meurent de faim chaque jour.Un Vietnam en Afrique ?nii éult île! Ollllï reco aillé 1518 •le-fi il* piiî 1115 gli 01 ml el b IViJ lillio il IS île l'ad (U ilti’ l_ÿl il.1 !p! En attendant.quoi ?l’arrivée massive de secours ?il ne faudrait pas un mais vingt aérodromes avec des avions en très grand nombre et des stocks de vivres énormes, ce que seule une véritable mobilisation internationale pourrait fournir.La paix ?Elle semble bien lointaine, car même si les troupes bia-fraises semblent être prochainement repoussées jusqu’aux frontières et le territoire biafrais entièrement occupé par les fédéraux, la lutte pourrait se poursuivre longtemps encore.Car la volonté de résistance des Biafrais, sous quelque forme que ce soit, ne fait aucun doute.Le 7 janvier dernier, le Colonel Ojukwu déclarait à la station radiophonique «La Voix du Biafra»: «Même une défaite militaire du Biafra ne signifierait nullement la fin de la lutte ».Quinze mois de résistance héroïque ont montré que ce n’était pas paroles eh l’air.Si le Biafra forme un territoire et un peuple nettement originaux, et si le peuple biafrais a fait la preuve de son unité politique, n’aurait-il pas droit à être respecté et entendu dans ses justes revendications ?Une table ronde règle plus de problèmes qu’un champ de bataille.De toute façon, il n’est pas [t.4.Chiffres pour le 14 août dernier ; cf.Sélect.Hebd.du « Monde », no 1034, 15-21.8- 1968, p.3.possible que les centaines de milliers, voire les millions de morts biafrais, l’aient été pour rien.Le retour au statut politique fédéral antérieur n’est plus possible.Si le gouvernement fédéral s’obstine dans son refus de toute discussion, le risque d’un Vietnam en Afrique grandit.La leçon du Congo n’aurait donc pas été entendue ?Nous sommes responsables .En attendant, des millions de Biafrais essaient de survivre, sans espoir.Et de cela, nous avons une large part de responsabilité.En effet, la division territoriale actuelle du Nigéria, comme tant d’autres pays africains, ne correspond guère à la réalité ethnique, géographique et économique.Le Nigéria a hérité des frontières coloniales qui ne sont pas forcément les meilleures, loin de là.Le fait ne constitue pas le droit.Mais ces frontières ont été tracées par les colonisateurs, nos pères, ici les Britanniques, lesquels s’efforcent de maintenir intacte l’intégrité de leur legs en armant le Nigéria.La position de la Grande-Bretagne est certes défendable du strict point de vue juridique : le gouvernement de Lagos est membre du Commonwealth et, par ses livraisons d’armes, la Grande-Bretagne continue d’honorer ses engagements antérieurs à la sécession biafraise.Mais le droit positif, celui des gouvernants, est-il fait pour asservir ou servir l’homme ?N’est-ce pas ici un refuge, une façade, qui prétendent justifier une position indéfendable du point de vue des valeurs véritables, celles du respect de l’homme ?Tl est vrai qu’entrent en jeu d’autres intérêts, le pétrole en particulier.et solidaires Il y a une solidarité entre les pères et leurs fils, entre les colonisateurs et nous.Certes, ce qui est fait, est fait.Et il n’y a pas eu que du mal dans la colonisation.Mais on ne peut que s’étonner et se scandaliser de la persistance du gouvernement britannique (et à un moindre degré, semble-t-il, de celui de l’U.R.S.S.), à armer les Nigérians, contribuant ainsi, avec une sereine bonne conscience, au génocide d’un peuple.Et comment une nation chrétienne comme la nation anglaise peut-elle afficher tant d’indifférence à l’égard de la criminelle politique de son gouvernement ?Et que dire des autres pays occidentaux, le Canada compris, qui se contentent officiellement de fournir quelques secours matériels et de formuler des vœux pieux qui surtout n’engagent pas politiquement ?5 II semble plus facile à nos gouvernants d’ouvrir les frontières à quelques immigrants tchécoslovaques (ce qui est certe une bonne chose) que d’augmenter l’aide au Tiers-Monde ou de prendre politiquement parti dans la guerre du Biafra.L’immigration de gens compétents et qualifiés est un investissement rentable immédiatement, alors que l’aide aux pays pauvres est faite — ou devrait l’être — sans espoir de profit.Mais nos gouvernants sont comme nous tous, si bien dans le confort facile.Dimension politique de l'Evangile Tout se tient, et de plus en plus, qu’on le veuille ou non, les hommes se sentiront proches les uns des autres, grâce aux progrès techniques qui, entre autres bienfaits, facilitent et accélèrent les communications.A moins que — à Dieu ne plaise — la folie dominatrice et meurtrière de quelques-uns entraîne l’humanité au bord du néant.C’est pourquoi, que ceux qui détiennent le pouvoir cessent de jouer les apprentis-sorciers.Et pour cela, que chacun de nous fasse pression sur le pouvoir politique et économique, à sa manière et selon ses possibilités : par la radio et la télévision, par les journaux et les revues, par des réunions d’information, ou, le plus souvent, par l’entretien et la discussion de personne à personne.Nos députés et nos gouvernants sentiront alors derrière eux — ou parfois contre eux, — la volonté de plus en plus unanime du peuple ; d’un peuple sachant dépasser la courte-vue de son intérêt immédiat et voulant pour tous les autres peuples du monde la paix et la justice.I.’invasion de la Tchécoslovaquie nous a permis de découvrir la force morale d’un peuple unanime.Quand les hom-mes s’unissent réellement dans une commune détermination, l’impossible d’hier devient réalisable.Et cette solidarité doit être non seulement nationale ou même continentale, mais mondiale.L’union des peuples du monde pour la recherche et la défense des intérêts véritables de l’homme est la seule « arme 5.Sur Thistorique de la guerre nigéro-biafraise et ses récents développements, cf.C.C.O’ Brien, A Condemned people, in The New York Review, December 21, 1967, pp.14-20 ; P.Chauleur, L’assassinat du Biafra, in Etudes, mai 1968, pp.632-649 ; J.-M.Léger, Le Biafra mène le combat de la dernière chance, in « Le Devoir », 9 août 1968.il 252 de dissuasion » efficace pour décourager les impérialismes et les totalitarismes, qu’ils soient américains ou soviétiques ou autres.Cette utopie n’est pas une chimère.L’humanité en est encore à un stade barbare et individualiste de son évolution ; mais l’avenir est devant elle.A nous de hâter cette prise de conscience solidaire de l’humanité, en nous engageant, aujourd’hui.L’organisation des Nations-Unies, malgré sa relative impuissance, est déjà une ébauche de cette communauté des peuples qui doit aller en se rassemblant de plus en plus, dans une authentique et fraternelle solidarité.Aujourd’hui, comme jamais auparavant, l’amour des hommes doit s’exercer politiquement.Que le génocide du Biafra soit le dernier de l’histoire humaine.Et que les chrétiens prennent conscience de la dimension politique de l’Evangile6.La responsabilité de 6.Cf.L.Dewart, L’Eglise et le conservatisme politique, in Concilium, 36, juin 1968, pp.95-104 ; M.Coste, Evangile et politique, coll.« Foi vivante », 72, Cerf-Aubier-Desclée de Br., Paris, 1968.l’homme et de l’homme chrétien, s’exerce universellement, de façon individuelle et collective, en fonction des tâches concrètes et urgentes propres à la situation historique du moment.D’où l’attention aux événements, leur lecture et leur interprétation en fonction du projet total de l’humanité solidaire ; d’où l’engagement responsable, social et politique de chacun de nous, immédiatement.4 JACQUES FLAMAND : Professeur à l’Université d’Ottawa.r LES MUSULMANS DU QUEBEC Quelque 5,000 musulmans vivent au Québec.La majorité d’entre eux habitent la région métropolitaine.Le reste est disséminé dans les grands centres de la Province.La plupart viennent de Syrie, du Liban et du Pakistan ou d’un autre pays du Sud-est asiatique.Leur migration remonte parfois à trois ou quatre générations : ce qui a grandement favorisé leur intégration au milieu francophone.Certains parlaient déjà notre langue avant leur arrivée.D’autres l’ont apprise ici.Quoi qu’il en soit, — même s’il nous arrive d’adopter à leur égard une attitude antisémite d’autant plus paradoxale qu’elle vise un groupe lui-même enclin à entretenir certains préjugés d’origine religieuse contre les juifs, — les musulmans cherchent plutôt à s’intégrer au groupe francophone.Les liens linguistiques qui nous unissent aux musulmans n’effacent cependant pas les différences qui nous en séparent, notamment sur le plan religieux.Même s’il est avant tout individuel, le culte est chez eux intimement lié à une pensée sociale, culturelle et économique.Mais leur dispersion dans la Province, leurs difficultés pour maintenir une communauté bien structurée, entravent leur volonté légitime d’entretenir une vie spirituelle intense.Depuis quelques années, on assiste cependant à une prise de conscience des communautés musulmanes tant au Québec que dans le reste du monde.Aussi, des efforts croissants ont-ils été fournis dans le but de regrouper les fidèles islamiques au sein d’une communauté susceptible de favoriser leur vie sociale et religieuse.L’Association islamique de Montréal possède maintenant un centre civique.Récemment, on construisait une mosquée de $25,000.Plus de 500 membres participent ainsi au culte et aux diverses activités de la communauté.Vu le nombre croissant d’adhérents, des plans pour la construction d’une autre mosquée ont été tracés.Le projet cette fois est de l’ordre des $150,000.De plus, on a commencé à publier un journal informant les membres des activités en cours : ce qui renforce d’autant la cohésion du groupe.On a également aménagé une école afin d’assurer la formation religieuse des enfants.V___________________________________________________________ Voilà un point qui ne saurait laisser indifférents les autres francophones du Québec, car le problème de l’éducation des musulmans est non seulement relié à celui de leur survivance culturelle et religieuse mais également à celui de leur intégration sociale au Québec.Certes, les parents transmettent à leurs enfants des valeurs morales et religieuses dont ils sont eux-mêmes héritiers, mais pour parfaire cette formation familiale, ils ont besoin de structures scolaires adéquates.Or présentement, ils doivent opter pour des commissions scolaires qui ne respectent ni leurs besoins ni leurs aspirations.En pratique, le statut social des musulmans les rend ambivalents et les oblige au butinage entre les cultures française et anglaise.Ce résultat est préjudiciable tant à la revalorisation de l’héritage culturel et religieux qu’ils ont reçu qu’à leur intégration dans une société francophone qu’ils considèrent malgré tout comme la leur.Ni protestants, ni catholiques, ils n’ont en outre aucun droit légal d’enseignement.Il y a deux ans à peine, ils devaient encore passer devant un pasteur pour se marier.Ces détails symbolisent bien les difficultés que nous dressons devant eux et l’indifférence que nous manifestons à leur égard.Il n’en tient cependant qu’à nous de modifier cette situation en vue de consolider les liens qui nous unissent déjà à un groupe si sympathique à notre évolution collective.Une meilleure compréhension et une attitude d’accueil visant à atténuer leurs problèmes s’imposent.Nos autorités feront bien désormais de veiller à préserver l’identité propre à ce groupe par des lois adéquates et respectueuses.Une telle attitude servirait à la fois l’évolution religieuse de la communauté islamique et les intérêts linguistiques de la majorité française.Nécessaire à Montréal, cette attitude est essentielle dans les autres centres de la Province où l’initiative individuelle se heurte à des problèmes de regroupement insurmontables.Elle est d’ailleurs la seule à adopter face aux Indiens, aux Esquimaux et aux autres groupes ethniques susceptibles de venir grossir les rangs des francophones québécois.Iules Arbec f 253 A la suite d’une décision qu’il nous appartient ici de vous expliquer, ce qui était auparavant la revue Témoins paraîtra désormais dans les trois dernières pages de Maintenant.Avant d’expliquer le cheminement de cette décision et d’exposer les lignes de force particulières à Témoins, nous aimerions retracer l’historique de la revue.IL ÉTAIT UNE FOIS .TEMOINS TÉMOINS L’évolution de Témoins, en effet, se déroule un peu comme un conte de fée.Il y a neuf ans, quand Témoins a vu le jour, c’était un bulletin destiné à informer les bienfaiteurs de l’ordre dominicain.Animée par le père Dumas, o.p., la revue en est venue peu à peu à s’intéresser à leurs enfants : un mouvement en est né, les Paras.Un an plus tard, après la disparition des Paras, la vie de Témoins s’est liée à celle du mouvement Maranatha, lancé lui aussi par le père Dumas : Maranatha était un regroupement de jeunes étudiants qui voulaient approfondir leur vie religieuse et l’adapter aux exigences du monde contemporain.Témoins devenait alors le bulletin de liaison du mouvement et cherchait à perpétuer la recherche chrétienne des jeunes.Devant la croissance de ses obligations, le père Dumas s’est adjoint une équipe consultative de jeunes pour aider à la rédaction.Cette équipe de jeunes acquit, après quelques années, la responsabilité de la rédaction.En même temps, la revue était sortie des cadres de Maranatha pour s’adresser aux étudiants du cours collégial.A son plus fort tirage, la revue était vendue à 10,000 exemplaires dans les collèges.Au point de vue idéologique, la revue s’efforçait dès lors de poursuivre une certaine démystification de la religion et essayait d’humaniser cette religion auprès des étudiants : certains numéros, comme par exemple ceux sur la morale, les fréquentations, l’affaire St-Jean-Marie-Vianney, firent du bruit, beaucoup même.Dans la phase subséquente de cette évolution, Témoins s’est ouvert encore davantage aux problèmes du monde afin de susciter une prise de conscience des étudiants, de favoriser chez eux la réflexion chrétienne sur la société humaine.Cette orientation idéologique se rapprochait beaucoup de la démarche de Maintenant.LA QUESTION PROBLÉMATIQUE L’évolution de Témoins ne devait pas s’arrêter là.Certaines constatations devaient amener l’équipe de rédaction à s’interroger sur les conditions mêmes de l’existence de la revue.Malgré une certaine rotation au sein de l’équipe de rédaction, celle-ci a vieilli, en même temps d’ailleurs que la partie étudiante de ses abonnés (60% ), si bien que ceux-ci se recrutent surtout au niveau des deux dernières années collégiales et des premières années universitaires.D’autre part, le chambardement des structures de l’éducation rendait très problématique la possibilité de rejoindre adéquatement les étudiants des nouvelles catégories créées (CEGEP).Le tirage de la revue était d’ailleurs tombé à 2,000 exemplaires.Enfin, une situation de fait était venue ajouter une autre fonction à l’existence de Témoins : 40% des abonnés étaient des adultes.Donc, en même temps qu’il essayait de susciter la prise de conscience des étudiants, Témoins, à cause de sa nombreuse clientèle adulte, devenait un peu malgré lui un lieu d’expression étudiante auprès des gens plus âgés.Le problème se posait alors à nous de la façon suivante : ou bien transformer de façon radicale la modalité de la revue pour rejoindre les étudiants de CEGEP, ou bien trouver un moyen de concilier ces deux fonctions. 254 LA SOLUTION L’équipe de rédaction a choisi la seconde voie.Dès lors la possibilité que nous offrait Maintenant de nous publier dans ses trois dernières pages semblait très appropriée.Malgré cette nouvelle modalité, Témoins veut garder son identité et demeure très attaché au dialogue avec ses lecteurs, surtout ceux qui partagent encore la condition d’étudiants.Pour mieux exprimer ce visage étudiant, nous sommes toujours très attentifs à ceux qui portent à notre connaissance des problèmes, des opinions ou des témoignages.Nous espérons que nos lecteurs sauront profiter de cette possibilité.L'IDENTITÉ IDÉOLOGIQUE Pour achever cette présentation de Témoins, nous croyons nécessaire de définir brièvement l’identité idéologique de Témoins.Notre engagement le plus fondamental en est un d’étudiant dans ce monde.Etre étudiant c’est d’abord une condition de vie, mais c’est aussi une orientation intellectuelle : pour nous, c’est devenir plus conscients, c’est découvrir le monde physique, social, intellectuel et spirituel qui nous entoure.Notre force et notre dynamisme nous semblent reposer sur le fait que nous sommes encore idéologiquement et matériellement très libres de nous engager.Cette prise de position nous paraît avoir une certaine valeur puisque les jeunes seront appelés dans un avenir rapproché à porter la responsabilité de cette société où nous vivons.Il nous appartient donc de développer dès maintenant un dynamisme idéologique qui nous permettra d’assumer le mieux possible cette participation.A cet égard nous avons beaucoup d’idées, d’opinions, mais il nous reste encore à les metre à l’épreuve : la contestation nous apparaît comme étant déjà un premier pas dans cette voie, un premier pas qui doit mener si possible au dialogue.Nous croyons dans de! «ai liïOt dSO® qijn let® it ds a nos 1 BOUS esisi pjéKS |per, ne so les valeurs chrétiennes universelles de charité, noui" avons foi dans la dignité de l’homme, nous partâgeon! Pe* l’espérance optimiste dans une amélioration de son® sort matériel, de son épanouissement intellectuel, de4 sa réalisation morale.ni Ces valeurs existent déjà, mais la verbalisation "j* qu’on en a faite, la conscience qu’on en a prise on! parfois mené à des réalisations discutables.Il y a toujours eu dans chaque institution humaine une tendance messianique qui s’est montrée insatisfaite l’ordre établi et qui voulait l’améliorer.Cette tendance1 messianique, qu’elle s’exerce au sein de l’Eglise, sut le plan social ou politique, s’est toujours heurtée à une résistance de la part des institutions établies, sur-ï tout quand celles-ci étaient fortement structurées.Même à cet égard, nous nourrissons une certainec méfiance à l’égard des idéologies révolutionnaires puis- ® que après avoir triomphé, celles-ci ont rarement gardé 1,1 leur dynamisme et se sont rarement actualisées complètement.Pensons par exemple au communisme en Russie, à la réforme dans l’Eglise, à l’avènement du,a socialisme dans les pays nouvellement indépendants11 d’Afrique.On peut constater dès lors l’importance d’une remise en question continuelle de ces orientations ai nom d’une conception fondamentale et idéaliste de l’homme.Elle permet de surmonter la dégradation presque inévitable des idéologies et des institutions révolutionnaires.Nous croyons en un monde du per- E® pétuel devenir où l’homme pourra améliorer son sortJ et surtout s’améliorer lui-même.Nous partageons cette croyance avec beaucoup 11 de gens plus âgés qui intellectuellement ont gardé une jeunesse d’esprit et une vivacité que nous nous efforçons nous-mêmes d’acquérir.Cependant, au niveau de l’action, nous croyons que notre réaction en tant qu’étudiants peut être plus spontanée, plus dynami-A que, même si elle risque d’être plus radicale.| 1 osiiio o«.ie lii d èllf dpetiis iiü' DtS Ci an] i JEAN-PIERRE BÉLANGER accej < duise llh ip-l neta ion, j resK aiion de ICDS, ite® jusli: ant i ANTI MANIFESTATION L________ N y SI pi e istil ‘sser ajles) e ne cdree 1 ®)nn Pterj ^ 6 (Or Il est des traditions donnant à la communauté une expérience imaginative de son existence comme celle, par exemple, qui anime les chansons de Vigneault.Il en est d’autres, mal contrôlées, qui perdent leur véritable esprit pour devenir prétextes à comportements grotesques et futiles, comme en font preuve les initiations annuelles dans certaines facultés ou collèges.Cependant, cette année fut particuliè- re.Déjà l’UGEQ avait subi l’an dernier certaines secousses (avec la FEMEQ entre autres).A l’AGEUM, plus particulièrement, les AGE de quelques facultés se sont désolidarisées du mouvement syndical universitaire.Etant plus facile de se restreindre à son propre clocher, les étudiants des Hautes études commerciales n’ont pas manqué de le faire.Donc, à travers cette période dite d initiation, on a vu s’organiser ce qui se voulait une antimanifestation.Il apparaît paradoxal que cette association utilise un événement tel que l’initiation pour «politiser» (à leavers, il faut bien le dire) ses membres Cette manifestation nous apparaît d autant plus fallacieuse qu’elle protestait contre la tendance (nécessaire à nos >eux) de l’UGEQ à aller au-delà de la pensée individuelle de chacun de ses cotisants.Or l’AGEHEC a précisé- - 1 "lès.% % e«s 255 Me, paria ion 4 fciiï rtf a pris es, 1 le Mi fiai tlea E»lis leur allies :tnr« necei aires nent isées !H3 iem latin lealis éîtad nfi Nil rsoi teai jardi oiisi in a nea dii SUD cq It» (», 0 flit nflt fl 1 jje ment entrepris une action qu’elle réprouve de la part de l’UGEQ : quand on connaît la liberté de participation des « navots » à leur propre initiation, nous sommes en droit de préjuger des motivations de ces nouveaux universitaires.Ce qui est plus grave, à nos yeux, c’est de constater le manque d’ouverture d’esprit de ces gens.Bien sûr, nous avons nos petits problèmes ; nous avons aussi nos pauvres à nous et nous les entretenons bien pour nous assurer qu’ils existent.Mais il est d’autres problèmes urgents, de dimension internationale, qui ne doivent pas nous échapper.Certes il est embêtant, si nous ne sommes pas familiers avec ces questions, de voir l’UGEQ affirmer des positions qui, ne serait-ce que pour la forme, doivent rendre compte d'une conscience étudiante à la dimension de l’univers.Nous ne sommes plus des adultes en devenir, autrement dit des petits enfants sans défense attendant l’« investiture de la vie ».Des événements comme ceux du Biafra ou du Vietnam ne peuvent plus échapper à la conscience de l’homme actuel, étudiant ou autre ; se fermer les yeux, c’est accepter que de telles choses se reproduisent dans le futur.Dans cette perspective, l’UGEQ, principal organisme syndical étudiant au Québec, ne peut, comme groupe de pression, échapper à ses responsabilités d’ordre social et politique.Ce serait une aberration qu’elle se borne à des questions de bourses ou d’abolition des examens, alors que nous allons vers un internationalisme nécessaire.Elle est donc justifiée de prendre ces positions ; d’autant plus que nous ne la faisons pas vivre pour qu’elle se taise ! C’est pourquoi un tel comportement est injustifiable et inacceptable.Ces étudiants seraient-ils à la fois victimes et aveugles ?Le système les a fabriqués et ils ne peuvent plus renier même la moindre exigence de la société actuelle ?Rvidemment, pour ces gens qui doivent profiter demain de la libre entreprise et de ses généreux bienfaits, il n'est pas question de contester les institutions en place.Se montrent-ils « bons garçons » comme pour se faire pardonner dès maintenant l’exploitation future ?Nous sommes en face d'une attitude d’orgueil ou d’impuissance : quoi qu’il en soit, elle est impardonnable.^ CLAUDE WALLOT LE VIEIL HOMME ET L'ENFANT Claude Berri a fait de son premier long métrage un véritable chef-d’œuvre, un bijou, un fruit que l’on savoure avec plaisir et grande satisfaction.Le vieil homme et l’enfant rejoint autant les passionnés de cinéma que les simples profanes.Tous restent émerveillés et profondément impressionnés.Et pourquoi ?Ce n’est sûrement pas l’aspect historico-politique de l’occupation allemande, ni les difficultés des Juifs vivant en territoire français pendant la deuxième guerre qui suscitent l’intérêt de tous et de chacun.Tout cela ne constitue vraiment qu’un fond, une excuse pour montrer une amitié sincère entre un vieil homme et un enfant, une excuse pour saisir la vie à l’état pur.En effet, la force de ce film réside précisément dans cette sorte de puissance vitale qui émane de chaque image.Berri a capté le rythme, le mouvement même de la vie dans ce qu’elle a de plus naturel, dans son jaillissement même.La présence de l’enfant est dans ce sens particulièrement significative : ce jeune garçon aux yeux perçants et moqueurs déborde d’enthousiasme.S’amuser librement, courir, chanter, rire, voilà qui le satisfait pleinement.C’est d’ailleurs ce qu’il fait et en compagnie de « pépé », un vieillard qui, malgré ses cheveux blancs et ses rides nombreuses, a plus l’âme d’un bambin que celle d’un vieil homme.Ensemble, ils s’amusent et rigolent, brisant toute frontière entre jeunesse et vieillesse.Cette œuvre est d’autant plus proche de la vie que la caméra semble embrasser la terre provinciale, respirer avidement son odeur ; c’est presque une sorte de culte devant cette nature riche, forte et puissante.De plus, Michel Simon, qui interprète merveilleusement le rôle du vieil homme, semble né de cette même terre : ce visage marqué, gonflé d’expériences, ce corps énorme et mal proportionné, son allure presque primitive, sont à l’image de la nature indomptée.Berri a réalisé un film simple mais sans naïveté, qui a su garder un équilibre et éviter le mélodrame, une œuvre sobre et sans prétention mais qui a exprimé l’essentiel, la vie.PATRICIA ET JEAN-BAPTISTE Un des récents films québécois peut se rapprocher d’une certaine façon du Vieil homme et l’enfant.Il s’agit de Patricia et Jean-Baptiste, de Jean-Pierre Lefebvre.Une première remarque : les deux œuvres s’élaborent à partir de deux personnages.Ces couples se ressemblent : Patricia, comme le jeune garçon dans le film de Berri, arrive dans un milieu qu’elle ne connaît pas.Aussi, comme le petit Juif, elle ne cherche qu’à s’amuser et regorge de vigueur.Patricia, c’est l’enfant.Jean-Baptiste, lui, bien qu’il soit jeune, c’est en fait un vieil homme, car il se sent écrasé et dépossédé ; mais il demeure toutefois très enfantin.Ce mélange de vieillesse et de puérilité, on le retrouve autant chez Jean-Baptiste que chez « pépé ».Enfin la relation qui unit les deux personnages du film de Lefebvre, même si elle est cousue de détails souvent très ordinaires, reste, en dernière analyse, profonde : la même remarque pouvait facilement s’appliquer à l’amitié entre le vieillard et l’enfant.Cette création de Jean-Pierre Lefebvre est beaucoup moins rigide que son 11 ne faut pas mourir pour ça : on y trouve plus de mouvement, plus de nuances, plus de rythme, plus de naturel, et cela tant au niveau de la caméra qu’au niveau du jeu.D’ailleurs le cinéaste a bien fait de jouer lui-même le rôle de Jean-Baptiste : c’est à la fois plus direct et plus franc.Grâce à une imagination très sensible à la réalité québécoise, très sensible aussi à la réalité des deux êtres qu’elle présente, Lefebvre, comme Berri, a saisi quelque chose d’éminemment vital.En effet, ses images captent la saveur même de la vie.Le vieil homme et l’enfant, Patricia et Jean-Baptiste étonnent tous deux par leur sobriété.Toutefois, si ces films n’ont pas la prétention des grandes œuvres, ils gardent la puissance plus subtile mais non moins réelle du conte ou de la fable.^ RICHARD GAY ,jCH il* Equipe de Rédaction de Témoins : Jean-Pierre Bélanger, Richard Gay, Gilles Poitras, Claude Wallot.Adresse : 2715, chemin Côte-Ste-Catherine, Montréal-250.Tel.: 739-2758 ¦ 9 s —*co 0-4 — Z O CD HOr~ 33'- — m O î>OH r-CTX nm o CDCOC v, Hm i O-QO) em-H CEi, vr/ 'ey LE MAGAZINE HEBDOMADAIRE D'INFORMATION QU! RENSEIGNE SUR TOUT abonnement d'essai: 30 numéros pour$3.97 écrivez à Sept-Jours 1 500, rue Stanley ^qLIOTHEq^ nationale on accepte les commandes téléphoniques (à facturer) 842-4162 170CT î%8 I I
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