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Titre :
Maintenant
Revue d'idées très en phase avec les débats qui animent la société québécoise durant la Révolution tranquille.

[...]

La revue Maintenant arrive et s'inscrit dans l'effervescence du Québec des années 1960, au moment de la Révolution tranquille. Elle a pour vocation de remplacer la Revue dominicaine en créant un lieu de discussion collé sur l'actualité. Pour s'insérer davantage dans l'activité intellectuelle de son temps, la nouvelle revue affiche une facture moins savante.

Père Henri-Marie Bradet, directeur de la revue depuis ses débuts en 1962, rassemble rapidement de nombreux collaborateurs, clercs et laïcs. Plusieurs dominicains, mais aussi Benoît Lacroix, Louis Lachance, Émile Legault, Gérard Dion et Louis O'Neill offrent des contributions à la revue, tout comme les laïcs Hélène Pelletier-Baillargeon, Louis Fournier, Pierre Saucier, Dr Paul David, Ernest Pallascio-Morin, Jacques-Yvan Morin, Guy Robert et Naim Kattan, parmi de nombreux autres.

La volonté d'actualisation du catholicisme prônée par Maintenant tient ses racines dans le personnalisme des années 1930 et son ouverture à l'individualisme, et coïncide, en 1962, avec le programme de réformes du catholicisme de Vatican II, duquel la revue portera l'esprit au Québec. Elle offre une tribune aux catholiques de gauche, soucieux de montrer un esprit actuel et moderne à la jeunesse intellectuelle.

Maintenant s'adapte rapidement aux changements accélérés en cours dans la société québécoise et devient un lieu de débat important. Les clercs souhaitent se positionner comme porteurs d'une conscience morale évolutive de la société vis-à-vis des intégristes et du contrôle de l'Église. Cet humanisme chrétien motive Maintenant à adopter hâtivement le socialisme démocratique et à cautionner et pousser l'idée de l'indépendance politique du Québec.

Le contexte de laïcisation et de pluralité grandissante des affiliations religieuses, conjugué au déclin de l'attachement national canadien-français et catholique, donne naissance à un nationalisme québécois civique qui se manifeste notamment dans la déconfessionnalisation de l'enseignement public. Maintenant en sera partie prenante.

La revue participe ouvertement aux débats sur la régulation des naissances, mais, par principe religieux fondamental, demeure d'abord contre l'avortement. Et bien qu'elle appuie une laïcité ouverte, la revue refuse affronte la position radicale de la relégation du religieux à la sphère privée. Les audaces que Maintenant se permet font des mécontents à la tête de l'ordre dominicain à Rome, qui demande la destitution du père Bradet en 1965. La maison provinciale de l'ordre ne souhaite pas se ranger dans la réaction. Le père dominicain Vincent Harvey prend la relève de Bradet à la direction et offre au contraire davantage d'autonomie à la revue, qui appuie plus résolument le socialisme et l'indépendantisme québécois.

Maintenant souhaite mettre un terme au nationalisme messianique pour que toute la place soit laissée à un mouvement politique pragmatique, qui envisage la souveraineté politique comme moyen pour le Québec de se développer. Tous les dominicains ne sont toutefois pas à l'aise avec les positions politiques de la revue. L'ordre sort de l'aventure en 1969. Son maigre financement est dorénavant assuré par Pierre Péladeau. La revue délaisse alors presque complètement le contenu religieux pour se concentrer sur les questions politiques, sociales et économiques.

Durant la période qui suit, Maintenant accueille des collaborateurs réputés, dont Robert Boily, Jacques Parizeau, Michèle Lalonde, Fernand Dumont, Jacques Grand'Maison, Jacques-Yvan Morin, Guy Rocher, Camille Laurin, Pierre Vadeboncoeur et Louis O'Neill. Hélène Pelletier-Baillargeon y est toujours et sera d'ailleurs nommée directrice au décès de Vincent Harvey en 1972.

Maintenant est affiliée aux journaux indépendantistes et réformistes Québec Presse (1969-1974) et Le Jour (1974-1978). Les trois cahiers publiés en 1975 sont d'ailleurs distribués avec Le Jour. Plusieurs des collaborateurs des dernières années seront des figures importantes du gouvernement et de l'administration du Parti québécois à partir de 1976.

Source:

ROY, Martin, Une réforme dans la fidélité: la revue Maintenant (1962-1974) et la «mise à jour» du catholicisme québécois, Québec, Presses de l'Université Laval, 2012.

Éditeurs :
  • Montréal, P.Q. :les Dominicains en collaboration avec d'autres clercs et des laïcs,1962-1975,
  • Montréal :Éditions Maintenant inc.,
  • Montréal :Editions Maintenant :
Contenu spécifique :
Novembre-décembre
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
chaque mois
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Prédécesseurs :
  • Revue dominicaine ,
  • Témoins
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Références

Maintenant, 1968-12, Collections de BAnQ.

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15 NOVEMBRE-15 DÉCEMBRE 1968 - No 81 - 75 CENTS HUMANAE VITAE : POUR SORTIR D’UNE IMPASSE LES MOTARDS VIGNEAULT, PROPHÈTE DU REVOLU?I CHRETIENS ET POLITIQUE I L’UNDERGROUND AMERICAIN (mémoire, DE JACQUES BRAULT BARBARELLA UN ROLE NOUVEAU POUR LES CAMPUS SCOLAIRES 258 tableau de bord La distinction jadis « progressive » entre « spirituel et temporel » en vue de délimiter le champ d’action respectif des Eglises et des pouvoirs politiques est devenue aujourd’hui ambiguë.CHRISTIAN DUQUOC montre l’urgence d’une mise en œuvre d'un nouveau type de relations entre christianisme et politique, sans quoi l’évangile ne peut prétendre être une puissance de transformation de la société.Le pape a parlé, le peuple chrétien a réagi vivement, puis les évêques à leur tour dans des déclarations pastorales ont cherché à assouplir la rigueur du message initial.L’ambiguïté demeure, le malaise n’est pas dissipé.De toutes manières il n’y a pas lieu de se scandaliser de la contestation mais il est opportun de pousser la réflexion plus avant comme le propose le théologien dominicain JEAN-PAUL AUDET.Le Québec a-t-il accepté la société industrielle ?On pourrait être tenté de le croire un peu trop facilement.Tentant d’évaluer le chemin parcouru depuis 1960, JACQUES GRAND’MAISON pose un diagnostic lucide sur les voies qu’emprunte la recherche de notre avenir collectif.S’il est vrai que la réforme de Véducation demeure au centre de la révolution, on a peut-être par contre trop négligé les pôles politique et économique.Comment mobiliser positivement les forces vives en vue d’une démarche politique radicale et cohérente ?La popularité incontestable dont jouit Gilles Vigneault étonne un critique du Montreal Star, M.Boyce Richardson.Dans un texte percutant au possible, PLACIDE GABOURY s’interroge sur le sens de l’engouement envers Vigneault perçu par Richardson comme un troubadour archaïque, rural et villageois, bref comme un prophète du révolu.La recherche de l’homo americanus a pris avec les temps divers visages.Un des phénomènes les plus significatifs du moment s’exprime dans ce qu’il est convenu de désigner sous l’appellation générale de l’Underground.Un étudiant en Lettres, qui a observé attentivement ce type original de société, ALAIN BERTRAND, analyse cette récente manifestation de l’esprit américain.On lira certainement avec beaucoup d’intérêt dans la section TEMOINS un texte de JEAN-PIERRE BELANGER sur un autre phénomène culturel, expression d’une marginalité : le problème des motards.r REVUE CHRÉTIENNE D'OPINION directeur-administrateur : VINCENT HARVEY, O.P adjoints à la direction : PIERRE SAUCIER HÉLÈNE PELLETIER-BA1LLARGEON ANDRÉ CHARBONNEAU YVES GOSSELIN, O.P.IMPRIMERIE EXCELSIOR PUBLIÉE SOUS LA RESPONSABILITÉ Montréal, Canada DE L'ORDRE DOMINICAIN PARAÎT LE 15 DU MOIS distributeur : LES DISTRIBUTIONS ÉCLAIR LTÉE Tel.: 353-6060 som maire Christianisme et politique Christian Duquoc 259 Humanæ Vitæ : Pour sortir d'une impose Jean-Paul Audet 263 Un rôle nouveau pour les campus Jacques Grand'Maison 267 L'Underground américain Alain Bertrand 272 Le Parti québécois Claude Péloquin 277 Antisémite ou anti-Juif ?Jean Ouellette 278 Mémoire, de Jacques Brault Robert Barberis 279 Vigneault, prophète du révolu ?Placide Gaboury 281 TÉMOINS Les motards : un problème de conscience Jean-Pierre Bélanger 285 Barbarella Richard Gay 287 Le Ministère des Postes, à Ottawa, a autorisé l'affranchissement en numéraire et l’envoi comme objet de la deuxième classe de la présente publication.Frais de port garantis si non livrable.J conditions d'abonnement : ABONNEMENT D'UN AN $7.00 ABONNEMENT D'ÉTUDIANT $5.00 ABONNEMENT DE SOUTIEN $10.00 N.B.Les abonnements ne sont qu'au reçu du versement.enregistrés rédaction, administration, abonnements : 2715, CHEMIN CÔTE-STE-CATHERINE, MONTRÉAL 250, P.Q.Tél.: 739-2758 259 Depuis une vingtaine d’années, il est devenu classique de distinguer fortement entre « spirituel et temporel ».On voulait éviter par cette répartition des tâches, claire à première vue, des interférences dommageables entre les pouvoirs politiques et les instances religieuses.On croyait ainsi tracer une frontière qui aurait permis à chacun d’être maître chez soi et d’exorciser une fois pour toutes la tentation sans cesse renaissante de « chrétienté », c’est-à-dire d’une emprise indue de l’Eglise visible sur les structures socio-politiques.CHRISTIANISME ET POLITIQUE UNE DISTINCTION « PROGRESSIVE » AUJOURD'HUI AMBIGUË La distinction de deux domaines a été en son temps une distinction « progressive » ; elle rendait, en effet, à l’existence politique son sérieux, l’arrachait à l’intérêt souvent trop particulier des Eglises.Toutefois, à y bien réfléchir, elle véhiculait un danger non moins grand que la confusion des pouvoirs pratiquement vécue dans nombre de cas.En effet, la distinction risque de faire imaginer que le « temporel », donc le politique, n’a aucun rapport avec le « spirituel », en l’occurrence avec le christianisme.La tendance, déjà extrêmement forte dans nos sociétés, à envisager l’économie et la politique comme des ordres objectifs et quasi scientifiques, n’ayant d’autres normes que la rentabilité, se trouve encore confortée par le renoncement du christianisme ecclésial à expliciter concrètement les implications politiques et économiques de ses affirmations sur l’avenir de l’humanité.On en arrive à un parallélisme entre la religion et l’existence sociale.RENONCER AU PASSÉ Autrefois les interférences provenaient du pouvoir effectif des Eglises dans la vie sociale, pour le meilleur ou pour le pire.Aujourd’hui, même si des hommes d’Eglise éprouvent la nostalgie d’époques où les Eglises avaient pignon sur rue et décidaient de la politique et de l’ordre social, ces désirs demeurent platoniques et les Eglises ont perdu leur leadership.Mais, en même temps, l’ordre socio-politique acquiert une autonomie juridique qui est souvent pensée sur le modèle de l’autonomie scientifique, au grand dam du sérieux humain de la politique.Il faut découvrir un nouveau type de relations entre christianisme et politique, abandonner l’aspect trop fragmentaire de la distinction spirituel-temporel, devenu pour beaucoup l’alibi du non-engagement, repenser d’une façon que je nommerai dialectique les pôles de cette distinction, bref, renoncer au caractère privé et donc bourgeois du christianisme, affirmer effectivement son caractère public.C’est de ce caractère public dont il sera question dans cet article.PORTÉE CRITIQUE DU MESSAGE DE JÉSUS Par Christian Duquoc La passion du Christ, selon l’évangile de Jean, est présentée sous la forme d’un procès intenté à Jésus par les pouvoirs : le pouvoir religieux et le pouvoir politique.Jésus est condamné parce que son témoignage ou sa parole mettait en péril la marche de l’un et l’autre pouvoirs, pour une fois accordés.La mort de Jésus n’est pas une mort « privée ».Il ne décède pas dans son lit.Il est privé de vie en raison d’impératifs politiques et religieux, il n’a plus droit à l’existence, en vertu de normes socio-politiques qui ne peuvent subsister de la façon dont elles le font si elles tolèrent sa critique.La « mort » de Jésus, trop souvent présentée comme une sorte d’acte spirituel dans un échange intemporel entre lui et Dieu le Père, est d’abord l’aboutissement d’une opposition à la façon dont les pouvoirs gouver- r >v La novation permanente En juillet 1968, s’est tenue à Upsal, en Suède, l’Assemblée générale du Conseil œcuménique des Eglises, où l’Eglise catholique fut invitée non seulement comme observatrice, mais comme participante.Sous des formes différentes, ce fut un peu pour les Eglises chrétiennes non-catholiques ce qu’avait été Vatican II pour l’Eglise catholique.Le thème général était formulé dans le texte de l’Apocalypse : « Ecce nova facio omnia: Voici: je fais toutes choses nouvelles ».Dans l’une des séances, il fut présenté par l’un des participants, Mgr Hazim, métropolite (orthodoxe) de Lattaquié, en Syrie.Voici un extrait de ce rapport sur la novation permanente comme loi du chrétien.[La nouveauté, c’est celle qu’apporte la résurrection du Christ, c’est le mystère pascal qui] ne s’explique pas par le passé, mais par le futur.Dieu vient dans le monde comme à sa rencontre ; il est devant et il appelle ; il bouscule, il envoie, il fait grandir, il libère.Tout autre dieu est un faux dieu, une idole, un dieu mort ; et il est grand temps que notre conscience moderne l’enterre.Ce dieu multiforme qui habite la « vieille » conscience de l’homme est en effet derrière l’homme comme une cause ; il commande, organise, fait régresser l’homme, et finalement l’aliène.Il n’a rien de prophétique, au contraire il vient toujours après, comme l’ultime raison de l’inexplicable ou le recours dernier des irresponsables.Ce faux transcendant est vieux comme la mort.Au contraire, la nouveauté créatrice vient dans le monde avec le monde.Elle ne s’invente ni ne se prouve : elle se révèle.On l’accueille ou on la refuse ; mais elle vient comme un événement._____ [C’est l’action du Saint-Esprit qui fait entrer cette nouveauté dans le monde].Sans lui Dieu est loin, le Christ est dans le passé, l’Evangile est une lettre morte, l’Eglise une simple organisation, l’autorité une domination, la mission une propagande, le culte une évocation, et l’agir chrétien une morale d’esclave.[Et cet événement de la Nouveauté se vit dans l’Eglise].Or, la relation de l’Eglise et du monde se vit trop souvent au niveau exclusif de l’organisation, comme deux systèmes qui s’harmonisent ou se repoussent.Elle devrait se vivre dans la rencontre entre la communion divine et les structures de ce monde animées par certaines valeurs.La mission de toutes les Eglises, riches ou pauvres selon ce monde, est d’être la conscience prophétique de l'homme de ce temps-ci.^ Mgr Hazim, métropolite (orthodoxe) de Lattaquié, Syrie.Upsal, juillet 1968 J nent le monde.Les Pharisiens prétendaient déterminer avec autorité la voie vers Dieu ; le pouvoir politique faisait du pouvoir la fin du pouvoir.Ce n’est pas parce que Jésus est innocent qu’il n’a pas de place dans un tel monde : l’innocent qui se soumet, l’innocent qui s’enferme en sa propre conscience, dans sa cellule intérieure, diraient les auteurs spirituels, ne dérange rien ; il laisse subsister le système.Mais l’innocent qui dénonce le système, celui-là est dangereux : on le jugera subversif, on le « liquidera ».Jésus n’a pas fait de la religion une affaire de la conscience privée, il a lié définitivement la relation à Dieu avec la totalité de l’exis- tence humaine, il a donc du même coup révélé la portée critique de son message.Implication politique de l'évangile Cette implication politique de l’évangile, on l’a souvent fort mal comprise.On a vu dans le lien entre évangile et politique, l’exigence de la reconnaissance par le pouvoir politique du caractère public du catholicisme.Ainsi, l’encyclique de Pie XI sur le Christ-Roi en 1926, est-elle entièrement ordonnée à établir la nécessité de la reconnaissance de Jésus Christ par les Etats, cette reconnaissance passant par les privilèges accordés à l’Eglise catholique.Cette façon de procéder ôte au lien évangile-politique son aspect critique : le christianisme sacralise le pouvoir établi en se privant de toute possibilité critique à son égard.Eglise et pouvoir politique s’appuient mutuellement dans le maintien de l’ordre.L’histoire récente montre à quelles aberrations de telles alliances mènent.Le plus souvent, l’Eglise est prisonnière du pouvoir, et cette alliance, loin de redonner force publique au christianisme évangélique, le confine dans le privé.Le christianisme étant par hypothèse établi est contraint de mettre en veilleuse la force critique de son message.En s’établissant, en se faisant rendre hommage par le pouvoir politique, l’Eglise devient prisonnière du pouvoir.En devenant une institution publique, l’Eglise voue le christianisme à n’avoir qu’un aspect privé.En devenant force politique, l’Eglise prive le christianisme de ses implications politiques.Le christianisme, en effet, n’est pas fait pour organiser politiquement ou même soutenir une politique.Il n’a de force politique qu’en se refusant à l’institution politique.C’est seulement ainsi que les « concepts chrétiens » deviennent politiques, c’est-à-dire à la fois provisoires et dynamiques.Ns pas « privatiser » les données politiques ni les béatitudes J’entends par « concepts chrétiens » les données prophétiques ayant trait à la promesse, et les béatitudes.Ces concepts sont nombreux, énumérons seulement ceux qui sont les plus clairs quant à une implication politique : paix, liberté, justice, réconciliation.Ces concepts ne sont pas séparables des béatitudes : pauvreté, douceur, etc.On objectera que toutes ces notions s’entendent le plus souvent spirituellement : la pauvreté est une qualité de l’esprit, la liberté est intérieure, la paix est spirituelle.C’est précisément cette insistance sur la valeur « intérieure » des concepts chrétiens, au détriment de leur exigence socio-politique, qui dévoile le caractère privé dans lequel le christianisme est aujourd’hui tombé.Cette façon d’intérioriser la paix, la liberté, la pauvreté, ôte au christianisme tout impact sur le devenir effectif de la société.Celui-ci n’est pas mis en cause par des réalités purement intérieures, il est critiqué par des réalités dont la vérité est inséparablement intérieure et extérieure.La volonté de ne pas dissocier le 261 privé et le social, l’intérieur et l’extérieur, est la base d’une juste évaluation de la puissance de transformation politique du christianisme.Un exemple : posséder « pauvrement » Pour bien faire comprendre cette perspective, je choisis un exemple parmi les béatitudes : « bienheureux les pauvres, le Royaume leur appartient ».Il est clair que la portée de cette promesse est « eschatologique », c’est-à-dire ultime.Cela signifie que le rapport de l’homme aux êtres et aux choses n’atteint sa vérité que s’il est réglé par cette situation ultime, en laquelle tout est possédé sans aliénation.Faire dériver vers la seule valeur intérieure et privée la béatitude de la pauvreté, ne point en discerner la portée critique au plan économico-politique, c’est ne pas voir à quelle profondeur elle opère et c’est séparer radicalement en l’homme le « personnel » et le « social ».Posséder « pauvrement », c’est accéder à la possession réelle, par renonciation à la possession formelle.Dans une civilisation de consommation, ce rapport de l’homme aux êtres et aux choses devient abstrait : les choses, en effet, y sont travesties, elles revêtent, en vertu de la publicité, une puissance mythique qui cache leur caractère fonctionnel.Ainsi une auto cesse d’être un moyen de transport pour devenir une source de prestige.Elle est possédée formellement et non réellement ou humainement si elle répond à autre chose qu’à ce que signifie sa fonctionnalité.Dans une société de consommation, le « besoin » est mythiquement exploité en vue de faire tourner une économie de profit.Il n’est pas apaisé dans son ordre.Il n’est reconnu que dans sa portée marchande, alors qu’en fait cette portée marchande est sans cesse occultée par la fausse poésie de la publicité.Tant que l’affirmation chrétienne : le « bonheur » est radicalement, et finalement, lié à la possession « réelle », c’est-à-dire à une juste appréciation du besoin, laissant ouvert ainsi l’infini du désir humain qu’aucune accumulation ne peut apaiser, ne sera pas prise au sérieux, c’est-à-dire en ses implications économiques, elle demeurera un hommage rendu à de beaux principes, elle restera sans efficacité dans notre monde.Je dirai que la première dimension de la « pauvreté » est sociale, non en ce sens qu’il s’agirait de préférer une économie de pénurie à une économie d’abondance, mais en ce sens que la « pauvreté » ne peut être humainement vécue que là où la société n’a pas pour norme le cumulatif.Une économie dont le nerf est la productivité pour la productivité conduit à l’aliénation de l’individu par la consommation, et contraint la religion à exalter les vertus privées si elle ne veut pas affronter la société comme telle.La réconciliation : projet pour l'aujourd'hui Cet exemple, ici schématiquement exposé, suffit à montrer qu’un « concept chrétien » n’est pas innocent.Je veux dire par là que s’il est pris au sérieux, il n’est pas utopique au sens d’un principe sans effectivité, il n’est pas privé au sens d’une vertu intérieure, il est nécessairement dynamique, car il insère dans l’ici-bas une exigence permanente de transformation.Il n’est pas organisateur, il est critique.Cette dimension critique apparaît avec beaucoup de force dans le cas d’un des concepts qui témoigne du projet chrétien : la réconciliation.On lit dans le Nouveau Testament que Jésus a tout réconcilié au ciel et sur la terre.La fameuse phrase pau-ünienne : « il n’y a plus ni grecs, ni juifs, ni hommes ni femmes, ni esclaves ni hommes libres, tous sont un en Jésus Christ », traduit en une sorte d’utopie le projet de réconciliation.Le Royaume de Dieu est là où il n’existe plus de barrière.Non que Paul prétende à une uniformité ennuyeuse, il affirme seulement que la différence cesse d’être source d’inimitié.On peut juger cette perspective un rêve, on peut se réjouir que le Royaume soit ce rêve.On peut penser que ce rêve n’est que rêve et qu’il ne saurait avoir valeur pour notre condition actuelle.Le moyen d’éviter au christianisme toute force sociale et politique est, pour une part, de le juger si transcen- Hélas, il ne s’agit pas là d’un de ces joyeux rassemblements de fin du jour où, autour d’un « caribou », on fête ensemble un joyeux anniversaire.Le cinq à sept est plus prosaïque.Il s'agit d’une sorte de contribution volontaire que nous devons bien à contre-cœur imposer à nos fidèles abonnés aussi bien qu’aux nouveaux lecteurs.Pendant sept années nous avons réussi, grâce à la générosité compréhensive de l’ordre dominicain, à maintenir à un taux de cinq dollars le coût de l’abonnement annuel.Mais nous n’échappons pas à la spirale inflationniste et, pour tenir le coup, c’est le coût qui doit en pâtir.Nous passons donc de cinq à sept.Faut-il préciser qu’une revue chrétienne d’opinion du style de MAINTENANT ne se range pas parmi les entreprises lucratives.Le bilan est plutôt nettement du côté déficitaire, si bien que nous connaissons des difficultés assez cruciales comme beaucoup de publications de pensée.Comptant sur votre indéfectible et loyal attachement à la revue, nous espérons bien que cette majoration inévitable n’entamera pas votre enthousiasme.de 5 à 7 Nous vous lançons au contraire un appel à de nouveaux efforts.Nous convions tous et chacun de nos lecteurs non seulement à renouveler leur abonnement mais à recruter chacun un nouvel abonné.De son côté, MAINTENANT entend ne négliger aucun effort pour répondre à la demande de son public.Ce n’est pas un vœu pieux que nous formulons puisque nous avons invité instamment tous nos lecteurs de ta région de Montréal à prendre part à une journée de dialogue, le samedi 26 octobre.On a pu alors formuler des critiques, émettre des suggestions et propositions concrètes susceptibles d’enrichir la revue.La journée de Montréal sera suivie, au cours des prochains mois, d’autres journées en province.Plus que jamais MAINTENANT se met à l’écoute de ses lecteurs et cherche à réaliser une revue qui réponde pleinement aux Québécois adultes qui croient en l’avenir d’une société libre et juste, et en l’avènement d’une Eglise dynamique et ouverte à tous.La Direction 262 dant que les concepts fondamentaux, tels ceux de « réconciliation et de paix, de liberté et de justice », ne sauraient avoir le moindre début de réalisation.Or il ne faut pas craindre de dire : ces concepts sont vrais pour nous dans la mesure où ils se font vrais ici et maintenant.Se faire vrais pour nous, c’est se réaliser dans les conditions d’existence qui sont les nôtres, c’est-à-dire dans les formes socio-politiques : annoncer une réconciliation totale indépendamment d’actes de réconciliations actuelles, c’est parler un langage sans signification.Les réconciliations actuelles ne sont pas seulement intérieures, elles sont interpersonnelles, économiques, sociales, politiques.Entrer en procès avec le « monde » Une communauté chrétienne qui proclame la paix comme bonheur de l’homme et qui ne travaille pas de toutes ses forces à ce que politiquement règne la paix, trahit elle-même son propos.Ce n’est pas à cette communauté de se substituer à la responsabilité politique, elle a cependant pour mission d’entrer sans cesse en procès avec le « monde » non pour son profit, mais pour le profit de tous les hommes dont la paix est une anticipation effective du Royaume.Cet engagement pour les hommes, en vertu du dynamisme chrétien et de la promesse, se réalise dans les conditions du politique, dans l’autonomie du politique à l’égard des Eglises, il se réalise donc dans des anticipations toujours provisoires et donc toujours à critiquer.r- Réalisation toujours provisoire des « concepts chrétiens » Les « concepts chrétiens » ne favorisent pas la volonté de puissance des Eglises puisqu’ils requièrent de se réaliser provisoirement, et non absolument comme si leur forme politique ou sociale était l’ultime forme.Si les Eglises monopolisaient ces « concepts » de réconciliation et de paix, elles n’auraient plus à leur égard de pouvoir critique, elles tendraient à faire croire que la distance entre le Royaume et l’ici-bas est abolie, elles replongeraient dans l’ordre établi.La réalisation des « concepts chrétiens », parce qu’elle est dynamique, ne peut être que provisoire : l’exigence de réconciliation ne cesse de renaître parce que la réconciliation ne cesse d’être provisoire.Cette notion de provisoire est importante : elle démythise les mécanismes révolutionnaires qui tendent à établir, une fois la révolution accomplie, un ordre dogmatique.Elle invite à voir dans la révolution une action politique et non mythique.Elle oblige à refuser de voir dans un parti ou un régime l’ultime sens de l’histoire.Elle jette l’homme toujours en avant.Le provisoire est la forme politique que revêt en ce monde l’utopie chrétienne de la « réconciliation ».Cette qualité évite le retour à l’ordre établi, elle trouve son régime dans ce qu’on pourrait appeler une révolution permanente.La réalisation toujours provisoire de la réconciliation vérifie à la fois le sens de ce qui s’annonce dans les Eglises et l’incapacité de l’homme à arrêter le dynamisme in- hérent à sa condition sans retomber dans la pure intériorité de la religion ou sans exagérer la valeur d’une organisation politique.Le caractère privé donné à la religion s’accorde fort bien à un Etat totalitaire qui prétendrait résoudre le mystère de l’histoire.L'évangile comme force critique Ces questions sont difficiles et mériteraient de plus longs développements.Il suffit d’avoir, dans cet article, indiqué que l’eschatologie chrétienne, loin d’être un rêve anodin, a une puissance critique à l’égard de l’ordre socio-politique parce que les concepts qu’elle utilise sont tous susceptibles d’un sens à la fois politique et poétique.La paix est force symbolique et mythique, mais elle est vraiment paix que si elle devient politique.La réconciliation est puissance poétique, mais elle n’est authentiquement réconciliation que si elle se réalise actuellement dans notre condition socio-politique.Cette dialectique poésie-politique est évacuée par le caractère privé donné trop souvent à l’eschatologie chrétienne.On perçoit que cette façon d’interpréter l’évangile est une fuite devant la responsabilité qui nous incombe dans l’histoire.La plus haute spiritualité dans l’interprétation de l’évangile n’est souvent que l’alibi pour éviter d’avoir à risquer son confort et parfois sa vie dans le procès qui ne cesse d’advenir entre Jésus et ce « monde ».^ CHRISTIAN DUQUOC : Professeur^ de Théologie à TUniversité de Lyon et à PUm-versité de Montréal.-\ Charité chrétienne et révolution .Il y a enfin un autre aspect qui relève de la charité chrétienne comprise comme puissance critique à l’endroit de la société.Quand cet amour mobilise ses énergies sur le plan social et prend la forme d’un engagement inconditionnel en faveur de la justice et de la liberté pour les autres, alors il peut arriver en certains cas que cet amour lui-même appelle quelque chose comme la violence révolutionnaire.Là où un statu quo dans la société comporte au moins autant d’injustice qu’il pourrait éventuellement en naître si l’on entreprenait de le supprimer par la révolution, une révolution en faveur de la justice et de la liberté des « plus petits d’entre les frères » ne peut pas ne pas être permise.Ceci ne peut que donner un accent plus grave au reproche de Merleau-Ponty qui affirmait que l’on n’a encore jamais vu une Eglise qui ait pris parti pour une révolution pour la seule raison que celle-ci apparaissait juste.Il devient évident ici encore une fois que la tâche critique de l’Eglise à l’endroit de la société se transforme toujours également en tâche critique à l’endroit de la religion et de l’Eglise elle-même.Un aspect ne va pas sans l’autre, tout comme pile et face.Johann Baptist Metz, in La théologie du renouveau, Fides, Montréal 1968, pp.43-44.J O0O Au point où nous en sommes, c’est à se demander si l’attention du lecteur n’est pas saturée.Certains diront : Humanœ vitœ encore une fois ! Non, c’est trop.Tout a été dit.L’apologie et la contestation se répètent déjà depuis longtemps.Les positions sont maintenant prises et, à peu de chose près, les idées sont faites.Pour beaucoup, elles l’étaient d’ailleurs dès avant la publication de l’encyclique.Celle-ci a simplement révélé dans une lumière plus crue le partage antérieur des orientations profondes.En quoi la situation a-t-elle changé ?Parlons d’autre chose.Je me suis souvent redit ces objections depuis des semaines que dure l’interminable débat.Et pourtant celui-ci se prolonge, avec une surprenante ténacité.Il y a même toute apparence qu’il laissera des traces indélébiles dans la vie de la communauté chrétienne.Car ceux qui, d’une manière ou d’une autre, ont trouvé ici l’occasion de refuser un certain style d’exercice de l’autorité dans l’église, ne manqueront pas, le cas échéant, de porter la contestation sur de nouveaux terrains.Où s’arrêteront-ils ?Tout peut être souvé par la communication A cet égard, beaucoup, sans doute, dépendra de l’attitude des dirigeants eux-mêmes.Le plus mauvais moment pour se durcir, du côté du pouvoir, c’est lorsque la réclamation des libertés paraît juste.A tort ou à raison, du reste.Tout peut alors être sauvé par la communication.Tout, également, peut être perdu par le blocage plus ou moins systématique du dialogue.En pareilles rencontres, il est d’ailleurs facile de prévoir que les appels directs à la docilité ne seront pas d’un grand secours.Précisément, ce qui est en jeu, c’est l’instauration d’un certain style de l’obéissance, corrélatif à un nouvel aménagement de l’exercice de 263 Humanae Vitae POUR SORTIR D’UNE IMPASSE l’autorité elle-même.En cette matière comme en beaucoup d’autres, répéter le passé n’équivaut pas à assurer l’avenir.Or, en l’occurrence, c’est l’avenir qui importe : il est au confluent de tous les espoirs de la vie.Ne nous faisons pas d’illusions : le plus grand nombre s’y attachera, quoi qu’il en soit de ce que nous avons pu connaître jusqu’ici.L'élargissement du problème Voilà où nous en sommes ! Au départ, il s’agissait du problème spécifique de la régulation des naissances, et plus spécialement, dans l’ordre des moyens, il s’agissait de l’usage des contraceptifs.Au point d’arrivée, il s’agit du style de gouvernement de la communauté chrétienne.Le débat initial s’est donc en partie déplacé.Il s’est surtout considérablement élargi.La régulation des naissances Inutile désormais de prendre de longues précautions pour le dire : aux yeux d’un grand nombre parmi nous, laïcs et clercs, peut-être même de la majorité, le problème auquel Humanœ vitœ a voulu apporter une réponse, reste, en somme, au point où la conscience de chacun l’avait porté auparavant.C’est un fait.En tout état de cause, nous serions fort mal avisés de nous comporter comme s’il n’existait pas.Le libre choix des moyens, dans le contrôle des naissances, ne se présente d’ailleurs pas comme une fantaisie, inspirée par l’égoïsme du cœur et la perversion du jugement.Il revendique pour lui une solide légitimité humaine et chrétienne.Il s’appuie sur des motifs qui honorent la conscience de l’homme et de la femme.Bien loin de restreindre la responsabilité du couple, il s’étend, au contraire, à l’amour lui-même, en ses innombrables ramifications.A la longue, pas de parenté responsable sans amour également responsable.Plus lar- JEAN-PAUL AUDET gement, pas de sexualité responsable sans prise en charge d’un autre qui veut être authentiquement et durablement aimé.L'idée de « transmission de la vie » Au surplus, paternité et maternité forment, dans l’amour, une seule réalité spirituelle.Pour un homme, devenir père, pour une femme, devenir mère, ce n’est pas simplement entrer dans un processus de « transmission de la vie ».En fait, qui se propose une telle « transmission » ?Qui la désire ?Qui surtout s’en fait un « devoir »?A mon avis, l’emploi de ce langage est l’une des grandes faiblesses d'Humanœ vitœ.Dès le départ, il introduit l’équivoque dans l’ensemble du raisonnement.D’un côté, en effet, le lecteur reconnaît avec plaisir l’intention sincère d’envisager l’amour conjugal dans toute sa dimension humaine et chrétienne.Mais, de l’autre, on est bien obligé de constater que l’idée tout abstraite d’une « transmission de la vie » conduit, en plus d’un cas, à enfermer l’expression sexuelle dans les perspectives étroites d’une physiologie de la reproduction.L’ambition initiale était, certes, d’ouvrir à l’amour de l’homme et de la femme tout le champ d’une incontestable grandeur spirituelle.Le paradoxe, c’est que.pour arriver à cette fin, l’encyclique ait emprunté la voie d’une « animalisation » préalable de la sexualité.L’ambiguïté, pour ne pas dire la contradiction, s’est trouvée de la sorte installée au cœur de la représentation du mariage.Rien d’étonnant, après cela, que les couples les plus réfléchis ne se soient pas toujours reconnus dans le langage d'Humanœ vitœ.Beaucoup d’entre eux se sont sentis constamment tirés en deux directions contraires : l’une, qui était celle du « très grave devoir de transmettre la vie humaine» (H.V., 1), aboutissait finalement à une exclusion 264 absolue de l’emploi des contraceptifs (H.V., 14) ; l’autre, qui était celle du don mutuel des époux et de l’union entre les personnes (H.V., 8-9), conduisait à l’impasse d’un amour qui n’est plus libre de s’exprimer de la manière qui lui convient le mieux dans la multitude des situations concrètes où il se trouve placé par le cours de la vie elle-même.Deux vues, deux langages Ainsi, le message ne passait pas.L’expérience vécue parlait un autre langage que les raisonnements et les déclarations de l’encyclique.« Transmettre la vie » est une chose ; avoir un « enfant », — qui est à son tour une personne, — en est une autre.Veiller aux règles de la « procréation » est une chose ; se soucier de transmettre en sa totalité un « héritage humain », — religion comprise, — en est encore une autre.Tout compte fait, en dépit des progrès reconnus de l’information et de la conscience en ce domaine, Humanœ vitœ ne paraissait, une fois de plus, vouloir accepter l’amour de l’homme et de la femme que dans le vieux cadre au-gustinien, — et stoïcien, — d’une seule légitimation vraiment décisive : celle d’une ouverture, en chaque rencontre, sur la possibilité, théorique ou réelle, d’une « transmission de la vie » {H.V., 11).Corrélativement, la sexualité demeurait avant tout un « instinct » assorti de « passions » plus ou moins fermées sur elles-mêmes.Mais que devenait, dans tout cela, l’essentielle relation à l’autre, qui fait précisément de la sexualité humaine l’une des premières composantes d’un vaste réseau de communications entre des personnes, bien au-delà du cercle restreint de la pure appropriation génitale ?L'artificiel et le naturel Je n’oublie pas, évidemment, que l’encyclique introduit ici une distinction entre le recours au « contrôle artificiel des naissances » par l’emploi des contraceptifs, et le recours aux « rythmes naturels » de la fécondité féminine, conçus comme « inhérents aux fonctions de la génération ».Il existerait, de part et d’autre, une « différence essentielle » : dans le premier cas, les conjoints « empêchent le déroulement des processus naturels » ; dans le second, ils « usent légitimement d’une disposition naturelle », bien qu’ils « s’accor- dent », en toute hypothèse, « dans la volonté positive d’éviter l’enfant pour des raisons plausibles, en cherchant à avoir l’assurance qu’il ne viendra pas » (H.V., 16).Le moins qu’on puisse dire, c’est que cette distinction n’a pas convaincu tout le monde.Elle a souvent paru, non pas « essentielle », mais artificielle.Avec beaucoup d’autres, je ne crois pas qu’elle résiste à l’examen.Dès là, en effet, qu’on admet en principe, non seulement la légitimité globale, mais encore la fréquente nécessité d’un contrôle raisonnable des naissances, il devient extrêmement difficile de proposer une distinction valable entre des méthodes dites « naturelles » et des méthodes dites « artificielles », de telle façon que seules les premières pourraient être reconnues moralement acceptables, alors que les secondes seraient « intrinsèquement déshonnêtes » {H.V., 14).Nature et culture En fait, toutes les méthodes, par définition, relèvent de la « culture », et non de la « nature ».Elles sont affaire d’invention et de raison.Si l’on parle de « méthode », aucune n’est donnée, purement et simplement, dans l’héritage « naturel » de notre espèce.Le recours au calendrier, en ce sens, est tout aussi « artificiel » que le recours aux contraceptifs.Les usagers le savent bien, d’ailleurs.La seule différence qu’on puisse marquer, de part et d’autre, c’est que le calcul relatif aux périodes infécondes reste confiné dans l’intériorité psychologique, alors que le recours aux contraceptifs fait porter son action sur l’anatomie et la physiologie.Comment admettre que cette différence soit essentielle ?En réalité, méthode pour méthode, toutes se proposent d’intervenir aussi directement, et aussi efficacement, qu’on le juge à propos dans le déroulement des actes susceptibles d’assurer un contrôle raisonnable des naissances.Le calcul des périodes infécondes est un « instrument » de la liberté, tout comme le diaphragme ou la pilule.Une différence « essentielle » entre ces divers « instruments » ne commence à apparaître qu’à partir du moment où l’on réduit la sexualité conjugale, — et d’abord la sexualité tout court, — à une anatomie et à une physiologie de la reproduction.Mais c’est justement cette réduction qui est, au premier chef, artificielle, c’est-à-dire, tout compte fait, étrangère à la réalité de la vie.* * * Humanœ vitœ a donc suscité la discussion.Faut-il s’en effrayer ?Je ne le pense pas.De toutes manières, jetant un regard sur le long passé de l’église, j’avoue que je n’arrive pas à me scandaliser de la contestation présente.Une contestation exemplaire Lorsque, dès la première génération chrétienne, il s’est agi de savoir si les convertis du paganisme gréco-romain seraient soumis aux observances mosaïques : circoncision, interdits alimentaires, rites de pureté légale, etc., le débat fut particulièrement long et vif.Paul, entre autres, combattit pour la liberté des païens.Il en retira des tracasseries et des misères sans nombre, emprisonnement compris (Actes, 21: 27-22:29).A l’époque, l’enjeu paraissait de taille.Passons sur l’épisode qui, en l’occurrence, opposa Paul à Pierre, « en présence de toute la communauté » d’Antioche (Galates, 2:11).Ce qui m’intéresse en ce moment, dans l’ensemble de cette situation, c’est que le problème impliqua de bout en bout, quoique à divers degrés, certes, la participation de la masse des chrétiens.Finalement, lorsqu’on arriva à une entente, qui consacrait, en fait, les principes de solution proposés par Paul et Barnabé, ce fut avec l’accord, non seulement des chefs, mais de « l’église » de Jérusalem «tout entière» (Actes, 15: 1-35).Après tant de siècles, nous cueillons encore aujourd’hui les fruits de la liberté qui fut conquise par tous en cette circonstance.Sans doute serait-il opportun que nous nous souvenions également du style selon lequel le débat fut alors conduit, et l’autorité, exercée.De la fraternité à la paternité Au fond, ce qui est à craindre, c’est beaucoup plus l’isolement des chefs que la participation de la communauté chrétienne.Mais nous avons, semble-t-il, perdu le secret de nos relations normales, qui, en régime évangélique, devraient être premièrement fraternelles.Autour du troisième et du quatrième siècle, nous avons peu à peu remplacé la « fraternité » par la « paternité », et nulle part de façon plus sensible que dans le style de notre gouvernement.Dans le formulaire officiel, seuls les évêques ont droit au titre de « frères », pllISi les a® 0 iMl pay® ta lasin COIil to* deco: Unit fai Faut- non sous- del’ Pi® «ms liem verte un fait, felo et la 265 éhij ! Its s,jtia l’éils Kï® im.éte iràlü * :sb ililE etc.i et i ta::; s, lli plBÎ l'K® en rît' ift m'fiif ÜE tiifiei ifife «icK e# )ls.« nil's ®19 m ODi 9 litf Itetitj ipCiî’ lit» t'S1 :M*| :c> s «f'I liJf tipW é’^ !ef* e# ils Is êtes’] plus exactement « vénérables frères » ; les autres, « clergé et fidèles », sont des « chers fils » (H.V., adresse ; aussi 25, 28, 30, 31).A une époque comme la nôtre, où la nécessité du renouvellement nous presse de toutes parts, nous payons très cher ce déplacement de valeurs, qui met en danger non seulement la simplicité et la franchise mais encore la fréquence et la liberté de nos communications à l’intérieur de la communauté chrétienne.Pas de communauté sans communion, mais aussi, pas de communion sans communications.L'infaillibilité du pape et Pindéfectibilité de l'église Particulièrement significative, à cet égard, a été, ces dernières semaines, l’insistance sur l’infaillibilité du pape.Faut-il rappeler que celle-ci n’est pas une valeur en soi ?Même entendu dans son sens le plus rigoureux, l’infaillibilité de l’évêque de Rome, successeur de Pierre, est relative à la valeur suprême de Pindéfectibilité de l’Eglise {Matthieu, 16 :18).Et l’église, c’est nous tous, unis dans la grande « fraternité » chrétienne « répandue partout à travers le monde » (1 Pierre, 5:9).A partir de ce simple redressement, une première possibilité de communication eût été ouverte.Au lieu de se présenter comme une quelconque insubordination, la contestation elle-même eût pu revêtir immédiatement une valeur positive.En fait, à qui regarde attentivement notre histoire, il apparaît bientôt que le débat et la critique prennent place parmi les forces obligées qui assurent concrètement Pindéfectibilité de l’Eglise tout au long de la difficile durée des hommes.L'« encyclique » comme genre littéraire Parlant de communications, il n’est pas dit, d’autre part, que P« encyclique » constitue le meilleur genre littéraire qu’il soit possible de choisir, si l’on songe, entre autres, à l’énorme diversité de ses destinataires, — parmi lesquels, d’ailleurs, il faut bien compter une centaine de millions d’illettrés ! On souhaiterait un genre littéraire plus flexible, plus proche de la vie, mieux accordé à ce qui se peut dire entre des hommes qui, dans l’évangile de Jésus, se tiennent pour frères.L’« encyclique » est un genre rigide : rigide dans son sujet, -— toujours unique ! — rigide dans ses conventions, rigide dans ses formules, rigide dans son style, — sans parler de l’éternelle et encombrante solennité.En dépit de leur élévation, habituellement très grande, les lettres de Paul gardaient une magnifique proximité humaine et chrétienne.Rien de plus délicieux ni de plus révélateur, à cet égard, que le billet à Philémon.Est-il illusoire de souhaiter quelque chose de cette inspiration et de cette chaleur : des lettres qui respirent du même souffle que les hommes et les femmes auxquels elles s’adressent ?Pitié surtout pour les petits, qui n’ont appris ni la scolastique ni le latin ! Et les petits, en définitive, ce sont tous les « non-initiés » : ne sont-ils pas assez nombreux ?Une lettre qui déclare Telle qu’elle est pratiquée à Rome depuis maintenant plus d’un siècle, la « lettre encyclique » appartient essentiellement au genre « déclaration ».Elle forme ce qu’on appelle un « document ».Conçue et rédigée dans le style déclaratoire, l’« encyclique » se propose en premier lieu d’informer, même si elle insiste volontiers pour dire qu’elle « enseigne ».Elle fait part d’une pensée, d’un jugement, d’une orientation, d’une décision.Elle donne partout l’impression de savoir parfaitement où elle va.Elle est avare de « peut-être », de « semble-t-il », de « il est possible, vraisemblable, ou probable que » : bref, de toutes ces modestes fenêtres par où un écrit laisse entrevoir la recherche, et invite du même coup le lecteur à entrer dans le mouvement.Le destinataire, « clergé et fidèles » surtout, est présumé statique, paisible, soumis : on ne prévoit guère qu’il puisse hocher de la tête, encore moins marquer une nette divergence de vues.L’atmosphère idéale de l’« encyclique » est celle de la certitude : lisse, sans aspérités ni fissures.C’est l’obélisque, qui défie l’escalade.On peut l’admirer, mais d’en bas.La rupture des communications Avant Humance vitœ, il y avait sans doute là une part appréciable de complaisance et de fiction.De toutes manières, l’expérience récente a montré que le style de tels documents ne possédait pas de vertu magique : ni pour la corn- À remplir ef à adresser à : MAINTENANT, 2715 Chemin Côte Ste-Catherine Montréal 250 - Tél.: 739-2758 ABONNEMENT ORDINAIRE 1 AN $7.00 ?" ÉTUDIANT $5.00 ?" DE SOUTIEN $10.00 ?À partir du mois de .19 AU NOM DE .ADRESSE .FORMULE D'ABONNEMENT VEUILLEZ RECEVOIR DU SOUSSIGNÉ LA SOMME DE 266 munication, ni pour la persuasion.Qu’ils plaisent ou non, les faits sont là.Peut-être est-il grand temps que toute la communauté chrétienne y réfléchisse.Touchée au vif par le sujet même du nouveau document, saisie en plein mouvement de recherche, forte de ce savoir que donne une expérience quotidienne de ce dont on parle, l’opinion a réagi en beaucoup d’endroits avec promptitude et vigueur : dans les conversations, dans les colloques, et dans ce flot de lettres dont furent inondés les directeurs de certains journaux.Qu’est-ce que cela signifie ?Deux choses à tout le moins : d’abord, que le régime ordinaire des communications fait gravement défaut dans la communauté chrétienne ; ensuite, que le genre littéraire de l’« encyclique » ne paraît pas être l’instrument idéal pour l’améliorer.Un débat qui se cherche un lieu : déclaration et enseignement En théorie, on aurait pu penser que l’assemblée dominicale fournissait, en l’occurrence, un lieu privilégié d’échanges et d’apaisement.Comment y songer, en fait ?Il y a longtemps que nous avons perdu l’habitude.Les pasteurs qui travaillent à la base se sont donc immédiatement sentis coincés entre l’encyclique, qui apportait une « déclaration », et la communauté chrétienne, qui avait besoin d’un véritable « enseignement ».Or, pour passer de la « déclaration » à l’« enseignement », il fallait opérer sur-le-champ une sérieuse transmutation de style.Car l’« enseignement », comme il est normal, devait tenir compte d’une multitude de situations diverses, prévoir pastoralement le choc en retour, fournir une issue valable aux résistances qui ne pouvaient manquer de se produire.Que faire ?Chacun s’est débrouillé comme il a pu : les uns en répétant les « déclarations » de l’encyclique, les autres en essayant de les « adapter », à travers mille incertitudes, et parfois de très lourdes angoisses.Le résultat n’était peut-être pas toujours brillant.Mais qui aura le courage de blâmer sans ménagements des hommes qui ont fait de leur mieux en une circonstance difficile, à laquelle ils avaient été le plus souvent fort mal préparés ?Nouvelles déclarations Ici et là, en Europe comme en Amérique, les évêques et les conférences épiscopales elles-mêmes ont d’ailleurs rencontré une difficulté analogue à celle qu’ont si vivement ressenti, dès le premier jour, les pasteurs du service paroissial.Pris entre deux solidarités : celle qui les liait au pape et celle qui les liait à la communauté chrétienne, soucieux à bon droit de ne sacrifier ni l’une ni l’autre, les évêques se sont frayé une voie malaisée vers de nouvelles « déclarations » qui, en plusieurs cas, se voulaient manifestement assouplissantes.Mais, par la force des choses, et par la vertu du compromis, les nouvelles « déclarations » ne réussissaient pas toujours à éviter l’ambiguïté.Or, avec l’ambiguïté, renaissait, chez nombre de chrétiens, le risque d’une longue et pénible culpabilisation, dont on avait grand-peine à apercevoir la cause.Le profit était mince.Découper ici Un oui qui est un oui et un non qui est un non Terrible engrenage, à vrai dire, dont nous sommes loin d’être sortis, et qui nous renvoie une fois de plus au problème général de la liberté des communications à l’intérieur de la communauté chrétienne, et finalement, au problème encore bien plus grave de la liberté tout court.Posons donc, pour terminer, la question cruciale : est-ce que le oui qui est un oui, et le non qui est un non {Matthieu, 5:37) ont encore une place normale dans nos relations, d’une extrémité à l’autre de l’échelle des responsabilités et des services ?Il importerait au plus haut point que nous y songions sérieusement.L’impossibilité concrète du non qui est un non n’est pas un bon signe pour une communauté chrétienne dont la valeur première est celle de la fraternité.Si nous nous distinguons par la « politique », la manœuvre, l’habileté, la hantise des situations et des privilèges, plutôt que par la simple vérité du oui et du non, à quoi bon tant de soucis autour d’une conduite sexuelle bien « pasteurisée » entre les époux ?Un autre secret de notre vie profonde que nous avons largement perdu.Nous croyons fermement à la valeur d’un oui qui est un oui.Mais, pour cette raison même, comment ne pas voir aussi qu’en certaines circonstances, un non qui est un non : simple, direct, fraternel, pourrait être utile, et parfois nous sauver ?4 J.-P.AUDET : Professeur à l’Ecole Biblique de Jérusalem.1 tke mi' tli ABONNEZ-VOUS À (Formule d’abonnement au verso) 267 UN ROLE NOUVEAU POUR LES CAMPUS JACQUES GRAND’MAISON UN LIEU OBLIGÉ Si on en croit les événements récents, la question de l’avenir du Québec passe encore par le lieu obligé de l’éducation.Mais les optiques des uns et des autres, qu’elles soient politiques, économiques, culturelles ou autres, dépassent le champ scolaire immédiat pour atteindre la société globale.La montée irrésistible de la contestation étudiante nous force tous à une ré-évaluation du chemin parcouru depuis 1960.Faisons-nous fausse route ?Les centaines de millions dépensés pour l’éducation servent à quoi ?Serions-nous engagés dans une avenue sans issue ?Certains opinent que nos efforts en éducation se soldent par un échec.D’autres, moins radicaux, se demandent si une bonne part de ces investissements ne profite pas en définitive au monde anglo-saxon qui draine nos meilleurs cerveaux, au détriment de la promotion collective du Québec français.En effet beaucoup de nos diplômés universitaires et de nos techniciens ne trouveraient de débouchés que dans les secteurs dominés par des pouvoirs et des intérêts anglo-saxons, soit aux Etats-Unis, soit dans les provinces anglaises, soit dans des filiales québécoises étrangères à notre propre promotion économique.DES CONTRADICTIONS À DISSIPER Nous ne saurions passer à côté de certaines données de notre situation présente.Le chômage, par exemple, s’accentue et même trouve un nouvel impact, puisqu’il risque de toucher gravement les « instruits » comme les « non instruits ».Les « instituts » proposés par le Rapport Parent devaient orienter les trois quarts des étudiants vers le secteur professionnel.Or les CEGEP actuels se développent avec 25% de clientèle professionnelle.Et les jeunes de ces secteurs se classent difficilement sur le marché du travail.Par ailleurs beaucoup de jeunes boudent des offres très rentables dans des branches techniques de pointe.Cette attitude nous renvoie à des obstacles culturels.Nous n’avons pas encore accepté fondamentalement d’entrer dans la société industrielle.Nous en restons trop facilement au stade critique tout en bénéficiant des fruits de l’arbre que nous n’avons pas planté.Nous réclamons des politiques vigoureuses en matière de développement industriel, sans accepter de reviser notre échelle de valeurs, notre style de consommateur.Il y a des contradictions qui sont à dissiper.Oui ou non, voulons-nous résoudre efficacement le problème de sous-développement de près de la moitié de la population française du Québec ?Nous sommes en train de sacrifier la génération des sous-scolarisés et défavorisés de 30-50 ans.Et plus encore nous préparons dans une réforme scolaire mal engagée des chômeurs instruits.C’est tout notre réalisme politique qui est mis en cause.Par ailleurs nous sommes insérés dans un monde industriel capitaliste qui subit des secousses extrêmement profondes.La question de notre promotion industrielle ne se pose pas dans les mêmes termes.Nous n’acceptons pas d’adopter tête baissée l’american way of life.D’autres difficultés surgissent.LA SOCIÉTÉ NE SAIT PLUS OÙ ELLE VA Sans doute faut-il resituer l’ensemble du problème dans ce phénomène universel de la révolution culturelle qui rejoint l’homme dans ses dimensions les plus profondes, dans ses raisons de vivre, dans son identité personnelle, dans ses solidarités les plus vitales.De toutes les révolutions culturelles, la plus universelle semble celle des jeunes.Plusieurs enquêtes en psycho-sociologie nous ont montré que les options décisives, aux plans politique et religieux par exemple, se prennent au moment de la grande adolescence habituellement.Dans une perspective sociologique, le monde des jeunes ne peut être que global, contrairement à celui des adultes, qui occupent des fonctions définies dans une société sectorielle.Le globalisme des jeunes s’accentue par le fait que les institutions d’éducation s’organisent souvent comme un en soi, comme des structures auto-suffisantes.Cette donnée acquiert un impact accru quand on considère que la société québécoise a engagé les meilleures de ses énergies dans le domaine scolaire.Or, on commence à se rendre compte que la situation de l’éducation est une variable dépendante de l’organisation globale de la société, de son système de valeurs, de ses principales politiques.Nous arrivons à un point explosif si cette société dans son ensemble ne sait plus où elle va, si elle n’est pas capable de solutions rationnelles, fonctionnelles, efficaces en rapport avec les nouveaux besoins, les nouvelles aspirations et valeurs.Il n’est pas surprenant que certains veuillent une re-structuration profonde des cadres socio-politiques, économiques et culturels.TROIS PÔLES INSÉPARABLES Voilà les premiers facteurs qui éclairent l’élargissement de la problématique scolaire dans la révolution québécoise.On comprend qu’une focalisation unilatérale sur le foyer scolaire mène à un cul-de-sac, aussi longtemps que l’action collective ne se porte pas sur les centres névralgiques des institutions économiques et politiques.On n’en sortira jamais sans une politique de développement intégral qui établit des rapports dynamiques entre les trois principaux pôles, le savoir, le pouvoir et l’avoir ; l’éducation, la politique et l’économie.Une telle perspective appelle autant un leadership politique vigoureux qu’une démocratisation intense à la base.Les mouvements d’en bas et l’organisation dynamique des superstructures prennent de la consistance dans la mesure où ils 268 entrent en dialectique.S’ils restent en parallèle, leur praxis respective devient stérile et inefficace.L’action s’amorce en ce sens depuis quelque temps.Mais on arrive déjà à un test de vérité, celui de la pauvreté de notre batterie d’hommes politiques.Or, ce sont eux qui ont en définitive des leviers décisifs de commande pour notre avenir collectif.Les leaders étudiants ont saisi ce phénomène avant beaucoup d’autres citoyens.Les syndicats, à leur tour, se décident de sortir de leur marginalité politique, ou du moins de leur action politique par trop indirecte.Plusieurs se rendent compte que l’éducation et l’économie deviennent politiques.REFUS ET PROJET À LA FOIS Education d’abord disaient les uns, économie d’abord rétorquaient d’autres, politique d’abord répétaient les militants indépendantistes.La période récente nous sert de première leçon.Nous avons à élaborer une nouvelle praxis qui établisse de nouveaux rapports entre ces trois pôles.Jamais ils nous sont apparus aussi interdépendants.Les accents se déplacent, les priorités se répartissent différemment.Mais tous semblent d’accord sur une politique plus large, mieux coordonnée, de développement.Ceux qui se contentent d’un refus global, ont au moins le mérite de nous obliger à penser à une re-structuration de la société sur d’autres bases.Mais ces « contestateurs » absolus ne nous suggèrent aucune praxis, aucune stratégie, aucun projet collectif.Et pourtant, au cœur de cette immense remise en question, nous ne pouvons scier la branche sur laquelle nous sommes assis.Par ailleurs, nous ne pouvons en arriver à des transformations profondes sans un grand dérangement.Il faut joindre le refus des fausses réformes et la mise en œuvre stratégique de nouvelles pratiques politiques, sociales et économiques.Autrement nous aboutirons à un nihilisme que déjà certaines revendications sauvages placent sous le signe du drapeau noir, d’une anarchie aveugle et d’une violence pathologique.On n’oubliera pas vainement qu’à la contestation globale doit correspondre des solutions politiques fonctionnelles, aussi radicales soient-elles.LIMITE CRITIQUE ET RÉVOLUTION CULTURELLE Il nous apparaît important d’éviter à la fois cette tentation qui frise le suicide collectif, et ces recours faciles à des solutions d’urgence.Nous avons trop fait de batailles d’arrière-garde dans le passé.Il n’y a pas de problématiques et de réponses unidimensionnelles.Tout se passe comme si nous étions condamnés à un certain globalisme que plusieurs dénoncent à hauts cris sans avouer les échecs des réformes partielles tentées jusqu’ici.Ces dernières ont joué le jeu du statu quo.Comme dans bien des pays, notre société est parvenue à une limite critique semblable à ce que nous révèle l’univers scientifique.Dans certains processus chimiques, il vient un moment où la combinaison de plusieurs éléments ne provoque plus de changements à l’intérieur d’un même phénomène, mais suscite plutôt une réalité totalement nouvelle.Cet exemple mécaniciste reste analogique, tout en étant très révélateur.Sortira-t-il un homme nouveau, une société nouvelle des révolutions culturelles, peut-être les plus radicales de l’histoire ?Le meilleur ou le pire nous attendrait, pensent plusieurs dans leur conscience déchirée.Est-ce que les réformes ne sont plus possibles ?Sommes-nous acculés au saut qualitatif de la révolution dont parle Hegel ?Selon qu’on a une conception positive ou négative de l’homme, on refusera ou on acceptera la révolution sociale en cours.UNE ÉTHIQUE NOUVELLE Dans West Side Story, le vieillard de la boutique dit aux jeunes : « Vous êtes en train de créer l’enfer ».Ceux-ci rétorquent : « Il est déjà là, et ce n’est pas nous qui l’avons fait ».Beaucoup d’adultes font le jeu de l’autruche.D’autres donnent tête baissée dans le mouvement de contestation globale en s’associant bêtement aux plus enragés.Les uns et les autres déçoivent tout autant.Une véritable révolution est le fruit d’une vraie maturation, d’un humanisme authentique, d’une éthique exigeante et lucide, d’une action soutenue et patiente, d’une stratégie bien orchestrée et constructive.Elle appelle un accord profond entre la pensée, l’action et la vie.Beaucoup parlent haut et dépensent toute leur énergie en « gueule », mais ils craignent de se geler les pieds ; ils ne changent rien dans leur style de vie ; ils reculeraient devant la perspective de perdre certaines sécurités acquises.Il ne suffit pas de dire que le Québec ne doit pas manquer la révolution culturelle après avoir loupé la révolution industrielle.Il ne suffit pas de crier comme dans des manifestations récentes : « on est capable » ; c’est de l’enfantillage de foire.AU-DESSUS DU PEUPLE Les classes populaires n’embarquent pas.Elles ont une sorte de méfiance congénitale.La révolution québécoise, comme la plupart des révolutions culturelles, risque de se faire au-dessus de la tête du peuple.Or, nous ne savons pas encore ce que le peuple québécois a dans le corps, ce qu’il décidera, s’il est acculé à des options décisives.Les élections de 66 et de 68 nous disent toute l’importance de la « corde insécuritaire » que les politiciens ont tiré avec profit.Certains leaders répètent le slogan : il faut sortir de la peur.Ils ont constamment en bouche le mot : politisation.Autre est de le dire, autre est de le réaliser.Les nouveaux partis québécois ont beaucoup de chemin à faire sur cette voie.OÙ SONT LES RAMPES DE LANCEMENT ?Nous avons à mieux harnacher les dynamismes déjà à l’œuvre, sans les isoler d’une action politique globale.L’action militante dans un parti garde toute sa valeur, surtout actuellement.Mais elle n’est pas la seule.Où sont les centres névralgiques d’une démocratie de base ?Où se trouvent les rampes de lancements d’agirs et de projets collectifs ?Qu’en est-il des nouveaux comités de citoyens, des conseils régionaux de développement ?Où sont les carrefours possibles des forces vives de la base, de la quotidienneté ?Ces questions restent aussi des problématiques à considérer.Elles retiendront notre attention.Mais qu’on nous comprenne bien, elles n’excluent pas les autres formes d’action politique, les expériences d’organisation technocratique qui s’élaborent dans les superstructures.Il est utopique de ne miser que sur les dynamismes locaux ou régionaux, si les agents des superstructures politiques, administratives et syndicales ou autres cherchent à maintenir le statu quo ou reculent devant des politiques audacieuses et nécessaires. 269 DÉMOCRATIE DE BASE Pour le moment, nous nous en tenons à cette praxis qui concerne les citoyens au plan de la quotidienneté.C’est peut-être à ce plan que nous sommes plus faibles.Une mentalité de purs consommateurs est le premier obstacle à une véritable planification, à une promotion collective juste, et à des transformations radicales qui s’imposent.Nous devons chercher des points chauds de réveil collectif et surtout des centres stratégiques de mobilisation communautaire, sans tomber dans les mythes de la société pré-industrielle.refus de la grande ville, méfiance vis-à-vis de l’Etat, crainte de l’industrialisation et de la technologie, particularisme de patelin et de région, etc.Nous croyons qu’il manque dans beaucoup de milieux québécois des centres d’identification qui permettent un éclatement à la fois de communautés locales autarciques ou de secteurs parallèles d’activités économiques, culturelles ou sociales.Prenons le cas de l’émiettement de l’espace québécois en des centaines de municipalités jalouses de leur autonomie.Les uns en appellent à leur plus lointaine implantation historique.D’autres évoquent soit leur suprématie économique, soit leur position géographique stratégique, soit leur concentration démographique, soit la présence d’un grand nombre de services administratifs gouvernementaux.Nous laissons de côté ici le projet des régions et sous-régions administratives prévues par le gouvernement provincial et aussi la question des gouvernements régionaux.L’émiettement des trop nombreuses municipalités et leur regroupement ont déjà attiré notre attention.Nous retenons ici un facteur qui nous semble de grande importance, celui de l’éducation.LA RÉVOLUTION SE DÉPLACE DE L'AVOIR AU SAVOIR La révolution tranquille a mis sa « première priorité » sur la réforme scolaire.Elle a engagé ici ses principales ressources matérielles et humaines.Ces investissements, selon des spécialistes, comptent pour 40% de la croissance économique.Au-delà du tiers du capital humain total (administrateurs, enseignants, étudiants jeunes et adultes) sans compter l’implication des parents, se trouve mobilisé par les institutions d’éducation.On dit même que les grandes luttes de l’avenir vont s’engager non plus autour des usines, mais autour des écoles et des centres de connaissance, là où se dessinent les nouvelles formes de pouvoir.Laissons de côté, pour le moment, le débat entre école-usine et école formatrice d’hommes.Déjà l’éducation devient un principe prépondérant de stratification, d’inégalité ou de mobilité sociales.L’argent, le profit, restent très hauts dans l’échelle de valeurs.Mais le monde de la connaissance comme moyen et fin privilégiés, commence à prendre le pas sur le monde du travail et du profit d’une part, et sur le monde de la consommation et du loisir d’autre part.Le capital s’avère de plus en plus stérile sans le « know how » et « la production n’est plus uniquement économique mais aussi culturelle » (A.Touraine).Après le primat de l’accumulation du capital, après celui de la consommation, nous privilégions un autre lieu, celui de la connaissance.C’est là que se jouent des cartes décisives d’une politique de développement, et cela dans tous les pays, surtout les plus développés où le phénomène apparaît plus évident.agence du livre français NOUVEAUTÉS : LE DEVOIR DE VIOLENCE par Yambo Ouologuem .$4.80 LA FIN DE L'UTOPIE par Herbert Marcuse $2.75 CITATIONS DE FIDEL CASTRO Présentées par H.De la Vega $1.45 FACE À L'HOMME BLANC par James Baldwin $6.10 GUERRE, SUBVERSION, RÉVOLUTION — pour comprendre les guerres révolutionnaires — par le Colonel Roger Trinquier $6.30 DÉMOCRATIES POPULAIRES — du bloc soviétique au communisme des patries — par Laszlo Nagy $8.00 QUELLE UNIVERSITÉ ?QUELLE SOCIÉTÉ ?— Textes réunis par le Centre de regroupement des informations universitaires $2.90 LE THÉÂTRE ET L'ANGOISSE DES HOMMES par Pierre-Aimé Touchard.$4.80 LE PRINTEMPS DE PRAGUE par Pavel Tigrid $5.75 LES ENFANTS DE L'EUROPE — Canada — Etats-Unis — Amérique latine — par Louis Hartz $7.70 LE GAUCHISME, REMÈDE À LA MALADIE SÉNILE DU COMMUNISME par Cohn-Bendit.$4.80 1249 ouest, rue Bernard Montréal 154 Tél.: 271-6888 CAMPUS SCOLAIRE, NOUVEAU CARREFOUR Ces considérations ne sont pas inutiles dans la perspective que nous voulons envisager.Est-ce que le développement communautaire dans les diverses régions ne pourrait pas se polariser sur les campus scolaires ?Ceux-ci deviendraient de véritables carrefours pour les divers agents institutionnels comme pour les citoyens de base ; carrefour d’une conscience, d’une action, d’une planification régionales ; carrefour de rencontre des agents économiques et des agents éducationnels ; carrefour de services publics atomisés et parallèles ; carrefour d’action politique de base, de collaboration inter-municipale, d’éducation économique et politique, etc.Est-ce que l’école régionale nouvelle ne représente pas un centre d’identification de la société nouvelle qu’on conteste ou qu’on veut édifier ?Ne représente-t-elle pas les défis qui touchent tout autant la vie individuelle et familiale que l’existence collective dans tous les secteurs ?Ne serait-elle pas une dynamique sociale capable de faire éclater certains particularismes et certains intérêts mesquins ?Qu’on nous comprenne bien, il ne s’agit pas de tout réduire à la dimension de l’éducation, mais bien de proposer une rampe de lancement pour de nouvelles communautés humaines.Nos objectifs culturels, économiques et politiques doivent se traduire dans des stratégies d’action et aussi dans des réalités aussi élémentaires qu’un centre d’identification, une plaque de rencontre, un « échangeur » pour des communications de plus en plus complexes.TOUT NOUS Y INVITE Evidemment si l’école est encore perçue comme une institution marginale à la vie adulte, à la « société », si on en fait une chasse-gardée d’administrateurs et d’éducateurs qui se sentent constamment menacés d’intrusion ou de perte d’un pouvoir jaloux, il faudra des politiques vigoureuses et des minorités agissantes pour en faire un véritable lieu communautaire.Nous en faisons pas de cette proposition une solution unique et indispensable.Mais trop de raisons nous y ont amenés.On ne saurait en écarter la possibilité d’un revers de main ; raisons économiques (un investissement massif souvent sous-employé) ; raisons culturelles (importance du facteur éducation) ; raisons sociologiques (régionalisation plus poussée, centre stratégique, communications plus faciles, polyvalence, carrefour des institutions, meilleur dénominateur commun).Il y a aussi tous les autres motifs allégués plus haut.Après avoir travaillé dans plusieurs zones sociologiques, nous n’ignorons pas la diversité et la non co-extensivité des découpages régionaux : scolaires, économiques, religieux, et urbains-ruraux.Les centres de polarisation de la vie collective varient beaucoup.Mais, en définitive, le campus scolaire semble le meilleur dénominateur commun pour la plupart des endroits.Même dans une grande ville, comme Montréal, la chose est possible dans plusieurs sections, en attendant la mise en application des grandes régions scolaires sur l’île.À L'AFFÛT DES INITIATIVES Tout de suite, se pose la question : qui va prendre l’initiative ?Les technocrates de l’Office du plan, des groupes informels de citoyens, telle ou telle association ?Est-ce possible si les ministères gouvernementaux ne se décloisonnent pas, si les municipalités ne consentent pas à se regrouper, si les principales institutions s’enroulent sur elles-mêmes et fonctionnent en circuit fermé ?Les expériences d’aménagement régional ont prouvé la nécessité d’une véritable politique de développement élaborée par l’institution centrale : l’Etat, qui seul peut assurer l’équilibre, le dynamisme et la coordination de l’ensemble des grandes régions.Par ailleurs, les meilleurs plans sont voués à l’échec sans les initiatives au cœur des régions elles-mêmes.Ici les démarreurs peuvent naître de différents organismes ou regroupements ; soit des groupes moteurs éducationnels, économiques, politiques ou bureaucratiques ; soit de comités de citoyens sans identification institutionnelle particulière.Les leaderships étudiants ont pris les devants.Us pèsent beaucoup dans notre avenir collectif.Leur apport est d’une grande importance.CONCLUSION Jusqu’ici nous avons vécu dans une atmosphère de congrès et de contestations parallèles.Ce n’est pas sans comporter de grandes illusions.La quotidienneté change plus lentement.Après plusieurs années de travail d’animation et d’action à ras de sol, je ne cache pas une certaine colère devant tout ce « gueulage » sur la scène publique.Il nous faut dépenser plus d’énergie et de lucidité au plan de Faction, de la mise en œuvre de stratégies et de projets collectifs capables d’harnacher des dynamismes latents ou manifestes.Cette phase de discussions était peut-être nécessaire, mais elle ne peut durer éternellement.Or, quand il s’agit de passer à une action soutenue, réfléchie, bien organisée, plusieurs se défilent.D’autres versent dans un pessimisme stérile qui se traduit par des remarques de ce genre : « les gens ne comprennent rien ».« Us sont trop aliénés ».« On ne peut compter sur eux ».Puis on se replie sur son groupuscule bien pensant, on court les congrès.Nous avons trop de radicaux en pantoufle ou en théorie.U nous faut des hommes d’action et de pensée capables d’être ferments d’une véritable promotion collective, d’une révolution sociale à long terme, d’une politique québécoise de développement intégral.Nous commençons à peine à élaborer des praxis valables.Certains parlent de réformes, d’autres en appellent à la révolution.Sommes-nous parvenus à la limite critique ?Les réformes ne seraient plus possibles.Logiquement, les partisans de la deuxième position devraient prendre le maquis.Devant cette éventualité, ils reculent parce qu’ils ne veulent pas faire marcher le peuple à la baïonnette.Dilemme insoluble ?Les réformes laissées à elles-mêmes ne feraient que consolider l’ordre établi.Est-ce que la meilleure solution est de vivre la révolution au cœur de la réforme ?Ainsi on n’écraserait pas ceux qui ont absolument besoin de sortir d’une situation sous-humaine, ceux qui font face à des urgences, les chômeurs par exemple.Cette perspective offrirait peut-être une meilleure coalition des forces vives qui veulent une restructuration de toute la société.Elle amène à jouer honnêtement la carte démocratique.Elle unit à la fois la contestation et la participation, les refus nécessaires et les praxis à mettre en place pour une vie collective nouvelle.Elle permet une mobilisation collective plus articulée et une démarche politique plus cohérente tout en étant radicale.^ JÀCQUES GRAND’MAISON : Professeur à la Faculté de Théologie de l’Université de Montréal. 271 marabout université xv-y.• -¦•.W .V imiverseUe LA PRESTIGIEUSE CULTURELLE DU TOUT SAVOIR UNIVERSEL A PRIX TRES POPULAIRE ' : ! ! ' ! i r"‘ L’afressio» , •; ,;X; ¦» y , ^ hù Livre d de la Pl'jf i s ¦f: r ,, T: «%!H r~cx mm -> O cococ: «.Hm i Opo) CnrH r’Ei coo^_ nt VÜ/ LE MAGAZINE HEBDOMADAIRE D'INFORMATION QU! RENSEIGNE SUR TOUT abonnement d'essai: 30 numéros pour$3.97 écrivez à Sept-Jours 1 500, rue Stanley on accepte les commandes téléphoniques (à facturer) 842-4162
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