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Titre :
Maintenant
Revue d'idées très en phase avec les débats qui animent la société québécoise durant la Révolution tranquille.

[...]

La revue Maintenant arrive et s'inscrit dans l'effervescence du Québec des années 1960, au moment de la Révolution tranquille. Elle a pour vocation de remplacer la Revue dominicaine en créant un lieu de discussion collé sur l'actualité. Pour s'insérer davantage dans l'activité intellectuelle de son temps, la nouvelle revue affiche une facture moins savante.

Père Henri-Marie Bradet, directeur de la revue depuis ses débuts en 1962, rassemble rapidement de nombreux collaborateurs, clercs et laïcs. Plusieurs dominicains, mais aussi Benoît Lacroix, Louis Lachance, Émile Legault, Gérard Dion et Louis O'Neill offrent des contributions à la revue, tout comme les laïcs Hélène Pelletier-Baillargeon, Louis Fournier, Pierre Saucier, Dr Paul David, Ernest Pallascio-Morin, Jacques-Yvan Morin, Guy Robert et Naim Kattan, parmi de nombreux autres.

La volonté d'actualisation du catholicisme prônée par Maintenant tient ses racines dans le personnalisme des années 1930 et son ouverture à l'individualisme, et coïncide, en 1962, avec le programme de réformes du catholicisme de Vatican II, duquel la revue portera l'esprit au Québec. Elle offre une tribune aux catholiques de gauche, soucieux de montrer un esprit actuel et moderne à la jeunesse intellectuelle.

Maintenant s'adapte rapidement aux changements accélérés en cours dans la société québécoise et devient un lieu de débat important. Les clercs souhaitent se positionner comme porteurs d'une conscience morale évolutive de la société vis-à-vis des intégristes et du contrôle de l'Église. Cet humanisme chrétien motive Maintenant à adopter hâtivement le socialisme démocratique et à cautionner et pousser l'idée de l'indépendance politique du Québec.

Le contexte de laïcisation et de pluralité grandissante des affiliations religieuses, conjugué au déclin de l'attachement national canadien-français et catholique, donne naissance à un nationalisme québécois civique qui se manifeste notamment dans la déconfessionnalisation de l'enseignement public. Maintenant en sera partie prenante.

La revue participe ouvertement aux débats sur la régulation des naissances, mais, par principe religieux fondamental, demeure d'abord contre l'avortement. Et bien qu'elle appuie une laïcité ouverte, la revue refuse affronte la position radicale de la relégation du religieux à la sphère privée. Les audaces que Maintenant se permet font des mécontents à la tête de l'ordre dominicain à Rome, qui demande la destitution du père Bradet en 1965. La maison provinciale de l'ordre ne souhaite pas se ranger dans la réaction. Le père dominicain Vincent Harvey prend la relève de Bradet à la direction et offre au contraire davantage d'autonomie à la revue, qui appuie plus résolument le socialisme et l'indépendantisme québécois.

Maintenant souhaite mettre un terme au nationalisme messianique pour que toute la place soit laissée à un mouvement politique pragmatique, qui envisage la souveraineté politique comme moyen pour le Québec de se développer. Tous les dominicains ne sont toutefois pas à l'aise avec les positions politiques de la revue. L'ordre sort de l'aventure en 1969. Son maigre financement est dorénavant assuré par Pierre Péladeau. La revue délaisse alors presque complètement le contenu religieux pour se concentrer sur les questions politiques, sociales et économiques.

Durant la période qui suit, Maintenant accueille des collaborateurs réputés, dont Robert Boily, Jacques Parizeau, Michèle Lalonde, Fernand Dumont, Jacques Grand'Maison, Jacques-Yvan Morin, Guy Rocher, Camille Laurin, Pierre Vadeboncoeur et Louis O'Neill. Hélène Pelletier-Baillargeon y est toujours et sera d'ailleurs nommée directrice au décès de Vincent Harvey en 1972.

Maintenant est affiliée aux journaux indépendantistes et réformistes Québec Presse (1969-1974) et Le Jour (1974-1978). Les trois cahiers publiés en 1975 sont d'ailleurs distribués avec Le Jour. Plusieurs des collaborateurs des dernières années seront des figures importantes du gouvernement et de l'administration du Parti québécois à partir de 1976.

Source:

ROY, Martin, Une réforme dans la fidélité: la revue Maintenant (1962-1974) et la «mise à jour» du catholicisme québécois, Québec, Presses de l'Université Laval, 2012.

Éditeurs :
  • Montréal, P.Q. :les Dominicains en collaboration avec d'autres clercs et des laïcs,1962-1975,
  • Montréal :Éditions Maintenant inc.,
  • Montréal :Editions Maintenant :
Contenu spécifique :
Février
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
chaque mois
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Prédécesseurs :
  • Revue dominicaine ,
  • Témoins
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Références

Maintenant, 1969-02, Collections de BAnQ.

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ê NO.83 i J LESAGE M LEVESQUE Les trois chefs Québécois ô la veille de l’affrontement avec OTTAWA -."forthûdoxie” L’homnie de mise en question psychologique .'è I .4; Si- ¦ 1 I n et la culture c" ïcle 75 CENTS édUtosUal Pierre Saucier Yves Gosselin REFLEXIONS AUTOUR D'UNE ENTREVUE BERTRAND- LESAGE- LEVESQUE TEMPS Où se situent les trois partis politiques à la veille du prochain match constitutionnel?L’équipe des correspondants de La Presse à Québec a eu l’heureuse idée de faire le point au moyen de l’interrogatoire qu’elle a fait subir aux trois leaders.On a pu lire en trois tranches les “dépositions” de Messieurs Bertrand.Lesage et Lévesque, les 7, 8 et 9 janvier dernier.Une initiative assez peu réussie L’initiative de La Presse était originale et intéressante, même si la réalisation et la portée de l’expérience prêtent à discussion.La formule du questionnaire unique, en dépit de son caractère artificiel et rigide, pouvait en principe favoriser le jeu des comparaisons et mettre en relief les différences.On a eu le tort de multiplier et délayer les Questions.Pourquoi 25 questions?On eût gagné à les ramasser et à les formuler de façon beaucoup plus brève et percutante.D'une certaine manière, la longueur des questions, leur prolixité, les répétitions.et surtout la longueur des entrevues, avaient de quoi décourager les patiences les mieux disposées.Surtout, quand on bute sur la prose traditionnelle de la politique la plus partisane.Quand on connaît le degré assez faible de politisation de la population, que penser de la portée de ces entrevues?Sous la forme condensée de livres de poche, le menu eût été beaucoup plus comestible que ces interminables colonnes.Quoi qu’il en soit, l’expérience a ses mérites et une étude attentive de ces déclarations permet de faire un utile tour d’horizon du Québec politique en ce début d’année 1969.Des réponses offertes par les chefs, on peut extraire des éléments qui permettent de brosser un portrait à jour des leaders du Québec.Appelé par le “caucus’’ à remplacer M.Johnson.J.-J.Bertrand a manifesté une grande énergie et.sous sa gouverne, les travaux législatifs n'ont pas traîné.Le nouveau premier ministre est méthodique et soucieux d’efficacité.Comme la fatigue a compromis cet élan initial, il est malaisé de tracer de lui un portrait tout à fait équitable.Le fait que M.Bertrand se soit borné à répondre succinctement par écrit ne facilite pas non plus un diagnostic très précis de ses projets et de ses intentions.y : - ï ¦ V : ! directeur-administrateur: VINCENT HARVEY, O.P.K?, : K r ' y ¦ Si: -¦ ¦ - ¦¦ ¦.v :ï .¦ adjoints a la PIERRE SAUCIER HELENE PELLETIER-BAIllARGEON ANDRECHARBONNEAU YVES GOSSELIN, O.P.conditions d'abonnement: ABONNEMENT D'UN AN .$ 7.00 ABONNEMENT D'ETUDIANT .$ 5.00 ABONNEMENT DE SOUTIEN .$10.00 N.B.Les abonnements ne enregistrés qu'au reçu du versement.: • .C'y '"'ÇÇyC mm* y' C :.::CiC;yyyC y;y .C C : JÏ Montreal — 384-6401 IMPRIME AUX ATELIERS DE IMPRIMERIE MONTREAL OFFSET INC.redaction, i c administration, abonnements: 2715, CHEMIN COTE-STE-CATHERINE, MONTREAL250, P.Q.— Tel.: 739-2758 C-, ;C C-Çy- y y: C- y. 35 ISCOURS EST FINI! JEAN-JACQUES BERTRAND L’image que tente de projeter le successeur de Daniel Johnson est celle de l’administrateur prudent, calme et conciliant.A le lire, il n’est pas de problème qui ne puisse en fin de compte, se résoudre; il suffirait de poursuivre patiemment le dialogue.Les passe-d’armes avec Ottawa ne se profilent guère dans cette réponse et le problème constitutionnel, si touffu soit-il.devrait pouvoir se régler d’ici 1971.Au besoin, on pourrait s’appuyer sur un référendum pour sonder l’opinion.Fédéralisme décentralisé qui confierait le socio-culturel aux provinces, voilà à quoi se résume l’idéal constitutionnel, la “formule Bertrand’’.Au plan économique.M.Bertrand observe la discrétion et la réserve la plus absolue.Il reconnaît la prédominance d'Ottawa et admet la nécessité d’une collaboration avec l’entreprise privée, moyen principal, à ses yeux, de résoudre un problème aussi complexe que celui de la main-d’oeuvre.Au nom du réalisme, il se résigne à l’austérité.L'heure n’est pas aux grands projets quand on entend vivre à la mesure de ses moyens.M.Bertrand sait conserver un ton imperturbable et serein.Son optimisme foncier, l'assurance tranquille qu’il cherche à manifester, semblent propres à inspirer confiance.Jamais il ne paraît pris au dépourvu, même si quelques-unes de ses réponses sont d’un laconisme déconcertant.Il est possible de les attribuer à un style réservé et à une modestie naturelle.Au surplus, il n’est pas mauvais d’être concis et peu bavard: cette façon de procéder peut passer aisément pour une expression de sagesse.Les questions se font-elles difficiles pour l’administration9 Le premier ministre joue alors de l’étonnement.“Comme vous êtes pessimiste!’’ et avec le plus grand calme, il ignore toutes les oppositions, désamorce tous les pièges.Il se peut que le texte laisse le lecteur sur sa faim en raison de son laconisme.En revanche, les prises de position flamboyantes sont souvent bien plus mortelles pour un homme politique qu’une sérénité légitime et empreinte de dignité.Le nouveau premier ministre met tout en oeuvre pour sidentifier au peuple québécois qu'il définit lui-mème comme modéré.A ses yeux, les Québécois auraient trop de bon sens foncier, d’équilibre et de sagesse pour se laisser-aller à des aventures sans issue.La situation doit être abordée avec réalisme.Au bout du compte, le ton se veut si conciliant et si aimable qu’on supçonnerait à peine que le Québec est en plein duel à finir avec Ottawa.Au surplus, le premier ministre Trudeau n'a-t-il par prodigué récemment les compliments les plus élogieux à l’adresse de M.Bertrand9 JEAN LESAGE Comme on pouvait s ’ y attendre, le chef de l’opposition libérale.M.Lesage, consacre une partie importante de ses réponses à s’en prendre au gouvernement.Quoi de plus naturel?Mais M.Lesage s’emploie aussi à 5 ___ som maire Le phénomène Charlebois Raymond Montpetit Jonas et le nationalisme Yellow Submarine Richard Gay Le temps des discours est Yves Gosselin, L'homme psychologique ! Le christianisme dans le vent te contestée Le Ministère des Postes, à Ottawa, a autorisé l’affranchissement en numéraire et l’envoi comme objet de la deuxième classe de la présente publication Frais de port garantis si non livrable.v’i .i :¦ r Vincent Harvey . 36 houspiller le PQ, tout en déclarant du même souffle que le ramassis des forces indépendantistes serait une quantité négligeable.Si telle est son opinion, pourquoi alors perdre du temps à décocher des flèches somme toute inutiles?Mais essayons de résumer la position du chef libéral.Il est remarquable que la critique reprend tous les lieux communs traditionnels du schéma bipartite.“Le gouvernement manque de dynamisme, se livre à une vaste improvisation, manque de sens de prévision.On assiste à un gaspillage éhonté.Son manque de leadership et sa politique aveugle encouragent l’agitation”.Plutôt que de s’attacher à mettre en lumière les grands desseins d’une politique ferme, progressiste et cohérente, le chef libéral passe beaucoup de temps à des dénonciations faciles qui rappellent les tirades les plus éculées de nos campagnes électorales.Quant au peuple, on retrouve sous un autre nom les fameux “non instruits” de naguère.La “masse”, nous dit-on, est apathique et indifférente.Impossible de la mobiliser pour de grands objectifs constitutionnels ou sociaux.Elle ne demande que le pain et le beurre.Critique superficielle et sans originalité, mais surtout mépris foncier du peuple, tels sont les traits dominants qui se dégagent de l’entrevue.* Quant au programme du parti, il ne pèche pas par excès de nouveauté.A plusieurs reprises, le chef libéral rappelle que “personne ne fait plus de consultations, que nous”.Il cite avec modestie comme des dogmes les prises de position officielles du parti, déclare “qu’un parti responsable comme le nôtre refuse de s’identifier à la contestation violente”.A l’origine des maux dont souffre le Québec à l’heure actuelle, M.Lesage n’a rien trouvé de mieux comme grands responsables que les moyens d’information.La grande presse, la télévision et la radio, à l’en croire, offriraient une tribune à tous les agitateurs et ne donneraient jamais la parole aux modérés.Assez curieuse observation au moment même où tous les esprits lucides dénoncent justement la mainmise des monopoles sur les journaux et les moyens de communication de masse! M.Lesage a raison de ne pas verser dans l’obsession constitutionnelle.Les débats constitutionnels peuvent fort bien servir de paravent à l’inertie.Mais il verse un peu dans un travers tout aussi détestable, en négligeant l’importance des difficultés constitutionnelles.A ses yeux, ces problèmes sont des problèmes comme les autres et non une priorité.Il suffirait simplement de clarifier la répartition des pouvoirs et de réorganiser la fiscalité en fonction du nouveau partage juridictionnel pour dissiper la crise et instaurer un climat propre au fédéralisme fonctionnel qu’il envisage.Au plan économique, l’exposé du chef libéral est sérieux et étoffé.M.Lesage dégage avec assez de netteté quelques-uns des impératifs urgents qui appellent une intervention énergique de l’Etat; il indique les grandes lignes d’une solution au problème croissant du chômage, mais il ignore systématiquement les obstacles découlant de l’enchevêtrement des juridictions fédérales-provinciales.Quand il aborde les problèmes linguistiques, il note avec justesse la nécessité d’instaurer le français prioritaire dans la vie de tous les jours, non seulement dans le domaine scolaire, mais il passe complètement sous silence toute la question de l’immigration.L’argumentation de M.Lesage, souvent très rationnelle dans le sens du fonctionnalisme, est souvent gâchée par une émotivité assez déplorable v.g.tous les couplets sur le soi-disant climat défavorable aux investissements.La plus grande faiblesse de l’exposé du chef de l’opposition libérale est une sorte de fixation dans le temps: le Québec aurait arrêté de vivre en juin '66.C’est oublier que le ralentissement était déjà sérieusement amorcé dès 1964.Certes, il est juste de rappeler que les grandes institutions économiques de l’Etat québécois sont de faîche date et ont été mises en place par les administrateurs de la “Révolution tranquille”.Face à l’avenir, le chef libéral est cependant d’une discrétion troublante.Rien n’indique que le parti, nettement à bout de souffle, a réussi à se doter d’un second souffle.Aucune initiative originale ne se profile à l’horizon.Le seul programme nettement discernable s’inscrit dans le prolongement des politiques antérieures.Aucune initiative nouvelle de développement économique n’apparaît dans les schémas qu’il propose.Est-ce à dire que les penseurs du parti sont au bout du rouleau et n’ont plus les vertus d’initiative et d’imagination qui ont fait les beaux jours de l’équipe du tonnerre?Ou bien ne serait-ce pas un aveu d’impuissance?Dans l’actuel carcan constitutionnel (qui ne serait que timidement rafistolé avec une hypothétique négociation Trudeau-Lesage), ne fermerait-il pas la porte à des initiatives vraiment constructives et vitales à l’épanouissement d’un Québec français?Peut-on raisonnablement espérer développer le Québec suivant ses aspirations en maintenant des juridictions conjointes et confuses dans des domaines aussi vitaux que l’immigration et la main-d’oeu-vre pour ne citer que deux priorités?Et que dire des perspectives ahurissantes faites par l’actuel durcissement fiscal d’Ottawa sur lequel M.Lesage reste muet?Quand on songe que la période Lesage a surtout permis d’effectuer un rattrapage, il va de soi que la stagnation, et à plus forte raison un ralentissement, sont impensables, car ils conduiraient au suicide lent.Malheureusement, final t Le Parti Levee iivi i|uest stras alors tédén Le %e '(tiii Ptopr *8 total 37 l’image que projette M.Lesage n’offre pas la maquette qu’on serait en droit d’attendre en vue d’un nouvel élan.RENË LÉVESQUE Le chef du plus jeune parti, le Parti Québécois, M.René Lévesque, avait également été invité à répondre au questionnaire de La Presse.Que penser des perspectives qu’il propose?Comme M.Bertrand, René Lévesque place au premier rang des priorités la question constitutionnelle.Cependant, son optique est tout à fait différente.Pour le président du PQ, l’acquisition de la souveraineté est fondamentale: c’est l’abcès qui doit aboutir.Pour l‘UN au contraire, il s’agirait plutôt “d’une sorte de grande contestation du régime fédéral actuel; on espère qu’il sera sage d’une élection à l’autre; alors on va se battre contre le fédéral arrogant et paternaliste mais c’est avec cet espoir un peu fou de le voir s’amender un jour’’.Le règlement de tous les problèmes, le coeur du problème pour René Lévesque c’est la souveraineté.“Cela signifie la récupération complète et la propriété absolue des impôts que nous payons avec le pouvoir d’affecter cette masse fiscale aux dépenses qui seront considérées par nous seuls comme prioritaires.Cette souveraineté budgétaire veut dire, en outre, que l’électorat peut déterminer (et il ne pourrait le faire dans le régime actuel) non seulement l’affectation du produit de ses impôts, mais aussi le montant total du fardeau fiscal qu’il aiderait à assumer.” Sur les autres questions, notamment en matière de droits linguistiques et en économie, des traits distinguent l’option Lévesque de celles des autres chefs.Selon M.Lévesque, même s’il est possible dès maintenant d’adopter des mesures favorisant la langue française, pour dépasser le stade d’une survivance précaire, il faut nettement disposer de tous les leviers qui reviennent de droit à la majorité.Sur deux points, la citoyenneté et l’immigration, le chef du PQ est le seul des trois chefs interviewés à réclamer une mesure précise qui serait en mesure d’enrayer l’assimilation des immigrants à la minorité.Au plan économique, René Lévesque envisage le rôle de l’Etat comme Jean Lesage, avec cette différence capitale que le Québec récupérerait l’essentiel des pouvoirs, quitte à négocier ensuite un marché commun avec ce qui resterait du Canada.L’association pourrait prendre la forme d’une sorte de contrat à la Scandinave entre plusieurs unités souveraines comme les cinq états que proposait M.Bennett?Il est quand même curieux de noter que la notion d’association occupe beaucoup moins de relief qu’au moment où le mouvement s’organisait sous le sigle MSA.Plutôt que d’énoncer méthodiquement les éléments d’une politique rigoureuse en matière de croissance économique, René Lévesque éprouve le besoin de démolir les mythes destructeurs que l’adversaire fomente sans cesse contre les tenants de la souveraineté, à savoir un tel projet vouerait le Québec à la déconfiture économique.Le chef du PQ demeure donc plutôt sur la défensive, soucieux avant tout de rassurer si c’est possible ses prochains électeurs.Après une analyse lucide des rapports Québec-Ontario, il néglige d’indiquer les moyens qui permettraient un redressement de l’économie québécoise.En matière de main-d’oeuvre, après avoir lancé un cri d’alarme, et répété qu’une solution est impossible sans les pleins pouvoirs, il mentionne rapidement que l’obtention des principaux leviers fiscaux, politiques e t administratifs, permettrait seule de transformer le Québec en chantier productif.Au chapitre des grands projets, il souligne avec justesse la torpeur où se trouve confinée la SGF, et il insiste sur le rôle-clef qui serait dévolu à un conseil d’orientation digne de ce nom.Mais il s’emploie le plus souvent à dissiper des épouvantails, démontrant que la fuite des capitaux est une affaire de sorcières.Si le PQ entend vraiment offrir une solution de rechange, à plus forte raison la seule véritable solution aux problèmes du Québec, il ne pourra pas se limiter à quelques propositions globales, si bien fondées fussent-elles.Il devra notamment, au plan économique, expliquer davantage et en détail par quels moyens et quels mécanismes précis, il est possible d’opérer non plus un simple rattrapage, mais de faire vivre la collectivité comme ces petits pays socialistes qu’il admire tant en Scandinavie: Danemark et Suède.1969 commence dans un climat très tendu: un nouveau premier ministre à la santé mal assurée affronte les défis les plus graves qu’ait jamais confrontés un chef de l’Etat québécois.L’heure des grandes explications se rapproche.Notre patrie pourra-t-elle se tirer d’affaires face à un fédéral de plus en plus hostile?A lire les propos des trois chefs de partis, on n’est pas tout à fait rassuré.Tandis que le débat constitutionnel se poursuit, plusieurs questions prioritaires demeurent en suspens, sans solution en vue: notamment le développement régional, l’immigration, la main-d’oeuvre, la recherche scientifique.A moins d’accepter la stagnation et de se résigner à la médiocrité, le beau temps des discours est fini.^ .¦ ,A KJ S ' i'x- i.' .> V", ' ÉPÜi LE CHRISTIANISME DANS LE VENT La revue “Maintenant" a depuis longtemps adopté vis-à-vis l'Eglise traditionnelle et officielle une attitude ambivalente: affirmant sans cesse la nécessité de rajeunir et de repenser la religion chrétienne en fonction du monde moderne, elle s'est malgré tout toujours située explicitement à l’intérieur des cadres de cette religion.La position n’avait certes rien de confortable et elle a, à différentes reprises, été remise en question, certaine fois avec fracas.Ce fut le plus souvent par les conservateurs eux-mêmes, mais l’orientation de la revue soulève aussi dans les milieux non catholiques (et, pour tout dire non religieux) un certain nombre de questions dont je voudrais ici me faire le porte-parole.Ces questions ne s’adressent d’ailleurs pas exclusivement à “Maintenant " mais de façon générale à un mouvement plus vaste, caractérisé par un désir profond de “moderniser” l’institution religieuse.Ce mouvement, que j'appellerai — sans méchanceté aucune — “le christianisme dans le vent”, c’est en quelques sorte l’aile gauche de l’Eglise; c’est donc une tendance — souvent implicite — une mentalité nouvelle plutôt qu’une école clairement identifiable ou une théorie assignable à tels ou tels individus.Il n’est pas facile de la cerner, mais on le reconnaît à ceci qu’il tend constamment à “relativiser" la tradition religieuse.C’est cette relativisation qui fait problème.Quelles sont les étapes?Jusqu’où va-t-elle?Qu’est-ce qui lui permet de s’arrêter à tel ou tel moment?La question au fond est celle-ci: une fois engagé dans le processus, ne faut-il pas aller jusqu’au bout — avec toutes les conséquences que cela entraîne?L’aile gauche ne finit-elle pas par se détacher du corps de l’oiseau?PAR-DELA L'INSTITUTION Le premier mouvement, c’est une relativisation de l’institution elle-même.La solidarité totale avec un corps qui se réclame encore de la loi naturelle pour condamner la contraception et qui compte dans ses rangs les personnalités les plus éminemment réactionnaires de notre époque (cf.” la guerre au Vietnam est une guerre sainte”) ne laisse pas d’ètre gênante pour qui est animé de préoccupations sociales sérieuses.Dès lors on s’efforce d’atténuer cette solidarité, on proclame que “le Concile a sonné le glas du monolithisme” (1).que l’orthodoxie laisse place après tout à une infinie variété de positions sur à peu près tous les sujets et que ce qui compte, ce ne sont pas tant les déclarations officielles venant d’en haut que l’intensité intérieure qui anime chaque crovant.«ESI Le christianisme dans le vent ressent de plus en plus le caractère inadéquat de la structure fortement hiérarchique de l'Eglique traditionnelle.Il apparaît à un nombre croissant de prêtres que la limitation des naissances, par exemple, est une question que chacun a à résoudre pour lui-mème et qu’au fond les feux rouges ou les feux verts qui viennent d’en haut sont toujours en retard sur la réalité d’une situation par j trop saisissante.L’institution est donc imparfaite; mais, ajoute-t-on aussitôt, comment en serait-il autrement?L’Eglise après tout détient une dimension humaine qu’on peut critiquer, qu’on peut vouloir transformer mais qu’on ne peut complètement expurger.Fort de cette distinction particulièrement évidente entre la dimension divine, éternelle, absolue l.et la dimension temporelle, humaine, imparfaite de l’Eglise comme institution, le christianisme dans le vent se met à l'oeuvre et fait le tri: “il y'a en à prendre et il y en a à laisser”.Il est trop clair, pour ne donner qu'un exemple, que la doctrine officielle selon particulière qui.en soi.n’est en rien liée à l’essence de la foi chrétienne.Les critères de ce tri sont tout intérieurs, basés sur une adhésion fondamentale à l’Evangile.PAR-DELA LES RITES ET DOGMES Ainsi, par-delà le cadre étroit de l'institution, chaque chrétien doit se resourcer à la Parole originaire.Le christianisme dans le vent est profondément convaincu que l’essentiel, ce n’est pas d’aller à la messe, ni de faire ses Pâques mais d’avoir la Foi, l’Espérance et la Charité.Les rites et même les dogmes ne sont, somme toute, que l’armature de l’institution, ils n’en sont pas le coeur.On n’a qu’à voir, dans le contexte du colloque organisé par la revue Sept-Jours (2), les difficultés qu’éprouve le Père Lacroix à défendre l’infaillibilité pontificale et l’immaculée conception, pour comprendre que, selon lui, les dogmes s’expriment toujours en des termes inadéquats, en un langage que sa situation historico-sociale rend nécessairement relatif: “.nous nous L sentons très gênés, dit-il, devant ces mots dogmes, infaillibilité, primauté du Pape, et nous sentons sous i| ces mots-là une certaine mythologie”.Il semble pfc di laquelle l’existence de Dieu est démontrable par la raison est le fruit historique d’une philosophie ttf A s £ I / OO OO_______Il__________"rv___________* ainsi admettre que l’évolution du langage rend nécessaire une redéfinition périodique des dogmes; ceci implique une distinction entre l’essence du dogme et son incarnation contingente dans les mots; ceux-ci pourraient être remaniés sans que le dogme lui-même en soit affecté.En cette époque où la vérité apparaît de plus en plus liée au langage qui l’exprime, une telle affirmation ne laisse pas de nous étonner, et, dans le cas particulier de l’infaillibilité pontificale, on se demande ce que pourrait être une redéfinition de ce dogme et son incarnation contigente dans les mots; ceux-ci pourraient être remaniés sans que le dogme lui-même en soit affecté.La relativisation de l’appareil rituel et la relativisation du langage des dogmes aboutissent ainsi à une distinction inacceptable pour l’intellectuel dans le vent (et le chrétien dans le vent est bien souvent un intellectuel dans le vent) entre le contenant et le contenu, le message en soi et le vêtement qu’il revêt pour être intelligible.Dans le premier numéro de la revue Maintenant, Roger Rolland définissait ainsi la religion: “l’appareil rituel, verbal et institutionnel qui oriente et régit les relations de la créature avec son créateur” (3).On est forcé d’admettre que c’est tout cela qui se trouve remis en question.Si telle est la définition de la religion, alors c’est la religion elle-même qui est atteinte.UNE RELIGION PARMI D'AUTRES Qu’à cela ne tienne, le christianisme dans le vent est tout disposé à admettre une telle relativisation: le catholicisme comme religion particulière, différente du protestantisme, de l’Eglise orthodoxe ou du judaïsme, n’a en effet rien d’absolu en ce sens qu’elle ne détient en rien le monopole de la vérité.S’interrogeant sur l’adage célèbre: “Hors de l’Eglise, point de salut!”, le Père Harvey déclare: “Qui oserait poser de telles limites à la miséricorde de Dieu?.Dieu offre concrètement à chaque homme dans sa situation historique des possibilités réelles de salut, que ce soit à travers les religions non chrétiennes ou même à travers des sagesses humaines qui, sans être explicitement théistes, proposent un idéal de service et de dévouement à la justice, à la paix et à la fraternité sur terre” (4).Le christianisme dans le vent est ainsi parfaitement conséquent avec lui-fnême: l’institution catholique ne recèle pas derrière la relativité de ses structures temporelles, de son langage ou de ses rites une vérité absolue, totale qu’elle détiendrait en propre.La Vérité, c’est Dieu, et Dieu ne se laisse pas emprisonner dans le cadre d’une institution, serait-ce celle qu’il a lui-même créée.Le catholicisme ne possède pas Dieu comme son privilège, mais il est une voie vers lui, une voie parmi d’autres, mais une voie privilégiée tout de même.Si on le lui avait demandé, le christianisme dans le vent nous aurait concédé ce point au départ.Toute la vague d’oecuménisme qui anime la religion actuelle n’aurait aucun sens si elle ne se fondait sur une telle relativisation du catholicisme.Convaincue de posséder la seule Vérité, l’Eglise ne pourrait en effet parler que de conversion, jamais de rencontre ou de concession mutuelle.39 Mais sous l’aspect d’une tolérance accrue, c’est une véritable rupture avec l’Eglise traditionnelle qui se dissimule ici.Le passage de l’absolu au relatif n’est pas un simple glissement! Les croyants traditionnels se disaient bel et bien les dépositaires de la révélation divine, du moins dans son essentiel; dès lors, les autres, tous les autres, étaient ou bien dans l’ignorance ou bien dans l’erreur et il importait de leur apporter la lumière.Pour eux, “hors de l’Eglise point de salut”, c’était sérieux ! A partir du moment ou personne ne détient plus la vérité en propre, on se demande ce qui sépare encore l’Eglise catholique des Eglises protestantes.Si l’on admet que la barrière la plus importante résidait d’une part dans l’importance accordée par le catholicisme à l’Eglise-institution (cf.l’infaillibilité pontificale), d’autre part dans la disposition du protestantisme à admettre en son sein un pluralisme assez vaste, on s’aperçoit que les chrétiens dans le vent tels que nous les avons décrits sont beaucoup plus proches des protestants que des catholiques traditionnels.Répétons-le: le passage d’une religion absolue à une religion relative est plus qu’un déplacement d’accent; c’est une rupture.Et l’inquiétude du vieux paysan qui s’écrie que “la religion est tout en train de changer” me semble plus perspicace que la bonne conscience de l’intellectuel qui croit redécouvrir sous un jour nouveau le même esprit qui anime l’Eglise catholique depuis vingt siècles.PAR-DELA LE CATHOLICISME “Pourquoi tiendrais-je absolument à m’en distinguer”?Cette réponse me satisfait .à condition toutefois qu’on la prenne au sérieux.Elle tend en effet non seulement à atténuer, mais bel et bien à supprimer tout privilège d’une religion sur une autre.Car le domaine de la religion n’est pas le domaine de la philosophie où, tout en étant relativiste, on peut discuter des mérites respectifs de chaque système.Les religions ne sont pas des philosophies; elles sont des intermédiaires entre la créature et le Créateur, et si l’on admet avec le Père Harvey que “ .Dieu offre concrètement à chaque homme dans sa situation historique des possibilités réelles de salut”, alors tous les intermédiaires sont bons.En vertu de quoi une religion pourrait-elle être privilégiée par rapport à une autre?Cette question paraîtra bien naïve; il est clair que, sans prétendre a l’absolu, une perspective peut être meilleure qu’une autre, un langage plus approprié qu’un autre, une conduite plus sanctifiante qu’une autre.Mais le tout est de savoir si ce privilège peut être objectif.Le chrétien dans le vent n’est guère disposé à l’admettre.Dès lors qu’on a admis le caractère relatif d’une institution, comment poser qu’elle est universellement meilleure pour tous les hommes que toutes les autres institutions du même genre?Le christianisme dans le vent reconnaît d’ailleurs volontiers le lien étroit qui unit le catholicisme à la civilisation occidentale; et dès lors, une fois admis les principes de base de sa foi (l’Amour comme principe suprême, le monothéisme, la foi en Jésus-Christ, l’espoir d’un salut), il est tout disposé à laisser le reste à la discrétion de chacun; l’institutionnalisation est nécessaire pour ceux qui ne peuvent s’en remettre à eux-mèmes, mais pour les autres .Les dogmes, les rites, les Eglises elles-mêmes ne sont qu’autant de voies d’apprivoiser le mystère, mais au fond le mystère demeure total; il ne s’agit de rien d’autre que de le rendre viable.Il faut avoir lu.pour saisir toute la profondeur de cette prise de position, l’excellent article que, dans le numéro 3 des Cahiers de Cité Libre, Maurice Lagueux consacrait à “Dogmes d’hier et foi d’aujourd’hui”.La foi.selon lui.n’implique aucun savoir, elle “est une façon de vivre mais en aucune façon une connaissance” (5).Ainsi l’enfer peut être aussi bien présenté comme le feu réel auquel le vieux paysan croit de toutes ses forces que comme la “privation de Dieu” qui a pu satisfaire l’intellectuel d’une époque: tout dépend du niveau de langage où l’on se situe.La réponse de l’Eglise “ne se situe pas dans l’ordre de la vérité spéculative, mais dans l’ordre des exigences pratiques du salut” (6).Au fond, le croyant ne sait rien de plus sur Dieu que l’incroyant.Ce terrain est glissant, mais il nous semble que.pour être conséquent, le chrétien dans le vent doit aller jusque-là.PAR-DELA LES PREUVES Il est temps de demander à notre homme pourquoi il croit encore.Soyons en certains, il est assez peu disposé à recourir aux preuves traditionnelles de l’existence de Dieu.La discussion philosophique de ces preuves, les difficultés qu’elles présentent et les multiples présupposés qu'elles impliquent (concernant par exemple le mouvement, la causalité, le monde comme totalité) le laissent assez indifférent.Il sait bien que les modes d’explication varient d’une époque historique à l’autre.Les preuves rationnelles mises de l’avant par les docteurs médiévaux sont nour lui, queloue chose d’assez comparable aux divers récits bibliques.Ce sont, dit-,il.des “voies” pour parvenir à Dieu, pour approcher le mystère de sa toute-puissance, mais en aucun cas elles ne sauraient être considérées comme définitivement probantes.La connaissance rationnelle ne précède plus la foi.elle la suit.C’est là lui faire perdre sa traditionnelle efficacité apologétique, le chrétien dans le vent en est pleinement conscient, mais peu lui importe.Il est convaincu que les déclarations de Vatican I sur le caractère démontrable de l’existence de Dieu n’im-' pressionnent plus personne et qu’il vaut mieux passer tout cela sous silence.PAR-DELA L'HISTOIRE Fort bien, mais la question demeure: pourquoi croire^D’aucuns soutiennent que toute la justification du christianisme repose sur l’existence historique du Christ, homme et Dieu.S’il n’est pas réellement ressuscité, alors tout est à l’eau! Le christianisme dans le vent n’est pas de cet avis.Même une fois admise l’existence historique de l’homme — ce qui.en tout état de cause, ne va pas de soi — comment prouver que cet homme était Dieu?Le recours aux miracles et aux prophéties n’est pas de nature à impressionner notre croyant moderne qui sait bien que les guérisseurs et les prophètes ont existé de tout temps, dans toutes les religions et dans tous les peuples.Il accepte alors de situer ailleurs la justification ultime de sa foi.Il n’appuiera plus cette foi sur la positivité d’un fait historique, mais il enracinera au contraire sa croyance au fait historique dans le sol de plus en plus mouvant de sa foi.Lors du colloque organisé par la revue Sept-Jours en février dernier sur “Dieu existe-t-il?” (7), les deux participants chrétiens répondent aux arguments invoqués par Hertel-l’athée que, au fond, cette question n’a pas l’importance primordiale qu’on lui a accordée: “moi, personnellement, dit le Pasteur Beaudon, je m’en fiche de l’historicité de Jésus comme je me fiche de l’historicité de Shakespeare” (8).Et l’animateur Volkoff résume le débat de la façon suivante: “La conclusion, c’est que l’existence de Jésus n’entre absolument pas en ligne de compte! .C’est son enseignement qui compte, ce qui en est sorti.Son historicité humaine est moins importante qu’elle ne l’est pour les historiens”.(9) Ainsi notre question reste sans réponse: pourquoi la Foi?Le chrétien dans le vent qui, jusqu’ici, nous a laissé, par souci de dialogue, l’initiative de la discussion, se resaisit: il nous assure que c’est la façon ( 5) Cahiers de Cité Libre no 3, février 1967, p.17.( 6) Id., p.24.fl! { 7) Sept-Jours: ( 8) Id.( 9) Id., p.30.illiîillii .| y y* \ ¦ v ' CLAUDE PANACCIO Monsieur Panaccio fait le procès de ce qui appelle le “christianisme dans le vent” dont Maintenant serait pour ainsi dire le prototype dans notre milieu.Ce “christianisme dans le vent" s’identifierait à l’aile gauche de l’Eglise et se caractériserait par la tendance à “constamment relativiser la tradition religieuse”.Si l’on s’aventure dans ce processus de relativisation, ajoute fauteur, ne faut-il pas aller jusqu’au bout, avec toutes les conséquences que cela comporte: dans le cas, la séparation d’avec l’Eglise?Effectivement M.Panaccio, à la fin de son article, invite tous les adeptes du christianisme dans le vent — dont Maintenant — à faire un effort de lucidité et à s’avouer simplement ce qu’ils sont devenus, c’est-à-dire des agnostiques.jjl yy?.- Acculés à un aveu d'agnosticisme?La logique de M.Panaccio semblerait nous acculer à cet aveu.En effet, il paraît bien difficile de ne pas accepter certaines critiques de l’institution, des rites et de la doctrine du christianisme que la majorité conciliaire, du reste, à Vatican II, a enregistrées dans des documents officiels.Nous passerions alors pour des retardataires et des gens qui refusent le bon sens.M.Panaccio serait le premier à nous en faire le reproche.“La solidarité totale avec un corps, écrit-il, qui se réclame encore de la loi naturelle pour condamner la contraception et qui compte dans ses ;rangs les personnalités les plus éminemment réactionnaires de notre époque (cf.“ .la guerre au Vietnam im- re a gf8l‘ tie même de poser la question qui est sujette à caution.Demander à quelqu’un pourquoi il a la foi, c’est montrer qu’on ne comprend rien à la foi elle-même.Car elle est fondamentalement un risque, un saut dans l’inconnu.Ce n’est pas un acte du coeur, déjà Pascal l’avait dit.Le christianisme n’est en somme, comme le dit Maurice Lagueux, qu’une “espérance de salut pour les hommes” (10), l’exigence pratique d’un au-delà.Aucune connaissance de Dieu n’y est impliquée.Les termes “Dieu personnel’’, “intelligence divine”, “amour divin”, ne sont et ne peuvent être que des tentatives insuffisantes pour pallier l’impossibilité d’exprimer l’inexprimable: “croire en un Dieu personnel, ce n’est pas se faire le champion d’une métaphysique quelconque, c’est être profondément convaincu qu’il n’est pas absurbe de prier” (11).Roger Rolland, dans un texte intitulé “La Foi” et publié dans la Revue Maintenant (juin 1962, p.214).insiste pour ne pas réduire la question de la foi à ce qu'il appelle “un simple argument d’ordre logique ou historique”, “nous n’en serions guère avancés”, ajoute-t-il.La foi est tout autre chose, elle implique d’abord “un acte d’amour préalable, une vaste intuition généreuse et dynamique .”, et le reste relève du “mystérieux cheminement de la grâce que personne ne peut forcer, que personne ne peut imposer, ni à soi-même, ni aux autres”.Nous nageons donc en plein mystère: le chrétien dans le vent sait qu'il sera sauvé et il sait que Dieu existe, rien d'autre.C’est tout ce qu’il sait, sans d’ailleurs pouvoir donner aux mots qu’il utilise un sens quelconque.C’est le point culminant du christianisme dans le vent.Nous l’avons vu dépasser l’institution, dépasser le dogme et le rite, dépasser la particularité de telle ou telle religion, dépasser les arguments rationnels, dépasser les arguments historiques pour finalement en venir à affirmer de but en blanc sa foi comme étant le risque suprême de son existence, le pari par (10) Cahiers de Cité Libre no 3, février 1967, p.20 ' : > • 41 excellence.Désormais il ne dépassera plus rien: il s’enferme dans une foi qui n’a pas besoin de justification et qui au contraire justifie tout le reste.Il peut enfin se reposer en cette affirmation sublime: je crois en quelque chose dont je ne peux rien dire et je n’ai aucune raison d’y croire.Dès lors toutes les questions, toutes les critiques qu’on peut lui adresser, tous les arguments qu’on peut invoquer passent inévitablement à côté de la question et se heurtent à un inébranlable “je crois .” On pourra insister pour savoir comment une telle position justifie la participation à un culte rituel, on pourra demander ce qui lui permet de prier cet Absolu absolument inconnaissable dont il se réclame, on pourra souligner le fait que dans ces conditions non seulement les dogmes ne sont plus immuables, mais qu’ils ne veulent plus rien dire du tout, il nous accordera tout ce que l’on voudra; sa Foi n’en sera que plus pure.L’essence de la religion, disait le grand philosophe Flerbert Spencer, est d’affirmer la présence mystérieuse de l’Absolu et toute religion qui dit plus que cela se trahit elle-même.C’est bien l'avis de notre chrétien dans le vent et nous ne sommes pas sûrs que ce ne soit pas aussi le nôtre.Mais que reste-t-il de commun entre cette position et la religion définie traditionnellement par un contexte institutionnel, dogmatique et rituel?On ne peut s’empêcher de penser à ce que disait Freud dans l'Avenir d'une illusion: “L’ignorance, c’est l’ignorance; on ne peut en tirer le droit de croire à quoi que ce soit”.Le christianisme dans le vent serait-il agnosticisme à peine déguisé?Pourquoi ses adeptes ne le reconnaissent-ils pas?Pourquoi demeurent-ils complices d'une institution dont ils n’acceptent plus que le nom?Pourquoi ne cessent-ils pas de marcher à reculons et ne commencent-ils pas à regarder où ils vont?CLAUDE PANACCIO: Professeur de philosophie au CEGEP de Ahuntsic (Montréal ).(11) Id.p.1 6.est une guerre sainte”! ne laisse pas d'être gênante pour qui est animé de préocecupations sociales sérieuses”.Par contre, si nous mettons le doigt dans l’engrenage de la "relativisation”, selon M.Panaccio, nous ne pouvons plus nous arrêter et devons aller jusqu'au bout: c’est-à-dire l’agnosticisme.L’argument qui sous-tend l’article est assez subtil, mais se laisse nettement percevoir, du moins à une lecture attentive.On pourrait le résumer de la façon suivante sans trop trahir la pensée de l’auteur: si vous êtes intelligents,vous devez “relativiser” un certain nombre de choses, dans l’Eglise et dans le christianisme, qui tiennent soit à l’humain, soit à un état de culture aujourd’hui révolu, etc.; mais une fois engagés dans ce processus de relativisation, une logique implacable vous conduit à l’agnosticisme.Si vous n'allez pas jusque-là, c’est par manque de lucidité ou de courage, nous laisse entendre M.Panaccio.L’intelligence, la lucidité et le courage vous mènent donc immanquablement à l’incroyance ou à la non-croyance.Une apologétique à rebours Nous avons vraiment l’impression de retrouver une apologétique fort semblable à celle qu'on nous servait autrefois dans nos collèges pour nous “démontrer” que tout homme, s’il réfléchit bien et s’il a le courage d'adhérer à la vérité, doit accepter la foi chrétienne.La logique qu’on utilisait alors n'était pas moins bonne que celle de monsieur Panaccio.Nous avons affaire au même type d’apologétique, mais à rebours.La même façon de simplifier les démarches complexes d’un cheminement spirituel et de réduire le christianisme à un système de "vérités” immuables jusque dans leur formation.On conserve même le florilège d’apophtegmes des nouveaux papes: Freud, Spencer, etc.Une méthode pas nouvelle On reprochait autrefois à la scolastioue décadente des manuels catholiques de réfuter les “erreurs” modernes comme le kantisme, l’hégélianisme, le marxisme, par une wm 'ËÈË.BS 1Ü ¦ M note en pied de page ou un court paragraphe: quelques bouts de phrases du philosophe en question, un “résumé” de sa doctrine et la réfutation.Il n’était pas nécessaire d’avoir lu beaucoup de leurs oeuvres; il suffisait d’avoir découvert la tendance de chacun de ces philosophes.De Maintenant M.Panaccio ne cite que quatre courtes phrases (ou bouts de phrases) tirées de quelque 2,650 pages grand format dont un bon nombre furent consacrées aux problèmes religieux.Voici ces quatre citations : 1 — “Le Concile a sonné le glas du monolithisme” (P.Dou-cet, mars 1967) 2 — La religion est “l’appareil rituel, verbal et institutionnel qui oriente et régit les relations de la créature avec son créateur” (Roger Rolland, janv.1962) 3 — Dans un article sur “Hors de l’Eglise point de salut?”, il a été écrit: “Qui oserait poser de telles limites à la miséricorde de Dieu .Dieu offre concrètement à chaque homme dans sa situation historique des possibilités réelles de salut, que ce soit à travers les religions non chrétiennes ou même à travers des sagesses humaines qui, sans être explicitement théistes, proposent un idéal de service et de dévouement à la justice, à la paix et à la fraternité sur terre” (V.Harvey, janvier 1966, p.3).4 — Roger Rolland insiste pour ne pas réduire la foi à “un simple argument d’ordre logique ou historique .qu’elle implique un acte d’amour préalable, une vaste intuition généreuse et dynamique” et que le reste relève du “mystérieux cheminement de la grâce que personne ne peut forcer, que personne ne peut imposer, ni à soi-même ni aux autres” (juin 1962, p.214).Je me demande encore comment ces quelques maigres citations extraites de l’ensemble de Maintenant peuvent refléter ce christianisme dans le vent qui ne serait qu’un “agnosticisme déguisé"?M.Panaccio n’a sûrement pas lu la revue de façon régulière.Il semble ignorer notamment que nous a-vons publié un numéro spécial sur Dieu (juin-juillet, 1967).Il y a des chances que ce soit dans ce numéro spécial qu’on trouve le mieux exprimée la pensée de Maintenant sur Dieu! Il semble ignorer également les éditoriaux portant sur le Christ, l'Incarnation, la foi et l'Ealise, pour ne mentionner que quelques-uns des sujets strictement religieux qui ont été traités par l’équipe de direction.Quand on sait déduire! Mais le mouvement est plus large que celui représenté par la revue Maintenant, nous dit M.Panaccio.Pour appuyer cette affirmation, il cite quelques parole du P.Lacroix et du pasteur Beaudon dans la table ronde sur Dieu organisée par la revue Sept-Jours, et quelques bribes d’un article fort intéressant par ailleurs, de Maurice Lagueux dans Cahiers de Cité Libre.C’est une base trop étroite pour fonder une analyse de “l’aile gauche de l’Eglise”.Mais grâce à sa puissance de déduction, M.Panaccio, professeur de philosophie, peut sans doute faire l’économie du long et pénible travail d’analyse où il faut tenir compte du contexte, du genre littéraire et de mille autres chinoiseries du métier.Tenez, par exemple, il me suffit d’avoir affirmé que “Dieu offre concrètement à chaque homme dans sa situation historique des possibilités réelles de salut” pour que M.Panaccio me fasse dire du même coup que toutes les religions sont également bonnes, que le catholicisme n’est pas une religion privilégiée (meilleure que les autres) que l'institution n’est pas nécessaire pour ceux qui peuvent s’en remettre à eux-mêmes .Et cela par une déduction très simple: si le catholicisme ne possède pas la Vérité en exclusivité, il ne la possède pas plus que les autres religions; si l'Eglise catholique n’est pas une voie exclusive de salut, elle ne peut pas être une voie de salut meilleure que les autres églises chrétiennes et groupements religieux.On pourrait illustrer ce processus de déduction par la comparaison suivante: si le mur n’est pas blanc il faut bien qu’il soit noir! Un catholicisme pré-conciliaire Le catholicisme que M.Panaccio reconnaît comme orthodoxe, c’est le catholicisme monolithique qui s’approprie toute la vérité et rien que la vérité.De même l’Eglise catholique qu’il reconnaît, c'est celle qui se définit d’abord et avant tout comme une institution s’identifiant à la hiérarchie et finalement à la papauté.En somme le catholicisme et l’Eglise que M.Panaccio privilégie, c’est le catholicisme et l'Eglise du temps de Pie XII.Personne n’ignore qu’il y eut un concile depuis lors qui a changé un certain nombre de choses.Certes, on ne peut demander à un agnostique de voir l’évolution chrétienne de l’intérieur.Cependant, un esprit sérieux, même s’il est agnostique, ne peut aujourd’hui parler du catholicisme et de l’Eglise sans tenir compte de événement et sans se référer aux textes conciliaires.Question d’honnêteté intellectuelle.Si M.Panaccio avait rempli cette exigence d’objectivité, il aurait appris que l’Eglise catholique ne se définit plus d’abord comme une institution, mais plutôt comme une communauté; qu’elle reconnaît que non seulement les églises soeurs, orthodoxes et protestantes, véhiculent une grande part de la vérité et de l’idéal évangéliques, mais que même les religions dites païennes ont une valeur.“L’Eglise catholique, affirme la déclaration conciliaire sur les relations de l'Eglise avec les religions non chrétiennes, ne rejette rien de ce qui est vrai et saint dans ces religions.Elle considère avec un respect sincère ces manières d’agir et de vivre, ces règles et ces doctrines qui, quoiqu’elles diffèrent en beaucoup de points de ce qu’elle-même tient et propose, cependant apportent souvent un rayon de la Vérité qui illumine tous les hommes.Mais il y a là une relativisation que M.Panaccio jugerait autodestructrice: “.sous l’aspect d’une tolérance accrue, c’est une véritable rupture avec l’Eglise traditionnelle qui se dissimule ici.Le passage de l’Absolu au relatif n’est pas un simple glissement! ” C'est l’Eglise catholique elle-même qui ne prend plus au sérieux le “hors de l’Eglise point de salut”.Mais qui sait?C’est peut-être la majorité des cardinaux et évêques qui, au Concile, sont devenus des “chrétiens dans le vent’’ et des agnostiques qui s’ignorent .Et si l’attitude ambivalente que M.Panaccio reproche à Maintenant, à savoir la nécessité de rajeunir et de repenser la religion chrétienne en fonction du monde moderne tout en restant à l’intérieur de l'Eglise, correspondait à l'entreprise conciliaire d'aagiornamento ?Si par hasard .Si par hasard le catholicisme n’était pas un “système” de pensée clos et figé, mais une recherche constante du visage "inconnaissable” de Celui qui aime les hommes et leur offre une espérance?Si par hasard la foi n’était pas la conclusion d’un syllogisme mais un appel et une réponse d’amour?Si par hasard l’église n’était qu’un moyen plus ou moins parfait de rencontrer le Christ et ses frères dans la charité?Si par hasard tout le réel ne se laissait pas enfermer dans la rationalité et le dilemme du “blanc ou noir” de M.Panaccio?Vincent HARVEY. JONAS ET LE NATIONALISME BAPTISTE 43 DE BAPTISTE : 's 1 : ¦ ¦ ¦ ¦¦ ; ¦ JACQUES GRAND’MAISON I m Un titre farfelu et aguichant pour dauber les badauds en mal de nouveauté?Mais non, il n’y a pas de fausses représentations.Le livre de Jonas pose le problème du nationalisme et de la fraternité universelle de tous les hommes.Le salut divin atteint toute la création, toute l’histoire et l’humanité entière.La paternité de Dieu fonde cette fraternité qui prend des dimensions nouvelles en Jésus-Christ.Voyons d’abord ce qui arrive à Jonas.JONAS VEUT DAMNER LES "MAUDITS ANGLAIS" Jéroboam II avait réveillé le nationalisme d’Israël face à l’empire assyrien oppresseur.Deux patriotismes fanatiques se dressaient l’un contre l’autre.Depuis le temps de la captivité, les Israélites nourrissaient des sentiments de vengeance et perdaient de vue la volonté salvifique universelle de Yahvé.Celui-ci inspira l’histoire d’un prophète qui allait servir une leçon des plus pittoresques.Jonas, nationaliste comme ses frères, se voit assigner la mission d’annoncer le salut à la païenne Ninive.Première réaction: la fuite.Comment irait-il sauver ceux qu’il voudrait exterminer?Ulevn fait ici une analyse très fine du drame biblique.On sait que Jonas accepte de sacrifier sa vie pour sauver les matelots du navire en détresse.En effet, la loi commande la générosité envers le prochain.Mais ce qui est insupportable pour le prochète, c’est le projet divin de sauver les païens, les autres nations, en bloc.Ils seraient donc épargnés au jour du grand jugement.Du moins Yahvé leur accorde une seconde chance d’aller à Lui.Scandale! LA NINIVITE Peine perdue, Jonas se retrouve à Ninive.Les citoyens se convertissent contre toutes ses attentes.Dieu a pardonné.Le prophète nationaliste ne cache pas son dépit.L’écrivain biblique va alors pousser l’ironie jusqu’au bout.La parabole se termine par un incident qui révèle le comportement grotesque de Jonas et aussi d’Israël.Pendant son repos sous un soleil ardent, le Créateur fait pousser en un rien de temps un lierre qui va le rafraîchir de son ombre.A son réveil, la plante se dessèche subito.Jonas maugrée une fois de plus.Et quoi, il s’apitoie sur le sort d’une plante, alors qu’il refuse le salut de milliers d’hommes! L’intention biblique est claire.L’intolérance nationaliste d’Israël est non seulement ridicule mais infidèle au Dieu d’Abraham.Ninive, c’est la personnification de ceux qu’on rejette, des “autres” avec qui il n’y a rien à faire.Israël se sert même de sa foi pour les condamner.“Ces gens-là n’ont pas notre foi, ils ne peuvent changer”.Toute forme de préjugé est ici réprouvée, surtout celle d’un nationalisme fanatique qui veut s’approprier le Dieu des nations.Tout au long de l’histoire judéo-chrétienne, la ninivite va réapparaître sous diverses formes.Elle existait au temps du Christ; elle est aussi vivante dans notre société contemporaine.LE CHRIST ANTI-NATIONALISTE?Il est intéressant de rapprocher le message de cette tragi-comédie divine de l’Ancien Testament avec le signe de Jonas dont Jésus a parlé: “Car de même que Jonas devint un signe pour les Ninivites, ainsi le Fils de l’Homme en sera un pour cette génération .les hommes de Ninive se dresseront lors du Jugement avec cette génération et ils la condamneront” .(Le 11,29-32).Nous ne retenons qu’un aspect du symbole rappelé ici.Le signe par excellence apporté par le Christ est sa Résurrection.Or, celle-ci marque un premier éclatement décisif de toutes les barrières qui divisaient les hommes en eux-mëmes et entre eux, maintenaient des séparations insurmontables entre Dieu, l’homme et l’univers.Le mystère pascal rejoint l’humanité à sa racine et à son sommet au-delà des différences raciales, nationales, religieuses ou autres.Avant la Pâque, Jésus laissait entendre à la cananéenne qu’il n’était venu que pour les brebis d’Israël.Au jour de l’Ascension, il semble tenir un tout autre langage.C’est au monde entier, à toutes les nations que le salut doit être offert.On sait qu’il répondait par la même occasion à la question nationaliste de ses disciples qui voulaient la restauration du royaume d’Israël, de son indépendance et de sa puissance vis-à-vis les autres nations.Plus tard, Paul devra affronter le “Pape Pierre” pour défendre l’universalisme de la foi face aux prescriptions nationalistes et religieuses que les judéo-chrétiens tentaient d’imposer aux païens.Or, celles-ci venaient menacer meme la venté interne de l’appartenance au Christ et à l’Eglise. 44 Cette interprétation superficielle, ou du moins de premier regard, nous présente un Christ a-politique et anti-nationaliste, un christianisme apparemment incompatible avec toute forme de nationalisme.LES NATIONALISMES EUROPEENS ET L'EGLISE L’histoire semble confirmer ce mauvais ménage à chaque fois que des politiques nationalistes s’exprimaient dans des Eglises particulières.L’avénement des nouveaux Etats nationaux au Moyen-Age amenait dans l’Occident un second éclatement de la chrétienneté.Après le schisme de Byzance, c’était celui de la Réforme, qui comportait comme le premier des incidences politiques et culturelles.Déjà ici un deuxième regard met en cause l’identification de l’Eglise universelle à une unité de type politique, à une chrétienté qui nivelle les ensembles humains, juridiques ou autres.Il en résultait donc à la fois un bienfait et un malheur possibles; une Eglise relativement plus autonome vis-à-vis les pouvoirs séculiers, mais aussi plus désincarnée par rapport aux solidarités humaines concrètes.Les deux situations, de fait, ont co-existé jusqu’à nos jours.D’une part, l’ecclésiologie du Concile de Trente consacrait une conception de la “foi en soi” qui se tient toute seule par elle-même au-dessus de l’aventure quotidienne des individus et des mouvements collectifs historiques de tout ordre; d’autre part les nationalismes religieux allaient opposer les protestants et les catholiques et provoquer une déchristianisation progressive des uns et des autres.Les églises non terminées de cette époque expriment dans la pierre les retentissements de ces luttes religieuses sur la foi des uns et des autres.Le difficile oecuménisme d’aujourd’hui porte ce poids extrêmement lourd du passé.Pensons aux événements récents en Irlande au Nord.LE MOYEN-ORIENT RELIGIEUX CONTRE-TEMOIGNE Dans une perspective plus large, nous pourrions faire des rapprochements très étroits entre l’histoire des guerres et celle des religions.Celles-ci ont servi très souvent de support à la plupart des affrontements nationalistes, racistes et impérialistes.Les historiens s’accordent facilement ici.Tous les vestiges autour du bassin de la Méditerranée, par exemple, en témoignent.Et le Moyen-Orient actuel, dévoré par des haines profondes, porte encore les blessures à vif des combats séculaires entre juifs, orthodoxes, musulmans et catholiques.Il y a ici un renforcement mutuel des facteurs racistes, nationalistes et religieux.L’aventure moderne d’Israël trouve des correspondances dans les Croisades.De même toutes ces luttes récentes qui ont eu cours en Grèce, à Chypre, à Suez, au Sinaï et sur les rives du Jourdain.Evidemment la religion ne saurait servir de critère explicatif universel, mais nul ne peut contester son importance dans les terribles guerres du passé et du présent.Pour les chrétiens, cette situation séculaire renvoie à l’image pascalienne du Christ à l’agonie sur la terre sainte.Nous sommes encore loin de la Jérusalem nouvelle, malgré la Résurrection.En ce domaine, certains hommes d’Eg 1 ise cultivent un optimisme schizophrénique.On souhaiterait une meilleure évaluation du paradoxe scandaleux entre la victoire pascale et l’horrible champ de bataille religieux et politique autour des lieux saints où s'affrontent des juifs, des chrétiens, des musulmans.Les observateurs de partout se limitent à la dimension politique.Or.le problème concerne aussi la foi commune de trois grandes religions qui viennent interférer tragiquement dans cette question d’envergure mondiale.Toutes trois contre-témoignent du salut universel qu’elles annoncent.DIS (¦i idi i LA CHRETIENNE AMERIQUE Claude Julien, dans une oeuvre récente sur l’impérialisme nationaliste américain, a analysé les fondements religieux de la mission mondiale que les Etats-Unis croient avoir.Cette terre de la liberté et du progrès a des origines religieuses.Elle a été conquise et peuplée sous le signe de grands mouvements religieux missionnaires.Pensons à l’idéologie religieuse des puritains, au prosélytisme des sectes, à l'intégration des immigrants pour les diverses institutions religieuses, et cela tout au long de l’histoire américaine.La participation aux guerres modernes puisait des motivations dans cet humus religieux.Durant la guerre de Corée, le Cardinal Spellman faisait un lien entre la grâce du Christ et {'AMERICAN WAY OF LIFE.Il revenait à la charge au Vietnam en s’adressant aux soldats du Christ.En ce domaine, les catholiques auraient-ils doublé les protestants à droite?Conquêtes économiques et spatiales, mobilisation des MARINES vers tous les points chauds de la planète, luttes internes pour ou contre la ségrégation raciale, autant d’entreprises qui comportent des motifs religieux souvent implicites et ambigus.On démêle difficilement ici l'authenticité de la foi et les contrefaçons religieuses qui ont des conséquences désastreuses pour le témoignage chrétien.NATIONALISME RELIGIEUX ET DEVELOPPEMENT Un peu partout dans le monde, la religion apparaît comme un frein au développement de l’Inde, tel est le cas des pays musulmans, de la catholique Amérique du Sud, des dictateurs hispaniques.Même l’hypothèse de Weber sur le protestantisme comme facteur d’incitation au progrès est contestée.Ici.la religion n’aurait servi que de justification en dernière instance.C’est le rejet de la religion et la sécularisation qui auraient libéré les forces vives de l’homme pour l’avancement scientifique et économique, pour l’émancipation politique et culturelle.Le nationalisme ne deviendrait progressif et dynamique- que dans la mesure de sa désaliénation religieuse.Le dossier historique accumule des preuves accablantes qui secouent tout croyant lucide.C’est peut-être une des sources de la théologie récente de la mort de Dieu, qui tente de démontrer que le christianisme n’est pas une religion.Or, parce qu’il ne s’est pas encore dégagé de sa gangue religieuse, il continue d’écraser l’homme au lieu de le libérer comme le veut la tradition judéo-chrétienne. AVATARS POLITIQUES DES RELIGIONS NATIONALISTES 45 Si nous poursuivons ce procès, nous rencontrons d’autres indices tout autant accusateurs.Les religions d’Etat ont empoisonné la vie civile et la vie religieuse.Le catholicisme en Espagne, le protestantisme en Suède, l’anglicanisme en Angleterre, le christianisme orthodoxe en Grèce, l’islamisme au Pakistan, sont quelques exemples parmi beaucoup d’autres, des avatars d’une situation historique qui perdure encore aujourd’hui au détriment des hommes et des croyants eux-mêmes.L’institution religieuse se condamne elle-même; soit qu’elle perde sa mission propre, soit qu’elle se plie à des compromis inadmissibles (dans les pays de l’Est), soit qu’elle favorise le cléricalisme ou le césaro-papisme.soit qu’elle soutienne des dictatures.Elle devient ainsi exécrable pour tout homme de bonne volonté.En d’autres circonstances, elle joue un rôle différent mais non moins négatif.En Belgique, par exemple, elle sert de champ de bataille pour l’affrontement des nationalismes wallons et flamands.Jusqu’à tout récemment en Hollande, les deux groupes religieux et le groupe neutre constituaient trois blocs sociologiques qui semblaient co-exister pacifiquement et même collaborer.Les apparences masquaient des divisions et des préjugés très profonds.Encore ici la sécularisation revient faire l’unité d’une communauté humaine divisée par la religion.LES PARTICULARISMES RELIGIEUX AU CANADA Ce tour d'horizon nous amène sur notre propre terrain.Comme les Etats-Unis, le Canada a des origines religieuses.Pensons aux premiers temps de la colonie française, à ceux des loyalistes du Haut-Canada.De part et d’autre, le nationalisme et la religion se sont renforcés pour dresser les deux communautés l’une contre l’autre.L’immigration des catholiques irlandais est venue compliquer le jeu des antagonismes.Le nationalisme catholique des irlandais ajoutait deux nouveaux fronts en luttant contre les anglo-protestants et les français catholiques.Il semble que ces derniers ont fait les frais de la plupart des affrontements.La bataille des écoles, particulièrement, en fait foi.Souvent la hiérarchie irlandaise s’est liée aux pouvoirs civils protestants, pour écraser les minorités françaises.Le mot “persécution” n’est pas trop fort pour qualifier ces vicissitudes quotidiennes que la grande histoire a trop peu investiguées.NATIONALISME QUEBECOIS D'HIER ET D'AUJOURD'HUI Tout cela n’était pas sans provoquer une liaison toujours plus étroite entre la langue et la foi, entre le catholicisme et la société canadienne-française.Les grands mythes de notre collectivité (tel 1 agriculturisme par exemple), les grands refus (1 urbanisation, l’industrialisation), la méfiance de 1 Etat et de la politiaue.la vocation missionnaire en Amérique et sur les terres étrangères, ont puisé leur source dans le nationalisme religieux.Celui-ci a bien peu de choses en commun avec les formes modernes et séculières du nationalisme; qu’il s’agisse des indépendantistes du Québec ou des artisans de l’émancipation des jeunes nations qui se sont atlirmées politiquement depuis la agence du livre français 7 ESSAIS D'INTERPRETATION DE LA REALITE PERUVIENNE par José-Carlos Mariategui (préface de Robert Paris) .$5.15 NAISSANCE D'UNE PEDAGOGIE POPULAIRE par Elise Freinet .$5.90 LES BOLCHEVIKS PAR EUX-MEMES par Georges Haupt et Jean-J.Marie .$6.75 LE MARXISME DEVANT LES SOCIETES "PRIMITIVES'' par Emmanuel Terray .$4.20 LENINE ET LA PHILOSOPHIE par Louis Althusser .$2.50 ECONOMIE POLITIQUE DE L'ESCLAVAGE par Eugene D.Genovese .$5.15 L'ESSENCE DU CHRISTIANISME par Ludwig Feuerbach .$9.50 LES REVUES: Revue PARTISANS, no 44, "Le complot international'' .$2.40 Revue TRICONTIMENTAL, No 4 .$1.40 TEMPS MODERNES, no 270 .$1.25 Agence du livre français 1249 ouest, rue Bernard, Montréal 154 Tel.: 271-6888 46 dernière guerre mondiale.En effet, le premier était le fait d’une société fermée, repliée sur elle-même, xénophobe, dogmatiste et traditionnaliste.Le second est tourné vers l’avenir, et ouvert aux grands courants politiques et culturels du monde.Il aspire à bâtir un Etat moderne, une économie dynamique et planifiée, une société laïque, une culture originale et autonome.Il tend à considérer les groupes religieux comme des familles spirituelles privées ou séparées juridiquement de l’Etat, libres au sein de l’univers pluraliste urbain.Il s’agit ici de deux tendances principales qui comportent de fait des “variantes”.SECULARISATION DU NATIONALISME Le Québec dans son histoire a connu des poussées nationalistes de type séculier.On en trouve des indices dans le mouvement de 1837, et dans celui de l’Institut canadien.Mais le primat religieux a été assuré par l’emprise cléricale qui aurait troqué avec l’Establishment anglo-protestant la protection de la langue et de la religion en retour de la renonciation à l’indépendance économique et politique voulue par les Patriotes.Il faudrait évidemment nuancer ces jugements trop rapides.Mais beaucoup de recherches historiques viennent les appuyer dans leurs affirmations essentielles.Les grandes luttes politiques et économiques ont été déviées vers des objectifs culturels et religieux par le truchement de ce nationalisme.Les élites politiques et cléricales étouffèrent donc un mouvement populaire et un nouveau leadership laïque qui étaient prêts à prendre des moyens radicaux pour une société canadienne-française libre.Parce que la religion risquait de passer au second plan, parce que l’idéologie religieuse valorisait par-dessus tout l’ordre établi, il fallait mâter les rebelles.L’immigration importante de religieux français ultramontains allait faire pencher la balance des forces du côté clérical.Une certaine unanimité religieuse se maintint jusqu’à tout récemment.RADICALISATION DU NATIONALISME L’anti-duplessisme et l’anti-cléricalisme des années 50 laissèrent rapidement place à l’expression politique des grands changements urbains, économiques et culturels d’après-guerre.La mobilité en tout sens de notre société québécoise exigeait un point d’ancrage.Celui-ci ne pouvait se trouver dans un passé qu’on jugeait maintenant avec beaucoup de sévérité.Un néo-nationalisme prenait sa première foulée dans la Révolution tranquille.Dans un Canada divisé par tant de particularismes, et distendu par un tel espace géographique, le Québec affirmait son identité culturelle et politique.Il apparaissait comme le seul bloc cohérent dans la mosaïque disparate du Canada.En poussant la logique jusqu’au bout, ce néonationalisme nous conduit à la recherche de l’indépendance politique du Québec.Des leaderships dynamiques visent une société originale, différente du modèle américain, laïque et plutôt de t y p e socialiste.Ce nouveau radicalisme progressif amène de plus en plus une tendance dichotomique des attitudes politiques; d’une part une convergence des couches populaires conservatrices et des bénéficiaires francophones ou anglophones de l’Establishment, d’autre part une alliance des indépendantistes et des jeunes forces révolutionnaires.L’affrontement se précise de jour en jour.LE CATHOLICISME QUEBECOIS FACE AU NEO-NATIONALISME C’est ici que notre question centrale surgit.Qu’advient-il de ce phénomène encore massif qu’est le catholicisme québécois?Comment se situent 1 Eglise institutionnelle, les communautés chrétiennes, les individus croyants dans ce mouvement historique indéniablement sécularisé?Le christianisme de chez nous sera-t-il un frein, un accélérateur, un objet encombrant ou un ‘gadget amusant dans les nouveaux rouages politiques?Je me demande si l’évolution religieuse durant cette dernière période a reçu toute l’attention qu’elle méritait.Elle n’a occupé l’opinion publique qu’à de rares moments, par exemple lors du débat autour du Bill 60.Le catholicisme québécois a trop d’enracinements dans notre société pour rester aussi longtemps marginal, silencieux et latent dans les débats brûlants de notre vie collective.Il m’apparaît important de faire une revision des dernières années avec ces interrogations en tête, et de reprendre les graves problèmes soulevés plus haut en essayant de les éclairer par notre propre expérience naturaliste et religieuse.QUE SE PASSE-T-IL AU JUSTE?Le christianisme, comme les autres grandes religions, s’est presque toujours mal situé dans les nationalismes du passé.En face des nouvelles expériences politiques, nous comptons sur une réflexion et une praxis chrétiennes aussi pauvres qu abstraites.En quoi sommes-nous concernés comme croyants?Quelles ont été les attitudes religieuses diverses dans les principaux événements politiques des dernières années, dans les questions scolaires, linguistiques, ou autres?Que se passe-t-il sur les terrains particuliers des Eglises, dans les rencontres oecuméniques au moment où se posent les questions politiques de l’indépendantisme ou du bilinguisme?La hiérarchie, le clergé, ont-ils des options très diversifiées, des positions claires ou vagues, des politiques ouvertes ou camouflées?Bref, le facteur religieux intervient-il dans le nouveau nationalisme ou devient-il progressivement une variable indépendante?Comment l’Eglise, les croyants, vivent-ils le défi de Jonas?Nous essaierons un premier diagnostic dans le prochain article.A JACQUES GRAND’MAISON: Professeur de théologie à l’Université de Montréal. i-€» h€» i~€» hK» hC* >-€* !^€* >“€* y marabout actuaitté y Pourks futum mamans En 1952, sous le contrôle du Dr Lamuze et pour la première fois en France, une femme mettait au monde un enfant, après avoir suivi la méthode de l’accouchement sans douleur.Peu de temps après, paraissait le Marabout Service « Comment accoucher sans douleur ».La nouvelle édition, que propose aujourd’hui l’auteur, le Dr Goodrich, tout en reprenant une partie importante de son précédent ouvrage, lui apporte d’importants compléments et s’enrichit des résultats dune plus longue expérience, confrontée avec celle du Dr Lamaze.Il fournit une information encore plus précise.Il montre à la femme, au couple, comment « participer » véritablement à la « préparation * dun événement qui n’est plus dominé par la souffrance.asucrau! MARABOUT y strfice Dr FREDERICK W.BOODRICH Préface du docteur Pierre Vellay cornent aeemher sans douleur PAR UNE PRÉPARATION CONSCIENTE nouvelle édition entièrement remise é pur et augmentée 3521 DÉJÀ PARUS POUR LA FEMME DANS LA MÊME COLLECTION: xor.-yy comment mgncr flctititjm- WÊÊÊm "W.:a «&.•.:¦ fi .L A IX iX ¦X-.XK-yf ¦;>*>¦ :%•: ¦.vk'ttynp.ho OXOfX/ >:x
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