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Maintenant
Revue d'idées très en phase avec les débats qui animent la société québécoise durant la Révolution tranquille.

[...]

La revue Maintenant arrive et s'inscrit dans l'effervescence du Québec des années 1960, au moment de la Révolution tranquille. Elle a pour vocation de remplacer la Revue dominicaine en créant un lieu de discussion collé sur l'actualité. Pour s'insérer davantage dans l'activité intellectuelle de son temps, la nouvelle revue affiche une facture moins savante.

Père Henri-Marie Bradet, directeur de la revue depuis ses débuts en 1962, rassemble rapidement de nombreux collaborateurs, clercs et laïcs. Plusieurs dominicains, mais aussi Benoît Lacroix, Louis Lachance, Émile Legault, Gérard Dion et Louis O'Neill offrent des contributions à la revue, tout comme les laïcs Hélène Pelletier-Baillargeon, Louis Fournier, Pierre Saucier, Dr Paul David, Ernest Pallascio-Morin, Jacques-Yvan Morin, Guy Robert et Naim Kattan, parmi de nombreux autres.

La volonté d'actualisation du catholicisme prônée par Maintenant tient ses racines dans le personnalisme des années 1930 et son ouverture à l'individualisme, et coïncide, en 1962, avec le programme de réformes du catholicisme de Vatican II, duquel la revue portera l'esprit au Québec. Elle offre une tribune aux catholiques de gauche, soucieux de montrer un esprit actuel et moderne à la jeunesse intellectuelle.

Maintenant s'adapte rapidement aux changements accélérés en cours dans la société québécoise et devient un lieu de débat important. Les clercs souhaitent se positionner comme porteurs d'une conscience morale évolutive de la société vis-à-vis des intégristes et du contrôle de l'Église. Cet humanisme chrétien motive Maintenant à adopter hâtivement le socialisme démocratique et à cautionner et pousser l'idée de l'indépendance politique du Québec.

Le contexte de laïcisation et de pluralité grandissante des affiliations religieuses, conjugué au déclin de l'attachement national canadien-français et catholique, donne naissance à un nationalisme québécois civique qui se manifeste notamment dans la déconfessionnalisation de l'enseignement public. Maintenant en sera partie prenante.

La revue participe ouvertement aux débats sur la régulation des naissances, mais, par principe religieux fondamental, demeure d'abord contre l'avortement. Et bien qu'elle appuie une laïcité ouverte, la revue refuse affronte la position radicale de la relégation du religieux à la sphère privée. Les audaces que Maintenant se permet font des mécontents à la tête de l'ordre dominicain à Rome, qui demande la destitution du père Bradet en 1965. La maison provinciale de l'ordre ne souhaite pas se ranger dans la réaction. Le père dominicain Vincent Harvey prend la relève de Bradet à la direction et offre au contraire davantage d'autonomie à la revue, qui appuie plus résolument le socialisme et l'indépendantisme québécois.

Maintenant souhaite mettre un terme au nationalisme messianique pour que toute la place soit laissée à un mouvement politique pragmatique, qui envisage la souveraineté politique comme moyen pour le Québec de se développer. Tous les dominicains ne sont toutefois pas à l'aise avec les positions politiques de la revue. L'ordre sort de l'aventure en 1969. Son maigre financement est dorénavant assuré par Pierre Péladeau. La revue délaisse alors presque complètement le contenu religieux pour se concentrer sur les questions politiques, sociales et économiques.

Durant la période qui suit, Maintenant accueille des collaborateurs réputés, dont Robert Boily, Jacques Parizeau, Michèle Lalonde, Fernand Dumont, Jacques Grand'Maison, Jacques-Yvan Morin, Guy Rocher, Camille Laurin, Pierre Vadeboncoeur et Louis O'Neill. Hélène Pelletier-Baillargeon y est toujours et sera d'ailleurs nommée directrice au décès de Vincent Harvey en 1972.

Maintenant est affiliée aux journaux indépendantistes et réformistes Québec Presse (1969-1974) et Le Jour (1974-1978). Les trois cahiers publiés en 1975 sont d'ailleurs distribués avec Le Jour. Plusieurs des collaborateurs des dernières années seront des figures importantes du gouvernement et de l'administration du Parti québécois à partir de 1976.

Source:

ROY, Martin, Une réforme dans la fidélité: la revue Maintenant (1962-1974) et la «mise à jour» du catholicisme québécois, Québec, Presses de l'Université Laval, 2012.

Éditeurs :
  • Montréal, P.Q. :les Dominicains en collaboration avec d'autres clercs et des laïcs,1962-1975,
  • Montréal :Éditions Maintenant inc.,
  • Montréal :Editions Maintenant :
Contenu spécifique :
Août-septembre
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
chaque mois
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Prédécesseurs :
  • Revue dominicaine ,
  • Témoins
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Références

Maintenant, 1969-08, Collections de BAnQ.

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DÜLLARD DES ORMEAUX DISCOTHÈQUES UREUR VIVRE VILLE MONT-ROYAL QUI EST PAUL TILLICH?17U20 il-12-69 r ^ v No 88 o, x., AOUT - SEPTEMBRE 1969 — 75 194 LA CLÔTURE SCOLAIRE En août dernier, les journaux rapportaient les faits relatifs à la récente crise scolaire de Ville Mont-Royal.A la lumière de ces divers reportages, on voyait se dessiner l’affrontement suivant: 1—D’une part les éléments francophones de la Commission scolaire, désireux d’ajouter quatre classes préfabriquées aux cinq déjà existantes à l’Ecole secondaire Mont-Royal (chemin Rockland).Cette dernière est appelée, conformément aux décisions du Comité de coordination de la planification scolaire de la région métropolitaine de Montréal, à.devenir dans un bref délai, du fait même de son rythme de croissance, la polyvalente francophone pour les jeunes filles de la région de Mont-Royal, Outremont, Côte-des-Neiges et Parc Extension.2—D’autre part un Conseil municipal à majorité anglophone, qui par son obstruction unanime, rejette subitement en deuxième lecture (après un avis de motion et une première lecture favorables) un projet d’amendement de zonage destiné à permettre l’érection de telles classes et la prolongation des classes déjà existantes.Cette volte-face inattendue aurait été motivée par les arguments d’une pétition-surprise de 115 noms à majorité anglophone (dont 32 propriétaires réels) faisant état des “constats” suivants: A) Les classes préfabriquées constituent un risque d’incendie B) Elles sont inesthétiques C) Elles dévaluent les propriétés avoisinantes D) Elles servent à des étudiantes “étrangères” (sic) à Ville Mont-Royal.Implications à court terme Quoique le maire Dawson ait voulu minimiser devant les journalistes le sérieux des engagements scolaires de Ville Mont-Royal avec les municipalités avoisinantes, les commissaires auront à honorer, en septembre, leur engagement vis-à-vis d’une population accrue, dûment inscrite, d’au moins 250 étudiantes.Sans les classes préfabriquées additionnelles, il leur sera donc impossible d’offrir le nombre d’options prévues, à moins de recourir au détestable système du double horaire qui pénalise déjà, physiquement et psychologiquement, un si grand nombre d’étudiants et de familles du Québec.DE VILLE MONT-ROYAL Pourtant, briser ses contrats à la veille de la rentrée, c’est gaspiller l’année scolaire de centaines de jeunes d’Outremont, Côte-des-Neiges et Parc Extension qui ne trouveront pas à se placer ailleurs à si brève échéance.Et ce qui plus est, c’est renoncer à la progression numérale indispensable à l’accession aux normes requises par le Ministère de l’éducation pouf l’obtention d’une polyvalente.Les commissaires n’ont pas l’intention d’y renoncer: ils imposeront le régime d’austérité du double horaire dès septembre.Mais seront-ils suivis?.Un peu d’histoire Nous sommes en 1965, lorsqu’au cours de l’opération ‘55, le Comité de coordination métropolitaine, section nord-ouest, décide pour une période de dix ans, d’établir, d’accord avec la CECM, les deux pôles d’enseignement secondaire St-Viateur (garçons) et Mont-Royal (filles) qui constituent l’origine du projet de cette dernière polyvalente.L’année suivante, en 1966, le rythme de croissance est imprimé à l’Ecole secondaire Mont-Royal par le regroupement intensifié d’étudiantes des municipalités avoisinantes ci-haut mentionnées.Mais le décloisonnement et la démocratisation de l’école francophone ne sont pas accueillis sans murmures par certains éléments d’une population habituée à l’élitisme traditionnel du secteur privé.Le ghetto social de Ville Mont-Royal gémit avant de craquer.Ces murmures iront jusqu’à la rébellion en 1967, lorsque les commissaires déplaceront les derniers éléments catholiques anglophones, dont le petit nombre décroissant ne justifie plus la présence à l’Ecole secondaire Mont-Royal, pour les regrouper dans des locaux réaménagés à grands frais à l’Ecole élémentaire St-Joseph.Désormais, la Commission scolaire est accusée d’expulser d’authentiques résidents de Ville Mont-Royal (anglophones) pour accueillir des “étrangères” (francophones) destinées à servir par leur nombre la “politique de grandeur” des partisans de la réforme scolaire.Illtlllll ÏS DI-OFFSET S cli au aif ! COTE-STE-CATHEI 3, P.Q.— Tel.: 73S lllliili 511 ¦ ' I I .' - .“ " ° : ________________________________________________________________________________________________ 195 Cette accusation vient à la fois des catholiques anglophones ulcérés, et de certains francophones choqués par la démocratisation de la population d’une école publique qu’ils avaient secrètement rêvée aussi “triée sur le volet” que les grands couvents d’autrefois.Le “jouai” a, dit-on, bel et bien sauté la “clôture l’Acadie”: le maire Dawson devient désormais hypersensible à son hennissement narquois .Enfin, dernier fait à signaler, au printemps 1969, un éditorialiste du journal local, le Weekly Post, établit un lien de cause à effet entre l’augmentation croissante de la population francophone de Ville Mont-Royal (25% de la population au dernier recensement) et l’expansion grandissante de l’Ecole secondaire Mont-Royal désormais unilingue.Implications à long terme Tous ces faits sont à relier.Ils accusent l’inconsistance et la mauvaise foi des quatre arguments de la pétition qui décida du veto de l’hôtel de ville.Dans des classes préfabriquées établies sur étage unique au niveau du sol, munies de double sorties et pourvues d’extincteurs chimiques, les élèves francophones ne courent pas plus de risques que les anglophones dans leur propre école.Cette sollicitude subite de leur part est touchante, certes, mais guère convaincante à la réflexion.Quant à l’apparence inesthétique des classes préfabriquées et au risque de dévaluation qui en résulterait pour les propriétés avoisinantes, on croit rêver: Ville Mont-Royal tolère bien sur son territoire des usines tout aussi ternes et banales que Marconi, 7 up, Canada Flooring, Laniel Amusement! Sans parler des cabines de bain, des arbustes en plastique, des faux marbres et des éclairages saumonés des résidences de ses commerçants enrichis.Et depuis quand la proximité d’une maison d’enseignement dévalue-t-elle une maison unifamiliale?N’est-ce pas plutôt l’argument contraire qui nourrit habituellement la verve des agents d’immeuble?S’il est vrai cependant que, dans le cas de l’établissement d’une polyvalente francophone à Ville Mont-Royal, cet argument n’aurait de portée décisive que sur l’éventuel acheteur canadien-français, ne faut-il pas admettre que c’est précisément ce mécanisme que le Conseil municipal entend d’abord enrayer?En ce cas la bataille des classes préfabriquées ne serait que le premier échelon d’une sourde escalade de Ville Mont-Royal contre la polyvalente française.Les francophones à l’heure du choix Dans les mois qui vont suivre, d’autres affrontements se préparent très probablement.Fort de sa victoire, le Conseil de Ville ne manquera pas d’invoquer le “ caractère sacré de ses espaces verts” pour mettre obstruction aux sites qui seront bientôt pressentis pour l’érection de la polyvalente.L’accession au double horaire pourrait en effet accélérer le feu vert du Ministère pour sa construction.Dans un tel cas, le gouvernement du Québec pourra-t-il indéfiniment permettre aux municipalités privées d’entraver ainsi l’expansion et le développement dûment planifié du système d’éducation des Québécois?La future polyvalente Mont-Royal a été prévue pour desservir la population étudiante de tout un pan du secteur nord-ouest de la métropole.C’est par ailleurs l’intérêt légitime des citoyens francophones de Mont-Royal que de s’en faire les ardents défenseurs sur leur territoire.Sauront-ils s’unir pour le faire?Jusqu’à présent, à Ville Mont-Royal, toute allusion à un conflit de races à été soigneusement évitée entre les deux opposants.Comme dans le conte d’Andersen, le roi ne porte aucun vêtement, mais la bienséance interdit à tout le monde de dire qu’il est tout nu.Toute référence d’ailleurs aux conflits scolaires de St-Léonard ou de Matagami a été bannie.Le sigle M.I.S.y est absent.Jusqu’à l’extrême limite, on essayera de sauvegarder la “bonne entente”, du moins extérieure, qui prévaut quotidiennement sur la rue St-Jacques, au terrain de golf ou dans les boutiques du Shopping Center.Mais l’heure n’est pas éloignée où les parents francophones auront à faire l’unité massive de leur nombre en dépit des inconvénients certains du double horaire.En se prévalant de leur aisance matérielle pour dérouter leurs adolescentes vers le secteur privé encore subsistant, ou encore en optant pour le bris de* contrat avec les municipalités avoisinantes, ils feraient le jeu certain de ceux qui s’opposent à la polyvalente.Car celle-ci, si elle voit le jour, sera perçue par les uns et les autres comme une réussite de l’option du groupe canadien-français en faveur de la solidarité avec ses compatriotes voisins et en faveur d un enseignement de qualité conforme aux exigences de l’avenir.Les fidèles électeurs francophones de M.Trudeau sentiront-ils coûte que coûte l’urgence d’un tel choix?Hélène Pelletier-Baillargeon som maire Signes du mois.194 Qui est Paul Tillich?Louis Racine.lif" .198 L'impasse d'une “doctrine sociale" Fernand Dumont.201 .Trois groupes d'âge, une famille d'esprit André Charbonneau.203 Dossier-interview Les sacrements: minute de vérité Jean-Paul Audet.208 Crise des sociétés capitalistes et options socialistes Jacques Flamand.217 TEMOINS: Les discothèques ou la fureur de vivre Pierre Nepveu.221 Retrouverons-nous “La Presse" qu'on avait?Yves Gosselin.224 Courrier de la deuxième classe.Enregistrement no 1419.¦ ' ; -.V- ' ? 196 POWER CORPORATION UNE LUTTE BIEN ENGAGÉE Lignes k du M* MOIS Notre livraison 86 de mai dernier a entrepris une enquête qui a demandé des mois de recherche sur tout le problème de la concentration de l’information au Québec.Trois articles très fouillés, compte tenu des moyens limités d’une publication comme la nôtre, révélaient toute une série de faits troublants sur l’existence d’un empire débordant les cadres de l’information écrite et parlée et embrassant quantité de secteurs vitaux de l’économie québécoise.Se limiter à dénoncer, même dans un dossier assez nourri, une situation que l’on juge dangereuse voire inacceptable, équivaudrait à une déclaration de guerre à laquelle on renoncerait à donner suite.L’équipe de Maintenant, même aidée des collaborateurs les plus compétents, est impuissante par elle-même à mener une bataille efficace.L’affaire Power devrait devenir la préoccupation de chacun de nos lecteurs conscients de l’enjeu très grave auquel on fait face: l’existence d’une information vraiment libre, compromise par l’actuelle tendance monopolistique.Déjà notre action n’est pas passée inaperçue et a reçu des appuis et des informations précieuses en marge de nos démarches.En poursuivant par toute une série d’initiatives compatibles avec les mécanismes d’une société démocratique, on en vient à mieux analyser les rapports de forces et à découvrir des moyens d’action insoupçonnés jusque-là.Qu’on nous permette de rappeler rapidement les différentes phases de l’opération Power, qui ne fait que commencer.1— La commission parlementaire sur le problème de la liberté de la presse.Le dossier publié en mai a attiré l’attention du comité parlementaire, qui a invité la revue à comparaître le 28 mai.Une délégation de la revue, composée de Vincent Harvey, André Charbonneau, Jacques Guay, Jacques A.Lamarche et Yves Gosselin allait dénoncer à l’Assemblée nationale les agissements de Power Corporation.L’éditorial de juin-juillet relate en détail cette démarche et précise les raisons qui motivent la demande d’une enquête royale sur l’information au Québec.2— Conférence de presse du 10 juillet 1969.En pleine période de vacances, nous poursuivions l’action entreprise en tenant une conférence de presse où l’on apportait plusieurs nouveaux développements.A) Tout d’abord les représentants des Editions Maintenant dénonçaient dans un premier communiqué la malhonnêteté intellectuelle dont a fait preuve l’avocat des Entreprises Gelco, Me Jules Deschênes, en tentant de discréditer Maintenant devant la Commission parlementaire à sa séance du 11 juin.B) On se souviendra qu’à sa comparution devant la Commission parlementaire, la délégation de Maintenant, vu l’absence de toute législation québécoise visant à restreindre les concentrations économiques excessives, avait annoncé qu’elle adresserait à la Commission fédérale sur les pratiques restrictives du commerce une demande d’enquête sur le cas de Power Corporation.Nous avons effectivement remis à la presse copie de la demande envoyée à M.D.H.Henry, directeur des enquêtes et recherches, au département des coalitions.M.Henry nous a fait tenir une première lettre où il nous annonce qu’il étudiera avec soin tout le dossier de façon à déterminer s’il y a lieu de tenir une enquête en vertu de l’un ou de l’autre article de cette loi.Le 7 août, nous lui avons demandé de nous préciser si oui ou non l’enquête sera entreprise.C) Parallèlement à cette démarche, Maintenant s’est adressée au Conseil de la Radio-Télévision Canadienne (CRTC), faisant parvenir à son président, M.Pierre Juneau, une demande précise: face aux transactions ambiguës et non éclaircies à ce jour intervenues entre les entreprises Communica, de M.Jacques Brillant, et le consortium Power Corporation, il est indispensable de tenir le plus tôt possible des auditions publiques qui feront la lumière sur ces transferts de propriété.Les représentants des Editions Maintenant annoncent par la même occasion leur désir d’être entendus et de requérir le gel de transfert de portefeuilles tant et aussi longtemps que ne seront pas connus les conclusions de la Commission parlementaire sur le problème de la liberté de la presse et celles de la commission royale d’enquête, qui devrait la suivre, ainsi que le verdict de la Commission fédérale sur les pratiques restrictives du commerce.Au moment d’aller sous presse, l’assistant de M.Juneau nous annonçait que le CRTC prépare présentement une réponse à notre demande.3—Le comité spécial du Sénat sur les moyens de communication de masse.Les démarches de Maintenant auprès de la Commission fédérale sur les pratiques restrictives du commerce aussi bien que la requête adressée au CRTC ont été largement diffusées, si bien qu’une autre instance fédérale, intéressée au problème de l’information, s’est adressée aux Editions Maintenant.Dans une lettre en date du 15 juillet, le Sénateur Keith Davey, président du Co nité spécial du Sénat sur les moyens de communication de masse, nous informe de l’état des travaux de son comité et nous laisse entendre qu’il aura l’occasion de faire appel à nos services.Nous lui avons alors donné l’assurance de notre collaboration. Les Editions Maintenant entendent mener cette bataille jusqu’au bout et ne rien négliger pour qu’on fasse la lumière sur les menaces que font planer sur la liberté d’information des groupes aussi puissants que Power Corporation.Pour mener cette lutte pour la liberté de l’information, tout appui, sous une forme ou une autre, en particulier la remise de documentation et d’information sur la question, nous sera précieux.197 On aura constaté, par l’enquête auprès des leo teurs, le souci croissant d’une participation active de votre part.Il est clair que nous entendons multiplier les dossiers et poursuivre des enquêtes sur les sujets sociaux, économiques, religieux les plus vitaux.Vous pouvez nous aider, non seulement à façonner les prochaines livraisons, mais à préciser les champs d’exploration qui méritent attention.Pierre Souder Fiches OPÉRATION ALARME En mai dernier, une poignée d’étudiants fondaient le Comité des Jeunes de Mercier.Leur première initiative fut de trouver des emplois d’été aux étudiants de fin secondaire et de CEGEP de cette zone montréalaise.Le 27 juin, ils invitaient les jeunes chômeurs de la métropole à se rendre manifester avec eux devant le Centre de mai-d’oeuvre pour réclamer du travail d’été.Sur 65 jeunes chômeurs qui se sont réinscrits au Centre, un seul a pu obtenir un emploi.Des fonctionnaires du Centre ont déclaré que sur 600 employeurs contactés récemment, deux seulement entrevoyaient des ouvertures immédiates.Une action pacifique Ces jeunes ont constaté brutalement que le Centre de main-d’oeuvre est impuissant à créer des emplois.Passant à une étape suivante, les jeunes ont adressé des requêtes à leurs députés fédéral et provincial sans résultat efficace.Ils ont été amenés progressivement à dépasser leur objectif initial limité aux emplois d’été d’étudiants et ils ont voulu sensibiliser la population au problème plus vaste et global du chômage chronique au Québec.C’est alors que le lundi 21 juillet débuta l’Opération Alarme avec un jeûne collectif de 10 membres du Comité.Cette action a été accompagnée de manifestations symboliques groupant jeûneurs et sympatisants devant des édifices gouvernementaux et autres.Nécessité d'une intervention gouvernementale Cet événement revêt un caractère symbolique très important.Ces jeunes veulent, par une action non violente, mettre en lumière le tragique de la situation du chômage au Québec.Ce qui frappe, c’est 1 impuissance du système économique actuel à assurer ^ emploi' Pour sa part, le gouvernement québécois ne semble pouvoir trouver d’autre solution que des replâtrages juridiques à la manière de la nouvelle loi de l’assistance sociale, qui n’est au fond qu une prime à la misère au lieu d’être une véritable loi de sécurité sociale.L’action des jeunes du Comité de Mercier est une invitation à amorcer une réflexion en profondeur sur 1 organisation socio-économique de notre société.Seule la pression continue d’une opinion publique lucide pourra susciter une politique dynamique et coherente dans ce domaine.Jeûne teach-in, marches, etc.En réalité, le Comité des jeunes de Mercier a cherché avant tout à secouer l’opinion publique et à faire prendre conscience de la gravité du chômage, qui atteint plus de 152,000 travailleurs québécois.Il est quand même pénible de constater qu’il leur a fallu recourir à un moyen comme la privation alimentaire prolongée pour réussir à attirer un peu l’attention sur ce problème.Le jeûne des dix membres du Comité n’a pas mis fin à l’Opération.Soucieux de saisir toute la population de l’ampleur de la crise du chômage, l’équipe de Mercier a organisé un teach-in suivi d’une marche tout le long du Chemin du Roy.En cours de route, ils se sont efforcés de sensibiliser la population de ces régions rurales et, à Trois-Rivières, un comité de citoyens a tenu à appuyer leur action avec le renfort de plusieurs marcheurs.La marche s’est terminée sur la colline parlementaire, après une soirée de débats à l’édifice des Syndicats nationaux.Au moment d’écrire ces lignes, les organisateurs de l’Opération Alarme annonçaient une marche sur l’Hôtel de Ville de Montréal pour le jeudi 21 août.On peut se poser la question: est-il possible de remuer 1 opinion et de susciter les mesures d’urgence qui s imposent par une action de caractère pacifique et démocratique?Faut-il attendre d'autres Geoffreys?Ceux qui pensent que l’Opération Alarme est le lot de quelques étudiants farfelus en quête de popularité et qui, en toute quiétude, se disent que le problème du chômage n’est pas si grave qu’ on le prétend, feraient bien de s’informer davantage.Ils s’apercevraient que le mal est profond, même si ceux qui souffrent parviennent péniblement à faire entendre leur voix.Les sorties du premier ministre Bertrand contre les petis Castros barbus ne règlent rien quand il faut, comme le réclament les jeunes de Mercier, mettre tout en oeuvre pour implanter une politique de plein emploi au Québec.Si l’action pacifique ne parvient pas à déclencher une action gouveinementale énergique, il ne faudra pas se surprendre d’être encore réveillés par d’autres Geoffroys.Yv«s Gosselin EivJWII Après la vague teilhardienne qui a grossi considérablement nos bibliothèques, voici que s’annonce un véritable raz-de-marée tilli-chien, charriant traductions, articles, thèses, conférences.S’agirait-il là d’une nouvelle mode d’un snobisme, aussi passager que superficiel?Car Tillich, comme Teilhard, est devenu célèbre.Et quiconque est célèbre devient la proie de l’opinion publique, qui opère toujours des réductions, des simplifications.C’est ainsi que Tillich est devenu “le père malgré lui des théologiens de la mort de Dieu’’ (Betz), si ce n’est l’un des théologiens de la mort de Dieu (Bishop), le penseur qui a ramené la théologie à la philosophie (William Hamilton), le théologien qui a fait comprendre aux athées qu’ils étaient croyants sans le savoir et sans qu’ils aient besoin de le vouloir (Planète), que Dieu était, au fond, l’homme ou plus précisément, la profondeur de l’homme, etc.Le phénomène Tillich Quoi qu’il en soit de ces simplifications, chose certaine il y a actuellement un phénomène Tillich.Comme le phénomène Teilhard, il n’échappe pas à la mode.Mais la mode elle-même n’a-t-elle pas parfois une signification profonde?Si les éditeurs français se disputent actuellement les droits de traduction des ouvrages anglais et allemands de Tillich, si les jeunes théologiens catholiques, laïcs, prêtres et futurs prêtres, laissent tomber la poussière sur des ouvrages hier encore en pointe et se surprennent à souligner, à apprendre même par coeur certains textes de Théologie de la culture ou de Le courage d’être, c’est que Tillich, comme autrefois Teilhard, trouve en eux une résonance.Mais le phénomène Tillich dépasse même les cercles chrétiens: “Sa nouvelle vision de EST PAUL TILLICH?par Louis RACINE Dieu, peut-on lire dans Réalités d’avril 1965, est si révolutionnaire que des millions de non-croyants s’aperçoivent soudain que, d’une certaine manière, ils ont la foi’’.Ne lit-on pas encore dans le numéro 38 de la revue Planète: “Nous sommes certainement devenus irréligieux si l’on identifie la religion au théisme, à la croyance en un Dieu personnel et transcendant dont on pourrait prouver ou réfuter l’existence.Mais, observe Tillich, la religion peut être comprise dans un sens beaucoup plus large et existentiel, comme l’orientation de l’esprit humain vers l’ultime, l’infini, l’absolu, le fait d’être saisi par une préoccupation ultime.Notre époque, dans ce sens, est tout aussi religieuse que les précédentes.Les hommes aujourd’hui ne sont pas moins préoccupés par la quête d’une vérité, d’une justice sociale et d’un sens ultimes, que ce soit dans le domaine du langage, de la philosophie, de la psychologie des profondeurs, de l’éthique, de la politique.La théologie de la culture de Paul Tillich ne se propose d’autre but que de nous aider à prendre conscience de cette dimension “religieuse” qui inspire toutes les grandes créations et transformations culturelles de notre époque”.Un message pour l'homme d'aujourd'hui Qui est Paul Tillich?Pourquoi exerce-t-il une telle fascination sur nos contemporains?Ces deux questions ont, me semble-t-il, une unique réponse.Paul Tillich est, avec Teilhard, l’un des rares hommes du XXe siècle qui ont consenti à poser sérieusement une question, vieille mais toujours brûlante au coeur de l’homme, une question parfois banalisée par les philosophes et les théologiens: Qu’est-ce que ça veut dire que d’exister?Quel est le sens de la vie?Derrière chacun de ses mots, sous ses dissertations les plus techniques, cette question est toujours sous-jacente:“La fin de l’âge religieux - on a déjà parlé de la fin de Père chrétienne ou de l’ère protestante - est une représentation impossible, le principe de la religion ne peut périr, car la question du sens ultime de la vie ne pourra pas être étouffée aussi longtemps que les hommes seront des hommes”.Un homme des frontières Le théologien existentialiste qu’était Tillich a toujours tenu à lier son évolution intellectuelle à son enfance, aux éléments de son existence, aux personnes qu’il a rencontrées, etc.Né en 1886, dans la province de Brandebourg, dans une petite ville industrielle à caractère médiéval, fils d’un pasteur luthérien, il a connu dans son enfance les dernières effloraisons de cette période exceptionnelle au plan culturel que fut le romantisme allemand.Il se définit lui-même comme un homme des frontières (On the boundary est le titre de l’une de ses autobiographies).Il ne dira jamais oui ou non, ni à la campagne ni à la ville, ni au romantisme ni au siècle des lumières, ni au moyen-âge ni au monde de l’industrie, ni à la sécurité de son enfance ni aux risques de la vie moderne.Philosophe et théologien par formation, profondément religieux mais marqué également par Hegel, Feuerbach, Marx, croyant mais préoccupé du fossé qui s’était creusé entre le christianisme et la culture, il a toujours fait une large place au doute à l’intérieur de l’expérience de la foi.Ses cours, ses conférences, ses articles, témoignent toujours d’une tension intérieure.Titulaire de la chaire de théologie philosophique à “U-nion”, il tente d’établir une dialectique polaire” et non “antithétique” entre christianisme d’une part, humanisme, socialisme d’autre part.Analyste de la culture, il se tient toujours sur les ramparts de sa ville natale, attaché au passé mais préoccupé de ce monde nouveau qui naît.Sa première conférence publique porte sur les relations entre la théologie et la culture et il affirmera plus tard que cette conférence livre la préoccupation qui sous-tend toute sa théologie.Alors que Bonhoeffer établissait une opposition entre foi et religion, Tillich tentait de montrer que le christianisme est à la fois “religion et négation de toute religion”.Alors que Barth rejetait l’expérience humaine comme point de départ de la réflexion théologique, Tillich cherchait l’expérience religieuse qui sous-tend toute manifestation de l’activité humaine.Tandis que Bult-mann se lançait dans la démytho-logisation, Tillich défendait l’expression mythique et symbolique en essayant de rejoindre l’expérience religieuse qu’elle avait véhiculée et qu’elle peut encore faire renaître.Pourtant il n’aimait pas condamner ou juger les autres théologiens (si ce n’est peut-être son opposant préféré: Barth).En général, il préférait pratiquer ce qu’il appelait l’interprétation bienveillante.Pour autant cependant, il n’était pas éclectique.De Boehme, il avait retenu la dialectique qui lui permettait de déceler la vérité qui se cachait derrière toute philosophie, toute religion, tout homme.Oui et non.Non pas “noui”, non pas “oui mais non”, ni “non mais oui”, mais un “oui” franc à ce qui lui semblait juste, un “non” énergique è ce qu’il croyait faux.Voilà la caractéristique de sa pensée: “On ne peut dire “amen” qu’à une seule réalité: le Christ.Quand nous participons au “oui” au-delà de tout “oui” et de tout “non”, nous pouvons supporter le “oui” et le “non” de la vie et de la vérité”.Une théologie qui part de l'homme Son souci n’était pas d’abord de distinguer le chrétien du non-chrétien; il n’avait pas le complexe du jugement dernier.Il cherchait les points communs.Il cherchait le point commun entre les croyants et incroyants.Pour lui ce point commun était donné dans la préoccupation ultime présente en tout homme.Voilà la question que tout le monde se pose, souvent sans s’en rendre compte.Il n’est peut-être pas possible de s’entendre sur la réponse: il est du moins possible de poser ensemble la même question: “Quelle est de fait, quelle doit être ma préoccupation ultime”?Voilà la voie qui peut conduire à Dieu.L’homme menacé par le non être cherche, au niveau de sa pensée, de ses sentiments, de son action, l’être qui fonde son existence et lui donne sens.Dans cette recherche de la réalité ultime à laquelle l’homme aspire ou mieux par laquelle il est happé, l’homme peut se tromper.Il peut promouvoir au rang de réalité 199 ultime une réalité finie qui est indigne de lui.Il s’enfonce alors plus profondément dans son aliénation fondamentale.Mais en Jésus-Christ lui est révélée sa nature humano-divine et sa possibilité de parvenir à l’être nouveau qui est participation à l’être qu’est Dieu.En lui l’homme triomphe de son aliénation et découvre que l’autre face de sa limite est participation."Seul l'ultime est digne de l'homme" En effet on ne comprend rien à Tillich si on ne place pas au coeur de sa vie et de sa pensée, de la vie et de la pensée de tout homme, une expérience première, fondamentale: celle de Dieu dont il affirme qu’elle est “extatique”, c’est-à-dire qu’elle ramène l’homme à la profondeur de son être, tout en le faisant communier à tout ce qui a existence et qui dépasse de ce fait tout existant.“La religion est la substance de la culture et la culture est la forme de la religion”, affirme-t-il.Tant vaut la religion, tant vaut la culture.La critique d’une culture devrait toujours s’attaquer à sa racine, à son fondement qui est sa religion, c’est-à-dire ce qui est promu au rang de réalité ultime.Cette réalité peut être démoniaque ou, bien que valable, limitée, et de ce fait, indigne de l’homme.Seul l'ultime est digne de l’homme bien que toujours en dehors de sa portée et jamais Découper ici ABONNEZ-VOUS À (Formule d’abonnement au verso) 200 totalement réalisé par les oeuvres de l’histoire, “.le domaine religieux et le domaine séculier partagent la même condition.Ils ne sauraient être séparés l’un de l’autre; l’un et l’autre devraient comprendre que leur existence comme entités séparées constitue un cas critique, qu’ils ont tous deux une origine commune dans la religion comprise au sens large du mot, c’est-à-dire dans l’expérience de la préoccupation ultime.C’est dans la mesure même où ceci aura été compris que le conflit entre le religieux et le profane sera surmonté et que la religion redécouvrira sa place véritable dans la vie spirituelle de l’homme, à savoir dans ses profondeurs.Et c’est à partir de là qu’elle peut donner substance, signification dernière, jugement et courage créateur à toutes les fonctions de l’esprit humain”.Foi et engagement politique En 1930 Tillich avait participé à la fondation du mouvement socialiste chrétien qui pouvait, selon lui, barrer la route au national-socialisme montant.Plusieurs de ses articles datant de cette période sont d'authentiques essais de théologie politique qui pour-] aient être d’une très grande utilité actuellement dans les recherches sur les relations entre-la foi et l’engagement politique.En 1933, lors de l’accession d’Hitler au pouvoir, il fut exilé.A nouveau, il se retrouve à la frontière, aux confins de l’Europe et de l’Amérique.Il sut profiter de l’Amérique et il y apporta toute la richesse de sa culture et de son expérience.Pourtant il demeura toujours un témoin critique de la civilisation américaine.L'influence de Tillich Paul Tillich mourut le 22 octobre 1965, après une longue carrière académique à “Union Theological Seminary” ( 1933-1955),.à “Harvard” (1955-1962) et enfin à Chicago où il dirigea, pendant les trois dernières années de sa vie, avec Mircea Elliade.un “seminar” sur les relations entre le christianisme et les religions du monde.Il avait profondément marqué les jeunes théologiens protestants américains.Mais on peut dire que ce n’est qu’au cours des dernières années de sa vie et surtout après sa mort que ses livres furent largement diffusés, traduits en français, et que la profondeur de sa pensée commença d’être reconnue.Par un phénomène explicable mais inexcusable, c’est par la France que nous arrivent les traductions de Tillich.Les théologiens français, secoués dans leur léthargie dogmatique par Robinson et la vulgarisation que ce dernier faisait des grandes intuitions de Tillich, se tournent actuellement du côté de la théologie américaine.Des théologiens canadiens, en étude à Paris, apprennent que tout près de chez eux, l’un des grands théologiens du siècle a enseigné pendant trente ans.Tillich laisse un oeuvre gigantesque.Systematic Theology, dont Les Editions Planète annoncent la traduction française, témoigne de son effort constant pour ramener le savoir théologique à une synthèse cohérente et rigoureuse qui ne sacrifie rien cependant du langage existentiel, caractéristique de sa théologie.Son chef-d’oeuvre demeurera peut-être Le courage d'être dans lequel il traduit, de façon souvent très heureuse, dans un langage apparenté à celui de la psychologie des profondeurs, l’expérience que l’homme moderne peut faire de Dieu.Ses homélies, dont deux recueils sont traduits en français, Les fondations sont ébranlées, L'être nouveau, sont des chefs-d’oeuvre du genre et seraient susceptibles de renouveler le langage homilétique et catéchéti-que.Plusieurs volumes, conférences et articles de Tillich (plus d’une centaine) témoignent de son souci fondamental d’établir une “corrélation” entre la religion et la culture d’une part, entre la foi et la religion d’autre part.Le christianisme et les religions, Théologie de la culture, Dynamique de la foi, récemment traduits de l’anglais, témoignent de ce souci qui, selon Tillich, reste la tâche primordiale de tout théologien digne de ce nom.Louis Racine, o.p.: directeur du secteur de la pastorale scolaire à la faculté de théologie de l’Université de Sherbrooke et auteur d’un ouvrage intitulé L’actualisation du message chrétien chez Paul Tillich, qui sera publié cet automne par Les Editions du Cerf et par l’Institut dominicain de pastorale de Montréal.À remplir et à adresser à : MAINTENANT, 2715 Chemin Côte Ste-Catherine Montréal 250 - Tél.: 739-2758 VEUILLEZ RECEVOIR DU SOUSSIGNÉ LA SOMME DE ABONNEMENT ORDINAIRE 1 AN $7.00 C " ÉTUDIANT $5.00 ?" DE SOUTIEN $10.00 ?FORMULE D'ABONNEMENT I À partir du mois de .19 AU NOM DE .I I ADRESSE Parmi ces choses nombreuses et ¦confuses qui sont mises en procès par la crise religieuse d’aujourd’hui se trouve incontestablement la “doctrine sociale de l’Eglise.’’ Chez les laïcs, on n’en parle plus guère avec ferveur.Ceux qui ont maintenant quarante ans et qui ont disséqué Rerum Novarum et Quadra^e-simo Anno au collège ne relisent pas souvent ces textes vénérables.Au contraire, dans les rares occasions où l’expression est encore utilisée, on affirme volontiers qu’-“il n’y a pas de doctrine sociale de l’Eglise.” Voilà donc, semble-t-il, une autre de ces institutions chrétiennes qui s’évanouissent sans trop de repentirs.Récupérer les intentions profondes Mais en cette matière comme en bien d’autres, la liquidation s’effectue dans la plus grande confusion.A ce propos, il faut sans cesse revenir à la caractéristique fondamentale de la crise religieuse actuelle: elle est fluente et ne sait pas dire son nom.Le risque est grand d’abandonner les héritages sans en faire l’objet d’une critique minutieuse.La mode tranche là où un examen serait nécessaire.On coupe de droite et de gauche les enracinements 'historiques de l’Eglise d’hier supposément pour ne retenir que l’essentiel; quitte à s’apercevoir à la fin que l’essence dont on parle est si éthérée qu’elle est peut être la dernière illusion idéaliste d’une foi qui, avant de mourir tout à fait, s’évade de la cité des hommes.On peut formuler de pareilles réflexions sans être un fieffé conservateur ou un timide réactionnaire.Pour paraphraser un principe bien connu que Newman appliquait au développement dogmatique, il faut croire que si l’Eglise change — et elle doit aujourd’hui changer radicalement — c’est pour rester la même.C’est-à-dire que lorsque les institutions et même les énoncés de doctrine apparaissent périmés, la tâche ne peut être seulement de formuler des constats de décès mais aussi de récupérer les intentions profondes dissimulées sous les pensées mortes pour les rendre à nouveau présentes à l’histoire.Présence de l'Eglise à la société Entre tant de domaines divers où doivent s’exercer aujourd’hui ce courage et cette lucidité de la réflexion chrétienne, il n’en est peut-être pas de plus difficile que celui qui concerne la présence de l’Eglise à la société.En un sens, et nous tâcherons de dire pourquoi, il n’y a pas de “doctrine sociale de l’Eglise.” Même si elle a été utilisée par les plus respectables autorités ecclésiastiques, cette expression n’a plus de consistance un peu ferme.Dès lors, les chrétiens sont-ils simplement réduits à des choix individuels quant aux engagements politiques qui sont exigés de tout homme?Dans son existence historique, le Peuple de Dieu ne serait plus visible, à la limite, que comme une communauté liturgique ou comme un secte dont l’unanimité ne concernerait que l’au-delà.L’enjeu, on le voit bien, dépasse la portée des encycliques dites “sociales:” il touche à la nature de l’Eglise.Aussi faut-il s’attarder, même si nous ne pouvons ici que circonscrire quelque peu le champ d’une recherche qui devra se faire infiniment plus patiente et plus nuancée.Nous y serons aidés par un livre important du Père Manaran-che qui vient de paraître (1).L’auteur a réuni un remarquable dossier des discussions théologiques de ces dernières années sur ce thème, tant chez les protestants que chez les catholiques; et il dégage, avec clarté et esprit critique, de premières orientations qui me semblent capitales.La "doctrine sociale'' de l'Eglise Prise au sens le plus strict, la “doctrine sociale” de naguère présupposait la possibilité d’instaurer un ordre social.Nous sommes bien placés, en ce pays, pour le savoir.Ne vous a-t-on pas présenté l’Eglise, au collège, comme la contrepartie du communisme et du libéralisme, eux-mêmes considérés comme des systèmes?Dans le manuel de philosophie que j’ai potassé en ces temps déjà lointains, quand on parvenait à la tranche consacrée à la société, Léon XIII et Pie XI prenaient, tout naturellement et comme sur le même pied, le relai d’Aristote.Le capitalisme était “bon en soi” mais condamnable en pulsieurs de ses incarnations concrètes: cet “en soi ”, qui nous apparaît aujourd’hui si curieux quand on songe qu’on parlait de contingences historiques, devait bien supposer que, derrière le flux des événements, des régimes poli-tiques et des problèmes économiques se dissimulait un ordre plus profond et plus stable auquel il fallait ramener les principes de la vie collective.Mais il y avait là souvent une illusion d’optique.Ce n’était pas toujours quelque vision surplombante de l’histoire qui inspirait ces conception de l’ordre social, mais des souvenirs et des nostalgies d’une époque antérieure.On le soupçonnait bien quand, par exemple, nous était proposé, pour surmonter les problèmes de notre temps, un corporatisme imité de la chrétienté médiévale.Rapports ambigus entre morale et politique La référence à un “ordre social” pouvait aussi suggérer des rapports ambigus entre morale et politique.Si le capitalisme est “bon en soi”, ce sont moins des réformes ou des révolutions de structures qui sont nécessaires qu’un changement des moeurs et des attitudes.La morale semblait évincer la politique et ses dures exigences.J’ai beau ne pas accorder un respect excessif à un épigone du marxisme comme M.Kanapa, je suis quand même obligé d’entendre ici sa contestation: “Sous le couvert d’un appareil conceptuel qui remonte à Saint Thomas d’Aquin, il se passe ici ce qui se passe dans la plus classique économie bourgeoise; il s’agit de représenter la production 202 lüiüillii tliill LECTURES René Laurentin: Dévelopement et salut, Editions du Seuil, 1969 Il s'agit du développement économique et social sur lequel l'auteur veut projeter un éclairage théologique.Il est bien conscient des ambiguités d'une pareille tentative: “La théologie n'est-elle pas restée stérile, écrit-il dès le départ, quand elle a voulu s'occuper de l'ordre social?" Et plus loin: “A l'heure oü certains reprochent a l'Eglise de se prostituer au monde, cette nouvelle QUESTION ne serait-elle pas tout simplement un mirage du sécuia-risme?.M.Laurentin croit, au contraire, que “le lieu théologique du développement est la vie même de l'Eglise".Dans cette perspective, il évoque d'abord le mouvement pour le développement et les définitions qui peuvent s'en dégager, pour ensuite recourir à l'Ecriture, à la tradition, au magistère.Il se demande enfin en quoi “le développement concerne le salut des hommes en Jésus-Christ".L'ouvrage comporte de très utiles indications bibliographiques.Raymond Hostie, s.j.: Du mythe à la religion dans la psychologie analytique de Jung, Collection Foi vivante, Desclée de Brouwer, 1968.Il faut signaler la réédition de ce livre capital et souligner qu'il ne s'adresse pas seulement aux spécialistes.Cette confrontation entre la psychologie de Jung et la religion est menée avec soin et objectivité.J'y vois aussi une indispensable matière a réflexion pour les discussions actuelles sur les rapports entre la FOI et la RELIGION.G.Martelet: Les idées maîtresses de Vatican II, Collection Foi vivante, Desclée de Brouwer, 1969.Il est paru tant de livres sur le concile que l'on ne sait comment choisir.Voici une très précise synthèse des travaux conciliaires où le lecteur trouvera l'essentiel.Fernand DUMONT .comme enclose dans des lois éternelles, naturelles, indépendantes de l’histoire, et, à cette occasion, de glisser en sous-main cette idée que les rapports bourgeois sont des lois naturelles immuables de la société conçue in abstracto.” De toutes manières, personne ne croit plus qu’il puisse y avoir une image de l’“ordre social” se profilant au-dessus de d’histoire incertaine.L’expression a perdu beaucoup de sens depuis que les sociétés se définissent en terme de développement.Depuis surtout que, plus attentifs aux pays du tiers-monde, nous sommes devenus très sensibles à la variété des modèles susceptibles d’orienter les sociétés.Si par hasard un ordre idéal il y avait, il serait si loin des diversités où peuvent mordre les décisions et les engagements concrets qu’il faudrait, pense-t-on, l’abandonner aux amateurs de quintescences.Une idéologie comme les autres Nous n’avons pas fini d’explorer les attitudes en cause.Pareille conception transformait la message social de l’Eglise en une idéologie comme les autres.La marge n’était pas très nette entre “l’ordre social” et la “société chrétienne.” Des syndicats catholiques pour les ouvriers, des associations catholiques pour les patrons, des écoles catholiques, un Etat catholique peut-être: des institutions chrétiennes pour un ordre chrétien .Le Québec a fait l’expérience de ces confusions.M.Laurier ou M.Gouin consultaient Mgr Bruchési ou vice-versa.M.Duplessis parlait onctueusement du catéchisme; des clercs, qui auraient mieux fait de s’occuper de catéchèse, louan-geaient M.Duplessis.Pour tout le monde, le catholicisme était l’armature de notre société.Une société sans doute incapable de marcher sans la prothèse catholique et où les évêques faisaient partie des élites au même titre que les ministres.En la matière, notre expérience est riche, et c’est pourquoi nous pouvons donner toutes leurs résonances aux propos du théologien protestant André Dumas: “Quand la foi se confond ainsi avec l’animation spirituelle d’un ensemble humain, elle perd sa saveur, son universalité, son risque et sa promesse.Elle s’oblige à jouer un rôle concurrentiel qui écarte d’elle les membres des autres ensembles.Elle remplace le Royaume par la civilisation chrétienne, l’Evangile par les principes sociaux du christianisme, le Saint-Esprit par des valeurs spirituelles, la vocation par ^“programmation.” Ce n’est pas seulement une plus nette conscience de l’irréductibilité de notre foi qui fait le procès des vieilles imageries de la “société chrétienne”.Le christianisme voudrait-il se définir comme une idéologie, comme un projet social susceptible d’entrer en concurrence avec d’autres qu’il ne rencontrerait plus d’adversaires auxquels il pourrait s’opposer d’une manière un peu rigoureuse.Il y a des centaines de variétés de socialismes et de capitalismes; c’est en se diversifiant que les idéologies contemporaines se sont maintenues.Faudra-t-il donc faire des portraits-robots des unes et des autres, créer des contrastes où personne ne se reconnaîtrait pour affirmer qu’il y a une doctrine sociale de l’Eglise?Attitudes de remplacement Il vaut mieux reconnaître franchement que, du moins comme “ordre social” ou comme idéologie, il n’y a pas de doctrine sociale de l’Eglise.Mais n’y a-t-il rien d’autres?Pour l’heure, il y a des attitudes et des doctrines de remplacement.Déjà, avant l’autre guerre, Mari-tain avait proposé une distinction qui apaisait temporairement les esprits conscients d’une désintégration de la chrétienté; on peut agir “en tant que chrétien” ou “en chrétien”, disait-il, dans la ligne officielle du message de l’Eglise ou sous la libre inspiration personnelle de son adhésion à la foi.Distinction utile mais qui ne pouvait être qu’un compromis.Comment trancher entre le public et le privé dans la foi qui lie les chrétiens les uns aux autres et qui les rattache aussi au magistère?L’événement suggère rarement des partages aussi nets.La distinction ne pouvait naître qu’à une époque où l’“ordre chrétien” était à la fois très présent comme idéal et déjà irrémédiablement compromis dans les faits.Au fond, sommes-nous plus avancés avec la prolifération en tous sens des théologies des réalités terrestres?Théologies du travail, de l’argent, du loisir, de la violence .Pourquoi pas de la confédération ou de l’indépendance?Pourquoi pas de la bicyclette?J’exagère à peine.Les événements de mai en France ont provoqué, entre autres écrits, une abondance de commentaires théologiques.Quand j’apprends que tel séminariste, emballé par une révolution dont l’écho est parvenu à l’Institut catholique de Paris, compare la colère de Jésus contre les vendeurs du Temple avec l’occupation de la Sorbonne, la nausée me monte à la gorge.La foi ne serait-elle que cette littérature?Cette rhétorique théologique, qu’elle soit de gauche ou de droite, n’est qu’une façon de saupoudrer du sacré sur des problèmes mal définis.Ce surplus inutile ne peut qu’ajouter à la propagande des factions et aux difficultés qu’ont déjà les hommes à déchih frer les conditions de leurs options.Décidément, je préfère relire Quadragesima Anna qui vaut mieux que ces références bibliques abaissées au rang du discours électoral.La “doctrine sociale” de l’Eglise avouait ses nostalgies, ses idéaux, ce qu’elle appelait ses principes.Certaines “théologies de l’événement” (je ne dis pas toutes, et j’y reviendrai), sous prétexte de mieux s’ajuster aux situations que les anciens systèmes, en arrivent paradoxalement à porter à l’absolu des attitudes provisoires et tâtonnantes.Le Père Manaranche en donne un bel exemple à propos des guerres et des conflits: “Sous la poussée de l’appel de Stockholm, la réfie-.xion chrétienne approfondit d’abord la notion de paix, jusqu’au pacifisme intégral: on en arrive alors à imposer à tout baptisé une vocation non violente au plan même de la stratégie, et à exiger de Vatican II un statut de l’objection de conscience, statut que l’on trouve bien timide et bien chiche.Mais trois ans après, sous la poussée inverse des événements d’Amérique latine, la conscience chrétienne s’attache à élaborer une justification théologique de la violence, jusqu’à vouloir absolutiser, dans la conjoncture, telle forme opérationnelle de guerre révolutionnaire”.L’auteur parle encore de “ces théologies de ceci ou de cela, mini-dogmatiques d’occasion, plus ou moins bâclées au gré des conjonctures; récupérations tardives de courants athées, et, pour cette raison, divinités du besoin, salivées par la convoitise, à moins que ce ne soit par la peur; diasthases de synthèse pour aider l’organisme chrétien à digérer l’événement sans lourdeur ni brûlure; justifications qui ont bien du mal à se contredire, puisque à trois ans d’intervalle, ainsi que nous l’avons vu, elles ont extrait de l’Evangile un Jésus objecteur de conscience, puis un Jésus guérillero.D’ailleurs, au bout du compte, sait-on encore ce que parler de Dieu (théologare) veut dire?.” Je sais bien que les tentatives actuelles pour constituer une “théologie des réalités terrestres” 203 ou une “théologie de l’événement” ne cèdent pas toutes à ces caricatures.Il faut aussi se souvenir que la recherche d’une éthique sociale chrétienne, à laquelle notre temps est irrémédiablement voué, suppose des hésitations, des contradictions, des impasses.Si on les dénonce, on ne les croit pas moins nécessaires.Y a-t-il une éthique sociale chrétienne?Encore faut-il reconnaître à cette recherche son plus large horizon.Si la “doctrine sociale de l’Eglise” donnait l’impression d’un corps systématique d’où il suffisait de déduire des applications concrètes, Te danger est aujourd’hui inverse: extraire des situations disparates des significations religieuses sans cohérence.De l'ordre social à l’événement, y a-t-il une dérive fatale où serait progressivement évacuée la présence de l’Eglise aux problèmes des sociétés?Ou au contraire les critiques ici formulées peuvent-elles conduire à mieux discerner en quoi le christianisme est présent à la cité et où s’effectue, pour le croyant, la jonction entre son appartenance à l’Eglise et la ferveur qui l’attache à des causes provisoires?C’est à quoi il faudra essayer de répondre la prochaine fois.Fernand DUMONT (1) André MANARANCHE: V a-t-il une étique sociale chrétienne?Editions du Seuil, 1969.notre enquête (3) GROUPES D’ÂGE, UNE FAMILLE D’ESPRIT par ANDRÉ CHARBONNEAU En juin-juillet dernier, je vous ai fait part des caractéristiques qui rassemblent les lecteurs de Maintenant dans une même famille d’esprit.Il me reste à traiter des tendances qui opposent dans notre enquête les divers groupes d’âge.A première vue, on serait tenté de dire que les jeunes préfèrent les sujets profanes et les plus âgés, les sujets religieux.Ce serait, à mon avis, préjuger des perceptions propres à chaque groupe et lever un peu trop facilement l’ambiguïté qui pèse sur le mot “religion.” UNE AMBIGUITE Pour l’équipe de direction, l’éditorial nous voterons N.P.D.est tout aussi inspiré par des valeurs chrétiennes que les prises de position concernant Humanae Vitae ou l’avortement.Plusieurs lecteurs semblent partager ce point de vue.Pour eux comme pour nous, il paraît nécessaire d’incarner joumalistiquement au niveau du quotidien et du vécu les valeurs de vérité, d’authenticité et de justice que les chrétiens proposent avec des non-chrétiens mais désirent promouvoir en 204 LES MIEUX ACCUEILLIS TABLEAU 1 : LES SUJETS CHEZ LES MOINS DE 25 ANS CHEZ LES PLUS DE 42 ANS 1— Nous voterons N.P.D.2— Le professeur sacrifié au béton 3— Des jeunes couples fous, fous, fous 4— Montréal, Etat Policier 5— La contestation d’octobre 6— Madame X 7— POLITIQUE 8— Des Régis Debray québécois 9— Le Biafra nous accuse 10— Le Parti Québécois 11— DOSSIER: Montréal 12— Les étudiants, ça bouge! 13— Les dédales du journalisme syndical 14— Cure psychanalytique et évolution religieuse 15— Les enseignants, parias du système 16— L’artiste, ce prophète 17— Réjean Ducharme: l’avalé de Dieu 18— Numéro spécial: Amérique latine 1— Nous voterons N.P.D.2— Madame X 3— Contestation d’octobre 4— Le professeur sacrifié au béton 5— Des jeunes couples fous, fous, fous 6— Sous le voile: la femme 7— Syndicalisme 8— Les musulmans au Québec 9— TEMOINS 10— Pascau, Pat Burns Français?11— Réponse de Pierre Pascau 12— Vigneault, prophète du révolu CHEZ LES 25-42 ANS CHEZ LES 25-42 ANS 1— Humanae Vitae: pour sortir d’une impasse 2— De nouveau: “non à l’avortement” 3— La mort des Eglises 4— Vigneault, et les faux prophètes 5— Christianisme et politique 6— Littérature québécoise et religion 7— Les motards: un problème de conscience 8— La contraception: perspective éthique 9— HELENE PELLETIER-BAILLARGEON 10— Ville anglaise, English-speaking 11— Obéir en adulte 12— Prêtres: sacerdoce pour la “Cité profane” 13— Sauveurs de “Nation” 14— Les Eglises en pays marxistes 15— JACQUES LAMOUREUX 16— Pour une école neutre ouverte 17— Dimensions culturelles de la sexualité 18— EGLISE 1— Montréal,.Etat policier 2— POLITIQUE 3— Ambiguïtés du règne Drapeau 4— Le professeur sacrifié au béton 5— Des Régis Debray québécois 6— Y a-t-il une Acadie?7— Les étudiants bougent 8— Les femmes pauvrent crient au secours 9— 1969: année des décisions 10— Les dédales du journalisme syndical 11— Des jeunes couples fous, fous, fous 12— Hiroshima au Vietnam 13— J.-P.BELANGER 14— L’affaire Maintenant 15— Antimanifestation 16— Les musulmans au Québec 17— Pour la rentrée: manuels nouveaux 18— Syndicalisme CHEZ LES PLUS DE 42 ANS CHEZ LES MOINS DE 25 ANS 1— De nouveau: “non à l’avortement” 2— 1969: année des décisions 3— Les drogues 4— Dieu ne doit-il pas mourir?5— Deux prêtres en colère 6— EDUCATION 7— VINCENT HARVEY 8— L’homme d’espérance 9— PASTORALE 10— Les enfants, victimes de la publicité 11— THEOLOGIE 12— EGLISE 13— Un Québec libre à inventer, no spécial 14— Les Eglises en pays marxistes 15— Antisémite ou antijuif 16— Un concile à Montréal 17— Kid sentiment 18— Ambiguïtés du régime Drapeau 1— Deux prêtres en colère 2— De nouveau “non à l’avortement” 3— Vigneault et les faux prophètes 4— EGLISE 5— Dieu ne doit-il pas mourir?6— Les Eglises en pays marxistes 7— H.-P.BAILLARGEON 8— Les drogues 9— 1969: année des décisions 10— Un Canada libre 11— ECONOMIE 12— Témoins hier, Témoins Maintenant 13— Aux armes, citoyennes 14— Antimanifestation 15— Pour la rentrée 16— Réponse de Pierre Pascau 17— TEMOINS 18— Barbarella outre au nom de leur espérance particulière.Or, il est évident que ce point de vue n’est pas celui de l’ensemble de nos lecteurs.Certains nous demandent d’abandonner la politique pour nous consacrer aux problèmes religieux.Ce faisant, nous aurions l’impression de rejeter ce qui a toujours justifié notre engagement: le désir de faire descendre la théologie des nuages où elle flotte trop souvent au détriment des propriétés bousculantes du message chrétien.' Quoi qu’il en soit, il est notable que les lecteurs ne lisent pas les mêmes articles dans une perspective identique.Aux uns, l’homme d’espérance, De nouveau “non à l’avortement,” la contraception: perspective éthique, paraîtront des sujets religieux; aux autres, ils sembleront simples questions d’éthique humaine.Que dire alors de titres comme Cure psychanali-tique et évolution religieuse, Littérature québécoise et religion, Pour une école neutre ouverte?J’essaierai donc de vous faire percevoir les différences qui opposent les jeunes lecteurs à leurs aînés sans préjuger de la signification religieuse qu’ils donnent à leurs choix.Pour ce faire, je centrerai votre regard sur deux tableaux où se trouve amplifiée l’importance accordée par les différents groupes d’âge à certains types d’articles.Sans entrer dans la complexité des calculs qui ont permis d’établir ces palmarès particuliers (tableau I) disons simplement que le rang tient compte de l’écart existant entre les chiffres attendus et les chiffres obtenus.Se trouvent ainsi placés côte-à-côte les choix positifs particuliers aux plus jeunes et les réactions négatives typiques des plus âgés.Je souligne que ce tableau ne présente pas les palmarès des articles le plus souvent cités favorablement ou défavorablement par les divers types de lecteurs mais la liste des choix exceptionnels propres aux différents groupes d’âge.On notera d’abord la confirmation de la tendance observée en juin-juillet: à savoir l’intérêt pour la diversité des sujets, quel que soit l’âge.On isolera ensuite les différences.Premièrement, 11 des 26 titres positifs exclusifs au moins de 25 ans sont contestés par leurs aînés.Symétriquement, les 11 mentions négatives des plus jeunes heurtent les choix positifs des autres groupes.Deuxièmement, le groupe intermédiaire des 25-42 ans ne rejette que trois des choix des plus âgés sans qu’aucun des leurs ne soit réciproquement attaqué.Je précise que les personnes âgées de 25 à 31 ans adoptent une attitude assez semblable à celle des plus jeunes.La barrière des 25 ans n’a été ici maintenue que pour accentuer les différences.En pratique, les plus de 31 ans s’inscrivent en faux contre les Analysons maintenant les caractéristiques propres à ces différents groupes d’âges.LES MOINS DE 25 ANS Nettement plus favorables à l’engagement politique concret de la revue, les jeunes sont également plus sensibles aux accrocs faits à la justice sociale.Sur le plan éducationnel, ils approuvent non seulement nos analyses de la contestation étudiante mais également celles du sort fait aux professeurs.En parcourant la liste des choix positifs exceptionnels des jeunes, on note encore une importance prioritaire dévolue conjointement au nationalisme et à l’internationalisme.Présents à la fois aux réalités très concrètes de l’homme québécois, les jeunes demeurent pratiquement les seuls à s’ouvrir de façon nette aux événements qui se déroulent ailleurs dans le monde.Ces résultats semblent indiquer que la présence aux autres nations exige au préalable ou du moins conjointement le conscience de l’identité nationale.Les moins de 25 ans, pour le meilleur et pour le pire, s’intéressent à Témoins.Ils accueillent favorablement les articles concernant la littérature canadienne et le cinéma.S’ils rejettent les catégories TEMOINS, ECONOMIE et EGLISE, ils se montrent plus 205 positions politiques, sociales, éducationnelles et culturelles de leurs cadets.Le tableau II résume en chiffres cette tendance en tenant compte exclusivement des articles favorablement accueillis.On notera que les choix des jeunes leur sont plutôt exclusifs et que leur sélection reçoit de moins en moins d’appui à mesure que l’âge s’élève.empressés que tout autre groupe pour appuyer celles des ARTS ET LETTRES, de la POLITIQUE ainsi-que le DOSSIER MONTREAL.Ils partagent, avec les plus de 42 ans, un intérêt particulier pour l’EDUCATION, quoique ces derniers contestent certains de leurs choix pour se tourner plutôt vers des articles prospectifs plus sereins.L’attention “aux petites gens” réunit à nouveau ces deux groupes d’âges et les rapproche à l’occasion sur le plan politique quand les droits du plus fort deviennent des prétextes pour camoufler l’injustice sociale.Les plus jeunes de nos lecteurs endossent les articles qui attaquent les structures ecclésiales et l’exercice présent de l’autorité dans l’Eglise ainsi que les critiques scientifiques de la religion ou de la morale traditionnelle.Ont ainsi retenu leur attention: Cure psychanalytique et évolution religieuse, Les couples catholiques après l’encyclique, Du servant de messe à l’électeur et La Contraception: perspective éthique.Ce qui semble polariser ces divers articles c’est une tendance vers la “laïcisation” des valeurs et une “laïcisation” des structures ecclésiales.Dans le même contexte s’inscrivait l’appui des jeunes pour les éditoriaux: L’avortement: de Salomon à P.E.Trudeau, La foi empêche-t-elle de vivre?et L’homme d’espérance.TABLEAU II NOMBRE DE SUJETS FAVORABEMENT ACCUEILLIS EXCLUSIVEMENT PAR LES CONJOINTEMENT AVEC LES TOTAL — de 25 ans les 25-42 ans les T" de 42 ans MOINS DE 25 ANS 26 12 6 44 DE 25 A 42 ANS 14 12 20 46 PLUS DE 42 ANS 17 6 20 43 206 Les articles qui les ont déçus semblent particulièrement influencés par le phénomène de rejet des sujets traités de façon unilatérale ou trop brève, dont j’ai parlé plus haut.Ainsi, même la réplique Vigneault et les faux prophètes acceptée par les autres groupes rejoint au panier ceux que tous repoussent.Sans doute, est-ce le motif qui explique le refus opposé à De nouveau “non à l’avortement” et au nom de son auteur, puisque les jeunes acceptent par ailleurs tous les autres articles signés en collaboration par Hélène Pelletier-Baillargeon, y compris l’éditorial sur l’avortement.Par ces trois rejets particuliers, les moins de 25 ans s’inscrivent en faux contre leurs aînés, de même que pour les titres: Les Eglises en pays marxistes, EGLISE, Dieu ne doit-il pas mourir.Conjointement avec les 25-32 ans, ils refusent en outre: 1969, année des décisions et surtout Deux prêtres en colère.C’est sans doute que le volume de Lambert et Bouchard avait trouvé auprès d’eux une résonance à laquelle l’article ne fait point écho.Ce serait du moins normal pour un groupe qui conteste la religion traditionnelle, les structures et l’autorité ecclésiale.LES 25-42 ANS Particulièrement allergiques à la contestation politique, sociale et scolaire, les 25-42 ans font preuve d’un intérêt soutenu pour les sujets traitant de contraception et d’avortement ainsi que pour les analyses nuancées et les sujets mixtes où s’entremêlent le “religieux” et le profane” au sens traditionnel de ces mots: Christianisme et politique, Littérature québécoise et religion, Pour une école neutre ouverte, Sacerdoce pour la “Cité profane”, Après Humanae Vitae, Dimensions culturelles de la sexualité, Du chrétien de foyer au chrétien de cité, Cure psychanalytique et évolution religieuse, etc.Les 25-42 ans prêtent également une attention soutenue aux questions ecclésiales, que ce soit aux problèmes du laïcat, du clergé, des structures ou de l’autorité.Même s’ils privilégient la section SOCIOLOGIE, ils n’apprécient pas particulièrement la dénonciation des injustices socia- les, surtout si elle a des connotations politiques ou syndicales.Dans ce domaine, ils préfèrent appuyer les analyses touchant des situations étrangères.Ils craignent par dessus tout la violence.Tout ce qui dénonce ce facteur trop présent à leur goût dans nos vies (y compris Bonnie & Clyde) ou l’échec d’une forme de la contestation (L'underground américain), tout ce qui appuie une politique susceptible de l’atténuer (Les motards: un problème de conscience) ou permet le dialogue par juxtaposition de points de vue différents (Sauveurs de “Nation”) est particulièrement bien accueilli par eux.L’ordre, l’équilibre et la sécurité paraissent fournir les fils qui sous-tendent la trame de leur choix prioritaires.Au demeurant, fort conscients des réformes nécessaires, ils exigent néanmoins au-delà de la critique, des propositions constructives et nuancées.C’est dans ce contexte particulier qu’il convient de situer ce que nous avons dit précédemment de la diversité.Aussi ont-ils peu de points communs, malgré cette apparente union autour de l’essentiel, avec les jeunes, si ce n’est par le biais des études historiques ou prospectives.Leurs centres d’intérêt respectifs divergent: les uns favorisant une approche concrète des problèmes, dût-elle n’ê-tre que critique, les autres une démarche plus théorique excluant toute question isolée de sa solution.L’intérêt marqué des 25-42 ans pour les questions ecclésiales, éthiques et théologiques les rapprochent par ailleurs considérablement de leurs aînés avec lesquels ils n’ont que trois points de division, l’un touchant l’analyse de Deux prêtres en colère, les autres la politique: 1969: année des décisions et Amgiguïtés du régime Drapeau.LES PLUS DE 42 ANS Les plus de 42 ans se distinguent d’abord par la façon avec laquelle ils ont répondu à la question III.Alors que 10ro seulement des mentions faites par les plus jeunes ont trait à des catégories générales (vg.POLITIQUE) ou à des noms d’auteurs, 23.2rc de celles des aînés s’y réfèrent.Les h cteurs de moins de 25 ans sont donc davantage enclins à juger chaque cas à sa valeur sans d’ailleurs se laisser influencer outre mesure par l’autorité du signataire.Ce qui rejoint tout ce qui a été dit plus haut concernant tant la diversité des centres d’intérêt que l’importance des éditoriaux pour les divers types de lecteurs.Pour illustrer ce point, qu’il suh fisc de souligner que 8 des 43 sujets mis de l’avant par les plus de quarante-deux ans relèvent des noms d’auteurs et que l’éditorial Humanae Vitae, par la direction, est de tous les titres relatifs à ce thème celui qui retient le plus spécifiquement leur attention.Cet attachement aux auteurs rejoint par ailleurs l’attention particulière que ce groupe porte à la personne humaine.Au niveau du style et des sujets, ceci se tn duit par un goût marqué pour les articles plus évocateurs et affectifs que rationnels et construits: Les drogues, L’homme d'espérance, A quand notre concile local; Y croyons-nous encore; Pasteurs, époux et pères; Gros plan sur J.P.Lefebvre; Terre des pauvres; Antisémite ou antijuif; Les enfants, victimes de la publicité; etc.Le témoignage serait sans doute pour eux le prototype de l’article'idéal.“Rien d’humain ne m’est étranger”, tel pourrait bien être par ailleurs le chemin qui les conduit à la diversité.Au terme de ce travail, je rappellerai avoir regardé au microscope les différences qui opposent les différents types de lecteurs, usant au contraire d’une lentille téléscopique pour considérer les ressemblances.C’est pourquoi, il est opportun d’insister ici sur le fait que quel que soit l’âge, l’unanimité se fait autour des points essentiels de la revue, y compris l’attention générale accordée aux titres les plus souvent mentionnés.Inutile d’insister sur l’aide appréciable qu’apporte à la direction vos réponses.Vous aurez sans doute constaté que vos suggestions et vos critiques ont déjà amené un certain nombre de changements depuis janvier.J’ajoute que vos remarques demeurent toujours les bienvenues.Ce qui ne veut pas dire que nous comptons désormais nous fier au “rating”.Nous croyons plutôt de plus en plus nécessaire de servir un public que nous savons de plus en plus diversifié, c’est-à-dire plusieurs publics. 207 EN VENTE PARTOUT A PRIX POPULAIRES Science et mc'.tabrÀK Boitiand Manuaii T exploration spatiàe fit ses teehnkj.ie« Ppp.:' w rnaraixxit univeisire Ingénieur civil des télécommunications, B.Ma-nuali assume actuellement la responsabilité des satellites de navigation français.Technicien, informé des plus récents progrès de l’astronautique, il s’applique, dans cet ouvrage, à mettre à la portée du lecteur les connaissances nécessaires à la compréhension de l’aventure la plus extraordinaire jamais tentée par l’homme.Il faut saluer son essai de vulgarisation qui se hisse au niveau des meilleurs ouvrages anglo-saxons ou soviétiques.Le lecteur trouvera, dans ce livre, l’explication des techniques américaines, soviétiques et françaises les plus complexes : étude des trajectoires ; systèmes de propulsion des fusées actuels et futurs ; mise sur orbite d’engins balistiques, guidés ou pilotés ; essor des télécommunications et, enfin, tous les problèmes posés par la vie de l’homme dans l’espace.Cet ouvrage est, à la fois, un bilan et une ouverture sur l’avenir.marabout DEJA PARUS DANS marabout université hviAf: Mlet L univers de l'atome L'ABC de la physique Etoiles W et galaxies le cancer mm* ’ ; - ~ *• -i* •< M] Einstein ^«mquetederair r.-.Ti le dossier de la la conquête de l’air lyj cybernétique ¦.i-j>yx notre civilisation.Les symboles Mllautrement que s’en ressentir, je Lïl r i ( :oinl epas tec I qu’il y a dessus.Le repas, c’est d’abord la rencontre des personnes qui entourent la table.Bien sûr, dans le repas, on a évidemment une relation à ce qu’on mange.Mais ce qui fait le repas humain, c’est qu’on se regarde et qu’on échange.Les animaux, eux, ne se regardent pas, à proprement parler: ils se surveillent à l’occasion, voilà tout.C’est pour ça qu’ils n’ont pas de repas; ils ne communiquent pas entre eux comme nous pouvons le faire, au-delà de la table et des aliments.Prenons, par exemple, l’eau dans l’alimentation de l’homme et dans celle de l’animal.L’eau de l’animal et l’eau de l’homme, ce n’est pas la même chose.Ainsi, ai Proche-Orient, l’eau est généralement rare.Parler de l’eau, là-bas, c’est déjà évoquer toute la vie.Ce qui me frappe toujours, chaque fois que j’arrive en Orient, au mois de décembré, c’est ceci: tout le monde parle de la pluie, tout le monde attend l’eau.C’est là qu’on se rend compte comment un symbole prend valeur, parce que, justement, il a besoin de prendre valeur.Là-bas, il y a très peu d’eau.Ici, le symbole est dévalorisé, d’abord sans doute parce qu’il y a de l’eau en abondance.Cela me frappe donc à l’inverse quand je reviens ici, où nous sommes inondés, au sens propre.La moitié peut-être des eaux douces du globe, ici, au Canada.Là-bas, l’eau est rare et précieuse.Tout le monde parle donc de l’eau: “Quand est-ce qu’on va avoir la pluie?” Puis, dès au’arrive la première pluie, c’est une explosion de joie.Ca fait huit mois qu’on ne l’a pas vue.Vous avez là, en conséquence, toute une valorisation de cette chose très élémentaire qu’est l’eau, dans une culture, dans une aire géographique qui conditionne une culture: valorisation qui ne peut pas, à mon avis, se retrouver ailleurs.L'EAU VIVE ET L'EAU DU ROBINET MAINTENANT: Le problème de la signification pour nous des sacrements ne tiendrait-il pas, pour une part, au fait que nous vivons toujours de sacrements qui ont été pensés et “institués” en quelque sorte dans un cadre géographique et culturel tout à fait différent du nôtre?J.-P.AUDET: Il y a de ça.Je reprends mon exemple de l’eau.Dans la pensée chrétienne primitive, le baptême était lié au symbolisme de “l’eau vive”.“L’eau vive”, ce n’était pas simplement l’eau.C’est différent, l’eau vive.La tradition rabbinique, par exemple, classait les eaux en cinq catégories, et dans ces cinq catégories, l’eau vive, c’est-à-dire l’eau courante, principalement l’eau des fontaines, venait en premier lieu.C’est elle qui était la plus appréciée, non seulement du point de vue de la soif humaine, mais aussi du point de vue de la végétation.L’eau de la mer venait, par contre, très loin derrière, et même à l’autre extrémité du classement.L’eau de mer est une eau stérile: ce n’est pas une eau avec laquelle on peut soutenir la végétation.Nous avons perdu ça, nous autres, cette sensibilité particulière à l’eau vive.Nous avons le robinet, qui nous amène ce que nous appelons “l’eau courante”.Ce qui s’est donc perdu ici, c’est tout un ensemble de conditionnements du symbole.Or, à mesure que les conditionnements se sont perdus, les symboles étant solidaires les uns les autres, et solidaires de la culture dans laquelle ils s’insèrent, les significations se sont déplacées.On peut dire également qu’elles se sont appauvries.C’est donc cela qui nous pose un problème, et d’abord, bien sùr, parce que nous ne pouvons pas recréer artificiellement les symboles anciens.S’il y a une chose qui se crée difficilement, c’est un symbole véritable: un symbole qui vraiment porte des valeurs et des sens.Pour arranger les choses, il ne suffit pas de dire que l’eau, c’est l’eau vive.Pour nous, l’eau, c’est l’eau banale avec laquelle on se lave, c’est l’eau qu’on boit.Cette eau, c’est l’eau du robinet, qui a pratiquement perdu toute espèce de communication avec l’ensemble du monde.L’eau nous vient des services de la ville.On paie la taxe d’eau, et voilà, monsieur est servi. 210 LES SACREMENTS DES ESQUIMAUX MAINTENANT: Mais alors la question qui se pose: comment espérer que les sacrements puissent être reçus et vécus dans chaque culture et chaque coin du monde tant qu’on continuera à leur donner comme support exclusif des éléments symboliques qu’on pense ou qu’on voudrait voir universels mais qui n’appartiennent en fait qu’à telle culture ou tel coin de terre?Plus concrètement, comment espérer par exemple, que notre repas eucharistique (pain et vin) puisse s’enraciner comme tel en terre chinoise ou autre?J.-P.AUDET: C’est la question, je pense.Un exemple extrême et tout à fait révélateur, est celui de nos Esquimaux à qui nous avons apporté l’évangile, et donc aussi les sacrements.Si nous leur apportons l’Eucharistie, eh bien, nous l’apportons sous la forme du pain et du vin.Or, les Esquimaux n’ont jamais connu les céréales: ils n’ont jamais connu, à plus forte raison, la vigne.Je parle de la culture esquimaude traditionnelle.Alors quoi faire?Il nous manque ici ce que Ricoeur appelle le premier sens du symbole.Il nous manque, pour le pain, une alimentation ordinaire qui comprendrait le pain, justement, et puis, pour la boisson il nous manque le vin qu’on prend tous les jours.Le pain quotidien, et le vin quotidien, si je puis dire.Comment donc bâtir sur une base inexistante un symbole qui aurait la force de vivre par lui-même.Mais je pense que si l’on s’arrête non pas à la matérialité de ce que Jésus a proposé, mais à son intention, je pense qu’on pourrait alors transposer les valeurs réelles, sur des bases réelles, qui pourraient devenir, pour reprendre mon exemple, les sacrements authentiques des Esquimaux.Si les Esquimaux n’ont pas le pain quotidien, ils ont quand même, disons, des valeurs alimentaires chargées d’une portée symbolique — c’est à eux de le dire — semblable à celle du pain.En Orient le pain, cela évoquait toute l’alimentation, tout l’espoir de la vie.De même pour le vin lié au “sang de la grappe’’, lui-même lié, à son tour, à la terre-mère.Il y avait là tout un symbolisme autour du vin comme autour du pain.A mon avis, si l’on prend l’intention de Jésus, qui est en premier lieu d’apporter une espérance de vie, il faut choisir, dans chaque culture, la base symbolique qui porte au maximum l’espérance de la vie.Bâtir là-dessus, alors, le symbole qui irait dans le sens de l’espérance offerte par l’évangile: espérance de vie, de vie éternelle.Cela alors me paraîtrait pouvoir être universalisé à la fois dans l’espace et dans le temps, pour traverser les frontiè- J.-P.AUDET: Oui, qu’est-ce que vous voulez: je ne vois pas autrement que l’Evangile puisse devenir universel.Nous demandons un effort, qui, je pense, n’est pas totalement impossible.Mais c’est tout de même demander, chaque fois, à chaque individu et à chaque groupe, une gymnastique symbolique extrêmement dif-licile à assurer.Or, l’évangile est destiné — c’est capital — à tous les hommes.Jésus n’a jamais fait de distinction.Il a dit: “Allez, répandez ce message à tous les hommes”.Son idée était de rassembler tous les enfants de Dieu dispersés à travers le monde.Alors, est-ce que les barrières symboliques vont empêcher l’évangile d’aller jusqu’au bout de sa lancée?A mon avis, non: il ne faut pas que les sacrements se retournent en quelque sorte contre leur objectif et empêchent res des cultures, et puis, pour fournir à l’église, si vous voulez, une physionomie sacramentelle indéfiniment souple, et pourtant suffisamment solide, parce qu’il y a une valeur qui demeure tou-jcurs: celle de l’espérance de la vie.Ce que l’homme apprécie le plus dans ce qu’il mange, dans ce qu’il voit, ce sont des valeurs fondamentales qui, pour lui, signifient la vie.Si l’on prend cela, il y a moyen, à mon avis, d’en sortir.Mais je pense que nous ne sommes pas prêts à envisager dès aujourd’hui des choses semblables.l’universalisation concrète et permanente de l’évangile.C’est un problème qui s’est déjà posé plus ou moins à propos des “rites chinois”.Vous savez qu’on s’est replié sur l’Occident à ce moment-là.Finalement on a refusé d’accepter les transpositions chinoises.Il y a aujourd’hui bien des chrétiens chinois très sérieux qui nous disent: il n’est pas sûr qu’au moment où la question s’est posée on n’ait pas eu tort de condamner les Jésuites qui proposaient cette transposition.Sans vouloir spéculer sur l’histoire il n’est pas interdit de penser que la Chine serait dans une toute autre situation à l’heure actuelle, à l’égard du christianisme si l’on avait vraiment résolu de sortir de la sacramentalité méditerranéenne pour passer à une sacramentalité proprement chinoise.MARIAGE ET ESPERANCE CHRETIENNE MAINTENANT: Mais je pense aux difficultés sérieuses d’insertion, par exemple, de notre sacrement de mariage dans certaines cultures où on vit le mariage d’une manière nettement différente de l’occidental.Comment, en quelque sorte, évangéliser ces formes diverses de mariage?Ca pose de drôles de problèmes théologiques J.-P.AUDET: On les a autre- de toutes manières.On en a par-ment, les problèmes, mais on les a tout.Ce qu’il faudrait envisager, SORTIR DE LA SACRAMENTALITE MEDITERRANEENNE MAINTENANT: Concrètement, iriez-vous jusqu’à dire qu’on pourrait, par exemple, communier au Seigneur sous la forme du riz en Orient et sous la forme de la viande de phoque chez les Esquimaux? je pense, dans la symbolique du mariage, c’est le rapport disons Dieu-homme, Dieu-peuple selon l’imagerie mise en avant par Israël, et le rapport Jésus-église, selon la tradition chrétienne.Il s’agit fondamentalement d’un rapport de générosité, de fidélité, enfin, d’un rapport qui va constamment dans le sens de l’espérance.Le mariage, union de l’homme et de la femme, dans la perspective de Paul qui a proposé ce symbole, porte en quelque sorte l’image de l’espérance chrétienne.S’il y a des formes diverses ' du mariage, des aménagements divers du mariage qui peuvent porter cette valeur, qu’-est-ce que vous voulez: ce qui importe, c’est la valeur.Voyez: dans les premières générations chrétiennes, on a été très peu préoccupé par ces questions de mariage.Ce n’est pas cela qui encombre le Nouveau Testament.Non, Jésus était très tranquille, semble-t-il, à l’égard de cette diversité des formes, et les premiers disciples de Jésus, quand ils ont rencontré d’autres cultures, semblent bien avoir adopté en gros pas mal de choses qui étaient simplement reçues dans le milieu.Ce n’est qu’au Xe siècle que l’église a vraiment pris en main les formes du mariage, pour les réduire de plus en plus à ce que nous connaissons aujourd’hui.Mais cela dit, je pense que ce qui est décisif dans tous les sacrements c’est de conserver la valeur éventuellement portée par divers aménagements concrets.On a changé par exemple, le “repas du Seigneur”.Ce n’est même plus un repas, à vrai dire.Notre eucharistie, si l’on prend le symbole dans sa pure ligne extrêmement restreinte, c’est du pain, ce n’est même pas l’accès a la coupe la plupart du temps.Nous avons réduit quand même là considérablement la base sur laquelle la valeur pouvait être portée.Nous avons donc pris de drôles d’initiatives dans des circonstances comme celles-là.Si ces initiatives ont été prises dans ce sens, pourquoi ne pas les élargir aujourd’hui, puisqu’on a bel et bien pris la liberté de les restreindre?Est-ce qu’il serait interdit de les élargir?Je ne vois pas.Les initiatives étaient larges à l’origine.Lorsqu’on est arrivé, par exemple, à l’origine, devant le problème du baptême, on s’est bien- tôt rendu compte qu’il y avait là des difficultés concrètes.On cherchait de l’eau vive, de l’eau courante, mais il n’y en avait pas toujours.Les plus anciens textes, celui de la Didachè (vers l’an 70), prévoient trois situations: si tu n’as pas d’eau courante, — l’eau courante, c’est la situation idéale, — prends n’importe quelle eau, puis si tu n’en as pas assez, fais simplement l’aspersion.Donc, réduction extrême, là aussi.Alors, on s’est dit: ce qui porte la valeur, ce n’est pas le fait qu’il y ait abondance d’eau vive, ce n’est pas non plus même le fait que ce soit de l’eau vive.Si tu n’en as pas, prends-en une autre.211 Puis, si tu n’en as pas assez, prends simplement ce que tu as, et fais le baptême.On était souple, donc.Les premiers chrétiens sont partis, dans leur symbolique, d’une base large.Ils avaient une valeur ferme.Ils ont aménagé les symboles de manière à servir la valeur.A mon avis, c’est cela qui importe: que les symboles servent la valeur.Mais pas le symbole en lui-même, qu’on institutionnalise en soi, et dont on conserve l’institution, plus ou moins sans considération sérieuse de la valeur portée et la capacité du symbole a rejoindre ceux à qui la valeur est destinée.UNE BASE PLUS LARGE MAINTENANT: Mais au lieu de penser à aménager les symboles sacramentels suivant les diverses cultures, certains, je pense, seraient plutôt portés à miser une sacramentalité universelle sur des “archétypes” universels.J.-P.AUDET: Je ne suis pas porté à m’orienter de ce côté-là.Je suis porté à conserver la valeur qui, elle, peut être beaucoup plus facilement universalisable.Je suis porté à aménager alors le support symbolique de la valeur suivant les coutumes.Là, il s’agit d’aménagement.Un repas, chez les Arabes, cela peut avoir tout un sens.Je pourrais vous donner des exemples concrets de repas de réconciliation, entre autres, qui passent par-dessus tout un système judiciaire à l’occidental installé de fraîche date en Trans-Jordanie et dans les tribus bédouines.Pour ces gens, cela n’a pas beaucoup de prise dans les consciences, un procès judiciaire, avec des juges, des témoins et des avocats.On n’est pas justifié, jugé par un système comme celui-là, dans leur pensée.De sorte qu’ils doublent le système judiciaire imposé par le gouvernement par le vieux système qu’ils ont conservé, et qui est celui de la réconciliation.Le système traditionnel comporte un repas autour duquel celui qui a commis l’offense, ou le délit, est réconcilié.C’est tout autre chose qu’un procès.Donc, je me dis: la valeur de justice, elle, est bien présente, mais l’aménagement de la valeur est double: l’un est importé de toutes pièces d’Occident, et n’a pas encore pris racine; l’autre a de vieilles racines, et il dure, celui-là.On a donc les deux systèmes fonctionnant côte à côte: chacun recherche la justice, mais ne la recherche pas par les mêmes aménagements.Alors voilà: vous avez ici une valeur que tout le monde perçoit, la justice.Il y a eu un tort qui a été fait quelque part à quelqu’un.Comment rétablir l’équilibre de la justice?Eh bien, cela, c’est l’aménagement, qui dépend des cultures, qui dépend de toutes sortes de choses.C’est un peu la même situation pour les sacrements.Je crois que tous les sacrements sont orientés vers une valeur fondamentale, qui est l’espérance de la vie.l’espérance même de l’évangile.Les aménagements diffèrent suivant les sept sacrements que nous avons hérités du passé.C’est déjà un indice: il y a sept sacrements: on en a retenu sept.Il aurait pu y en avoir plus, il aurait pu y en avoir moins.Le nombre a varié d’ailleurs au cours de l’histoire.Donc, sept aménagements.Mais je dis: s’il y a déjà sept sacrements, plutôt qu’un seul, cela veut dire que, au fond, nous admettons sept aménagements de cette même valeur qu’est l’espérance de la vie.Eh bien, il n’y a pas plus de difficulté sérieuse, du point de vue de la tradition chrétienne, si l’on veut bien regarder les choses en face, à trouver d’autres aménagements dans la même ligne des sept sacrements que nous connaissons, toujours en conservant cette valeur de l’espérance de la vie qui s’identifie avec 212 l’objetif fondamental de l’évan-gile.D’ailleurs, les premiers chrétiens ne se sont pas fait de difficultés dans cet ordre de choses.Quand, par exemple, ils se sont trouvés dans les pays de langue syriaque, ils ont traduit la bible en syriaque; dans les pays de langue copte, ils ont traduit la bible en langue copte.Quant aux symboles, je vous assure qu’ils ont été drôlement ajustés, suivant les cultures.C’était beaucoup plus souple que maintenant, à ce moment-là.Mais nous avons fini par constituer en quelque sorte toute une symbolique fixée une fois pour toutes, et d’autant plus fixée qu’on la réduisait davantage.J’aimerais insister ici, au passage, sur le danger que représente toute réduction symbolique extrême.Le pain réduit à un petit morceau qui, lorsqu’on le casse, fait un bruit de feuille morte! Eh bien, c’est pas tout à fait ce qui évoque la vie, la grande espérance évangélique de la vie .Les symboles vivent, sont féconds et significatifs dans la mesure où ils ont un large espace sur lequel ils peuvent s’établir.Ainsi, un vrai repas, cela réunit des gens.Par exemple, les grands repas de famille, une fois de temps à autre.Mais, un casse-croûte, ou bien un rien mangé sur le pouce, peut-être en passant .?A mesure que la base symbolique se rétrécit, le symbole risque de s’échapper.Je serais donc porté à croire que nous devrions aménager nos sacrements, nos signes sacramentels, sur une base beaucoup plus large que celle dont nous disposons en ce moment.L'EUCHARISTIE DU MATIN ET LE REPAS DU SOIR MAINTENANT: Dans cette perspective, mais cette fois à l’intérieur d’une meEme culture, ne devrions-nous pas aussi tenir compte d’une distribution des sacrements suivant les temps et les moments de la vie.Prenons encore une fois, par exemple, le repas qui plus souvent qu’autrement semble dévalorisé dans notre civilisation nord-américaine.Comment dans ces conditions notre repas echaristique pour-raitril rejoindre la vie?J.-P.AUDET: Je crois qu’en fait, il faut ici tenir compte des temps et des moments dans la vie d’une personne, d’un groupe, dans la vie d’une culture.Le repasv du matin, par exemple, c’est un repas d’éveil, à peine un repas, à moitié sur l’oreiller.A midi, nous avons un repas d’affaires, de métier.Le seul véritable repas qui puisse porter une signification à l’heure actuelle, parmi nous, je crois que c’est le repas du soir, qu’une fois de temps à autre, d’ailleurs, on s’applique à revaloriser.Il y a donc des rythmes dans tout cela, des distributions de valeurs.Si l’on enlevait toute valeur à tout repas, eh bien, là, je serais d’accord avec vous.Mais en Orient, par exemple, — j’ai vu cela très souvent —, on prend très peu de repas à la maison.On vit peu dans la maison, en été surtout où il fait très beau.On voit donc les gens attraper une pomme de laitue à l’étalage, s’en aller comme ça, et la manger.A un autre moment du jour, on prendra une orange et on la mangera immédiatement.Dans le désert c’est encore plus marqué: un repas de temps à autre, mais alors, là, c’est une de ces bombances extraordinaires! Vous voyez, les distributions sont diverses; je pense qu’il faut tenir compte de cela.Donc, si l’on est réaliste, en ce qui regarde l’eucharistie, je pense qu’on doit tenir compte de choses comme celles-là.Cela veut dire qu’une eucharistie du matin, au moment où l’on sort de l’oreiller, ce n’est peut-être pas le meilleur moment de valoriser le “repas du Seigneur”.Je pense qu’on irait bien davantage dans le sens de nos aménagements culturels, si l’on prenait le repas du soir, le seul vraiment valorisé, où les relations humaines après le travail du jour peuvent s’étendre, se J.-P.AUDET.Je pense que, oui, nous avons besoin des sacrements.C’est comme pour le langage.Réduit aux sons articulés, le langage est déjà déshumanisé.Le langage écrit, c’est déjà, à mon avis, du langage diminué.En fait, quand vous parlez, vous avez un timbre de voix, vous avez un ton.Le timbre est masculin ou fémi- déployer à loisir.Je verrais dans un phénomène de ce genre la raison d’une diversification interne due à notre culture, suivant les moments, suivant la manière dont les valeurs humaines réelles se distribuent elles-mêmes.Au lieu d’imposer aux valeurs un carcan fabriqué à coups de lois, grâce auxquelles on aurait décidé que la messe, par exemple, c’est telle chose, à telle heure, etc.Nous avions autrefois une distribution temporelle extrêmement étroite de l’eucharistie.Aujourd’hui, on étend un peu la surface des rythmes; on a ainsi des chances de rejoindre la vie.Ceux qui vont davantage dans le sens de la vie retrouvent spontanément le repas du soir et cherchent une eucharistie qui s’insère dans une rencontre plus profonde où le repas prend sa valeur.nin.Il n’y a rien, par exemple, de plus troublant au téléphone que de ne pas savoir si l’on parle à un homme ou à une femme.Nous avons besoin du timbre pour savoir où nous placer dans la communication.Nous avons aussi besoin du ton, parce que le ton, lui, porte l’émotion.Le timbre "" .**“' """*.II
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