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Maintenant
Revue d'idées très en phase avec les débats qui animent la société québécoise durant la Révolution tranquille.

[...]

La revue Maintenant arrive et s'inscrit dans l'effervescence du Québec des années 1960, au moment de la Révolution tranquille. Elle a pour vocation de remplacer la Revue dominicaine en créant un lieu de discussion collé sur l'actualité. Pour s'insérer davantage dans l'activité intellectuelle de son temps, la nouvelle revue affiche une facture moins savante.

Père Henri-Marie Bradet, directeur de la revue depuis ses débuts en 1962, rassemble rapidement de nombreux collaborateurs, clercs et laïcs. Plusieurs dominicains, mais aussi Benoît Lacroix, Louis Lachance, Émile Legault, Gérard Dion et Louis O'Neill offrent des contributions à la revue, tout comme les laïcs Hélène Pelletier-Baillargeon, Louis Fournier, Pierre Saucier, Dr Paul David, Ernest Pallascio-Morin, Jacques-Yvan Morin, Guy Robert et Naim Kattan, parmi de nombreux autres.

La volonté d'actualisation du catholicisme prônée par Maintenant tient ses racines dans le personnalisme des années 1930 et son ouverture à l'individualisme, et coïncide, en 1962, avec le programme de réformes du catholicisme de Vatican II, duquel la revue portera l'esprit au Québec. Elle offre une tribune aux catholiques de gauche, soucieux de montrer un esprit actuel et moderne à la jeunesse intellectuelle.

Maintenant s'adapte rapidement aux changements accélérés en cours dans la société québécoise et devient un lieu de débat important. Les clercs souhaitent se positionner comme porteurs d'une conscience morale évolutive de la société vis-à-vis des intégristes et du contrôle de l'Église. Cet humanisme chrétien motive Maintenant à adopter hâtivement le socialisme démocratique et à cautionner et pousser l'idée de l'indépendance politique du Québec.

Le contexte de laïcisation et de pluralité grandissante des affiliations religieuses, conjugué au déclin de l'attachement national canadien-français et catholique, donne naissance à un nationalisme québécois civique qui se manifeste notamment dans la déconfessionnalisation de l'enseignement public. Maintenant en sera partie prenante.

La revue participe ouvertement aux débats sur la régulation des naissances, mais, par principe religieux fondamental, demeure d'abord contre l'avortement. Et bien qu'elle appuie une laïcité ouverte, la revue refuse affronte la position radicale de la relégation du religieux à la sphère privée. Les audaces que Maintenant se permet font des mécontents à la tête de l'ordre dominicain à Rome, qui demande la destitution du père Bradet en 1965. La maison provinciale de l'ordre ne souhaite pas se ranger dans la réaction. Le père dominicain Vincent Harvey prend la relève de Bradet à la direction et offre au contraire davantage d'autonomie à la revue, qui appuie plus résolument le socialisme et l'indépendantisme québécois.

Maintenant souhaite mettre un terme au nationalisme messianique pour que toute la place soit laissée à un mouvement politique pragmatique, qui envisage la souveraineté politique comme moyen pour le Québec de se développer. Tous les dominicains ne sont toutefois pas à l'aise avec les positions politiques de la revue. L'ordre sort de l'aventure en 1969. Son maigre financement est dorénavant assuré par Pierre Péladeau. La revue délaisse alors presque complètement le contenu religieux pour se concentrer sur les questions politiques, sociales et économiques.

Durant la période qui suit, Maintenant accueille des collaborateurs réputés, dont Robert Boily, Jacques Parizeau, Michèle Lalonde, Fernand Dumont, Jacques Grand'Maison, Jacques-Yvan Morin, Guy Rocher, Camille Laurin, Pierre Vadeboncoeur et Louis O'Neill. Hélène Pelletier-Baillargeon y est toujours et sera d'ailleurs nommée directrice au décès de Vincent Harvey en 1972.

Maintenant est affiliée aux journaux indépendantistes et réformistes Québec Presse (1969-1974) et Le Jour (1974-1978). Les trois cahiers publiés en 1975 sont d'ailleurs distribués avec Le Jour. Plusieurs des collaborateurs des dernières années seront des figures importantes du gouvernement et de l'administration du Parti québécois à partir de 1976.

Source:

ROY, Martin, Une réforme dans la fidélité: la revue Maintenant (1962-1974) et la «mise à jour» du catholicisme québécois, Québec, Presses de l'Université Laval, 2012.

Éditeurs :
  • Montréal, P.Q. :les Dominicains en collaboration avec d'autres clercs et des laïcs,1962-1975,
  • Montréal :Éditions Maintenant inc.,
  • Montréal :Editions Maintenant :
Contenu spécifique :
Décembre
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
chaque mois
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Prédécesseurs :
  • Revue dominicaine ,
  • Témoins
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Références

Maintenant, 1969-12, Collections de BAnQ.

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{î*1 rul'troVH^r nURLARD DES ORMEAUX 1702ü il-,?- NUMERO 91 DECEMBRE 1969 — 75 CENTS L'AVENIR DU FRANÇAIS AU QUEBEC p.291 PETITE ANTHOLOGIE DËDIËE À MM.REMI PAUL ET JEAN-NOËL TREMBLAY p.295 1$H>9 î-JfÆ.¦y - •>'- ¦ j .Vol 52 « lynioga/n I rnttynution eruihant.'l LE QUARTIER LATUM Que sont devenus les leaders d octobre 68?page 16 Inde* des minorités agissantes page 27 Les étudiants de Sherbrooke à l'assaut des Cantons de l'Est?page 28 Pourquoi Percé?page 32 IA R MON SOa: .I SO a: Vu).62 m> 2.'nw9»/J»s QL LE QUARTIER LATUM LE QUEBEC DOIT TROUVER ET IMPOSER SON IDENTITE AU PLUS TOT OTHERWISE IL COURT lERBQUEIOIOSE SA LANGUE AND TO DISAPPEAR AS AN AUTHENTIC CULTURE Vol 62 no afrmoMioï i)'a(kio éuidwnt/t6 octot»o I3&9 SOa: dam sa peau DANS le QUARTIER LATIN tous les 1 5 jours, des étudiants de tout le Québec s'expriment sur la société actuelle.Une information unique.Une information indispensable.Une information libre.SOcd esîciite'ê XK XX XX Pour votre clientèle: le Quartier Latin lui fera oublier les longues périodes d'attente.Pour votre famille: le Quartier Latin lui fera oublier vos absences prolongées.Pour vous: le Quartier Latin vous fera oublier votre clientèle et votre famille! abonnement/1 an abonnement étudiant abonnement de soutien bulletin d'abonnement $10.00 5.00 20.00 nom et prénom n° et rue: le Quartier latin comte et province: ci-joint mon chèque au montant de $ — pour un abonnement de: 2222 édouard-montpetit montréal/739-4777 $10.00 20.00 5.00 éditorial SOMMAIRE PAGE L'avenir du français au Québec la direction .291 Petite anthologie.295 L'avenir économique d'un Québec souverain Jacques Parizeau.300 Une église nouvelle en gestation Jacques Grand'maison .304 L'année d'une prise de conscience collective Victor-Lévy Beaulieu .312 Sans micro ni caméra Richard Gay .316 DIRECTEUR-ADMINISTRATEUR: Vincent Harvey, o.p.ADJOINTS A LA REDACTION: Pierre Saucier, Hélène Pelletier-Baillargeon, André Charbonneau, Yves Gosselin, o.p., Laurent Dupont, o.p., Richard Gay.CONDITIONS D'ABONNEMENT: Abonnement d'un an $ 7.00 Abonnement d'étudiant S 5.00 Abonnement de soutien $10.00 N.B.Les abonnements ne sont enregistrés qu'au reçu du versement.2715 Chemin Côte-Ste-Catherine, Montréal 250, P.W.— (514) 739-2758 IMPRESSION: Imprimerie Montréal Offset Inc.DISTRIBUTION: Les Messageries Dynamiques Inc., 9820 rue Jeanne-Mance, Montréal, (514) 384-6401 Courrier de la deuxième classe Enregistrement no 1419 / 'A VCNM DU FRANÇAIS AU QUÉBCC Il est sans doute permis de nourrir un optimisme officiel (celui des Bertrand, Pelletier.) et de soutenir que le français se portera de mieux en mieux au Québec.Cette opinion nous paraît avoir l’inconvénient de ne pas reposer sur un examen rigoureux des faits.Même les conclusions de Lauren-deau-Dunton n’autorisent pas des vues aussi rafraichissantes.Il se pourrait même que le français n’ait pas d’avenir chez nous à commencer par Montréal, la plus grande cille française de langue anglaise, suivant l’expression de Rosaire Morin (1).Bien des indices sérieux laissent croire que la question fondamentale n’est pas seulement l’avenir de la.langue française en Amérique du Nord, mais bien plutôt l’avenir d’une collectivité qui s’est définie essentiellement jusqu’ici comme francophone.Inutile d’entrer dans des débats constitutionnels et politiques et de venir proposer quelque mouture des statuts spéciaux ou autres répartitions de pouvoirs.Essayons plus simplement de poser un diagnostic sur la situation linguistique actuelle au Canada et au Québec.Lo situation linguistique actuelle Première investigation indispensable à notre examen.Quel genre de bilinguisme officiel vivons-nous au Canada?Comment se compare-t-il au statut d’autres pays biculturels ou multiculturels?Là-dessus, un géographe bien connu du Québec, M.Michel Brochu,, a formulé des conclusions qui découlent d’une analyse objective de législations comparées.Voici ce que dit M.Brochu: Encore qu’il soit le plus grand pays bilingue par le territoire et la population, le Canada est le seul des pays bilingues où le bilinguisme officiel est fondé sur des critères discriminants et limitatifs qui ont faussé au départ et qui continuent de fausser les rapports entre les deux langues dites officielles en ce pays.Par contre, l’analyse du bilinguisme officiel en Belgique, en Finlande, en Suisse et en Union Sud-africaine a montré que le bilinguisme est traité dans ces pays sur un pied d’absolue réciprocité entre les divers groupes linguistiques quelles que soient leurs proportions.Et M.Brochu de commenter: Malgré la situation précaire du bilinguisme au Canada, qui fait qu’à toutes fins pratiques celui-ci se trouve confiné au Québec, de hautes personnalités ne manquent pas une occasion de proclamer que le bilinguisme canadien est un exemple pour les peuples de l’Univers! (2).Les résultats de cette analyse documentée s’imposent toujours à l’heure des rapports B & B et de la petite soeur québécoise, la mini-Commission Gendron.Partout dans le monde, sauf au Canada et en Afrique du Sud, le bilinguisme se définit territorialement comme la convivence juxtaposée d’unilinguismes régionaux.En Belgique, en Suisse, en Finlande, en Tchécoslovaquie, en Yougoslavie, chaque ethnie dans les limites du territoire qu’elle occupe vit dans sa langue maternelle.La langue des affaires, du travail et de l’école est la langue du groupe national.Le bilinguisme ne trouve naturellement son application qu’au niveau de l’administration centrale.L'assimilation des francophones progresse Au Canada nous n’avons pas encore réussi à bilinguiser Ottawa et la fonction publique fédérale, même s’il faut reconnaître les progrès accomplis.Dans la perspective d’une égalité entre les ^ (2) Michel Brochu: LA REALITE DU BILINGUISME AU CANADA.Editions de l’Action catholique, Québec, 1962, 40 pp.(1) Rosaire Morin: MONTREAL., VILLE FRANÇAISE ENGLISH-SPEAKING, (MAINTENANT, no 78- juin-juillet 1968) 292 L'A VENIR DU FRANÇAIS AU QUÉBEC deux peuples fondateurs il faudrait de toute nécessité posséder une administration centrale bilingue.Et qu'advient-il du français à l'échelle pan-canadienne0 Malgré la bilinguisation sur papier de l’Ontario et du Nouveau — Brunswick, le processus de l'assimilation dans les neuf provinces est à peu prés inéluctable.Une excellente étude basée sur les statistiques du dernier recensement fédéral de 1961, LANGUAGES IN CONFLICT de Richard Jov.prouve qu'il n'y a pas d'av^ nir pour la langue française dans les provinces anglaises, sauf dans certaines régions limitrophes du Québec.(3).Mais au Québec même y a-t-il aussi sûrement qu’on le croit de l’avenir pour la langue française?Pour refroidir tout optimisme trop facile à ce sujet, il serait peut-être bon d’avoir présents à l’esprit les éléments essentiels de la situation linguistique au Québec.Nous nous permettons donc de renvoyer le lecteur à l'éditorial de Jacques Poisson, POUR UN QUEBEC FRANÇAIS, paru dans MAINTENANT à l'occasion du projet de loi 85 (4).Dans ce texte on a tenté de dépeindre la situation de la langue par une série de données schématiques.Qu’il nous suttise aujourd’hui d’indiquer quelques principaux facteurs jouant pour ou contre un Québec français.En faveur de l'anglais: 1— L’entreprise anglo-saxonne domine l’économie et impose l’anglais comme langue de travail dans les régions industrialisées du Québec; 2— Sous l’influence de l’urbanisation, la langue anglaise prend de plus en plus d’expansion à Montréal: le français y est déjà en perte de vitesse; 3— Dans l’information la nouvelle traduite en provenance d’agences anglo-saxonnes (AP, CP, UPI et Reuter) prédomine au Québec même; 4— La propagande et la publicité d’esprit et de contenu américains y sont omniprésentes; 5— Les grands moyens de communication en langue anglaise surabondent chez nous: cinéma, radio, télévision, disques, journaux, livres, revues; 6— Un système complet d'écoles publiques anglophones est répandu dans toutes les régions de notre province: 7— Enfin, depuis quelques années, les immigrants s’intégrent à plus de 85C à la communauté anglophone.En faveur d'un Québec français: 1— Les Canadiens-français possèdent une longue tradition de résistance; 2— La France étend de plus en plus son influence par les livres, les films et les périodiques français diffusés au Québec; 3— Des accords culturels ont commencé d'ètre conclus avec la France; 4— La poésie, la chanson, le spectacle et le cinéma québécois sont actuellement en plein essor; 5— La population québécoise se scolarise massivement depuis l’application du Rapport Parent; 6— L’existence d’un nouveau parti québécois, le PQ, canalise beaucoup d’espoirs et d’énergies dans la jeunesse surtout; 7— Les jeunes francophones, scolarisés, politisés, contestataires sans complexes et fiers d’être Québécois à l'heure de Manie et des ordinateurs, font de plus en plus sentir leur présence sur la place publique; 8—Enfin, l'affront du Bill 63 à la face des Québécois vient tout juste de redonner du nerf à leur vouloir-vivre collectif.La langue dominante Ces constats, bien que sommaires, sont révélateurs.En effet ces deux blocs de facteurs contraires et concurrentiels constituent un nouvel affrontement et engagent irréversiblement l’avenir de la collectivité francophone du Québec.Bien plus, étant donné l’inégalité des forces en présence, les facteurs jouant en faveur de l’anglais sont très lourds de conséquence .surtout si l'on accepte ce postulat qui veut que: dans une société industrielle nord-américaine, normalement ouverte à l’immigration, le groupe ethnique capable de déterminer quelle sera la langue dominante de la vie économique et du travail, ainsi que la langue privilégiée de l’enseignement, est assuré de la victoire linguistique à longue échéance (4) .Or, au Québec, les Anglo-Canadiens ont presque réalisé ces deux conditions; ils disposent par là de moyens suffisants pour angliciser peu à peu l’ensemble du Québec.De fait, l’anglais est la langue dominante du travail à Montréal (5) .Quant aux positions respectives de l’anglais et du français dans l’enseignement elles seront sans doute inégales et défavorables à la majorité francophone avec l’adoption du Bill 63.En effet, ce projet de loi en consacrant l’égalité de droit du français et de l’anglais va accentuer l’inégalité de fait des deux langues au profit de la minorité québécoise anglophone.(3) Richard J.Joy: LANGUAGES IN CONFLICT.Published by the Author, Ottawa, 1967.(4) Jacques Poisson: POUR UN QUEBEC FRANÇAIS —JALONS D’UNE POLITIQUE LINGUISTIQUE.(MEMOIRE endossé par la direction de MAINTENANT, no 84 — mars 1969) (5)c.f.Interview avec le professeur Gilles Auclair, psychologue, Université de Montréal, LE SOLEIL, 4 mars 1964. Un choix rodicol s'impose Devant une telle situation nous sommes tous acculés aujourd’hui à un choix radical: —ou nous optons pour l’assimilation rapide et sans douleurs (qu’on en finisse enfin .) à la communauté anglophone : (6).—ou nous nous réveillons pour de bon, décidés à prendre des mesures extrêmement vigoureuses pour freiner l’anglicisation et assurer l’identité et le développement d’un Québec français.La question est claire: devrons-nous cesser d’ètre un peuple français en Amérique du Nord?Si nous optons pour un Québec français, nous ne pouvons laisser cette option au seul dynamisme du temps et de la vie, aux seuls caprices des individus ou des groupes.Il nous faudra faire de cette option un projet collectif sous la direction et l’impulsion d’une politique gouvernementale éclairée et ferme.Le statut de la langue française en Terr^Québec, statut qui est au coeur même de notre avenir collectif, est une question politique.Les conséquences du Bill 63 Quelle est justement la politique linguistique du gouvernement québécois?A l’heure présente, l’Assemblée nationale s’apprête si ce n’est déjà fait à voter un projet de loi fatal pour l’avenir de notre langue.Allons directement à l’essentiel du Bill 63, à son principe fondamental que les amendements de dernière heure ne changent en rien.Pour la première fois de notre histoire, un projet de loi consacre dans un texte juridique de notre législation québécoise le présumé droit des parents à choisir la langue d’enseignement au risque de sacrifier les intérêts^ (6) Louis Landry: ET L’ASSIMILATION, POURQUOI PAS?Les presses libres, Montréal 1969.supérieurs de la nation québécoise.Qui ne se rend compte que la reconnaissance du droit des parents au choix de la langue d’enseignement équivaut à donner à la langue anglaise un statut égal à la langue française au Québec?(7).Accepter le principe du libre choix de la langue d’enseignement au Québec c’est, du même coup, accepter de jouer notre vie collective au risque de nous perdre.Un présumé droit des parents A propos de ce présumé droit des parents, tous les juristes s’accordent à reconnaître qu’il n’a aucun fondement dans le droit international ni dans la Charte des droits de l'homme.Au contraire, il s’oppose même en fait à un jugement récent (1969) de la Cour européenne des droits de l’homme (8).Celle-ci, en effet, a estimé dans le cas des parents francophones établis en zone unilingue flamande qu’il n’est pas contraire à la charte européenne de leur imposer le flamand.Les droits de la collectivité l’emportent dans le cas sur les droits des particuliers.Selon la Cour européenne des droits de l’homme, La doctrine classique des libertés individuelles qui peut conserver une certaine valeur philosophique n’a aucun caractère normatif en ce qui concerne la langue.La survivance culturelle de la majorité passe avant le droit des minorités et des individus.Bien plus, interpréter ces deux dispositions (art.14 et 2) du Protocole, comme reconnaissant à toute personne placée sous la ^uridiction d’un Etat un droit à être instruite dans la langue de son choix conduirait à des résultats absurdes.Mais ce principe du libre-choix (7) F.—A.ApgersiREPONSE AU PREMIER MINISTRE BERTRAND — QUEBEC,.SOCIETE FRANÇAISE OU BICULTURELLE?LE DEVOIR, 3 octo bre 1969.s’oppose par-dessus tout aux intérêts fondamentaux de la majorité francophone, menacée à brève échéance de minorisation dans la métropole même de son territoire national.Une question de vie ou de mort C’est ce qu’ont très bien senti des milliers de Montréalais pour qui le problème du français est descendu sur la place publique, dans la rue.Il est au coeur du drame que nous vivons actuellement.Le conflit de Saint-Léonard a posé avec acuité le problème de l’avenir du français sur l’île de Montréal.C’est ici et maintenant que se joue principalement le sort de la langue française.La question n’est plus un sujet de dissertation patriotique.C’est une question de vie ou de mort, donc une question politique.A moins d’une interruption anarchique du processus démocratique, ce problème devra se résoudre par le verdict populaire.Si la majorité optait pour l’unilinguisme français, elle ne ferait qu’exercer ses droits.Reconnaissons-le paisiblement une fois pour toutes: la loi de la majorité n'est pas une invention diabolique et elle est universelle.Elle a joué jusqu’ici contre nous au Canada.Pourquoi ne jouerait elle pas pour nous au Québec?Avant Saint-Léonard, la Commission Laurendeau-Dunton avait d’ailleurs bien mis en lumière toute la profondeur, du drame.Une révolution s’est produite au plus profond de la conscience québécoise depuis 1960.Cessant de nous considérer comme une simple minorité, fut-ce la plus grosse, à l’intérieur d’un pays canadien, nous avons pris conscience de notre statut de majorité au Québec et nous réclamons simplement les droits et privilèges (8) Publication de la Cour Européenne, Strasbourg, —Série A —Arrêts et décisions, du 23 juillet 1968 et pp.21 et 35. 294 Z 'R VENIR DU FRANÇAIS AU QUÉBEC naturels à une majorité.Le rapport B & B le disait en toutes lettres: Il ne s'agit plus du conflit traditionnel entre une majorité et une minorité.C’est plutôt un conflit entre deux majorités; le groupe majoritaire du Canada et le groupe majoritaire du Québec (9).Rien ne sert de nous leurrer.Le combat actuel est la lutte entre deux unilinguismes.Si on laisse les’ choses à leur cours naturel sous le haut patronage du gouvernement québécois actuel, nous nous dirigeons forcément vers le Québec anglais.Etre conséquent Mais il est loin d’être sûr que les Québécois tiennent profondément au français.Les gens ont souvent des réticences à l’endroit du français normal et ils veulent d’abord rendre justice à l’anglais, langue de la promotion sociale.Seule une énergique intervention de l’Etat du Québec peut renverser la vapeur et donner au français utilité, prestige et rayonnement.Cependant notre inclination naturelle à la dépendance, notre résignation fatiguée répugnent à la manière forte, et l’on continue de poursuivre une politique idéaliste et impuissante d’incitation polie.Mais qui sait, peut-être avons-nous déjà choisi dans notre for intérieur de nous fondre à plus ou moins brève échéance dans la grande masse anglo-américaine?Le sort de notre destin collectif se décidera au cours des années qui viennent.Ne nous y trompons pas! Et le choix que nous ferons pourrait bien aussi n’être qu’un sursis, avant l’assimilation.Nous avons le génie d’inventer toutes sortes de solutions bâtardes ou intermédiaires qui ont pour effet d’ajourner le suicide collectif.Comment, au fond, régler un problème aussi grave que l’inté- gration des immigrants autrement que par une politique d’ensemble qui ferait du Québec un territoire unilingue français?L’Italien qui va à Toronto se sent-il spolié parce qu’on lui impose l’école unique anglaise?L’unilinguisme français qui pourrait être le régime linguistique au Québec ne serait pas nécessairement le fruit d’un complot sordide ou raciste.S’il était adopté démocratiquement, il refléterait alors tout simplement le consensus d’une population qui préférerait à l’agonie lente de la survivance la voie de l’épanouissement normal pour toute collectivité.L’unilinguisme ontarien est accepté aujourd’hui comme une situation normale et non comme quelque violation du droit des gens.Dans le contexte québécois, l’unilinguisme ne serait pas un acte d’agression, mais le geste logique que poserait une petite collectivité pour maintenir son existence au milieu de 200 millions de parlant anglais (10).L'unilinguisme s'impose Un projet tel que l’unilinguisme français n’a rien de totalitaire et il s’accommode fort bien de nuances qui tiennent compte de l’histoire, de la vie et du respect des autres.Ainsi dans un tel régime linguistique rien n’empêcherait la minorité anglophone de bénéficier des institutions scolaires indispensables à sa vie culturelle.Bien entendu, ce statut particulier ne devrait pas la dispenser ni la priver d’une connaissance normale de la langue de la majorité, en vue d’une participation réelle à l’édification d’un Québec français.Si, comme nous le croyons à la revue MAINTENANT, l’unilinguisme est au bout du compte la seule méthode viable et capable de renverser la vapeur en nous rendant notre capacité assimilatrice, la dignité et le bon sens en imposent le choix.L’unilinguisme est le moyen de nous permettre de vivre en français dans toutes les sphères de l’activité tout en offrant à tous une connaissance pratique satisfaisante de la langue anglaise enseignée comme langue seconde obligatoire à compter du secondaire (11).La crise scolaire illustrée par Saint-Léonard n’est qu’un aspect d’un problème plus vaste qui est le régime linguistique d’ensemble.Il est capital d’établir d’abord et avant tout — avec les aménagements nécessaires et le souci de l’équité — l’usage universel au Québec du français comme langue de travail.Actuellement, les jeunes qui arrivent sur le marché du travail découvrent que le français n’y a pas de droit de cité.C’est intolérable .Pour ce qui est de l’école, le rapport Parent a indiqué une philosophie et une méthode qui permettent d’instaurer un régime équitable et adapté à l’ère technologique.La planification exige des structures administratives uniques à l’échelle de toute la province.Guy Rocher a indiqué un début de solution réaliste dans ses articles des 17 et 18 octobre dans LE DEVOIR.Avec cet unilinguisme fonctionnel, l’Anglophone québécois ne serait pas assassiné ni spolié sur cet immense continent nord-américain.Quant au Francophone québécois, il pourra s’épanouir, et en vivant dans sa langue, collaborer à sa façon à l’édification d’une Amérique juste et fraternelle.La différence vers le statu-quo bicentenaire, c’est que l’on aura mis fin à l’agonie du français et que l’on mènera la vie normale de tous les peuples normaux des démocraties civilisées.^ La direction Rédaction: Laurent Dupont (9) RAPPORT PRELIMINAIRE DE LA COMMISSION ROYALE D’ENQUETE SUR LE BILINGUISME ET LE BICUL TURALISME, Ottawa, Imprimeur de la Reine, 1965, p.127.(10) Interview d’Alain Guillermou, secrétaire de la Fédération du Français universel, donnée à Radio-Canada, 1968.(11) Léopold Taillon: DIVERSITE DES LANGUES ET BILINGUISME, Editions de l’Atelier.Montréal 1967. des écrits ( 1838-1968) de quelques TERRORISTES ou AGITATEURS PROFESSIONNELS Respectueusement dédiée A L'HONORABLE REMI PAUL, BA, membre du Barreau, ex-membre de la Chambre des Communes et ministre de la Justice (Québec) AINSI QU A MONSIEUR LE MINISTRE DES AFFAIRES CULTURELLES qui relira avec ferveur ces lignes de MENAUD MAITRE-DRAVEUR: FELIX-ANTOINE SAVARD 1937 Si tu aimes la liberté, écoute! Le jeune homme s'endormit.Mais toutes les choses qu'il avait entendues la veille revinrent.Toutes, toutes comme de belles images! L'enfant vit ensuite (.) des sentiers qui emmaillaient toutes ces terres et des sillages qui ridaient toutes ces eaux.Des hommes de sa race allaient et venaient dans toute cette étendue.Alors, il leur demanda: "Qu'est-ce que cela?" Ils lui répondirent: "C'est ton pays et c'est la première heure des tiens." Puis ils ajoutèrent: "Si tu aimes la liberté, écoute maintenant!" Et l'enfant répondit: PEPSI PEPSI "J'aime la liberté et je voudrais mourir pour elle." Ils lui dirent: "Tu parles comme tes pères ont parlé!" Alors l'enfant entendit que les uns disaient: "Ohé! nous avons marché sans peur! Ohé! nous avons canoté sans lasse! Jamais personne, sous le soleil, m'a fait un tel butin! Jamais personne n'a nommé dans sa langue tant de terres ni tant d'eaux!" (Menaud, maître-draveur, p.61) PEPSI Les photographies ont été tirées de la livraison du 7/8/1968 de CULTURE VIVANTE après autorisation.La première a été réalisée par M.Normand Grégoire, et les autres par l'Office du Film du Québec. 296 mil k* Lui, y connaît ça ! LORD DURHAM Commentant, en 1965, l'actualité du Rapport Durham, Jacques Godbout écrivait dans LIBERTE: "Cet homme ouvert et pondéré avait ce qu'il faut (une intelligence supérieure doublée d'une intuition extraordinaire) pour que les Canadiens-français le reçussent comme le Messie qui va tout arranger." 1838 Extrait du célèbre Rapport Durham, (ancêtre de la Commission B &B) Si le gouvernement eût adopté dès la conquête la politique plus sage de rendre anglaise la province dans toutes ses institutions, les Français eussent été en peu de temps surpassés en nombre.Mais le Gouvernement adopta la méthode peu sage de diviser le Canada et de réunir dans une de ses parties la population française avec ses institutions françaises tout en ne poussant pas la logique jusqu'au bout: dans le même temps en effet il encourageait l'immigration des Anglais dans la province même soi disant assignée aux Français.Or la province aurait dû être considérée de manière à demeurer tout à fait française, si elle ne pouvait devenir anglaise.(LIBERTE, janvier-avril 1965, p.73) VICTOR BARBEAU de l'Académie canadienne- française L'auteur de MESURE DE NOTRE TAILLE et de LE FRANÇAIS AU CANADA a défini ce qui fait notre originalité, ce qui nous distingue sur un continent de 200 millions d'anglophones: 1960 .de souche française Sans être, au sens étroit, des Français, nous sommes tout de même de souche française, nous ne sommes pas un peuple hybride, c'est-à-dire un rameau étranger greffé sur un tronc français.Nous ne sommes pas issus d'un croisement, d'un métissage.Nous n'avons pas opté pour une nationalité entre plusieurs.La nôtre nous a été conférée de naissance et les hasards de la guerre et la géographie n'y ont rien changé.Français nous étions en Nouvelle-France, Français nous sommes au Canada.Le premier témoignage en est et n'en peut être que notre langue.(Cahiers de l'Académie canadienne-française, 1960) rown smoke< LIVRAISON À DOMICILE 529-016! BATTE TIRE UN FRERE ENSEIGNANT ami d'André Laurendeau 1960 Seul l'Etat gardien du Bien Commun .Il est question d'un OFFICE PROVINCIAL DE LA LINGUISTIQUE.J'en suis.LA LANGUE EST UN BIEN COMMUN, et c'est à l'Etat comme tel de la protéger.L'Etat protège les orignaux, les perdrix et les truites.On a même prétendu qu'il protégeait les grues.L'Etat protège les parcs nationaux, et il fait bien: ce sont là des biens communs.LA LANGUE AUSSI EST UN BIEN COMMUN, et l'Etat devrait la protéger avec autant de rigueur.Une expression vaut bien un orignal, un mot vaut bien une truite.L'Etat québécois devrait exiger, par loi, le respect de la langue française, comme il exige, par loi, le respect des truites et des orignaux.L'Etat québécois devrait exiger, par loi, le respect de la langue française par les commerçants et les industriels, quant aux raisons sociales et quant à la publicité.Sauf erreur, les industries et les commerce importants doivent, un moment ou l'autre, se pré- ANDRE LANGEVIN, romancier, journaliste 297 t1.0CH küTQ f^HÀNM S.JMJL cCuTCH&f omMêlMMM ïlNùS * VALV€S BUKBi wn i timatmc senter devant le Gouvernement pour un enregistrement ou une reconnaissance légale.C'est là que le Gouvernement devrait les attendre."Nommez-vous et annoncez-vous en français, ou bien je ne vous reconnais pas", pourrait-il leur dire en substance.Et alors, on n'aurait plus de THIVIERGE ELECTRIQUE, de CHICOUTIMI MOVING, de TURCOTTE TIRE SERVICE, de RITA'S SNACK BAR, etc .Si seulement ces deux domaines, réclame commerciale et raisons sociales, étaient surveillés avec autant de soin que le parc des Laurentides, la langue serait sauvée par ici.Mais le Gouvernement sera-t-il assez réaliste pour agir en ce sens?On peut être pratique et manquer de réalisme; arrivera-t-il enfin un Gouvernement qui ne se contentera pas d'être pratique, i.e.dupe, en fin de compte, mais qui sera réaliste?Qui nous dira tout le mal que les pratiques nous ont fait, par manque de réalisme?Les congrès, les concours de bon langage, les campagnes, sont pratiquement inefficaces.Seul l'Etat, gardien du bien commun, peut agir efficacement au niveau de la civilisation.C'est à la civilisation de supporter la culture.L'Etat a la loi, la force pour lui.Nous, les instituteurs, nous n'avons que raison.C'est si peu de chose avoir raison; ça ne sert qu'à mourir.(Les insolences du frère Untel, 1960, pp.29 et 30) LOUIS LACHANCE, o.p.philosophe G.KATHLEEN HART linguiste 1963 Le bilinguisme prématuré Le métissage prématuré de deux langues a conduit, ainsi que le remarque une Anglo-Canadienne, Gerthie Kathleen Hart, à créer chez l'élément français du Canada une situation "anormale, déplorable et identique à celle des pays en tutelle".Et, poursuit l'auteur: "Chacun sait qu'il n'existe pas de plus grande puissance d'assimilation, ni de plus rapide, que celle d'un système scolaire qui utilise la langue du groupe majoritaire, comme langue seconde au niveau primaire.Aussi, est-ce dans ce but d'assimilation rapide que l'on impose l'anglais, comme langue seconde, aux Canadiens français dès l'école primaire, tout comme on le fait pour les Zoulous de l'Afrique du Sud, ou pour d'autres petits peuples encore en servitude.(Cahiers de l'Académie canadienne française, 1963) ¦71» fi 1964 Un génocide culturel larvé .L'histoire a confié à l'économie un lent assassinat, un génocide culturel larvé qui opère sous le couvert d'une implacable tolérance et d'un culte glacé de la compétence.Si l'état de choses présent persiste, si rien ne freine les forces d'abâtardissement, si l'on s'abandonne au fatalisme historique — que pouvez-vous contre 200 millions d'anglophones?— cela deviendra demain une tare honteuse de parler français, un handicap tel qu'il sera déraisonnable de l'imposer à nos enfants.La question n'est plus de savoir si nous voulons vivre avec l'autre, mais si nous voulons vivre simplement.Les professeurs de réalisme auront beau prêcher que la seule compétence suffira à revaloriser le français, rien, si ce n'est une solution politique, n'arrêtera l'effritement culturel qui est en voie de faire de la masse des Canadiens français des prolétaires de l'esprit.Et la solution politique la moins radicale qui puisse avoir quelque efficacité consisterait à imposer l'unilinguisme français au Québec.Une telle mesure ne refoulerait certes pas la langue angalise dans quelques foyers de West-mount, mais elle redonnerait à la langue française le minimum de dignité que nous sacrifions tous les jours par un aberrant esprit de tolérance.Si c'est cela faire montre de racisme, tous les peuples en sont coupables qui exigent qu'on parle chez eux leur propre langue.Et les neuf autres provinces nous ont indiqué la voie il y a longtemps.Je vois mal qu'on puisse considérer comme du fanatisme le refus de se suicider.Liberté, mars-avril 1964, pp.122-123] RI 0 U X's LTD JACQUES GODBOUT écrivain et cinéaste 1964 Notre créole, une langue de résistance D'aucun de mes amis français je n'ai jamais entendu qui que ce soit en Europe dire: il est bilingue.On dit plutôt, là-bas: il parle anglais, ou allemand, ou italien.Puisque, tout aussi bien, le Français moyen a le choix entre cent bilinguismes.Et les limites imposées sont celles du goût, du talent, ou de la méthode ASSIMIL.De nous, ici, on dit: ils sont bilingues, mais ce que l'on veut vraiment dire, alors, c'est plutôt; ils sont subjugués jusque dans leur âme même.(L'âme, c'est la langue.) Si, pour le citoyen canadien-français, l'anglais n'est pas une langue de convenance mais celle, imposée of course, de l'armée qui conquit ses terres voilà 200 ans, pour l'écrivain cette langue étrangère est de plus, et quotidiennement, ce qui gruge sa force, ce qui lui fait faire des fautes — de syntaxe, de grammaire, — de pensée.Or, à la limite, ce que la langue anglaise nous aura donné de mieux reste ces bijoux de littérature créole comme en fabriquent depuis peu les Godin, Renaud, Ferron, Miron; mais, en être rendus à faire consciemment.une littérature créole n'est qu'un autre aveu de nos frustrations, une autre preuve de l'aliénation culturelle dont sont atteints ses plus sérieux représentants.Au fait il se peut que ce créole qui commence déjà d'avoir sa littérature, ce jouai du dimanche, ne soit qu'une langue de résistance, au sens guerrier du terme.(Liberté, mars-avril 1964, pp.140-141) FERNAND OUELLETTE, poète 1964 La lutte des langues et la dualité du langage Le bilinguisme est essentiellement un fait social.Le Parisien, qui sait deux langues, n'est pas un bilingue.Quand un savant, comme Penfield, fait l'apologie du bilinguisme en l'étayant sur la multitude et la qualité des neurones, c'est qu'au fond il ne considère le bilinguisme que tel un fait individuel, sous l'angle de la neurophysiologie; ce qui, bien entendu, fausse les données du problème véritable.Le milieu de bilinguisme est une serre qui asphyxie même les unilingues.En fait, ce sont des facteurs extra-linguistiques qui déterminent la force ou la faiblesse des langues en lutte et leur situation respective.Dans un milieu de bilinguisme, il n'y a pas de coexistence, il n'y a qu'une agression continue de la langue du groupe majoritaire.Et c'est principalement à l'échelle des structures socioéconomiques que l'érosion est impitoyable."Il faut bouffer!" La collectivité linguistique, qui économiquement et démographiquement est la plus forte, étouffe inexorablement la communauté minoritaire dans Durant que nos concurrents d'outre- frontière se fendent en quatre pour obtenir votre clientèle, que faisons-nous chez Tilden?une atmosphère de "bonne entente" et de sympathie.Car les "interférences linguistiques" viendront toujours de la langue de la société majoritaire.Alors cette agression continue paralyse la langue du minoritaire.Celu i-ci est aliéné de son pouvoir créateur.Il demeure donc sur la défensive, plus préoccupé à se protéger qu'à créer; et peu à peu son comportement linguistique est déterminé par une conception de survivance.Dès lors cette langue n'est plus en expansion naturelle; on l'a emmurée: elle se momifie.C'est une situation de dialectique que l'histoire connaît bien (*).Seuls le colonisateur ou le colonisé inconscient prônent la nécessité du bilinguisme.(Liberté, mars-avril 1964, p.103) mtOüîVTIRÉ SERVICE] -O CLAUDE RYAN directeur du DEVOIR Dans LE DEVOIR (17 juillet 1968), le directeur livrait d'intéressantes notes en marge du volume que venait de publier Richard J.JOY: LANGUAGES IN CONFLICT, Ottawa, 1967.1968 L'avenir du Canada serait-il dans la coexistence des unilinguismes?Si les choses devaient se passer comme le laisse anticiper l'ouvrage de Joy, la dimension politique du problème des deux communautés — cette dimension qu'a soulignée l'introduction du rapport Laurendeau-Dunton, qu'ont systématiquement ignorés jusqu'à maintenant les hommes politiques fédéraux, et qui passe inévitablement par Québec — sera appelée à revêtir une importance accrue au cours des années à venir.Dans cette perspective, l'idéal d'un "one bilingual nation" auquel semble vouloir se rallier une forte partie de l'opinion anglo-canadienne, du moins à l'état théorique, pourrait bien n'être qu'une pause paresseuse dans l'évolution de ce pays vers sa vraie destinée.Il se pourrait que cette destinée, plutôt que de résider dans l'idéal vaguement défini d'un bilinguisme plus nébuleux que réaliste, consiste plutôt à inventer pour l'avenir une formule politique fondée d'abord sur la reconnaissance réaliste de deux grands unilinguismes, puis complétée à l'aide d'institutions et de structures bilingues dont le rôle devrait cependant être défini de façon à ne point gêner le développement de celle des deux communautés qui, vu la faiblesse de sa position historique en Amérique du Nord, se montrera toujours plus jalouse de chaque parcelle de ses droits et de sa personnalité propre.MICHEL BRUNET, historien 1968 Le dernier peuple colonisé?.Les nouvelles générations du Canada français se demandent pourquoi elles doivent quémander le respect de leur langue maternelle sur un territoire où leurs ancêtres se sont établis il y a plus de trois siècles et considèrent comme une servitude l'obligation d'apprendre la langue anglaise pour obtenir un emploi dans une province où leurs compatriotes constituent près de 80% de la population.Les Canadiens français formeraient-ils le dernier peuple colonisé de la terre?Que répondre à cette question que se pose la jeunesse canadienne-françai se du Québec?Elle ne se juge pas inférieure à la jeunesse des pays qui ne sont libérés de la domination étrangère et désire elle aussi se donner un Etat et une patrie où elle-même et ses descendants vivront librement leur vie d'hommes canadiens français.(extrait de Québec-Canada anglais, Montréal, HMH, 1968) FERNAND DUMONT, sociologue 1967 Y a-t-il un avenir pour l'homme canadien-français?Pour l'heure, il y a encore un homme canadien-français.Il est difficile à cerner et à définir, un drëu plus sans doute que l'Américain ou le Français.Mais il suffit d'avoir erré dans la Beauce ou dans Charlevoix, et même dans certains quartiers de nos grandes villes pour avoir reconnu cet être singulier.Et pour avoir retrouvé en soi cette pente du coeur qui ne saurait tromper.Y a-t-il un intérêt quelconque à ce que cette curieuse variété de la faune humaine continue d'exister?Là est la vraie question, la plus triviale, la plus bête, mais que je 299 m'étonne de ne pas voir plus souvent évoquer dans les débats où nous épuisons nos énergies sentimentales et intellectuelles.Les questions préalables sont toujours un peu simplistes; on me permettra quand même de m'attarder à celle-là .Nous sommes à l'heure où il faut nous donner un projet collectif.Est-ce possible?Toute la question est là et les discussions constitutionnelles n'ont de sens que par rapport à elle.Le temps nous presse .De la coquille morte du nationalisme de naguère, les Canadiens-français sont-ils capables de libérer leurs plus vieilles solidarités et d'en nourrir enfin un projet collectif qui puisse apporter sa petite contribution à l'édification de l'humanité?Alors seulement, nous aurons des raisons de perpétuer l'homme canadien-français.Pour l'instant, et je l'avoue sans honte, j'en suis réduit, comme tout le monde, aux sentiments les plus élémentaires.Quand j'observe les piétinements et les contradictions de nos pouvoirs politiques, quand je m'enlise dans le marais de nos chicanes domestiques, quand je vois passer l'heure des options décisives dans tel ou tel domaine, je confesse mon plus profond pessimisme.Comme bien d'autres de ma génération, mon choix est fait, car s'annonce l'âge où on ne revient plus en arrière et où on s'obstine à des fidélités jalouses.Je continuerai de vivre, d'aimer, de rêver, d'écrire au Canada français.Je ne sais trop pourquoi.Pour ne pas trchir, en tous cas, quelque idéal obscur qui vient de mes ancêtres illettrés et qui, même s'il ne devait jamais avoir de clair visage, ramène au sens le plus désespéré de l'honneur.(Extrait d'un article paru dans un numéro spécial du DEVOIR consacré aux problèmes constitutionnels, à l'occasion du centenaire de la Confédération canadienne (30 juin 1967) et repris dans la livraison juillet-août 1969 d'ES-PRIT, à l'intérieur d'un dossier portant le titre: URGENCE AU QUEBEC). 300 N.D.L.R.A mesure que s’accroît la popularité de l’option souverainiste, ses adversaires redoublent d’efforts pour convaincre la population québécoise de la non-viabilité économique d’un Québec souverain.Mais leurs arguments s’appuient le plus souvent sur des appréhensions, des peurs, ou tout simplement sur des hypothèses non vérifiables.Nous avons donc demandé à l’économiste Jacques Parizeau de répondre aux objections les plus fréquentes et les plus sérieuses des adversaires d’un Québec souverain.Voici la première tranche des réponses de M.Parizeau.On trouvera la suite dans les prochaines livraisons.l’avenir QUESTION 1 La souveraineté ne provoquera-t-elle pas des représailles économiques de la part des compagnies canadiennes anglaises et américaines installées au Québec?Il s’agit là d’une question qui a une singulière importance sur la courte période et je l’aborde avant toute autre.Vous l’aviez vous-mème placée à ce rang.L’axe économique Windsor^Montréal Le fait est que depuis deux ans, en particulier, on voit les compagnies ou les intérêts financiers multiplier les mises en garde à ce sujet, organiser des avertissements solennels, et jouer de tous les instruments qui peuvent rejoindre l’opinion publique.Il n’y a rien dans tout cela qui ne soit pas normal.On a souvent souligné les rapports étroits de l’économie du Québec avec celle des autres provinces canadiennes, mais singulièrement avec celle de l’Ontario.En fait d’ailleurs ces rapports sont particulièrement intenses entre les deux grands centres économiques et financiers que sont Montréal et Toronto.Il y a une espèce de symbiose entre ces deux villes.La plupart des grandes sociétés qui ont leur siège social dans l’une, ont leur principale succursale dans l’autre.L’axe principal de la vie économique et financière du Canada actuel est cette bande de territoire qui va de Windsor à Montréal.On ne peut aucunement blâmer les sociétés dont l’activité s’exerce principalement dans cet axe de faire l’impossible pour éviter une rupture politique, ou d’ailleurs toute crise qui pourrait remettre en cause le fonctionnement d’un système dans lequel elles se sont développées.Le contraire serait renversant.La double stratégie Il faut donc accepter cela comme une des règles du jeu.Tant que, du point de vue de ces sociétés, il y a moyen d’arrêter le mouvement qui se dessine, elles feront ce qu’elles peuvent pour l’arrêter.Imaginons cependant que, dans un premier temps, le Parti québécois fasse élire à l’Assemblée Nationale disons une quinzaine de députés.Du point de vue de ces sociétés, il peut s’agir d’un feu de paille.Il n’y a donc peut-être pas de raison qu’elles changent d’attitude, encore que plusieurs d’entre elles commenceraient à élaborer une double stratégie, au cas où.Qu’au bout d’un an ou deux l’on constate que le mouvement indépendantiste continue de s’étendre, et l’on assistera à un renversement des positions.S’il apparaît clairement que le Parti québécois peut prendre le pouvoir, les mêmes sociétés qui auront tellement poussé pour éviter que l’idée ¦se propage, exerceront des pressions tout aussi fortes sur le gouvernement fédéral comme sur le gouvernement du Québec pour que, si la séparation doive se faire, elle se fasse dans l’ordre, dans la modération, dans un cadre aussi rationnel que possible.Don’t upset the applecart.Et les 301 economique Souverain par Jacques parizeau deux attitudes seront justifiées par la même raison: chercher à maintenir l’essentiel de l’axe économique principal des activités de ces sociétés.En fait, à partir de ce revirement, les principaux adversaires de l’indépendance deviendront ses principaux alliés.Dans une prochaine livraison, je discuterai assez longuement de l’union douanière et de la communauté monétaire suggérées par le Parti québécois.A première vue, on peut imaginer que le Canada anglais éprouverait de fortes résistances à de telles propositions quand bien même elles ne seraient que d’ordre émotionnel.Mais l’intérêt des entreprises va nettement dans le sens de ces propositions.Sans doute chez certains hommes d’affaires canadiens-anglais, l’émotion l’emportera-t-elle pendant quelque temps sur l’intérêt.Il ont le droit eux aussi de ne pas aimer ce qu’ils doivent faire.Mais ils se rengeront d’autant plus rapidement que dans l’hypothèse où les rapports entre le Québec et le reste du Canada ne maintiendraient pas la place privilégiée de l’Ontario, les concurrents américains risqueraient de rapidement déplacer l’entreprise canadienne.Attitude des sociétés américaines La position de la société américaine, surtout de la grande société internationale est,-en effet, toute différente de celle de la société canadienne anglaise.Cette société américaine, elle opère déjà le plus souvent dans dix, vingt ou trente pays du monde.Elle a, depuis un quart de siècle surtout, à peu près tout vu, et n’est plus facilement surprise.Elle a surtout pris l’habitude de vivre et de se dévelop- per à travers une extraordinaire variété de régimes politiques.Il est évident que l’extrémisme violent, le désordre continuel, les législations, très dissonantes, et les fiscalités trop lourdes l’empêchent d’opérer.Mais à l’inétrieur de limites raisonnables, elle sait foncitionner et elle fonctionne.La concurrence qu’elle livre aux autres est si forte, si continue, qu’il n’es pas question pour elle d’éviter un marché ou un territoire quel qu’il soit, à la condition qu’elle puisse y fonctionner normalement.Sans doute voudra-t-elle connaître les règles du jeu.Sans doute aussi ne fera-t-elle pas les mêmes investissements selon que le marché est petit ou grand, selon que la politique commerciale est restrictive ou libérale.Mais elle s’adaptera à l’intérieur de limites raisonnables au cadre politique créé.Alors qu’au Québec tout naturellement on considère que ce qui nous arrive est d’une importance et d’un spectaculaire inouïs, pour la grande entreprise internationale cela n’est jamais qu’une péripétie.C’est essentiellement le sens de la déclaration récente d’un Rockefeller de passage, confirmant ainsi publiquement des attitudes, qui privément étaient déjà clairement formulées par d’autres représentants du même club.Déplacement des sièges sociaux?En tout cas, dira-t-on, même si l’on admet tout ce qui précède, même s’il n’y a pas de représailles à proprement parler, il reste au moins que le Québec va perdre tous les sièges sociaux des compagnies nationales, qui sont actuellement localisés à Montréal.C’é- tait d’ailleurs le sens d’une des questions que vous me posiez.Cela est vrai.Encore faut-il voir qu’ils ne vbnt pas être remplacés par rien.Ces sociétés d’envergure nationale vont laisser au Québec un bureau à la taille du marché ou des opérations qu’elles y ont.En outre, toutes les sociétés dont le siège social est actuellement ailleurs qu’au Québec, vont devoir continuer une compagnie filiale au Québec et y installer un siège social.Cette opération va toucher des centaines de sociétés.Chacune de ces constitutions de sociétés québécoises, chacun de ces nouveaux sièges sociaux représentent en soi fort peu de choses.Cela semble peu spectaculaire à côté du déplacement vers Toronto de quelques grands sièges sociaux actuellement à Montréal.En termes nets d’emplois, cependant, bien malin serait celui qui pourrait dire lequel des deux facteurs est le plus important. 302 l’avenir d’un québec QUESTION 2 Un Canada Uni a déjà beaucoup de difficulté à garder une mince autonomie économique par rapport à l’économie américaine.Un Québec indépendant ne serait-il pas encore davantage à la merci des diktats de la finance américaine et internationale?Avec cette question, on sort des considérations de courte période pour aborder le fonctionnement même du système économique.La notion d’autonomie est, dans le monde contemporain, une des plus ambiguës qui soit.Certains instruments ont été longtemps considérés comme étant l’apanage d’une autonomie économique véritable.C’est le cas, par exemple, du tarif douanier.Pouvoir le manipuler à sa guise permettait de créer des industries nouvelles et d’augmenter le nombre des emplois.De même une politique monétaire bien à soi permettait d’exercer sur l’activité économique une action d’autant plus marquée que les mouvements de capitaux n’étaient pas parfaitement libres d’un pays à un autre.Les centres de décision On a, à cet égard, beaucoup évolué.Sous l’influence de GATT, les tarifs des nations industrielles tombent rapidement ou sinon sont gelés.L’intégration prodigieuse des marchés financiers jointe à un système de taux de change fixe a réduit considérablement la marge d’autonomie de la politique monétaire.Et cela s’est produit d’ailleurs à une époque où l’on a dû nuancer très nettement les idées que l’on avait des effets de la politique monétaire sur l’activité économique.En fait le contenu de l’autonomie économique semble être composé surtout de deux éléments principaux: d’une part le nombre et l’importance des centres de décisions économiques qui sont situés dans le pays plutôt qu’à l’extérieur, et d’autre part l’organisation du budget gouvernemental et les politiques qui l’accompagnent.La notion de centre de décision est très importante.Que ce centre de décision soit privé, public ou mixte n’est pas vraiment décisif.Il s’agit de savoir si dans une collectivité ou un pays donné, les ressources, les hommes et les entreprises sont agencés ou distribués par des centres de décisions intérieurs ou extérieurs.Dans le monde moderne, il s’agit invariablement d’une combinaison des deux.Le problème est de savoir dans quelle proportion.La collectivité canadienne-française a longtemps vécu à peu près sans centre interne de décisions économiques d’une certaine importance.Le gouvernement du Québec en a créé ou a suscité la création de certains de ces centres depuis quelques années.Un Québec indépendant devra poursuivre dans la même voie.U res-teia à voir si le secteur privé pourra aussi faire apparaître de tels centres.Il n’est pas exclu, par exemple, que le secteur des Caisses populaires y arrive un jour.Dans ce sens, nous sommes déjà engagés dans un processus indiscutable d’autonomie.Ce qui ne veut pas dire évidemment qu’un grand nombre de centres de décisions extérieurs ne continuent pas et ne continueront pas de diriger une bonne partie de l’activité économique québécoise.Mais ils ne seront plus les seuls.L’organisation du budget gouvernemental Quant à l’agencement du budget et aux politiques qui y sont associées, il s’agit d’une des prérogatives centrales d’un gouvernement indépendant.Là encore cependant, il faut établir un certain nombre de distinctions.Dans le domaine de la sécurité sociale, de l’impôt sur les personnes, et de la redistribution des revenus, les marges d’autonomie sont considérables; de même que dans la mise en place de l’infrastructure des services, dans l’aménagement du territoire, et même dans certaines formes de réorganisation des entreprises.Au contraire, à l’égard de la taxation des entreprises, les marges d’autonomie sont très faibles, de même, lorsqu’une union douanière existe, qu’à l’égard de subventions à l’exportation ou au transport.Il n’y a pas de rapport direct entre la dimension d’un pays et, ou bien la taille de ses centres de décision ou bien le degré d’autonomie budgétaire exercé dans les secteurs où son gouvernement peut l’exercer.Phillips, Nestlé, la Société générale de Belgique ou l’Ex-union Minière du Haut Katango sont de très grands centres de décision dans de bien petits pays.Et l’originalité des politiques budgétaires est bien plus grande en Suède qu’au Canada.L’important dans ce domaine est de ne pas dramatiser.Aucun gouvernement n’a le choix entre l’esclavage ou l’autonomie.Toutes les économies modernes ont des rouages intégrés et des rouages qui leur sont propres.Il s’agit d’activer les seconds et de ne pas arrêter les premiers.Diktats de la finance américaine?Quant aux diktats de la finance américaine, il importe de replacer les faits.Le peu d’ampleur des marchés financiers canadiens par rapport à ceux de New-York a depuis longtemps au Canada l’effet suivant sur le financement des plus grandes provinces: un syndicat financier s’organise qui e re Cf de ce i s\ \ P L P é ?é P E r c c I I I ( 303 economique souverain regroupe tous ceux qui participent au financement de la Province en question.Chacun s’engage à opérer à travers le syndicat.On a créé ainsi de véritables monopoles de financement qui ont exercé à certains moments une influence majeure sur les décisions politiques.Le fait qu’il y ait au Québec depuis quelques années deux syndicats au lieu d’un n’a pas changé fondamentalement les choses.Ils alternent beaucoup plus qu’ils ne concurrencent.A l’opposé le marché de New-York est beaucoup trop important pour être “fermé” de cette façon.La concurrence y est beaucoup plus vive.Il a traditionnellement été le moyen utilisé par certains gouvernements provinciaux pour éviter une pression trop forte de la part des syndicats canadiens.Ne nous faisons aucune illusion: si le Québec n’avait pas pu avoir accès à New-York pendant la crise de la nationalisation des compagnies d’électricité, il n’est pas du tout certain qu’elle ait pu avoir lieu.Dans ce sens, les diktats d’un marché concurrentiel paraissent bien moins dangereux que ceux d’un marché fermé.Nécessité d’organismes financiers publics Il n’en reste pas moins que des tentatives seront toujours faites d’utiliser des pressions d’ordre financier pour influencer les décisions gouvernementales.C’est un jeu qui est vieux comme le monde et qui n’est pas près de cesser.C’est la raison pour laquelle un gouvernement doit disposer d’organismes financiers publics, qui sans nécessairement assumer tout le financement des autorités publiques, leur donne le choix, leur permet, quand le jeu devient trop serré, de trouver une soupape.La Caisse de Dépôt au Québec joue ce rôle (et d’autres aussi, bien entendu).Il faudra dans l’avenir développer considérablement les opérations de la Caisse.Un gouvernement qui, de temps à autre, peut s’appuyer sur des organismes de ce genre accroît nettement sa marge d’autonomie.L’accès à une banque centrale joue évidemment un rôle stratégique à cet égard, mais l’on reportera l’examen de ce rôle à une autre question.£ Bancardchek f à la baipe f provinciale PC votre banque vous appuie votre carte vous identifie votre chèque est garanti 0 banque provinciale VOICI votre formule djubonnemenl abonnement annuel ordinaire $7.00 (^) étudiant $5.00 O de soutien $10.00 à partir du mois de 19 • •••••••••••••# • • • ci-indus la somme de.abonnement au nom de: adresse: 2715, Chemin Côte Sainte-Catherine Montréal 250 (514) 739-2758 304 n.d.l.r.Partout dans le monde, des groupes de chrétiens se livrent à des remises en question de l’Eglise.VATICAN II a amorcé un processus de changement qui aboutira soit à un renouveau en profondeur de la vie chrétienne soit à l’abandon progressif par les jeunes générations d’une pratique religieuse sans prise sur la vie et vidée de son dynamisme évangélique.A cet égard, l’analyse d’Anna Morawska parue dans notre livraison de novembre sous le titre TEST DECISIF POUR LES CATHOLIQUES, nous semble très judicieuse.La présente analyse de Jacques Grand’Maison porte sur les conditions d’un avenir pour l’Eglise.Toute société, tout groupe n’a d’avenir que s’il se donne des projets collectifs.Le principal mérite des réflexions de J.Grand’Maison est d’indiquer les conditions de réalisation des projets collectifs et de présenter le projet des communautés de base comme une recherche de vie chrétienne authentique et un signe d’espérance pour les chrétiens.ililplil gjjigsg U,'- Isii ©S;®:©:;: ¦SSKS ÏBÏÏïïïiiS ii iill * m mm&mm •XvXvXv;-:**-* •vX’X^X'X*;©:®® .vXvXvX'ÿxïxB >••••••.îs::::::::::::::::::*:*;.:::: •:::::22î2:2î:îîîîj iiiZZZÏZ**••••••• *•••••••••••••» ~ _ — — WWWWWW»' *•••••• «•••• C’est un fait, nous sommes dans une société qui se définit moins par un ordre pré-établi et tout fait que par des projets et des actions collectives.Projets éducationnels, sociaux, économiques et politiques.Nos conversations d’ailleurs le laissent voir.Rappelons-nous simplement nos récentes discussions avec des proches .la plupart ne tournent-elles pas autour de changements en cours?Or ces changements correspondent le plus souvent à des projets et à leurs mises en oeuvre.Sur un autre plan, beaucoup plus large, nous pouvons dire que le Québec a commencé à revivre le jour où une nouvelle équipe d’hommes a entraîné la collectivité dans des projets concrets, la réforme de l’éducation par exemple ou la création de nouveaux dispositifs économiques HYDRO-QUEBEC, S.G.F., CAISSE DE RETRAITE.Ainsi, le regain de vie d’un nationalisme plus politique qui visait un objectif déterminé, amenait les uns et les autres, individus et groupes, à mieux se définir, à mieux se situer et même à passer à l’action.On n’en était plus à la conservation d’un héritage ou à une tentative partielle de rattrapage.Il s’agissait désormais d’une volonté collective tendue vers un projet d’ensemble ou du moins vers des objectifs plus articulés à l’échelle de toute la collectivité.Evidemment on peut se poser ici bien des questions brûlantes: au profit de qui se font ces efforts de développement?Comment les citoyens vont-ils participer aux choix et aux moyens?Comment en arriver à un minimum de consentement collectif au-delà des multiples options et conflits inévitables et souvent nécessaires?Que valent un ordre sans projet ©u des projets sans ordre?Nous ne voulons pas répondre à toutes ces interrogations.Seule la dynamique du projet retiendra notre attention.Nécessité des projets collectifs Il se passe dans la société un peu de ce que nous apprend la vie d’un couple.Ainsi, quand deux êtres se regardent, s’admirent ou s’affrontent, il n’y a pas d’avenir pour leur amour s’ils ne consentent pas à l’une ou l’autre forme de fécondité, s’ils ne poursuivent pas de projet commun susceptible de les amener à se dépasser ensemble.De même, une société se condamne-t-elle à la stérilité quand on ne s’y livre qu’à d’éternels débats, qu’à des discussions sans fin.Les affrontements les plus démocratiques ne portent du fruit que s’ils s’inscrivent dans une volonté de poursuivre des projets.Participation, contestation ou critique permanente sont de vains mots ou de vaines opérations sans une démarche articulée et efficace vers des fins qu’on s’est fixées.Les réformes de structures et les remises en question accentuent souvent une sorte d’introversion parce qu’elles tournent les participants vers eux-mêmes.Nous connaissons trop d’exemples de ces innombrables rencontres de surchauffe qui aboutissent à des oppositions irréductibles et stériles, chacun y défendant sa petite thèse et se cherchant des alliances de coterie.Depuis quelque temps on a poussé tellement loin le processus qu’on a créé une pathologie collective en certains UNE 305 par Jacques grand' maison milieux.Le leadership compétent se décourage.Le membership s’installe dans un pessimisme qui bloque la recherche de politiques dynamiques et lucides.Au bout de la ligne, on ne veut plus rien savoir.Et c’est le désengagement total.En combien de situations n’a-t-on pas su aménager les conditions favorables de la gestation d’un véritable projet et de sa réalisation progressive! Vers des modèles de développement Cependant ces difficultés n’infirment en rien l’importance d’une pratique sociale articulée autour de projets valables qui unissent pensée et action, participation et efficacité, moyens et fins, techniques et valeurs, pouvoir et contrôle.Les nouveaux modèles du développement marquent sans doute un progrès sur les découpages idéologiques rigides, les ordres de surplomb, les partisanneries politiques.Nos pratiques de jadis favorisaient trop souvent la passivité ou la précipitation, le conservatisme ou l’anarchie, l’acceptation inconditionnelle ou le rejet global.Mais voici que nous accé- dons lentement à une maturité politique de type développemen-tiste au-delà des dogmes et des mythes sociaux, des fixations culturelles et idéologiques, des structures politiques et mentales rigidifiées.Nous indiquerons plus loin la pierre d’achoppement d’un nouvel idéalisme.Retenons ici l’intention première que nous venons d’exprimer en parlant du projet, à savoir cette volonté de bâtir une société qui soit le fruit d’une action libre et responsable d’une communauté humaine dans un champ historique donné.Ce qui présuppose une libération des systèmes clos et une ouverture à des dépassements incessants.Vers une Eglise-projet Il est intéressant de constater que l’Eglise, elle aussi, tente de se définir par ses projets.N’a-t-on pas connu un regain de vie durant la période de VATICAN II?Le concile offrait une sorte de projet-cadre pour canaliser toutes les forces spirituelles.Par les évêques, les églises locales participaient avec leurs richesses propres à une relance de l’engagement chrétien et ecclésial vers des objectifs à la fois plus près des sources et des exigences actuelles de l’évangélisation.Plus profondément encore, pourrions-nous rejoindre des lignes prospectives comme celles de la collégialité, du peuple de Dieu et des signes des temps.Au-delà des cadres rigides et tout faits de la chrétienté, nous avons perçu une responsabilité créatrice qui nous tournait en avant, là où le Seigneur nous a précédés, là où se trouvent les avant-postes de l’histoire.De cette expérience se dégagent certaines leçons très importantes.D’abord l’avantage de la rampe de lancement que fournit un ou des projets bien structurés et suffisamment souples pour assumer la diversité des apports et susciter une unité minimale de vue et d’action.Ensuite la nécessité d’une articulation réaliste des réformes de structures et de mentalités.Car la période postconciliaire nous a révélé les conséquences désastreuses d’un déblocage idéologique ou théologique sans une réelle transformation des structures.Ainsi, par exemple, le synode 1969 nous fait mesurer le décalage énorme entre le regard 306 neuf sur la collégialité et les vieilles politiques de Rome vis-à-vis des conférences épiscopales.Mais, même les réformes de structures par elles-mêmes ne suffisent pas.Dans combien d’Eglises locales et de communautés religieuses les transformations institutionnelles n’ont suscité qu’un enthousiasme passager! On a installé une nouvelle tuyauterie, mais il manque toujours de l’eau au moulin.Conservateurs et progressistes ont vidé leur bile; ils ont accepté des compromis au plan de la restructuration de leur institution.Mais aujourd’hui les uns et les autres ne savent plus quoi faire.Ils ont tout simplement oeuvré pour un avant^projet.L’Eglise nous semble parvenue à un point de saturation.Les nouveaux dispositifs comme les approfondissements doctrinaux resteront lettre morte sans des projets concrets ^autour desquels les nouvelles structures et valeurs prendront corps de façon cohérente et dynamique.Au-delà d’une mémoire retrouvée par le ressourcement, nous avons à élaborer une prospective lucide et courageuse.UNE ÉGLISE NOUVELLE EN GESTATION II conditions de réalisation Il est impossible de fournir ici toutes les composantes de la difficile mise en oeuvre d’une politique prospective.Nous nous limiterons aux points chauds les plus significatifs.Les critères sociaux 1 • Souvent on mobilise tellement de temps et d’énergie pour analyser la situation et confronter les points de vue qu’au bout de cette première étape, les uns et les autres sont incapables d’aller de l’avant.Car cette démarche analytique ne crée pas d’elle-même des projets, des stratégies de réalisation, des aménagements de ressources et de responsabilités, des terrains de communication, des mécanismes de contrôle.C’est souvent le passage de l’analyse à une action soutenue et orchestrée qui fait difficulté.2 • Souvent aussi les artisans oublient en cours de route les besoins qu’ils ont identifiés et les objectifs qu’ils ont tracés.Le souci des structures prend alors le pas sur les hommes concrets, sur les solidarités à tisser, sur les fins à approfondir.On en revient aux structures lourdes qu’on avait condamnées auparavant.Et les nouveaux cadres de participation restent sans contenu.Nous reconnaissons ici les ambiguïtés d’une certaine idéologie de la participation qui isole le phénomène comme un en soi, comme une fin auto-suffisante.Participer à quoi, pour quoi?On se retrouve donc ensemble avec les conceptions les plus diverses, démunis devant un impossible consensus collectif pour élaborer un projet valable.Les chefs élus consacrent tous leurs efforts à faire marcher la patente et les membres se désintéressent de la machine qu’ils ont contribué à mettre sur pied.Parfois de vifs débats internes trans- forment l’institution en clinique de thérapie collective, sans grands succès d’ailleurs.Pourtant rien n’unit davantage les hommes qu’un projet de développement élaboré, réalisé et contrôlé d’une façon bien articulée par l’ensemble des artisans.3 • On ignore trop qu’un projet de développement comporte trois conditions essentielles.D’abord l’autodétermination du groupe lui-même qui doit pouvoir contrôler les mécanismes du choix des objectifs et ceux de leur réalisation.Deuxièmement, la participation des membres à trois niveaux, celui des techniques et de l’organisation, celui des pouvoirs et celui des valeurs et des fins du groupe (la participation implique le respect des diverses familles spirituelles et de leurs options, la recherche d’un consensus collectif dans l’action d’ensemble).Troisièmement, la ratio nalité dans le choix des moyens efficaces.Certains ont le verbe haut pour défendre leurs sentiments et leurs thèses personnels, mais ils développent des attitudes de blocage quand il s’agit d’élaborer une démarche rationnelle pour une action collective.Leur socialisation ne dépasse pas le prosélytisme de leurs idées.Aussi rendent-ils le groupe stérile parce qu’ils l’empêchent de déboucher sur de véritables objectifs et stratégies d’action.Ils se contentent d’être des chiens de garde toujours aux abois, qui divisent les gens de la maison, et créent des frontières fermées et artificielles.Trop d’institutions actuelles connaissent de tels problèmes pour ne pas les mentionner ici.Sans doute y a-t-il des dialectiques à assumer avec coeur et intelligence: la participation et l’efficacité, le cheminement des personnes et les exigences de l’action entreprise, la gratification des membres et les impératifs du bien commun, la vigueur du leadership et le contrepoids des contrôles par le membership.Il n’y a pas de solutions faites sur mesure; on est obligé à une dynamique du provisoire ouverte aux réaménagements et aux ré-équilibrations tout au long du processus.4 • On peut constater qu’aux structures lourdes succèdent maintenant les unités légères et mobiles.C’est le cas de l’armée moderne et de bien d’autres institutions ou groupes humains qui veulent faire face à des situations de plus en plus fluides et changeantes.Les champs de force ou de gravité se déplacent aujourd’hui rapidement.Aucune réalité de la vie collective n’échappe tout à fait à cette croissante mobilité en tout sens.Pour saisir ces réalités, il faut une praxis souple et diversifiée surtout quand il s’agit de l’action de base.Autrement, on reste prisonnier des cadres trop étroits ou des systèmes clos qu’on a soi-même façonnés.Nous nous méfions avec raison des constitutions ou des chartes définitives jusque dans les détails.Car elles empêchent de réfléchir et d’agir librement, avec diligence, et selon les exigences d’une continuelle adaptation.Il y a donc des conditions qui rendent difficiles la créativité des groupes et des individus et la gestation de projets qui collent aux vrais problèmes, aux vrais besoins et aux véritables attentes.5 • Il faut savoir aussi que les modèles d’organisation ne se transposent pas indifféremment.Par exemple, les normes d’efficacité industrielle ne s’ajustent pas automatiquement à des institutions qui poursuivent des fins différentes.Une politique comportera forcément une volonté plus accusée de participation.Et le type de participation ne sera pas nécessairement le même dans une institution religieuse.Penser au développement selon un modèle unique, c’est entretenir de graves illusions.Combien d’expériences modernes nous le rappellent.La critique des modèles technologiques que l’on applique dans les ministères gouvernementaux, dans les universités et même dans les politiques sociales ne repose pas toujours sur des refus de rationalité et d’efficacité.C’est qu’il y va de champs humains, de modes d’être et d’agir très différents.Certains processus ultra-modernes écrasent tout autant les hommes que certaines formes archaïques d’organisation.6 • Enfin beaucoup de projets ne connaissent aucun lendemain parce qu’il n’y a pas eu de continuité dans l’action.Après la vision de départ, on a négligé la revision et la prévision tout au long de la démarche.Un développement intégral exige un élargissement progressif des objectifs, un retour constant aux buts fixés, une attention à l’ensemble de la situation dans toutes ses composantes, une juste évaluation des facteurs de résistance comme des étapes franchies, une récupération des dynamismes laissés en friche.On se déracine vite du terreau humain et de toutes ses richesses.Ainsi les plus prometteurs dynamismes vitaux se sclérosent dans des superstructures mortes avant d’avoir pu porter les fruits attendus.Les critères ecclésiaux Plusieurs remarques précédentes s’appliquent à l’Eglise telle que nous l’avons connue jusqu’à tout récemment.Il suffit de reconsidérer les réformes religieuses des dernières années.Combien de communautés, par exemple, n’ont plus su quoi faire après avoir rénové leurs structures.Nous cherchons vainement chez elles des projets identifiables qui exprimeraient leur originalité et leur dynamisme.Jamais leurs institutions n’ont manqué autant de cohérence et d’esprit créateur.Nous nous demandons si le problème ne vient pas surtout de l’ensemble de l’Eglise qui se voit incapable de déboucher sur de grands projets.Vivrons-nous longtemps dans ce grand silence, ce grand vide qui caractérise l’Eglise post-conciliaire?Le frein des mises en garde se justifie difficilement quand le moteur roule à peine.On se regarde trop le nombril dans l’Eglise.Pensons aux questions internes qui ont mobilisé toute l’attention depuis VATICAN IL Les rares projets sur la table faisaient l’objet de la critique d’un néo-orthodoxisme stérilisant.Les initiatives refluaient vers la périphérie tandis que les pouvoirs centraux pratiquaient systématiquement des politiques d’auto-défense et d’auto-maintien.Le problème a pris une telle ampleur que plusieurs cherchent désormais à se regrouper et à agir en dehors des cadres officiels et étouffants de l’institution.Car on ne s’engage pas dans des projets sans un coeur et une intelligence libérés, sans une foi capable de risques et d’espoirs.Consentirons-nous à poser les vraies questions qui atteindront au vif une Eglise en train de se replier sur ses oignons d’Iï-gypte ?Qu’est-ce qui bloque vraiment l’émergence de véritables projets?Pour amorcer une réponse à cette question capitale, nous allons nous contenter de dégager certains points de repère de notre propre héritage chrétien.1 • Qu’il s’agisse de Yaveh devant son peuple, ou du Christ ressuscité qui nous précède, il est toujours question dans notre tradition judéo-chrétienne d’un appel en avant, d’une espérance qui commande le risque de grands engagements.Pensons à la migration d’Abraham, à la sortie d’Egypte, à la terre promise, à l’attente du Messie, à l’annonce du Royaume par le Christ, à la fondation de son Eglise, à l’eschato-logisme primitif, à la poussée missionnaire des premières communautés, à l’édification d’un peuple chrétien et à tant d’autres projets qui ont poussé les croyants à des dépassements tout au long de l’histoire.L’histoire pour nous n’est pas une fatalité mais elle se déroule selon une dynamique du projet.Le dessein de Dieu implique fondamentalement une synergie du projet de Dieu et des projets de l’homme.On le voit dès les premières pages de la Genèse.Faire sortir un monde humain du chaos primitif apparaît comme l’oeuvre conjuguée de 308 UNE ÉGLISE NOUVELLE EN GESTATION Dieu et des hommes au sein d’une création toujours à restaurer et à parfaire.L’Eglise, par conséquent.ne saurait être une éternelle et immuable pyramide à travers les âges, ni un obélisque inexpugnable et inescaladable.C’est un organisme vivant susceptible de croissance, de régression ou de réforme, et non ce lourd dépôt de vérités, révélées et congelées.L’Eglise ne saurait être un système immuable qui se perpétue et se maintient au-dessus des contingences historiques, et qui, de sa hauteur, critique toutes les institutions sauf lui-même.Une Eglise-système, voilà ce qui à la racine condamne toutes les velléités de projet.Car on ne se met pas en recherche quand on prétend tout posséder, ni en marche quand on se croit déjà arrivé.Cette attitude prévalente peut se traduire comme suit: venez à nous, nous avons les véritables réponses à vos questions, nous allons tenter de vous faire connaître la vérité.Cette surconscience du système catholique le rend imperméable aux réelles questions des hommes, et de plus en plus incapable d’entrer en communication avec les sociétés modernes, de recevoir le feedback (rétroaction) des contemporains.Je reste toujours perplexe quand j’entends parler du dialogue entre l’Eglise et le monde.Le dialogue tourne toujours court quand l’un des interlocuteurs prétend posséder toute la vérité au point de départ.Si l’Eglise institutionnelle veut renouer le dialogue et déboucher sur des projets selon sa mission, elle devra procéder à une critique radicale de ses postulats idéologiques inavoués et de ses structures archaïques évidentes.2 • Une autre condition pour retrouver une dynamique du projet se trouve dans la reconnaissance et la valorisation de la dimension charismatique de l’Eglise.Mais combien de ses institutions reposent encore en définitive sur un individu qui a tous les pouvoirs en main, soit le pape, soit l’évêque, soit le curé, soit l’aumônier ou le directeur.Et la difficulté prend des proportions alarmantes à mesure que les structures bureaucratiques s’étendent et s’appesantissent.Cette concentration de pouvoirs, même élargie par la collégialité, favorise une massification du peuple de Dieu, et constitue une surcharge pour les chefs spirituels.Le facteur administratif prend alors le pas sur tout le reste.On n’a même plus le temps de penser à des projets.On replâtre, on réah firme son autorité, mais on n’exerce pas vraiment un leadership dynamique qui mobilise les énergies, met à profit les ressources humaines, et suscite une dynamique de développement.Aussi les charismes répandus dans toute la communauté restent-ils latents et sans fécondité.On a aménagé des pouvoirs, des structures et quelques objectifs en misant au minimum sur l’apport créateur de la communauté elle-même et de ses membres.Or au moment où tant de peuples tentent de se libérer, pourquoi ne pas souhaiter et faire en sorte que le peuple de Dieu se libère lui aussi de ces aliénations que lui impose le système catholique dans ses pratiques effectives.Qu’on pense au statut royal de liberté des baptisés dégénéré en statut juridique de laïcat à la remorque des structures cléricales.Le catholicisme entretient un cercle vicieux que la crise du sacerdoce exprime très bien.Le clergé se sentant marginal dans le monde, essaie de se redéfinir et de se repenser.Or plus il le fait, plus il se cléricalise et s’éloigne des chrétiens et du monde.Il bâtit des projets pour lui, pour résoudre ses problèmes, pour justifier son statut, et non pour rencontrer les projets des croyants et des hommes tout courts.Les projets ecclésiastiques ont remplacé ceux d’une Eglise missionnaire et charismatique.3 • Enfin, il est urgent de comprendre que les projets profanes des hommes ne sont pas étrangers au Royaume.Souvent ils refluent au coeur de la vie des croyants et de l’Eglise pour susciter de nouveaux dynamismes internes et externes.L’Esprit inspire de neuves formes d’expérience communautaire et d’action missionnaire à même les conditions inédites d’existence collective.Pensons aux rapports entre l’apparition des bourgs au Moyen-Age et la fondation des ordres mendiants.Si jusque-là le modèle monacal avait moulé la cité médiévale, ici le mouvement est inversé, du moins comme tendance dominante.Il faut bien reconnaître que la chrétienté classique faisait de la société un projet d’Eglise.La sécularisation provoquait à son tour des mouvements parallèles ou contraires.Ainsi la société civile s’est-elle créé des projets de plus en plus autonomes.Mais devant ce grand mouvement historique des derniers siècles, l’Eglise tridentine s’est très souvent comportée comme une société auto-suffisante, concurrente ou au-dessus des combats du siècle.Aussi, après la séculaire confusion du projet des hommes et du projet de Dieu, on connut donc une opposition ou une séparation de plus en plus radicale entre les deux projets.Dès lors les conflits entre l’Eglise et l’Etat circonscrivaient un terrain de lutte autrement plus large .En effet, les ruptures institutionnelles venaient désarticuler des solidarités profondes: les efforts politiques ou autres de libération de l’homme, d’une part, et l’action libératrice du Christ et de son Royaume, d’autre part.Pourtant, les promesses eschatologiques de justice, de fraternité, de paix ne rencontrenb elles pas les projets de justice sociale, de développement et de pacification de la terre des hommes?C’est par la visée de fond de ces deux projets que nous pouvons tracer la figure d’avenir du christianisme et de l’Eglise. 309 III un projet: les communautés de base Les deux premières étapes nous amènent à interroger l’Eglise sur ses projets actuels.Or les réformes à la miette proposées dans la période post-conciliaire ne révèlent aucun plan d’ensemble, aucune stratégie missionnaire, aucun réaménagement profond.Qu’il s’agisse même de la liturgie ou des conférences épiscopales, pour ne nommer que les deux principales initiatives de l’Eglise universelle.Le reste des préoccupations relève davantage des mécanisme d’auto-défense et de contrôle.Somme toute, l’Eglise avance à reculons ou se replie; elle ne semble pas tournée franchement vers l’avenir avec un esprit créateur et prospectif.On cherche vainement de grandes politiques pastorales aux plans universel, régional, ou local.Serons-nous, avec elle, livrés à une sorte d’évangélisation empirique sans objectifs articulés à court terme et à long terme?Certains diront qu’on ne planifie pas le Royaume de Dieu! Serons-nous moins habiles que les fils des ténèbres, moins audacieux que les grands entrepreneurs modernes qui créent des empires économiques, moins courageux que les réformistes et les révolutionnaires qui ne craignent pas de s’engager dans de vastes projets?Recommencer à neuf?Devant les réticences frileuses des agents officiels de l’institution ecclésiale, des chrétiens de la base ont décidé de recommencer à neuf des expériences d’Eglise qui récupèrent les valeurs les plus profondes de l’héritage chrétien.Plusieurs soutiennent qu’un tel projet ne peut se réaliser qu’en dehors des structures actuelles d’une Eglise incapable de distance critique sur elle-même.Il y a d’une part l’Eglise d’underground qui s’affirme en marge et parfois en opposition à la grande Eglise et il y a, d’autre part, le projet de communautés de base, relativement autonomes mais disponibles aussi à des participations éventuelles avec la grande Eglise dans le cadre d’une pastorale profondément rénovée.Nous relevons cette dernière intention, parce qu’elle débouche sur le seul projet d’Eglise à l’horizon présentement.Il faut donc le noter, nous ne sommes pas tout à fait sortis de la chrétienté classique et nous n’avons pas mesuré les conséquences de cette situation dans la conjoncture présente.En effet, la chrétienté d’autrefois pouvait miser sur les communautés humaines qu’elle assumait.Ces soutiens disparus, l’Eglise est devenue un lourd appareil bureaucratique, monolithique et purement sociétaire.Mais, il faut maintenant créer des communautés de soutien dont nous avons besoin.Or nous avons la chance aujourd’hui de sortir des confusions de jadis, en suscitant des expériences proprement ecclésiales dont les traits spécifiques sont ceux des véritables regroupements et témoignages chrétiens.Ainsi, dans les tentatives des communautés de base, on délaissera une religion de rites, de tâches, d’expressions doctrinales ou morales qui ne font que sacraliser un ethos culturel ou des habitudes sociales.On essaiera de vivre à la fois d’authentiques expériences humaines et théologales selon des articulations différentes de celles de la société traditionnelle où religion et culture perdaient leur autonomie et leurs justes rapports dialectiques.Ces communautés veulent donc assurer la transcendance de la foi et en même temps des enracinements humains plus près des valeurs originelles de l’expérience judéo chrétienne, par exemple, une véritable communauté fraternelle, un climat de liberté évangélique, un terrain de rencontre plus personnelle, plus directe avec le Seigneur, un rapprochement plus vrai de la foi et de la vie, de l’Eucharistie et de la quotidienneté, de l’espérance et de l’aventure profane, du Royaume et des projets humains.Comment ne pas reconnaître ici une vision profondément renouvelée de l’Eglise à la lumière de la plus pure tradition judéo-chrétienne et des attentes de bien des croyants d’aujourd’hui?Voilà un projet qui non seulement nous sort des sentiers battus et des cercles vicieux de la pastorale actuelle, mais aussi nous ramène à notre héritage spirituel.Les opposants Des débats récents risquent de compromettre l’essentiel d’un tel projet.Certains contestent les fondements sociologiques de la communauté de base.Ils craignent l’émergence de petites sectes et chapelles, de systèmes clos à l’opposé du projet chrétien universel.Ils pressentent une accentuation de la privatisation de la foi et de l’Eglise.Ainsi, à leurs yeux, les meilleurs chrétiens se replieraient de façon égoïste et pharisaïque sur des communautés d’initiés, tout en méprisant les grandes assemblées du peuple de Dieu.Ils ne changeraient rien dans l’institution qui a pourtant tellement besoin d’un nouveau souffle prophétique et réformateur.Nous aboutirions à la limite à trois univers ecclésiaux: l’administration cléricale, un christianisme de masse superficiel, atomisé et ritualiste, enfin des petits rassemblements marginaux faits à la mesure d’une nouvelle aristocratie chrétienne.N’y aurait-il pas, dans le dernier cas, un retour à des formes archaïques de l’Eglise, à des expériences communautaires qui emprunteraient beaucoup aux mouvements gnostiques et aux religions à mystère, contemporains des communautés pauliniennes?Mais le christianisme est devenu plus tard la religion de peuples entiers et il a bien fallu aménager différemment 310 l’Eglise et sa pastorale.L’Eglise n’était plus en situation d’underground ou de secte persécutée.Vouloir retourner à cette époque, c’est ignorer l’évolution de l’histoire de l’Eglise et les leçons précieuses qu’on peut en tirer.De plus, les communautés primitives reposaient sur la structure fondamentale de la famille étendue, du moins elles s’inspiraient de ce modèle sociologique.Or, celui-ci disparaît avec les processus d’urbanisation moderne.En le restaurant, on retournerait même en deçà du village, c’est-à-dire au clan, à la tribu.Sans doute y a-b il dans la révolution culturelle actuelle une résurgence de tribalisme.Mais l’Eglise va-t-elle se refaire en s’inspirant de ce qui est le plus ambigu et même contestable dans l’expérience actuelle?Les tenants Les artisans des communautés de base n’acceptent pas cette caricature de leur projet.Ils rappellent avec raison les intentions déjà soulignées et l’importance de leur mise en oeuvre dans l’Eglise.Ils tiennent à garder certains contacts avec l’institution et la grande assemblée chrétienne.Certains cherchent à allier la communauté fraternelle de partage, de ressourcement et de célébration avec le témoignage collectif dans la vie publique selon les modalités prophétiques les plus diverses.Ils sont préoccupés tout autant de l’agir chrétien et ecclésial que de l’existence chrétienne partagée et approfondie.Ils proposent à l’Eglise des expériences exploratoires dans une ligne communautaire et charismatique.N’y a-t-il pas un vide très grave en ce domaine?Qui sait si l’institution elle-même ne tirera pas de ces entreprises de la base des politiques pastorales qu’elle n’arrive pas à tracer dans la conjoncture présente! Quant à la critique sociologique, on ne peut manquer de signaler que l’univers urbain connaît aussi ce type de regroupement centré sur l’amitié, ou sur les solidarités professionnelles, ou sur le partage UNE ÉGLISE NOUVELLE EN GESTATION d’une sous-culture.Les liens de parenté ou de voisinage ne sont pas disparus surtout dans le nouvel urbanisme qui tente de récupérer certains modes de vie et valeurs des communautés traditionnelles.Jusqu’ici les communautés de base ont recruté leurs membres chez des gens très scolarisés et d’un certain niveau social.Mais rien n’indique que la mentalité populaire ne s’intéresse pas à cette forme d’Eglise.Pensons aux tentatives assez bien réussies par les petites soeurs de l’Assomption dans les quartiers urbains pauvres.Pensons aussi à ces groupes restreints de citoyens défavorisés qui s’adonnent à une action sociale directe, et susceptible d’élargissement politique.Pensons aux cellules missionnaires du Mouvement des travailleurs chrétiens.Un catalyseur très utile Nous laissons aux membres des communautés de base le soin d’expliciter leurs intentions et d’évaluer l’itinéraire déjà accompli.Nous ne retenons qu’un aspect des problèmes soulevés, à savoir la portée ecclésiale d’un tel projet.Celui-ci peut jouer un rôle de catalyseur pour forcer les uns et les autres à mieux articuler leur vision de l’Eglise, à exprimer leurs convictions sous forme d’une véritable praxis.On se chicane moins longtemps et moins inutilement quand on confronte ses idées à la lumière d’expériences concrètes.Un fait massif demeure; c’est l’impuissance de l’Eglise devant sa responsabilité de formuler des projets et des politiques pastorales; c’est aussi sa difficulté de mettre à profit les nombreux dynamismes spirituels diffusés dans toute la communauté.Vouloir étouffer, au point de départ, une poussée charismatique de la base, même au nom des plus nobles et larges intentions, nous apparaît d’autant plus dangereux quand on n’a aucun autre projet à proposer.Nous préférons cette amorce de solution à l’absence navrante de praxis prospective dans l’Eglise actuelle.L’expérience nous a montré qu’un projet bien défini et courageusement poursuivi en appelle d’autres et parfois suscite des revisions bénéfiques pour l’ensemble d’une institution.La mise en place d’une clinique médicale populaire dans une zone grise de Montréal a remis en cause les politiques sociales du gouvernement de façon plus efficace que ' les manifestations et les grandes déclarations dans les journaux.Evidemment, il n’y aurait pas eu d’impact sans de plus vastes stratégies.Mais celles-ci étaient auparavant impossibles parce qu’il manquait un projet de départ, forcément limité.Pourquoi en serait-il autrement dans l’Eglise?Evidemment, les critiques précitées s’avéreront précieuses pour éviter les dangers qui guettent les communautés de base.Nous ne saurions souscrire à un retour au monolithisme, aussi moderne soif il dans ses modalités d’expression.C’est à plusieurs formes d’Eglise qu’il faut songer.En effet, notre société pluraliste comporte une diversité très riche de familles spirituelles.Et le même phénomène se retrouve dans l’Eglise.Certains refus véhiculent une attitude contraire aux risques encourus par le Christ lui-même lorsqu’il a laissé aux hommes la plupart des déterminations institutionnelles de son Eglise.Ceux qui voient ici une menace pour l’unité, l’autorité et la permanence de l’Eglise, oublient que l’Esprit n’agit pas seulement par la hiérarchie, et les médiations officielles.Son action déborde les cadres juridiques, l’action des chefs spirituels, et plus concrètement les décrets conciliaires ou toute autre orientation du genre.Nous avons trop sacrifié de richesses spirituelles en réduisant l’unité à l’uniformité.Il ne restait alors que des définitions et des prescriptions dont l’irréalisme ne cédait en rien à l’universalisme.Progressivement le système catholique romain s’est sur-cen-tralisé pour devenir une énorme administration d’esprit totalitaire 311 et réactionnaire.Il est futile de se demander si de tels projets visent une Eglise autre ou une autre Eglise, s’ils précipitent un éclatement désastreux de l’Eglise.Les vraies questions sont à un autre plan.Sommes-nous dans un système incapable de se rénover fondamentalement?Est-ce que nous ne devons pas procéder sans tarder à une critique de ses soutiens idéologiques?N’engendre-t-il pas par lui-même la dissidence en se refusant au pluralisme des demeures du Père et à la diversité des expériences chrétiennes et ecclésiales?La plupart récusent la conception ancienne d’une Eglise pyramidale, mais en pratique, plusieurs agissent encore avec les postulats de la chrétienté classique.En rejetant les communautés de base et leur expérimentation provisoire, on obtient le résultat contraire à ce que l’on espère à savoir la deuxième Eglise, l’Eglise d’underground, ou bien les sectes dissidentes.Retrouver une dynamique du projet Par ailleurs, nous savons qu’aucune institution ne se maintient longtemps sans un minimum de consensus collectif.Mais cet accord ne s’obtiendra plus par une autorité inconditionnelle, même élargie collégialement entre pairs; il ne reposera pas non plus sur un aussi vaste réseau de règles que celui de la chrétienté d’autrefois.Il existe très peu de choses spécifiquement chrétiennes, toutes importantes soient-elles.C’est sur ce plan qu’il faut s’entendre.Le reste tient davantage d’aménagements provisoires, de jugements de situations, bref d’une sagesse soucieuse de continuité et de dépassement.Nous souhaitons que ce débat nous amène enfin à reconsidérer le système catholique dans ses emprunts idéologiques et surtout à retrouver une dynamique du projet.La tradition judéo-chrétienne ne sépare pas la mémoire de la prospective.C’est lui faire injure que de se contenter de conserver le dépôt intact.Les paraboles des talents, des grains de semence, de la lumière sous le boisseau prennent ici un relief inattendu! • mmm •••s::::::: ê H Aik. 312 par VICTOR-LEVY BEAULIEU L’on peut dire, sans risquer de beaucoup se tromper, que l’année qui vient de se terminer a été pour les éditeurs québécois une saison satisfaisante.Moins tournée vers l’internationalisme, et plus particulièrement vers la France, la littérature québécoise a cherché à s’incarner ici pour des lecteurs d’ici.Il me semble que c’est là un point qui n’est pas assez souvent soulevé, et qui a beaucoup d’importance, eu égard aux aînés qui n’ont toujours attendu leur consécration que de la France.Yves Thériault Quelques exceptions toutefois, dont celle d’Yves Thériault qui a publié six nouveaux romans: MAHIGAN, ANTOINE ET SA MONTAGNE, N’TSUK, LA MORT D’EAU, KESTERN et TAYAOUT, FILS D’AGAGUK.Dans un autre livre, DOCUMENTS ET COMMENTAIRES, Thériault, qui n’aime pas ménager personne, et qui ne croit pas à la critique, s’ingéniait à prouver que tout le monde avait tort contre lui.Je ne blâme pas Thériault de ne pas aimer la critique; elle le mérite bien un peu, elle qui a fait si peu de cas de son travail d’écrivain .Six romans pourtant, ça ne passe pas inaperçu! C’est à peine si, pour se débarrasser de lui, on a groupé dans une même chronique trois ou quatre de ses romans dont, bien souvent, on s’est contenté de faire la recension.Il doit bien y avoir une raison pour cela, et peut-être cette raison réside-t-elle dans le fait que l’auteur de VALERIE publie un peu n’importe quoi.A côté d’une oeuvre belle et forte comme TAYAOUT, FILS D’AGAGUK, il y a trop de ces romans qui, tels que ANTOINE ET SA MONTA- GNE, manquent singulièrement de vigueur.Ces oeuvres-là, il convient de les oublier pour retenir KESTERN et TAYAOUT.Le premier raconte l’histoire d’un rancher de l’ouest dont la femme, une ex-prostituée, se fait tuer et mutiler affreusement (pour ne pas dire vider) par un étalon indomptable.Ce livre a le rare mérite d’une violence inhabituelle dans notre littérature, et qui est presque américaine dans sa brutalité.J’avoue toutefois que je lui préfère TAYAOUT, qui est incontestablement le meilleur Thériault publié depuis longtemps.Il y a dans ce roman esquimau une force qui m’a paru très virile, et qui est l’aboutissement en quelque sorte de l’oeuvre de Thériault alors que Tayaout tue son père Agaguk qui a vendu aux Blancs la pierre verte qui est la pierre de l’avenir pour sa race.Mais ce meurtre est inutile, et Tayaout meurt, dévoré par un gros ours, qui n’est que le symbole de l’Ame de la tribu se vengeant.Tout le Thériault des combats primitifs et des émotions violentes est là.Jacques Perron C’est dans un tout autre monde que nous entrons quand nous ouvrons un livre de Jacques Perron, ce médecin de Jacques-Cartier, fondateur du Parti rhinocéros, chroniqueur littéraire, homme de théâtre et romancier bizarre, si bizarre en fait qu’il est en train de nous donner notre première oeuvre mythologique.Cette année a été véritablement l’année de Jacques Ferron.Après la réédition de ses contes (oh! il faut lire ce chef-d’oeuvre qui s’intitule LA VACHE MORTE DU CANYON), de son théâtre dont LES GRANDS SOLEILS ont connu le malheur d’avoir été joués quinze ans trop tôt, Ferron a publié, en plus d’un recueil d’historiettes démystificatrices, deux espèces de romans.Le premier, LA CHARRETTE, est une galette bien étrange en vérité, où la mort, le vol des engoulevents, la nuit, les églises et Bélial mè- littérature QUÉBÉCOISE nent, comme a écrit M.Jean Marcel, un sabbat infernal.Jamais un roman ne m’a paru aussi fluide et ne m’a laissé, après sa lecture, avec une telle impression d’égarement.Ce livre qui vous échappe sans cesse, ces phrases qui basculent dans le néant dès que vous les avez lues, cette histoire qui ne se raconte pas, ces personnages fous, j’ai renoncé à les identifier, et je me suis laissé prendre au piège que m’a tendu Ferron.Le second roman de Ferron publié cette année, c’est LE CIEL DE QUEBEC, une brique colossale de plus de 400 pages qui, je pense, marque l’éclatement du roman de Ferron en une espèce d’épopée, la première que nous ayons.Ce à quoi Ferron s’essaie, c’est à la mise en place d’une mythologie romanesque qui nous rejoigne dans ce que nous avons de fondamental.Ce n’est pas pour rien que Ferron, dans ses livres, donne la parole à notre passé que nous connaissons affreusement mal.C’est qu’il a compris que, partis à la recherche de notre identité, il nous faut des mythes.Il en crée donc.En lisant LE CIEL DE QUEBEC, ce que j’ai découvert c’est mon pays, c’est cette prodigieuse richesse qui est au fond de son passé et que l’écrivain d’ici a trop négligé au profit d’une tradition littéraire qui n’a jamais été la nôtre.Seulement pour cela, Ferron serait bien grand, et ses livres nous apparaîtraient déjà comme essentiels.Marie-Claire Blais et Réjean Ducharme.Marie-Claire Blais a aussi publié deux romans qui, à la vérité, n’en forment qu’un: LES MANUSCRITS DE PAULINE ARCHANGE et VIVRE! VIVRE! Ce titre bizarre dans l’oeuvre de Marie-Claire Blais me semble assez symbolique de ce qui est en train de lui arriver: Pauline Archange grandit enfin, s’échappe peu à peu de ses parents, donc de 313 L'ANNEE DUNE PRISE DE CONSCIENCE COLLECTI V E la misère et des poux et, sortant lentement d’elle-même, commence à écrire; une nouvelle vie l’attend, que nous attendons aussi .Mais quelqu’un a-t-il déjà remarqué que ce personnage de Pauline Archange ressemble souvent, par sa fierté, sa cruauté, son égoïsme et le profond désespoir qui est en elle, à la petite Bérénice de Réjean Ducharme?Le monde de Ducharme a d’ailleurs quelque chose en commun avec celui de Marie-Claire Blais, ne serait-ce que par l’enfance.Dans LA FILLE DE CHRISTOPHE COLOMB, roman écrit en alexandrins parce que l’auteur voulait aller loin dans la niaiserie, Ducharme donne une autre dimension de son génie.Colombe Colomb, écoeurée de vivre dans son île, part faire son tour du monde avec une ribambelle d’animaux.Elle finira par retourner dans son île, plus écoeurée que jamais, et subira, comme tout le monde, la dictature d’Al Capone: Une heure, et ils seront tous morts, hommes, femmes et enfants.C’est ainsi que se termine ce livre, qui a valu à son auteur d’être traité d’inconscient social parce qu’il dit des Canadiens-français grévistes et pique-teurs qu’ils sont plus fascistes que l’Eglise.Peut-être, en effet, faudrait-il faire l’éducation politique de Ducharme.Sinon, son oeuvre risque de n’être finalement que littéraire.Les jeunes romanciers Plusieurs jeunes romanciers ont publié pour la première fois cette année.On les a presque tous accusés de copier Réjean Ducharme.On a dit qu’ils avaient écrit les brouillons des romans de demain.C’est une accusation facile.Dire que des écrivains plagient Ducharme parce qu’ils font des calambours (Duplessis copiait-il donc Jarry?) me paraît pour le moins ridicule.Car il faut avoir lu ces jeunes écrivains pour comprendre que leur monde a peu de choses à voir avec Ducharme.Dans J’AI MON VOYAGE!, Paul Villeneuve raconte l’histoire d’un jeune écoeuré de 24 ans qui laisse tomber son job dans une importante compagnie américaine de Montréal, et qui part en beau pontiac ‘56 pour Sept-Iles.A ce roman qui fait parfois penser au PLEURE PAS, GERMAINE de Claude Jasmin, Villeneuve, qui est sociologue, donne une dimension politique que n’a jamais eue Ducharme.Il en va de même de la conception romanesque de Jean-Marie Poupart qui est orientée vers la recherche formelle; il n’y a pas d’intrigues dans les romans de Poupart, ni de logique, ni de véritables personnages.Michel Beau-lieu, lui, est plus conventionnel, quoique par sa recherche formelle, il s’apparente à Poupart.Mais alors que ce dernier dans QUE LE DIABLE EMPORTE LE TITRE détruit jusqu’aux personnages, Beaulieu leur demeure fidèle; JE TOURNE EN ROND MAIS C’EST AUTOUR DE TOI est parfaitement linéaire, et se déroule dans une logique rigoureuse; le récit est en lui-même assez plat et intéresse rarement.Ce que je crains de Michel Beau-lieu, c’est qu’il finisse par nous donner une oeuvre parfaitement bourgeoise.Parmi les romans que j’ai lus encore, et qui ont retenu mon attention, il y a ce FAIRE SA MORT COMME FAIRE L’AMOUR (quel titre affreux!) de Pierre Turgeon dont l’écriture, très européenne dans sa formulation, a quelque chose d’envoûtant.Il y a aussi cette FLORA-LIE, OU ES-TU?de Roch Carrier qui, à certains moments, m’a fait penser à du bon Ferron: ces évocations de la nuit, cette espèce de charrette qui transporte Floralie à travers l’obscurité, ce gros curé presque mythologique et ce brave Anthime Corriveau appartiennent au monde du conte, qui est cher à Ferron.On dit que le prochain1 livre de Carrier se passera à la ville, ce qui devrait marquer, dans son oeuvre, un nouveau cycle qu’il faudra suivre avec grande attention.Il en va de même pour Marcel Godin dont UNE DENT CONTRE DIEU m’a semblé nettement supérieur à tout ce qu’il a fait jusqu’à maintenant.Mon Dieu! quel progrès depuis LA CRUAUTE DES FAIBLES! Le cercle du livre de France Au Cercle du Livre de France, il s’est publié, cette année, peu de choses importantes.A part BIEN VOTRE de Jean Nadeau, ét L’INNOCENCE D’ISABELLE de Roger Fournier, peu de livres édités chez Monsieur Tisseyre m’ont intéressé.Jean Nadeau, dont le premier roman a quelque chose de SUR LA ROUTE de Jack Kerouac, ne cache pas son admiration pour Réjean Ducharme à qui, il faut bien le dire, il ressemble un peu, ne serait-ce que pour l’exotisme des noms de ses personnages et pour leurs conceptions de la vie.Malgré cela, je pense que Nadeau devrait apporter beaucoup à la jeune littérature québécoise.Roger Fournier, lui, n’en est pas à ses premières armes.Pourtant, L’INNOCENCE D’ISABELLE lui a valu un éreintement épouvantable de la critique.Il y avait cependant dans cette INNOCENCE D’ISABELLE de bonnes pages — celles sur Gilles Vigneault notamment, qui a été l’un des compagnons de collège de Fournier.Le tort de Fournier a sans doute été de n’avoir pas totalement écrit un livre autobiographique.Du Prix du Cercle du Livre de France, je n’ai rien à en dire; j’ai été incapable de le lire jusqu’au bout.Cet ETE DE LA CIGALE d’Yvette Naubert est sans doute le roman le plus inutile parmi tous ceux publiés au Québec depuis une dizaine d’années.Il me semble que nous avons suffisamment de choses à faire et à dire ici pour laisser aux Noirs leurs problèmes.Cela ne nous regarde pas.Ce n’est pas une littérature qui nous appartient.Le jury du Prix du Cercle a tendance 314 L'ANNÉE D'UNE PRISE DE CONSCIENCE COLLECTI V E iFTérature québécoise d’ailleurs à consacrer des oeuvres inoffensives.Le NON, MONSIEUR de Jovette Bernier, Prix de cette année,n’est pas un mauvais roman, mais je ne pense pas que ce soit une oeuvre très importante.Le fait que sur huit romans finalistes au Prix trois d’entre eux aient d’abord été refusés par d’autres éditeurs me paraît être un signe des temps: les jeunes écrivains ne vont plus au Cercle du Livre de France.En poésie, il faut mentionner quelques nouveaux recueils, ENTRE LA RIVIERE ET LA MONTAGNE de Jean-Yves Théberge, LES CRIS de Pierre Châtillon, UNE MEMOIRE DEJA de Guy Robert, OPUS I de Luc Racine, POEMES POUR DURER d’André Major et LA MESSE OVALE de Germain Beauchamp.Tous ces recueils, par des voies différentes, débouchent sur ce problème du pays à inventer, vieux mythe québécois dont Paul Chamberland, dans TERRE-QUEBEC, a posé la thématique.Un élargissement de la conscience poétique de ces jeunes écrivains devrait briser cette barrière.Et il me semble que ce sera encore Paul Chamberland qui ouvrira les digues avec un recueil qui s’intitulera, je pense, PAROLES DE L’ANDRO-GYNE.Les extraits qu’il en a publiés m’ont fait penser à du Allen Ginsberg, ce qui est dire tout le chemin parcouru par Chamberland.Evidemment, on ne saurait oublier LES CANTOU-QUES de Gérald Godin, de même que LE MAL DES ANGES, un petit livre presque obscène d’André Loiselet.Il y a aussi deux rééditions importantes: L’AGE DE LA PAROLE de Roland Giguère (grand Prix de la ville de Montréal) et COMME EAU RETENUE de Jean-Guy Pilon (qui vient de remporter le Prix Louise Labbé et le Prix France-Canada pour l’ensemble de son oeuvre).Il y a plusieurs années déjà, Jean-Guy Pilon a tracé la route aux jeunes poètes québécois obsédés par le pays, quand il écrivait: Je suis d’un pays qui est comme une tache sous le pôle.Comme un fait divers, comme un-film sans images.Comment réussir à dompter les espaces et les saisons.La forêt et le froid?Comment y reconnaître mon visage?Ce pays n’a pas de maîtresse; il s’est improvisé.Tout pourrait y naître; tout peut y mourir.Des essais littéraires, il faut retenir le petit livre de Claude Jasmin, RIMBAUD, MON BEAU SALAUD! En grande partie autobiographie, le RIMBAUD de Jasmin ouvre de nouvelles voies aux essayistes qui, habituellement, ont le grand tort d’être universitaires, c’est-à-dire ennuyeux.Après que vous avez lu le MARCEL PROUST de René de Chantal, il ne vous reste plus qu’à l’oublier l’auteur de JEAN SANTEUIL; René de Chantal, croit-on, nous a tout dit sur lui, ne nous a fait grâce d’aucun détail; on connaît Proust comme Proust lui-même ne se connaissait pas.Il me semble que ce n’est pas là tout à fait le rôle de l’essayiste littéraire qui devrait plutôt être un provocateur pour le lecteur.Dans cette perspective, il faut marquer d’une pierre blanche le RIMBAUD, MON BEAU SALAUD! de Claude Jasmin qui, sous le prétexte de nous parler du poète, nous entretient de lui-même.Je peux bien essayer.J’ai petit talent.J’ai profond amour pour tes écritures.Je meurs de deux cent mille tasses de café: Balzac sur son lit de mort.Moi je bois de l’eau quand j’écris maintenant.Seul inconvénient, le besoin, il faut y aller souvent.Et des cigarettes, Dieu que nous sommes comiques avec nos manies et nos tics, nos nectars de misère.Mon père ne lisait que la Bible, vie des saints et autres franciscaineries.Mon père, capitaine distrait comme monsieur Rimbaud-père, navigateur disparu, aura bu ses' deux cent mille tasses de café.M.D.travaille au cognac.A se ruiner.Absomphes de tout acabit, nos nerfs cherchent des supports, l’imagination est si lourde à porter.Drogues à Michaux, stupéfiants ou non, nous restons autrement stupéfiés devant la vérité à dire, la réalité.Nous ne voulons plus dérégler tous nos sens, ni fuir la réalité, bonhomme Arthur.En fait, je n’ai plus qu’une passion, la vérité.La vie réelle à encorner.Jasmin ne veut pas devenir un Rimbaud, c’est-à-dire un commerçant perdu dans quelque Madagascar québécois; il veut — et il voudrait — que tous les Québécois mettent la main à la pâte pour leur libération collective.C’est un beau chant d’espoir, parfois un peu confus, mais d’une sincérité telle qu’il nous touche toujours.De l’oeuvre de Jean-Cléo Godin, HENRI BOSCO, UNE POETIQUE DU MYSTERE, on pourrait faire les mêmes remarques que pour le PROUST de de Chantal, bien que Godin ait une excuse: peu de gens d’ici ont lu Bosco, et le connaître au moyen d’une étude aussi documentée est sans doute important.Par contre, l’ouvrage d’André Sirois, MONTREAL DANS LE ROMAN CANADIEN, est extrêmement bien fait mais date déjà un peu du fait que les jeunes romanciers québécois sont arrivés trop tard pour avoir droit au chapitre. 315 théâtre De plus en plus, les oeuvres théâtrales sont publiées chez Leméac qui édite presque la totalité de ce qui se fait au Québec dans cette discipline.Dans la collection Théâtre canadien (appellation équivoque puisqu’il s’agit presque toutes d’oeuvres québécoises), plusieurs Dubé ont été édités cette année.Mais me paraît plus intéressante encore la nouvelle collection Répertoire québécois, qui sera consacrée aux jeunes dramaturges d’ici.C’est Michel Tremblay, avec LYSISTRATA, qui a ouvert la collection.Michel Tremblay demeure d’ailleurs le jeune dramaturge québécois le plus en demande, et ses BELLES-SOEURS sont devenues un classique parce qu’elles disent beaucoup sur la situation du petit Québécois.Cela nous change des drames bourgeois, et toujours pareils à eux-mêmes, de Marcel Dubé.Après Tremblay, c’est Robert Gurik qui représente le mieux le jeune théâtre d’ici groupé autour du Centre d’Essai.Son PENDU vient d’être publié, après son HAMLET PRINCE DU QUEBEC.Ce qui me touche chez Gurik, c’est ce sens qu’il a de l’engagement, et que trop peu de ses camarades possèdent./ess/jN (PoiPiQuE) Plusieurs essais importants ont paru cette année.Je n’en retiens que quelques-uns parce qu’ils me paraissent essentiels.Il y a d’abord LA QUESTION DU QUEBEC de Marcel Rioux, un grand petit livre dans lequel le mythe Trudeau en prend pour son rhume.Marcel Rioux rejoint, à certains moments, les PAROLES ET COLERES de Pierre Vade-boncoeur qui croit que Trudeau doit tout son pouvoir au nationalisme et à l’indépendantisme; Trudeau a été élu pour qu’il fasse la lutte contre l’indépendance du Québec.Marcel Rioux écrit: La propagande fédéraliste et capitaliste entretient les Québécois dans la crainte continuelle qu’ils peuvent passer de NEGRES BLANCS à NEGRES NOIRS.Tous ces bons apôtres se découvrent soudainement un amour fou pour le peuple, pour le petit peuple que de mauvais bergers veulent conduire à une plus grande misère.Ce sentiment, Vadeboncoeur et René Chaloult (MEMOIRES POLITIQUES) le partagent.Evidemment, Chaloult est un homme du passé, c’est-à-dire qu’il fait appel beaucoup plus au sentiment qu’à la raison quand il écrit: Nous n’avons pas le choix; il faut préparer l’indépendance.Pierre Vadeboncoeur a pendant trop longtemps étudié la démocratie pour ne pas savoir qu’elle est une assez bonne comédie dont le principe essentiel est que le peuple doit être représenté mais ne doit pas agir.Contestant les partis politiques qui, par leur personnel partisan et par toutes leurs habitudes sont essentiellement des clubs privés, Vadeboncoeur affirme que nous ne vivons pas en démocratie; nous vivons sous une corruption spécifique et stable de la démocratie.D’où la nécessité de tout changer, à commencer par l’appareil politique.A ce niveau, on perd Chaloult et retrouve Marcel Rioux.Vadeboncoeur comme Rioux ne croit plus au capitalisme depuis longtemps.Leurs livres ont donc une importante portée révolutionnaire.Nous devons durer, dit Rioux.Pierre Vallières, lui, dans ses NEGRES BLANCS D’AMERIQUE, pense plutôt qu’il faut commencer, que l’homme québé- cois ne sera possible qu’après la révolution.C’est le livre le plus important à avoir été publié au Québec depuis la révolution tranquille.NEGRES BLANCS D’AMERIQUE tient à la fois de l’autobiographie et de l’essai politique.Comme elle nous ressemble l’enfance de Vallières, pauvre et pleine de tabous familiaux, déchirée par les contradictions qui opposaient un père, sensibilisé au syndicalisme, à la participation et une mère peureuse qui ne voulait pas qu’il s’engageât! Comme elle nous ressemble cette misère de tous les jours, cette petitesse, cette fausseté qui nous éloignent toujours de nous-mêmes, et de laquelle on ne peut collectivement se libérer que par la violence! Vallières croit à l’acte révolutionnaire.On l’a mis en prison pour cela.On l’a accusé d’avoir écrit un livre séditieux.Comme si la liberté, et l’exigence de la liberté, pouvait être séditieuse! Plus vite nous serons unis, les gars, plus vite nous vaincrons.Nous avons déjà perdu trop de temps en vaines récriminations.Il faut maintenant passer à Taction.Q 316 11 MICRO arthur lamothe S'entretient liS IMÈmÆ llilillliü ¦il ifcii ¦ !: Français d'origine, Arthur Lamothe participe activement au cinéma d'ici depuis près de dix ans.Il a tout d'abord travaillé dans le cadre de l'Office National du Film et a réalisé plusieurs courts métrages étonnants par leur puissance tel LES BUCHERONS DE LA MANOUANE.De plus il a déjà a son compte deux longs métrages: LA NEIGE A FONDU SUR LA MANICOUA-GAN et POUSSIERE SUR LA VILLE.Il faut ajouter un moyen métrage très évocateur, CE SOIR-LA, GILLES VIGNEAULT.Mais Lamothe n'a pas fait que des films, il a aussi fondé une compagnie privée, la Société Générale de Cinématographie, ceci après avoir quitté l'O.N.F.qui, selon lui, étouffait ses possibilités créatrices.L'organisation de cette entreprise, compte tenu de la situation du cinéma au Qiébec, a exigé beaucoup de courage; c'est là une aventure pleine de risques et ces risques Lamothe continue de les assumer avec un talent incontestable d'animateur intelligent et prévoyant.Enfin, en plus des films-actualités qu'il cherche à développer, il a tourné cinq courts métrages remarquables, de trente minutes chacun, pour la C.E.Q.et il prépare actuellement la sortie de REQUIEM POUR UNE VILLE, long métrage sur la condition ouvrière à Montréal, commandé par la C.S.N.Toutes ces expériences tcrt d'Arthur Lamothe une des figures les plus vivantes du cinéma québécois.Et parce qu'il déborde d'une énergie créatrice qui sait affronter les problèmes pratiques toujours présents dans un domaine à la fois artistique et industriel, parce qu'il révèle le québécois à lui-même et que sa manière n'est jamais exercice de style mais exercice de vie, nous avons cru bon de le rencontrer, lui chez qui tout conduit au témoignage et à l'engagement (Y.Patry).Plusieurs critiques se sont prononcés sur votre carrière.Vous, Arthur Lamothe, comment considérez-vous votre évolution?Personnellement, je ne crois pas que j’ai évolué.Je crois cependant que mes certitudes se sont précisées et cela tant au niveau du cinéma qu’au niveau de l’existence; on ne peut séparer les deux: le cinéma que je fais est une projection de l’existence que je vis à l’intérieur de conjonctures socioéconomiques très précises.Non, je n’ai pas évolué; j’écrirais aujourd’hui, par exemple, ce que j’ai écrit, il y a déjà plusieurs années, en préparant LES BUCHERONS DE LA MANOUANE.Mais j’ai acquis une certaine assurance et c’est pourquoi je disais que mes certitudes se sont précisées.Il y a un certain doute qui était présent dans mes premiers films et qui maintenant n’est plus.Tout d’abord je n’ai plus d’inquiétude quant à la façon de fabriquer un film et ça c’est normal après huit, neuf ans de métier.Certains des films que j’ai réalisés pour la C.E.Q.ont exigé deux jours de tournage seulement.J’y suis allé carrément tant au niveau du tournage qu’au niveau du montage.Ensuite mes options fondamentales n’ont pas changé.On a écrit plusieurs choses là-dessus.Le texte d’Yvan Patrv dans LE CINEMA QUEBECOIS est intelligent bien que certains détails sont discutables.Cependant le texte de Daudelin dans le livre des affaires culturelles est assez “niaiseux”: selon lui, je suis l’homme d’un seul film, il s’agit des BUCHERONS.Il exagère: plusieurs personnes telles que Michel Brault et Guy Borremans considèrent que MATAGAMI, par exemple, est supérieur aux BUCHERONS .Mes options dans mes derniers films sont les mêmes que dans mes premiers courts métrages.J’étais politisé et je le suis de plus en plus.Il ne faut pas jouer avec les mots, ni chercher de faux-fuyants; nous sommes soumis au Québec à un système colonial d’exploitation et ça je le sais et je le montre depuis mes premiers films qui m’ont amené à considérer le haut et le bas de différentes compagnies et de différentes entreprises.Rien depuis ne m’a fait changer d’idée, au contraire! J’ai élargi ma conscience; je cherche à être de plus en plus conscient de ce qui se passe autour de moi.Le thème du déracinement concrétise-t-il ces options fondamentales dont vous parlez?Oui, c’est très apparent pour moi.D’ailleurs mon meilleur commentaire sur le déracinement je l’ai fait dans mon court métrage DE MONTREAL A MANICOUA-GAN.Le commentaire original des BUCHERONS était aussi très significatif sur ce plan-là, mais il a été censuré quatre ou cinq fois et en plusieurs étapes par l’O.N.F.C’était quelque chose comme ceci: la terre appartient à la Couronne et à l'Etat du Québec, les capitaux sont américains, les dirigeants anglo-saxons, l'anglais est la langue des maîtres, Dallaire est canadien-français et il ne parle pas l'anglais.Dans ce texte l’idée de la dépossession du pays est évidente et je dirais exactement la même chose aujourd’hui.Dans POUSSIERE SUR LA VILLE, on voit l’empêchement d’enracinement d’un individu.Le personnage vit une sorte d’angoisse: cet intellectuel cherche à toucher les choses et à s’enraciner véritablement.En fait, dans mes films, rares sont les personnages enracinés.Il v a Gilles dans LA NEIGE A FONDU SUR LA 317 NI CAMERA" avec richard MANICOUAGAN, mais vu le caractère d’essai cinématographique du film, le personnage n’est pas très approfondi, en fait il est à peine esquissé.D’ailleurs plusieurs des éléments que j’aurais voulu intégrer n’ont pas pu être tournés.Le seul personnage vraiment enraciné si l’on considère les films que j’ai faits, c’est Vigneault dans CE SOIR-LA, GILLES VIGNEAULT.Il y a là un gars qui éclate, qui déborde, un gars solide à la largueur du pays.Mais ce qui ressort dans l’ensemble de mes films c’est au contraire l’angoisse de la dépossession, les difficultés de l’enracinement.Dans MATAGAMI, un des courts métrages commandés par la C.E.Q., c’est précisément cette réalité-là qui apparaît.Dans LE TRAIN DU LABRADOR aussi, mais là il s’agit plus particulièrement des Indiens qui en fait représentent une sorte de point limite de la dépossession et du déracinement: on leur a volé leur pays et on les place tout bonnement sur des réserves.Je ne pense pas que ce soit là un danger qui menace les Québécois, mais les Indiens tout comme les gens d’ici ressentent et vivent une dépossession.Ce qui nous menace, c’est un peu le danger portoricain ou philippinien, c’est-à-dire une dépossession culturelle et linguistique qui entraîne infailliblement une suppression de valeurs et qui aboutit à ce que certains anthropologues appellent une clochardisation des individus et de la société.La thématique dont vous nous parlez, vous l'exprimez souvent par ce qu'on appelle le cinema direct.Comment concevez-vous cette utilisation du direct?Le direct, en fait, c’est une chose assez ambiguë et pas très facile à définir.Pour moi, et ça c’est très important, le direct doit avoir une valeur onirique.Et Guy Borre-mans avec qui je travaille souvent gay s’entend très bien avec moi là-dessus.Pour faire du cinéma direct, il ne s’agit pas de planter une caméra, avec n’importe quelle lentille, de prendre n’importe quelle image avec un son qui est cute et qu’on entend bien.C’est plus que ça.Dans LES BUCHERONS DE LA MANOUANE, par exemple, la première scène où l’on voit les camions qui s’avancent dans la nuit, c’est du direct mais il y a là quelque chose d’onirique; le cheval à la fin du film produit aussi le même effet.Il faut que l’image dépasse l’anecdote, le niveau de l’anecdote.Pour moi, il y a direct dans la mesure où il n’y a pas de comédiens; il s’agit de saisir, de capter le réel.Et ce réel dépasse souvent la fiction; ce sera très évident dans REQUIEM POUR UNE VILLE que je prépare actuellement.Oui, capter le réel au coeur même de sa signification: en fait, je préférerais l’expression cinéma réel à cinéma direct.Mais le problème qui se pose est celui-ci: comment approcher la réalité pour lui donner une valeur symbolique et onirique.L’événement est là, c’est sùr, mais il ne doit être qu’un support, uniquement un support.A partir de l’anecdote, il faut atteindre un autre niveau de langage.C’est cet autre niveau qui importe et qui m’intéresse.Il faut saisir la réalité, mais il faut faire plus que ce que pourrait faire un journaliste, il faut donner à cette réalité une connotation affective de type onirique qui rejoint au niveau de l’émotion de l’inconscient.Enfin il est sùr que le cinéma réel que je fais n’a aucune prétention de montrer la réalité telle qu’elle est en elle-même: il s’agit toujours d’un rapport entre moi et cette réalité.C’est ce support que je transcris dans mes films.Et c’est ce qui est vrai, tout le reste est faux.L’objectivité ne peut exister que par rapport à moi-même, par rapport à mes réactions devant tel ou tel fait .La vérité est là, pas ailleurs.Chaque cinéaste devant un fait quelconque réagit de façon différente.Mes films montrent ma réaction, ma relation au fait.Dans quelle perspective avez-vous fait les films pour la C.E.Q.?Tout d’abord je suis resté fidèle au commanditaire, soit la Confédération des Enseignants du Québec.J’ai traité les thèmes et les lieux demandés.Un de ces thèmes, c’était l’éloignement de la régionale à Matagami.J’y suis allé et j’ai filmé.Mais comme je le disais tantôt, j’ai cherché à dépasser l’anecdote; il ne faut pas en rester à un niveau anecdotique; il faut tendre vers un langage symbolique de communication.Et j’étais aidé par le fait que je jouissais d’une grande liberté; les gens de la C.E.Q.avaient confiance en moi.J’ai connu là une liberté que je n’ai jamais sentie lorsque je travaillais dans les cadres de l’Office National du Film.Souvent M.Laliberté visionnait le film pour la première fois lorsqu’il était présenté à la télévision, et il a toujours été satisfait.J’étais libre d’imaginer telle ou telle situation, je choisissais les personnes q'ue je voulais et je tentais de montrer la réalité dans toute sa signification.Aussi les cinq films, de trente minutes chacun, ont tous été réalisés très rapidement.Cette spontanéité dans le tournage et le montage m’a bien servi.Dans le film sur le perfectionnement des professeurs, où l’on voit un enseignant qui se rend en automobile de l’Université de Montréal à l’école où il enseigne et qui fait part, tout en conduisant, de son expérience de perfectionnement, je crois avoir assez bien saisi une dimension spatio-temporelle qui donne au cinéma tout son sens et qui rend bien le problème du perfectionnement.C’était là une façon de dépasser l’anecdote.Préparez-vous dans la même perspective le film sur le monde ouvrier de Montréal?Oui, exactement.Mais il est sùr que REQUIEM POUR UNE > 318 VILLE sera un film beaucoup plus complexe dans sa forme et cela à cause de la complexité même du monde ouvrier.Il a été tourné en direct et, tout comme dans les courts métrages commandés par la C.E.Q., je n’ai pas cherché à établir de pré-relations avec les gens.La pré-relation est un danger, une menace: c’est-à-dire que si vous établissez avant de tourner un certain rapport entre vous, cinéaste, et la personne que vous voulez interviewer, par exemple, vous risquez de lui faire dire ce que vous désirez qu’elle dise.La personne, souvent inconsciemment, cherchera à vous faire plaisir et voudra dire ce que vous pensez ou voudra faire ce que vous désirez qu’elle fasse.C’est pourquoi nous avons systématiquement évité les pré-relations: nous arrivions dans un chantier et nous surprenions les gens sur le fait même de leur pensée et de leur agir: ils restaient donc eux-mêmes et ne cherchaient pas à rendre une image fausse de leur nature.Et dans ce sens-là, je dois dire que je suis parfaitement d’accord avec la méthode qu’a employée Louis Malle dans CALCUTTA.Il a surpris les gens, ne leur a pas fait dire ce qu’il voulait et les a laissé être eux-mêmes, avec leurs réactions vraies et authentiques.CALCUTTA est un film extraordinaire.Oui, il faut faire attention de ne pas imposer sa vision.Trop de cinéastes qui emploient le direct n’évitent pas ce danger.Il faut que la réalité fasse choc avec la vision du cinéaste.Il faut que les deux se rencontrent et c’est le tiraillement des deux qui peut rendre un film intéressant.Personnellement, je cherche toujours à réaliser une certaine révélation des choses.D’ailleurs il y a une phrase de Godard que j’aime beaucoup; c’est quelque chose comme ceci: le cinéma, c’est amener la lumière de Cézanne dans la caverne de Platon.C’est ce que je cherche à faire: faire la lumière sur les choses, révéler, mais tout en dépassant le simple événement pour atteindre un certain universalisme.Et dans la mesure où je rejoins l’universalisme, je pénètre dans la caverne de Platon.Même si REQUIEM POUR UNE VILLE est axé sur le monde ouvrier de Montréal, donc un sujet très particulier, je pense que ce film réalise la phrase de Godard.Peut-on appliquer à votre oeuvre l'étiquette cinéma de contestation?Oui.Mais, ceci dit, il n’y a pas de création sans contestation: si on est satisfait, il est sûr qu’on ne va pas créer.La contestation c’est quelque chose de très sain, c’est ce qui permet l’oeuvre.Vous n’ê-tes pas obligé de faire un film sur la guerre d’Algérie pour faire un film de contestation.Tout phénomène de création véritable est phénomène de contestation.Pour moi évidemment, c’est un peu différent puisque le sujet même de mes films constitue souvent un fait à contester.Mais pas toujours.Toutefois, il est évident que le thème du déracinement dont nous parlions plus haut, le fait de montrer les chômeurs dans REQUIEM POUR UNE VILLE participent à une certaine contestation.Trudeau a dit qu’il ne fallait pas de séparatistes; eh bien, sans séparatistes, il n’y aurait pas de cinéma au Québec, ni de poésie.Tous les poètes valables sont indépendantistes et tous les cinéastes d’ici sont contestataires du statu quo confédéral.Et cela même chez les cinéastes de l’O.N.F.Si vous me demandez si je fais mes films dans une perspective de contestation, je vous répondrai alors que non.Ce n’est pas moi qui conteste, c’est la réalité elle-même qui contient et provoque sa propre contestation.Par exemple, lorsque j’ai commencé à tourner le film sur MATAGAMI, j’ai dû abandonner complètement l’idée que j’avais au point de départ.C’est la réalité qui s’est imposée et qui a créé elle-même sa contestation.Le même phénomène s’est produit lors du tournage de REQUIEM POUR UNE VILLE.La mort, qui constitue d’une certaine façon le thème du film, ne vient pas de moi, mais de la réalité elle-même, et c’est la condition des ouvriers qui a amené une subdivision en trois points de cette thématique: la mort physique du fait que des ouvriers meurent dans des accidents de travail et que les compagnies souvent responsables de ces tragédies ne sont pas condamnées, la mort psychologique du fait que l’ouvrier est amené à se couper de la réalité environnante et enfin la mort sociale.Pour ce dernier aspect, je voudrais citer deux remarques faites par des ouvriers.Un travailleur m’a dit: On n’est pas noyé, mais c’est tout juste.Un autre lui a répondu: Tu es noyé et tu ne le sais pas.Oui, c’est le réel qui réalise la contestation, et je pense que si l’on réussit à capter ce réel et à lui donner une puissance onirique, on atteint une force contestataire souvent plus grande que celle obtenue par le fictif.Cependant, comprenez-moi bien, je ne considère pas le direct supérieur au fictif, tout dépend de l’utilisation qu’on en fait.Quelle est selon vous la situation du cinéma au Québec?Tout d’abord, il est sûr que mes efforts sont parallèles.Personne jusqu’ici, sauf moi, n’a fait des films financés par des grandes centrales syndicales que sont la C.E.Q.et la C.S.N.Personne, sauf moi, n’a tenté l’expérience des actualités telle que je l’ai faite lors de la contestation étudiante l’an dernier.Donc, il faut dire que ce que je fais, c’est parallèle.Quant à la situation du cinéma au Québec, je dirai tout d’abord ceci: le problème c’est qu’il n’y a pas assez de gens qui font du cinéma.L’O.N.F.a fabriqué des cinéastes; on était classé cinéaste.C’était le seul débouché; or il, est évident que ce genre de cadre ne convient pas à tous.C’est ainsi que plusieurs talents ont avorté.De plus, il faut le répéter, il n’y a ? 319 toujours pas de loi cadre pour le cinéma au Québec.Les partis nous promettent depuis des années un centre national de cinématographie .En fait, il n’y aura pas de véritable industrie cinématographique ici tant qu’on ne permettra pas plus de possibilités à la fois sur le plan financier et psychologique.Il faut ouvrir, sans cela ceux qui ont du talent ne pourront jamais arriver à créer.Il faut dire que jusqu’ici les politiciens n’ont jamais été des cinéphiles.Pendant longtemps, ils ont préféré l’opéra et le ballet;, il y avait toujours de l’argent pour subventionner le ballet! Aussi j’ai l’impression que les politiciens sont conscients du pouvoir terrible du cinéma: ils ont peur de cette bande de fous que sont les cinéastes car ils peuvent accroître la conscience du peuple québécois.Intellectuellement, les politiciens sont d’accord, mais dans le fond ils ont peur.Il y a une certaine panique! La Société Générale de Cinématographie dans tout ça?Eh bien, c’était au début une projection de moi-mëme: une sorte d’extension.Mais on se rend vite compte qu’une entreprise comme celle-là fonctionne dans un milieu industriel qui a ses bases et ses lois, qu’il faut suivre l’économie du marché et répondre à la demande.D’où les films publicitaires réalisés chez nous: l’argent fait avec ces films permet une amélioration de nos outils de travail et fournit aussi une plus grande liberté.Il est sûr que le gros problème en est un d’argent.Et nous ne sommes aidés ni par Québec, ni par Radio-Canada qui devrait faire appel à la créativité et à l’originalité de ceux qui oeuvrent dans des maisons telles que la nôtre.La S.G.C.selon moi n’a pas de rôle spécial, particulier; c’est une maison de production dynamique qui tente de faire des oeuvres valables dans la mesure du possible.Je cherche surtout à investir dans des cerveaux; les machines on peut les louer.Le gouvernement sur ce plan-là ne joue pas son rôle; il ne crée pas d’avenir.Il pourrait par exemple organiser un concours pour courts métrages, ce qui stimulerait les jeunes réalisateurs.Mais non, rien.Enfin il est évident qu’une entreprise comme la S.G.C.constitue une aventure pleine de risques; et il y a d’autres maisons de production à Montréal qui sont aux prises avec les mêmes risques.Il nous faut tous beaucoup de courage et de patience.La S.G.C.survivra et elle jouit, je pense, de véritables possibilités de développement.Notre association avec la Société des Mathématiques Avancées en témoigne: ceci nous amènera sûrement à faire, en plus de ce que nous faisons déjà, un certain travail éducatif, des films sur l’enseignement des mathématiques, par exemple.En fait c’est une année de production assez intensive qui s’annonce.Considérant la situation sociale et politique du Québec, quel devrait-être selon vous le rôle du cinéma ici?J’accorderais au cinéma une fonction très précise à l’intérieur du contexte québécois.En fait, le cinéma fait appréhender la réalité, il réalise une reconnaissance de l’environnement, fait connaître le pays; il reflète et produit une prise de conscience qui supprime automatiquement l’angoisse.Une fois l’angoisse abolie, l’individu se sent plus libre, plus autonome; son univers sort du brouillard.Il reconnaît la société qui l’entoure et le lien intime qui le relie à elle.L’individu et la société se sentent exister davantage.Je pense que le cinéma peut réaliser ça pour nous.Dans ce sens, il faudrait que notre cinéma se fasse plus onirique pour que les rêves d’ici, les rêves de tous et de chacun, les rêves collectifs du peuple québécois soient projetés sur les écrans.Enfin, il est sûr que le cinéma informe plus efficacement que la presse.L’affaire St-Léonard telle que décrite dans les journaux donnait une impression de fascisme.Le film que j’ai fait a montré qu’il y avait là des gens de toutes les classes sociales, qu’il y régnait une atmosphère de fêtes, que c’était une sorte de “party”.Oui le cinéma informe et parce qu’il informe, il réalise une prise de conscience et une accélération de l’histoire.^ EN VENTE PARTOUT A PRIX POPULAIRES Le temps des fêtes approche.Qui dit joyeux noël ^ à tous, dit ^ cadeaux marabout pouo tous -fe ms ^ liS i ^ mâm :ÜP^ 6 Histoire illustrée du cinéma R.Jeanne et Ch.Ford (3 tomes) 7 Histoire vécue de la seconde guerre mondiale (4 tomes) 8 Principes d’économie contemporaine F.Baudhuin (4 tomes) > ÿ-J .w«^ ^ i; ^ ^ M ^ il IïSMil II [WAA aij HMK ïsSî Xf V> pa è.nouveau! 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