Maintenant, 1 janvier 1973, Janvier
4 ï- 1 ression uffrent étudiants srepression la liberté et son prog Il faut < de répre que la réprë Fernand Du i cinéma québee ^ revue mensuelle Faites-vous un cadeau abonnez-vous à Cinéma/Québec ou offrez-vous le premier volume relié (10 numéros) Dans chaque numéro informations, critiques, interviews 10 numéros $6.50 (étudiants $5.00) volume relié pleine toile $10.00 Cinéma/Québec CP.309 Station Outremont Montréal 1 54, Qué.Tél: 272-1058 Le magazine québécois d'information scientifique.Une publication de l'université du Québec.Lisez le numéro de janvier et apprenez ^ Comment les fourmies italiennes remplaceront les insecticides au Québec.?Qu'on implante des boeufs musqués dans le Nord Québécois.^ Pourquoi les Américains n'iront plus sur la lune.DOSSIER SPÉCIAL "La chimie n'existe plus".En vente dans les kiosques $0.50 Abonnement à 10 numéros (1 an) $3.50 Etudiants $2.50 Soutien $10.00 C.P.250, Sillery, Québec 6, Québec.Tel.: Québec, 657-2435.U tait?tai»-U d«M Prix spéciaux pour Noël 1 an ($6.00) 2 ans ($10.00) offre valable jusqu'au 20 janvier 2715, ch.Côte-Ste-Catherine Montréal 250 (514) 739-2758 Avec les voeux de la revue , nous enverrons à ceux que vous aurez abonnés une carte de Noël attestant votre cadeau 1 an ?2 ans ?Nom Adresse Avec les voeux de Mon adresse L fear Hail offre-leur un abonnement-cadeau. sommaire janvier 1973 naméro122 Revue mensuelle publiée par LES EDITIONS MAINTENANT INC.Siège social: 9820 Jeanne-Mance, Montréal.DIRECTEUR-FONDATEUR: 1962-1965 Henri Bradet DIRECTEUR: 1965-1972 Vincent Harvey COMITE DE DIRECTION: Laurent Dupont, secrétaire Hélène Pelletier-Baillargeon, Richard Gay, Robert Boily, Serge Carlos.COMITE DE REDACTION: Robert Boily, Guy Bourassa.Serge Carlos, André D'Allemagne, Fernand Dumont, Laurent Dupont, Richard Gay, Jacques Grand'Maison.Michèle Lalonde, Jacques-Yvan Morin, Louis O'Neill, Hélène Pelletier-Baillargeon, Guy Rocher.Claude Saint-Laurent, Pierre Vadebon-coeur.ADMINISTRATION: Yves Gosselin SECRETAIRE ADMINISTRATIVE: Hélène Audette CONCEPTION GRAPHIQUE: Louis Charpentier IMPRESSION: Imprimerie Montréal Offset Inc.DISTRIBUTION: Les Messageries Dynamiques Inc.(514)384-6401 CONDITIONS D'ABONNEMENT: Abonnement d'un an $7.00 Abonnement d'étudiant $5 00 Abonnement de soutien $10 00 N.B.Les abonnements ne sont enregistrés qu'au reçu du versement.Résidence du Secrétaire: 2765 Chemin de la Côte Ste-Catherine Montréal 250.Québec (514) 739-2758 Courrier de la deuxième classe J Enregistrement no 1419 PHOTO couverture Ronald Labelle Magazine OVO 6ème numéro, février 1972.Les Cegeps: bilan et prospective Liminaire Claude Péloquin Autour du Nouveau Régime Pédagogique Marie-Claire Lanctôt-Bélanger L'expérience des Cegeps: urgence d'un bilan Fernand Dumont et Guy Rocher L'insertion des Cegeps dans leur milieu Pau! Bélanger 9 11 17 24 Denys Arcand, cinéaste de notre condition Richard Gay Le Parti Québécois et l'avortement Par un groupe de militants Propos d'un "étranger" sur le Rapport Dumont M.-D.Chenu L'Eglise sur la place Jacques Grand'Maison Le scrutin fédéral du 30 octobre: où en sommes-nous?Robert Body 26 29 33 35 38 Signes du mois A propos du "Canadien-français et son double" Michèle Lalonde Notre univers toxique Jean-Yves Roy Avant d'oublier le Vietnam Louis O'Neill 4 6 7 Que disait Vadeboncoeur?À propos du "Canadien français et son double" jccin bouthillette (C 4:TiT:WTi PRAnCM ET son T* ! 11 c ' DOUVUE D’étape en étape, comme un parcours jalonné de distants réverbères, la prise de conscience québécoise est éclairée par quelques textes magnifiques et brefs qui lui tiennent lieu de manifestes en rappelant sur l’heure le sens profond de la démarche collective.Le Canadien français et son double de Jean Bouthillette est un ouvrage de cette importance.Il nous arrive comme à échéance, dix ans exactement après la publication de La fatigue culturelle du Canada français, où en 25 pages Hubert Aquin avait saisi l’intention essentiellement généreuse et la dimension philosophique du nationalisme qui allait marquer les années soixante.Entre l’article d’Aquin, qui a pu servir de tremplin authochtone aux jeunes théoriciens marxistes naguère réunis à Parti-Pris, et l’essai de Bouthillette, la problématique québécoise s’est singulièrement resserrée, emmêlée parfois de schèmes d’explication importés et de la terminologie tantôt pertinente tantôt gratuite qui s’ensuit fatalement.A travers la prolifération d’études fragmentaires sur la société québécoise, les textes classiques cependant .-sont encore ceux qui .procèdent d’un besoin d’expression originale pour traduire dans nos mots le vécu québécois.Il faudra bien un jour ou l’autre reconstituer la chaîne des auteurs qui de distance en distance se sont relavés à la tâche d’assurer cette continuité culturelle.Heureux signe peut-être d’une accélération de la prise de conscience, le livre de Bouthillette suit d’assez près la parution du court essai de Vadeboncoeur La dernière heure et la première et s’inscrit dans sa suite logique comme pour reprendre le fil d’un discours intérieur qui doit tôt ou tard nous mener au plus intime de la problématique québécoise.Les deux ouvrages se répondent tant par la beauté dépouillée du style que par la rigoureuse simplicité de leur propos.Que disait Vadeboncoeur?Que cette nation a pour ainsi dire perduré hors de l’Histoire comme à côté d’un engin explosif à retardement.Que l’apparente inconséquence de ce peuple si pointilleux de sa protection juridique et si peu enclin à revendiquer le pouvoir réel ne tient pas essentiellement à quelque irréalisme bonasse inscrit dans son tempérament par un caprice des dieux mais correspond très exactement à la nature particulière des événements qui ont pesé sur lui, au type de colonialisme auquel il a eu affaire et au caractère insidieusement différé de la Conquête, dont l’impact meurtrier nous atteint finalement au détour de l’ère industrielle, après deux siècles de menues agressions, de traumatismes parfois pusillanimes mais quotidiens qui ont, dans l’intervalle, considérablement affaibli notre résistance.(Curieusement, c’est l’envahisseur qui a, pour chasser l’indigène, instinctivement eu recours aux inlassables tactiques offensives d’une guérilla.Nous autres, nous croyions aux périodiques cessez-le-feu des commissions d’enquête, chaque nouvelle attaque-surprise nous trouvait dupes des avant-derniers pourparlers d’armistice.Au fond nous n’avons jamais entrevu clairement la réalité de cette lutte à mort.L’assaillant n’était guère plus conscient; il opérait partout mais avec une efficacité pour ainsi dire machinale et sans malveillance déclarée.En cela, cette double inconscience, réside le terrible malentendu de notre situation coloniale.) Le choc en retour de la Conquête nous invite brutalement à sortir de ce théâtre d’ombres.Arrachés à la sécurité de la culture paysanne, dispersés dans les villes et soudain sans recours organisé devant la triomphale omniprésence de l’occupant, nous sommes donc, collectivement, en péril et à l’heure décisive d’un choix global pour ou contre nous-mêmes.Mais qu’est-il advenu dans l’intervalle de chacun de nous?A quelle forme d’occupation secrète, à quel envahissement de son for intérieur l’homme d’ici est-il menacé de succomber?C’est sur ce drame ontologique, répercuté douloureusement en chaque Canadien français, que le livre de Bouthillette jette une lumière directe.Qui sommes-nous.Canadiens français?Il n’est pas facile de faire la synthèse d’un ouvrage aussi dense, déjà systématiquement épuré de considérations savantes, et où chaque mot porte à conséquence comme le moindre détail d’un suspense policier.Cette dernière comparaison n’est pas tout à fait hors de propos, car il y a bel et bien, dans notre histoire, une conscience coupable; et tout d’abord un être à l’identité douteuse: Qui sommes-nous.Canadiens français?, demande Bouthillette.Quand nous tentons de nous saisir comme peuple, ou de nous projeter sur le monde, une présence s'interpose.Où que nous regardions, infailliblement nous rencontrons VAutre — en l’occurence l’Anglais — dont le regard trouble notre propre regard.Dans sa perspicacité, le langage populaire a témoigné au cours de l’Histoire de nos successives mutations: D’abord Français, puis Canadiens, pour nous distinguer de l’immigrant Britannique, puis Canadiens Français (ou Canadiens français ou Canadiens-Français ou Canadiens-français.la grammaire elle-même se met spectaculairement à hésiter) lorsque l’Anglais convint à son tour de s appeler Canadien.La Constitution de 1867 nous a emprisonnés dans cette ambiguïté.La distinction réelle que la langue fonde entre nos deux peuples, la loi, d’un premier regard, l’abolit.Nous devenons tous deux simples citoyens, canadiens, égaux et sans distinction selon la loi.La citoyenneté rend l’identité canadienne non seulement commune mais uniforme: un Canadien deviept nombre interchangeable.La langue est à ses yeux pur accident de l’individu anonyme.Singulièrement le livre de Bouthillette abonde en évidences qu’une plume décidée découpe en aphorismes.Ce qui est nouveau et tellement révélateur dans cet essai, c’est la ligne pure tirée entre ces évidences.L’ouvrage épouse dès lors la forme d’un raisonnement ininterrompu et terrible, celui-là même qui a fini par abîmer l’âme nationale en l’invitant à intérioriser le regard dépersonnalisant que le Conquérant porte sur nous.Notre langue n’est plus en nous totalité mais élément isolé; nous nous saisissons à l’image décomposée que nous propose l’identité canadienne.(A la limite, nous sommes invités à nous percevoir, absurdement, comme des Canadiens- .anglais Français, comme il en existe qui sont grands, myopes ou presbytériens ou qui effectivement, peuvent se dire francophones après un séjour approprié chez Berlitz.) Refoulés a mari usque ad mare dans un no-man’s-land ontologique, nous tentons donc désespérément de recouvrer notre intégrité.Ce que nous ne pouvons faire par un rejet sain et avoué ^Ulre’ CIU1 aPr®s tout nous a fait son semblable et son égal et à qui nous ne pouvons désormais opposer que notre incompétence ou notre répugnance coupables à devenir une fois pour toutes ce qu il daigne si généreusement apercevoir en nous, c’estrà-dire: son “compatriote”.Une logique implacable referme des lors sur nousrmêmes le cercle de la culpabilité.C’est dans ce circuit que s est épuisée la conscience collective et aussi la conscience personnelle car, (puisque démultipliés en individus selon la Constitution au regard de laquelle notre nation n existe pas .) chacun de nous assume seul l’entière responsabilité de la condition canadienne-française et porte à son propre compte son poids total d’angoisse, d’humiliations et d’échecs.Aussi n’est-il question que d’en sortir, de fuir vers le royaume des cieux, vers la France héroïque de jadis, ou vers Ottawa, qu’importe .Avec une stricte et pathétique cohérence, et non, comme on l’a répété, au petit hasard de l’ignorance, de la crédulité ou de la démagogie, notre culture et notre pensée politique se sont développées, dans l’éloquence vertigineuse du nationalisme messianique ou la froide rhétorique du pan-canadianisme et de l’universalisme abstrait, comme une monstrueuse digression hors de nous-mêmes.A la longue, notre servitude a réduit notre élan vital à une simple fuite de notre propre mort.En révélant dans ses lignes essentielles la thématique de ce petit livre, je trahis son véritable propos.Le mérite et la beauté de l’ouvrage procèdent moins de sa lucidité critique que d’une intuition fulgurante de notre dignité profonde.Car, à chaque page, que parvient-il à affirmer sinon que nous existons, et que notre instinct de liberté est inaliénable?L'ombre d'un homme au pouvoir En guise de conclusion, j’ajouterai ceci: en relisant les trois auteurs que j’ai cités, j’ai bel et bien croisé une ombre: celle d’un homme au pouvoir.Ces textes le nomment ou le concernent allusivement; celui d’Aquin lui était à l’époque explicitement adressé comme une invitation à un dialogue qu’il a d’ailleurs dédaigné.Cet homme est l’incarnation même de l’ambivalence dont parle Bouthillette.A première vue il pourrait passer pour le produit exemplaire et fini de notre aliénation.Ce n’est pas précisément le cas.11 ne souffre pas à proprement parler du dédoublement culturel qui nous dresse artificiellement contre nous-mêmes.Il est double.Constitutivement; dans son hérédité, son éducation, ses allégeances émotives intimes; il est ainsi; et par conséquent parfaitement ajusté à lui-même et fidèle à ses ratines.Du moins ne veut-il rien trahir.Il apparaît donc cohérent.D où sa singulière assurance et son allure de réussite; d’où sa force, d’où la fascination qu’il a régulièrement exercée sur son entourage et le réflexe d’imitation béate qu’il commande chez des gens pourtant intelligents mais qui n’ont pas, comme lui, la grâce de pouvoir installer leur dualisme sur les mêmes assises ontologiques.La rencontre d’un homme éminemment à l’aise dans sa peau est toujours persuasive.Le pan-canadianisme est sans doute chez cet homme une expression naturelle, voire une nécessité personnelle.C’est pourquoi, quand elles sont dirigées contre lui, toutes les offensives nationalistes, même les mieux inspirées, sont en porte-à-faux.Car fondamentalement, cet homme échappe plus encore à notre problématique collective que celle-ci échappe à sa raison.Il me semble inquiétant ou pour le moins significatif qu’au moment où la conscience nationale commençait à secouer son impuissance et parlait, encore confusément peutrêtre mais distinctement, de récupérer le pouvoir, on ait, par un dangereux recours dialectique, élevé sur la scène politique un individu d’exception, comme la projection idéalisée et l’ultime représentation rituelle du drame intérieur collectif.Michèle Lalonde .5 Notre univers toxique Vous rappelez-vous?C’était en 1962, 63?La compagnie Merrell était en quelque sorte dans une période de guigne extraordinaire.Cette année-là (62), les pauvres avaient lançé sur le marché deux produits pharmacologiques sensationnels.Le Mer-29: il était censé diminuer le taux de cholestérol dans le sang.Sensationnel: finies les thrombo-embolies, finies les artères durcies; le cholestérol avait enfin trouvé une chaussure faite à son pied.La même année, à la même compagnie, on met sur le marché un hypnotique comme on n’en verra plus: le Kevadon (R).Je me rappelle: mon professeur de pharmacologie parlait du Kevadon les larmes aux yeux.Pas d’accoutumance, induction rapide du sommeil, absence de symptômes au réveil: bref l’hypnotique rêvé.La même année, on apprenait que l’emploi du Mer-29 entraînait la calvitie des usagers et que le Kevadon s’appelait thalidomide .Vous vous souvenez probablement que les Etats-Unis avaient refusé cette fameuse thalidomide: déjà, ils possédaient tout un système de grilles diverses par où devaient passer tous les produits pharmaceutiques avant d’être acceptés sur le marché.Et l’oncle Sam se glorifia longtemps de ce réseau de mailles étanches aux poisons.Je soupçonne même quelques pays moins riches d’avoir envié cette efficacité de forme préventive.L’affaire fit en tout cas suffisamment scandale pour que, partout dans le monde, on se préoccupe de la toxicité de tout nouveau médicament offert à la consommation.Dès sa découverte en industrie, la substance à l’étude doit désormais franchir une série très compliquée d’épreuves d’où une molécule sur mille environ ressort en devenant médicament.Une fois que le produit X est devenu pilule, on étudie sa toxicité chez l’homme.De telles études sur la toxicité humaine sont fort coûteuses et plus d’un pays (c’est le cas du Canada) estime n’avoir pas le moyen de mettre sur pied des centres dûment organisés pour ces études.Il s’ensuit donc que, la plupart du temps, nos gouvernements se fient aux politiques américaines et, comme les mailles du réseau préventif américain deviennent de plus en plus serrées, la sélection, en général, paraît valable.La tentation de l'indépendance Cependant, il se passe des évéaements cocasses, de temps à autres.Des soubresauts de bonnes intentions, si l’on peut dire.Le Canada veut affirmer, par-ci par-là, un peu d’autonomie en ces matières alimentaires et pharmaceutiques.C’est le cas des médicaments brevetés, des eaux minérales, des détergents, etc .Prenons le cas des médicaments brevetés.Depuis des années, le collège des pharmaciens réclame à ce sujet une vaste enquête nationale.En effet, on offre au comptoir de l’aspirine, de la phé-nacétine et des tas d’autres produits que tout bon citoyen peut consommer au gré de ses désirs.L’aspirine, en plus d’être irritante pour la paroi gastrique, est une des dragées les plus prisées des suicidaires.Il arrive souvent que la phénacé-tine impure engendre des allergies.Comment voulez-vous qu’un médecin puisse traiter une intoxication chez un enfant qui a ingurgité une pommade dont on ignore les ingrédients: car les pommades brevetées parviennent au client dans des bouteilles où l’on n’a pas à décrire les éléments de la potion-magique.La plupart des médicaments brevetés sont d’ailleurs empaquetés dans des contenants conventionnels plutôt que dans des contenants sécuritaires.Tous ces arguments sont plus que valables et il faut se féliciter de l’intérêt porté par le gouvernement à cette question.Mais le gouvernement refuse ici de faire une véritable enquête .Depuis deux mois, à raison d’une fois par semaine, il fait parvenir des directives qui, chaque fois, pansent une égratignure.Le gouvernement devrait plutôt s’occuper du vrai malaise.Il faut se demander où est la cohérence de la pensée de l’Etat sur ce sujet.Quelle est la politique de base?Vous vous souvenez sans doute du cas du DDT.L’exemple est important, car il illustre une loi fondamentale en toxicologie: la loi des deux erreurs.La première erreur consiste à rejeter un produit utile et la seconde à conserver un produit inutile ou dangereux.En Afrique, à cause de la malaria, de la fièvre jaune, etc, etc.on ne peut pas rejeter le DDT.L’été dernier, au Canada et aux USA, on s’est rendu compte que certains substituts du DDT étaient aussi toxiques que lui.Il semble, en dernière analyse, que pour tuer les mouches, il faut utiliser un vrai poison.Même la thalidomide peut être valable: on l’utilise encore chez les lépreux où elle permet d’éviter certains effets secondaires au traitement de cette maladie à l’aide des sulfamidés.On voit donc, d’une part, l’absolue nécessité d’une vigilance de tous les instants, mais pareillement, un jugement sûr pour soupeser les risques relatifs à chaque décision: car il peut être aussi dangereux d’éliminer un produit efficace à certains égards que de conserver un poison.On se demande parfois si ces décisions ne sont pas trop influencées par la publicité, par l’habitude populaire, ou même à l’occasion, par quelques préjugés.Il semble bien que les Français ou les Soviétiques ne soient pas morts des 7 parties de fluor que contiennent leurs eaux minérales.On parle même ici de la fluoration éventuelle des eaux (2 parties pour 1,000,000, cependant!) Où sont les études scientifiques qui étayent le caractère dangereux dudit fluor?En d’autres termes, sur quoi s’appuient nos politiques réelles en matière de poison?Quand on pense que des mineurs travaillent dans certains puits d’amiante au beau milieu d’une atmosphère chargée de 5,000 parties d’amiante par million de parties d’air et que le taux toxique démontré est de 20 parties d’amiante par million de parties d’air .on s’interroge en effet sur les valeurs réelles qui président à toutes ces décisions.Pourquoi le refus de l’enquête sur les médicaments brevetés?Les objections sontrelles scientifiques ou économiques?Pourquoi cette décision abrupte à propos des eaux minérales?Où est la ligne de pensée qui guide toutes ces démarches?Il semble bien qu’on vive au sein d’une démocratie houleuse qui évolue par soubresauts et impulsions, plutôt qu’au sein d’une cohérence planifiée.Jean-Yves Roy, M.D. Avant d'oublier le Vietnam Vietnam Cambodge laos / On s’habitue aux misères humaines, même à celles qui dépassent toute mesure.On ne parle plus guère du Bia-fra ou du Bengla-Desh.Quand la paix sera enfin instaurée au Vietnam, l’attention passera à autre chose.Il est donc temps de dégager de cette triste guerre les leçons qu’on en peut tirer.Surtout pour nous qui, à titre de citoyens du Canada, avons été, dans cette affaire, réduits au rôle de satellite des Etats-Unis et de fournisseurs d’armements.La périphérie d'un empire La propagande communiste dénonce souvent l’impérialisme américain.On dira que c’est parce qu’elle veut faire oublier un autre impérialisme, soviétique celui-là, et dont la Tchécoslovaquie a goûté les fruits amers.Mais les faits démontrent bien qu’il existe un impérialisme américain.La guerre du Vietnam en donne la preuve.Les tactiques de domination y apparaissent clairement: intervention militaire, collaboration avec des pouvoirs indigènes oppresseurs, pressions économiques.Le poids de cette domination perpétue le sous-développement au Sud-est asiatique, en Amérique latine et ailleurs; il neutralise largement les efforts accomplis par de nombreux organismes qui sont engagés dans des tâches de développement.Le Vietnam se situe à la périphérie de cet empire.La volonté impérialiste l’avait inscrit dans la zone d’influence américaine.Il a voulu échapper à ce sort.Il a dû, à cause de sa volonté d’indépendance, subir une odieuse occupation militaire, laquelle a revêtu l’apparence d’une lutte contre le communisme.Tout comme jadis les empires coloniaux écrasaient les indigènes au nom du progrès et de la sauvegarde de la civilisation.Le drame vietnamien demeurera dans l’histoire comme une page sombre illustrant la permanence de l’impérialisme dans un monde qui proclame l’égalité entre les nations; illustrant aussi ce que donne le recours à la force brutale camouflée sous une habile rationalisation idéologique.La dynamique néo-nationaliste La théorie de Jacques Grancimaison (voir Nationalisme et religion) sur l’importance du néo-nationalisme dans le monde moderne trouve une expression concrète dans l’énergie extraordinaire dont a fait preuve le peuple vietnamien.A l’encontre des simplifications des économistes et des partisans de la supériorité technique et militaire, la guerre du Vietnam a mis en relief l’importance et le dynamisme propre des facteurs humains et socio-culturels.Selon le calcul des ordinateurs, les Américains sont censés avoir gagné cette guerre depuis 1968.Mais l’ordinateur avait sans doute oublié, ou du moins sous-estimé les variables homme, culture, courage, soif de liberté.Il y a là une leçon que les Québécois pourront méditer avec profit.Dans ce pays de chez nous où la peur reçoit les honneurs dus à la prudence et où le sens du risque est considéré comme un vice, l’exemple vietnamien vaut un coup de cravache.Les mercenaires instruits qui nous conseillent la démission et l’avachissement sont d’une trempe humaine qui fait un peu pâle à côté de celle qui transparaît chez les paysans des rizières, qui ont encaissé patiemment, jour après jour, les terribles coups de la puissance technique américaine.Le sens évangélique des marginaux Dans une récente déclaration sur le conflit vietnamien, 70 théologiens représentant les principales dénominations chrétiennes ont dénoncé la tentative de génocide perpétré par les Etats-Unis en Indochine.Cette guerre, disent-ils, n’est plus uniquement une question de politique américaine.C’est un problème moral posé à tous les hommes.Et la déclaration continue, affirmant que si l’exemple américain n’est pas évalué et condamné par la communauté mondiale des nations, l’avenir même de la race humaine est mis en danger.Le document conclut par un aveu de péché d’omission: Nous reconnaissons, disent les auteurs, qu’une telle déclar ration de la part des théologiens accuse un long retard et que les Eglises ont manqué dans le passé à la tâche de donner au peuple chrétien une directive précise face à ce problème.Ce retard soulève une interrogation.On cherche comment expliquer que des chrétiens, si sourcilleux sur le respect de la vie quand il s’agit de permettre ou d’interdire la pilule ou l’avortement, aient semblé indifférents au fait que là-bas on massacrait quotidiennement des enfants, que des écoles et des hôpitaux étaient la cible des avions, que le napalm et les défoliants étaient d’usage courant, que les bombes à billes et à fléchettes, dont les effets de mutilation 7 sont horribles, étaient devenues chose quotidienne.En revanche, des gens dits marginaux, des incroyants, des communistes, bref publicains et courtisanes dans l’optique de beaucoup de chrétiens, ont été scandalisés.Ils ont protesté, ils ont risqué la prison parce qu’ils s’opposaient à ce massacre.On dirait que la sensibilité évangélique a suivi, dans cette affaire, un chemin insolite.Il y a là un paradoxe.Solidarité des colonisés Dans ce conflit, notre appartenance pancanadienne nous mis en désagréable situation.Ce n’est d’ailleurs pas la première fois.Le Canada, en effet, est un pays qui pratique une étrange impartialité au plan international.Dans les conflits, dans les décisions qui s’imposent en situation d’urgence, dans les confrontations qui opposent pays riches et pays pauvres, pays oppresseurs et pays opprimés, le choix de nos représentants nous range presque toujours du côté des plus forts.Le gouvernement canadien a déploré qu’il y ait guerre au Vietnam, mais il a toléré, même encouragé parfois, la vente d’armements aux Etats-Unis.Des entreprises vouées à la fabrication de matériel militaire ont reçu des subventions.Quand, à l’ONU, les pays du tiers-monde réclament des prises de position fermes contre le colonialisme, l’exploitation des peuples pauvres, l’apartheid, le Canada cherche toujours à ménager la chèvre et le chou.On dirait qu’il a conservé, comme un virus, la longue appartenance qui l’a relié, dans le passé, à un empire puissant.On voit mal le Québec subir longtemps une vocation d’appartenance à un réseau de profiteurs internationaux.Notre histoire et notre passé nous apparentent plus à ceux qui luttent pour leur libération qu’à ceux qui pratiquent l’oppression.Un des bons résultats de l’indépendance du Québec serait de nous permeC tre de nous détacher du club des nations et des groupes dominateurs pour nous rapprocher des collectivités engagées dans un processus de libération et de développement.Voilà qui nous serait beaucoup plus connaturel.Louis O'Neill Lettre oecuménique de 70 théologiens d'Amérique et d'Europe Alarmés par le bilan moral des guerres coloniales au Vietnam, au Laos et au Cambodge, et particulièrement par la tendance à la guerre des années récentes, nous adressons cette lettre à la communauté internationale des chrétiens au titre de notre responsabilité de théologiens au service des Eglises.Les ravages humains et écologiques infligés aux peuples d’Indochine par les activités militaires américaines atteindront bientôt les proportions d’un véritable génocide, comparable à l’holocauste Nazi de terrible et récente mémoire.Seulement durant les années de la première administration Nixon, la guerre a fait plus de six millions de victimes, tués, blessés ou réfugiés.Ce chiffre comprend 4.5 millions de civils tués, blessés ou privés d’un abri et 1.5 million de soldats des deux côtés tués.Plus de 40,000 civils sud-vietnamiens ont été assassinés en vertu du programme Phoenix pour l’élimination des suspects, soutenu par le CIA.La suppression de la protestation politique au Sud-Vietnam a abouti à un terrible bilan d’emprisonnement massif des civils, souvent dans des conditions déplorables.Le bilan des destructions par bombardement aérien infligées à ces petits pays sous le président Nixon est sans précédent dans l’histoire.Plus de tonnes de bombes ont été déversées sur eux que sur tous les théâtres d’opération pendant la deuxième guerre mondiale et la guerre de Corée réunies, soit, de 1968 à 1972, 4 millions de tonnes, l’équivalent d’une bombe d’Hiroshima tous les cinq jours.De vastes étendues du territoire ont été à ce point labourées de cratères, empoisonnées ou semées de mines que leur capacité de soutenir à nouveau une population est mise en cause.Les structures économiques et sociales du village se sont désintégrées, laissant le désarroi culturel et moral.L’usage d’armes destinées à empoisonner la terre et à paralyser la population civile constitue un crime de guerre en droit international.Il y a lieu de s’alarmer quand l’usage de ces techniques en vient à caractériser la politique américaine.Devant ces faits nous devons déclarer que la façon dont les Américains font la guerre en Indochine n’est plus uniquement une question de politique américaine.C’est un problème moral posé à tous les hommes.Le développement immoral de telles techniques et leur usage sans discernement contre la population civile sont devenus le principal danger moral de notre temps.Si l’exemple américain n’est pas évalué et condamné par la communauté mondiale des nations, l’avenir même de la race humaine est mis en danger.(.) A la lumière de ce bilan, nous déclarons que la présence américaine en Indochine a fait banqueroute moralement.Bien que l’électorat américain puisse avoir accepté au début le motif anti-communiste pour une intervention bien intentionnée, les fondements de la guerre elle-même s’appuient sur une décision malheureuse de continuer un contrôle colonialiste au Vietnam.La guerre ne pourra se terminer tant que cette décision ne sera pas essentiellement désavouée.(.) Reconnaissant l’erreur d’un long effort pour continuer un contrôle colonialiste sur les luttes sociales des peuples d’Indochine, nous demandons au gouvernement américain de retirer totalement les forces aériennes et terrestres, non seulement du Vietnam,^ du Laos et du Cambodge, mais aussi de Thaïlande et des mers qui entourent ces nations.C’est reconnaître pour les peuples d’Indochine le droit d’une pleine indépendance nationale et le droit de chercher eux-mêmes la solution à leurs luttes pour le développement social.Nous demandons particulièrement que toute aide extérieure pour la reconstruction de ces pays ravagés par la guerre passe par des agences internationales neutres et qu’elles n’opèrent qu’avec le consentement et sous le contrôle des gouvernements indépendants de ces nations.Nous appelons tous les chrétiens, individus et institutions, à se dissocier de la présence américaine en Indochine.Nous reconnaissons qu’une telle déclaration de la part des théologiens accuse un long retard et que les Eglises ont manqué dans le passé à la tâche de donner au peuple chrétien une direction précise face à ce problème. limiftaife il Au début de lfautomne dernier, un événement majeur a marqué la vie des Cegeps québécois: la publication d'un document de travail provenant de la Direction générale de l'enseignement collégial (DIGEC) daté du 11 septembre 1972 et intitulé Projet de régime pédagogique.Ce document dont la publication est le résultat d'une fuite, au dire même du ministre de l'Education, contient un projet de programme d'études auquel on a joint quelques mesures disciplinaires.Il a suscité beaucoup d'émoi dans les milieux de l'enseignement collégial et fait rouler une vague d'oppositions quasi unanimes.Ce phénomène de résistance à un petit document qui apparaissait sans conséquences a de quoi étonner les gens étrangers au milieu collégial.La résistance fut si vive qu'elle a obligé le ministre, à la fin novembre, après convocation d'urgence des directeurs généraux de Cegeps, à battre en retraite et à déclarer que la consultation porterait désormais non plus sur le projet du nouveau régime mais sur les problèmes que comporte l'actuel régime pédagogique.En moins de six ans d'existence donc, le cegep connaît une seconde secousse d'importance (la première, on s'en rappelle, fut la contestation^ étudiante de l'automne 1968).Et l'on s'interroge à bon droit, en divers milieux, sur la nature des problèmes qui agitent cette jeune institution née de la révolution tranquille.Quoiqu'il en soit du revirement stratégique effectué au ministère de l'Education, le projet de régime pédagogique, par le choix de valeurs et les postulats implicites qu'il véhicule, se dresse désormais comme l'un des pôles du débat qui s'amorce concernant l'orientation future du Cegep.C'est pourquoi, dans un premier article, Marie-Claire Lanctôt Bélanger expose les grandes lignes du petit document et s'efforce surtout d'en dégager les implications au demeurant fort nombreuses.Globalement, le projet de régime vient accuser les tendances déjà marquées d'une société qui ne vise par son institution scolaire que la reproduction complaisante de sa propre image.Un deuxième article, signé conjointement par Fernand Dumont et Guy Rocher, pourrait se diviser en deux parties.La première procède à un constat d'échec partiel du Cegep, en raison d'une part, de l'excès de spécialisation provoqué par l'université, et d'autre part, de la rigidité des programmes qui ne permet pas, comme l'avait recommandé la commission Parent, un véritable système d'options.La seconde partie de l'article se caractérise par l'introduction du concept nouveau de culture fondamentale opposé à celui peu ou prou signifiant de culture générale.Les auteurs tentent ensuite de traduire en termes de programmes les exigences qui découlent de ce nouveau concept.Et l'article se termine par une dénonciation vigoureuse de l'emprise de l'université sur les Cegeps.Enfin, toujours dans l'optique d'une remise en question des objectifs du Cegep, l'article de Paul Bélanger, d'allure prospective, propose une insertion du Cegep dans son milieu régional pour en faire un outil de développement démocratique.Le débat qui s'amorce donc à propos du Cegep et qui englobera rapidement tout l'enseignement post secondaire, n'est, à vrai dire qu'une émergence sectorielle d'un débat beaucoup plus vaste qui devra tôt ou tard porter sur le rapport école-société.On peut, en effet, se demander si cette institution scolaire qui détient le monopole de l'enseignement et de l'apprentissage recotb nus et officiels répond encore dans sa forme actuelle aux besoins de la société d'aujourd'hui et de demain.(Voir à ce sujet le rapport Faure, Apprendre à être, prepare sous l'égide de l'Unesco et publie au pnnr temps 1972.) Pour que le Cegep devienne un lieu véritable dfélaboration de la culture fondamentor le, d'une authentique polyvalence et d'une plus grande ouverture aux problèmes du milieu, il faut faire de l'éducation collégiale un véritable processus communautaire d'auto-éducation continue ou permanente.Dans une civilisation où la semaine de travail de quatre jours est déjà commencée, il est désormais possible de concevoir l'éducation et la culture comme des activités devant se déployer tout au long d'une vie humaine.On répondrait ainsi davantage aux besoins et intérêts des différents âges de la vie.Ceci n'arrivera toutefois qu'à la condition de désatelliser le Cegep de l'Université.L'ampleur et la complexité des questions qui touchent tant à l'évaluation qu'à la construction d'un régime pédagogique requièrent sans doute une démarche globale qui exclut toute forme de précipitation sans pour autant qu'elle nous immobilise dans un attentisme de mauvais aloi en nous interdisant d'apporter les réformes qui s'imposent.C'est pourquoi la plupart des professeurs souhaitent vivement que l'échéan cier de la révision annoncé subrepticement par le ministère de l'Education lors de la volte-face de la fin novembre soit carrément abandonné au profit d'un échéancier plus réaliste et respectueux des divers rythmes de fonctionnement locaux.De plus, la constitution d'une commission d'enquête sur l'enseignement postrsecon-daire (incluant l'enseignement universitaire), comme le préconisent Fernand Dumont et Guy Rocher, apparaît elle à beaucoup comme la mesure offrant le plus de garanties de crédibilité et de compétence.Ainsi seraient mises en place, croyons-nous, les conditions les plus favorables à l'évaluation de l'expérience des Cegeps et au renouvellement de leur définition en fonction de la cité éducative de demain.Claude Péloquin Professeur de Philosophie Cegep Bois de Boulogne 10 GLOSSAIRE: CEGEP: Collège d’enseignement général et professionnel.D.E.C.: Diplôme d’études collégiales.S’obtient à la fin du CEGEP.N.R.P.: Nouveau Régime Pédagogique.D.I.G.E.C.: Direction générale de l’enseignement collégial.Cet organisme relève du ministère de l’Education du Québec.C’est la D.I.G.E.C.qui a élaboré le projet du ,N.R.P.LEO PARE: Directeur Général actuel de Renseignement collégial.(D.I.G.E.C.) RAPPORT ROQUET: (du nom de soeur Ghislaine Roquet, ancien membre de la Commission Parent).Rapport soumis le 1er décembre 1970 et concernant les cours communs à tous les étudiants du CEGEP.Ce rapport devait lui aussi être fortement critiqué au moment de sa parution.COURS DE SERVICE: Par opposition aux cours communs à tous les étudiants, ces cours concernent la “concentration”, ou spécialisation propre aux options de tel étudiant en particulier.Les lecteurs intéressés par le débat qu’a soulevé le projet de Régime pédagogique pourront lire le prochain numéro de la revue CRITERES qui paraîtra à la mi-janvier.Ce numéro spécial comprendra plusieurs articles de spécialistes dont celui que Fernand Dumont et Guy Rocher signent conjointement dans la présente livraison de MAINTENANT.(N.D.L.R.) le/ implications du nouveau régime pédagogique PAR MARIE-CLAIRE LANCTÔT-BÉLANGER Professeur de philosophie Cegep du Vieux-Montréal Comment comprendre les soubresauts qui xmt agité dernièrement le monde scolaire, étudiants et professeurs du niveau collégial?Toutes les discussions, journées d’études, teach-in se sont déroulés autour de ce qu’il ne faudrait pas voir comme un simple événement passager: l’émission par la Direction Générale de 1 Enseignement Collégial (DIGEC) d’un petit document appelé Nouveau Régime Pédagogique (NRP).Un régime pédagogique est un ensemble de directives et de consignes qui, une fois sanctionné par le Conseil des ministres, a force de loi et détermine les conditions pédagogiques de la vie scolaire.Plus qu un fait d actualité, le NRP que la DIGEC proposait le 11 septembre 1972 (avec un échéancier progressif de mise en application) se présente comme un document dont les lignes de force annoncent des mutations culturelles ou des aggravations de tendances culturelles déjà là.On a pu croire jusqu’à maintenant que toutes les manifestations de résistance au NRP se réduisaient à des interprétations faussées ou exagérées du petit document.Ou encore que les professeurs et les étudiants se sont servis du NRP pour recommencer le cirque des contestations globales.C’est pourtant M.Léo Paré, lui-même, un de ceux qui patronnent officiellement le projet du régime pédagogique à la DIGEC, qui situe l’enjeu du débat; à travers ses propres termes se dessinent la question fondamentale des choix culturels et des modèles pédagogiques, de même que les mécanismes répressifs et l’épineuse question des rapports entre l’école et la société.Aussi esbce autant les explications ou justifications de Léo Paré (parues les 9 et 10 nov.dans le Devoir) que le document lui-même qui seront ici questionnées.Le système des crédits Ce qui se donne comme élément premier et nouveau du NRP, c’est d’abord cette transcription des cours en crédits.Un crédit est une unité de mesure qui équivaut à 45 heures d’apprentissage.La notion de credit amène une “plomberie” qui va jouer un role determinant à l’égard de la conception qu’on se fait de 1 ecoie, de ses orientations et de ses choix pédagogiques.La notion de crédit ne vient pas seule: les articles du NRP qui l’appuient parlent aussi de mesure, d activi- 11 tés d’apprentissage, d’objectifs.On se rend rapidement compte alors que cette opération de plomberie technique qu’est la transformation des cours en crédits et l’uniformisation du nombre total des crédits (1) a une toute autre portée qu’une simple transcription comptable ou une formule administrative simplifiée.11 y aurait, par exemple, beaucoup à faire pour préciser le flou de la notion d’activités d’apprentissage.Ces activités sont de trois types: cours, laboratoire, travail personnel de l’étudiant.Le temps de ces diverses activités se trouve ici mesuré, et il a partout la même valeur.On peut donc noter un premier changement: il n’y a pas que le temps sacré de la classe qui est ici évalué.Mais on peut aussi se demander s’il sera possible, à brève échéance, de diversifier assez les mécanismes d’apprentissage ou les circuits d’apprentissage pour utiliser ces trois types d’activité.D’une part, on veut par le crédit mesurer mais sans qu’on se soit préalablement assuré du côté des professeurs des possibilités de la mise en pratique de cette unité de mesure.D’autre part, le crédit mesure quoi?Le texte du NRP est vague quant il tente de dire tout ce que le crédit mesure: il mesure sans doute le temps passé dans l’une ou l’autre des activités d’apprentissage et de plus, il mesurerait aussi l’atteinte des objectifs.Mais privilégie-t-on le temps ou les objectifs?Quant à mesurer les objectifs, c’est en apparence la meilleure formule.Mais alors c’est la situation présente de la recherche par rapport au caractère mesurable des objectifs au collégial qui se prête fort peu à cette exigence.Généralement les objectifs sont de deux ordres: soit qu’ils se définissent en termes de connaissances, d’informations, de savoirs, soit qu’ils se définissent en termes de transformation intellectuelle, de travail sur les mentalités et les consciences; le premier ordre d’objectifs peut très bien être soumis à des vérifications précises, le second beaucoup moins.Quant à l’uniformisation du nombre des crédits pour l’obtention d’un DEC, sur quelle analyse des besoins, sur quelle jonction avec le monde du travail et l’université l’a-t-on justifiée?Pour plusieurs cette uniformisation ne répond, une fois encore, qu’à une exigence de simplifications administratives, sans que les besoins réels de chaque programme, de chaque discipline soient respectés.En resserrant le temps de l’école autour de l’uniformisation comptable, du mesurable, du quantifiable, on cherche à atteindre une certaine scientificité de l’éducation; on tente d’éliminer les flottements, les imprécisions, les clochardisations mythiques de l’étudiant, l’arbitraire.On redresse l’école, on accentue les tendances béhavioristes du quantifiable, du mesurable, de l’efficace.On modèle l’école sur la société technique qu’elle a charge de bien reproduire.12 L'école: instrument répressif?Dans la même ligne de mesurabilité à l’américaine qu’apporte le crédit, le NRP impose une série de mesures de contrôle visant les professeurs et les étudiants.Les étudiants L’article dix (10) du NRP permettant la réinscription en cours de session pour que les administrations locales puissent éliminer l’étudiant dont l’intention n’est pas de poursuivre ses études mais plutôt de priver l’ensemble des étudiants de leur enseignement (Léo Paré), souligne de façon assez éloquente l’appareil répressif que devient l’école.Et pour éliminer l’arbitraire, ditr on, la formule sera la même pour tous, même si cette réinscription ne mise qu’à éliminer les contestataires et les parasites.Or l’on ne peut que craindre l’arbitraire des administrations locales quand on sait comment des mesures de réinscription ont été utilisées jusqu’ici (Collège du Vieux-Montréal en ‘71 et Collège de Rosemont en ‘72 où elles ont aussi donné lieu à des injonctions gagnées par les étudiants contre les administrations) et de quelles situations graves elles ont été la solution: c’est toujours dans le cadre d’une contestation qui s’organise autour de certains leaders étudiants que le couperet de la réinscription sévit.La formule de réinscription demande alors aux étudiants de signer un nouveau pacte, un nouveau contrat avec le collège; par ce contrat l’étudiant s’engage à cesser toute activité autre que ses cours et à se soumettre bien gentiment aux règlements du collège.De plus, cette profession de foi contre laquelle se dressent habituellement professeurs et étudiants s’accompagne de listes sélectives (ou listes noires) en fonction desquelles la réinscription est organisée.De cette façon les étudiants plus criards, les chefs de file s’élimineront d’eux-mêmes puisqu’ils n’auront jamais la bassesse de signer une telle formule.Autre contrainte répressive et sélective, le resserrement du temps limite de l’étudiant: une session seulement est accordée en surplus pour arriver à boucler les crédits demandés.D’une part, on augmente considérablement la tâche quotidienne de l’étudiant à 45 heures / semaine: par exemple, l’étudiant en droit ou en lettres françaises fait actuellement près de 32 heures/ semaine, celui des techniques d’informatique et de céramique près de 41 heures / semaine.Pour quelques options techniques cependant, la tâche hebdomadaire serait diminuée: l’électronique comporte présentement près de 48 heures de travail par semaine.D’autre part, en même temps qu’on augmente les tâches hebdomadaires, on ressere le temps limite alloué pour que l’étudiant boucle le cycle de ses études et fasse la course pour l’obtention de ses crédits.(1) 60 crédits pour le général et 90 pour le professionnel, avec des contraintes spécifiques pour la distribution de ces crédits. L'étudiant n’a droit qu’à une session de surplus pour effectuer le rattrapage, reprendre les crédits qu’il n’aura pas réussis et compléter le nombre total des crédits demandés.Jusqu’ici, selon des variables propres à chaque collège, le temps limite des sessions allouées était beaucoup plus élastique.Or, les chiffres ramassés en novembre ’72 par le Front commun étudiant (2) portant sur les pourcentages d’échecs et de réussites au collégial (par exemple, moins de 25% des étudiants inscrits en électro-technique réussissent à compléter leur cours; moins de 35% des étudiants réussissent présentement à compléter leur cycle collégial dans les temps limites demandés), même s’ils n’ont pas encore reçu la sanction officielle des statistiques, n’en sont pas moins effrayants.La création des collèges publics avait entre autres objectifs celui d’une certaine démocratisation de l’enseignement devant mener d’une part, à l’augmentation de personnel spécialisé pour le marché du travail et d’autre part, à l’ouverture de l’université aux classes sociales moins favorisées.Qu’est-il advenu de cette utopie?Quelles statistiques et quel bilan viendront contredire l’université encore réservée à une élite et contredire le marché du travail stratifié en cheap labor, chômeurs et petits techniciens?S’il s’avère vrai que les mécanismes présents de sélection dans les Cegeps et les universités n’ont en rien changé les stratifications sociales, alors comment accepter le NRP qui vient encore davantage diminuer l’accessibilité à l’université et au marché du travail?Comment accepter les mesures qui visent à faire payer l’étudiant s’il ne réussit pas un certain pourcentage des crédits requis?En outre, comment accepter cette augmentation quotidienne de la tâche de l’étudiant (et rappelons-nous que cette tâche sera sans cesse mesurée) quand ce même étudiant doit aussi travailler à l’extérieur pour trouver l’argent nécessaire à ses besoins réels?Qui pourrra remplir les nouvelles exigences du NRP: faire les 45 heures / semaine de travail intellectuel pour réussir ses crédits à l’intérieur du temps limite?Seul le pourra l’étudiant qui n’aura pas besoin de travailler parallèlement à ses cours et qui bénificiera chez lui des conditions matérielles (espace, santé, livres .) essentielles pour arriver à être le bon étudiant exigé par le NRP.Comme on le voit, on n’a plus à se gargariser longuement de mots tels que école répressive et école démocratique ni à s’appesantir avec complaisance sur les mécanismes sélectifs de notre société.On n a plus à questionner longuement les visées idéologiques d un pouvoir qui prétend offrir l’éducation et la culture savante à tous mais qui, en fait, rétrécit considérablement par une série de mesures efficaces le nombre d é-tudiants pouvant passer au travers et réussir le cycle collégial.Cependant, faudra-1-il attendre longtemps encore pour que les mythes américains de la mobilité sociale et de l’école pour tous cessent de masquer la réalité troublante: l’école répressive, idéologique, sélective qui ne sert qu’à reproduire les rapports de production nécessaires au bon fonctionnement d’une société capitaliste?Les professeurs Les mécanismes répressifs du NRP qui affectent directement les professeurs visent en particulier à vérifier et à contrôler les contenus des cours.Il semble que jusqu’ ici, sauf exception, les administrations locales aient été trop empêtrées dans leurs processus administratifs pour exercer leur contrôle sur les contenus de cours.Au premier abord on pourrait interpréter les contrôles successifs prévus comme ne visant qu’à éliminer du ’corps professoral les charlatans, les fumistes, et les incompétents.A cet égard, on voit combien d’ailleurs il serait urgent de mettre sur pied des mécanismes d’évaluation des professeurs; il y va de la santé même de l’enseignement.Du côté des professeurs le problème semble toutefois énorme: les moyens ou tests dont on dispose présentement sont inadéquats; de plus, dès que certains abordent la question, ils soulèvent et se heurtent à des fantasmes de peur, d’arb.traire et à des résistances de toutes sortes.En dépit de cela, on voit bien que le lieu de l’évaluation des professeurs ne devrait être occupé que par les étudiants et les professeurs eux-mêmes.Or, comme de ce côté-là on n’arrive pas encore à préciser les objectifs et les mécanismes d’une évaluation des professeurs, la DIGEC décide, par les contrôles des contenus de cours, de commencer l’évaluation des professeurs.Le mouvement de répression qui se dessine à l’égard des étudiants nous indique de quelle nature sera le mouvement qui affectera les professeurs; on y décèle la triste figure d’inquisition qu’avait déjà la Commission Dion: délation et enquête à propos de sujets trop brûlants, trop politiques.Les produits finis que sont les étudiants qui sortent présentement des collèges (ou qui échouent prématurément dans la rue) n’ont pas l’air de satisfaire aux normes du ministre de l’Education.Quand ce n’est pas en terme de compétence qu’ils font problème, c’est en terme de bonne intégration à la société.En contrôlant avec rigidité les contenus de cours des professeurs, en soumettant chaque étape, chaque évaluation au contrôle du ministre et de son équipe de technocrates, on installe effectivement un appareil de panique qui risque d affecter, en premier lieu, les domaines des sciences humaines et de la littérature, mais qui menacera vite aussi toutes les autres disciplines.(2) François Lalonde, 1er décembre 1972 au Teacb-in organisé par la FNEQ, 13 C’est donc un vaste mouvement d’aseptisation de l’école que souhaiterait mettre en oeuvre le NRP, autant du côté des étudiants que du côté des professeurs.Aseptisation jusqu’à ce que l’école devienne propre, propre, propre.L'école: lieu de "culture générale"?Depuis le début des années 60, l’Etat, au Québec, a clairement reconnu que l’éducation était une des principales réalités de la cité, c’est-à-dire, une réalité politique.Aussi assume-t-il directement ses responsabilités en éducation, au niveau collégial, en définissant le modèle culturel qui donne un sens aux programmes d’études: c’est le régime pédagogique.(Léo Paré, les soulignés sont de nous.) Une autre dimension du NRP soulève de multiples controverses: il s’agit d’une part, de la redistribution des cours dits de formation générale et d’autre part, d’une redéfinition de ce qu’on entend par formation ou culture générale.Spécialisation ou formation générale?Dans l’actuel régime pédagogique, l’étudiant investit la majeure partie de son temps autour d’un pivot central qui est formé de son champ de spécialisation ou de concentration.(Spécialisation et concentration désignent la même réalité mais l’on utilise plus spécifiquement spécialisation pour parler de l’étudiant au professionnel, concentration pour l’étudiant du général).S’ajoutent au bloc de spécialisation ou de concentration quelques cours complémentaires et des cours obligatoires de formation générale: français, philosophie et éducation physique.La redistribution proposée par le NRP amène une baisse dans le champ de spécialité ou de concentration (baisse que l’on peut calculer dans presque tous les cas), et une hausse considérable de crédits dans ce qu’on appelle la formation générale: trente (30) crédits sont pris hors du secteur de connaissances de l’étudiant et ils sont répartis selon des contraintes différentes suivant que l’étudiant est au général ou au professionnel.Parmi ces trente crédits, il faut calculer ceux d’éducation physique (3), de français (8) et de philosophie (4), sauf pour les étudiants de philosophie et de français pour qui les crédits obligatoires sont aussi ceux de leur concentration.Derrière cette redistribution quelque peu compliquée pour le profane, on peut suivre à la trace les objectifs du NRP en se rapportant à ceux-là mêmes du défunt Rapport Roquet, dont: conserver pour chaque étudiant la possibilité de garder contact avec chacun des grands univers de connaissances et de réalisations du génie humain (Roquet, p.32).Cela évoque aussi les grands objectifs de polyvalence et d’équilibre entre la formation générale et la formation spécialisée qui inspiraient le Rapport Parent.Si tel est l’objectif de ce réaménagement des programmes, on ne peut l’évaluer qu’à partir des processus concrets et des moyens choisis pour l’atteindre.Et cela nous conduit à questionner la notion même de formation générale.Qu'est-ce que la formation générale?Si l’on regarde d’assez près les circuits de connaissances dans lesquels l’étudiant sera obligé de passer, selon le NRP, on note rapidement la diversité, la multiplicité des disciplines avec lesquelles il entrera en contact.Et c’est ici que s’établit l’adéquation entre polyvalence et multiplicité, entre formation générale et généralité.Il ne s’agit pas de trouver la solution-miracle pour bien doser et calibrer les cours de formation générale et ceux du secteur de la concentration ou de la spécialité.Mais il s’agit de s’étonner des moyens mis en oeuvre pour réaliser cette formation générale.Déjà, à la sortie du Rapport Roquet en 1970, plusieurs avaieqt relevé la définition qu’on y trouvait des cours de formation générale.Le Rapport Roquet entendait formation générale en terme de cours général d’introduction, de connaissances superficielles, d’informations; de plus il y classait toujours les cours de français et de philosophie.Le NRP entend formation et culture générales dans les mêmes termes.La culture générale du NRP ne s’obtient que par la fragmentation du savoir.La polyvalence, qui n’est plus celle du Rapport Parent, répond à l’image classique de la tête bien pleine.Formation générale est devenue information générale.Déjà notre culture américaine s’alimente de cette multiplicité d’informations, de ce tourisme intellectuel d’où la cohérence est exclue.Il y a plus grave encore.Les cours de culture générale que l’étudiant devra aller chercher dans les autres secteurs de connaissance que celui de sa concentration ou de sa spécialisation devront être reliés, en terme de cours de service, à son secteur d’origine.Il faut bien voir les deux mouvements de déconcentration-reconcentration pour , bien évaluer la dimension d’utilitarisme qu’entraîne ce réaménagement: d’une part, l’étudiant va vers l’extérieur pour y chercher les trente (30) crédits demandés; d’autre part, les contenus de ces trente crédits sont soumis au secteur de spécialité d’origine de 14 l’étudiant.Par exemple, ce ne sera pas la même physique qui sera enseignée aux étudiants de philosophie, d’arts plastiques ou de mécanique; ni la même littérature ni la même philosophie.Le savoir théorique de chaque science devient fonction de la spécialité de l’étudiant.C’est la notion de cours de service avec toute l’ambiguïté et les manipulations sur les contenus théoriques qu’elle comporte, qu’il faut ici mettre en cause.Ce qui pourrait s’avérer comme une recherche attentive d’adaptation des moyens et des méthodes pour que cesse l’aliénation intellectuelle à laquelle l’étudiant est trop souvent soumis, se présente plutôt comme un vaste mouvement de vente au rabais.L’adaptation méthodologique que l’on pourrait souhaiter devient ici adaptation idéologique appauvrissante.Ce que mettent en branle les cours de service qui constituent les cours de formation générale, c’est une série de cours utilitaires de piètre qualité où l’étudiant n’apprendra somme toute que d’autres informations nécessaires à son travail futur: sociologie de l’administration pour les futurs administrateurs, psychologie des hôpitaux pour les techniques infirmières, psychologie industrielle pour les futurs techniciens, les prix Nobel de la physique pour les étudiants en lettres, etc.Déjà beaucoup de disciplines ici et là ont réaménagé leurs contenus de cours et prévoient s’adapter aux exigences du NRP en mettant sur le marché de l’offre et de la demande une série de petits cours utiles et médiocres correspondant à chaque secteur.C’est la consécration des fascicules Alpha et Tout-Connaître ou du comment bien rédiger une lettre à un administrateur et comment bien s’adapter aux conflits ouvriers selon que l’on est travailleur ou contremaître.Mais à quel modèle culturel (selon l’expression même de Léo Paré) se rattache-t-on pour définir ainsi la culture générale?de quel classicisme ou de quel modernisme se réclame-t-on pour privilégier ainsi cet amoncellement de connaissances qui ne pourront être que superficielles, cette fragmentation institutionnalisée et cet utilitarisme de camelote que l’on appelle ici formation générale?Pourquoi nous fautril définir la culture générale par la multiplicité d’informations plutôt que par un comment savoir (opérations de recherche, d a-nalyse et de synthèse)?Pourquoi n’avoir pas su profiter d’une telle distribution des crédits pour favoriser, par exemple, les cours d’histoire du Québec?La série de questions que l’on peut poser autour de cette notion ambiguë de culture générale reste inépuisable.Il faut sans doute reconnaitre, avec Léo Paré, la nécessité d’une révision du présent régime pédagogique en partant des cours communs et des objectifs de formation générale.Mais les réponses fournies par le NRP en termes de généralité, de fractionnement et de cours de service sont inacceptables, au nom même d’un authentique modèle culturel pour le Québec.De l'effacement de la philosphie Avec le NRP deux entailles sont faites dans le statut actuel des cours de philosophie au Cegep: réduction des quatre cours obligatoires à deux seulement, et abolition du caractère commun de ces cours.Depuis que la philosophie a cessé d’être le fief d’une certaine culture classique, depuis qu’elle habite les lieux nouveaux des Cegeps, il est évident que le discours même de la philosophie a dû se transformer.Tout en continuant de plaire aux fabricants de programmes (techniciens de la DIGEC ou de la coordination provinciale de philosophie), c’estrà-dire tout en découpant ses thèmes dans un cadre proposé qui ressemble comme un frère aux manuels français (introduction, cosmologie ou vision du monde, psychologie ou conduite humaine, morale ou l’action humaine), la philosophie, de l’intérieur, a renouvelé ses méthodes, son champ propre, son discours.De plus en plus, quit> tant le terrain de l’abstraction métaphysique, la philosophie se présente comme méthode d’analyse et de synthèse, comme lecture ou décodage de la réalité.La philosophie tente de familiariser l’étudiant avec les instruments théoriques nécessaires pour une lecture et une maîtrise de la réalité.Elle vise donc — c’est son utopie — une certaine transformation de la réalité.Mais on ne transgresse pas aisément les champs clos de la métaphysique et de la morale individuelle.Cela ne se fait pas sans heurts, à tous les niveaux.Pour s’en rendre compte, on n’a qu’à lire la lettre de M.Jean Proulx, coordonnateur de la philosophie à M.Longtin, racontant une entrevue devant témoins qu’il a eue avec M.Arseneault, Directeur du Service des programmes et examens à la Digec: on peut y reconnaître l’image menaçante que l’on prête de l’extérieur (3) à la philosophie.En cessant d’être un discours oiseux, farci de généralités et de petites leçons de morale, en cessant d’habiter le lieu sacré de la métaphysique et en essayant de se donner comme méthode rigoureuse de penser, de lire et de critiquer la réalité, la philosophie cessait de jouer le rôle de substitut décadent d une cer- (3) Les raisons du changement en philosophie, invoquées par le Directeur du Service des Programmes et Examens, sont les suivantes: —en diminuant le nombre des cours de philosophie, en leur enlevant leur caractère commun, en les faisant, en partie répondre aux besoins des trois secteurs de connaissance, on se trouve à régler, pour une bonne part, le problème posé par les professeurs “contestataires” ou révolutionnaires”, qui se regroupent assez spontanément autour des 4 cours de philosophie communs et obligatov res.On contribue ainsi à solutionner un grand problème politique, qui se pose de façon aiguë dans certains EGEP.J „ , -les opérations précédentes permettent du meme coup de égler partiellement le problème du contrôle de l enseir nement qui semble échapper à la DIGEC autant qu aux ).S.P.des Collèges.15 taine catéchèse qui n’était plus acceptée dans les collèges.Mais en cessant peu à peu d’être ce substitut inoffensif, la philosophie reçoit une sanction sociale nécessaire au bon ordre et à la paix: non seulement on réduit de moitié les cours de philosophie mais on leur enlève leur caractère de cours communs.Beaucoup plus que la simple réduction, le deuxième geste est alarmant.En effet, en soumettant la philosophie au secteur de connaissance d’où vient l’étudiant, en lui donnant le caractère de cours de service, on l’aseptise.Non seulement faudra-tril fabriquer des cours de philosophie qui plairont aux clientèles des différents secteurs de connaissance, à l’aide de tous les mécanismes de marketing et de vente au rabais, mais encore peut-on prévoir que cette adaptation de la philosophie fera ressortir toutes les perversions du discours philosophique: tantôt des cours de généralités sur des thèmes alléchants (pollution, statut de la femme, la machine, etc.) tantôt de morale ou d’éthique industrielle, professionnelle (les types moraux, l’infirmière, l’administrateur, le technicien, les facilités d’adaptation au milieu.etc.) Dans l’actuel régime pédagogique, tous les étudiants, peu importe leur orientation, ont droit au même savoir théorique.Cela entraîne souvent une sorte de colonialisme intellectuel des plus forts à l’égard des plus faibles; les niveaux de langage aussi font problèmes.Dans le NRP, sous les dehors d’une adaptation méthodologique que beaucoup espéraient (un retour à un certain type de cloisonnement), se manifeste une adaptation idéologique: cours de service et cours utiles qui stratifieront selon les classes et les orientations le droit ou l’interdit au savoir théorique.On pourrait croire qu’il en est de l’effacement de la philosophie avec le NRP comme il en fut de l’effacement de la religion dans les Cegeps: les orientations culturelles des dernières années n’y feraient plus de place.On pourrait croire aussi que la philosophie était devenue trop idéologique, trop masquante par rapport à la réalité, qu’elle entretenait inutilement la diversion du théorique alors que les pratiques sociales devenaient urgentes.Mais il faut se raviser.Bien que les professeurs de philosophie soient tous des moutons qu’on prend et qui se prennent pour des loups, bien que travaillant sur la conscience, ils n’accomplissent en rien un travail révolutionnaire; on n’a qu’à écouter quelles sont les justifications de l’effacement de la philosophie dans le NRP pour s’étonner de l’image menaçante que garde la philosophie.Le glissement de sens opéré par Léo Paré: de la philosophie dans la tradition française aux humanities anglo-saxonnes, et les justifications de M.Arseneault de la Digec nous font dire que la philosophie telle qu’enseignée dans les collèges parait aux yeux de certains menacer le bon ronronnement d’une société qui ne cherche qu’à bien circonscrire et masquer les ilôts 16 criards de ses problèmes.Sans doute, appréhende-bon inutilement, une fois de plus, une montée de travailleurs intellectuellement bien armés qui exigeraient beaucoup plus au niveau de la cohérence des politiques de la part des pouvoirs publics.Sans doute, l’homme moyen, éclectique, moralisateur, soumis à l’anecdotique que vise le NRP répondra-t-il mieux aux exigences de la société: conserver un équilibre qui ne signifie rien d’autre ici que la stagnation.Conclusion: tout est encore à faire Qu’advient-il de l’école avec le NRP?Quel réseau d’interdépendance esbil urgent d’instaurer entre l’école et la société?Ce que le NRP nous a sans relâche amené à faire, au cours de cette critique, c’est questionner ce long rite d’initiation qu’est l’école, questionner le produit fini qu’est l’étudiant au sortir de l’école (et même quand il en sort prématurément).Depuis la formation des collèges publics, tous les hoquets qui ont secoué de façon intermittente le ronronnement de l’école appelaient une analyse et une évaluation de la situation.Il apparaît maintenant plus qu’urgent de les réaliser.Urgent de prendre en main concrètement les divers processus pédagogiques à l’intérieur de l’école; urgent de déceler et de dénoncer les lacunes du présent régime pédagogique pour ne pas les reproduire ni les consacrer dans un nouveau régime pédagogique.Dans la mesure où le NRP ne venait qu’accentuer les caractères implicites de nos tendances culturelles qu’un certain humanisme aveugle se refusait de regarder en face, on comprend le mouvement de rejet et d’opposition au NRP; en effet, l’ensemble du monde scolaire (autant professeurs qu’étudiants) s’est rendu compte, ces derniers mois, des maux de son système; et il refuse que ces maux deviennent critères de santé.Les technocrates de la Digec ont regardé de haut tout ce qui s’est passé durant ces derniers mois.Ils savent que le retrait stratégique du document n’est qu’un ajournement.Le NRP reviendra déguisé, légèrement modifié sans que tout son appareil répressif et son option de formation générale s’en trouvent changés toutefois.On n’a qu’à regarder tout ce qui se donne comme la dimension prospective de l’enseignement (de multi-média aux aires ouvertes) pour reconnaître les tendances bien assises du NRP.Et ce n’est pas un vague humanisme ni la nostalgie du modèle socratique qui viendront enrayer le mouvement.Ce n’est que par une prise en main de l’école, par un travail sociologique sur les rapports école-société, par des choix culturels collectivement bien marqués, bien explicités, que l’on pourra réussir à changer le réseau des implications du NRP.Tout est encore à faire.# ¦'experience de/ ceoep/: urgence d'un bilan Les débats qui ont agité le monde de l’éducation ces dernières années ont eu tendance à suivre un même modèle.Ils portent sur des problèmes relativement techniques, au sujet desquels s’affrontent le ministère de l’Education et un ou des syndicats d’enseignants, dans un langage souvent hermétique, rempli de formules dont les modes d’application et les conséquences échappent à tous ceux qui ne sont pas des spécialistes du métier.Le débat prend finalement une allure byzantine au regard du public, qui n’arrive plus à s’y intéresser parce qu’il n’y comprend plus rien.PAR FERNAND DUMONT ET GUY ROCHER Faut-il voir là un effet de l’excessive centralisation du ministère de l’Education?Pour dialoguer avec la technocratie du ministère, les syndicats d’enseignants ont mis en place leur technocratie, de sorte que nous assistons sans émotion aux savants plaidoyers de bureaucrates, armés chacun de lourds dossiers, de statistiques et de formules apparemment toutes magiques.Les négociations qui s’éternisent entre le Gouvernement du Québec et la C.E.Q.sont devenues depuis longtemps inintelligibles à la très grande majorité du public.Le même phénomène risque de se produire dans la discussion qui oppose présentement la Fédération Nationale des Enseignants du Québec (FNEQ) et le ministère de l’Education au sujet du nouveau régime pédagogique dans les Cegeps.A force de traiter d’une série de points d’inégale importance et dont les liens n’apparaissent pas clairement, les problèmes de fond finissent par nous échapper, les options fondamentales s’estompent et l’on perd de vue les perspectives d’ensemble. uigence d’un bilan Il serait regrettable que le débat suscité par le projet de régime pédagogique au sujet des Cegeps s’enlise dans les mêmes ornières.Il pourrait en effet être l’occasion d’une réflexion élargie sur l’orientation actuelle de ce nouveau type d’institution d’enseignement post>secon-daire que le Québec s’est donné depuis cinq ans.Le temps est arrivé où l’expérience accumulée et les lignes de force déjà inscrites permettent de dresser un premier bilan et de poser certaines questions en même temps que certains jugements.Pour notre part, nous n’a ons pas la prétention ni de faire une évaluation global de l’expérience du Cegep, ni de nous poser en arbitre dans le débat qui oppose la DIGEC à la FNEQ.Nous voulons plutôt, à l’occasion de ce débat, exprimer nos inquiétudes au sujet de certaines orientations actuelles des Cegeps et dire nos espoirs en même temps que nos attentes.La sur-spécialisation des études au niveau des Cegeps De toutes les questions que l’on peut soulever au sujet des Cegeps, une des plus importantes concerne le degré de spécialisation des études à ce niveau de scolarité.On a peu fait référence à ce problème dans le débat engagé autour du nouveau régime pédagogique.Nous croyons pourtant qu’il s’agit d’une question centrale dans l’évolution actuelle des Cegeps et que c’est là un des facteurs du malaise qu’on peut observer chez les étudiants.La Commission Parent, à qui l’on doit l’idée du Cegep et les premières indications sur ce qu’il pouvait être, s’était appliquée à décrire une sorte d’équilibre entre spécialisation et formation générale.Par la suite, le Comité Roquet a accordé beaucojup d’attention à cette question, même si ce n’était pas l’objet premier du mandat qu’on lui avait confié.A notre avis, l’intention originelle qu’avait la Commission Parent lorsqu’elle a recommandé la création des Cegeps, a été en partie trahie par la manière dont on l’a réalisée, notamment par l’excès de spécialisation qu’on leur a fait subir.Tel que proposé par la Commission Parent, le Cegep devait être une institution essentiellement polyvalente et extrêmement souple.On espérait ouvrir la porte des études générales et professionnelles au plus grand nombre d’étudiants possible; on voulait que les étudiants puissent se réorienter tardivement sans avoir à revenir en arrière et sans perdre trop de temps.C’est à ces fins que la’commission Parent recommandait que le Cegep ne soit pas conçu comme un ensemble de sections ou de divisions, mais plutôt comme un système d’options, susceptible de laisser chaque étudiant libre d’élaborer un programme souple correspondant à ses intérêts et à ses aptitudes.Cependant, probablement par réaction contre le mythe d’une fausse formation générale, la Commission Parent a émis l’opinion que l’étudiant de ce niveau était en mesure de se choisir une spécialité à laquelle il devait normalement consacrer le tiers de ses cours.C’est par cette porte entrouverte que l’on a fait entrer dans le Cegep les idées de concentration, de départementalisation, de profils de cours pour l’admission à l’université, de pré-requis aux pré-requis des pré-requis, entraînant ainsi le Cegep loin de l’idée de l’institution polyvalente qu’il devait être et loin du système d’options.Le Cegep s’est construit par la mis en place d’une série de canaux parmi lesquels l’étudiant doit obligatoirement choisir celui qui lui semble le plus apte à le mener là où il veut aller; ou plus souvent encore choisit-il celui qui lui paraît le moins mal approprié à ce qu’il se propose de faire.Dès son entrée au Cegep, l’étudiant est tenu de choisir sa concentration, il doit savoir quels cours celle-ci l’oblige à prendre et ce qu’elle lui permet ou lui interdit de faire en dehors d’elle.Ce régime s’allie bien à la spécialisation professionnelle que viennent chercher au Cegep une proportion croisr santé d’étudiants.Mais il risque d’avoir des effets néfastes dans le cas de ceux qui sont inscrits dans ce que l’on appelle encore, malgré tout, les études-générales.Il en résulte en effet que beaucoup d’étudiants se voient obligés de s’orienter d’une manière définitive dès le milieu du cours secondaire, c’est-à-dire dès l’âge de quinze ans.Au secondaire, ils doivent déjà faire des choix de cours en fonction de leur orientation future au Cegep, compte tenu de la faculté à laquelle ils veulent finalement parvenir.Il est évident que ce régime de sections spécialisées à l’excès et requérant déjà à l’entrée du Cegep un certain bagage de cours entraîne des inconvénients majeurs pour un bon nombre d’étudiants.Ainsi, celui qui veut changer d’orientation en cours de route, par exemple à la fin de la première année du Cegep, risque d’avoir à faire une année complète supplémentaire, parfois plus, pour suivre des cours qu’il n’avait pas choisis afin de compléter soit le programme obligatoire de sa concentration, soit le programme de cours complémentaires à la concentration.Autre inconvénient: il arrive que des étudiants ne sont pas admis dans un Cegep parce qu’ils désirent s’inscrire dans une concentration déjà saturée.Par le système de sections qu’il a créé, le Cegep devient un goulot d’étranglement dans le système scolaire, ce qui va à l’encontre de l’intention qui a présidé à sa création.Des étudiants astucieux connaissant maintenant le truc: ils s’inscrivent dans une concentration moins populaire et, une fois sur place, demandent un transfert dans la concentration à laquelle ils voulaient d’abord s’inscrire.18 Il se trouve en plus que la concentration majeure à laquelle s’inscrit l’étudiant se double de ce que l’on pourrait appeler des concentrations secondes.En dehors de sa concentration, l’étudiant n’est autorisé à choisir qu’un nombre limité de disciplines complémentaires.Un étudiant qui aurait pris un éventail de cours trop étendu et qui aurait poussé la curiosité jusqu’à vouloir explorer plusieurs univers de pensée risque de se voir refuser le D.E.C.au terme de ses études et de se faire imposer de revenir en arrière pour concentrer son programme autour de certaines disciplines.La spécialisation n’atteint donc pas seulement la concentration que l’étudiant a choisie mais aussi les disciplines connexes qu’il est invité à fréquenter.v La responsabilité des universités et des universitaires A l’occasion de la crise suscitée par le projet de régime pédagogique, presque tous ceux qui sont intervenus ont attaqué le ministère de l’Education et plus particulièrement la DIGEC.On leur a reproché le secret qui a entouré la préparation du projet pédagogique, l’absence de consultation auprès des professeurs et des étudiants, les mécanismes de répression qu’on met en place, les contraintes que professeurs et étudiants vont devoir subir, la diminution des effectifs étudiants et du nombre de professeurs qui risquent d’en résulter, etc.Si la DIGEC doit effectivement porter sa part de responsabilité, nous croyons qu’il faut aussi souligner le rôle qu’ont joué les universitaires dans l’orientation qu’ont prise les Cegeps.Dès le départ des Cegeps, les autorités du ministère de l’Education et la DIGEC ont voulu faire le point entre les études collégiales et le niveau universitaire.On voulait s’assurer que les étudiants terminant au Cegep pouvaient entrer directement dans le département, l’école ou la faculté de leur choix.Trop heureux, les universitaires ont saisi cette occasion pour dresser toute une série d’exigences à l’entrée de chacune de leurs facultés ou de leurs départements.L’université s’est facilité?la tâche en imposant au reste du système scolaire ses normes et ses critères pour l’admission des étudiants.Mais ce faisant, l’université a pesé de tout son poids sur le Cegep et même par-delà le Cegep sur l’école secondaire.Par formation et peutrêtre par déformation, les universitaires ont une vue très spécialisée du monde et du monde du travail, et finalement aussi du monde de l’enseignement.Ils ont tendance à croire que la formation la plus parfaite est nécessairement celle de spécialiste, et que celui qui trouve le mieux à s’employer sur le marché du travail est l’expert qui a concentré toute sa formation dans une discipline précise donnée.Cette mentalité de spécialisation a une certaine légitimité dans le cadre de l’université, bien qu’elle risque aussi d’y être passablement dangereuse.Elle devient une vue abstraite de la société et de l’homme lorsqu’on la projette au-delà de l’université.C’est ce qui s’est produit dans la formation des Cegeps, qui en portent encore les conséquences.Il faut libérer les Cegeps des exigences des universités.Il faut que celle-ci en viennent à accepter d’être librement et largement ouvertes à tous les étudiants, quelque soit leur formation antérieure.H y a une large part de mythologie dans la croyance à la préparation nécessaire à tel ou tel département ou telle ou telle faculté universitaire.Cette mythologie a d’ailleurs eu une fonction sociale importante: elle a protégé le système de caste qui s’est organisé autour des professions traditionnelles aussi bien qu’autour des nouvelles professions issues de l’université.Il importe aujourd’hui de briser cette mythologie et de ramener le débat à ses véritables proportions.Il y a en vérité très peu de disciplines universitaires qui requièrent une aussi longue préparation antérieure que celle que l’on impose en ce moment.Aussi longtemps qu’on n’aura pas accepté ce fait, on continuera à faire peser sur les élèves de l’école secondaire et des Cegeps d’inutiles contraintes dans le choix de leurs options, aux dépens non pas de laculture générale mais de la large formation générale que l’on a souhaité à l’origine des Cegeps.La défunte culture générale Pour tout dire, et de la manière la plus abrupte, c’est l’appellation même de culture générale qu’il faudrait définitivement abolir.On s’étonne que les documents officiels, pourtant récents, l’aient conservée.Héritage sans doute d’une culture plus ancienne qui, ayant oublié aujourd’hui ses inspirations cachées, en garde néanmoins les notions et les mots.Il s’agit peut-être d’un héritage dégradé du collège classique: un corpus des bonnes notions que tout homme devrait posséder.On nous disait, en notre jeunesse, que c’était la base de nos savoirs à venir.La culture générale conçue comme base avait alors un sens parce que, par les autorités ou les idéologies, notre société se concevait comme cohérente.La culture moderne, bien avant que les hommes de notre âge aient accédé au cours classique n’était déjà plus un édifice dont on puisse discerner concrètement les fondations.Ce serait une enquête édifiante à mener que de demander à un échantillon de professionnels, d’ouvriers, de cultivateurs.et de fonctionnaires ce qu’ils entendent par culture générale.On ajouterait surtout des hésitations à des silences.Pourquoi alors l’inscrire dans des structures et des textes officiels?L’appellation n’a d’intérêt que par les ambiguïtés qu’elle révèle quant à l’ensemble de l’entreprise scolaire. uigence réal grâce au vote anglophone.Ces faits montrent bien le peu d’attrait que ce parti représente pour les Québécois de angue française.Bien des mois avant la campagne électorale, des sondages avaient annoncé cet affaissement du parti dans les circonscriptions non-montréalaises.La campagne s’est avérée incapable de modifier cette tendance.23 24 Ti 2â Tableau 5 — Résultats de l’élection de 1972 dans les 25 circonscriptions de Montréal (en %) 25 PL PC CS NPD Abst 21 j 01 B Montréal-Ouest l\ ] Vaudreuil 54 23 9 7 22 Æ | Lachine 58 25 8 9 17 25 j Dollard 67 17 14 22 01 1 Mt-Royal 81 10 1 7 20 •il • N.D.G .68 20 11 22 28 Outremont .65 9 4 16 31 Westmount .60 27 13 28 Lasalle .61 15 13 11 30 311 Verdun .61 22 10 7 31 j Montréal-Nord Laval .59 13 15 12 28 28 j Duvernay .50 17 21 12 26 13 Ahuntsic .54 16 12 17 28 Bourassa .52 18 21 9 33 30 Mtl Centre-Est 1 3ô ] StrDenis .64 14 15 28 3ô Papineau .53 15 20 11 34 StrMichel .49 14 18 9 33 30! Laurier .53 16 18 11 33 3! Lafontaine .48 22 18 12 35 53 Mercier .47 19 24 10 34 25! Mtl Sud-Est St-Jacques .56 20 11 10 40 20 Ste-Marie .35 35 16 7 39 Hochelaga .44 25 18 36 Trn& Maisonneuve.45 22 19 13 35 Gamelin .52 17 18 13 30 Str Henri .38 14 11 6 37 llai^ L'incroyable victoire du Crédit Social Quels que soient les critères utilisés, l’ampleur de la victoire créditiste ressort clairement et ce qui la particularise c’est qu’elle ne s’exprime pas par le simple renforcement des fiefs mais bien par une extension considérable du territoire créditiste vers des régions qui jusqu’à maintenant donnaient peu d’appui à ce parti, du moins depuis les élections de 1963.De ce point de vue l’appui reçu par le Crédit social dans le Bas du Fleuve et la Gaspésie est aussi étonnant et important, bien que de manière différente, que celui qu’il a obtenu dans la région montréalaise.Presque partout en province le C.S.est devenu le deuxième parti et souvent avec un appui considérable.En province, le C.S.ne descend à moins de 30% que dans 21 circonscriptions sur 49 alors que le P.C.lui, ne parvient pas à franchir le cap des 20% dans 32 circonscriptions.C’est donc une extension considérable que ce parti a connue, depuis son aire d’implantation jusqu’au coeur de Montréal où il arrive à dépasser parfois confortablement le N.P.D.notamment dans les circonscription du nord de la métropole et de l’est de Plie de Montréal.Le recul du Parti Libéral ne peut pas véritablement étonner.Il était déjà inscrit dans la situation du parti issue des élections de 1968, à Montréal tout au moins.Il ne peut pas non plus étonner quand on songe aux politiques du gouvernement Trudeau.Le recul du P.C.ne peut pas étonner non plus si on tient compte du fait que ce parti qui n’a pas pu ou n’a pas su se bâtir une solide organisation, capable de quelque permanence, ne pouvait plus compter sur l’aide de la machine de l’U.N.Les coups durs subis par l’U.N.se sont sans doute répercutés sur le P.C.La victoire du C.S., elle, étonne.Elle soulève aussi quelques interrogations.Quel que soit l’appui qu’aient donné dans certaines circonscriptions de province, des militants et des électeurs péquistes au C.S., il ne peut être sérieusement mis en doute que le C.S.a su capter à nouveau la protestation de nombreux électeurs mécontents et inquiets de tous les bouleversements vécus par le Québec depuis plus de dix ans.Il serait dangereux d’oublier ce fait ou de chercher à le mer.Par contre, on est en droit de douter de la complète authenticité du vote crédi-tiste dans les circonscriptions de la région métropolitaine.On peut raisonnablement penser que bien des électeurs péquistes ont prétéré, plutôt que de s’abstenir ou encore de voter N.P.D., donner leur vote au C.S.C’est un tait que le C.S.a obtenu d’excellents résultats sur l’ensemble du territoire péquiste.C’est un fait aussi que là où il n’y avait pas de candidat du Crédit Social et là où un vote péquiste important avait été donné comme dans Outremont et Hochelaga, le N.P.D.a obtenu un meilleur résultat quand ce n’est pas un candidat indépendant qui connaissait un appui relativement fort.Enfin, c’est dans les circonscriptions du sud-est de Montréal, massivement françaises et plus modestes, que l’on aurait pu attendre un vote de protestation en faveur du C.S.Ce parti a pourtant obtenu souvent moins dans ces circonscriptions que dans les circonscriptions beaucoup plus aisées (comment ne pas s’étonner de voir 21% des gens donner leur appui à ce parti comme dans Duvernay et Bourassa ou encore 24% comme dans Mercier!) Il se peut donc que le vote donné au C.S.dans la région métropolitaine n’ait pas la même nature que celui donné à ce même parti ailleurs au Québec et qu’ainsi l’avance du C.S.à Montréal soit plus marginale que ne le suggèrent les résultats.Une telle hypothèse ne doit cependant pas amener à penser que ce parti n’a pas trouver d’écho réel chez les Montréalais.Il y a eu probablement progression nette de ce parti sans que l’on puisse l’évaluer avec justesse.Mais ce dont il faut se souvenir c’est que ce parti est devenu une grande force en dehors de Montréal, que l’imbrication des organisations fédérale et provinciale est très grande et a joué un rôle non négligeable dans cette victoire.Il faut surtout se souvenir que ce parti a réussi à rassembler en 1972 un nombre d’électeurs proche de celui recueilli par le P.Q.en 1970 et cela, à l’occasion d’une élection où le taux d’abstention fut beaucoup plus élevé.Il s’est produit là quelque chose d’extrêmement important et qui laisse ouvertes bien des interrogations en ce qui concerne l’évolution future des forces politiques au Québec.Le piétinement du N.P.D.Le caractère marginal du N.P.D.ne s’est pas modifié à cette élection, il s’est peut-être même accru.Ce parti n a pas su retrouver l’électorat anglophone qui fut le sien en 1965, ni l’électorat francophone qu’il avait commencé alors à développer, notamment en 1968 par suite du travail magnifique d’un Robert Cliche.Démuni d’une organisation permanente valable, privé de la caution officielle et efficace du P.Q., tiraille idéologiquement, coincé entre le Québec et le Canada, ne pouvant compter sur un appui intense du parti fédéral, le N.P.D.Québec avait certainement, de tous les partis, le défi le plus lourd à relever.S il n’y a pas totalement réussi le parti a su encore une fois rallier des candidats souvent très intéressants et continuer le/cfutifi fédéral avec entêtement son travail d’implantation, particulièrement en milieu populaire canadien-français.Cet effort n’a pas été complètement inutile.Si les résultats obtenus dans Lafontaine, dans Hochelaga, dans Maisonneuve n’ont pas rencontré les espérances, ils ne sont pas sans intérêts.Dans la mesure où ce parti a présenté un programme fortement axé sur les problèmes économiques et sociaux dans la perspective d’une option socialiste, l’appui reçu confirme l’existence d’une gauche au sein de la population ouvrière de l’est de Montréal, une gauche qui est aussi présente a l’intérieur du P.Q.Toutefois, je ne crois pas que cet appui en indique les limites.Abstention et annulation de bulletins Mis à p t le vote donné au C.S., la réelle surprise de cette élection est sans doute la nature de l’abstention à Montréal.Contrairement à ce que l’on aurait pu s’attendre, il y a moins de circonscriptions où l’abstention s’est accrue qu’il n’y en a où elle s’est maintenue ou atténuée.Par contre, en province, l’abstention s’est accrue dans la mjorité des circonscriptions mais rarement de manière très considérable.Même incomplets, les résultats en ce qui concerne l’abstention montrent que les bulletins annulés n’ont certainement pas joué un rôle déterminant ou même important, ce qui ne veut pas dire qu’il ait été négligeable.Ils montrent aussi cependant que les électeurs québécois, même à l’occasion d’une élection féd^ raie dramatisée, continuent à ne pas y prêter la même attention qu’à une élection provinciale.30% d’abstentions demeure en effet un taux élevé chez les électeurs non-montréalais.Nous le mentionnions, c’est à Montréal qu’est la véritable surprise.Les résultats y sont presqu’à l’opposé de ce que l’on pouvait attendre.Alors qu’aux élections passées, les circonscriptions francophones de l’est de Montréal avaient tendance à s’abstenir plus fortement que celles de l’ouest de Montréal et d’autant plus fortement qu’elles étaient de condition financière plus modeste, l’élection de 1972 révèle une hausse de l’abstention dans les circonscriptions de l’ouest tandis que les circonscriptions du centre-est et du sud-est connaissent une baisse de l’abstention.Bien que l’abstention demeure globalement plus élevée dans l’est de Montréal, il n’en reste pas moins que l’écart qui séparait les niveaux d’abstentions des deux communautés sociales et culturel- les de Montréal semble s’être atténué par suite du double mouvement en sens contraire qui s’est produit à la dernière élection.Une comparaison du nombre d’inscrits en 1968 et en 1972 dans chacune des circonscriptions montre que dans plusieurs circonscriptions du sud et du centre-est de Montréal le nombre d’inscrits a diminué alors que par suite de la reconnaissance du droit de vote à 18 ans ce nombre aurait dû s’accroître.Il semble aussi que dans d’autres circonscriptions l’augmentation ait été plus faible que celle prévue.On peut donc retenir l’hypothèse que certains électeurs ont préféré ne pas s’inscrire plutôt que de s’abstenir d’aller voter par la suite.Nous n’avons pas suffisamment de données présentement pour pouvoir évaluer la fréquence d’un tel geste ni son influence mais nous sommes portés à croire que même valable une telle hypothèse ne peut expliquer à elle seule ou la diminution ou la stabilisation de l’abstention en milieu francophone de Montréal.La présence du N.P.D., l’effort déployé par le C.S., la campagne de certains candidats indépendants ont peut-être fait que cette fois de nombreux électeurs ont préféré exprimer par leur vote leur pro testation.Nul doute aussi que les choix stratégiques du P.Q.ont dü produire leurs effets.Quoiqu’il en soit, il y a ici un problème d’importance qu’il faudra parvenir à expliquer.Où en est la polarisation des forces?Il semblait au cours des dernières élections fédérales et provinciales se développer une double polarisation, à Montréal en particulier.Au niveau fédéral; deux tendances s’affrontaient: celle du P.L.à dépendre de plus en plus de l’électorat anglophone et celle des francophones à s’abstenir de plus en plus.Au niveau provincial, il y avait l’opposition entre le P.L.et le P.Q., le premier lié aussi au milieu anglophone cependant que le deuxième s’identifiait essentiellement au milieu canadien-français.Nous avons montré dans l’analyse de l’élection de 1968 les liens entre ces deux polarisa-ions.(Maintenant, no.119, octobre 1972).Les résultats de l’élection fédérale de 1972 semblent remettre en question cette polarisation dans la mesure où le groupe anglophone a partagé son appui entre le P.L.et le P.C.(le premier demeurant le choix le plus fréquent), et dans la mesure où le groupe francophone a divisé encore plus ses choix, cette fois-ci.Il n’est pas impossible que cette accentuation de la division du groupe rrancophone recouvre une réalité inchangée.Il est possible aussi que la masse des électeurs péquistes, en l’absence d’une politique nette de leur parti, ait exprimé de toutes sortes de manières leur volonté.Dès lors la polarisation ne se serait atténuée qu’en apparence et que pour un temps.C’est là une autre interrogation soulevée par cette élection et qui demeure aussi, pour le moment, sans réponse nette.Les résultats dans les circonscriptions de l’extérieur de Montréal soulèvent aussi des questions d’importance par rapport aux prochaines élections fédérales et provinciales.Jusqu’à maintenant aucun parti ne semblait pouvoir parvenir à opposer au P.L.une force suffisante.L’élection de 1972 laisse croire que le C.S.pourrait être cette force.Etant donné les liens assez étroits entre le C.S.et le R.C.cela pose le problème de l’impact du Crédit social sur la prochaine élection provinciale.Il faut en effet se souvenir qu’au provincial aucun parti ne semblait pouvoir devenir à l’échelle de la province une opposition menaçant au P.L.Q.L’affaissement de l’Union Nationale, et le piétinement du P.Q.aux portes du territoire créditiste ne paraissent pas permettre à ces partis de devenir à court terme cette force.Du moins pas facilement.Le fait qu’à cette dernière élection fédérale le C.S.ait été capable de déborder son territoire d’origine pour rejoindre la région de Montréal et celle du Bas St-Laurent et de la Gaspésie tout en augmentant son emprise sur ses fiefs nous force à retenir l’hypothèse d’une avance possible du R.C.Ce dernier a pour lui l’image rassurante du parti qui veut défendre un monde en voie, semble-t-il, de disparition ou, à tout le moins, qui veut ralentir le rythme du changement de ce monde.Le P.Q.a justement l’image inverse.Dans le climat d’inquiétude actuel le premier est certainement favorisé.Pourtant, il demeure fort difficile de tirer du scrutin du 30 octobre la moindre évaluation de la force du P.Q.Les perspectives d’avnir revelees par cette élection ne sont donc pas des plus nettes ni des plus rassurantes.Peut-être la prochaine élection fédérale permettra-t-elle de mieux évaluer le poids exact des tendances qui se sont manifestées lors de celle d’octobre 1972.Pourtant dans la mesure où l’ambiguïté des résultats tient pour une large part à la perplexité qui habite actuellement les Québécois et à leurs contradictions, il n’est pas dit que les résultats de la prochaine élection exprimeront des choix beaucoup plus nets, surtout si les partis politiques fédéraux et provinciaux continuent à éviter l’ensemble des problèmes qui nous assaillent.A connaissance île I un Canadien à l'avant-garde d'une lutte mondiale Le docteur André Boudreau, directeur général de l’Office de la Prévention et du Traitement, de l’Alcoolisme et des autres Toxicomanies (OPTAT), a conçu son livre comme une véritable encyclopédie où chacun peut puiser les notions de base indispensables.Au-delà des toxicomanes invétérés, au-delà de cette part de la jeunesse qui se livre aux stupéfiants, il y a les utilisateurs des drogues socialement admises alcool, tabac, médicaments.Il y a surtout les états jadis considérés comme maladifs et qui sont aujourd’hui sources d’un certain orgueil : la fatigue, la dépression.Ce livre s’adresse à ceux qui veulent rester conscients.ir .- • ! , •• \ 5 * ' ¦ > ¦ i ¦.k ' *¦ ' i .• ¦ •¦¦w.y.'&MW.-*-'-'-***- ' h t marabout 6 .EN VENTE PARTOUT A PRIX POPULAIRES A DECOUPER ET A RENVOYER A : KASAN Ltée-226 Est, Ch.Colomb, QUEBEC 2 (P.Q.} ^ SI VOUS NE TROUVEZ PAS EN LIBRAIRIE certains livres, commandez-les par cheque ou mandat-poste, en joignant ce bon soigneusement complété : O Accoucher sans douleur (Comment), Dr F.W.GOODRICH $ 2.35 O Cycle menstruel (mieux comprendre votre), Dr K.DALTON $ 1.95 O Dépression (Victoire sur la), Dr L.CAMMER .$ 2.75 O Diététique (Le guide de la), Dr E.G.PEETERS .$ 2.90 NOM ADRESSE O Médecine (Le dictionnaire Marabout de la) \ flî O Pilule (Les effets Psycho'og1^6® d® r R BAUD » 2„35 O Sept âges de la femme (Les), Dr E.PARKER s , g0 O Soigner et éduquer son enfant (Comment).Dr B.SPOCK $ 2.90 VILLE Mj - - 6546-1P9 bureau DEPOT legal ribl.nationale 1700 RUE ST-DENIS — K ! T- r A 1 1?Q, qUE.Lis-donc QUÉBEC-PRESSE dimanche.J
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