Maintenant, 1 août 1973, Août
pEa M-154 - , * .»• • • .V **.nU •Cs :'xmw s Dans les pays latins,, les enfants ne sont que de petits candidats au métier d’homme.Le présent ne compte pas; les premières années n’ont pas de valeur en elles-mêmes, elles ne sont utiles que comme préparation.Chez les Nordiques Elle possède , une valeur stable.Bref, pour les Latins, les enfants n’ont jamais été que de futurs hommes; les Nordiques ont mieux compris cette vérité plus vraie, que les hommes ne sont que d’anciens enfants.Paul Hazard une valeur en S( V W ¦ ¦¦: ' • 4 V i a^£«âis (D (n 00 7 ID (D Le magazine québécois d'information scientifique.Une publication de l'université du Québec.Dans le numéro spécial d'été : Ce bruit qui rend fou .Pourquoi de toute urgence il faut se protéger du vacarme qui est le lot des pays riches.Le Canada de l'an 2000 : les divers scénarios de développement prévus par le gouvernement fédéral ne pêchent pas tous par excès d'optimisme.Entrevue de Pierre Dansereau Sous prétexte de créer des emplois faut-il se laisser polluer par l'argent et par l'huile.En vente dans les kiosques .75 le numéro Abonnement à 10 numéros (1 an) $5.00 Etudiants $3.50 Soutien $10.00 C.P.250, Sillery, Québec 6, Québec.Tél.: Québec, 657-2435.c m c co ^ w -U O £ o -T :: I Louis d %ui{ bonite ?e-£> Al- sommaire août/ septembre 1973 numéro 128 L'enfant, ses droits et son milieu Revue mensuelle publiée par LES EDITIONS MAINTENANT INC.Siège social: 775 bout.Le-beau, Montréal.DIRECTEUR-FONDATEUR: 1962-1965 Henri Bradet DIRECTEUR: 1965-1972 Vincent Harvey DIRECTRICE: Hélène Pelletier-Baillargeon SECRETAIRE DE REDACTION: Laurent Dupont COMITE DE REDACTION: Robert Boily, Guy Bourassa.Serge Carlos, André D'Allemagne.Fernand Dumont.Laurent Dupont.Richard Gay.Jacques Grand'Maison.Michèle Lalonde, Jacques-Yvan Morin.Louis O'Neill, Hélène Pelletier-Baillargeon.Guy Rocher, Claude Saint-Laurent, Pierre Vadebon-coeur, Jean-Yves Roy ADMINISTRATION: Yves Gosselin SECRETAIRE ADMINISTRATIVE: Madeleine Desrosiers CONCEPTION GRAPHIQUE: Louis Charpentier ILLUSTRATIONS': Claude Poirier et Serge Wilson IMPRESSION: Imprimerie Montréal Offset Inc.DISTRIBUTION: Les Messageries Dynamiques Inc.(514) 384-6401 CONDITIONS D'ABONNEMENT: Abonnement d'un an $7.00 Abonnement d'étudiant $5.00 Abonnement de soutien $10.00 N.B.Les abonnements ne sont enregistrés qu'au reçu du versement.Résidence du Secrétaire: 2765 Chemin de la Côte Ste-Catherine Montréal 250, Québec (514) 739-2758 Courrier de la deuxième classe Enregistrement no 1419 Liminaire Jean-Yves Roy "Ce n'est pas chez nous, ici.témoignages recueillis par Renée Rowan Faire place à l'enfant Jean-Yves Roy L'enfant.la loi Marcel Trahan Droit des parents ou des enfants?Monique P.Dubreuil L'enfant qu'on maltraite: une maladie sociale Michel Guay Le placement d'enfants, c'est l'affaire dequi?Marie-Reine Lepage Le projet de loi 65: on a escamoté la prévention Marc Bélanger et Pierre Poupart Des droits fondamentaux pour une société civilisée Maurice Champagne Société de demain, responsabilités d'aujourd'hui Alice Parizeau 4 6 9 14 17 19 22 26 28 32 Üll l'enfonl /«/ dioil/ /on milieu w L.' Ep^S ¦:-r ¦,¦:¦ ss&tii&tewï.'4*»Jeo(Vo>A^" :A'rttW\NVyi*ÀV; Suv«ÿ* Photo de Michel Régnier dans 'Québec, une autre Amérique" Ce serait trop simple, si la naissance de l’enfant ne signifiait que le bonheur et l’espérance: trop simple et en opposition avec la nature humaine faite de contradictions et d’ambivalences.En fait, l’enfant qui naît prédit l’avenir mais signe aussi l’ère traversée.Et on l’accueille dans un mélange de nostalgie et d’enchantement.On triomphe tout en pressentant bien la venue du déclin.« Car la vie de l’enfant, à mesure qu’elle se manifeste, appelle l’effacement de l’adulte.Et l’adulte a peine, quelquefois, à accepter que sa plus grande utilité consiste à devenir peu à peu inutile.Pourtant, c’est de cette discrétion des grands que dépend l’épanouissement de l’enfant, de leur ingéniosité à lui faire place.Son développement repose essentiellement sur la qualité des relations qu’on lui propose.Cette interrelation entre l’enfant et son milieu nous a paru fondamentale: en fait, elle constitue le commun dénominateur des articles ici rassemblés.Et il a paru à nos collaborateurs qu’en coupant une réflexion sur l’enfant d’une réflexion sur sa famille ou sa société, ils auraient procédé de façon artificielle, commis une odieuse abstraction.On pourra reprocher aux textes ici réunis de s’être trop portés sur les malheurs de l’enfance.Nulle part, par contre, aurions-nous pu compter sur une épidémiologie du bonheur.Chez les gens heureux, la mécanique émotionnelle demeure imperceptible, tant elle est bien rodée.Ce n’est qu’au contact d’une éducation déficiente, à laquelle il manque certains assaisonnements, que l’on peut le mieux se rendre compte de la saveur que ces mêmes assaisonnements ajoutaient, par leur présence ailleurs, à l’harmonie d’une maisonnée.La famille Jusqu’à ce jour, c’est à la seule famille que notre société a reconnu la compétence d’éduquer les enfants.Et la société ne compte guère intervenir dans cette entreprise que par un exercice discutable du pouvoir judiciaire.Le juge Tra- 4 han, en effet, s’interroge sur le lieu du rapprochement entre l'enfant et la loi.Les seules mesures judiciaires en raison de leur nature palliative ne satisfont plus.Certains, dont Marc Bélanger et Pierre Poupart, estiment qu’on a escamoté la prévention, qu’il faut venir en aide et de façon prophylactique, à cette famille en pleine crise.En effet, la famille nouvelle est en panne.D’abord, sur le seul plan de l’éducation, on lui pose une somme d’exigences tellement extravagantes que nombre de parents — et parmi les mieux pourvus — se sentent essouflés, limitent volontairement leur descendance.Pourtant, cette tâche est identique pour tous.Quelquefois, on se demande comment certains parents parviennent à éduquer les leurs.On se demande même, à l’instar de Maurice Champagne, s’il est possible d'apprendre le droit à l'amour.D’autre part, la famille nouvelle essaie aussi de tracer la voie à un nouveau mode de vie.Les parents d’aujourd’hui sont conscients de leurs devoirs, certes, mais ils songent également à leur épanouissement propre.Des mariages en “dysharmonie” s’interrompent; la femme travaille; chacun des conjoints se préoccupe de son émancipation.Mais les enfants?Souvent, il faut imaginer les solutions, inventer les règles et les points de repère qui garantiront au souffle éducateur une certaine continuité.On ne saisit pas toujours très clairement les éléments qui pourraient soutenir un geste éducateur qui, en principe, doit se poursuivre jusqu’au bout.Ce sont là, pour la société de demain, ses responsabilités d'aujourd'hui, comme le suggère Alice Parizeau.Il est aisé de s’amouracher, moins facile de soutenir une relation pendant 20 ans.Surtout si, au bout de ces vingt années, l’enfant devenu grand se détache d’autant plus aisément de vous que vous l’avez laissé devenir lui.Ce défi, déjà immense avec ses enfants à soi, se pose en termes plus ambigus lorsqu’il s’agit d’enfants “qu’on a eu la générosité d’adopter” ou, d’enfants “qu’on a sorti de leur marasme” pour les prendre en foyer.Marie-Reine Lepage pose la question: les placements d'enfants, c’est la responsabilité de qui?Quant à Renée Rowan, elle a voulu que des adolescents témoignent de ce qu’ils avaient vécu dans ces foyers.C’est triste quand un enfant vous dit “Chez nous, je ne sais pas ce que c’est.” et la société Comme il y avait tout intérêt à considérer l’enfant en rapport avec sa famille, de même, il y avait lieu de considérer la famille dans son insertion sociale.En effet, pour transmettre des valeurs à ses enfants, la famille puise largement dans la culture ambiante.On n’invente pas vraiment de nouveaux modèles de maternité ou de paternité: on modifie imperceptiblement les prototypes traditionnels; chacun à sa façon, on intègre les modes de pensée contemporains; on tient compte d’un vécu qui nous est individuel; quotidiennement, cette démarche tient davantage du tâtonnement que de la mise en oeuvre d’un projet.Et ce n’est qu’au bout de l’aventure que l’on constate la création d’un prototype nouveau.Tout au long de l’itinéraire, il aura fallu éviter des pièges, se garder des préjugés; en certains cas, on aura échoué; ailleurs, on sera parvenu à un certain succès.Tantôt la collectivité aura favorisé un certain affranchissement; sur d’autres plans, elle aura laissé se commettre des erreurs.Et ce jeu se poursuivra .pour d’autres: ceux qui nous suivent.Mais on espère .on souhaite que les acquis d’aujourd’hui leur facilitent la tâche, quand arrivera leur tour.Lorsque Michel Guay déclare que l'enfant maltraité constitue une maladie sociale, on peut être enclin à l’accuser de pessimisme.On se dit qu’il se dévoue pour des cas d’exception.Pourtant, en remontant le fil des causalités, on perçoit facilement que le parent qui a manqué d’amour donne mal de cet amour à ses enfants.On devine bien que l’éducateur est à la croisée d’une histoire personnelle et d’un ensemble de paradoxes sociaux: son rôle, c’est d’inventer l’issue en dépit de l’impasse apparente.Réfléchir sur le sujet de l’enfant, c’est un peu résumer la société.Jean-Yves Roy 5 Témoignages recueillis par Renée Rowan journaliste au Devoir /w JEANNE: 23 ans, mariée depuis deux ans, aujourd’hui “mère substitut” pour sa soeur âgée de 18 ans.Placée en foyer nourricier pour la première fois à l’âge de 7 ans.Trois placements différents: le plus long fut d’une durée de 8 ans.—Même si je n’étais qu’une enfant, je me rappelle de mon premier placement comme si c’était hier.C’est quelque chose qui ne s’oublie pas.Tu restes marquée pour la vie.Ma petite soeur n’avait pas encore ses trois ans; mon frère était un peu plus âgé que moi.On nous a placé tous les trois dans une famille qui habitait non loin de nous.Ce que je n’ai pas aimé, c’est que ces gens connaissaient mes parents.L’accueil a été froid.J’aurais préféré que ce soit des étrangers: il y aurait eu moins de malentendus.‘b-L&g/mtJ; Cjua/Z' Il y a au Québec 24,000 enfants placés en foyers nourriciers.De ce nombre, 8,000 changent de “parents substituts”presqu’aussi souvent qu’ils passent d’une classe à l’autre à l’école.Le cas de Michel — il a connu 15 placements en 16 ans — n’est pas unique.Chaque fois, ces jeunes ressortent de l’expérience un peu meurtris, un peu plus marqués.Il nous a semblé impensable de constituer un dossier sur les foyers nourriciers sans donner la parole aux usagers eux-mêmes.Ce n’était que justice; on ne peut ignorer leurs réactions même si elles sont chargées de beaucoup d’émotivité.Les enfants voient tout, entendent tout, ils savent observer et juger.Tout le monde il est pas beau, tout le monde il est pas gentil.Qu’on ne s’étonne donc pas de ces témoignages parfois cruels, lourds de rancune et d’agressivité, mais surtout empreints de ce regret lancinant de n’être pas “comme les autres”, c’est-à-dire de se voir refuser le droit d’avoir un père et une mère, le droit d’être aimé et d’aimer.Parce “qu’il faut vraiment avoir vécu ça pour savoir ce que c’est”, nous avons trouvé essentiel de fournir à quatre jeunes l’occasion de nous dire eux-mêmes ce qu’ils ressentent.Je n’avais pas peur, mais plus rien ne comptait pour moi.J’ai su, dès ce jour-là, même si on ne me l’a pas dit, que c’était pour la vie, que des parents, je n’en aurais jamais.Tu te sens complètement perdue, abandonnée.Tu arrives dans un monde nouveau, dans une école nouvelle.Ça se sait tout de suite dans une école, surtout à la campagne.Les élèves te traitent de “fille de parents sur le bien-être social’’.Tu es toute petite, tu n 'as pas de défense, c ’est comme si tu étais seule au monde.Les parents substituts, ça ne les intéresse pas de savoir ce qui se passe en toi.Ils ont pour leur dire: “On te donne à manger trois fois par jour, on te couche la nuit.tu n’as pas un mot à dire.l’amour d’un père et d’une mère tu n’en as pas besoin.Nos enfants en ont besoin, mais toi, non.Contente-toi de manger, de te coucher et de dormir.” C’est comme ça que ça se passe dans les foyers nourriciers.Ce que leurs propres enfants ont à dire, c’est important.Ce que j’avais à dire, moi, ça ne les intéressait pas.Ni quand j’étais à l’école — mes bulletins ne les intéressaient pas —ni plus tard quand j’ai commencé à travailler.Partout dans les foyers où je suis passée, j’ai senti ce désintéressement.Nous, nos sentiments, ça ne préoccupe personne.6 r'i, r in ne anifi nas comment les fovers entre les auatre K trois Minin :( passe “On te our, on pas1111 pereet gchtr IjUlt11 iOtlf?ill#?, pcs^1 m suis Je ne sais pas comment les foyers entre les quatre murs de ta maison si nourriciers réussissent aujourd’hui à tu ne lui donnes pas ce dont il a be- faire de l’argent, mais dans toutes les soin, qu’est-ce que ça donne?Ce n’est familles où je suis passée, on en a fait à pas parce que tu es un enfant du bien- nos dépens.Nous étions trois et quand être social que tu n’as pas besoin de c’était le temps de nous habiller, la l’amour d’une m'ere et d’un père.A ce dame recevait les chèques, mais elle moment-là je n’appelle même pas ça ne nous amenait jamais au magasin faire de la charité, c’est de avec elle.Tout le linge qu’elle avait l’hypocrisie.Si les gens veulent en acheté était toujours trop grand pour prendre des enfants, qu’ils leur don-ma soeur, mon frère et moi, mais corn- nent l’amour et la justice auxquels ils me par hasard, ça faisait aux enfants de la maison.Elle leur passait ce linge-là et nous, on prenait leurs vieux manteaux, leurs vieilles robes.Ce n’est que lorsque j’ai commencé à travailler que j’ai eu mon premier manteau neuf.J’avais dix-neuf ans.Jusque-là, j’avais toujours porté les “usu-des autres.ont droit! /• (fl res Tu veux une pomme: “Prends-en pas, c’est pour les hommes qui travaillent”; alors une banane: ‘‘Prends-en pas, mon mari ne mange que ça”.Tu te sers un bol de riz crispé: ‘‘Remets ça dans la boîte, tu sais bien que c’est pour Pierrot, iln’aime pas les autres (Pierrot, c’est son fils).” Les dimanches, ils s’en vont dans les restaurants; ils ne t’amènent pas.Quand il s’agit de débourser de l’argent, de payer quelque chose, tu es toujours mis à part.Tu n’es pas leur enfant, tu n’en as pas besoin.Même si on a sept ans, on s’en rend compte.C’est certain que si on n’avait pas les foyers nourriciers, on serait bien mal pris.surtout quand on est jeune.Quand tu es dans la rue, tu es dans la rue.Mais les gens qui acceptent de prendre des enfants devraient y penser deux fois.Qu’ils soient prêts à leur donner un peu de Vamour qu’ils donnent à leurs-pfopres enfants.S’il y avait moins de passe-droit, plus de compréhension, de communication, ça irait mieux.Pour quelles raisons moins bien traiter l’enfant à qui on a accepté de donner un foyer que son propre enfant?Parce qu’il est sur le bien-être social?Il n’a pas demandé à venir au monde cet enfant-là.Pourquoi accepter d’en prendre ?Pour avoir les éloges des voisins: ‘‘Ah! madame, vous êtes bien ‘‘smarte”, vous avez du courage de prendre soin de cet enfant-là!” C’est bien beau ça, avoir le témoignage de tout le monde.Mais C 'jut JÏl // REAL: 18 ans, apprenti-ferblantier.Huit placements en 14 ans — le plus long temps dans un même foyer, 3 1/2 ans.—J’avais 4 ans quand j’ai été placé pour la première fois.Tout ce dont je me souviens, c’est que j’avais peur.on ne sait pas où on s’en va, on sent qu’on va quitter ses parents et qu’on ne reviendra jamais.Dans tous les foyers nourriciers, c’est pareil.Tu es mis à part la famille.Si la femme a un enfant à elle, son enfant passe tout le temps avant toi.Je me suis toujours senti différent des autres enfants.Aux fêtes, dans les réunions de famille, tu es seul dans ton coin.les “mon oncle” et les “ma tante” savent qui tues.le “rapporté”, celui a il qui on fait la charité.C’est là que tu réalises que tu es seul dans la vie.Tu es peut-être encore trop petit pour le dire comme ça, mais ça ne prend pas de temps que tu le réalises.Je n’ai jamais été capable de dire que j’étais placé en foyer nourricier.Ça toujours été pour moi comme une honte.J’ai tenté de le cacher à l’école, à mes amis.Même aujourd’hui, je le cache encore.Je n’aime pas en parler, on me prend en pitié.Ça me donne envie de m’enfuir.Je préfère dire que mes parents sont morts.Je ne me suis jamais senti chez moi nulle part, sauf maintenant parce que c’est moi qui ai choisi mon foyer.J’habite chez un jeune couple dans la vingtaine, qui n’a pas d’enfant.On se connaissait d’avance.Ils me traitent comme un ami.J’ai ma chambre à moi, mes petites affaires; je rentre à l’heure que je veux, mais surtout, ils me font confiance.Dans tous les foyers où je suis passé, il y avait trop d’enfants.La femme n’avait jamais le temps de nous accorder l’attention individuelle dont on aurait eu besoin.On passait tous dans le même moule.L’important pour toutes ces femmes, c’est de nous donner à manger et un lit pour dormir.Nos sentiments, nos émotions ne comptent pas.Il y a encore une trop grosse proportion d’enfants placés dans un même foyer nourricier.Deux ou trois, ça devrait être le maximum.pas six ou sept, c’est beaucoup trop.Les foyers nourriciers (devraient être mieux surveillés et visites plus souvent et à l’improviste.L’officier de la Cour de Bien-Etre Social devrait venir sans s’annoncer.Comme c’est là, la femme a le temps de ranger la maison, de changer les enfants, de leur dire: “Fais pas ci, ne dis pas ça.situ parles tu vas manger une volée quand ils seront partis.” Les voisins savent souvent mieux que l’officier ce qui se passe.Si les foyers étaient mieux inspectes, mieux surveilles, mieux sélectionnes, ça pourrait être encore la meilleure solution pour les plus jeunes.Pour les adolescents, non.Passé 13-14 ans, il devrait y avoir d’autres formules.7 CAlA/7&m>.DIANE: 17 ans, étudiante.Placée en foyer nourricier à Page de 13 ans.Toujours au même endroit.—Moi, ce n’est pas de la crainte que j’ai ressentie, mais j’étais inquiète.je ne savais pas ce qui était pour m’arriver.Je me sentais désorientée, mais je médisais que ça serait mieux que chez nous.C’est une travailleuse sociale qui m’a annoncé que je serais placée.Elle m’a dit que les garçons où j’allais étaient ravis de mon arrivée —1 il y en a un de mon âge et un plus jeune — que mes parents d’accueil désiraient beaucoup avoir une fille.Ca m’a rassurée.Ils m’ont tout de suite demandé de les appeler papa et maman.Ils s’occupent bien de moi.Matériellement, je n’ai jamais manqué de quoi que ce soit.Mais je dois toujours demander la permission pour tout, comme si j’étais en visite, même pour prendre un verre de lait et des biscuits.S’il m’arrive d’oublier, je suis vite rappelée à l’ordre: “On demande la permission, tu n’es pas chez vous!” C’est une phrase qui revient souvent.Leurs enfants, eux, n’ont pas de permission à demander.Je les aime mes parents, j’apprécie ce qu’ils font pour moi, ils me protègent; mais eux ne me donnent pas toujours l’amour que j’attends.Je passe pardessus ça parce que je me sens en sécurité dans leur foyer.Il y a des choses qui font mal.Par exemple, ils pourraient dire quand ils me présentent: “C’est notre fille”, tout court, et non répéter comme pour enfoncer le clou: “C’est la fille qu’on a adoptée”.Peut-être ne s’en rendent-ils pas compte.Je sais que je ne serai jamais “comme les autres”, leurs enfants à eux.ils passeront toujours avant moi.Ainsi pour les études, mon frère qui a dix-sept ans lui aussi, va aller à l’école aussi longtemps qu’il le voudra.Ma mère savait que je cherchais du travail pour l’été; mais elle m’a mise en garde: “Penses-y, tu devrais profiter de tes dernières grandes vacances.A 18 ans, il va falloir que tu travailles.C’est fini l’école.” Mes vrais parents, je ne les ai jamais revus et je ne tiens pas à les revoir.8 mais j’envie ceux qui ont de bons parents.Dans mon cas le foyer nourricier a encore sa raison d’être.// 972071 AieA£ MT O.• « MICHEL: 16 ans, étudiant au secondaire.A été placé en foyer nourricier alors qu’il était encore bébé.Il en a connu 15 en autant d’années.Le plus long séjour dans un même foyer: 2 ans.Vit actuellement dans un foyer de groupe.—Mon plus lointain souvenir remonte à une dizaine d’années.Tous ces passages d’un foyer à l’autre m’ont convaincu que 50% des gens prennent des enfants en foyer nourricier pour faire de l’argent.On veut bien paraître vis-à-vis le monde.Mais dans la maison, on peut te maltraiter sans que les voisins le sachent.Dans un foyer, on était jusqu’à dix.L’homme ne se gênait pas pour nous le dire: “Il faut que je fasse de l’argent avec vous, autrement ça ne sera pas rentable et je ne pourrai pas vous garder”.On était bien logé, mais on mangeait mal et on était très mal habillé.Aujourd’hui, je fais partie d’un foyer de groupe où il n’y a pas d’homme adulte.C’est une religieuse qui est responsable.Elle e§t bien “correcte”, on n’a pas un mot à dire.La petite soeur travaille.Elle a de la misère à gagner son argent.Elle n’en fait certainement pas avec nous.Nous sommes quatre, tous des adolescents: deux garçons, deux filles.Je ne manque pas la présence du père ou d’un homme dans la maison.Il me semble qu’un homme ne ferait pas mieux que lp petite soeur seule.S’il y a un problème dont je n’ai pas envie de discuter avec la travailleuse sociale, j’en parle avec l’autre gars dans le groupe qui est de mon âge.Si je vois qu’il ne peut pas m’aider, je m’adresse à un autre ami.Il y a aussi les professeurs.Dans un des quinze foyers où je suis allé, je me suis senti chez moi.Je n’ai jamais réussi à appeler la dame “maman”, mais lui, je l’ai appelé comme mon père, même si j’avais quelques petits différends avec lui.Il me traitait comme si j’avais été son fils.Il ne me répétait jamais: “Fais comme chez vous”.Il me disait: “Fais ci ou fais ça ”.Il était juste et je le sentais.Il me donnait de la discipline comme il l’aurait fait pour son fils.Si des parents aiment leurs enfants, c’est ce qu’ils font.ils leur donnent de la discipline un peu, pas trop.Ce couple avait à lui quatre enfants plus jeunes.Quand comme moi tu es passé d’un foyer à l’autre, ton dossier te suit comme si tu étais un criminel.ce que ton supposé père et ta supposée mère disent de toi à la travailleuse sociale, c’est enregistré.Bien sûr, qu’elle ne dit pas tout au suivant, mais elle en dit trop.les gens sont prévenus, ils ont des préjugés au départ.Si tu fais quelque chose de pas “correct”, ils ne manquent pas de te dire “Je le savais, on me l’avait dit que tu es une mauvaise tête!” Et pour fronder, on fait encore pire.Le foyer de groupe à l’adolescence, c’est mieux.Mixte surtout.Tues plus porté à être gentil.Ça aide aux relations, ce type de foyer.Quand j’étais plus jeune, j’aimais mieux un père et une mère.J’étais plus comme les autres enfants.Maintenant, je préfère la “gang”, le petit groupe de quatre.# faite place à l’enfant.par Jean-Yves Roy La plupart des textes de loi relatifs aux droits de l’enfant demeurent d’une généralité remarquable.Que ce soit la déclaration des droits de l’enfant de l’O.N.U., ou le bill 65 sur la protection de la jeunesse, on y retrouve toujours cette même vision floue et vague, ces mêmes grandes lignes idéalistes, et, surtout, cette absence de propositions concrètes dans 'e sens d’un respect authentique des valeurs “enfantines.Ces textes, si on en fait l’analyse, visent principalement un double but: d’une part rappeler des principes universels de conduite humaine à l’égard de l’enfant et, d’autre part, codifier les mesures à prendre dans les cas où il est flagrant que l’éducation parentale a échoué.Nulle part, du moins à ma connaissance, propose-t-on de philosophie concrète de prévention du drame familial.On suppose, implicitement, que les parents sauront spontanément devenir généreux, lucides, sincères et authentiques à compter de la première grossesse de la mère.On prend pour acquis que le milieu où l’enfant va évoluer saura fournir les éléments essentiels à un développement harmonieux et équilibré.Bref, on évite de légiférer sur les exigences propres à l’éducation, on se tient à l’écart, sous le manteau des “privilèges de la famille”.Quand on parle d’éducation, on est vite amené à prononcer des mots comme “équilibre”, “rythme”, “harmonie”.Il est certain que ces concepts analogiques sont extrêmement difficiles à traduire dans le langage univoque d’un code législatif; il y a là, sans doute, une première raison du caractère trop général des textes que nous citions plus haut.Le prétendu "instinct materner' En guise de bilan de ce refus de l’Etat à s’engager sérieusement dans une législation sur les droits de l’enfant, on peut retenir ceci: une espèce d’idéologie visqueuse, mollasse, une série de voeux pieux et des situations de fait souvent pénibles à considérer.A titre d’exemple, mille huit cents enfants environ sont malmenés, au Québec, chaque année.Le nombre d’enfants pour lesquels on doit recourir aux services de professionnels de la santé mentale dépasse l’entendement.Quant au jeu de la nature humaine, qu’on invoque très souvent en parlant de l’éducation, —cette nature selon laquelle des parents, “tout naturellement” vont aimer leurs rejetons, et, “tout spontanément” agir dans le meilleur sens possible à leur endroit — il en prend pour son rhume: cette sorte de phénoménologie dite naturelle n’a souvent rien à voir avec le réel.La réalité, c’est que certains parents sont incapables d’aimer convenablement.L’instinct maternel, qu’on dit inscrit dans le tissu biologique, dépend d’une foule d’autres facteurs qui n’ont rien de commun avec la biologie individuelle.De toute manière, la civilisation nous a déportés si loin de la biologie et des instincts premiers qu’on peut se demander si nous serions capables de repérer le langage instinctuel, fut-il écrit en lettre d’or dans le moindre de nos chromosomes.Le prétendu “instinct maternel” appartient à une vision simpliste de la “nature” des choses.Pourtant, on peut se demander si cette raison est à elle seule satisfaisante, si elle explique, par exemple, que le bill 65 soit demeuré un vaste brouillon législatif, à peine élaboré, plutôt bâclé que sérieusement mijoté.On peut se demander encore, si une vraie législation sur l’enfant n’entraîne pas avec elle des conséquences d’un ordre tel que les législateurs préfèrent les éluder.il semble, en effet, aller de soi dans nos sociétés, que ’enfant appartienne à la famille et qu’elle seule ait droit ie regard sur lui.Et l’Etat, à ce qu’il semble, serait très nal venu de s’immiscer dans les droits naturels des parents.Car légiférer vraiment sur l’enfant, c’est, en fait, 'emettre en question le modèle familial classique et des valeurs culturelles fondamentales; c’est, finalement, fai-e appel à une nouvelle anthropologie.En fait, le respect de l’enfant et de ses droits est lié à une série de facteurs, culturels, anthropologiques, économiques et individuels dont il faut, certes, poursuivre l’analyse si l’on veut arriver à dégager certains jalons de compréhension d’un phénomène infiniment plus complexe qu’il n’apparaît au premier abord.Les facteurs culturels et anthropologiques On peut, grossièrement, inventorier deux modèles culturels de prise en charge de la descendance: le modèle rural et le modèle urbain.Dans le modèle rural, l’enfant est bienvenu.Il est bienvenu, entre autres raisons, parce que ses bras s ajouteront à i i •: .-rV.v .: :x7:7;:; ;:x: • i < ^ : X 9 faire piece à l’enfant ••• ceux des aînés pour fournir à la terre une main d’oeuvre supplémentaire à bon marché.Partout, l’intégration de l’enfant sera surtout économique, les jeux demeureront éphémères, sinon inexistants, l’activité de l’enfant sera en étroit rapport avec les besoins de la ferme, les tâches à accomplir, le foin à ranger, etc .A l’opposé, le modèle urbain impose à l’enfant et à l’adolescent une exclusion prolongée de la vie de responsabilités.L’enfant peut jouer tout à son aise: assembler des casse-tête dont l’image terminée n’intéresse guère personne; “bêcher” des problèmes (mathématiques ou philosophiques) dont on sait depuis fort longtemps la solution; exercer même sa sexualité sans pour autant de venir “captif de la responsabilité de l’enfantement”.Certains auteurs ont loué l’importance accordée à l’enfant dans le modèle urbain nord-américain.Théoriquement, leur observation est juste: la ville laisse à l’enfant beaucoup plus de loisir que n’en laissaient les cultures agricoles et rurales pressées d’intégrer l’enfant à la vie économique familiale.Cependant, on peut se demander si, en pratique, la ville est tellement propice aux enfants qu’ils le prétendent et s’il n’y a pas certains désavantages à cette prolongation du jeu au détriment de l’activité vraiment productive.Car la situation de l’enfant, dans la ville, n’est pas tout à fait aussi rose qu’ils la décrivent.L’absence de rôle social tangible modifie, par exemple, la motivation à vivre et il est un phénomène nouveau qui en témoigne: le suicide des adolescents.On peut se demander si le rêve enfantin et si le jeu ne suffoquent pas dans les travées bitumineuses de la cité cybernétique.On produit de plus en plus d’enfants savants; mais heureux?.Je m’extasiais, autrefois, devant les prouesses de certains enfants capables, par exemple, de vous conduire au Louvre et de vous expliquer Van Gogh.Je ne suis plus sûr du tout de mon admiration pour ces enfants réduits à n’être que merveilles d’intelligence.Des fois, j’ai l’impression que leurs joues pâles attirent plus la pitié que l’émerveillement.Je ne dis pas que les enfants ne doivent rien apprendre: je dis cependant que l’hypertrophie exclusive d’un aspect de la personne humaine au détriment de l’équilibre global est déplorable.Et que cet équilibre global, au-delà des facteurs culturels et anthropologiques, dépend, peut-être, finalement de la qualité des adultes que l’enfant côtoie.Car, même à l’intérieur du modèle agricole, il s’est trouvé heureusement des gens qui ont su respecter les valeurs de l’enfant.Et certains adultes, à l’intérieur d’une situation urbaine favorable au jeu de l’enfant, se révèlent incapables de faire place à l’enfant.Il est donc certains aspects de cette problématique qui trouvent leur origine dans des facteurs individuels non négligeables.appelle; il s’enfièvre: il gémit.Et l’enfant a droit à un rétablissement de l’équilibre ainsi rompu.Son sort, cependant, dépend d’emblée de la qualité de la relation entre sa mère et lui: il faut que la mère (ou tout pourvoyeur équivalent) saisisse le besoin de l’enfant, le devine, s’identifie à lui.A observer le geste de certains parents, on se demande si cette brutale confrontation avec la nature n’effraie pas quelquefois celle qu’on croyait pourtant programmée adéquatement.Car l’enfant au berceau demeure d’abord et avant tout nature.Il est collé sur son besoin, sur son ventre qui crie, ou sur son inconfort.Et, quand il jouit d’être repu, c’est dans son corps global, dans sa nature qu’il s’extasie.Peu à peu, certes, l’enfant apprendra à désapprendre son besoin.A le contenir, à le civiliser.Et cette rupture avec le langage corporel est certes nécessaire.Idéalement, elle devrait même s’opérer dans l’harmonie.On peut seulement remarquer qu’en pratique on ne retrouve pas facilement la poésie de l’enfance quand on est acculé à l’efficacité de ITbéhème, quand on est coincé dans une mansarde trop exiguë, quand on ne s’accorde jamais, à soi, la possibilité de régresser .Mais, vieillir, ce n’est pas seulement rompre avec son corps global.Vieillir, c’est aussi perdre des privilèges et assumer de plus en plus soi-même la satisfaction de ses besoins.Ici, également, on aperçoit un rythme extrêmement délicat à sauvegarder.S’il est vrai que l’enfant naît passif et dépendant, il ne faut pas lui nier le droit au détachement progressif, à l’affirmation, le droit à la responsabilité.Par ailleurs, on oublie trop souvent qu’il est des responsabilités que l’enfant désirerait assumer seul, mais qu’il ne saurait faire en raison même de ses limites.La plupart des problèmes rencontrés en psychiatrie infantile, dans les cours de bien-être social ou ailleurs relèvent d’une perturbation de cet équilibre: soit l’enfant qui s’est trouvé trop tôt aux prises avec une tâche démesurée, soit celui dont on a assumé trop longtemps à sa place les responsabilités qu’il ne demandait qu’à prendre lui-même en main.L'enfant qu'on porte en soi L’adulte du quotidien est aux prises avec une exigence: l’efficacité.La vie urbaine commande la compétence.L’horaire appelle le pas pressé.Toutes les minutes comptent; aucun moment ne doit être perdu.Et tout à coup, dans cet univers IBéhèMisé, naît un enfant.Un enfant qui, lui, roucoule à son propre rythme, s’attarde au jeu et se moque des horaires.Et qui découvre, goûte à goutte, le monde ambiant.Qui pose des questions et des contre-questions.Qui ne sait pas pourquoi la chlorophylle est verte ni d’où elle vient.C’est long, répondre aux questions de l’enfant.C’est dérangeant, tout à coup, ce rythme improvisé sur une cohérence qu’on croyait par ailleurs systématique.Les facteurs individuels: l'adulte et l'enfant L’enfant, qu’on l’accepte ou non, naît avec tous les droits.H a faim: il pleure; sa couche est inconfortable: il Cette langueur à s’émerveiller devant des choses qu’on sait si bien, soi.Surtout que cet émerveillement, on le porte aussi en soi et qu’il faut le faire taire pour des raisons d’efficacité.10 H à I ertains nation :soit tache C’est rune Surtout qu’en soi, on porte un enfant qui rêve de ce rythme qu’il reconnaît pertinemment chez l’enfant du réel: un enfant en dedans de soi qui meurt à chaque jour davantage.Faire place à l’enfant, c’est mettre l’efficacité en accusation.C’est être déchiré à l’intérieur de soi.Car la ville nous a conduits à ce paradoxe de tolérer longtemps le jeu de l’enfant mais de ne permettre que peu de latitude à l’enfant qui vit au coeur de chaque adulte.D’autant moins de latitude, d’ailleurs, que cet adulte vit dans un décor plus restreint, dans un milieu aux possibilités plus réduites.S’il y a plus de problèmes infantiles caractérisés dans les milieux défavorisés, ce n’est certainement pas étranger au peu d’espace qu’on accorde en ces milieux à l’expression positive des besoins infantiles de l’adulte.Mais, quel que soit le milieu, je suis persuadé qu’on peut établir une correspondance étroite entre le bonheur des enfants et la capacité des parents à laisser s’exprimer l’enfant qui vit en eux.Quand je parle de l’enfant qui vit chez l’adulte, je parle (¦P' .m I «si .m •: 'v.& i - -V/.; :'v:< de 1 enfant sain.Car on pourrait reprendre mon argumentation à rebours et démontrer que la mère infantile, dépendante est incapable d’élever sa marmaille.J’irai plus loin et la décrirai comme en compétition avec 1 enfant sur le plan de ses besoins: on malmène toujours quelqu un qui réclame la même chose que soi et qui menace de vous l’enlever.L’enfant, pourtant, n’est pas que dépendance: il est aussi porteur d’un rythme, d’un émerveillement.Et c’est cet enfant-là que j’évoque quand je parle de l’épanouissement de l’enfant qui vit en soi.Les gens que je connais et qui parviennent le mieux à faire place à 1 enfant sont ceux qui sont demeurés très près de la spontanéité enfantine.Non pas qu’ils sont infantiles! Mais ils se laissent aller à redécouvrir avec leur enfant le monde où ils y vivent.Et ils sont heureux de la fraîcheur du regard nouveau qu’apporte l’enfant.Cependant, cet enfant-là, l’enfant qui réinvente le monde, cet enfant-là ne vit pas au rythme de l’IBéhèMe et il conteste l’ordre des grands.Cet enfant-là, c’est comme la sensualité des femmes, si on l’accepte, on risque de chambarder le monde.0 Si j’étaljjj l’envers le cy auraient com) imagine a es hommes stence par la fin; ils surfent nés yiëiliarç}s^ et chaque jour, ils auraient rajeuni de 24 heures.En s§ couchant le soir, ils auraient pu dire .Demain je serai plus jeune, plus beau, plus fort., D’étape en étape, le vieillard serait entre dans la force de l’âge, il serait devéhii ujjfr jeune homme, puis un enfant.Un beau jour, il se serait endormi, pour toujours, petit bébé inconscient, dans un berceau.joift Arthur Honegger Lettre à un ami, le 26 décembre 1949. ou en /omme/-nou/ so on/ opiè/ ?IM v • ' 5 : .S«Sg^»S»S ' • ' H f^' ¦ • x\-: 1942 jb^ialti de l'enfant- demi la Province de Québec -proposés par l'Institut Familial 2080 ouest, rue Dorchester.Montréal FI.8772 *¦ 1) Le droit à la vie.?2) Le droit d'avoir des parents physiquement et mentalement sains.?3) Le droit d'avoir des parents préparés à leurs responsabilités domestiques et familiales.?4) Le droit à un logement salubre et à un habillement sain.?5) Le droit d'être protégé contre toute exploitation, de sa santé physique et men- tale.» 6) Le droit à une alimentation adaptée à ses besoins.?7) Le droit à une formation du caractère qui rende l'enfant capable d'exercer sa liberté conformément à une destinée chrétienne et à son titre de citoyen canadien.?8) Le droit de vivre dans un milieu dans lequel il puisse facilement développer une personnalité équilibrée.?9) Le droit à connaître la vérité de la part de ses parents, de ses maîtres et de tous ceux qui ont autorité sur lui.?10) Le droit de recevoir dans un pays chrétien comme la Province de Québec, une formation religieuse au foyer et à l'école.?11) Le droit d'avoir, comme modèle pour sa propre conduite, la vie et la moralité exemplaires de ses parents, de ses maîtres et des autres adultes.?12) Le droit d'acquérir la connaissance et la pratique de la discipline person- nelle et du sacrifice volontaire pour mieux surmonter les obstacles de la vie.?13) Le droit à une culture physique et à de grandes facilités de jeux et de dé- lassement à la campagne et en ville.?14) Le droit à l'opportunité de s'orienter dans une profession ou un métier parti- culièrement conformes à ses goûts naturels et à ses aptitudes.?15) Le droit à un degré d'instruction adapté à ses talents et quels que soient ses moyens de fortune.?16) Le droit à une connaissance au moins pratique des deux langues du pays.?17) Le droit à la sécurité professionnelle, économique et sociale.?18) Le droit à organiser son avenir familial.12 1059 Déclaration des droits de l'enfant Préambule Considérant que, dans la Charte, les peuples des Nations U nies ont proclamé à nouveau leur foi dans les droits fondamentaux de l’homme et dans la dignité et la valeur de la personne humaine, et qu’ils se sont déclarés résolus à favoriser le progrès social et à instaurer de meilleurs conditions de vie dans une liberté plus grande, (.) Considérant que l’enfant, en raison de son manque de maturité physique et intellectuelle, a besoin d’une protection spéciale et de soins spéciaux, notamment d’une protection juridique appropriée, avant comme après la naissance, (.) Considérant que l’humanité se doit de donner à l’enfant le meilleur d’elle-même, L’Assem b lée généra le Proclame la présente Déclaration des droits de l’enfant afin qu’il ait une enfance heureuse et bénéficie, dans son intérêt comme dans l’intérêt de la société, des droits et libertés qui y sont énoncés; elle invite les parents, les hommes et les femmes à titre individuel, ainsi que les organisations bénévoles, les autorités locales et les gouvernements nationaux à reconnaître ces droits et à s’efforcer d’en assurer le respect au moyen de mesures législatives et autres adoptées progressivement en application des principes suivants: Principe premier L’enfant doit jouir de tous les droits énoncés dans la présente Déclaration.Ces droits doivent être reconnus à tous les enfants sans exception aucune, et sans distinction ou discrimination fondées sur la race, la couleur, le sexe, la langue, la religion, les opinions politiques ou autres, l’origine nationale ou sociale, la fortune, la naissance, ou sur toute autre situation, que celle-ci s’applique à l’enfant lui-même ou à sa famille.Principe 2 L’enfant doit bénéficier d’une protection spéciale et se voir accorder des possibilités et des facilités par l’effet de la loi et par d’autres moyens, afin d’être en mesure de se développer d’une façon saine et normale sur le plan physique, intellectuel, moral, spirituel et social, dans des conditions de liberté et de dignité.Dans l’adoption de lois à cette fin, l’intérêt supérieur de l’enfant doit être la considération déterminante.Principe3 L’enfant a droit, dès sa naissance, à un nom et à une nationalité.Principe 4 L’enfant doit bénéficier de la sécurité sociale.Il doit pouvoir grandir et se développer d’une façon saine; à cette fin, une aide et une protection spéciales doivent lui être assurées ainsi qu’à sa mère, notamment des soins prénatals et postnatals adéquats.L’enfant a droit à une alimentation, à un logement, à des loisirs et à des soins médicaux adéquats.Principe 5 L’enfant physiquement, mentalement ou socialement désavantagé doit recevoir le traitement, l’éducation et les soins spéciaux que nécessite son état ou sa situation.Principe 6 L’enfant, pour l’épanouissement harmonieux de sa personnalité, a besoin d’amour et de compréhension.Il doit, autant que possible, grandir sous la sauvegarde et sous la responsabilité de ses parents et, en tout état de cause, dans une atmosphère d’affection et de sécurité morale et matérielle; l’enfant en bas âge ne doit pas, sauf circonstances exceptionnelles,être séparé de sa mère.La société et les pouvoirs publics ont le devoir de prendre un soin particulier des enfants sans famille ou de ceux qui n’ont pas de moyens d’existence suffisants.Il est souhaitable que soient accordées aux familles nombreuses des allocations de l’Etat ou autres pour l’entretien des enfants.Principe 7 L’enfant a droit à une éducation qui doit être gratuite et obligatoire au moins aux niveaux élémentaires.Il doit bénéficier d’une éducation qui contribue à sa culture générale et lui permette, dans des conditions d’égalité de chances, de développer ses facultés, son jugement personnel et son sens des responsabilités morales et sociales, et de devenir un membre utile de la société.L’intérêt supérieur de l’enfant doit être le guide de ceux qui ont la responsabilité de son éducation et de son orientation; cette responsabilité incombe en priorité à ses parents.L’enfant doit avoir toutes les possibilités de se livrer à des jeux et à des activités récréatives, qui doivent être orientés vers les fins visées par l’éducation; la société et les pouvoirs publics doivent s’efforcer de favoriser la jouissance de ce droit.Principe 8 L’enfant doit, en toutes circonstances, être parmi les premiers à recevoir protection et secours.Principe 9 L’enfant doit être protégé contre toute forme de négligence, de cruauté et d’exploitation.Il ne doit pas être soumis à la traite, sous quelque forme que ce soit.L’enfant ne doit pas être admis à l’emploi avant d’avoir atteint un âge minimum approprié; il ne doit en aucun cas être astreint ou autorisé à prendre une occupation ou un emploi qui nuise à sa santé ou à son éducation, ou qui entrave son développement physique, mental ou moral.Principe 10 L’enfant doit être protégé contre les pratiques qui peuvent pousser à la discrimination raciale, à la discrimination religieuse ou à toute autre forme de discrimination.Il doit être élevé dans un esprit de compréhension, de tolérance, d’amitié entre les peuples, de paix et de fraternité universelle, et dans le sentiment qu’il lui appartient de consacrer son énergie et ses talents au service de ses semblables.13 l’enfant.la loi pa r Ma reel Tra ha n, juge à la Gourde Bien-Etre Social (Jo C/O- 5'âMMiZ dosai XUVJ2 àvCm, yx süLcuk , ça* dsAÀjurl Lvcn, dAOÛ^, Ç0~ fawrdl.Jb.O^aAe JlX OQ- AmoM (0- OMjJ aruàÿa Ml (ua >t ’ je/wvü^L. "L'enfant, sur le difficile chemin des hommes, sera toujours le plus noble motif de peiner et d'espérer." Francis Saunier Au cours des dernières années, deux projets de loi concernant la jeunesse, venus d’horizons différents, ont été soumis à l’attention de nos parlementaires en vue d’assurer une protection adéquate à la jeunesse.L’un de ces projets a été déposé devant le parlement canadien à la fin de l’année 1971 et se rapportait à la loi des jeunes délinquants, qui datait de 1908 et qui n’avait subi que de légères retouches au cours des ans.Ce projet de loi fut soumis au Parlement fédéral car c’est lui seul qui.d’après la constitution, a juridiction dans les matières qui relèvent du droit pénal.C’était le projet de loi C.192.L’autre projet de loi, s’intitulant "Loi de la protection de la jeunesse’’, s’efforçait .de traiter de la protection des droits socio-civils de la jeunesse; il a été offert pour étude aux parlementaires de l’Assemblée nationale en décembre 1972.C’est le projet de loi 65.L’un et l’autre de ces projets de loi ont suscité de vives controverses et ni l’un ni l’autre n’ont pu franchir le stade des discussions en commission parlementaire; actuellement, tout est paralysé.En lisant les différents commentaires faits par les intervenants lors de la discussion avortée de ces projets de loi, je me suis rappelé cette remarque que faisait l’avocat général Zollinger, en 1932, dans sa mercuriale intitulée "L’enfant et la loi’’, à l’audience solennelle de la rentrée de la Cour d’Appel d’Angers: "L'enfant.la loi.Quelle antithèse! Comment confronter l'un avec l'autre: l'enfant, être charmant et primesautier, voué au rire joyeux et à la folle fantaisie: la loi, l'austère et pesant instrument des"disciplines sociales.Ceci ne va-t-il pas écraser cela! II faut éviter que la vie, qui, dansson va-et-vient incessant, gruge, déchire, happe, mutile et tué, permette à la loi de servir comme moyen d’écrasement de l'enfant." Dans la revue "Courrier", d’octobre 1957, Almassy écrivait: "Jusqu'au début de notre siècle, l'enfant n'était dans beaucoup de pays qu 'un être démuni de tous droits, dont les parents ou les tuteurs pouvaient disposer, pour ainsi dire, comme d'un objet.Son bien-être physique ou moral dépendait uniquement de la bonne volonté des adultes qui le considéraient comme une sorte de propriété et la loi ne protégeait que tout juste la vie de l'enfant".A la suite de la première guerre mondiale, soit en 1923, la première Déclaration des droits de l’enfant fut proclamée, connue sous le nom de Déclaration de Genève.En 1948, une nouvelle version de cette déclaration était rédigée, émanant de l’Union internationale de l’enfance.Subséquemment, les Nations-Unies rédigèrent un premier projet en 1950, lequel, après plusieurs années d’études, reçut sa forme définitive en 1959 et est considéré aujourd’hui, à l’égale de la charte des droits de l’homme de 1948, comme l’expression définitive en la matière.Francis Saunier, dans l’étude qu’il a faite de cette déclaration sous le titre: “L’enfant et ses droits” (1) conf- mente ainsi: "Dès lors, la déclaration devait s'imposer par sa valeur même.Au lieu de contraindre par des séries de sanctions pour les contrevenants, elle devait exposer, convaincre, entraîner.Ni texte juridique à l'usage d'hommes de loi, ni exposé scientifique pour savants spécialistes, ni guide pratique pour travailleurs sociaux, elle devait satisfaire tous les trois publics à la fois, ne pas prêter flanc à leurs critiques, répondre au besoin à leurs questions, les décider à agir pour que l'enfant ait une enfance heureuse, dans son intérêt comme dans l'intérêt de la société".Les principes de cette déclaration sont comme autant de flèches indicatrices devant conduire l’enfant dans un havre de paix où son bonheur sera conditionné par son intérêt.Les dix principes émis par cette déclaration peuvent se diviser comme suit: Les principes 2, 3, 4, parlent des droits garantissant la personne de l’enfant dans son être ou droits de protection; Les principes 6 et 7 font allusion aux droits garantissant l’épanouissement harmonieux de la personnalité ou droits d^éducation; Les principes 8, 9 et 10 garantissent sa saine intégration dans la société ou droits sociaux.Il nous est impossible d’étudier chacun des principes de la déclaration, d’en voir la justification, d’en percevoir les difficultés d’application dans les limites de cet article.Cependant, nous voulons attirer l’attention du lecteur sur certaines applications que nos lois ont pu faire relativement à ces droits.Le droit b un nom Le gouvernement fédéral, par sa législation sur la citoyenneté canadienne, a reconnu à l’enfant, dès sa naissance, un droit absolu à une nationalité.Quant au droit à un nom, il faut se référer à la législation provinciale et surtout au code civil au titre de la filiation.En règle générale, l’enfant a droit à un nom surtout s’il est né de parents unis par les liens du mariage.Il existe une discrimination, quant à la filiation et au nom, pour tous les enfants qui sont nés de parents non unis par les liens du mariage.Cet enfant n’a pas demandé à naître et du fait de sa naissance il a un droit absolu à une identification précise qui le situera convenablement dans la société.Si on inventoriait les registres de l’état civil, on serait surpris, étonné et révolté de voir combien d’enfants ne bénéficient pas d’identification précise et exacte ou sont enregistrés sous de faux noms, voire même sans nom.Parvenus à l’âge adulte ils en subissent des conséquences graves qui les perturbent et les traumatisent.L-a législation sur la filiation doit être revue pour faire disparaître de notre loi ces expressions, combien infamantes pour l’enfant: illégitime, incestueux, adultérin et aussi pour lui assurer un nom qui corresponde à la réalité.t Le droit naturel, vu que l’enfant est le prolongement des parents, a reconnu à ceux-ci une responsabilité totale sur 15 leurs enfants et le droit positif a incorporé cette responsabilité dans le droit civil par l’institution de la puissance-paternelle, objet d’une section de notre code civil comprenant trois articles qui ne correspondent plus à la notion que l’on se fait, de nos jours, de cette autorité.Il s’agit d’entrevoir cette puissance, non pas dans le sens de la patria potestas romaine ou du vieux mundium germanique où l’enfant est considéré comme un objet, une chose dont les titulaires peuvent disposer à leur gré, mais bien dans le sens moderne d’un droit fonctionnel, tout axé sur l’intérêt de l’enfant.De la "puissance paternelle" à T "autorité parentale" Il ne s’agit plus d’un droit subjectif ou d’un droit objectif.Ce n’est plus un droit à esprit égoïste ou un droit à esprit altruiste selon la distinction esquissée par le doyen Josse-rand dans son Traité: de l’esprit des lois et de leur relativité.(2) Ce concept traditionnel de la puissance paternelle devrait être modifié, changé et connu sous le nom d’autorité parentale dans le but d’assurer et de procurer à l’enfant la santé, la sécurité, la moralité et l’éducation par les fonctions de garde et d’entretien.L’enfant est un être fragile, qui doit, au sein de sa famille, bénéficier de tout le secours, l’aide et la protection nécessaire, pour parvenir à une personnalité complètement indépendante de ses parents, sa maturité s’étant affermie et son autonomie étant conquise.C’est dans ce sens que doit s’interpréter cette réflexion de Georges Ripert: “La tendance de la démocratie est de développer l’idée de protection et de détruire l’idée de puissance: l’incapacité doit être, pour le faible, secours et non pas soumission’’.(3) Cette autorité parentale n’est pas un droit discrétionnaire et il est appelé à être contrôlé par les tribunaux.Si, dans l’exercice de cette autorité, négligeant leur fonction de garde et d’entretien, les parents en viennent à compromettre la santé, la sécurité, la moralité ou les conditions de l’éducation de leur enfant, les tribunaux, sur requête des personnes intéressées, doivent intervenir pour assurer à l’enfant le respect de ses droits.Pour prévenir une anarchie législative et éviter les futilités de certaines stipulations de la loi, nous croyons que, suite à un effort résolu de lucidité, toute la protection judiciaire de l’enfant devrait relever d’un chapitre nouveau du code civil, ayant pour titre: l’autorité parentale et son exercice.L'enfant impliqué dans un divorce Il est des événements dans la vie de famille qui posent à l’enfant des problèmes que, vu son âge, il lui est difficile de comprendre.Il s’agit, en l’occurence, des actions en séparation et de divorce.La vie de famille est devenue, pour ces époux, intenable, pour des raisons qui ne sont pas du ressort de l’enfant, mais tout de même il doit en subir les conséquences.16 La séparation de corps et le divorce sont des luttes judiciaires et il faut éviter que les protagonistes utilisent l’enfant comme un moyen de pression ou un enjeu.Dans cette lutte judiciaire, les belligérants, c’est-à-dire les parents, sont la plupart du temps préoccupés beaucoup plus à démontrer les torts de l’un ou de l’autre, en vue de se libérer du lien conjugal, que du sort futur de l’enfant, de son épanouissement et aussi de son bonheur.La Family Court of Milwaukee County s’est tout particulièrement intéressée au sort de l’enfant.A cet effet, elle a élaboré une charte des droits de l’enfant impliqué dans un divorce d’après les décisions de la Wisconsin Supreme Court.Le texte ci-dessous reproduit, devrait être utilisé chez nous pour protéger les droits de l’enfant.L’enfant dans une cause de divorce a le droit: 1) d’être traité comme une personne “intéressée” à ce divorce et impliquée dans cette instance, et non comme le gage, la possession ou la chose de l’un ou de l’autre des parents ou des deux; 2) de grandir dans l’atmosphère familiale qui saura le mieux lui permettre de devenir un citoyen plein de maturité et digne de confiance; 3) à l’amour, à la discipline, à la protection et aux soins du parent qui en a obtenu la garde; 4) de connaître le parent qui n’en a pas la garde et de profiter de son amour et de ses conseils, grâce à un droit de visite adéquat; 5) à des rapports positifs et constructifs avec ses parents, sans que l’un ne puisse dégrader l’autre dans son esprit; 6) de voir ses valeurs éthiques et morales éduquées de façons théorique et pratique et de se voir imposer des règles de conduite qui lui permettront d’acquérir une discipline et un contrôle personnels; 7) à l’aide économique la plus adéquate que puissent lui fournir les meilleurs efforts de ses parents; 8) à l’éducation qu’il aurait reçue si sa famille n’avait pas été disloquée; 9) à la révision périodique du droit de garde et de la pension alimentaire selon la variation des moyens de ses parents et de ses besoins.10) à la protection de la Cour, car tous les enfants impliqués dans un divorce sont toujours des parties désavantagées.La Cour doit donc prendre des mesures positives afin de protéger son bien-être, ce qui comprend une enquête sociale afin de déterminer ses intérêts et la nomination d’un procureur afin de les protéger.Le cadre restreint de cet article ne nous permet pas d’élaborer plus longuement sur certains autres droits de l’enfant.Dans l’état actuel de la législation, il n’est plus douteux que l’enfant a des droits et cela parce qu’il est une personne, une personne à part entière, une personne véritable, une unité vivante et, comme dit Francis Saunier “un tout autonome avec des intérêts et un destin particulier;!! est appelé certes à vivre avec d’autres, mais en étant lui-même, en poursuivant sa route propre.0 1.Francis Saunier, L’enfant et ses droits, Fleuras, 1970, p.22.2.Josserand, De l’esprit des droits et de leur relativité, théorie dite de l’abus des droits.Paris, 1927, No.308-310.3.G.Ripert, Le Régime démocratique et le droit civil moderne, Paris, 1936.p.159. droit de/ paient/ eu de/ enfant/ ?parMoniqueP.Dubreuil avocat “On choisit ses amis, dit le proverbe, on ne choisit pas ses parents!’' La recherche du mieux-être objectif d’un enfant connaît, dans l’état actuel de notre législation, une limite bien précise: celle du droit que possèdent ses parents tant et aussi longtemps que l’exercice de ce droit ne constitue pas dans les faits, un danger physique ou moral pour leur enfant.Réfléchissant à partir de deux dossiers-types de cette situation conflictuelle, Me Monique P.Dubreuil, avocat au Centre Communautaire juridique de Montréal, nous livre les réflexions suivantes: DOSSIER A Un couple a six enfants, tous en bas âge.L’aînée souffre de déficience grave dans son développement mental et physique, à tel point qu’elle ne peut fréquenter l’école.Deux autres enfants présentent eux aussi des problèmes, quoique plus légers.Ces parents aiment leurs enfants et craignent l’ingérence des étrangers au sein de leur famille.Aussi, cachent-ils l’aînée, ce qui les astreint à la surveiller continuellement, d’où surcharge de travail et de fatigue pour les deux parents.Le père cesse de travailler et toute la famille vit des prestations du bien-être social.Un jour, l’ainée, maintenant âgée de neuf ans, échappant à leur surveillance, se sauve par la fenêtre de sa chambre.Lorsque les parents découvrent la fugue de leur fille, ils commencent des recherches dans le quartier sans aviser la police.Quelques heures plus tard, l’enfant est retrouvée par les policiers qui se présentent au foyer et avisent les parents qu’une demande de protection sera déposée par eux à la Cour de Bien-Etre Social.Entre-temps, l’enfant est conduite à l’hôpital; par la suite, tous les enfants de la famille sont examinés et, lors de l’enquête judiciaire, trois enfants sont placés, dont l’aînée pour une période prolongée.Au début, les parents n’acceptaient pas la décision de la Cour.Petit à petit cependant, ils ont compris et ont même commencé à modifier leur,attitude dans l’espoir de reprendre la garde de leurs enfants, à l’exception de l’ainée, pour laquelle des soins spécialisés sont encore nécessaires.Ce couple possède-t-il la maturité suffisante pour donner à ses enfants ce à quoi ceux-ci ont droit ou faudra-t-il lui retirer son droit de garde, le cas échéant, malgré ses efforts sincères?DOSSIER B Une mère célibataire, subitement malade, demande l’aide de la police pour assurer son transport à l’hôpital et pour qu’on prenne soin, entre temps, de son enfant âgé de quatre ans, qu’elle garde seule.La mère semble gravement malade; dans les circonstances, les policiers n’ont pas d’autre choix que d’emmener l’enfant à la Cour pour demander sa protection.Cette protection est accordée provisoirement, et l’enfant est placé à la crèche.Lorsque la mère reçoit son congé médical, une semaine plus tard, elle apprend que son enfant a été placé sous la protection de la Cour et qu’une enquête judiciaire sera tenue par le juge.Lors de cette enquête, il est révélé que l’état de santé physique et mentale de la mère, est trop précaire pour lui permettre de prendre soin de son enfant et ce dernier est placé en foyer nourricier.Par la suite, le père naturel de l’enfant qui fréquentait la mère, décide de faire vie commune avec elle.La présence de cet homme auprès de la mère constitue un élément nouveau de sécurité qui améliore son état de santé.Un second enfant naît et se développe bien.Bref, la situation devient telle que l’on peut envisager un retour de l’enfant, susceptible d’être replacé sous protection judiciaire, auprès de ses parents naturels.Pendant ce temps, cet enfant qui souffrait d’un certain retard dans son développement, a réalisé des progrès importants au sein du foyer nourricier où il a vécu.Le psychologue qui a suivi l’enfant constate qu’il a de fortes possibilités de s’améliorer au point de pouvoir fréquenter des classes normales dans un avenir rapproché, s’il continue toutefois à recevoir la même attention pendant un certain temps.Le foyer nourricier est indéniablement d’une qualité supérieure au foyer naturel.Cependant les parents naturels de l’enfant ne présentent plus de facteurs de danger aux termes de la Loi de la protection de la jeunesse.Dans ce cas, les parents naturels ont le droit strict de réclamer la garde de leur enfant et le juge de la Cour de Bien-Etre Social n’a d’autre choix que de le reconnaître en maintenant encore la surveillance de la Cour.Dans cette situation, l’intérêt de l’enfant aurait-il été de demeurer en foyer nourricier?Peut-être .mais le droit des parents à la garde de leur enfant, reconnu comme fondamental dans toute l’économie de notre droit lorsque le milieu familial ne présente pas d’élément de danger physique et moral, doit être respecté absolument.Conflit entre droits Lorsque l’on parle de conflit entre les droits des parents et ceux des enfants, on fait presque toujours face à des situations aussi pénibles que celles des dossiers A et B.Ces parents comme tant d’autres aiment leurs enfants et désirent sincèrement assumer leurs responsabilités.Toutefois, sans qu’il y ait faute de leur part, une situation de danger se crée qui en vient à obliger le juge à une décision prise à la lumière de principes que nous allons désormais énoncer.Et cette décision, le magistrat doit la prendre sans perdre de vue le respect des droits des enfants et ceux des parents, même si ces droits viennent à entrer en conflit.17 La loi prévoit que les parents sont tenus de prendre soin de leurs enfants et de leur donner une bonne éducation.A ces obligations correspondent des droits de garde et de décision sur la personne de leurs enfants.Si ces droits ne sont pas exercés correctement par les parents, si les obligations qui en découlent ne sont pas remplies, le tribunal peut alors intervenir et retirer les enfants de la garde et de la surveillance de leurs parents pour une période indéterminée.Ceci se fait par le truchement de la Loi de la protection de la jeunesse, qui permet cette ingérence de la loi dans les familles lorsqu’il est démontré que l’enfant y court un danger physique ou moral.En pratique qu’est-ce qui constitue un danger physique ou moral assez sérieux pour justifier cette intervention judiciaire dans l’intimité d’une famille?Le professeur Philippe Robert définit en effet l’état de danger comme étant “une inadaptation sociale naissante, au sens large du terme” (1).Une telle définition ne rend pas la tâche facile pour le juge qui doit décider s’il faut retirer ou non l’enfant de son foyer naturel.On peut toutefois tenter de cerner le problème en disant que la loi de la protection s’applique à tous les enfants qui peuvent être victimes d’abus au point d’être lésés dans leurs droits fondamentaux.Le rôle de juge n'est pas celui de conseiller Les pouvoirs conférés par le législateur à la fonction judiciaire sont tels qu’ils ne peuvent s’exercer que lorsqu’il y a un litige soumis au jugement des tribunaux.Dans le droit des mineurs où, en matière de protection de l’enfance, le juge peut statuer sur l’existence d’un danger susceptible de compromettre les droits fondamentaux d’un enfant, il est certain que les frontières de la juridiction du tribunal sont imprécises à cause de la nature même de la loi.Les critères sur lesquels doit s’appuyer le juge, en matière de danger, sont nécessairement souples et ne peuvent être enfermés dans des cadres rigides.Ceci n’empêche pas d’appliquer les principes inhérents au rôle du pouvoir judiciaire, ici comme dans les autres branches du droit.Ainsi, comme le souligne le juge Chazal (2), pour donner ouverture à une décision judiciaire, il faut absolument qu’il existe un conflit entre les droits de la famille et ceux de l’enfant; ou encore entre les droits et les obligations d’un enfant, face à l’autorité parentale.En d’autres termes, si des parents, conscients de leurs limites, sont prêts à confier dans l’intérêt supérieur de l’enfant, à d’autres personnes une partie des droits que leur confère la “puissance paternelle”, à quoi servirait l’intervention du tribunal?De même si l’adolescent qui, dans l’apprentissage de sa liberté, s’est livré à des excès, se ressaisit et accepte à nouveau les obligations liées à son statut de mineur, le juge n’a plus à intervenir.Car le juge ne doit fonder sa décision, en matière de prévention, que lorsqu’il est convaincu de la présence d’un danger certain ou imminent.Le danger seulement probable ne peut faire Vobjet d’une décision judiciaire, comme étant contraire à l’esprit du droit.Ce principe se fonde sur l’f conomie générale du droit: on ne peut apporter en preuve, devant les tribunaux, que des faits et non des opinions personnelles ou des impres- 18 sions.Et les lois relatives à la protection des mineurs, de par leur objet propre, sont des lois d’exception qui échappent à ce principe général, puisqu’il s’agit d’apprécier une situation et de décider si elle comporte un danger pour un enfant.Or, les lois d’exception doivent s’interpréter restritivement.C’est dans cette perspective que l’on parle de danger certain et imminent et non pas seulement probable.De plus, pour constituer un danger au sens de la loi, les faits présentés devant le tribunal doivent être graves et répétés.L’intervention judiciaire ne doit être envisagée que lorsque les éléments d’un danger présentent ces caractères de gravité et de répétition.Lorsque le juge a accordé la protection à un enfant, il peut, suivant les prescriptions de la loi, laisser l’enfant en liberté surveillée, le confier à un foyer nourricier, recommander son placement en institution ou encore prendre toute autre décision dans l’intérêt de l’enfant.En matière de protection judiciaire, il est conc clair que les droits des parents sont presque toujours en contradiction avec les droits des enfants.Fort heureusement, il en va différemment lorsque l’on parle de protection sociale de l’enfance, ce qui suppose la participation volontaire de parents qui, conscients de rencontrer certaines difficultés dans le soin et l’éducation de leurs enfants, recherchent l’aide de spécialistes pour résoudre leurs problèmes et collaborent avec les organismes reconnus pour la protection de l’enfance.Assurer surtout la protection sociale de l'enfance En guise de conclusion, j’aimerais exprimer rapidement quelques idées maîtresses qui découlent, à mon avis, de la trop brève analyse qui précède.En premier lieu, pour prévenir ou du moins réduire les tensions pénibles et les conflits qui surviennent entre les droits des parents et ceux des enfants, il faudrait développer et concrétiser bien davantage l’idée de protection sociale de l’enfance, afin que les parents soient mieux renseignés sur les services et les ressources existants, et qu’ils soient aussi encouragés à utiliser ces services sans craindre de perdre la garde de leurs enfants.Trop souvent, des situations familiales deviennent intolérables avec le temps, alors qu’au départ, grâce aux soutiens appropriés, la famille aurait pu être sauvegardée dans son unité.En deuxième lieu, cette protection sociale accrue devrait être assurée par les C.L.S.C.(Centre local de Services Communautaires) et les C.S.S.(Centre de Service Social), au fur et à mesure de leur implantation, et le projet de loi 65 sur la protection de la jeunesse devrait expressément en parler, et créer un organisme provincial de protection qui surveillerait l’organisation et le fonctionnement de ces services, et veillerait aussi à ce qu’il y en ait partout.En somme, il s’agit de mettre beaucoup plus l’accent sur la protection sociale de l’enfance que sur sa protection judiciaire, afin de restreindre celle-ci aux cas inévitables.Il en restera toujours assez.# 1.in Traité de droit des mineurs, Paris, Cujas, 1969.2.in Les droits de l’enfant, Paris, “Que sais-jè?”, P.U.F., 1959. l’enfant qu’on maltraite une maladie /ocialc par Michel Guay, m.d.Hôpital Ste-Justine Toutes les fois qu’on mentionne devant moi le problème des enfants maltraités par leurs parents, j’ai la pénible impression que l’on reste accroché à l’aspect sensationnel et morbide du problème, cet aspect qui fait souvent la une des quotidiens du matin et l’objet d’assez crues descriptions.Envahis par le dégoût, les gens deviennent réfractaires à toute évocation d’une éventuelle réhabilitation des parents ou encore à toute solution visant à réintégrer ces gens dans les cadres de la société dite “normale”.Aussi laisserai-je à ces journaux le soin d’informer le public des détails parfois scabreux qui pullulent autour de ces actes répulsifs.Je voudrais avant tout, pour ma part, faire ressortir l’aspect quotidien et permanent du drame des enfants qui sont maltraités.Car à l’encontre de l’opinion populaire, il ne s’agit pas ici d’actes isolés et spectaculaires, mais bien plutôt d’une monotone répétition d’épisodes multiples, la plupart du temps identiques par leur contexte.En fait, il s’agit d’une sorte de variation sur un même thème jouée certes par des acteurs différents, mais chacun y allant de son improvisation sur un même drame.On sait bien que “la chose” peut se produire à l’étranger, chez les barbares.Mais ici au Québec! “Voyons nous sommes du bon monde! Evidemment, il y a bien eu quatre infanticides depuis le début de l’année, mais ce sont des exceptions!” Tout le monde a entendu ce genre de réflexions.Cependant on ignore l’incidence exacte de cette maladie sociale.Les statistiques américaines permettent certaines approximations.Les chiffres proposés par Ray.E.Helfer évaluent à 300 par 1,000,000 de population et par an les enfants qui subissent des mauvais traitements de la part des parents ou de ceux qui devraient en jouer le rôle.Si on applique ces chiffres à notre milieu, ça en fait 600 pour Montréal et 1800 pour le Québec.A mon avis, ces chiffres demeurent conservateurs.De toute façon, il n’en est rapporté qu’un peu plus de cent cas par an au Québec.On doit visiblement en déduire un manque de structures efficaces pour faire face au problème.On pourra objecter, comme certains cyniques, que des enfants ont été maltraités de tout temps et en bien plus grand nombre; qu’au stade d’évolution où nous sommes parvenus, il ne s’agit là que d’un problème mineur.Il est évidemment plus facile de nier carrément le problème et de s’attaquer à des malaises sociaux moins répugnants pour les âmes délicates.Un autre préjugé consiste à croire fermement que les enfants maltraités se recrutent exclusivement au sein des couches défavorisées de la population des grands centres urbains, et sont le fait de parents atteints de psychoses aiguës.La consultation des fiches médicales de ces enfants pourra laisser croire que la première assertion est vraie.Cependant, le taux de problèmes psychiatriques, tel qu’évalué dans plusieurs séries publiées dans la littérature médicale américaine, n’est que de l’ordre d’environ 10%.Les autres parents souffrent d’une carence chronique d’affection.Et, si les parents de milieux aisés ou mê -ne opulents n’ont pas les mêmes motifs ni la même manière de “maltraiter” leurs enfants, il n’en demeure pas moins que l’enfant maltraité se retrouve partout dans la société, au sein de toutes les classes sociales.Lorsqu’on entend l’expression “en-fant maltraité”, surgit immédiatement à nos yeux l’image d’“Aurore L’Enfant Martyre”.C’est certain, le type de sévices directs endurés par cette incarnation folklorique de l’enfance éprouvée frappe beaucoup plus l’imagination.Cette image nous remue davantage parce qu’elle heurte en nous des instincts orientés vers la protection et l’amour de l’enfant.Les sévices 'par omission ou par négligence sont pourtant plus nombreux, plus pernicieux et encore plus dommageables pour l’enfant.Ils le marquent psychiquement de cicatrices indélébiles.On n’a qu’à songer aux carences affectives — l’indifférence ou, même, la haine active des parents à l’endroit de l’enfant — de la vie dans un foyer brisé par les discordes; aux conséquences des divorces; à l’absence de morale élémentaire au sein de la famille; aux relations incestueuses; aux carences alimentaires profondes soit par négligence, soit par ignorance, soit par dénuement.Je dois ajouter, qu’à un degré moins marqué, les carences hygiéniques élémentaires, l’absence chronique de confort, de bien-être physique, l’absence de vêtements adéquats, l’absence de chauffage en hiver, la vraie misère, classent certains enfants dans le groupe des maltraités, et tout cela dans une société qui se croit évoluée.Les acteurs du drame Qui sont ces parents ou gardiens d’enfants qui vont jusqu’à cette absurde extrémité qu’est le fait d’infliger volontairement des blessures à un nourrison sans défense0 qui leur infligent des blessures si sévères que 5% d’entre eux en meurent, que 20 à 30% garderont toute leur vie durant des séquelles d’ordre neurologique (par exemple: paralysie, débilité mentale .), physique (retard de croissance) ou fonctionnel (retard dans l’apprentissage général, surtout du langage).De toute façon, 100% de ceux qui survivent gardent de cette expérience traumatisante des stigmates psychologiques profonds qui les prédisposent à devenir eux-mêmes a leur tour des parents coercitifs.Selon l’adage, “On ne donne que ce qu’on a reçu”: c’est particulièrement vrai dans le cas des parents abusivement coercitifs.De 60 à 80% d’entre eux ont été eux-mêmes maltraités.Ils ne peuvent donc donner l’affection et l’amour qu’ils n’ont pas connus dan: leur enfance.C’est tellement vrai que ces parents s’attendent même à lece-voir l’amour de leurs enfants mal- m traités.N’ayant jamais vécu de rela- 19 l’enfant qu’on maltraite lions affectives normales avec leurs propres parents, ils ignorent essentiel-lement leur rôle dispensateur d’affection envers leurs enfants.Malheureusement pour eux et pour l’enfant, ce dernier, à ses premiers mois de vie, ne répond pas du tout à «^attente de ses parents.D’où frustration des parents, rancoeur et rejet de l’enfant.Déjà se dessine une relation parent-enfant très pathologique.L’enfant quant à lui est toujours jeune.Souvent il s’agit d’un nourrisson.Ses parents le trouvent “spécial”.Occasionnellement, ce sera un handicapé physique (cardiopathie congénitale, fissure palatine) ou mental, très profondément atteint ou encore un handicapé non diagnostiqué (surdité, dysfonction cérébrale, etc).Mais, dans la majorité des cas, ce sont les parents eux-mêmes qui perçoivent l’enfant comme différent.Dans une famille, souvent il n’y en a qu’un qui soit la cible des sévices.Cet enfant ne correspond pas à l’image que ses parents s’étaient faite de lui avant sa naissance.En bref, l’enfant ne plaît pas à ses parents et ne leur procure aucune gratification.La crise S’il survient un événement désagréable, comme la perte d’un emploi, si se prolonge une situation pénible, comme des désaccords conjugaux, l’ivrognerie de l’un ou l’autre des conjoints, l’aggravation d’un problème financier, c’est l’enfant qui, aux yeux des parents aigris, cristallisera la source de tous les maux.C’est donc sur lui que s’épanchera la colère des parents quand la goutte fera déborder le vase: par exemple, si l’enfant hurle sans raison évidente ou s’il frustre un peu plus ses parents en crachant sa nourriture ou en souillant ses vêtements.L’enfant est battu le plus souvent dans un accès de rage.On l’amène à l’urgence de l’hôpital rarement en raison de la blessure mais bien plus à cause des hurlements furieux.Les réponses des parents au questionnaire médical sont souvent “à côté”, imprécises.C’est là, pour un médecin avisé, un premier indice que complétera la découverte d’une fracture inexpliquée ou d’ecchymoses multiples chez un bébé qui ne se traîne même pas tout seul.Malheureuse- 20 ment, dans les salles d’urgence surchargées, le médecin acceptera souvent l’explication donnée par les parents.L’enfant retournera chez lui après traitement, donnant lieu à la reprise du cycle jusqu’à l’apparition du gros titre dans les journaux: BEBE DE SIX MOIS ASSASSINE, et en sous titre: LA MERE AVOUE SON CRIME.On laisse se perpétuer des situations semblables un peu partout dans le monde.Ce qui est grave, c’est que tout se déroule dans l’ignorance ou l’indifférence totale de la population et des dirigeants.Pis, certains nient même la réalité du problème.J’ai l’impression que tous et chacun trouvent la chose déplorable quand on la leur rappelle, mais que finalement ils ne se sentent pas concernés.On ne peut blâmer personne en particulier.C’est toute la société qui est responsable.On s’est demandé sans doute s’il y avait moyen d’enrayer cette maladie sociale, mais sans aller vraiment au-delà de la question théorique.Comment peut-on aider ces malheureux, parents et enfants?Il faut d’abord savoir que les parents d’enfants maltraités se sentent un peu comme des bêtes traquées dans une société qui juge sévèrement leurs actes “contre nature”.Ils savent bien que si on apprend leur conduite ils seront probablement châtiés sévèrement.Toute leur vie n’a été qu’une litanie de critiques amères de leur comportement et de châtiments plus ou moins rigoureux.Et si on ajoute à ce sort la pauvreté matérielle, l’image qu’ils se font d’eux-mêmes est peu reluisante; ils se dévalorisent et perdent le peu de confiance qui leur restait.Les parents qui maltraitent leurs enfants se font suffisamment mal à eux-mêmes pour que le recours au châtiment ne soit pas nécessaire.L’intervention sociale doit viser à interrompre les sévices et non à punir des parents qui ne font que répéter auprès de leurs enfants les sévices subis au cours de leur propre enfance.Les contacts humains, la sympathie sont les armes les plus efficaces de la réhabilitation des parents abusivement coercitifs.Eux qui n’ont jamais reçu de personne aucune marque de sympathie sont très sensibles à l’attention qu’on pourra apporter à leurs problèmes.L’expérience des centres comme Denver et New York a démontré l’efficacité de cette méthode d’approche, la seule à donner des résultats positifs.Résultats qui n’ont rien de miraculeux mais qui sont le fruit de patientes démarches auprès d’individus naturellement hostiles au début, puis étonnés et enfin gagnés.Ainsi on peut sauvegarder l’unité nucléaire des familles en cause, et on ¦•ne réservera les mesures répressives que pour les cas réfractaires, par exemple quand l’un ou/et l’autre des parents manifestent une atteinte psychiatrique grave mettant en danger le bien-être des eh-fants.Les solutions Il n’existe pas de solution toute faite au problème des enfants battus.Seul un programme planifié et administré par des gens compétents pourra réduire l’étendue de ces situations pénibles.Ce programme doit d’abord viser le dépistage des cas.On ne parviendra à l’élaborer qu’à long'terme, en sensibilisant la population à dépasser son acceptation passive de ces situations intolérables.Cette forme d’éducation a fait ses preuves récemment lors d’une campagne de publicité bien orchestrée entourant l’étude de la loi 65 sur la protection de la jeunesse.A la suite de cette initiative heureuse, l’hôpital Ste-Justine_ a être informé d’un nombre important de cas de “maltraitement”.Ces campagnes de sensibilisation et de renseignements devront s’adresser surtout aux gens les plus susceptibles de rencontrer des énfants maltraités, c’est-à-dire les médecins, les infirmières, les travailleurs sociaux, les éducateurs et même les coroners.Tous ces gens devront être sensibilisés à la réalité du problème et devront être informés de la marche à suivre lorsqu’ils soupçonneront l’existence d’un tel cas.D’autre part, la loi sur “la déclaration obligatoire” devra être renforcée de telle sorte que toute personne ayant connaissance d’un enfant exposé à des sévices ou des mauvais traitements sera tenue de le déclarer aux autorités compétentes (lesquelles devront être clairement désignées) sous peine une maladie /octale oies F des ^’orlia oarclies oœent s et en-«garder a eau-nés ?!> cas ttd l’un destent ce met-ee en- uations abord nve ttefor- meuves tourant nitiati nortant ribles traités-intir- iuî ironed-$ devront fjstentf rcee «< ¦iàde teme0t?pritf' d’amendes sévères.En contrepartie, les déclarants, particuliers ou institutions, devront être protégés contre d’éventuelles poursuites devant les tribunaux, leur bonne foi servant de garantie.Une fois le dépistage effectué, il ne faudrait surtout pas se limiter à traîner les parents devant les tribunaux afin de séparer l’enfant de son milieu naturel.La solution préconisée par les spécialistes de la question est que l’enfant soit hospitalisé pour une évaluation médicale et immédiatement pris en charge par une équipe multidisciplinaire dont la composition peut varier; il paraît important qu’elle compte parmi ses membres un pédiatre aguerri et un travailleur social compétent, tous deux bien au fait du problème de l’enfance maltraitée et de sa physiopathologie.Cette équipe, à laquelle pourraient se joindre des consultants spécialisés: hommes de loi, médecins spécialistes (radiologiste, orthopédiste, neurologue, etc.), psychologues, selon les besoins, aura pour tâche d’évaluer le degré d’atteinte physique, la gravité du problème social et finalement d’envisager les solutions possibles pour chaque cas particulier.• L’approche multidisciplinaire est exigée par la multitude de facettes de cette “maladie” sociale.J’entends par là qu’il ne faut pas qu’une éventuelle loi de la Protection de la jeunesse confie à la seule sphère légale le soin de trancher toute la question.Les juristes ne devraient jouer ici qu’un rôle très épisodique.Car la seule solution punitive laisse bien plus de plaies qu’elle n’en guérit.Dans l’état actuel de notre société, ce système de prise en charge ne peut s’élaborer que dans le cadre d’un service hospitalier bien organisé, à cause justement de la proximité même des spécialistes appelés à cette prise en charge.Les hôpitaux régionaux de la province répondent à la plupart des critères cités plus haut.On pourrait ainsi créer à travers toute la province, à même les structures déjà existantes, donc à peu de frais, un réseau de diffusion de l’information concernant le traitement de ce genre de problèmes.L’ensemble du réseau pourrait se structurer autour d’un ou mieux deux centres hospitaliers pédiatriques (puisqu’il s’agit toujours d’enfants malades) lesquels pourraient jusqu’à un certain point coordonner l’action individuelle des centres régionaux, rassembler les données et fournir de la documentation, des informations et des avis éclairés.L’idée d’un fichier central où toutes les données seraient rassemblées ainsi que les dossiers de cas étudiés fait peu à peu et péniblement son chemin du côté du législateur fédéral, alors qu’on ne l’évoque pas encore au niveau provincial.Pour revenir à notre groupe régional de prise en charge, celui-ci devra avoir accès à des ressources variées, comme des foyers nourriciers ou d’hébergement et des institutions.Inévitablement, certains cas devront être soumis aux Cours de Justice, actuellement Cours de Bien-Etre Social afin d’assurer à l’enfant une protection qui s’avérera nécessaire.Mais cette démarche judiciaire devra être l’ultime recours une fois toutes les autres épuisées.Ce même groupe aura de plus pour tâche de s’assurer que les enfants ainsi traités seront ensuite suivis assidûment.Il s’agira alors de faire participer soit des infirmières visiteuses, soit des travailleuses sociales ou toute autre personne compétente qui veilleront au maintien d’un contact étroit avec les parents et l’enfant.Selon les initiatives locales, on pourra par la suite susciter la mise sur pied de services d’entraide communautaire pour les parents d’enfants maltraités, comme l’association newyorkaise “Parents Anonymous” (les parents anonymes), les séances de thérapie de groupe des parents concernés sous l’égide du psychiatre de l’équipe de prise en charge.Bref, à partir du noyau initial de prise en charge, toutes les formes possibles de service communautaire orientées vers le soutien des parents en cause peuvent avoir leur place.L’idéal est d’y parvenir à un coût de revient minimal.Or ce qui coûte encore le moins cher, bienqu’assez rare, c’est la bonne volonté! / Comment prévenir?La première forme de prévention est l’éducation populaire.La première étape: faire disparaître certaines idées toutes faites qui sont des erreurs grossières.Le rôle et la place de l’enfant dans la famille sont à redéfinir.Pourquoi ceux qui ne pensent pas pouvoir aimer les enfants n’envisageraient-ils pas l’éventualité de ne pas en avoir.L’idée nouvelle que le maternage dans un sens très large n’est pas tout à fait instinctif, et que cela s’apprend comme le reste, n’est pas encore très répandue.Il faudrait trouver une forme de dissuasion pour empêcher les parents immatures, débiles ou atteints de troubles psychiatriques d’avoir des enfants.Il ne s’agit pas d’eugénisme.Il s’agit simplement de prévenir des maux.Une autre forme de prévention serait de permettre, par une procédure adéquate à trouver, que les parents qui haïssent tel ou tel de leurs enfants, puissent, légalement s’en séparer et ce pour son plus grand bien.La société accepte déjà que les couples se séparent pour incompatibilité de caractère; pourquoi les parents qui haïssent leurs enfants seraient-ils forcés de vivre avec eux, au détriment de l’enfant surtout.Il faut d’abord protéger l’enfant qui n’a pas demandé à naître.Une autre manière très pratique de prévention sera la mise sur pied d’un réseau de garderies populaires, gratuites, donc accessibles à toutes les mères, ouvertes 24 heures par jour, sept jours par semaine.Ceci, dans le but de décharger les mères surmenées de leurs rejetons turbulents, en attendant une accalmie.Il faudrait aussi régler, une fois pour toutes, le problème du pain quotidien dans bien des familles.Combien d’autres problèmes familiaux viennent se greffer sur celui-ci! En bref, c’est ça le problème des enfants maltraités.Il y a beaucoup plus à faire qu’il n’a été fait jusqu’à maintenant.C’est à notre société de décider si elle continuera de se déshumaniser ou, au contraire, si elle cessera sa course effrénée à la consommation pour prendre conscience des besoins réels des plus petits de ses membres, ceux qu’on néglige, cette fraction importante de notre population, la plus vulnérable: les enfants.Il ne faudrait pas leur réserver le même sort qu’à nos vieillards: l’oubli.0 21 le placement d'enfants c'est l'affaite de qui ?par Marie-Reine Lepage Société de Service Social aux familles "Lorsqu'il s'agit de placement, la personne la plus concernée est certainement l'enfant lui-même." tlLa "fc jJauMf ou ^OAmJ Tl» Lùala A0yCt JtSjÿjtL IUmAjUJ?,.La société québécoise vit depuis quelques années des changements multiples et rapides et voit ses institutions de base régulièrement remises en question.Toutes ces transformations modifient, entre autres, l’image qu’on se fait de la structure et des rôles de la famille.Cependant, la famille 73, tout comme la famille d’autrefois, demeure encore l’unité de base de la société et doit continuer à assumer les responsabilités qui lui reviennent face au développement et à l’éducation des enfants.Ceci explique que le fait de séparer un enfant de sa famille symbolise ordinairement un échec pour l’enfant, pour sa famille et pour la société.Par conséquent, le phénomène du placement d’enfants doit être un sujet de préoccupation générale même si certains organismes et personnes y sont plus directement impliqués.Ce dernier accepte rarement de bon gré le fait de vivre éloigné des siens.Très souvent, il a entendu prononcer le mot “placement” dans un contexte particulier.Ainsi, il a pu être menacé de renvoi de son milieu par ses parents qui n’arrivaient pas à le contrôler, ou parce qu’il ne réagissait plus à leurs méthodes disciplinaires et éducatives.Ou alors, il a pu se retrouver subitement devant cette réalité à cause de l’irresponsabilité ou même du désintéressement de ses parents.De toute façon, le retrait de son milieu naturel a généralement une signification pour lui.H sera placé, pense-t-il, parce qu’il n’est pas aimé, parce qu’il a été indiscipliné, etc.Le placement représente donc un déracinement pénible, un rejet parental, une punition.Les parents sont également très impliqués dans cette situation problématique car, que le placement soit volontaire ou imposé, c’est, selon eux, l’aveu implicite d’un échec.Le placement devient alors la preuve qu’ils n’ont pas réussi à remplir la fonction primordiale que la société leur attribue: celle de créer pour leur enfant, un milieu propice à son développement normal et à son épanouissement. "Puisque les parents ont échoué dans leur tâche majeure, faut-il les discréditer définitivement?" Faut-il les tenir entièrement et uniquement responsables de ne plus être capables de s’occuper de leur propre enfant?Il s’agirait là d’une vision beaucoup trop simpliste de la situation! De cette façon, la société pourrait se donner bonne conscience en se départissant de toute responsabilité vis-à-vis l’enfant négligé ou abandonné.Un examen plus approfondi de cette problématique nous amène à percevoir des dimensions beaucoup plus larges sans toutefois nous amener à dégager les parents de toute responsabilité et nous les faire considérer comme des témoins passifs de la désintégration familiale.Donc, si l’enfant et ses parents ne peuvent pas se voir attribuer l'entière responsabilité de leur “échec”, qui ou quoi d’autre pourrait être mis en cause?La scène est vaste: on peut penser, par exemple, aux soutiens que requiert la famille.Il est probable que si la famille avait pu utiliser certaines ressources communautaires - qui hélas! ne sont pas toujours existantes ou disponibles au bon moment et au bon endroit - elle aurait pu passer à travers ses difficultés sans se désagréger.H est bien évident que la famille moderne aux prises avec des problèmes de toutes sortes est particulièrement vulnérable et dépourvue dans l’ère de changements que nous traversons actuellement.Dans cette optique, la famille actuelle pour remplir pleinement son rôle a besoin d’un environnement favorable (logement, ressources financières, loisirs) et d’un réseau adéquat de structures de soutien (service d’auxiliaires familiales, garderies, cantines scolaires, pré-maternelles.) "La famille aux prises avec des problèmes difficiles et un manque évident de services de soutien peut en arriver à penser que le seul moyen valable de remédier à la situation est de demander à l'Etat de prendre complètement la relève en assurant à l'enfant un milieu substitut." Les parents ont donc recours à un organisme social mandaté par l’Etat .pour s’occuper de ce genre de problèmes et tenter d’y trouver des réponses adéquates.La réponse n’est pas automatiquement le placement de l’enfant.La décision de placer ou non un enfant est sûrement une des tâches les plus difficiles et les plus délicates dans le domaine du travail social.La décision exige qu’on ait préalablement analysé tous les facteurs entourant le problème, les possibilités d’offrir à la famille des services qui éviteraient le placement.Cette analyse doit aussi tenir compte de l’impact que ce changement de milieu créerait chez l’enfant et ses parents.Ces différentes tâches sont complexes et les outils mis à la disposition des travailleurs de l’enfance ne permettent pas de procéder actuellement à des évaluations rigoureusement scientifiques.Bien sûr on s’empressera de dire que lorsqu’il s’agit de l’élément humain et de l’infinité de variables qu’on y retrouve, on ne peut pas s’en saisir en appliquant des formules rigides et des mesures standardisées.Il est vrai qu’on ne peut pas analyser la famille sous un microscope pour savoir ce qui ne tourne pas rond et pour décider ce qu’il faut faire pour l’aider.Par contre, on peut déplorer le fait que trop souvent la problématique du placement d’enfants demeure tributaire de philosophies et d’échelles de valeurs divergentes.Des améliorations, toutefois, dans ce domaine sont à prévoir.En effet, devant le manque d’unanimité sur les critères justifiant les placements d’enfants, les professionnels intéressés à cette question sentent de plus en plus le besoin de mettre en commun leurs expériences et leurs réflexions respectives afin d’en arriver avec plus d’objectivité à dégager des principes directeurs qui guideraient leurs interventions.Tous sont d’accord sur le besoin urgent de recherches qui aideront à préciser les différents facteurs et constantes qui composent la problématique de l’enfance malheureuse.Cependant le quotidien oblige les travailleurs de l’enfance à faire face à des réalités nécessitant des prises de décision immédiates qui ne peuvent attendre les résultats de recherches d’envergure.C’est dans ce sens qu’ils procèdent régulièrement à des évaluations de situation qui conduisent à des placements d’enfants."Dans la plupart des cas, le foyer nourricier sera vu comme ressource privilégiée pour assurer le bien-être de l'enfant." En effet, si l’on se réfère à nos critères de base voulant que la famille soit le milieu idéal pour l’épanouissement de l’enfant, il découle logiquement que l’on choisisse en remplacement de la famille naturelle le milieu qui lui est le plus ressemblant, c’est-à-dire la famille substitut.Cette dernière est censée être dotée de très bons atouts lui permettant de jouer auprès de l’enfant un rôle parental et, occasionnellement, un rôle thérapeutique.Le placement doit aussi tenir compte des traits de personnatlité et des problèmes de comportement bien spécifiques de l’enfant.Ainsi le foyer nourricier qui accueillera l’enfant ne saurait être choisi à l’aveuglette.A vrai dire, pour chaque enfant à placer, il devrait exister un foyer “fait sur mesure”, prêt à l’accepter tel qu’il est et apte à l’aider à modifier ses habitudes et comportements, s’il y a lieu.Le placement en foyer nourricier sera donc “réussi” dans la mesure où l’enfant et la famille substitut s’accepteront mutuellement, sans oublier pour autant, que l’enfant possède sa propre famille avec laquelle il est dans la plupart des cas appelé à conserver des liens.En faisant allusion à un foyer nourricier “fait sur mesure”, on veut souligner que le foyer doit répondre aux besoins de l’enfant mais on veut aussi souligner l’importance des caractéristiques propres à chacun des foyers substituts.En effet, chaque famille nourricière, comme toute famille, possède ses forces et ses faiblesses et se montre davantage équipée pour faire face à certaines situations et à certains problèmes plutôt qu à 23 les petites annonces GARÇONS Hugues, 10 ans — Insécure.Attire beaucoup l’attention de l’adulte.Joue avec autres enfants et s’organise seul — lecture — musique — fonctionne bien au scolaire.Besoin foyer chaleureux — stimulant — capable de répondre aux besoins affectifs de l’enfant mais sans se laisser manipuler.3ième foyer.— Foyer adoptif ou nourricier.Stéphane, 9 ans — Enfant perturbé par suite de mauvais traitements antérieurs, demeure très fragile sur le plan affectif.Enfant intelligent, débrouillard, actif, têtu, boudeur — manipulateur, a besoin de fermeté, de douceur et d’amour.Enfant insécüre qui a besoin de confiance et de sécurité de l’adulte.Aucune difficulté à l’école.Lionel, 8 ans — Comportement normal à tous les points de vue.Enfant intelligent, obéissant, propre, sportif, studieux et sociable.Enfant en excellente santé.— Foyer adoptif.Pierre, 5 ans — Enfant vraiment intéressant, actif, débrouillard.Enfant éveillé, pose beaucoup de questions.Sait nager même sous l’eau.— Foyer adoptif.Daniel, 5 ans — Enfant retiré du foyer d’adoption à la demande du couple.L’adaptation de madame ne s’est pas effectuée.Comportement normal, doux, non agressif.A présentement un léger blocage émotif.Foyer adoptif.Alain, 5 ans — Enfant avec un besoin très spécial de chaleur affective.— Type déprimé, renfermé, trezs têtu — qui regrette un fo yer dont il est sorti en ’72.Foyer nourricier?Daniel, 5 ans — Toujours gardé par la mère naturelle qui est décédée.Aucune ouverture dans la famille.— Bel enfant intelligent.Un placement rapide serait indiqué.Foyer adoptif.Maurice, 5 ans — Enfant très dégourdi, intelligent.Léger défaut de langage — Besoin d’un père jeune et masculin et d’une mère chaleureuse.— Foyer adoptif.Pascal, 12 ans — Foyer de fin de semaine et sera admis à Doréa.Troubles d’adaptation vsociale assez im portants, aurait besoin d’une grande acceptation et compréhension.Alain, 13 ans — Enfant difficile, mésadapté socio-affectif qui fonctionne au niveau de débilité (Q.I.64).A connu déjà 5 déplacements.Demande foyer nourricier cadrant, et capable de travailler en institution.Claude, 10 ans — Taille normale — physique agréable.Demande beaucoup d’attention.Intelligent — sociable — agressif (vols, feu, fugues).Enurésie (revit) — Motif: non acceptation par le foyer.Claude, 10 ans — 3 déplacements sans que lui en soit la cause, ce garçon a un pouvoir de récupération formidable.Aurait besoin d’un couple se sentant sécure, capable de composer avec le psychologue et pouvant traduire les affects de Claude.Foyer nourricier ou adoptif.TRES URGENT.FILLES Christiane, 8 ans Cette petite est sortie par sa mère tous les samedis.Intelligente, belle, a un bon comportement — Un foyer nourricier est demandé.Patricia, 6 ans A un retard psychologique, très attachante, ferait beaucoup de progrès dans un foyer stimulant — Foyer nourricier ou adoptif.Giulia, 8 ans A besoin d’un foyer italien si possible.La mère sort l’enfant tous les samedis.Belle petite fille, intelligente, bon comportement.Carole, 13 ans Est une grande adolescente, tendances possiblement délinquantes, agressive, révoltée.Un foyer pour fins de semaine et congés l’aiderait beaucoup.Micheline, 5 ans Est une belle petite fille, jolie, attirante, très intelligente qui demande beaucoup d’attention parce que sourde- muette — Foyer nourricier ou adoptif.24 le placement d’enfant/ d’autres.Certains foyers nourriciers sont particulièrement à l’aise avec un très jeune enfant.D’autres se montrent plus aptes à accueillir l’enfant d’âge scolaire.Par rapport au comportement de l’enfant par exemple, certains parents nourriciers peuvent être déconcertés devant un enfant inhibé et replié sur lui-même.D’autres, acceptent moins bien l’enfant ayant un comportement agressif.A l’inverse, l’enfant agité, rebelle ou indiscipliné ne s’intégre pas toujours facilement dans n’importe quel foyer.Et que dire surtout, de l’enfant sérieusement perturbé et carencé qui a besoin d’une famille prête à investir énormément afin de le rendre capable de jouir normalement de la vie et de devenir éventuellement un adulte équilibré! "Mais quelle est notre situation réelle, au Québec, en matière de ressources en foyers nourriciers?." De façon constante, on déplore l’insuffisance et le manque de diversité de foyers substituts.Souvent l’enfant est dans l’attente parce que “sa” nouvelle famille n’a pas encore été trouvée.Cependant, faute du foyer idéal pour cet enfant, il se retrouvera parfois dans une situation de compromis: soit dans un foyer nourricier déjà surchargé d’enfants, soit dans un foyer plus ou moins apte à répondre à ses besoins particuliers, soit dans un centre de dépannage, soit en dernier ressort dans une maison de détention où l’attente se poursuivra pendant que ceux qui en ont la responsabilité continueront de chercher le milieu qui lui convient.Comment remédier à une telle situation?Comment augmenter en nombre et en diversité les foyers nourriciers au Québec?Une première réponse serait dans la sensibilisation de la population aux besoins de ces enfants pour lesquels l’Etat a ^reconnu sa responsabilité.Il existe sûrement de nombreux citoyens qui offriraient leur collaboration s’ils étaient au courant qu’on a besoin d’eux.Ainsi donc une occupation majeure de l’Etat consisterait-elle effectivement, dans le recrutement de nouveaux foyers nourriciers.A cette fin, des moyens publicitaires devront être utilisés de façon plus constante et plus énergique que par le passé, afin d’informer la population de la situation telle qu’elle existe.D’autres moyens sont également à prévoir pour motiver et garder disponibles de bons et nombreux foyers.Songeons, ici, aux taux fixés par l’Etat pour le maintien de l’enfant en foyer nourricier.Ces taux permettent à peine aux parents substituts de nourrir et vêtir l’enfant.Si l’on tiènt compte du fait qu’accepter d’être foyer nourricier, c’est accepter d’être en service commandé vingt-quatre heures par jour, sept jdurs par semaine, auprès d’un enfant qui n’est pas le sien, la tâche est sûrement très lourde.De plus, en dépit de l’attachement profond que plusieurs parents nourriciers peuvent ressentir pour l’enfant, ils doivent, cependant se montrer prêts en tout temps à se séparer de lui, c’est-à-dire lorsque vient le moment de la réintégration au foyer naturel.Tenant compte de ce qui précède, il nous apparaît évident qu’une rémunération plus adéquate encouragerait les foyers nourriciers à mieux assumer le rôle qui leur incombe.Une autre source importante d’encouragement à souligner, c’est la collaboration étroite que le praticien en travail social doit offrir au foyer nourricier.Il doit être disponible pour soutenir et conseiller les parents nourriciers pendant toute la durée du placement de l’enfant.En terminant, il serait impossible de parler de placement d’enfants sans faire allusion à l’unique solution que constitue parfois le milieu institutionnel.Certains enfants ne peuvent pas utiliser le foyer nourricier, pour des raisons diverses, et l’on doit songer au pensionnat ou à l’institution spécialisée.En général, le pensionnat est utilisé pour l’enfant d’âge scolaire qui a des liens très étroits avec ses parents et qui pour cette raison, ne s’intégrerait que très difficilement dans un foyer nourricier.On peut également songer au pensionnat pour l’enfant qui a vécu des expériences troublantes et qui a besoin, pour un certain temps, de se retrouver dans un milieu un peu plus “neutre” avant d’entrer à nouveau en relation affective intense avec des figures parentales.L’enfant a parfois surtout besoin d’apprendre à vivre plus harmonieusement avec ses pairs et peut alors tirer avantage d’un séjour au pensionnat.Enfin, il y a l’enfant qui souffre de troubles psycho-affectifs importants et pour lequel on doit faire appel aux diverses institutions spécialisées afin de lui assurer le traitement nécessaire.Cependant on constate qu’au Québec les institutions, les pensionnats se font de plus en plus rares, et que les milieux spécialisés sont très achalandés, la plupart ayant de longues listes d’attente.Souvent l’enfant doit vivre très éloigné de ses parents pour bénéficier des services spéciaux dont il a besoin.Et parfois, il n’existe aucun endroit offrant la gamme de services qui lui seraient nécessaires."Mieux servir l'enfant qui pourrait devenir "enfant placé" c'est encore et avant tout lui fournir ainsi qu'à sa famille, tous les services communautaires requis pour faire face aux problèmes de la vie quotidienne".Autrement dit, pour mieux servir “l’enfant à placer éventuellement”, il faut trouver les moyens d’éviter son placement.La prévention est donc la meilleure réponse à apporter à la problématique du placement qui prend de l’envergure.De plus en plus de familles perçoivent le placement comme solution à leurs difficultés et il devient impérieux de leur offrir des solutions de rechange valables par un éventail complet de services de soutien à leur portée.Quoique le placement en milieu substitut soit considéré comme mesure palliative, il demeure toujours un élément important de la problématique de l’enfance malheureuse.Et puisque certains enfants doivent être placés, il est essentiel qu’ils en souffrent le moins possible en bénéficiant de milieux substituts adéquats.Tous s’entendent pour bien équiper nos adultes de demain.Alors pourquoi négliger les plus vulnérables d’entre eux?Si on est d’accord que la qualité d’une société se mesure dans la façon de traiter ses enfants, on ne sera aucunement hésitant à affirmer que “l’enfant placé”, ça devient r affaire de tout le monde.# 25 la protection de la jeune//e on ci c/cciffiotc la prévention par Marc Bélanger, Ps.Ed.Bureau de consultation-jeunesse et Pierre Poupart, M.Ps.Centre d'Accueil Hochelaga /Maisonneuve Depuis la présentation du projet de loi 65, sur la protection de la jeunesse, bon nombre de personnes ou d’organismes impliqués dans un travail auprès des jeunes ont réagi de façons diverses, les uns adoptant une position modérée, les autres formulant une demande catégorique du retrait de ce projet de loi.Notre but ici n’est pas de reprendre l’argumentation de nos mémoires exposés en commission parlementaire sur le sujet mais d’élaborer un des aspects qui retient notre attention, à savoir: l’utilisation de ressources communautaires dans une approche préventive pour la protection de la jeunesse.On a laissé tomber la promotion de l'intérêt des jeunes Nous débuterons en citant l’article 2 du projet de loi sur la protection de la jeunesse, qui se lit comme suit: “Le ministre des Affaires sociales et le ministre de la justice sont chargés de promouvoir Vintérêt des enfants et de prendre les mesures requises pour qu’ils reçoivent une protection efficace contre les dangers à leur sécurité, à leur développement ou à leur santé’’.Cet article, qui fait partie des dispositions générales du projet de loi, peut être considéré comme un résumé de ses objectifs.Mais dans cet article 2, un terme retient notre attention: promouvoir l’intérêt de l’enfant.En effet, si nous constations à la lecture du projet de loi qu’on tente réellement de prendre les mesures re- 26 quises pour qu’ils (les enfants) reçoivent une protection efficace contre les dangers à leur sécurité, à leur développement ou à leur santé’’, il n’en est pas de même pour la “promotion” de l’intérêt des enfants qu’on cherche vainement à travers le projet de loi.Or, à notre avis, la protection de la jeunesse est en grande partie une affaire de promotion d’intérêts et de prévention.On doit viser une amélioration des conditions de vie de sorte que des situations insupportables ou pénibles ne deviennent pas dangereuses pour les enfants qui les subissent.Un service de protection de la jeunesse qui se contenterait de répondre aux plaintes et de résoudre des cas individuels sans, par ailleurs, chercher et analyser des situations qui peuvent devenir dangereuses afin de promouvoir l’intérêt des enfants, serait un service incomplet.On a oublié la prévention Le projet de loi de protection de la jeunesse semble s’être éloigné de son esprit de prévention.Non seulement la prévention n’est-elle jamais mentionnée, mais la protection est conçue uniquement comme une intervention en cas de danger: on ne souligne nulle part la possibilité d’améliorer la qualité des conditions de vie.Ainsi comme il est dit à l’article 9, le directeur ferme le dossier s’il arrive à la conclusion que la situation dans laquelle se trouve l’enfant ne constitue pas un danger pour lui.Ce n’est pas de cette façon qu’à long terme il sera possible de parler de prévention.Si nous nous limitons à travailler avec les personnes qui présentent des troubles de comportement déclarés, nous ignorerons toujours les causes de ce mal et en ce sens nous n’aiderons en rien le milieu à évoluer: nous soulagerons temporairement des jeunes qui le réclament sans jamais dépasser par ailleurs ce palier individuel d’intervention.Les courants modernes de médecine sociale, de psychologie et de psychiatrie communautaire vont dans le sens d’une action préventive.Le projet de loi 65 devrait s’inspirer de ces courants de pensée et instituer des modes d’approches auprès des jeunes qui tiennent compte de cette relation profonde qui existe entre l’enfant et son milieu, et, s’il veut aider la jeunesse, devrait mettre en place des mécanismes qui verront à faire plus qu’apporter un remède à une pathologie déjà évidente.Les mécanismes prévus actuellement ne peuvent être efficaces que dans des situations d’urgence et ne sont en rien préventifs; ils ne préconisent pas des mesures visant à aider l’enfant à mieux évoluer dans son “milieu familial naturel”.Les ressources communautaires fous croyons nécessaire que soit ins-tué un Service de Protection qui au-lit pour préoccupation essentielle la rotection sociale, et dans lequel nous -7 — - A mrrions retrouver les deux objectifs tés à l’article 2 du projet de loi: -la promotion de l’intérêt des en- ms la prise des mesures pour dispenser le protection efficace contre les dan-3rs à leur sécurité à leur îveloppement et à leur santé.Pour atteindre ces deux objectifs, il faut que le Service de Protection ait une assise très locale, qu’il soit identifié à un quartier, (tout en étant, bien sûr, dépendant d’un service de protection central, par exemple à l’échelle d’une région administrative).cequ Id’im réelle c’est Cet; réoiga, Petit [ ÜMe En effet, nous concevons ce service comme un service de première ligne, qui doit faire partie du premier palier d’interventions sociales.Protect % Idéalement chaque enfant et chaque membre d’une famille devraient pouvoir repérer dans leur quartier l’endroit où ils peuvent aller rencontrer des gens aptes à identifier avec "porte- I 1 tou- [ îsen |>lb i oporai- N ce wcne jsycliia- I'; le sens 'ojetde atholo-1 pires loitins- lelnous lifftifs Stifle11'] t.bien iprotec- entPott; M[lt Ijejcoi1' lier^ eux les ressources immédiates dont ils disposent et prêts à les confier à des spécialistes (travailleurs sociaux, etc.) ou éventuellement au Service de Protection Judiciaire.D’autre part si, comme nous le concevons, la protection de la jeunesse consiste en grande partie à “promouvoir l’intérêt des enfants’’, il faut que le service de protection soit un service local.Nous soutenons que la dynamique d’un quartier ne peut être correctement perçue que par des personnes qui vivent dans ce milieu quotidiennement, soit des résidants, soit des personnes qui y ont le siège de leurs activités journalières et qui agissent en collaboration quotidienne et étroite avec les résidants.Ce sont d’abord ces gens qui sauront déceler ce qui peut devenir pour les enfants d’un lieu une source de danger pour leur santé, leur sécurité et leur développement.Si le Service de Protection veut réellement promouvoir des intérêts, c’est-à-dire exercer une protection active et préventive, il serait tout à fait maladroit et inefficace d’inscrire son intervention ailleurs qu’à l’échelon local.Le projet de loi sur la protection de la jeunesse remet toute décision au directeur du service de la protection de la jeunesse, opérant par là une centralisation qui ne nous paraît souhaitable ni au plan administratif ni au plan social.Le directeur, suivant ce projet de loi, procède à une analyse des cas qui lui sont soumis, constitue des dossiers qu’il ferme ensuite ou les transmet à un CSS (Centre de Services Sociaux).Cet aspect du projet de loi est inacceptable.Déjà le Bill 65 (Loi sur la réorganisation des Services de santé et des services sociaux) faisait un pas, petit mais intéressant, au point de vue de la régionalisation des services.Dans le projet de Loi 65, c’est la régression.Centraliser, en matière de protection de la jeunesse, c’est ignorer complètement les besoins de l’enfant, sa façon de vivre et le milieu où il s’incarne.C’est, pratiquement, obliger l’enfant à affronter un monstre administratif dont la complexité ne peut que le décourager.On imagine que l’enfant par ailleurs bafoué peut sortir d’une telle expérience (d’un tel contact) déçu à tout jamais.La loi sur les services de santé et les services sociaux parle de régionalisation des services afin que les citoyens d’un même milieu s’organisent pour se donner des services à la mesure de leurs besoins et de leurs aspirations.En ce qui concerne les enfants, le législateur semble croire que cette façon de voir n’est plus valable.On peut se demander s’il ne s’agit pas là d’une erreur monumentale de sa part.Le CISC plutôt que le CSS La structure qui nous paraît être la plus adéquate pour accueillir le Service de Protection est le Centre Local de Services Communautaires (CLSC) et non, comme le préconise le projet de loi, le CSS où l’intervention est beaucoup plus spécialisée.Nous croyons que la création du Service de Protection au sein du CLSC est tout à fait dans la ligne de la réorganisation des services sociaux.“he Centre hocal de Services Communautaires se situe à mi-chemin entre, d’une part les cabinets privés de professionnels et d autre part les Centres hospitaliers, les Centres de Services Sociaux et les Centres d’Accueil; il devient de la sorte la principale porte d’entrée du réseau public d’affaires sociales’’.Mais les CLSC ont du mal à voir le jour Cependant, il existe actuellement un problème que l’on ne peut se permettre d’ignorer: c’est la difficulté qu’éprouvent les CLSC à naître.Nous considérons qu’une nouvelle législation sur la protection de la jeunesse est urgente: on ne peut pas envisager d’attendre la création du CLSC dans tel secteur de population pour s’occuper ensuite de la protection des jeunes.Dès lors, il nous semble, que, tout en recommandant fortement l’insertion du Service de Protection au sein des CLSC, on doive envisager une certaine indépendance provisoire de l’un et l’autre service, ce qui permettrait la mise sur pied de Services de Protection sans attendre pour autant la fondation du CLSC local.Il y aurait ainsi autonomie temporaire jusqu’à ce que le CLSC soit en mesure d’intégrer efficacement un Service de Protection déjà existant.Nous suggérons que la mise sur pied de Services de Protec- tion s’élabore à partir de ce qui existe déjà: il est bien rare qu’un groupe de population ne dispose d’aucune ressource en ce qui concerne la protection de la jeunesse.Il existe des groupes de citoyens, de travailleurs sociaux, d’éducateurs ou encore des professeurs dans une école, un groupe paroissial, etc.qui travaillent dans le sens de la protection sociale, rassurent, conseillent, animent, etc.en un mot.promeuvent les intérêts d’un quartier.Il s’agirait d’identifier ces ressources, de les évaluer, de les rapprocher les unes des autres et d’en constituer l’embryon du Service de Protection local.Au-delà du geste quotidien D ressort donc clairement que la promotion des intérêts des enfants commence là où ils vivent et que le service de protection tel que suggéré par le projet de loi 65 oublie la prévention pour ne s’en tenir qu’aux seuls aspects curatifs.Nous suggérons, en face de ce problème, d’instituer sur des bases très régionales des mécanismes qui regrouperont les ressources déjà existantes en vue d’en arriver à réellement promouvoir l’intérêt des en-fants.Cependant, malgré ces efforts qui sans doute offriraient un éventail intéressant de services aux jeunes, il reste une ombre au tableau: la mise sur pied de services n’est en somme qu’un palliatif par rapport à des lacunes sociales.A notre avis, il ne faudrait pas perdre de vue que les services, les plus adéquats soient-ils, ne sont pas un objectif à atteindre pour lui-même mais un moyen pour parvenir à d’autres fins.Ces dernières devraient être de nature sociologique, au niveau des causes des problèmes que nous avons à solutionner aujourd’hui et qui concernent la jeunesse.Dans le feu de l’action, au cours du travail auprès des jeunes, cette préoccupation devrait être toujours présente, sinon nous risquons de perpétuer pendant bien longtemps la mise sur pied de services qui nous confirment notre utilité mais qui ne nous impliquent en rien dans des diange-ments sociaux plus profonds.9 27 par Maurice Champagne Directeur de la Ligue des Droits de T Homme • ^ De l’avis d’un grand nombre, c’est le milieu familial qui détermine le plus largement et le plus intensément l’exercice des droits de l’enfant.Mais dans le milieu familial les droits de l’enfant restent solidaires et indissociables d’autres droits: ceux de la femme en tant que femme, ceux du couple en tant que couple, ceux de chaque conjoint en tant qu’individu, ceux de l’entité familiale dans l’organisation communautaire du quartier, celui de chaque membre de la famille à un environnement favorable à la qualité de la vie, etc.Aussi est-ce le sort fait à la famille et à ses membres dans l’ensemble de l’organisation sociale, qu’il importe, me semble-t-il, de considérer avant tout, afin de s’assurer que l’exercice le meilleur des droits de l’enfant sera possible.C’est pourquoi j’insisterai surtout dans cet article sur les droits fondamentaux de la famille.Et bien que je vienne de vivre une année de très grande sensibilisation au fait que les droits des enfants sont bafoués de toutes manières au Québec, je mettrai de côté les cas pour m’en tenir à une approche essentiellement positive, axée sur la prévention.Toutefois, comme envisager le développement de la famille et de l’enfant sous l’angle des droits constitue une approche fondamentale et si peu courante dans notre milieu québécois, je me permets de l’introduire en conséquence.28 0AI0U1ÏANY6 L'importance de la notion de droit dans notre société L’expérience que je vis à la Ligue des droits de l’homme me confirme presque chaque jour dans ce sentiment qu’il n’est pas facile de parler en termes de droits au Québec (à moins qu’il ne s’agisse de questions purement juridiques).Une objection qui nous est souvent faite à la Ligue, sans doute la plus courante, vise à faire mettre en veilleuse les droits, au nom d’une pseudo-morale des obligations.On dira, par exemple, “vous ne trouvez pas que si l’on parlait moins de droits et davantage d’obligations et de devoirs, les gens seraient plus responsables et plus généreux Ce dada revient en particulier à propos de nos interventions dans le domaine des droits de l’enfant.En guise de réponse j’aimerais dire trois choses qui pourraient d’ailleurs servir de pistes pour un examen d’ensemble du contexte sociologique et culturel particulier dans lequel s’inscrit l’objection citée.• La pseudo-morale des obligations Premièrement, cette objection semble directement inspirée d’une mentalité qui a été façonnée, d’une part, par la morale négative traditionnelle de l’Eglise, et d’autre part, par l’application également négative et punitive de la loi et de la justice dans notre société.Beaucoup vivent pour une /ociétc civili/ce encore de cette formation à l’obéissance aveugle et à la soumission à l’autorité.Peu ont été formés à la responsabilité personnelle et à la connaissance active de la loi et de la morale.Nous n’avons surtout pas été formés pour être maitre de sa propre conduite mais pour surveiller et juger celle des autres.Nombre de parents et d’éducateurs ont malheureusement fait de cette formation leur éthique: ils chargent leurs enfants de toutes les obligations possibles, en se réservant les droits pour eux-mêmes.Le code civil de ce point de vue est très clair, il prescrit les obligations à l’enfant et les droits aux parents, en l’occurence, dans notre société, au père.En fait, c’est surtout à l’endroit des autres qu’on s’objecte à parler en termes de droits.Cela est d’autant plus marqué dans le cas des enfants qu’il est plus fcile à des adultes imbus de leur supériorité d’exercer à leur endroit une discrimination.* Une société autoritaire qui n'a pas confiance en l'homme Deuxièmement, la peuso-morale des obligations trouve un certain fondement dans notre type de société organisée par et pour le culte de l’autorité et du pouvoir, plutôt que par et pour le respect des personnes qui forment cette société.Elle est également fondée sur une attitude que j’appelle “la non-confiance en l’homme”.Les deux fondements vont de pair d’ailleurs, la non-confiance appelant en particulier une organisation sociale extrêmement soupçonneuse, concentrant les pouvoirs aux mains d’un très petit nombre et développant au maximum les mécanismes de contrôle de la masse des individus.Quand on ne croit pas foncièrement à ce qui est positif et dynamique en l’homme, en la personne, on développe une société de contrôle plutôt que de créativité et de responsabilité personnelles à la base, une société empreinte de mesures punitives plutôt que préventives, une société faite d’obligations et de devoirs pour la majorité, de privilèges pour des minorités, plutôt que de droits et de responsabilités pour tous.1 Pourtant, faire confiance à l’homme, à partir du respect du dynamisme de l’enfant, serait l’attitude propre à susciter et à fonder un nouveau type de société où les individus pourraient développer leur sentiment de la responsabilité personnelle, découvrir et exercer leur droit d’appartenance à la collectivité.Former les individus à construire un ordre social constamment en évolution à ! cause de la mise à contribution collective de leur propre : dynamisme, c’est tout le contraire de ce que l’on a fait , traditionnellement et que l’on continue à faire, en vou-lant protéger les individus contre eux-mêmes à partir c d’un ordre établi par une minorité et qu’on impose par toutes sortes de mensonges au nom bu bien commun.Quand on clame “ses" droits et les obligations “des autres" Troisièmement, si tant d’individus parlent de droits pour eux-mêmes et d’obligations pour les autres, c’est peut-être parce qu’effectivement ils n’exercent à peu près pas de droits.On est généralement porté à affirmer bien haut ce qui nous manque ou ce qui nous rend insécures.Très peu d’individus ont le sentiment d’exercer des droits dans notre organisation sociale.Cela crée l’envie, la méfiance, la possessivité, plutôt que le goût de partager, d’échanger et de croire en l’autre.• Partir des droits de l'individu pour fonder l'ordre social Bien que les remarques précédentes ne fournissent que des points de repère dans un ensemble particulièrement complexe, je crois qu’elles peuvent servir d’introduction au domaine des droits de l’enfant et de la famille.Car la famille et l’enfant ont été et sont encore les victimes de choix de l’autoritarisme et du moralisme dans lesquels nous avons tous été plus ou moins pétris.Si la notion de droit pénétrait le milieu familial pour y devenir une valeur de vie, les membres de la famille ne seraient plus les mêmes, ils seraient transformés en un nouveau type de personne et la famille elle-même s’en trouverait regénérée, acquérant une autonomie qui la placerait à la source du progrès social au lieu de rester à la remorque de l’ordre établi.Car le propre de la notion de droit, quand elle passe dans la vie, est de susciter le dynamisme humain à partir de la confiance fondamentale que l’on met en son devenir personnel autant qu’à son appartenance sociale.Fort de la reconnaissance de ses droits, on collabore plus volontiers avec les autres.Voyons comment cela peut se présenter concrètement dans la famille, quel que soit le modèle que l’on se représente.Droits fondamentaux de la famille • Le droit à l'autonomie personnelle Le premier des droits de chacun des membres de la famille, c’est le droit à l’autonomie personnelle.Les deux individus qui forment le couple, par exemple, doivent d’abord être autonomes et ne pas se livrer réciproquement à la possessivité et au contrôle de tous leurs gestes.Le couple doit être autonome comme couple par rapport aux enfants; trop de couples compensent, hélas! leur manque d’autonomie en s’arrogeant le droit de posséder leurs enfants ou en se rendant esclaves de leur situation de parents (quitte à faire ensuite de leur esclavage un beau chantage moral auprès de leurs enfants pour “forcer” leur reconnaissance).Les enfants devraient être éduqués dès leur plus bas âge à des comportements d’autonomie: il y a, par exemple, des façons de nourrir les bébés et de leur donner leur “ration affective qui peuvent rendre autonomes ou tout à fait dépendants des autres.Ce droit à l’autonomie met en cause une série d’habitudes et de traits de mentalité qui rendent les membres de la famille dépendants les uns des autres et de l’organisation sociale.Un trop grand nombre de femmes et d’hommes, dans des mariages ou des unions diverses, se comportent en propriétaire de la vie de leur conjoint ou de leur partenaire.Les droits de 1 enfant au Québec sont directement reliés, à cet égard, au statut social de la femme, surtout du point de vue des mentalités.Le type d’éducation qui est donné aux enfants serait 29
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