L'enseignement primaire : journal d'éducation et d'instruction, 1 novembre 1904, Novembre
26e An NEK Novembre 1904 No 3 L’Enseignement Primaire Revue illustrée de l’Ecole et de la Famille \ C.-J.MAGNAN - - - - Propriétaire et rédacteur-en-chef WM MM •,'* '-.y,- ftAO » n ?i h 10 mm MICHEL BIBAÜO Ecrivain canadien, né en 1782 ; auteur d’une histoire du Canada publiée de 1S37 à 1844 On lui doit aussi plusieurs ouvrages historiques et littéraires.Il mourut en 1857. 126 L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE PENSEES SUR L’EDUCATION Extraites des Conférences du R.P.Félix E qui fait par-dessus tout la valeur de l'homme, c’est l’éducation de l’en- faut.L’homme ne vaut pas comme homme, par le seul fait de ses facultés et de ses puissances natives, il vaut par le degré et l’harmonie de leur développement ; et, sauf de rares exceptions, il est vrai de dire que l’éducation donne la mesure de la grandeur humaine.Buffon a dit : Le style, c’est l’homme, il voulait dire une expression, une manifestation de l’homme.Or, l’éducation est plus qu’une expression de l’homme, elle est l’homme même, l'homme avec sa valeur, l’homme avec sa physionomie, expression de sa valeur, l’homme avec son signe, rayonnement de sa physionomie.Quoi qu’il fasse, l’homme porte la marque authentique de l’éducation qu’il a reçue ; elle rayonne de cette physionomie qu’elie-même lui a faite ; on dit, en le voyant : Voilà un homme bien élevé, voilà un homme mal élevé ; et il n’est personne qui ne sente l’honneur ou l’opprobre de ce mot.Et si l’éducation laisse au front de l’homme son empreinte et son reflet visible, c’est qu’elle imprime dans son âme un caractère qui demeure et se perpétue avec elle-même ; et il s’en va dans le chemin de sa vie voyageuse, d’étape en étape, emportant dans une éducation qui se survit à elle-même, avec la valeur qui le constitue, le signe glorieux qui doit le distinguer parmi les hommes et lui assigner son rang dans la hiérarchie du progrès et de la civilisation.En effet, l’éducation ne distingue pas seulement l’homme des autres êtres de la création ; elle distingue par-dessus tout l’homme de l’homme, et, considérée dans l’ensemble de l’humanité, elle y marque le niveau et les divers degrés de la civilisation.La civilisation sort de l’éducation comme une plante de sa racine et comme une fleur de sa tige ; elle en est le produit naturel et l’effet immédiat.La culture des âmes, la formation de l’homme par ses côtés les plus élevés, le développement du sens moral dans les générations naissantes, sont les conditions essentielles et indispensables de tout progrès et de toute civilisation.La vertu par elle-même n’enseigne pas la science, mais elle met dans l’homme ce qui fait aller loin dans la science, le sens du vrai et la lumière des grandes pensées.La vertu par elle-même n’enseigne pas les arts, mais elle donne ce qui prépare les artistes illustres, le sens du beau et l’enthousiasme des grandes choses.La vertu par elle-même n’enseigne ni la politesse, ni la législation, ni l’administration, mais elle donne à l’homme ce qui prépare les grands législateurs et les véritables hommes d’Etat, c’est-à-dire le sens de la justice et le dévouement à l’humanité. L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE 127 PEDAGOGIE EN CLASSE T l est huit heures et demie du matin.La salle de' classe est riante de pro- prêté, de bon ordre et de bon goût.L’air pur y a été introduit en abondance, et une bonne attisée a fourni au poêle le moyen de répandre une douce chaleur dans l’appartement.Sur la croix suspendue au mur, le Christ semble dire : Laissez venir à moi tous les chers enfants qui bientôt seront joyeusement assis sur ces sièges maintenant vides.L’horloge seule trouble de son bruit monotone le silence de l’école.L’institutrice, tout à fait reposée des fatigues de la veille par une bonne nuit de sommeil, attend avec calme la gent écolière qui ne tardera pas à envahir la classe sans trop de bruit ni de tapage.Sur la tribune de la maîtresse, sont alignées, en bon ordre, les boîtes à crayons, à plumes et à craie.Des quarts et des huitièmes de feuille, taillés avec soin, prennent place à côté du cahier d’appel et serviront pendant la journée aux exercices de dictée, d’analyse, de composition ou d’arithmétique.Les tableaux noirs sont nettoyés, les cartes géographiques déroulées ; le boulier-compteur est bien en vue et les tableaux devant servir à la leçon d’Histoire-Sainte sont accrochés à l’endroit où tout à l’heure les tout petits seront groupés.Tout a été prévu, rien ne sera laissé au hasard pendant la journée.L’ins-1 titutrice a préparé ses classes et les moniteurs ont été choisis dès la veille.Ce qui alimentera l’enseignement du jour: phrases détachées, dictées, problèmes, récits, sujets de rédaction, a été judicieusement choisi et annoté avec soin.Les récompenses et les punitions promises la veille, les avertissements donnés précédemment, aucun de ces détails n’a été mis en oubli.On sent que cette jeune personne, à qui l’éducation de trente ou quarante enfants a été confiée, comprend l’importance de ses fonctions d’institutrice, qu’elle a conscience de la responsabilité qui pèse sur elle.Elle attend les élèves avec hâte et confiance, et non avec répugnance et tremblement.Précisément parce qu’elle sait ce qu’elle a à faire et comment elle devra le faire, qu’elle a préparé d’avande les1 différentes leçons de la journée, qu’elle domine la situation, en un mot, cette institutrice accomplit sa tâche sans énervement et sans misère.Elle aime sa classe, elle aime les enfants qui viennent s’offrir à elle avec tant de confiance.Un philosophe a demandé pour remuer l’univers un point pour s’appuyer, le point pour agir fortement sur les enfants, ce sont la raison et la conscience, en d’autres termes ce sont l’esprit et le cœur.Quel champ vaste et beau à exploiter ! Notre institutrice sent qu’elle est appelée à y cultiver les plus belles 128 L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE fleurs.Aussi elle appliquera à sa tâche toutes ses facultés, toute sa vie.Son ambition est celle du laboureur qui bêche la terre afin d'en obtenir le rendement le plus parfait.Toutes ces têtes qui l'entourent aux heures de classe, avec leur riche profusion de cheveux blonds, bruns ou noirs, lui rappellent qu’elle tient la place des mamans qui, non sans émoi, lui confient ce qui leur est le plus cher ici-bas.Suivant l’heureuse expression de mon ami M.l’abbé Elie-J.Au-clair, elle sent que pour ses élèves elle doit être une seconde mère.Durant les six heures de classe, elle se gardera bien de provoquer, par des éclats de voix, des démarches intempestives, des impatiences trop expansives et un manque d’ordre coupable l’indiscipline chez ses élèves.Toutes ses paroles et ses actions sont pesées et mesurées.Quand elle ouvre la bouche c’est pour dire quelque chose, et ce quelque chose, parce qu’elle y a réfléchi d’avance, est instructif, intéressant.Les enfants l’écoutent avec bonheur et lui obéissent avec plaisir, parce qu’ils l’aiment ; et ils l’aiment parce qu’elle se dévoue pour eux, qu’elle les traite avec justice, bonté et fermeté.Le secret de réussir dans l’enseignement et d’être heureux en classe, c’est de procéder avec ordre et méthode, savoir se gouverner soi-même, préparer ses classes, aimer sa profession et les enfants d’un amour élevé, je devrais dire d’un amour chrétien.C.-J.MAGNAN.Comment augmenter le salaire des instituteurs et des institutrices X3 lusiEurs municipalités scolaires déclarent qu'il leur est impossible d’aug-menter le traitement des instituteurs et des institutrices.Les dépenses de toutes sortes que la municipalité locale, la Fabrique et la commission scolaire imposent sont cause que le budget scolaire soit si mince dans plusieurs paroisses.Admettons que dans plusieurs cas, cette observation soit vraie.Mais, si la commission scolaire pourvoyait chaque école d’un petit champ de quatre ou cinq arpents de terre que l’instituteur ou l’institutrice cultiverait à son profit, est-ce que, indirectement, le salaire du titulaire de la classe ne se trouverait pas ainsi notablement augmenté ?Quatre ou cinq arpents de bonne terre bien cultivés rapportent au moins cinquante piastres.La terre ne manque pas dans la Province de Québec.Il serait réellement beau le spectacle qu’offriraient les commissions scolaires en octroyant une petite terre à l’école de l’arrondissement.Avec de la bonne volonté, tout est possible.| L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE 129 Comment comprenez-vous les exercices de langage dans le cours préparatoire et dans le cours élémentaire ?ES exercices de langage ont pour but d’habituer l’enfant à réfléchir et de ^ lui apprendre à exprimer correctement sa pensée.Ils augmentent aussi son vocabulaire d’une foule de mots nouveaux, excitent sa curiosité et le familiarisent avec ce qui se passe journellement autour de lui.Ces exercices doivent être fréquents dans le cours préparatoire et dans le cours élémentaire; mais pour qu’ils soient profitables aux élèves et qu’ils les intéressent, il importe que l’instituteur se mette bien à la portée des enfants et que la leçon soit donnée sous forme de causerie.Dans le cours préparatoire surtout, il faut éviter soigneusement de fatiguer les enfants par un enseignement arjde.Le maître devra procéder avec beaucoup de méthode, parlant d’abord aux élèves des choses qu’ils ont sous les yeux, leur apprenant le nom des différents objets de la classe, et, à l’aide de questions bien amenées, leur en fera trouver la provenance, les usages, etc.Presque toutes les leçons, au cours préparatoire, peuvent donner lieu à des exercices de langage ; c’est ainsi qu’on apprendra aux enfants à raconter un trait d’histoire, à trouver d'eux-mêmes la définition des accidents géographiques, etc.Dans le cours élémentaire, l’instituteur procédera de la même façon pour habituer les élèves à réfléchir et à s’exprimer correctement ; mais, dans ce cours, les élèves savent déjà observer, leur intelligence est plus développée que celle des enfants du cours préparatoire ; souvent ils ont déjà quelques notions sur le sujet qu’on traite et l’instituteur saura utiliser les connaissances acquises.L’histoire, la géographie, la récitation, les leçons de choses surtout lui fourniront des sujets d’exercices de langage.Mais pour que ces exercices soient profitables, il faut absolument que le maître réussisse à faire parler beaucoup les enfants ; pour cela, il ne devra jamais se contenter d’une réponse par oui, ou par non, mais exiger une phrase complète et correcte renfermant tous les termes de la question posée, complétée par la réponse de l’enfant.(( Savoir interroger, c’est savoir enseigner », a-t-on dit avec raison ; mais l’interrogation est un art difficile que l’instituteur n’acquerra que par une préparation sérieuse de sa classe, en réfléchissant aux questions qu’il posera aux élèves, à la forme qu’il leur donnera, en les notant, au besoin, par écrit, afin de ne rien laisser au hasard.Une règle importante à observer, c’est d’adresser les interrogations à tous les élèves ; l’instituteur évitera avec soin d’interroger toujours les élèves les plus intelligents, tous dorvent être excités et encouragés à répondre à la question posée et si l’instituteur n’a devant lui que des enfants d’intelligence moyenne, il ne se rebutera point, il multipliera les questions et ne donnera la réponse lui-même qu’à la dernière extrémité.La méthode socratique est celle qui convient le mieux dans les exercices de langage ; elle anime la leçon, excite la curiosité des enfants, les amène à poser eux-mêmes les questions pour rendre plus claire l’idée qu’ils se font de telle ou telle chose.L’enseignement concret donne également ici les meilleurs 130 L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE résultats ; il faut donc, autant que possible, mettre sous les yeux des enfants les objets dont on leur parle, ou tout au moins une gravure les représentant, ou dessiner au tableau noir les choses que le maître ne peut montrer autrement.La leçon terminée, il est indispensable que l’instituteur fasse résumer oralement aux élèves ce qui a été dit au cours de la leçon, qu’il écrive au tableau un court résumé que les enfants reproduiront sur leur ardoise ou sur leur cahier.Les exercices de langage habituent donc l’enfant à réfléchir et à exprimer correctement sia pensée.C’est sous ce dernier rapport surtout qu’ils offrent des avantages qu’on ne trouverait nulle part ailleurs, car l’instituteur se trouve souvent en présence d’enfants réfléchis et observateurs, mais qui sont incapables de rendre leur pensée.Cela tient à ce que les enfants parlent entre eux ou dans la famille un langage incorrect; il importe donc que l’instituteur surveille attentivement leur langage çt lutte sans cesse contre cette tendance à dénaturer notre belle langue.Les exercices de langage bien compris et bien dirigés prépareront les enfants à écrire correctement et fourniront abondamment des sujets pour les exercices de rédaction.E.D.(L’Ecole et la Famille) “ L’ECOLE RURALE” IxT otre Supplément a été salué avec bonheur par plusieurs de nos confrères A dans le journalisme.Des hommes de la compétence de MM.J.-C.Chapais et O.-E.Dalaire ont bien voulu nous écrire des lettres très élogieuses.Ces encouragements nous sont précieux ; ils nous invitent à continuer l’œuvre commencée et à la compléter si possible.Un passage de la lettre de M.Chapais nous a frappés : ((J’applaudis de tout cœur à ce pas fait dans ce que j’appelle la meilleure voie à suivre pour enrayer le mouvement accentué qui dirigent les fils des cultivateurs vers les villes et les centres manufacturiers, mouvement qui fait que la population rurale diminue au profit de la population urbaine, comme il est facile de le constater en comparant les chiffres du recensement de la dernière décade 1892-1901 avec ceux du recensement de la décade 1882-91.)) Le vénérable Principal de l’Ecole normale Laval, M.l’abbé Rouleau, a bien voulu nous dire qu’il approuvait de tout cœur notre modeste entreprise.M.l’abbé Rouleau a d’autant plus de raison de se réjouir de cette innovation, que dès 1900, dans une conférence publiée dans L’Enseignement Primaire, il se prononçait en faveur de la bifurcation du programme d’études, afin de donner une teinte plus agricole à l’enseignement dans les écoles rurales. L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE 131 “ EDUCATION ET CONSTITUTION ” \ T ’ouvrage que l’honorable M.de La Bruère, Surintendant de l’Instruction publique, a publié sous le titre ci-dessus a reçu de nombreux éloges.Le Messager Canadien du Sacré Cœur en publie une fort jolie étude dans sa livraison de septembre.Parlant de cette brochure, la Revue ecclésiastique de Valley field dit : (( Nous recommandons aujourd’hui à nos lecteurs un ouvrage qui traite d’une question vitale ( 1 ).Par l’importance du fond, par les conséquences désastreuses qui peuvent découler de l'adoption des projets qu’il combat, par la personnalité de l’écrw vain et l’autorité que confèrent à ses vues de longues années consacrées à la cause de l’éducation, le livre dont nous ne pouvons que parler brièvement se signale à l’attention de tous ceux qui, de près ou de loin, s’occupent de l’éducation canadienne-française et catholique.L’on sait que trois projets ont été lancés au sujet de l’éducation et des relations des provinces en cette matière.Le premier est de M.Harper, ci-devant inspecteur des écoles supérieures protestantes de la province de Québec : son objet était la création d’un département d’éducation à Ottawa, sous le contrôle du gouvernement fédéral.Le second du Dr Roddick, de Montréal, demandait l’établissement d’un bureau médical fédéral pouvant octroyer des diplômes valables pour toute l’étendue de la Confédération (1901).Le troisième, de M.Robbins, Principal de l’Ecole normale McGill, à Montréal, suggérait la formation d’un bureau Central d’examinateurs ayant pour principales attributions, la revision des diplômes des Ecoles normales, et l’octroi des brevets de capacité donnant à leurs titulaires accès à l’enseignement dans toutes les provinces.En montrant ce que ces combinaisons pouvaient offrir de désavantageux pour nos institutions nationales et l’avenir de notre race, l’honorable Boucher de la Bruère a fait une œuvre patriotique; et dans la revendication des droits des Provinces et de leurs intérêts dont il s’est fait le champion en cette matière, il a travaillé au maintien de la constitution.» (1) Éducation et Constitution, par l’honorable Boucher de la Bruère, surintendant de l’Instruction publique de la Province de Québec, officier de l’Instruction publique e France.I 132 L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE De l’enseignement du Droit Civil aux jeunes filles (P {Inédit) Je voudrais aujourd’hui, mesdames, attirer votre attention sur une question d’éducation à laquelle j’attache la plus haute importance; je serais heureuse en pareille matière d’avoir l’opinion d'une assemblée aussi distinguée que la vôtre.Voici: est-il désirable que l’on enseigne les éléments du Droit Civil aux jeunes filles dans les écoles supérieures ?Tout empressée que je suis de vous questionner, je vous en prie, mesdames, ne vous hâtez pas de répondre, et veuillez seulement, avec toute la bienveillance dont vous êtes coutumières, m’accorder dix minutes d’attention.Entendons-nous d’abord sur ce que signifie cette science qui s’appelle le Droit Civil.Pour beaucoup d’entre nous, la matière est neuve ; il est donc important que je vous l’expose avec clarté.Pour cela, je m’aiderai d’une méthode universellement suivie pour fixer l’œil sur l’objet que l'on veut faire connaître.Ainsi dans un panorama inaccoutumé, voulez-vous faire distinguer à quelqu’un une maison dans le lointain, confondue avec beaucoup d’autres, vous indiquez d'abord la direction, le point vers lequel il faut regarder, et l’œil de votre interlocuteur .se pose dans le vague, il ne discerne pas bien ; vous lui dites.alors, le mettant en garde contre les illusions et les erreurs : ce que je vous indique, ce n’est pas telle ou telle chose proéminente, telle maison jaune ou bleue par exemple, mais cette autre, là-bas, toute blanche ; et après quelques renseignements de cette nature, quelques négations nécessaires, enfin l’œil de votre interlocuteur se pose sur la maisonnette blanche ; il la voit, il la saisit comme vous et vous pouvez tous deux maintenant en causer à votre aise.Ainsi ferons nous mesdames.Pour bien discerner ce qui constitue le Droit Civil, nous chercherons ensemble à en pénétrer la physionomie, et puis, nous en causerons.Le Droit Civil, c’est la règle de la vie privée de l’horntue, de la femme, de l’enfant ; ainsi donc, on n’y traite pas de la vie publique du citoyen, mais de sa vie privée ; or votre vie privée, mesdames, quelle est-elle ?N’est ce pas, pendant votre enfance, cette existence calme et paisible qui s’écoule au foyer paternel ; dans votre jeunesse l’acte solennel de votre mariage, dans la maturité les devoirs de l’épouse, les responsabilités de la mère?Mais, le droit civil, me direz vous, quel rapport a-t-il donc avec toutes ces choses ?Mais, mesdames, c’est précisément de ces choses qu’il s’occupe.Parce que nous n’y réfléchissons pas, que nous l’ignorons, le droit ne nous en affecte pas moins ; son siège d’action, c’est nous-même, le domaine où il lègue, c’est la famille.Il statue sur la constitution de cette même famille, y règle la hiérarchie, définit les devoirs et les obligations des époux, des enfants, des parents ; établit la capacité de chacune de ces personnes, de ce que l’homme peut entreprendre dans la recherche de la fortune, la femme dans la direction de son ménage.Oui, mesdames, ne vous en (i) Lu à une réunion des Dames du Conseil National des femmes, qui eut lieu à Winnipeg', le 26 septembre dernier.Note de la rédaction.—Les femmes, au Canada, notamment dans la Province de Québec, jouissent de la plus grande somme de liberté possible.Grâce à leurs vertus chrétiennes, à leur bonne éducation et à leurs charmes hautement appréciés des Canadiens, elles gouvernent notre petite société.Qu’ont-elles besoin de plus ?Le qui tend à faire de la femme un homme em- belli est un féminisme dangereux.Cette remarque ne s’adresse pas au travail de Mme Gérin, mais au féminisme en général. L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE 133 déplaise, tout cela est arrangé dans le code ; de même que votre habileté à contracter, à acquérir des biens à posséder, à vous lier par contrat, à vous enrichir, à recueillir par donation et succession.C’est encore le droit qui définit la part que vous pouvez prétendre dans la fortune gagnée en commun avec votre mari, dans l’éducation de vos enfants, dans l’administration de leurs biens comme dans les vôtres.Le droit donc exerce sur vous une action continue, et je vous le répète, si vous n’avez pas pris conscience du joug qu’il vous impose, vous n’en ressentez pas moins ses atteintes.Que diriez-vous d’une personne qui, sous prétexte qu’il y a des médecins, s’entêterait à ignorer les notions élémentaires de l’hygiène, se refuserait à s’initier aux lois naturelles indispensables à sa conservation et à son développement ; assurément vous la plaindriez et vous diriez de cette personne que c’est une insensée ; car, en effet, si le médecin peut lui prêter secours dans des cas de maladie, elle doit certainement savoir s’en passer dans la vie à l’état normal, suffire à son économie interne.Ainsi en est-il du droit.Le droit civil, la vie civile comme on l’appelle, constitue un milieu social, une atmosphère ambiante qui nous affecte toujours et nous suit partout, à laquelle nous n’échappons pas, que nous respirons, que nous nous assimilons avec plus ou moins de profit ; et telle femme qui n’a jamais comparu en cour, n’en a pas moins une vie toute saturée de droit civil, et le jour où, faisant connaissance avec l’imposante majesté du tribunal, elle croirait pour une première fois subir la loi, oh ! combien elle se tromperait, mesdames ! (1) Non, pas d’illusion, la loi vous prend à votre berceau, quand elle enregistre votre naissance.'et ne vous lâche que lorsquelle a jeté de la poussière sur votre tombe.La loi c’est un océan qui nous porte ; le frêle esquif de notre vie y glisse souvent à l’aventure, hélas; consentirons-nous bien longtemps encore mesdames, à nous y laisser ballotter comme une épave ?Prenons conscience de notre course, saisissons le gouvernail, et dirigeons notre barque ! D’ailleurs ne sommes-nous pas responsables ?Redressons-nous dans notre dignité, et puisque nous avons des comptes à rendre à Dieu, réfléchissons à tous nos actes, mesurons la portée de toutes nos actions, dirigeons-les et grâce à une intelligence plus éclairée, remplissons mieux encore que par le passé notre vocation de femmes ; faisons exprimer à notre vie la plénitude du bien qu’elle peut rendre ! Car la loi sans cesse fait appel à notre initiative ‘ malgré son absolutisme en maintes circonstances, cependant, elle nous ordonne de choisir entre tel ou tel parti et nous sommes les arbitres de notre sort ; pat exemple dans le mariage, n’offre-t-elle pas à toute femme la liberté de choisir entre la loi commune et le contrat ; (2) puis ce même contrat, ne peut-on pas en multiplier et en faire varier les clauses à l’infini selon la prévoyance et la prudence qu’on y apporte.Chaque fois, mesdames, que la loi requiert notre consentement, et que nous y apportons un esprit mal éclairé, savons-nous que nous vicions ce même consentem nt ; et puis, dites-moi, n’est-il pas d’une imprudence grossière d’assumer des devoirs et des responsabilités que l’on ne comprend pas, d’engager sa fortune à la légère et souvent celle de ses enfants ; vous dont la conscience est si délicatement honnête, comment pouvez-vous vous résoudre à signer des actes auxquels vous n’entendez, rien et qui lèsent peut-être autrui ?A ceci quelques-unes répondront : mais nous nous fions aux nôtres dans (1) Note de la Réiactiov.— Les femmes ne s’aperçoivent pas du joug de la loi chez nous 1.parce que, dans son ensemble, elle est juste à l’égard du sexe faible ; 2.parce que les pères les maris et les freres, règle générale, ne commettent pas d’injustice à regard de l’aimable moitié de notre population.(2) Note de la Rédaction.— D’ordinaire, dans la Province de Québec, la jeune fille qui se mari, s’en rapporte a son père pour les détails du contrat de mariage.Mme Gêrin le dit plus loin Cett.jeune fille a-t-elle tort ?^ 134 L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE la conduite de nos affaires ; une jeune fille s’en remet à son père, une fem à son mari.Loin de moi, mesdames, de vouloir jeter le doute dans vos cœurs, et diminuer le respect et la confiance que vous devez à des êtres qui vous sont chers, et qui vous donnent tous les jours les preuves de leur dévouement; mais cette confiance, croyez-moi, les flattera davantage quand vous la leur accorderez sciemment, et ce n’est pas en diminuant votre valeur personnelle que vous les honorerez.Je vous l’ai dit tantôt, mesdames, vous êtes responsables, voilà pourquoi il ne vous est pas permis d’ignorer la portée de tout ce que vous faites ; pour cela vous devez posséder des notions de droit assez étendues pour que l’on puisse dire de vous que vous agissez délibérément en prenant une décision quelconque ; car agir sans comprendre, c’est vous vouer à une tutelle de fait indigne de votre âge ; non, vous ne voulez pas rester d’éternelles enfants ! Mesdames, ai-je réussi par ces quelques explications à vous ouvrir de nouveaux horizons ; je n’ose me flatter que ma parole y ait seule suffi ; mais, votre pénétration est en état de suppléer à mon insuffisance.Maintenant que vous êtes initiées quelque peu à ce dont il s’agit, que vous entrevoyez ce qu’est le droit civil ; que vous savez du moins qu’on y traite d’un bout à l’autre de vos intérêts et des plus intimes ; que le droit civil a pour seul objet de régir votre personne et vos biens; n’est-ce pas le temps de vous réitérer la question du début : Est-il désirable que l’on enseigne les éléments du droit aux jeunes filles dans les écoles supérieures ?Permettez-moi de vous exposer les deux raisons qui, selon moi, militent en faveur de cet enseignement ; l’une offre une utilité immédiate et pratique, c’est une question d’instruction ; l’autre d’un ordre plus élevé, plus immatériel, n’en est pas moins importante, c’est une question d’éducation.1.Si l’instruction doit d’abord nous former à bien exécuter nos devoirs journaliers, la connaissance du droit nous aidera puissamment dans cette voie.2.Si l’éducation a surtout pour but de nous fortifier en détruisant nos mauvaises inclinations et en nous inculquant de bonnes habitudes, l’étude du droit offre certainement un des entraînements les plus propres à obtenir ce résultat.J’affirme d’abord que l’étude du droit vous fournit une instruction pratique.Je crois que ceci ressort assez bien de ce qui a été dit précédemment sur la nature même de cette étude; j’y ajouterai cependant quelques nouvelles considérations.Etant admis que le désir de prendre connaissance de ses intérêts, de s’initier à ses propres affaires, de les surveiller, d’augmenter s’il se peut sa fortune, est parfaitement légitime, qu’il n’est pas permis à une personne raisonnable de se soustraire à ce devoir, d’ignorer l’étendue de ses droits et de ses obligations ; comment peut on espérer une intervention heureuse de la femme dans l’exercice de son droit de propriété, si elle ignore complètement les termes les plus usuels du droit ; si s’adressant à son avocat ou à son homme d’affaires, elle n’est pas en état de suivre ce qu’ils lui exposent ; cependant, ces gens agiront-ils à son insu, et dans les actes les plus graves, se dispenseront-ils de son concours, agiront-ils sans son consentement ?Assurément non, une conduite aussi arbitraire révolterait toute femme de bon sens.Eh bien, mesdames.que faire ?Est-il un autre parti à prendre que celui de se renseigner ?Si par exemple on vient vous demander comme garantie de quelques avances que l’on vous fait, une hypothèque sur votre maison, sachez au moins à quoi vous consentez en la donnant ; si acceptant une donation, une succession de vos parents, vous devez, pour L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE I3S la conservation de ces biens faire enregistrer votre titre, sachez qu’il n’est pas prudent de différer cette mesure; si prêtant de l’argent à une amie, vous vous contentez de garanties insuffisantes, réalisez au moins où peut vous mener votre imprudence.Si vous louez des logements qui vous rapportent de bons loyers, sachez prévoir, avant de dépenser vos revenus, à quelles obligations vous êtes tenue envers votre locataire ; de la sorte il vous sera facile de mettre de côté un montant suffisant pour rencontrer des frais de réparation.N’ignorez pas les formalités auxquelles il faut vous soumettre pour recouvrer une assurance ; ce sera peut-être pour vous l’occasion de faire un inventaire des articles de votre ménage et leur estimation.Initiez-vous à l’utilité des effets de commerce et des opérations de banque pour faciliter l’échange; et si vous désirez faire venir de l’étranger un livre ou un article de toilette, ne soyez pas embarrassée pour rédiger un mandat ou une lettre de change.Quand vous avez en maiu des billets, des chèques, soyez capables de les négocier.Sachez qu’avec une instruction un peu plus étendue que celle que vous possédez, vous pourriez faire pénétrer dans la conduite de vos affaires pécuniaires les qualités d’ordre, de méthode et j’ajouterai de parcimonie dont vous faites preuve dans la direction de votre maison.De la sorte,, plusieurs d’entre vous éviteraient des réveils douloureux.Que de femmes voient du jour'au lendemain sombrer leur fortune, et dont la seule faute est, non pas de l’avoir gaspillée, mais de l avoir perdue de vue.Si des circonstances particulières dans la vie confient à votre sollicitude le patrimoine de vos enfants, oh, n’hésitez pas, mesdames, à vous montrer à la hauteur de votre mission, et remplissez jusqu’au bout votre vocation de mère.Gagnez la confiance de tous par la sagesse de votre administration, vous mériterez ainsi la reconnaissance et l’estime des vôtres, à qui vous pourrez rendre intact peut-être l’héritage paternel.Ne vous déchargez pas de ce fardeau sur autrui, car personne n’est plus intéressé que vous à l’avenir et au bien-être de vos chers enfants.Plusieurs d’entre vous, mesdames, conviennent peut-être de la vérité de ces choses, mais ne savent pas vraiment comment pourrait se faire l’instruction des femmes.A celles-là je dirai : voyez donc ce qui se passe à l’étranger.Dans plusieurs des pays européens, en France notamment, on est parvenu à résumer les notions de droit les plus usuelles, dans des traités mis à la portée des enfants, et depuis près de dix ans, cet enseignement se donne avec succès ; l’enfant n’y trouve pas à surmonter des difficultés plus grandes que dans les sciences naturelles ou les mathématiques ; les écoles ménagères si recommandables par leur esprit pratique, inscrivent aussi cette matière sur leur programme, et vous savez combien ces écoles ont à cœur de donner à la femme l’intelligence de la vie du foyer.S’il vous faut des précédents pris en notre pays, permettez-moi de vous signaler ce qui se passe actuellement dans la province de Québec.Il y a deux ans, c’était en 1902, nos grandes institutions de femmes à Montréal, notamment les sœurs de la Congrégation et les sœurs des saints noms de Jésus et Marie accueillaient avec joie la publication d’un premier traité de droit civil mis à la portée de la jeunesse ; fortes de l’appui de l'archevêque, Monseigneur Bruchési, qui exprimait formellement sa volonté à cet égard dans une lettre qu’il voulut bien laisser publier en tête de l’ouvrage, elles mirent immédiatement le traité entre les mains des plus avancées de leurs élèves Celles-ci prirent à ces études un intérêt extraordinaire et qui dépassa toutes les prévisions.Je pus en juger moi-même dans un examen pu blic qui eût lieu à Villa Maria l’an dernier, et où les jeunes filles parlèrent avec une rare aisance et beaucoup de compétence des conventions matrimoniales.Cette même 136 L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE année Hochelaga avait poussé l’enseignement assez loin pour qu’on jugeât convenable de distribuer des prix en cette matière comme dans les plus anciennes.J’eus alors le plaisir extrême de présenter moi-même la récompense à l’élève la plus méritante.Enfin en 1903.le Conseil de l’Instruction publique (comité catholique), suivant en cela l’initiative prise par nos institutions libres, rendait cet enseignement facultatif dans toute la province.L’automne de cette même année, la conlmission scolaire de Montréal (section catholique), autorisait cette étude dans les ecoles de la ville, et j eus encore le plaisir d’assister à une causerie sur le droit dans l’une de nos écoles laïques des plus en vue, l’école Ste-Marie, dirigée par Mlles Labelle et Bourbonnière ; les élèves, pendant près de deux heures, donnèrent une attention soutenue aux questions de droit les plus variées.On se fait de plus en plus à l’idée d’enseigner le droit aux femmes.Le High School protestant de Montréal et l’Ecole normale de McGill, à la demande de Mmes Hunter et Cormic, et du principal Robins ont eu, elles aussi, des conferences de droit cet hiver ; et le doyen de la faculté de Laval a jugé à propos de donner lui même dans notre université française, et pour une première fois, des leçons de droit aux femmes.Vous le voyez, mesdames, la bonne nouvelle cette fois part de Québec, mais nous voulons vous la faire partager, et je viens vers vous comme une émissaire, vous demander de vouloir bien suivre le mouvement fécond qu’il est désirable d’etendre par tout le Dominion.Vulgariser le droit, c’est non seulement donner à l’instruction des femmes un caractère pratique, mais c’est encore les élever au vrai sens du mot, c’est-à-dire faire leur éducation.Je développerai brièvement cette dernière pensée, ne voulant pas abuser de votre patience.N’est-ce pas, mesdames, (nous pouvons en parler entre nous) qu’un défaut saillant de notre caractère, c’est une prédisposition à la frivolité ; nous sommes enclines à juger les choses superficiellement, et à nous jouer quelquefois des questions les plus graves ; des méchants s’obstinent même à voir germer ce défaut dans tous les replis de notre âme, il croît partout comme une mauvaise herbe, disent ils, et gâtent souvent nos actions les plus louables.Assurément ce défaut est notre pire ennemi et c’est à celui-là d’abord que votre éducation doit faire la guerre, c’est en exerçant votre réflexion qu’il faut le combattre.Or, je vous le demande, mesdames, quoi de plus propre à vous faire réfléchir à notre condition, au milieu social où nous vivons, à la gravité de nos actions que l’étude du droit.Comment, nous trouvons lamentable qu’une jeune fille le signe parfois sans même lire le contrat qui va fixer irrévocablement son avenir dans le mariage ; et le sourire inconscient qui erre à ce moment sur ses lèvres nous fait mal au cœur ; mais dites-moi, à qui faut-il imputer une telle légèreté ?N’est-ce pas à vous, éducateurs ?que faites-vous pour lutter contre tant de frivolité, pour apprendre à la femme à peser le pourquoi de sa vie, le pourquoi de chacune des décisions qu'il lui faut prendre ; pourquoi lui reprocher de marcher comme les yeux fermés sous un bandeau, de jouer son sort ainsi qu’un coup de dé, d’aller à l’aventure et sans rien voir ; pourquoi lui faire un crime des ténèbres qui l’enveloppent quand vous n’avez pas songé à illuminer sa vie ! De la lumière, de la lumière, et ses yeux s’ouvriront d’eux-mêmes ! Eclairez-la et aussitôt son jugement s’affermira, sa volonté agira sagement.Dans les choses que jusqu’ici elle a comprises, la femme a-t elle donc fait preuve d’incapacité?N’avez-vous pas au contraire admiré maintes fois son ingéniosité à user des moyens fragiles dont elle disposait, pour se tirer d’embarras, et ne l’avez- L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE 137 vous pas vue faire des miracles en menant à bonne fin des causes désespérées.Croyez-vous que ces ressources si précieuses s’atténuent quand elles seront mises au service d’une intelligence plus éclairée, d’intérêts plus élevés ; ou pensez vous encore que ce cœur, dont la plus grande vertu a été jusqu’ici le dévouement, sème autour de lui moins de bonheur "s’il devient plus puissant ! A l’œuvre donc, mesdames, réclamons la science, non pour nous en parer comme d’un vain ornement, mais pour nous aider à réaliser plus intégralement notre vocation de femme, d’épouse et de mère.MARIE GÉRIN-LAJOIE.Août 1904.METHODOLOGIE Leçon de rédaction Maître.—Mes chers enfants, nous avons déjà dit que lorsqu’on écrit une lettre, c’est comme si l’on parlait à la personne à qui on écrit.La personne étant trop loin pour nous entendre, on écrit ce qu’on voudrait lui dire si elle était présente.Pour bien écrire une lettre, il faut donc penser à ce que l’on veut dire, et le dire par écrit de la même manière qu'on le dirait de vive voix si l’on était devant la personne à qui on parle au lieu d'être devant une feuille de papier.Lorsque vous écrivez à un ami, ou à un membre de la famille, c’est le cœur qui doit vous dicter ce que vous lui écrivez.Les sentiments à exprimer sont divers et varient avec les circonstances.' Vous ne prendrez pas un ton triste pour faire part d’un événement qui doit apporter la joie, et vous ne prendrez pas non plus un ton gai pour donner connaissance d’un événement pénible.Le bons sens le dit.Je vais vous donner une petite lettre très bien faite, et nous l’étudierons ensemble.lALî bonne et chère tante, i° Nous avons eu bien du chagrin, quand nous avons reçu ce matin votre lettre qui nous annonce la mort de mon oncle.Voyez comme c’est dit simplement ; quand on a un chagrin sincère,- on ne cherche pas de grandes phrases.Jean a raison d’ajouter : ce matin ; dans des cas semblables on ne fait pas attendre la réponse.2°.La dernière fois qu’il est venu nous voir, il était si gai, si bon avec nous ! Il nous avait dit qu’il reviendrait bientôt et nous nous faisions une fête de sa visite.Naturellement quand une personne meurt, on se rappelle ce qu’elle a fait, ce qu’elle a dit la dernière fois qu’on la vue ; et l’on se'souvient surtout de sa bonté. 138 L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE 30 Et vous, nia chère tante, comme vous devez vous trouver triste et seule ! La maison doit vous paraître toute vide.Oui ; il ne faut pas penser seulement à nous, mais à la personne que cette mort frappe encore plus que nous.Rien n’est cruel, à la mort, comme le vide de la maison où toutes les habitudes sont rompues, où tout rappelle la personne qu’on a perdue.40 Aussi nous vous prions de venir, dès que vous le pourrez, passer quelque temps chez nous ; vous serez entourée de gens qui vous aiment et qui partagent votre chagrin.Bien.C’est une consolation de savoir que ceux qui nous restent nous aiment et partagent notre chagrin.50 Avec vous nous prierons Dieu qu’il soit lui-même votre consolation et qu’il donne immédiatement le repos à l’âme de noire cher onde.La consolation qui vient de Dieu est la seule vraie, et l’espérance que nos morts sont heureux dans l’autre monde nous fait supporter leur perte avec moins de douleur.6° Je vous embrasse, ma bonne tante, plus fort encore qu’à l’ordinaire.Votre neveu qui vous aime de tout son cœur, Jean.Quand on a un bon cœur et qu’on écrit à une personne affligée, on éprouve le besoin d’être plus affectueux, de lui témoigner plus de tendresse.J’espère, mes chers enfants, que vous avez bien compris les sentiments qu’on doit éprouver et que l’on doit témoigner à une personne qui nous est chère lorsqu’elle est affligée par la perte d’un des siens.Maintenant, supposez que vous venez d’apprendre par une lettre de votre oncle éloigné, la mort de votre tante ; vous écrirez une lettre dans le genre de celle que nous venons d’étudier ensemble, et vous l’adresserez à votre cher oncle.Pour vous aider, pensez aux remarques suivantes que je vous rappelle : —Vous répondez tout de suite, car on ne doit pas retarder pour ce genre de lettres.a.—Vous vous rappelez la dernière fois que vous avez vu votre tante, les paroles qu’elle a pu dire dans sa dernière visite chez vous, ses qualités.b.—La peine que doit éprouver votre cher oncle, peine que vous partagez.c.—Invitation à venir vous voir.d.—Promesse de prière pour la chère défunte et pour lui.e.—Conclusion plus affectueuse que dans les autre lettres.51 vous traitez simplement ces quelques points en écrivant ce que vous dicte votre cœur, vous réussirez.Il faut remarquer que le cas étant supposé, votre imagination doit faire un effort de plus pour se représenter la chose comme réelle.Modèle Mon très cher oncle, i° Votre lettre que nous avons reçue aujourd’hui même, nous a causé un bien grand chagrin, en nous apprenant la mort de ma tante Marie. L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE 139 20.Je me souviens encore de ses bontés et de ses tendres caresses ta dernière fois qu’elle est venue nous voir avec vous.Elle nous avait promis à son départ de revenir bientôt nous voir, et nous attendions avec inmpatience ta joie de 1a posséder encore avec nous.30.Mais vous, mon cher oncle, combien votre chagrin doit être grand, et comme vous devez vous trouvez seul maintenant dans 1a maison.40.Papa et maman, vous prient de venir nous voir aussitôt qu il vous .sera possible de vous absenter quelques jours.50.Nous pleurons avec vous, cher oncle, et nous prions le bon Dieu de vous consoler lui-même et de récompenser tout de suite ma chère tante de ses bonnes actions.6°.Je vous embrasse bien tendrement, mon cher oncle, comme je vous aime, Votre neveu bien affectionné, Paul.H.NANSOT.LA QUESTION DE L’ECRITURE L y a à l’heure actuelle trois espèces d’écritures en usage dans les écoles du Canada et des Etats-Unis : l’écriture droite, ou verticale, l’écriture avec une légère pente à droite, dite écriture d’après 1a pente naturelle, et enfin l’ancienne écriture penchée.De ces trois genres,—si on excepte notre Province,—l’ancienne, avec une pehte très prononcée, n’est enseignée que dans les académies et collèges ''Spéciaux ayant pour mission de donner non pas à des enfants mais à des jeunes gens, une instruction purement commerciale ; ces institutions sont si peu nombreuses, si on les compare aux milliers d’autres écoles, qu’on peut les classer comme une quantité négligeable.L’une ou l’autre des deux autres espèces et quelquefois les deux sont enseignées dans 1a presque totalité des autres écoles de l’Amérique du nord.De nombreuses expériences, faites par des savants et des experts en médecine et en pédagogie, en France, en Allemagne, en Angleterre, aux Etats-Unis et au Canada prouvent que l’écriture droite est 1a plus facile à enseigner et à apprendre, qu’elle est 1a plus lisible, 1a plus économique et surtout 1a plus conforme aux règles de l’hygiène.L’Instruction Primaire de Paris, année 1893, No 14, sous le titre : La question de l’Ecriture dit-: (( Le docteur Javal, bien connu pour ses travaux scolaires, vient de déposer à l’Académie de médecine un intéressant rapport sur le meilleur remède à opposer à 1a myopie, dont les progrès, parmi les écoliers, ont déjà donné lieu à des enquêtes officielles.Une commission à cet effet conclut, il y a quelque •dix ans, à l’adoption de l’écriture droite.Elle adoptait 1a formule : Ecriture droite sur papier droit, corps droit. 140 L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE (( On évitera ainsi, dit-on dans le rapport publié à cette époque, du même ¦coup la scoliose, ou déviation de la colonne vertébrale et la myopie.Les enfants ont une tendance naturelle à écrire droit ; pour s’en convaincre, il suffit de donner à copier à de très jeunes élèves des modèles d'écriture.Si on les laisse faire, la plupart d’entre eux n’imiteront pas la pente du modèle ; ils adopteront l’écriture droite.(Académie de médecine ; séance du 26 janvier 1892L «.Enfin l’écolier copiera toujours plus facilement des modèles d’é- criture droite, et, en écrivant droit, il se tiendra plus volontiers droit, ce qui est le but qu’on se propose d’atteindre pour combattre la scoliose et la myopie.)): Dans le rapport du Comité spécial chargé, par le Bureau de direction des écoles de la ville de Boston, d’étudier cette question, les avantages de l’écriture droite sont résumés dans la phrase suivante : « L’écriture droite permet à l’élève de prendre une position qui ne nuit pas à sa santé ; elle assure la lisibilité, la rapidité de l’écriture et l’économie de papier, tout en rendant la tâche de Vélève et du martre plus facile.)) A Londres, au dernier congrès d’Hygiène, on a adopté des résolutions recommandant l’écriture droite dans toutes les écoles élémentaires et secondaires.C’est l’écriture exigée des candidats qui se présentent aux examens du service civil de la Grande-Bretagne.Enfin les plus grandes écoles de la ville de Montréal ont adopté l’écriture droite, après des expériences qui ont duré une année.Malgré les grands et indiscutables avantages de l’écriture verticale, il s’est manifesté depuis quelque temps une légère réaction contre son usage.Leis prétextes avancés pour expliquer ce mouvement de recul dans la voie du progrès sont multiples : 1.On admet sans peine que ce genre d’écriture est plus facile à enseigner et à pratiquer, qu’il est plus lisible, plus économique, plus hygiénique que tout autre; mais en dépit de tous ces avantages, on prétend que les hommes d'affaires préfèrent que leurs employés ne s’en servent pas ; ils sont sous l’impression, dit-on, que cette écriture manque de caractère, c’est-à-dire qu’il y a si peu de différence entre l’écriture des personnes qui se servent de la droite qu’il est souvent difficile de déterminer qui a écrit un document donné.2.On paraît croire que quelques-uns de ceux qui apprennent ce genre ont une tendance à pencher leur écriture en sens inverse, c’est-à-dire à gauche.Nous sommes portés à croire que cette objection n'est pas tout-à-fait dénuée de fondement.3.On exprime l’opinion, sans aucune preuve toutefois, que l’anglaise, ou ancienne écriture penchée, est plus rapide que la verticale.4.Enfin le dernier argument et le plus important, mais qui, cependant vie se formule pas ouvertement, est que la vente des cahiers d’écriture droite est nuisible, non pas à l’instruction des enfants, mais aux intérêts des propriétaires de séries de cahiers d’écriture penchée.Le mouvement contre l’écriture droite prit naissance, il y a quelques années, à New-York, où plus de douze mille personnes enseignent dans les écoles primaires, secondaires et supérieures, et fait digne de remarque, qui prouve bien la supériorité de ce genre d’écriture au point de vue pédagogique, il ne s’est trouvé, dans cette armée d’instituteurs et d’institutrices très entendus sur la question, personne qui regrettât l’innovation : pas un membre de ce L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE 141 personnel instruit ne voulut revenir à l’ancienne écriture.Cependant le bureau de direction des écoles de New—York, qui n’ignorait pas que parmi les milliers d’enfants qui fréquentaient les écoles, il y en avait qui, plus tard seraient appelés à gagner leur vie comme teneur de livres, commis de banque, etc., voulut bien faire quelques concessions à leur avantage ; il fut donc décidé qu’il serait loisible aux enfants d’apprendre l’écriture droite ou celle d’après la pente naturelle, c’est-à-dire une écriture dont les lettres ont la même forme que celles de la verticale mais ayant une légère pente à droite.C’est ce que le Comité catholique du Conseil de l’Instruction publique a pratiquement décidé, lorsqu’à sa réunion du 9 septembre 1902, il a résolu : (( Que ce comité ne juge pas à propos de retirer l’approbation donnée déjà aux divers systèmes d’écriture verticale ou penchée.)) ( 1 ) Ainsi partout, aux Etats-Unis et au Canada, où on a jugé à propos de faire un changement pour céder devant un préjugé, respectable il est vrai mais peu raisonnable, on s’est contenté de la modification que nous venons de signaler, modification qui semble avoir donné satisfaction ; toutefois, le bureau de direction des écoles de New-York s’est souvenu que, si certains élèves sont destinés à devenir des commis de banque et des teneurs de livres, ce ne peut être que le très petit nombre, et ce qu’il faut pour la masse des élèves c’est une écriture lisible qui s’apprend facilement et en peu de temps, en conséquence il s’est bien gardé de rendre obligatoire le changement précité, quoique ça ne soit à vrai dire qu’une légère variante de l’écriture droite.La direction de ces écoles semble avoir suivi le principe qui se résume de la manière suivante : dans les écoles de tout le monde on ne doit enseigner que ce qui sera utile à la très grande majorité des élèves.J.Ahërn.GEOGRAPHIE Un voyage sur la carte, de Québec à Rimouski par le fleuve.(Se servir de la carte de la Province de Québec) Après un certain nombre de leçons de géographie, on pourrait, comme exercice de récapitulation, faire rédiger aux élèves un voyage imaginaire à l’aide de la carte étudiée.Voici, par exemple, quel pourrait être le sujet du devoir soit oral sur la carte, soit écrit : Dites aux élèves : (( Supposez que vous embarquez à Québec.Faites connaître les villages, les îles et autres accidents géographiques que vous apercevez, tout en rappelant quelques souvenirs historiques.» (1) Voir L’Enseignement Frimaire, 1902-03, page 90.2 / 142 L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE Développement ( i ) Embarquons-nous sur le Miramichi, qui part pour une intéressante excursion fluviale.A mesure que nous nous éloignons de la vieille capitale, le paysage change d’aspect ; là-bas, à notre gauche, se dessine la blanche cascade de Montmorency, que nous dérobe bientôt la longue île d’Orléans.Jacques Cartier, qui l’appela île Bacchus, serait fort en peine d’y retrouver aujourd’hui ses vignes sauvages ; mais, en revanche, la vue des riches moissons qui couvrent son sol le dédommagerait abondamment de cette disparition.Sur le côté sud, apparaissent successivement à nos regards les villages de Saint-Michel, Beaumont, Berthier (en bas), qui font miroiter aux rayons du soleil les brillants clochers de leurs églises.Mais nous voici à l’extrémité de l’île d’ Orléans.Le fleuve élargit subitement de plusieurs milles, s'encadre de rives imposantes.Voyez, au nord, se dresser la masse sombre du cap Tourmente, qui commence la chaîne des Lau-rentides.Un peu en deçà est le sanctuaire de Sainte-Anne de Beaupré, si cher aux habitants de la province.Nous longeons une série d'îles et d’îlots, parmi lesquels se distinguent l’île de la Quarantaine, où les voyageurs atteints de maladie contagieuse doivent passer quarante jours avant de pouvoir débarquer à Québec, l’île aux Grues, et, plus loin, l’île aux Oies.Ces îles obligent notre navire à se rapprocher du littoral sud, que nous côtoierons désormais.Là, nous apercevons Saint-Thomas, traversé par la Rivière-du-Sud, le Cap Saint-Ignace, YIslet, Saint-Roch des Aulnaies, puis Saint-Jean Port-Joli, où naquit notre chroniqueur canadien, M.de Gaspé.Et ces groupes de maisons blanches que nous découvrons là-bas sur les premières ondulations des monts Notre-Dame?C’est Saint-Eugène, Saint-Cyrille, Saint-Hubert.Saluons en passant l’île aux Coudres, qui reporte notre souvenir à Jacques Cartier, et, sans nous y arrêter plus longtemps, examinons de nouveau la rive sud.Voici Sainte-Anne de la Pocatière, toute flère de son collège classique ; la rivière Quelle, si célèbre autrefois par sa pêche aux marsouins ; puis Ka-mouraska, jolie place d’été, qui par-dessus le Saint-Laurent, regarde en face la Malbaie, séjour enchanteur.Mais hâtons-nous d’arriver à la Rivière-du-Loup et à Cacouna, si renommés comme stations balnéaires.Non loin de Ca-epuna nous découvrons Y Ile-Verte, sise en face de l'ilot verdoyant d’où le village tire son nom.Nous passons devant Trois-Pistoles, le Bic avec son île au Massacre, et nous atteignons enfin Rimouski, terme de notre voyage.Rimouski est une ville prospère, siège d’un évêché, d’une cour de justice, d’un séminaire et de deux couvents.L’année prochaine, une Ecole normale pour les jeunes filles y sera ouverte par les Dames Ursulines de Québec, grâce à une subvention accordée à cette fin par le Gouvernement, avec le concours unanime de la Législative provinciale.C.-J.M.(i) Res principaux éléments de cette leçon sont tirés du cours de Langue française, par les Frères des Ecoles chrétiennes. L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE H3 ENSEIGNEMENT AGRICOLE Comment combattre le fléau des mauvaises herbes Québec, 16 octobre 1904.Monsieur C.-J.Magnan, Directeur propriétaire de (( VEnseignement Primaire » Québec.Bien cher Monsieur, L’honorable M.A.Turgeon, ministre de l’Agriculture, m’ayant confié le soin de préparer un travail sur Les mauvaises herbes de la Province de Québec.ouvrage illustré d’un grand nombre de belles gravures, j’ai cru devoir faire bénéficier nos écoles primaires de cette étude.Si la chose vous est agréable, votre bienveillante hospitalité me permettrait de publier dans chaque numéro de U Enseignement Primaire une couple de ces vignettes représentant des plantes plus ou moins nuisibles, avec leur description.Voici comment l’instituteur (ou l’institutrice) pourrait se servir de ce travail en faisant écrire une dictée : Le professeur envoie un élève à l’avance chercher la plante en question qui ¦doit se trouver quelque part non loin de l’école.Il montre la plante aux élèves de la classe, à tous, en donne le nom scientifique, le nom vulgaire, latin, anglais, etc.; cela constitue le sujet de la dictée.La description vient ensuite, et à mesure que le dictée se donne à écrire, les 'élèves regardent la plante, la racine, la tige, la fleur, les parties de la fleur, etc., ^tc.Tout cela peut se faire assez promptement, et avec beaucoup d’intérêt.La dictée donnée, avant que les élèves la corrigent, le professeur demande la définition de quelques mots nouveaux pour les élèves, comme par exemple : pcnniséqué, glabre, pubescent, demi embrassante, sagittée, lancéolé, etc\ ; ••ces définitions aident l’élève à bien comprendre le sens de la dictée, cultivent son esprit d’observation, chose essentielle, en même temps que cela est une le-sçon de botanique qui n’a rien fait perdre du temps si précieux de la classe : on .a tout simplement donné à écrire une dictée.Avec mes remerciments, ' O.-E.Dalairî:.Note de la Rédaction.—Dans la prochaine livraison, nous commencerons à publier «ces leçons. 144 L'ENSEIGNEMENT PRIMAIRE \ .D0CUF1ENTS SCOLAIRES Convention pédagogique de Sherbrooke CONFÉRENCE SUR RENSEIGNEMENT DE é'hiSTOIRE DU CANADA À l/ÉCOEE PRIMAIRE Par M.A.Leblond de Brumath, Principal de l’Académie Commerciale âe Montréal Lorsqu’une personne chargée de porter la parole en public prévoit quelle sera parfaitement'comprise de tous ses auditeurs, que ses sentiments trouveront un écho dans leur cœur, que ses aspirations vers le beau et le vrai rencontreront dans leur âme des aspirations identiques, cette certitude lui inspire en ses propres forces une assurance qui ne peut que l’aider pour le développement de son sujet.C’est le cas où je me trouve aujourd’hui, mais cette confiance que me donne l’aspect de mon auditoire ne sera complète que si je puis être également assuré de son indulgence.Quoiqu’il y ait beaucoup de vrai dans l’opinion généralement répandue au Canada, parmi les personnes qui s’occupent de pédagogie, qu’autrefois on enseignait très mal, aussi bien en Europe que dans le Nouveau-Monde, parce qu’on s’attachait trop exclusivement au mot-à-mot, au par-cœur, en un mot au mécanisme, cependant il ne faudrait pas tomber dans l’injustice, et poser en axiome que les bons maîtres n’existaient pas parmi nos ancêtres.De tout temps, il y a eu des professeurs intelligents, ayant en horreur les définitions abstraites, les phrases prétentieuses, et ne se servant que d’un langage simple et approprié aux jeunes intelligences qu’ils sont appelés à former; des professeurs qui savent enseigner en intéressant, qui savent former des êtres pensants, et non des perroquets inintelligents.Ur, l’enseignement de l’histoire, autant que celui des autres sciences, contribue pour une large part au développement de l’intelligence, à la formation du caractère, et à l’éveil des nobles sentiments.Caton, Cicéron, Fénelon, Montesquieu donnent à l’étude de l’histoire une place prépondérante dans l’éducation de l’enfance.Rollin disait que « c’est un principe fondamental et observé dans tous les temps, que l’étude de cette spécialité doit précéder les autres et leur préparer les voies.» Et l’immortel .Bossuet ajoutait que « la religion et l’histoire sont les deux points sur lesquels roulent toutes les choses humaines, et qu’il est honteux à tout homme d’ignorer la seconde de xces sciences, comme il lui serait malheureux de ne pas connaître la première.»- Mais l’histoire ne développe pas seulement la mémoire, le jugement, la conscience, l’imagination, la volonté; elle sert en outre, dans les écoles primaires, à l’enseignement de la religion et à celui de la langue maternelle.Quels beaux sujets de rédaction n’y trouve-t-on pas ! Le nombre relativement considérable de matières qu’il est indispensable d’enseignet' dans les écoles primaires, surtout dans notre province où la connaissance de la langue anglaise est indispensable, ne permet pas de consacrer à l’histoire assez de temps poui que les enfants connaissent le passé des principales nations du globe.On est dom obligé de se limiter, dans les classes inférieures, à l’étude de l’histoire sainte et df l’histoire du Canada, les deux plus importantes, puisque c’est le récit des grands fait.1 L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE 145 de l’histoire de notre religion et de notre patrie.Nous nous bornerons aujourd’hui à étudier quels sont les meilleurs procédés à prendre pour enseigner l’histoire du Canada B dans nos écoles primaires.Le programme d’études pour les écoles catholiques de la province de Québec prescrit l’histoire du Canada dans les 3e, 4e, 5e, 6e et même 7e années; oralement dans la 3e année; avec manuel à partir de la 4e année; roulant sur les principaux faits dans la 4e année; sur la domination française en 5e; sur la domination anglaise en 6e, et enfin sur toute notre histoire en 7e.Ce programme nous semble parfaitement élaboré, et, s’il est convenablement appliqué par un maître intelligent, il est impossible que les oiH élèves, à la fin de leur cours, ne sachent pas d’une manière approfondie l’histoire de leur pays.Dans la 3e année, l’instituteur se contentera de peindre, aux enfants, dans ses leçons successives et graduées, l’état de l’Amérique à l’époque où Christophe Colomb la découvrit ; de leur parler des aborigènes, de leurs coutumes, de leurs religions.Il leur fera comprendre la position du Canada, leur montrera le pays qu’occupaient les deux principales nations sauvages, les Hurons et les Iroquois ; leur racontera les ^ voyages de Cartier et la manière dont il fit ses découvertes ; leur expliquera pourquoi ils sont Canadiens, catholiques, et d’origine française ; leur dépeindra les luttes et les K privations qu’eurent à supporter leurs ancêtres dans les premiers temps de la colonie, ainsi que l’héroïsme des missionnaires cherchant à convertir les Indiens ; leur mon-if trera les Anglais s’établissant au sud, c’est-à-dire dans la Nouvelle-Angleterre où ils '% deviendront de plus en plus nombreux, et d’où ils dirigeront des incursions dans la It i Nouvelle-France chaque fois qu’en Europe la France soutiendra une guerre contre «K- l’Angleterre ; leur racontera la lutte suprême, l’héroïsme des Lévis et des Montcalm % avant que le drapeau anglais ne vînt à être définitivement arboré sur la citadelle de il Québec ; leur fera comprendre pourquoi les Etats-Unis, d’abord colonisés par la tr Grande-Bretagne, se sont détachés d’elle, et comment, à la suite de cette guerre, le Is; Canada vit sa population s’accroître de nombreux éléments Anglo-Saxons ; enfin si; terminera cette série de leçons en leur prouvant que, si nous voulons former un peuple fort et respecté, nous devons maintenir, par la tolérance réciproque, la concorde entre les différentes races établies sur notre sol.x — 120 d’où x = 120/3 ^ 4° et 100.V = 40 X 100 = 4°oo, placement à 3%.24.Soit x le chiffre des unités ,alors 2x le chiffre des dizaines et 4.r le chiffre des centaines.Le nombre sera 400X 20x x — 421X.Le nombre retourné sera loor -|- 20x 4X = 124X 421X — 124V = 594 297X - 594 d’où x = 594/297 = 2, le chiffre des unités.2^r = 2 X 2 ^ 4> L chiffre des dizaines.4*' = 2 X 4 = 8, le chiffre des centaines.Le nombre est donc 842.25.Soit 2ix sa fortune; alors 3/7 de 2ix, ou 9.r à 5%.2i.r — çx = 12X le reste.Pour que la part placée à 3% produise un revenu égal à celui de la part à 6%, il est évident que celle à 3% doit être double de celle à 5%.Il faut donc diviser I2x dans le rapport des nombres 2 et 1, c’est-à-dire 8* à 3% et 4Jf à 6%.Le revenu de la 1ère part = çx y 5/ioo‘= 45^/100; le revenu de la 2e part = 4.r X 6/100 = 24.r/ioo; le revenu de la 3e part = 8.r X S/^oo = 24X/J00.45x/100 + 24^/100 4- 24^/100 = 3720.Multipliant par 100 on a; 45^ + 24X -f 24X — 372000 93^ = 372000 x — 372000 - = 4000 93 2iv = 4000 X 21 = $84000, Rép.PRISME POLYGONAE DROIT Un prisme est triangulaire, quadrangulaire, pentagonal, etc., suivant que sa base est un triangle, un quadrilatère ou un pentagone, etc.Le développement de la surface du prisme nolvgonal droit forme un rectangle dont une des dimensions est le périmètre de la base du prisme, et l’autre l’arête du même prisme; on ajoute à cela les polygones des deux bases.La surface latérale égale le produit du périmètre de la base par la hauteur.La surface totale égale la surface latérale, plus celle des deux bases.Le volume égale le produit de la surface de la base par la hauteur.' 140.Un prisme en fonte a pour hauteur 0 pouces et pour base un triangle équilatéral dont le côté est de 2 pouces.Quelle est sa surface et quel est son volume?Solution.—Le développement de la surface du prisme triangulaire, est formé de trois rectangles et de deux triangles.La surface latérale égale le produit du périmètre de la base par la hauteur ou arête latérale.La surface totale égale la surface latérale plus la surface des deux triangles des bases.Le périmètre de la base = 2 X 3 = 6 ; 6 X 9 — 54 • la surface latérale.La base est un triangle équilatéral de 2 pouces de côté: pour trouver la surface d’un triangle équilatéral, on multiplie le carré du côté par .433.Le carré de 2 == 4: 4 X -433 I-732; I-732 X 2 = 3.464, la surface des deux bases: 34.surface latérale + 3.464, surface des deux bases = 57.464 pouces carrés, la surface totale.Le volume = 1,732, la surface de la bàse X 9> la hauteur = 15,538 pieds cubes.141.Un prisme a pour base un pentap'one régub’er dont le côté est de 2 pieds et la hauteur de 13 pieds.Quelle est sa surface et quel est son volume?Solution.—Le développement de la surface du prisme pentagonal est formé de cinq rectangles et de deux pentagones. L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE 167 Le périmètre de la base = 2 X 5 := 10 pieds; 10 X x5 == I5° pieds, surface latérale.La base est un pentagone de 2 pieds de côté; pour trouver la surface d’un pentagone régulier on multiplie le carré du côté pas 1.720447.Le carré de 2 — 4; 4 X I>720,477 = 6,881,908, surface d’une des bases; 6,881,908 X 2 = 13,763,816, surface des deux bases; 150, surface latérale + 13,763,816, surface des 2 bases = 163,763,816, surface totale.Le volume = 6,881,908 X I5 == 103,22862 pieds cubes.142.Une colonne prismatique a pour base un octagone régulier de 5 pieds 3 pouces de côté, et pour hauteur 45 pieds; quelle est sa surface totale, et quel est son volume?Solution.—(5 pieds 3 pouces) X 8 = 42 pieds périmètre de la base; 42 X 45 = 1890, surface latérale: Pour trouver la surface d’un octagone on multiplie le carré du côté par 4, 828,427; Le carré de 5 pieds 3 pouces ou de 5.23 = 27.5625 ; 27.5625 X 4,828,427 = 133.08 + surface de la base; i33-°8 X 2 = 266.16, surface des deux bases; 1890, surface latérale -f- 266.16, surface des 2 bases = 2,156.16, surface totale.Le volume = 133.08 X 45 = 5988.6 pieds cubes, le volume.PROBLÈMES DE RÉCAPITULATION 6.Un trapèze isocèle a deux bases de 40 pieds et 22 pieds.Les deux autres côtés ont chacun 15 pieds.Trouvez la surface du trapèze.7.La petite diagonale d’un losange a 12 verges.Son côté a 25 verges.Calculez sa surface.8.Calculez la surface d’un cercle dont la circonférence mesure 21 verges.9.Calculez la surface d’un secteur dont la base est un arc de 45 degrés et dont le rayon à 8 verges.10.Si le diamètre d’un cercle est de 18 pouces, quelle est la circonférence d’un cercle de trois fois la surface de la première?SOLUTIONS 6.Si du point de contact des côtés avec la base supérieure on abaisse des perpendiculaires sur la base inférieure, le trapèze se trouve divisé en trois parties: un rectangle.ayant pour base 22 verges et pour hauteur la hauteur du trapèze; et deux triangles rectangles égaux ayant chacun pour base 9 pieds, pour hauteur, la hauteur du trapèze, et pour hypoténuse les côtés non parallèles du trapèze, iç verges.La hauteur d’un triangle rectangle ayant pour hypoténuse 15 pieds et pour base 9 pieds = la racine carrée de (152 — 92) = 12, hauteur du triangle et aussi du trapèze, (40 -}- 22) -4- 2 = 31 = la moitié de la somme des bases; 31 X 12 = 372> surface du trapèze.7.Les diagonales d’un losange se coupent à angles droits et en leur milieu; elles partagent le losange en 4 triangles rectangles égaux.Chacun de ces triangles rectangles a pour base la moitié de 12, c’est-à-dire 6 et pour hypoténuse 25; la hauteur = la racine carrée de (252 — 62) = 24.26 (presque) la moitié de l’autre diagonale.Pour trouver la surface il suffit de multiplier une des diagonales par la moitié de l’autre: 24.26 X 12 = 291.12, surface.v 8.Pour trouver la surface d’un cercle au moyen de la circonférence, multipliez le carré de la circonférence par .07958.212 X -07958 = 35.09478 verges carrées.9.Un secteur de 45 degrés est le huitième du cercle.Pour trouver la surface d’un cercle au moyen du rayon, multiplier le carré du rayon pas 3.1416.(82 X 3-i4i6) -t- 8 = 25.1328 verges carrées. L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE 168 io.Remarque: Les surfaces de deux figures semblables sont dans le même rapport que les carrés de leurs côtés homologues; en parlant de cercles il faut dire de leurs rayons, diamètre, circonférences, etc.Soit i, la surface du premier cercle, alors la surface du deuxième cercle sera 3.Soit x, le diamètre du deuxième cercle.Nous avons maintenant la proportion suivante: 3/1 = x2/i82; d’où 3 X rô2 = ¦v2, d'où 972 = x2, d’où ^ = la racine carrée de 972 = 31.177, le diamètre du deuxième cercle.S1-1?X d-tfiïd = 97.94 la circonférence.LESSONS IN ENGLISH KINDS OP SENTENCES Write sentences telling something about: birds, Newfoundland dogs, the well, the St.Lawrence, bees, Montreal.Answers.—The birds are singing in the trees.—Newfoundland dogs are good swimmers.—The well in our yard is very deep.—The St.Lawrence is the greatest river in North America.—Bees make honey.—Montreal is the largest city in Canada.All the above sentences tell something.A SENTENCE WHICH TELLS SOMETHING IS A DECLARATIVE SENTENCE A' declarative sentence is followed by a period.Write sentences asking something about: bees, the birds, the zvell, Mary, Champlain, bakers, cows, the man who founded Montreal.What do bees make?Where are the birds singing?How deep is the well in your yard?What had Mary?What City did Champlain found?What do bakers make?What do cows give us?Who founded Montreal?These sentences do not tell anything; they ask a question.A SENTENCE WHICH ASKS A QUESTION IS CALLED AN INTERROGATIVE SENTENCE This mark (?) is used at the end of a question, and is called an interrogation point.Write the following letter from dictation and underline the interrogative sentences : Chateau-Richer, Oct.14, 1904.My dear Sister, What do you think I am going to send you ?A picture of good old Nero.Are you not surprised?We took him to town yesterday to have his picture taken, and such a time as we had.For a long time he would not keep still, but barked and barked.After a while he grew tired and then kept quiet long enough for us to get a very good picture.The photographer said one of the ears was blurred, but that it was the best picture he had ever taken of a dog.I will send it just as soon as it is finished.Your affectionate sister, „ Edith.DICTATION buttered decks A Dutch cantain, on his way home from Ireland with a cargo of butter, put in at the Isle of Wight.There he found a number of other vessels riding at anchor, L’ENSEIGNEMENT PRIMAI RE 169 and afraid to put to sea because of the pirates who were cruising about in the Channel.Being anxious to lose no time, the Dutchman made up his mind to risk the pirates, and so weighed anchor and stood out to sea.When he was only a few hours out, he saw a pirate vessel.bearing down upon him.What was to be done?His vessel was too small and not well enough armed to fight ; nor was she a fast enough sailer to escape by flight.In his perplexity, a bright idea occurred to him.He ordered his men to bring up about twenty kegs of butter from below.These were stove in, and the men, with bare feet, spread the butter thick over the deck, the sides, the ropes, and the spars.This made everything so slippery that the men, barefooted as they were, could hardly stand.The work was barely finished when the pirate came alongside, and ordered the Dutch captiin to surrender.This he pretended to do, a?id the pirates prepared to board his vessel and take possession.But they found getting on board extremely difficult,—so much so, that many of them fell into the sea; while those who succeeded after a severe struggle, in boarding the vessel, found themselves utterly unable to keep their feet on the deck.They were seized with terror, thinking the ship was bewitched; and, as quickly as they could, they slipped and slid and tumbled away, and regaining their own vessel, spread all sail and made off from the fatal ship.Thus the clever Dutchman was saved by the judicious use of a little butter.LE CABINET DE L’INSTITUTEUR Les institutions agricoles dans la Province de Québec Plusieurs institutions ont été créées en notre Province pour le bien de l’agriculture, savoir: i° Les Ecoles d’Agriculture actuellement au nombre de trois: celle d’Oka, dirigée par les RR.PP.Trappistes, religieux qui consacrent leur vie à la prière et aux travaux des champs.Ce sont des cultivateurs modèles.Celle de Sainte-Anne de la Pocatière, en aval de Québec, sous la direction éclairée du Collège de cet endroit.Enfin celle de Compton, conduite par un habile contre-maître.Nous possédons aussi l’Ecole Ménagère tenue par les Dames Ursulines de Rober-val où les jeunes filles s’instruisent parfaitement, tout en conservant le goût et l’excellente habitude du travail manuel.D’autres écoles ménagères seront construites sous peu à divers endroits de notre province.Les jeunes gens assez instruits peuvent obtenir gratuitement leur entrée dans les écoles d’agriculture et y apprendre, non seulement la science agricole, mais les secrets de l’horticulture pratique, le soin et la taille des arbres fruitiers, la culture de la vigne, etc., les soins à donner aux bestiaux pour que leur entretien soit rémunérateur, les connaissances en industrie laitière, la fabrication du beurre et de divers fromages etc., etc.’ Plusieurs jeunes gens se sont créé un avenir heureux en puisant leur instruction pratique à ces écoles, où la nature nous est montrée comme un grand livre qui a Dieu lui-même pour auteur.Les instituteurs et les institutrices feraient bien d’attirer l’attention des élèves sur l’utilité de ces écoles d’agriculture.Le corps enseignant pourrait faire une belle propagande en ce sens.O.-E.Daraire. 170 L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE En récréation Voici un amusement bien gentil que l’on pourrait facilement introduire à l’école primaire, pendant la récréation.Tout le monde sait l’air: IL était une bergère; voici de quelle façon on peut amuser fort joyeusement les enfants avec cette vieille chanson.Nous reproduisons ce qui suit de Y Echo des deux Mondes, de Chicago: « Les paroles de cette ronde sont simples, et par conséquent adaptées d’une manière toute particulière à l’enfance.Les matériaux et l’action elle-même sont si variés, qu’ils affectent plus au moins directement chaque enfant en particulier.—Le jeu se pratique comme suit: On forme un grand cercle.«Attention,» dit le directeur du jeu.«Harold vous êtes le mouton, Catherine, la maman mouton et Frédéric, le bébé mouton.» Il n’y a qu’une famille entière qui puisse satisfaire les enfants, et le bébé est l’un des traits les plus importants.Une partie du cercle doit figurer la colline.Un banc d’école à l’autre bout du cercle représente la cuisine de la bergère.Un grand haltère représente la baratte.Le Directeur.—«Donald, vous êtes le chien de la bergerie, gardez bien les moutons ! » Le Directeur.—«Marguerite, vous êtes le petit chat.» Le cercle saute gaîment et chante la petite chanson qui imite le ron-ron d’un chat.« Il était une bergère Et ron, ron, ron, petit patapon, Il était une bergère Qui gardait ses moutons, ron, ron Qui gardait ses moutons.» Les moutons, maintenant rassasiés s’étendent et s’endorment, et le chien les garde.La bergère entre dans la maison et se met à faire le fromage.Le petit chaton se glisse en tapinois et essaie de s’approcher de la baratte.Le cercle danse en marchant en sens inverse.« Elle fit un fromage, Et ron, ron, ron, petit patapon, Elle fit un fromage Du lait de ses moutons ron, ron Du lait de ses moutons.Le chaton la regarde, Et ron, ron, ron, petit patapon, Le chaton la regarde Avec un air glouton ron, ron Avec un air glouton.» Le cercle s’arrête maintenant et chante avec la bergère : » « Si tu y mets la patte Et ron, ron, ron, petit patapon.Si tu y mets la patte Tu auras du bâton ron, ron Tu auras du bâtop.» -% Le petit chat, très effrayé à la vue du bâton se retire au grand plaisir des enfants.» L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE 171 Revue mensuelle Congrès des Libres-Penseurs à Rome.—La réforme de la musique sacrée.—Les Canadiens français et la Franc-Maçonnerie.—«Jean Talon,» le beau livre de M.T.Chapais, apprécié en Europe.—La mission de la jeunesse contemporaine.—Pie X et la jeunesse.—La question scolaire en Allemagne.—Les Evêques français et les Congrégations bannies.—La guerre Russo-japonaise.—Le couronnement d’une madone du, Très Saint Rosaire au Cap de la Madeleine.—La population canadienne-française et catholique dans les Cantons de l’Est.—Composition de la nouvelle Chambre des Communes à Ottawa.—La crise de l’école laïque en France.—La laïcisation de la Grammaire.Les Libres-Penseurs de l’Europe, notamment ceux de France et d’Italie, se sont réunis en congrès, à Rome, en septembre dernier.Inspirée par les loges maçonniques, la Libre-Pensée a poussé l’audace jusqu’à aller affirmer dans la ville des Papes que l’Humanité s’émancipe de plus en plus du joug divin.La vanité et la haine seules ont pu amener quelques centaines d’insensés à nier ainsi l’existence de Dieu et l’autorité de son Église., On sait que Sa Sainteté Pie X, dans un Motu proprio très clair, a ordonné la réforme de la musique sacrée.Depuis la publication de ce document pontifical, bien des pages ont été écrites sur ce sujet.A ce propos, L’Etoile du Nord, de Joliette, il y a déjà plusieurs semaines, a publié un article très bien fait dont voici un passage important : « Il est vraiment curieux d’entendre certaines personnes raisonner—disons plutôt déraisoner—sur le chant sacré.D’après elles, le pape serait allé trop vite : il n’a pas prévu tout le mal qui va résulter de ses réformes.En interdisant à l’église les messes à grand orchestre, il va contribuer à éloigner beaucoup de personnes de l’assistance aux offices.J’en ai entendu de celles-là: il leur faut, disent-elles, du Gounod; sinon, adieu les douces émotions de la piété qui les berçaient au Gloria et au Credo.Fi donc! de ce vieux plain-chant démodé; c’était bon pour les âges d’ignorance, le moyen âge, quand les goûts étaient barbares : mais dans le vingtième siècle, quand tout a été refait par le progrès moderne pour l’avancement de l’humanité ! ! Lorsque le cœur, au lieu d’être à gauche comme autrefois, est maintenant à droite, le plain-chant n’est plus de mise.Et, pourtant, le Pape qui a reçu l’abondance de l’Esprit-Saint pour régir la sainte Église de Dieu, ordonne qu’il faut revenir aux traditions antiques et bannir des églises la musique profane qui change les temples en salles de théâtre.La chose se fera, car Pie X le veut; il chassera des églises les voleurs de la gloire de Dieu, tout comme Jésus en chassa les vendeurs et les hommes d’afifaires pour les renvoyer à leurs bureaux.» Les Canadiens doivent se tenir en garde contre les agissements de la Franc-Maçonnerie.Le Grand Orient, la faction la plus considérable de la maçonnerie française, a adopté la résolution suivante à son dernier convent: «L’assemblée générale du Grand Orient de France adresse à M.Combes, président du Conseil, le témoignage de ses chaleureuses sympathies et de son entière confiance.Elle l’engage à mener jusqu’au bout la lutte qu’il a courageusement entreprise pour défendre la République contre le cléricalisme, et pour faire aboutir les i7-> L’ENEEIGNEMEN'V PEIA1A1EE réformes publiques, militaires, fiscales et sociales.Elle lui demande de faire discuter simultanément à la session de janvier, la séparation des Eglises et de J’Etat et la' caisse des retraites ouvrières.» Méfions-nous donc des adeptes des loges françaises qui viennent élire domicile au Canada.Parlant du beau livre de M.Thomas Chapais, Jean Talon, le Paris-Canada dit: « L’ambition d’un auteur est sans doute Satisfaite lorsqu’il est parvenu à donner au lecteur de son ouvrage l’idée qu’il se fait lui-même du personnage qu’il célèbre.Cela vaut les plus belles gloires du style.Et si, à cet objet pleinement atteint vient se joindre le solide mérite d’une forme précise et ample en même temps, on ,ne saurait désirer plus belle récompense pour son effort.» Dans une superbe étude intitulée La Mission de la Jeunesse Contemporaine, le R.P.Vuillermet trace dans Le Rosaire, de Saint-Hyacinthe, un programme qui est à lire.En voici un passage: « Si vous avez la légitime et patriotique ambition de voir votre pays grand et prospère, au premier rang parmi les nations qui se dévouent à l’œuvre de la civilisation, efforcez-vous d’élever le niveau intellectuel des âmes.Du même coup vous aurez largement contribué à grandir les aspirations et les désirs du peuple.Vous le déprendrez de ce terre à terre où il se traîne et qu’engendre un contact trop prolongé avec la matière.Vous lui mettrez de généreux sentiments au cœur.Vous verrez alors l’âme de ce peuple monter,’ se détourner avec dégoût de toutes les futilités avec lesquelles on cherche à l’amuser et où elle perd le meilleur de son esprit et de son bon sens.Vous la sentirez vibrer pour tout ce qui est grand.Les causes sacrées de la patrie, de la justice et de la vérité trouveront en elle de nombreux et vaillants défenseurs.» L’éminent religieux conclut en disant: « Donc, si nous voulons travailler efficacement à la grandeur et à la puissance de notre pays, ayons ce culte de la science, travaillons à élever son niveau intellectuel et moral.Mais ne l’oublions jamais, tous nos efforts seraient infructueux et vains, si nous ne donnions pas à cette science humaine, un contre-poids ou plutôt un principe vivificateur, la doctrine catholique.Pénétrons-nous des principes chrétiens, faisons-en l’âme de notre vie intellectuelle.Efforçons-nous en même temps que nous répandrons la science de maintenir dans le peuple ces principes d’où dépendent la vie, la sécurité de la société toute entière.Faisons-les revivre chez ces esprits qui menacent ruine, battus en brèche par des idées modernes comme par des machines de guerre.Vos études vous imposent cette tâche et vous décernent cet honneur.Souvenez-vous toujours de cette parole d’un grand orateur: e C’est de l’état des esprits, dans une nation, que dérive toute la vie*.Ce sont les têtes qui font un peuple, et non les bourses.» Le pape porte une paternelle affection à la jeunesse.En septembre dernier, les membres de 1 Association Catholique de la Jeunesse Française sont allés présenter leurs hommages à Pie X.Voici les premières paroles prononcées par Sa Sainteté, en réponse à la protestation de fidélité à la foi catholique et au Saint Siège: % L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE ^73 m Dili' ,1*.« Réconforté par les nobles sentiments exprimés dans l’adresse qui vient de Nous être lue en votre nom, Nous remercions le Seigneur qui de temps à autre Nous procure de telles consolations et apporte à Notre faiblesse le courage nécessaire dans les combats que Nous avons à soutenir.« Car votre protestation est vraiment consolante pour Nous.Elle Nous donne l’assurance qu’au milieu des difficultés dont est tourmentée l’heure présente, Nous aurons à Nos côtés, dans la lutte pour le bien, de très chers jeunes gens qui, unis d esprit et de cœur à l’ombre de leur bannière où se lit la belle devise piété, étude, action.Nous conduiront à la victoire.» En Allemagne, les catholiques gagnent du terrain tous les ans.Actuellement une question scolaire très intéressante est à se débattre devant les Chambres germaniques.On sait qu’en Allemagne l’enseignement primaire est confessionnel, c’est-à-dire qu’on enseigne la religion dans les écoles.Mais la population étant composée de protestants et de catholiques, il arrive assez souvent que les mêmes écoles sont fréquentées par des enfants catholiques et par des enfants protestants.Ce genre d’école est nommé mixte.Il y a quelques mois, la Chambre des députés de Prusse (le Landtag') a été saisie d’un projet de loi tendant à supprimer l’école mixte, qui serait remplacée par l’école confessionnelle séparée; là, les enfants devront être tous de la même religion et dirigés par un instituteur de leur croyance.Le principe de ce projet de loi a été admis par le Landtag.Les catholiques sont dans la jubilation.Au lendemain de la loi barbare qui a jeté sur le pavé les Religieuses et les Frères, en France, plusieurs évêques ont écrit des lettres admirables aux Congrégations que le gouvernement français frappait avec une lâcheté révoltante.Voici quelques extraits de ces lettres : S.Em.le cardinal Richard adresse aux Sœurs la lettre suivante: «Je ne vous laisserai pas vous éloigner de vos maisons sans vous apporter l’expression de ma religieuse sympathie, je ne peux mieux la traduire que par la parole évangélique: Vous êtes bienheureuses, parce que vous souffrez presécution pour la justice.« Au milieu de la tristesse profonde que nous éprouvons en voyant supprimer nos communautés enseignantes, nous n aurons pas de pensées de découragement, ni de paroles d’amertume pour ceux qui vous frappent et vous interdisent votre mission de dévouement.Nous conservons l’invincible espoir que, sous la pression de la cqn-science publique, on sera forcé de vous rendre justice.« Si l’on cherche, en effet, la cause des mesures prises contre vous, on reconnaît immédiatement qu il n y en a pas d autre que la volonté des sectes maçonniques qui travaillent à détruire la religion chrétienne dans notre pays.Nous l’avons dit, il y a dix ans, en indiquant aux catholiques leur devoir social : « La question qui s’agite aujourd’hui est beaucoup plus haute que toutes les questions politiques.Il s’agit de savoir si la France restera chrétienne ou si elle cessera de l’être.» Mgr Touchet, évêque d’Orléans, adresse aux Frères et aux Sœurs de son diocèse ane lettre où il montre le révoltant et abominable caractère des mesures qui frappent l’enseignement congréganiste.4 '74 RENSEIGNEMENT PRIMAIRE Sa Grandur conclut : «Après avoir caractérisé l’acte qui vous atteint, vous donnerai-je des conseils?A quoi bon.Je ne puis que renouveler ceux que vous connaissez.Si vous n’avez d’autre moyen d’exister, sécularisez-vous.Si vous vous sécularisez, n’ayez pas peur de vous séculariser sur place.Les prophètes qui nous annonçaient que la sécularisation sur place serait toujours considérée comme un délit se sont trompés.La Cour de cassation vient de le leur faire voir.Elle a dit par ses arrêts que la sécularisation sincère peut s'opérer même dans le lieu où les religieux exerçaient précédemment, on s’en peut souvenir.« Et maintenant, il ne me reste plus qu’un devoir à remplir, devoir pénible et doux.« Au nom des parents qui vous avaient confié leurs enfants, au nom de l’Église, en mon nom personnel, je vous dis toute ma gratitude pour le passé, toutes mes condoléances pour le présent, et mes espoirs pour l’avenir.«Je ne puis croire que la France s’accoutume à l’atmosphère de haine et d’intolérance à laquelle on veut la condamner.« Je ne puis croire que vos prières, vos souffrances et vos larmes restent éternellement sans fruit.« Un chrétien peut être malheureux, il n’est jamais désespéré.« Je vous bénis tous et toutes avec respect.» Mgr l’évêque de Soissons adresse aux supérieurs des congrégations enseignantes de son diocèse une lettre où nous lisons : « Du milieu des ruines accumulées autour de vous, redressez-vous, reposez les pierres de vos oeuvres, rebâtissez l’édifice à peu près écroulé.Sous un autre costume, avec le nom de votre père, rëdevenus simples citoyens français, travaillez encore au salut de I’enfapce, de la jeunesse, de la France, en vous drapant dans le morceau de liberté qui vous reste et en restant jusqu’à la pauvreté, jusqu’à l’abandon, jusqu’à la vieillesse, jusqu’à la mort, les serviteurs de la patrie et de l’Église.« C’est dans cet espoir que je vous adresse, mes chers Frères et mes chères Sœurs, ma sympathique vénération pour vos douleurs et ma paternelle bénédiction pour votre salut.» Mgr l’évêque d’Evreux écrit de Plombières au Frère supérieur des écoles chrétiennes de sa ville épiscopale : « La ville d’Evreux ne verra plus votre robe pauvre au milieu de ces chers petits dont vous faisiez si noblement et si modestement des chrétiens et des Français.Mais nous garderons votre souvenir avec le soin religieux que l’on apporte aux grandes œuvres: nous y ajouterons l’espérance.«J’enveloppe ma douleur de l’adieu dans l’espérance de l’au revoir, et je bénis vos collaborateurs et vous-même.» Une grande bataille a eu lieu aux environs de Moukden entre les Russes et les Japonais.D’après les dépêches, les Russes auraient été d’abord défaits, puis Ms auraient repris l’offensive.Les pertes ont été considérables de deux côtés.Les Japonais ont capturé plusieurs canons et vingt-quatre wagons de munitions.Cette nouvelle a causé une pénible impression en Russie.Mais il ne faut pas croire que la conquête de'la Mandchourie par les Japonais soit sur le point de devenir un fait accompli.Le gouvernement russe a ordonné à la flotte de la Baltique de se rendre L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE 175 en Orient.Des renforts considérables seront envoyés au général Kouropatkine (le commandant en chef des forces russes).D’ici à un mois, ce capitaine aura 400,000 hommes à sa disposition.Les Japonais, que leur marche vers le nord éloigne constamment de leurs bases de ravitaillement, pourront-ils résister bien longtemps à l’armée russe toujours grossissante?La Semaine Religieuse, de Québec, 15 octobre, a publié la note intéressante qui suit: « Nos lecteurs savent que le 12 du courant, a eu lieu, au Cap de la Madeleine, le couronnement solennel, au nom de Sa Sainteté Pie X, de la statue de la Madone du Très Saint Rosaire.C’est l’évêque du diocèse des Trois-Rivières, Sa Grandeur Monseigneur F.-X.Cloutier, qui a été délégué pour placer le diadème d’or orné de pierres précieuses sur le front de la Vierge Immaculée.Mais l’antique Eglise de Québec a dignement figuré dans cette fête mémorable dans la personne de son premier pasteur, Monseigneur L.-N.Bégin, notre éminent et bien-aimé archevêque.C’est lui qui, prié de faire le sermon de circonstance, a publié dans un langage plein de salutaire doctrine et d’onction pénétrante, les louanges de Marie, mère de Dieu et des hommes.Le choix de l’orateur s’imposait, non seulement à raison de sa prééminence dans la hiérarchie de la province ecclésiastique, mais en souvenir d’une fête analogue, célébrée il y a déjà neuf ans, dans le sanctuaire merveilleux de Notre-Dame de Guadeloupe, à Mexico.Il convenait, en effet, que le panégyriste de la Patronne du Mexique et de l’Amérique Centrale publiât aussi la gloire et les bienfaits de la Reine du Très Saint Rosaire au Canada.Au reste, la date de chacune des deux fêtes est la même, et cette année, à Mexico, on célèbre avec un éclat inaccoutumé la mémoire de l’apparition miraculeuse de la sainte Vierge à un pauvre Indien, car c’est le cent cinquantième anniversaire de la concession de l’indulgence extraordinaire accordée au pèlerinage de Notre-Dame de la Guadeloupe.» Le délégué apostolique, Mgr Sbaretti, plusieurs archevêques et évêques assistaient aux fêtes du couronnement.Le Courrier de Saint-Hyacinthe a publié naguère des statistiques très intéressantes à propos de la division électorale de Wellington, situé dans les Cantons de l’Est.Cette division comprend les comtés de Compton, Sherbrooke, Stanstead, Richmond et Wolfe, partie de Drummond.La population totale de ces cinq comtés est de 108,502 personnes, reparties comme suit: d’origine canadienne-française: 67,662; d’origine anglaise et autre: 40,840; catholiques; 76,694; protestants: 31,808.Il y a à peine vingt-cinq ans, les Cantons de l’Est, notamment la division de Wellington, étaient peuplés en grande majorité d’Anglais.C’est une victoire qui, précisément parce qu’elle est pacifique, fait grand honneur aux Canadiens français.A La prochaine Chambre des Communes, à Ottawa, comme l’ancienne, sera composée de 214 députés, mais la représentation dans les différentes provinces a été modifiée depuis le recensement.Voici comment sera composée la nouvelle Chambre: Ontario, 86 députés; Québec, 65; Nouveau-Brunswick, 13; Manitoba, 10; Territoires, f* to; Colombie anglaise, 7; Ile du Prince-Edouard, 4; Yukon, 1. 176 L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE L’école laïque, (i) en France, passe par une crise grave, à en juger par les lignes suivantes que publie U Avant-Garde Pédagogique, du 1er octobre 1904, organe des intérêts de l'école laïque: « Défendons l’école laïque contre le vent de désorganisation qui la menace », tel est le vœu qui se dégage des nombreuses lettres que nous avons reçues depuis trois mois, à l’occasion de notre enquête sur les élections aux Conseils départementaux.« Nous enregistrons cette réponse unanime avec une véritable satisfaction.Et le désir qu’elle exprime est trop le nôtre pour que nous n’apportions pas notre concours, à l’œuvre de défense que nos collègues jugent enfin nécessaire, indispensable.« Oui, il est grandement temps de défendre l’école laïque contre l’anarchie que des politiciens cachés sous le beau nom d’instituteurs ou de professeurs cherchent à y introduire, et, avouons la vérité, si triste soit-elle, y ont déjà introduite.« Oui, il est temps de lutter ouvertement, au grand jour, contre nos niveleurs contemporains dont toute la théorie tient en ces trois mots : plus de chefs ! » On a chassé Dieu de l’école, et l’anarchie est venue prendre sa place: c’est dans Tordre.U Enseignement Primaire a eu raison de mettre ses lecteurs en garde contre les livres classiques imprimés en France.Les journaux de Paris ont annoncé que les éditeurs de la grammaire Larive et Fleury avaient décidé de retrancher de ce livre les exemples trop ouvertement chrétiens pour les remplacer par des phrases n’ayant aucune portée morale.C’est la laïcisation de la grammaire en attendant celle du dictionnaire.Voici un exemple typique des changements faits : Au lieu de : « Si tu enfreignais les commandements de Dieu, etc.,» on lit aujourd’hui: «Si tu enfreignais les lois de la nature, etc.» Méfions nous donc de plus en plus des livres qui nous viennent de l’étranger.Utilisons de préférence les manuels faits dans notre province, tout au moins ceux qui sont adaptés à nos idées religieuses et nationales.C.-J.M.DIVERS ERRATA.—Dans la liste des élèves-institutrices qui ont obtenu leur brevêt à TÉcole normale Laval, liste que nous avons publiée dans la livraison de septembre, p.18, lire Anne-Marie Michaud, au lieu de Anne-Léonie.BUREAU CENTRAL.—A la prochaine session du Bureau central (1905), les candidats pourront se présenter à 16 ans accomplis, comme les années passées.AVIS.—Les abonnés payants sont priés d’acquitter leur souscription d’ici au 20 novembre, sinon l’envoi de la revue cessera.$1.25, pas de timbres.MON PREMIER LIVRE.—Très souvent, les commissions scolaires et les communautés s’adressent au directeur de L'Enseignement Primaire pour se procurer Mon Premier Livre.On est prié de se rappeler que la propriété de cet ouvrage appartient au Gouvernement.Prière donc de s’adresser, soit au Secrétaire de la Province ou au Surintendant de l'Instruction publique.Quelques personnes s’informent du prix de vente: l’ouvrage est distribué gratuitement.(t) L’école laïque, en France, a un esprit que les écoles dirigées par les laïques catholques au Canada n’ont p^s.On peut être laïque et remplir avec zèle les devoirs d’éducateur, tel que le veut l’Église catholique. L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE 177 vi ¦ “ v- f:> V/ ÉCOLE DU GROS-MORNE (Gaspê) PlNSTlTUTRIce ËT SES ÉLÈVES (1902) La fortune du Drapeau canadien-frauçais Le drapeau de Carillon aux armes du Sacré-Cœur a désormais sa place, et une place d’honneur, dans le cœur de nos gens.De plus en plus il mérite d’être appelé le drapeau national des Canadiens français.Lors des grandes fêtes du sacre de Mgr Archambault, à Joliette, c’est le drapeau canadien français qui était en évidence.Au récent congrès des Sociétés Saint-Jean-Baptiste d'Amérique, la résolution suivante, dont l’importance n’a échappé à personne, a été adoptée à l’unanimité: « Proposé et résolu que les officiers et membres du consfrès de l’Union St-Jeafri-Baptiste d’Amérique, réunis en convention à Willimantic, Connecticut, les 27 et 28 septembre 1904.adoptent pour leur étendard officiel, le Drapeau Carillon Sacré Coeur avec en plus l'inscription de la Société: L’Union fait la force.» Déjà plusieurs sociétés nationales de la Province de Québec et du Manitoba ont reconnu le Carillon portant l’image du Cœur de Jésus, comme drapeau national des Canadiens français.Le vœu de l’immortel Crémazie se réalisera donc: «Ah! bientôt mussions-nous, ô drapeau de nos pères! Voir tous les Canadiens.un:s comme des frères.Comme au jour du combat se serrer près de toi! Puisse des souvenirs la tradit:on sainte.En régnant sur leur cœur, earder de toute atteinte Et leur langue et leur foi ! » Redisons avec conviction, en regardant le drapeau canadien-francais, ces quatre vers de Frédéric Bataille, saluant l’étendard de sa patrie: i78 L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE Un chant de fête a traversé l’espace: Peuple, debout ! C’est ton drapeau qui passe ! Mêlons nos voix à cet hymne joyeux; Qu’il retentisse aux quatre vents des cieux.- '* « B»- Chror que Scolaire Le 5 du mois d’octobre dernier, une fort jolie fête a eu lieu au monastère des Dames Ursulines, à Roberval.Mgr Belley, Grand-Vicaire de Chicoutimi, entouré d’un nombreux clergé, a béni une aile, ajoutée cette année même, à l’École ménagère.On sait que c’est en 1882 que quatre religieuses Ursulines quittèrent leur antique monastère de Québec pour aller établir une école ménagère sut; les bords du lac Saint-Jean.Cette maison, détruite par un incendie en 1897, est aujourd’hui très prospère.Là, les jeunes filles apprennent l’économie domestique et l’art de tenir le ménage avec bon goût et simplicité.Les travaux ménagers qui conviennent aux familles rurales sont surtout enseignés.Tout en apprenant à faire la cuisine, à malaxer le beurre, à tisser la toile et l’étoffe du pays, les élèves de l’École ménagère de Roberval étudient aussi les diverses branches du programme d'études en usage dans nos écoles.Cette institution fait honneur aùx Dames Ursulines et à la ville de Roberval.Dans un article intitulé La discipline à l’école, le Nationaliste du 11 septembre a dit avec raison : « On est peut-être porté, en certains endroits, à diminuer le rôle de la discipline dans l’éducation, si toutefois on ne lui fait pas une guerre déguisée.D’aucuns, sous prétexte d’abolir la trop grande rigueur de l’ancien régime, glissent dans le laisser-aller: c’est à peu près comme tomber de Charybde en Scylla.Il faut, autant que possible, tenir le juste milieu.» Le gouvernement d’Ontario a décidé de se charger des frais de l’appel qui sera interjeté dans la cause de quelques contribuables catholiques, contre la commission scolaire d’Ottawa, qui ne veut plus reconnaître les Frères comme instituteurs approuvés par la loi.Le Ministère de l’Education du Haut-Canada, depuis 1817 a toujours prétendu que les membres des congrégations religieuses enseignantes qui ont droit d’ense'gner dans la province de Québec, avaient droit en vertu de l’acte de la Confédération d’enseigner dans Ontario.Le Journal d’Agriculture a publié une série d’articles sur l’hygiène à l’école.Ces articles, signés, Dr P., contiennent d’excellents conseils.Nous y avons remarqué cette phrase que nous soumettons à l’attention de MM.les commissaires d’écoles: « Nous construisons des maisons beaucoup trop pet'tes.les plafonds sont souvent beaucoup trop bas et on ne s’inquiète pas du tout de la ventilation.» Une École ménagère vient d’être fondée à Saint-Paschal, comté de Kamouraska, grâce au dévouement et à la générosité de M.le curé Beaudet.Voilà une belle œuvre destinée à rendre de précieux services à la population du Bas-Saint-Laurent.Comme sa devancière, YÊrole ménagère de Roberval.l’école de Saint-Paschal se donnera pour miss:on d’apprendre aux jeunes filles à bien remplir les obligations qui incombent à une bonne mère de famille. L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE 179 Nous empruntons à la Semaine Religieuse de Québec la note intéressante qui suit: « Cinq religieuses Ursulines, du monastère d’Auch, en France, qui vient d’être fermé par ordre du gouvernement, sont arrivées à Québec, au monastère des Ursulines de cette ville, où elles feront désormais nartie de la communauté.Déjà, depuis quelque temps ,prévoyant la sentence de bannissement dont elles devaient être 'victimes, elles avaient demandé et obtenu à l’avance la généreuse et fraternelle hospitalité du vieux monastère de Québec.Elles y ont retrouvé avec bonheur, outre l’essentiel de la vie religieuse et le doux parler de la vieille France, les notes caractéristiques de la famille d’Angèle et Mérici : occupations,, costume, observances, clôture et même la double grille du parloir.Le bateau qui les a transportées du Havre à New-York portait aussi un groupe d’Ufsulines destinées à la Nouvelle-Orléans, ainsi qu’un bon nombre de Sœurs d’autres congrégations, coupables comme e-lles d’aimer Dieu et la patrie, et chassées pour cette raison du sol natal, témoin de leur dévouement.» Encore une réflexion du Dr Paradis, réflexion que nous détachons d’un récent article dans le Journal d’Agriculture \ « Aux connaissances* pédagogiques, l’instituteur devra unir une connaissance suffisante de l'hygiène pour lui permettre de comprendre que l’enfant est un merveilleux instrument qui fonctionne admirablement lorsqu’on sait en faire vibrer les différentes parties dans un harmonieux unisson ; mais cet instrument se détraque et ne rend que des sons faux si on abuse de quelques-uns de ses organes au détriment des autres, et si l’on ne sait pas diriger toutes les parties de cet ensemble, si bien fait par le divin Créateur.» Une institutrice nous demande: «Pourriez-vous me donner des renseignements exacts sur l’Œuvre de la Sainte-Enfance ?»—Avec plaisir.La Sainte-Enfance, tel que le font connaître les Annales de l’Œuvre est l’apostolat des Enfants chrétiens auprès des Enfants de la Chine et des autres pays infidèles, au nom et pour l’amour du Saint Enfant Jésus.Elle procure le baptême à une multitude de petits enfants qui s’en vont peupler le Ciel.Elle sauve la vie à un grand nombre de petits innocents que leurs parents ont la barbarie d’abandonner à la mort la plus affreuse.Souvent elle les rachète à prix d’argent ; elle les nourrit et les élève dans ses écoles.Ces enfants qui doivent leur existence à la foi, seront un jour d’utiles auxiliaires pour la conversion de leur malheureux pays.L’Œuvre repose presque tout entière sur la charité des enfants.Ils en sont les premiers et principaux membres, et ont le privilèsre d’une part plus grande dans les prières publiques de l’Association et dans les messes qui sont célébrées pour l’Œuvre.Dans ces prières et ces messes, est comprise une intention spéc'ale pour que Dieu accorde aux jeunes Associés la prâce d’une bonne Première Communion et celle de la persévérance.—Toutefois, l’Œuvre comprend deux classes d’Associés.On appartient à la première depuis le bantême jusqu’à l’âee de 12 ans.A la seconde peuvent appartenir sous le nom d’Agrégés, les personnes de tout âgfe au delà de 12 ans.Indépendamment du mérite personnel de leurs prières et de leurs aumônes, les Agrégfés ont part à toutes les prières, à tous les mérites de l’Œuvre, à toutes les indulgences et aux autres faveurs accordées par les Souverains Pontifes et les Evêques.Le Canada du R octobre dernier a puhbé une excellente traduction d’un travail de M.G.-T.Winston, sur l’Education rurale.Nous reproduirons ce travail dans la prochaine livraison. i8o L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE L, enseignement secondaire, dans la Province de Québec, vient de perdre un de ses membres les plus éminents, dans la personne de M.le chanoine J.-R.Ouellette, supérieur du Séminaire de Saint-Hyacinthe, M.Ouellette est décédé à l’âge de 74 ans, après avoir fourni une carrière des plus utiles et des plus édifiantes.Une institutrice nous écrit: Voulez-vous vous renseigner sur l’Histoire-Sainte, ' lisez bien: — Voyons, mon petit Léon, que faisaient Adam et Eve dans le Paradis terrestre?Réponse.—Ils pouvaient courailler partout.— Le petit Ismael?Réponse.—Un jour il avait fessé Isaac.Abraham l’a chassé.Le petit gas avait soif et se mit à brailler.Un cours régulier de diction sera, cette année et à l’avenir, donné à l’Université Laval.M.Adjutor Rivard, professeur d’élocution à l’Université, en est chargé.M.Rivard succède à Mgr Hamel dans la chaire d’élocution.Dimanche, le 16 octobre dernier, S.G.Mgr l’archevêque de Québec a béni la nouvelle école des Frères Maristes que la paroisse de Charlesbourg vient de faire construire.C’est un bel et grand édifice pourvu de toutes les améliorations modernes.M.le Surintendant de l’Instruction publique assistait à cette fête scolaire.Bibliographie LE SEMEUR.—Tel est le titre du bulletin mensuel que l’Association catholique de la Jeunesse canadienne-française vient de fonder.Nous avons reçu la première livraison, tout à fait attrayante dans sa toilette blanche.Format, impression, matière à lire, tout plaît dans Le Semeur.Le nom de la nouvelle revue est plein de promesses, tout comme l’Association dont il est le vaillant et élégant organe.Nous souhaitons un succès entier au Semeur.Prix de l’abonnement : 50 centins.Adresse: Lo Semeur, 473, rue St-Denis, Montréal.HÉROS DE LA NOUVELLE-FRANCE, troisième série, par Frédéric de Kast-ner, Québec.Dans cet opuscule, M.de Kastner raconte d’une façon fort intéressante la vie de La Vérendrye, ce héros canadien qui découvrit les Montagnes rocheuses avec ses quatre fils, après douze années de fatigues et de privations de toutes sortes.A L’officiel Par arrêté ministériel en date du 7 octobre dernier, les nominations suivantes ont été faites : Commissaires d’écoles.—Comté de Chicoutimi: Notre-Dame de Laterrière.—M.Alfred Tremh’ay, continué danc ses fonctions.Dorchester: Sainte-Germaine.—M.Damase Bégin, en remplacement de M.Charles Savoie, dont le mandat est expiré.Hochela^a: Boulevard Saint-Paul, village.—M.Alfred B.Baron, en remplacement de M.T.St-Germain, démissionnaire.Syndic d’écoles.—Bonaventure: Cox.—M.Pierre Duguay, en remplacement de M.John Joseph, dont le mandat est expiré. L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE 181 ANGLICISMES Sous ce titre, le Bulletin du Parler français, livraison d’octobre, a publié le tableau qui suit: ANGLICISMES Un set d’amis .Un set de gens choisis.Un JtV d’originaux.Un set de savants.Un set de mauvais sujets.Un set de vauriens, de canailles, de voleurs Un set de danseurs.Un set de diamants, de perles .Un set de boutons.Un set de fourrures.I Un set d’outils.Un set de cheminée.Un set de foyer.Un set de vaisselle.}.Un set de salon, de chambre à coucher.Un set de poulies.Un set de marchandises, etc.Un set de livres.Un set d’avirons, de voiles, de broches à tricoter, de cartes.équivalents français Un cercle, une réunion d’amis.Une société choisie.Une collection, une réunion d’originaux.Une association, un corps, une société de savants.Une clique de mauvais sujets.Une bande, une troupe, un tas de vauriens, de canailles, de voleurs.Un groupe, un couple de danseurs.Une parure, une garniture de diamants, de perles.Une garniture de boutons.Un habillement complet en fourrure, ou une garniture de fourrure.Un outillage, un assortiment d’outils, une collection d’outils.Une garniture de cheminée (objets qui parent le dessus d’une cheminée).Une garniture de foyer (pelle, pincettes, chenets, etc.).Un service de vaisselle.Un ameublement, un meuble de salon, de chambre à coucher.Une garniture de poulies (un certain nombre de poulies montées sur une chape.) Un assortiment, une variété, un grand nombre de marchandises.Une collection, une série de livres.Un jeu d’avirons, de voiles, de broches à tricoter, de cartes.Dans chaque livraison, le Bulletin etudiera comme ci-dessus un anglicisme dans ses différentes acceptions, donnant à chacune d’elles l’équivalent français.Nous nous ferons un devoir de reproduire ce travail régulièrement.Les instituteurs et les institutrices pourront, de temps à autre, écrire sur le tableau quatre ou cinq acceptions d’un anglicisme avec les équivalents français et les faire copier aux élèves dans le cahier d’exercice français.Toute la série y passera facilement dans le mois. L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE 182 Vieux souvenirs des anciens jours s 9 ancienne: égeise ET vieux COUVENT des RÉCOGEETS, À QUÉBEC Détruits par un incendie en 1796 IvT.vieille éoflis0 et l’ancien convint de
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