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Titre :
L'enseignement primaire : journal d'éducation et d'instruction
Éditeur :
  • Québec :[L'enseignement primaire],1881-1956
Contenu spécifique :
Novembre
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
autre
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Prédécesseur :
  • École primaire (Lévis, Québec)
  • Successeur :
  • Instruction publique
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L'enseignement primaire : journal d'éducation et d'instruction, 1905-11, Collections de BAnQ.

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2 ye ANNÉE Novembre 1905 No 3 Revue illustrée de l'Ecole et de la Famille I * r^seignerrient C.-J.MAGNAN.Propriétaire et Rédacteur-en-clief PIERRE BOUCHER mih Né en France en 1622, il arriva au Canada en 1635.D’abord interprète auprès des sauvages, Boucher devint soldat, capitaine de milice, puis gouverneur des Trois-Rivières (1663).En 1661, Pierre Boucher fut envoyé auprès du roi de France pour lui exposer la misère des Canadiens.Boucher a joué un rôle considérable dans notre pays.Brave, pieux et instruit, il compte parmi les plus grandes figures de notre histoire.En 1663, il écrivit, L’Histoire véritable, et naturelle des mœurs et productions de la Nouvelle-France.Boucher mourut en 1717, avec le titre de seigneur de Boucherville.Il est l’ancêtre d’un grand nombre de Canadiens éminents, parmi lesquels le Surintendant actuel de l’Instruction publique, M.P.-B.de EaBruère. 126 L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE Une œuvre pédagogique Il y a quelques mois, on eut la gracieuseté de nous adresser les Eléments de péda-pogie pratique, à l’usage des Frères des Ecoles chrétiennes.Deux forts volumes de quatre à cinq cents pages, édités à Paris, le premier en 1901 et le second en 1902,.Ces deux beaux volumes résument l’œuvre de saint Jean-Baptiste de la Salle et de ses illustres successeurs.C’est un monument splendide élevé en l’honneur de l’enseignement catholique.La pédagogie moderne, qui doit tant aux Frères des Ecoles chrétiennes, est traitée avec une clarté admirable et une science profonde.Ces deux volumes constituent en quelque sorte une encyclopédie pédagogique où l’instituteur catholique peut aller puiser, sans danger pour sa foi, au contraire, toutes les connaissances nécessaires à l’exercice de sa profession.Nous avons dans notre bibliothèque plusieurs traités de pédagogie en langue française, parmi lesquels des ouvrages catholiques, des ouvrages neutres, des ouvrages protestants et des ouvrages hostiles à la religion catholique: aucun de ces traités, au point de vue professionnel, nous semble aussi complet que les Eléments de pédagogie pratique des Frères des Ecoles chrétiennes.La Ièr£ Partie traite de l’Education, la Ilème et la Illème de Y Enseignement, la IVe est reservée aux Œuvres de persévérance.Ce traité de pédagogie est un démenti donné à ceux qui croient que seuls les neutres ou les impies peuvent parler pertinemment de pédagogie pratique.C.-J.M.Conseils professionnels Que rien au monde ne nous empêche de préparer toutes nos leçons du lendemain, quelque faciles qu’elles soient.N’entrons jamais dans l’école sans savoir jusque dans les plus petits détails, les questions que nous avons à traiter.* * * Quoi qu’il arrive, sachons toujours nous contenir et garder notre sang-froid.* * * Montrons-nous réellement intéressés aux enfants et aux parents.Soyons pourtant circonspects dans nos rapports avec les familles.* * * S’il se rencontre quelque difficulté, ou si nous prévoyiry qu’il puisse s’en rencontrer avec un enfant, allons voir ses parents et tâchons «FA Jenir leur coopération, pour nous aider à aplanir la difficulté. L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE 127 PEDAGOGIE I/’organisation politique et administrative du Canada ‘du civisme À l’école En parcourant le nouveau programme d’Etudes, distribué au mois dernier en même temps que L’Enseignement Primaire, nous avons constaté, avec plaisir, que le Co-mité catholique a introduit l’Instruction civique dès la troisième année du cours élémentaire.Cette matière est aussi obligatoire la quatrième année.Inutile de dire qu’au cours Intermédiaire (Modèle) et au cours Supérieur (Académique), l’Instruction civique est requise, comme par les années passées.Voici comment le Programme répartit cette branche, année par année : « Cours élémentaire :— Sème Année : Organisation administrative de la Province de Québec : leçons d’initiation ; 4ème Année : Organisation politique du Canada et de la province de Québec—Cours Intermédiaire : 5ème Année (1ère année de ce cours) : Organisation ecclésiastique et administrative de la province de Québec ; 6ème Année (2ème année du cours intermédiaire) : Organisation judiciaire du Ca^ nada—Cours Supérieur :—dème Année (1ère année de ce cours) : Organisation scolaire de la province de Québec ; Sème Année (2ème année du cours supérieur) : Organisation générale—politique et administrative—du Canada.» De plus, l’Instruction civique est obligatoire à l’examen des candidats pour les trois brevets devant le Bureau central.Dans le passé, les candidats au brevet élémentaire n’étaient pas examinés sur l’Organisation politique et administrative du Canada.Désormais, tous les candidats à l’enseignement sont tenus d’étudier cette matière.C’est un grand pas de fait dans la bonne voie.Mais, on le sait, notre comité catholique de l’Instruction publique avait inscrit Pins truction civique bien avant que certain journaliste—il y deux mois à peine—eût suggéré d’apprendre aux enfants de nos écoles catholiques comment les Canadiens sont gouvernés.L’ancien Programme, celui qui, hier encore, était en vigueur, tenait compte de l’Organisation politique et administrative aux cours Modèle et Académique—aujourd’hui cours Intermédiaire et Supérieur—Il se rencontre souvent des braves gens comme ça qui s’imaginent avoir découvert une idée qui, depuis longtemps, est passée dans le domaine des faits accomplis. 128 L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE Avec la permission de nos lecteurs, rappelons qu’en 1894, nous publiions un volume de quatre cents pages intitulé Manuel de droit civique, et tiré à cinq mille exemplaires.La plupart des collèges, les académies et plusieurs couvents introduisirent cet ouvrage dans leurs classes.Le professeur de droit administratif à l’Université Laval de Montréal, M.Monk, le mit entre les mains de ses élèves, et M.le notaire Sirois, professeur à l’Université de Québec, le recommanda dans une lettre d’approbation.Avant d’être imprimé, le Manuel de Droit civique avait été révisé par le Procureur-Général de l’époque, M.T.C.Casgrain.Il ne reste plus un seul exemplaire de cet ouvrage en librairie.L’année suivante (1895) nous publiâmes une seconde édition du Manuel de Droit civique, édition simplifiée.Cette édition—un mille exemplaires—est également épuisée.Enfin, en 1901, paraissait VOrganisation politique est administrative du Canada à l’usage des candidats au brevet d’enseignement — J.A.Langlais & fils, éditeurs.— C’est un résumé complet de la deuxième édition de notre Manuel de Droit civique.Ce petit ouvrage a reçu un accueil digne de ses aînés.Avant longtemps nous en publierons une édition définitive, revue et corrigée, dans laquelle nous tiendrons compte de tous les changements apportés aux lois canadiennes depuis ces dernières années.Nous compléterons aussi le chapitre de l’Organisation ecclésiastique.Le manuel M Organisation politique et administrative du Canada traite 1° de Vorganisation politique du Canada :—Chapitre premier, Système gouvernemental : La Constitution du Canada ; Pouvoirs publics du Canada ; Pouvoirs publics de la province de Québec—Chapitre deuxième, le Parlement fédéral : L’Exécutif ; Le Sénat ; La Chambre des Communes—C/mpUre troisième, La Législature provinciale \ L’Exécutif ; Le Conseil législatif ; L’Assemblée législative—Chapitre quatrième, le Suffrage : Electeurs ; Eligibles: Elections fédérales, provinciales, municipales, commissaires d’écoles, marguilliers—Chapitre cinquième : La Loi ; Le Budget ; L’Impôt.—2° de 1’Organisation administrative du Canada : — Chapitre premier, Système administratif de la province de Québec : Divisions administratives ; La paroisse ; La municipalité scolaire ; Le comté—Chapitre deuxième : Organisation des tribunaux (depuis les juges de paix jusqu’à la cour suprême) Chapitre troisième, la force publique, Organisation militaire : L’armée; La police provinciale ; La police municipale—Chapitre quatrième, L’Instruction publique : Divisions de l’enseignement ; Les écoles ; Les autorités scolaires.La nécessité d’instruire les enfants de nos écoles primaires sur leurs futurs devoirs de citoyens s’impose de plus en plus.Dans la première édition du Manuel de Droit civique (1894), nous écrivions les lignes suivantes : L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE 129 —Un instituteur digne de sa profession ne doit pas perdre de vue que les enfants et les jeunes gens qui lui sont confiés deviendront hommes, un jour, et qu’ils auront, plus tard, de graves devoirs à remplir envers la patrie.Chacun le sait, dans notre province, l’électeur joue un rôle des plus complexes.Il est appelé plusieurs fois l’année à exercer ses prérogatives du suffrage, et cela jamais au même titre.Ses droits sont très étendus : c’est lui qui nomme le conseiller municipal, le marguillier de la paroisse, le commissaire d’écoles, le député provincial, le député fédéral.En outre, il est souvent oubligé de prendre part à l’administration de la justice en qualité de juge de paix, de petit ou de grand juré.Il est facile de comprendre que des droits aussi variés et aussi importants imposent des devoirs très sérieux à remplir.A un moment donné, la bonne administration locale, la paix religieuse dans la paroisse, la gouverne des écoles, les destinées de la province, les intérêts fédéraux, le fonctionnement des lois sommaires, enfin, l’honneur et la vie même des personnes dépendent de l’intelligence, de l’honnêteté et des connaissances de l’électeur.En vertu de la constitution canadienne, les électeurs sont indirectement mais absolument maîtres de tout ce qui touche de près ou de loin anx intérêts les plus chers de l’Eglise et de la Patrie.Ce pouvoir gigantesque est une arme de salut entre les mains du contribuable éclairé, mais il devient une arme de malheur quand on le confie à des ignorants.Après la religion, la langue maternelle, l’agriculture, l’histoire nationale, la géographie, l’arithmétique, la comptabilité, nous ne voyons rien de plus nécessaire aux petits Canadiens français que de connaître sommairement, mais d’une manière claire et précise, les éléments de notre droit constitutionnel et administratif.Dans chaque école on doit donner, au moins une fois la semaine, une leçon d’Instruction civique à tous les élèves qui ont fait leur première communion.— Il y a onze ans que ces lignes ont été écrites : nous ne saurions en retrancher un seul mot.C.-J.MAGNAN. 130 L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE I/e Père Girard CÉLÈBRE ÉDUCATEUR FRANCISCAIN Nos lecteurs nous sauront gré de leur présenter le résumé d’un travail publié par le Bulletin Pédagogique de Fribourg sur la vie et l’œuvre pédagogique du P.Girard, résumé publié par L’Ecole et la Famille (France).Le Père Girard appartenait aux Cordeliers, religieux de Saint-François.Il fut, avec Pestalozzi, qu’il dépassa de toute la hauteur de la doctrine catholique, le plus grand éducateur du XVIIIe siècle.Son Cours de langue maternelle^, couronné par l’Académie française en 1844, comprend sept volumes où tous les grammairiens français, y compris Larousse, ont puisé depuis soixante ans.Nous avons la bonne fortune de posséder cet ouvrage, don de notre ancien professeur de pédagogie, M.J.-B.Cloutier.Ce que le P.Girard veut former surtout, c’est la justesse d’esprit et la droiture du cœur.« Son principe d’enseignement consiste à lier toujours à tout travail de la mémoire et du raisonnement, une leçon religieuse et morale, un sentiment de l’âme.)> (Villemain.) A un mérite pédagogique indiscuté, il joignait toutes les qualities d’un saint religieux.C’est une raison de plus pour nous, instituteurs catholiques, d’être fiers de ce maître chrétien qui honora l’Eglise en honorant l’Enseignement.C.J.M.Le P.Girard, contemporain de Pestalozzi, a exercé.une influence considérable sur le développement de l’éducation populaire, en Suisse et en Europe.Jean-Baptiste Girard, en religion le P.Grégoire, naquit à Fribourg, le 17 décembre 1765.Sa mère exerça une grande influence sur son esprit et surtout sur ses convictions religieuses.Il hérita d’elle la jovialité et la beauté, mais plus tard, défiguré par la petite vérole, Jean-Baptiste chercha une compensation à la perte des avantages extérieurs dans une sérieuse culture de l’esprit.Il reçut sa première formation classique au gymnase des Jésuites à Fribourg.Son goût et sa piété lui firent embrasser la vie religieuse qui lui permettait de se livrer aux sciences et aux arts.Ses inclinations le conduisirent chez les Cordeliers de sa ville natale, avec lesquels ses parents avaient des relations intimes et qu’il fréquenta lui-même souvent.« Je connaissais, raconte-t-il dans ses mémoires, un vieux religieux, grand ami des sciences physiques et techniques.Je le trou- L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE 131 vais toujours occupé au milieu de ses globes de verre, de ses alambics et de ses miroirs, ce qui me captivait vivement.» Après avoir été reçu dans cet Ordre en 1781, il fit son noviciat à Lucerne et retourna à Fribourg avec des témoignages brillants et son nouveau nom de Grégoire.Il couronna sa formation classique par l’étude de la philosophie.Outre la philosophie, Girard étudia assidûment la physique, les mathématiques et l’astronomie.Il fit ses études théo-logiques à Wurzbourg, où les Franciscains possédaient un couvent célèbre.Son séjour de quatre ans sur les bords du Main, constitue une époque décisive de sa vie.« Dans la capitale de la Franconie, dit-il dans ses notes, mon être s’est développé et a gagné en force ; c’est en Allemagne que j’ai reçu ma formation scientifique et ecclésiastique.)) Il y fut ordonné prêtre et, à partir du jour de son ordination, sa vie ne fut plus qu’un sacrifice ininterrompu et admirable à la cause de Dieu, à qui il rapportait tout.Après une absence de sept ans.Girard retourna dans sa ville natale.Il fit ses années de probation comme professeur, d’abord à Soleure, ensuite au gymnase de Uberlingen, alors sous la direction des Franciscains.«Avec sept heures d’enseignement par jour et beaucoup de cahiers à corriger, écrit-il à un ami, il ne reste point de temps pour l’ennui ni pour le mal du pays.» A la fin de l’année 1789, il fut rappelé dans son couvent de Fribourg, comme prédicateur, professeur de philosophie et directeur du chant d’église.Dans cette période troublée de la révolution française, on sentit en Suisse l’impérieux besoin d’une restauration morale et intellectuelle.Mais elle ne pouvait s’accomplir que par une réforme totale de l’éducation du peuple.Alors, poussés par cette intuition, des hommes au noble cœur se vouèrent à cette œuvre difficile de la réforme de l’éducation, avec un enthousiasme et un dévouement sans exemple.A leur tête marchaient Pestalozzi, Fellenberg et.le P.Girard.Des hommes d’Etat, animés de la même ardeur, favorisèrent de tout leur pouvoir le nouveau mouvement de réforme.Dans ce but un appel fut fait à tous les hommes éclairés de la Suisse.Le P.Girard y répondit par un mémoire dans lequel il donne un plan complet d’éducation et d’instruction populaires.Il y disait : «L’éducation populaire a pour but d’éclairer les hommes sur leurs devoirs et de former leur volonté pour les remplir.Pour devenir un citoyen, il faut d’abord être un homme.Les vertus civiles supposent les vertus domestiques ; l’amour de la patrie qu’il faut inculquer à la jeunesse ne doit rien avoir de commun avec cet égoïsme national qui fait regarder les autres nations avec un mépris plein de hauteur, pour n’aimer que soi.Tout système éducatif doit être appuyé sur la religion.« Tous les législateurs, dit Girard, se sont appuyés sur la religion, et l’expérience a démontré éloquemment leur sagesse.C’est un crime de vouloir en- 132 L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE lever la religion à une société ; la conduite même des athées a montré qu’en dépit de leur philosophie les bonnes mœurs ne peuvent subsister sans religion, parce que du moment où ils l’ont persécutée, ils se sont rendus coupables du crime d’enlever à un peuple son plus ferme ap-p^ti.» Ici le P.Girard veut parler de la philosophie athée et matérialiste du XVIIIe siècle, comme aussi des atrocités de la révolution française, etc.Girard distingue trois degrés dans l’éducation populaire, de là aussi trois sortes d’écoles : 1° Une école élémentaire ou proprement école populaire pour les artisans, paysans, domestiques ou journaliers ; 2° Une école moyenne ou secondaire pour les commerçants et les fonctionnaires en général, et pour les villes et les localités populeuses en particulier ; 3° Une école scientifique ou supérieure pour les fonctionnaires plus élevés, tels que juges, professeurs d’académie, médecins, etc.Ce plan d’éducation de Girard fit une profonde impression sur le ministre des cultes Stapfer, et lui révéla dans son auteur un homme dont l’esprit élevé et les idées larges lui seraient d’un grand secours pour mener à bonne fin la réforme projetée.Aussi, le P.Girard fut-il appelé, l’année suivante, à Lucerne, alors siège du gouvernement helvétique, comme archiviste et conseiller dans les questions difficiles des affaires catholiques.Girard accepta cette offre, mais au bout d’un an il abandonna ce poste incompatible avec ses goûts et ses occupations préférées et devint curé de Berne.Stapfer et Girard se quittèrent bons amis.Diverses circonstances mirent en contact le P.Girard et Pestalozzi, et dès leur premier entretien il s’établit entre eux des relations amicales qui ne cessèrent qu’à la mort.A cette époque commence la période brillante où le célèbre Cordelier fonda l’œuvre qui fit sa vraie gloire, et devint l’objet de l’admiration de l’Europe entière.Le P.Girard, nommé visiteur de son Ordre pour toute la province suisse et en même temps supérieur des Cordeliers de sa ville natale, retourna à Fribourg en 1804.C’est alors que se fit à Fribourg un grand mouvement intellectuel, ayant surtout pour objet la réforme de l’enseignement.Toute une pléiade d’hommes éclairés, amis du P.Girard, s’étaient mis à la tête de ce mouvement.L’école populaire de Fribourg était dans un état de décadence et de total abandon.Une quarantaine d’enfants seulement, appartenant tous à la classe pauvre, étaient réunis dans une chambre basse et sombre, où ils passaient leur journée.La discipline était dure et l’enseignement ne sortait point de l’ornière d’une routine crasse.Cédant aux instances de l’autorité municipale, et désireux de se rendre utiles au peuple, les Pères Cordeliers consenti- L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE 133 rent à se charger de la direction des écoles primaires avec la rétribution annuelle, dérisoire, de 1000 francs.Le P.Girard, aidé d’un de ses confrères, se chargea de diriger les classes françaises.A l’ouverture des nouvelles écoles, le 2 novembre 1804, Girard prit pour sa part les commençants qui déchiffrent Pu, b, c, et laissa les élèves plus avancés à son collaborateur.Ce choix dénote déjà Je vrai pédagogue.Méthode choisie avec soin, sollicitude paternelle pour les enfants, courage à vaincre les difficultés, tout fut employé à donner vie et lumière à l’école des petits.Les châtiments corporels, employés jusqu’alors, sont remplacés par la douceur et l’amour qui gagnent les cœurs.Girard surtout fascinait la jeunesse par son talent d’enseignement.Le système d’enseignement est complètement changé : le mode individuel est remplacé par le mode simultané ou collectif.A tous les degrés l’enseignement est concentrique.Girard s’adresse sans cesse à la raison et au cœur de l’élève et anime ses leçons de son grand principe : LES MOTS POUR LES PENSEES, LES PENSEES POUR LE CCLUR ET LA.VIE.Pour exciter l’ardeur des élèves, il introduit dans son école, avec modération et sagesse, le système des récompenses et des punitions ; l’année scolaire se termina par une solennelle distribution de prix.Il adhérait à ce principe utilitaire : Au travail et au mérite la récompense, et l’opposait comme correctif à cet autre principe : L’enfant doit apprendre à faire le bien sans récompense.a L’émulation, disait Pestaiozzi, est un mobile dangereux et nuisible.)) a L’émulation, répondit le P.Girard, est innée chez l’homme.Il suffit à la m,orale que la récompense soit juste, et proportionnée au mérite de celui qui la reçoit.» L’exclusion absolue de toute récompense ou encouragement dans les écoles primaires ne peut-elle pas être taxée de grande inconséquence, puisque le système des récompenses s’exerce naturellement dans tous les états de vie, dans toutes les classes de la société, ouvrière et studieuse, et partout il produit d’excellents résultats.Pourquoi les pauvres et les petits des écoles primaires seraient-ils seuls les héros du devoir sans espoir de récompense, tandis que le système des récompenses atteint les proportions d’un vrai culte dans les carrières scientifiques, artistiques, politiques, stratégiques et autres 1 N’est-ce pas agir au rebours des principes ?(A suivre) Bibliothèque et Archives nationales Québec I 7^ I *7 L’Enseignement Primaire Page(s) manquante(s) ou non-numérisée(s) Veuillez vous informer auprès du personnel de BAnQ en utilisant le formulaire de référence à distance, qui se trouve en ligne : https://www.banq.qc.ca/formulaires/formulaire reference/index.html ou par téléphone 1-800-363-9028 136 L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE Selon l’ancienne épellation, unie à l’ancienne appellation : citron était lu : cé-?'-ci, té-ère-o-ène-trow : citron.trou ” ” : té-ère-o-u : trou.crin ” ” : cé-ère-i-ène : crin bureau ” ” : bé-u-bu, ère-é-a-u-reau : bureau.brioche ” ” : bé-ère-i-bri, o-cé-ache-é-che-oche : brioche.Selon la nouvelle épellation, unie à la nouvelle appellation : citron : — ce-Lci, tre-on-tvow : citron.trou : — tre-ou : trou.crin : — cre-in : crin bureau : — be-u-\m, re-eau-re&u : bureau.brioche : — Lre-Lbri, o-che-oahe : brioche.DOCUMENTS SCOLAIRES Convention des institutrices du diocèse de Nicolet, août 1905 Conférence sur renseignement du Catéchisme Par M.l'abbé Ed.Baril, aumônier des RR.SS.de VAssomption, à Nicolet (Suite et Un.) TROISIÈME POINT Mettez de la méthode dans votre enseignement une bonne méthode i° dans la classification de vos élèves, 2° dans la disposition de vos classes, 30 dans la distribu- tion du temps, mais surtout dans l’enseignement même du catéchisme.Est-il nécessaire, est-il utile au moins de vous redire ce que c’est que la méthode?Vous le savez, c’est l’art de procéder avec ordre dans ses opérations.Avez-vous remarqué quelquefois deux cultivateurs voisins qui ont à exploiter des champs d’égale étendue, à soigner à peu près le même nombre de bestiaux, et dont l’un, sans paraître pressé par l’ouvrage, réussit à tenir toujours sa ferme et ses animaux en parfait ordre, tandis que l'autre, avec beaucoup de peine, travaillant beaucoup, ne peut jamais accomplir ce que requiert le soin intelligent de sa ferme et de ses troupeaux?l’un met de l’ordre dans son travail, l’autre n’en met point; l’un procède avec méthode, l’autre n’en a point; l’un réussit et vit dans l’abondance, l’autre végète dans la misère.La méthode est donc un principe de succès ; mais en quoi consiste la méthode dans l’étude ou dans l’enseignement?D’après la définition générale de la méthode, vous comprenez déjà que c’est l’art de procéder avec ordre dans la recherche ou dans l’exposé de la vérité.Cet ordre est dicté par la nature même de notre intelligence, et par la nature des choses en général, mais il peut être, souvent il doit être modifie L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE 137 par la matière que l’on étudie ou que l’on enseigne, par le tempérament de celui qui enseigne et de celui qui étudie ou reçoit l’enseignement, suivant l’ouverture native et la culture préalable de l’esprit.On distingue deux sortes de méthodes dans les sciences, mais elles peuvent se diversifier ou s’appliquer de différentes manières: disons qu’en général, dans l’enseignement primaire surtout, il faut autant que possible procéder du connu à l’inconnu, du facile au moins facile et combiner souvent les deux grandes méthodes classiques,, en passant tantôt du simple au composé, du plus universel au moins universel, et tantôt du composé au simple, du particulier à l’universel, pourvu que toujours on s’applique à rendre facile le passage d’une vérité à une autre et qu’on forme l’élève à trouver et à opérer lui-même ce passage, toutes les fois que la chose est possible.Dans tous les cas, en ce qui concerne le catéchisme, proposez-vous toujours trois choses : faire apprendre, faire comprendre et faire aimer Dieu ainsi que la religion qui nous rattache à lui dans l’ordre moral.Faire apprendre.faut-il faire apprendre le catéchisme par cœur?- Ne vaut-il pas mieux le faire comprendre?.L’un et l’autre valent mieux, mais surtout le faire aimer ainsi que Dieu et la religion qui en sont l’objet.Faut-il commencer par faire apprendre par cœur et expliquer ensuite, ou commencer par expliquer et faire apprendre par cœur?.Il faut l’un et l’autre, mais surtout faire aimer.Faire aimer Dieu : accoutumez l’enfant à la présence réelle et substantielle de Dieu partout, autour de nous, en nous et surtout dans le cœur des enfants qui n’ont point perdu la pureté et l’innocence première du saint-baptême.Attribuez directement à Dieu tout ce qui nous arrive d’heureux, montrez que ce qu’il y a de fâcheux dans le monde n’arrive que par sa permission, mais qu’au fond de cette permission, il y a toujours un parfait sentiment d’amour pour nous, puisque Dieu dispose tellement les événements que les choses même les plus fâcheuses tournent toujours définitivement à l’avantage et à la gloire de ceux qui l’aiment.Faire aimer Notre Seigneur Jésus-Christ.Rendez familières à l’enfant les scènes historiques et pourquoi pas aussi les légendes, de la sainte enfance de Notre Seigneur, de sa vie cachée à Nazareth, de sa vie pastorale, de ses saintes amitiés, de sa passion et de sa mort pour nous, les paroles de Notre Seigneur au Cénacle, au prétoire et sur la croix, les circonstances de sa résurrection, de ses apparitions et de son Ascension glorieuse.Expliquez le règne éternel de Tésus-Christ à la droite du Père et en même temps son immolation perpétuelle devant le trône de Dieu pour perpétuer le rachat de nos âmes, l’expiation de nos péchés et l’offrande de ses mérites pour nous obtenir les grâces de salut et de sanctification.Faites connaître la nature, le but et les effets du sacrifice eucharistique, la vie eucharistique de Jésus-Christ au tabernacle, sa nature et sa fin, ses multiples avantages, sa nécessité pour nous.Pourquoi n’auriez-vous pas chaque jour une parole de Notre Seigneur, une scène de sa vie terrestre, une anecdote ou une légende sur Notre Seigneur, pour nourrir l’esprit et le cœur de vos élèves et leur faire aimer de plus en plus celui qui est la vie de nos âmes et sera leur gloire et leur bonheur pour l’éternité.Vous ne sauriez croire la somme de bien que vous pouvez faire ainsi, en consacrant cinq minutes chaque jour, surtout si vous savez bien choisir et bien raconter, si vous savez parler le langage qui convient à l’enfant: seulement ayez toujours soin de faire distinguer ce qui est historique et certain de ce qui est légendaire ou douteux, ce qui est le fond de la religion de ce qui en est la poésie et comme le parfum.Faire aimer Marie.Rappelez sa Conception Immaculée, sa Nativité incomparable, sa virginale et inaltérable beauté, sa piété, sa candeur et sa modestie, son humilité, sa mortification et son amour de la pauvreté.Célébrez sa 138 L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE maternité divine, sa vie intime avec son Dieu devenu son fils pour notre salut, ses sollicitudes maternelles, ses tendres soins, les saintes conversations de sa vie cachée, les fatigues des courses apostoliques qu’elle partage, avec la pensée constante de la Passion qui attend Celui qu’elle adore comme son Dieu et qu’elle aime comme la meilleure des mères peut aimer le plus parfait des fils.Rappelez souvent le glaive de douleur dont sen âme fut transpercée, la torture qu’elle éprouva au pied de la croix, la générosité avec laquelle elle a voulu prendre part au sacrifice rédempteur, offrir en sacrifice pour notre salut son Jésus bien aimé, nous accepter en échange pour ses enfants et reporter sur nous tout l’amour de son cœur maternel envers son divin fils immolé.Cultivez la dévotion à Marie dans l’âme des enfants, célébrez ses grandeurs, sa bonté, sa sollicitude pour nous et l’efficacité de sa protection pour quiconque sait l’honorer comme sa mère, et lui adresser dans le besoin une véritable prière.Faire aimer les saints anges, surtout l’ange gardien.Montrez-le comme le compagnon journalier de nos travaux, de nos souffrances et de nos peines, le témoin de nos prières et de nos bonnes œuvres qu’il va porter au pied du trône de Dieu et inscrire à notre crédit, dans le grand livre du jugement dernier.Apprenez aux enfants le respect pour la présence constante de l’ange gardien à nos côtés, la confiance en lui dans les difficultés et les tentations, la reconnaissance pour ses bienfaits.Ac-coutumez-les à associer l’ange gardien à toutes leurs joies, pour les tempérer, en prévenir les dangers et surtout les excès.Faire aimer les saints, surtout le glorieux saint Joseph et nos saints patrons.Faites-les connaître, accoutumez les enfants à en célébrer la fête, à les invoquer et à imiter leurs vertus.Faites aimer le culte de! l'Eglise et ses solennités ; expliquez les détails du culte catholique, faites connaître le temple, le tabernacle, l’autel de Marie, les ornements symboliques, les tableaux, les statues, en un mot ce qui est destiné à éléver niotre esprit et à resserrer les liens de notre cœur avec Dieu.Que l’enfant s’accoutume à être chez lui dans le temple, devienne familier avec tout ce qui s’y trouve et en comprenne la signification.Enfin faites-vous aimer des enfants : plus que tout autre, les enfants se prennent par le cœur.Conduisez-vous toujours de manière qu’ils vous vénèrent et vous chérissent comme une incarnation de la divine Providence auprès d’eux et en leur faveur, une expansion de l’humilité et de la douceur de Jésus, de sa patience et de sa charité, une copie parfaite de la modestie et de la tendresse de Marie, une reproduction de la vie et des vertus des Saints.Oh quel parfum pour toute une vie, après le souvenir d’une mère pieuse et pleine de tendresse, que celui d’une bonne institutrice, d’une vertueuse maîtresse d’école ! Quelle orientation parfois ! Quelle consécration même, dans certains cas, de l’esprit et du cœur au service de l’Eglise et de la Patrie.Vous objecterez peut-être que je vous attribue le rôle des parents?Précisément! C’est pour cela qu’on vous engage et qu’on vous rétribue, savoir, pour que vous complétiez l’éducation chrétienne des enfants ; aussi, voyez comme nos pères se sont montrés énergiques dans leur refus des écoles sans Dieu, préférant une ignorance honnête à une instruction subversive, et c’est ainsi qu’ils ont sauvé à la fois notre religion et notre nationalité.Honneur à cette génération virile et courageuse, à ce^ caractères si fortement trempés par la lecture de l’Abrégé de l’Ancien et du Nouveau Testament, de Y Instruction de la Jeunesse, du Devoir du Chrétien, et qui, certes, valaient bien ceux d’aujourd’hui, sinon davantage: c’est facile à observer et à constater tous les jours.Mais vous m’avez demandé s’il faut commencer par faire apprendre pour expliquer ensuite, ou par expliquer pour faire apprendre plus facilement et plus parfaite- L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE 139 ment, et je réponds qu’il faut faire aimer.Oui; donnez-nous une génération qui connaisse et qui aime le doux Sauveur! Ne faites point du catéchisme un catalogue de formules arides de la Foi, de préceptes sèchement exprimés : sachez rendre vivant, gracieux et attrayant l’enseignement de notre religion et de notre culte.Ce que vous mettrez dans la mémoire pourra s’oublier, et ne pourra point suffire dans tous les cas à contrôler les moeurs.C’est le cœur surtout qu’il faut former; emparez-vous des cœurs, formez-les au bien, consacrez-les à Dieu, et vous aurez fait une œuvre durable de philanthropie bien entendue, de patriotisme éclairé et de piété sainte.Alors, me dites-vous, il faudra donner moins de soins au mot-à-mot du catéchisme?Mais, au contraire: il faut y donner tout le soin possible.Faites apprendre parfaitement la lettre du catéchisme, mais sachez la revêtir, la rendre vivante et gracieuse.Mettez un soin exquis à faire goûter la religion, mais sans négliger de faire apprendre parfaitement le mot-à-mot du catéchisme : il n’y a pas de matière qui mérite autant d’être employée pour exercer, développer et orner la mémoire, avec cet avantage d’être pour tous absolument pratique.Vous ferez donc apprendre parfaitement la lettre du catéchisme, après y avoir préparé vos élèves, puis vous l’expliquerez; vous ferez apprendre de nouveau et vous expliquerez encore.Vous ferez voir et revoir de nouveau, et de nouveau vous multiplierez les explications, les applications et les exemples, devenant de plus en plus exigeantes, sans vous exposer toutefois à décourager les enfants, de plus en plus précises dans vos explications, à mesure et suivant que l’esprit des élèves devient plus ouvert aux choses de la religion.Faites remarquer que dans les réponses du catéchisme, il n’y a pas un mot qu’ils puissent retrancher sans modifier le sens, qu’ils n’y peuvent rien ajouter de leur crû, sans s’exposer à de grossières erreurs et à de sérieux malentendus: exercez-les sur ce point par de frappants exemples.Faites observer avec soin les distinctions, restrictions et termes explicatifs; exigez des élèves qu’ils fassent sentir parfaitement dans leurs réponses qu’ils saisissent bien toutes les nuances, en observant la ponctuation et les repos : que ce soit en même temps une leçon de bonne et intelligente lecture.Ne permettez jamais aux enfants de répondre à la course, tout d’une venue et sans savoir ce qu’ils disent: arrêtez-les doucement, demandez-leur compte de chacune des expressions, de chacun des membres de phrases; faites-leur saisir quelle serait la différence, si l’on enlevait de leur réponse telle ou telle partie, ou même seulement tel ou tel signe de ponctuation : encore ici, s’il est possible, employez à cette fin de bonnes applications pratiques.Modifiez les interrogations, pour constater si les élèves comprennent et surtout pour les accoutumer à comprendre, à se rendre compte des choses.Faites des questions sur des applications, pour que l’élève apprenne à remonter de l’application au principe qui est appliqué.Dans la partie morale, posez des cas de conscience et donnez du temps pour chercher la solution; faites donner les solutions par tous les élèves de la même année: faites-les ainsi passer tantôt d’un précepte à des cas particuliers, tantôt des cas particuliers aux préceptes qui les régissent et en déterminent la moralité.Dans votre zèle pour aller jusqu’au bout, ne négligez pas le commencement du catéchisme: c’est trop pénible de trouver des enfants, d’ailleurs assez intelligents, qui viennent nous dire que Notre-Seigneur est ressuscité le jour de l’Ascension, qu’il est monté au Ciel le jour de la Pentecôte, trois jours après l’Ascension, qu’il a envoyé le Saint Esprit aux Apôtres le jour de Pâques, quarante jours après la Pentecôte ou après n’importe quoi.Des enfants intelligents, qui ne savent point ce que 140 L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE l’cn célèbre le jour de Pâques et des autres fêtes ! de grâces, après chaque fête, exigez des élèves qu’ils aprennent et s’accoutument à vous dire quel a été l’objet de cetfce' fête ou de cette solennité.Ainsi vous ferez connaître Dieu et son Fils unique qu’il a envoyé au monde ; c’est le commencement du Ciel, c’est le Ciel sur la terre, si, à la connaissance, l’on sait joindre l’amour, l’amour véritable qui déteste et s’applique^ véritablement à éviter le péché et à tenir sa vie sous l’influence constante de celle de Notre Seigneur Jésus-Christ.F.-Ed.Baril, pire, Aumônier des Révdes Sœurs de l’Assomption à Nicolet.L’enseignement intuitif à l’école primaire Conférence de M.N.Tremblay devant la convention des Institutrices du diocèse de Nicolet.I.—Qu’est-ce que l’enseignement intuitif?II.—Pourquoi il doit être intuitif ?III.—Comment le donner intuitivement?L’enseignement intuitif consiste à soumettre les choses à l’examen direct des organes, des sens et spécialement de la vue.L’intuition n’est pas à proprement parler une méthode : c’est le souffle qui doit animer toute méthode, c’est l’intérêt, c’est la vie de tout enseignement, surtout à’ l’école primaire.L’enseignement doit être intuitif parce nue les sens son;t les portes de l’intelligence.L’intuition sensible conduit à l’intuition intellectuelle, et celle-ci à l’intuition morale.Quant au troisième point, le plus long et le plus important, comment enseigner intuitivement, le conférencier en fait un exposé net et précis.L’enfant, dit-il, en résumé, est un être pensant, doué d’une intelligence et d’un cœur.L’institutrice qui a conscience de son rôle, doit se demander comment développer cette intelligence et façonner ce cœur?Est-ce en distribuant chaque jour un peu des connaissances du programme scolaire?Aujourd’hui de la lecture, de la grammaire, de l’histoire, demain de la géographie et des leçons de choses, sans tenir compte de la marche naturelle que suit l’esprit humain dans l’acquisition des connaissances, sans s’enquérir à quelle faculté il faut d’abord s’adresser.Pour cultiver une faculté il faut la connaître.En présence d’un objet, voici ce qu’il se passe chez l’enfant comme chez l’adulte, grâce à la perception sensible, surtout grâce à la vue, sens scientifique par excellence, l’intelligence adhère à la réalité, l’attention porte à l’observation; le jugement cherche à en tirer des connaissances que la mémoire retient; l’abstraction en saisit les rapports généraux, et l’imagination, puissance éminemment créatrice, édifie avec les éléments acquis.Ne nous adressons-nous pas trop souvent, hélas ! à la mémoire avant l’attention, l’observation et le jugement?Le conférencier donne, deux leçons pratiques de lecture basées sur cette marche rationnelle.Que sait l’enfant en arrivant à l’école?Il sait beaucoup: il connaît les choses qui l’entourent, il sait parler.La marche est donc toute trouvée et il n’appartient pas à l’école d’en suivre une autre: c’est celle de la mère qui a appris le plus difficile à son enfant, le langage.Il sait des mots : il faut donc partir du mot parlé pour arriver au mot imprimé.C’est naturel de procéder du connu à l’inconnu. L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE 141 \ Une grande image fixée au tableau noir, avec des mots, des lettres à grands caractères, le professeur donne une leçon.L’image attire les regards du bambin, pour qui, il semble, que rien n’existe que par ses yeux ; la petite leçon de choses sur ce que représente l’image ainsi que sur la matière et la manière dont elle est faite, la lecture du mot et la recherche d’un mot semblable par les élèves, captivent leur attention, l’observation du mot, les sons dont il se compose le conduisent à la découverte de la lettre.Quelle joie, quelle satisfaction pour l’enfant d’avoir trouvé lui-même une lettre ! Il s’en attribue tout le mérite, il ne reconnaît pas que ce sont les questions du maître qui l’y ont conduit.Au lieu de s’adresser d’abord à la mémoire en faisant apprendre les lettres d’après la méthode encore trop suivie dans la généralité des écoles, car que disent ces petits caractères qui n’ont rien de commun avec les objets dont l’enfant a l’habitude sous les yeux et dont les sons n’ont aucune analogie avec les mots qu’il parle?elle frappe ses regards, provoque l’attention, l’observation et le jugement.Et la mémoire, maintenant appuyée sur le raisonnement, sur l’image à jamais imprimée dans l’esprit, sur le sens du mot qui a réveillé une idée, ne s’effacera jamais.C’est le rôle actif qui a fait place au rôle passif.C’est l’intérêt dans la classe.Du jour où l’enfant a trouvé l’intérêt dans l’école, une ère de progrès s’ouvre pour lui.La méthode par les lettres seules, procédé d’épellation ou procédé phonique, est sans intérêt, sans vie, et n’est propre qu’à créer l’ennui, le plus redoutable ennemi du progrès.On a appris à lire par ce système, dira peut-être quelque routinier.Oui, sans doute, mais qui nous dit que vous n’auriez pas appris plus vite et avec plus de goût encore pour l’étude.On déchirait aussi la terre avec des charrues de bois, mais qui voudrait aujourd’hui retourner à ces instruments primitifs.Dans ce siècle d’électricité il importe que l’enfant apprenne à lire au plus tôt, la lecture sera un facteur dans l’acquisition des connaissances ,et comme l’enfant des campagnes quitte_encore jeune l’école, il sera plus outillé pour les luttes de la vie.Passant ensuite à la lecture expliquée, il faut, dit-il, donner à l’enfant le sentiment de ce qu’il lit, pour qu’il prenne goût et s’attache à la lecture.C’est souvent la faute de l’école si l’enfant ne lit même pas les livres de prix qu’il reçoit à la fin de l’année.Suivent des exemples sur la manière d’enseigner intuitivement la lecture, la ^éopra-phie et l’histoire.Dans l’enseignement des vérités d’ordre moral,, l’enseignement intuitif a encore son utilité et son intérêt.Enseigner à brûle-pourpoint à l’enfant qu’il faut aimer son prochain, le laissera bien froid, tandis qu’en choisissant l’occasion favorable, celle où un enfant a administré une taloche ou fait de la peine à un camarade, l’enseignement portera des fruits.Quelques paroles sur la noirceur de sa conduite, sur le chagrin de la victime et de ses compagnons, suffiront pour faire verser des larmes au délinquant.Ce genre de punition chauffe moins l’épiderme que certaines corrections corporelles, mais en revanche réchauffe plus le cœur.La carrière de Tinstituteur (i) Monsieur le Président, .Ce n’e.st Pas sans hésitation que j’ai entrepris de traiter devant vous la question qui fait le sujet de la présenté conférence.Dans une matière de cette importance chacun a sa manière d’envisager les choses, et je comprends aussi que l’expérience de chacun de nous peut etre différente par suite des milieux dans lesquels nous avons exercé (i) Conférence donnée par M.S.-E.Dorion, instituteur, devant l’Association des Instituteurs catholiques de Québec, le dernier samedi de mai, 1905.2 142 L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE xiotre difficile profession.Si donc mes remarques ne répondaient pas entièrement ¦aux désirs de ceux qui me font l’honneur de m’écouter, je les prie de croire que je les fais en toute franchise et dans le seul but de travailler, dans l’humble mesure de mes forces, à améliorer le sort commun des instituteurs, certain que je suis que la jeu-nessse étudiante en aura tout le bénéfice.Pour traiter un pareil sujet, la théorie et l’imagination ne suffiraient pas.Mieux vaut l’esprit pratique qui résulte de l’expérience acquise dans le professorat.Pour ma part, je me suis toujours défié des programmes tracés d’avance par des gens bien intentionnés sans doute et remplis de zèle pour l’éducation, mais manquant de la compétence que la pratique de l’enseignement seul peut donner.S’il est vrai, selon le proverbe, que c’est en forgeant que l’on devient forgeron, il l’est également que c’est en professant qu’on devient professeur.J’entends par là que l’étude des principes qui régissent l’enseignement ne suffit pas pour donner une idée exacte et complète des difficultés qui surgissent presqu’à chaque pas dans la carrière de l’instituteur.J’en appelle, sur ce point, aux souvenirs de chacun de nous, pour établir cette vérité que l’idée que nous nous étions faite de notre carrière, alors que nous étions élèves de l’Ecole Normale, n’était pas absolument semblable à celle que nous avons réalisée dès les premiers jours de notre entrée en fonction comme instituteur.Vous me pardonnerez si j’appuie mes observations sur mon expérience personnelle.J’ai consacré 17 années de ma vie à l’éducation de l’enfance, et j’ai appris quelques-unes des conditions désirables pour rendre la carrière de l’instituteur utile à la patrie en même temps que tolérable pour lui-même.Il m’a semblé que, dans un pays civilisé et à l’aurore de ce nouveau siècle qui promet de si grandes réformes, il n’était pas téméraire de chercher à,concilier cesi deux choses: l’instruction largement répandue dans le peuple par l’intermédiaire d’une classe de citoyens qui ne soient pas traités en parias.Ce qu’est aujourd’hui la carrière de l’instituteur: ce qu’elle sera demain.—Dieu, le gouverenement.et les contribuables aidants'—telle sera la simple division de mon travail.Je ne suis pas de ceux qui se répandent en doléances sur le sort actuel de l’instituteur.Il serait long d’énumérer tout ce qui peut manquer à notre bien-être au noint de vue professionnel, mais les préoccupations personnelles exercenjt une trop forte influence pour que nous puissions faire cette étude d’une manière désintéressée.Nous n’avons pas tort de nous plaindre, nul ne le sait mieux que nous; mais, en dehors de nos rangs, combien de gens ne veulent pas le comprendre et nous jettent la pierre.Tout en n’étant pas parfait, notre système d’instruction publique s’est amélioré notablement.La tradition nous rapporte, en effet, que certains de nos vieillard^ ont appris les rudiments de la lecture et de l’écriture par l’entremise ^de maîtres d’école ambulants, qui promenaient de paroisse en paroisse le fardeau plutôt léger que pesant de leur science pédagogique.Ceux d’entre vous qui connaissent à fond l’histoire de l’éducation dans notre pays, n’ignorent pas les obstacles du début en ce qui concerne l’initiative gouvernementale.Ce qui se passe aujourd’hui, comparé à cette période de tâtonnements et de luttes ferait croire à certains esprits superficiels que nous en sommes rendus à l’âge d’or.Mais nous savons trop, hélas ! qu’il n’en -est rien dans la réalité.Contentons-pous de constater qu’il y a progrès, au moins, dans les aspirations, les sympathies et le travail de ceux qui s’intéressent à l’instruction de la jeunesse.On" comprend certainement mieux aujourd’hui qu’autrefois l’indispens'able nécessité d’outiller l’intelligence et le cœur des générations nouvelles pour les mieux préparer à la grande œuvre du perfectionnement national.A l’heure qu’il est, une propagande active se fait non seulement dans les villes mais dans beaucoup de centres ruraux, dans le but d’améliorer l’état de choses existant.Il est vrai qu’on y manque parfois de méthode et que l’on se préoccupe en bien des endroits de pourvoir plutôt au bien-être matériel de l’enfant qu’à son avancement intellectuel.C’est ainsi, par exemple, qu’on agitera la question d’édifier des maisons d’école somptueuses, et qu’on traitera avec mépris l’idée de rémunérer convenablement de bons maîtres.Tout de même, cela nous fait espérer que notre tour viendra, car il y a de nombreuses bonnes volontés à l’œuvre. L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE 143 Si j’osais, je signalerais le fait que nous, les instituteurs, nous subissons présentement une concurrence sérieuse de la part des institutrices.A Dieu ne plaise que mes paroles soient interprétées comme tendant à diminuer le respect qui est dû à leur état.Il est admis que la femme est admirablement douée pour l’éducation de l’enfance.¦ - i ~ .
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