L'enseignement primaire : journal d'éducation et d'instruction, 1 décembre 1914, Décembre
36e Année Québec, Décembre 1914 No 4 I * FriseîgnerT\ent primairç C.-J.MAGNAN.Propriétaire et R édacteur-en-clief •< m Une école de village SAINT-LOUIS-DE-BLA NDFORD Comté d'Arthabaska 194 L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE Notes d’inspection “Voici une dictée suivie d’un devoir de grammaire et d’un exercice de conjugaison, formant un ensemble de plus de trois pages: ne trouvez-vous pas, Madame, que c’est beaucoup pour le même jour ?Les élèves doivent se fatiguer d’écrire et elles finissent par le faire machinalement et sans aucun beaucoup d’attention; examinez l’écriture et remarquez ces fautes grossières à la fin; et^vous vous convaincrez aisément de la justesse de mon observation.Comment trouver le temps det corriger avec soin tous les devoirs, et à quel moment pouvez-vous expliquer et faire réciter la leçon de grammaire ?Car, ne l’oubliez pas, bien qu’on ait médit de la grammaire, il en faut.— Les devoirs écrits sont nécessaires, mais ils doivent rester courts et être expliqués avec soin.” Des avantages que les enfants peuvent tirer des fables de La Fontaine ’Dans l’enfance, ce n’est pas la morale de la fable qui frappe, ni le rapport du précepte à l’exemple; mais on s’y intéresse aux propriétés des animaux et à la diversité de leurs caractères.Les enfants y reconnaissent les mœurs du chien qu’ils caressent, du chat dont ils abusent, de la souris dont ils ont peur; toute la basse-cour où ils se plaisent mieux qu’à l’école.Pour les animaux féroces, ils y retrouvent ce que leur mère leur en a dit : le loup dont on menace les enfants méchants, le renard qui rôde autour du poulailler, le lion dont on leur a vanté les mœurs clémentes.Ils s’amusent singulièrement des petits drames dans lesquels figurent ces personnages, ils y prennent parti pour le faible contre le fort, pour la modeste contre le superbe, pour l’innocent contre le coupable.Ils en tirent ainsi une première idée de la justice.Les plus avisés, ceux devant lesquels on ne dit rien impunément vont plus loin; ils savent saisir une première ressemblance entre les caractères des hommes et ceux des animaux.L’esprit de comparaison se forme insensiblement dans leurs tendres intelligences.Ils apprennent par le livre à reconnaître leurs impressions, a se représenter leurs souvenirs.En voyant peint si au vif ce qu’ils ont senti, ils s’exercent^ sentir vivement.Ils regardent mieux et avec plus d’intérêt.La sincérité et la franchise chez le maître et la maîtresse Rien n'inspire aux enfants plus de confiance, rien ne les attire mieux au maître que la sincérité et la franchise.Il faut donc se montrer avec eux tel qu’on est, être vrai dans ses actes, dans ses paroles, ne jamais parler contre sa pensée, ne jamais faire des menaces ni des promesses vaines.Les enfants ont une répulsion instinctive contre tous les défauts qui ont quelque affinité avec le mensonge, comme la dissimulation, l’affectation, l’exagération.Ils ne pardonnent pas ces défauts chez les grandes personnes.Le respect que les élèves portent à leur instituteur est toujours lié à la haute opinion qu’ils ont de son zèle, de ses connaissances et de sa capacité.La certitude de trouver dans leur maître les connaissances et le savoir qu’ils n’ont pas, leur fait apporter du soin, du zèle dans tout ce qu’on leur demande.Il importe au plus haut point au maître, pour conserver la confiance des enfants, d’éviter tout ce qui pourrait ébranler la bonne opinion qu’ils ont de lui.Ainsi, pendant la classe, son zèle ne se ralentira jamais.Il sera toujours tout entier a ce qu’il fait; il ne paraîtra ni distrait, ni occupé de choses étrangères, ni renfermé en lui-même.Il donnera l’exemple du travail, de l’exactitude, de la fidélité à se conformer au programme et à l’emploi du temps.C’est le meilleur moyen d’obtenir que les enfants s’y conforment à leur tour.Son enseignement sera donné aussi avec méthode et sûreté, pour que les elèves sentent eux-mêmes qu’ils font des progrès et que les leçons leur profitent.En un mot, il sera toujours martre de sa classe, il dominera toujours son enseignement.Donc, jamais d hesitation, jamais d embarras pendant les leçons; jamais la moindre faute, ni la moindre erreur. L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE 195 PEDAGOGIE L’ECOLE A L’OMBRE DE LA CROIX Croyez-moi, la prière est un cri d’espérance! Pour que Dieu nous réponde adressons-nous à lui! Alfred de Musset.Devant plusieurs congrès de commissaires d’écoles, M.le Commandeur de LaBruère, Surintendant de T Instruction publique, a exprimé le désir que sur chaque terrrain scolaire fût dressée une haute croix de bois.Voici en quels termes M.le Surintendant s’est exprimé: “Il existe dans les campagnes de notre province une ancienne et pieuse coutume qui réflète l’esprit de foi de notre intelligente et respectable population, celle d’élever des croix sur les chemins publics dans les rangs des paroisses.C’est en effet la croix qui a protégé le peuple canadien depuis son berceau et c’est elle qui peut assurer son avenir.J’exprimerai donc le vœu que les pères de familles choisissent l’emplacement de la maison d’école pour y planter la croix au pied de laquelle les enfants iront s’agenouiller chaque jour, pour demander à Dieu de guider leur intelligence et de former leur cœur à la vertu.“Si ce vœu vous agrée, je vous demanderai de le réaliser avec le concours de vos zélés pasteurs.” Voilà un noble geste, digne de la foi de nos pères, et qui a été chaleureusement applaudi par des centaines de commissaires d’écoles.Nous espérons que toutes les commissions scolaires se feront un devoir de mettre en pratique le conseil si éminemment chrétien du Surintendant.En ornant chaque terrain scolaire d’une croix, ils donneront un grand exemple de foi chrétienne.Jamais la jeunesse catholique n’a eu autant besoin du bon exemple pour se maintenir dans le bon chemin.Joubert écrivait peu de temps après la Révolution française: “Les hommes ont détruit les routes qui conduisaient au ciel, et que tout le monde suivait.Il faut maintenant que chacun de nous construise lui-même l’échelle qui pourra le conduire au paradis”.Cette parole est encore vraie: le matérialisme pénètre partout, même en nos milieux catholiques.Il importe donc de placer sous les yeux de l’enfance et de la jeunesse le signe de la Rédemption qui, chaque jour de l’année scolaire, leur rappellera les vérités éternelles et attirera sur leur avenir les bénédictions de la Providence.Placer l’école à l’ombre de la Croix, quelle généreuse et féconde idée! Comme il sera beau, en parcourant nos campagnes, de voir dans chaque rang, à côté de l’école, l’austère mais réconfortant emblème par excellence du chritianisme, la Croix.Suivant l’heureuse expression de Taine: “La reügion est la grande paire d’ailes indispensable pour soutenir l’homme au-dessus de lui-même, au-dessus de sa vie rampante et de ses horizons bornés, 196 L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE pour le conduire, à travers la patience, la résignation et l’espérance, jusqu’à la sérénité; pour l’emporter, par-delà la tempérance, la pureté et la bonté, jusqu’au dévouement et au sacrifice,” et Jouffroy écrivait à la fin de sa vie: “Tous ces systèmes (systèmes philosophiques) ne mènent à rien; mieux vaut mille et mille fois un bon acte de foi chrétienne”.C’est un grand acte de foi chrétienne que demande le Surintendant de l’Instruction publique aux commissaires d’écoles.Nous connaissons assez la grande âme de ces dévoués concitoyens pour affirmer que dès cette année, 1914-1915, nombreux seront les emplacements scolaires que l’on ornera de la croix si chère au cœur de nos ancêtres.C.-J.Magnan.La myopie chez les enfants Parmi les affectations des yeux les plus connues, la myopie vient en première ligne.Elle a fait son entrée dans le monde conjointement avec la civilisation.Nous avons aujourd’hui des données précises sur plus de 200,000 écoliers, garçons et filles, atteints du mal.Là où la myopie sévit le plus ce sont les athénées, les collèges, les universités et les écoles supérieures pour jeunes filles; puis viennent les écoles primaires.Qu’y a-t-il à faire ?Comment remédier à cette triste situation ?L’école peut beaucoup, mais la famille bien davantage.On sait que la myopie est l’état défectueux de la vue qui oblige à rapprocher les objets des yeux à une distance plus courte qu’il ne faudrait normalement.Dans la myopie, les rayons lumineux, au lieu de frapper droit sur la rétine, tombent en avant de celle-ci.Cette anomalie empêche de voir ou ne le permet que d’une façon confuse.Contraint de se rapprocher de l’objet, le myope rapproche en outre les paupières afin d’écarter la masse des rayons visuels, en lisant et en écrivant, de ne se servir que d’un œil, ce qui-—soit dit en passant—fait contracter facilement à l’autre habitude d’une vue oblique.Si diverses que soient les causes de la myopie, elles ne résident pas dans une altération du nerf optique; c’est dans l’organisation de l’œil qu’elles ont leur siège, c’est une transformation de l’état de la prunelle.L’œil myope est allongé d’avant en arrière sous la pression anormale des muscles moteurs de la prunelle.Beaucoup d’enfants sont astreints à fixer constamment des objets petits 0u trop rapprochés; de là la congestion sanguine de la pupille, c’est-à-dire l’accumulation du sang dans cet organe de la tension renforcée des muscles qui le font mouvoir, tension provoquée par le vif désir de bien distinguer L'ENSEIGNEMENT PRIMAIRE 197 lee objets.Ainsi Fœil s'allonge de plus en plus, et, à moins d’une intervention énergique, l’enfant devient myope et reste tel.Voilà ce qui se passe dans l’âge le plus tendre; mais les çhoses ne vont guère mieux lorsque l’enfant est à l’école.Dès ce jour, il ne s’agit plus pour lui que de lire, écrire, dessiner, coudre, broder, etc.Or, il convient que les parents et les maîtres s’occupent sérieusement de tout ce qui concerne la vue de l’enfant.Avant tout, qu’ils sachent bien que les yeux ont besoin d’être soignés autant et plus que les autres parties du corps.Qu’on évite particulièrement cette cause de tension excessive qui réside dans le fait d’un éclairage insuffisant, de caractères trop petits ou trop rapprochés de travaux plus.Comme exercice de l’œil et comme moyen de le fortifier ou de le guérir, rien de tel que de l’obliger à voir des objets à une distance normale, et, souvent, à se porter au loin sur des vastes étendues de verdure.Qu’une fois au moins par jour, on oblige les enfants à se fortifier les yeux par des ablutions d’eau fraîche et pure.Il faut veiller surtout à ce que l’enfant ne se courbe pas sur son livre ou sa tâche et qu’il tienne toujours les yeux à une distance normale de l’objet qu’il doit fixer.Pour l’éclairage des salles, il faut veiller que la lumière vienne toujours du côté gauche de l’enfant assis.Le soir, il ne faut jamais tolérer le travail sans abat-jour, la flamme doit toujours être cachée à la vue et les objets sur desquels elle se porte doivent seuls être éclairés.{L’Ecole et la Famille).La lecture à la maison Inspirons-en le goût a nos élèves Réné Bazin, dans un de ses beaux livres consacrés au culte de la terre, remarque de son héros Pierre Noellet: “Chose rare dans les campagnes, l’écolier survécut à l’école, il resta liseur et curieux de savoir.” —Chose rare dans les campagnes de notre Québec aussi, n’est-ce pas ?Sont-ils bien nombreux les petits Canadiens à qui l’on a inspiré assez le désir de savoir, la curiosité intellectuelle, pour qu’ils daignent encore ouvrir un livre après la période des classes?Je ne parle pas des journaux, des gazettes à images et à histoires de meurtres, où une curiosité enfantine ou malsaine fait trouver un plaisir qui n’a rien d’intellectuel ni de profitable.J’entends des œuvres qui développent et instruisent, des lectures suivies, qui rendent meilleur, qui poussent davantages les études forcément écourtées du primaire, par exemple, l’histoire du Canada, de l’Eglise 198 L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE ou des peuples antiques, les revues sérieuses, des ouvrages sur l’agriculture .Quel profit un jeune homme intelligent ne tirerait-il pas des longues veillées d’hiver, des jours de pluie ou de neige, des moments libres semés ici et là, s’il avait seulement l’habitude de parcourir avec goût le “Journal d’Agriculture” et les excellentes publications que le gouvernement distribue à qui veut bien envoyer son nom.L’agriculture est la carrière qui suppose le plus de connaissances et qui admet le plus d’amélioration, lorsqu’un fermier ne manque pas de jarnigoine.Des fermes expérimentales étudient les meilleures méthodes de culture pour les différents terrains, et c’est par les imprimés qu’on fait savoir aux gens ce qui rapportera le mieux sur leurs terres, à eux.Et nos fermiers s’entêtent à ne pas profiter de ces connaissances acquises exprès pour eux sur des fermes que le gouvernement paye de leur argent.Sur beaucoup de points les cultivateurs anglais nous devancent, parce qu’ils se servent de tout, qu’ils lisent et mettent en pratique.Si dès l’école, on parvient à inculquer aux gars de nos fermes le goût de la lecture, si on leur montre que c’est pour eux non seulement une chose utile et élégante, mais un devoir, une nécessité, si on leur répète bien que l’école n’instruit pas, mais qu’elle donne ce qu’il faut pour s’instruire, et si on leur fait comprendre qu’il est aussi important pour le fermier de connaître la terre et la culture que pour le médecin de discerner les maladies et les remèdes, en un mot, si on fait unir dans une belle coopération le travail de l’esprit et le travail des bras, alors la campagne canadienne verra ses plus beaux jours, notre race sentira mieux la noblesse de sa tâche, elle remplira la mission reçue des ancêtres d’autant plus parfaitement qu’elle la connaîtra mieux.Yves Noel.Montréal, 1er novembre 1914.Nous parlons trop Les maîtres de la pédagogie enseignent que “le maître doit professer”, c’est-à-dire instruire oralement l’enfant.Bien des instituteurs et des institutrices abusent de cette vérité et se méprennent quant à soi: interprétation.Nous ne nous l’avouerons pas, nous aimons tant à parler, à propos de tout et à propos de rien.Cependant le maître ne professe pas quand il parle seul tout le jour.Pour instruire, il faut cultiver toutes les facultés intellectuelles de l’enfant; comment arriverons-nous à ce résultat si l’élève est réduit au rôle passif d’auditeur—trop souvent il est un auditeur ennuyé L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE 199 et distrait—.Une leeon n’est pas bien donnée parce que nous l’avons expliquée en parlant du commencement à la fin; elle sera profitable si l’élève à été appelé à faire un effort personnel pour en saisir la portée, la comprendre, l’apprendre et pouvoir la retenir.En un mot souvenons-nous qu’enseigner n’est pas réciter.Donc trêve d’éloquence intempestive, faisons-nous oublier en invitant l’élève à parler à son tour; il a ses idées à émettre et il aime beaucoup à les énoncer.Observons-le pendant les explications un peu longues, il causera avec son voisin.Demandons lui de nous dire franchement ce qu’il communique à son camarade: c’est invariablement quelque chose se rapportant au sujet traité.Seulement il y a de sa personnalité dans ses observations, très originales parfois; le réprimander alors serait illogique, l’encourager en l’aidant à donner de meilleures réponses, à mieux comprendre par conséquent est bien préférable.Relativement à la discipline nous parlons aussi beaucoup trop: le silence ne s’obtient pas en “criant au silence”; d’ailleurs dans une classe cela s’impose mais ne se demande pas.Ce n’est certes pas avec d’interminables semonces que nous formerons de jeunes enfants à la discipline mais plutôt avec de l’ordre et de la méthode; prévoyons tout, ne soyons pas pris par surprise.Nous remettrons ainsi chacun dans son propre rôle.St-G abriel-de-Br andon, octobre, 1914.P.Guimont, Instituteur.CONGRÈS PEDAGOGIQUE A WMIL—{Juület 19U) Conférence sur l’enseignement du catéchisme a l’école primairé.Donnée par M.l’abbé S.Corbeil, pire, Principal de l’Ecole normale de Hull.(résumé) Trois points: le devoir de cet enseignement, le procédé, la mesure.I.-—Le devoir de cet enseignement.On en donne deux raisons: 1° Notre-Seigneur Jésus-Christ, dans son entretien avec la Samaritaine, enseigne qu’il va peupler la terre de vrais adorateurs: ceux-là adoreront Dieu en esprit et en vérité.L’adorateur en esprit et en vérité, selon le commentaire de Saint Thomas, c’est celui qui se prosterne grâce à une connaissance de Dieu qui le porte à aimer.Qui donnera à l’enfant la vraie adoration ?Est-ce la mère ?Certes, c’est le grand devoir qui lui incombe. 200 L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE Mais trop généralement la science ou le temps lui manque.Est-ce le curé?Certes, sa mission paroissiale est de prêcher.Mais Tenfant lui échappe.Entre le fauteuil de l’ancêtre et la chaire de vérité, la tribune de l’institutrice se lève.Ayant les connaissances requises et groupant autour d’elle les enfants, la maîtresse a donc le devoir d’enseigner la religion.2° L’école, la nôtre, est confessionnelle.Notre école, qu’elle soit l’école publique de Québec, ou qu’elle soit l’école séparée d’Ontario, chan-tons-la: elle est un monument, admirable ouvrage de l’Eglise et de l’Etat, animés, celui-ci et celle-là, d’un zèle aussi éclairé que grand pour l’intérêt scolaire de notre race catholique et française.Notre école est confessionnelle^, elle confesse le Christ et son œuvre de rédemption humaine.Donc l’institutrice de notre école, à nous, doit enseigner le Christ et son Église.IL—Le procédé de cet enseignement.—Il a pour caractéristique d’être une causerie et un conseil pittoresque, c’est-à-dire nourrie de faits concrets.L’institutrice enseigne le catéchisme, non pas en discourant devant ses élèves, mais en causant avec eux.Si l’homme mûr, là, au bout de son banc d’église, somnole quand son curé dit son sermon, cet assoupissement sera bien excusable chez l’enfant; mais en présence d’une maîtresse qui discourt le jeune esprit ne somnole pas; il s’envole sur l’aile de la vagabonde imagination.La causerie est le moyen de la maîtresse, de la maîtresse qui veut retenir, avec les sens et l’imagination dissipante, l’espiit de l’enfant, attentif à la leçon; et non pas une causerie quelconque, mais un entretien plein de faits.Ces faits, gros de l’enseignement qui doit se donner, sont le lien qui captive la fantaisie vagabonde, et le miroir où le jeune esprit voit la sainte vérité rayonner.Dans le langage des Bergers de Noël, la maîtresse dira aux élèves du catéchisme: Passons à Bethléem et voyons la vérité qui est un fait.Videamus verbum quod factum est.Et ces faits dont la causerie va s’alimenter, quels seront-ils?Les faits bibliques, les faits de l’histoire de l’Église, les faits qui composent l’expérience des enfants.III.—La mesure de Censeignement.Le catéchisme sera enseigné au point qu’il soit compris, appris et goûté par les jeunes élèves.Le catéchisme doit être compris.Certes la maîtresse n’est pas un théologien: elle se gardera donc de donner de la doctrine sacrée en marge du manuel; mais la maîtresse qui a mérité son brevet, sait assez bien sa religion pour expliquer le texte du catéchisme, pour donner exactement la notion religieuse, mise sous les mots de la réponse.C’est pourquoi la maîtresse se fera un devoir de donner ces explications précieuses quoique rudimentaires; et l’enfant aura suffisamment compïis l’enseignement de notre sainte foi.Le catéchisme sera appris par l’élève.C’est une récitation mots pour mots que la maîtresse exigera.Il est ridicule de permettre à l’enfant de se composer des formules, des énoncés de la vérité à savoir.Le texte du catéchisme est le texte exact qu’il faut confier à la mémoire.Et afin que L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE 201 ce texte se grave pour longtemps dans la mémoire de l’enfant et s’y grave avec son sens net et distinct, la récitation que la maîtresse exigera devrait être lente, articulée et ponctuée avec bon sens.Le catéchisme sera goûté par l’élève.Il ne s’agit pas ici des charmes pédagogiques ou d’un travail attrayant ou encore d’une curiosité piquée; le goût du catéchisme dont il est ici question, c’est celui pour l’élève de vivre des bonnes idées que le catéchisme renferme; c’est celui de changer en habitudes vertueuses ou dévotes tous les saints enseignements; c’est celui d’une connaissance affectueuse d’où sort la nouvelle créature dont parle saint Paul.La discipline à l’école primaire Troisième causerie Le maintien d’une bonne discipline paraît déjà beaucoup plus facile au maître qui possède de l’autorité morale sur ses élèves, et qui sait leur donner de sages règlements à suivre.Ces deux conditions, qu’il remplit, permettront-elles à sa classe de vivre les jours heureux d’une famille bien unie, où il y a de l’autorité et de l’entente, ces jours féconds pour le bien et pour le travail ?Assurément, sa classe jouira de plus de tranquilité, de plus d’ordre extérieur et obtiendra même quelque succès, mais, en même temps, elle traversera des jours plus sombres, des jours de découragement, de misère, qui lui laisseront voir l’insuffisance des deux bases de sa discipline.Oui, le maître d’une telle école constatera avec chagrin que toute cette autorité dont il est revêtu, ainsi que ces prescriptions que lui et ses élèves ont à suivre pèsent bien lourdement sur les faibles épaules de ses petits; cette constatation, s’il veut devenir éducateur, l’amènera à rechercher ce qui rendra plus solides et plus efficaces, ces deux fondements, sur lesquels, il avait assis sa discipline.Sa lecherche consistera à étudier cette autre base dont le concours est indispensable aux deux premières: Le soin d'exciter l’émulation pour le travail et le perfectionnemetit.Exciter l’émulation, aiguillonner pour le travail est d’une absolue nécessité.Les enfants sont sensibles à la joie comme à la douleur.Les récompenses apportent la joie, encouragent, créent l’émulation, le stimulant.Il y a deux moyens d’exciter chez les élèves cette ardeur au travail, de provoquer ce sourire qui se voit sur les visages satisfaits: récompenser les efforts constatés, et récompenser les succès dans les études.D’ordinaire on n’use que du dernier moyen.C’est injuste.Très souvent l’élève n'a que le mérite des efforts, mais des efforts, où il a mis de l’énergie et beaucoup de soin.Son application, sa constance, son souci de faire plaisir à son maître, tout cela se coordonne dans l’étude d’une branche.En dépit de sa bonne volonté, de son ardeur, il n’obtient pas les résultats désirés par son maître.Il se verra préférer un condisciple, moins travailleur, mais plus apte pour apprendre et plus heureux pour retenir le savoir.Cette minute, qui manque de justice pour lui, très souvent ébranle son avenir: il conclut instinctivement a son incapacité a produire quelque chose et il ne répétera plus l’effort déployé.Pourtant, chaque jour de classe est un acte vers le mieux.En couronnant ses efforts réels, on aurait davantage renforcé son amour du travail, on lui aurait sans doute prépare un meilleur lendemain, enfin on aurait agi selon ce précepte élémentaire de bon sens: “Tout acte conforme à la loi morale mérite une récompense proportionnée à son degré de moralité’ .Ainsi en est-il pour la loi des efforts constatés et pour celle des succès dans les études: ils m éritent également des récompenses. 202 L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE Mais que sont-elles, toutes ces récompenses ?car il en faut beaucoup à l’école et un peu à tout ce petit monde.Il y a deux espèces de récompenses: naturelles et positives.Les récompenses naturelles sont la joie du devoir accompli, les avantages matériels, l’estime des honnêtes gens, l’estime de Dieu.Elles peuvent se distribuer facilement.Il faut surtout amener l’enfant à les apprécier et à en jouir avec profit pour une émulation de bon aloi.Pour que ces récompenses naturelles opèrent des fruits, assurent le salut, il faut vaincre les obstacles que l’ignorance, les passions, le mensonge et l’hypocrisie sèment sur la voie qui conduit à l’esprit et au cœur des enfants.C’est la seule difficulté.Pourvu qu’elles soient données avec tact, modération et discernement, les récompenses positives sont plus faciles à dispenser.Elles comprennent: les bons points, les images, les prix, les éloges publics et l’inscription au tableau d’honneur.On le voit, quand les récompenses naturelles, auxquelles on a peu recours, et les récompenses positives, qu’on prodigue parfois, sont offertes également aux efforts constatés et aux succès dans les études, il y a préoccupation chez le maître d’exciter l’émulation pour le travail et le perfectionnement; les punitions deviennent rares et les élèves, aimant leur classe et leur maître, se préparent un meilleur avenir pour servir Dieu et leur pays, (o suivre) J.-D.Dufour.Le Dessin devant le Bureau central (session de juin 1914) Réponses aux questions posées Nous publions ci-dessous les réponses aux questions de dessin posées à la session de juin 1914 du Bureau Central, et dans la présente livraison trois dessins exécutés par des candidats des trois cours.Ces dessins prouvent la possibilité pour les aspirantes et les aspirants de se préparer sur le dessin comme sur les autres matières.Au témoignage du Directeur général du dessin lui-même, l’enseignement de cette matière est en bonne voie de succès.BREVET ÉLÉMENTAIRE dessin.—45 minutes N.B.—Le nom et le numéro du candidat seront écrits, à l’encre, au haut de la feuille, comme pour les autres épreuves Les deux dessins seront exécutés du même coté de la feuille; celle-ci, à cette fin, sera divisée en deux rectangles égaux.Toutes les lignes seront tracées à main libre.1er rectangle.—Représentez, de mémoire, un pot à fleurs.{Libre à vous de placer une plante ou des fleurs dans ce pot).2ème rectangle.—Crayonnez, à votre choix, l’un ou l’autre des motifs suivants: (a) Une institutrice démontrant graphiquement, au tableau, la division des nombres entiers.{Ne pas s’attarder à la portraiture, mais s’efforcer d’exprimer l’action par les attitudes).{b) Une pomme, une poire, une banane, ou autres fruits groupés. L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE 203 •avS'A:-• ïsmi Cee deux dessins sont la reproduction réduite d’une bonne épreuve de candidate au brevet élémentaire.Points obtenus: 8.5 sur 10.(Voir les réponses aux questions posées aux examens du Bureau Central, juin 1914 page202). 204 L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE BREyETTiNTERMÉDIAIRE (modèle) dessin.—45 minutes.N.B.—Le nom et le numéro du candidat seront écrits, à l’encre, au haut de la feuille, comme pour les autres épreuves.Les deux dessins seront exécutés du même coté de la feuille; celle-ci, à cette fin, sera divisée en deux rectanles égaux.Toutes les lignes seront tracées à main libre.1er rectangle.—Au moyen de croquis géométraux (élévation, plan et coupe) d’un verre à boire, et d’un croquis perspectif du même verre, illustrez les deux manières de représenter les objets.2ème rectangle—Crayonnez, à votre choix, l’un ou l’autre des motifs suivants: (a) Un enfant debout, visant à bras tendu un objet qu’il veut dessiner.(Ne pas s’attarder à la portraiture, mais s’efforcer d’exprimer l’action par les attitudes).(b) Une branchette de feuillage.Brevet supérieur (académique) dessin.—45 minutes N.B.—Le nom et le numéro du candidat seront écrits, à l'encre, au haut de la feuille, comme pour les autres épreuves.Les deux dessins seront exécutés du même coté de la feuille; celle-ci, à cette fin, sera divisée en deux rectangles égaux.Toutes les lignes seront tracées à main libre.M.l’examinateur délégué devra exposer le quart vide de farine, bien en vue et couché.1er rectangle.—Dessinez, comme vous le voyez de votre place, (non autrement) le quart de farine, exposé, couché, devant vous.2ème rectangle.—Crayonnez, à votre choix, l’un ou l’autre des motifs suivants: (a) Frontenac disant à l’envoyé de Phipps qu’il répondra par la bouche de ses canons.(Ne pas s’attarder à la portraiture, mais s’efforcer d'exprimer l’action par les attitudes).ou (b) Un arbre qui vous est familier.L’Agriculture à l’école primaire Une première exposition scolaire agricole Nous empruntons l’intéressant compte rendu qui suit au le Journal d’Agriculture: “Pour couronner l’œuvre de l’enseignement élémentaire agricole qui se poursuit depuis deux ans dans la paroisse de St-Casimir, on vient d’organiser dans cette paroisse, sous la direction de M.Jean-Chs.Magnan, agronome officiel pour le district de Champlain et de Portneuf, et fils de l’Inspecteur général des écoles catholiques, une exposition scolaire agricole, la première du genre tenue dans la province de Québec.Plusieurs personnes s’intéressant à la cause de l’enseignement agricole chez les jeunes, ont voulu encourager par leur présence cette jolie fête.Plus de 800 personnes ont visité la salle de l’exposition et 185 enfants y ont apporté des exhibits et des travaux domestiques.Tousles jeunes enfants de la paroisse ont pris part à la fête et ils en garderont une agréable impression. $ii*v ;l|l: ¦ 1*» ¦> ;.': ' Twwaux ." ,A x.> ^ s^y | ‘ ^^ï-.| .Sj -7~>r- ' - **Av '* ^ ' ; y
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