L'enseignement primaire : journal d'éducation et d'instruction, 1 décembre 1925, Décembre
47ÈME VOLUME Québec, Décembre 1925 No 4 Enseignement Primaire ÉDUCATION-INSTRUCTION PÉDAGOGIE DE L’UNIFORMITÉ DES LIVRES Depuis septembre dernier, conformément à une décision de la Commission scolaire catholique de Québec, Tuniformité des livres est établie dans toutes les écoles sous contrôle de la capitale provinciale.La même mesure fut prise il y a quelques années par la Commission scolaire catholique de Montréal.Plusieurs personnes (on nous a écrit à ce sujet) croient que “ces deux mesures ne sont que la réalisation d’une réforme préconisée naguère par les tenant* de la loge l’Émancipation de Montréal, réforme encore chère aux unions ouvrières internationales”: ce que nous dit en particulier l’un de nos correspondants.Ces personnes sont dans l’erreur.En établissant l’uniformité des livres dans les limites de leur municipalité respective, les commissions scolaires de Montréal et de Québec se sont tout simplement conformées à l’un des articles des Règlements du Comité catholique du Conseil de l’Instruction publique, l’article 14.Voici comment se lit cet article: “Les commissaires ou les syndics d’écoles ne feront usage, pour toutes les écoles de leurs municipalités, que de la “même série de livres classiques autorisés.Ils en feront une liste qui sera dépo-“sée dans chacune des écoles sous leur contrôle.” Cet article des Règlements du Comité catholique n’est qu’une direction interprétative de la première partie du paragraphe 4 de l’article 2709 du Code scolaire qui traite des devoirs des commissaires et des syndics d’écoles.Ce paragraphe 4 débute ainsi: “D’exiger, que, dans les écoles sous leur contrôle, on ne “se serve que de livres autorisés qui doivent être les mêmes pour toutes les écoles “de la municipalité”.Dans le Code scolaire de 1899, le paragraphe ci-dessus se trouve mot à mot au paragraphe 4 de l’article 215, et l’article 131 des Règlements du Comité catholique publiés dans ce code (1899) est rédigé presque dans les mêmes termes que l’article 14 de l’édition de 1919.Remontons plus loin.Dans le Code de V Instruction publique de la Province de Québec (2ème édition, 1890)’ (1) le premier alinéa du paragraphe 4 de l’article 224 se lit comme suit: “D’exiger (il est du devoir des commissaires) que dans les écoles sous leur contrôle on ne se serve que des livres autorisés par le Conseil de l’Instruction publique ou par l’un ou l’autre de ses comités suivant le cas.” On voit que la loi, en 1890, n’impose pas encore l’uniformité par municipalité scolaire: elle se contente d’exiger que les livres soit approuvés.Il n’en est pas de même des Règlements du Comité catholique que contient cette deuxième (1) La première édition de ce code fut publiée en 1888. 210 L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE édition du Code de VInstruction publique (1890).En effet l’article 131, page 5L dit: “Les commissaires ou syndics d’écoles de chaque municipalité devront choisir parmi les livres autorisés par le comité catholique du conseil de l’Instruction publique un ouvrage ou une série d’ouvrages pour l’enseignement de chacune des matières du cours d’études, et il ne sera fait usage dans leurs écoles que des livres qu’ils auront ainsi choisis; ils en feront une liste qui sera déposée clans chacune des écoles sous leur contrôle”.Notons ici que les règlements édictés par l’un ou l’autre des deux comités du Conseil de l’Instruction publique, ont force de loi après leur sanction par le Lieutenant-Gouverneur en conseil.L’uniformité des livres par municipalité scolaire est donc une mesure du Comité catholique qui remonte à trente ans au moins.Le législateur n’a qu’incorporé dans la loi un article du Comité catholique.Tandis que l’uniformité des livres pour toute la Province est un projet mis jadis de l’avant par quelques réformateurs mal inspirés et qui n’a aucune chance de réussir dans un vaste pays plus grand que la France, et dont les besoins varient suivant les régions.D’ailleurs, l’uniformité absolue des manuels scolaires est une utopie anti-pédagogique comme Vobligation et la gratuité scolaires sont des utopies administratives dangereuses.C.-J.Magnan.DES QUALITÉS MORALES DE L’INSTITUTRICE COMME ÉLÉMENTS D’AUTORITÉ (1) IIL—LA BONTÉ.La bonté, le dévouement affectueux sont la troisième note caractéristique d’une éducatrice.Quelques lignes résumeront facilement nos conseils à cet égard.La maîtresse doit simplement aimer véritablement, profondément, chrétiennement ses élèves et elle les aimera ainsi si elle voit dans ces enfants tantôt charmantes et intéressantes, tantôt exerçantes et mettant à l’épreuve sa patience, des âmes à embellir pour Dieu, des âmes en qui elle peut aimer et servir Dieu.Considéré sous ce jour, tout devient aimable dans les enfants, même leurs défauts.Il faut bien connaître la mauvaise herbe pour l’arracher, et quelques orages sont nécessaires pour faire jouir des belles journées calmes.L’affection véritable se traduit sans peine par un bienveillant intérêt aux moindres détails de la vie des.enfants et de leurs familles; leurs petites tristesses, leurs joies trouvent écho dans le cœur de la maîtresse dont le vrai et seul bonheur est d’être entourée de sa petite famille.La maison lui paraît vide et les jours longs quand elle en est séparée.Les petites peines morales, les difficultés de caractère, les tempêtes prochaines sont souvent devinées, pressenties, atténuées et calmées avec une main ferme, mais douce.Une physionomie d’enfant est-elle plus triste qu’à l’ordinaire, un peu pâle ou trop colorée, a-t-on moins d’entrain au jeu ou est-on d’une gaité exubérante, la maîtresse cherche les causes du mal pour appliquer le remède convenable.(1) Voir L'Enseignement Primaire de novembre 1925. L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE 211 Et peut-être une bonne parole, un mot d’encouragement ou de reproche; peut-être une tasse de tisane, une fenêtre fermée ou ouverte à propos, un châle mis sur les épaules, seront autant de manières de gagner le cœur des enfants, c’est-à-dire de commencer à leur faire du bien.Suggérer aux enfants entre elles et envers leurs parents quelques délicates attentions; donner l’exemple de la patience, de la bonté, de la charité envers tous; s’interdire toute médisance, tout jugement porté à la légère et amener ainsi les enfants à la charité chrétienne, nous paraissent être autant d’occasions de témoigner un véritable dévouement et de gagner de l’autorité sur les élèves.La conclusion est évidente et inévitable.Les enfants sont attirées vers cette maîtresse si bonne, si indulgente; elles lui accordent en toute sécurité leur affection et leur confiance, et le terrain est alors bien préparé pour conduire ces chères petites âmes au divin Maître de Y Évangile, puisque , après tout, la tâche de l’institutrice chrétienne doit aboutir là.Une Ancienne Normalienne.SUR UNE LEÇON DE GÉOGRAPHIE Le maître frappait dens ses mains: on allait rentrer.—Qu’allez-vous faire?—Une leçon de géographie: la notion du plan.—Bigre! vous n’avez pas peur.La notion du plan au cours préparatoire ?Je voudrais voir ça.—Eh bien, venez.Et j’ai vu.Le maître, ostensiblement, dépose sur le coin du bureau des bâtons de craie: un blanc, un bleu, un rouge, un vert.Cela présage de jolies choses.Et il faut voir les gamins, joyeux, se tasser les uns près des autres, se tortiller, se trémousser comme pour \isser la tête dans les épaules et les fesses dans les bancs.Un instant pour que le silence soit complet et l’on démarre.Voilà.Le maître s’est élevé en avion, haut, très haut.Toutes les choses d’en bas sont devenues, petites, petites.11 distingue pourtant.Et devinez quoi ?Des taches rouges.—Des maisons, m’sieu.—Une bleue au milieu.•— L’école, msieu, avec son toit d’ardoise.^—Des carrés gris.Les jardins!—De grandes bandes vertes.,Les prés!—Et puis des rubans blancs en zigzags.Les routes!—Un ruban blanc, tout droit, avec des taches vertes de chaque côté.La grand’route avec ses platanes! On s’arrête.Maintenant, au tableau noir, où l’on marquait au fur et à mesure avec la craie correspondante, le plan du village est esquissé! On explique et l’on écrit:—Quand on regarde les choses de haut, de très haut, elles prennent un aspect nouveau.On les voit comme dessinées sur leur emplacement.Vous allez mieux comprendre.Sur le tableau noir, couché sur le sol, on place une boîte rectangulaire, une bouteille, une chaise.A la craie on trace ce qu’on voit d’en haut: un rectangle, un cercle, un carré avec deux traits croisés qui sont les plans de la boîte, de la bouteille, de la chaise.Vérifions si ces plans indiquent bien l’emplacement des objets.Mais oui! Et les petits vont remettre exactement à la place qu’elles occupaient la boîte, la bouteille, la chaise.Concluons.—Quand on dessine, sur leur emplacement, les choses comme on les voit d’en haut, on fait le plan de ces choses.Redressons notre tableau.Quelqu’un, au tableau voisin, veut-il montrer 212 L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE qu’il a compris et tracé un plan?Les amateurs se présentent: celui-ci pour la table du maître; cet autre pour le poêle; un troisième pour le seau à charbon.C’est parfait.Eh bien, puisqu’on a compris, que chacun sur l’ardoise, trace le plan de son pupitre.—On se met à l’œuvre avec entrain.Tout cela mené en vingt minutes.Je suis médusé et ne reprends mes sens que pour jeter, sur une leçon si alerte, quelques massives réflexions pédagogiques.Mon ami, cette première leçon de géographie, qui n’a l’air de rien, me donne la clé de votre enseignement.Aujourd’hui, vue de haut, les choses prennent une forme nouvelle.Demain, placé aux différents points de vue: physique, économique, politique, vous découvrirez des aspects géographiques précis, fragments du réel.Mais en multipliant les points de vue vous serrerez de plus en plus près la réalité.Vous la forcerez à vivre.Quelque jour, enfin, dans le feu d’une belle leçon, vous ferez jaillir l’étincelle qui animera tous les pays et les hommes.Modeste et prudent dans la recherche, ambitieux et hardi dans la création, c’est un bien joli rôle, celui du maître! Vous le jouez à merveille.On voit avec vous et comme vous.On cherche, on découvre les choses sous leurs projections et l’explication éclaire des esprits d’enfants où passaient de fugitives et insaisissables lueurs.La belle chose : de la lumière dans les ténèbres! Vous insistez montrant, faisant tracer le plan des objets de la classe et vous avez raison d’associer aux choses imaginées, devinées, les choses vues, maniées, reproduites, Car c’est bien une notion que vous voulez donner, n’est-ce pas?Il faut, pour qu’elle enfonce profondément dans l’esprit, tous les concours possibles: des sens, de 1 imagination, du jugement et des muscles.Je vous suivais faisant vérifier la place des objets, flattant le doute qui nous tient en perpétuelle action, en perpétuel désir, appelant l’expérience qui le tâte, le presse, le chasse, met en place la joyeuse certitude.Je croyais assister à la naissance de l’esprit critique dans des cerveaux d’enfants.Enfin, quand vous avez promis des leçons sur les plans de la classe, de l’école, du village, du canton, de la joie s’est allumée dans les yeux.Vous avez une manière d’amorcer les leçons qui les fait désirer longtemps à 1’avancv A voir comme vos exposés se développent, se tiennent, s’enchaînent, se font valoir mutuellement, je comprends que votre enseignement vaut à la fois par la méthode qui l’éclaire, l’art qui le vivifie, l’unité qui le fortifie.Maurice Demons.(L’École et la Vie.) L’AMOUR DU BEAU (1) Applications pédagogiques 1.—Nécessité de l’éducation esthétique.Et d’abord disons qu’elle est possible.L’enfant manifeste de bonne heure son amour pour le beau, et le spectacle de la beauté ne laisse aucune âme entièrement insensible.Ne manquons pas d’initier les élèves à la beauté morale, afin de la leur faire aimer.Parlons-leur des actes qui unissent à l’accomplissement du devoir quelque (1) Grâce à l’obligeance de M.L.Riboulet, l’éminent auteur de YHistoire de la Pédagogie, nous publions quelques bonnes feuilles d’un ouvrage qui vient de paraître: Psychologie appliquée à VÉducation.Nous signalons ce volume aux éducateurs canadiens, volume de grande valeur scientifique et de haute inspiration catholique.En vente à ia librairie Emmanuel Vitte, Lyon, et chez les libraires de Québec et de Montréal. L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE 213 chose de grand et de sublime, citons-leur des exemples d’un dévouement héroïque à la religion, à la patrie, à la science: nous jetterons dans leurs âmes des semences de belles et nobles actions.2.—Placer l’enfant dans un milieu favorable à cette éducation.Qu’il trouve, dans sa famille, le sens de l’ordre et du bon goût.Rien ne contribue comme cette qualité précieuse à l’attacher à son foyer.L’école,il faut bien l’avouer, est parfois loin d’être une initiation à la beauté: un extérieur banal et un intérieur à l’avenant, des murs qui suintent la tristesse, un mobilier scolaire souvent démodé, l’absence presque totale de matériel d’enseignement, des gravures insignifiantes et mêmes détestables.Il est pourtant assez facile de la rendre plus agréable en veillant à la propreté extérieure et intérieure du local, et de lui donner un air moins austère au moyen de cartes, de tableaux, de gravures représentant des scènes religieuses ou patriotiques.Et pourqiioi ne pas y mettre quelques fleurs et quelques plantes ?3.—Éveiller le sentiment de Vadmiration.Il y a une admiration instinctive comme le goût; mais elle est sujette à des variations.A mesure que le goût se développe, elle devient plus sérieuse; elle a un caractère durable parce qu’elle repose sur des principes.L’admiration est une disposition excellente pour l’acquisition des connaissances.“Quand on veut donner aux études une durable assise, a dit E.Manuel, c’est par le respect et l’admiration qu’il faut commencer.L’admiration est, dans l’éducation des enfants, un élément de premier ordre; la morale y trouve son compte comme la littérature.” Renan, parlant de Mgr Dupanloup, dit: “C’était un éveilleur incomparable; pour tirer de chacun de ses élèves la somme de ce qu’il pouvait donner, personne ne l’égalait.Il répétait souvent que l’homme vaut en proportion de sa faculté d’admirer.” 4.—Développer le sentiment de la nature.L’enfant aime les beaux paysages, les arbres, les fleurs, les oiseaux.Les merveilles du règne végétal et du règne animal lui causent de profondes émotions.Donnons-lui l’occasion de jouir des beaux spectacles: montagnes aux cimes neigeuses, plaines, lacs, rivières, forêts, champs couverts de moissons, prairies verdoyantes, couchers de soleil, etc.Faisons-lui visiter les monuments historiques, les ruines célèbres, en lui racontant les légendes et les souvenirs qu’ils évoquent.“La contemplation intelligente et l’admiration raisonnée de l’ordre et de l’harmonie répandus dans la création disposent l’âme à aimer partout l’ordre et l’harmonie; elles inspirent la reconnaissance et l’amour pour le Crétateur de tant de beautés; l’art conduit à la religion” (Pelissier.) 5.—Faire aimer à l’enfant la poésie, le dessin et les œuvres d’art.Il faut choisir d’abord des œuvres poétiques en rapport avec son expérience cle la vie: contes, fables, narrations, puis des œuvres plus élevées.Ajoutons-y les lectures intéressantes faites par le maître ou indiquées et contrôlées par lui dans le but de faire aimer le beau et le bien.L’amour de la poésie et des choses littéraires contrebalancera la banalité, l’utilitarisme de certains programmes scientifiques qui semblent faits pour détruire la sensibilité et l’imagination de l’enfant.Le dessin développe le sentiment de l’ordre, de la symétrie et des proportions.Il est une introduction nécessaire à l’appréciation des œuvres d’art: peinture, sculpture, architecture.D’autre part, il ne s’agit pas non plus d’enseigner l’art proprement dit, mais de travailler à la formation du goût.On profitera de certains enseignements pour donner quelques détails sur les œuvres d’art des peuples anciens et modernes.L’histoire d’un peuple s’exprime quelquefois autant dans les monuments que dans les œuvres littéraires.Dans toutes les écoles, il faut faire chanter les enfants; on choisira des morceaux faciles et on en fera une étude intelligente avant de les faire apprendre. 214 L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE On engagera les enfants à se faire admettre clans certaines sociétés chorales et philharmoniques.Le chant religieux produit sur les âmes une impression profonde; il les élève au-dessus des réalités vulgaires de ce monde et leur inspire des sentiments célestes.L.Riboulét.GÉOGRAPHIE PHYSIQUE ET ÉCONOMIQUE i ' L—GEOGRAPHIE PHYSIQUE (suite) (1) L’eau solide le gel.—A étudier depuis la neige jusqu’à la source glaciaire.Le gel abaisse massifs montagneux.Neiges perpétuelles à 4000 metres à l’équateur, à 0 mètre au pôle.Le dégel produit dans les montsgnes une pluie de pierrailles.Ascensions devant se faire avant le lever du soleil.Hauts sommets granitiques usés par les côtés comme la lame d’un ciseau.Le Mont-Rose (Alpes) a 25 sommets dépassant 4000 m.comblement des vallées.—Pierrailles descendant par couloirs d’avalanche forment cônes d’éboulis qui dressent leur pointe clans les couloirs avec gros blocs au sommet.Au contraire des deltas.Puis gel et ruissellement dissocient les roches qui menacent le bas, d’où fixation nécessaire par reboisement.Éboulis comblent aussi les lacs de montagnes étendant leurs cônes sous l’eau, comme font les torrents.neiges et névés.—Peu de neige aux sommets, les névés et glaciers se forment plus bas.Dans les cirques, les neiges amoncelées donnent névé par amoncellement et dégel de la surface.Neiges et névés descendent, alimentant les glaciers.Sur pentes raides, névé se brise et forme avalanche, produisant catastrophes.Les tourmentes de neiges et le verglas, la glace noire des alpinistes augmentent le danger des ascensions.formation des glaciers.—A 4000 mètres neige poudreuse, à 3,500 névé, à 3000.glacier.Névé de couleur bleue et demi transparent, pèse 550 kil.au mètre cube, la neige, 85 kil.Glaciers sont suspendus dans crevasses, ou encaissés dans vallées, recevant des affluents.progression.—Preuve par piquets sur la largeur du glacier: milieu et surface plus rapides que bords et fond.Marche d’un mètre par jour.Objets transportés dans la masse.moraines.—Accumulation de débris arrachés aux bords ou au fond: moraines latérales, frontales ou médianes, quand le glacier reçoit un affluent.crevasses.—Dues à inégalités du sol, longitudinales ou transversales.Les séracs ou masses inégales sur la surface du glacier.Ablation par dégai de surface.-—Les grosses roches forment tables de glacier.A l’extrémité ou moraine frontale, la fusion de la glace alimente ruisseaux ou sources glaciaires traversant le cône de débris.Dans les endroits abrités, jardins glaciaires verdoyants.La mer Régularise l’air en absorbant son trop plein d’acide carbonique.Niveau difficile à fixer à cause des différences de marée de vent, attraction des monta- (1) Voir L'Enseignement Primaire de novembre 1925. L'ENSEIGNEMENT PRIMAIRE 215 gnes, de la salure et de la hauteur barométrique.Perd 35 mètres par compressibilité.Mouvements.-—1.Marée, dues à attraction lunaires 2 fois en 24 heures 50 minutes.Dans les océans, marée de 0.70 m.r dans Fundy, 15 à 18 mètres, Michigan 0.75.Dans les fleuves, grosse vague ou mascaret.2.—vagues.-—Hauteur de 7 à 15 mètres.Pression ordinaire de 3000 à 3500 kil.par mètre carré, et 30,000 pour lame de fond.La houille bleue est développée par marée.Effet ne dépasse pas 50 m.de profondeur.3.les courants.—Dus à différence de température—Le Gulf-Stream 30 centigrade.Dans océans, vastes circuits avec mers de sargasses au milieu d’eux en Atlantique.falaises, aiguilles.-—La mer modifie les rivages, édifie ou démolit.Plateforme entre les deux niveaux, Roche résistante forme falaise reculant éboulis.Les monolithes ou aiguilles résistent à érosion.Iles détachées du continent par érosion ou affaissement du fond.grottes et érosions.^—Vides dans la roche représentant le minimum de résistance.Rochers percés ou arches existent en tous pays.Grottes nombreuses: Fingall, côtes déchiquetées d’Angleterre rattachées à France autrefois.depots littoraux.—Les éboulis protègent les falaises.Cordon, littoral gagne sur la mer, laissant lagunes ou étange à l’intérieur—Venise, côte méri-dionalle des États-Unis; Bénin, lagunes que comblent l’apport des eaux terrestres et les dunes.dépôts divers.—Vases, coquillages: les dépôts terrigènes forment zone thalassique large de 250 kil., les courants forts empêchent ces dépôts.Débris animaux et végétaux tapissent fond de l’océan.Marais salants, compartiments rectangulaires peu profonds donnant sel blanc ou gris par évaporation.relief des mers.—145 millions pour terres et 305 millions pour mers.Terres au nord de l’équateur 100 millions R.C.Profondeurs rappellent hauteurs.—La moyenne est 4000 m.pour mers, et 700 m.pour terres.Les plus grandes profondeurs sur pourtour des océans: Porto-Rico, îles Mariannes, Kouriles, etc.Glaces côtières arctiques, 6 mètres en hiver rigoureux; 2 en hiver ordinaire.Peuvent atteindre 30 mètres.-—Sèment dans la mer débris arrachés au rivage.Glaces antarctiques atteignent 500 mètres d’épaisseur.Dangers pour navigation et immobilisation des ports.L’ÉCOLE NORMALE DE SHERBROOKE Le 4 mai 1925, S.G.Mgr Paul LaRoque, annonçait dans une lettre pastorale spéciale, l’ouverture prochaine de l’école normale construite à Sherbrooke par les Sœurs de la Congrégation de Notre-Dame.L’espace nous manque pour reproduire cet important document en entier, mais nous sommes heureux d’en citer l’extrait suivant: ‘‘Grâce à Dieu, et à nos bonnes Sœurs enseignantes, Nous sommes heureux de le dire, N; T.C.F., la petite école, en.maintes localités de Notre diocèse, n’a pas manqué d’institutrices compétentes.La formation reçue dans le noviciat, par lequel ces Sœurs ont passé, supplée, au moins dans une bonne mesure, à l’entraînement pédagogique de l’École Normale proprement dite.Mais que dire de nos Écoles confiées à la direction de maîtresses séculières ?Ces maîtresses, disons-le hautement, sont intelligentes et instruites, vertueuses et surtout 216 L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE dévouées.Que leur manque-t-il donc ?Il manque, chez un trop grand nombre d’entre elles, cet entraînement pédagogique si désirable et qui importe tant au progrès des élèves.Et pourtant, chez beaucoup d’entre elles, la clarté de l’esprit et l’amour de l’enfance, ce que nous pouvons appeler le don du professorat, compensant cette absence de formation pédagogique, ont obtenu des résultats, en général, très satisfaisants et, parfois, admirables.Or, N.T.C.F., n’est-il pas évident que ce que l’on fait bien sans entraînement préalable devrait se faire beaucoup mieux encore avec l’entràînement voulu ?Ce que nos Universités veulent faire pour nos Séminaires et Collèges par nos Écoles Normales Supérieures, l’École Normale des filles cherche à l’obtenir pour nos écoles primaires, c’est-à-dire pour les écoles populaires par excellence, puisque tout notre peuple doit les fréquenter.Cette fondation à Sherbrooke d’une École Normale devrait élever le niveau des études dans tout le diocèse, et ce niveau s’élèvera réellement si chaque^paroisse tient à honneur d’entretenir, chaque année, quelques élèves dans cette nouvelle École Normale.Nous faisons donc un appel pressant à toutes les paroisses, à tous les parents chrétiens, à tous les curés et autres prêtres éducateurs, à toutes les communautés religieuses de Notre diocèse, en faveur de cette belle et grande entreprise.Que, dès maintenant, tous recherchent chex eux, les parents dans leur famille, messieurs les Commissaires dans les écoles, messieurs les Curés dans les paroisses dont ils ont la direction, les directrices de communautés religieuses parmi leurs élèves; que tous, dès maintenant, disons-Nous.recherchent quelles sont les jeunes filles désireuses de se consacrer à l’apostolat de l’enseignement, et possédant les aptitudes requises qui permettent d’espérer qu’elles pourront devenir de bonnes maîtresses d’écoles.Que les parents et amis de l’éducation n’épargnent aucun sacrifice pour que ces jeunes filles soient dirigées, en temps utile, vers cette grande et belle institution diocésaine: Notre École Normale.Que désormais les communautés religieuses^employées dans Notre d:ocèse abandonnent l’habitude d’envoyer des jeunes filles dans les Écoles Normales d’autres diocèses.Nous avons maintenant la nôtre, bien à nous; servons-nous en.Voici maintenant, N.T.C.F.quelques renseignements pratiques, pour votre gouverne, que vous ferez bien de ne pas oublier.Le Comité catholique de l’Instruction Publique exige que les élèves de l’École Normale y fassent un séjour d’au moins deux années avant d’y cueillir un diplôme élémentaire ou supérieur.Pour y être admises, elles doivent aussi avoir suivi le programme de la sixième année du cours élémentaire, et être âgées d’au moins quinze ans.Le prix de la pension et de l’éducation est de douze piastres par mois.Trente bourses de vingt-quatre piastres, par année, sont données à des jeunes filles désignées par le gouvernement et recommandées par Monsieur le Principal de l’Ecole.Que Messieurs les Curés et, en général, tous nos dévoués collaborateurs, nous permettent de faire un appel tout spécial à leur zèle sacerdotal.Qu’ils nous permettent de les engager très chaleureusement, à profiter des avantages qu’offrent nos bonnes Sœurs de la Congrégation dans cette École Normale qui est aidée par le gouvernement de la Province de Québec, et à envoyer le plus grand nombre possible de jeunes filles se préparer, par une instruction pédagogique, théorique et pratique, à devenir des institutrices plus compétentes.Que les parents, de leur côté, sachent s’imposer quelques sacrifices pour contribuer à la grande cause de l’éducation populaire en envoyant leurs jeunes filles dans ce centre de formation intellectuelle.Qu’ils n’oublient pas qu’ils ne sauraient laisser à leurs chers enfants un héritage de plus grande valeur que celui d’une éducation dans l’école vraiment catholique, c’est-à-dire une école où, je vous le répète, l’enseignement des vérités de la foi tient la première place, la place d’honneur.Que les^ Commissions scolaires s’appliquent à choisir, de préférence, les institutrices formées à l’École Normale.Qu’elles tiennent à leur donner toujours un salaire, non seulement convenable, mais généreux.Que les jeunes filles qui auront le grand avantage d’être admises, comme élèves,_ dans cette École Normale, deviennent instruites, mais surtout pieuses et d’une conduite vraiment exemplaire.Tels sont, N.T.C.F., les vœux que Nous formulons à l’occasion de la fondation de cette nouvelle maison d’éducation, dans Notre cher diocèse.Le Dieu des sciences éclairera les esprits, Nous en avons le ferme espoir, et disposera favorablement tous les cœurs en faveur de cette œuvre si importante, et liée aux meilleurs intérêts éducationnels de tous les chers enfants de Notre diocèse.” L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE 217 VIVE L’ÉPARGNE SCOLAIRE L’heureuse initiative que prend La Caisse d’Économie N.-D.de Québec en instituant l’Épargne Scolaire, mérite d’être applaudie mais, surtout encouragée des parents.Les professeurs d’épargne doivent être considérés comme des bienfaiteurs publics.Le peuple adonné à l’économie sous forme d’épargne est assuré de rester fort, libre et maître chez lui.Chez toute nation l’épargne est un des principaux moteurs de la vie économique, puisqu’elle fournit à la production, source elle-même de revenus, un de ses trois facteurs: le capital.Pour l’individu, s’il n’est pas très riche, l’épargne est un devoir,devoir trop négligé du plus grand nombre, il faut bien l’avouer.Pourquoi ?Parce que l’éducation en ce sens n’est pas donné de bonne heure.Le premier pas consiste à savoir et à voidoir épargner; le deuxième, à savoir bien placer ses économies.Le premier pas doit se faire à l’école: il ne s’apprend bien que par la pratique.En développant chez l’enfant le goût de l’économie, l’école, loin de dévier de sa mission formatrice, rend au contraire de réels services.Les particuliers non moins que les familles bénéficient tous les premiers de cette initiative qui assure le bon équilibre de la vie, et prévient les crises d’ordre financier si propres à troubler la paix.Si tant de gens d’âge mûr ne savent pas ou ne veulent pas, faute de courage et de formation préalable, épargner sur leur gain quotidien et risquent imprudemment de voir la misère s’abattre sur leurs derniers jours, c’est que de bonne heure ils n’ont pas été habitués, entraînés et encouragés.Actuellement le nombre des enfants qui dépensent, ou plutôt qui gaspillent chaque jour en friandises dommageables à leur santé, est considérable.Si l’on ne met un frein à ce fâcheux état de choses, notre race court à la ruine ou du moins à la servitude sociale.Parents, favoriser de tout votre pouvoir ce beau mouvement d’éducation morale.Enfants, comprenez le précieux avantage que vous avez et rivalisez de zèle et d’entrain dans la course à l’épargne.Qui de vous, les jeunes, ne peut verser 10 sous par semaine, et laisser porter le montant ?Un prix de $2.50 est attribué, dans chaque école, à deux des élèves qui auront fidèlement versé leur montant hebdomadaire.Les gagnants verront du coup leur dépôt augmenté de cinquante pour cent.Alons, mes petits amis, en avant ! et vive l’épargne scolaire ! (Le Bulletin paroissial, Notre-Dame-clu-Chemin, Québec.) TRIBUNE PÉDAGOGIQUE Semez le bon grain.—“Quand on ne sème rien, il pousse de mauvaises herbes.” C’est connu.C’est même si connu, qu’on n’y fait plus attention.Pourtant, c’est une chose assez curieuse.On a oublié d’ensemencer son champ; il devrait rester stérile.Pas du tout!,.En même temps que les autres terrains, il se couvre de verdure.Pas un pouce de sol qui reste vide.Tout est garni.Seulement, ce ne sont que des mauvaises herbes; d’où cette conclusion: le mal pousse tout seul.Si vous ne semez rien de bon dans l’âme des enfants et^de vos élèves, elle ne restera pas pour cela inoccupée.Les vices y viendront vite.De même que la semence des plantes nuisibles vient on ne sait d’où, les mauvaises inclinations se développeront d’elles-mêmes dans leur cœur, s’y enracineront, y fleuriront et y porteront leur fruit.Bientôt, ces enfants, dont on ne se sera pas occupé, seront méchants, sans qu’on ait besoin de les pervertir.Encore une fois, le mal pousse tout seul, et cela suffit pour montrer quelle est la responsabilité des parents et des maîtres négligents.L’éducation religieuse a l’école primaire.—Les peuples modernes s’occupent assez de l’instruction qui ouvre l’esprit, et trop peu de l’éducation qui forme le caractère.2 218 L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE Nous livrons l’esprit à l’école et le caractère au hasard.(Comte de Ségur).—Sans l’éducation, l’instruction n’est qu’un instrument de ruine.(Royer-Collard.)—Toute éducation qui n’est pas religieuse décomplète l’homme et ne réussit, tout au plus, qu’à former un animal intelligent.C’est une erreur de penser que l’homme n’est grand que par la science, il n’est homme que par la connaissance de Dieu.(Aimé Martin.)—Je reproche à notre temps de s’enquérir plutôt de l’instruction que de l’éducation des générations nouvelles.D’autant que l’instruction qu’on offre à la jeunesse ne peut être que bien incomplète, tandis qu’il serait toujours aisé de donner à l’éducation une perfection réelle.(Laurentie.)—On ne saurait former le cœur sans développer en même temps l’esprit; on ne saurait imprimer dans la conscience de l’homme des règles de conduite, lui expliquer les principes qui doivent gouverner ses actions sans éclairer son intelligence, sans agrandir ses idées, en un mot, sans l’instruire.L’éducation peut donc, à la rigueur, tenir lieu d’instruction.L’instruction seule ne remplacera jamais l’éducation.(Mgr Donnet.)—Dieu doit moins se prouver qu’il ne doit se sentir.— L’éducation est l’apprentissage de la vertu; l’instruction, l’apprentissage de la science.(Mme Monmarson.)—On devient tout ou rien, selon l’éducation que l’on reçoit.(Clément XIV.)— Nos qualités nous viennent de la nature, mais nos vertus sont le fruit de notre éducation.(Mme E.de Girardin.)—L’éducation est une assurance pour la vie et un passeport pour l’éternité.(Laroche-Foucauld-Doudeauville.)—Une mauvaise éducation peut causer la ruine de plusieurs générations.(Brueys.)—Il faut donner une place spéciale à l’éducation religieuse, point de départ de la renaissance et préparation de la génération chrétienne soumise à Dieu et à l’Église.(Léon XIII à un pèlerinage français.) Comment préparer les jeunes pilles a leurs devoirs futurs.—Le premier moyen que nous offre la pédagogie est de donner à notre enseignement une direction qui permette un jour à nos élèves de diriger avec intelligence les affaires intérieures de la maison, d’élever leurs enfants et de leur faire acquérir cette supériorité intellectuelle et morale indépendante de la fortune, et par là cette influence vivifiante qui enrichit la famille et la société.Nous leur donnerons avant tout une éducation chrétienne qui vivifie leur âme, comme l’air qu’elle respirent vivifie leurs poumons.Nous armerons leur esprit de toutes les vertus que réclame notre état social; l’avenir repose sur ces jeunes générations: la vie entière de toutes ces âmes est en germe dans l’école, et ce germe c’est l’esprit.qui émane de nous-mêmes.Nous développerons en elles le premier des devoirs que nous impose la loi morale, c’est-à-dire le devoir strict et rigoureux de la justice à laquelle nous ne pouvons en aucune façon nous soustraire, car si nous échappons temporairement à la violation de ce devoir, nous n’y manquerons pas un jour.A ce premier devoir s’ajoute une seconde obligation qui en est le complément: c’est la charité, à laquelle personne ne peut nous contraindre.En leur apprenant à respecter ces deux vertus, dont l’une passive puisqu’elle consiste à ne rien faire à autrui, l’autre active puisqu’elle nous porte à rechercher ce qui peut être utile aux autres, nous ferons de nos élèves des âmes de bien, remplissant avec justice et charité leurs devoirs envers leurs frères, leurs maris, leurs enfants.C’est ainsi que nous donnerons une véritable transmission de vie morale.Or, n’est-ce pas une loi naturelle que la vie ne se transmette qu’à certaines conditions d’identité ou tout au moins de ressemblance ?Dans le monde physique, l’animal et la plante ne se reproduisent que dans leurs espèces, et en communiquant la vie ils communiquent généralement leur conformation, leurs besoins, leurs aptitudes.Sauf les exceptions et la liberté, la vie morale se transmet aux mêmes conditions de similitude.Pour faire passer dans nos élèves ce ferment fécond dont nous devons pétrir tout notre enseignement, il faut que nous soyons douées nous-mêmes de l’esprit chrétien et que nous possédions la vie morale dans toute sa plénitude; car ce qu’on n’a pas, clit un proverbe, on ne saurait le donner.Nous transmettons nos convictions dans les conditions mêmes où elles existent en nous, faibles ou fortes, selon que nous serons tièdes ou ferventes dans le bien: de là les adages, “tel père, tel fils”, “tel maître, tel élève”.Voilà la loi; les exceptions cependant sont nombreuses.L’interrogation et la négation.—-Les fautes de langage relevées naguère par L.Ar-dant dans L’École Nouvelle, de Paris, ne sont pas inconnues au Canada.Comme en France, nous devons habituer les élèves de nos écoles à les éviter.Voici les fautes signalées par la revue française: _ / .“Entendu dans une cour d’école, à Paris, pendant la récréation: -—-A quoi qu’on va jouer? L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE 219 —Où ta bille est?-—Où qui sont?—J’ai pas dit ça.—Vous voulez pas venir?•—Quel âge que t’as ?Etc., etc., etc.C’est ainsi que parlent entre eux — et souvent même s’adressant à nous—la plupart des élèves de nos écoles primaires.Et nous sommes tellement habitués à entendre ce jargon que nous n’y prenons plus garde, qu’il n’offusque plus notre oreille.C’est, ma foi, chose très regrettable.Je suis convaincu que la rédaction, qui est généralement si faible, ferait de rapides progrès si nous nous donnions la peine de relever au passage les fautes de langage commises par nos jeunes élèves dans leurs conversations, dans leurs jeux, dans leurs réponses à nos questions.Mais on va m’accuser de vouloir faire de la grammaire à tout jDropos, on va crier au surmenage.et je n’insiste pas.Aussi bien, je voulais tout simplement appeler l’attention de mes collègues sur ces deux points: 1.Nous n’initions pas assez nos élèves à la conjugaison interrogative; 2.Nous passons trop rapidement sur l’emploi de la négation.Ces deux lacunes dans notre enseignement de la langue ne datent pas d’aujourd’hui.J’oserai même affirmer qu’elles sont aussi vieilles que les écoles et les maîtres.Et cela est si vrai que beaucoup de personnes — je ne dirai pas lettrées, mais suffisamment instruites, — s’expriment ainsi volontiers: “Comment on fait?— Depuis quand vous le savez?” — ou bien: “J’ai pa& fait attention.— Je pensais pas vous voir.” D’une façon générale, nous attachons beaucoup moins d’importance au langage parlé qu’au langage écrit.Une faute d’orthographe nous choque: une parole incorrecte nous laisse indifférents.Je ne suis pas un ennemi de l’orthographe.(Je ne serais point désolé cependant si nos braves réformistes parvenaient à lui enlever ses bizarreries et ses inconséquences).Mais je n’hésite pas à reconnaître que savoir parler sans faire de faute est au moins aussi utile que savoir écrire correctement.Car, en somme, nous écrivons relativement peu (je ne dis pas cela pour MM.les inspecteurs primaires) et nous parlons beaucoup (je ne dis pas cela pour les dames).Or, nous ne parlons jamais que pour affirmer, nier ou interroger.De l’affirmation, nous nous tirons tant bien que mal, plutôt mal que bien.Mais pour la négation et l’interrogation, Dieu ! dans quelle ignorance nous sommes ! Je demande donc qu’on apprenne aux petits Français —- et même aux grands— à interroger — suivant les formes — et à nier — selon les règles.” UN COURS DE PÉDAGOGIE EN TABLEAUX SYNOPTIQUES Education morale facultés de tendance: celles par lesquelles l’homme est entraîné vers un bien connu, se décide librement à suivre ou non cet entraînement.a) Homme: composé humain, sujet de l’entraînement (deux appé- tits).b) Entramé: attiré vers un bien par appétit sensitif (poussée de s’approprier pour jouir) appétit rationnel (attrait, aspiration pour jouir) c) Vers un bien: chose qui l’attire, désirée en tant que BON d) Connu: soit par les sens (app.sensitif) par l’intelligence (app.rationnel) e) Se décide: avant toute délibération, à la suite de la connaissan- ce, entraînements subis, mais privilège de: raison: inclination par intelligence, suiv.e ou non par volonté (app.rationnel). 220 L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE ÉDUCATION MORALE : a) Rendre l’homme capable de régler ses appétits en les soumettant à la raison.b) Éclairer sa conscience et lui donner la rectitude.c) Fortifier la volonté qui suit les dictées de la conscience.LES INCLINATIONS notion ; a) b) c) valeur : a) b) LEUR ÉDUCATION : Les Passions bien dirigées sont les grands ressorts de l’Activité, lo: Diriger les inclinations en les habituant à o)Dominer les entraînements déréglés b) Les soumettre à direction de la raison c) Susciter et fortifier énergie de la volonté.2o.—Développer ou détruire : A—Développer: a) Faire connaître bien, son importance, ses motifs, etc.enseignement direct et indirect,— exemples) b) Faire aimer le bien et avantages moraux c) Faire pratiquer le bien d) Encourager l’effort pour qu’il devienne habitude B—-Détruire: a) Éclairer intelligence sur le mal qu’on fait, sur le bien qu’on devrait faire, nécessite de s’amender.b) Amener à détester le mal et chérir le bien c) Corriger avec bonté mais fermeté Chez l’élève, il faut se RAPPELER dans ces deux cas a) Ne pas se contenter d’actes extérieurs, mais intérieurs (pitié) b) Inspirer piété et faire utiliser moyens surnaturels c) Tenir l’âme ouverte à la confiance: pas décourager, ni sévérité d) Combattre mauvaises inclinations, mais édifier les bonnes e) User de patience et encourager les efforts.LE COEUR notion:—C'est l’ensemble des appétits sensitifs: il est la tendance affective de ces deux appétits.lo.— Éducation :—- .a) Formation de nos affections pour faire aimer ce qui est bon, detester ce qui est mal.b) Discipliner les inclinations, c’est à dire: éduquer le cœur lui former de bons sentiments régler ses mouvements le nourrir d’affections saines.IIo.— Sentiments :— , a) Émotion agréable ou désagréable du cœur, selon que il peut s’unir au bien vers lequel il se porte il est contrarié dans sa tendance b) Sentiment (émotion de l’appétit rationnel) Sensation (émotion de l’appétit sensitif) c) Culture des sentiments : former le cœur à se plaire dans des affections saines.Tendances naturelles qui nous portent vers les biens qui nous apparaissent comme BONS et nous éloignent des choses MAUVAISES.On les appelle aussi PASSIONS, car elles apportent des émotions et des troubles dans l’âme et les organes.Les inclinations se réduisent toutes à l’AMOUR: désir, tristesse.BONNES en elles-mêmes:—malheureusement le péché originel a incliné nature vers le mal Appétits inférieurs des sens tendent à entraîner appétits supérieurs.Elles demeurent indifférentes : bonnes si dirigées vers objet légitime, dans manière voulue par la raison.mauvaises, ou par la malice de l’objet ou par manière déréglée par laquelle elles s’y portent. L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE 221 IIIo.— Plaisir et Douleur.1.— Plaisir, sentiment de satisfaction éprouvée par tendance en possession de son objet; Douleur, sentiment de contrariété éprouvé par tendance frustrée de son objet.2.— Ces impressions nous viennent du cœur et sont les effets du bon ou mauvais fonc- tionnement de nos facultés.3.— Moralité du plaisir : a) Bon, si moyen d’atteindre la fin voulue par Dieu b) Mauvais, si cherché en lui-même et devient une fin à laquelle on s’arrête en sacrifiant le devoir.4.—Utilité:—•Stimulants de l’activité dans accomplissement du devoir.Conséquences naturelles des actes posés.a) Plaisirs et douleurs physiques employés dans jeune âge x) Etre modéré dans usage des récompenses ou punitions matérielles y) Se garder des punitions trop fréquentes et sévères z) Apporter une proportion de douleur et de plaisirs moraux appropriés.b) Plaisir et douleur atteignent l’âme dans ses sentiments, moyens d’éducation.x) Éveiller conscience de l’enfant, dignité personnelle, émulation, etc.y) Y mélanger les stimulants phvsiques.J.-E.FAQUIN, Professeur à l’École normale de Saint-Hyacinthe.A TRAVERS NOS ARCHIVES SCOLAIRES Procès-verbaux de la Société d’Éducation des Trois-Rivières (1832 à 1851) (Inédit) A la troisième assemblée générale de la Société d’Education de la ville des Trois-Rivières tenue à la maison d’école, le 3 novembre, 1832.Présents: L’honorable Joseph-Rémy Vallières de Saint-Réal, Ecr., Joseph Badeaux, Pierre Vézina,, Pierre Desfossés, Michel Hyacinthe Bellerose, Charles Lafrenaye, Augustus David Bostwick, John Robertson, Joseph-Michel Badeaux, Philippe Burns et Charles-Hubert Lassiseraie, écuiers.Il fut r solu:—Que l’honorable Joseph-Eémy Vallières de Saint-Réal, écuier, soit président de ce comité, Joseph-Badeaux et John Robertson, écuiers, soient vice-présidents.M Pierre Desfossés soit trésorier, Joseph-Michel Badeaux, écuier, soit secrétaire, et Louis-Charles Cresse, ecuier, assistant-secrétaire.L’assemblée approuve le compte rendu par le comité d’administration dans l’allocution de l’honorable président.a Reçu le compte de monsieur le trésorier, lequel est référé au comité d’administration qui va être nommé.Résolu: Qu’à l’avenir le comité d’administration sera composé de douze membres y compris les officiers et que le quorum sera de trois au lieu de cinq tel que ci-devant.Résolu: Que les messieurs suivants composent le comité d’administration, savoir : Michel-Hyacinthe Bellerose, Pierre Vézina, Philippe Burns, Augustus-David Bostwick, Charles Lafrenaye, Robert Gilmor et David Chisholm, écuiers.Résolu: Que le comité d’administration soit chargé d’adopter tous les moyens convenables pour obtenir une allocation pécuniaire suffisante pour l’entretien des deux écoles.A Les remerciements de l’assemblee furent faits à l’honorable président pour les services.— Ajourne.(Signé) J.-M.BADEAUX, secrétaire.7 novembre 1832 •h A u^n assem*)J^e extraordinaire du comité d’administration de la Société d’Éducation de la ville des Irois-Rivières, tenue à la maison d’école de la dite Société: t\/t tx>RI>S?iNTS' L fioriorab!e j.-R.Vallières de Saint-Réal, écuier, président; Charles Lafrenaye; M.-H.Bellerose; David Chisholm; Messire L.-M.Cadieux, V.Général; Messire, Jean-Baptiste .Lajus, prêtre^ Messire Joachim Boucher, prêtre et vicaire.M.le président soumet au comité le projet des requêtes française et anglaise.Demandant un octroi de la Législature pour le soutien de ces écoles: lequel projet est approuvé par le comité.1 J l i 222 L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE Résolu: Que le secrétaire fasse faire six copies des dites requêtes, c’est-à-dire, trois françaises et trois anglaises, pour être soumises aux trois branches de la Législature.Résolu: Que le comité se rassemblera, à l’appel du président, au sujet des requêtes ci-dessus.—'Ajourné.(Signé) J.-M.RADEAUX, secrétaire.A une assemblée extraordinaire du comité tenue à la maison d’école de cette ville, lundi, le 19 novembre, 1832.Piu sents:—'L’honorable juge Vaüières de Saint-Réal, John Robertson, écuier, vice-président; Messire Lajus, messire Boucher, Pierre Vézina, Michel H.Bellerose et L.-C.Cressé, écuier.Les deux recommandations suivantes paur l’admission des enfants y nommés à l’école sont approuvées: Savoir: signée P.Desfossés, recommandant Joseph-Adolphe Baudoin et celle signée par S.B.Hart, recommandant Georges Desnoyers.L’examen des comptes de M.le trésorier est remis à l’assemblée prochaine de ce comité.Les deux messieurs suivants: savoir, John Robertson Ecr., et Messire Boucher, sont nommés visiteurs pour un mois à compter de ce jour.— Ajourné.J.-M.BADEAUX, secrétaire.A une assemblée ordinaire du comité tenue à la maison d’école de cette ville, lundi le 17 décembre, 1832.Pm Sents:—L.-C.Cressé.assistant secrétaire et M.Gilmor, qui ayant attendu jusqu’à trois heures ont ajourné faute de quorum.L.-C.CRESSE, Assistant-Secrétaire, A une assemblée extraordinaire du comité tenue à la maison d’école, vendredi, le 21 de décembre, 1832.Pr sents:—A.-D.Bostwick, R.Gdmore, M.-H.Bellerose, et J.-M.Badeaux, écuier.R solu:—Que M.Gilmore soit président pro tempore en l’absence du président et des vice-présidents.R' solu:—Que les quatre recommandations suivantes pour admettre à l’école les enfants y nommés, savoir: celles de Moise et de Narcisse Noël, signée par M.Jean Desfossés, celle d’An-geliste Coriveau signée par M.Pierre Eesfossés et celle de Joseph Lamotl e signée par M.M.-H.Bellerose.R solu:—Qu’il y aura vacance pour tous les écoliers des deux écoles depuis le vingt-quatre du courant jusqu’au septième jour de janvier prochain.Résolu:—Que Messieurs Gilmore et Bellerose offrant leurs services comme visiteurs servent comme tels pour ce mois et ce, vu qu’il n’en a pas été nommé à la dernière assemblée qui s’ajourne faute de quorum, et seront en effet visiteurs pour ce mois.— Ajourné.J.-M.BADEAUX, secrétaire.A une assemblée ordinaire du comité tenue à la maison d’école, lundi, le 21 janvier, 1833.Pr sents:—John Robertson, écuier, vice-président; Messieurs Boucher, P.Burns, P.Desfossés, Robert Gilmore, AI.-H.Bellerose, et le secrétaire.R solu:—Que les trois recommandations pour admettre à l’Ecole les enfants y nommés soient reçues et admises, savoir: une signée par Al.George Stobbs,recommandant Denis Lamothe, la seconde, signée par AL Erastus Woolsworth recommandant Pierre Guillemette et la troisième signée par M.Jean Desfossés, recommandant Joseph Côté.R solu:—Que Messieurs Philippe Burns et David Chisholm soient visiteurs pour le mois commençant aujourd’hui.R solu:—Que du moment que la somme destinée pour le soutien de cet établissement aura été votée par la Chambre d’assemblée, le comité autorise le secrétaire à convoquer une assemblée extraordinaire du comité, après en avoir consulté le président et à donner les raisons de cette assemblée extraordinaire.Ajourné.J.-M.BADEAUX, Secrétaire.A une assemblée ordinaire du comité tenue à la maison d’école, le 18 mars, 1833.Présents:—M.-H.Bellerose, écuier, et J.-M.Badeaux, secrétaire.Deux heures et demie après-midi.— Ajourné faute de quorum.J.-M.BADEAUX, Secrétaire.(à suivre) L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE 223 DOCUMENTS SCOLAIRES L’ARRIVÉE DE Mme de CHAMPLAIN A QUÉBEC (1) QUÉBEC, AU 13 AOUT 1620 Mlle Agathe Québec, au 13 août 1620, n’est-ce pas encore un nid de verdure suspendu sur la majesté du Saint-Laurent ?nid adossé au couchant contre les géantes Laurentides et ouvert à l’Est, sur un horizon que bornent l’Ile d’Orléans et la Pointe-Lévis ?Entrons d’abord dans la rade.Une gabare attendue vient de jeter l’ancre et les lames du fleuve que le soleil de cinq heures paillette de diamants à mille facettes, lui caden-cent un hymne de bienvenue; et dans leurs révérences profondes, se brisent la crête sur ses flancs.De l’autre côté du cap, de nombreux canots, amarrés aussi, annoncent une trêve à la vie ordinaire.Point d’Algonquins à la pêche; leurs wigwams pourtant, disséminés tout près, à l’embouchure de la rivière Saint-Charles, avertissent l’œil évangélisateur que, sous leurs couvertures de peaux de fauves, ils abritent des âmes à sauver.Quelle merveille de création que le promontoire du cap Diamant ! A cent soixante-dix pieds au-dessus du niveau du fleuve, M.de Champlain a déjà fait commencer la construction du fort et arborer le drapeau de France.Un rude sentier à travers les vignes sauvages, les convolvulus et les églantiers nous y conduit.Au bout du plateau, le soleil, perçant le feuillage des chênes, jette des rayons de gaieté sur la rustique maison de Louis Hébert et nous découvre son champ de blés d’or.Avec le poète, saluons le premier semeur: “Es-tu content, semeur?vois ces plaines, ô Père, “Sur la cendre des bois, dérouler leurs grands blés; “Tu pourras, exalté d’orgueil et d’espérance, “Retrouver la saveur de ton pain blanc de France, “Dans le pain de nos habitants.” Au bout de la falaise, c’est la plaine de trois cents pieds environ, où noyers et érables ont encore plein droit de cité, sauf à l’emplacement de l’habitation, demeure de M.de Champlain.Faite de bois équarri, elle ne rappelle en rien les somptueux palais du grand Paris.Et pourtant, la soie fleur de Usée ne brille-t-elle pas sur son austérité ?N’est-elle pas l’habitation d’un des héros les plus catholiques de la France ?O Lamartine, vous qui avez si bien chanté votre maison paternelle, avec ses pampres vieillis, gardiens d’intimités familiales, quelle poésie religieuse et française, n’auriez-vous pas découverte dans ce foyer de grandeur et de privation, nimbé de simples pommiers aux fruits mûrs ! ! Puis, à l’orée de la futaie, un jardin en friche, encercle la modeste chapelle de Jean Dol-beau.Toute l’activité de Québec semble concentrée ici.A l’extérieur, ce sont des battements d’ailes de perdrix au pas, des va et vient de pies jaseuses, des cris de merles, dans ces groupes de Montagnais et de Hurons, incapables de pénétrer dans l’enceinte sacrée.Bientôt, le chant du Te Deum, sorti de l’intérieur, se mêle aux trilles d’un rossignol du chêne voisin, et produit un effet magique sur les peaux-rouges.Quelle déesse les a donc fascinés?PORTRAIT DE MADAME DE CHAMPLAIN Mlle Claire Telle une grande châtelaine, familière avec les salons du Louvre, resplendit soudainement ! C’est une apparition féérique dans sa toilette princière, étincelante de perles, de pierres précieuses; telle Mme de Champlain, abordant la terre canadienne, apparut à ces Indiens.Pour eux, c’était la reine de la Nouvelle-France.(1) Saynète représentée par le Cercle pédagogique de l’École normale de Hull, le 2 avril 1925, a occasion d un débat pedagogique sur 1 instruction et l’éducation.Voir L’Enseignement Primaire de septembre et novembre 1925. 224 L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE En effet, la nature avait comblé de ces dons cette distinguée parisienne, et l’eau du baptême, depuis six ans, avait enrichi de traits célestes, cette âme encore neuve; elle n’avait que vingt ans.Aucune ride sur sa figure fraîche de tous les bonheurs humains; sa physionomie garcle la lumineuse empreinte de la haute éducation parisienne de l’époque.Son œil a de ces regards intenses et profonds qui semblent saisir au-dessus des réalités pittoresques, des visions supérieures à celles qu’il voit et à celles qu’il touche.Sa fine bouche aux lèvres tantôt allongées par un bienveillant sourire, tantôt un peu comprimées accusent une âme secouée par des rencontres favorables ou contraires.En plus, ne fallait-il pas une flamme apostolique, un courage surhumain pour quitter Paris à vingt ans, et se mettre à la merci de l’océan ?Affronter le tangage et le roulis du vaisseau; à tout instant, se persuader qu’on peut être engouffrée sous la profonde ondulation des mers, n’est-ce pas héroïque pour une habituée des douceurs de la vie ?Et la vision affreuse de l’exil sur une terre où la mort vous guette à chaque pas ! Et le terrible supplice de qui tombe dans l’embuscade iroquoise____ Rien ne l’ébranle, sa foi apostolique dissimule toutes ces horreurs dans la chrétienne vision d’une âme gagnée au Christ et à la Patrie.En dépit de tout, comme Zidler le chante si bien : “Hélène de Champlain, l’épouse du héros, “S’en vint apporter elle aussi son âme aimante, “Où tant d’hymnes de mort défiaient les bourreaux !'’ Qu’iÇnous soit permis de vous représenter l’héroïne, au début de son apostolat et de son œuvre d’Éducation, lors de sa réception chez les sauvages, ce soir du 13 août 1620.ICI, LA SCÈNE NOUS PRESENTE UN GROUPE DE PETITES HURONNES ATTENDANT L’ARRIVEE DE MADAME DE CHAMPLAIN Celle-ci entre et Mme Hébert lui adresse les mots suivants: Madame, Nos amies de France, je n’en doute pas, songent à nous, les femmes de Québec, avec une fraternelle tristesse.Elles se figurent que notre exil sur ces plages du Saint-Laurent ne connaît que des jours amers.Certes, les douceurs de Paris nous manquent absolument.Ici, la nature possède encore toute sa sauvagerie.Néanmoins, nous ne sommes point malheureuses.Au contraire, nous goûtons quelque chose de l’inénarrable bonheur des apôtres: les joies de l’apostolat.Les petites filles du wigwam nous entourent volontiers.Avec une intelligence et une docilité qui sont un don du ciel, elles apprennent le catéchisme et disent les prières et chantent les cantiques de notre foi.Voici mes petites catéchumènes.Elles vous donneront une fête, comme on en célèbre aux portes des wigwams.Ce sera la danse du calumet, du calumet qui mit fin aux petites mais funestes guerres de la flèche et du tomahawk.Vous serez pour elles, le manitou bienfaisant qui lève le calumet devant les guerriers, et qui voit tomber à ses pieds les armes de guerre.MME HÉBERT DONNE ALORS LE SIGNAL ET LES PETITES HURONNES EXÉCUTENT, SUR UN RYTHME SAUVAGE, LES TROIS DANSES DE LA FLÈCHE, DU TOMAHAWK.ET DU CALUMET.PUIS LA PAIX EST CONCLUE.MME DE CHAMPLAIN LES REMERCIE AINSI: Mes chères Fillettes, Je vous remercie pour votre fête qui m’a beaucoup intéressée.Avec Mme Hébert, je veux vous aimer, et ce sera facile, car des jours heureux vont luire pour vos parents et vos bourgades.Voyez-vous, là-haut, au fort St-Louis, le drapeau que le vent du Promontoire agite avec complaisance; et au bord de la falaise, les canons formidables comme des tonnerres?Ces symboles de la présence et de la puissance de la France vous promettent la paix et avec la paix, des jours fortunés.Pendant ces temps bénis, mes fillettes, vous vivrez auprès de nous; Mme Hébert et moi, nous nous ferons vos maîtresses, les petites mères de vos âmes. L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE 225 Nous vous enseignerons des choses divines, lesquelles feront vos cœurs bons, si bons que Dieu ne manquera pas de les habiter.Il n’est pas nécessaire à votre bonheur, même sur la terre, que vous connaissiez les petits livres que les Institutrices mettent dans les mains des enfants de Paris.Mais pour être heureuses sur la terre et au ciel, il faut que vous vous laissiez éduquer, que vous receviez le bienfait d’une éducation chrétienne, le bienfait de posséder un esprit et un cœur que les choses du ciel éclairent et entraînent au bon Dieu.Mme Hébert, votre cœur vous a bien inspirée de me fêter de la sorte à mon arrivée.Je vous remercie pour ce bonheur de mon premier jour à Québec.Grâce à vous, j’ai déjà fait connaissance avec les fillettes du wigwam.Je veux avec vous les aimer et les élever chrétiennement .TOUTES SE RETIRENT—MLLE ALICE LIT LA CONCLUSION Pénétrons religieusement dans le monastère des Ursulines de Meaux.Une demi-obs- curité enveloppe de mystère l’humble chapelle.La lampe du sanctuaire oscille en face du Dieu de l’Hostie et dessine au plafond, un léger nimbe d’or.N’est-ce pas une vivante image de celui que le ciel réserve à la religieuse agenouillée, en ce moment, au prie-Dieu du chœur ?Oh! cette robe de bure, cette guimpe blanche ne suffisent pas, pour nous dérober la vaillante Madame de Champlain, sous le titre de “Mère St-Augustin”.Dans le recueillement de sa méditation, elle se revoit sans doute, là-bas, dans la Nouvelle-France, entourée des petites Huronnes qu’elle éduque et catéchise.Un sanglot étrange et sombre qui monte de la terre canadienne recélant encore tant de barbarie et de paganisme lui remplit l’âme de tristesse; mais la vision consolante de quelques chrétiennes de plus données par son zèle à l’Église et à la gloire de la France, illumine bientôt sa figure de toute sa flamme d’apostolat d’hier, apostolat qu’elle accomplit désormais par l’abnégation dans la vie religieuse.Si son âme d’apôtre et d’éducatrice n’embaume plus Québec du suave parfum de sa vive foi, une fervente prière monte sans cesse pour lui, vers le Christ, premier Évangélisateur et Éducateur de l’humanité.Rien d’éteint dans son cœur de l’enthousiasme créé par les paroles très chrétiennes de son noble époux: “J’irai, je conquerrai le pays pour le remettre à Jésus-Christ; et dussé-je y périr, si je gagne une seule âme à mon Rédempteur, je serai dédommagé au centuple.” Obligée, après quatre ans de durs sacrifices, de faire ses adieux à son champ d’action, pour revoir sa douce France, Mme de Champlain n’en restait pas moins apôtre.Et comme le Christ souffrant se plaît à graver son image, à grands coups de burin, dans les âmes d’élite, la mort vint lui ravir son époux bien-aimé en 1635.Restée inconsolable, insensible aux avantages de sa fortune, elle employa ses biens à la construction du monastère de Meaux.Puis elle consomma l’immolation, en se renfermant elle-même dans ses murs, en 1645, pour continuer plus saintement encore son œuvre d’éducation chez les jeunes filles de sa patrie.D’Ottawa, l’automne dernier, j’admirai l’occident.Le soleil venait de s’enfuir de l’horizon.Le ciel alors se changea en une mer d’or ridée de vert jade, de rose tendre ou violacé.Avec le gris bleu du soir, une fumée légère, laissant dans la pénombre les silhouettes des maisons de Hull, montait comme un encens universel de la créature adorant son Créateur.Et je pensai à Mme de Champlain.Le soleil de la gloire humaine avait disparu pour elle à l’au- tomne de sa vie; son ciel cependant gardait l’or de ses mérites et se teintait du vert de l’espérance en l’au-dela; l’encens de ses sacrifices répétés montait vers la patrie céleste; et de son cloître, la terre, riante ou chagrine, n’apparaissait à son cœur que dans un clair-obscur.La mort vint, en 1656, lui faire partager, avec le très chrétien M.de Champlain, la gloire immortelle qu’ils avaient rêvée ensemble.O normaliennes, à qui bientôt le monde se présentera avec ses mirages séduisants, sachons que dans le désert de la vie, les oasis sont rares, et que là seulement, nous devons nous arrêter afin de cultiver des plantes vivaces, qui ne soient pas exotiques à l’oasis éternelle.REPRISE DU DÉBAT H.'IV",j • » ?.' Objections Mlle Alice N.—Mesdemoiselles,—La saynète a mis en relief le dernier argument de ma conférence.Nos aïeules nous ont légué l’exemple à suivre dans nos écoles.Avant tout 3 226 L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE elles furent des Éducatrices.Ainsi donc, l’Éducation à l’École est un tout premier devoir pour nous./‘Faire de belles/mes”, telle doit être notre devise de petites maîtresses d’école.La loi de l’Église, la loi de l’État, la tradition de la race, nous imposent ce devoir et le devoir est bien doux ! Dieu en soit loué !.Mlle Gertrude.-—Mgr Émard a bien témoigné de cette tradition nationale dans sa lettre pastorale de 1915, sur l’Éducation des filles.Sa Grandeur proclame sa satisfaction d’âme pastorale pour cette influence religieuse sociale et domestique, créée en notre pays et dès l’origine par des femmes qui avaient noms: Marie de l’Incarnation et Marguerite Bourgeoys.“Et c’est, disait-il encore, c’est notre grande joie, d’avoir, en notre qualité d’Evêque, à rendre grâces au ciel de ce que l’esprit de ces saintes fondatrices se soit perpétué, non seulement dans leurs communautés respectives, mais aussi dans les divers instituts qui s’y rattachent par leur origine et qui continuent de vivre de la sève reçue à leur berceau.” Mlle Ida G.—Il est sans doute téméraire d’objecter, après une telle confirmation de votre éloquent plaidoyer sur l’Éducation.Mais aujourd’hui, comme au temps de Danton, pour vaincre ses adversaires, il faut de l’audace, encore de l’audace, toujours de l’audace.J’admets avec vous, Mlle A., la sublimité de l’Éducation, mais enfin, c’est affaire aux mères, de voir à l’Éducation de leurs enfants; cela, en vue de répondre à leur devoir maternel qui est de donner au ciel des chrétiens.Notre fonction, à nous, c’est d’instruire; nous sommes des institutrices.Mlle Juliette.—Vous oubliez, Mlle, que l’école est le prolongement du foyer domestique, en vue de suppléer aux obligations des parents.Notre devoir est donc d’achever l’œuvre des mères chrétiennes, de faire de bons enfants,, des enfants de Dieu.—Donc, pour répondre à nos responsabilités, je dirai, avec Mlle Alice, il ne suffit pas d’être des institutrices, il est nécessaire que nous soyons, en outre, des éducatrices.Mlle Claire.—Que j’aime à vous entendre affirmer, avec, tant de raison, que notre devoir à l’école est de parachever l’œuvre des mères ! Quelle dignité alors est la nôtre, car j’ai appris combien l’œuvre des mères est auguste, en lisant dernièrement une grande citation d’un sermon de Mgr Émard, à l’Église Saint Roch de Québec, en 1909.Sa Grandeur disait éloquemment: “Oh ! la puissance de ce mot: ta mère, ma mère ! ! Les enfants ne le comprennent pas.Hé ! vous-mêmes, Mesdames, vous ne savez peut-être pas ce qu’il contient de tendresse et de force, tout ce qu’il implique pour l’homme de mystérieuse attirance.La grandeur et la beauté de la mission maternelle, deux noms d’impérissable mémoire la résument: Une Monique qui,par ses larmes victorieuses de l’âme égarée de son fils Augustin, le conduit aux pieds de Saint-Ambroise.Une Blanche de Castille qui garde avec un soin jaloux la pureté de Louis, son fils royal,—Ah ! nos légions d’apôtres et de grands chrétiens sortis des foyers de nos nobles aïeules, ajoutent une splendeur d’auréole à l’éclat du diadème des nobles mères ! !” Que tout cela m’exalte à la petite école ! Ayons l’ambition, normaliennes, par l’éducation chrétienne, de parachever l’œuvre des mères L.Mlle Paxdine.—L’État donne des brevets d’enseignement; il nous établit ses maîtresses d’école, pour instruire les enfants de la patrie canadienne.Il nous définit notre devoir: celui d'être des institutrices.Le brevet nous affirme donc, que nous sommes à l’école pour instruire et non pour éduquer les enfants.Mlle Marguerite.—Chez nous, l’État a établi l’Ecole confessionnelle.Confessionnelle > c.a.d.où l’on enseigne une morale appuyée surja foi religieuse, ce qui signifie où l’on éduque les enfants.—Donc, chez nous, le brevet de l’État nous impose le double devoir d’institutrice et d’éducatrice._ .Mlle Ida C.—Une question à vous, Mademoiselle:—Pourquoi, chez nous, l’Etat exige-t-il que l’école soit confessionnelle, c.a.d.donnant une éducation chrétienne aux enfants?Ne pourrait-il pas établir l’école neutre, comme dans les États de l’Europe ou des États-Unis ?Mlle Marguerite.—Nos hommes d’Etat qui ont conçu notre législation scolaire à la lumière de la saine philosophie et de la véridique histoire, ont vite aperçu cecij L’Instruction est un gagne-pain bien précieux, mais funeste, quand l’Education manque.Ils ont vite aperçu que l’Éducation même sans Instruction fait un peuple heureux.Ils ont vite aperçu aussi que le bras ignorant mais chrétien crée le pain quotidien, le foyer prospère; que le bras instruit mais point chrétien aggrave la déchéance des générations et produit des émeutes populaires derrière les barricades meurtrières.Ils ont vite aperçu, dis-je, que l’idéale école est celle qui fait des bras instruits et chrétiens.Voilà pourquoi nos législateurs veulent l’École confessionnelle. L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE 227 Mlle Inès.—Les programmes sont tant chargés d’ailleurs, qu’on n’a pas le temps de les épuiser; c’est notre devoir de n’en point sortir, et donc, de nous limiter à nos tâches d’institutrices.Mlle Reina.—Si c’est une délicatesse de conscience qui vous amène à cette conclusion.alors faites place premièrement, à la culture religueuse, car le programme d’État impose que les prières, le catéchisme, l’histoire Sainte, l’histoire de l’Église soient enseignées, c.a.d.que vous consacriez bien le temps requis à votre tâche d’Éducatrice.Mlle Simonne.—Si je vous comprends bien dans votre conception de l’école, il n’y a guère de pédagogie; l’Education y a presque tout envahi.l’école n’est plus une suite de leçons mais une homélie qui ne finit qu’à quatre heures.Mlle Léocadie.—Heureusement que vous n’avez pas bien compris.L’école demeure toujours le lieu des pédagogies enseignantes, avec un grand intérêt pour le jeune élève.La normalienne idéale que l’on veut former ici est un pédagogue qui, grâce à son art d’enseigner, enrichit l’élève infiniment d’utiles connaissances profanes: langues, mathématiques, histoire, géographie, etc.Mais tout en exerçant sa pédagogie, elle n’oublie pas les petites âmes à éduquer; elle les éclaire, les enchante, au bout de chaque leçon profane, par une brève mais fervente réflexion qui enrichit quotidiennement le trésor de leurs maximes chrétiennes.Mlle Gilberte.—Vous n’avez d’ailleurs, Mlle, qu’à pratiquer dans votre école, ce qu’on vous enseigne ici.Rappelez-vous l’intéressante leçon de Géographie donnée l’autre jour, sur la production du blé, dans l’Ouest canadien.La normalienne y accrochait une idée religieuse bien sentie, sans prendre pour cela le temps et des allures de prédicateur.Après avoir fait donner les usages du blé, elle ajoutait; “Comme vous avez dit, le blé vous assure votre pain de tous les jours.Voyez donc en quelle abondance, Dieu le fait croître dans ces provinces de l’Ouest, justement nommées: “Greniers du Canada” !—Avec quelle confiance et quel merci du cœur, ne devez-vous pas réciter le “Donnez-nous aujourd’hui notre pain quotidien” puisque Dieu vous répond si lébéralement.Quel œil chrétien pourrait trouver des inconvénients à procéder de la sorte, je vous prie ?Mlle Catherine.—Avant de clore vos sages réflexions, j’aimerais m’éclairer sur un autre point.Mlle Ida vient de nous inviter à poursuivre nos études, à devenir même des savantes.Ne dit-on pas que le mot “savant” est un épithète propre aux hommes, dans la langue française ?Et puis, viser à une grande science, n’est-ce pas, pour la femme, s’exposer à l’orgueil ?Mlle Gisèle.—-Pour moi, j’ai horreur des péchés capitaux—-et je me garderai bien de trop m’instruire.Mlle Anne-Marie.—Et si l’Éducation suffit, à quoi bon alors s’imposer le labeur toujours pénible de meubler son esprit de tant de connaissances ?Mlle Juliette S.—En effet, est-ce héritage français ou non, toujours est-il que l’esprit humain réserve aux hommes l’adjectif SAVANT et consacre INSTRUITE aux femmes.Mais la thèse de Mlle Ida n’affirme-t-elle pas qu’il y a eu des femmes savantes ?.Le Dictionnaire en nomme d’ailleurs.Mlle Simonne V.—Je ferai remarquer que ces savantes de Mlle Ida, en même temps des saintes, semblent ne s’être illustrées que dans le domaine de la religion, et par des lumières spéciales venues d’en haut.Mlle Alice L.—Si vous en voulez d’autres dans le domaine du profane, je vous citerai: Héléna Cornaro, patricienne de Venise, au XII siècle, reçue Docteur à Milan.—Herrade abbesse au XII siècle, étonne par de savants travaux cosmologiques où se trouvait résumée toute la science de son temps.—Hildegarde, au Xlle siècle encore, écrivit sur les lois de la nature, des traités qui devancèrent la science moderne.—Mademoiselle de la Lézardière au XVIIIe siècle et bien d’autres.la liste en serait trop longue.Mlle Agathe.—Quant à celles qui craignent pour leur humilité, leur vertu, laissez-moi vous répondre par Mgr Dupanloup: “Il faut remarquer, dit-il, que si la culture de l’esprit comme les agréments du corps, peut exciter l’orgueil, l’étude a, au moins, un contre-poids; elle met quelque chose de sérieux, de lumineux, dans l’esprit, tandis que les succès dus à la beauté et à la toilette ne sont jamais que frivoles ou mauvais.On veut conserver aux femmes une modestie qui est, dit-on, leur plus bel ornement.je suis parfaitement d’avis que la modestie est non seulement une vertu mais un grand charme.Mais il n’est point du tout clair pour moi, que l’ignorance en soit la meilleure gardienne”.Mlle Anùa.—Quant à moi, je déduirais de vos longues observations: Il n’y a pas de ligne de démarcation définie entre l’Instruction et l’Éducation.L’une sert de moyen à l’autre, c’est vrai, mais elles ne vont pas l’une sans l’autre.La perfection dans la formation d’un 228 L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE homme ne se trouve, il me semble, que dans le sage combinaison de l’Instruction et de l’Éducation.M.l’Inspecteur général confirmera mon assertion, j’en suis sûre.Mlle Alice N—Ce débat nous apprend, avec la grandeur de notre mission scolaire, en qualité d’éducatrices, nos lourdes responsabilités.Avec le clergé paroissial et avec les mères chrétiennes, nous avons mission de faire de nos élèves, des enfants de Dieu.Pour ne point faillir à cette tâche de gloire rédemptrice, il nous faut un grande abondance de grâces, et pour qu’elles nous soient accordées par le ciel, nous ferons bien, comme la Sainte Vierge, de tomber au pied du bon Dieu avec sa prière:” “Fiat mihi secundum verbum tuum.” Élèves-Institutrices de l’École normale de Hull.MÉTHODOLOGIE LA LECTURE EXPLIQUEE A l’Ecole primaire complémentaire et à l’École normale primaire (Pour L’Enseignement Primaire) UN CHEF CROISÉ RETROUVE SA FILLE, MAIS DEVENUE MUSULMANE DISCOURS DE LUSIGNAN (1) (Voltaire, Zaïre, Acte II, sc.S) Mon Dieu ! j’ai combattu soixante ans pour ta gloire; J’ai vu tomber ton temp1^ et péiir ta mémoire; Dans un cachot affreux abandonné vingt ans,-Mes larmes t’imploraient pour mes tristes enfants.Et lorsque ma famille est par toi réunie, Quand je trouve une fille, elle est ton ennemie ! Je suis bien malheureux1.C’est ton père, c’est moi, C’est ma seule prison qui t’a ravi ta foi.Ma fille, tendre objet de mes dernières peines, Songe au moins, songe au sang qui coule dans tes veines ! C’est le sang de vingt rois, tous chrétiens comme moi; C’est le sang des héros défenseurs de ma loi; C’est le sang des martyrs.O fille encor trop chère, Connais-tu ton destin ?Sais-tu quelle est ta mère ?Sais-tu bien qu’à l’instant que son flanc mit au jour (1) Note du Directeur.—Cette citation de la plus belle tragédie de Voltaire prouve que cet ennemi du Christ et de l’Église a été obligé, en quelque sorte, de s’inspirer du christianisme pour s’élever jusqu’au sublime. L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE 229 Ce triste et dernier fruit d’un malheureux amour, Je la vis massacrer par la main forcenée, Par la main des brigands à qui tu t’es donnée ?Tes frères, ces martyrs égorgés à mes yeux, T’ouvrent leurs bras sanglants, tendus du haut des cieux: Ton Dieu que tu trahis, ton Dieu que tu blasphèmes, Pour toi, pour l’univers, est mort en ces lieux mêmes, En ces lieux où mon bras le servit tant de fois, En ces lieux où mon sang te parle par ma voix.Vois ces murs, vois ce temple envahi par tes maîtres; Tout annonce le Dieu qu’ont vengé tes ancêtres; Tourne les yeux, sa tombe est près de ce palais; C’est ici la montagne, où, lavant nos forfaits, Il voulut expirer sous les coups de l’impie; C’est là que de sa tombe il rappela sa vie.Tu ne saurais marcher dans cet auguste lieu, Tu n’y peux faire un pas sans y trouver ton Dieu; Et tu n’y penses rester sans renier ton père, Ton honneur qui te parle et ton Dieu qui t’éclaire.Je te vois dans mes bras et pleurer et frémir; Sur ton front pâlissant Dieu met le repentir.Je vois la vérité dans ton cœur descendue; Je retrouve ma fille après l’avoir perdue, Et je reprends ma gloire et ma félicité, En dérobant mon sang à l’infidélité.ORIGINE DU MORCEAU Ce beau couplet de Lusignan est tirée de Zaïre, la meilleure tragédie de Voltaire, la seule qui se joue encore avec succès.(Acte II, Sc.3.) Nous sommes à Jérusalem, dans le palais du sultan Orosmane.Celui-ci garde en prison d’anciens croisés français, et notamment l’ancien roi Lusignan.Celui-ci fut, il y a vingt ans, brusquement séparé de ses deux derniers enfants, un garçonnet de quatre ans, une toute petite fille encore au berceau.Or, au moment, où, racheté par l’or venu de France, il les retrouve l’un et l’autre dans la personne de Nérestan et de Zaïre, il voit sa joie changée en une nouvelle douleur.Si Nérestan a pu retourner en France et devenir chrétien, Zaïre, élevée dans le sérail, distinguée par le sultan, à la veille même de l’épouser, Zaïre est musulmane.Cette inconsciente apostasie de sa fille désespère le vieux soldat du Christ, et c’est l’expression de sa douleur que nous venons d’entendre.Mais, dans sa douleur même il reste un homme d’action, et dédaigneux d’une plainte vaine, il supplie Zaïre de revenir à la foi de ses pères.Sa lamentation est aussi, et surtout une adjuration.EXPLICATION LITTÉRALE J’ai combattu soixante ans: ne pas prendre ce chiffre dans son sens rigoureux; il signifie seulement “de nombreuses années.” _ J’ai vu tomber ton temple et périr ta mémoire: après l’échec des croisades, les musulmans avaient transformé les églises en mosquées ou en palais; ils avaient chassé de partout le nom et le souvenir du Christ.Dans un cachot affreux: affreux, un de ces innombrables mots si affaiblis par l’usage, qu’ils n’ont rien gardé du sens étymologique; affreux signifie couramment très laid; ici, il reprend le sens à’effroyable (affre—effroi)._ Mes larmes t’imploraient pour mes tristes enfants: lo il priait avec larmes, les larmes étaient une forme de sa prière;—2o ses enfants, eux-mêmes attristés, inspiraient aussi la Ja» ; tristesse. 230 RENSEIGNEMENT PRIMAIRE Et lorsque ma famille est par toi réunie: lo l’homme de foi qu’est Lusignan voit dans tous les événements Ecuvre de Dieu;—2o la réunion de sa famille a, de fait, quelque chose d’extraordinaire, de providentiel.Elle est ton ennemie: dans la bouche d’un croisé ardent, d’un vaincu qui fut presque un martyr, ce substantif prend une force singulière.Quand je trouve une fille: je retrouve.C’est ton père.qui t’a ravi ta foi: Zaïre n’est devenue musulmane que pour avoir été élevée loin de son père, qui était prisonnier.Les événements sont responsables, et non pas elle.Ma fille, tendre objet de mes dernières peines: lo tendre, signifie à la fois délicat, fragile et tendrement aimé; 2o affaibli par l’âge, et par ses longues souffrances dans son affreux cachot, Lusignan qui sent venir la mort, éprouve bien une dernière peine.Songe au moins: cette locution adverbiale marque nettement le progrès du raisonnement.—A un argument religieux qui peut ne pas convaincre l’infidèle ignorante qu’est Zaïre, Lusignan fait succéder un argument sentimental, personnel, qui ne peut pas ne pas toucher son cœur.Vingt rois: encore un nombre qui n’a qu’une valeur approximative.C’est le sang des héros: comme l’indique le contexte, héros a ici son sens militaire et désigne des guerriers illustres par leurs exploits.Défenseurs de ma loi: l’expression pourrait être plus nette.Elle désigne non pas la loi imposée par Lusignan, mais la loi chrétienne qu’il fait sienne en l’observant.C’est le sang des martyrs: sens exact.Sur le champ de bataille ou au milieu des supplices, ils ont librement versé leur sang pour témoigner de leur foi chrétienne.Encore trop chère: Lusignan se reproche presque d’aimer tant sa fille musulmane.Connais-tu ton destin: sais-tu bien non pas la destinée quit ’attend, mais qui a été jusqu’ici la sienne.Sais-tu quelle est ta mère: on attendrait plutôt un temps passé, quelle était ou quelle a été ta mère.—d’ailleurs, l’interrogation ne porte pas seulement sur l’identité, mais sur la qualité morale de celle qui fut la mère de Zaïre.Par la main forcenée: forcené qui devrait s’écrire et s’est écrit forsenée, signifie hors de sens (latin fors sensus), et donc qui ne se possède plus.La main de brigands: brigand, voleur cle grands chemins et vivant avec une brigade de ses pareils; ici, quiconque commet des actes de violence.— Ton Dieu que tu trahis: en le quittant pour un autre.Ton Dieu que tu blasphèmes: blasphémer (mot savant dont le doublet populaire est blâmer), prononcer des paroles injurieuses.Ici, sens atténué, Zaïre n’ayant jamais blasphémé, si elle ne l’a fait que par ignorance.Vois ce temple envahi par tes maîtres: les Turcs, ces infidèles à qui obéit Zaïre, ont conquis, occupé ce qui fut naguère une église chrétienne.Tout annonce le Dieu: tout proclame, tout révèle sa présence.Sa tombe: le Saint-Sépulcre que précisément les Croisés avaient voulu enlever aux musulmans.C’est ici la montagne: le Calvaire, tout proche, visible sans doute de la fenêtre.Sous les coups de l’impie: singulier collectif, d’ailleurs très clair.De sa tombe il rappela sa vie: périphrase pour il ressuscita.Tu ne saurais: savoir est souvent employé comme synonyme de pouvoir.Auguste lieu: digne de respect, de vénération.—A Rome, le titre à’Augustus (grand) fut accordé par le sénat à Octave, quand celui-ci devint empereur.Il y a donc dans ce mot l’idée de dignité impériale ou royale.Sans y trouver ton Dieu: à Jérusalem, tout rappelle le souvenir du Christ.Renier ton père: refuser de reconnaître ton père pour ton père.Renier.ton honneur qui te parle et ton Dieu qui t’éclaire: lo refuser d’entendre la voix de ta conscience qui te déclare déshonorée si tu restes musulmane.2o refuser de reconnaître pour ton Dieu Celui-qui te fait connaître et ta vraie personnalité, et ta vraie religion.En rattachant cette scène aux scènes précédentes, nous avons indiqué déjà son caractère dramatique.Tout tend ici à nous émouvoir: le lieu de la scène, les souvenirs précédemment L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE 231 évoqués, surtout la personne même et la situation du noble et infortuné Lusignan.Notre sympathie nous dispose donc excellemment à écouter le discours qu’il adresse à l’involontaire coupable qui est sa fille retrouvée.Très naturel et, à la fois, fort habile, ce discours, jailli du cœur, est également remarquable par sa rigueur dialectique et sa force pathétique.— D’abord une plainte déchirante, celle que comporte sa situation même.Tant d’efforts généreux, tant et de si longues épreuves, tant de prières paternelles pour retrouver sa fille perdue, mais la retrouver païenne ! — Légitime, cette plainte est noble, désintéressée.Adressée à Dieu, elle est inspirée par l’amour de Dieu.Puis, ce va être l’adjuration à l’involontaire coupable.Mais Lusignan semble éprouver un scrupule.Sa plainte n’a t-elle pas été un reproche à Zaïre ! Traitée en ennemie de Dieu celle-ci ne va-t-elle pas protester, résister?.Lusignan assume donc, et lui seul, toutes les responsabilités: C’est ton père, c’est moi, C’est ma seule prison qui t’a ravi ta foi.Il y apporte même quelque exagération, les circonstances seules ayant été pour ainsi dire coupables, et lui-même ayant été leur victime.Mais l’excès même de sa générosité doit toucher Zaïre et, par là, la rendre plus docile.Il peut alors entreprendre de la convertir.Une phrase toute affectueuse d’abord: Ma fille, tendre objet de mes dernières peines.puis la série des arguments de plus en plus pressants : lo Y appel au sentiment de l’honneur domestique et à la solidarité familiale: Songe au moins, songe au sang qui coule dans tes veines___ VOILA LE THÈME.En voici le premier motif : C’est le sang de vingt rois.C’est le sang des héros.C’est le sang des martyrs.avec sa gradation: descendre de vingt rois, c’est un légitime sujet de fierté; mais un héro$ peut être plus qu’un roi; un martyr est plus qu’un héros.Ainsi, avec ses titres de noblesse, Zaïre connaît ses responsabilités.dans sa forte unité aussi, car Lusignan prend bien soin de rattacher sa personne à la race et sa cause à la cause de toute sa famille: C’est le sang de vingt rois, tous chrétiens co?nme moi; C’est le sang des héros, défenseurs de ma loi_ 2e motif du 1er thème: Après l’évocation des aïeux, et d’un père lointain malgré tout, l’évocation d’une figure plus proche et plus touchante: la figure maternelle: O fille encore trop chère, Connais-tu ton destin, sais-tu quelle est ta mère.Figure de victime et de martyre: Je la vis massacrer par la main forcenée Par la main des brigands à qui tu t’es donnée.Mais, remarquons-le bien, en évoquant ces souvenirs, Lusignan dispose Zaïre non seulement à la pitié pour la victime que fut sa mère, mais à l’horreur, à la haine des bourreaux: Par la main des brigands à qui tu t’es donnée.Ainsi sa souffrance filiale doit contribuer à la conversion religieuse de Zaïre.3e motif: Celle-ci a pour l’aider l’exemple héroïque de ses frères: Tes frères, ces martyrs égorgés à mes yeux, T’ouvrent leurs bras sanglants, tendus, du haut des cieux.Ainsi Lusignan ferme-t-il ce que nous pourrions appeler le cycle des souvenirs familiaux.Zaïre a vu défiler ses ancêtres lointains, ses aïeux plus proches, sa mère, ses frères; elle a sous les yeux son père lui-même.Comment résister à leur appel ?D’autant qu’en se faisant leur interprète, Lusignan a tout naturellement multiplié les images sanglantes qui ressuscitent devant Zaïre la longue tragédie.Autant qu’à sa raison, à sa conscience même, il s’adresse à son imagination, à sa sensibilité.En l’apitoyant, en l’horrifiant, pour ainsi dire, il rend impossible sa résistance.Cependant à un chrétien, à un croisé comme Lusignan les arguments humains ne suffisent pas.De l’ordre naturel, il s’élève à l’ordre surnaturel.Il a jusqu’ici parlé en chef de 232 L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE famille; il parle maintenant au nom de Dieu] et nous arrivons à la deuxième partie de son adjuration.Il remet d’abord Zaïre en face de son crime involontaire: Ce Dieu que tu trahis, ce Dieu que tu blasphèmes.Puis il va lui rendre sensible la présence divine; il lui rappelle les souffrances volontaires, la mort rédemptrice, la résurrection du Christ; à ces souvenirs religieux, il associe étroitement le souvenir de sa famille, si bien que sa cause semble se confondre avec celle de Dieu; surtout fidèle au procédé que nous avons signalé déjà, il s’adresse moins à l’intelligence, qu’à l’imagination et au cœur; des faits, des tableaux, voilà ce qu’il apporte, des émotions voilà ce qu’il veut provoquer: Vois ces murs, vois ce temple envahi par tes maîtres; Tout annonce le Dieu qu’ont vengé tes ancêtres.Tourne les yeux, sa tombe est près de ce palais; C’est ici la montagne où, lavant nos forfaits, Il voulut expirer sous les coups de l’impie.Bref, il investit Zaïre de souvenirs et de visions tragiques.Pour elle, plus d’évasion possible: Tu ne saurais marcher dans cet auguste lieu, Tu n’y peux faire un pas sans y trouver ton Dieu.Lusignan le sent si bien que, ramassant dans une dernière phrase tous les termes de son argumentation : Et tu n’y peux rester sans renier ton père, Ton honneur qui te parle et ton Dieu qui t’éclaire, il n’a pas besoin d’une réponse pour être sûr de sa victoire.Désormais sa fille est chrétienne.Trouve-t-on son discours un peu trop impérieux, ses exigences trop pressantes, qu'on se rappelle, avec la date des événements (13e siècle), le caractère et la destinée du personnage.Son langage est celui qu’il devait tenir.Ce n’est d’ailleurs pas celui d’un tyran.La suite de la scène nous montrerait Lusignan sensible à l’émoi de sa fille, apitoyé, tendrement paternel et Zaïre vaincue par son chagrin plus que par son indignation.Bref, il reste sympathique autant qu’imposant.Le style et la versification (1) Voltaire n’est pas un grand écrivain dramatique.Facilité, élégance un peu banales, solennité un peu conventionnelle, tels sont les caractères essentiels de son style tragique.Régularité, correction un peu timides et monotones, tels sont ceux de sa versification.Ici même, rien ou à peu près rien à dire de la versification.La phrase poétique est généralement courte, faite de propositions juxtaposées ou de subordonnées très simples.D’ou peu de variété déjà.—- A l’intérieur de chaque vers, même régularité, même discrétion dans l’ùsa-ge des compes.En majorité, des alexandî ins avec la césure après le 6e pied (vers 2,3,5, 6, 13, 14, par exemple) ; ça et là, deux césures au lieu d’une, mais combien régulières! Pour toi, pour l’univers, est mort en ces lieux mêmes .Deux ou trois fois cependant un peu de variété: Tes frères, ces martyrs égorgés à mes yeux.(3—9) Tourne les yeux, sa tombe est près de ce palais.(4—8) Quant aux rimes, elles sont, en général, suffisantes sans plus.Une fois seulement, la consonne d’appui: iorcenée—donnée aux vers 17-18.—Du moins, reconnaissons-le, pas de rimes trop faciles (adjectifs rimant ensemble, simple et composé), pas de chevilles, pas d’artifices, pas de vraies faiblesses; et c’est bien l’essentiel si, au théâtre, l’intérêt dramatique, l’intérêt psychologique ne nous laissent guère arrêter par l’éclat, la richesse ou l’ingéniosité d’une rime.(2) Mais si la versification de ce couplet, n’offre rien de remarquable, le style en est, sauf exception, d’excellente qualité.(1) Bien entendu, ces remarques n’offrent d’intérêt que pour de grands élèves, et déjà initiés aux éléments de la technique littéraire.(2) Cela ne veut pas dire qu’ici la forme importe peu.Elle est indispensable, au contraire, à la durée de l’œuvre.Mais on ne juge pas le style d’une tragédie comme le style d un sonnet. L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE 233 Nous y retrouvons bien quelques défauts familiers à Voltaire, tragique: fausses élégances faites d’inversions et de périphrases banales: C’est là que de sa tombe il rappela sa vie et quelquefois, en plus un vocabulaire désuet: Sais-tu bien qu’à l’instant que son flanc mit au jour Le triste et dernier fruit d’un malheureux amour.Au vers 7, pour clore un couplet vigoureux, cette chute un peu plate: Je suis bien malheureux! Enfin, au vers 12, la recherche de la brièveté amène une obscurité: C’est le sang des héros, défenseurs de ma loi.Le sens obvie semble défenseurs de la loi faite par moi: en réalité, il faut entendre défenseurs de la loi que j’observe moi-mème.Ces faiblesses n’empêchent pas que Voltaire ait écrit ici un beau couplet oratoire.Oratoire, grâce à l’emploi des procédés traditionnels sans doute (répétitions, interrogations, exclamations, formes impératives.) Mais ces procédés ne sont pas ici des artifices.Leur emploi est commandé par la situation même et ses contradictions, par les sentiments qu’elle inspire nécessairement à Lusignan, par la nécessité urgente de provoquer chez Zaïre une conversion totale.] Sur elle doivent fondre lesreproches, les prières, les ordres.D’où cette avalanche de phrases courtes, solides et tranchantes; et, pour tout dire d’un mot, la plénitude de ce style autoritaire.Style pathétique aussi,non seulement parce qu’il est, ça et là, tout imprégné de tendresse (s.9.—v.13) mais parce que—qualité rare chez Voltaire—c’est un style évocateur.Avec des mots très simples, d’ailleurs, Voltaire a su brosser ici deux ou trois tableaux pathétiques .Mon Dieu ! j’ai combattu soixante ans pour ta gloire; J’ai vu tomber ton temple et périr ta mémoire.Dans un cachot affreux abandonné vingt ans, Mes larmes t’imploraient pour mes tristes enfants.Tes frères, ces martyrs égorgés à mes yeux, T’ouvrent leurs bras sanglants tendus du haut des cieux.Tourne les yeux, sa tombe est près de ce palais.Enfin, qualité précieuse au théâtre, ce couplet est d’une belle sonorité.Peu de mots sourds, pas de phrases alanguies; mais, surtout dans la seconde partie, des vers martelés, (1) des mots qui portent, des rimes qui claquent: Ton Dieu que tu trahis, ton Dieu que tu blasphèmes Pour toi, pour l’univers, est mort en ces lieux mêmes .Vois ces murs, vois ce temple envahi par tes maîtres) Tout annonce le Dieu qu’ont vengé tes ancêtres.Et tu n’y peux rester sans renier ton père Ton honneur qui t’appelle et ton Dieu qui t’éclaire.Conclusion: En voilà assez, sans doute, pour prouver que si Zaïre est le chef-d’œuvre tragique de Voltaire, le couplet de Lusignan est le plus beau peut-être de ce beau drame chrétien.Car, étrange phénomène, si ce grand railleur sut plus d’une fois faire pleurer, c’est à un sujet chrétien que ce grand sceptique dut sa plus belle inspiration poétique.(1) cf.les vers 23 et 24 où il n’entre guère que des monosyllables.4 234 L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE SUJETS DE DEVOIRS OU DE DISCUSSIONS ORALES I Étudier le sentiment paternel dans ses éléments essentiels et ses manifestations principales: tendresse, dévouement, sentiment des responsabilités, autorité, etc.II Le sentiment paternel dans la tragédie française (don Diègue, le vieil Horace, Agamemnon, Lusignan.) III.Le sentiment de l’honneur familial: légitimité, fécondité; déformations et dangers possibles.Lectures intéressantes sur le même sujet: P.Mérimée, Mateo Falcone; Alphonse Daudet, L’enfant espion.H.Gaillard de Champris, Professeur de littérature à l’Université Laval.LA VIE RURALE Ses charmes (Pour L’Enseignement Primaire) Chez tous les peuples, la vie champêtre a inspiré à l’homme ses plus beaux chants d’allégresse et de reconnaissance.En effet, celui qui possède une terre a reçu la plus généreuse part du riche héritage du Créateur.Les charmes de la vie rurale sont nombreux et variés: charmes de la belle et grande nature; charmes du labeur noble et fécond; charmes de la vie familiale calme et douce.Heureux l’homme des champs qui dans l’âpre lutte pour la vie, peut joindre tant d’attraits à sa tâche quotidienne si fructueuse.Son existence se déroule au milieu des merveilles de la création.Le soleil et la pluie lui prêtent leur puissant et mystérieux concours.Les arbres majestueux et verdoyants lui offrent leur ombrage tutélaire.Les oiseaux dans la ramée et les cascades des ruisseaux égaient ses longues journées de travail.Les nuits étoilées, fraîches et calmes apaisent ses fatigues et ses soucis.Non, la vie n’est pas monotone sur la terre de l’habitant canadien! Les saisons se succèdent bien tranchées, dans un rythme symbolique: le printemps, c’est le réveil dans la nature et sur la ferme; l’été chante partout l’espoir de la vie et de la moisson; l’automne apporte les récompenses et les fruits du travail; l’hiver, c’est le calme, c’est le repos qui préparent les nouvelles énergies de l’homme et de la nature.Et le charme de nos chaumières canadiennes! Elle est là sur un tertre la maison de l’habitant, bien située non loin du chemin du roi, souvent près d’un cours d’eau; elle se dresse façade au midi, solide sur son solage en cailloux, riante sous son toit rouge qui couronne ses murs trapus et blancs.De grands arbres la protègent et l’ombragent.En avant, le parterre fleuri et soigné de la fermière; sur un côté, le jardin clos ou poussent les légumes et mûrissent les fruits.Dans cette rustique et hospitalière demeure tout rappelle les ancêtres, les vieilles traditions de la France et les vertus chrétiennes d’une race vivante et croyante.Comme le patriarche d’autrefois, l’habitant de chez nous vit heureux, béni dans ses biens et dans sa postérité.Et maintenant, qui dira les charmes virils des travaux de la terre, les charmes captivants des mystères de la terre féconde et nourricière! Les champs sont de vastes laboratoires où le L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE 235 travail humain est centuplé par la coopération des puissantes forces de la nature.Qu’on songe aux merveilles de la germination, à celles des prés verts et des moissons dorées.Que de grandeur dans une fleurette ou un brin d’herbe! L’épi de blé n’est-il pas l’œuvre insondable de deux ouvriers: le cultivateur et Dieu.Celui-là est entré au printemps dans son champ, il a travaillé le sol et a semé, puis s’en est allé.A son tour Dieu est venu continuer la tâche.Par son soleil, avec sa lumière et sa chaleur; par les pluies du ciel et les rosées de la nuit, il a fait germer, pousser et mûrir.L’homme reviendra à l’heure propice récolter cette abondance et cette richesse.Toute l’existence du paysan s’écoule ainsi dans cette modeste mais fidèle collaboration avec la Providence.Mission privilégiée, remplie de grandeur, de responsabilités et de charmes.Le vrai terrien sait comprendre tout cela, il sait apprécier les inestimables bienfaits dont il est comblé.Il est épris de sa tâche; la terre l’a captivé.Aussi, lui et les siens resteront fidèles à la divine collaboration et à la consigne des ancêtres.Cette fidélité fera oublier la lâcheté et l’ingratitude des mauvais fils du sol qui désertent leur foyer et méprisent la terre.Le paysan goûtera les charmes d’une vieillesse méritante.Il ne connaîtra point l’amertume de l’abandon et les jours sans pain.Comme au temps des jeunes années et des grandes moissons, il pourra encore redire le cœur débordant de gratitude cette strophe du sublime cantique de saint François d’Assise dans l’attente de la mort: “Loué soit mon Seigneur pour notre mère la terre qui nous soutient, nous nourrit et qui produit toute sorte de fruits, les fleurs diaprées et les herbes”! Enfin, au soir suprême de sa vie, l’ancien se réjouit encore, ses fils fièrement marchent dans le sillon.Paul Tardivel.' ' ri:.* ¦ y.-'-; : - ilSlii .¦.a.;¦ H ; • gg|g| gip gE p ’ - ¦' -V- y ; ' N-*- v » - - Une maison canadienne. 236 L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE LE DESSIN A L’ÉCOLE PRIMAIRE Quatrième leçon pratique (décembre 1925) (Pour L’Enseignement Primaire) Chaque fois qu’on se trouvera en présence d’un modèle en relief qui, par conséquent, produit des ombres, celles-ci devront être indiquées en même temps que la forme, de façon à avoir le plus tôt possible l’aspect du modèle aussi complet que possible.On fera abstraction totale des demi teintes, même fortes, qui ne devront jamais être confondues avec les ombres.Pour bien lire ces dernières, il faudra cligner des yeux, c’est-à-dire regarder le modèle les yeux aux trois quarts fermés.Ceci a pour but de simplifier les formes et d’accentuer les ombres.Seules les grandes masses sont visibles.Observations importantes au sujet du tracé de l’ellipse: Lorsque l’élève aura à reproduire une ellipse, c’est-à-dire un cercle vu en perspective, le ma'tre veillera à ce que cette ellipse soit bien une ligne continue, sans angle et surtout que les extrémités ne soient pas pointues.L’ellipse qui est la représentation d’un cercle, déformé par la perspective, n’a pas d’angle, l’ellipse n’en aura pas davantage.Cette figure se rencontrera très très souvent dans le dessin des objets usuels.En effet, qu’il s’agisse d’objets à base circulaire, il y aura à dessiner l’ellipse.Pour le tracé de cette figure, dès que l’élève aura fixé sur son papier les limites du grand axe, il devra chercher la proportion du petit axe de cette ellipse; ces deux axes étant correctement indiqués, il devra dessiner la courbe.Afin d’être certain d’éviter les pointes aux extrémités, il commencera le départ soit au dessus soit en dessous de l’axe horizontal, soit à gauche ou à droite de l’axe vertical, suivant qu’il fera partir la courbe ou à gauche ou à droite.Même quand la surface donnée par l’ellipse sera extrêmement étroite, les extrémités ne présenteront jamais des pointes.Les figures A B C et D seront à regarder attentivement.Lorsque dans un modèle, on ne verra qu’une partie de la courbe, comme c’est le cas pour tous les objets à base circulaire reposant sur un plan, l’élève sera tenu de faire le tracé complet de l’ellipse et celle-ci une fois correctement faite et ayant servi à attacher des génératrices formant contour extérieur, la partie invisible sera alors effacée.Ex.Fig.IIIIII.Une faute très grave et trop fréquente est celle commise lorsque l’élève doit reproduire un cône ou un cylindre posant sur un plan horizontal sur une de ses génératrices.Ces figures deviennent méconnaissables si l’élève n’a pas observé avec le plus grand soin que la base reste perpendiculaire non pas au plan horizontal, ce qu’il fait presque toujours, mais la base est perpendiculaire à l’axe soit du cône ou du cylindre (Ex.Fig.2)) c’est-à-dire que dans tous les cas la ligne C D doit former avec la ligne A B quatre angles égaux et on ne doit jamais accepter des figures comme celles que nous montre la Figure 3.Une des premières applications de cette démonstration sera le pot à fleurs, Fig.4.Usera très bon de faire exécuter à l’élève ces différentes lignes et constructions au tableau.On développera ainsi chez lui la sûreté de main et, d’autre part, la mémoire des autres élèves se trouve plus vivement impressionnée quand ces figures sont tracées par un de leurs camarades.Le sens de la critique, si vif chez les enfants, l’aide et lui sert à développer son sens de l’observation.Du dessin de mémoire: Nous avons déjà signalé l’importance du dessin de mémoire.Il sera bon d’en faire faire assez souvent.Il y a trois sortes de dessins de mémoire: 1.Le dessin qui a été fait d’après le modèle et qu’on reproduit la séance suivante.2.Le dessin fait dans les mêmes conditions mais à intervalle beaucoup plus long.Pour le dessin de mémoire à long intervalle, 15 jours, 3 semaines, 1 mois, on fera bien, afin de ne L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE 237 r*nt a*
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