L'enseignement primaire : journal d'éducation et d'instruction, 1 février 1928, Février
49e Vol.Québec, Février 1928 N° 6 L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE ÉDUCATION - INSTRUCTION PÉDAGOGIE L’ECOLE RURALE Depuis quelques semaines, l’importante question d’une meilleure mise en vigueur de la 'partie rurale des programmes édictés par le Comité catholique du Conseil de l’Instruction publique il y a cinq ans est à l’ordre du jour.A plusieurs reprises, et tout récemment, l’honorable Secrétaire de la Province, M.David, a regretté que nos programmes officiels ne soient pas mieux suivis quant à l’item rural si bien défini dans le texte et appuyé d’instructions claires et pratiques.Ce qui a donné lieu a ce coup de clairon opportun, c’est une lettre de Mgr l’Évêque de Gaspé à M.David, dans laquelle l’éminent prélat proposait au Secrétaire de la Province de favoriser l’essai, à Sainte-Anne-des-Monts, “d’une école de garçons essentiellement rurale”, laquelle école sera confiée aux révérends Frères Maristes.Dans sa lettre, S.G.Mgr Ross définit bien le caractère de cette école, où l’on devra suivre le programme officiel du Comité catholique et observer à la lettre les instructions précieuses qu’il renferme au sujet de l’enseignement qu’il convient de donner à l’école de la campagne.Cette école sera sous le contrôle de la commission scolaire et ne constituera pas un nouveau rouage à notre système scolaire; elle sera une école primaire, sans plus, ne visant pas à la spécialisation.Il ne s’agit donc pas de créer un nouveau type d’école ou une école spéciale d’agriculture, mais bien de pénétrer l’école ordinaire de l’esprit rural et de préparer l’enfant de la campagne à vivre dans son milieu, de l’aimer et de lui rester fidèle.Le programme actuel des écoles primaires catholiques de notre province est très explicite sur le caractère que doit revêtir l’école rurale.Nous en reproduisons ci-après les passages qui ont trait à la partie rurale du programme des écoles primaires élémentaires.Les lecteurs de L’Enseignement Primaire savent avec quelle persévérance nous plaidons depuis vingt-cinq ans et plus en faveur de la ruralisation de l’enseignement dans les écoles de la campagne.Au cours de l’année scolaire 1904-1905, nous avons publié L’Ecole Rurale, comme supplément mensuel à L’Enseignement Primaire.Dans l’article programme de septembre 1904, nous écrivions: “L’Ecole Rurale est fondée dans le but d’introduire à l’école primaire un enseignement à base agricole.Il ne s’agit pas ici de leçons techniques, mais bien de leçons et de devoirs imprégnés d’idées champêtres.Les exemples grammaticaux, les dictées, les rédactions, l’arithmétique, les récitations, les leçons de choses, les lectures en classe, toutes ces matières seront traitées ici au point de vue rural. 338 L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE ¦> • • j ¦ : ~\ .V ' \ J \ t • .“De cette façon, dès leur bas-âge, les enfants de cultivateurs apprendront à àimer la profession de leur père; plus tard, ils apprécieront mieux le bonheur, la liberté, l’indépendance dont jouit l’homme des champs.Durant leurs années de scolarité, un souffle vivifiant de poésie terrienne parfumera pour toujours leur esprit, leur imagination, leur cœur.” Il y a près d’un quart de siècle, que nous écrivions ces lignes.Pour des raisons d’ordre matériel nous avons dû suspendre la publication du supplément rural que nous avons fondu dans le cadre de la grande revue, L’Enseignement Primaire.Et depuis vingt-cinq ans, chaque mois, des matières rurales (dictées, poésies, rédactions, problèmes, etc.) ont été fournis aux écoles de la Province.A plusieurs reprises, M.Jean-Chs Magnan, agronome, a traité, dans L’Enseignement Primaire, du musée scolaire rural, des jardins scolaires et des expériences agricoles sous forme de leçons de choses.Il y a quelques années, lorsqu’il s’est agi de refondre le programme des écoles primaires, nous avons eu l’honneur de collaborer à la rédaction du programme actuel, sous la direction de M.le chanoine Ross, éminent éducateur, devenu depuis premier évêque de Gaspé.Dans ce programme, on l’a proclamé avec raison, il y a tout ce qui est nécessaire pour faire aimer l’agriculture aux enfants de la campagne.Ce qu’il faut maintenant, ce n’est pas un nouveau programme, mais bien l’application du programme actuel, que les commissions scolaires ont pour mission de mettre en opération.Pour faciliter cette mise en opération, le Secrétaire de la Province, à la demande de l’Évêque de Gaspé, aidera spécialement la commission scolaire de Sainte-Anne-des-Monts.Nous attendons beaucoup de bien de cette louable expérience et formons le vœü qu’elle se répète sur plusieurs points de la Province.G.-J.Magnan.L’ENSEIGNEMENT RURAL D’après les instructions pédagogiques du programme du Comité catholique du Conseil de l’Instruction publique de Québec (Extrait des Reglements du Comité Catholique du Conseil de V Instruction publique) “Les connaissances agricoles, et surtout l’amour de la profession agricole, s’imposent dans les écoles de la campagne comme une nécessité sociale.Il faut surtout inculquer aux élèves des convictions solides sur l’importance et la noblesse de l’agriculture, et leur faire aimer cette profession.“C’est le but principal.Comme but secondaire, cet enseignement doit faire acquérir aux fils de cultivateurs les notions rudimentaires indispensables, qui les mettront en mesure de se perfectionner plus tard dans l’étude et la pratique de leur profession.“L’enseignement systématique au moyen d’un livre ne se concilie pas avec le caractère que l’enseignement de l’agriculture doit revêtir à l’école primaire.Cette question a été théoriquement tranchée, après une étude approfondie, par les hommes les plus compétents du métier dans les congrès internationaux.Même la Belgique, où l’enseignement agricole est en si grand honneur, a exclu l’enseignement par le livre.On vise à donner surtout une éducation agricole.“Il suffit, dit Lonay, que l’atmosphère de nos écoles rurales soit rendue agricole mais sainement agricole; qu’il y règne une atmosphère qui développe chez les enfants le sentiment de la noblesse du travail agricole, des charmes de la vie des champs, de la productivité de l’agriculture progressive soutenue par les institutions agricoles de tout genre.Tout l’enseignement et toute l’éducation imprégnés de notions répondant aux besoins sociaux et économiques des populations champêtres; c’est ainsi ce nous semble, que doit être entendu ce que l’on a cru pouvoir appeler l’enseignement agricole à l’école primaire”: L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE 339 1 ’ ' '• 1 ; ' v • ': • y.¦ ’ pi “On peut bien laisser entre les mains des enfants un bon manuel d’agriculture, pour leur suggérer l’envie d’y chercher eux-mêmes des renseignements utiles, pour compléter les notions données occasionnellement ou dans les exercices d;observation, pour leur fournir des problèmes et des lectures, mais jamais pour en faire un enseignement livresque qui rendrait la chose odieuse aux parents et encore plus à l’enfant.• • .“Le résultat désiré sera obtenu en enseignant occasionnellement—puis systématiquement, mais d’une manière expérimentale et pratique.“Occasionnellement: par les lectures, les exemples de grammaire, les problèmes d’arithmétique, tous appropriés à la vie réelle du cultivateur.Les récitations, les sujets de rédaction et les exercices de langage doivent aussi être orientés vers ce but.Tout l’enseignement se trouve ainsi pénétré du parfum des champs et constitue une atmosphère terrienne.C’est là un moyen k la portée de toutes les écoles et de toutes les institutions.C’est pourquoi les commissions scolaires de la campagne dans le choix de leurs livres de classe, devraient donner leurs préférences aux manuels préparés dans cet esprit.L’enseignement de la géographie économique pourrait aussi foürnir, à l’instituteur averti, l’occasion d’apporter des statistiques et des renseignements qui ouvrent l’esprit de l’enfant sur le rôle vital de l’agriculture.Quelques causeries bien dirigées, soit en classe, soit hors de la classe, achèveront de convaincre l’élève de l’importance et de la noblesse de la profession agricole.‘‘Systématiquement: par les leçons d’observation pratique, soit au cours d’un travail au jardin scolaire ou familial, soit sur les faits agricoles de la rég on, soit sur les choses de la nature qui sont à la portée des enfants.“Les leçons d’observation pratique se donnent dans un travail suggéré et dirigé plutôt qu’imposé.L’instituteur fait admirer discrètemet et observer attentivement, en causant avec les élèves, faisant raisonner toutes les opérations, et s’assurant que tous les travaux seront exécutés avec ordre et perfection.La meilleure sanction consistera dans une exposition de produits agricoles que l’agronome du district organise en faveur des écoles qui en font la demande.“Les observations sur les faits agricoles de la région, ou sur les choses de la nature, se font, avec plus d’avantage au cours d’excursions, dont le but est déterminé d’avance.On met les élèves en mesure de rendre compte de leurs observations, au cours de l’excursion.“En classe, la conversation se développe sous forme de leçons de choses, suivant les directions pédagogiques données au chapitre du langage.L’entretien est dirigé par l’instituteur, et le plan, tracé, à mesure, au tableau noir, fait ensuite l’objet d’un développement oral, puis souvent écrit’’.SI VOUS ENSEIGNEZ BIEN.Si vous enseignez bien, les règles fondamentales seront pour vous et pour vos élèves des principes vitaux; et vous irez jusqu’au cœur de ces principes, et toutes les conséquences en découleront naturellement, et les applications seront palpitantes de vérité.Vous mettrez toujours l’exception sous les pieds du principe fondamental, car elle sort des règles naturelles, sinon des règles du vrai, elle est un monstre.Laissez-la donc de coté jusqu’à ce que le grand principe soit devenu tout à fait lumineux à force d’applications directes.Ramenez les règles fondamentales au plus petit nombre possible.Prenons par exemple une de ces règles de la grammaire française qui sont l’épouventail de l’enfance.Assurez-vous si ce terrible participe, conjugué avec aioir, est précédé de son complément direct, oui ou non.La recherche peut être laborieuse, mais elle est intéressante, et tout aboutit là.Vos élèves seront ravies de pouvoir supprimer une dizaine de règles spéciales.En mathématiques, n’en est-il pas de même?Vous le savez mieux que moi; et quelle n’a pas été votre jouissance, après avoir saisi à fond les quelques grands principes des proportions et des progressions, de pouvoir y remonter sans cesse, en tirer des flots de lumière, y rattacher tous les problèmes difficiles, groupés en chapitres distincts par les auteurs des traités, sous ces intitulés qui, autrefois, vous épouvantaient, qui aujourd’hui vous font sourire.Si vous voulez réussir à bien enseigner, faites en sorte que l’ordre matériel règne dans votre classe.Ne souffrez pas les absences, sinon pour des motifs sérieux, des cas de force majeure; ne souffrez pas le babil, ne souffrez pas le bruit, ne souffrez pas les distractions volontaires, ne souffrez pas qu’on arrive trop tard, et n’en donnez pas le fatal exemple.Quand la maîtresse arrive la dernière, les élèves, légères comme elles le sont presque toutes à cet âge, ont déjà babillé, il n’y a plus le recueillement voulu, il n’y a plus ce sentiment de haute importance qu’on devrait attacher à la leçon.Gardez-vous de passer, pendant cette 340 L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE leçon, un temps considérable à plaisanter ou à jaser sur des matières étrangères; vous seriez la première cause de la ruine de l’esprit studieux, et, frivole vous même, vous n’auriez rien de sérieux à espérer de la part de vos élèves.En général, parlez pour la moyenne de votre classe, et bien souvent descendez encore de quelques aegrés, pour relever le courage des élèves les plus faibles.Si vous prenez votre essor avec les deux ou trois aiglons, vous découragerez la majorité, et vous aurez trop peu de fleurs à votre couronne.C’est dans la moyenne surtout que vous devez être comprise, que vous devez vous assurer si vous l’êtes.Ne manifestez pas au milieu de vos leçons des préférences, même involontaires.C’est cependant chose toute naturelle, et voilà pourquoi je veux vous mettre sur vos gardes.L’avez-vous remarqué?Nos regards, nos paroles, tout se dirige vers la partie la plus intelligente de notre auditoire.Il y a là une sorte d’aimant, une attraction presque irrésistible.Nous avons tort néanmoins, car les autres élèves deviennent jalouses, ou impassibles et indifférentes à tout progrès.Distribuez l’éloge et le blâme avec la plus entière impartialité, et que toutes les consciences se disent: C’est juste.N’humiliez que bien rarement les plus faibles du troupeau, à moins qu’elles ne soient, paresseuses; car vous ne feriez que les déconcerter et troubler leur cerveau à tel point, que, de longtemps, elles ne verraient plus rien dans leurs livres et ne comprendraient plus rien à vos leçons.Une humiliation ne fera pas grand mal à vos petits phénix, pourvu que le trait soit lancé si adroitement, si sûrement, qu’il ne fasse qu’aiguillonner l’amour-propre, exciter au travail, allumer un nouveau zèle.Mélanie B.LE SILENCE ET L’ÉTUDE (Conseils d’une Supérieure de communauté) Notes écrites en 1863 Vous étudiez par devoir, c’est une noble tâche.Votre intelligence est la terre que vous cultivez à la sueur de votre front, et voilà pourquoi vous n’avez à craindre ni les dangers ni les inconvénients de l’étude.Le ridicule ne saurait vous atteindre; vous ne serez pas des femmes savantes, mais des femmes instruites.Votre prière vous préservera des prétentions outrées, et vous ne serez point des précieuses ridicules; l’esprit que vous aurez , que vous devez avoir, est un esprit de sagesse et d’intelligence, un esprit de conseil et deforce, un esprit de science et de piété.Vous n’avez pas besoin d’ensevelir vos petits talents dans un tel abîme d’humilité que le monde n’en sache rien.Vous étudiez—avouez en toute humilité ce crime innocent, et les sages vous absoudront.Vous étudiez par devoir, et vous vous souvenez du précepte de saint Jérôme à Eusto-chie, “Que le sommeil ne vous surprenne qu’un livre à la main, et que votre tête, tombant accablée de lassitude, rencontre nos saintes Écritures.” Vous étudiez, vous vous fatiguez beaucoup, mais, quand le soir est venu, vous pouvez dire:Nous ne sommes pas des servantes inutiles.Vous recueillez un petit trésor de science, mais c’est pour le partager avec vos jeunes élèves.Vous ne faites point d’études indisgestes, vous ne vous chargez point d’un fardeau trop lourd pour votre fragilité, et vous laissez à ceux qui ont mission de vous diriger le soin de vous imposer votre tâche avec discernement.Ainsi donc vous entrez dans la voie du progrès scientifique, mais en ouvrant tout larges les beaux yeux brillants de la prudence et de la réflexion.Nous l’avons suivie, cette voie, pendant plus de trente années, en amassant d’utiles coimaissances, en améliorant nos méthodes d’instruction, non pas chaque année, mais chaque jour, malgré les murmures, qui grondaient tout autour de nous, mais jamais au-dessus de nos âmes.Dans ces régions sereines, nous trouvions Dieu, notre conscience et quelques esprits sages, éclairés providentiellement pour nous dire: “Allez en avant avec une humble et puis- L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE 341 santé énergie:” Or, dans cette voie-là, mes chères, il n’y a que la piété qui soutienne et qui affermisse, elle est la base sur laquelle vous devez asseoir vos humbles travaux d’esprit, sinon vous n’amoncellerez que des ruines.Vous cueillerez donc le fruit de l’arbre de vie.La science du bien, vous l’aurez,—-la science du mal, jamais.Votre esprit s’élèvera doucement dans une atmosphère toute pure, jusqu’au moment où, pour prix éternel de vos travaux, vous verrez face à face ce Dieu qui habite une lumière inaccessible.Vous étudiez par devoir, car de jeunes intelligences doivent venir s’illuminer à votre flambeau.Ainsi donc! votre lampe est sans huile et sans lumière?Mais vous n’avez rien à communiquer.Vous êtes aveugle, vous êtes plongée dans la nuit d’une obscurité profonde?qui prétendez-vous éclairer ?Ce n’est pas assez que votre cœur soit un foyer d’amour, il doit produire des flammes qui s’élancent au dehors.O mes chères! les lumières de l’esprit servent si bien un cœur généreux qui cherche à étendre le royaume de Dieu.Dans quels dangereux pâturages une bergère ignorante n’irait-elle pas conduire le troupeau de Jésus-Christ! Vous étudierez aussi dans l’intérêt de vos anciennes élèves qui vous viennent, pour quelques instants, des deserts brûlants du monde.Ayez pour elles des paroles saintes, des paroles rafraîchissantes.O Vierge, faites couler dans ces cœurs quelques gouttes de l’eau dont vous vous abreuvez au fleuve de vie qui sort du trône de l’Agneau! Vous étudiez par devoir.Oh! qu’une institutrice religieuse n’aille donc pas dire:—-Mais tout cela est bien profane! Que m’importe tout ce bagage de science! Je suis venue au couvent pour faire mon salut, et j’atteindrai plus sûrement mon but en ne m’occupant que de choses saintes.—Vous croyez?Ecoutez, chère dame ou chère sœur.Vous êtes venue ici pour sauver votre âme, eh bien! le moyen le plus sûr, c’est d’en sauver beaucoup d’autres.Tout en guidant la nacelle, vous y êtes, et le pilote n’est pas le dernier à arriver au port.Savez-vous bien qu’il ne vous viendra beaucoup d’élèves auxquelles vous pourrez donner le trésor de la science religieuse, qu’à condition de faire passer celle-ci à l’aide de la science profane?Savez-vous bien que pour sauver les âmes, il faut les avoir?La divine Providence tient entre ses mains les lois qui régissent les sociétés humaines.Or, la société a besoin de science, elle ne recule pas dans cette voie, et vous y devez marcher avec elle.Vous n’avez pas de science à jeter comme appât à la société?Eh! bien, la société ne vous confiera pas la génération naissante.Pour former des anges de la terre, pour former de saintes femmes, votre tendre dévotion, vos ferventes prières ne suffisent pas.Nous l’avouons, “il est une sainte connaissance de Dieu qu’on possède à travers l’ignorance la plus complète des sciences purement humaines.” mais vous, chères institutrices, vous devez savoir beaucoup pour aimer d’un amour vrai.Comprenez-le donc.Rien n’est profane dans vos études, parce que toutes ces études sont des moyens de mener directement ou indirectement les âmes vers le but de leur création.Dans la couronne des Sœurs de Charité, je vois briller des médicaments, des bandages, de la charpie; dans celle des contemplatives, des oraisons, des jeûnes et des disciplines; la vôtre se compose de grammaire, de littérature, de mathématiques et de beaux-arts.Qu’importe après tout ?pourvu que ces matériaux soient transformés par l’amour divin en pierres éternellement resplandissantes! “Vous aurez une grande et belle couronne.” nous disait une voix révérée, “puisque toutes celles de vos élèves viendront l’entourer comme d’un cercle immense et resplendir dans la vôtre.” Vous étudiez par devoir, ma chère?heureuse, si vous avez aussi l’amour et le goût de l’étude! heureuse, si ce goût est en Dieu, si, en étudiant, vous appuyez la tête, comme saint Jean, sur la poitrine de Jésus, pour y puiser la science de la vie éternelle! heureuse, si vous-n’établissez pas une ligne de démarcation entre ces parties de l’âme où résident d’une part l’esprit et le jugement, de l’autre les vertus chrétiennes.Par les premiers, vous pourrez éblouir, par les secondes, vous saurez toucher et convaincre.Malheur, dit Bossuet, malheur à la science stérile qui ne se tourne pas à aimer! Vous avez le goût de l’étude: vous serez donc ménagère de votre temps, et vous en trouverez toujours un peu pour cette chère occupation.Tâchez de sauver votre étude du soir; défendez-la autant que possible contre toute invasion de besogne étrangère.Vous n’y réussirez pas toujours, et, dans ce cas, vous ferez généreusement votre sacrifice.Avec le goût de l’étude, on arrange un peu soi-même sa vie.N’attendez pas que la direction vienne vous dire: “Voici pour^vous des heures calmes et tranquilles, savouerez-les bien,” Cela ne sera jamais; car si vous êtes propre à plusieurs choses, on vous prendra presque toujours.Pensez pour 342 L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE vous-même, tâchez de trouver.Il y a, dit-on, une Providence spéciale qui vient au secours des âmes actives.Pensez pour vous-même, proposez telle étude, la lecture de tel ouvrage.11 faut aider l’action des personnes qui vous dirigent, et ne pas attendre toujours qu’elles vous impriment le mouvement.Ayez de l’initiative; allez au-devant du conseil, et de si bonne manière que, déjà toute prête à l’œuvre, Payant déjà presque entamée, on n’ait qu’à vous dire : C’est bon!—Mais je n’ai pas trop le goût de l’étude.—Le goût naîtra de la persévérance dans le devoir.Ce sera votre douce et première récompense.Sœur M.-V.B.BOSSUET (1) Sa piété—Sa charité {Étude inédite réservée à L’Enseignement Primaire) Au même moment, d’ailleurs, il fournissait au Maître un nouveau motif de mécontentement.Qu’un Evêque condamnât les joies de l’amour et même la gloire militaire, c’était son métier; et plutôt qu’à s’irriter de son zèle, Louis XIV était homme à sourire de sa double incompétence.—Mais qu’un homme d’Eglise se permît de rappeler au Roi ses devoirs de Roi, et, en réclamant pour le peuple justice et charité, voulût introduire l’Evangile dans la Politique, c’était un abus criant et, de la part du Spirituel, un de ces empiètements intolérables aux Maîtres du Temporel.Ce crime cependant, Bossuet n’hésita pas à le commettre le 10 juillet 1675, dans une lettre qui suffirait, elle seule, à l’honneur de sa vie.Au nom du Dieu de justice, il rappelle au Roi la misère de ses peuples; il en signale les causes: désordres des gens de guerre, anarchie financière, abus fiscaux; il dénonce les coupables: fonctionnaires négligents, infidèles et cupides; il défend le populaire que ses exploiteurs accablent de reproches autant que de vexations; il évoque la paternelle figure du bon roi Henri; et, pour obtenir de Louis XIV des réformes efficaces, immédiates et durables, il revient sur ce principe qui lui est cher: la subordination des Rois de ce monde au Roi du Ciel, et leurs terribles responsabilités devant son éternelle et implacable Justice.Tout cela, avec une tranquille fermeté et un parfait dédain des contingences personnelles.Etonnez-vous dès lors que Louis XIV lui ait, plus tard, préféré le vaniteux et complaisant Noailles ! Quand il n’aurait écrit que cette lettre, à lui reviendrait l’honneur d’avoir avant Racine, avant Vauban, avant Fénelon, dangereusement défendu les droits des petits dans une monarchie magnifique mais un peu inhumaine.Mais il n’avait pas attendu 1675 pour faire entendre à des oreilles délicates autant qu’égoïstes certains cris douloureux, et quelques dures leçons.Né dans ce premier tiers du 17e siècle où s’exerça le zèle apostolique des François de Sales, des Vincent, des Bérulle; appartenant par sa naissance à cette riche bourgeoisie française qui, avec quelques Joseph Prudhomme, produisitles Frémyot, les Marillac et les Cochin; Bossuet avait eu l’incomparable privilège de prier, d’étudier, de travailler chez M.Vincent.Ne l’eût-il pas tenu du ciel, il aurait reçu à Saint-Lazare cet esprit de charité qui est l’essence même du christianisme.Dans les rues de Paris d’abord, où M.Vincent ramassait les petits enfants; puis, dans les campagnes messines que ravageait la guerre, le jeune prêtre décou-vrit ce que les civilisations les plus brillantes peuvent cacher de misères.Il avait l’âme droite, tendre et généreuse; il ne manquera pas une occasion de rappeler, avec les plus rigoureux principes de la théologie, les plus terrifiantes leçons de FEvangile.(l) Deuxième partie d’une conférence donnée à l’Université Laval, le 14 décembre 1927, par M.Gaillard de Champris.La première partie a été publiée dans le Canada Français de décembre 1927. L’ENSEtGNEMENT PRIMAIRE 343 Sur VÊminente dignité des 'pauvres dans l’Église.—-quel titre significatif, déjà !—; ipprb-nonce un sermon plus solide qu’émouvant.Un pur exposé doctrinal, et quelle austère doctrine !—Derniers dans le monde, les pauvres deviennent, dans l’Eglise, les premiers;’ comme tels, ils ont droit au respect des riches et à leur assistance; comme tels, ils possèdent des1 ° mérites propres auxquels les riches ne peuvent que participer.—Ce renversement des Valeurs humaines n’a rien qui puisse surprendre ceux qui jugent de tout par rapport à Dieu.Mais ce n’est guère l’habitude des beati possidentes.Le jeune prêtre (1660) qui les rappelait à leur “boue” originelle (1) ne manquait pas, en faveur des pauvres, d’un certain courage.Mais, nécessaires à la solidité d’une doctrine, les principes risquent de demeurer impuissants sur les cœurs.Sur notre légèreté, sur notre égoïsme, les images, à plus forte raison les faits sont plus efficaces.Bossuet ne se fera pas faute d’ÿ recourir quand, en 1662, devant la Cour, devant le Roi, il plaide à nouveau la cause des pauvres.Après avoir montré le danger des grandes fortunes, et aussi la perpétuelle inquiétude comme la perpétuelle inconscience des riches, qui arrivent à la mort sans y avoir pensé, Bossuet les confronte avec celui qu’a maudit l’Évangile.Chez le mauvais riche, il ne dénonce pas seulement “le génie de la volupté”, mais “une cruauté impitoyable”, et “cette dureté qui fait des voleurs sans dérober, et des meurtriers sans verser de sang.” Aussi nous le montre-t-il à son lit de mort “sans secours, plus délaissé, plus abandonné que ce pauvre qui meurt sur la paille, et qui n’a pas un drap pour sa sépulture.”—De son chevet, qu’entourent sa famille anxieuse et des médecins impuissants, les saints anges se détournent navrés: “Ne voyez-vous pas sur son front le caractère d’un réprouvé?La dureté de son cœur a endurci contre lui le cœur de Dieu; les pauvres l’ont déféré à son tribunal; son procès lui est fait au ciel; et quoiqu’il ait fait largesse en mourant des biens qu’il ne pouvait plus retenir, le ciel est de fer à ses prières, et il n’y a plus pour lui de miséricorde !” Evocation combien pathétique ! mais dont les intéressés pourraient, à la rigueur, contester l’exactitude ou l’opportunité.Bossuet ne leur laisse pas d’échappatoire.Après la misère symbolique du pauvre Lazare, il étale la trop réelle misère du royaume de France sous le règne d’un jeune Roi assoiffé de gloires et de plaisir: “Dieu.lui-même nous fait la guerre: il a envoyé contre nous pour punir notre ingratitude, la maladie, la mortalité, la disette extrême, une intempérie étonnante, je ne sais quoi de déréglé dans toute la nature qui semble nous menacer de quelques suites funestes, si nous n’apaisons sa colère.Et clans les provinces éloignées, et même dans cette, ville, au milieu de tant de plaisirs et de tant d’excès, une infinité de familles meurent de faim et de désespoir; vérité constante, publique, assurée.O calamité de nos jours ! Quelle joie pouvons-nous avoir?Faut-il que nous voyions de si grands malheurs?et ne nous semble-t-il pas qu’à chaque moment tant de cruelles extrémités que nous voyons, que nous entendons de toutes parts, nous reprochent devant Dieu et devant les hommes, ce que nous donnons à nos sens, à notre curiosité, à notre luxe?Qu’on ne demande plus maintenant jusqu’où va l’obligation d’assister les pauvres; la faim a tranché le doute, le désespoir a terminé la question; et nous sommes réduits à ces cas extrêmes où tous les Pères et tous les théologiens nous enseignent, d’un commun accord, que, si l’on n’aide le prochain selon son pouvoir, on est coupable de sa mort; on rendra compte à Dieu de son sang, de tous les excès où la fureur de la faim et du désespoir le précipite.” (2) Page doublement courageuse, puisqu’aux images qui peuvent émouvoir, Bossuet ajoute ici les vérités qui peuvent déplaire.A ce disciple de M.Vincent comme nous savons gré de rappeler, en pleine Cour, le Miser cor super turbam de l’Evangile! Mais ici non plus les paroles ne suffisent pas à son zèle.Nous avons indiqué déjà ce que fut son activité pastorale; il faut pourtant y revenir.Dans le diocèse de Meaux, les œuvres hospitalières n’existaient plus guère: celles qui n’étaient pas mortes, croupissaient dans 1 incurie et la misère.Pour réorganiser, pour ressusciter ou créer, l’Evêque n’avait à sa disposition ni les largesses gouvernementales, ni l’appui d’un corps médical aussi zélé pour le progrès scientifique que pour le soulagement des malheureux.Il était seul au milieu de (l) “.ne pouvant pas y avoir grande différence entre de la boue et de la boue.j 'jQ le même sermon, Bossuet avait dit déjà: “Parmi les cris furieux de ces pauvres impu- dents et insatiables (les passions) se peut-il faire que vôus entendiez la voix languissante des pauvres qui tiemblent devant vous, qui, accoutumes à surmonter leur pauvreté par leur travail et par leurs sueurs, se laissent plutôt mourir de faim que de découvrir leur misère ?C’est pourquoi ils meurent de aim, opi, messieurs, ils meurent de faim, dans les villes,, dans les campagnes, à la porte et aux environs de vos hotels. 344 L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE l’indifférence, sinon de l’hostilité générale.Il se mit à l’ouvrage, créant tout un ensemble d’hospices et ne dédaignant pas ces humbles détails dont la sagesse humaine prétend soulager les grands chefs.De minimis non curai praetor.Oui, un chef peut perdre son temps, ses forces et son autorité, s’il s’arrête à de trop petites choses.Mais il est des cas où la défaillance de tous oblige un seul homme à assumer toutes les besognes.Quand cet homme est un vrai prêtre du Christ, sa charité s’embarrasse peu de sa dignité.Il va où l’appelle la misère, il se plie à tout ce qu’exige la souffrance.Ainsi Bossuet.Dans je ne sais quel hospice de son diocèse, chaque matin on distribuait aux pensionnaires leur pitance de la journée.Ils la mangeaient en suite comme ils pouvaient, où ils pouvaient, et toujours froide naturellement.Bossuet estima que, dans la maison des pauvres, réfectoire et fourneau devaient être d’abord à leur service,— et le personnel aussi.Grâce à lui, les pauvres gens purent désormais s’asseoir deux fois par jour devant une table et y manger leur soupe bien chaude.Je ne dirai pas que je préfère ce geste du pasteur au génie de l’historien ou du controversiste; mais comme il est beau de voir l’orateur des Oraisons Funèbres, l’ami de M.le Prince, le précepteur du Grand Dauphin se pencher sur un fourneau d’hospice et veiller à la cuisine des pauvres ! Plus que ses discours les plus charitables, de tels gestes révéleraient, eux seuls, la tendresse de son cœur.On n’a pas craint d’écrire cependant: “Poète débonnaire, il aime tout le monde, et il n’aime personne.” Prêter à Bossuet une espèce de charité collective, excluant les préférences personnelles, quel aveuglement !—Ne dites pas que c’est vanter en lui un méritoire ascétisme.Dans la vie de communauté, certaines amitiés particulières peuvent offrir des inconvénients.Mais nous ne voyons pas que les saints les aient écartées de leur vie; et 1a prédilection du Christ pour saint Jean ne nous prescrit pas, semble-t-il, ce total renoncement à des joies fraternelles.Les rayer de la vie de Bossuet, serait méconnaître l’âme profonde de celui qui s’écriait: “Loin de nous les héros sans humanité! Ils pourront bien forcer les respects et ravir l’admiration.ils n’auront pas les cœurs”; et qui voyait “le plus grand bien de la vie humaine” dans “les douceurs de la société.”—D’ailleurs, les faits sont là.Si, à son lit de mort, la tendre Madame appelle Bossuet; si une de ses toutes dernières pensées s’adresse à lui; si, par une attention spéciale, elle lui laisse au moment suprême, un souvenir particulier, n’est-ce pas qu’en cet homme de Dieu, elle avait découvert cette bonté par laquelle seule nous pouvons “gagner les autres hommes”?—Mais pourquoi ces suppositions?N’avons-nous pas ces deux images: Bossuet éperdu, ?genoux, prosterné contre terre, “entremêlant des actes de foi, de confiance et d’amour”, aux pieds de celle qu’un religieux hérissé d’inclémence menaçait de la colère divine !—-Et, deux mois plus tard, en pleine chaire chrétienne, Bossuet associant sa douleur personnelle à la douleur commune et, par l’émoi de son cœur, déchaînant les sanglots de tout son auditoire !—Que dire enfin de ce petit fait ?, Un coup de canon chargé de toute éternité a couché Turenne mort sur le cou de son cheval et jeté la France dans la consternation.Le Roi, le Cour, l’Armée, la Ville, le Peuple tout est en larmes.Et Sévigné à qui nous devons cette relation, Sévigné ajoute: “M.de Condom, pensa s’évanouir.” L’homme que tout semblait prémunir contre une pareille défaillance, l’équilibre de son tempérament (santé, raison, volonté), sa forte formation cléricale, sa dignité épiscopale, la protocole de la cour, enfin, cet homme pense s’évanouir à la mort d’un ami.Admirable faiblesse d’un grand cœur, et que n’eût pas désapprouvée Celui qui pleura sur Lazare ! * Ainsi l’amour explique, en partie du moins, et l’infatigable activité de Bossuet, et son courage parfois dangereux: l’amour des âmes, l’amour des petits, et, entre tous, l’amour, à la fois surnaturel et humain, de ceux que la Providence avait commis à sa fraternelle sollicitude.* * * Enfin, au-dessus de tous ces amours, celui qui les explique parce qu’il les engendre, l’amour de Dieu.Né dans une famille profondément chrétienne où fleurissaient les vocations religieuses, Jacques-Bénigne Bossuet était comme prédestiné à la piété.D’autre part, il eut pour ainsi dire comme parrain sacerdotal, ce grand maître du clergé français, saint Vincent de Paul.Près de lui, il apprit non seulement à prêcher et à se dévouer, il acheva d’apprendre à prier.De cette constante prière qui devint la sienne, et dont on peut dire en deux mots qu’à la simplicité la plus ingenue elle alliait la plus sublime ferveur, nous avons comme témoignages tels sermons sur la Passion de Noire-Seigneur, sur Y Amour de Dieu, sur Y Ardeur de la Pénitence, ses Lettres de direction, et surtout ses u Méditations sur V Évangile”.Je vous renvoie à ses textes touchants et magnifiques.Pour nous, nous allons une fois L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE 345 encore suivre le vieil Evêque dans son petit pavillon de Meaux.Tandis qu’à cent mètres de lui, une nièce indiscrète transforme en salle de bal le grand salon de l’évêché, Bossuet a fini de travailler.Tl est trois heures du matin.Son lit est tout proche, mais plus proche encore son bréviaire.Il l’ouvre à la page des Maffnes—et prie.Représentez-vous la scène: Pieux comme un enfant, doué d’une imagination de prophète oriental, ce prêtre, en récitant les hymnes inspirées, peut, dans la douceur nocturne de notre Ile de France, lever les yeux vers ce ciel étoilé qui raconte la gloire de Dieu.Dialogue inaccessible où, son texte épuisé, Bossuet finit par demander au silence de faire entendre au Créateur ce que la créature ne peut plus exprimer.Ne nous y trompons pas cependant.La piété de Bcssuet est une piété virile, et l’objet incessant de sa méditation prouve encore que son zèle fut désintéressé.Dans l’intimité de son esprit et de son cœur, il admet l’idée dont seuls les forts peuvent faire leur habituelle compagne: la pensée de la mort.On sait quels chefs-d’œuvre elle lui inspira.Mais il ne s’agit plus d’éloquence, même sacrée; il s’agit de vie intérieure.Deux textes vont éclaircir pour nous celle de Bossuet.Le voici tout jeune: il a vingt et un ans, il va recevoir le sous-diaconat.Avant cet acte décisif, il médite sur la Brièveté de la vie (septembre 1648).Tout pénétré de scolastique, il se met en présence d’un fait, et sur ce fait, raisonne avec une exactitude, une rigueur impitoyable.Avec une vivacité, une impétuosité de poète aussi.Le tout pour aboutir à une résolution précise, rigoureuse.—Texte précieux déjà, et comme document littéraire et comme document psychologique.Mais en voici un autre, d’une beauté incomparable.Bossuet n’en est plus à supputer la durée probable de son existence.Arrivé presque au terme, il se présente devant Dieu comme un coupable soumis au châtiment.Il se félicite même du détachement auquel le contraint la mort.Mais que peuvent coûter à l’homme les détachements terrestres quand il va, et pour toujours, s’attacher à Dieu ?De fait, la pensée de Bossuet s’oriente vers cet objet nouveau, et la méditation résignée devient un hymne d’amour éperdu.A celui qui va le juger, il parle comme à un Père, comme à un Frère, avec un tendre abandon: “Mon Sauveur, en écoutant vos saintes paroles, j’ai tant désiré de vous voir et de vous entendre vous-même; l’heure est venue; je vous verrai dans un moment; je vous verrai comme un juge, il est vrai; mais vous me serez un juge sauveur .”—Dans sa confiance ingénue, son imagination s’échauffe, son cœur s’épanouit.Au-dessous de cette Trinité Sainte dont il va percer le mystère, Bossuet voit l’Église, cet autre objet de sa passionnée tendresse.Alors.Mais mieux vaut citer sans commentaire: “Sainte Cité de Jérusalem, mes nouveaux citoyens, mes nouveaux frères, ou plutôt mes anciens citoyens, mes anciens frères, je vous salue en foi.Bientôt, bientôt, dans un moment, je serai en état de vous embrasser: recevez-moi dans votre unité.Adieu, mes frères mortels ! Adieu, sainte Église catholique ! Vous m’avez porté dans vos entrailles, vous m’avez nourri de votre lait, achevez de me purifier par vos sacrifices, puisque je meurs dans votre unité et dans votre foi.Mais, ô Église, point d’adieu pour vous; je vais vous trouver, dans le ciel, dans la plus belle partie de vous-même.Ah ! je vais voir votre source et votre terme, les prophètes et les apôtres vos fondements, les martyrs vos victimes, les vierges votre fleur, les confesseurs votre ornement, tous les intercesseurs.Église, je ferme les yeux; je vous verrai dans le ciel.” Page d’une incomparable beauté, avons-nous dit.Mais devant cette effusion d’une âme, l’admiration littéraire serait impertinente.Aussi bien, n’avons-nous pas fait, ce soir, de littérature.Si grand que soit chez Bossuet l’écrivain, nous avons voulu interroger l’homme et le prêtre.Aux éclats de son génie, nous avons préféré les échos même lointains de son cœur.Cœur simple, modeste, ingénu; cœur tendre, passionné qui, de sa pieuse enfance à sa rude vieillesse, aima passionnément, et, dans un sincère oubli de soi-même, Dieu, l’Eglise et les âmes.Cœur épris d’unité et qui, avant bien d’autres, rêva de fraternels retours.Cœur loyal et accueillant qu’hier encore des incroyants notables prenaient pour confident de leur inquiétude.Bref, un cœur tout sacerdotal.Je devrais finir sur ce mot.De tous les hommages que pourrait lui rendre notre admiration, c’est le seul, sans doute, qu’accepterait le fidèle disciple de M.Vincent, mais peut-être répondrons-nous encore à ses plus chères pensées, si nous assistons à ses derniers instants.Il est là, dans une chambre très simple.Jusqu’au bout, il s’est fait lire le Nouveau Testament, et, notamment cet Evangile de Jean qu’il aimait de prédilection.Puis le prêtre est venu pour les liturgies suprêmes.De tout son cœur, le vieil évêque a participé aux gestes, 346 L’ENSEtGNEMENT PRIMAIRE aux prières sacrés.Après quoi, il entre dans le recueillement définitif; et, “sans parler, sans ostentation”, il meurt, nous dit Ledieu, “docile comme une humble brebis du troupeau commun.”—Admirable image mais qu’offusquent trop souvent d’autres visions plus familières à nos esprits.Mais oui, oublions le Bossuet de Rigàud, drapé, campé dans une majesté un peu trop louis-quatorzième; oublions l’orateur qui, au nom de Dieu, donne aux rois “de grandes et terribles leçons”; oublions le précepteur qui, avec son royal élève, enseigna la postérité, oublions même l’Évêque qui, un jour, tint entre ses mains les destinées de l’Église et sauva l’unité catholique.Le Bossuet intime, le vrai Bossuet est ailleurs.Pour le mieux comprendre et pour l’apprécier plus justement, sous tous ses aspects et dans toutes ses situations, revenons toujours au Bossuet de 1704; à celui qui, ayant dès sa vingtième année, concentré son esprit sur la pensée de la mort, et orienté son désir vers le renoncement, ouitta ce monde, “sans parler, sans ostentation, comme une humble brebis du troupeau commun”, attestant ainsi l’entière sincérité de son cœur et consacrant, par sa mort, la parfaite unité de sa vie.Gaillard de Champris.UNE HÉROÏNE CANADIENNE-FRANÇAISE L’épouse et la mère.—(Suite) (1) Conférence de l’honorable J.-E.Perrault.Le choix d’un lot, c’est indiscutablement l’une des choses les plus importantes pour le colon et dont peut dépendre tout son avenir.S’il se laisse entraîner par des considérations étrangères à la terre, si, par exemple, il choisit un lot d’une valeur agricole douteuse parce qu’il est mieux boisé qu’un autre, il s’expose à de sérieuses déceptions, lorsque le moment sera venu de vivre de la terre et non du bois.Soit instinct personnel, soit conseil judicieux, les garçons Croteau avaient fait un choix irréprochable, et ils n’eurent d’autre préoccupation que la qualité du sol.L’avenir devait bientôt prouver qu’ils avaient eu parfaitement ra'son.Mais ça n’est pas tout que de posséder des lots : il importe surtout de les mettre en valeur, et le colon ne peut mettre ses lots en valeur que par une série d’opérations souvent pénibles.Il faut d’abord serper, c’est-à-dire enlever tous les arbres et arbustes qui n’ont aucune valeur commerciale.Ensuite, il faut couper les arbres et sortir de la forêt tous ceux qui peuvent être utilisés soit en bois de construction ou en bois de pulpe; c’est là le premier gagne-pain du colon.Après, il faudra ramasser tous les nombreux déchets forestiers et en faire des tas auxquels, plus tard, on mettra le feu dans un moment favorable.Ces déchets, à moitié pourris et toujours humides, ne se consument pas facilement, et il est souvent nécessaire de ramasser deux fois et même trois fois ces lourds déchets calcinés pour les livrer de nouveau à Pincer.die.Une fois que le feu a fait son œuvre, il faudra enlever les souches qui sont déracinables à force d’hommes et de chevaux.Là maintenant, le colon, peut confier à la terre une première semence, mais le travail préparatoire ne sera cependant pas fini.Il lui faudra encore creuser des rigoles et des décharges pour égoutter son champ, faire ses clôtures, construire son camp, sa grange et son écurie.Bref, pour mettre son lot en rapport, le colon a besoin de beaucoup de travail, d’endurance et de persévérance.Les mauvais chemins et même l’absence totale de chemins, l’éloignement des voisins et peut-être des centres de ravitaillement, les enfants sans école, les dimanches sans église et sans messe, la maladie sans médecin, le camp souvent trop petit et sans confort, l’hiver avec ses froids rigoureux et l’été avec ses moustiques insupportables, le colon doit avoir le courage de tout endurer.Si ses succès sont à ce prix, la récompense n’est cependant pas lente à venir.La paroisse s’organise, l’école-chapelle dresse sa modeste flèche vers le ciel, le nouveau curé s’occupe de la construction des écoles, les chemins, les routes et les ponts se construisent, les voisins arrivent, les défrichements augmentent chaque année; bref, du sein de la forêt surgit tout-à-coup une paroisse nouvelle, et le colon lui-même finit par s’étonner de voir comme les choses ont marché rapidement.Il oublie tout: les difficultés du début, ses misères, ses rancœurs même.Il est tout à la joie de se sentir dans une communauté organisée et il ne sera pas fâché de çlire plus tard aux nouveaux venus qu’il est l’un des premiers colons parmi les “ceuses qu’ont ouvert la place”.(l) Voir L'Enseignement Primaire de décembre 1927 et janvier 1928. L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE 347 En vous faisant une description de la vie de nos colons, je ne perds cependant pas de vue Madame Croteau dont vous m’avez demandé de vous entretenir.Seulement, je voudrais vous faire comprendre l’existence pénible à laquelle elle ne pouvait échapper : tous les problèmes du colon, elle eût à les résoudre, toutes ces difficultés, elle eût à les affronter.La nature n’est pas galante, et, lorsqu’il s’agit de défrichement et de culture, elle ne récompense que l’effort et l’intelligence, sans égard pour le mérite personnel.Si pénible qu’il fût, le travail de la hache n’effraya pas Madame Croteau.La Providence avait voulu qu’elle remplaçât son homme, et elle le fit, sans le moindre hésitation.A l’œuvre d’un soleil à l’autre, travaillant sans répit du commencement à la fin de l’année, elle sut stimuler l’ardeur de ses enfants par sa propre ardeur.Et, si aux champs, elle put remplacer le chef de la famille, elle n’en resta pas moins, en même temps, une mère attentive aux soins de ses enfants et-de son foyer.Elle eut cet art précieux du commandement.Encore aujourd’hui, bien qu’ils soient devenus des hommes, ses enfants ne se sentent pas humiliés d’être dirigés par leur mère, et ils lui sont tous très profondément attachés.Ils ont confiance dans son jugement, dans son habileté et dans sa clairvoyance.Comm.e dans toutes ces excellentes familles où l’on mène encore une vie patriarcale, pas une décision ne se prend, si modeste soit-elle, sans que l’on ne prenne conseil du chef.Madame Croteau peut être fière de sa famille: c’est une vraie belle famille canadienne.Robustes, adroits, ambitieux, économes, fort attachés à la terre, ses enfants ont toutes les vertus qui font les races fortes.Si c’était là la seule richesse de la veuve Philippe Croteau, il faudrait tout de même s’inchner devant cette bonne mère de famille.Mais elle n’est pas complètement détachée des biens de la terre, et, depuis son arrivée dans l’Abitibi, elle en a passablement accumulés.Au cours de l’été dernier, je suis allé visiter sa ferme avec un missionnaire-colonisateur de grand mérite, l’abbé Jean Bergeron.Nous aVons vu une excellente maison, éclairée à l’électricité et munie du téléphone, une grange et une étable modèle, un garage et deux hangars où les garçons avaient remisé les deux automobiles de la famille, le tracteur et les autres instruments aratoires; nous avons vu dans les pâturages trente-cinq bêtes à corne, et, à l’écurie, les quatres chevaux nécessaires à l’exploitation de cette ferme de trois cents acres.L’abbé Bergeron, économiste fort averti, a voulu faire un inventaire détaillé de l’avoir de Madame Philippe Croteau et de sa famille.Or, sans rien exagérer, au contraire, en donnant une valeur minimum à tout ce qu’il a inventorié, l’abbé Bergeron a trouvé un capital de $42,313.00 que Madame Croteau et ses enfants ont acquis par leur travail depuis les onze années qu’ils habitent l’Abitibi.VERS LE PASSÉ Glanures scolaires, 1878-1928 Le docteur Jean-Baptiste Meilleur Premier Surintendant de PÉducation du Bas-Canada.CINQUANTENAIRE DE SA MORT Il est bon de rappeler à la génération actuelle le souvenir d’un bienfaiteur de l’éducation en notre province, d’un homme optimiste et clairvoyant en matière d’éducation, d’un citoyen sincère, animé des meilleurs sentiments patriotiques à l’égard de sa race, d’un personnage qui s’est beaucoup dévoué à la cause de l’instruction publique en des temps de malaises et d’inquiétudes causés par les actes oppressifs et injustes d’un certain groupe d’intrigants à l’esprit étroit et peu conciliant (1841 à 185Ô), je veux parler du docteur Jean-Baptiste Meilleur, premier Surintendant de l’Education du Bas-Canada.(T) Fils de terrien, M.J.-B.Meilleur, comme tant d’autres, devait par son talent et ses actes de dévouement, tracer un sillon large et profond dans le domaine patriotique.M.Meilleur est né à St-Laurent dans l’île de Montréal, le 9 mai 1795, de parents cultivateurs.Il fit son cours classique au Collège de Montréal.Dans la suite, il se rendit aux États-Unis pour y 348 L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE compléter ses études.Au Collège de Castletown, dans l’État du Vermont, il obtint, le 14 décembre 1825, les grades de docteur en médecine, L.L.D., et de maître ès arts, et des diplômes lui furent accordés aussi par TUniversité de Dartmouth, à Hanovre, dans le New-Hampshire, et le Collège de Middlebury.Il fut professeur de français durant un certain temps dans cette dernière institution.De retour au Canada, il s’établit à l’Assomption dans le comté du même nom.Nombreux sont les services précieux qu’il rendît dans l’exercice de sa profession, surtout pendant l’épidémie de choléra de 1832.Il fonda le Collège de l’Assomption dont il fut un des professeurs.Le 6 novembre 1834, il devint le représentant de son comté au parlement du Bas-Canada.En 1842, il vint demeurer à Montréal.En cette même année, il fut nommé Surintendant de l’Éducation, poste qui venait d’être créé d’après la loi de 1841 qui pourvoyait à la nomination de deux surintendants: l’un pour la province française et l’autre pour la province anglaise.(2).C’est Sir Charles Bagot qui le nomma à la tête de cet important département avec la promesse du gouverneur, que cette position serait indépendante de la politique.Comme le Panthéon Canadien, (édition de 1881,) le disait: “le docteur Meilleur a dû faire preuve d’un courage moral peu commun, pour empêcher, à une époque de fermentation politique, la loi de l’instruction publique d’être altérée au gré des partis.” C’est M.Meilleur qui organisa sur des bases solides le premier département de l’Instruction publique en cette province, et à lui revient le mérite du travail de la première heure.En homme pratique et consciencieux, le nouveau Surintendant de l’Éducation fit une couple de fois une tournée d’études à travers tout le Bas-Canada, pour connaître sur place l’état de l’instruction publique afin de lui donner, en connaissances de cause, une impulsion nouvelle.Nous lisons au bas du portrait de M.Meilleur paru dans L’Enseignement Primaire de janvier 1898, les lignes suivantes écrites par M.C.-J.Magnan : “M.Meilleur travailla activement et efficacement à organiser des écoles primaires dans nos campagnes.Il peut être, à juste titre,_ regardé comme le véritable pionnier de l’instruction publique chez nous.Chrétien fervent, patriote convaincu, il ne contribua pas peu, avec le concours désintéressé de Lafontaine et de Morin, a transformer le système neutre de 1841 en un système confessionnel.” Durant les treize années qu’il passa à la tête du département de l’Éducation, il vit l’établissement de quarante-cinq maisons d’éducation supérieure.Par sa circulaire numéro 12, il recommanda fortement la publication du Guide de VInstituteur dont l’auteur était M.F.-X.Valade,et l’impression de cet intéressant livre s’est faite par son intervention.Grâce aux amendements suggérés par M.Meilleur à la loi de 1841 et adoptés par le parlement en 1846, cette loi est encore le fondement de notre système scolaire confessionnel actuel qui est à nul autre inférieur.M.Meilleur occupa d’autres charges que les positions ci-haut mentionnées et eut encore des honneurs bien mérités.En 1833, il était membre correspondant de la Société d’Histoire Naturelle de Montréal.En 1854, l’Université de Vermont lui décernait le titre de maître ès arts, et en 1855, l’Université de Saint-Jean, de New-York, celui de L.L.D.Il refusa le titre de M.D.du Collège McGill.Il fit partie de la Société Médicale et Philosophique de l’État du Vermont dans les États-Unis.En 1857 on le voit à la présidence de la Société St-Jean-Baptiste de Montréal, et en 1858 il est nommé membre de la Société Historique de Chicago.Il fut président de la Société de Construction du district de Montréal.Il collabora aussi à la Bibliothèque Canadienne de Bibaud.M.Meilleur est l’auteur de plusieurs écrits précieux et de mérite, très intéressants surtout pour les membres du corps enseignant.Les principaux sont: Un opuscule consistant en une analyse de VAlphabet français, publié pendant son séjour aux États-Unis.Un Traité sur le charbon, écrit à son retour au Canada.Un Cours abrégé de leçons de chimie, (premier traité canadien de chimie) Montréal, 1833.Une Grammaire anglaise, première édition, Saint-Charles, 1833.Une brochure : Extrait du i ecensement du comté de VAssomption.L’Écho du Pays l’eut comme rédacteur en 1834.Lettres sur Véducation: ses divisions et son application, et sur les moyens de la répandre d’une manière pratique à l’individu et à la société; lettres publiées sous le régime de TUnion de 1840._ Dix-huit Rapports officiels (premier publié en 1843 et le dernier, en 1854) et trente circulaires comme surintendant de l’Éducation de 1842 à 1855.Une nouvelle Grammaire anglaise en deux parties, suivies d’une série de thèmes, Montréal, 1854.£ j • Un Mémorial de VÉducation du Bas-Canada, première édition, Montréal, 1860; deuxième édition, Québec, 1876._ .A treatice of the pronunciation of the French language with practical irregularities examplifaed.Un petit Traité de l’Art épistolaire._ , .Fatigué et épuisé par un travail constant et laborieux, M.Meilleur démissionna comme surintendant de l’Éducation en 1855, et il accepta la position moins onéreuse de directeur des postes à Montréal, et, plus tard, celle de registraire provincial, emploi^ qu’il garda jusqu’à sa mort.H vécut encore pendant vingt-trois années et il s’éteignit dans la paix du Seigneur, le 6 décembre 1878, à Montréal, âgé de quatre-vingt-trois ans, après une vie exemplaire et remplie d actions L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE 349 utiles et méritoires.Les funérailles de cet ardent patriote, de cet homme distingué eurent lieu à Montréal, le 11 décembre 1878.M.l’abbé Adélard Desrosiers, principal de l’École normale Jacques-Cartier de Montréal, dans son livre intitulé : Les Écoles Normales Primaires de la Province de Québec et leurs œuvres complémentaires, Montréal, 1909, aux pages 87, 88,89, particulièrement, donne un aperçu appréciatif du premier surintendant, de celui qui s’est dévoué avec tant de zèle et de dévouement à la grande cause de l’éducation en notre pays.On lira avec un réel plaisir ces lignes élogieuses à l’égard de M.J.-B.Meilleur, et c’est pourquoi nous renvoyons le lecteur à l’ouvrage si bien fait de l’éminent principal de l’École normale Jacques-Cartier, à l’endroit indiqué.La mort de M.J.-B.Meilleur fur regrettée de tous.Les journaux du temps firent des éloges bien mérités du disparu, et voici ce qu’en disait, l’un d’eux, L’Événement de Québec, du lundi 9 décembre 1878: “Peu de Canadiens ont été plus utiles à leur pays, plus dévoués à leur nationalité, que cet homme modeste et excellent.Tandis que ses contemporains et ses émules dirigeaient leur ardeur du côté de la politique—avec un entier désintéressement, car à cette époque l’ambition ne menait qu’au sacrifice de soi-même—il consacra son énergie, sa ferme et active inteUigence, à la cause sacrée de l’instruction publique.Sa première œuvre a été la fondation du Collège de l’Assomption; l’honneur de sa carrière a été l’organisation du système de l’instruction publique dans notre province.Ce sont là des titres qui rendront sa mémoire chère à ses compatriotes.Le temps ne les effacera pas, et à mesure même que notre peuple vieillira, qu’il comprendra mieux l’importance de l’éducation, il honorera de plus en plus le nom de l’homme qui le premier a organisé ces écoles publiques et l’a mis en mesure de tenir avec honneur sa place au milieu des populations instruites qui l’entourent.De tels services, un peuple généreux ne'les peut oublier: ils font de l’homme qui les rend un bienfaiteur public, un des pères de la patrie; la renommée du docteur Meilleur brillera toujours dans notre histoire d’un pur éclat, à côté, au-dessus peut-être, des noms les plus fameux.” La France elle-même sut reconnaître la valeur de M.le Surintendant Meilleur.Le titre d’officier de l’Instruction publique de France lui fut octroyé et les palmes académiques qui lui avaient été accordées à l’exposition de Paris, lui sont parvenus, malheureusement, la veille de sa mort.Bref, la carrière de M.J.-B.Meilleur, premier Surintendant de l’Éducation du Bas-Canada, ne fut qu’œuvres utiles et méritoires, en particulier celle à laquelle il se voua de tout cœur, à savoir: la vulgarisation et le développement de l’instruction dans l’intérêt des siens.Honneur donc à cet éducateur éminent et patriote qui s’est dévoué pour tous les membres de la grande famille canadienne-française, et que son nom soit gravé dans tous les cœurs du personnel de l’enseignement qui savent se souvenir! Pierre-Paul Magnan, Professeur à l’École normale Laval de Québec.(1) Liste des surintendants et des ministres de l’Instruction publique de 1842 à nos jours: 1er.'—M.le docteur Jean-Baptiste Meilleur, surintendant de l’Éducation du Bas-Canada, de mai 1842 à juillet 1855.2ème.—Honorable Pierre-Joseph-Olivier Chauveau, surintendant de l’Instruction publique, de juillet 1855 à juin 1867 ; ministre de l’Instruction pubhque, de juillet 1867 à février 1873.M.Louis Giard (par intérim) surintendant, juin à juillet 1867.Sème.-—-Honorable Gédéon Ouimet, ministre de l’Instruction publique, de février 1873 à septembre 1874 • .4ème.-—Honorable C.-B.de Boucherville, ministre de l’Instruction publique, de septembre 1874 à janvier 1876.5ème.—Honorable Gédéon Ouimet, surintendant de l’Instruction publique, de janvier 1876 à avril 1895.6ème.-—Honorable P.Boucher de LaBruère, surintendant de l’Instruction publique, d’avril 1895 à avril 1916.7ème.-—-Honorable Cyrille-F.Delâge, surintendant de l’Instruction publique, avril 1916.(2) M.Robert Murray fut nommé, en même temps que M.Meilleur, prenier surintendant de l’Éducation nour la province anglaise.Références: L’Enseignement Primaire.Le Panthéon Canadien, par Maximilien Bibaud (nouvelle édition, 1881—) et Les Ecoles Normales Primaires de la Province de Québec et leurs œuvres complémentaires, par M.l’abbé Adélard Desrosiers, principal de l’École normale Jacques-Cartier, Montréal, 1909.P.-P.M. 350 L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE STATISTIQUES SCOLAIRES II (1) Voyons maintenant quel a été le roulement de la caisse de nos corporations scolaires, au cours de la dernière année tout d’abord, et puis comparé à ce qu’il était il y a dix ans.Gps corporations ont perçu, l’année dernière, de toutes sources, $26,447,572, y compris la balance qu’il y avait en caisse au 1er juillet.Le plus fort montant perçu provient des cotisations ordinaires, soit $13,517,469; le deuxième découle des emprunts temporaires, soit $4,669,341; le troisième, de la vente d’obligations: $2,120,851; enfin, le quatrième des subventions de tout genre, celle du gouvernement provincial, s’élevant au montant, global de $993,509.En d’autres termes, le gouvernement de la Province de Québec a fourni aux commissions scolaires, pour le soutien de l’enseignement primaire, près de $1,000,000, sur un budget qui dépasse $26,000,000.L’on aura une idée de l’augmentation des recettes scolaires en comparant la dernière encaisse avec celle de 1916-17, puisqu’alors celle-ci dépassait légèrement $16,000,000, ce qui forme dans l’espace de dix ans, une augmentation de plus de $10,000,000.Les dépenses sont légèrement semblables aux recettes, attendu que sur une recette de $26,-447,572 à la fin de l’année 1926, les corporations scolaires avaient une balance en caisse de $1,053,-558.L’item qui entame le plus considérablement ce budget est celui des salaires payés aux instituteurs et institutrices, puisque cet item lui a enlevé, l’année dernière, la somme de $9,099,786; puis, par ordre de déboursés, vient ensuite ce qu’il a fallu donner pour payer des dettes sur emprunts, au montant de $3,227,602.L’intérêt sur emprunts et obligations a englouti la somme de $2,721,293; d’autres montants ont été payés pour une somme de $2,820,033; enfin sur les obligations dues par les corporations scolaires, il a été remboursé la somme de $1,149,928.G.-E.Marquis.MÉTHODOLOGIE LA LECTURE EXPLIQUEE A L’ECOLE PRIMAIRE COMPLEMENTAIRE ET A L’ÉCOLE NORMALE (Pour L’Enseignement Primaire) PREMIÈRE SOLITUDE (sully-prudhomme) On voit dans les sombres écoles Des petits qui pleurent toujours; Les autres font leurs cabrioles, Eux, ils restent au fond des cours.Leurs blouses sont très bien tirées, Leurs pantalons en bon état, Leurs chaussures toujours cirées; Us ont Pair sage et délicat.(l) Voir L’Enseignement Primaire de janvier 1928. 351 L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE Les forts les appellent des filles, Et les malins des innocents; Ils sont doux, ils donnent leurs billes: Us ne seront pas commerçants.Les plus poltrons leur font des niches, Et les gourmands sont leurs copains; Leurs camarades les croient riches Parce qu’ils se lavent les mains.Us frissonnent sous l’œil du maître, Son ombre les rend malheureux.Ces enfants n’auraient pas dû naître, L’enfance est trop dure pour eux.Oh! la leçon qui n’est pas sue; Le devoir qui n’est pas fini! Une réprimande reçue, Le déshonneur d’être puni! Tout leur est terreur et martyre: Le jour, c’est la cloche, et, le soir, Quand le maître enfin se retire, C’est le désert du grand dortoir.La lueur des lampes y tremble Sur les linceuls des lits de fer; Le sifflet des dormeurs ressemble.Au vent sur les tombes, l’hiver.Pendant que les autres sommeillent, Faits au coucher de la prison, Us pensent au dimanche, ils veillent Pour se rappeler la maison.O mères, coupables absentes, Qu’alors vous leur paraissez loin! A ces créatures naissantes Il manque un indicible soin.On leur a donné les chemises, Les couvertures qu’il leur faut; D’autres que vous les leur ont mises Elles ne leur tiennent pas chaud.Mais, tout ingrates que vous êtes, Us ne peuvent vous oublier, Et cachent leurs petites têtes, En sanglotant, sous l’oreiller.EX P LIC ATI O/N LITTÉRALE v.1.—Sombres écoles : L’épithète n’a pas seulement un sens figuré.Pendant trop longtemps, en France, les écoles, grandes ou petites, publiques ou privées, n’étaient que fort peu pourvues d’air et de lumière.v.3.—Cabrioles : exactement sauts de cabri, c’est-à-dire de petite chèvre.Donc, saut vif et joyeux.v.Blouses : Tabliers de toile à manches.—La blouse noire à plis, avec ou sans ceinture, fut longtemps le costume des écoliers français. 352 L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE y.9.—Des filles : à cause de leur faiblesse ou de leur timidité.v.10.—Malins : 1° sens étymologique, méchant; 2° sens dérivé, astucieux, avisé.—• Les deux sens sont ici confondus.v.12.—Ils ne seront pas commerçants : puisqu’ils donnent les billes qu’il pourraient vendre ou échanger.v.13.—Poltrons : peureux, lâches.Niches : mauvais tours.v.14.—Copains : mot familier, presque trivial pour camarades, amis, v.17.—-Frissonner : Trembler de peur.v.22.—Réprimande : reproche vif adressé par qui détient l’autorité.—D’autre part, remarquer la construction elliptique et pourtant très claire de cette strophe sans verbe principal.v.25.—Tout leur est terreur : Pour eux, tout est objet de terreur.Martyre : ici, souffrance cruelle, excessive.v.26.—C’est la cloche : l’appel brusque de la cloche ébranle leurs nerfs, v.28.—Le désert du grand dortoir : la présence, d’ailleurs silencieuse, de leurs camarades n’empêche pas ces petits de se sentir moralement seuls et comme perdus dans le grand dortoir v.29.—La lueur des lampes y tremble : Qui ne se rappelle, en effet, le clignotement du lumignon à huile dans les dortoirs d’autrefois?v.30.—Sur les linceuls des lits defer : Avec leurs draps tirés, leur forme, leur immobilité, les lits peuvent évoquer, en effet, l’image de cercueils.—Le linceul, c’est la toile dont on ensevelit les morts.v.31.—Le sifflet des dormeurs : Certains dormeurs ont une respiration sifflante, v.33.—Sommeillent : dorment profondément; car le même mot signifie, suivant les cas, dormir d’un sommeil léger ou d’un sommeil profond.v.34.—Faits au coucher de la prison : 1° habitués à la prison; 2° pour l’enfant trop sensible, l’internat est une prison.v.35.—Ils veillent pour : leur insomnie est volontaire autant que nerveuse, v.37.—Coupables absentes : d’après le poète, cette mère est coupable qui se sépare de son enfant.—-Nous verrons ce qu’il faut en penser.v.39.—-A ces créatures naissantes : L’enfant n’est, pour ainsi dire, pas encore formé.Son intelligence, son cœur surtout restent délicats, fragiles comme des nouveau-nés.v.40.— Un indicible soin : Singulier collectif désignant un ensemble de soins.—Étant d’ordre sentimental et moral, ces soins délicats ne peuvent se définir ni s’exprimer (indicibles).v.44.—Elles ne leur tiennent pas chaud : Plus que le corps du petit abandonné, c’est son cœur qui a froid, et que réchaufferait la pr isence seule de sa mère.v.45.—Ingrates : Mot exact, malgré son apparente injustice, puisque ces mères ne rendent pas à leurs enfants tendresse pour tendresse.v.48.—En sanglotant : Sanglot = soupir bruyant, haletant, accompagné de larmes.ANALYSE LITTÉRAIRE Objet du poème : Hugo avait fait entrer dans la poésie l’enfant, à peu près (1) négligé ou méconnu par les classiques.Il l’avait peint dans le triomphe de son innocence et de sa grâce.Il l’avait, presque toujours, peint dans l’épanouissement de son sourire heureux.Après lui, d’autres, prosateurs ou poètes, révoltés ou mélancoliques, décriront la misère de certains petits.C’est, semble-t-il, en faisant un retour sur lui-même que le délicat et douloureux Sully-Prudhomme a évoqué la “première solitude” des internes prématurés.Il l’a fait avec une exactitude simple tout ensemble et presque tragique.Son caractère A) Exactitude simple: Ce qui frappe d’abord c’est la simplicité voulue de ce poème.—Quelques images, nous le verrons, émouvantes, mais peu nombreuses et dans l’hyperbole même, sans recherche et sans nouveauté.(i) H y a, au moins, une exception le Joas d'Athalie.Encore Racine n’avalt-il pas peint pour lui-même cet enfant qui n’est qu’un instrument aux mains des deux grands protagonistes, Joad et Dieu. L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE 353 Le vocabulaire le plus simple, le plus familier, çà et là presque trivial.—-Voici les enfants: d’un côté, les forts, les malins, les gourmands ; de l’autre, les petits, les filles, les innocents,les poltrons.—On nous les montre avec leurs blouses très bien tirées, leurs chaussures toujours cirées et même (proh pudor!) avec leurs pantalons en bon état.-—Nous assistons à leurs cabrioles, à leurs jeux de billes, à leurs niches, et nous pouvons juger que certains camarades ne sont pas toujours de bons copains.Même quand le ton devient à la fois plus grave et plus frémissant, le pathétique ne supprime pas la banalité du décor et nous voyons le grand dortoir avec ses lits de fer, ses lampes à la lueur tremblante, etc.—Pareillement, pour peindre le confort matériel qui ne compense pas le dénûment sentimental, le poète ne craint pas d’étaler sous nos yeux les couvertures et les chemises des petits pensionnaires.Pour la versification, même simplicité voulue.Petites strophes, tout unies, de quatre octosyllabes.Aucun des procédés les plus faciles: aucun rejet, aucun enjambement ni du vers sur le vers, ni, à plus forte raison, de la strop' e sur la strop' e.Pas de “périodes” poétiques rappelant plus ou moins les périodes oratoires.Les propositions se suivent, très courtes, simples, coordonnées ou même juxtaposées.Deux fois seulement, une seule phrase remplit, sans ponctuation forte, la strophe entière: Pendant que les autres sommeillent, Faits au coucher de la prison, Ils pensent au dimanc1 e, ils veillent Pour se rappeler la maison .Mais, tout ingrates que vous êtes, Ils ne peuvent vous oublier, Et cae! ent leurs petites têtes En sanglotant, sous l’oreiller.Pas plus qu’un rythme savant, le poète n’a recherché les rimes à effet.Quelquefois, la consonne d’appui (innocents.commerçants.— mal eureux.pour eux.—fini puni.—martyre.retire.—prison.maison.—absentes.naissantes.—chemises .mises) —Mais pas une rime vraiment rie' e.Une, au contraire, vraiment faible: oublier.oreiller.— Partout ailleurs, juste le nécessaire.Sully-Prudhomme use donc de moyens relativement pauvres, et volontairement pauvres.Il n’en est que plus intéressant de voir quelle émotion se dégage d’une œuvre ainsi dépouillée.B) Le pathétique.Remarquons d’abord que cette simplicité du vocabulaire, de la phrase, du vers, de la strophe convient parfaitement au sujet.Le héros du poète est un enfant d’aspect correct, timide, silencieux, de gestes contenus, de sensibilité frémissante et réprimée.A son chagrin muet convenait seul un art presque dénudé, conme l’allégresse ou la force exigerait ailleurs la, virtuosité.De cette parfaite correspondance naît aussitôt une émotion première, sans violence, mais subtile, pénétrante et qui ne fera que s’accroître.De cette émotion, le progrès est facile à marquer; car ce petit poème est comme un lamenta parfaitement ordonné.Thème général, le chagrin des trop jeunes internes.On voit dans les tristes écoles ' Des petits qui pleurent toujours.Détail de leurs souffrances, énumération de leurs ennemis: —les camarades (str.3 et 4).—le maître et, en général, la vie d’écolier (str.5 et 6).-—la solitude nocturne (str.7, 8, 9).—leur condition de quasi orphelins (str.10, 11, 12).Reprenons et analysons.D’abord une antithèse qui établit nettement le sujet. 354 L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE On voit dans les tristes écoles Des enfants qui 'plevrent toujours.Les autres font leurs cabrioles, Eux, ils restent au fond des cours.Suit, physique et moral, un portrait détaillé qui achève de les montrer différents des autres.D’où les incompréhensions, les taquineries, les injustices.Ici, le peintre multiplie les traits complaisants : Leurs blouses sont très bien tirées, Leurs pantalons en bon état, Leurs chaussures toujours cirées; Ils ont l’air sage et délicat.Ils sont doux .Le moraliste laisse percer une ironie qui ne va pas sans amertume : Ils sont doux, ils donnent leurs billes; Ils ne seront pas commerçants.Leurs camarades les croient riches Parce qu’ils se lavent les mains.Cependant, les camarades, on peut, à la rigueur, acheter leur faveur ou leur neutralité.Mais le maître, cet inaccessible dépositaire de l’autorité, avec ses exigences et ses répressions! Devant lui, telle devient la souffrance de ces petits qu’en leur nom le poète proteste contre l’injuste destinée: Ces enfants n’auraient pas dû naître, L’enfance est trop dure pour eux.C’est qu’à une sensibilité frémissante (Tout leur est terreur et martyre), ils joignent une imagination trop vive: pour eux, le grand dortoir devient un grand désert; sur les lits de fer, les draps prennent figure de linceuls, et Le sifflet des dormeurs ressemble Au vent sur les tombes, l’hiver.Au tableau mélancolique mais familier du début, succède ici une scène funèbre et macabre.Avec un sens tout classique de la mesure, le poète se garde heureusement d’insister.D’ailleurs, les pauvres enfants connaissent une autre souffrance, plus lucide et plus noble qu’imaginaire ou nerveuse.Le vrai drame se joue dans leur cœur.Ce sont de petits nostalgiques: Pendant que les autres sommeillent, Faits au coucher de la prison, Ils pensent au dimanche, ils veillent Pour se rappeler la maison.Et, cette fois encore, le poète s’indigne, et même sa protestation se fait accusation: O mères, coupables absentes.Pourtant ce cri est moins poignant peut-être que la plainte plus discrète qui suit: On leur a donné les chemises, Les couvertures qu’il leur faut; D’autres que vous les leur ont mises, Elles ne leur tiennent pas chaud, L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE 355 Simplicité, familiarité, banalité presque de l’expression; timbre sans éclat; consonances sans agrément parfois {Elles ne leur tiennent pas chaud) ; quel pathétique peut sortir d’une pareille strophe ?Un petit vers, très simple lui aussi, va réaliser le prodige: D’autres que vous les leur ont mises.Ce n’est rien, et cependant il y a là, comme concentré, tout le pathétique de certaines tragédies familiales.En tout cas, comment ne pas citer ici ce mot de Sainte-Beuve à propos de Musset, qu’un soupir est parfois plus émouvant qu’un cri?Mais, sauf exception presque monstrueuse, un enfant ne peut souffrir longtemps en silence.Si courageux, si discret et secret qu’il puisse être, sa douleur finit par éclater.C’est sur cette explosion de chagrin que se termine notre poème : Mais tout ingrates que vous êtes, Us ne peuvent vous oublier, Et cachent leurs petites têtes En sanglotant, sous l’oreiller.Conclusion parfaite en soi: le décor y reste simple, familier; le geste, enfantin; et malgré tout, c’est un grand drame qui se joue dans une petite âme.Celle-ci même nous devient plus chère encore à mesure que nous la connaissons mieux.La souffrance qui aurait pu l’aigrir, l’irriter, la laisse aimante et généreuse.Mais, tout ingrates que vous êtes, Us ne peuvent vous oublier.Ces petits sont de ceux qui, pour aimer, n’ont pas besoin d’être aimés.Avec eux, nous aimerons le poète qui les a si bien compris.COMMENTAIRE MORAL Non que, sur ce poème délicat et émouvant, aucune réserve ne soit opportune.Si ses “petits” sont victimes d’une supériorité sociale et morale que ne peuvent apprécier leurs “copains”, les forts, les malins et les gourmands, ils ne laissent pas de l’être aussi d’une imagination désordonnée et d’une nervosité maladive.Ainsi s’explique que tout leur soit “terreur et martyre”.Certes, ils n’en méritent pas moins notre pitié et notre tendresse.Mais cela diminue sans doute d’autant la responsabilité des camarades, du maître et de la vie elle-même.Quant à leurs mères, comment les condamner toutes sans distinction ?—Certaines peuvent être coupables d’imprudence, d’indifférence, d’égoïsme même.Mais d’autres ont pu avoir d’excellentes intentions; d’autres même subir une nécessité dont elles furent les premières à souffrir.Comment les traiter, elles aussi, de coupables absentes et d’ingrates ?Enfin, n’est-il jamais arrivé que l’épreuve de l’internat ait été salutaire à de jeunes garçons trop semblables à de petites filles ?Ces réserves faites, l’œuvre de Sully-Prud’homme doit inviter maîtres et élèves à d’utiles réflexions : Présence, plus fréquente qu’on ne le croit, dans les milieux scolaires de petits êtres assez différents des autres, à l’apparente faiblesse, à l’âme profonde et riche.Nécessité, et difficulté, de les comprendre, de les épanouir, de les viriliser sans les blesser, etc., etc._ Je ne fais qu’indiquer comment une œuvre littéraire peut devenir un thème de pédagogie morale.Chacun développera suivant les circonstances.J’ajoute seulement que Sully-Prud’homme se prête plus qu’aucun autre Parnassien sans doute à la méditation.Ce ne fut pas peut-être un grand penseur.Ce fut, du moins un moralitste délicat, pénétrant et généreux.Nous aurons d’ailleurs l’occasion d’y revenir.* * * Sujet de devoir : L’arrivée d’un nouveau à l’école.Gaillard de Champris. 356 RENSEIGNEMENT PRIMAIRE LES SCIENCES NATURELLES A L’ÉCOLE PRIMAIRE Les insectes survivent-ils aux froids de l’hiver?Maître'—Nous savons déjà que la Providence, en créant ces petits êtres, les a organisés d’une manière merveilleuse qui les rend propres à jouer leur rôle respectif.Qu’il s’agisse de s’assurer la nourriture qui leur convient, un instinct admirable les guide.Vienne le temps de se soustraire aux attaques de leurs nombreux ennemis, les insectes de proie, les insectes parasites et surtout les oiseaux, leur habileté, les ruses de toutes sortes qu’ils emploient nous laissent dans l’admiration.Mais à quoi cependant leur servirait-il d’avoir échappé à tant de dangers si les froids de l’hiver devaient les faire périr tous ?Mandibules et aiguillons redoutables chez les uns, mimétisme chez les autres ont tenu l’ennemi à l’écart pendant la belle saison, mais si les froids rigoureux devaient tuer toute vie chez eux, de quelle utilité aurait été leur merveilleux instinct de conservation ?Chaque année vous pouvez voir que le soleil d’avril, qui sonne le réveil de la nature endormie, dépouille les champs de leur épais manteau blanc, fait circuler la sève dans les arbres, nous ramène aussi les insectes.Sur les murs ensoleillés de nos demeures nous pouvons voir alors, animées d’une joie débordante, différentes espèces de mouches; quelques jours encore et les bourdons bruyants, les gracieuses libellules effleurant nos têtes dans leur vol rapide tandis que sur le sol à peine ai tiédi trottent des coléoptères aux couleurs châtoyantes.La transformation de ces insectes est trop lente pour permettre leur apparition si hâtive ; d’autre part, sachant que la génération spontanée n’existe pas, il nous faut admettre qu’ils ont passé l’hiver à l’état d’insecte parfait.Paul.—Alors, comment des êtres si petits peuvent-ils braver les rigueurs de nos longs hivers ?Maître.—Voilà une question posée depuis bien longtemps et à laquelle il n’est pas facile de répondre.C’est un des nombreux mystères qui restent à approfondir dans l’étude de l’histoire naturelle.Voyez ce léger cocon retenu par un fil de soie au tronc d’un arbre ou au pied de la clôture; il est le jouet du vent qui ne cesse de lui imprimer les secousses les plus variées; allez par un froid de 20 ou 30 degrés sous zéro, cassez le lien délicat mais fort qui retient une de ses extrémités, broyez entre vos doigts l’enveloppe délicate, demeure de la chrysalide; une masse blanchâtre et pâteuse apparaîtra, dans laquelle il y a vie et qui contient tout ce qui est nécessaire à la formation du futur papillon.Comment ce corps presque liquide n’a-t-il pas été congelé dès les premiers froids?Mystère.Prenez, si vous le pouvez sans le meurtrir, le moustique qui, à l’automne, s’est réfugié dans votre cave, exposez-le en plein air alors que sévit un froid rigoureux.A peine est-il en contact avec la température du dehors que tous ses mouvement cessent et vous le croyez bien mort.Laissez-le ainsi pendant des heures, des jours mêmes, puis placez-le ensuite à la chaleur; à peine aura-t-il été introduit dans la maison que ,vous le verrez allonger une patte, puis une autre, et reprendre son vol accoutumé sans paraître éprouver aucun effet de la rude épreuve à laquelle vous venez de le soumettre.Répétez l’épreuve si vous le voulez et elle sera toujours aussi concluante.Comment la vie a-t-elle pu se maintenir chez ce petit être et dans de telles conditions ?Mystère.Comment les œufs déposés à l’automne par la chenille à tente autour d’un jeune rameau ou encore, ceux infiniment plus petits du puceron vert, peuvent-ils supporter la rigueur de nos froids les plus intenses et éclore le printemps venu ?Mystère.Paul.—De tous les êtres animés l’insecte est sans doute celui qui possède le plus de résistance au froid?Maître.—En effet, aucun autre animal, si gros, si fort qu’il soit ne pourrait sans périr supporter dans l’immobilité nos froids rigoureux.Cette résistance au froid, si développée chez les insectes quand sévit l’hiver, est à peu près nulle en été alors que la plupart d’entre eux ne peuvent impunément souffrir une exposition prolongée au froid artificiel.Elle varie, de plus,avec les espèces; très développée chez certains coléoptères qui seront plus exposés aux morsures du froid, elle l’est beaucoup moins chez les espèces aquatiques, les dytiques, les hydrophiles ou leurs larves.Les eaux vaseuses et peu profonde, dans lesquelles vivent ces insectes les tiennent à l’abri des froids excessifs et des intempéries.Vous savez déjà que chez les insectes, les lépidoptères et les hyménoptères surtout, l’adulte ne survit généralement que peu de temps à la ponte; c’est à l’état d’œufs ou de chrysalides que se fait l’hivernement.Cependant ceux dont les fonctions multiplicatives n’ont pas été remplies, dont la ponte n’a pas encore été faite quand est venu l’automne, se trouvent immunisés contre le froid et la gélée, passent la saison rigoureuse à l’état d’insectes parfaits et déposeront leurs œufs dès les premiers beaux jours du printemps.Leur instinct, dans ce cas, leur fait choisir pour se préserver des effets désastreux de la glace et du bec de l’oiseau, les interstices cachés des rochers ou des murs.Paul.—Comment l’insecte, caché au fond de ces crevasses, se procure-t-il la nourriture ?Maître.—Aucune nourriture ne lui est alors nécessaire.Plongé dans un profond engourdissement, il n’a nullement besoin de se sustenter.Certaines fourmis cependant au fond de leur ter- L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE 357 rier conservent leur activité pendant l’hiver et se nourrissent des grains enfouis à l’automne ou de la miellée des pucerons recueillis par leurs soins prévoyants à la fin de la belle saison.Les insectes aquatiques, dytiques, hydrophiles,etc.,et les larves aquatiques des libellules, moustiques,phryganes, etc., passent l’hiver dans leur habitat ordinaire, les eaux peu profondes des lacs ou des ruisseaux.Le moustique adulte hiverne dans les caves et les arbres creux où il se réfugie à l’automne.La libellule à son dernier état brave également les rigueurs de l’hiver; mais où et comment se cache-t-elle, nul ne saurait le dire.Ce gros insecte avec ses ailes à large envergure et toujours déployées ne peut pénétrer dans les fentes des murs ou les crevasses des rochers; d’une grande visibilité il sensible bien qu’elle soit une proie facile pour les oiseaux.Dans quel refuge brave-t-elle les froids et l’œil perçant de ses nombreux ennemis, nous l’ignorons.Louis.—Les guêpes et les bourdons hivernent-ils aussi à l’état d’adultes?Maître.—Ces insectes, tard à l’automne, se réfugient dans leur nid où, vu leur grand nombre ils jouissent d’une chaleur relative.Au cours de l’hiver cependant, les maladies fongueuses en font périr une grande partie.Ceux qui survivent sont pour la plupart des reines qui, au printemps, continueront avec les ouvrières échappées au péril le travail abandonné à l’automne.Parmi les coléoptères, différents modes d’hivernement existent.Les uns, tel le gros hanneton, passent sous terre trois années consécutives à l’état de larve.A l’automne de la troisième année, la larve devient insecte parfait; ce dernier attendra enfoui sous terre le retour du printemps.Les saperdes n’hivernent généralement pas à l’état d’adultes; leurs larves, au fond des galeries qu’elles ont creusées dans le tronc des arbres, peuvent narguer les froids les plus vifs et attendre leur dernière transformation qui aura lieu au printemps, à moins que le bec redoutable d’un pic ne vienne les déloger de leur retraite.Les chrysomèles, celles de la pomme de terre, par exemple, hivernent à l’état de larves; leur résistance au froid est bien limitée et si de fortes gelées atteignent les profondeurs où elles se tiennent cachées sous terre, elles périront.Les calosomes, carabes, harpalus, ces coléopères si utiles et que vous connaissez déjà, attendent, cachés sous les feuilles mortes, les pierres ou pièces quelconques de bois, le retour du printemps Quoique les lépidoptères hivernent le plus souvent à l’état d’œufs ou de chrysalides, il arrive quelquefois que certains papillons, ceux dont la ponte n’a pas encore été faite, passent l’hiver à l’état d’adultes cachés sous d’épaisses touffes d’herbe.Ce sont ceux-là que nous voyons voler dès les premiers jours du printemps.Paul.—Si je pouvais, en hiver, me procurer des insectes, je ne manquerais pas de faire des expériences intéressantes.Maître.—La chose est facile; mouches domestiques, moustiques, dermestes et certains autres coléoptères peuvent être trouvés en toutes saisons, dans la maison, la cave ou le garde-manger et vous permettront des expériences aussi faciles que concluantes.Ce problème de la résistance des insectes aux froids les plus rigoureux confond les plus grands savants qui ne peuvent l’expliquer; c’est une des nombreuses conquêtes qui, dans le domaine de l’histoire naturelle, s’offrent à nos recherches.L’étude de, ce sujet, les observations et les expériences qui s’y prêtent sont des plus intéressantes et nous font voir que le monde des insectes est un livre admirable où sont inscrites partout la puissance et la sagesse du Créateur qui a fait tout et si bien.E.Litalien, Inspecteur d’écoles.LE DESSIN A L’ÉCOLE PRIMAIRE L’esquisse ou croquis Un dessin est bon en autant que l’esquisse est bien faite.Habituons nos élèves à esquisser et à esquisser rapidement; apprenons-leur à voir les grandes directions du modèle, à trouver son caractère, à voir simple, à chercher des droites, à voir la forme des vides.On finit plus facilement un dessin qu’on n’en prend le croquis.Tentez cette expérience: faites l’esquisse pour un élève et demandez-lui de la pousser, c’est-à-dire mettre le dessin en valeur: proportionner la lumière et l’ombre.Je suis sûr qu’il vous donnera quelque chose de présentable.Expérimentez avec plusieurs élèves et vous pourrez conclure que tous peuvent finir un dessin, mais tous ne peuvent pas faire une bonne esquisse Nous conseillons donc de faire prendre beaucoup de croquis rapides aux élèves.Un modèle simple est placé devant eux pendant quelques minutes; à la fin du temps déterminé par le professeur, disons quinze minutes, on doit trouver sur le papier les grandes directions la proportion 358 L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE SUGGESTIONS POUR FÉVRIER -6?l L’ENSEtGNEMENT PRIMAIRE 359 des parties, le caractère du modèle.Il est entendu qu’un modèle difficile requiert plus de temps (nous sommes cependant dans le domaine primaire, nous ne supposons pas que les modèles à dessiner demandent un travail de longue haleine).L’enseignement du dessin perspectif dans nos écoles primaires, doit viser surtout à la construction plutôt qu’au fini.Lisons dans les R.C.C.: “Le bon maître ne cherchera pas tant à obtenir de beaux dessins, qu’à développer les facultés par des exercices rapides, nombreux et variés.— Ces travaux pourront être sommairement ombrés.” Il ne faut donc pas viser aux dessins bien léchés, bien finis, mais à développer les facultés d’observation et de jugement par des exercices rapides, nombreux et variés.Quels sont ces exercices rapides, nombreux et variés ?Ces exercices rapides s’appellent croquis; ils sont nombreux parce qu’on en fait plusieurs dans une même classe de dessin, variés (a) parce qu’on peut étudier le modèle sous plusieurs vues et aussi (b) parce que plusieurs modèles; peuvent être étudiés successivement.Ne croyez-vous pas qu’un élève entraîné de cette façon saura rapidement mettre en page et trouver le caractère du modèle: c’est ce qu’on doit attendre de la leçon de croquis.On a parfois des idées fausses sur ce que l’on doit exiger des élèves: on veut de beaux dessins; les élèves ne pouvant satisfaire notre goût, on fait ou à peu prè,, le dessin pour eux.Le but est manqué: on n’apprend pas à voir, on ne développe pas leurs facultés.Multiplions les croquis, apprenons-leur à voir, à esquisser rapidement, et les résultats ne-tarderont pas à se faire sentir.L’esquisse ainsi comprise, souvent répétée, variée, amènera l’habileté chez nos élèves : c’est le but que doit se proposer tout professeur au cours primaire.Joseph Plamondon, Ancien élève de VÉcole des Beaux-Arts de Québec et professeur à l’École normale de Mont-Laurier.LECTURE RURALE Si s’était à recommencer.! Aü RANG DU “ BORD DE l’eAU —GENS DE LA VILLE ET DE LA CAMPAGNE.—OÙ L’ON “ MANGE ” DE LA MISÈRE .-TROP TARD, HELAS !-Si C’ÉTAIT A RECOMMENCER .!- Eux FURENT FIDÈLES A LA TERRE.C’était aux Grondines que je devais rencontrer un officier du cercle agricole, au sujet d’une convention de l’industrie laitière.Après une longue course à travers les chemins ennuyeux de novembre, quelle bonne chose qu’un arrêt chez le cultivateur hospitalier, où tout s’unit harmonieusement pour vous faire accueil.! Le soleil baissant achevait de réchauffer l’atmosphère de cette journée d’automne efc dorait les petites vitres de la vieille maison de pierre de mon ami J.H., du rang des Écores, communément appelé le rang du bord de Veau.Comme d’habitude, j’entrai par le fournil (il est de bonne politique, pour un agronome, d’entrer quelquefois par le fournil.) d’où l’on me fit passer au salon.Là, j’attendis, seul avec les portraits d’ancêtres dont les honnêtes figures semblaient me sourire avec bienveillance .Mais, par un hasard assez bizarre, on oublia d’avertir le propriétaire de ma présence.Cependant, par la porte entrebâillée du salon, je le vis arriver, avec son frère, journalier, à Montréal.Ils vinrent tous deux s’asseoir sur le perron de pierre attenant à la maison.Leur conversation semblait très animée.N’osant les.distraire, je demeurai à mon poste d’observation, où, très indiscrètement, je l’avoue, j’entendis leur triste conversation .L’ouvrier, bien bâti, mais pâle et l’air fatigué, disait:—-Si c’était à recommencer, je n’aurais pas vendu ma terre et je serais, comme toi, tranquille et heureux à la campagne.! Mais tu n’as pas de quoi te plaindre, répondit son frère, tu travailles à peine huit heures par jour, et, chaque semaine, tu reçois ta paie; toutes les commodités te sont offertes, en ville, sans parler des distractions et autres avantages que nous n’avons pas ici.-hs Ah, je sais, tu veux dire que ma vie est belle et sans misères, que l’argent abonde chez moi, que nous allons au théâtre, et, des distractions, en veux-tu, en v’ià.? 360 L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE —Oui, de quoi te plains-tu ?Voudrais-tu revenir habitant aux Grondines et manger de la misère comme nous autres ?—On voit bien, toi, tu ne connais pas la vie du pauvre ouvrier, en ville.Sais-tu, qu’avec ma famille, je vis dans une petite maison étroite et sombre, dont le loyer me coûte près de $200.00 par an, que le prix de mon chauffage dépasse $125.00 tous les ans; puis je suis obligé de travailler dans une boutique surchauffée, sans air, en face d’une machine qui me commande sans pitié et qui m’énerve constamment.Pas d’air, pas d’appétit, pas de sommeil.! -—Tiens, c’est plus dur que je pensais, répliqua le cultivateur.—Ensuite, ajouta l’ouvrier, de grand matin, il me faut prendre ma petite chaudière, avec un dîner froid, et marcher bon pas pour arriver au deuxième coup de “criard” (la sirène).C’est pire que le travail des esclaves nègres dont t’a parlé ton garçon qui navigue dans les pa}^ du sud .S§§ls •' '5=3 .iSUgi SK Une vieille maison abandonnée.—Cette vieille maison de pierre, aux deux cheminées sur le côté, est située à Grondines, sur la Route Nationale.Cette relique perpétue le souvenir de nos vieilles maisons françaises ressemblant à celles des régions du nord de la France d’où sont venus beaucoup de nos ancêtres.—Oui, mais tu as du bon temps, le soir, avec ta famille, tu laisses la boutique de bonne heure ?—Ah, le bon temps! Quand j’arrive chez nous vers les sept heures, je ne puis jouir de la vie de famille: les jeunes enfants sont couchés, les plus grands sont aux Vues ou sur la rue et il me faut encore travailler à l’entretien de ma maison.Enfin, mon ouvrage pénible du jour m’enlève l’appétit et même le sommeil.Mes pauvres enfants perdent leur santé dans ce taudis, ne pouvant voir un coin de ciel, respirant l’air enfumé par ces longues cheminées des usines qui déversent sur nous leurs déchets.Toi, au moins, malgré tes besognes pénibles, tu respires, tu dors en paix, tu as conservé ta santé, tu as une nourriture fraîche et saine, ¦enfin tu es ton maître; le bonheur est chez toi, mais moi.? L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE 361 —C’est bien vrai, conclut l’habitant, songeur, vous avez des misères que j’ignorais, sans certains bonheurs que nous avons; mais mon frère, reviens sur la terre! —Trop tard, hélas! Je n’ai pas d’argent pour acheter une terre et ma femme est de la ville.tu sais, une fille de la ville pour cultiver.et, avec des enfants faibles, peu habitués aux travaux des champs.Voyons, on ne recommence pas sa vie à cinquante ans.! Que veux-tu que je fasse, sinon continuer ma triste existence.Autrefois, je croyais, comme les jeunesses de mon temps, à tous les avantages des villes, sans songer aux inconvénients, mais maintenant.! J’étais comme toi, bâti pour la terre; actuellement, je suis un déplanté à Montréal, et pour toujours.Sur ce, la conversation s’arrêta pour faire place à un morne silence.Tête basse, les deux hommes semblaient réfléchir.Quant à moi, qui avais suivi des yeux le manège de ce désespéré et entendu les plaintes de ce déraciné, je pensais à la nécessité de mieux éclairer les cultivateurs sur leur situation, à les instruire davantage sur les choses de leur métier, à rendre leur travail plus payant, à diminuer leurs dépenses, en un mot à les conserver à la terre par une mét’ .ode qui augmenterait leurs revenus à un prix de revient moins élevé; en leur faisant voir qu’il y a aussi des avantages à vivre à la campagne, malgré leurs labeurs quotidiens, etc.Tout-à-coup, nerveusement, mon ouvrier se leva; ses yeux fiévreux embrassaient d’un regard douloureux le Saint-Laurent coulant à nos pieds ses eaux argentées, et, jetant la vue vers les jolies dépendances de son frère, encadrées par les pentes d’un labour harmonieusement tracé, près duquel paissait un magnifique troupeau de moutons blancs, le pauvre homme, montrant tout ce paysage enchanteur, ajouta d’une voix navrée: “J’ai aimé tout cela, mais c’est fini.Si c’était à recommencer .!” Un silence de mort succéda à ce douloureux cri de l’âme.Au mur du salon, les honnêtes figures des ancêtres semblaient me regarder avec angoisse.Les anciens pleuraient.ils pleuraient, avec leur descendant.Je repris le chemin du fournil, très à la gêne, honteux d’avoir été si indiscret.Le vieux et la vieille, l’air heureux, se rendaient à l’étable, faire le train et aider aux jeunes.Je règardais ces vieux, blanchis par l’âge, semblant murmurer ensemble les chansons de leurs jeunes années, croyant encore voir flotter devant eux l’aube heureuse des jours anciens.Sqr la terre gelée, cheminant péniblement vers les bâtiments, le vieux souriant à sa vieille devait dire quelque chose comme cela: Nous marchons tous deux jusqu’au bout du chemin, Et quand nous atteindrons la cime solennelle, Puissions-nous, côte à côte et la main dans la main, Descendre ensemble encore dans la vie éternelle.Eux furent fidèles à la Terre ! Si c’était à recommencer.! Jeak-Chs Magnan, Agronome, Saint-Casimir, comté de Portneuf.(Le Bulletin de la Ferme, 3 décembre 1925.) PENSÉES 1° Que n ai-je le bras assez long pour atteindre ceux que j'aime! Je conçois que Dieu, qui est amour, soit partout.Eugénie de guérin.2 O mes amis, il n’y a point d’amis! Aristote.J’aime qu’on aime comme j’aime quand j’aime.Blanche de castille.L’homme est un point qui vole avec deux grandes ailes Victor Hugo.L’amitié est le ciment de la vie.Amyot.L’amitié est un parapluie qui se retourne dès qu’il fait mauvais temps P.Veron.L’amitié finit où l’emprunt commence.A.Dumas.Chaque homme est tel qu’est son amour: si donc vous aimez la terre, vous êtes terre, et aimez Dieu.-le rlirfl.i-ip?-vnua êC.es TOion g AUGUSTIN F.Faber.3° 4° 5° 6° 7° 8° si vous aimez Dieu,—le dirai-je ?—vous êtes Dieu.9° Pour aller: vouloir; pour aller droit; se vaincre; pour aller vite: aimer! 362 L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE UNE FAMILLE CHRÉTIENNE Le foyer vraiment chrétien est celui où Dieu a la place d’honneur; où chaque soir, le père, la mère et les enfants se mettent à genoux pour le prier; où les enfants apprennent le catéchisme-sur les genoux de leur mère et sont élevés dans la crainte de Dieu et l’habitude de la vertu.Le foyer chétien est celui où chacun des membres s’efforce de bien accomplir, et dans un but surnaturel, même les moindres petits actes de la vie journalière: où les époux se vouent une fidélité intégrale, où la charité chrétienne aide à surmonter les difficultés dont aucune existence humaine n’est exempte.Le foyer chrétien est celui où l’on sanctifie le dimanche et les jours de fête, où la famille entière se rend à l’église pour y puiser l’aliment spirituel de la parole de Dieu et des sacrements; où le père, la mère et les enfants communient souvent; où l’on fait ensemble la lecture des livres-pieux, de la vie des saints, et d’où sont bannis les mauvais livres, les journaux ou revues mauvais, les illustrations ou cartes postales immorales.Le foyer chrétien est celui où la mère et les filles ne revêtent point des costumes immode des ou rid cules, contraires aux règles de la modestie chrétienne; où l’on ne recherche pas les attractions du jour, fêtes tapageuses ou mondaines, théUres et cinémas.Le foyer chrétien enfin est celui où l’égoïsme, le luxe et la sensualité sont remplacé, par l’obser -vance des lois du mariage et qui abrite de nombreux enfants.LEÇON D’ANGLAIS PHILIP GETS UP (texte de la leçon) (d’après La Classe en anglais des Frères de l’Inst.Chrétienne) When Philip’s mother calls him in the morning, he does not turn over to take another nap.But he makes the sign of the cross Then he rises and jumps out of bed.He puts on his clothes, washes his hand and face.Then he wipes them with a towel.He combs his hair.He looks fresh and bright.iwÆmÈmmm.HMfiŒüÉ wmmMm 'mm.WWm 1 pii pi p jr'/ ÉilfPMîÉ mimé Mmé.wmm wÆ Wmmm mm mm.'¦SSSSSi WjrM vx-si-sdx-HSii WM L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE 363 He next kneels down and says his morning prayers.Then he g^es to see his parents.He says: “Good morning, father! Good morning, mother!” CONVERSATION SUR L’IMAGE What does the picture of the lesson represent ?—The picture of the lesson represents a room.What kind of a room is it! ?—It is a sleeping-room.How do you know it is a sleeping -room ?—I know it is a sleeping-room becausel see a bed in it.Where are you now ?—We are now in a class-room.What is a class-room ?—A class-room is a room where class is taught.How do you know a class-room ?-—I know a class-room by the desks that are in it.How do you know a sleeping-room.—I know a sleeping-room by the bed which is in the room Who sleeps in this room ?—Philip sleeps in this room.Boy, do you see Philip ?—Yes, we see Philip.Where is Philip ?—Philip is in his bed.What is a bed used for ?—A bed is used to sleep in.John, when do you go to sleep ?—I go to sleep at night.Where do you sleep every night ?—Every night I sleep in my bed.When do you get up ?—Î get up in the morning.What is Philip about to do ?—Philip is about to get up.Mention the principal pieces of furniture in the room.—Here the expression “piece of furniture” could be explained so as to make it clearly understood ihet furniture cannot be translated by fournitures, meaning article de classe.) We see a bed and a table.What are the articles that make up a bed.—A bed is composed of a bedstead, a mattress, pillows, blankets and sheets.What is the bedstead made of ?—The bedstead is made of wood or of iron.Is the bedstead in the picture made of wood?—No, this bedstead is not made of wood; it is made of iron.What tells you that the bedstead in made of iron ?—We see the iron bars.Do you know how the big bars are called ?—No, we do not.The big bars are called the bed posts.What do you call the big iron bars ?—We call the big iron bars, the bed posts.Where are these posts placed ?—The bed posts are placed at the four corners.How many corners has a bed ?—A bed has four corners.What is found at every corner of the bedstead ?—At every corner of the bedstead is found an iron post.How many corners are there in this room ?—In this room there are four corners.Do you see the four corners of the bed ?—-No, only I see two corners of the bed.How many bed posts do you see then ?—I only see two bed posts.How many bars do you see between the two corner bed posts ?—Between the posts, I see two more iron bars.In what direction are they going ?—They are going in the same direction as the bed posts.Are there only two more iron bars running in that direction ?—No, there is a third bar which we cannot see.Are those bars as large as the bed posts ?—No those bars are smaller than the bed posts.Now, listen to the name of those bars.(Here the teacher may write the word at the board).These bars are called fillers.How do you call the small iron bars ?—We call the small iron bars fillers.How many fillers do you see ?—I see two fillers.How many fillers are there ?—There are three fillers.How many bed posts do you see ?—We see two bed posts.Is there another bar ?—Ÿes, there is another bar.In what direction is that bar going ?—That bar is going across the other bars.What does it do ?—It joints or connects the bed posts.This bar is called a cross-bar.What do you call the bar that joins the two bed posts ?—We call it a cross-bar.What bar do you call cross-bar ?—We call cross-bar that which joins or connects the bed posts.What end of the bed do you see ?—We see the head of the bed.What is the other end of the bed called ?—The other end of the bed is called the foot of th bed.How is the foot of the bed made ?—It is made like the head.Is there any difference ?—Yes, it is usually lower. 364 L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE How many bed posts are there at the foot of the bed ?—At the foot of the bed there are two bed posts.And how many fillers are there?—There are three fillers.And how many cross-bars ?—There is only one cross-bar.What is the color of Philip’s bed?—Philip’s bed seems to be black.What is placed between the head and the foot of the bed ?—Between the head and the foot of the bed, the spring is placed.Where is the spring placed ?—The spring is placed between the head and the foot of the bed.(Here the teacher explains that the ends of the bed together with the spring compose or form the bedstead.) What is the bedstead composed of ?—The bedstead is composed of the two ends and the spring.What is placed on the spring.—The mattress is placed on the spring.Where is the mattress placed ?—The mattress is placed on the spring.What is the mattress.—The mattress is ‘Te soft part of the bed in which we sleep.This is the most necessary part of thebed.What is the most necessary part of the bed ?—The mattress is the most necessary part of the bed.What is placed on top of the mattress.—On top of the mattress are placed two sheets, some blankets and two pillows.Of what color are the sheets ?—The sheets are white .How many sheets are there in your bed ?—In my bed there are two sheets.Do you sleep on top of the sheets ?—No, we sleep between the two sheets.How many blankets do you see ?—I see only one blanket.Of what color is it ?—It has many colors.How is this blanket made ?—This blanket is made of small squares of different colors.How many pillows do you see ?—We can see two pillows.What is a pillow made of ?—A pillow is made of feathers.Do you sleep on the bare pillows ?—No, the pillows are enclosed in a pillow-case.Who is in the bed?—Philip is in the bed.Does the picture represent an evening scene ?—No, the picture represent a morning scene.What is Philip about to do ?—Philip is about to get up.Say what you can about Philip in the picture.—Philip is sitting up; his face looks serious; his eyes are closed; his right hand is on his forehead, beginning the sign of the cross, his left hand rests on the bed.What is on the wall near the bed ?—On the wall near the bed, there is a crucifix.What is a crucifix ?—A crucifix is the representation of Our Lord on the cross.Who died on the cross for us ?—Jesus died on the cross for us.What is the other principal piece of furniture in the room?—The other principal piece of furniture in the room is the table.What is a table.—A table is a piece of furniture having a smooth flat top fixed on legs.(N.B.—-The definition could be written at the board and learned by degrees.) What is the table made of ?—The table is made of wood.What is made of wood ?—The table is made of wood.Name the different parts of the table which you see.—I see the top of the table, the legs of the table, the drawer, two towel-holders and a shelf.How many legs do you see ?—I see only two legs.How many legs has a table ?—A table has four legs.What is on the table ?— On the table there are a bassin, a water pitcher, a glass, a hair brush, a comb and a soap holder.What do you think there is in the pitcher ?—In the pitcher I think that there is some water.What is that water for ?—Philip use sit for washing.What is hanging on the wall above the table ?—Above the table, there is a mirror hanging on the wall.How many towels do you see ?—I see one towel.Do you see anything on the shelf ?—Yes, I see a pair of shoes on the shelf.Are you sure that these are shoes ?—They are slippers.Where do you wear slippers ?—We wear slippers in the sleeping-room.Do you notice anything else in the room ?—Yes, I see a carpet on the floor.Is it a regular carpet ?—No, it is a rug.Look at Philip; what do you think of him?—I think that Philip is a very good boy; he seems to be very pious.All right, boys! You have there a good example.Remember this picture, and whenever your mother calls you in the morning, do as Philip.Sit up, make the sign of the cross piously and get up.Fr.A.-L. L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE 365 MES PREMIÈRES LEÇONS DE LANGUE ANGLAISE (2e année) LESSON 15 reading.-—My pen and my copybook.SggSgg.See my pen.I write very well with my pen.Now, look at my copybook.I do not make many mistakes.Do you see blots in my copybook ?No : you do not see blots.I keep my copybook clean.VOCABULARY.Copybook, cahier blot, tache pen, pZzme mistake,/aute 1—I take out my copybook.Je sors mon cahier.2—I open it.Je l’ouvre.3—I take my pen.Je 'prends ma plume.4—I write well.J’écris bien.5—I stop.Je m’arrête.6—I put my copybook aside.Je mets mon cahier de côté.EXERCISES I— Orders.—Boys, take out your copybook.—Take your pen.—Write.—Put your copybook into your desk.—Take your book.—Stand up.—Read.—Stop.—Sit down.—Write.II— Questions.—Have you a copybook and a pen ?Do you write ?Do you write well ?Do you not make blots ?Do you not make mistakes ?III— Conjugate: 1.I take out my copybook.—2.I do not make mistakes.IV— Answer the foregoing questions.model.—Yes, I have a copybook and a pen.{Cours de langue anglaise des Frères du S.-Cœur).LA GÉOGRAPHIE A L’ÉCOLE PRIMAIRE Direction pédagogique pour février 1928 LA GÉOGRAPHIE___________ CATHOLIQUE.Encore qu’en l’infini je sois un grain de sable, A mes sœurs de l’éther je ne suis pas semblable; Des soleils étonnés se demandent entre eux: '—Quelle est cette planète, et chétive et perdue, Dont il nous vient pourtant, à travers l’étendue, On ne sait quels rayons qui nous parlent de Dieu ? 366 L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE Louis Mekcieb, {Le Cantique de la Terre) Toute la terre est au Seigneur; elle est l’œuvre de ses mains et cette œuvre Le bénit.Le Livre des Psaumes nous l’apprend en versets fulgurants.Mais combien l’entendent ?"On ne réfléchit que fort peu aux miracles quotidiens de la nature.Comme l’enfant trouve tout simple, né au XXe siècle, de badiner avec les merveilles du télégraphe, du téléphone, du phonographe, demain de l’aviation : ainsi chacun de nous néglige le drame continu de ce monde et laisse sans y penser se lever le soleil”.fl) Ami lecteur, nous sommes éducateurs.L’éducateur est un apôtre ou il n’est rien; au-dessous de tout, comme disaient nos guerriers.S’il est un malheur en ce monde, c’est bien d’"appauvrir les âmes de leur éternité.” (2) Prendre l’homme à sa gangue originelle, en tirer le métal fin dont est fondu le vrai chrétien : voilà notre noble mission.C’est un lieu commun, peu renouvelable, que de le dire.Mais notre siècle qui souffre de tant de maux, n’en connaît pas de pire que le laïcisme.Des esprits, soi-disant forts, se sont appliqués à exiler Dieu, du monde.Parce qu’ils n’étaient ni assez fiers, ni assez magnifiquement énergiques, les meilleurs même ont prêté l’oreille à leurs brillantes et bruyantes folies.A la faveur de mots sonores et de périodes absconses et fleuries, on no.us a vidé a vie de sa moëlle.Et dans sa nuit privée d’étoiles l’homme choppe et chancelle à toutes les pierres du chemin, s’il faut en croire les moins pessimistes.Les Saints voyaient Dieu partout: François d’Assise le trouvait avec "mon frère le Loup” et pour Thérèse une fleur était son sourire: Nous avons changé tout cela: nous ne le voyons nulle part.Eh bien! non! les Saints avaient raison: il eût fallu nous en douter.Pour que l’ordre et la douceur de vivre nous reviennent, nous devrons réapprendre, fut-ce sur un air un peu nouveau, l’Hymne des Trois Hébreux, et le Cantique des Créatures.Educateurs, mes frères,—réintégrons le Dieu vivant dans toute notre pauvre agitation humaine, afin qu’elle ait un sens et qu’il soit intelligent.Serions-nous donc encore assez enfants pour ne nous être point aperçus que tout le reste est une immense blague ?Par ce trop long détour je reviens à nos moutons géographiques.Il faudrait que là, autant qu’aillsurs, notre foi informât notre enseignement.L’univers visible,—c’est la pensée de Platon,—est une grande ombre qui annonce le Soleil derrière elle.Pour qui sait voir, le nom de Dieu est inscrit partout: au front des monts neigeux comme sur l’arête irisée du grain de sable.Notre tort serait grand de ne pas révéler à l’enfant, à travers le drame silencieux et en perpétuel fonctionnement de la Création, la main du Régisseur Souverain qui en règle le moindre mouvement, après avbir été l’Auteur de son intense poésie.Il ne s’agit point que chaque leçon se mue en cours de théologie; tout de même pourquoi ne pas donner une âme à une science qui par elle-même serait d’un réalisme passionnant, certes auss éternellement inutile, pourtant, que la fameuse pesée des œufs de mouche dans une toile d’araignée.Et quel service plus vrai et plus immédiatement pratique pourrions-nous rendre à cette génération qui monte en s’agriffant à toutes les fibres de notre cœur que de lui apprendre à juger le monde et toute son activité, en chrétienne ?Les moyens ?.Je ne vous les dis point.L’amour a ses voies; en les reparcourant toujours il sait rester toujours neuf.Laissez-moi terminer par une page tirée de la vie de celui dont j’ai la fierté trop peu méritée d’être l’enfant.Je vous donne à trouver les ponts qui relient ces lignes à la présente causerie, sans être trop sûr que ce sera un plaisir pour vous.Le Vénérable Champagnat est séminariste.“J’instruirai les ignorants, riches ou pauvres, de ce qui regarde le salut”, écrit-il dans son règlement de vacances.“A peine arrivé chez lui, continue Mgr.Laveille, Marcellin réalisa son programme: "Si vous venez à la maison, dit-il à ses voisins, je vous ferai le catéchisme, et je vous dirai comment il faut gouverner votre vie.” "Si gracieuse et si simple était l’invitation.que la petite chambre se remplit dès les jours suivants.si bien que l’auditoire débordait dans la pièce voisine, et que pour atteindre tous les assistants le jeune homme devait se placer sur le seuil des deux réduits contigus.On l’écoutait sans fatigue pendant une sorte de prône qui durait parfois deux heures."Il prenait souvent plaisir à parler des missions et du bonheur de convertir les âmes à Jésus-Christ."Un jour que son auditoire était surtout composé d’adolescents, Marcellin prit une pomme, et, la montrant à l’assistance: "Imaginez-vous, mes enfants, dit-il, que la terre est une grosse boule qui a, à peu près, la forme de cette pomme.Les hommes qui habitent, très nombreux, la surface de la terre, sont comparables à des millions d’insectes, à peine visibles, qui couvriraient la surface de ce fruit.Si l’on pouvait percer la terre par le milieu, comme vous voyez que je puis percer cette pomme, on trouverait au point opposé à celui que nous habitons, des hommes comme nous, mais bien malheureux.Ils ne connaissent pas le bon Dieu, vivent comme des animaux et se mangent uns les autres.On appelle missionnaires les prêtres et les religieux qui quittent leurs parents et leur 1.—A.-D.Sertilanges: ‘‘La vie catholique, 2e série, p.65”.2.—R.Bazin.‘‘Pages catholiques”. L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE 367 pays pour aller enseigner la vraie religion à ees pauvres gens.C'est un beau dévouement que je prie Dieu d’inspirer un jour, à quelqu’un d’entre vous.” Ayant achevé sa démonstration, il divisa la pomme, et en distribua les morceaux à la petite troupe visiblement impressionnée.“Or, il y avait dans l’assistance un enfant de six à sept ans dont on avait remarqué l’attention.Il se nommait Joseph Epalle.A partir de ce jour, il devînt plus grave et plus laborieux, obtint de sa famille de faire des études latines, puis, l’âge venu d’entrer au Séminaire, quitta furtivement la maison paternelle, pour aller se préparer à l’évangélisation des sauvages.Devenu prêtre, il fut envoyé en Océanie, où la confiance de ses supérieurs et de ses confrères lui valut la consécration épiscopale.Avan^ d’être massacré par les anthropophages qu’il voulait gagner au vrai Dieu, il avait souvent répété qu’il devait à l’abbé Champagnat la première idée de sa vocation.” il) Éveiller ainsi la splendeur de l’enfant de Dieu qui sommeille dans la misère du fils de l’homme, c’est la grâce que je souhaite, après ce long sermon, a votre zèle si généreux.PROGRAMME DE JANVIER Cours préparatoire: Nos géographes—en puissance—n’ont fait jusqu’ici que de l’observation Si elle a été bien conduite, ils sont en possession d’un bagage point du tout négligeable.Peut-être savent-ils lire l’heure, nommer les jours de la semaine, les mois, les saisons.Il sera bon de s’en assurer.Qu’ils regardent maintenant les différentes positions du soleil durant la journée : ce sera un pas important vers l’orientation.Février amènera sans doute des tempêtes et des jours de franche douceur où les brises méridionales s’amuseront à fondre neiges et glaces: excellente occasion de dire l’histoire des vents, et de constater leur travail hivernal.Première année: “Orientation: Nord, sud, est, ouest, trouvés en classe et sur le terrain en dehors de la classe, mais non appris par cœur.” J’avoue que je n’aime guère cette dernière clause, quatre mots, dits, écrits au tableau, lus, copiés, redits sont si vite retenus quand on a un mois pour cela.Ce travail doit s’appuyer sur la marche de l’Astre du Jour, comme s’exprimaient nos pères vers 1830.Complétez, si possible, par quelques questions.Où est située l’église?—votre maison?—celle de Jean?-—Dans quelle direction va le chemin du Roi ?coule la rivière ?se trouve le village voisin ?etc.Deuxieme année: “Initier à la lecture du globe terrestre où l’on fera remarquer les eaux, les terres, la forme de la terre, son mouvement de rotation, le jour, la nuit”.Si vous avez un globe électrique, il vous sera facile de faire observer de plus le mouvement de translation.Cette leçon est d’une grosse importance pour les progrès ultérieurs.N’y parlez que des choses indispensables, mais que chacun les comprenne.Troisième année: “Province de Québec.Géographie physique, ("suite).Sur la carte faire trouver les principales rivières, les principales villes—climat de la localité de la province.” Assurez-vous tout d’abord que l’enfant sait où se trouve son comté, sa ville ou son village.Vous aurez plus de chance de l’intéresser en rapportant tout à ce point de repère.Pour que vos élèves aient moms de peine à trouver, groupez-les devant la carte, montrez vous-même ce que vous voulez qu’ils apprennent.Faites-les ensuite passer à la carte à tour de rôle.Qu’ils dessinent ensuite ce qu’ils ont appris: ce ne sera pas qu’un excellent moyen de contrôle.N’oubliez pas de leur faire observer la direction du courant.Quelques-uns s’imaginent que la rivière qui arrose leur champ prend sa source à la mer.Quatrième année: “Province de Québec, Géographie économique: Agriculture, Pêche et Chasse.Exploitation des forêts.Industries et Mines.Manufactures.Commerce, Voies de Communication.” Manuel, page 50 et 51.Soyez clair et pratique.Causez.Si vous avez des gravures d’animaux, de poissons, si vous avez des échantillons de produits, montrez-les.Ce chapitre est une nuit pour l’enfant, trop de mots nouveaux l’y embarrassent.Expliquez beaucoup.La gravure liminaire vous sera d’un grand secours pour l’agriculture, le commerce, les voies de communication.Cinquième année: “En prenant le Canada comme point de départ faire connaître les Etats-Unis en général: situation, climat, grandes voies de communication avec le Canada : production et industries carac- 1.Mgr Laveille: “Le Vénérable Marcellin Champagnat”, ouvrage couronné par l’Académie française. 368 L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE téristiques et échanges avec notre pays.Capitale, gouvernement, population, langue et traits caractéristiques du genre de vie des habitants.Connaissance appliquée particulièrement aux États de la Nouvel le-Angle terre.Même étude sur Terre-Neuve et les Antilles.” Manuel, p.75 à 81, donna largement ce qu’il est nécessaire de savoir.Expliquez seulement.Et pour ne vous point embrouiller, étudiez le Labrador avec Terre-Neuve,! ’Alaska avec les États-Unis.Voyez le Groenland et l’Islande.Et laissez les Antilles pour le mois prochain.Sixième année: “Étude des autres pays de l’Amérique du Nord: les États-Unis, le Mexique, Terre-Neuve, les Antilles, puis l’Amérique du Sud.” Manuel p.75 à 89.Mêmes remarques qu’en 5 année.La première partie ayant été vue l’année précédente vous aurez avantage à la compléter par des données prises au cours Supérieur ou dans Carpenter.(1) Servez-vous des gravures et des cartes.“ Géographie physique, économique, gouvernementale et administrative de toute la province de Québec.” Huitième année: “L’Amérique du Nord en général.Le Canada moins la P-ovince de Québec.” F.L.F.LECTURE EN CLASSE (Aux élèves de 6e, 7e et 8e années, avec commentaires) L’ÉCONOMIE {suite) (2) Toujours l’homme a dû travailler pour vivre et il a dû refrener ses cupides désirs pour ne pas subir les atteintes de la misère.La nature veut que chacun puisse, par son travail, gagner sa vie, assurer la faiblesse et l’incapacité de ses vieux jours, et s’il a une famille, y pourvoir et même mettre en bonne voie de vivre ses enfants.Les pénibles exceptions à cette règle dont l’univers est rempli démontrent l’évidente nécessité de l’économie.Tout le monde veut aujourd’hui la plus grande somme de bonheur possible.Ce bonheur on le place dans toutes sortes de satisfactions extérieures, qui, il est vrai, étourdissent et pour lesquelles l’argent passe bien vite, sous prétexte qu’il faut profiter de la vie.Comme conséquence nécessaire de ce gasp liage, la misère et le mécontentement envahissent les classes pauvres.De là, surgissent de nouveaux problèmes qui font pâlir les économistes.Ceux-ci tâchent de trouver les solutions les plus équitables pour faire gagner plus d’argent et dès que l’argent afflue dans le gousset du pauvre, ce dernier entraîné par l’exemple, regardant autour de lui, cherche l’occasion de le dépenser le plus tôt possible.La meilleure économie sociale ne serait-elle pas de retenir sur la pente des folles dépenses les clauses moyennement salariées ?Voyez à la campagne, c’est là qu’on a conserve la saine notion de l’économie; on y connaît la valeur d’un sou.11 faut cependant admettre qu’en ces dernières années, il y a eu des relâchements regrettables.1.—Carpenter’s Geographical Readers.—American Book Co., New-York, North-America.Septième année: (2) Voir L’Enseignement Primaire de décembre 1927. L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE 369 DOCUMENTS SCOLAIRES DISCOURS DE MONSIEUR L’ABBÉ RODOLPHE MERCURE, PRINCIPAL DE L’ÉCOLE NORMALE DE MONT-LAURIER, A l’occasion de l’inauguration de cette École, le 29 novembre 1927 Monseigneur, (1) Tout en se réservant le privilège de célébrer, en son jour d’incidence, le 25e anniversaire de votre ordination sacerdotale, les élèves de cette maison voulaient avoir l’honneur de jeter la première note joyeuse de la solennité qui réunit plusieurs de vos vénérés confrères dans l’épiscopat, tous vos prêtres et nombre de vos amis.La cantate que vous venez d’entendre vous dit un peu que le dernier né de vos diocésains est dans une allégresse exubérante et qu’il vous crie, avec ses félicitations, le merci ^pour la vie qu’il vous doit.La joie de l’École normale de Mont-Laurier est d’autant plus grande qu’en ces fêtes jubilaires, elle devient un cadeau de votre choix.Monsieur le Surintendant de l’Instruction publique est sans doute heureux de vous l’offrir, en pareille circonstances, au nom du Gouvernement Provincial, bonheur qu’il partage sûrement avec les autres membres du Comité catholique ici présents.Et la Communauté des Sœurs de Sainte-Croix.; dont il ne fait plaisir de saluer la Révérende Mère Supérieure générale, doit être non moins heureuse d’en avoir été le moyen providentiel.Dans quelques instants vous bénirez solennellement cette maison, vous demanderez: “que le sauf Le du Divin Esprit la i emplisse, que son temple soit saint, que les anges de la lumière habitent ses murs, qu’ils gardent les âmes et les coeurs dans la paix et la vérité”, et le Christ-Roi, d’un cœur débonnaire, la comblera des richesses de sa grâce, principe de la vie.Alors l’École normale, enfant de l’Eglise comme de l’État, recevra réellement son mandat et prendra place dans la hiérarchie des œuvres créées par la Sagesse Suprême pour le bienfait de l’humanité.Mais toute existence bien ordonnée doit avoir son programme de vie, dans lequel elle prend sa force et le moyen de marcher sûrement vers le but qui lui est assigné.Pour nous, ce programme se trouve dans les pages des Règlements du Comité catholique et dans la devise que nous avons choisie “Per tuas semitas” Par tes sentiers, ô Christ-Roi.Messeigneurs, Monsieur le Surintendant, j’ai donc confiance que l’École normale de Mont-Laurier saura, comme ses ainées, satisfaire l’attente de ses fondateurs.Les éléments qui doivent accomplir ce grand travail sont choisis, les Révérendes Mères de la Congrégation de Saint-Croix nous ont donné des maîtresses dévouées et expérimentées.Après le bel éloge, que Monseigneur vient de faire de cette communauté, je n’ai pas à ajouter que les sujets d’élite ne lui manquent pas.Monsieur le professeur Plamondon est certes à la hauteur de sa tâche : sérieux comme il convient à un mathématicien, travailleur désintéressé comme doit l’être un vrai professeur de pédagogie, il est en plus rempli de “dessin” : Il en possède même assez pour rédiger, depuis deux ans, la page du dessin de L’Enseignement Primaii e.Avec un pareil concours, il nous sera facile de former un idéal que nous tâcherons, de jour en jour, de mieux comprendre et de mieux réaliser.La formation des futures institutrices qui deviendront plus tard, religieuses ou mères de famille, est une tâche aussi grande par sa beauté que par son importance.La mission d’enseigner est fille de haut lignage, elle descent directement de la pensée du Maître qui la confiait à tous les instituteurs lorsqu’il prononçait ces paroles attendrissantes: “Allez, enseignez les nations”.L’Ecole normale essayera de donner à la génération de demain, qui a tant besoin de lumière, de force, de science et de vertu, des éducatrices généreuses, des institutrices compétentes et laborieuses.Si les vertus d’abnégation et de dévouement sont nécessaires à toute maîtresse pour remplir parfaitement son devoir, elles deviennent de toute première importance à celles que nous voudrions voir se charger des écoles de nos campagnes du Nord.La tâche est souvent ingrate et elle s accomplit dans l’ombre.Qui songe à louer le zèle, le savoir-faire, le succès même de la petite maîtresse des rangs ?Le Gouvernement de temps en temps lui accorde bien une gratification.L’Enseignement Primaire souligne le fait et c’est tout, et encore, cela vient-il rarement.Elle doit le plus souvent, se contenter d’un salaire très modique, tout juste suffisant à entretenir sa vie.Accomplir son devoir partout et toujours, surtout quand ce devoir se heurte avec les idées ambiantes de repos, de bien-être, de luxe qui ont envahi les campagnes comme les villes; travailler de toutes ses forces lorsque autour de soi on en tend parler de tourisme, de villégiature et de sport demande, certes,! esprit d’abnégation et de sacrifice.Quant au dévouement, qui niera que l’éducation de 1 enfant n en exige pas plein le cœur.?Ceux-là le savent qui ont été à la peine ou qui ont étudié (1) S.G.Mgr Limoges, évêque de Mont-Laurier.3 370 L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE l’œuvre de ces éducateurs, de ces éducatrices que furent aux premiers jours de la colonie les humbles curés de la campagne canadienne, les Marie de l’Incarnation et les Marguerite Bourgeoys Et pour rester dans notre domaine, nous n’aurions qu’à ouvrir la page d’histoire relativement récente de l’enseignement primaire dans cette partie de la Province de Québec pour y retrouver les gestes héroïques de nos ancêtres.Il y a quarante ans cet automne, alors que toute la région de Mont-Laurier état en forêt, trois ou quatre colons seulement y étaient fixés depuis deux ans, deux Religieuses de Sainte-Croix partaient de Saint-Laurent avec mission d’aller ouvrir une école à Nominingue.Elle ont à parcourir un trajet de 108 milles, de Saint-Jérôme à Saint-Ignace, en voiture par des chemins à peine tracés.Sous la poussée apostolique et patriotique de Monseigneur Labelle, une trentaine de familles défrichent, depuis quelques années, des terres sur les bords des lacs Nominingue.Ces religieuses, dont l’une vit encore, Sœur Marie de Sainte-Ursule, viennent au secours des petits enfants qui jusque-là n’ont pas eu d’école.Elles s’installent dans un petit chantier de 12 pieds par 10 et reçoivent quelques jours après, dit la Chronique, “dix enfants à la figure simple et charmante, joyeux de voir des Religieuses et tous remplis de bonne volonté”.Oh! quand une éducatrice est animée de l’esprit du Maître, cequ’elle trouve de beauté dans ses élèves! Ces vaillantes Religieuses avaient su avoir le rayonnement divin dans l’âme de ces petits, car comment auraient-elles pu supporter l’exil, le froid, la pauvreté, pour ne pas dire le dénuement complet ?La même Chronique mentionne que le 10 décembre 1887, les Sœurs ont la joie d’avoir la visite du Révérend Père Hamel, provincial des Jésuites.“Elles n’ont pour le recevoir qu’une seule chaise, qui ne leur appartient pas; les valises servent de sièges”.Je voudrais pouvoir dire tous les détails émotionnants de cette première fondation sur le territoire qui devait devenir le diocèse de Mont-Laurier.Vous y verriez que seules les œuvres entreprises et accomplies dans un acte de sacrifice généreux peuvent avoir un couronnement comme celui qui nous réunit en ce moment.Monseigneur Brunet, dont la mémoire est encore si chère à tous les cœurs, avait de son large regard apostolique, entrevu sur la terre de son diocèse la possibilité de cette floraison si belle.Dans l’intimité d’une visite à la maison-mère des Sœurs de Saint-Croix il avait dit: “Mes Sœurs vous avez été des pionniers chez nous, c’est là que vous aurez votre École normale”.Honneur à vous, Monseigneur, d’avoir su réaliser sitôt et si bien ce souhait prophétique de votre prédécesseur.Messeigneurs, amis bienveillants, parents qui nous avez confié vos enfants, comptez sur notre fidélité à donner à nos élèves Ja culture intellectuelle et morale qu’elles attendent de nos soins.Nous sommes au service de l’Église et de la Patrie, conjointement chacun doit trouver en nous l’amour, le zèle, le dévouement, le culte qui lui est dû.Ce sont ces ambitions, Monsieur le Surintendant, que le personnel de cette maison vous demande d’approuver.A vous, Monseigneur de les couvrir d’une bénédiction.158e CONFERENCE DE L’ASSOCIATION DES INSTITUTEURS DE LA CIRCONSCRIPTION DE L’ECOLE NORMALE JACQUES-CARTIER—9 DECEMBRE 1927 M.Napoélon Brisebois, président, ouvre la séance en déterminant le but de cette assemblée spéciale, à savoir: nommer un délégué à la Commission administrative du Fonds de pension des fonctionnaires de l’enseignement primaire.M.le président fait remarquer que la présente réunion a été annoncée dans les journaux, huit jours à l’avance, lapse de temps exigé par les règlements de l’Association.Tous les membres ont donc été avertis du but de la séance et ne peuvent prétexter ignorance.Il demande alors que Von procède à l’élection du délégué en remplacement de feu M.J.-N.Perreault dont les funérailles ont eu lieu le matin même.Il n’aurait pas été décent, dit-il, de lui nommer un successeur avant que sa dépouille mortelle ne fût descendue dans la tombe.Ce fut malheureux cependant, car le comité de régie de la Commission administrative du fonds de retraite a eu sa réunion à Québec ce matin même.M.G.Bellefleur, appuyé par M.R.Marcil, propose “que M.A.-B.Charbonneau soit élu délégué à la Commission administrative en remplacement de M.J.-N.Perreault, décédé.” Cette motion est adoptée unanimement.Le secrétaire de l’Association remercie et promet de servir les intérêts de tous dans la mesure de ses capacités.M.Brisebois fait ensuite l’éloge funèbre du regretté disparu, M.J.-N.Perreault, et demande qu’un vote de condoléances soit proposé et adressé aux membres de sa famille.M.N.-Eudore Gobeil endosse les éloges de M.le Président et propose avec émotion les condoléances demandées, lesquelles sont adoptées debout, en silence.M.le président remercie les membres présents et lève la séance.A.-B.CHARBONNEAU, Secrétaire.Montréal, 9 décembre 1927. L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE 371 ENSEIGNEMENT PRATIQUE INSTRUCTION RELIGIEUSE LE DÉSIR DE LA COMMUNION Quand on aime un objet et qu’on ne peut le posséder encore, on le désire vivement, et on prend ses mesures pour en jouir bientôt.Celui qui veut amasser beaucoup d’or va le chercher au delà des mers, dans les pays où il abonde, sans redouter les écueils et les tempêtes.L’agriculteur concentre toutes ses pensées sur le sillon qui lui promet une riche moisson, et il ne peut se consoler si cette espérance est trompée.“Les laboureurs sont dans la consternation à cause de la stérilité de la terre; et, parce qu’il ne vient pas de pluie, ils se couvrent le visage pour pleurer leur malheur.” (Jérém.ch.xiv, v.4.) Le marchand pense nuit et jour aux moj^ens d’accroître sa fortune.Le soldat ne songe qu’à acquérir de la gloire.Le politique ne rêve que places et distinctions honorifiques.L’homme de plaisir n’a qu’une idée, c’est de s’amuser et de jouir tant qu’il est sur terre.Et vous, chers enfants, n’est-il pas vrai que, quand on vous a promis une chose qui vous est agréable, vous n’avez ni trêve ni repos que vous ne la possédiez ?Et cependant, qu’obtiennent les hommes ?Un peu de poussière brillante, un peu de fumée qui disparaît tout de suite.Que désirez-vous si ardemment ?Une bagatelle, une jouissance fugitive.Et vous seriez indifférent à l’approche du jour qui doit vous combler de bonheur, puisque vous jouirez du plus grand bienfait que Dieu puisse accorder à la créature ?Est-il possible que vous n’y pensiez pas sans cesse ?Il faut se garder toutefois d’une illusion à laquelle on peut être exposé à votre âge : c’est de prendre pour le vrai désir de la communion cette impatience de faire ce que font les autres à tel jour de fête; de sorte que vous désiriez communier parce que les autres communient, et que vous considériez dans cette démarche seulement le plaisir de participer à une cérémonie religieuse, à laquelle la piété aurait la moindre part.Les enfants aiment le mouvement, les spectacles où il paraissent en perspective: et il est à craindre que dans ces solennités, qu’ils appellent de tous les vœux, ils ne s’envisagent plutôt eux-mêmes que la gloire de Dieu.Ne voyez pas les choses à ce point de vue purement humain.Désirez la communion avec une extrême ardeur, parce que, la sainte Eucharistie étant nécessaire à Votre âme pour la soutenir et la rendre plus belle, elle la désire comme on désire la nourriture du corps, quand on ressent l’aiguillon de la faim.David pressé par la soif, s’écriait: Oh \ si quelqu’un me donnait à boire de Veau qui est à Bethléem\ (II Rois, ch._xxm, v.15.) Eh bien! chers enfants, n’êtes-vous pas aussi pressé par la soif que vos passions excitent en vous ?Dites donc à Jésus: Comme le cerf altéré soupire apres les eaux, de même mon âme soupire vers vous, ô mon Dieu.Quand viendrai-je, quand paraîtrai-je devant la face de Dieu?(Ps.xli v.1 et 2.) Venez à moi, agneau de Dieu, mon trésor et ma vie: Mon Dieu! ne tardez pas à venir.” (Ps.xxxix, v.18.) Résolution : Je penserai fréquemment au jour où je devrai communier.Lectures et récitations LE SAINT-SA CEEMENT Gage de la mort du Seigneur, Une goutte seule et c’en est assez : Les plus grands forfaits seront effacés! O Pain de Vie Qui rassasiez de bonheur L’âme ravie, •Jésus que j’aperçois voilé Dans ce mystère, Donnez à mon cœur de vivre de vous, De goûter combien vous seul êtes doux ! Donnez à mon cœur consolé Ce qu’il espère.Divin Pélican, ô Jésus! Je vous réclame! Il a soif de Vous! Contentez ses vœux En lui révélant votre gloire aux cieux! Dans votre sang de plus en plus Lavez mon âme.P.Ch.Clair. 372 L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE LE MOMENT DE L’ÉLÉVATION PENDANT LE SAINT-SACRIFICE DE LA MESSE Quel spectacle imposant nous offre le saint lieu ! Ce peuple tout entier prosterné devant Dieu; Ce temple dont la mousse a couvert les portiques; Ses vieux murs, son jour sombre et ses vitraux gothiques.Cette lampe d’airain, qui, dans l’antiquité, Symbole du soleil et de l’éternité, Luit devant le Très-Haut, nuit et jour suspendue; La majesté de Dieu parmi nous descendue; Les pleurs, les vœux, l’encens qui monte vers l’autel, Et de jeunes enfants qui, sous l’œil maternel, Adoucissent encor, par leur voix innocente, De la religion la pompe attendrissante; Cet orgue qui se tait; ce silence pieux; L’invisible union de la terre et des cieux; Tout enflamme, agrandit, émeut l’âme sensible: Il croit avoir franchi ce monde inaccessible, Où sur des harpes d’or l’immortel séraphin Aux pieds de Jéhovah chante l’hymne sans fin.Font ânes.LANGUE FRANÇAISE École primaire élémentaire COURS INFÉRIEUR DICTÉES I LE CHAT Le chat est joli, léger, propre et adroit; il arme ses aises, il cherche les meubles les plus mollets pour s’y reposer et s’y ébattre.Dans sa jeunesse, il est gai, vif, joli; il peut amuser les enfants, mais les coups de griffe sont toujours à craindre.D’après Buffon.explications.-—Aises: état dans lequel on n’est gêné par rien.—Mollet: assez mou.Cet adjectif est formé de mol, forme encore usitée de mou.-—S’ébattre: prendre ses ébats, s’agiter d’une façon agréable.Exercices.-—Trouvez les adjectifs; indiquez à quel nom se rapporte chaque adjectif.II L’élève trouvera le nom féminin correspondant à: Village (ville).—-Bord (bordure).-^-Fossé (fosse).—Caveau (cave).—Coquillage (coquille).—Rocher (roche).—Toit (toiture).— Grain (graine).—Goteau (côte).—Herbage (herbe).—Grillage (grille).—-Cruchon (cruche) .—Rivage (rive).—-Médaillon (médaille).¦—Cordon (corde).—-Poêlon (poêle).—Ceinturon (ceinture).—-Ilot (île).—Plumage (plu- me):—-Feuillage (feuille).—Vitrage (vitre).— Terrain (terre).RÉCITATION IMAGE DE LA VIE Où va ce volume d’eau Que roule ainsi ce ruisseau ?Dit un enfant à sa mère.Sur cette rive si chère D’où nous le voyons partir.Le verrons-nous revenir ?Non, mon fils; loin de sa source Ce ruisseau fuit pour toujours: Et cette onde, dans sa course, Est l’image de nos jours.Mme Tastu.RÉDACTION SUJET A TRAITER Exercice d’invention.-—T.Trouvez quelques mots donnant une idée de chaleur.2.Dans quels endroits trouvez-vous du feu ?3.Que remarquez-vous dans une forge ?SUJET TRAITÉ 1.Le brasier, le feu, la flamme, l’incendie, le rôti, la fumée font penser à la chaleur.2.On trouve du feu à la forge, dans une L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE 373 cheminée, à l’usine, à la cuisine, dans une locomotive, aux hauts fourneaux* 3.Ce qui me frappe clans une forge c’est la noirceur des murs, l’enclume, le grand soufflet, le nombre d’outils; je remarque encore le forgeron à la figure noire, aux bras nus, avec son grand tablier de cuir; je le vois tirant le soufflet et frappant à coups redoublés le fer rouge sur l’enclume.COURS MOYEN DICTÉES I FEMININ DES ADJECTIFS EN BUT Un objet accusateur; une parole accusatrice.Un fléau destructeur; une peste destructrice.Un fils majeur; une fille majeure.Un homme supérieur; une femme supérieure.Un mal intérieur; une maladie intérieure.Un objet meilleur; une qualité meilleure.Un fait antérieur; une histoire antérieure.Exercices.-—Mots à expliquer: fléau, fils majeur, homme supérieur, fait antérieur.—Analyse des adjectifs.II LE PREMIER CITOYEN DE QUEBEC En 1617, arriva Louis Hébert, qui a été le premier chef de famille de Québec, et, conséquemment, le premier citoyen du Canada.Ën effet, avant Hébert, les émigrants français n’avaient guère été que des oiseaux de passage venus dans la colonie pour s’y livrer à la traite des pelleteries, et bien résolus de retourner en France aussitôt après y avoir fait fortune.Hébert, au contraire, vint à Québec, accompagné de sa femme et de ses trois enfants, avec l’intention de s’y fixer d’une manière permanente.Hubert Larue.Exercices.—1.Donner le sens des mots, souligner et en indiquer la fonction grammaticale.2.Relever les verbes que renferme la dictée et trouver le sujet de chacun de ces verbes.III A MA PATRIE Je t’aime, “ô Canada, plus beau qu’un rayon de Vaurorel” J’aime ton fleuve-roi, tes grands lacs, ton sol fertile, ton ciel bleu.Et comment ne pas t’aimer, cher pays qui m’as donné mon berceau, ma famille, mes bienfaiteurs et mes amis?Je t’aime, lorsque tes campagnes ont revêtu leur robe de verdure, lorsque tes jardins sont en fleurs, lorsque tes forêts d’érables sont pleines de vie, de gaieté, de mystère, de parfums et de chansons.Je t’aime encore, lorsque tes arbres se dépouillent de leurs feuilles, lorsque tout repose dans tes prés, lorsque l’hiver a jeté sur toi son immense linceul.Mgr P.Bruchési.Exercices.— 1.Nommez quelques-uns des grands lacs du Canada, particulièrement de la Province de Québec.Quelle est cette robe de verdure dont se revêtent les campagnes et à quelle époque de l’année ?Quelle est cette vie dont les forêts d’érable se remplissent au printemps ?Quel est cet immense linceul que l’hiver jette sur notre pays en hiver?2.Relever tous les adjectifs renfermés dans la dictée et dire le nom qualifié par chacun d’eux.RÉCITATION SOUHAITS NAÏFS D’üN PETIT CANADIEN Oh! qu’on glisserait bien sur tous ces beaux nuages Qui, l’hiver, sont si blancs! Je les crois des rivages De neige épaisse et dure, et de brillants glaçons Que, chez lui, dans le ciel, le bon Dieu nous fait faire Pour y laisser jouer les bons petits garçons.Tu dis que pour marcher le Seigneur nous éclaire, Et que nous irons là, si nous faisons le bien: Oh! qu’on glissera bien! Moi, j’aime les sapins! Ils conservent leurs branches L’hiver comme l’été- jamais on les voit, Comme ces arbres fous qui, lors des neiges blanches, Se dépouillent tout nus et pensent que le froid Est pour eux un grand bien.La forêt n’est plus belle, Et c’est bien leur faute si la neige nouvelle Ne les couronne pas comme mes arbres fins, Comme mes beaux sapins.Les petits oiseaux blancs viendront-ils cette année, Sortant de la forêt, jouer dans la vallée ?Ils n’ont point peur de nous et ne sont point frileux; Car si pour eux la neige est une couche molle, Elle est aussi bien froide.Oh! je serais heureux, Si, comme l’an dernier, notre maître d’école Voulait laisser sautiller sur les bancs Les petits oiseaux blancs! P.-J.-O.Chauveau.RÉDACTION fUJET A TRAITER Construire un certain nombre de phrases dans chacune desquelles figurera l’un des mots suivants: Vertu, hiver, ami, bien, sommet, fin, et son contraire.SUJET TRAITÉ Notre devoir est de fuir le vice pour cultiver la vertu. 374 L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE Aux rigueurs de Vhiver succèdent les douceurs du printemps, et les chaleurs de l’été.Un ennemi loyal et franc vaut mieux qu’un ami dont la sincérité peut être mise en doute.On est triste quand on a fait le mal; on est heureux quand on a fait le bien.Ce n’est qu’aux prix d’une longue marche et de beaucoup de fatigue qu’on va du pied d’une montagne jusqu’au sommet.Pour réussir; il faut commencer par le com-mencement et non par la fin.COURS SUPÉRIEUR DICTÉES 1 LE CLERGÉ CANADIEN APRES LA CONQUETE Immédiatement après la conquête, notre clergé dut suffire à toutes les tâches.Il le fit par ses conseils, par son initiative sage et prudente, par son esprit de sacrifice, par l’exemple du plus pur patriotisme et des plus austères vertus.La loi martiale, établie tout d’abord dans la colonie, eut pour effet d’engager les habitants à s’adresser aux curés pour régler leurs différends.Plus que jamais le prêtre fut considéré comme l’ami, le protecteur, et le guide du peuple.La forte organisation paroissiale créée par Monseigneur de Saint-Val lier sut résister au choc’qui ébranlait tout l’édifice de notre nationalité.Grâce à cette organisation, les familles franco-canadiennes vécurent de leur vie propre et se gardèrent de toute espèce d’envahissement.Ernest Gagnon.Exercices.-—T.Il le fit: sens de ce membre de phrase.-—Qu’était-ce que la loi martiale établie au début du régime anglais ?-—Dans quel sens le mot édifice est-il employé dans l’avant-dernière phrase ?2.Analyser logiquement et grammaticalement la phrase: Immédiatement après la conquête, notre clergé dut suffire à toutes les tâches.II LES ANCIENS CANADIENS Leurs joies étaient celles du foyer domestique, et au dehors, les courses violentes et les pêches hardies; ils aimaient les fêtes de l’Église, les longues guirlandes des processions fleuries, et les chants solennels auxquels répondait la grande voix de l’Océan.Dans les veillées, ils retrouvaient encore quelques vieilles chansons de France, au milieu des joyeux propos et des récits de chasse et de fli! uste; d’autres fois, songeurs, solitaires, ils éprouvaient, aux accords mélancoliques de la mer, ces méditations rêveuses que la religion éveille dans les âmes plus simples, aussi bien que chez les plus grands esprits; ils en faisaient des légendes et des chants populaires, et c’est dans ces premières ébauches de la vie intellectuelle que Longfellow a été puiser l’idée mère d’EvANGÉ-line, ce chef-d’œuvre charmant.Rameau.Exercices.-—1.Pêches hardies: les pêcheurs acadiens s’exposaient aux périls en s’aventurant très loin dans le Golfe Saint-Laurent.-—-Des récits de flibuste: des récits racontant les aventures des pirates des mers.—Mélancoliques (accords) : tristes, qui portent à la rêverie.-—Ébauches (premièras) : premiers jets, premiers essais.-—Évangéline: Poème de l’illustre poète américain, Longfellow, dramatisant la cruelle dispersion des Acadiens, en 1755.RÉCITATION LES deux ruisseaux et le rocher Deux ruisseaux, sortis d’une même source, S’en allaient gaiement à travers les prés.Nul obstacle, d’abord, ne dérangea leur course-Us arrosèrent loin, et les trèfles pourprés, Et les blés et le pâturage, Tout en causant dans ce charmant langage Qu’on appelle murmure et qu’on ne comprend pas.Tout à coup devant eux un fier rocher se dresse Et leur dit rudement: •—Par quelle maladresse S’égarent ici vos pas ?Prenez une autre route Si vous voulez encore marcher Et ne pas voir goutte après goutte Votre onde ici se dessécher.L’un des ruisseaux partit, décrivant mille courbes Pour éviter le colosse ombrageux: Il se perdit bientôt sous les joncs et les tourbes D’un marais fangeux.L’autre resta; puis lentement ses ondes Couvrirent le flanc du rocher.Il devient un beau lac où les étoiles blondes, Où la barque du nocher Se balançaient mollement.Puis, un jour, de la cime Il bondit de l’autre côté, Jetant un voile sublime Sur l’obstacle dompté.Or, voici la morale, elle n'est point bien neuve: Celui-là devient grand qui surmonte l’épreuve.Pamphile Lemay.COMPOSITION SUJET A TRAITER L’économie En quoi consiste l’économie ?Faites voir que les personnes économes sont à la fois prévoyantes et courageuses. L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE 375 Enumérez, avec quelques détails, les bienfaits de l’économie.SUJET TRAITÉ Qu’est-ce donc que cette économie dont nous entendons parler si souvent?Car, à la maison comme à l’école,on nous fait de vraies leçons sur ce chapitre, et certainement avec raison: il est beaucoup plus utile pour nous de connaître cette science difficile que de savoir tout ce qui s’est passé au temps de Mérovée, puisque l’économie bien entendue est la source de notre bonheur matériel.Économiser ne veut pas dire se priver; non, on peut économiser et se donner tout ce qui rend la vie confortable; par exemple, se bien nourrir, mais sans rechercher le superflu qui ne flatte que la gourmandise; se vêtir avec goût, mais simplicité, selon son rang; enfin se priver de certains plaisirs.Cela semble facile d’être économe, mais regardons de près et nous verrons qu’il en coûte beaucoup à notre nature parfois.Il faut posséder deux qualités: être prévoyant et courageux.Prévoyant pour voir plus loin que le présent, se dire que la vie a parfois de méchantes surprises et que le bonheur est une chose passagère.École primaire SECTION MÉNAGÈRE DICTÉES I LA BONNE MÈRE DE FAMILLE Elle est comme le bon pain de froment qui semble insipide et dont on ne peut se priver.Elle est comme l’air pur qui nous fait vivre et que nous ne voyons pas.Son cœur et sa vie sont aux autres: elle s’est donnée tout entière, on la sait à soi, on use de son âme, on y fouille comme en un trésor commun.Sa bonté est au milieu de la famille un refuge toujours ouvert qui calme et guérit; non pas qu’elle se pique d’éloquence et de philosophie, qu’elle endorme le chagrin par des phrases ou persuade par des raisonnements.Elle partage les peines et les joies de ceux qu’elle aime, rien de plus, et cela si simplement, avec tant de naturel et d’un cœur si sincère que l’on ne songe même pas qu’il en pourrait être autrement.Elle n’a pas conscience d’ailleurs d’être l’ange du foyer et l’âme de la famille.Elle ne fait aucun effort pour cela: c’est par besoin qu’elle se dévoue, par instinct qu’elle Les dissipateurs, qui vivent au jour le jour, se trouvent subitement anéantis sous ces coups du sort; mais les économes, qui ont su prévoir l’orage, ont quelque chose pour adoucir ses terribles effets.Pour être économe il faut être courageux.Se priver est toujours pénible; on désire beaucoup tel ou tel objet, mais on réfléchit que l’argent, nécessaire à son acquisition, sera mieux employé ailleurs; l’objet plaît, mais il n’est pas absolument utile et on se le refuse.Et pour être économe, il faut aussi du bon sens: savoir assigner à chaque chose sa valeur réelle et distinguer l’utile de l’inutile.Les bienfaits de l’économie sont d’ailleurs nombreux; ils peuvent se résumer ainsi au point de vue matériel: elle donne l’aisance au ménage pauvre, assure le bien-être continuel au ménage riche, et par là la santé à tous.Au point de vue moral, elle est la source de bien des qualités: nous en avons déjà cité deux: la prévoyance et le courage, ajoutons l’ordre et les resp et de soi.Enfin l’économie permet de pratiquer une vertu bien douce, la charité.L’économe, qui sait se priver du superflu, n’hésite pas à ouvrir la main pour donner à celui qui souffre.complémentaire s’efface.Elle va au bien comme les braves au canon.Elle a la pudeur de ses vertus comme d’autres ont la honte de leurs défauts, et agit avec des raffinements de diplomate pour dissimuler ses bonnes actions, pensant que la reconnaissance dont on paye ses bienfaits enlève à ces bienfaits le plus pur de leur mérite et les déflore en les signalant.C’est lorsqu’elle n’est plus là que l’on comprend tout ce qu’elle valait.Il semble alors que le feu du foyer soit éteint, et à chaque heure du jour on la cherche, on l’attend.G.Droz.Questions.-—1.Sens des mots: insipide, refuge, dissimuler.2.Nombre et nature des prop, contenues dans la dernière phrase.3.Quel est le contraire du mot naturel ?II HYGIÈNE Une mauvaise habitude C’est une très mauvaise habitude que de respirer par la bouche.L’air pénètre dans les poumons encore froid et chargé de microbes; c’est la cause de beaucoup de maladies. 376 L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE En respirant au contraire par le nez, on force l’air à prendre un chemin plus long et plus compliqué, mais il arrive dans les poumons échauffé et débarrassé de la plus grande partie de ses microbes.Questions et explications.-—Les microbes sont des êtres infiniment petits, invisibles à l’œil nu, qui se trouvent dans l’air par millions et qui sont les agents de transmission de la plupart des maladies.—Beaucoup de maladies: le rhume de cerveau ou coryza, la bronchite, la fluxion de poitrine ou pneumonie, la pleurésie.-—Comparez et expliquez les mots respirer, aspirer (attirer l’air dans les poumons), expirer (chasser au dehors l’air aspiré), inspirer (faire pénétrer de l’air dans les poumons en soufflant; au figuré, faire naître une pensée, un sentiment).SECTION AGRICOLE DICTÉES I Les arbres fruitiers Sous la caresse du soleil printanier, les bourgeons s’ouvrent et les fleurs s’épanouissent.Les pruniers sont tout roses, les pommiers et les cerises tout blancs.Au fond de chacune de leurs petites fleurs, un fruit se formera; prune, pomme ou cerise.Questions et explications.-—Printanier.Du printemps.Les adjectifs'correspondants pour les autres saisons sont: estival, hivernal, automnal.— Que faut-il donc pour que les bourgeons écartent leurs écailles ?De la chaleur.Qu’arrivera-t-il si la température se refroidit, s’il gèle ?¦—Connaissez-vous des arbres fruitiers autres que ceux qui sont cités dans la dictée ?Ont-ils aussi des fleurs ?Que peut-on affirmer quand on voit un cerisier ou un pommier sans fleuri Qu’il n’y aura ni cerise ni pomme sur ces arbres.Exercices.-—Soulignez d’un trait les noms, de deux les adjectifs, de trois les verbes.II CONSÉQUENCE d’üNE NÉGLIGENCE Le clou Un cultivateur, avant à’atteler pour se rendre à la ville, remarqua bien qu’il manquait un clou à l’un des fers de son cheval; néanmoins il parti en disant: “Bah! à un clou près!.” Au bout d’un certain temps, le cheval perdit son fer.Le paysan se dit: “Il n’y a pas de forgeron dans le voisinage; d’ailleurs trois fers suffiront bien en attendant.Mais les cailloux du chemin endommagèrent peu à peu le pied de la bête, qui ne tarda pas à boiter.Or deux voleurs, surgissant tout à coup, menacèrent le voyageur tout tremblant.Ne pouvant fuir avec un cheval boiteux, il lui fallut livrer à la fois sa bourse, sa monture et sa valise.En regagnant à pied sa demeure, le cultivateur pensa: “Pouvais-je prévoir que, faute d’un clou, je reviendrais en cet état!” ¦ Exercices.-—Idées:—La négligence dans les choses les plus futiles a quelquefois de très graves conséquences.Contez l’histoire bien connue du cultivateur qui avait négligé de faire remplacer un bardeau manquant au toit de sa maison, ou l’histoire de cet autre, qui remettait de jour en jour la réparation du loquet de son étable à porc.Vocabulaire:—Atteler, au sens canadien, c’est mettre un harnais à son cheval et attacher ce dernier aux menoires de la voiture.—Endommagèrent.D’où vient ce mot?Que signifie-t-il?Surgissant.Apparaissant brusquement.Grammaire.-—Relevez toutes les formes verbales en ant renfermées dans le texte.Distinguez les participes présents des adjectifs verbaux.III SOLLICITUDES ü’uN BON CULTIVATEUR 1.Le succès en agriculture est fait d’ordre, de stabilité, d’économie prévoyante, de soins parallèles donnés à la ferme, à l’étable, à L basse-cour, aux bêtes et aux choses; de travail constant, d’occupations variées, qui rendent aussi fécondes les mortes-saisons que la saison des labours et des moissons; il est fait de sobriété et de sage administration.2.Cette administration compte avec les petites épargnes et les petites dépenses; le cultivateur avisé ne la perd jamais de vue, elle le préoccupe après les heures de travail manuel, il en cause en famille, en ajustant toutes choses de façon à se ménager des profits.3.Un cultivateur ne saurait quitter sa charrue comme un ouvrier des manufactures quitte ses machines.Quand le laboureur laisse une besogne, il y en a toujours une autre qui l’attend; et s’il la néglige, il perd d’un côté ce qu’il gagne de l’autre; si, par incurie et manque de suite, il ne surveille pas, en même temps que ses semences et ses récoltes, ses bestiaux, ses granges, ses agrès, ses comptes et sa bourse, il travaille en vain.R.P.Louis Lalande, S.J.Exercices.—1.Exrliquer le sens des mots soulignés dans la dictée.2.Analyser logiquement la phrase: “Un cultivateur ne saurait quitter sa charrue comme un ouvrier des manufactures quitte ses machines.” L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE 377 RÉCITATIONS LE LABOUREUR CANADIEN Derrière deux grands bœufs ou deux lourds perche-L’homme marche courbé dans le pré solitaire ; [rons, Ses poignets musculeux, rivés aux mancherons De la charrue, ouvrent le ventre de la terre.Au pied d’un coteau vert noyé dans les rayons, Les yeux toujours fixés sur la glèbe si chère, Grisé du lourd parfum qu’exhale la jachère, Avec calme et lenteur il trace ses sillons.Et, rêveur, quelquefois il ébauche un sourire : Son oreille déjà croit entendre bruire Une mer d’épis d’or sous un soleil de feu; Il s’imagine voir le blé gonfler sa grange ; Il songé que ses pas sont comptés par un ange, Et que le laboureur collabore avec Dieu.W.A.Chapman.SECTION INDUSTRIELLE COMPOSITION SUJET A TRAITER Le 'principe d’Archimède Énoncez le principe d’Archimède.Comment le démontre-t-on?Ses applications: corps flottants, natation, bateaux, ballons.SUJET TRAITÉ Archimède, savant grec, qui vivait au Ille siècle avant Jésus-Christ, s’aperçut, un jour qu’il était au bain, que ses membres étaient plus légers clans l’eau qu’à l’air libre : il soulevait plus facilement ses bras et ses jambes immergés.Il était sur la voie de la découverte du principe qu’il est arrivé à déterminer, principe qui porte encore son nom aujourd’hui et qu’il a formulé de la manière suivante: “Tout corps plongé dans un liquide subit une poussée verticale de bas en haut égale au poids du liquide qu’il déplace.” Pour nous prouver l’exactitude de ce principe, notre maître a fait en notre présence l’expérience suivante : Il a rempli d’eau aussi exactement que possible une soupière reposant sur un plat creux, puis il a placé, après l’avoir pesé, un morceau de bois de chêne sur la surface de l’eau.Le morceau de bois a surnagé, c’est-à-dire qu’une partie a pénétré dans l’eau, tandis que l’autre n’a pas été mouillée; en même temps il s’écoulait une certaine quantité d’eau de la soupière dans le plat creux.Cette eau, recueillie et pesée, avait, à très peu de chose près, le même poids que celui du morceau de bois.Si l’égalité n’était pas absolue, c’est que l’expérience ne pouvait se faire, comme dans les cabinets de physique, dans des conditions parfaites.Le principe d’Archimède reçoit de nombreuses applications.C’est grâce à lui que l’on peut expliquer comment un homme, un canot, un vaisseau peuvent se maintenir sur l’eau.C’est en vertu du même principe qu’un ballon plane dans l’air; l’air remplaçant ici le liquide, et l’aérostat, gonflé d’un gaz beaucoup plus léger que le fluide atmosphérique, jouant en quelque sorte le rôle de corps flottant.ENSEIGNEMENT ANTIALCOOLIQUE SUJET A TRAITER l’alcoolisme L’alcoolisme n’est point un danger passager ; sa gravité s’accroît avec ses progrès.Il est un fléau pour la famille et pour la société.Ses effets s’étendent jusqu’aux enfants de l’alcoolique.SUJET TRAITÉ Il ne s’agit point ici d’un danger passager, d’une sorte d’accident dans la vie dont la menace serait d’un instant.L’alcoolisme est un fléau, d’un caractère permanent ; ses effets, en s’aggravant d’année en année, deviennent de plus en plus dangereux.Les victimes qu’il fait, tellement la continuité de ses progrès est redoutable et meurtrière, sont de beaucoup plus nombreuses que celles de la guerre et des épidémies.C’est qu’en effet, ffalcoolisme ne se contente pas de frapper celui qui s’y adonne.Non seulement, l’alcoolique ruine sa santé et son intelligence, non seulement il court à la folie et au suicide, mais encore ce fléau frappe par lui tous ceux dont l’existence est liée à la sienne.L’alcoolique devient pour tous les siens une charge écrasante et un danger permanent.L’alcoolisme ne désorganise pas seulement les familles par la ruine et le déshonneur, mais il compromet encore la sécurité publique; le nombre des crimes commis par les alcooliques prend des proportions alarmantes.Les effets de l’alcoolisme s’étendent au delà de la génération présente.Victimes des excès des parents, les enfants d’alcooliques ont un sang appauvri; ils portent en eux un poison dont le médecin est impuissant à arrêter les funestes effets. 378 L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE MATHÉMATIQUES ARITHMETIQUE, ALGÈBRE ET MESURAGE Avertissement/—Afin de donner à cette partie de la revue un caractère vraiment pratique, nous avons cru devoir nous enfermer strictement, pour le choix des problèmes, dans le cadre tracé par la “Répartition mensuelle du programme” préparée par MM.Miller et Brionne et recommandée par le Surintendant de l’Instruction Publique pour toutes les écoles primaires de la province.Les exercices proposés dans chaque livraison ont un double but: 1.Fournir régulièrement aux instituteurs et aux institutrices, pour la récapitulation qu’ils ne doivent pas manquer de faire à la fin de chaque mois, quelques problèmes qui les aideront à s’assurer si leurs élèves progressent normalement; 2.Guider les aspirants et les aspirantes aux deux brevets du Bureau central en leur faisant étudier, chaque mois, quelques-uns des problèmes les plus importants du programme de chacune des sections du cours complémentaire.COURS INFÉRIEUR 1ÈRE ANNÉE 1.50 50 50 50 50 50 50 50 50 50 + 1 +2 +3 +4 +5 + 6 +7 +8 +9 + 10 2.49 49 49 49 48 48 47 47 + 5 +4 +6 +9 +9 + 6 +5 +8 3.Poser et effectuer les additions suivantes: 55 + 5, 56+3, 57+2, 58+2, 55+4.Exemple : : 55 + 5 60 4.Soustractions: 51 55 56 57 58 59 59 -1 -2 -4 -6 -5 -6 -9 5.Soustractions: \ 56 58 59 57 59 56 -13 24 -32 -41 -25 -14 L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE 379 6.Une école de deux classes comprend 58 élèves; dans la première classe, il y a 35 élèves; combien y en a-t-il dans l’autre ?2ÈME ANNÉE 1.Posez en chiffres: 5 centaines, 4 dizaines et 3 unités;—6 cent., 7 diz.et 8 u.;—9 cent., 0 diz.et 5 u.;—8 cent., 9 diz.et 9 u.2.Décomposez les nombres suivants, en centaines, dizaines et unités: 628, 732, 843, 967 et 990.Ex.: 628 = 6 cent.2 diz.et 8 unités.3.Augmentez mentalement d’une dizaine chacun des nombres suivants et posez en chiffres le résultat obtenu: 1.Sept cent trente-cinq; 2.Huit cent quarante; 3.Neuf cent soixante-treize; 4.Neuf cent neuf; 5.Neuf cent quatre-vingt-neuf.4.Ecrivez en toutes lettres les nombres de 975 à 984.5.Posez en chiffres romains les nombres de 4 à 12.6.Une bonne vache peut rapporter par semaine 8 livres de beurre valant 34 sous la livre.Quel bénéfice réalisera-t-on chaque semaine avec 4 vaches semblables, si chacune d’elles consomme pour 39 sous de nourriture ?COURS MOYEN SÈME ANNÉE Réduire en pouces: 1.2 verges, 2 pieds et 6 pouces, 2.5 verges, 1 pied et 4 pouces, 3.8 verges, 2 pieds et 11 pouces.Disposition recommandée: 2 ver.2 pi.6 po.X 3 6 + 6 8 Xj_ 2.9 6 10 2 Pu- Rép.2.Combien de verges, de pieds et de pouces dans : 1° 938 pouces; 2° 842 pouces; 3° 776 pouces?Disposition recommandée: 12 3 918 76 pieds et 6 pouces 25 ver.1 pi.et 6 pouces.Rép.3.Un jeune homme dépense 15 sous de cigarettes par jour et 50 sous pour le cinéma par semaine.Combien gaspille-t-il par année ? 380 L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE Solution : 365X 15 = $54.75.Cigarettes.0.50X52 = $26.Cinema.$54.75+ $52.=$106.75.Rép.4.Combien de verges font : 2 pieds + 2 pi.+1 pi.?Solution : 2 pi.+2pi + l pi.=5 pi.5 pi.= 3 = 1 ver.2 pi.ou l-§- verge.Rép.5.Combien font f- verges +-§• verges+-3- verges ?Solution :ver.+-§• ver.+ilj-ver.=-§• ver.= 1|-ver.Rép.6.Combien de pieds font: 7 po.+8 po.+4 po.?Solution : 7 po.+8 po.+4 po.= 19 po.19=12 = 1 pi.7 po.ou 1 pieds.Rép.7.Combien de pieds font ^+jS2+^2 ?Solution : t2+A-+TS-==t| = 1T2- Rép.4ÈME ANNÉE 1.Un cultivateur vend 3 tonnes et 625 livres de foin à $16.la tonne.Combien recevra-t-il ?Solution : 1 tonne ou 2000 Ibs.=$16.00 3 tonnes =$16X3 = $48 00 }/2 tonne ou 1000 Ibs .=$8.00 100Ibs =$0.80 600 Ibs $0.80X6 = 4 80 25 Ibs .' = $0.80XM 20 Rép $53 00 2.Une fermière vend au marché un pain de beurre pesant 5 Ibs.6 onces à 40 sous la livre.Que remettra-t-elle sur un billet de $5.00 ?Solution : 51b.= $0.40 X 5 =.$2.00 6 onces = ou de livre =40X|-=.0.15 $5.00—$2.15 =$2.85 Rép $2.15 3.Une terre comprend un rectangle de 4 arpents de largeur sur 30 arpents de longueur et une pointe en forme de triangle rectangle droit de 4 arpents de base sur 10 de hauteur.Quelle en est la superficie ?Solution : Rectangle =.30X4 = 120 Triangle =.== 20 Rép 140 arp. L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE 381 COURS SUPÉRIEUR 5ÈME ANNÉE 1.Trouvez l’intérêt de $1000.pour 2 ans et 65 jours à 5% Solution : Int.de $1000.pour 1 an = $1000.X .05 = $50.00 Int.“ 2 ans = $50.X 2 = $100.Int.“ “ “ 65 jrs = $8.9! $100 + $8.91 =$108.91.Rép.2.Trouvez l’intérêt de $1650., à 6%, du 1er janvier 1915 au 28 octobre 1916.Solution : Du 1er jan.1915 au 28 oct.1916, il y a 1 an 301 jrs.Int.pour 1 an = $1650 X .06 = $99.00 Int.pour 301 jrs = ——93^yf — = 81.64.‘ $99 + $81.64 = $180.64.Rép.3.J’achète du tapis de 2 pieds de large, à raison de $1.50 la verge, pour couvrir le plancher d’une chambre de 20 pieds de longueur sur 17 pieds 6 pouces de largeur.Quelle sera la dépense, si l’on pose le tapis dans le sens de la longueur?Solution : 17 pi.6 po.= 17X12 + 6 = 210 pouces.210-f-24 = 8+£ ou 9 laizes.9 X 20 = 180 pi.ou 60 verges.60.X $1.50 = $90.Rép.6ÈME ANNÉE 1.On estime que toute voiture ou machine agricole exposée au soleil et à la pluie subit annuellement une dépréciation de 15% de sa valeur, tandis que cette dépréciation ne serait que de 5% si la voiture ou la machine était gardée à l’abri.D’après ces données, quelle perte annuelle subit un cultivateur négligent qui n’a pas soin de remiser régulièrement ses instruments aratoires, etc., si son roulant est évalué à $720.?Solution : Dépréciation inévitable = 5% Perte par négligence = 15% - 5% = 10% $720X 10% = $72.Perte.Rép.2.A quel taux faut-il placer $1200 pour retirer $1290., capital et intérêt compris, au bout de 2 ans et 6 mois.Solution : $1290 - $1200 = $90.Int.$1200 placé à 1% pendant 2}/2 ans rapp.$1200.X.01X2^-= $30.Autant de fois $30 dans $90.“ “ “ 1% $90.-$30.=3%.Rép.3.Combien paierai-je, à raison de 14 sous la verge carrée, pour faire gra-veler une allée de 2 verges de largeur sur le pourtour d’un terrain circulaire de 40 verges de diamètre ? 382 L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE Solution : Rayon extérieur = 40 h-2 = 20 verges Rayon intérieur = 20 -2 = 18 verges Surface de Tallée = (202 - 182) 3y = 238y ver.Dépense =238yX0.14 = $33.44.Rép.SECTIONS AGRICOLE, COMMERCIALE, MÉNAGÈRE.7ÈME ANNÉE Arithmétique 1.Une ménagère, en achetant certaines provisions à la douzaine, obtient une remise de 123^%.De plus, comme elle paye comptant, on lui accorde un autre escompte de 5%.Combien économise-t-elle sur une commande de $56.24?Solution : La première remise est de $56.24X0.125 = $7.03.$56.24-$7.03 =$49.21 La deuxième remise = $49.21 X 0.05 = $2.46 $7.03+ $2.46 = $9.49.Rêp.2.Un cultivateur a retiré $34J5.^0 de la vente de 300 sacs de patates.Combien le commissionnaire a-t-il vendu le sac de patate s’il a retenu 5% de commission et $12.50 pour transport?Solution : $340.90 = vente moins la corn, et les frais.$340.90 + $12.50 = $353.40.Vente moins la corn.$353.40^-0.95 = $372.Vente $372-^300 = $1.24.Rép.3.Un cultivateur prudent décide d’assurer sa grange estimée à $1800 et son contenu évalué à $2295.Quel sera le montant de la prime annuelle au taux de 23+%, si le cultivateur désire couvrir la valeur de sa propriété et la prime?Solution : Il faut trouver d’abord le montant de l’assurance.Sur chaque $100.d’ass.on paiera $23+ et l’on retirera $97.50.On devra donc s’assurer pour autant de fois $100.qu’il y a de fois $97.50 dans $2295+ $1800 ou $4095.g^Nt-O-O^- = $4200.assurance.$4200X 0.023+= $105.Prime.Rép.MESURAGE {Voir section industrielle) SÈME ANNÉE Arithmétique 1.Partager 1638 en trois parties de manière que la première soit à la deuxième comme 3 est à 4, et que la première soit à la troisième comme 6 est à 7.Solution : La difficulté de ce problème provient de ce que le nombre qui sert de terme de comparaison entre la Ire partie et les deux L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE 383 autres n’est pas le même dans les deux rapports.Il faut modifier l’énoncé de manière que le même nombre représente la première partie dans les deux cas.Or, on sait qu’on peut multiplier les deux termes d’un rapport par un nombre quelconque sans changer ce rapport.Multiplions donc le rapport “3 est à 4” par 2; il deviendra “6 est à 8” et la Ire partie sera représentée par 6 comme dans le 2ème rapport.Il s’agit donc de partager prop, à 6.8 et 7.Le reste de l’explication est facile.6+8+7=21 ' Rép.= 468 1ère partie = 624 2ème partie.—= 54Q 3ème partie.2.Partager 2775 en trois parties de manière que la première soit à la deuxième comme 4 est à 7, et que la deuxième soit à la troisième comme 5 est à 8.Solution : Dans ce cas-ci, il faut multiplier le 1er rapport par 5 et le deuxième par 7.On a alors le même nombre—35—comme terme 1ère, 2ème, Sème de comparaison entre la 2ème et les deux autres.4 est à 7 5 est à 8 20 est à 35 35 est à 56 Il faut donc partager prop, à 20, 35 et 56.20+35+56 = 111 2 7.7_AX2 0 =500 2 7 7 5X35 =g75 ,2 71,5X5 6 = 140Q 3.Un cultivateur désire mélanger du blé d’Inde valant 70 sous le minot avec du seigle à 75 sous, de l’orge à 60 sous et de l’avoine à 45 sous, de manière à faire un mélange de 60 minots qu’il pourra vendre 78 sous le minot en faisant un profit de 20% Combien de minots de chaque espèce devra-t-il prendre ?Solution : Puisqu’en vendant 78 sous, il gagne 20%.S0.78 égale 120% du prix coûtant moyen.Prix coûtant moyen $9 • 7 sxi o o 12 0 = S0.65 65s 70 i 5 t 75 1 1 0 60 T 5 [45 1 20 1 Sur 1 minot à 70 sous on perd 5 sous.2 Pour ne perdre qu’un soû, il ne faudra prendre que -g- de minot.1 1 5 Sur 1 piin.à 60 sous, on gagne 5 sous.Pour ne gagner qu’un sou, il ne faudra prendre que -g- de minot.Il faudra donc équilibrer ^ m.de blé d’Inde avec -g- m. 384 L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE d’orge ou, ce qui revient au même, 1 m.de blé d’Inde avec 1 m.d’orge.De même on contrebalancera la perte d’un sou sur yV m.de seigle, avec le gain d’un sou sur m.d’avoine.Comme dans le cas précédent, on chasse les fractions en multipliant par le plus petit commun multiple et l’on obtient, au lieu de yy contre -yy, le rapport équivalent: 2 contre 1.Il faudra donc prendre 1 m.à $0.70 chaque fois que l’on prendra 2 m.à $0.75, 1 m.à $0.60 et 1 m.à $0.45.Mais 1+2 + 1 + 1 ne donne que 5 m.Or, on veut un mélange de 60 m.Autant de fois 5 dans 60 ( ( U (( 1 m.à $0.70 U (( (C 2 m.à $0.75 (( U C t 1 m.à $0.60 (C U U 1 m.à $0.45 60- h5 = 12 IX 12 = 12 m.à $0.70 2X 12 = 24 m.à 0$.75 IX 12 = 12 m.à $0.60 IX 12 = 12 m.à $0.45 Rép.MESURAGE (Voir section industrielle) SECTION INDUSTRIELLE 7ÈME ANNÉE Mesurage 1.Le rayon d’un cercle est de 21 pouces.Trouvez la longueur de l’arc et la superficie d’un secteur de 115/ (Pi.=3y).Solution : Circonf.=2lX2X3y = 132 Arc = 131 e o1 5~= 42~g~- Ré/P-Superf.du cercle =-^+21211 = 1386 Superf.du secteur = -1^~8^yy1-1— = 442^.Rép.2.La superficie d’un secteur est 56 pi.car.La superficie du cercle est 616 pieds carrés.Trouvez la longueur de l’arc du secteur.Solution : 616 représente 360°.56 “ ?""Vie5 6 = 32°^ angle.Rayon = V 616 3y = 14.Circonf.= 14X2X3y = 88.Arc = 8iC% ?3.—J’envoie à mon agent $2790.pour m’acheter du coton à $0.09 la verge.Après avoir retenu sa commission à 33^%.Combien de verges achètera-t-il et quelle sera sa commission ?4.—Une propriété rectangulaire de 1512 verges carrées et de 18 verges de largeur est agrandie de 8 verges sur sa longueur et de 10 sur sa largeur.De combien sa valeur est-elle augmentée à raison de $0.25 la verge carrée ?5.Un parallélogramme a 44 pieds de hauteur; calculez-en la base sachant que la surface est équivalente à celle d’un rectangle dont les dimensions sont 82 et 46 pieds.SEPTIÈME ANNÉE DICTÉE Les enfants trouvés qu’avaient recueillis le zèle et la compassion de saint Vincent de Paul, ontreçu de sa charité des soins que leur avaient refusés leurs parents mêmes.Arme ton bras, revêts ton armure spirituelle, ô jeune fille qui regardes en espérant, vers un avenir rempli de 438 L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE promesses.Quelques pieux devoirs qu’ils eussent à remplir envers ce bienfaiteur, ils sont pourtant restés froids à son égard.Résous-toi à ton sort et ne te plains pas.Avare qui amoncelles tant de trésors, crois-tu qu’ils te suivront au tombeau ?Les pains bénits ont été distribués aux fidèles.Il est peu d’Hôtels-Dieu aussi bien tenus que ceux de Québec et de Montréal.Tous les honnêtes gens ne sont pas connus, ni même les bons ou bonnes gens.Trois huit de suite font huit cent quatre-vingt-huit.Les cent crayons que tu achètes écriront-ils bien ?ARITHMÉTIQUE 1.—Un homme dit que les des y de son argent, augmentés de $28.égalent $375.Combien cet homme a-t-il d’argent?2.—A vend une maison à B en perdant les 3-17 du coût; B la vend $56.à C en gagnant le 1-3 de la somme qu’il avait payée.Combien A a-t-il payé cette maison ?3.—En donnant à chaque soldat 18 onces de vivres par jour, une garnison pourra tenir 100 jours.De combien devra-t-on diminuer la ration si elle doit tenir 50 jours de plus ?4.-—Un tapis ayant % de verge de large est posé dans le sens de la longueur d’une chambre.Calculez le nombre de verges courantes qu’il faudra en tenant compte de la perte indiquée pour chaque laize, excepté la première, si la chambre mesure 23 pieds sur 18, et s’il y a une perte de 9 pouces.5.—Quelle hauteur faudrait-il donner à un triangle de 128 pieds de base pour que sa surface fût équivalente à celle d’un carré de 104 verges de périmètre ?Nombre d’élèves qui ont concouru : Moy.de l’âge au 1er février: Dictéè Moy.des fautes: Arithmétique Moy.des points: 7e année A: 21 15.1 ans 4.7e année B: 22 13.8 “ 3.9 59.8% 53.4% 2ÈME SÉRIE Age moyen 15Ej ans.Moyenne des points 8^- sur 10.1.—1° Les deux extrêmes d’une proportion sont 1.8 et 9, et l’un des moyens est 2 .7.Trou- vez l’autre ?2° Calculez la moyenne proportionnelle entre 24 et 254.2.—L’espace parcouru par un corps qui tombe en chute libre dans le vide est proportionnel au carré de la durée de la chute.Sachant qu’un corps tombe de 30.625 verges en 2.5 secondes, de quelle hauteur tombe-t-il en 6 secondes ?3.—B a 35700 Ibs de foin pour nourrir 27 vaches pendant 168 jours; après 42 jours son bétail s’accroît de 3 vaches.Combien doit-il acheter de Ibs de foin, s’il ne veut pas diminuer la ration ?4.—Les côtés d’un triangle ont 11, 60, 61 pouces.Trouvez la longueur de la perpendiculaire abaissée sur le plus grand côté du sommet de l’angle opposé.5.—Une échelle de 50 pieds placée dans une certaine rue peut atteindre à une fenêtre placée à 28 pieds du sol, si on l’appuie d’un côté de la rue, ou à une fenêtre située à 36 pieds du sol, si on l’appui de l’autre côté.Trouvez la largeur de la rue ?HUITIÈME ANNÉE DICTÉE Il y a quelque cent dix ans, les peuples surexcités par les mêmes principes dont on s’était servi contre la religion, conspiraient la ruine de toute autorité.Toute l’Écriture-sainte est pleine de poésie dans les endroits même où l’on trouve aucune trace de versification.Quelques grands efforts que fassent les hommes, leur néant paraît partout.Les préliminaires de la paix signée en mil six cent quarante-six n’eurent aucunes suites.Les Grecs, que l’on a dit si fiers de leur liberté, se mettaient aux gages même des rois de Perse.Combien nous L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE 439 fûmes affligé, disait Louis XIV, quand nous fûmes instruit de la mort de Monsieur de Turenne! Prends ce mets, présente-le aux convives et manges-en.Quand on est amis, on s’assiste l’un l’autre.Dieu de bonté qui entends ma prière, exauce-la.ARITHMÉTIQUE 1.—Quatre cents hommes ont des vivres pour 45 jours.A raison de certaines difficultés 25 hommes quittent le travail et la ration est réduite de 34- Pendant combien de jours le reste des hommes pourra-t-il tenir e au travail dans ces circonstances ?2.—Pour payer 210 ouvriers il a fallu une somme de $2340.Le patron réduit de 10 à 8 les heures de travail et augmente de 1-6 le prix de l’heure, enfin il reçoit 36 nouveaux ouvriers.Dans ces nouvelles conditions combien déboursera-t-il ?3.—Avec 26 livres de fil on a tissé 30 verges de toile de 4-5 de verge de large; on veut tisser de la toile de % de verge de large avec 32 livres de même fil, quelle sera la longueur de cette pièce ?4.—La hauteur d’une tour située au bord d’une rivière est de 55 pieds.La ligue qui joindrait le sommet de la tour au bord opposé aurait 78 pieds.Quelle est la largeur de la rivière ?5.—Les côtés d’un triangle ont 28, 27 et 17 pieds.Quelle est la hauteur relative au plus long côté ?Nombre d’élèves Moy.de l’âge Dictée Arithmétique qui ont concouru: au 1er février: Moy.des fautes: Moy.des points 25 16.2 ans 4.1 58.5% 2ÈME SÉKIE Age moyen 16 1-8 ans.Moyenne de points 8M sur 10.1.—Deux personnes ayant placé chacune $6000.l’une pendant 2 ans, l’autre pendant 15 mois, ont touché des intérêts montant ensemble à $660.L’intérêt de la 2e étant les de la 1ère, on demande, à quel taux chacune de ces personnes a placé son argent ?2.—Une somme placée à 4% a acquis la valeur de $18000, tandis que si elle avait été placée à 6%, elle serait devenue $19500.Quelle est cette somme et pendant combien de temps a-t-elle été placée ?3.—La différence entre l’intérêt et l’escompte vrai d’une somme pour 6 mois à 8% est de $2.Quelle est cette somme ?4.—Un arbre de grosseur uniforme a une circonférence de 55 pouces; trouvez le côté de la plus grosse poutre carrée qu’on peut en tirer.5.—Dans un cercle de 15 pieds de rayon, on découpe un secteur dont l’arc mesure 24 pieds.Quell est la surface du secteur?y DE LA SECTION AGRICOLE DANS LES ÉCOLES COMPLÉMENTAIRES DE GARÇONS: COMMENT LES MULTIPLIER ET EN ASSURER LE FONCTIONNEMENT EFFICACE ET DE L’IMPORTANCE D’AUGMENTER LE NOMBRE DES INSTITUTEURS.—RAPPORTEUR: M.J.-E.BOIL Y.Monsieur le Surintendant, Monsieur l’Inspecteur général, Chers confrères.C’est mon titre de citoyen du Lac St-Jean qui m’a valu, je suppose, l’honneur de vous parler de l’enseignement agricole dans les écoles rurales de cette province.Le Lac-St-Jean est un pays merveilleux: richesses agricoles, richesses forestières, richesses minières, richesse hydrauliques, tout cela lui donne une réputation presque mondiale.L’habitude de regarder de ce côté là m’aura, monsieur le Surintendant, désigné à votre atten- 440 L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE tion.Vous vous êtes probablement dit: “Le problème de l’enseignement agricole est un problème ardu, difficile.Ces hommes du Nord sont de rudes gars, entreprenants, débrouillards, tanaces; notre inspecteur primaire qui les fréquente depuis longtemps a dû acquérir un peu de leur volonté, de leur énergie et il a dû certainement sonder quelques-uns de leurs problèmes terriens.” Je ne sais si cela est réel ou fantaisiste, mais il est parfaitement vrai qu’au contact de mes braves concitoyens du Lac St-Jean, au milieu de cette nature féconde, j’ai aimé la terre.“Cette bonne terre où l’on fauche, où l’on sème, Où passent le soleil et l’ombre des saisons,” a dit je ne sais plus quel poète.Je me suis intéressé à ses problèmes; ils sont nombreux, variés intéressants.L’un d’eux a naturellement attiré mon attention: c’est celui de l’instruction agricole.A la demande de monsieur le Surintendant, si je pourrais traiter le sujet suivant: “De la section agricole dans les écoles complémentaires de garçons: comment les multiplier et en assurer le fonctionnement efficace et de l’importance d’augmenter le nombre des instituteurs”, je ne pouvais guère refuser.Je regrette cependant que la tâche de développer un tel sujet ne soit pas dévolue à une compétence plus grande.Vivre dans un beau pays ne constitue pas le savoir.Je n’ai malheureusement à vous offrir que mes observations personnelles; elles sont faibles à côté des efforts qui ont été faits jusqu’à ce jour pour établir l’enseignement agricole d’une manière pratique, je dirai, dans les écoles rurales de cette province.Si, malgré ces bonnes volontés, malgré un programme d’enseignement agricole excessivement intéressant, théoriquement bien ordonné, nous sommes encore à chercher le moyen d’amener nos écoles rurales à donner un enseignement conforme à leur milieu, nous devons admettre que ce problème est réellement difficile d’application.Je l’aborde avec crainte et si les quelques idées que je vais émettre peuvent projeter quelques lueurs, j’éprouverai une satisfaction sincère.Ce qui rend cet enseignement difficile d’application, pour les écoles de garçons, c’est notre système d’établissement rural.-Dans la plupart des pays de l’Europe et dans quelques Etats de la république voisine, les cultivateurs demeurent au village et ils ne sont pas isolés sur leurs fermes comme le sont les nôtres.C’est là une de nos grandes difficultés.Nous comprenons tous que si les cultivateurs vivaient groupés au village, il serait facile d’établir et de maintenir de bonnes écoles centrales.Mais impossible d’y songer, il est trop tard.Et d’ailleurs je ne vois pas, étant donné notre climat et notre système de culture en général, comment nous pourrions changer notre mode d’établissements même si nous pouvions le faire dans l’avenir.NÉCESSITÉ DE L’INSTRUCTION Nous avons donc un problème qui nous est particulier et nos tâtonnements s’expliquent.Mais il va de notre orgueil de nous arrêter, adopter telle mesure et d’y aller carrément et fermement, car il nous faut répandre largement l’instruction chez le cultivateur.Ce principe est généralement admis.En effet aucune carrière ne réclame autant de connaissances que la carrière agricole, et c’est ce que pensait, monsieur le Surintendant, votre regretté et distingué prédécesseur, feu l’hon.Boucher de la Bruère, qui écrivait: “C’est un principe d’économie politique que celui qui cultive ne doit pas plus ignorer que celui qui est appelé à gouverner.” Un autre économiste disait: “L’agriculture n’est pas seulement le plus important et le plus difficile des arts mécaniques, mais aussi de tous les arts et de toutes les sciences qui sont du domaine de l’homme.” Je pourrais continuer ces citations.Il faut donc instruire le cultivateur, et comme le cultivateur de demain, c’est l’enfant d’aujourd’hui, et, que cette instruction ne sera vraiement bonne que si elle est commencée sur les bancs de la petite école, c’est vers cet enfant que doivent aller nos efforts afin de lui donner le goût du travail, la connaissance des choses de son état et de lui faire aimer en un mot sa profession.Il faut instruire ce garçon du sol, non pour le sortir de son milieu comme le pensent encore quelques personnes, car cette opinion n’a pas été exprimée que récemment, mais parce qu’il doit acquérir, certes! de l’habileté, du fini, pour pratiquer l’art de la terre avec succès, mais aussi et surtout de la science.De la science pour comprendre et mieux connaître la texture des différents sols, les divers phénomènes biologiques des plantes, les lois du marché, de l’élevage rationnel des bestiaux; pour comprendre et mieux connaître la vie rurale sous ses multiples aspects.Nous ne prétendons pas qu’il faille pousser les études aussi loin que ceux qui se livrent aux sciences abstraites ou même spéculatives, ni qu’il faille donner à tous un fort enseignement technique, non, la nature est si généreuse qu’elle dispense l’agriculteur L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE 441 d’en sonder tous les secrets pourvu oue celui-ci ait assez de souplesse intellectuelle pour comprendre les principes élémentaires fondamentaux de la science agricole.C’est cette instruction suffisamment étendue que décrète le programme scolaire se rapportant à l’école complé-mentaire-agricole.ENSEIGNEMENT INTÉGRAL Cette instruction, si elle est bien donnée, est celle qui conviendra le mieux aux fils du cultivateur comme formation générale.Ces fruits seront excellents.Mais est-elle bien donnée?Ce programme, si beau dans son texte, est-il bien appliqué dans notre province?La dem.ande de monsieur le Surintendant nous fournit la réponse.Pourquoi?Je touche là un point capital, je le comprends.Ce n’est plus cette fois un obstacle qu’on peut toujours contourner sans rien ébranler, c’est le caractère même de notre enseignement, que nous trouvons si difficile à comprendre, puisque, chez les garçons, nous ne sommes pas encore parvenus à nous conformer aux principes qu’il pose ou qu’il laisse au moins deviner: savoir que toute formation pour être complète, intégrale, doit s’adresser au corps et à l’esprit.Il y a longtemps que nos bonnes religieuses enseignantes, à notre honte, ont compris ce principe et s’y sont conformées.Nous avons oublié, nous les hommes, ce point important, ou nous avons craint de nous y soumettre.Nous avons oublié que chez ces garçons de 12 à 18 ans nous devions, certes, développer leurs facultés mentales, mais que nous devions aussi les préparer à la vie en les initiant aux travaux manuels, et les leur faire aimer et pratiquer.L’homme est corps et esprit.Si l’on ne donne qu’une culture physique, on développera des athlètes; si l’on ne donne qu’une culture intellectuelle, on formera des hommes instruits, qui chercheront à vivre de leur instruction et qui se dirigeront alors vers les professions libérales, ou le commerce, ou le fonctionnarisme.C’est là qu’on peut dire sans crainte que l’instruction tue la carrière agricole: c’est le ver rongeur, la plaie qui brûle et dévore les vocations agricoles.On dit souvent que l’école est la continuation de la vie famililale.Si le père et la mère pouvaient se charger de l’instruction de leurs enfants, il est certain qu’ils s’efforceraient de les instruire et de les initier au travail en conformité avec l’état ou la carrière qu’ils voudraient les voir embrasser.“C’est pour cette raison, dit un auteur pédagogique, qu’il convient de juger des méthodes d’enseignement par la valeur des rapports qu’elles établissent entre l’école et la vie, et de la préparation qu’elles donnent à l’individu pour remplir son rôle dans la société.” “L’école doit relier ces travaux scolaires avec l’expérience quotidienne de ces enfants,” dit un autre.Je n’en dirai pas davantage sur ce point, bien que ce chapitre soit très intéressant; il me faudrait entrer dans le domaine de la psychologie où je n’oserai guère m’aventurer pour montrer le rôle que joue le travail manuel sur les diverses facultés de l’homme.Je crois que ce nrincipe est admis, au moins pour les écoles de garçons, en attendant qu’il le soit pour toutes sortes d’écoles primaires ou secondaires.Si nous ne sommes pas plus avancés, il n’y a rien qui doive nous surprendre dans un pays aussi jeune que le nôtre, de modestes conditions, où il fallait sous tous rapports nous organiser.DE BONS PROFESSEURS Maintenant, messieurs et chers bons amis, ces beaux sentiments, il faut les appliquer à nos écoles.Je dirai un mot, à la fin, de 1 école primaire élémeniaire, mais je parlerai surtout de l’école complémentaire.C’est la tâche qui m’a été confiée.Si j’ai bien compris l’article du programme qui m’est assigné, c’est que les écoles de garçons à la campagne ne sont pas assez nombreuses et surtout pas assez efficaces.Qu’est-ce qu’il faut faire?.Ah! ce qu’il faut faire.Pour un conférencier, c’est le point délicat.Il a pu discourir à tort ou à raison, promener ses patients auditeurs à travers mille sentiers, critiquer même, mais vient un temps où il lui faut présenter la panacée qui devra guérir le mal, ou presser l’appareil qui devra déclancher le mouvement nouveau, la vraie direction.Je pourrais me tenir dans des généralités, me contenter d’exprimer de beaux sentiments sur la nécessité de cet enseignement, ce serait vague quoique prudent et je sais que vous attendez autre chose de moi.Je ne me fais pas illusion cependant, c’est un grand problème qui affecte les personnes et les choses; nous en chercherons peut-être encore longtemps la solution.Je dis que ce problème affecte les personnes et les choses.En effet, il est d’ordre pédagogique et d’ordre administratif, c’est-à-dire que les personnes destinées à donner cet enseigne- 442 L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE ment doivent recevoir une culture toute spéciale et, d’autre part, que celles-ci doivent se mouvoir dans un milieu, un décor propre au développement de cet enseignement.C’est l’instituteur et l’école.Tout d’abord, il nous faut de bons professeurs.Comment les obtenir?J’énoncerai rien de nouveau.En les formant.Nos professeurs sont laïcs ou religieux.Les institutions où sont formés ces professeurs doivent être les modèles, ou mieux les originaux de ce que doivent être les écoles que ces professeurs mêmes seront appelés à diriger.Nous avons un programme excellent au point de vue de l’enseignement rural, je vous l’ai dit, mais c’est un programme mort parce que personne n’a reçu l’entraînement nécessaire pour l’appliquer.L’architecte pourra bien préparer un plan magnifique, mais il lui faudra surtout de bons ouvriers pour le comprendre et l’exécuter.Tant que nous n’aurons pas de ces bons ouvriers, c’est-à-dire tant que nous n’aurons pas des professeurs préparés à renseignement rural, le programme sera toujours excellent, mais il ne sortira pas du texte pour être vécu.C’est la tâcbe de nos Écoles normales de garçons.Je sais tout le bien que celles-ci ont accompli et qu’on ne saurait trop apprécier.Je rends hommageà l’esprit de leurs fondateurs.Dans un temps oùles portes de l’enseignement étaient toutes grandes ouvertes, battaient au vent, des hommes de haute valeur fondèrent les Écoles normales Laval et Jacques-Cartier, avec un programme qui répondait alors pleinement au besoin de l’époque.Et il est sorti de ces maisons des professeurs dont les noms sont inscrits en lettres d’or dans l’histoire.Et nous tous, le peu que nous sommes nous le devons à nos bons et dévoués maîtres d’école.A temps nouveaux, choses nouvelles, dit-on, c’est vrai; les besoins changent, les mentalités se transforment, se déforment sous les courants souvent délétères des masses, les pilotes qui veillent avec sagesse à la direction de l’État constatent qu’il faut donner au navire une nouvelle direction.Ce sont les signes qui se manifestent dans notre province.Devant la nécessité de garder les enfants au sol, devant la nécessité de faire aimer davantage l’agriculture, d’en donner le goût à tout le monde, les uns pour la pratiquer avec amour, les autres pour en reconnaître toute la beauté, pour l’apprécier et lui accorder un intérêt réel qui se manifeste par des actes, devant cette nécessité, dis-je, il faut remonter, je ne dirai pas aux causes, mais à notre point de départ, et inculquer au navire de l’instruction une direction qui lui fasse éviter l’écueil.C’est vers nos Écoles normales que se dirigent nos regards.Nous leur demandons de donner à leurs élèves-maîtres une formation qui les rende capables de donner à leur tour un enseignement rural.Ces professeurs pour la plupart se dirigeront vers les campagnes, de là cette nécéssité, et, d’ailleurs, s’ils prennent les chemins des villes, cette formation ne leur nuira en rien, au contraire, il faut que les enfants des villes sachent apprécier avec toute la sincérité possible combien leurs petits amis des campagnes sont heureux et privilégiés.Cet enseignement rural devra être théorique et pratique, sous la direction d’un technicien attaché expressément à chacune de nos écoles normales de garçons.Je n’ai pas l’intention d’entrer dans le détail de ces cours, mais j’ajoute qu’ils devraient se rapporter à toutes les activités du cultivateur comme commissaire d’écoles, conseiller municipal, membre d’associations agricoles, de crédit, ou de bienfaisance, en faisant planer au-dessus de tout cet enseignement les grands bienfaits de la coopération.Une année supplémentaire serait nécessaire pour remplir ce programme, et fortifier davantage l’instruction des futurs maîtres d’école, et leur donner ces connaissances qu’ils n’acquèreront que par des démonstrations d’ordre pratique.En attendant qu’on place les Écoles normales dans des campagnes au lieu des villes, sachons trouver, un modus vivendi qui puisse rencontrer dans une certaine mesure ce moyen de formation.Ai-je besoin d’ajouter que les maisons religieuses enseignantes doivent se placer sur le même pied ?Et comme c’est surtout sur ces communautés religieuses que nous comptons pour l’établissement des écoles de garçons à plusieurs professeurs, le devoir devientplus impérieux.Ces communautés n’hésiteront pas, je le sais, devant un désir des autorités de convertir leurs académies commerciales, à la campagne, en académies agricoles, ou écoles complémentaires, et à se préparer en conséquence.ORGANISATIONS SCOLAIRES Le bon professeur est la première chose, mais ce n’est pas tout.J^e milieu ou le théâtre où ce professeur exercera ses activités doit rencontrer certaines conditions d’établissement et d’organisation.Il y a aussi un facteur dont il faut tenir compte: la population.Pour fins L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE 443 d’organisation, la Province devrait comprendre trois genres de groupement Si cela n’était pas dans la loi, et ce n’est pas nécessaire, ce serait comme un règlement, disons, tacite.Le premier de ces groupements serait : 1.Tous les villages et paroisses de moins de 1500 âmes.2.Les villages et paroisses de 1500 à 2000 âmes.3.Les villages et paroisses agricoles ayant plus de deux mille âmes, ce qui comprendrait toutes les petites villes de la Province.Dans le premier groupe, je considère qu’on ne peut guère songer à établir une école de garçons.Les moyens ne le permettent pas.Le deuxième groupe est assez fort pour maintenir une école de garçons à une ou deux classes.C’est l’école proprement dite de l’instituteur laie avec une institutrice comme assistante, si besoin il y a.Si l’on veut jeter un coup d’œil sur les statistiques municipales de la province, on constatera qu’un bon nombre de ces écoles pourraient être établies.Le troisième groupe comprend les écoles à trois, quatre ou cinq classes et plus.C’est l’école ordinairement Que l’on confie à une communauté religieuses.C’est un grand bienfait que d’avoir ces religieux.Je me demande ce que nous ferions, nous de la Province de Québec, sans le concours et le dévouement apostolique des communautés de Frères.On dit: Dans les provinces anglaises, comment peuvent-elles payer si largement leurs instituteurs ?Vous êtes-vous jamais demandé le rapport qu’il y a par chef de famille entre ces provinces et la nôtre ?Je ne l’ai pas fait moi-même, mais ce que je sais c’est qu’ici une école se remplit avec cinq ou six familles, tandis qu’il en faut probablement le double, le triple dans les provinces voisines.La fardeau n’est plus le même.de l’école Je vais essayer maintenant, M.le Surintendant et mes chers confrères, de vous esquisser mon école idéale.Je vais parler d’un école du deuxième groupe.Il va sans dire que pour une école du troisième groupe, c’est toujours la même chose, mais avec des proprotions adéquates: plus grande, plus belle, mieux aménagée, etc.etc.L’école, comme toute école d’ailleurs, petite ou grande, doit être éloignée du chemin, au milieu d’un terrain assez vaste.En avant, elle aura un jardin ou le petit champ de parcelles d’expériences.Tout autour du terrain, de grands arbres élancés.En arrière la cour de récréation avec les bâtisses suivantes: hangar avec salle d’atelier, le poulailler, le rucher et une petite étable.C’est assez beau, n’est-ce pas ?Mais ce n’est pas tout.Vous allez voir.Pour que ce petit royaume, car c’est un vrai petit royaume, puisqu’il y a un roi: l’instituteur, pour que ce petit royaume soit le modèle des petits royaumes, il faut un intendant qui prenne soin de la propriété, veille au jardin, aux cours, etc,etc., et cet intendant ; c’est le gardien.Cela, c’est du nouveau et je vous entends déjà me demander.Comment allez-vous le payer.?Patienter encore s.v.p., et nous essaierons de lui trouver ses appointements.Ce gardien je le réclame pour deux raisons: la première,prendre soin des bâtisses,faire certains travaux de culture, aider le professeur, maintenir en un mot la propriété en bon ordre ; lui donner un cachet éducatif; la deuxième, de permettre à l’école de recevoir quelques élèves en pension.Au commencement, je vous disais que notre système d’établissement rural était un obstacle, un grand désavantage au point de vue de l’instruction parce que les cultivateurs étaient éparpillés sur un vaste territoire.Il faut habiter la campagne pour se rendre compte de cette constatation: que la généralité des cultivateurs ne peuvent pas jouir de l’école centrale parce qu’ils en sont trop éloignés.Combien j’en ai rencontré de ces cultivateurs qui me disaient: je voudrais bien envoyer mon garçon à l’école du maître, mais il me faudrait le mettre en pension dans une famille quelconque, c’est trop cher et d’ailleurs quelle surveillance aurait-il.D’autres ne l’expriment pas mais n’en pensent pas moins.Or il arrive ceci, c’est que cette école de garçons n’est fréquentée que par les enfants du village et les enfants des cultivateurs environnants.Les autres, ou bien ceux qui ont l’avantage d’avoir des parents riches, partent pour le Séminaire, et la balance, c’est-à-dire la grande majorité, reste là, ne va pas plus loin que la petite école du rang.Eh bien! l’école des garçons, est une école pour toute la paroisse et nous devons trouver un moyen de mettre toute la paroisse en état d’en profiter.Cet automne, j’assistais à une assemblée tenue dans une grande paroisse de mon comté pour l’établissement d’une école de garçons et les cultivateurs opposants de s’écrier: “Mais ce n’est pas pour nous cette école, si le village veut une école de garçons, qu’il s’en bâtisse une.” Il ne faut pas laisser une idée si fausse s’incruster dans le cerveau de la classe agricole.Nous devons prendre les moyens 444 L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE d’attirer tout le monde à l’école centrale.Ce moyen c’est ce petit pensionnat, facile dans les grandes écoles tenues par des communautés, mais pour l’école laïque, c’est mon gardien.Celui-ci sera marié, naturellement; c’est même un bon ouvrier, qui sait., si son épouse n’est pas une ancienne institutrice ?Ils n’ont pas d’enfants ou très peu.Ces gardiens reçoivent le logement à l’école, dans les appartements du maître si celui-ci est célibataire, ou une dépendance adjacante, sile maître est marié, et ils reçoivent à leur tour les cinq ou dix enfants des rangs qui viennent à cette école et qui sont obligés de se pensionner.Ces enfants apporteraient leurs couvertures de lit, et pour la nourriture, il y aurait une liste préparer, établissant ce que chacun doit fournir.Tout ce que les parents auraient à débourser en argent, ce serait une légère indemnité pour récompenser le trouble de la ménagère et du gardien.Tout cela sous la haute surveillance du maître et du curé, bien entendu.Le revenu du jardin, du poulailler, du rucher, de la laiterie, irait en tout ou en partie au gardien, selon que l’instituteur serait garçon ou marié.Voilà une bonne partie du salaire du gardien, d’autant plus profitable que presque tout le travail serait fait par les élèves.Ce gardien a de plus une vache ou deux sans qu’il lui en coûte trop, ce sont des vaches appartenant à l’école.Pourquoi aussi cet homme, s’il est ouvrier, ne serait-il pas chargé par la Commission scolaire de l’entretien des autres maisons d’écoles, surtout durant les vacances, pour lequel il recevrait un salaire à la journée ou à l’année.Donc pas de loyer à payer, pas de taxes, l’eau et la lumière fournies gratuitement, voilà une situation qui me paraît assez lucrative pour que cette nouveauté ne soit pas une surcharge à la commission scolaire.Eh bien ! voilà notre école organisée; elle fonctionne.A sa tête un instituteur qualifié et grand animateur de toute cette petite royauté.Il a une vingtaine d’élèves sous sa propre juridiction: Six font leur septième année, les autres sont en cinquième et en sixième, mais il n’a que deux divisions.Ces élèves sont très avancés.Dans la deuxième classe, sa sous-maîtresse prépare bien ses élèves de 3e et 4e années.D’ailleurs il n’en reçoit pas dans sa classe à moins qu’ils ne passent un examen sérieux sur les matières du cours moyen.Dans la préparation de son programme de l’année, un cinquième du temps est consacré au travail manuel: jardin, poulailler, rucher, atelier, sélection des grains et graines, visites des fermes, tantôt une bonne, tantôt une mauvaise, herbier, comptabilité minutieuse de tout le travail.Tous les mois ou plusieurs fois par année, cette école recevra la visite de M.l’Agronome: conseils, conférences, démonstrations, etc.Le gardien est un homme intelligent, il seconde admirablement l’instituteur; il est le chef de l’atelier pour ainsi dire.Les bâtisses sont propres; il complète tout ce qui a été laissé de côté par les élèves.Durant les vacances, c’est lui qui voit à tout.11 pourra se faire aider des élèves qui le désireront.Il tiendra compte du temps et donnera ses notes à l’instituteur au commencement de la nouvelle année.Dans le cours de l’automne, il y aura une exposition des travaux scolaires, de légumes, de parcelles de grains; de volailles, de miel, de travaux en bois, avec prix distribués dans une séance publique et compte-rendu par les élèves eux-mêmes de leurs travaux: les prix étant distribués d’après la note du travail.Je me fais probablement illusion, mais il me semble qu’une école comme celle-là pourrait être efficicacernent établie dans chacune de nos paroisses de 1500 à 2000 âmes.En tout cas je sais que tantôt vous saurez bien m’indiquer les points faibles et soumettre d’opportunes suggestions que je serai heureux d’accepter.PART DU GOUVERNEMENT Pour maintenir une telle école, il faut compter sur une large part du Gouvernement.Je considère qu’il faudrait établir deux subventions à la disposition des municipalités qui désireraient établir telle école: une subvention dite de construction pour aider à l’achat d’un terrain, à la construction de l’école et de ses dépendances, et une subvention dite d’enseignement pour aider l’entretien des dépendances, à l’achat des volailles, des abeilles, matériaux, prix aux élèves, et une certaine allocation pour le maître et le gardien.Cette subvention serait annuelle.Le département de l’Agriculture pourrait intervenir dans cette organisation, soit directement, ou mieux par l’entremise du département de l’Instruction publique, parce que le gardien, les dépendances, la mise en opération de cette partie du programme d’enseignement se rapportent à l’agriculture, Cet enseignement agricole, cette formation rurale est le principal point d’appui sur lequel repose tout le travail du département de l’Agriculture.Combien ses efforts seraient couronnés de meilleurs succès si la totalité des cultivatuers de cette province eussent reçu cette formation.Quant au département de l’Instruction publique, il lui resterait l’obligation d’aider comme L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE 445 aujourd’hui à la construction des maisons d’écoles et d’augmenter considérablement la subvention aux écoles de garçons.Cette dernière subvention ne devrait pas être inférieure à 25% du salaire payé aux instituteurs.Une paroisse qui voudrait établir une école comme celle-là devrait payer un salaire d’au moins $800.00 si c’est un garçon et de $1000.00 si c’est un instituteur marié, avec une augmentation chaque année jusqu’à concurrence de $1800 au moins si le logement n’est pas donné.Ainsi donc, dès la première année l’instituteur recevrait $800 de la municipalité, plus $200 du gouvernement, ce qui lui ferait un salaire de $1000.00 si c’est un garçon, et de $1250 si c’est un homme marié.De cette façon, la fonction d’instituteur, ce me semble, pourrait être considérée comme comme une carrière, avec de bons avantages.Il y a des sacrifices, je le comprends, mais nous avons essayé d’atténuer autant que possible la charge du contribuable.Nous pensons que celle du Gouvernement ne serait pas trop lourde.Le but à atteindre est excellent : nous voulons développer davantage l’instruction chez ceux qui se destinent à la terre; aucune œuvre n’est plus méritoire.On chante et on glorifie le cultivateur; on proclame ses vertus et cependant celui-ci souffre de ses conditions, et s’il ne dit pas son infériorité aussi haut qu’autrefois, c’est par respect humain, il n’en pense pas moins, et sa conduite l’atteste.Relevons-le donc à ses propres yeux; donnons au moins l’avantage à ses fils de recevoir une bonne instruction rurale; cette instruction qui éclaire le travail et l’embellit; une instruction oui adoucit l’effort physique et vivifie les saines initiatives.Le travail manuel, quand il est intelligemment fait, devient beau, honorable et lucratif.Oui, instruisons-les ces fils de cultivateurs sans aucune crainte des sacrifices; étendons notre sollicitude jusqu’aux cultivateurs les plus éloignés, afin que cette instruction ne soit pas l’apanage exclusif des grands, des riches, mais à la portée du plus humble des paysans.Ah! que la tâche est belle : le relèvement de l’agriculture et ce qui plus est, le relèvement de l’agriculteur à ses propres yeux.Du coup aussi nous ouvrons toutes grandes les portes à la carrière du professorat,et nous lui assurons un brillant avenir.Je résume ces quelques pensées.L’éducation n’est parfaite qu’en éduquant le corps en même temps que l’esprit.Pour atteindre ce but d’une formation rurale, je soumets humblement les points suivants: 1 .—Formation des professeurs aptes à l’enseignement rural.2 .—^Adjoindre à chaque Ecole normale de garçons un ingénieur agricole et prolonger d’une année le cours de ces écoles.3 .—Subventions plus fortes aux écoles de garçons.4 .—Aides spéciales aux écoles complémentaires de garçons qui donneront l’enseignement rural.5 .—Organisation de ces écoles pour leur permettre de donner cet enseignement et de recevoir les élèves trop éloignés.Je ne voudrais pas terminer ce modeste travail sans vous dire un mot de la petite école.Celle-ci doit être la préparation de celle-là.Tout dans l’école doit parler de la beauté de la vie des champs.Par son aspect extérieur: jardins, fleurs, arbres, site; par son intérieur clair et frais, la petite école doit présenter un séjour agréable.Je voudrais voir aux murs des scènes champêtres colorées, genre Massicotte, pour imprégner l’âm.e et le cœur des enfants des beautés rurales.C’est, par exemple, la sortie de la grand’messe le dimanche par un beau jour d’été; c’est la petite école même par un jour de fête, avec son drapeau qui flotte gracieusement à la brise.C’est une ferme en pleine moisson, un site d’exposition, une fête de labours, etc., etc.Qu’il y ait dans l’école un petit herbier, un petit m.usée de grains et graines, des bûchettes de bois, des pierres, de la terre.Que de petites expériences, simples leçons de choses, pourraient être faites à l’aide de ce musée! Que l’institutrice soit intéressée aux jardins scolaires, à l’école ou à domicile, chose curieuse, elles ne le sont plus-en lui confiant la surveillance de ces jardins, en lui accordant même un petit bonus, et que ces jardins lui fournissent l’occasion de petits travaux littéraires, de dessins, etc., etc.Je m’arrête pour ne pas répéter des closes que vous savez mieux que m.oi, et je vous remercie.Puissent les aperçus ci-dessus exprimés poser quelques jalons qui aideront à la solution du problème de l’enseignement primaire rural, et je serai bien récompensé.Merci de votre attention.(1) (1)—Les vœux proposés par M.Boily à la suite de son rapport se trouvent au chapitre des Vœux, à la suite du procès-verbal du Congrès. 446 L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE VI HYGIÈNE SCOLAIRE ET MÉDECINS INSPECTEURS: PAR M.LE DOCTEUR JOS.DE VA-RENNES, DÉLÉGUÉ DU SERVICE D’HYGIÈNE PROVINCIAL.Messieurs les Inspecteurs d’écoles, Je suis heureux que l’occasion me soit fournie de venir vous assurer, au nom de mes confrères, médecins hygiénistes, et au mien, de notre entière coopération chaque fois que vous voudrez bien y faire appel, et soyez certains que vous ne rencontrerez pas des inquisiteurs mais de sincères collaborateurs.Au cours de mes inspections scolaires comme médecin hygiéniste, j’ai remarqué certains états de choses qui ne devraient pas exister.Je vous les mentionnerai au fil du souvenir, commentant à la fin de ces remarques quelques maladies que l’on rencontre à l’école.Si nous lisons l’article 69b des Règlements d’Hygiène de la Province, nous constatons que chaque élève doit avoir dans la classe 15 pds carrés de surface de plancher et 150 pds cubes d’air.Or, dans certaines écoles, on ne se fait pas scrupule de ne donner que 75 à 90 pds cubes d’air pour chaque élève.Je comprends, qu’en certaines circonstances, iî est parfois difficile à la commission scolaire, sans des dépenses considérables qu’elle ne peut faire pour le moment, d’avoir des classes assez grandes pour fournir une surface de plancher réglémentaire à chaque élève, mais l’on pourrait du moins y suppléer par une ventilation suffisante des classes.L’article 69m des Règlements mentionne que la section d’entrée de l’air neuf et celle des orifices de sortie de l’air vicié seront calculées à raison d’un pied carré au moins par chaque douze élèves.Certes, l’ouverture des vasistas et des fenêtres durant les récréations est un moyen rapide et effectif de renouveler l’air de la classe, mais en automne ou en hiver, il est quasi impossible d’utiliser ce moyen de ventilation durant les heures de classe, et il est préférable d’avoir des bouches d’air dans le haut des murs pour la sortie de l’air vicié et dans le bas du côté opposé pour l’entrée de l’air neuf.Dans les classes chauffées par un poêle, deux conduites, de dimension nécessaire, amenant l’air neuf du dehors, pourraient venir se terminer entre le poêle et l’entourage en tôle galvanisée, placé afin de protéger les élèves qui sont dans le voisinage immédiat contre une chaleur excessive.L’air, venant du dehors, se réchauffera en passant dans cet espace avant de se répandre dans la classe.La maîtresse de classe ne devrait pas permettre aux élèves de garder durant la classe le paletot ou le chandail avec lesquels ils sont venus à l’école.Demeurant deux ou trois heures dans un milieu parfois surchauffé avec des vêtements épais, ils sont exposés, en sortant de l’école, à se refroidir promptement et à contracter une bronchite grippale sévère, si ce n’est pas une pneumonie.Les commissions scolaires devraient se conformer à l’article 69s et fournir à l’instituteur ou institutrice une poudre chimique ou du bran de scie, qui sera humecté, afin que le balayage des classes ne se fasse pas à sec.Le balayage à sec est d’autant plus dangereux que, souvent, une des classes, à l’école du village sert de salle pour les assemblées du Conseil, où le public vient fumer et cracher sur le parquet durant une heure ou deux.J’ai même visité des écoles dont le parquet n’avait pas été lavé depuis six mois, malgré l’article 69t qui exige que le plancher des classes soit lavé une fois par mois.On devrait prohiber les cabinets d’aisances avec fosses fixes dans les écoles et y substituer les fosses à tiroir mobile dont la vidange devrait être faite aussi souvent qu’il est nécessaire, hiver comme été.Un mélange de sable et de chaux devrait être jeté chaque jour dans la fosse, afin de diminuer les odeurs et les mouches.Les commissions scolaires, qui, par in-soucience ou faux esprit d’économie, ne surveillent pas la propreté de ces cabinets, devraient être soumises à une pénalité et sans aucun recours.Ces enfants, que l’on veut instruire et à qui l’on cherche à inculquer des principes de propreté, sont parfois soumis à des conditions hygiéniques auxquelles on ne voudrait pas soumettre les animaux de la ferme.Vous savez tous que la typhoïde se propage le plus souvent par l’eau contaminée et combien il est important de faire une inspection du puits ou de la source fournissant l’eau d’alimentation pour les élèves.Dans plusieurs écoles, cette eau est contenue, dans une chaudière sans couvercle exposée à recevoir toutes les poussières en suspension dans la classe et un seul gobelet, accroché sur le côté de la chaudière, sert pour tous les élèves.Chaque élève devrait L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE 447 avoir son gobelet, et ainsi il éviterait souvent une maladie contagieuse scolaire, connue sous le nom de perlèche, qui est Pimpédigo de la commissure des lèvres.Dans ses visites, l’inspecteur d’écoles doit se rappeler que, d’après l’article 206 des Règlements, aucune personne souffrant de tuberculose ouverte ne doit avoir accès dans les classes.S’il a quelques soupçons, qui lui semblen-!- fondés, que certains cas existent, il peut en avertir le médecin inspecteur de son district.Nous pouvons diviser les maladies scolaires en deux classes: l’une non contagieuse et l’autre contagieuse.Les végétations adénoides, les défauts de vision et certaines déformations du squelette osseux entreront dans la première catégorie; la rougeole, la coqueluche, la variole, la dyphtérie font partie de la seconde.Il est bien important d’observer ses élèves et de mettre sur les premières rangées ceux dont l’apparence physique peut laisser croire à l’existence de végétations, dont une diminution d’entendement est une complication fréquente.Sans cela, de bons élèves, placés sur les dernières banquettes, seront punis pour inattention ou considérés comme médiocres, quand, en réalité, leur infirmité les empêchera de bénéficier des explications du professeur, qu’ils n’auront pas comprises.Si vous demandez aux élèves d’écrire une dictée, combien en trouverez-vous qui se tiendront droits avec leur cahier droit devant eux, même si le mobilier scolaire est convenable ?Et cependant, le mauvais maintien est une des causes de la myopie chez les élèves et des déviations de la colonne vertébrale, déviations qui peuvent devenir permanentes.Jamais les élèves ne devraient étudier leurs leçons à la maison en se mettant dans une fenêtre avec la lumière en face ou faire leurs devoirs devant une table ronde à la lumière d’une lampe qui les éblouit.Bientôt la fatigue amènera des maux de tête avec douleur des yeux et larmoiement, la vue diminuera graduellement et le mauvais maintien accentuera une scoliose commencée sur le banc de l’école.L’enfant à tendance rachitique verra s’accentuer un thorax en carène de vaisseau et l’affaissement des côtes entravera l’expansion facile du poumon, si nécessaire chez l’enfant débile pour qui la tuberculose sera toujours une menace.Généralement on considère que la rougeole et la coqueluche sont des maladies de peu de gravité, que tous les enfants doivent avoir, et l’on ne se fait pas scrupule de laisser fréquenter la classe aux enfants d’une famille chez qui existent ces maladies.Le règlement des maladies contagieuses exclut de la classe les enfants qui ont de la rougeole ou coqueluche chez eux, tant qu’un médecin n’a pas donné un certificat que tout danger d’infection est terminé.il est important de se rappeler que ces deux maladies sont contagieuses avant que des symptômes concluants ne soient apparus.Ainsi c’est dans la période de la bronchite et du coryza, 4 ou 5 jours avant les rougeurs, que la rougeole présente peut-être le plus de contagion, tandis que dans la coqueluche, 6 jours avant que les quintes d’étouffement soient établies, la contagion existe.Si nous considérons que sur les 300 enfants qui meurent chaque année de la coqueluche et les 150 de la rougeole contre 106 par la scarlatine, nous avons 90% d’enfants au berceau, nous comprendrons l’importance d’empêcher la dissémination de ces deux maladies dans les familles en observant ce règlement.Convaincu que, dans ces dernières années, les épidémies de variole commençaient par l’école, le service provincial d’hygiène oblige par règlement toutes les commissions scolaires à refuser l’entrée des classes à tout élève n’ayant pas été vacciné ou ne pouvant fournir un certificat médical qu’il a été vacciné il y a moins de sept ans.Nous vous demandons de nous aider dans cette campagne de persuasion afin d’amener les quelques réfractaires à observer la loi, leur rappelant que chaque année les nouveaux élèves sont soumis à cette obligation.Je ne saurais terminer ces remarques sans vous dire un mot de la dyphtérie qui, l’année dernière, nous enlevait 395 enfants, malgré l’arme puissante que nous avons pour la combattre.En effet, le sérum Pasteur, administré à l’enfant dans les premières heures de la maladie, ayant que l’intoxication ne soit trop profonde et l’enfant trop affaibli, nous donne 95% de guérison.En ces dernières années, la science nous a fourni un vaccin antidyphtéritique, connu sous le nom d’anatoxine Ramon.Il protège contre la dypthérie comme le vaccin de Jenner protège contre la picote.Dans certaines villes américaines où ce vaccin a été employé chez les enfants d’une façon systématique, on a pu presque rayer la dyphtérie de la liste des maladies contagieuses.Nos populations rurales ne sont pas encore préparées à accepter d’emblée ce nouveau vaccin.Nous espérons que vous nous aiderez dans ce travail d’évangélisation et qu’en toutes circonstances vous plaiderez en faveur d’une découverte scientifique susceptible par son application de sauver tant de vies parmi nos enfants. 448 L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE vu QUELQUES DEVOIRS PARTICULIERS DES INSPECTEURS: Par M.C.-J.MAGNAN, INSPECTEUR GÉNÉRAL M.C.-J.Magnan Monsieur le Surintendant, MM.les Inspecteurs, L’article du programme qui est maintenant soumis à l’attention du Congrès m’inpose la tâche de vous parler de “quelques devoirs particuliers des inspecteurs d’écoles”.Les remarques que j’aurai l’honneur "de faire s’adressent à tous les inspecteurs, mais particulièrement à ceux qui ont été nommés depuis le dernier congrès.La tâche de l’inspecteur d’écoles est belle, noble et utile.Elle est belle parce qu’elle est tout entière au service de l’enfance et de la jeunesse et qu’elle a pour objet le développement intellectuel de notre peuple et son orientation patriotique.Elle est noble parce qu’elle a pour but non seulement le développement intellectuel de notre jeunesse, mais aussi sa formation religieuse et morale.Elle est utile parce qu’elle nous impose l’agréable mission de renseigner les commissions scolaires et le personnel enseignant sur leurs devoirs respectifs; d’aider à l’organisation pédagogique des écoles et de signaler, dans l’intérêt des élèves et des maîtres, les manquements aux lois et règlements d’hygiène.Enfin notre profession est importante parce que l’efficacité de notre organisation scolaire dépend, dans une large mesure, du zèle, du dévouement et de la compétence de l’inspecteur préposé, dans un territoire déterminé, aux intérêts de l’Instruction publique.C’est donc un apostolat honorable qu’exerce l’inspecteur d’écoles, une mission délicate et utile qu’il remplit.Il collabore avec les autorités religieuses et scolaires de chaque paroisse à l’œuvre sainte de l’éducation de l’enfance et il participe au ministère sacré des parents en leur apportant le concours du Départemant de l’Instruction publique.Vos fonctions officielles, Messieurs, exigent de votre part, non seulement du zèle et du dévouement mais aussi une grande dignité de vie, beaucoup de prudence, de circonspection et un vif amour de l’étude.Le discrétion, la réserve doivent être aussi au nombre des importantes vertus que l’inspecteur est appelé à pratiquer .Vous ne pouvez au cours de vos visites, Mesieurs, et ici je m’adresse aux jeunes, fréquenter toutes sortes de gens et toutes sortes de lieux.Ainsi, en soi.ce n’est pas un mal de prendre un verre de bière.Mais si l’inspecteur se permet cette liberté dans une taverne, en compagnie de gens quelconques, ne croyez-vous pas que son prestige en souffre?Pardonnez-moi cette remarque, car je sais que règle générale, votre conduite est irréprochable à ce sujet, mais il est bon, dans une réunion comme celle-ci, de signaler tout ce qui peut devenir un écueil pour l’inspecteur.D’ailleurs, je n’hésite pas à rendre ici hommage à la plupart des inspecteurs.Je le sais, chers collègues, vous ne ménagez ni votre temps, ni votre bourse, ni votre santé afin de pouvoir vous conformer aux instructions qui vous sont données par M.le Surintendant.Et aussi, tous ceux d’entre vous, et je le dis très haut, c’est la grande majorité, et tous ceux d’entre vous, dis-je, qui sont ce qu’ils doivent être, exercent une influence considérable sur le personnel enseignant, les élèves et les commissions scolaires.L’un de vos premiers devoirs, c’est d’étudier la loi et les règlements scolaires, les programmes d’études, les instructions et directions du Département de l’Instruction publique, afin de pouvoir éclairer, persuader, et parfois corriger avec tact vos subordonnés.C’est d’étudier aussi tous les problèmes pédagogiques qui peuvent se présenter à vous au cours de vos visites et de préparer avec soin les conférences que vous êtes appelés à donner chaque automne au personnel enseignant.Appliquez-vous à bien parler, à vous exprimer avec clarté et correction.Donnez l’exemple d’une bonne diction dans vos conférences et dans vos examens.Que ces derniers soient pour les instituteurs et les institutrices de votre district des leçons discrètes de méthodologie pratique, et pour les élèves une belle leçon de savoir, de dignité et d’autorité bienveillante.A l’exemple de notre Assemblée législative, à l’exemple du Comité catholique du Conseil de l’Instruction publique, à l’exemple de M.le Surintendant qui m’a fait l’honneur de m’inviter à ouvrir ce congrès par une prière, commencez toujours votre visite dans une école par une courte mais fervente prière.Cet acte sincère de l’inspeetcur avant de remplir ses devoirs L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE 449 officiels, est un sujet d’édification pour le maître et les élèves et le place très haut dans leur confiance et dans leur estime.Et cet acte est de haute convenance, puisque les écoles que vous visitez sont officiellement confessionnelles et catholiques.Dans vos visites, soyez ponctuels, soyez méthodiques.Ne les précipitez pas et faites bien ce que vous faites.Préparez vos examens avec soin afin de n’être jamais pris au dépourvu: votre autorité est à ce prix.En arrivant dans une municipalité, faites une visite de déférence à M.le curé qui est visiteur d’écoles d’après la loi et qui est le gardien delà religion et de la morale dans les écoles de sa paroisse.MM.les curés font beaucoup pour favoriser l’instruction en notre province: les inspecteurs d’écoles ont donc intérêt à les consulter et à coopérer avec eux à l’œuvre de l’éducation dans chaque paroisse.Réunissez aussi les commissaires à la suite de votre visite, afin de les renseigner sur les progrès et les besoins de leurs écoles.Je ne dirai rien de l’examen des livres et des comptes des secrétaires-trésoriers, car M.Bergeron, le Secrétaire du département, a traité parfaitement ce sujet.Je n’insisterai pas non plus sur la questions! importante de l’hygiène à l’école: M.le Dr de Varennes, du Service d’Hygiène provincial, nous a donné hier des conseils précieux et fourni des renseignements qui vous seront très utiles au cours de vos visites.M.Marquis a aussi traité le sujet des statistiques scolaires avec toute la compétence qu’on lui connaît: je n’y reviendrai pas.Mais permettez-moi d’attirer l’attention du Congrès sur l’importance qu’il fait attacher aux écritures dans les rapports, bulletins, lettres, etc.Dans l’accomplissement de ce devoir, l’ordre, la précision, la clarté et la propreté ne sont pas à mépriser.Un document bien écrit, soigné, véridique, parle hautement en faveur de son auteur.Quelques autres conseils que vous prendrez en bonne part, je le sais: a.Accuser réception de toutes lettres, circulaires, documents que M.le Surintendant vous adresse; b.Inscrire sur les rapports ou bulletins le nom officiel de la municipalité; c.Répondre à toutes les questions que renferment lesdits rapports et bulletins;
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