L'enseignement primaire : journal d'éducation et d'instruction, 1 janvier 1936, Janvier
Québec, Janvier 1936 N° 5 • — 57e Vol.L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE ÉDUCATION — INSTRUCTION PEDAGOGIE BONNE ET HEUREUSE ANNEE AU PERSONNEL ENSEIGNANT DE LA PROVINCE DE QUÉBEC Aux instituteurs, institutrices, professeurs, au personnel enseignant ainsi qu’à leurs élèves, à tous ceux qui se dévouent pour la cause de l’Instruction publique dans cette province, je souhaite une heureuse année et je prie la divine Providence de réaliser les vœux que je forme pour leurs succès, leur bonheur et celui des personnes qui leur sont particulièrement chères.Cyrille-F.Delâge.VISITE A QUÉBEC D’UN GROUPE D’ÉDUCATEURS ÉMINENTS Réceptions officielles—Discours de l’honorable Cyrille-F.Delâge, C.M.G., Surintendant de l’Instruction publique Un groupe distingué d’officiers supérieurs de l’Éducation, arrivés d’Angleterre, d’Écosse et d’Irlande en septembre 1935, visitèrent le Canada et vinrent à Québec en octobre pour s’embarquer sur Y Empress of Britain.Avant de quitter la vieille capitale, les délégués britanniques furent reçus à Spencer Wood par Son Excellence le Lieutenant-Gouverneur.Ils furent aussi les hôtes du Département de l’Instruction publique au Club de la Garnison où un dîner leur fut offert.A cette occasion l’honorable M.Delâge, souhaita la bienvenue aux hôtes distingués du vieux Québec.Voici le discours de M.le Surintendant.C’est un document important à conserver dans nos annales de l’Instruction publique dans la Province de Québec.DISCOURS DE M.LE SURINTENDANT DE L’INSTRUCTION PUBLIQUE Messieurs, Je manquerais à mon devoir, celui d’un fils bien né pour sa digne mère, si je ne vous adressais quelques mots, avant que nous nous séparions, dans ma langue maternelle avec laquelle je puis, il me semble, exprimer plus facilement, mieux exprimer les sentiments qui m’animent en ce moment, et je vous ferais injure si je soupçonnais un seul instant que vous, hommes de lettres et de haute culture, vous ne comprendriez point.Je réponds même probablement à un de vos désirs les plus intimes. 282 L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE Vous savez, Messieurs, qu’il y a sur cette terre, la belle terre canadienne, “mon Pays, mes amours”, deux groupes ethniques ne parlant pas la même langue, ne pratiquant pas la même religion, mais ayant un passé de gloires communes et travaillant dans l’entente cordiale, afin que l’avenir soit un écho du passé, soit encore plus beau, soit même meilleur.Notre histoire, vous la connaissez aussi.Nos pères, des pionniers et des apôtres, sont venus ici, il y a quatre siècles, jeter dans le sillon ouvert par eux et arrosé de leurs sueurs et de leur sang, le germe d’une civilisation nouvelle, le germe de la civilisation française et chrétienne.Le sort des armes, les desseins de la Providence ont voulu qu’un autre drapeau fut hissé au mât sur le bastion de la Citadelle de Québec, un drapeau vert avec une devise française: “Dieu et mon droit”.Et, sans renier le passé, ces pionniers ont juré lui être fidèles et loyaux.Notre patriotisme est donc tissé de ces deux fibres puissantes: fidélité et loyauté.Et vous comprenez ce sentiment; il est digne, il est noble, et vous êtes dignes et nobles en le respectant et en le faisant respecter.Et pour arriver à ce résultat, nous nous attachons à la terre, entourons l’école, gardienne de la foi et de la langue, et la famille qui conserve nos traditions.Voilà, Messieurs, ce que je croyais devoir vous dire.Vous allez partir bientôt.Vous êtes des éducateurs.Vous avez un noble rôle à jouer, une mission importante à remplir; connaissant notre histoire, vous l’enseignerez sous son vrai jour.Vous allez partir, votre séjour a été trop court.Permettez-moi de vous donner un message: Dites partout que le Canada est encore une terre d’avenir et de liberté; que ses habitants y vivent et veulent y vivre dans l’harmonie, gage certain du progrès et de la liberté et le conserver dans l’Empire à la Couronne britannique comme l’un de ses plus beaux joyaux.L’ÉDUCATION NATIONALE A L’ÉCOLE PRIMAIRE Comment faire cette éducation?Disons d’abord que deux conditions sont essentielles de la part du personnel enseignant pour faire l’éducation nationale.Nous entendons parfois ce proverbe: “Médecin, guéris-toi toi-même d’abord”.C’est bien cela! La première de ces conditions essentielles, c’est la conviction patriotique personnelle du maître.Ici j’appliquerai une parole que le Saint-Père adressa aux pèlerins canadiens qui se rendirent au congrès Eucharistique de Carthage, en 1930.Lors d’une audience, parlant de l’apostolat laïc et de l’action catholique dans le monde, le vénérable Pontife dit: “Pour faire de l’apostolat, il faut que vous ayez le Christ dans votre propre cœur”.Oui, impossible de faire de l’éducation nationale si vous n’avez pas dans l’âme le sentiment national.Autant vaudrait confier la préparation de nos premiers-communiants à un athée! Oui, conviction patriotique personnelle d’abord, conviction qui vous suggérera les idées et vous dictera les paroles propres à faire de vos élèves une génération de jeunes patriotes militants et sincères.La deuxième condition essentielle encore, c’est l’exemple personnel du maître.Ici comme au point de vue religieux, il faut que la conduite et les actes du maître soient conformes aux doctrines qu’il enseigne.Par exemple, je serais bien mal venu si, au sortir de cette causerie, après avoir prêché le patriotisme véritable, j’allumais un cigare ou une cigarette de fabrication non canadienne-française; ou si j’entrais chez un restaurateur de nationalité étrangère pour m’abreuver de liqueurs douces fabriquées par un trust étranger! Pour ceux et celles d’entre vous qui me verraient agir ainsi, l’effet de mes exhortations patriotiques serait nul.Inutile donc de prêcher la refrancisation, si vous-mêmes ne respectez pas la langue française.Inutile encore de parler de solidarité ou d’achat chez nous, si pour vos propres achats, vous ignorez nos marchands, nos commerçants et nos fournisseurs canadiens-français.Inutile de parler de patriotisme, si vous restez indifférents à l’action nationale.Chs-A.Shaffer, I.E. L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE 283 DEUX TABLEAUX LITTÉRAIRES (Pour VEnseignement Primaire) Si nous feuilletons les recueils de poèmes contemporains, il nous arrive de découvrir quelques morceaux de premier ordre.C’est une bonne aubaine, quand il a fallu parcourir des séries de pages où s’alignent des vers exsangues et rachitiques, élaborés par de pâles esthètes.On a l’impression de trouver enfin un coin de verdure où jaillit la source de la vraie poésie; quel contraste avec la triste vision des ruines littéraires que les poètes décadents, démolisseurs attitrés, accumulent dans leurs écrits! Oui, il y a encore des artistes de la plume ; ils ne massacrent pas le rythme et savent traduire en beaux vers un idéal aussi simple que noble.Lisons ces œuvres; elles ne peuvent que contribuer à la formation esthétique et morale de nos jeunes gens.Dans la précédente leçon, on a vu un portrait gracieux.Nous allons étudier aujourd’hui deux tableaux où apparaît la grande nature, celle de la forêt et celle de la mer.Vu que la plupart des jeunes Canadiens sont familiarisés avec ce double spectacle, ils trouveront là des ressources pour décrire leur propre pays.Edouard Schuré, né à Strasbourg, a été en même temps philosophe, musicien et poète.Ce vigoureux Alsacien a eu maintes fois l’occasion d’admirer les sapins qui recouvrent les montagnes des Vosges.Dans les strophes intitulées En forêt, il en parle avec enthousiasme.Il nous introduit dans les grands bois et il nous montre successivement les hautes futaies, le sol qui les produit, le ciel qui les féconde: “Ils régnent fiers et grands dans la montagne austère, Les vieux sapins géants qui croissent en forêt; Marche et pénètre au cœur de leur noir sanctuaire, Et l’arbre sombre et fort te dira son secret.” Voyez l’accumulation des termes qui expriment l’idée de majesté: fiers, grands, sapins géants, noir sanctuaire, arbre sombre et fort.L’invitation faite au lecteur de visiter ce sous-bois a brisé la monotonie qui aurait résulté de tous les verbes à la troisième personne.On constatera les mêmes alternances dans tout le morceau: “Là, sous le dais d’un ciel splendide et pacifique, Se prolongent sans fin leurs verts arceaux ombreux.Le soleil joue en paix dans leur couronne antique Et frappe en flèches d’or leurs fûts blancs vigoureux.Salut, rois invaincus des hauteurs virginales! Oui, la jeunesse en vous circule par torrents.Vous aimez vous sentir frissonner aux grands hâles Quand sous vos rameaux verts fermente le printemps.” On pourrait reprocher à l’auteur la surabondance des épithètes.D’ailleurs les adjectifs pacifique, antique, ombreux, vigoureux, constituent des rimes faciles, trop faciles pour avoir le mérite de l’imprévu qui est un des agréments de la versification française.Il vaut mieux faire rimer ensemble des mots différents par leur nature grammaticale : adjectifs, substantifs, verbes, etc.Cette négligen- 284 L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE ce prosodique ne se répétera pas dans les strophes qui suivent.Pour ce qui est du style, que l’élève soit laissé à lui-même pour noter ici les plus belles expressions; elles sont originales et naturelles: le dais d’un ciel, verts arceaux, flèches d’or, fermentation du printemps.Le poète va revenir maintenant sur les sites où croissent de préférence les arbres qu’il aime; non seulement les sapins sont très hauts par eux-mêmes, mais ils ont comme piédestal les rocs escarpés: “Non, vous ne croissez pas dans les ravins vulgaires, Dans les riches vallons, sur les gazons soyeux.Dans le désert sauvage, où pleurent les bruyères, Vos faîtes vont humer l’azur foncé des cieux.Vous couronnez ces monts de votre mâle souche, Et point de pics si hauts, de rocs assez ingrats, Où debout sur l’abîme et sous un ciel farouche, A tous les quatre vents vous n’ouvriez vos bras.” Pour ne pas négliger la syntaxe, n’oubliez pas de noter dans cette dernière phrase le où relatif consécutif: “Il n’y a point de pics, de rocs tellement ingrats que vous n’y ouvriez vos bras aux quatre vents du ciel.” Remarquez surtout la noblesse de l’idée: le sapin ne symbolise pas la nonchalance, mais il semble nous prêcher l’accomplissement des devoirs pénibles et austères : sa mâle souche se tient loin des riches vallons, des gazons soyeux.Comme on voit, la forêt prend des allures épiques, avec ses héros gigantesques chez lesquels le poète découvre une vie mystérieuse et surhumaine.Est-ce une simple fiction?Non, il ne faut pas voir là d’ingénieux mensonges.L’art n’est pas une création pure, mais une interprétation de la pensée divine qui se manifeste dans tous les spectacles de la nature.La mythologie antique n’avait fait autre chose que de peupler l’univers d’êtres imaginaires; quand elle ne sort pas de son rôle, la poésie moderne dépasse cet anthropomorphisme : elle découvre partout les traces du vrai Dieu, qui demeurent visibles dans toutes ses œuvres.Donc, le sapin a noblement vécu.Nous allons assister à sa mort, qui n’est pas moins stoïque et qui ressemble à une apothéose : “Et lorsque l’un de vous, seul, roidi sur sa roche, Tombe aux coups de l’orage, il tombe le front haut.Il tombe comme un preux sans peur et sans reproche, Et des gerbes de fleurs lui font un gai tombeau.Comme un roi dans sa pourpre, il dort couché dans l’herbe.Il dort, calme et puissant, de son dernier sommeil; Il a, dans sa forêt, poussé libre et superbe; Il a vécu cent ans, d’air vierge et de soleil.” Il est difficile de ne pas sentir la puissance de tous ces vers; ils sont fortement articulés, comme les pensées qu’ils nous suggèrent.Les césures n’y sont jamais déplacées; c’est ce qui leur donne plus d’ampleur.Si une telle régularité peut sembler monotone à certains versificateurs modernes, ennemis de toute discipline rythmique, un lecteur exempt de prévention lira et relira ces strophes qui élèvent l’âme et l’entraînent pour un instant loin de l’atmosphère du machinisme contemporain. L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE 285 Les mêmes remarques s’appliquent aux poèmes de Joseph Autran, un provençal épris de la mer.Le morceau qu’on va voir sert de prélude à son recueil; il est en vers de huit pieds; cette mesure se plie mieux que l’alexandrin aux ondulations des flots.Chaque strophe a cinq vers, avec la troisième rime redoublée: “Nous sommes les vagues profondes Où les yeux plongent vainement; Nous sommes les flots et les ondes Qui déroulent autour des mondes Leur manteau d’azur écumant.” Après le troisième vers, l’oreille attend la rime finale; mais la rime féminine qui se répète retarde ce repos; c’est comme une nouvelle vague qui continue la précédente, pour nous soulever plus fortement et nous faire mieux sentir la phase terminale de la cadence.Quiconque a vogué au large sur un paquebot, par une mer tant soit peu grosse, connaît ces balancements capricieux.Aussi bien, Autran ne compose pas une barcarolle; nous sommes en plein Océan.Ses réflexions philosophiques confirment ce que nous avons dit au sujet du poème de Schuré.Ainsi que la forêt, la mer a une vie où s’étale la toute-puissance de l’Organisateur suprême.Le poète chrétien prête aux flots un langage religieux: “Une âme immense en nous respire, Elle soulève notre sein; Sous l’aquilon, sous le zéphyre, Nous sommes la plus vaste lyre Qui chante un hymne au trois fois saint.Amoncelés par les orages, Rendus au calme tour à tour, Nous exhalons des cris sauvages Qui vont bientôt sur les rivages S’achever en soupirs d’amour.” Les vagues ont des missions multiples que leur a confiées le Ciel.Elles portent les vaisseaux destinés à établir des communications de tout ordre entre les continents : “C’est nous qui, d’une rive à l’autre, Emportons les audacieux; Le marchand, le guerrier, l’apôtre, N’ont qu’une route, c’est la nôtre, Pour changer de terre et de cieux.” On ne peut citer toutes ces strophes; elles se trouvent dans les Anthologies des poètes contemporains, et ceux qui les liront croiront faire un beau voyage; bien plus, ils exploreront avec le poète les profondeurs de l’Océan; là, il y a une flore et une faune qui rivalisent avec les êtres animés dont nous sommes entourés sur la terre ferme, sans compter les milliers de cristaux et de perles qui font de ce sol immergé un monde féerique.Mais les vagues ne dédaignent pas le rivage; elles sympathisent avec les bois dont raffolait Schuré, et aussi avec les humains qui habitent les régions côtières: 286 L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE “Nous vous aimons, bois et charmilles, Qui sur nous versez vos parfums! Nous vous aimons, humbles familles Dont, sur nos bords, les chastes filles Attendent leurs fiancés bruns!” C’est ainsi que nos deux poètes se rejoignent, pour paraphraser à souhait le majestueux Cantique des Saints Livres où tous les êtres de la création sont invités à célébrer la gloire de Dieu : “Montagnes et collines, bénissez le Seigneur! Tout ce qui germe sur la terre, bénissez le Seigneur! Mers et fleuves, bénissez le Seigneur dans tous les siècles!” Les jeunes imaginations ne manqueront pas de s’émouvoir en présence de ces tableaux d’où la vie déborde à pleins bords, et où la virtuosité des artistes peut donner lieu à une leçon de style non moins utile qu’agréable.Abbé F.Chaebonnier, Docteur ès-Lettres.LE DESSIN A L’ÉCOLE PRIMAIRE (1) ni Bien des élèves ne vont pas audelà de leur sixième année d'étude.Ils entrent donc dans la vie avec le bagage intellectuel qu’ils ont accumulé jusque là.Puis, n’est-ce pas entre la dixième et la quinzième année que l’esprit s’ouvre au monde extérieur, que les impressions se précisent, que les sens se dégrossissent, que la personnalité se fait jour et qu’enfin toutes les facultés préparent avec plus ou moins d’ampleur leur épanouissement?On peut donc dire sans crainte de se tromper que c’est de la quatrième année scolaire à la septième que l’enseignement du dessin dans les écoles primaires a le plus d’importance.Plaçons-nous ici au seul point de vue pédagogique, car les autres points de vue sont ou des corollaires ou des accessoires.Et pour mieux étaler aux yeux des instituteurs l’importance pédagogique de l’enseignement du dessin, je transcris à nouveau ce que j’ai écrit dans mon premier article: “Le but de l’enseignement du dessin est de concourir, avec les autres matières du programme scolaire, au développement raisonné des facultés intellectuelles de la jeunesse.En d’autres termes: apprendre à l’élève à voir—à bien voir—, à former son esprit d’observation; développer sa mémoire visuelle.” Il ne peut s’agir ici d’un enseignement purement théorique qui forcerait les élèves à absorber jusqu’à saturation des formules et des formules, à pouvoir discuter plus ou moins pertinemment sur les lignes, la perspective, les théorèmes.bref à emmagasiner dans leur esprit une sorte de code du dessin rigide, solennel et parfaitement inutile.Il ne peut s’agir non plus d’un enseignement technique, quelque chose comme une préparation à l’étude du dessin mécanique, de l’architecture, du génie civil ou militaire, de l’arpentage, ou encore quelque chose comme une collection de recettes mécaniques pour tracer les pentagones, les ellipses, les arcs pointus ou les autres figures géométriques, enfin un prétexte à se servir d’instruments de dessin.Il ne s’agit pas enfin de former des artistes de profession, des décorateurs habiles ni des dessinateurs impeccables, encore moins des peintres—c’est le rôle des écoles des Beaux-Arts.Pas du tout.(1) Voir VEnseignement primaire, novembre et décembre 1935. L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE 287 Il s’agit, répétons-le, de pousser les élèves à voir, à observer, à cultiver leur mémoire visuelle.Toute prétention contraire s’écarte singulièrement du rôle de l’école primaire.Le seul moyen d’apprendre à voir, c’est d’observer longuement des objets et de les dessiner tels qu’ils sont.Pas des objets tracés plus ou moins habilement sur le tableau noir; pas des gravures; pas des images de calendriers ni des cartes de Noël.Mais des objets véritables, des objets à trois dimensions, avec leurs couleurs, leurs tons, leurs reflets, leurs ombres, des objets comme il s’en trouve dans toutes les écoles et dans toutes les maisons.On a vu que chez les moins-de-dix-ans les modèles ne doivent être faits, le plus possible, que de lignes droites.A partir de la quatrième année, les élèves peuvent aborder le dessin d’objets à lignes courbes, en commençant par les plus simples.L’année suivante, ils peuvent dessiner à peu près tous les objets, quelles que soient leurs formes et leurs couleurs.En sixième année, ils peuvent s’attaquer au paysage et à la figure humaine, à condition que ce soit d’après nature.Tous les dessins scolaires doivent être faits rapidement, au craijon de couleur ou à Vaquarelle, sans souci d’exécuter de belles images.Rapidement.C’est la condition expresse d’un croquis pédagogique.Pour être spontané, pour être vrai, un croquis doit être fait en trente minutes au plus.Cela ne veut pas dire qu’il ne faut qu’entrevoir le modèle.Au contraire.Il faut l’observer intelligemment.Mais après analyse, il faut crayonner rapidement, sans effacer si possible, en conservant au trait sa spontanéité.Au crayon de couleur ou à l'aquarelle.Ce sont les procédés qui conviennent le mieux au croquis scolaire.Ils satisfont l’élève qui, de nature, aime la couleur.Ils n’exigent aucune transposition—contrairement au crayon noir qui, lui, commande l’interprétation des plans et des ombres.Ils sont attrayants, pas très coûteux et d’exécution relativement facile.Sans souci d’exécuter de belles images.Le croquis ne doit pas être une image (il y en a suffisamment dans les revues et les livres illustrés).Il ne faut pas que l’élève perde son temps à pignocher, fignoler un dessin; cela est inutile; il n’en retire rien, tant au point de vue intellectuel qu’au point de vue pédagogique.Pendant les heures qu’il met à pousser un dessin, il pourrait brosser quelques croquis et avec beaucoup plus de profit, apprendre davantage à voir, analyser des formes avec lesquelles il n’est pas familier.Le mois prochain, on nous permettra de donner quelques exemples de bons et de mauvais croquis.Gérard Morisset, attaché honoraire des Musées nationaux de France, directeur de l’enseignement du dessin.CONCOURS DE DESSIN DANS LES ECOLES PRIMAIRES Je prie avec insistance les membres du personnel enseignant de se reporter à VEnseignement primaire du mois de décembre (page 221) et de relire attentivement les conditions du concours de dessin institué dans toutes les écoles primaires de la Province.Qu’ils insistent auprès des élèves pour que chacun d’eux participe à ce concours; qu ’ils voient à ce que chaque concurrent ne se fasse aider par personne.J’attire l’attention sur ceci: tous les dessins devront être faits à main levée, au crayon de couleur ou à l’aquarelle (A partir de la septième année, on pourra se servir de peinture à l’huile, si on le désire).Les dessins au crayon noir seront impitoyablement mis de côté.Je rappelle enfin que le concours se terminera le 30 janvier 1936.Gérard Morisset. 288 L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE L’ÉDUCATION ESTHÉTIQUE ET LA DÉSERTION DES CAMPAGNES (suite) (1) I ‘‘Pour rester à la terre, il ne suffit pas d’en vivre, concluait M.le président Méline dans son discours-programme au XXVIIIe Congrès de l’économie sociale, il faut la connaître et l’aimer.” Or, ce n’est que par un contact prolongé avec elle que les enfants la comprendront et qu’ils en goûteront l’inépuisable beauté.Avant que nous puissions les mettre à “l’école du grand air” dont le succès va grandissant, nous avons déjà, outre les colonies de vacances que l’on ne saurait trop encourager, nous avons les promenades familiales et scolaires.Ces dernières sont-elles organisées comme elles devraient l’être?Nous ne le pensons pas.Elles ne sont pas non plus assez fréquentes.C’est un point que l’éducation scolaire belge doit examiner, si nous ne voulons être dépassés par nos voisins.A défaut d’excursions, ou plutôt concurremment avec elles, pour continuer l’éducation esthétique des enfants, nous utiliserons largement les tableaux et les livres.Insistons sur ce point.Nous leur lirons, en effet, les plus belles pages descriptives des littératures modernes et nous leur montrerons les tableaux des maîtres peintres.Nous les mettrons à l’école des Rousseau, des Corot, des Daubigny, des Millet en France; des Boulanger, des Baron, des Heymans, des Verstraete, des Laermans, des Frédéric, des Clauss, des Verwée, des Courtens en Belgique.Ces tableaux (de préférence en couleurs) ou les œuvres elles-mêmes pour les écoliers des villes, illustreront les pages savoureuses de nos écrivains modernes, de nos chantres du sol patrial.Et, merveilleux retour des choses, la nature permettra de mieux comprendre l’art, et l’art fera mieux admirer la nature.Car, enfin, c’est l’admiration qu’il faut exciter dans le cœur de l’enfant.Sans doute, il est indispensable d’aiguiser ses sens, d’attirer son attention sur les menus détails e’t les moindres objets, mais c’est le cœur avant tout qu’il importe d’émouvoir.Par un mot pittoresque, par une exclamation vive et sincère, par une parole chaude et enthousiaste, vous leur ferez goûter l’éternelle beauté des choses et vous découvrirez à leurs yeux éblouis l’intarissable variété des spectacles enchanteurs de la belle nature.Esquissons rapidement ce travail.Conduisez l’enfant par les prés, tout parfumés des senteurs pénétrantes des regains fraîchement coupés (2), par les campagnes où les grands blés mûris, tels une mer dorée, Se déroulent au loin, dédaigneux du sommeil; (1) Voir Y Enseignement Primaire de décembre 1935.(2) Tous nos textes pittoresques et descriptifs ont été puisés dans les œuvres de nos auteurs modernes; pour ne pas multiplier les références, nous donnons, une fois pour toutes, la liste de ces auteurs: Destrée, Gezelle, Hardy, Lemonnier, Carton de Wiart, Virrès, Kinon, Theuriet, Lavedan, Bazin, Leconte de Lisle, Daudet, Clovis Hugues, Coppée, Gautier et surtout les poètes rustiques, le Goffic et Fabié; les poètes paysans: Harel et Vermenouze; les poètes du foyer chrétien: Zider et Mercier. L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE 289 près du ruisseau qui bavarde sur les cailloux en entraînant les sveltes truites d’argent; près de la claire fontaine dont le flot Filtre son cristal à travers Le filtre frêle Des gressons verts; près de l’étang où les saules se mirent, et baignent leurs feuilles en prenant le soir au clair de lune des attitudes fantastiques.Promenez-le par les vallons fleuris, par la grand’route poudreuse, quand les troupeaux repus s’avancent vers le soir dans une gloire de poussière, en piétinant avec un bruit d’averse; vers la petite colline grise que parfume le romarin; par les montagnes, ce pays noir où il y a des loups et de grandes digitales de pourpre pleines de rosée jusqu’au bord.Et tout cela, sous des cieux toujours autres.Cours des saisons: joies fraîches du printemps, splendeurs du triomphal été, opulentes mélancolies de l’automne, deuils blancs de l’hiver.Cours des heures : aurores tremblantes et douces, matins légers, midis rayonnants, crépuscules enflammés, soirs fiévreux, nuits resplendissantes de mystérieuses clartés.Vraiment, la nature est une royale amie.Sa parure est brillante.C’est sur le gazon vert, les taches rousses ou brunes des vaches aux grands yeux doux; c’est le violet des guérets nouveaux, le blond pâle des avoines et l’or roux du froment; ce sont les fleurs, ces encensoirs parfumés qui s’évaporent du côté du ciel: les marguerites rouges et blanches, les renoncules aux godets d’or; sur l’étang, les narcisses qui sont des étoiles de neige; dans les bois, les grelots d’argent du muguet, c’est le jardin .où les abeilles Suspendent leur murmure aux fleurs de vos corbeilles.Ce sont, dans les champs, tous les insectes mordorés, et dans les bois, nos grands papillons veloutés: les morios bruns liserés de jaune, les vulcains diaprés d’un rouge de feu, les mars à la robe couleur d’iris, qui tournoient lentement dans cette demi-obscurité comme de magnifiques fleurs ailées.Enivrez-vous de ses senteurs subtiles et pénétrantes: odeurs de miel et de pollens, parfums des foins coupés, odeur de la glèbe remuée, senteur capiteuse des feuillages jaunissants, fragrances balsamiques des tilleuls qui se mêlent à l’odeur âcre et résineuse des conifères.Écoutez tous les bruits de la nature, depuis la chanson des rainettes cachées dans les joncs, jusqu’au concerto merveilleux des virtuoses des buissons; depuis le bruissement des faux des coupeurs de regain, jusqu’au sussurement prolongé des épis lourds qui murmurent entre eux; depuis les longs soupirs du vent à travers la feuillée jusqu’au mugissement de l’orage dans la forêt (1).Écoutez enfin ses innombrables silences, légers ainsi que des phalènes aux ailes veloutées, plus nuancés et plus divers que toutes les teintes; silence des prai- (1) Serait-ce une chimère de supposer qu’en attirant ainsi l’attention des élèves sur les musiques de la nature et en continuant cette éducation dans l’enseignement secondaire, on pourrait initier les jeunes étudiants à la compréhension des œuvres musicales que la nature a directement inspirées?Croyez-vous qu’à la faveur d’une préparation esthétique intelligente et graduée, on n’arriverait pas à leur faire comprendre la désespérance du naufragé par l’ouverture du Vaisseau fantôme de Wagner, la frayeur troublante de l’orage et la sereine clarté du jour par la Symphonie pastorale de Beethoven; à leur faire sentir, aussi bien que par une page de littérature, l’implacable solitude de la steppe illimitée par 1’audition de Mazippa deListz ou du Désert de David; à leur faire goûter les fraîcheurs ensoleillées de la rivière et de la forêt par les mélodies Le Hoyoux et Freyhir de notre compatriote Emile Mathieu qui a traduit en musique l’âme de nos paysages pa-triaux ?2 290 L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE ries et des océans, des vallons et des sommets, silence du soir et de midi, de l’aube et du crépuscule, silence des nuits de voie lactée.Allons plus loin, et si nous insistons, c’est qu’à notre avis cette orientation de l’enseignement doit, de nos jours, passer à l’école moyenne et à l’école normale.Suivons le conseil du poète.“Feuilletez, nous dit M.Lavedan, ce radieux livre d’images; “dans cette édition de luxe inépuisable, ajoute-t-il somptueusement, sont imprimées en caractères éternels des choses qu’ignorent les savants et qui sont réservées aux adorateurs les plus fervents de la nature”.Étudiez cette âme des choses.Voyez les fleurs, Elles ont un visage, une physionomie propre.Elles sont sensibles, elles parlent.Il y en a de renfrognées, de boudeuses, de sardoniques, de méchantes; les violettes sont modestes, les lis sont chastes, les roses sont hères.Quelques-unes sont énigmatiques, d’autres déconcertent par l’étrangeté de leur bigarrure et de leurs formes tourmentées; elles plairont aux âmes raffinées et compliquées.Aux âmes simples, les fleurs simples; aux sauvageonnes, les heurs agrestes.Pénétrez la pensée intime des arbres.Vous découvrirez l’humeur particulière de chacun; la câlinerie romanesque du saule, la sévérité huguenote du sapin, l’esprit caustique du houx, la robustesse élégante du bouleau, la majesté léonine du chêne et la roideur administrative du peuplier qui borde les routes (1).Allez plus loin encore: scrutez le mystérieux symbolisme de la nature, symbolisme de la montagne et de la plaine, des matins et des soirs, symbolisme des couleurs, symbolisme des moindres choses: des nids vides et des nids pleins, des feuilles qui poussent et des feuilles qui tombent.(à suivre) Abbé Em.Lisin.L’ÉDUCATION NOUVELLE Que faut-il penser des méthodes-types proposées depuis quelques lustres ?I.LA MÉTHODE MONTESSOR1 (Suite) (2) 3.Respect de la liberté de l’enfant.—-On a dit avec raison qu’une école Montes-sori est le domaine où la liberté de l’enfant s’exerce dans sa plénitude, comme une république minuscule où chacun agit à sa guise en prenant cependant conscience de sa responsabilité personnelle.Rien qui contraigne l’enfant à l’immobilité.Les salles sont garnies de petites tables où se placent deux ou trois enfants assis sur de petites chaises; les murs sont ornés d’images et de tableaux.Autour de la salle sont de petites armoires contenant des jouets.Il y a une salle avec baignoires et lavabos très bas; et lorsque c’est possible, un jardin avec des fleurs et un logement pour quelques animaux familiers.(1) Nous voulons signaler ici l’initiative heureuse d’un professeur allemand, qui a composé, à l’usage des classes, un manuel de botanique où il a uni dans une juste mesure l’art et la science.Il a fait suivre la plupart des chapitres sur l’étude des plantes, d’extraits littéraires appropriés, choisis avec le meilleur goût dans les œuvres des prosateurs et des poètes: Paul Saurich, Das Leben der Pflanzen im Walde, Leipzig, E.Wunderlich.Ne pourrait-on pas, en s’inspirant de la même idée, composer à l’usage de nos écoles primaires un manuel d’agriculture irréprochable en tous points, avec illustrations artistiques et compositions musicales ?(2) Voir VEnseignement Primaire de décembre 1935. L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE 291 Le problème de la discipline, dans la maison des enfants, est résolu par la liberté.Chaque enfant s’impose à lui-même cette discipline, grâce à l’intérêt qu’il prend à ce qu’il fait.Quelle conduite tient-on avec l’enfant méchant, taquin, querelleur, trépignant?On examine son état de santé.Si on ne découvre aucun cas pathologique, on l’isole, on le choie, on lui donne toutes sortes de jeux; mais il n’a aucun rapport avec les autres; son caractère s’améliore rapidement.4.Coordination des mouvements et maîtrise de soi-même.—Un des grands problèmes est d’habituer l’enfant à coordonner ses mouvements, à réaliser ce qu’il veut.Le matériel est organisé de façon à lui apprendre à classer, à mettre en ordre : assortir des échantillons, grouper des boîtes d’après leur poids, arranger des cartes de soie suivant les teintes, etc.Pour le rendre indépendant de ce qui l’entoure, on lui fait pratiquer un grand nombre d’exercices: s’habiller, se déshabiller, se laver, se mouvoir sans bruit ni désordre, tenir les armoires en ordre, épousseter le mobilier.L’idée qui préside à cette formation est de ne pas trop aplanir les difficultés.De l’ordre extérieur on veut arriver à l’ordre intérieur; pour obtenir ce résultat, l’enfant doit être placé dans un milieu propre à lui procurer des perceptions claires et simples.Il importe aussi qu’il ne soit pas dérangé dans son travail, afin de faire par lui-même ses découvertes.Les enfants sont responsables non seulement de leur propre tenue, mais de celle de la maison.On leur confie des charges dont ils s’acquittent avec un soin extraordinaire.Ils entretiennent la propreté de la classe avec de petits balais et de petites pelles.5.De,s sens a l’intelligence.—Ce principe sert de base à l’éducation intellectuelle.Mme Montessori fait l’éducation des sens au moyen d’un matériel très ingénieux composé de vingt-six articles: cadre à boutonnières, blocs de bois, bouliers aux couleurs voyantes, boîtes de grammaire aux casiers pleins de cartons, etc.L’éducation du toucher commence par un travail primordial: développement de l’agilité des mains.Pour cela, on donne à l’enfant des cadres à boutons et boutonnières, à agrafes, à brides, à lacets au moyen desquels il s’exerce à manœuvrer rapidement les différents systèmes de fermeture qui retiennent sur son corps ses souliers et ses habits.On lui fait toucher des tableaux en bois couverts de papier de diverses qualités pour lui apprendre à distinguer entre les choses lisses et les choses rugueuses et entre les nuances intermédiaires; des étoffes de différentes sortes: coton, velours, laine, satin, etc.D’autres appareils lui donnent les notions de poids, de température, de forme, de mollesse, de dureté, etc.Quelques exercices se font les yeux bandés' reconnaître les échantillons de différents tissus, distinguer des bandes de papier de verre de grain varié, des bouts de carton rugueux ou glacés, des formes diverses: cubes, pyramides, balles, cylindres.L’éducation de la vue commence par le toucher à distance, puis vient l’apprentissage de la couleur.Cette notion s’acquiert par l’emploi de bobines sur chacune desquelles s’enroule une couleur nettement tranchée: rouge, orange, vert, bleu, violet, brun.L’enfant doit désigner promptement ces couleurs par leur nom.On lui présente ensuite d’autres nuances de couleurs qui composeront pour ainsi dire une gamme qu’il devra ranger en ordre ascendant ou descendant.L’éducation de l’ouie se fait surtout par l’appréciation des bruits et des sons symbolisés respectivement par le tambour et la cloche.Cette éducation est aussi le principe de l’initiation musicale.Mme Montessori la regarde comme très importante; par elle l’enfant se déshabitue des mouvements désordonnés pour choisir de son plein gré des attitudes et des gestes coordonnés.D’après cette idée, Mme Montessori a imaginé la leçon du silence, si profitable et si impressionnante.“J’appelle, dit-elle, l’attention sur moi qui fais silence, et d’ailleurs dans ce silence se joint l’immobilité absolue dans des poses différentes, sans que rien ne bouge dans toute la personne, en essayant même de rendre imperceptible le bruit de la respiration.Ensuite, appelant une élève, je l’invite à faire de même, ce qui n’est point chose aisée, et qui nous semblerait, au premier abord, impossible à obtenir chez de petits enfants latins.” Mais les enfants se piquent à ce jeu; leur silence et leur immobilité sont impressionnants.Mme Montessori fait encore appel à l’obscurité.Fenêtres, volets, rideaux étant fermés, l’enfant entend tout à coup une petite cloche qui tantôt s’éloigne et tantôt se rapproche.Pour l’éducation du goût et de l’odorat, elle se contente d’exercices très simples avec des substances variées, que l’enfant apprécie parfois les yeux bandés, (à suivre) Louis Riboulet. 292 L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE LA LEÇON DE L’EXEMPLE La leçon! C’est qu’en tout et toujours celui qui a mission d’élever la jeunesse doit pouvoir apparaître comme digne d’être imité.Il ne sert de rien de dire à l’enfant: “Agissez ainsi”, s’il a sous les yeux une attitude, une conduite qui contredisent les paroles.N.S.mettait ses disciples en garde contre les Pharisiens.“Faites comme ils disent; mais n’imitez pas leurs actes.” Qu’il n’y ait pas de “Pharisiens” dans nos écoles! Que tous les maîtres, toutes les maîtresses y soient, publiquement, ce qu’ils ont conscience d’être en réalité: c’est une question de droiture et d’honneur.C’est aussi une question de pédagogie pratique: “Longue est la voie des préceptes; courte celle des exemples”, disait la sagesse antique, qui est celle de tous les temps.Ce rappel de vérités banales, mais si importantes, est l’occasion pour chacun de nous de rentrer en soi-même.Vous demandez à vos enfants de la docilité, de l’ardeur au travail, de la piété, de la charité, de l’esprit de justice, de la fidélité au devoir; vous leur inculquez pour toute la vie le sentiment de l’honneur.Sentent-ils, quand vous leur faites cette leçon de morale chrétienne—ou de morale tout court, que vos lèvres parlent de l’abondance du cœur?Et leur suffit-il de jeter les yeux sur vous, de vous observer, pour voir—avec une légitime fierté et un grand respect—qu’ils n’ont qu’à suivre vos exemples?Plus que les diplômes, plus que le zèle pour l’instruction, cela importe avant tout.Nous sommes, dans nos écoles, les héritiers d’un passé dont le souvenir doit nous être cher.Dans la plupart d’entre elles le personnel enseignant a pris la succession des religieux, des religieuses, dispersés par la persécution: ils y faisaient œuvre chrétienne, œuvre française, œuvre d’apostolat (1).On a beau jeu, à trente ou quarante ans de distance, de dauber, avec injustice d’ailleurs, sur des maîtres ou des maîtresses qui n’avaient pas cru nécessaire de préparer des titres de capacité universitaires; il suffisait qu’ils fussent, comme professeurs, à la hauteur de leur tâche d’enseignement primaire et, comme éducateurs, d’une élévation d’âme éprouvée et d’un incontestable dévouement.Les temps sont changés, je le veux bien; et je suis loin de protester contre les exigences actuelles qui demandent la garantie officielle d’un savoir suffisant.Mais je ne saurais m’empêcher de songer que ces exigences, si légitimes qu’elles paraissent, ne sont pas nécessairement efficaces pour assurer la bonne marche des écoles ou des collèges.Ayons-en le respect—mais non le fétichisme.En tout cas, jamais, au grand jamais, pas plus autrefois qu’aujourd’hui, il n’est venu à l’esprit d’aucun des membres de l’enseignement chrétien de déclencher une grève comme protestation contre l’autorité et pour une question d’ordre purement matériel.C’est notre honneur de travailler à l’éducation chrétienne de la jeunesse française avec un grand esprit de désintéressement, sans oublier que la cause à laquelle nous sommes dévoués, méconnue par les pouvoirs publics, qui refusent de la soutenir financièrement, impose parfois de lourds sacrifices.N’est-ce pas notre fierté de mettre assez haut notre idéal pour consentir généreusement à ces sacrifices dont nous savent gré—plus peut-être que nous ne le croyons— et nos élèves et leurs familles.Mettons donc notre honneur à leur paraître toujours dignes de cet idéal et de la doctrine religieuse que nous enseignons.Pour cela, chaque jour, avant d’entrer dans nos classes, préparons-nous à donner à nos enfants une leçon qui n’est pas inscrite au carnet de préparation, mais qui vaut mieux que toute autre—celle de notre exemple.Mgr Ch.Delabar, Directeur de V École, l’un des principaux organes de l’enseignement libre et catholique de France.(1) Depuis 1904, en France, le gouvernement, sous l’inspiration des Loges maçonniques, a proscrit l’enseignem ent à tous les ordres religieux, hommes et femmes.—Note du directeur de l’E.P. L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE 293 LES IDÉES PÉDAGOGIQUES DE JOSEPH DE MAISTRE Deuxième lettre à sa fille Constance (1) Saint-Pétersbourg, 11 août 1809.J’ai vu par ta dernière lettre, ma chère enfant, que tu es toujours un peu en colère contre mon impertinente diatribe sur les femmes savantes; il faudra cependant bien que nous fassions la paix au moins avant Pâques, et la chose me paraît d’autant plus aisée, qu’il me paraît que tu ne m’as pas bien compris.Je n’ai jamais dit que les femmes soient des singes: je te jure sur ce qu’il y de plus sacré que je les ai toujours trouvées incomparablement plus belles, plus aimables et plus utiles que les singes.J’ai dit seulement, et je ne m’en dédis pas, que les femmes qui veulent faire les hommes ne sont que des singes; or, c’est vouloir faire l’homme que de vouloir être savante.Je trouve que l’Esprit-Saint a montré beaucoup d’esprit dans ce portrait, qui te semble comme le mien, un peu triste.J’honore beaucoup cette demoiselle dont tu me parles, qui a entrepris un poème épique; mais Dieu me préserve d’être son mari ! J’aurais trop peur de la voir accoucher chez moi de quelque tragédie, ou même de quelque farce; car une fois que le talent est en train, il ne s’arrête pas aisément.Dès que ce poème épique sera achevé, ne manque pas de m’avertir; je le ferai relier avec la Colombiade de madame du Bocage.J’ai beaucoup goûté l’injure que tu adressais à M.Buzzolini-donna barbuta.C’est précisément celle que j’adressais à toutes ces entrepreneuses de grandes choses; il me semble toujours qu’elles ont de la barbe.N’as-tu jamais entendu réciter l’épitaphe de la fameuse marquise du Châtelet par Voltaire ?En tout cas, la voici : L’univers a perdu la sublime Emilie: Elle aima les plaisirs, les arts, la vérité; Les dieux, en lui donnant leur âme et leur génie, Ne s’étaient réservé que l’immortalité.Or, cette femme incomparable, à qui les dieux (puisque les dieux il y a) avaient tout donné, excepté l’immortalité, avait traduit Newton; c’est-à-dire que le chef-d’œuvre des femmes, dans les sciences, est de comprendre ce que font les hommes.Si j’étais femme, je me dépiterais de cet éloge.Au reste, ma chère Constance, l’Italie pourrait fort bien ne pas se contenter de cet éloge et dire à la France: Bon pour vous; car mademoiselle Agnesi s’est élevée fort au-dessus de madame du Châtelet, et je crois même, de tout ce que nous connaissons de femmes savantes.Elle a eu, il y a un an ou deux, l’honneur d’être traduite et imprimée magnifiquement à Londres, avec des éloges qui auraient contente quai si sia ente barbuto.Tu vois que je suis de bonne foi, puisque je te fournis le plus bel argument pour ta thèse.Mais sais-tu ce que fit cette mademoiselle Agnesi, de docte mémoire, à la fleur de son âge, avec de la beauté et une réputation immense?Elle jeta un beau matin plume et papier ; elle renonça à l’algèbre et à ses pompes, et elle se précipita dans un couvent, où elle n a plus dit que l’office jusqu’à sa mort.Si jamais tu es comme elle professeur de mathématiques sublimes dans quelque université d’Italie, je te prie, en grâce, ma chère Constance, de ne pas me faire cette équipée avant que je t’aie bien vue et embrassée.Ce qu il y a de mieux dans ta lettre et de plus décisif, c’est ton observation sur les matériaux de la création humaine.A le bien prendre, il n’y a que l’homme qui soit vraiment cendre et poussière.Si on voulait même lui dire ses vérités en face, il serait boue, au lieu que la femme fut faite d’un limon déjà préparé et élevé à la dignité de côte.—Corpo di Baccol questo vuol dir moltol Au reste, mon cher enfant, tu n en diras jamais assez a mon gré sur la noblesse des femmes (même bourgeoises), il ne doit y avoir pour un homme rien de plus excellent qu’une femme, tout comme pour une femme, etc.Mais c’est précisément en vertu de cette haute idée que j’ai de ces côtes sublimes que je me fâche serieusement lorsque j’en vois qui veulent devenir limon primitif.—Il me semble que la question est tout à fait éclaircie.(1) Voir l’Enseignement Primaire de décembre 1935. 294 L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE Ton petit frère se porte à merveille, mais il n’est pas avec moi dans ce moment; il est au vert.Son régiment campe dans un petit village à quatre ou cinq werstes d’ici (une fois pour toutes tu sauras qu’il y a cinq werstes à la lieue de France).Nous nous voyons souvent ici ou dans les maisons de campagne, où nous nous donnons rendez-vous pour dîner, lorsqu’il ne monte pas la garde.La vie dans cette saison est extrêmement agitée; on ne fait, au pied de la lettre, que courir d’une campagne à l’autre.Le 3 de ce mois, nous avons eu la fête ordinaire de Peterhoff (palais de l’empereur), à trente werstes de la ville, dîner, promenade au travers des jardins dans les voitures de la cour, illumination magnifique, souper, feu d’artifice, enfin tout.Mais pour manger, ma chère enfant, il faut avoir appétit: dès que j'entends un violon, je suis pris d’un serrement de cœur qui me pousse dans ma voiture, et il faut que je m’en aille: c’est ce que je fis d’abord après dîner.Cependant, comme je m’étais arrêté dans le voisinage, nous nous rapprochâmes le soir avec quelques dames pour voir le bouquet.C’est un faisceau de trente mille fusées partant sans interruption, éclatant toutes à la même hauteur, avec des feux de différentes couleurs et un crescendo tout à fait merveilleux.Malheureusement, j'avais beau regarder de tous côtés, je ne vous voyais pas là, c’est le poison de tous les plaisirs?Voilà, ma chère Constance, la petite cicalata (1) que je te devais depuis longtemps.Embrasse ma bonne Adèle pour mon compte, et fais mes compliments à ceux qui ont la gigantesque bonté de se rappeler de moi (2).Adieu, petite enfant.Dans un an, plus ou moins, si nous sommes encore séparés, je veux que tu m'envoies un second portrait de toi, et tu écriras derrière: Je suis une jeune fille savoisienne! Mon œil est bleu, et doux mon regard; J’ai un cœur qui est noble et fier et bon.Mais il faut que la mère signe; je suis persuadé qu’elle lit Klopstock tout le jour, aussi ces vers lui sont connus.Il ne manquera que son approbation qui ne manquera pas.Adieu.AU TEMPS DE MARIE DE L’INCARNATION Une leçon de courage (3; r \ ¦ ii DE NOTRE EMBARQUEMENT A DIEPPE ET DE NOTRE PASSAGE EN CANADA Le matin 4e de mai de l’an 1639, nous partîmes de chez nos Mères pour aller entendre la messe à l’Hôpital et y prendre trois de leurs sœurs qui devaient s’embarquer avec nous, pour aller fonder un monastère en Canada, par la piété de Madame la dùchesse d’Aiguillon, leur fondatrice.Pendant tant d’allées et de courses que nous avions faites depuis notre partement de Tours, mon esprit et mon cœur n’étaient pas où mon corps était.Il me tardait que le moment fût venu que je fusse en état de pouvoir effectivement risquer ma vie pour Dieu, pour lui pouvoir rendre ce petit témoignage de mon affection, en reconnaissance de ses grandes et immenses miséricordes sur moi, sa chétive créature.Je voyais que ce n’était rien que ma vie; mais le néant que j’étais ne pou- (1) Babil, caquet.(2) Selon les grammairiens, se rappeler de quelqu’un, se rappeler de quelque chose, présente une faute; cependant 4’Académie donne comme correcte la locution analogue se rappeler d’avoir vu,,se rappeler d'avoir fait.(3) Voir \'Enseignement Primaire de décembre 1935. L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE 295 vait pas davantage, joint mon cœur et mes amours.Voyant donc que j’étais proche d’en venir aux actes effectifs en m’embarquant, et tout moi-même étant en cette disposition et dans un sentiment qui m’emportait, je me prosternai devant le très saint Sacrement, dans le chœur des Révérendes Mères Hospitalières, où je fus assez longtemps.J’expérimentai lors, que le Saint-Esprit possédait mon âme, lui donnant des motions conformes à l’acte que j’allais faire, en témoignage de l’a^ mour que je voulais rendre au suradorable Verbe Incarné, auquel je me donnais.O Dieu! qui pourrait dire ce qui se passa en cette donation, et à cet abandon de tout moi-même ?Je ne le saurais exprimer.De mon côté, je voyais, et l’Esprit qui me conduisait en rendait témoignage à ma conscience, que je n’avais rien fait de si bon cœur, et j’expérimentais que le sacré Verbe Incarné, le Roi et Monarque de toutes les nations, aimait & agréait ma donation.Comme j’étais en cet entretien, Madame la Gouvernante de Dieppe nous fit l’honneur de nous venir prendre en son carrosse, pour nous mener au bord de la mer.Nous étions de tous côtés entourés de monde, et cependant mon esprit était si fortement occupé qu’à grand peine pouvait-il se divertir de son attention et entretien avec le suradorable Verbe-Incarné.L’on n’eût pas jugé cela à me voir à l’extérieur, lequel faisait tout ce qui était convenable, avec une façon qui semblait dégagée.Lorsque je mis le pied en la chaloupe qui nous devait mener en rade, il me sembla entrer en paradis, puisque je faisais le premier pas qui me mettait en état de risquer ma vie pour l’amour de Celui qui me l’avait donnée.Je chantais en moi-même les miséricordes d’un si bon Dieu qui me conduisait avec tant d’amour au point que j’avais désiré, il y avait si longtemps.Monsieur de Bernières se fût embarqué avec nous pour faire le voyage, si madame de la Peltrie ne l’eût constitué son procureur, pour faire la dépense de la fondation et pour faire ses affaires en France.Ce grand serviteur de Dieu ne nous pouvait quitter; il nous mena dans le navire, accompagné de Révérend Père Lalemant, et tous deux nous rendirent tous les bons et charitables offices nécessaires en cette rencontre, où tout de suite la mer nous rendit fort malades.Enfin, il fallut se séparer et quitter notre ange gardien pour jamais; mais quoiqu’il fût éloigné de nous, sa bonté lui fit toujours prendre le soin de nos affaires, avec un soin plus que paternel.Dans toute la conversation que nous eûmes avec lui, depuis notre première entrevue jusqu’à notre séparation, nous reconnûmes que cet homme de Dieu était possédé de son esprit et entièrement ennemi de celui du monde.Jamais je ne lui ai entendu proférer une parole de légèreté, et quoiqu’il fût d^une agréable conversation, il ne se démentait jamais de la modestie convenable à sa grâce.Il regardait la Mère de Saint-Joseph, comme une victime qui lui faisait compassion, et tout ensemble, il était ravi de son courage et de son zèle.Pour moi, je ne lui faisais point de pitié; il souhaitait que je fusse égorgée pour Jésus-Christ, et il en souhaitait autant à Madame de la Peltrie.Tout le temps qu’elle dura, la traversée de la mer me fut intensivement et actuellement une occasion d’un continuel sacrifice, m’offrant nuit et jour en holocauste à mon divin et céleste Époux, dans les périls continuels qui nous menaçaient.Nous passâmes les côtes d’Angleterre et nous sortîmes de la Manche, non sans avoir été en danger d’être prises par les Espagnols et les Dunker-quois.Mais notre plus grand péril fut lorsqu’une énorme glace parut tout à coup dans une brume, et, comme une furie, venant vis-à-vis de la flèche du navire, l’allait fendre en deux.Tout l’équipage criait: “Miséricorde! nous sommes perdus!” ce qui fit que, dans cet empressement de mort, qui selon toutes les apparences humaines était inévitable, le Révérend Père Vimont donna l’absolution générale à tous, tant on se voyait proche de la mort.Durant tout cet effroi, mon esprit et mon cœur étaient dans une paix et tranquillité aussi grandes qu’elles se pouvaient posséder: je ne ressentis pas un seul mouvement de frayeur, mais je me trouvai en un état tout prêt pour faire un holocauste de tout moi-même, avec l’agrément de la privation de voir nos chers Sauvages.J’avais en vue toutes les grâces et faveurs que Notre-Sei-gneur m’avait faites au sujet du Canada, son commendament, ses promesses, et mon esprit se trouvait en un dépouillement de mourir ou de vivre.Toute ma pente était dans l’accomplissement des volontés de Dieu, qui, dans toutes les apparences, allait s’effectuer par notre mort.Madame notre fondatrice se tenait comme collée à moi, à ce que nous mourussions ensemble.Je disposai mes habits, afin que, lorsque le débris se ferait, je pusse n’être vue qu’avec décence.A cette extrémité, le Révérend Père Vimont fit un vœu à la sainte Vierge au nom de tous.Ma compagne, la Mère Marie de Saint-Joseph, commença les litanies de cette divine Mère, que tout le 296 L'ENSEIGNEMENT PRIMAIRE monde poursuivit.Lors, en un instant, le pilote qui gouvernait, auquel l’on commandait de mettre le gouvernail d’un côté, sans qu’il mît rien du sien, le tourna d’un autre, tant qu’il fit faire un tour au vaisseau: ce qui fit que la monstrueuse glace, qui alors n’en était pas à la longueur d’une pique vis-à-vis de la flèche, se trouva au côté.Nous l’entendîmes frayer tant elle était proche.C’était un miracle évident; aussi tout chacun cria: “Miracle!” Je vis cette horrible glace.La brume nous empêcha d’en voir la cîme.Ce que je vis me parut épouvantable, et je n’eusse jamais cru que la mer eût pu porter une si lourde masse, sans couler à fond.C’est que nous avions été jetés par les tempêtes du côté du Nord.Durant tout l’effroi de l’équipage, j’avais au fond de mon âme un sentiment que nous arriverions à bon port à Québec.Cela ne m’empêcha pas que je ne me tinsse dans les actes que Dieu voulait pour lors de moi.Lorsque cela arriva, nous nous étions confessées et com-muniées et venions de chanter les Heures de l'Office canonial.C’était le Dimanche de la très sainte Trinité, (à suivre).Marie de l’Incarnation.(Reproduit du très intéressant volume le Témoignage de Marie de V Incarnation, Ursuline de Tours et de Québec, publié à Paris, en 1932, par Dom Albert Jamet, moine de Solesmes.) DE LA PRÉPARATION A LA VIE FAMILIALE (Suite) (1) l’esprit de famille Certes, le rôle éducatif de la mère est prépondérant; celui du père, celui de tous les enfants importent aussi.De cette collaboration naît l’esprit de famille, dont le malheureux Lamennais a parlé avec tant de justesse.Écoutons-le parler de l’esprit de famille: “Dans une famille, tous ont en vue l’avantage de tous, parce que tous s’aiment et que tous ont part au bien commun.Il n’est pas un de ses membres qui n’y contribue d’une manière diverse selon sa force, son intelligence et ses aptitudes particulières.L’un fait ceci, l’autre fait cela; mais l’action de chacun profite à tous et l’action de tous profite à chacun.Qu’on ait peu ou beaucoup, on partage en frères; nulle distinction autour du foyer domestique.On ne voit point ici la faim à côté de l’abondance.La coupe que Dieu remplit de ses dons passe de main en mair, et le vieillard et le petit enfant, celui qui ne peut plus ou ne peut pas encore supporter la fatigue, et celui qui revient des champs le front baigné de sueur, y trempent également leurs lèvres.Leurs joies, leurs souffrances sont communes.” LA BONNE HUMEUR A cette atmosphère heureuse de la famille normale, dont je parlais il y a un instant, un autre élément indispensable doit s’ajouter pour le bonheur des parents comme celui des enfants, éléments de joie honnête et sereine: c’est la bonne humeur.La bonne humeur constante du père et de la mère est aux enfants ce qu’un beau soleil est à la nature; c’est elle qui donne au foyer la vie, l’entrain, l’activité joyeuse et féconde.Sous son influence bienfaisante les cœurs s’ouvrent sans contrainte, les âmes se dilatent.“Je préfère avoir à me reprocher un excès (1) Voir VEnseignement Primaire de novembre et décembre 1935. L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE 297 de bonté plutôt qu’un excès de rudesse”, disait saint François de Sales, et la pratique de cette maxime lui attirait tous les cœurs.On me dira: la bonne humeur dépend d’une foule de circonstances qu’il n’est pas en notre pouvoir de modifier.Il faut l’admettre.Mais avec quelques efforts, avec beaucoup de charité et surtout avec de la tranquillité d’esprit, la paix de l’âme, la joie d’une bonne conscience, on peut se maîtriser.La bonne humeur est la marque distinctive des grandes âmes.Elle invite la volonté à dompter les révoltes des sens; elle sait effacer du front les plis de la souffrance et imprimer au visage cet air bienveillant qui est le paisible triomphe de l’esprit sur la matière.Triomphe admirable qui constitue les plus belles leçons que les enfants, une fois mariés, se rappelleront avec bonheur et qu’ils imiteront sans effort.Toutes les âmes aimantes et dévouées, toutes les personnes consacrées à Dieu et qui usent leur vie dans l’enseignement ou au service des malades, des orphelins et des vieillards, nous donnent chaque jour l’exemple de la bonne humeur, de la sérénité, en dépit de la fatigue et des insomnies.LE CALME ET LA SERENITE L’histoire conserve les noms de personnages qui ont su triompher dans l’épreuve et conserver dans l’adversité un calme et une sérénité qui inspirent encore l’admiration.Socrate, condamné à boire la ciguë et sur le point de mourir, console et encourage ceux qui l’entourent; Pascal, miné par un mal terrible, garde jusqu’à la fin, envers ceux qui l’approchent, une patience et une bonté parfaites; Louis XVI, le roi martyr, montre un courage héroïque et prononce en mourant des paroles de paix et de pardon que le tambour de Santerre n’empêcha pas de parvenir aux oreilles de tous les témoins émus du régicide.Notre admirable histoire du Canada ne nous rapporte-t-elle pas le courage, la sérénité des saints Martyrs jésuites, pardonnant eux aussi à leurs bourreaux et ranimant le courage de leurs compagnons de souffrances ?Ces beaux exemples sont si hauts qu’ils paraissent inaccessibles au commun des mortels, encore qu’au cours de la vie nous rencontrions souvent dans toutes les classes de la société des traits de courage, de sérénité, de résignation à la volonté de Dieu qui dénotent de grandes âmes habituées longtemps à l’avance au sacrifice, à la patience, à la bonne humeur, en un mot.Nos ancêtres, venus de France pour fonder un pays encore aux mains de la barbarie, ceux qui leur ont succédé et qui ont continué l’œuvre commencée, nos grands-pères et nos grand’mères, ont donné ce grand et inlassable exemple de l’endurance et de la bonne humeur au milieu de difficultés et d’épreuves de toutes sortes.LES GRANDS-PARENTS, LEUR PLACE AU FOYER.—UNE BELLE LEÇON FAMILIALE En rappelant le souvenir de nos grands-pères et de nos grand’mères, une réflexion d’ordre pratique s’impose ici, au sujet de la place que doivent occuper les grands-parents dans la famille.Cette place est-elle toujours celle qu’ils méritent, celle que le quatrième commandement de Dieu leur assigne: “Père et mère tu honoreras afin de vivre longuement” ?Souvent, c’est à souhaiter, les grands-parents occupent la place d’honneur au foyer de leur fils ou de leur fille; ils sont traités avec affection et respect par leur fils ou leur fille qui ont le bonheur de les avoir sous leur toit, sous ce toit édifié naguère par ceux que la vieillesse et les infirmités réduisent aujourd’hui à l’impuissance.En remplissant ce devoir filial envers les vieux parents, un père 3 298 L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE et une mère donnent une haute leçon de vie familiale à leurs propres enfants.Ils leur donnent une belle leçon de reconnaissance qui peut se résumer dans cette pensée: “Dans la vieillesse de vos parents, souvenez-vous de votre enfance.” Rien ne prépare mieux les enfants à leurs futurs devoirs de parents que le spectacle des grands-parents heureux et choyés sous le toit familial.Quand les enfants, petits et grands, entendent leur père et leur mère leur dire: “Quand nous étions enfants, notre père consacrait à notre vie la plus grande partie du produit de son travail, ne prenant pour la sienne que le nécessaire; notre mère nous donnait ses jours, ses nuits, ses fatigues, sa pensée de tous les instants; elle ne comptait pas, elle existait en nous, pour nous, dès que nous lui avions été donnés; ses joies, ses peines, ses inquiétudes et ses espérances nous ont eus pour objet; pourrions-nous jamais, nous qui sommes en possession de la santé, de l’aisance, sinon de la fortune, rendre à nos chers parents la plénitude d’amour et de sollicitude qu’ils nous ont donnée ?Heureux serez-vous un jour de pouvoir vous dire : Je rends à mes parents une partie de ce qu’ils ont fait pour moi.” Un vieillard de ma connaissance, appartenant à une famille des plus modestes, interrogé par un ami sur la manière dont il se trouvait chez ses enfants avec lesquels il habitait, répondit naïvement: “Ils me traitent comme leur enfant!” Quel beau témoignage rendu par ce vieillard à ses enfants! Que ce témoignage contraste avec la conduite de certaines familles à l’égard des grands-parents, que l’on traite comme de vieux meubles embarrassants, de vieux chevaux de rebut.Malheur à ces familles qui n’honorent pas leurs parents, en soutenant leur respectable vieilesse! Ces filles et ces fils ingrats, dénaturés, seront plus tard payés de retour par leurs propres enfants à qui ils auront donné le mauvais exemple.On s’excuse de cette ingratitude; on plaide insuffisance de revenus.C’est vraiment honteux.Comment, leur père et leur mère ont trouvé le moyen de nourrir et d’élever plusieurs enfants et tous leurs enfants réunis ne peuvent les nourrir, eux qui ne sont plus que deux ?Il est évident que de ce côté il y a une baisse inquiétante dans la vie familiale.On cherche de plus en plus à mettre les parents devenus vieux à la charge de l’État, alors qu’autrefois la famille, et la famille seule, sauf les cas de pauvreté notoire, prenait soin des grands-parents: c’était un honneur et une bénédiction pour les enfants.Pères et mères de famille, donnez l’exemple à vos enfants, vous qui avez le privilège d’avoir à votre table un aïeul ou une aïeule, et, privilège plus grand encore, les deux en même temps.Aimez-les bien, les chers “grands”, quand ils viennent au foyer de la famille réchauffer leurs membres refroidis et leurs vieux cœurs à votre amour.Hâtez-vous d’aimer vos parents, n’attendez pas qu’il soit trop tard, Car un jour vous verrez sur la porte un drap noir; L’aïeule manquera dans le cercle du soir, Puis, plus tard, votre mère et vos plus fidèles.Nos logis sont des nids, d’abord pleins et joyeux, Mais dont les habitants sont des oiseaux des cieux, Qui tôt ou tard ouvrent leurs ailes.Pour terminer ce chapitre de l’éducation par l’exemple, permettez-moi de citer ce trait: On demandait, un jour, à un père de famille, ce qu’il avait fait pour avoir de si braves enfants.“J’ai tâché, répondit-il, de leur donner le bon exemple. L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE 299 “Je ne leur ai jamais dit: “Il faut prier, mes enfants”; mais je leur ai dit: “Mes enfants, nous allons faire la prière.” “Je ne leur ai jamais dit, le dimanche: “Mes enfants, allez à la messe”; je leur ai dit: “Mes enfants, allons à la messe.” “Je ne leur ai jamais dit: “Mes enfants, approchez-vous des sacrements; je leur ai dit: “Mes enfants, demain c’est fête, allons nous y préparer.” “Et tous mes enfants ont aisément suivi mon exemple.” L’exemple des parents, voilà tout le secret d’une bonne éducation.(à suivre) C.-J.Magnan.LA FORMATION SOCIALE DE NOS ÉLÈVES Au soir de cette année, à l’heure solennelle des souhaits, le moment venu de formuler les vœux coutumiers: Bonne santé, réussite dans les entreprises, succès dans la carrière professionnelle, j’émets celui-ci: que nos élèves deviennent de vrais patriotes, des citoyens avertis, conscients de leurs droits, reconnaissance et emploi de la langue française dans tous les domaines, liberté de culte envers Dieu,—et de leurs devoirs en favorisant et protégeant les institutions qui conservent le patrimoine ancestral.Mais m’objecterez-vous, ils le deviendront comme nous le sommes.Par les influences néfastes du socialisme, du communisme, êtes-vous certaine qu’ils répondront à l’attente de ceux qui auront droit et devoir d’exiger d’eux la parole qui encourage, l’acte qui soutient, le geste qui fortifie une nation?Ne répondront-ils pas comme me le faisait un bambin à la question posée: Pourquoi les pompiers sonnent-ils la cloche en passant par les rues ?—Et bien ! Mlle, c’est pour nous appeler au feu.—Erreur de jugement.Tâche de l’éducation, me direz-vous, souvent laissée à l’initiative scolaire.Alors de l’enseignement théorique, allons au pratique.Développons le sens social, cette aptitude à percevoir et à exécuter promptement, comme d’instinct, dans une situation concrète, dans le moment, le parti qui sert le plus effectivement le Bien Commun, l’avenir, la survivance du peuple canadien-français au Canada.Développons chez nos élèves, dis-je, cette faculté à percevoir, à exécuter, à mieux saisir, si possible, l’ultime répercussion de nos faits et gestes, sans hésitation, non sans réflexion, ce qui favorise l’intérêt général d’une nation, en les habituant à réfléchir, à raisonner, à observer, surtout.Un exemple.On couvre de gazon l’espace libre en avant de l’école.Si l’enfant a déjà saisi les avantages d’un gazon à l’école, d’une pelouse chez lui, de parterres dans les places publiques qui sont l’embellissement du site familial, du quartier, de la ville, le coup d’œil agréable que ce coin de chez nous donne au touriste, au passant d’un jour; n’allons pas si loin, notre propre repos, la détente de notre œil fatigué à suivre des lignes droites, uniformes, parallèles en longueur, largeur, hauteur, aurons-nous besoin de le rappeler fréquemment à l’ordre, de lui afficher sur pancarte: Défense de passer sur le gazon.De lui-même, n’est-ce pas, s’il en comprend la beauté, il se fera le protecteur en avertissant ses camarades.Les exemples sont légion, ils sont sillonnés sous nos pas.C’est l’hiver.Hiver canadien est synonyme d’apparition de la neige.Belle neige, gouttelettes d’eau congelée qui retombent en flocons blancs et légers.Ces flocons se pressent, se bousculent, s’entassent, se laissent façonner, mouler selon les circonstances et les accidents—accidents géographiques—qu’ils rencontrent.L’union fait la force.Comme ces flocons, unissons nos efforts, élargissons notre point de vue, cultivons la puissance des influences ethniques.Aurions-nous ces immenses tapis moelleux, ces larges horizons blancs, si par des vents contraires, ces flocons se seraient dispersés ou seraient demeurés dans l’espace?Il en est ainsi de nos idées, de nos sentiments, sentiments du devoir accompli dans son intégrité, de notre entr’aide intelligente dans notre vie privée et dans notre vie publique.N’est-ce pas uneleçon de solidarité, d’unité pour nous ?Tous nos efforts doivent converger vers le même but: 300 L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE Le succès de la classe, de l’école, plus tard la coopération intelligente de citoyen dans sa paroisse, sa ville, sa province, son pays.Pour arriver à cette compréhension intelligente de ses droits et devoirs, l’enfant doit être initié.Les occasions nous sont généreusement fournies au cours de notre enseignement.Les circonstances sont multiples et diverses.C’est la récitation de la prière.Notre Père qui êtes aux ci eux.Notre-Seigneur lui-même nous donne un témoignage de solidarité: Notre Père.Notre-Seigneur se fait nôtre, il prie avec nous.La communion des Saints: admirable ccoopération entre l’Église triomphante, l’Église militante et l’Église souffrante.C’est la prière d’Abraham suppliant la Miséricorde de Dieu sur Sodome.“Seigneur, si je trouve dix justes”.C’est la vie sanctifiée des saints, apôtres religieux (ou laïques) se dévouant, donnant leur vie pour l’établissement du règne du Christ-Jésus dans les âmes et dans les cœurs.Pourquoi la prière de nos élèves ne dépasserait-elle pas le cadre famiher ?Pourquoi ne deviendrait-elle pas la prière de la classe, de l’école priant pour le succès des grands frères ou grandes sœurs, des aînés de l’école qui doivent subir les examens pour l’obtention d’un diplôme?Leur réussite assurera la marche en avant, l’assurance d’une prochaine position, l’ouverture d’une carrière quelconque, le gagne-pain attendu, plus lucratif, qui apaise les soucis quotidiens, garantit la stabilité de la famille, la future grandeur de la nation; le recours aux institutions de charité moins fréquent.L’enseignement de l’arithmétique et de la géographie seconde la morale dans ce domaine en démontrant la valeur de nos marchés canadiens, la stabilité du petit et du grand commerce, le fonctionnement de nos lois, la loi de l’impôt, si nécessaire en tout temps, en toute occasion, le pivot du rouage constitutionnel, gouvernemental, économique, scolaire.L’enseignement de l’arithmétique vient même en aide à la pratique des vertus cardinales: la tempérance, la prudence—prudence dans l’administration de ses biens, des biens confiés; ici, le mandat électoral trouve sa place, qu’est-ce qu’un échevin, pourquoi un maire ?Quels services rend un député?quelles sont les fonctions du premier ministre, ses responsabilités, leurs responsabilités?les comparer avec les nôtres, la nôtre, écolier, futur citoyen, père de famille, paroissien, etc., les exemples se multiplient.Parcourons le cycle des matières au programme.Chacune a.sa spécialité.Chacune possède le point d’appui, le soutien, le renfort de l’autre.Les applications sont faciles et variées avec la lecture, la grammaire, voire le dessin.Que de jolies choses à tracer d’un coup de crayon: la cabane à sucre, nos emblèmes nationaux: la feuille d’érable, le castor; ne nous contentons pas d’expliquer l’objet et les moyens pour le dessiner, ajoutons quelques mots sur le choix de celui-ci plutôt que celui-là.Il y a un symbole, un exemple de solidarité, de coopération, d’entr’aide, qualités sociales qui font la force d’une nation, si non par le nombre du moins en substance.Voyez les Anglais.Ils se protègent en tout, partout, et contre tout.Voilà leur succès.Voilà pourquoi,—l’une des raisons majeures que tant d’Anglais occupent les postes haut-placés à la place de Canadiens français.L’histoire nationale, autre domaine riche en sujets nombreux et d’expérience.C’est vécu.C’est la période des découvertes.Nos ancêtres, premiers Français venus au pays, se font colons.Comparons autrefois et aujourd’hui.D’abord, qu’est-ce qu’un colon ?Y en a-t-il encore ?Est-ce une profession à dédaigner?Louis Hébert, sieur de France, mettait toute sa noblesse à être défricheur.Louis Hébert, ses compagnons, avaient des difficultés à vaincre: manque d’instruments aratoires, le harcèlement des sauvages, etc.Et les nôtres, ceux d’aujourd’hui, qu’ont-ils à soutenir?Il est bon de faire voir ce que les aïeux ont fait.Mais n’oublions pas les nôtres.Faisons leur toucher du doigt nos problèmes nationaux, il est si facile de glisser une réflexion, une insinuation, ils ne seront jamais trop curieux.Petit à petit, à la chaleur convaincante de notre parole, l’amour de la patrie—loin de moi l’esprit chauviniste—allumera dans ces jeunes cœurs, Tardent désir de servir le pays, d’agrandir le patrimoine ancestral.Et, alors, de gaieté de cœur, de noblesse d’âme, de fierté de sentiments, l’écho répétera de l’Atlantique au Pacifique: “O Canada, terre de nos aïeux, “Mon pays, mes amours!” Simone Martel, Institutrice à Montréal. L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE 301 UNE BELLE PAGE DE L’ENSEIGNEMENT DANS LA PROVINCE DE QUEBEC L’Institution des Sourdes-Muettes, Montréal Dans le procès-verbal de la session du Comité catholique du Conseil de l’Instruction publique de septembre 1935, nous lisons ce qui suit: “La révérende Sœur Praxède de la Providence, Supérieure générale des Sœurs de la Charité de la Providence, soumet à l’approbation du Comité un programme d’études spéciales pour l’Institution des Sourdes-Muettes, Montréal.Son Eminence le cardinal Villeneuve, après avoir dit tout le bien qu’il pense de cette institution et du programme mentionné ci-dessus, propose, secondé par Mgr Deschamps, Sir Mathias Tellier et M.Victor Doré: “Que ce programme reçoive l’approbation du Comité catholique”.Cette résolution est adoptée à l’unanimité et, en outre, le Comité catholique exprime le désir que ce programme soit inséré dans la prochaine édition des Reglements.(1) Cette approbation officielle du programme d’études de l’Institution des Sourdes-Muettes, expérimenté depuis de nombreuses années et mis au point avec un doigté pédagogique remarquable, est un juste hommage rendu au dévouement inlassable et au zèle intelligent des Sœurs de la Providence, qui ont su créer, maintenir et développer une œuvre d’éducation spéciale de première valeur, œuvre consacrée à une classe de déshérités bien digne de pitié, celle des Sourdes-Muettes (2).A l’occasion de cette reconnaissance officielle du programme d’études de l’Institution des Sourdes-Muettes, nous avons la bonne fortune de publier ci-après l’historique de cette maison si méritante, notes intéressantes qui nous font aussi connaître “les premières écoles catholiques de Sourds-Muets au Canada’ C.-J.Magnan.L’INSTITUTION DES SOURDES-MUETTES, MONTRÉAL Abrégé historique LES PREMIÈRES ÉCOLES CATHOLIQUES DE SOURDS-MUETS AU CANADA Avant de donner la monographie de l’Institution des Sourdes-Muettes, nous désirons rendre hommage aux pionniers de l’Œuvre des Sourds-Muets dans la Province de Québec.Au mois de février 1832, le Parlement du Bas-Canada autorisait la création d’une école de sourds-muets, à Québec, et s’engageait à la subventionner.Les démarches de l’abbé Ignace Bourget, le futur évêque de Montréal, alors secrétaire de Monseigneur Lartigue, de même que l’influence du Grand Vicaire Jérôme Demers, supérieur du Séminaire de Québec, avaient beaucoup contribué, paraît-il, à l’adoption de cette mesure.Un laïque, M.Ronald MacDonald, chargé de diriger cette école, d’un genre tout à fait nouveau dans le pays, alla étudier à Hartford, Connecticut, les méthodes propres à en assurer le succès.Il eut pour professeur un français sourd-muet, M.LeClerc, élève de l’abbé Sicard qui lui-même avait succédé à l’abbé de l’Epée, inventeur de la dactylologie.Après quatre années d’une tentative qui lui avait attiré bien des ennuis, M.MacDonald dut abandonner ses classes.Il mourut le 15 octobre, 1854, à l’âge de 54 ans.En 1836, l’abbé Jean-Charles Prince, supérieur du collège de St-Hyacinthe, annexa à son institution une école du même genre et la mit sous la direction de M.Antoine Caron, sourd-muet, (1) Voir VEnseignement Primaire de novembre 1935, p.147.(2) Les Clercs de S.Viateur accomplissent la même œuvre en faveur des Sourds-Muets, à Montréal. 302 L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE instruit par M.R.MacDonald.M.l’abbé Prince comptait sur l’aide du gouvernement, mais trompé dans son attente, il fut obligé, après trois années de sacrifices, de renoncer à son entreprise, faute de ressources pécuniaires.M.Antoine Caron mourut à Louiseville au mois de mai 1847, à l’âge de 34 ans.Par une sainte coincidence, les vénérables abbés Bourget et Prince, animés d’un même zèle à l’égard des pauvres enfants affligés de surdi-mutité, devinrent, l’un évêque de Montréal et l’autre, son coadjuteur.Conjointement, ils travaillèrent à améliorer le sort des infortunés tenus à l’écart de la société par le mutisme.Selon des supputations plus ou moins approximatives de l’époque, leur nombre, dans le Bas-Canada, s’élevait à cinq cents.Vers 1846, l’abbé Charles-Irénée Lagorce, curé de Saint-Charles-sur-Richelieu, entreprit l’éducation d’un adulte sourd-muet, son paroissien.Avec l’aide de M.Antoine Caron, sourd-muet, déjà mentionné, il obtint un succès relatif, mais satisfaisant en telle occurrence.Heureux de ce résultat, Mgr Ignace Bourget, devenu évêque de Montréal, chargea aussitôt M.l’abbé Lagorce d’ouvrir dans sa ville épiscopale, une classe de sourds-muets dans l’Hospice St-Jérôme-Émilien.Avant de se mettre à l’œuvre, M.l’abbé Lagorce se rendit à Québec afin de puiser auprès de M.MacDonald les connaissances indispensables à l’accomplissement de ses nouvelles fonctions.Il inaugura son enseignement au mois de novembre 1848.L’année scolaire fut dure pour le dévoué directeur et son assistant M.Reeves, sourd-muet.Peu d’élèves se présentèrent à l’école; sept seulement persévérèrent jusqu’à la fin de l’année et firent honneur à leurs maîtres.En 1849, M.Lagorce s’installait dans un immeuble situé rue Dufresne et, le 15 octobre 1850, il rouvrait ses classes dans une maison inachevée du “Coteau Saint-Louis”.L’INSTITUTION DES SOURDES-MUETTES, MONTRÉAL Chaque dimanche, M.Lagorce réunissait les sourds-muets et les sourdes-muettes de la ville soit dans une église, soit le plus souvent dans une salle de l’Asile de la Providence.Il leur enseignait à la fois le langage des signes et les principes de la vie chrétienne.De cet effort missionnaire, exercé dans les murs de la maison-mère des Sœurs de la Charité de la Providence, va surgir l’Institution des Sourdes-Muettes.La vénérée fondatrice des Sœurs de la Providence, Mère Gamelin, savourant la charité sous toutes ses formes, se réjouit de l’entreprise de l’abbé Lagorce et saisit avec bonheur l’occasion d’amplifier la compassion de ses Sœurs pour l’humanité souffrante.Inspirée sans doute par son ardent amour de Dieu et du prochain, elle permit à son personnel religieux d’assister aux leçons de M.Lagorce, à la Providence.Une novice, Sœur Albina Gadbois, alors âgée de dix-huit ans, se montra la plus assidue comme la plus attentive à ces céances.Elle n’en perdait pas un signe et notait avec soin les explications du prêtre.La scène qui se déroulait devant elle, à ces heures, lui rappelait la pitié de ses parents (M.et Mme Victor Gadbois de Belœil) pour un sourd-muet que leur bienveillance attirait à leu-demeure.En présence de cet homme infortuné, elle avait alors éprouvé un vif désir d’être secour rable à tous les malheureux privés de l’ouïe et de la parole.Sous l’influence de ce souvenir et du zèle apostolique de l’abbé Lagorce, il lui sembla que sa vie devrait être consacrée au genre d’apostolat rêvé dans son enfance.Elle crut reconnaître la voix de l’autorité divine; elle attendit celle de l’autorité humaine.Sœur Gadbois fit profession, le 30 mars 1849, sous le nom de Sœur Marie de Bon-Secours.Le 1er septembre 1850, le conseil de la maison-mère la nommait compagne de la maîtresse du pensionnat à la Longue-Pointe.Elle devait en même temps enseigner l’anglais.Elle rencontra, à ce nouveau poste, une charmante enfant de huit ans, Marguerite Hanley, sourde et muette.Son père, un hôtelier, avait voulu la confier à des religieuses pour la soustraire aux dangers d’allées et venues difficiles à surveiller; il savait qu’on ne pouvait l’instruire.Cette tâche cependant, Sœur Marie de Bon-Secours l’entreprit avec courage.A l’aide des leçons que voulut bien lui donner l’abbé Lagorce, elle apprit bientôt à l’intelligente Marguerite à prier, à lire et à écrire.Les progrès et la piété de la jeune élève éveillèrent l’attention de Mère Gamelin.Monseigneur Bourget, informé des essais de Sœur Marie de Bon-Secours, les prit aussi en considération.Dès le début de l’année 1851, Mère Gamelin nommait une compagne supplémentaire à la maîtresse L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE 303 du pensionnat de la Longue-Pointe, afin de permettre à Sœur Marie de Bon-Secours de consacrer plus de temps à l’éducation de Marguerite Hanley et d’une autre jeune sourde-muette, Geor-giana Lavallée, fille d’un ami de la famille Gadbois.Une religieuse et deux élèves composaient la nouvelle école, localisée dans un compartiment de la mansarde.Dans le cours de l’année, trois autres sourdes-muettes vinrent se joindre aux premières.L’Institution des Sourdes-Muettes était fondée.Comme toute œuvre vraiment apostolique, elle ne devait germer, se développer que sous la rosée de l’épreuve et du sacrifice.En succédant à la vénérée Mère Gamelin, décédée le 23 septembre 1851, Mère Caron, deuxième supérieure de l’Institut de la Providence, enveloppa de sa maternelle sollicitude l’œuvre naissante déjà menacée d’un échec.Avisée par Mgr Bourget, en 1852, elle permit aux Sœurs Marie de Bon-Secours et Marie de l’Incarnation d’aller étudier à Joliette où les Clercs de Saint-Viateur venaient d’installer provisoirement une classe de sourds-muets dans la maison de leur noviciat.L’abbé Lagorce, qui revenait d’Europe après une année d’absence, voulut bien mettre les religieuses au courant des connaissances qu’il avait acquises durant son séjour en France.En 1853, dix sourdes-muettes absorbaient le dévoûment de Sœur Marie de Bon-Secours.Les autorités satisfaites des progrès de ces élèves, envoyèrent à New York la courageuse institutrice accompagnée de Sœur Émélie, afin d’étudier à l’Institution Peet.Elle revint, après une année d’études, continuer son œuvre,—amenant avec elle quelques sourdes-muettès.Le 8 juillet 1858, les sourdes-muettes, au nombre de trente-deux, étaient transférées à l’Hospice Saint-Joseph, Montréal, que Sœur Marie de Bon-Secours fut chargée de diriger.Les ressources manquaient.Afin de combler les déficits, l’habile directrice eut recours à la générosité de ses parents, de ses amis et du public.Ce fut le début des quêtes annuelles en faveur de l’Institution des Sourdes-Muettes.Vers 1861, l’Association des Dames de Charité de la Providence se divisa en trois groupes dont l’un s’occupa exclusivement des sourdes-muettes.Leur collaboration, nommément celle de Madame Côme-Séraphin Cherrier, permit à la Communauté d’entreprendre la construction d’une maison pour l’usage exclusif des sourdes-muettes.L’emplacement faisait défaut, mais la Providence y pourvut par l’intermédiaire de Mgr Bourget.Le 17 juillet 1863, Monsieur et Madame Cherrier donnaient à cette fin un terrain, mesurant 500 pieds par 230, situé rue Saint-Denis.Les travaux de construction commencèrent aussitôt, et l’année suivante cette bâtisse ouvrait ses portes aux sourdes-muettes.{à suivre) METHODOLOGIE LA LECTURE EXPLIQUEE A L’ECOLE PRIMAIRE SUPERIEURE ET A L’ECOLE NORMALE Trois Etudes sur UN CŒUR SIMPLE, de Flaubert II.—L’INITIATION RELIGIEUSE DE FÉLICITÉ .A partir de Noël, elle mena tous les jours la.petite fille au catéchisme.Quand elle avait fait à la porte une génuflexion, elle s’avançait sous la haute nef, entre la double ligne des chaises, ouvrait le banc de Mme Aubain, s’asseyait, et promenait ses yeux autour d’elle.Les garçonsdroite, les filles à gauche, emplissaient les stalles du chœur; le curé se tenait debout près du lutrin; sur un vitrail de l’abside, le Saint-Esprit dominait la Vierge; 304 L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE un autre la montrait à genoux devant l’Enfant-Jésus, et, derrière le tabernacle, un groupe en bois représentait saint.Michel terrassant le dragon.Le prêtre fit d’abord un abrégé de l’Histoire sainte.Elle croyait voir le paradis, le déluge, la tour de Babel, les villes tout en flammes, des peuples qui mouraient, des idoles renversées; et elle garda de cet éblouissement le respect du Très-Haut et la crainte de sa colère.Puis, elle pleura en écoutant la Passion.Pourquoi l’avaient-ils crucifié, lui qui chérissait les enfants, nourrissait les foules, guérissait les aveugles, et avait voulu, par douceur, naître au milieu des pauvres, sur le fumier d’une étable?Les semailles, les moissons, les pressoirs, toutes ces choses familières dont parle l’Évangile, se trouvaient dans sa vie; le passage de Dieu les avait sanctifiées; et elle aima plus tendrement les agneaux par amour de l’Agneau, les colombes à cause du Saint-Esprit.Elle avait peine à imaginer sa personne; car il n’était pas seulement oiseau, mais encore un feu, et d’autres fois un souffle.C’est peut-être sa lumière qui voltige la nuit aux bords des marécages, son haleine qui pousse les nuées, sa voix qui rend les cloches harmonieuses; et elle demeurait dans une adoration, jouissant de la fraîcheur des murs et de la tranquillité de l’église.Quant aux dogmes, elle n’y comprenait rien, ne tâcha même pas de comprendre.Le curé discourait, les enfants récitaient, elle finissait par s’endormir; et se réveillait tout à coup, quand ils faisaient, en s’en allant, claquer leurs sabots sur les dalles.Ce fut de cette manière, à force de l’entendre, qu’elle apprit le catéchisme, son éducation religieuse ayant été négligée dans sa jeunesse; et dès lors elle imita toutes les pratiques de Virginie, jeûnait comme elle, se confessait avec elle.A la Fête-Dieu, elles firent ensemble un reposoir.La première communion la tourmentait d’avance.Elle s’agita pour les souliers, pour le chapelet, pour le livre, pour les gants.Avec quel tremblement elle aida sa mère à l’habiller! Pendant toute la messe, elle éprouva une angoisse.M.Bourais lui cachait un côté du chœur, mais juste en face, le troupeau des vierges portant des couronnes blanches par-dessus leurs voiles abaissés formait comme un champ de neige; et elle reconnaissait de loin la chère petite à son cou plus mignon et son attitude recueillie.La cloche tinta.Les têtes se courbèrent; il y eut un silence.Aux éclats de l’orgue, les chantres et la foule entonnèrent VAgnus Dei, puis le défilé des garçons commença; et, après eux, les filles se levèrent.Pas à pas et les mains jointes, elles allaient vers l’autel tout illuminé, s’agenouillaient sur la première marche, recevaient l’hostie successivement, et dans le même ordre revenaient à leurs prie-Dieu.Quand ce fut le tour de Virginie, Félicité se pencha pour la voir; et, avec l’imagination que donnent les vraies tendresses, il lui sembla qu’elle était elle-même cette enfant, sa figure devenait la sienne, sa robe l’habillait, son cœur lui battait dans la poitrine, au moment d’ouvrir la bouche, en fermant les paupières, elle manqua s’évanouir.Le lendemain, de bonne heure, elle se présenta dans la sacristie, pour que M.le Curé lui donnât la communion: Elle la reçut dévotement, mais n’y goûta pas les mêmes délices.COMMENTAIRE LITTÉRAL Catéchisme: ici, enseignement oral des vérités essentielles du catholicisme.Génuflexion: flexion du genou.Signe de respect, de soumission.Nef: partie de l’église qui va du portail au chœur, entre deux rangs de colonnes qui soutiennent la voûte.—La haute nef, c’est la voûte centrale.Chaises.banc: En général, dans une église, surtout dans la nef centrale, on ne trouve que des chaises ou que des bancs.Ici, il semble y avoir des chaises dans le bas de l’église, et des bancs plus haut.Ouvrait le banc: Dans bien des églises, les bancs ont une porte sur l’allée centrale.Emplissaient: C’est par un abus que négligeant les formes simples (emplir, entrer, etc.), nous employons sans aucune nécessité les formes composées (remplir, rentrer) qui indiquent un recommencement de l’action (emplir, entrer de nouveau).Flaubert se garde bien de cette faute.Stalles: sièges en bois garnissant le chœur d’une église, et dont le fond se lève ou s’abaisse à volonté.Chœur: partie de l’église où s’élève le maître-autel et où se chante l’office divin.Curé: prêtre titulaire d’une paroisse dont il a le soin.—Rappelez-vous le sens premier de cure: soin, souci.Ex.: n’avoir cure de.Lutrin: grand pupitre, et qui porte le livre de l’office à chanter. L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE 305 Vitrail: panneau de verres assemblés par compartiments, et généralement colorés.Abside: partie, arrondie ou en pointe, de l’église, située derrière le chœur et qui constitue le fond de l’édifice.Dominer: Etre au dessus de, être le maître de (latin, dominas, maître, seigneur).Puis, être au dessus des objets environnants, être plus haut que.Tabernacle: Sens premier, tente, pavillon.Cf.chez les Juifs, la fête des tabernacles.—-Sens second: réceptacle dressé sur la table de l’autel, et où l’on enferme les hosties consacrées.Terrasser: renverser à terre au cours d’une lutte.Le dragon: figure symbolique du démon représenté comme un animal fabuleux avec des griffes, des ailes, une queue de serpent.Abrégé: Réduction d’un discours, d’un récit, un bref exposé.Éblouissement: éclat excessif que les yeux ne peuvent supporter.Étable: endroit couvert où on loge les bestiaux.Sur le fumier: l’expression n’est pas tout à fait exacte.Car, en admettant que l’étable ne fût pas abandonnée et gardât encore du fumier, la Vierge en déposant l’Enfant dans la crèche, c’est-à-dire dans une mangeoire, l’éloignait du fumier qui pouvait traîner encore à terre.Il n’était pas seulement oiseau: La tradition donne souvent à l’Esprit-Saint la forme d’une colombe.Mais encore un feu: à la Pentecôte, dans le Cénacle, des langues de feu se posèrent sur la tête des Apôtres.Et quelquefois un souffle: Un grant vent avait précédé cette apparition des langues de feu.— D’ailleurs, le sens premier de spiritus est bien souffle.Cf.respirer, respiration, dans lesquels se trouve la racine spir.Voltige: voler légèrement çà et là.Marécages: terrains où il y a des marais, c’est-à-dire des eaux stagnantes.Haleine: air qui s’échappe des poumons, dans l’expiration.Nuées: nuages épais, menaçants.Harmonieuses: qui rendent des sons agréables à l’oreille.Dogmes: l’ensemble des vérités imposées à notre foi.Discourait: parlait d’une façon suivie, ordonnée.Claquer: faire entendre un bruit sec comme celui d’une claque.Dalles: tablettes de pierre qui constituent Je pavement de l’église.Pratiques: actions conformes à certains préceptes, surtout à certains préceptes religieux.Jeûnait: un enfant n’a pas à jeûner.Nous reviendrons sur cette erreur dans notre analyse littéraire.Angoisse: mouvement d’anxiété physique (serrement du cœur de la gorge), avec oppression.M.Bornais: l’homme d’affaires de Madame Aubain.Le troupeau des vierges: expression d’une exactitude douteuse, le groupe pur des fillettes évoquant un chœur angélique plutôt qu’un troupeau même virginal.Mignon: qui a du charme dans la petitesse.Recueillie: se recueillir, c’est concentrer son attention sur soi-même, ou sur un objet intérieur à soi-même.Défilé: mouvement d’une troupe qui s’avance en file.Elle manqua s’évanouir: 1° Manquer, sens figuré être sur le point de faire une chose et ne pas la faire.—2° La construction usuelle comporte la préposition de: Il a manqué de tomber.—Mais la construction elliptique est correcte.—3° S’évanouir: sens premier, disparaître sans laisser de trace; sens figuré, perdre connaissance.ANALYSE LITTÉRAIRE Ces pages consacrées à la tardive éducation religieuse de Félicité comptent parmi les plus importantes du récit.Non que tout y soit parfaitement exact.Elevé, semble-t-il, par un père incroyant, grandi à une époque de positivisme voltairien, Flaubert n’avait aucune expérience personnelle de la vie chrétienne.D’où de menues erreurs (Flaubert fait jeûner une enfant de douze ans.Sans doute, confond-il jeûne et abstinence); des oublis (pas de messe d’actions de grâces le lendemain de la 1ère communion); et aussi des fautes de goût {le troupeau des vierges).Mais ce sont là taches rares; et partout ailleurs nous verrons que, observateur loyal et sympathique, Flaubert, incroyant, a pénétré le secret d’une âme simple apportant dans sa vie religieuse les qualités et aussi les défauts de sa nature et de son éducation.Fait de deux éléments essentiels, un élément descriptif et un élément psychologique, d’ailleurs inséparables, cet épisode comporte deux parties reliées par une brève transition: la préparation à la Première Communion, la Cérémonie elle-même.Nous les étudierons dans cet ordre, en toute simplicité.La préparation d’abord.Tout de suite, remarquons bien d’où part Félicité.Elle ne va pas à l’église spontanément, par piété.Elle accompagne au catéchisme sa petite maîtresse Virginie; et voilà qui exphque son attitude première.Un geste traditionnel, convention- 4 306 L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE nel, l’accomplissement d’un rite: “Quand elle avait fait à la porte une génuflexion.” mais c’est tout.Aussitôt après, elle s’installe et s’abandonne à sa curiosité (Félicité.ouvrait le banc de Mme Aubain, s’asseyait, et promenait ses yeux autour d’elle”.La description qui suit prend ainsi toute sa valeur.L’auteur ne nous décrit pas ce qu’il voit, lui; mais ce que voit Félicité.Ce qu’elle voit, c’est sans doute les enfants du catéchisme, le curé et les objets qui les entourent (stalles, lutrin); mais ce sont surtout des images neuves pour elle, mystérieuses, émouvantes: “sur un vitrail de l’abside, le Saint-Esprit dominait la Vierge; un autre la montrait à genoux devant l’Enfant-Jésus, et, derrière le tabernacle, un groupe en bois représentait Saint-Michel terrassant le dragon”.Ce sont encore des images qu’évoque pour elle la parole du prêtre: “Elle croyait voir le paradis, le déluge, la Tour de Babel, des villes tout en flammes, des peuples qui mouraient, des idoles renversées”.Tout naturellement, ces images émeuvent ce cœur simple; tout naturellement, elle sent la redoutable grandeur de Dieu et voilà, chez elle, la forme première du sentiment religieux: “elle garda de cet éblouissement le respect du Très-Haut et la crainte de sa colère”.Comme la crainte, l’amour naîtra d’images pathétiques.Des sermons du curé, Flaubert ne nous dit rien, mais à l’impression qu’ils produisent sur Félicité, on les devine moins riches d’abstractions que de petits faits éloquents et de symboles suggestifs.Pour Félicité, Jésus c’est la bonté faite homme, et l’humilité, la pauvreté, bref toutes les vertus qu’elle comprend, qu’elle aime, qu’elle pratique inconsciemment.Aussi l’aime-t-eUe lui-même d’un amour attendri: “Puis, elle pleura en écoutant la Passion.Pourquoi l’avaient-ils crucifié, lui qui chérissait les enfants, nourrissait les foules, guérissait les aveugles, et avait voulu, par douceur, naître au milieu des pauvres, sur le fumier d’une étable ?”—.Ce qui facilite encore à cette paysanne l’intelligence de l’Évangile, c’est le caractère rustique de ses enseignements.Flaubert ne nous explique pas ce phénomène; il nous le rend sensible: “Les semailles, les moissons, les pressoirs, toutes ces choses familières dont parle l’Évangile se trouvaient dans sa vie.” Puis avec un sens très juste des âmes simples, il nous montre quelle communication s’établit sp ontanément chez Félicité entre ses affections surnaturelles et d’autres, beaucoup plus modestes: “et elle aima plus tendrement les agneaux par amour de l’Agneau, les colombes à cause du Saint-Esprit”.Démarche sentimentale légitime et qui rappelle, d’un peu loin, l’universelle charité d’un François d’Assise.Mais à procéder ainsi par analogies, par assimilations faciles, on arrive aisément à la superstition.Flaubert indique très nettement ce passage tel qu’il s’opère dans l’esprit de Félicité: “Elle avait peine à imaginer sa personne, car il n’était pas seulement un oiseau, mais encore un feu, et d’autres fois un souffle.C’est peut-être sa lumière qui voltige la nuit aux bords des marécages, son haleine qui pousse les nuées, sa voix qui rend les cloches harmonieuses.”— Dans cette dévotion si naïvement naturaliste, il est tout naturel que le corps lui-même trouve sa part de satisfaction: “et elle demeurait dans une adoration, jouissant de la fraîcheur des murs et de la tranquilité de l’église”.Pour incomplète qu’elle soit (“quant aux dogmes, elle n’y comprenait rien, ne tâcha même pas de comprendre”), la foi de Félicité n’est pas moins sincère, généreuse; elle tend naturellement aux actes: “dès lors elle imita toutes les pratiques de Virginie, jeûnait comme elle, se confessait avec elle.A la Fête-Dieu, elles firent ensemble un reposoir”.Ainsi Flaubert marque-t-il justement tous les caractères de cette piété incomplète, conséquente avec elle-même, généreuse et docile, la vie religieuse de la servante ne faisant qu’imiter et refléter celle de sa jeune maîtresse.Cette orientation de l’une vers l’autre s’accentue à mesure qu’approche le grand jour.Bien entendu, femme, servante presque maternelle, Félicité prodiguera ses soins fébriles aux préparatifs matériels: “Elle s’agita pour les souliers, pour le chapelet, pour le livre, pour les gants.Avec quel tremblement elle aida sa mère à l’habiller!” Mais à l’église même, au cœur même de la cérémonie, sa ferveur, semble-t-il, s’adresse à la fillette qui va communier plus qu’à l’Hostie elle-même; elle n’éprouve d’émotion qu’avec l’enfant, à travers l’enfant; et son exaltation suprême naît de son union sentimentale avec Virginie plus que de sa communion au corps du Rédempteur: “Quant ce fut le tour de Virginie, Félicité se pencha pour la voir; et, avec l’imagination que donnent les vraies tendresses, il lui sembla qu’elle était elle-même cette enfant; sa figure devenait la sienne, sa robe l’habillait, son cœur lui battait dans la poitrine; au moment d’ouvrir la bouche, en fermant les paupières, elle manqua s’évanouir”.Aussi sa seconde communion faite dans le silence d’une église déserte aura-t-elle un tout autre caractère: “Le lendemain, de bonne heure, elle se présenta dans la sacristie pour que M.le Curé lui donnât la communion.Elle la reçut dévotement, mais n’y goûta pas les mêmes délices”.Et tout cela est très justement vu.Combien de parents, qui se croient vraiment chrétiens, prennent, en un tel jour, leur enfant pour principal objet de leurs pensées; combien éprouvent des émotions plus humaines que surnaturelles; chez combien la piété ne fait-elle que refléter la piété qui brille sur le visage de l’être cher! L’analyse faite ici par Flaubert est donc vraie d’une vérité générale.Elle l’est plus encore quant à son objet particulier.Avide de tendresse et jusqu’alors privée de tendresse, Félicité a donné tout son cœur à la petite Virginie; venue tard à la connaissance de Jésus, et venue à Lui avec la fillette et par la fillette, L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE 307 il est tout naturel que ses deux amours tendent à se confondre ou que, du moins, le plus sensible des deux alimente en partie le plus spirituel, et peut-être le domine.Cette vérité du portrait s’explique d’abord par ce fait que Flaubert a peint ici une brave femme qui vieillit au service de sa famille.Mais peut-être pouvons-nous apporter une autre raison.Parlant de Félicité absorbée, possédée par l’image de l’enfant, Flaubert écrit: “avec l’imagination que donnent les vraies tendresses, il lui sembla qu’elle était elle-même cette enfant”.— Or ce soi-disant impassible a connu ces “vraies tendresses”.Ayant perdu une sœur chérie, il reporta tout son amour sur la fillette qui demeurait orpheline; il l’éleva, il l’enseigna.Et sans doute ne lui apprit-il pas, et pour cause, le catéchisme.Mais quand l’enfant fit sa première communion, l’oncle très tendre, le psychologue passionné qu’était Flaubert, eurent-ils beaucoup de mal à prendre la place de la petite Caroline, à partager ses émotions à défaut de sa foi, à s’abîmer dans son bonheur et à oublier pour un instant leurs désolants préjugés ?Supposition gratuite?—Non pas.Par sa correspondance avec George Sand, nous savons qu’en écrivant “Un Cœur Simple”, Flaubert a voulu protester contre sa réputation d’impassibilité et se révéler, au contraire, comme un “cœur sensible”.Nous savons aussi que tel passage de ce conte,— nous l’expliquerons la prochaine fois—, correspond à un épisode de sa vie.Voilà qui nous autorise à prêter à Flaubert la clairvoyance du cœur, et à le féliciter d’avoir compris, senti même des états d’âme qui ne lui étaient pas familiers.Le style.— Oserons-nous signaler, après cela, deux ou trois imperfections de style?Nous avons déjà regretté cette expression “le troupeau des vierges”.Mais la phrase se termine par une image un peu inattendue: “le troupeau des vierges portant des couronnes blanches par dessus leurs voiles abaissés formait comme un champ de neige”.Ni la nuance de la couleur, ni la qualité de la matière, ni le mouvement des lignes n’autorisent, croyons-nous, ce rapprochement.Un peu plus loin, un pesant adverbe nous semble alourdir bien inutilement la phrase: “Pas à pas, les mains jointes, elles allaient vers l’autel tout illuminé, s’agenouillaient sur la première marche, recevaient l’hostie successivement, et dans le même ordre revenaient à leurs prie-Dieu”.Enfin il y a peut-être quelque arbitraire dans cet emploi de l’adjectif indéfini: “elle demeurait dans une adoration.”.Est-ce pour alléger la phrase, que Flaubert a supprimé la périphrase (une espèce d’adoration) ou l’épithète (une vague adoration) qu’un autre eût sans doute employée ?Peut-être; c’est peut-être aussi aux dépens de la précision.Mais laissons-là ces vétilles; et voyons plutôt comment l’écrivain adapte exactement ses mots et ses phrases aux exigences de l’objet.L’action est-elle banale, ou le spectacle?—C’est alors la simplicité nue: “Quand elle avait fait à la porte une génuflexion, elle s’avançait sous la haute nef, entre la double ligne des chaises, ouvrait le banc de Mme Aubain, s’asseyait, et promenait ses yeux autour d’elle.“Les garçons à droite, les filles à gauche, emplissaient les stalles du chœur; le curé se tenait debout près du lutrin.”.Voici, au contraire, une série d’images, avec gradation de l’éclat, du pathétique aussi, et une finale grandiose: “Elle croyait voir le paradis, le déluge, la Tour de Babel, des villes tout en flammes, des peuples qui mouraient, des idoles renversées; et elle garda de cet éblouissement le respect du Très-Haut et la crainte de sa colère”.Mais tandis que nous avons là une sensation de silence prostré, voici une phrase qui semble animée des mêmes pulsations qu’un cœur indigné: “Pourquoi l’avaient-ils crucifié, lui qui chérissait les enfants, nourrissait les foules, guérissait les aveugles, et avait voulu, par douceur, naître au milieu des pauvres, sur le fumier d’une étable?” Quelle sérénité suave, au contraire, dans ces lignes au déroulement paisible: “Les semailles, les moissons, les pressoirs, toutes ces choses familières dont parle l’Évangile, se trouvaient dans sa vie; le passage de Dieu les avait sanctifiées; et elle aima plus tendrement les agneaux par amour de l’Agneau, les colombes à cause du Saint-Ésprit”.Enfin voici, peint par le seul mouvement de la phrase, le progrès d’une émotion qui croit jusqu’à l’exaltation pour se perdre dans une défaillance: “Quand ce fut le tour de Virginie, Félicité se pencha pour la voir; et, avec l’imagination que donnent les vraies tendresses, il lui sembla qu’elle était elle-même cet enfant; sa figure devenait la sienne, sa robe l’habillait, son cœur lui battait dans la poitrine; au moment d’ouvrir la bouche, en fermant les paupières, elle manqua s’évanouir”.Rien que des mots très simples, avec un ou deux rapprochements hardis; mais un rythme parfait, exactement réglé sur les mouvements mêmes de l’imagination et du cœur.Gaillard de Champris, projesseur à VInstitut Catholique de Paris. 308 L'ENSEIGNEMENT PRIMAIRE RÉCITATION La conscience “Ta conscience est fermée à tout homme.Mais il y a là Dieu et toi.” Cette belle parole de saint Augustin, Victor Hugo la met en scène dans une page puissante de la Légende des siècles, où il dépeint le regard du Souverain Juge qui poursuit Caïn après son fratricide.Lorsqu’avec ses enfants vêtus de peaux de bêtes, Échevelé, livide au milieu des tempêtes, Caïn se fut enfui de devant Jéhovah.Ayant levé la tête, au fond des cieux funèbres Il vit un œil, tout grand ouvert dans les ténèbres Et qui le regardait dans l’ombre fixement.—Je suis trop près, dit-il, avec un tremblement.11 marcha trente jours, il marcha trente nuits, Il allait, muet, pâle et frémissant aux bruits.Enfin, il crut avoir du monde atteint les bornes Et, comme il s’asseyait, il vit dans les cieux mornes L’œil à la même place au fond de l’horizon.Alors, il tressaillit en proie au noir frisson.“Cachez-moi”, cria-t-il.(Jabel le cache derrière une tente:) Je vois cet œil encore! (Jubal derrière un mur de bronze:) Cet œil me regarde toujours! Alors Tubalcaïn, père des forgerons, Construisit une ville énorme et surhumaine.Pendant qu’il travaillait, ses frères, dans la plaine, Chassaient les fils d’Enos et les enfants de Seth; Et l’on crevait les yeux à quiconque passait; Et le soir, on lançait des flèches aux étoiles.Le granit remplaça la tente aux murs de toile, On lia chaque bloc avec des nœuds de fer, Et la ville semblait une ville d’enfer; Ils donnèrent aux murs l’épaisseur des montagnes; L’ombre des tours faisait la nuit dans les campagnes; Sur la porte on grava: “Défense à Dieu d’entrer.” Quand ils eurent fini de clore et de murer, On mit l’aïeul au centre en une tour de pierre, Et lui restait lugubre et hagard.—O mon père! L’œil a-t-il disparu?dit en tremblant Tsilla, Et Caïn répondit:—Non, il est toujours là! Alors il dit:—Je veux habiter sous la terre, Comme dans son sépulcre un homme solitaire; Rien ne me verra plus, je ne verrai plus rien.On fit donc une fosse, et Caïn dit: C’est bien! Puis il descendit seul sous cette voûte sombre.Quand il se fut assis sur sa chaise dans l’ombre Et qu’on eut sur son front fermé le souterrain, L’œil était dans la tombe et regardait Caïn. L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE 309 ENSEIGNEMENT de la RÉDACTION FRANÇAISE à l’École d’application au moyen de la leçon de choses La leçon de chose “L’allumette”, publiée dans l’Enseignement Primaire, livraison de novembre 1935 dernier, nous a suggéré de donner en quatrième, troisième et deuxième années une composition française dont la leçon de choses, faite au préalable, serait la préparation complète.Les élèves-maîtres ont fourni le vocabulaire écrit au tableau noir: après avoir donné la leçon sur l’allumette, ils ont fait lire les mots écrits au tableau, composer ensuite de courtes phrases oralement et donné à rédiger comme devoir à l’école un texte sur le sujet préparé ensemble.Voici les résultats obtenus: Vocabulaire: allumette, soufre, flamme, inflammable, extrémité, odeur, minéral, essence, fabrication, végétal, bâtonnet, incendie, déchet.Aième année: L’allumette se compose de deux parties, le bois et le soufre.Les petits bâtonnets qu’on emploie à faire des allumettes sont ordinairement en bouleau, en tremble ou en épinette.Le bois est blanc tirant sur le jaune; il est mou et cassant.Le soufre est jaune; il dégage une odeur forte et mauvaise; on le mélange avec une substance blanche et il devient blanc.On le trouve dans les mines.L’allumette sert aux usages domestiques, surtout pour allumer le poêle, les fournaises, les cigarettes, les papiers, etc.Mais elles sont dangereuses et peuvent facilement entraîner de grands incendies.Sième année: L’allumette se compose de deux parties, le bois et le soufre.Le soufre se trouve dans la terre;_c’est un minéral de couleur jaune; il dégage une mauvaise odeur, il est inflammable.Le bois est un végétal.On emploie ordinairement le bois pour fabriquer les allumettes; ce bois est mou et bien sec et se casse bien; et aussi il brûle bien.Les allumettes sont utiles à la maison pour allumer le poêle et la fournaise; elles servent aussi à faire brûler les déchets.Mais elles sont dangereuses, car elles peuvent causer des incendies.Nous ne devons pas jouer avec les allumettes.Sième année: L’allumette a deux parties: le soufre et le bois.On trouve dans la terre le soufre; ce minéral jaune dégage une mauvaise odeur et, en plus, il est dangereux pour le feu.Avec des allumettes on met le feu aux déchets et on allume le poêle et la fournaise.Le bois de l’allumette est un bois mou qu’on appelle épinette; il brûle bien et il peut causer kdes incendies.École normale des Frères de l’Instruction Chrétienne, Laprairie, Qué.NOCES D’OR CHEZ LES URSULINES DE QUÉBEC Le 21 novembre dernier, sous le toit du plus ancien couvent au Canada: le Monastère des Dames Ursulines de Québec, on a célébré le jubilé d’or des révérendes Mères Saint-Cyrille et Saint-Nicolas.Nos félicitations à ces deux religieuses méritantes. 310 L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE LE DESSIN A L’ÉCOLE PRIMAIRE (Janvier 1936) Programme mensuel suggéré aux divers cours COURS INFÉRIEUR En première année: exercer les élèves à porter une même mesure autour d’un point donné.Disposer des lignes droites égales en rayons.Tracer la demi-circonférence en diverses positions.En deuxième année: étude des angles et des lignes brisées.Faire l’application de ce genre de lignes dans le lettrage (majuscules de forme simples).Exercer les élèves, par la dictée, au tracer des angles aigus et obtus sur le cahier-brouillon.Première année 1.Frise décorative.2.Disposition de droites en rayons.3.Disposition symétrique de triangles.4.De mémoire: une cuillère.Deuxième année 1.Frise Gigues brisées).2.Une bannière.3.Lettrage.4.De mémoire: une scie à main.COURS MOYEN En troisième année: étude de la circonférence.Définir le rayon et le diamètre.Apprendre aux élèves à diviser la circonférence en 4, 8 parties égales.En quatrième année: étude et tracé du trapèze.Faire trouver des objets qui affectent cette forme.Invention et disposition de décors à l’intérieur d’un trapèze.Troisième année 1.Une roue.2.Une circonférence décorée.3.Un cor.4.De mémoire: une tête de chien.Quatrième année 1.Un trapèze décoré.2.Un pot de colle (forme trapézoïdale).3.Un chandeher (formé uniquement de petits trapèzes).4.De mémoire: une berceuse vue de côté.COURS SUPÉRIEUR En cinquième et sixième années: revue de la circonférence.Tracé du prisme à base circulaire (élévation et plan).Tracé du cône à base circulaire (élévation et plan).Sur la planche V-VI, le cône est tronqué. L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE 311 COURS iNlFSRiETUR ED- © .z z.z /A /A /Z\ KO ^©(K(K(K( y X7J y j A K A % © 1 y t> J V A © © —i - i COURE © eu MOYEM WJ © COLLE Z Z COURS SUPERIEUR w/i © IT 312 L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE Cinquième et sixième années 1.Prisme à base circulaire.2.Cône à base circulaire.3.Circonférence décorée.4.De mémoire: vue perspective d’une maison simple.Frère Amédée, des Ecoles chrétiennes.PHRASEOLOGIE ET COMPOSITION (Quelques petits sujets de description) MON AMI LOUIS SE TIENT BIEN EN CLASSE Prestement et sans bruit, Louis a placé sa chaise à une distance convenable de son pupitre, et tout bonnement il s’assied bien droit sans caracoler, les pieds, non sur les barreaux, mais sur le plancher, les avant-bras sur la table, les yeux à la besogne.Qu’il faille étudier, écrire, lire, ou suivre attentivement au tableau les explications du professeur, mon ami Louis maintient sévèrement ses deux yeux à la tâche, ne leur donnant point de relâche pour contempler le parterre, s’enquérir des visiteurs, les promener curieusement sur les copies des voisins ou même partager la dissipation de nos camarades des rangées d’arrière.l’esprit d’ordre et du travail progresse Au signal, à la rentrée, notre classe forme sur la cour deux rangs bien droits, chacun y va sans lenteur ni précipitation: le défilé suit.Plus de retardataires, la prière commence à l’heure, la classe au grand complet.Les chaises, les pupitres, autrefois si bruyants, se sont habitués au silence; aussi quel beau travail! Pas de répit: leçons, devoirs, explications occupent toutes les minutes des écoliers qui regretteraient de dérober la moindre parcelle de temps aux heures que le bon Dieu leur octroie pour la préparation de leur avenir; n’est-ce pas le moment idéal d’acquérir les connaissances qui feront de nous de fervents chrétiens et d’intelligents patriotes ?TOUT BLANC ! Un sourire de contentement agite la classe.Qu’est-ce donc ?Je ne résiste pas à la tentation de tourner un peu la tête pour en découvrir la cause: il neige! Et voilà que du coup, traîneaux et patins hantent ma petite imagination; elle erre à l’aventure comme ces milliers de flocons qui cherchent, pour se reposer, la puissante branche d’un pin, d’où ils disparaîtront au premier rayon de soleil.Je reste tout chose, hynoptisé quelques secondes.Qu’il me tarde de sortir! Et la pendule n’avance pas.Enfin!.Dehors les tuques, les chaudes chaussures, les mitaines, les confortables paletots, car nous ne sommes pas encore accoutumés au bonhomme hiver dont la joyeuse et blanche apparition transit un peu nos membres.Sans arrêt, les arbres, toutes les plantes se chargent d’une ouate floconneuse; elle s’entasse artistement sur les conifères dont les branches ploient.Nos pauvres mains bleuissent.Les petits oiseaux retardataires à fuir pépient tristement à l’entour des grands pins.Le Saint-Joseph de notre cour de récréation s’est encapuchonné de laine blanche; il a revêtu son frais manteau au col d’hermine, et il sourit sous son nouveau costume; l’Enfant-Jésus est tellement emmailloté de blanche dentelle qu’on ne le distingue plus.Je contemple avec admiration cette neige éblouissate, emblème de la pureté de l’âme, faible image de l’immaculée blancheur de la Reine du ciel.Je pense aux pauvres qui vont souffrir du froid et de la faim.Je réfléchis un peu aux plaisirs passagers; je me dis qu’ils n’en-serrent pas le vrai bonheur.Frère Aesène-Lodis, de V Instruction Chrétienne. L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE 313 A PROPOS DU VERBE “FAIRE’ Exemples: IV(1) Faire une conspiration.conseiller municipal.préfet.quelqu’un son héritier.une expérience scientifique avec quelqu’un le plus parfait contraste des sacrifices aux dieux.d’heureuses réparties } U d’interminables digressions.u a des mots pour des besoins nouveaux.¦ } un pont sur une rivière / connaissance avec quelqu’un U U (C a u ( ( u ne pas “ (( a Quelques changements à un système.' une faute, un crime.des combats.mille recherches.la revue d’un régiment.un violent réquisitoire.serment (en justice).assez attention aux choses du dehors.tête à l’orage.en homme de cœur., se “ Il fut chargé de “ Il sait nous “ Cet acteur doit “ Vos parents ont dû “ Ce navire fait Ce journal “ L’arpenteur “ à la fatigue.le rapport.d’agréables surprises.les rois.d’immenses sacrifices.des bordées.une place spéciale à.le plan de cette propriété f \ ourdir tramei élire nommer instituer offrir lancer se lancer dans se perdre en créer jeter construire établir lier apporter commettre livrer se livrer à passer fulminer prêter prêter assez d’attention tenir agir s’accoutumer s’endurcir rédiger ménager représenter s’imposer court réserve lève (1) Voix l’Enseignement Primaire de décembre 1935. 314 L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE L’architecte L’orateur fait le plan d’un château le plan de son discours ( 1 La procession se Sa mort Ce sentier < ( (( U dans le plus bel ordre.un grand vide.la limite entre les deux peuples.Votre neveu vous ( ses souhaits.\ ses excuses.Cet oiseau “ Les individus font Les émotions du cœur “ Ces piliers “ artistement son nid l’espèce.la persuasion.de grands ombres.Les abeilles le miel Ces beaux vers “ La science a fait Ce contribuable a “ Ce grand peintre a “ Ce maître a “ Ce roi a “ Votre adversaire a “ Mon locataire a “ votre éloge.de sérieux progrès.sa déclaration.un nombre infini d’ouvrages quelque temps la troisième.de nombreuses ordonnances opposition au jugement.un bail notarié.I I } La servante a “ Le gouvernement m’a “ Votre journal a “ Un grand changement (se) fit Urne “ Cet écrivain “ Cet écrivailleur “ Les patrouilles ennemies firent Mon Dieu faites Se faire Il ne put se faire le dîner.une gratification.cette annonce.dans la direction de l’armée.des yeux ronds.à loisir de longues périodes.des milliers de rimes.une reconnaissance dans notre ville.-moi la grâce d’avancer dans la vertu.une large propagande.à cette discipline.\ l trace dresse arrête dispose établit se déroule laisse marque présente façonne constituent entraînent allongent produisent distillent chantent a réalisé a produit a professé a rendu a formé passé, signé a préparé a alloué a publié intervint roula construisit accoupla poussèrent accorder se tailler se plier E.Legrand.(Reproduit de l’excellent ouvrage, la Stylistique française, qui est en vente chez tous nos libraires) L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE 315 RÉDACTION D’APRÈS UNE IMAGE Au cours supérieur de l’école primaire (5e et 6e années) LE GUET {Pour VEnseignement Primaire) C’était la veille au soir du Jour de l’An.Mes parents, étant obligés de sortir pour compléter les préparatifs de la fête, m’avaient confié la garde de ma petite sœur cadette et de mon petit frère Paul, âgé de quatre ans.Avant son départ, maman, durant qu’elle mettait les deux petits au lit, avait dû répondre à une foule de questions touchant le merveilleux mystère de cette nuit si longtemps et si ardemment désirée.L’imagination de Paul semblait hantée par un gros problème.Il se demandait qui devait venir remplir son bas de friandises et de jouets.Serait-ce, comme son petit ami Pierrot le croit, ce joyeux Père Noël, à la longue barbe blanche, arrivant du pôle nord grâce à ses rennes, et encore tout couvert de neige, tel que l’autre soir, le représentait le journal de papa ?Ne serait-ce pas plutôt, comme le dit maman, le petit Noël, charmant enfant, qui ne serait autre que l’Enfant-Jésus et qui, accompagné de ses anges, visiterait en cette nuit ses petits frères de la terre pour les combler de cadeaux?Il voudrait bien savoir au juste.Maman, pour apaiser petit Paul, lui avait recommandé de laisser au plus tôt son ange gardien lui fermer les paupières.Mais le bambin de questionner encore: “Dis donc, maman, ce n’est pas le vieux bonhomme de sable, comme le croit Lisette (la petite voisine), qui vient endormir les petits enfants?”—“Mais non, chéri, endors-toi sous l’aile de ton bon ange et tu rêveras au beau petit Noël.” Pour conclure le débat, ma mère déposa un baiser sur le front de l’enfant et descendit.Petit frère ne parla plus.Papa et maman sont maintenant sortis, sans que Paul s’en soit aperçu.Le calme règne dans la maison.Dans ma chambrette, qui se trouve au bas de l’escalier, face à la grande salle, moi-même, plongée, sous mon abat-jour, dans la lecture d’une histoire du temps passé, j’attends le retour de mes parents.Afin de ne laisser apercevoir aucune lumière, j’ai tiré l’épaisse portière vis-à-vis l’en-tre-bâillement de ma porte de chambre.L’horloge grand-père, de son joyeux carillon, vient de sonner lentement les coups de onze heures.Petit frère ne dort pas; de temps a autre, je l’entends se tourner dans son lit et échapper parfois un léger soupir.Sans doute son petit cerveau travaille encore et son cœur est en émoi.Mais quel est donc ce léger bruit de pas feutrés qui semblent glisser plutôt que se succéder ?Quel est ce vacillement insolite de faible lumière ?Tout cela semble bien venir de la grande salle du foyer, tout à côté Pour voir sans être vue, j’éteignis ma lumière et rangeai délicatement le rideau à ma porte de chambre.Je suis alors témoin du plus charmant spectacle audacieusement monté par la curiosité enfantine.Une gentille petite silhouette blanche, se détachant de l’ombre sous la lueur d’une chandelle, se promène furtivement d’une fenêtre à l’autre.C’est notre mutin de petit Paul, qui, croyant sans doute tout le monde endormi, s’est emparé du bougeoir allume qui servait de veilleuse dans le corridor du haut et est descendu l’escalier sur la pointe des pieds.En son blanc pyjama de nuit, il fait maintenant le guet. B - > s W' - *}.¦ ¦'- •.¦ “Copyriglit, Gutmann & Gutmann”.“Betrayed by the sandman’’.LE GUET, par Roch Aubry Cette image est la reproduction d’une gravure coloriée (9H" x 13"), d’un très beau fini,propriété de Gutmann & Gutmann, N.-Y.On peut se la procurer à la Compagnie Wisintainer & Fils, Inc., Montréal. L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE 317 Je me garde bien de jeter Talerte et de me laisser apercevoir; ce serait me priver d’une scène trop intéressante et causer un trop vif désappointement à l’ingénu bambin.Observons-le plutôt, mais avec beaucoup de discrétion.I“Ne voyant rien venir” aux fenêtres, petit Paul a pris une décision héroïque.Il approche un pouf tout près de l’horloge grand-père; il s’y assoit résolument, la figure tournée vers le côté du foyer où le bas, plein d’espoir et accompagné d’une petite lettre à qui de droit, est appendu.L’enfant paraît bien décidé d’attendre là le mystérieux personnage.pour faire plus ample connaissance avec lui et peut-être même, si possible, pour l’entretenir de ses plus chers désirs.Mais les minutes d’attente lui paraissent longues comme des heures.Tantôt il lève les yeux vers la couronne de houx qui entoure le cadran de l’horloge et il suit en même temps, sans trop la comprendre, la lente marche de la grande aiguille; tantôt il jette un coup d’œil vers les fenêtres bu vers l’ouverture du foyer, espérant y voir surgir tout à coup la figure souriante de l’ami attendu.Puis son regard se porte avec anxiété vers le bas toujours immobile et vide; une main habile ne viendra-t-elle pas y verser des dragées, y déposer une belle flûte miroitante ?Est-ce qu’un tambour et un petit cheval de bois n’apparaîtront pas soudain sur la tablette du foyer ?A chaque mouvement que l’enfant imprime au bougeoir, il se fait dans la grande salle un magique jeu d’ombres et de lumières tremblotantes.Mais les yeux de Paul sont maintenant comme irrésistiblement fixés devant lui sur la pendule de cuivre qui, rutilant au feu de la chandelle, va et vient en se balançant sous le rythme scandé de son sonore tic tac.Ce disque mouvant et brillant, aidé de la lueur et de l’âcre odeur de la bougie, a un effet hynoptisant sur les yeux et le cerveau de l’enfant.Les paupières du bambin clignotent et éprouvent des picotements que les frictions de son petit poing ne parviennent pas à faire disparaître.Les yeux se ferment de plus en plus; la tête oscille à droite, à gauche, puis en avant.Bientôt les paupières sont closes; la figure aux traits délicats et un peu rougis s’appuie maintenant dans la petite main droite dont l’avant-bras vient de s’accouder sur le genou.La main gauche tombant entre les jambes tient encore à peine le bougeoir, qui fortement incliné laisse abondamment couler sur le parquet luisant des gouttes chaudes se figeant bientôt en une flaque de cire.La demie de onze heures sonne sans que petit frère bouge.Il dort bien profondément.Je m’approche.Il semble faire quelque mauvais rêve; car il a quelques soubresauts nerveux, fronce parfois les sourcils et serre les yeux.Je suppose que son imagination allait lui représenter le fameux Père Noël à la figure accueillante, quand ce dernier hélas! s’est subitement métamorphosé en un autre vieillard au sourire un peu malicieux, et qui, en place d’un sac de jouets, soutient une poche de sable dans laquelle il puise à pleine main une fine poussière pour la jeter dans les yeux du cher enfant.Pauvre petit! Au lieu du Père Noël, qu’il espérait rencontrer, c’est le bonhomme de sable qui est venu l’endormir.Quelle déception! Mais tout n’est pas perdu.Papa et maman entrent les bras chargés et sont bientôt témoins du spectacle.“Est-ce que cela ne fait pas trop pitié” ?dit ma mère.Puis soufflant doucement la chandelle, elle prend avec mille délicatesse son trésor en ses bras, humectant de larmes maternefl.es les blonds cheveux de l’enfant.Paul est aussitôt remis paisiblement et confortablement, sans s’éveiller, dans son petit lit blanc.Le lendemain matin, avec les bonbons, la flûte, le tambour et le cheval, petit frère trouva à son adresse une petite note ainsi rédigée : “Quand mon petit ami dormait bien sous l’aile de son ange, petit Noël est venu le visiter”.Durant 318 L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE tout le jour, Paul avec une assurance qui ne laissait place à aucun doute, parlait à qui voulait l’entendre de l’Enfant-Jésus qui lui avait apporté tous les joujoux demandés.Roch Aubry, Ecole normale Saint-Joseph, Hull.ENSEIGNEMENT DE L’ANGLAIS Séries graduées des formes verbales usuelles de la langue anglaise 4ème série (Pour l’Enseignement Primaire) 49.Was Jack at the station ?—-Yes, sir, he was at the station.—-No, sir, he was not there.He wasn’t.Where was he ?Was not Peter waiting for me ?Was he not waiting ?Was it snowing during the service ?What was this fellow looking at ?50.Were you up at four o’c.this morning ?—No, sir, I was not up so early, I was still in bed.Were you not late for the train ?—I beg your pardon, sir, I was in time.Where were you at nine ?At what time were you ready to leave ?How old were you at the death of your father ?What were you doing during the french lesson ?To whom were you talking on the road ?51.Was there an armchair in your old room ?—There was no armchair.There were two armchairs.What was there on the lawn ?What was going on ?—There was a big match.There were two teams playing.52.Had you an english book in the baby-class ?—No, sir, I had no enghsh book.You had not the key; who had it ?—Paul had it.Nobody had it.Some centuries ago, what kind of light had they ?—They had only candles.53.Who prepared the dinner ?—The cook prepared it.The cook did.Who boiled the potatoes ?—I boiled them.I did.Tom did.54.Did you play hockey, last Saturday ?—Yes, sir, we played hockey on the city rink.Yes, we did. L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE 319 —No, sir, we did not play.We didn’t.Did Bob enjoy his game ?—He enjoyed it very much.He did.—He did not like it at all.He didn’t.Did it rain all night?Did you ever visit the Museum ?—I never visited it.I did not visit it yet.Why did Harry miss his train ?How long did you work ?How many autos did you count on the road ?55.Is the meat roasted?Are the dishes washed ?Was the door locked ?Were your clothes brushed ?56.Who has opened the cupboard ?—I have opened it.I have not opened it.I haven’t.Has Philip combed his hair ?—Yes, sir, he has combed it.No, he hasn’t.Whose cow has jumped over the fence ?57.Who saw my watch ?Who took it ?—I saw it, Ben took it.—I did not see it.I did not take it.Did you hear an awful noise, last night ?I heai dit.I did not hear it.N.B.—L’article précédent a pour but d’indiquer que le temps est venu d’aborder l’étude des verbes irréguliers.Cette étude doit être poursuivie lentement, progressivement, en commençant par les verbes les plus usuels, et en vue de conduire effectivement l’élève à employer spontanément le passé et le participe passé de ces verbes.58.I killed a hare last week.I have killed this hare to-day.I have just killed it.Did you see the papers yesterday ?-—-Yes, I saw them last night.Have you seen the papers this morning ?—I have not seen them yet.—I have not seen the papers for a week.59.Shall I close the door ?What shall I do ?—Yes, close it.Yes, do.Shall we make tea or coffee for the lunch ?—Make some tea.We shall make coffee for supper.When shall we die ?Shall you be at home this afternoon ?—Yes, I shall be at home.No, I shall not.No, I shan’t.60.Will you have beer or wine ?(Voulez-vous ?) Will Frank succeed in his examinations?—Yes, he will, No, he will not.He won’t.Will your friend come and see us ?—-Of course, he will.Will it be fine to-morrow ?—Very likely, it will be fine.Will there be a big game next Sunday ?—I fear the game will be very dull.I 320 L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE 61.Bring your racket, when you come.(Quand vous viendrez).See the doctor, while you are in town.Mind to tell him to phone when you see him.As long as I live, I shall never forget it.62.Let us see what is going on in the street.Let me see what is to be done.Let Charlie go and see what’s the matter.Let him play foot-ball, if he likes.Let these fellows have a walk, if they choose.63.Please tell me how to do this sum.Kindly show me where the Post Office is.Be so kind as to bring me the armchair.64.You have marbles, have you not ?Haven’t you ?Stephen has no marbles, has he ?You are willing to play with me, are you not ?aren’t you ?Pat is not willing, is he ?He is a first class player, is he not ?isn’t he ?You can run a race, can you not ?can’t you ?Willie likes to play cards, does he not ?doesn’t he ?You need a table, do you not ?don’t you ?Fine day, is it not ?insn’t it ?(d suivre) Frère Régis-Stanislas, des Écoles Chrétiennes.EXERCICES SCOLAIRES INSTRUCTION RELIGIEUSE L’Épiphanie Au jour de sa naissance, l’Enfant-Dieu nous apparaissait dans la faiblesse et le dénûment; le monde ignorait sa venue, et s’il avait eu des adorateurs, ce n’étaient que de pauvres bergers.Aujourd’hui nous le trouvons bien encore dans l’étable de Bethléem; mais déjà prenant quelques rayons lumineux: ce n’est plus simplement un enfant pauvre, c’est même plus qu’un mortel.Le genre humain lui députe des représentants pour l’adorer en son nom et le reconnaître pour le monarque universel.En cette fête, l’Église honore trois manifestations de Jésus, son Roi, c’est-à-dire trois circonstances où la grandeur de sa personne est dévoilée aux regards des humains.Premièrement, la manifestation de sa divinité proclamée par le ciel même lors de son baptême sur les bords du Jourdain.Deuxièmement, la manifestation de sa puissance en même temps que de son L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE 321 humanité lorsqu’il fit son premier miracle en changeant l’eau en vin, aux noces de Cana, où il était invité comme homme.Or, il se trouve que les présents offerts par les Mages symbolisent tout à la fois la royauté, la divinité et l’humanité, représentées par l’or, par l’encens et par la myrrhe.Après avoir été le centre du monde païen, Rome était devenue par le choix qu’en avait fait saint Pierre pour son séjour, le centre de la catholicité.Ce dernier titre lui conférait une gloire qu’elle n’avait pu connaître encore et qui provoquait sa reconnaissance.Elle éprouva donc le besoin d’exalter le jour à jamais mémorable où le créateur avait cessé d’être exclusivement le Dieu des Juifs pour devenir aussi celui des nations, le jour où, par suite, avaient été posées les bases premières de sa propre immortalité.C’est donc à Bethléem, au jour de l’Épiphanie, que commence l’Église.Dans cet humble réduit, le fils de Dieu préside comme chef; le peuple juif est représenté par Marie et Joseph; la Gentilité se courbe et adore dans la personne des Mages, car eux aussi possèdent la foi.S’ils sont venus, ce n’est point pour honorer un prophète ou rendre hommage à un roi terrestre, c’est pour adorer un Dieu; et ils le reconnaissent, comme dit saint Bernard, à travers les langes qui l’enveloppent.^Bethléem devient donc le berceau de l’Église.Autant ce début est modeste, autant la suite apparaîtra grandiose.Un jour les rois les plus renommés et les empereurs les plus puissants inclineront leurs têtes couronnées devant ce petit enfant; la portion la plus éclairée et la plus vertueuse des Juifs l’acclamera comme le messie qu’elle attendait; les cités et les nations de l’Occident abandonneront les superstitions de leurs pères et renverseront leurs idoles pour ne plus adorer que lui seul.Courage, humbles missionnaires qui allez implanter la foi sur de lointains rivages, ayant d’une main la croix et de l’autre l’Évangile pour tout instrument de conquête.Courage, alors même que vos débuts seraient humbles, pénibles et en apparence stériles! Votre maître, pensant à vous peut-être, ne voulut avoir que cinq disciples, quand il fonda la première chrétienté du monde.Et vous, fondateurs des divers Ordres religieux, persévérez dans vos efforts et marchez sans crainte; si vous êtes pauvres, faibles, ignorés, entourés tout au plus de quelques disciples, votre Dieu n’a pas eu meilleur sort quand il réunit les premiers éléments de la grande famille catholique.Vous aussi, chrétiens qui vous croyez dépourvus des ressources nécessaires pour édifier l’exercice de votre sanctification, espérez quand même, espérez toujours.Jésus semblait encore plus dénué quand il jeta les premières bases de son Église.Il avait sa toute-puissance, direz-vous.C’est vrai, mais cette toute-puissance est à vous, si vous le voulez, puisque le Seigneur la met à la disposition de quiconque la réclame par de ferventes prières.Ayons la foi des Mages.Rien ne les étonne: ni la faiblesse de l’Enfant, ni la pauvreté de sa Mère, ni le dénuement de son habitation, ni la solitude dans laquelle les humains l’abandonnent.Loin de là, ils comprennent, dès en entrant, que le Dieu éternel, voulant visiter les hommes et se donner à eux, devait descendre aussi bas que possible.Israël compte sur un Messie tout éclatant de gloire mondaine; les Mages, au contraire, reconnaissent ce Messie à l’humilité, à la pauvreté qui l’entourent.Subjugués par la force de Dieu même, ils se prosternent et adorent dans le sentiment de l’admiration et de l’amour.Imi-tons-les.Fideles. 322 L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE LANGUE FRANÇAISE Ecole primaire élémentaire COURS INFÉRIEUR EXERCICES DE PENSÉE ET DE LANGAGE I.Invention.—Dites quel nom on donne : à la personne qui vend de la viande: (boucher)—-à la personne qui accompagne les enfants: (bonne)—-à la personne qui taille et coud des robes: (couturière)—-à la personne qui fait la classe: (maître ou maîtresse)—-à la personne qui est à côté de vous : (voisin ou voisine)—à la personne qui vend le sucre, le café, la bougie, etc: (épicier).II.Élocution.—-A la place de Thistoire du petit garçon, que vous allez lire, écrivez votre histoire, à vous, en changeant tout ce qui ne sera pas pour vous comme pour Jean (vous commencerez en mettant votre nom).1.Jean est un petit garçon de sept ans.2.Il a un bon père et une bonne mère.3.Il vient à l’école depuis un an.4.Il a appris à lire, à écrire, à compter.5.Il écoute de belles histoires, voit de belles images et toutes sortes de choses.6.Il a surtout appris à aimer le bon Dieu, à le prier, à lui obéir.DICTÉES I EN ÉTÉ, EN HIVER En été, les arbres sont souverts de feuilles ou de fruits; en hiver, ils étendent leurs branches dépouillées de feuillage.En été, les campagnes sont ornées de fleurs, de verdure et elles sont chargées de moissons; en hiver, elles sont cachées sous un manteau de neige.En été, le joyeux ramage des petits oiseaux nous égaie; en hiver on ne les entend plus chanter; la plupart se sont enfuis vers des climats plus doux.Grammaire.—A quelle forme sont les verbes: sont couverts, sont ornées, sont chargées, sont cachées?—Quel est le sujet de chacun de ces verbes ?—Relevez les deux premières phrases de la dictée en mettant ce sujet au singulier.En été, l’arbre est couvert.Vocabulaire.—-Eté, estival.—-Hiver, hivernal, hiverner, hiberner.—Feuille, feuillage, feuillu, feuillaison, feuiller, effeuiller.—Verdure, vert, verdoyant, verdâtre, verdir, reverdir.—Moisson, moissonner, moissonneur, moissonneuse.II l’anguille L’anguille est un animal rustique, extrêmement résistant, et capable de vivre dans des conditions très précaires: par exemple, dans de l’eau d’égoût, et sans aucune nourriture pendant des durées assez longues.Par contre, quand l’occasion s’en présente, elle est d’une voracité étonnante, du moins tant qu’elle n’a pas atteint son stade d’entier développement.Grammaire.—Indiquer le genre et le nombre des mots: anguille, animal, conditions, durées.—Conjuguer le verbe être, au présent et à l’imparfait de l’indicatif.RÉCITATION l’orange Un jeune enfant mordait dans une orange: “Oh! s’écria-t-il en courroux, Le maudit fruit! se peut-il qu’on le mange! Qu’il est amer! on le disait si doux! —Yuwx jugement, lui répondit son père: Otez cette écorce légère, Vous reviendrez de votre erreur.” Ne jugeons pas toujours sur un dehors trompeur.Florian.Explications.—Courroux, colère.—«7ugement, pensée, opinion qu’on se fait sur une personne ou sur une chose.Sens général.—Un enfant mordant dans une orange goûte l’amertune de l’écorce et rejette le fruit, furieux de son aventure et ne comprenant L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE 323 pas qu’on puisse dire: ce fruit est doux.—Son père lui dit aussitôt qu’en retirant l’écorce, la pelure, il trouverait bon ce qui était dedans.Ainsi nous nous tromperions souvent en jugeant les personnes et les choses d’après ce qu’elles paraissent à ceux qui ne les connaissent pas.RÉDACTION LETTRE A UNE GRAND’mÈRE Développement Ma bonne grand’maman, C’est ta petite Isabelle qui vient te mercier du cadeau que tu lui as fait.Je savais bien que tu me gâtais un peu, mais, vrai, je ne m’attendais pas à d’aussi belles étrennes.Une jolie poupée en cire, avec des yeux bleus, des cheveux blonds tout frisés et des bottines vernies, sais-tu que cela est magnifique! J’ai donné à ma poupée le nom de Bernadette.Tout de suite, je vais l’habiller, car je sais un peu coudre.Mes sœurs Lucie et Madeleine m’aideront et tailleront les robes ou les jupons.Elles m’ont déjà donné du coton, des morceaux de velours et de soie.J’ai aussi un gentil petit chapeau à plume.Avant huit jours, Bernadette va être mise comme une dame et j’en serai très hère.Ne viendras-tu pas bientôt à Saint-Casimir pour la voir ?Oh! oui, n’est-ce pas.Je t’embrasse bien bien fort, ainsi que grand’papa.Ta petite fille qui travaillera beaucoup pour te contenter.Isabelle.Questions.—Pour quel motif Isabelle écrit-elle à sa grand’mère?Quel cadeau lui a-t-on fait ?Portrait de la poupée ?Son nom ?Projets de Isabelle ?_ Avec quoi va-t-elle habiller sa poupée ?Qui l’aidera ?En terminant sa lettre, que demande Isabelle à sa grand’maman ?Canevas.—-Remerciements pour étrennes envoyées.—Quelle jolie poupée! yeux bleus, cheveux blonds frisés, bottines vernies.—^Bernadette.—-Isabelle va bientôt habiller sa poupée : Lucie et Madeleine l’aideront.—Grand’mère viendra-t-elle à Saint-Casimir ?—Fin de la lettre.COURS MOYEN EXERCICES DE PENSÉE ET DE LANGAGE I.Ce qu’on peut faire avec le bois: Le bûcheron en fait du bois de chauffage, de pulpe, de construction.—Le charbonnier en fai du charbon.—Le charpentier en fait des poutres.—Le menuisier en fait des meubles.— Le charron en fait des voitures.—Le tourneur en fait des chaises.—Le tonnelier en fait des tonneaux, des barriques.II.Que voit-on dans une bibliothèque.— 1° des rayons,—des vitrines,—des tables,—des sièges, —un escabeau;—-2° des livres,—des revues,— des brochures,—des journaux,—un catalogue.—3° un bibliothécaire,—des lecteurs.Comment sont ces personnes et ces choses?Que font les personnes?A quoi servent ces choses ?DICTÉES I LE REPAS CANADIEN La soupe aux fèves fumait déjà dans les assiettes.Les cinq hommes s’attablèrent avec lenteur, comme un peu étourdis par le dur travail; mais, à mesure qu’ils reprenaient leur souffle leur grande faim s’éveillait et bientôt ils commençaient à manger avec avidité.Les deux femmes les servaient, remplissant les assiettes vides, apportant le grand plat de lard et de pommes de terre bouillies, versant le thé chaud dans les tasses.Louis Hémon.{Maria Chap delaine).EXERCICES I.Les idées.—-Ce repas est un repas de travailleurs pauvres : montrez-le en donnant quelques détails précis.Quels détails montrent que ce repas ne se passe pas dans nos vieilles paroisses ?IL Les mots.—Avez-vous vu des fèves?Expliquez.Quand mange-t-on avec avidité?Quel est le mot simple contenu dans: s’attablèrent, lentement, éveillait.III.Grammaire.—Comparer la phrase suivante à celle du texte: La soupe fumait, les cinq hommes s’attablèrent, comme un peu étourdis.Elle est vague; les mots qui sont dans le texte précisent certains termes, les complètent et permettent de mieux se représenter la scène. 324 L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE Voyons les mots qui sont ainsi complétés, ce sont: le nom: fève; les verbes: fumait, s’attablaient, et l’adjectif qualificatif: étourdis.Les mots fèves, assiettes, lenteur, travail sont des compléments.II PLACE DU PRONOM Nous admirons le ciel, la terre et les mers qui sont des œuvres divines.— En quelle situation m’avez-yows laissée, disait une mère à son fils oublieux de ses devoirs filials.—Êtes-vous content, dit un des accusés à son dénonciateur ?Moi! répondit celui-ci, pourquoi non?N êtes-vous pas condamné ?—-En toute circonstance, songeons que Dieu nous regarde, qu’il nous voit et qu’il nous jugera.—-Vous nous donnez là un sage conseil, et nous vous promettons de le suivre toujours.—Je vous dis cela parce qu’on me Vu affirmé et que je le crois absolument.—Corneille fait dire à l’un de ses personnages tragiques : “Tu trahis mes bienfaits, je les veux redoubler: je fui comblé de mes bienfaits, je Ven veux accabler!—Vos parents sont venus, je veux les voir et leur parler.Questions grammaticales.—Quelle est la place du pronom employé comme sujet ?Un pronom personnel, employé comme sujet, se place ordinairement avant le verbe; d’autres fois on le place après le verbe, et, si le verbe est à un temps composé, surtout sous la forme interrogative, entre l’auxiliaire et le participe.—-Donne:: des exemples: Dans la 1ère phrase, les mots nous, sujet de admirons, et qui, sujet de sont, précèdent ces verbes; dans la 2e, le sujet vous est placé entre l’auxiliaire avec et le participe laissée) le sujet mère, dans la proposition interrogative suivante, est placé après le verbe interrogatif disait, etc.—Qu’y-a-t-il à remarquer sur le pronom personnel employé comme complément! Le pronom personnel employé comme complément, soit direct, soit indirect, se place avant le verbe dont il dépend, lorsque ce complément est exprimé par un seul mot et que le verbe est à un autre mode que l’impératif.On peut remarquer encore que le pronom personnel, complément d’un infinitif dépendant lui-même d’un autre verbe, se place avant ce verbe ou bien avant l’infinitif.Analyse logique.—Le sujet est simple quand il est formé par un seul mot; il est composé quand il est formé de plusieurs et désigne plusieurs êtres.Dire, après cela, de quelle nature est la première proposition de la dictée, et de quelle espèce est le sujet logique de cette proposition.RÉCITATION SALUT A LA NOUVELLE ANNEE Déjà la rapide journée Fait place aux heures du sommeil, Et du dernier fils de l’année S’est enfui le dernier soleil.Écoutons!.Le timbre sonore Lentement frémit douze fois; Il se tait.je l’écoute encore, Et l’année espire à sa voix.C’en est fait! En vain je l’appelle.Adieu!.Salut, sa sœur nouvelle.Salut ! Quels dons chargent ta main ?Quels beaux jours dorment dans ton sein ?Mme Am able Tastu.Explications.—Du dernier fils de l’année, du dernier jour—le timbre sonore, le son de l’horloge ou de la pendule.—-Sens général des deux derniers vers: que nous donneras-tu, quels jours nous réserves-tu ?—Construction directe: La rapide journée a déjà fait place aux heures du sommeil et le dernier soleil du dernier fils de l’année s’est enfui.Mme Tastu, femme de lettres française, 1798-1885.RÉDACTION LETTRE A VOTRE MARRAINE Sujet Écrivez à votre marraine pour la remercier des belles étrennes (dites quoi) que vous avez reçues.DÉVELOPPEMENT Ma chère marraine et grand’maman, Que vous êtes bonne et que je vous remercie du joli manchon que vous m’avez envoyé ! Vous voyez d’ici mon émotion et ma joie, quand la voiture de l’Express s’est arrêtée devant la porte et que l’on a dit: “Un paquet pour Mlle Élodie! Veut-elle bien signer?” Mlle Élodie s’est précipitée sur le registre et a mis son nom dans le petit carré qui se trouvait en ligne avec le nom de Madame H.-D.B., ce qui lui faisait croire une fois de plus que sa marraine ne l’oubliait pas.Et vite à la caisse clouée, papa fait sauter le couvercle, il y a du papier, beaucoup de papier, puis une boîte ronde et dans la boîte ce joli manchon d’astrakan L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE 325 noir, brillant et frisé que vous avez choisi.Vous savez bien que vous ne pouviez me faire un plus grand plaisir, le joli manchon a fait le tour de la famille en visites du jour de l’an, et m’a tenu les mains bien chaudes; tout le monde l’admirait en disant: “les belles étrennes!” Moi, je redis encore: les belles étrennes! Chère marraine et grand’maman, merci.Adieu et à bientôt, j’espère; je vous envoie, avec ma reconnaissance, l’es-pression de ma respectueuse et profonde affection et je vous embrasse de tout mon cœur.Votre petite filleule, Êlodie.COURS SUPÉRIEUR EXERCICES DE PENSÉE ET DE LANGAGE INVENTION ET ÉLOCUTION I.Quelles personnes voit-on ordinairement dans: Un collège ?Un séminaire ?Un hôpital ?Une mine ?Une ferme ?Une prison ?Un moulin ?Un presbytère ?II.Composer plusieurs phrases dans chacune desquelles entrera l’un des noms donnés de l’exercice précédent.Ex.: Il y a un collège dans notre ville.Mon frère vient de rentrer au séminaire.Les mineurs travaillent dans les mines.III.Trouver une action qui peut être faite par le collégien, le séminariste, le malade, le mineur, le forgeron, le fermier, le prisonnier, le meunier, le curé.Ex.: Le collégien prépare son examen.Le séminariste chante à la cathédrale.'Le jorgeron frappe sur l’enclume.DICTÉES I EFFETS DE LA CONGÉLATION DE L’EAU Le froid qui, ordinairement, resserre les corps et les rend plus petits, produit un effet contraire sur l’eau couverte de glace; il l’étend et en augmente le volume.C’est cette augmentation de volume qui donne tant de force à la glace.Les efforts qu’elle fait, en certains cas, sont prodigieux.Un canon de fer, épais d’un doigt, rempli d’eau et bien fermé, ayant été exposé à une forte gelée, creva en deux endroits au bout de douze heures.On ne doit donc pas s’étonner que la glace brise les vaisseaux où elle est contenue, qu’elle soulève les pavés, qu’elle fasse crever les tuyaux des fontaines et qu’elle fende même les pierres et les arbres.C’est par la même raison que la gelée est si funeste aux plantes lorsqu’elles sont en sève; l’abondante quantité de liquide dont elles sont alors remplies, dilatée par la congélation, déchire leurs fibres et altère en elles toute l’économie de l’organisation végétale.Explications.— Convertie, chargée, tournée, c’est le même sens au figuré; quand on est converti, on est changé, on est tourné du côté du bien—prodigieux, tout à fait extraordinaire, produisant des effets inattendus—vaisseaux, en ce sens vase, c’est de ce mot que vient vaisselle—funeste, qui amène des malheurs—lorsqu’elles sont en sève, lorsque la sève (c’est-à-dire le liquide qui remplace le sang pour les plantes) est abondante, comme au printemps—dilatée, augmentée de volume—congélation, action de geler—fibres, filament tenace et dur qui compose certains tissus, animaux et végétaux—• altère, change de bien en mal, commence à détruire—économie, en ce sens, signifie ordre, arrangement général qui fait concourrir les détails au bien de l’ensemble.—-C’est encore la même idée qu’exprime ce mot, lorsqu’il veut dire application à peu dépenser: c’est en surveillant les petits détails que la ménagère parvient à un bon ensemble, et il faut que cet ensemble, c’est-à-dire une bonne organisation, existe, sans quoi l’économie de détail peut être mal entendue.Grammaire.—-Examinons les deux même employés dans la dictée; 1° par la même raison signifie par la semblable raison; même a le sens d’un adjectif; il est donc adjectif et doit s’accorder avec le nom auquel il se rapporte.S’il y avait plusieurs raisons, on écrit par les mêmes raisons.Il peut avoir un sens encore plus intime que semblable, il peut signifier faisant partie de la personne) comme ce sens indique une manière d’être, même est évidemment encore adjectif quand il l’exprime.Ainsi, on écrit nous-mêmes, vous-mêmes, eux-mêmes, elles-mêmes, nos parents mêmes, etc.2° Prenons maintenant le second même de la dictée- qu’elle fende même les pierres et les arbres.Ici, même signifie aussi: c’est, comme 326 L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE aussi, un adverbe qui modifie le verbe fendre.Que le verbe soit au pluriel, le sens ne change pas et, dès qu’il est adverbe, même est naturellement invariable.Or, même a le sens de aussi (ou de non 'plus quand il est accompagné d’une négation), quand il est placé après plusieurs noms.Dans cette phrase: les hommes, les femmes, les enfants même furent massacrés, le sens est: les hommes, les femmes furent massacrés] les enfants le furent aussi.Direction.—Insister sur l’idée que c’est bien la différence de sens qui change la nature du mot.Exercice.— Donner trois exemples de même adjectif et trois exemples de même adverbe.II LA FEMME ÉCONOME Femme économe est un trésor, dit le proverbe.Il est sans doute peu de maximes d’une vérité plus profonde et plus fréquemment démontrée par l’expérience.C’est l’économie de la femme qui fait l’aisance et le bien-être d’un ménage.Vainement l’homme travaille et gagne de l’argent; si la femme ne sait pas régler la dépense, la gêne est toujours dans la maison.Au contraire, on est étonné des ressources qu’une femme économe et soigneuse peut tirer du plus modeste revenu.Mais l’économie ne s’impose pas, elle suppose des habitudes prises de bonne heure et passées, comme on dit, à l’état de seconde nature.C’est donc dès l’enfance qu’il faut travailler à acquérir cette précieuse qualité, car l’économie, qui ne paraît être que la règle de notre dépense, consiste avant tout à régler nos désirs et notre vie.Explications.—-Proverbe, vérité populaire, on appelle les proverbes la sagesse des nations.— Maxime, proposition de sens général qui sert de principe.—U expérience, preuve donnée par l’exemple souvent répété.—-Acquérir, se procurer, se donner.RÉCITATION LE DERNIER SOIR La haute lampe Brûle sur la table en silence, Droite parmi les livres lus Où ma tête s’est inclinée.Je n’entends plus Mélancolique et vigilante Passer et rôder par la chambre La vieille année.Elle s’est faite humble, patiente et grave En sa grise robe d’hiver, Pour s’asseoir près de Pâtre clair Où se chauffent ses mains baissées.L’horloge haute, En sa maison d’écaille et de buis.Ajoute une heure à l’heure qui fuit.Et le temps va de l’une à l’autre Jusqu’à minuit.Alors la silencieuse année, assise A l’âtre en sa robe rose et grise, Se lève et rallume le feu qui s’éteint; Une grande flamme d’espoir Monte et rougit le pavé noir Et réchauffe ses mains glacées.Et je crois voir, Au seuil déjà du temps qui vient, Son visage nouveau sourire à mes pensées.Henri de Régnier, poète français RÉDACTION SALUT A LA NOUVELLE ANNEE ! Sommaire Que demandez-vous à Dieu pour la nouvelle année ?Réfléchissez à ce que vous désirez vous-même, à vos besoins personnels.DÉVELOPPEMENT Salut à la nouvelle année ! N’est-elle pas un présent de Dieu ?Quoi qu’elle nous apporte, saluons et recevons avec reconnaissance cette nouvelle période de notre vie.Que voudrais-je plus tard me rappeler avec joie quand je dirai: c’était en 1936! Je dirai, je l’espère, c’était en 1936 que je fis ma Communion solennelle! Ët je demande à Dieu de préparer mon cœur de telle sorte qu’après l’avoir reçu en une telle circonstance, je ne le perde plus et puisse me dire toujours: c’était en 1936.merci, Seigneur, de m’avoir conservé dans la fidélité.Je voudrais me rappeler que ma famille fut heureuse et tranquille en L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE 327 1936; que mon père, tous les soirs, rentrait tout joyeux en disant: nous avons bien travaillé, l’ouvrage ne chôme pas! je suis fatigué, mais content.Je voudrais que ma mère pût lui répondre: tout va bien ici, les enfants sont sages et ne sont point malades, assieds-toi tranquillement et repose-toi.Le dîner est prêt, je crois que la soupe est bonne.Nous avions, grâce à Dieu, de quoi y mettre pour qu’elle le fût, et je l’ai soignée de mon mieux.Voici le mois fini, il reste encore un peu d’argent, si tu veux nous achèterons de bonnes chaussures pour la petite Louise, puis le reste ira à la caisse d’économie.Je voudrais que chaque semaine je rapporte à mes parents de bonnes École primaire DICTÉES I DES SIGNES ORTHOGRAPHIQUES L’évangile est la règle de notre foi.—-Le baptême s’administre en versant de l’eau naturelle sur la tête des néophytes.—La sobriété assure une bonne santé.—Nous avons lu l’histoire de Moïse et celle de Sawl.—-Il éprouve une douleur aigue.—Isaïe, Joël étaient des prophètes.—-Signez ce reçu et donnez-le au maçon voisin.—-La barque avança péniblement.—L’âme de Z’homme est immortelle.—Voici Yhôtel-de-vüle et Yhôtel-Dieu.—Le ciel, la terre, l’eau sont l’œuvre de Dieu.—Descendez un étage: vous aurez moins chaud.—-Quel est ce personnage ?—Ciel! que vont-ils devenir?—Quant à vous.ne me forcez pas à parler.—Est-ce assez ?disait la grenouille.—Pas du tout, répondit sa sœur.—Un ami (il a des amis) lui a procuré cette bonne occasion.—L’affiche porte: “Tous les commerçants sont assujettis à cette taxe”; donc il n’y aura pas d’exception.places et de bonnes notes qui leur témoignent que je profite des sacrifices qu’ils font pour moi, que M.le Curé fût content de moi au catéchisme, et surtout que le bon Dieu fût toujours content de moi.Je voudrais que chaque dimanche mon père et ma mère puissent venir à la messe et aux vêpres et que nous passions le reste du jour en famille, à la promenade en été, l’hiver dans la maison chaude.Si tout cela ne se peut pas, je voudrais au moins voir ma mère mieux portante et mon père moins soucieux.et qu’au moins, si ce n’est tous, il y ait quelques jours qui se passent, comme je les entrevois, dans une année heureuse.complémentaire Questions grammaticales.—Nommez les signes orthographiques et définissez-les.Les signes orthographiques sont d’abord les accents aigu, grave et circonflexe, auxquels il faut ajouter le tréma, la cédille, l’apostrophe, le trait d’union, et enfin les signes syntaxiques ou signes de ponctuation comme la virgule, le point virgule, les deux points, le point, le point d’interrogation, le point d’exclamation, les points de suspension, le tiret, les parenthèses, les guillemets et enfin l’alinéa.—A quoi servent les signes orthographiques.Les uns comme les accents, servent à fixer la prononciation de certaines lettres ou à empêcher la confusion de certains mots; tous servent à compléter l’orthographe.Il y a d’autres signes que les accents qui comme les signes syntaxiques servent à distinguer les phrases et les différents membres dont elles se composent.Ces signes bien employés aident à comprendre facilement et sans efforts, la pensée exprimée par les auteurs qui, sans cela, seraient fort mal compris ou imparfaitement compris, tels sont les parenthèses et les guillemets.Exercice.—-Distinguer les trois sortes d’e dans les trois premières phrases.Eeconnaître chacun des accents dans ces mêmes phrases.Reconna tre les divers autres signes dans les phrases suivantes.II LA MORT D’UN AMI Heureux celui qui possède un ami! J’en avais un: la mort me l’a ôté; elle 323 L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE l’a saisi au commencement de sa carrière, au moment où son amitié était devenue un besoin pressant pour mon cœur.Nous nous soutenions mutuellement dans les travaux pénibles de la guerre, nous buvions dans la même coupe; nous couchions sous la même toile, et, dans les circonstances malheureuses où nous sommes, l’endroit où nous vivions ensemble était pour nous une nouvelle patrie.Je l’ai vu en butte à tous les périls de la guerre, et d’une guerre désastreuse.La mort semblait épargner l’un pour l’autre; elle épuisa mille fois ses traits autour de lui sans l’atteindre; mais c’était pour me rendre sa perte plus sensible.Le tumulte des armes, l’enthousiasme qui s’empare de l’âme à l’aspect du danger, auraient peut-être empêché ses cris d’aller jusqu’à mon cœur.Sa mort eût été utile à son pays et funeste aux ennemis: je l’aurais moins regretté.Mais le perdre au milieu des délices d’un quartier d’hiver, le voir expirer dans mes bras au moment où il paraissait regorger de santé, au moment où notre liaison se resserrait encore dans le repos et la tranquillité! Ah! je ne m’en consolerai jamais! Cependant sa mémoire ne vit plus que dans mon cœur; elle n’existe plus que parmi ceux qui l’environnaient et qui l’ont remplacé.Cette idée me rend plus pénible l’idée de sa perte.La nature, indifférente de même au sort des individus, remet sa robe brillante du printemps, et se pare de toute sa beauté auprès du cimetière où il repose.Xavier de Maistre.{Xavier de Maistre, écrivain français, frère de l’illustre Joseph de Maistre, 1763-1852).III l’obéissance Il y a plusieurs espèces d’obéissance : il y a l’obéissance passive, forcée, de l’homme qui se dit: “Si je ne fais pas cela, je serai puni; il faut faire tant bien que mal mon devoir.” Cela, c’est l’obéissance de l’esclave; c’est une chose triste et odieuse.Il y a une autre obéissance que ]’appellerai l’obéissance de l’honneur; c’est celle du soldat qui se dit: “J’appartiens à un corps qui n’a de force que par l’unité.Il faut obéir aveuglément au chef qui commande, car si chacun de nous se mettait à désobéir, il n’y aurait plus d’armée, plus de défense de la patrie.Cette obéissance, c’est peut-être à la mort qu’elle mène, mais l’honneur commande; il n’y a qu’à marcher.” Rien de plus grand, rien de plus beau, que cette obéissance raisonnée et patriotique.Mais, dans la vie ordinaire, il est une autre espèce d’obéissance qui n’est pas moins délicate, quoiqu’elle expose à de moindres sacrifices: c’est ce que j’appelle l’obéissance d’amour.Un noble dévouement se plaît à servir ceux qu’on aime; c’est volontairement, c’est librement, qu’on met son orgueil et sa gloire à respecter son père, à courir au-devant des désirs de sa mère, à se faire le chevalier de sa sœur.Ce que nous admirons là, ce n’est pas cette chétive obéissance qui ne fait rien qu’en rechignant et en discutant.Non! c’est l’amour filial ou fraternel dans toute sa noblesse, dans toute son aimable générosité.Édouard Laboulaye, écrivain français, 1811-1883.Explications.—Passive, qui souffre, qui subit quelque chose: ici; qui exécute sans examen parce qu’il ne peut faire autrement.—Que j’appellerai, règle des verbes en eler; exemple d'emploi du futur pour le présent: que j’appellerai, pour que j’appelle, que je vais appeler.—Mène, infinitif : mener; lorsque l’avant-dernière syllabe renferme un e muet, cet e se change en e ouvert quand la dernière syllabe est muette, parce qu’alors c’est l’avant-dernière syllabe qu porte l’accent tonique—Délicate, exquise, touchante, scrupuleuse.—Moindres, plus petits, comparatif.—Chétive, petite, de peu de valeur.— Rechignant, avec mauvaise humeur.Est-ce que ces trois sortes d’obéissancè n’existent pas dans nos rapports avec Dieu ?Grammaire.— Relever tous les adverbes de la dictée et dire quels mots ils modifient.Grouper, par espèce, tous les adverbes et locutions adverbiales de la dictée, et, s’il y a lieu, en indiquer la formation. L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE 329 Employez les adverbes suivants pour modifier un verbe ou un participe: Ardemment — puissamment — plus — ne pas — beaucoup — assez — trop — dessus —¦ dessous — tout de suite —• tout à l’heure — hier — demain — encore — un peu — aussi —• non plus —¦ tout de suite —• là-haut — jamais.Employez ces adverbes pour modifier un adjectif ou un adverbe: Très —• si — tout —* excessivement — aussi — tellement — fort — presque — moins — étonnamment — probablement — bien —• peu — mal — bien — grandement — horriblement — nullement —• spirituellement — passablement.Analyse logique:— Tout vit, tout passe, tout verdoie, Tout se renouvelle en tout lieu.Pour remettre la terre en joie, Il suffit d’un souffle de Dieu.(E.Manuel).1° Tout vit, 2° tout passe, 3° tout verdoie, 4° tout se renouvelle en tout lieu, juxtaposées directes, sans difficulté.5° Pour remettre la terre en joie.Il suffit d’un souffle de Dieu, juxtaposée inverse: un souffle de Dieu (sujet) suffit (verbe et attribut pour remettre la terre en joie (comp.indirect).RÉCITATION LE PAIN BÉNIT Puis-je oublier l’antique usage, Qui fait voir, sous un jour plus beau, Ces campagnes, où le hameau Faisait circuler le chanteau Des pains bénits à triple étage?C’était, alors, un grand honneur Pour les donateurs bénévoles, Un souvenir des paraboles, De rendre et rompre les nouroles Cuites au four du moissonneur.Je goûte encore vos offrandes; Froments dans la huche pétris, Miches d’or qu’embaumait l’anis, Et que le sucre du pays Glaçait et rendait si friandes.Pourquoi ne puis-je t’oublier, O fleur de poésie exquise, Cène intime qui symbolise La vie ancienne de l’Église Dans son paradis familier?Beaux dimanches, par quel mirage, Aimé-je encore, en vieillissant, Revoir avec des yeux d’enfant, A travers l’azur de l’éncens, Vos pains bénits à triple étage ?Nerée Beauchemin, poète canadien-français, décédé.LA VERTU DE PROPRETÉ Sommaire Pourquoi la propreté est-elle appelée une demi-vertu?Raisons que nous avons d’être propres de corps et de vêtements.Résultats des bonnes habitudes de propreté.La propreté, dit-on, est une demi-vertu dont l’influence bienfaisante s’exerce à la fois sur le corps et sur l’âme.Les Anciens, concevant un idéal humain, demandaient: “Une âme saine dans un corps sain.” Pensons-nous comme eux ?Oui, certes, car nous comprenons mieux qu’eux les raisons que nous avons d’être propres.Quelles sont donc ces raisons ?D’abord, la propreté du corps est la base de l’hygiène, et elle est un puissant auxiliaire de la santé.Grâce aux ablutions régulières et aux bains fréquents, nous débarrassons nos membres des poussières apportées par le travail, or ces poussières graisseuses, en s’accumulant, forment une sorte de vernis qui bouche les pores et nous empêche de respirer, car il y a une respiration cutanée qui se fait par toute la surface du corps et qui est très importante pour la santé.Les muscles acquièrent de la souplesse, et le corps devient plus dispos et plus actif quand il est soigné d’une manière régulière.Si nous voulons remplir tous nos devoirs d’état, il faut que nous soyons en bonne santé; c’est donc une obligation pour nous de conserver cette santé, et la propreté est la première règle à observer.Que dire de la propreté des vêtements ?Mais elle est toute naturelle. 330 L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE Quelle est la personne un peu délicate qui se résoudrait à mettre des objets sales quand son corps est propre.De plus, dans les vêtements, il n’y a pas seulement une question personnelle.Nous vivons en société, nous devons donc observer certaines règles pour ne pas blesser ceux que nous approchons.Propreté n’est pas coquetterie; il faut apporter beaucoup de soins à sa toilette pour qu’elle soit toujours propre; la propreté est la richesse du pauvre, dit-on quelquefois, cela est bien vrai; les habits élégants tachés et troués sont moins agréables aux yeux que l’habit vulgaire irréprochable.Conclusion, il faut être propre sur soi, autour de soi, dans soi, si on peut dire.Pour cela, il faut acquérir la bonne habitude de la propreté, car cette habitude a des conséquences que nous ne soupçonnons pas à première vue.Sans propreté, pas de santé ni physique ni morale, car il existe un lien étroit entre l’âme et le corps, la propreté de l’un est ordinairement l’indice de la pureté de l’autre.MATHÉMATIQUES ARITHMÉTIQUE, MESURAGE, ALGEBRE Arithmétique COURS INFÉRIEUR lère ANNÉE 30 + 1 ?3 dizaines+ 1 40- 1 30+4 ?3 C ( + 3 40-2 30 + 7 ?4 C ( +4 40-5 40 + 1 ?4 U +7 50-1 40 + 6 ?4 U +9 50-3 et 3 1.Combien font: ?_ ?2.Comptez, de 2 en 2, de 30 à 50.Comptez, de 5 en 5, de 30 à 50 et revenez de 50 à 30.Comptez, de 4 en 4, de 30 à 50 et revenez de 50 à 30.3.31 bananes + 3 bananes= ?50 sous -2 sous = 33 cerises +4 cerises = ?49 livres - 3 livres = 35 pommes+ 5 pommes = ?36 pupitres - 4 pupitres = 44 roses +4 roses = ?35 élèves - 5 élèves = 46 tulipes +4 tulipes = ?37 plumes - 6 plumes = 4.Lucie a reçu de sa mère 38 images.Elle en donne 5 à son petit frère à son amie, Gisèle.Combien lui en reste-t-il ? L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE 331 2e ANNÉE 1.Ecrivez en chiffres les nombres de 700 à 730 et de 770 à 800.2.Combien font: 600+30+5 ?500+50+6 ?500+80+7 ?700+60+8 ?700 + 10+5 ?3.Additions et soustractions: 128 175 + 245 +425 + 35 +153 4 centaines+3 dizaines+4 ?5 3 7 7 724 -117 +4 +0 +8 + 9 +9 ?+7 ?+8 ?+ 0 ?825 - 48 705 -127 4.Une fermière ramasse en moyenne 18 œufs par jour.Combien d’œufs ramassera-t-elle en 7 jours ?5.Combien pèseront 8 minots de patates, si un minot pèse 60 livres ?COURS MOYEN 3e ANNÉE 1.Un cultivateur porte à la ville 1920 livres de choux de Siam et 2414 livres d’avoine.Il vend les choux de Siam 48 sous le minot de 60 livres et l’avoine 37 sous le minot de 34 livres.Quelle est sa recette ?Solution : Nombre de minots de choux de Siam: 1920-^60 = 32.Nombre de minots d’avoine: 2414-^34 = 71.Valeur des choux de Siam: $0.48X32 = $15.36 Valeur de l’avoine: $0.37X71 = $26.27 $41.63.Eép.2.Si 78 livres de lait donnent 3 livres de beurre, combien rapporteront, pendant le mois de janvier, 15 vaches qui produisent en moyenne 36 livres de lait par jour, en supposant que le beurre se vend 28 sous la livre ?Solution : Pour 1 livre de beurre il faut: 78-^3 = 26 Ibs.de lait.Quantité de lait produite par jour: 36X15 = 540 Ibs.Quantité de lait produite par mois: 540 lb.X31 = 16740 1b.Quantité de beurre: 16740h-26 = 643-^-Ibs.Valeur: 643^X$0.28 = $180.28.Eép.4e ANNÉE !• Un fermier a trois chevaux de différentes pesanteurs.Au premier, il donne 2^- gallons d’avoine par jour; au deuxième, 2-|- gallons et au troisième 332 L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE l-J gallon.Combien de jours pourra-t-il nourrir de la sorte ses trois chevaux, si sa provision d’avoine s’élève à 256 minots ?Solution : Consommation quotidienne: 2^-+2-|-j-l-g- ou 2y^-f-2-|^-+ lyg-— üy-gin.256-^6-f-|- ou ou 39 jours près.Rêp.2.Jean Leclerc vend à la ville 28^- de beurre à 24 sous la livre, 16-jtj douzaines d’œufs à 36 sous la douzaine, 60% livres de veau à 7% sous la livre.Combien d’argent rapportera-t-il, s’il achète 18% de riz à 5% sous la livre ?Solution : 28-j^-lbs.beurre à $0.24=.$ 6.80 16^doz.d’œufs à $0.36=.5.97 60% Ibs.veau à $0.07%=.4.56 Produit de la vente.$17.33 Moins 18% riz à $0.05% =.0.96 $16.37.Rêp.COURS SUPÉRIEUR 5e ANNÉE 1.Exprimez de deux autres manières chacune des fractions suivantes: -37%, -f-, .16-§\ Solution: % = 0.25 ou 25%; £.= .125 ou 12%%; .37% = 37%% ou |; f = 1.25 ou 125%; .16f=16|% ou £.2.Si un homme fait 3 milles 96 perches en une heure, quelle distance parcourra-t-il en 3 heures 16 minutes?Solution: 3 h.16 m.=3-££ ou 3^- heures.3 m.96 per.=3-^q ou 3j^- milles.3A-X31^ = ^_X 4|_ = W=10itm- RéV- 10 Ip 5 3.Si -§¦ d’une verge d’étoffe coûtent pour $3-§-?Solution : Pour $% on a -§• Pour $3f- on aura ?On peut dire aussi bien: $%, combien de verges recevra-t-on i donne f x-g-9 -TT donnent 2X^ = 3 verges.Rép.3 Pour -g- on a f-Pour on a ?6e ANNÉE 1.La Coopérative Fédérée m’a remis $60.79 sur une vente de dindes qu’elle a faite pour moi.Quel a été le montant de la vente, si l’on m’a retenu 1%% de commission et $2.25 de transport? L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE 333 Solution : $60.79 égale la vente - com.- $2.25.$60.79+$2.25 = $63.04 vente - com.Puisqu’on a retenu 13^2%, il restait ensuite 98p2%.983^% = $63.04 100% = ?Mi04Xl00.= $64 Rév 2.Une maison d’école évaluée à $2500 est assurée pour les -g- de sa valeur.Quel est le taux de l’assurance, si la prime annuelle s’élève à $16 ?Solution : f de $2500 = $2 ^x4- = $2000.Sur $2000 on paye $16 Sur $100 on paye ?$16 xlW ou 4 ou 80 sous.Rép.80 sous pour cent.SECTIONS AGRICOLE, COMMERCIALE ET MÉNAGÈRE 7® ANNÉE Arithmétique 1.Un commerçant achète 1200 têtes de bétail à $45.par tête.Après les avoir gardées pendant 5 semaines au coût de 35 sous par tête pour chaque semaine, il revend 35% du troupeau à 20% de profit, 16f-% à ll-g-% de profit, et le reste à 40% de profit sur le prix d’achat.Trouvez son bénéfice total.Solution : Coût: $45X1200 = $54000.Bénéfice sur lere vente : 54000x35x20 = $ 3780 100X100 $54oooxl0%xlli/9= mnn Bénéfice sur 2e vente : 100x100 6 9 Bénéfice sur 3e vente : i-5_4p o Mx4.p % _ 10440 Total.$15220 Moins dépensesd’entret.: 1200X0.35X5= 2100 $13120.Rép.2.Un marchand marque un article 25% au-dessus du prix coûtant, mais ensuite il est obligé d’accorder 20% de rabais.Quel est son profit ?Solution : Soit $100 le prix coûtant.Alors $125 le prix marqué.Et ftl25x?0 ou $25, l’escompte.100 5 $125 - $25 = $100, le prix de vente.Bénéfice: $100 - $100 = 0.Rép. 334 L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE 8e ANNÉE 1.J’achète, au cours de 98.5, 12 obligations de la cité de Trois-Rivières portant intérêt à 5%.Je paye en plus les intérêts courus du 1er novembre au 11 décembre et le courtage ordinaire.Quel montant devrai-je verser?Solution : Valeur d’après la cote: $98.50X10X12.= $11,820.00 Intérêts accrus: $1 2 °-3-6 55 —X4-0-.= 65.76 Courtage : -l-2 °- ^f0oX00—.= 36.00 Total à verser.$11,921.76 2.Combien recevrai-je de la vente de 18 actions de la Shawinigan au cours de 7534 ?Valeur au pair $100.Taxe et courtage ordinaire.Solution: Valeur en cours: $75.25 X18.= $1,354.50 A déduire: taxe (5 sous par $100 de valeur au pair) :.0.90 Courtage (30 sous par action) : 30 X18.5.40 - 6.30 Réponse: $1,348.20 SECTION INDUSTRIELLE 7® .ANNÉE Mesurage 1.Quelle sera la dépense pour faire graveler une allée circulaire dont la circonférence intérieure mesure 88 pieds et la circonférence extérieure 132 pieds, à raison de $0.24 la verge carrée ?4 J^x7_ —28 Solution: Diam.int.= 91-H3y ou 12 Diam.ext.= 132^-34-ou 132x7 —42 22 2 Superf.de la couronne: (212 - 142) 3y = 770 pi.car.8 Dépense: 770x0-^ = $20.54.Rép.3 2.Dans un cercle de 52 pouces de diamètre, quelle est la mesure d’un angle dont l’arc égale 20 pouces ?Solution : Circonf.=52 X3.1416 = 163.36 163.36 = 360° 20 = ?-W^ttH4404'28''- RéV- L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE 335 Algèbre 1.Jeannot possède un certain nombre de poules et de lapins, en tout 36 têtes et 102 pattes.Combien d’animaux de chaque espèce ?Solution : Soit x le nombre de poules.Alors 36 - x le nombre de lapins.On a comme équation: 2x + 4 (36 - x) — 102.2x + 144 -4x = 102.2x - 4x= 102 - 144.- 2x = - 42 x = “Ap — 21.Poules.36 - x = 36 - 21 = 15.Lapins.2.Un cultivateur vend les J- de ses moutons et en abat trois pour la consommation de sa famille.Son troupeau s’augmente ensuite de 12 unités, mais il en perd yj par maladie, ce qui en réduit le nombre à 30.Combien en avait-il d’abord ?Solution : Soit x le nombre primitif.Alors -Ie le nombre vendu et ce qui reste.On a: (-f5 - 3 + 12) -yy = 30.3 02: 9 0 _on 55 11—ÔU- 30x-450 = 1650.30x = 1650-450 = 1200.z=!-f-g0-:=40.Rêy.8® ANNÉE Mesurage 1.Pour établir un aqueduc on creuse sur une longueur de 13A mille une tranchée dont la largeur au sommet est de 3 pieds, la largeur à la base de 18 pouces, et la profondeur de 5 pieds.Quelle sera la dépense du creusage à raison de 35 sous la verge cube ?Solution : Surface de la section transversale en verges: l4^-X5=1£-Volume: 1760XIM =8250 ver.cubes.Dépense: $0.35X8250 = $2887.50.Rêy.2.Sur le sommet d’un édifice, on construit un réservoir hexagonal de 4 pieds de côté et de 12 pieds de hauteur.Quelle est sa capacité en gallons ?Solution : Surface de la base: 42X0.433X6 =41.568 pi.carrés.Capacité en pieds cubes: 41.568X12=498.816 pi.cubes.Capacité en gallons: 498.816X634 = 3117.6.Rêy. 336 L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE Algèbre 1.Résoudre V2x+5 = 9.Solution : V 2x = 9 - 5 = 4 2æ = 16 x = 8.Rép.2.Résoudre: V (^ + 5) = Va: + 1.Solution : Carrant membre à membre: x-\-5 = x-\-2 x + l-Transposant: a; + 5 - z - 1 = 2 Vz.Réduisant : 4 = 2 V a: 2= VaT x = 4.Rép.3.Un train filant à une vitesse de 371^ milles à l’heure dépasse un voyageur marchant dans la même direction en 6 secondes.Il rencontre un autre voyageur marchant à la même vitesse en sens contraire et le dépasse en 4 secondes.Quelle est la longueur du train ?Solution : Soit x la longueur du train et y la vitesse du voyageur.On a : 3 fy—= seoo d’heure ou qwô ÏRk+y = 3Wô d’heure ou 9^0 Chassons les dénominateurs: 1) 600x=^-y 2) 900x=l£+y 2)- Additionnons: 1500x = 75 x = t5~'o'O'= tto de mille = 1760 Xx§-ô = 88 verges.Rép.LE CABINET DE L’INSTITUTEUR SOYONS FIERS DE L’ÉGLISE Qui a aboli l’institution honteuse de l’esclavage, en moralisant, jusqu’à les rendre dignes de la liberté, des millions d’hommes considérés jusque-là comme des êtres inférieurs ?L’Église, qui eut un jour pour Pape Calixte, un esclave.Qui a rendu à la famille son véritable caractère ?Qui a entouré la femme du respect dû à son rôle d’épouse et de mère ?L’Église, dont le culte fait une si large part à une femme: la Sainte Vierge.Qui a remis en honneur le travail manuel abandonné par les anciens comme trop vil et, tout au plus, bon pour les esclaves ?L’Église, dont le Fondateur a voulu être ouvrier.Qui a assimilé les hordes barbares, sauvé ce qu’il y avait de meilleur dans la civilisation antique et préparé le monde moderne ?L’Église, dont les Évêques méritèrent le titre de défenseurs des cités. L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE 337 Qui a protégé le peuple contre la cruauté des seigneurs et mis une limite aux prétentions de la féodalité ?L’Église, en instituant la Trêve de Dieu et la Chevalerie.Qui a multiplié dans le monde les institutions charitables: orphelinats, hospices, léproseries?L’Église, qui considère les malheureux comme les membres souffrants du Christ.Qui s’est soucié, la première, de l’instruction du peuple en fondant des écoles primaires?Qui a préparé l’épanouissement scientifique des temps modernes ?Encore l’Église.Qui a fixé avec le plus de justice et de netteté les droits et les devoirs respectifs des ouvriers et des patrons ?L’Église, en particulier par la voix des Papes Léon XIII et Pie XI.Et de nos jours, qui prêche avec le plus d’autorité aux peuples la fraternité et la paix ?Qui réalise le mieux l’union des hommes au-dessus des races et des nations ?Toujours l’Église.Soyons fiers de l’Eglise.Elle a bien servi l’humanité.Elle continue magnifiquement son œuvre.* * * QUESTIONS DE FRANÇAIS En.—Particule des plus importantes, des plus fréquemment employées, et qui a les sens les plus divers.Elle est tantôt pronom, tantôt préposition, tantôt adverbe.Pronom, en est mis pour de lui, d'elle, d’eux, d’elles, de cela.Il est alors complément, ou d’un verbe: il en mourut, ou d’un adjectif : j’en suis heureux, ou d’un nom : j’en connais les remèdes, ou d’un partitif : j’en ai beaucoup.Préposition, en signifie dans: en France, en ville, en teire; il accompagne le particule présent: en marchant.En est encore adverbe de lieu et signifie de là (latin indè) : j’en viens.Il serait infini de marquer les innombrables emplois de en : la langue en est tissée.On en rencontre parfois deux de suite: en en parlant, en en prenant, en lui en donnant.Il entre dans une quantité de gallicismes et de locutions particulières: s’en aller, s’en prendre à, c’en est trop, c’en est fait, il s’en faut, etc.Un cas est assez embarrassant, à première vue du moins, c’est lorsque en précède un participe passé, dans des phrases comme celle-ci: ces fruits sont savoureux, j’en ai mangé.Ragon veut que le participe soit alors invariable, parce que, dit-il, en est du genre neutre et signifie de cela.Je me permets d’expliquer la chose autrement.Ragon fait ici de en un complément direct; il le dit formellement.Or, à mon sens, le complément direct de mangé, ce n’est pas en, mais une partie indéterminée de en, lequel représente le tout des fruits en question.En réalité, le complément direct est sous-entendu.Voyons, plutôt: j’en ai mangé; j’ai mangé quoi ?quelques-uns de ces fruits représentés par en.Le complément direct quelques-uns serait placé après le verbe s’il était exprimé, et c’est la raison pour laquelle le participe reste invariable, selon la règle générale.En n’est pas un complément direct, mais un déterminatif de ce complément direct sous-entendu.On rencontre toutefois des exemples d’accord, comme: j’en ai mangés, on en a trouvés qui disaient: mais comment peut-on les justifier?Refrancisation.—L’attention publique est décidément éveillée sur la nécessité de nous refranciser.C’est donc que l’on commence à s’apercevoir que nous nous sommes trop défrancisés.Oui, refrancisons: les routes, les rues, les vitrines, les affiches, les enseignes, les “raisons” commerciales, les écritures, les conversations, les salons.Refrancisons Je paysage, et tout le “visage”.Les étrangers qui sillonnent, durant la belle saison, la Province de Québec, ne devraient lire que du français.Tant pis s’ils ne comprennent pas ! Us comprendront, du moins, qu’ils ne sont 338 L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE pas en pays anglais.Tourisme, dira-t-on.Le touriste intelligent, le voyageur artiste veut voir du neuf, et surtout du vrai.—¦ Il en est d’autres.— Mais allons-nous nous maquiller pour des corps sans âme qui roulent pour rouler?Ceux-là viendront quand même: l’originalité, la beauté leur est bien indifférente, et la banalité aussi.Parlons français, un français pur et correct, ce qui n’exclut pas certaines expressions populaires de bon aloi, certains vocables bien venus, nés du terroir canadien.En fait de mots anglais, n’admettons que ceux qui sont naturalisés, tels que reporter, interview, tramway, sport, et autres semblables.Mais poursuivons impitoyablement le tour de -phrase anglais, tel que payer une visite, prendre une marche, aller voir quelqu’un en rapport avec telle affaire, avoir été blessé quand l’auto a capoté, faire un discours qui en est un de cérémonie, etc.C’est là l’anglicisme corrupteur, plus néfaste que l’admission complaisante de termes isolés.Dans les cercles de parler français, le travail efficace est le travail en commun, grammaire et dictionnaire à portée de la main.Chacun a pris ses notes de lecture, les soumet à la réunion, et la discussion fait la lumière sur les cas douteux.L’intérêt est vif, et il est remarquable que tous s’intéressent aux questions de langage.Avec l’amour du bon français, le goût se prend de l’étude et de la bonne lecture.Et cela n’est pas d’un mince profit.N.De gagné, pire.BIBLIOGRAPHIE Le Christ, notre Roi, par l’abbé Georges Thuot, principal de l’École normale de Saint-Jérôme.—Montréal 1935.En vente chez l’auteur, à Saint-Jérôme: prix $1.00.Volume de 310 pages divisées en 16 chapitres de lecture agréable.M.l’abbé Thuot établit sa belle et noble thèse de la Royauté de Jésus-Christ à l’aide de l’Histoire, de la Sainte-Ecriture, de la Tradition ecclésiastique, de la Liturgie.L’Art, aussi, est appelé en témoignage.Un large souffle anime donc les pages de l’ouvrage, qui se termine par un magnifique chapitre sur Nos devoirs envers le Christ-Roi.C.-J.Magnan.Les Jésuites et l’humanisme chrétien, par Mgr Camille Roy.—hes humanités classiques sont toujours à l’ordre du jour.On disserte sur leur valeur et leur influence, on étudie leur rôle dans la formation de l’élite contemporaine.Les éducateurs chrétiens, et en particulier les Jésuites, ont su s’en servir, mais après les avoir pour ainsi dire christianisées.Ils ont voulu associer à ces fortes disciplines les lumières de la foi, afin qu’elles contribuassent à former tout l’homme, l’homme complet.Cette thèse, l’éminent recteur de l’Université Laval, Mgr Camille Roy, l’a magistralement développée dans le discours qu’il a prononcé à l’inauguration du nouveau collège des Jésuites de Québec.Il a montré l’œuvre accomplie par la Compagnie de Jésus dans l’éducation en Europe d’abord, puis au Canada.C’est un bel hommage rendu aux pionniers de l’éducation dans ce pays, puis à ceux qui ont marché vaillamment sur leurs traces, en particulier les prêtres du Séminaire de Québec.L’Œuvre des Tracts vient de publier ce discours en une élégante plaquette, ornée d’une belle gravure du nouveau collège de Québec.Elle se vend 10 sous l’exemplaire à L’Action Paroissiale, 4260, rue de Bordeaux, Montréal.Bolchevisme et catholicisme.—Éditions de l’École Sociale Populaire, 28 pages, grand in-8, 5 sous Vexemplaire.—Cette plaquette abondamment illustrée contient cinq études: “Le bolchevisme”, par i’abbé Aimé Boileau; “Les fruits du blochevisme”, par le R.P.Lorenzo Gauthier, C.S.V.; “Les ouvriers en Russie”, par le R.P.de Léry, S.J.; “L’Église et les travailleurs”, puis “L’œuvre des Congrégations religieuses”, par le R.P.Archambault, S.J. L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE 339 Un premier tirage de 10,000 exemplaires a été vite épuisé.Pour répondre à de nombreuses sollicitations, les éditeurs, ont publié une nouvelle édition de 10,000.Elle devrait s’écouler rapidement, car peu de publications offrent en si peu de pages autant de substance.On y voit en un saisissant contraste les idées et les œuvres du bolchevisme, d’une part, et, de l’autre, les idées et les œuvres du catholicisme.De nombreuses gravures illustrent le texte.Cette plaquette, ornée d’une belle couverture en couleurs, est à la portée de toutes les bourses: 5 sous l’exemplaire, 40 sous la douzaine, $3.00 le cent, $20.00 le mille, à L’Action Paroissiale, 4260, rue de Bordeaux, Montréal.RELIGION ET BIGOTERIE Il ne faut pas être bigot.La Religion est une vertu, la bigoterie est une caricature de la Religion.Le dictionnaire de Littré définit la bigoterie: une religion étroite et superstitieuse.C’est un vrai défaut.L’étroitesse et la superstition sont condamnées par la raison, et plus d’une fois, dans l’Évangile, Jésus-Christ leur jette l’anathème.On ne peut pas, on ne doit pas approuver quelqu’un qui comprend mal la religion ou qui la pratique mal, qui la discrédite en la dénaturant.Je m’explique.Voici une personne qui a des manières, des habitudes mesquines, des dévotions secondaires auxquelles elle tient plus qu’à ses devoirs essentiels.Elle est couverte de médailles et de scapulaires; mais elle a une langue infernale et ne paie pas ses dettes, c’est une bigote.Ce n’est pas une chrétienne.Elle adore un Dieu qui lui prêche la pauvreté.et elle dédaigne les petits, les humbles, — un Dieu qui prêche la charité.et elle a un caractère détestable, violent, colère, dur, — un Dieu qui lui prêche la pureté et le détachement.et elle ne vit que pour l’argent et pour la jouissance .C’est une bigote, ce n’est pas une chrétienne.La bigoterie n’est pas une religion; elle en est la contrefaçon et la caricature.La bigoterie n’est qu’une grimace superficielle et stérile, elle consiste surtout en de vaines pratiques qui n’aboutissent à rien.La religion est une vertu, la bigoterie, un défaut.Mgr Gibier.RECETTE POUR VIVRE LONGTEMPS Le lait caillé Recette pour vivre longtemps; prendre tous les matins un grand bol de lait caillé sucré.On s’assure de la sorte de parfaites digestions et l’on évite les multiples manifestations de l’auto-intoxication intestinale.Les savants, qui sont gens curieux par tempérament, étudiant les conditions de la longévité humaine, ont abouti à cette constatation que le plus grand nombre de centenaires se rencontrait parmi les peuplades les plus frugales, parmi celles principalement qui étaient lacto-végétariennes.Poussant plus loin leurs investigations et recherchant les causes des effets qu’ils observaient, ils furent amenés à reconnaître que la longévité était fonction de l’intégrité de la digestion intestinale et que cette intégrité était elle-même fonction de la nature, de la composition des ahments, du mode de régime ahmentaire.C’est surtout aux travaux du Dr Metchnikoff que nous sommes redevables de la connaissance de ces intéressantes et précieuses constatations.La plupart de nos maux viennent de l’intestin (auto-intoxication), car c’est uniquement dans l’intestin, on le sait depuis Claude Bernard, que l’absorption se fait.(La Ménagère Française.) Dr Guiot. 340 L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE QUATRIÈME CENTENAIRE DE L’ORDRE DES URSULINES Les 23,24 et 25 de novembre dernier, les Ursulines de Québec (et du monde entier) ont célébré par un Triduum le quatrième centenaire de l’Ordre de Sainte-Ursule.C’est le 25 novembre 1535 que sainte Angèle Mérici fonda la congrégation des Ursulines, établie d’abord à Québec, en 1639, puis aux Trois-Rivières, en 1697.Le troisième jour du Triduum, une messe pontificale fut chantée par Mgr l’Auxiliaire de Québec.Dans l’après-midi, Dom Jamet, Bénédictin, prononça le panégi-rique de sainte Angèle; cette conférence fut suivie de la Bénédiction du Très Saint Sacrement.Son Excellence le Lieutenant-Gouverneur et Madame Patenaude assistaient à cette cérémonie.LE PENSIONNAT D’HOCHELAGA A CÉLÉBRÉ SON 75e ANNIVERSAIRE DE FONDATION Le 21 novembre dernier, il y avait grande fête au Pensionnat d’Hochelaga, Montréal, dirigé par les Sœurs des Saints Noms de Jésus et de Marie.Ce pensionnat renommé fut ouvert aux élèves en 1860.A l’occasion de ce jubilé, le consul de France, M.Bougearel, a fait remise à la Communauté des Sœurs des SS.NN.de Jésus et de Marie d’une médaille accordée par l’Académie française à cette congrégation enseignante, qui a tant fait en notre Province pour la langue française.Plusieurs personnages religieux et civils assistaient à cette cérémonie.A PROPOS D’ANALYSE M.l’abbé J.-A.Durocher, curé, Ile-Perrot, nous communique des éclaircissements sur la nature de la 'proposition absolue.Les voici: “Suite à la page 14, couverture grise, sur l’absolu.“Conclusion.—Est-il nécessaire d’ajouter que Dieu Seul est d’un absolu Suprême ?Oui, peut-être, pour quelques-uns.Alors on comprendra que nos jugements—-vrais ou faux—sont d’un absolu relatif.Le mot “absolu” appliqué à une seule proposition n’est pas de mon invention.Voici ce qu’en dit le Dictionnaire Larousse: “En terme de grammaire, la proposition absolue est celle qui par elle-même énonce un sens complet”.Ai-je besoin d’ajouter que toute phrase, à propositions multiples, est aussi absolue, si dans son ensemble elle renferme un sens complet ?” QUATRIÈME CENTENAIRE DE LA FONDATION DE L’ORDRE DES URSULINES, PAR SAINTE ANGELE MERICI, 1535-1935 A l’école normale des Trois-Rivières, des fêtes d’une remarquable solennité ont été célébrées, les 23,24 et 25 novembre courant, en mémoire de la fondation de l’Ordre des Ursulines par sainte Angèle Mérici, qui fit ses premiers vœux, avec vingt-sept compagnes, à Brescia (Iralie) le 2 novembre 1535.La directrice-fondatrice de l’école normale, Mère Marie des Anges, fêtait ce jour-là ses noces de diamant, et deux autres religieuses du monastère, Mère Ste-Hélène, zélatrice, et sœur S.François d’Assise, célébraient leurs noces d’or de profession religieuse. L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE 341 Chacun de ces trois jours, il y eut, le matin, grand’messe solennelle et, le soir, sermon et bénédiction du T.S.Sacrement.S.E.Mgr l’évêque des Trois-Rivières clôtura brillamment le triduum par une messe pontificale le matin du troisième jour et un remarquable sermon sur l’éducation religieuse.A Roi erval, Rimouski, Cas; é, Grand’Mère, Shawinigan et Stanstead, le quatrième centenaire de la fondation de l’Ordre des Ursulines fut aussi célél ré solennellement.LE TERROIR Un numéro spécimen de cette revue mensuelle illustrée, organe de la Société des Arts, Sciences et Lettres de Québec, sera adressé gratuitement à tout instituteur ou institutrice, religieux ou laïque, qui en fera la demande à Le Terroir, Limitée, No 76, rue Saint-Joseph, Québec.CE QU’ON DOIT AU CATHOLICISME Au Canada, l’élément catholique ne fait qu’un avec l’élément de race et de langue française.Une mission française, qui a visité le Canada tout récemment, a pu se rendre compte du touchant attachement de ce peuplement canadien-français à sa tradition ancestrale, à sa patrie d’origine.Sa fidélité à la religion, à l’idiome et au sang français.Prenons deux hypothèses, dont la première est, Dieu merci, tout à fait invraisemblable, et la seconde peu plausible.Si l’Angleterre était en guerre contre la France, il n’y aurait pas de question française au Canada, tandis que si l’Angleterre était en conflit avec le Saint-Siège, il y aurait au Canada une question catholique.Deux autres observations sont à faire, car elles font ressortir l’influence décisive que le catholicisme a exercé sur la destinée du Canada.C’est au catholicisme qu’est due cette admirable conservation de la langue et de la tradition française; les instruments en ont étél’égüse et l’école confessionnelle.Dans les régions du Canada, où, faute de personnel, égüse et école ont dû être desservies par un clergé catholique de langue anglaise, la langue ni la tradition française ne se sont aussi bien conservées.Le fait est là qui le prouve.Inversement, quand par suite de causes économiques, des Canadiens français ont émigré en nombre dans les États septentrionaux de l’Union Américaine du Nord, le même phénomène de conservation de leur langue et de leurs traditions ataviques s’est continué dans leurs prêtres en même temps maîtres d’école.Donc, au Canada comme dans la partie des États-Unis où des Canadiens français se sont rassemblés en nombre considérable, la persistance de leur parler français et de leur personnalité française a été fonction de leur religon, en tant qu’elle a été l’œuvre de leur clergé.D’autre part, la fidélité dont les Canadiens français demeurés au Canada ont fait preuve envers la rehgion, leur langue maternelle et leurs traditions familiales a largement contribué à préserver le Canada de l’influence politique des États-Unis.Si le Canada n’a pas subi l’attraction d’un voisin qui s’émancipait de la tutelle coloniale et devenait une grande Puissance, la principale cause en est à la présence sur son sol d’un peuplement français, récalcitrant à l’assimilation anglo-saxonne.Bref, si le Canada est resté un Dominion britannique, c’est parce qu’il contenait un fort élément français et catholique.La constatation peut surprendre: elle paraît incontestable.“La Revue des Deux Mondes”. 342 L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE Limoilou Non loin de Saint-Malo, la ville aux fiers remparts, Que l’Atlantique embrume et bat de toutes parts, Sur un vaste plateau désert et monotone Comme l’on en voit tant sur la côte bretonne, Au coin d’un champ planté d’arbres agonisants, Se profile un manoir vieux de quatre cents ans.Le haut mur qui l’enclot se lézarde et se gerce; Son vitrage est en poudre et le vent et l’averse S’engouffrent à travers ses treillages jaunis Où des essaims d’oiseaux nocturnes font leurs nids.Librement l’araignée ourdit ses sombres toiles; Le soir, par le plafond, on compte les étoiles.Or, bien que Limoilou soit près du roc géant Où Chateaubriand dort bercé par l’océan, Bien qu’il ait par son âge une majesté sainte, L’isolement se fait autour de son enceinte.Seul, parfois, un rêveur qu’attire Paramé Avec tous les trésors de son site embaumé, Erre un instant autour de sa muraille grise.Seul, quelque jeune peintre étranger que l’art grise, S’en vient par la jachère aux arômes exquis, Le contempler de près pour en faire un croquis, Surpris qu’il ait été jadis la résidence D’un marin qui donna tout un monde à la France ! Limoilou ! Limoilou ! malgré l’abîme immense Séparant notre sol de la terre de France, Malgré l’éloignement et les vapeurs du flot Qui cachent à mes yeux les tours de Saint-Malo, J’aperçois nettement là-bas ta silhouette, J’entends parfois avec l’oreille du poète La brise moduler sur l’angle de tes murs; J’écoute tout auprès murmurer les blés murs, Gazouiller les linots, chuchoter l’hirondelle Qui vient bâtir son nid au flanc de ta tourelle.Oui, malgré ta vieillesse et ton isolement, Malgré toute l’horreur de ton délabrement, Quand je songe à celui dont tu fus l’ermitage, A celui qui laissa tant de gloire en partage Et dont les fiers exploits n’ont pas coûté de sang, Je te vois entouré d’un nimbe éblouissant ! W.Chapman. L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE 343 LE PRIX DES MINUTES Nous empruntons aux Edelweiss de Savoie” cette page, œuvre de M.le chanoine Marc, curé de Saint-Nicolas, à Troyes: Les humbles minutes qui foisonnent dans nos journées sont comme les étoiles qui peuplent les cieux.Elles paraissent jtoutes petites”.Et ce sont des mondes.Je voudrais vous faire connaître “ces mondes”, vous dévoiler leur beauté intime.Je n’amplifierai rien.Je serai exact, et certainement très au-dessous de la vérité.Laissons de côté “les grandes minutes” de la journée: messe, communion, victoire sur une tentation, acte de dévouement, etc.Prenons les minutes “grises”, celles qui n’offrent aucun attrait, qui paraissent "inutiles”, celles où l’on ne peut rien faire, où l’on se sent abandonné, où l’on est dominé par un échec, une irritation, une tentation pénible, une chute même.celles qui font dire: “Je suis loin de Dieu, je me dégoûte moi-même, je n’arrive à rien, à quoi bon vivre !.” Qui ne connaît ces passes douloureuses qui composent “notre passion de chaque jour” ?Or, ces minutes répugnantes et lourdes sont les “hautes cimes de la journée”, celles que nous devons particulièrement surveiller, celles où Dieu nous attend, où il juge notre attachement.dont il a le plies besoin pour le salut des âmes.Oui, ce sont Vies bonnes minutes”.— D’abord, elles sont plus dures à vivre., donc plus riches de mérites.Elles jettent dans l’immense champ des âmes de plus beaux germes.C’est peut-être avec ces secondes d’agonie que Dieu fait des vocations de prêtres.— Elles nous crucifient, alors.elles attirent davantage sur nous le regard de Jésus.Ce regard se pose plus tendre sur l’enfant parce qu’il souffre.Y avez-vous jamais songé?Plus le devoir est austère, plus le Sauveur nous entoure, nous encourage.C’est normal.Le Christ les a connues, les heures noires., et il a voulu être aidé par les siens, par un ange, par Véronique, par Madeleine, par Jean, par sa Mère.Donc, jamais l’âme n’est plus assistée que quand elle est plus désolée.Les heures d’agonie ont leur douceur cachée.Au fond, elles sont plus attirantes que les autres.— Et puis, “les heures grises” sont voulues du bon Dieu comme les autres.Elles ont donc leur “valeur”, une valeur “divine”.Elles ont un “sens”.Dieu ne les a pas mises sans motif dans la trame de nos jours.Faisons bien attention à elles.Ne les méprisons pas.— Elles ne sont pas inutiles.Dieu ne fait rien d’inutile.Réfléchissons.Que faisait le Sauveur dans son berceau ?.Rien.Oui, extérieurement, il ne faisait rien.Il dormait.Passez-moi l’expression, “il jasait comme un tout petit”.Or, ces minutes ont été divines, rédemptrices, comme les autres, voulues par Dieu son Père, comme les autres.Elles étaient même plus belles.Belles d’une beauté mystérieuse.Elles demandaient un plus grand effort.Elles révélaient un plus grand don à Dieu et aux hommes; ainsi vos secondes sans relief, vos mornes secondes que vous méprisez bien à tort et qu’il va falloir enfin apprécier, car c’est le but de ces lignes. 344 L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE — Les minutes sans gloire valent les autres.Voyez ! Jésus n’a pas toujours fait des miracles et prononcé de sublimes paroles.Il a passé de longs moments sur les routes.Il allait de Nazareth à Cana, de Cana à Samarie.Il montait à Jérusalem.Il allait de village en village.Le chemin était long, fatigant.C’était, il semble, du temps perdu.Mais non.Ce temps passé à peiner, à monter, à glisser sur des cailloux, à suer sous le dur soleil d’Orient, ce temps avait sa valeur tout comme le temps passé à évangéliser les foules.Il faisait partie de ce programme immense de la rédemption du monde, programme tracé par la Sagesse infinie de Dieu.Il servait, comme servent toutes vos petites secondes sans relief et sans attrait.— La valeur d’une seconde sans gloire !.Elle est immense.Est-ce que Jésus qui est en vous par sa grâce ne vit pas cette seconde avec vous, par vous ?.N’oubliez pas le mot révélateur de l’Apôtre : “Ce n’est plus moi qui vis, c’est Jésus qui vit en moi.” Vivre ainsi avec un Dieu, n’est-ce donc rien?Ne voyez-vous pas que cette collaboration sublime idéalise et amplifie tout?.Un petit rien, mais c’est grand comme une messe, puisque le Sauveur vit, travaille et s’offre en vous et par vous.Oserez-vous parler maintenant de secondes qui ne signifient rien ?.— Une seconde sans gloire ! mais c’est une parcelle d’Hostie.Ce n’est rien, mais c’est tout.Il ne tient qu’à vous “de consacrer cette parcelle”, d’en être le prêtre, d’y faire venir le bon Dieu et sa grâce.Par cette seconde qui renferme nettement la volonté de l’Éternel, vous pouvez entrer en communion avec Dieu.et répéter avec Jésus: “Je me nourris de la volonté de mon Père.” Voyez-vous les mondes de gloire que renferment ces humbles parcelles du temps qu’on appelle “des toutes petites secondes” ?— Une toute petite seconde de votre vie ! mais c’est le Sauveur qui vient à vous, à la troisième, à la sixième, à la neuvième et à la onzième heure.Il vous dit: “Viens.Suis-moi.J’ai besoin de toi dans le champ immense de mon Église.” — Le larron ne s’est trouvé en présence du Sauveur qu’une seconde.Il a profité du contact.Il a gagné le Paradis.* * * Ah ! vous allez les aimer les petites minutes insignifiantes dont vos journées sont pleines.Vous allez en faire “vos préférées”.Vous leur donnerez plus d’attention qu’aux autres.Vous ferez pour elles ce qu’a fait Marie à Nazareth: vous les vivrez religieusement, intensément, pour le Sauveur.qui en a connu beaucoup de pareilles et qui vous les confie comme des urnes précieuses afin que vous les remplissiez du parfum de votre bonne volonté et de votre amour.P.Marc, curé de Saint-Nicolas, Troyes.{La Croix, de Paris.) C.-J.Magnan, directeur-propriétaire, 79, Chemin Sainte-Foy, Québec, Canada.
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