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Titre :
L'enseignement primaire : journal d'éducation et d'instruction
Éditeur :
  • Québec :[L'enseignement primaire],1881-1956
Contenu spécifique :
Novembre
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
autre
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Prédécesseur :
  • École primaire (Lévis, Québec)
  • Successeur :
  • Instruction publique
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L'enseignement primaire : journal d'éducation et d'instruction, 1936-11, Collections de BAnQ.

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58e Vol.Québec, Novembre 1936 N° 3 L'ENSEIGNEMENT PRIMAIRE ÉDUCATION — INSTRUCTION DEUXIEME CONGRÈS DE LA LANGUE FRANÇAISE AU CANADA Département de l’Instruction publique Aux membres du personnel enseignant Québec, le 28 septembre 1936.des Écoles primaires catholiques de la Province de Québec.Chers collaborateurs, En 1912, eut lieu à Québec le premier congrès de la langue française au Canada.La Société du Parler français, qui l’organisa et dont je m’honore d’être l’un des directeurs, a cru devoir en célébrer le 25e anniversaire en convoquant tous les groupes français de l’Amérique du Nord à de nouvelles assises nationales.Un deuxième congrès se tiendra donc à Québec en 1937.11 durera quatre jours, du 20 au 24 juin.On lui donnera à peu près les cadres du premier, mais élargis : celui de 1912 ne portait que sur notre langue ; celui de 1937 portera en plus sur nos arts, nos mœurs et nos lois.Vous n’ignorez pas les graves motifs qui poussent la Société du Parler français à entreprendre une œuvre d’aussi vaste envergure.Notre peuple est faible numériquement.Dans une immense Amérique anglaise, il forme de minuscules îlots français, que séparent de longues distances et que, consciemment ou non, les vagues anglo-saxonnes ne cessent d’assaillir.Plus que les autres, la Province de Québec, par son étendue et par ses institutions religieuses, politiques et sociales, paraît en état de tenir le coup.Encore ne faut-il pas se faire d’illusions.Ce que 150 années de résistance intelligente lui ont conservé, elle peut le perdre en 20 années de recul.Que dire alors des autres groupements français d’Amérique plus exposés.?Nous voulons que le prochain Congrès atteste d’une façon solennelle l’attachement inviolable de toute la race au parler, aux lois, aux arts et aux mœurs des aïeux ; nous voulons qu’il soit une efflorescence de vie française chez nous, chez nos frères de l’Acadie, de l’Ontario et de l’Ouest, de la Nouvelle-Angleterre et de la lointaine Louisiane.Il le sera, dans la mesure où chacun voudra le préparer.Dans les écoles, il semble qu’on doive y consacrer l’année entière qui commence.Je vous engage donc à orienter vers lui tout votre enseignement.Dans le cours de l’année, MM.les inspecteurs vous distribueront des tracts, des feuillets que prépare le Comité d’organisation.Je désire également vous informer que les SS.de Notre-Dame-du-Bon-Conseil de Chicoutimi ont publié un Petit Glossaire qui a pour but de guider les instituteurs et les institutrices dans leur travail de correction du langage chez les élèves.En outre, L’Enseignement Primaire publiera chaque mois des articles et des sujets de devoirs qui vous faciliteront la tâche.Ce ne sera là encore que matière sans âme.Qu’un amour profond de la patrie jaillisse de votre cœur et inspire vos paroles.Vous aurez alors assuré chez vos enfants le succès du Congrès.En terminant, il est de mon devoir de vous informer que, lors de sa session tenue le 23 septembre courant, le Comité catholique du Conseil de l’Instruction publique a autorisé la Société du Parler français à percevoir, dans les écoles catholiques de la Province, une souscription au profit du deuxième congrès de la langue française au Canada.Bientôt je vous ferai connaître le mode de perception et celui de l’envoi des oboles offertes en faveur de la Société du Parler français.Je vous prie d’agréer l’expression de mes sentiments dévoués.Le Surintendant de l’Instruction publique, Cyrille-F.Delage. 130 L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE PÉDAGOGIE LE FRANÇAIS, LANGUE DE CLARTE Le français, langue de clarté ! Savons-nous, éducateurs, la valeur de ces simples mots, de cette qualité essentielle, universellement reconnue, de notre parler national ?Langue de clarté ! M anquons-nous de tout moyen d’y faire voir un instrument de précision et aussi un instrument merveilleux pour la formation, la discipline de l’esprit ?Et, si l’on agit mieux lorsque l’on voit clair, quelle grande école de volonté et d’action que notre formation à la française, pour peu que l’on évite de la compromettre ou de la gâcher par l’abus d’un bilinguisme prématuré, excessif, méthode barbare pour la moyenne des intelligences enfantines ! Il reste à l’éducateur de faire passer dans l’intelligence des petits Canadiens français, à l’aide de la langue, le meilleur d’une culture dont on a pu dire qu’elle est une parure de l’humanité.Il y faudrait, je le sais, un livre, une anthologie qui nous manque, à moins que, faute de mieux, l’on n’utilise la Doulce France de René Bazin.Mais qui nous donnera ce recueil où de courts récits, des extraits des grandes œuvres, des poésies appropriées à l’enfance, des gravures choisies, révéleraient à nos écoliers la fine moelle de la pensée française, le trésor de grandeur et de finesse que figure aujourd’hui pour le monde, la culture intellectuelle de France, toute la richesse artistique, morale, amassée au cours de quatorze siècles d’histoire par l’une des plus nobles races qui soient ?Mis en face de ce trésor culturel, quel est le petit Canadien français et quelle est la petite Canadienne française qui pourraient encore hésiter entre leur culture et l’autre et resteraient vulnérables aux dédains de nos snobs et de nos défaitistes ?Lequel de nos enfants épris d’anglomanie, habitué à voir dans la langue anglaise l’unique clef d’or des portes du succès, n’aurait le goût de corriger un peu son illusion, surtout si on lui apprenait jusqu’à quel point sa langue maternelle reste, en tout pays du monde, la langue des grands civilisés ?Pourquoi nos enfants ne sauraient-ils point, par exemple, qu’à la Société des Nations, la langue la plus généralement parlée et applaudie reste toujours la langue française, et que, de retour de Genève, M.Borden, notre ancien premier ministre, n’a pas craint de dire à ses compatriotes : “Nous devrions nous sentir honteux de ce que si peu d’entre nous savent le français, tandis que là-bas 54 nations le parlent couramment.” A ce témoignage, l’on pourrait joindre cet incident survenu au Caire, pendant le récent congrès inter-postal.Quelqu’un propose que les procès-verbaux des délibérations soient rédigés en langue française.Le délégué de Grande-Bretagne propose, en amendement, une rédaction bilingue, anglaise et française.Aussitôt le délégué de l’État libre d’Irlande est debout ; et c’est pour opiner qu’en ce cas la rédaction soit aussi faite en gaélique.Alors se déroule une jolie scène.C’est à qui se lèverait pour faire les honneurs du congrès à la langue de son pays.L’un veut du chinois, l’autre du japonais, l’autre de l’italien, l’autre de l’allemand, l’autre de l’espagnol.Il fallut prendre le vote.A la presque unamité le congrès se prononça pour une rédaction en langue française.Lionel Groulx, ptre. L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE 131 LA MISSION DE L’ECOLE NORMALE Dans une magistrale lettre pastorale annonçant la création d’une École normale dans son diocèse, Son Excellence Mgr A.Forget, évêque de Saint-Jean-de-Québec, définit ainsi l’éducation, art auquel on ne saurait se livrer sans une sérieuse préparation.Lisons attentivement cette page de Mgr l’évêque de Saint-Jean : “ L’éducation est vraiment l’art des arts.Ars ariium, regimen anima-rum.C’est sans doute à la direction morale que pensait saint Grégoire, quand il dit ce mot célèbre : “Le gouvernement des âmes est l’art des arts.” Mais depuis longtemps — et non sans raison —- on applique ce mot à l’éducation des enfants.“ Il est donc naturel qu’avant de se livrer à cet art des arts on apprenne les règles qui le régissent, règles dérivées de l’expérience des siècles et empruntées à d’autres sciences : la psychologie, l’éthique, le sociologie et surtout la religion.L’ensemble de ces règles constitue la science désignée d’un nom qui en marque l’objet lui-même : la Pédagogie, c’est-à-dire l’art d’instruire et d’élever les enfants.“ La Pédagogie enseigne à la future institutrice la solution de tous les problèmes que pose l’éducation.Et l’on sait comme ils sont nombreux et complexes ces problèmes, qui ont rapport soit au sujet de l’éducation : l’enfant étudie en vue de sa culture intellectuelle et de sa formation morale ; soit à l’objet de l’éducation : perfectionnement des méthodes d’éducation, efficace des règles, disciplines, distribution des matières de l’enseignement, adaptation des programmes et des horaires aux conditions sociales, aux aptitudes, au sexe lui-même des élèves, etc., etc.“ Art ou science, la Pédagogie a pour but, nous avertit Pie XI, dans son encyclique du 31 décembre 1929, sur l’Éducation de la Jeunesse, “ l’homme tout entier ”.Elle “ embrasse la vie humaine sous toutes ses formes : sensible et spirituelle, intellectuelle et morale ”.Pour atteindre ce but, la Pédagogie, science et art, offre un sage ensemble de règles et de principes, que ne saurait ignorer quiconque entreprend d’élever l’enfant à sa mission d’homme.“ On le comprend, l’intelligence de la jeune institutrice, si ouverte soit-elle,, ne saurait jamais, laissée à elle-même, sans guide, sans entraînement, acquérir pleinement la connaissance de ces règles et de ces principes.L’expérience personnelle joue évidemment un rôle important en pédagogie.Peut-être en est-elle même une condition nécessaire de succès.Mais aussi combien de fois n’arrive-t-il pas que l’institutrice tentant, sans préparation professionnelle, l’expérience de l’enseignement, s’est établie dans “une longue habitude de se tromper ” et de tromper en même temps l’attente des enfants et la confiance des parents.Ils comptaient trouver en elle, les premiers, une directrice, les seconds, une collaboratrice ; les uns et les autres ont été trompés.Il faut bien s’en rendre compte, autre chose est de posséder un esprit cultivé, un cœur droit et bon, une volonté énergique même, autre chose est de cultiver l’intelligence des enfants, de modeler leurs cœurs et de dresser leurs volontés.Avant de se livrer à cette tâche délicate entre toutes, il y a une culture pédagogique à recevoir sous la direction de maîtres habiles et exercés.Si l’artisan s’exerce au métier le plus humble par un long apprentissage, comment pourrait-on, sans autre entraînement que sa propre éducation, se risquer à pratiquer l’art de l’enseignement, le plus compliqué de tous les arts ?L’art de conduire les enfants pour les éduquer, l’art de se conduire avec eux en les éduquant, tel est, en somme, l’enseignement que dispensent les Écoles normales.” 132 L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE CE QUE DOIT ETRE LA LEÇON La servitude du papier L’idée ne viendra à personne de comparer l’instituteur dans sa classe à un avocat ou à un conférencier, non plus qu’à un prédicateur ou à un tribun.Pourtant, il a, lui aussi, affaire à une foule, mobile et fuyante, légère et inconstante, qu’il faut séduire et guider et maintenir dans un certain état d’esprit.Pourquoi dédaignerait-il “ l’action oratoire ” ?A ce point de vue, je crois que l’instituteur ne doit jamais se mettre dans la pénible nécessité de faire ses leçons les yeux fixés sur un journal pédagogique, sur un cahier de préparation, ou sur un livre, voire sur le meilleur des “ livres du maître ”.Serf de la lettre moulée ou manuscrite, il n’est pas lui-même.Sa personnalité ne se dégage pas, ne s’affirme pas, ne s’impose pas.Ce n’est pas lui qui enseigne, c’est-à-dire qui anime de sa vie et marque des esprits de son empreinte, c’est un auteur lointain qui parle par sa voix.Ce sont paroles gelées et leçons en bois.Représentez-vous, au contraire, l’instituteur qui parle sans notes ni documents.Il a l’esprit libre ; il dispose, sans contrainte, de toute sa science, de toute son expérience pédagogique ; il démêle la pensée des élèves sur leurs visages ; il voit, il sent sur quels points il convient d’insister, quelles explications il faut reprendre ; il ne craint ni les questions ni les remarques, il les provoque, il en profite ; il adapte spontanément son enseignement aux incidents, aux nécessités qui se révèlent ; il sait allier, en proportions variables suivant les circonstances fortuites, “ l’exposition et l’interrogation ” ; il lie adroitement les notions nouvelles au “ connu ” réveillé d’un mot, d’une brève comparaison, d’une allusion ; les yeux dans les yeux de ses élèves, il est avec eux en communication directe et constante, il semble que son regard développe une tension de leur énergie intellectuelle ; il parle de verve, il a des trouvailles d’expression qui l’étonnent lui-même, il tient alors, dira-t-il, toute la classe dans sa main, jnornent béni où s’accomplit dans la joie l’œuvre éducatrice.Il n’est pas, croyons-nous, jusqu’aux “ lectures par le maître ” qui — surtout dans les petites classes — ne gagneraient à être contées.L’instituteur qui narre avec agrément, qui sait détailler un récit et décrire avec humour, cet instituteur dispose d’un moyen d’action des plus puissants.Conter est plutôt un don de nature qu’une acquisition de l’art.On naît conteur.On ne vous demande pas de viser à l’éloquence.Mais tout le monde peut prétendre à parler d’abondance dans une classe, sans s’empêtrer de livres ou de notes copieuses.Notre auditoire est tout prêt à se donner ingénument, et il n’y a pas la moindre malignité dans ces yeux tournés vers nous.Personne ne nous guette aux redoutables transitions, personne n’attend avec malveillance la chute de nos périodes, aucun sténographe n’est là pour recueillir nos phrases.Délivrés de la crainte de dire mal ou de rester court, laissons-nous donc aller,— les paroles suivront.A une condition pourtant : c’est de connaître parfaitement notre sujet.Toute VInstitution oratoire se résume en cet aphorisme : “ l’art de bien parler est l’art de bien étudier sa cause ”.Posséder le fond, c’est s’assurer la forme comme par surcroît.Leçon bien préparée fait maître à l’aise et élèves intéressés.Il faut entendre : préparation solide et cohérente, préparation méditée, et même préparation écrite, car on ne réfléchit fructueusement, on n’arrête L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE 133 exactement sa pensée que la plume à la main.Un développement suffisamment nourri de faits et d’idées, un plan clairement ordonné nous donneront une élocution assurée et libre.A notre avis, le plan devrait toujours être assez simple pour pouvoir être retenu par cœur.Nous n’utilisons pas assez les ressources de notre mémoire, nous l’affaiblissons en l’aidant trop.C’est purement une affaire d’habitude que de mettre son memento dans sa tête au lieu de l’écrire sur son papier.N otre conclusion se devine : préparons à fond nos leçons.Maîtres de notre matière, nous le serons de nous-mêmes, nous le deviendrons de notre auditoire.Paul Bernard.{Comment on devient un éducateur — Éditeur, Fernand Nathan, Paris.) UNE GLOIRE FRANCO-CANADIENNE Marie de l’Incarnation Sous les titres ci-dessus, M.le chanoine Garnier, ex-professeur à l’Université Laval, a consacré dans la Croix de Paris du 3 septembre dernier, un excellent article à un ouvrage récemment paru à Lyon et évoquant la mémoire de cette gloire franco-canadienne, dont la Nouvelle-France est si fière.Cet ouvrage a pour titre : Du Christ à la Trinité, d’après Vexpérience mystique de Marie de l’Incarnation, Ursuline de Tours et de Québec.Le volume est en vente à la Librairie du Sacré-Cœur, 6, Place Bellecour, Lyon (France).Beau volume in-8°.18 francs ; franco, 20 francs.On peut aussi se procurer ce volume par l’entremise de la Librairie Garneau, 47, rue Buade, Québec.DEVELOPPEMENT D’UNE PENSEE MORALE Un professeur veut mettre à l’épreuve les pensées sérieuses de ses grands écoliers ; pour cela, il leur donne à traiter un sujet qui appartient moins à la littérature qu’à la morale pratique ; c’est l’idée suivante, de Benjamin Franklin : “ Si vous achetez tout ce qui vous est inutile, vous ne tarderez pas à vendre ce qui vous est nécessaire.” Réflexion d’une sagesse profonde ; la génération actuelle peut en faire son profit.Comment donc mettre en lumière tous les aspects de cet austère conseil ?L’élève lit attentivement cette sentence, qui lui a paru d’abord facile à traiter.Il se dit que Franklin a raison de condamner le gaspillage, la prodigalité.Mais que faudra-t-il ajouter pour donner à cet axiome une certaine ampleur ?La difficulté est d’autant plus grande que c’est bien un axiome, c’est-à-dire une vérité évidente où toute démonstration semble superflue.Néanmoins, que notre élève ne s’y méprenne pas ; il s’agit ici d’une règle d’économie domestique, d’un principe de morale quotidienne, et non d’un 134 L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE énoncé purement mathématique.Or, l’irréflexion humaine ne tient qu’un compte relatif des préceptes moraux les plus inattaquables.Le Décalogue lui-même, donné par Dieu sous une forme si simple, avec des commandements si raisonnables, est constamment battu en brèche par le mauvais vouloir des étourdis ou des méchants.On a dit fort justement que, si les théorèmes mathématiques et les principes scientifiques les plus solidement établis impliquaient des obligations comme celles du Décalogue, on verrait bientôt une légion de prétendus savants attaquer avec fureur la géométrie, l’algèbre, la physique, la chimie et toutes les sciences.On rencontre de multiples paradoxes de ce genre dans les écrits des philosophes qui ont tenté de démolir, depuis plus d’un siècle surtout, ce que la sagesse antique nous avait transmis.Il s’en faut donc que la parole de Franklin, théoriquement admissible sans réplique, soit pratiquement inébranlable.Mille sophismes en travestiront le sens et la réduiront au néant.Il en est ainsi pour tout ce qui gêne le caprice ; l’indiscipline est une seconde nature chez certains tempéraments.En conséquence, qu’il soit bien entendu une fois pour toutes que de tels adages ne s’imposent pas par eux-mêmes dans leur formule laconique, et qu’ils demandent une amplification convenable.Ce que le professeur demande ici à son élève, c’est d’imiter les prédicateurs de morale chrétienne.Il faut insister, donner des exemples tangibles et obtenir l’adhésion des volontés hésitantes.Explorez donc, jeune écrivain, le fonds et le tréfonds du sujet qu’on vous propose.Ne commencez pas votre rédaction avant d’avoir pris note de chaque pensée heureuse qui se présentera.Cherchez des idées originales.Ne vous contentez pas de pâles lieux-communs, de commérages insipides.Rappelez-vous ce que je vous ai suggéré ailleurs : le travail d’invention, concrétisé dans vos notes, vous suggérera un plan lumineux qui favorisera la clarté du style et la propriété des termes.A votre place, je consacrerais mon Introduction à la définition exacte de la matière.Voici à peu près ce qu’on peut en dire : “ Franklin a bien pesé ses termes : Si vous achetez tout ce qui vous est inutile.L’adjectif tout a une grande importance.En effet, il y a une foule d’articles qui ne sont pas absolument indispensales à la vie quotidienne, mais qui contribueront à l’embellir.Sans quelque superflu, la demeure familiale deviendrait une cellule de moine ; cela ne convient pas à l’ensemble des humains.Un honnête ouvrier qui condamnerait sa famille à ces simplifications extrêmes serait taxé d avarice sordide.Ainsi donc, Franklin ne vise que les achats inutiles, multipliés au point de compromettre l’équilibre du budget.” L’entrée en matière est terminée.Quel sera notre plan, pour le corps de la dissertation ?Essayons d’énumérer les cas de gaspillage au foyer ; ce sera une suite de petits tableaux vivants.Ensuite, nous montrerons les catastrophes qui s’ensuivent.Nous aurons de la sorte un apologue à la manière du fabuliste La Fontaine.J’annonce donc ma division : La prodigalité prend vite des proportions inquiétantes, dans un menage ou le chef de famille et la maîtresse de maison ne tiennent pas registre de leurs dépenses et ne coordo-nent pas leurs calculs.Examinons les fuites d’argent imputables a Monsieur, à Madame et aux enfants.” Le plus difficile est fait.Le devoir va prendre une allure descriptive et narrative ; la plume d’un élève moyen “ trottera assez vite, dans chacune de ces trois étapes.Tel qu’annoncé, Monsieur entre en scène^.Supposons que c’est un homme de bureau ; sa situation est convenable, sans être brillante.“ Dans les villes, tout est cher.Mais tel père de famille, petit comptable, n’a jamais bien compris la nécessité d’exercer un contrôle sur son budget. L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE 135 Il est rompu avec les calculs qu’il doit faire pour son patron ; par malheur, il n’est plus le même homme chez lui.Il a acheté à crédit un ameublement trop luxueux.Il reçoit à sa table des amis mieux rentés qu’il ne l’est lui-même.Il fréquente les cercles où l’on s’amuse.Il n’est pas malhonnête, mais il aime la vie large.D’ailleurs, il ne se plaît pas suffisamment chez lui.” Ces traits peuvent se multiplier.Mais le dernier coup de crayon nous amène naturellement à parler de Madame.“ Ce père de famille ne se plaît pas chez lui, disons-nous, quoique sa femme soit charmante et ses enfants bien doués.C’est que Madame, étant issue d’une famille moins riche que distinguée, n’a pas apporté une grosse dot.Elle se plaît pourtant à parcourir les grands magasins où tout lui fait plaisir.Elle achète, elle achète toujours.Elle est hallucinée par les milliers de fanfreluches qu’elle voit à l’étalage.Mais la bourse se vide.Sans cesse, cette femme vaniteuse réclame de l’argent à son mari qui ne peut lui en donner à profusion.Il en résulte entre les époux des discussions pénibles, même en présence des enfants.” Nous voilà sur le chapitre de la progéniture.“ Cette maman, mondaine et frivole, ne sait rien refuser à ses chers mignons.Ils sont enrubannés comme des poupées de luxe pour paraître devant le monde.A chaque fête de famille, à chaque anniversaire, que de cadeaux, que de jouets ! Ce sont des enfants gâtés, exigeants ; ils sont sur la voie de l’égoïsme.” On prévoit ce qui va se produire.Cette famille court à la ruine.“ Les affaires sont devenues de plus en plus difficiles.Les émoluments ont diminué.Mais comment ralentir ce train de vie ?L’élan est donné, on ira jusqu’au bout.Pour éviter des conflits avec sa femme, notre comptable a fait d’abord quelques dettes, espérant que les affaires s’amélioreraient.Vain espoir ! Tout va de mal en pis.Alors, il met en gage quelques-uns de ses meubles pour obtenir encore un peu d’argent.Ces folies se renouvelleront jusqu’au jour où il n’aura plus aucune caution valable.Selon la prédiction de Franklin, “ il a vendu le nécessaire ”.Nous n’avons plus qu’à tirer de ces faits une conclusion.C’est ici que recommence l’embarras de l’élève.Comme dans l’Introduction, il faut quelques idées générales pour finir d’encadrer les tableaux qu’on vient de voir.Une impression se dégage de ces constatations douloureuses.Mais que faire pour éviter de fastidieuses redites ?Un grand garçon qui a lu au moins ses classiques se rappellera deux Fables où La Fontaine nous recommande de ne pas nous élever au-dessus de notre condition ; voilà de quoi “ étoffer ” la dernière page de la copie.Le fabuliste nous donne équivalemment le conseil de Franklin, quand il nous montre une grenouille voulant se faire aussi volumineuse qu’un bœuf ; la société humaine ne manque pas de types aussi présomptueux : “ Le monde est plein de gens qui ne sont pas plus sages : Tout bourgeois veut bâtir comme les grands seigneurs, Tout petit prince a des ambassadeurs, Tout marquis veut avoir des pages.” Ailleurs, La Fontaine nous raconte l’aventure du pot de terre, assez mal avisé pour lier compagnie avec le pot de fer qui le réduit en miettes.Cette narration pittoresque doit faire comprendre aux prétentieux qu’ils ont tort de frayer avec leurs voisins plus puissants. 136 L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE Il faut maintenant une dernière pensée pour clore la dissertation : “ Quelles que puissent être les solutions des vastes problèmes économiques qui tourmentent les nations modernes, il y aura toujours des inégalités de fortune.Le conseil de Franklin ne sera donc jamais périmé ; ceux qui voudront dépenser plus qu’ils ne gagnent expieront tôt ou tard leur mégalomanie.” Abbé F.Charbonnier, Docteur ès-Lettres.LA JOIE ET LA BONNE HUMEUR DANS L’EDUCATION Dans son ouvrage Le Prêtre, Mgr Tissier, évêque de Châlons, a composé un magnifique chapitre sur “ La joie et la bonne humeur dans l’éducation ”.Nous recommandons à nos lecteurs ces belles pages dont nous commençons aujourd’hui la publication.On permettra à un vieux maître impénitent de donner ici une leçon de pédagogie qui lui tient très à cœur.Il s’agit de la discipline à laquelle il convient de soumettre l’école et, au risque d’effrayer un peu par le laxisme apparent de ma thèse, j’entends prouver qu’avant tout, c’est la discipline de la joie et de la bonne humeur.Sujet peut-être nouveau, inattendu du moins, car peu sont habitués à penser qu’il n’est pas bon que les enfants soient trop sages.Pour les rendre tels, les débutants s’imaginent d’ordinaire qu’il ne leur faut présenter qu’un visage sans sourire ou les tenir sous les feux d’yeux toujours ouverts qui, sans comparaison maligne, rappellent les regards inflexibles qui poursuivaient Caïn.Je viens vous dire au contraire : Ne grondez pas trop les écoliers ; mais habituez-les plutôt à agir, en les rendant contents, en les faisant heureux.C’était, le croiriez vous, l’enseignement de l’austère Port-Royal lui-même, qui dit expressément dans ses constitutions, au chapitre de l’éducation, que de trois ou quatre fautes l’une, il ne faut pas faire semblant de les voir.Personne plus que moi n’admire le zèle patient des éducateurs à recommander toute l’année le silence, l’attention, et la sagesse.Mais puisque le plus grand des biens pour un enfant, comme du reste pour tout homme, c’est une âme vivante, il faut prendre les moyens de la former et n’avoir pas peur pour cela de rompre parfois avec les usages ou les abus, qui risquent dans la famille comme à l’école, de la paralyser ou de l’amoindrir.Or, quand je regarde certaines méthodes d’éducation, encore que les mœurs plus libres d’aujourd’hui y aient apporté bien des adoucissements qui ne sont pas également heureux, j’y trouve dans les meilleurs milieux souvent, des programmes de précoces vertus, irréalisables et tyranniques, qui semblent totalement oublier la psychologie d’un garçon de dix à quinze ans.C’est l’âge où tout l’être en mouvement incessant s’agite pour grandir, s’étend pour apprendre, se hausse pour atteindre, se précipite pour vaincre.Cette activité sans repos, qui est un fait, est aussi un besoin, comme elle est une force.Il faut savoir lui imposer des freins, non pas des barrières, la contenir avec des rênes fortes et souples, mais l’exciter en même temps avec tous les aiguillons de la liberté.J’ai l’audace de penser que fréquemment, même encore maintenant, dans la société moyenne et bourgeoise en particulier, ce principe élémentaire d’éducation n’est pas assez compris, et qu’à une heure où la vie toute pleine d’appels et de rêves s’élance vers son épanouissement, on a le tort funeste de trop communément substituer, comme L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE 137 d’essentielles vertus éducatrices, la réserve à l’action, la retenue à l’énergie, l’obéissance à la volonté, les manières au caractère et les pratiques à la foi.Je veux dire qu’on comprime la nature au lieu de la développer, qu’on l’assouplit au lieu de l’affermir, qu’on prend bien trop la docilité pour l’effort et la soumission extérieure pour la vie.Voyez les conseils et les reproches qui se retrouvent à chaque instant sur les lèvres des parents.Ils sont à peu de chose près ceux-ci : “ Henri ou Jacques, fais attention ! tiens-toi bien ! prends garde ! ne fais pas cela ! veux-tu finir ! il faut rentrer ! tu me fais de la peine ! tais-toi, tu m’ennuies ! ”.Toutes formules coercitives et répressives auxquelles très vite les enfants s’accoutument et qu’ils n’entendent plus, Toutes paroles qui arrêtent des essors, qui brisent des élans, qui coupent des ailes.Toutes sentences sans appel qui se dressent en travers de la vie luxuriante, exubérante, fatigante sans doute, je vous le concède, mais capable d’être féconde.(à suivre) Mgr Tissier.LA MENACE COMMUNISTE Dans une circulaire mémorable, Mgr l’Archevêque-Coadjuteur de Montréal a mis en garde les fidèles de son vaste diocèse contre les dangers imminents du “ communisme ”.Son Éminence le Cardinal Archevêque de Québec a demandé au clergé de Québec de donner lecture à leurs ouailles de ce document épiscopal, dont nous détachons le passage suivant : “ H ne faudrait pas que par une illusion et une légèreté extrêmement dangereuses nous cessions d’en voir l’évidence quand il s’agit de notre propre pays.11 nous suffit de regarder notre province de Québec et notre ville de Montréal, et nous pouvons nous demander si l’opinion de nos catholiques est suffisamment alertée au sujet de la menace communiste.Nous n’en sommes plus au début, au temps où le communisme prenait à tâche de se signaler en fomentant des bagarres et en troublant l’ordre public.Qu’aurait-il gagné à poursuivre cette tactique assez enfantine sinon quelques mauvais coups ou la prison ?Il s’est ravisé.Quelques-uns des nôtres sont allés depuis se former aux bonnes méthodes de Moscou.Tout le monde sait que l’on y enseigne un art, porté après nombre d’expériences et de mises au point, jusqu’à la perfection : l’art de la propagande.Il s’agit, au moyen de sujets convenablement stylés, de “ noyauter ”, selon l’expression en vogue chez les communistes, tous les organismes essentiels, de s’y installer, d’en saisir les leviers de commande ; dans telle centrale électrique, tel moyen de transport, tel régiment de milice, mettre des hommes sûrs dont la fonction dernière sera de paralyser au moment voulu les moyens de défense de la société et dont la tâche immédiate est de contaminer les esprits.C’est le ver qui s’introduit au cœur même du fruit.Saint Paul se sert d’une image encore plus juste en parlant des hérétiques de son temps : Sermo eorum ut cancer serpit, “ leur parole, pareille au cancer, s’étend peu à peu ”.(II, Tim., 11, 17.).” M.GERARD MORISSET VAINQUEUR AU CONCOURS LITTÉRAIRE PROVINCIAL Notre collaborateur, M.Gérard Morisset, directeur de l’enseignement du dessin, a été le vainqueur au concours annuel provincial fondé il y a quelques années par M.Athanase David, ancien Secrétaire de la Province.M.Morisset est arrivé bon premier dans la section des arts avec son récent ouvrage Peintres et Tableaux.Nous offrons au lauréat nos chaleureuses félicitations.C.-J.M. 138 L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE METHODOLOGIE MIEUX CONNAÎTRE POUR MIEUX AIMER NOTRE LANGUE Explication d’auteurs français (Écoles primaires supérieures et Écoles normales) (Pour VEnseignement Primaire) L'ÉGLISE DES BLÉS (Louis Mercier — Les Pierres Sacrées.) I Les champs sont beaux.Voici le moment de l’été Où les blés dépouillant l’humble forme de l’herbe.Révèlent leur noblesse et leur fécondité.Dans leur verdure jeune, ils sont déjà superbes, Et portent comme un chef couronné de rayons 5 L’épi nouveau promis aux splendeurs de la gerbe.L’église est au milieu des blés.Que de sillons, Depuis qu’elle se dresse au centre de la plaine, Ont creusés sous ses murs les générations ! Combien de laboureurs, succombés à la peine, 10 Ont quitté, pour le champ qu’on ne laboure pas, Les champs où frissonnait la récolte prochaine ! Et d’autres sont venus, et, les pas dans leurs pas, Ont levé les épis pères d’autres semences, En attendant leur tour de s’en aller là-bas.15 Or, sachant que la mort n’est rien qu’une apparence, Sûre que si les blés ont l’immortalité, Les hommes, qu’ils auront nourris de leur substance, Doivent renaître aussi dans l’éternel été, L’Église, souriant à la moisson nouvelle, 20 Attend dans la prière et la sérénité La résurrection des morts couchés près d’elle. L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE 139 II Hosannah sur les blés ! Voici la Fête-Dieu, Et la procession marche sous le ciel bleu.Le soleil est encor très haut.Il est trois heures 25 Des draps blancs sont tendus aux portes des demeures.Les terres, cette année, ont de si beaux froments Qu’ils empêchent de voir les hommes par moments, Et que les saints patrons brodés sur les bannières Ont l’air de cheminer tout seuls dans la lumière.30 Quatre grands paysans, vétérans des labours, Soutiennent le dais d’or qui tangue à leurs pas lourds ; L’ostensoir que le prêtre appuie à sa poitrine Comme un autre soleil vers le soleil chemine.Des enfants bruns, vêtus d’écarlate et de blanc, D’encensoirs balancés embaument l’air brûlant ; 35 D’autres, qui ont les mains encor toutes petites, Jettent des roses, des bleuets, des marguerites.Et du même gosier, robuste et rocailleux, Dont ils chantaient, hier, en marchant près des bœufs, 40 Des chantres laboureurs disent, sans la comprendre, La louange du sacrement splendide et tendre.COMMENTAIRE LITTERAL V.2.— Dépouillant l'humble forme : Dépouiller, sens propre: enlever la peau, puis enlever ce[qui couvre.-—- Ici, quittant la forme de l’herbe pour en prendre une autre.V.3 — Révèlent leur noblesse : 10 révéler, faire connaître ce qui était caché.— 2° Leur nobles- se : à la fois la noblesse de leur forme et celle qui consiste à être l’aliment de l’homme.V.4/— Superbes : dont la beauté est imposante.V.5.— Chef : sens primitif de têts.Rayons : les “ barbes ” qui entourent l’épi lui font comme une couronne de rayons.V.6.— Splendeurs de la gerbe : La splendeur, c’est un éclat magnifique.Le mot peut paraître un peu excessif appliqué à une gerbe.Mais sous le soleil d’été, la gerbe prend un ton doré qui justifie peut-être l’expression.V.7.— Sillon : D’origine incertaine, ce mot désigne la tranchée qui ouvre dans la terre le soc de la charrue.V.9.— Ont creusé, etc.: Construction un peu embarrassée puisque un vers entier (V.8) sépare le complément de son verbe et que le V.9 lui-même comporte cette inversion : Ont creusés sous ses murs les générations.Les générations : Les hommes qui se sont succédé sur cette terre.V.10.— Succombés à la peine : On dit bien succomber à la peine, c’est-à-dire tomber sous le poids excessif du travail.Ce verbe intransitif ne devrait pas, semble-t-il, comporter de passif.Cependant, on trouve chez Corneille : Pour un méchant soupir que tu m’as dérobé, Ne me présume pas tout à fait succombé.Place Royale, IV, 5. 140 L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE V.11.— Le champ qu on ne laboure pas : le cimetière.V.14.— Ont levé les épis : ont ramassé, recueilli.— Cf.cette expression de Molière : L’étoffe me semble si belle que j’en ai voulu lever un habit pour moi.Molière, Bourgeois-Gentilhomme II, 5.V.15.— S’en aller là-bas : au cimetière.Y.16.— Ujie apparence : une image derrière laquelle il n’y a pas de réalité.V.17.— Les blés ont Vimmortalité : en ce sens que, du grain semence, renaît sans cesse un autre épi.V.18.-—Substance: 1° ce qui constitue le fond d’un être.2° Matière dont une chose est formée.— Le mot est ici pris dans les deux sens.V.19.— L’éternel été : le ciel, avec sa permanente splendeur.V.21/— La sérénité : calme parfait.V.23.— Hosannah sur les blés! : Hosannah, mot hébreu qui exprime la joie, la louange, la bénédiction.-— Cette parole liturgique tombe pour ainsi dire sur les blés au milieu desquels se déroule la procession.Fête-Dieu : fête de Dieu.On retrouve la même forme elliptique ou syncopée dans Hôtel-Dieu.V.24.— Procession : cortège religieux, ordonné, solennel.V.29.— Bannières : 1° drapeaux rectangulaires suspendus en haut d’une hampe par une traverse munie de deux cordes/— 2° Drapeaux de confréries religieuses, en forme de bannières.V.30.— Cheminer : aller son chemin d’un pas égal.V.31.— Vétérans des labours : Le vétéran, c’était le soldat retraité, ou le soldat depuis longtemps au service.^— Ici, paysans vieillis au labour.V.32.— Dais : ici, pavillon d’étoffe soutenu par quatre manches de bois, et sous lequel s’abrite le prêtre porteur du St-Sacrement.Tangue à leurs pas lourds : A chaque pas des porteurs, le dais s’abaisse pour se redresser ensuite.V.33.— L’ostensoir : support de métal précieux qui sert à exposer l'Hostie consacrée.V.34.— Comme un autre soleil : à cause de ses rayons et, souvent, de sa couleur dorée, l’ostensoir ressemble à un soleil.V.35.— Ecarlates : d’un rouge éclatant.V.39.— Gosier : ici, organe de la voix, la voix elle-même.Rocailleux : aux inflexions rauques et heurtées.V.42.— Le Sacrement splendide et tendre : la lumière du soleil, l’apparât de la procession, l’éclat de l’ostensoir communiquent leur splendeur au Sacrement lui-même.Mais, né de l’amour divin, celui-ci reste en même temps le sacrement tendre, par excellence.ANALYSE LITTÉRAIRE Elle seule, la disposition typographique révèle déjà ce qu'est la composition de ce poème.Deux parties très distinctes, fond et forme : la première est faite, à tout le moins, de deux éléments l’un descriptif, l’autre sentimental ; la seconde est purement descriptive.D’autre part, nous le verrons, à une suite de tercets savants succède une suite de distiques très simples.1ère partie Le poème commence par une noble description rustique : Les champs sont beaux.Voici le moment de l’été Où les liés, dépouillant l’humble forme de l’herbe.Révèlent leur noblesse et leur fécondité.D ans leur verdure jeune, ils sont déjà superbes, Et portent comme un chef couronné de rayons L’épi nouveau promis aux splendeurs de la gerbe.Mais voici que surgit un personnage matériel à la fois et spirituel : L’église est au milieu des 1 lés ; et avec lui le souvenir de ceux qui l’environnent depuis des siècles.Que de sillons Depuis qu’elle se dresse au milieu de la plaine, Ont creusés sous ses murs les générations ! Tout naturellement, cette église, qui a une âme, unit dans sa pensée les sillons et les laboureurs, les moissons et les moissonneurs ; et, parce que sur la glèbe, les hommes se succèdent comme les L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE 141 épis ; parce que la terre les reçoit les uns et les autres pour les rendre un jour à la vie, la vieille église ne distingue plus, semble-t-il, entre les moissons d’ici-bas et les moissons de Là-Haut ; si bien que sans quitter ce sol où reposent le grain et les morts, nous avons déjà une vision de céleste immortalité.Cette ascension de la pensée se fait pour ainsi dire, par étages.Voici d’abord l’idée des morts les plus lointains : Combien de laboureurs, succombés à la peine, Ont quitté pour le champ qu’on ne laboure pas Les champs où frissonnait la récolte prochaine ! Puis, ce sont leurs successeurs, adonnés aux mêmes travaux, orientés vers le même horizon : Et d’autres sont venus et, les pas dans leurs pas, Ont levé les épis, pères d’autres semences.En attendant leur tour de s’en aller là-bas.Enfin, voici, rapprochées, unies et, à la fois, distinctes, ces deux images du blé moissonné par l’homme, et de l’homme moissonné par Dieu : Or, sachant que la mort n’est rien qu’une apparence, Sûre que si les blés ont l’immortalité.Les hommes, qu’ils auront nourris de leur substance Doivent renaître aussi dans l’immortel été, L’église, souriant à la moisson nouvelle.Attend dans la prière et la sérénité La résurrection des morts couchés près d’elle.Il y a, dans cette dualité de vision qui ne nuit ni à l’unité d’impression ni à l’ascension de la pensée, une sûreté, une maîtrise impeccable.Ile Partie.Suit une description très simple, et qui se rattache tout naturellement à cette Élévation sur un double mystère, la germination des blés, et la Résurrection des Morts.Cette description comprend elle-même deux parties : d’abord un décor brossé à larges traits, puis le défilé lui-même.Le décor : En voici les éléments constitutifs : Hosannah sur les blés 1 Voici la Fête-Dieu, Et la 'procession marche sous le ciel bleu.Puis le moment, et l’atmosphère : Le soleil est encore très haut.Il est trois heures Un trait pittoresque, une note de couleur : Des draps blancs sont tendus aux portes des demeures.I Enfin un trait inattendu, exact certes mais qui donne au tableau'un caractère étrange, quasi mystérieux : Les terres, cette année, ont de si beaux froments.Qu’ils empêchent de voir les hommes par moments, Et que les saints patrons brodés sur les bannières Ont l’air de cheminer tout seuls dans la lumière.Et par ce verbe cheminer, voilà le cortège introduit dans ce décor champêtre.Il se déroule régulièrement, avec une simplicité voulue, mais que relèvent ça eUlà des traits exacts à lajfois et significatifs. 142 L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE Les quatre grands paysans qui soutiennent le dais sont des vétérans du labour, et ce caractère leur confère une noblesse digne de leur fonction présente.Cette noblesse d’ailleurs ne change rien à leur lourde démarche et, à chacun de leurs pas, le dais d’or tangue.Quant au prêtre, s’il appuie sur sa poitrine l’ostensoir, c’est sans doute pour en alléger le poids, mais aussi pour rapprocher de son cœur l’Hostie d’amour.D’autre part, avec ses rayons dorés, l’ostensoir Comme un autre soleil vers le soleil chemine.Ainsi les choses mêmes participent à la grandeur de la nature.Il était plus difficile de peindre les enfants de chœur sans banalité comme sans artifice.Louis Mercier y réussit cependant d’abord par un heureux effet de couleurs : Des enfants bruns, vêtus d'écarlate et de blanc.puis par un détail gracieux sans afféterie : D’autres, qui ont encor les mains toutes petites.Comme les porteurs de dais, comme les clergeons, les chantres restent des paysans qui, dans une fonction sacrée, dépensent la même bonne volonté rude et simple qu’à leur quotidienne besogne Et du même gosier, robuste et rocailleux.Dont ils chantaient hier, en marchant près des bœufs, Les chantres laboureurs disent, sans la comprendre, La louange du Sacrement splendide et tendre.Ce constant souci de ne pas attribuer à ses personnages une fausse beauté, mais aussi de bien marquer comment ils s’élèvent en participant à une fonction sainte, à une liturgie magnifique {le Sacrement splendide.), ce constant souci assure à cette description rustique son unité et sa beauté.* * * Le style de ce poème n’est pas moins remarquable que sa composition.Les qualités en sont d’ailleurs analogues si, par une transposition constante, Louis Mercier assure l’unité vivante de ces éléments divers : la moisson et l’homme, l’homme au labeur et l’homme à la prière, la nature, l’homme et Dieu.Nous avons signalé déjà comment il célèbre la noblesse des blés, et montre comme un chef couronné de rayons L’épi nouveau promis aux splendeurs de la gerbe.Ici tout concourt à l’effet voulu : la comparaison, le choix de mots relativement rares {chefs) ou haussés en dignité par un pluriel emphatique (promis aux splendeurs de la gerbe), les épithètes {couronné de rayons).De même, si au lieu du mot propre (cimetière), le poète emploie cette périphrase le champ qu’on ne laboure pas, ce n’est pas là pur procédé de style, mais souci d’établir un lien étroit entre la vie et la mort du paysan.Même souci d’analogie dans le tercet où nous voyons les hommes se succéder et tomber comme se succèdent et tombent les épis.Et d’autres sont venus, et, les pas dans leurs pas, Ont levé les épis, pères d’autres semences, En attendant leur tour de s’en aller là-bas.Grâce à ces anlogies progressives, le poète peut ensuite prêter aux épis une sorte d’immortalité (V.17), aux hommes leur renaissance dans l’éternel été (V.19), enfin unifier dans la pensée de la vieille église et la moisson nouvelle et La résurrection des morts couchés près d’elle ; comparaisons, antithèses, alliances de mots, sont ici tout autre chose que manières de parler, tours ou figures ; elles sont la forme nécessaire de la pensée et comme la pensée elle-même. L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE 143 Dans la'seconde partie, le style se fait nécessairement plus simple, et l’on ne peut signaler d’abord que^la sobre convenance de ces premiers distiques : Hosannah sur les blés ! Voici la Fête Dieu, Et la procession marche sous le ciel bleu.Le soleil est encor très haut.Il est trois heures.Des draps blancs sont tendus aux portes des demeures Les terres, cette année, ont de si beaux froments.Qu’ils empêchent de voir les hommes par moments, Et que les saints patrons brodés sur les bannières Ont l’air de cheminer tout seuls dans la lumière.Dans les vers suivants, se trouvent les traits que nous avons déjà signalés en étudiant la composition et la marche du poème : alliances de mots (quatre grands paysans, vétérans des labours), métaphores (le dais.tangue), comparaisons {comme un autre soleil.) épithètes hardies (gosier.rocailleux), antithèses (le Sacrement splendide et tendre.).Mais si chacune de ces images accentue ou met en relief un caractère essentiel des choses ou des hommes, aucune d’elles ne nuit à la simplicité de l’ensemble.Du moins, la dernière seule (le Sacrement splendide) rappelle qu’à la simplicité des hommes et des choses s’associe la grandeur même de Dieu.* * * La versification Quelques indications techniques d’abord.Nous trouvons ici deux formes rythmiques chères à Louis Mercier : le tercet et le distique.Sur le distique, rien à dire sinon qu’il est comme une strophe réduite à sa plus simple expression (2 vers).Comme son nom l’indique, le tercet est un groupe de 3 vers dont les rimes sont ainsi réparties : le premier et le troisième vers riment ensemble, le second imposant sa rime au premier et au troisième vers du tercet suivant.Dès lors, un poème ainsi composé se termine nécessairement par un vers isolé qui rime avec le second vers du dernier tercet.Ainsi lisons-nous ici : L’église, souriant à la moisson nouvelle, Attend dans la prière et la sérénité La résurrection des mots couchés près d’elle.Pour en finir avec la rime, signalons que Louis Mercier fait volontiers rimer un singulier avec un pluriel.Cette liberté n’offre d’ailleurs aucun inconvénient quand la diversité n’existe que pour l’œil, et que l’unité sonore est respectée.Or c’est ici le cas : Dans leur verdure jeune, ils sont déjà superbes.Et portent comme un chef couronné de rayons, L’épi nouveau promis aux splendeurs de la gerbe.Les saints patrons brodés sur les bannières Ont l’air de cheminer tout seuls dans la lumière.Par ailleurs, la rime est toujours suffisante.Elle comporte assez souvent la consonne d’appui : (eté-fecondité, VV.1-3 ; immortalite-éte, VV.D-19 ; blanc-brûlants, VV.33-34 ; ) ; parfois même elle devient riche {sillons-générations, VV.7-9 ; immortalité-sérénité, VV.17-21 : froments-moments, VV.27-28.).Enfin, étant donné la gravité du sujet, et, dans la seconde partie, la lenteur de la démarche, il est tout naturel que les rimes deviennent, en général, un peu sourdes et un peu lourdes (rayons-sillons-générations ; semences, apparences, substance ; froments-moments ; labours-lourds ; rocailleux-bœufs, etc.) Reste le rythme.Lui aussi participe a la gravite, à la solennité de l’ensemble.Même dans la première partie, où les tercets comportent plus de variété, 1 allure reste régulière et noble.Les coupes demeurent assez variées pour que cette régularité ne dégénère pas en monotonie : Voici le moment de l’été Où les blés, dépouillant l’humble forme de l’herbe. 144 L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE L’église est au milieu des blés.Que de sillons Depuis qu’elle se dresse Combien de laboureurs, succombés à la peine.Ont quitté, pour le champ qu’on ne laboure pas.Et d’autres sont venus, et, les -pas dans leurs pas.Or, sachant que la mort n’est rien qu’une apparence.L'église, souriant à la moisson nouvelle.Grâce à certaines de ces coupes, la phrase prend une belle ampleur : Voici le moment de l’été Où les blés, dépouillant l’humble forme de l’herbe, Révèlent leur noblesse et leur fécondité.Ailleurs, même, une période de sept vers, solide, articulée, se présente comme un finale magnifique : Or, sachant que la mort n’est rien qu’une apparence, Sûre que si les blés ont l’immortalité, Les hommes ,qu’ils auront nourris de leur substance, Doivent renaître aussi dans l’éternel été, L’église, souriant à la moisson nouvelle, Attend dans la prière et la sérénité, La résurrection des morts couchés près d’elle.Dans la seconde partie, les distiques se succèdent avec la lente régularité du cortège liturgique lui-même.Le plus souvent, ces deux vers suffisent à la présentation d’un fait, d’un personnage ou d’un groupe : Quatre grands paysans, vétérants des labours, Soutiennent le dais d’or qui tangue à leurs pas lourds ; L’ostensoir que le prêtre appuie à sa poitrine Comme un autre soleil vers le soleil chemine.Cependant le poète sait, à l’occasion, élargir sa phrase ; soit qu’il veuille nous donner la sensation de l’étendue : Les terres, cette année, ont de si beaux froments, Qu’ils empêchent de voir les hommes par moments, Et que les saints patrons brodés sur les bannières Ont l’air de cheminer tout seuls dans la lumière ; soit qu’il rapproche deux faits différents, à la fois, et analogues : Et du même gosier, robuste et rocailleux, Dont ils chantaient, hier, en marchant près des bœufs, Des chantres laboureurs disent, sans la comprendre, La louange du Sacrement splendide et tendre.Ainsi, bon ouvrier ou plutôt “ maître passé ”, Louis Mercier honore-t-il doublement la poésie française, et par la noblesse de son inspiration et par la probité, la sûreté de son art.Gaillard de Champris, professeur à l’Institut catholique de Paris, ex-professeur à l’Université Laval. L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE 145 RÉCITATION “Conservons notre héritage français” Jacques Cartier 1899 Marin, grande est ton œuvre et sans tache ta gloire.Aussi l’écho puissant d’un siècle qui finit Aux descendants des preux rappelle ta mémoire Et, fils d’un grand passé, le présent te bénit.Pourtant nul marbre ici ne redit ton histoire ; Mon regard cherche en vain ton nom sur le granit, Rien ne reste de toi sur ce haut promontaoire Où par surprise un jour l’aigle anglais fit son nid !(1) Console-toi ! le temps de sa puissante griffe Attaquant sans remords le marbre pur, y biffe Les grands noms qu’y grava le ciseau du sculpteur.Mais dans nos cœurs tu peux des ans braver l’outrage.Jusqu’aux bornes du temps sans souci du naufrage.Laisse vaguer ta nef, ô grand navigateur ! Adolphe Poisson.(1) Depuis 1899, un joli monument a été érigé à Québec sur la Place Jacques-Cartier.LECTURE EN CLASSE La Toussaint La Toussaint a été instituée en l’honneur de tous les saints du ciel, c’est-à-dire de toutes les âmes qui ont atteint la sainteté dans des conditions telles, qu’elles méritent de recevoir les hommages publics de l’Église et d’être proposées à l’imitation des fidèles.Parmi ces âmes bienheureuses, il en est beaucoup dont la vertu a été éclatante, mais dont il n’est pas possible de célébrer la fête en particulier.Il en est davantage encore dont la sainteté est restée cachée et qui n’ont pas laissé de traces sur la terre, mais dont Dieu connaît et récompense le mérite.L’Église, comme l’indique l’oraison de la fête, a l’intention de “ vénérer en une même solennité les mérites de tous les saints ”.Elle rappelle qu’ils sont venus de tous les peuples et de toutes les tribus, c’est-à-dire qu’avec la grâce de Dieu il a été possible aux hommes de toutes les races et de toutes les conditions d’arriver à la sainteté.Elle insiste surtout sur l’unité de cette grande famille des créatures raisonnables que Dieu appelle à partager son bonheur.Voilà pourquoi, 146 L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE après avoir rendu ses hommages à l’auguste Trinité et au Verbe incarné et rédempteur, elle salue successivement la Sainte Vierge, les Anges, saint Jean-Baptiste, les apôtres, les martyrs, les confesseurs, les vierges, en un mot, tous les saints, sans même oublier ceux qui ont précédé la venue du Sauveur, les patriarches, les prophètes et les saints docteurs de la loi.C’est ainsi l’Eglise triomphante tout entière qui est acclamée par l’Eglise militante.Bien que la fête ne vise directement que les saints proprement dits, c’est-à-dire ceux que l’Eglise juge dignes d’un culte, il n’est pas interdit à la piété des fidèles de songer aux autres âmes qui sont parvenues au ciel autrement que par les voies héroïques.Ces âmes jouissent du bonheur et de la gloire à un degré qui est en proportion de leurs mérites, et, en les couronnant, comme en couronnant les plus grands saints, Dieu n’a fait que couronner ses propres dons, ainsi qu’aime à le rappeler l’Eglise.Il n’est donc pas hors de propos de louer et de remercier Dieu au sujet de leur salut.LA COMPOSITION PEDAGOGIQUE Aux examens d’aptitude & l’inspectorat Appliquez à l’école primaire cette parole d’un éducateur : interrogateur.” “ Le bon maître est avant tout le bon PLAN Préambule.— Différence entre une classe où l’on interroge et une classe où l’on n’interroge pas.— Différents points à développer : 1.But et portée de l’interrogation.2.Différentes sortes d’interrogations.3.Qualités d’une bonne interrogation Idées a développer Préambule.— L’interrogation est la vie d’une classe ; — dans une classe où l’on interroge, les élèves sont tenus en haleine, actifs, intéressés ; — dans une classe où l’on n’interrogerait pas, ils seraient inattentifs, mornes, somnolents ou distraits, trop passifs dans le travail, ils emploieraient leur activité à de petits jeux sournois.Points a traiter.1.But de l’interrogation.—• Contrôler les connaissances acquises est le but le plus visible, mais l’interrogation a une portée plus étendue : o) elle développe l’intelligence, forçant l’élève à étudier, à se fixer en écoutant, à mettre de la clarté dans ses idées, à parler correctement ; b) elle forme le jugement en obligeant l’enfant à réfléchir ; c) elle forme aussi la volonté et le caractère ; l’enfant timide est encouragé par des questions faciles et la bonté du maître à faire l’effort de parler haut ; l’enfant présomptueux apprend, en se trompant devant toute la classe, à devenir plus modeste.2.Différentes sortes d’interrogation.—• a) Interrogation de contrôle.Au cours d’une leçon orale, le maître interrompt son exposé et fait quelques interrogations pour voir s’il est à la portée de ses auditeurs, c’est-à-dire s’il est écouté, compris, s’il peut avancer ; après une leçon étudiée par l'enfant, l’interrogation, seule, permet au maître de juger si le travail donné a été fait ; — b) Interrogation d’invention ou socratique qui a pour but de faire trouver par l’enfant lui-même, en L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE 147 se servant des connaissances déjà acquises, puis de l’expérience et de la réflexion, ce que l’on veut lui enseigner ; — enfin c) Interrogation d'application qui apprend à l’enfant à voir le côté pratique de ce qu’il étudie.3.Qualités d’une bonne interrogation.— Elle doit d’abord : a) convenir à l’enfant, c’est-à-dire être en rapport avec son intelligence, ses connaissances, son caractère ; •—¦ b) n’être ni trop précipitée ni trop lente.Trop précipitée, elle ne laisse pas le temps de réfléchir ; trop lente, elle laisse l’attention s’échapper et l’ennui venir ; c) ni trop facile ni trop difficile : dans le premier cas, elle aboutit à un bavardage inutile ; dans le second cas, elle décourage ; d) être variée de forme.Il faut appliquer le mot de Montaigne “ faire mettre en cent visages divers ” les mêmes connaissances ; e) donner des connaissances sûres : le bon maître sait d’avance jusqu’où son interrogation doit mener, il ne s’expose pas à être embarrassé lui-même et à s’en tirer par une explication inexacte ou insuffisante.Le maître qui sait ainsi conduire l’interrogation possédera: un savoir certain et suffisamment étendu, la connaissance des caractères, la patience, la fermeté, la clarté et la facilité de la parole — il est donc vrai de dire qu’il sera bon maître, s’il est bon interrogateur.X.^INSTRUCTION CIVIQUE À L’ÉCOLE PRIMAIRE 5e et 6e années, 7e et 8e années PREMIÈRE PARTIE Organisation administrative (locale, scolaire), ecclésiastique et politique de la province de Québec.— Organisation politique du Canada.CHAPITRE PREMIER Sommaire : — Conversation très simples sur : la municipalité locale ; — la municipalité scolaire et les écoles ; — la paroisse, le curé, le vicaire ; — le diocèse, l’évêque, la province ecclésiastique, l’archevêque ; — les tribunaux ; — le gouvernement.LEÇON III ORGANISATION ECCLÉSIASTIQUE I La paroisse — Le curé —Le vicaire 1.1.La paroisse est une fraction du diocèse catholique dont le territoire est délimité par l’autorité ecclésiastique, et où un curé fait les fonctions de pasteur spirituel envers ceux qui l’habitent.D’ordinaire, le territoire de la paroisse est érigé par l’autorité civile en municipalité pour des fins municipales.Un arrondissement non érigé en paroisse canonique mais desservi par un prêtre s’appelle mission.2.La paroisse (1) est administrée au spirituel par le curé qui a charge d’âmes, au temporel par le curé et son conseil de Fabrique, composé des anciens et des nouveaux marguilliers. 148 L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE II.1.Le Curé est un prêtre auquel l’Évêque confie la charge des âmes dans une paroisse.2.Le curé est nommé par l’Évêque.Il administre sa paroisse sous la juridiction de l’Évêque.comme l’Évêque gouverne son diocèse sous la juridiction du Souverain Pontife.III.D ans les paroisses considérables, l’Évêque nomme un ou plusieurs vicaires.Le vicaire est un prêtre adjoint à un curé et sous ses ordres pour l’aider dans son ministère.II Le Diocèse—L’Évêque 1.1.Le diocèse est une partie de la province ecclésiastique, c’est une étendue de pays sous la juridiction religieuse d’un Évêque ou d’un Archevêque.Le diocèse est délimité par l’autorité ecclésiastique et érigé par le Pape.2.Dans la province civile de Québec, il y a douze diocèses et un vicariat apostolique, (quatorze diocèses en ajoutant Ottawa et Pembroke situés partie dans Ontario, partie dans Québec).IL 1.Chaque diocèse est gouverné par un Évêque.L’Évêque est nommé par le Pape : il administre son diocèse sous la juridiction du Souverain Pontife ; il est pour ses diocésains l’organe de l’Église et le représentant de Jésus-Christ sur la terre.2.Les fonctions de l’Évêque sont grandes et saintes.C’est l’Évêque, qui, au nom de l’Église, et sous son autorité, veille sur le dépôt de la Foi, enseigne la Vérité, condamne l’Erreur, veille à la pureté de la morale chrétienne, à l’observation de la discipline, ordonne les prêtres, administre le sacrement de confirmation, crée les paroisses, etc.3.La ville où demeure l’Évêque se nomme Ville épiscopale.11 y a treize villes épiscopales dans la province de Québec.Ce sont : Québec, Montréal, Trois-Rivières, Rimouski, Chicoutimi, Nicolet, Saint-Hyacinthe, Sherbrooke, Valleyfield, Joliette, Havre-Saint-Pierre, Mont-Laurier, Gaspé, St-Jean.III La Province ecclésiastique — L’Archevêque 1.La province ecclésiastique est une étendue de pays comprenant plusieurs diocèses ; elle est érigée par décret du Saint-Siège A la tête de chaque province ecclésiastique se trouve un Archevêque ou métropolitain.La ville où réside l’Archevêque se nomme métropole.Québec et Montréal sont les deux métropoles de la Province de Québec.(Ajoutons Ottawa, dont le métropolitain a juridiction ecclésiastique sur une partie de notre province).II.1.La province ecclésiastique de Québec comprend six diocèses et un vicariat apostolique : Québec, Trois-Rivières, Rimouski, Chicoutimi, Nicolet, Gaspé et le Vicariat apostolique du Golfe St-Laurent.Résidence de l’Archevêque : Québec.2.La province ecclésiastique de Montréal comprend six diocèses : Montréal, Saint-Hyacinthe, Sherbrooke, Valleyfield, Joliette et St-Jean.Résidence de l’Archevêque : Montréal.3.La province d’Ottawa, située partie dans Ontario, partie dans Québec, comprend les diocèses d’Ottawa, de Pembroke, de Mont-Laurier, d’Haileybury et le vicariat apostolique de l’Ontano-Nord.Résidence de l’Archevêque : Ottawa.III.L’Archevêque est le Prélat métropolitain, ou le premier des Évêques d’une province ecclésiastique.Les Évêques sont les suffragants de l’Archevêque.(1) On désigne quelquefois la municipalité locale sous le nom de paroisse civile. L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE 149 QUESTIONS Leçon iii.— Organisation ecclésiastique I I.1.Qu’est-ce que la paroisse?Qu’appelle-t-on desserte ou mission?2.Par qui est administrée la paroisse?II.1.Qu’est-ce que le Curé?2.Par qui est nommé le Curé?III.Qu’est-ce que le vicaire ?II I.1.Qu’est-ce que le diocèse ?Qui érige le diocèse ?Combien de diocèses dans la province de Québec?II.1.Qui gouverne chaque diocèse?Qui nomme l’Évêque?Qui représente l’Évêque?2.Les fonctions de l’Évêque sont-elles grandes et saintes ?Quels sont les principaux pouvoirs de l’Évêque?3.Comment nomme-t-on la ville où demeure l’Évêque?Combien de villes épiscopales dans la province de Québec?Nommez-les.III I.Qu’appelle-t-on province ecclésiastique ?Qui est placé à la tête de chaque province ecclésiastique?Comment nomme-t-on la ville où réside l’Archevêque?Nommez les villes métropoles de la province civile de Québec.II.1.Combien la province ecclésiastique de Québec comprend-elle de diocèses ?Nommez-les.2.Combien la province ecclésiastique de Montréal comprend-elle de diocèses?Nommez-les.3.Combien la province ecclésiastique d’Ottawa comprend-elle de diocèses?Nommez-les.III.Qu’est-ce que l’Archevêque?Que sont les Évêques par rapport à l’Archevêque ?C.-J.Magnan.LECTURE EN CLASSE Le curé Il est un homme dans chaque paroisse qui n’a point de famille, mais qui est de la famille de tout le monde, qu’on appelle comme témoin, comme conseil ou comme agent dans tous les actes les plus solennels de la vie civile, sans lequel on ne peut ni naître ni mourir, qui prend l’homme au sein de sa mère et ne le laisse qu’à la tombe, qui bénit ou consacre le berceau, le lit de mort et le cercueil ; un homme que les petits enfants s’accoutument à aimer, à vénérer et à craindre ; que les inconnus même appellent mon -père, aux pieds duquel les chrétiens vont répandre leurs aveux les plus intimes, leurs larmes les plus secrètes ; un homme qui est le consolateur par état de toutes les misères de l’âme et du corps, l’intermédiaire obligé de la richesse et de l’indigence, qui voit le riche et le pauvre frapper tour à tour à sa porte: le riche pour y verser l’aumône secrète, le pauvre pour la recevoir sans rougir ; qui, n’étant d’aucun rang social, tient également à toutes les classes : aux classes inférieures, par l’humilité de la naissance; aux classes élevées par l’éducation, la science et l’élévation de sentiments qu’une religion philanthropique inspire et commande, un homme, enfin, qui sait tout, qui a le droit de tout dire, et dont la parole tombe de haut sur les intelligences et sur les cœurs avec l’autorité d’une mission divine et l’empire d’une foi toute faite! c’est le curé.Lamartine. 150 L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE ESSAI DE COMPOSITION {Portrait) Un navigateur québécois C’était un vieux et honnête navigateur de la côte de Beaupré, près de Québec.Il ne connaissait ni la grand’mer, ni la ville, ni les terres fertiles, ni les beautés des Laurentides.Il avait vécu sur le Saint-Laurent, entre l’île d’Orléans et la côte Nord.Sa science se bornait à savoir qu’il fait chaud en été, qu’en hiver il neige et grêle ; qu’il faut veiller au grain quand le bateau flotte, pour éviter les dégâts ; que les marées sont fortes au printemps et à l’automne aux jours de pleine lune ; qu’entre ces marées, l’hiver, le bateau doit être “ aux écarts ” ; où on le retape.D’une saison à l’autre il ressassait le prix du bois et de la roche, en dissertant du “ noroit ” et du “ seuroit ” qui n’avaient pour lui aucun secret.Quand, par le soleil de midi, à l’heure où les laboureurs se reposent, le bonhomme sortait de son chez soi terrestre pour dire un second bonjour à son bateau, c’était plaisir de voir sa haute taille et ses larges épaules, son pas branlant, sa figure basannée, son front profondément ridé, ses petits yeux riants, la blague au bord des lèvres, et dans sa bouche un antique brûle-gueule toujours éteint : “ Notre pays fournit le monde de bois et de papier ”, disait quelquefois alors le bonhomme, puis droit comme un mât, les yeux pleins du bleu Saint-Laurent, il tirait une bordée vers sa chère église accrochée aux premiers raidillons laurentiens, et qui ne le voyait pas moins que chaque dimanche.Frère Arsène-Louis, de V Instruction Chrétienne.LA DECOUVERTE DU MISSISSIPI Leçon donnée a des élèves de 1ere année d’école normale.Elle peut convenir AUSSI AUX ÉLÈVES DE 7E ET 8E ANNÉE DE L’ÉCOLE PRIMAIRE COMPLÉMENTAIRE J’ai donné à ma leçon la forme expositive, puisque je parle à des Normaliennes de 1ère année élémentaire.Je me suis fixé comme plan de ma causerie ce tableau synoptique : - A.Les personnages.— B.Leur mission.- C.Le voyage.- D.Son résultat.Afin de remplir le mieux possible le rôle qui m’incombe en ce moment, j’ai longuement consulté plusieurs auteurs que j’indique à la fin de la leçon. L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE 151 Leçon Nous avons, mes chères compagnes, comme sujet de leçon, une page bien intéressante de notre belle histoire du Canada, page que vous connaissez déjà sans doute, mais que nous aurons du plaisir à approfondir ensemble.— Faisons d’abord plus ample connaissance avec les deux héros de l’expédition au Mississipi.Leurs noms vous sont familiers depuis longtemps.(Ici, poser à mes élèves, les questions suivantes :) Quels sont les découvreurs du Mississipi?En quelle année?Sous quel gouverneur français ?Quel était alors l’intendant de la Nouvelle-France ?A.Les personnages Saluons en premier lieu le pieux jésuite, Jacques Marquette.Né en France, en 1637 (à Laon), il était par sa mère, Rose de la Salle, de la famille de saint Jean-Baptiste de la Salle, le fondateur des Frères des Écoles chrétiennes.Jacques Marquette entra à dix-sept ans dans la Compagnie de Jésus et fut envoyé aux Missions canadiennes en 1666, il avait vingt-neuf ans.Dès 1668, il parcourait les Pays d’En-Haut et desservait la mission du Saint-Esprit à l’extrémité ouest du Lac Supérieur.Bientôt il fonda la mission Saint-Ignace sur la presqu’île formée par le lac Supérieur et le lac Michigan.Le Père Marquette ne tarda pas à se familiariser avec les langues indiennes et il ne cessait d’interroger les indigènes sur les régions du sud et de l’ouest.C’est ainsi qu’il apprit des Illinois l’existence d’une rivière très large, coulant vers le sud, dont on n’avait jamais pu trouver l’embouchure.Le Père Marquette pensait souvent à ce cours d’eau, voyant là le passage tant cherché vers la mer du Sud ou vers la Chine.Ce missionnaire en qui s’allumait le désir d’explorer des contrées nouvelles était, physiquement, plutôt petit et délicat, bien peu armé pour la rude vie qu’il menait : “ épaules étroites, poitrine mince, voix douce et voilée, mais son regard brûlant donnait l’impression d’une énergie inépuisable.” (1) Et voici le magnifique portrait moral que j’ai extrait de Les Canadiens du Michigan : (2) Lecture Les contemporains de Marquette parlent avec admiration de sa douceur, qui le rendait aimable à tout le monde, de sa candeur d’enfant, de sa chasteté angélique, de son union continuelle avec Dieu, de sa dévotion particulière à Marie.Pour l’historien il constituera toujours, avec Ménard et Allouez, le type de l’apôtre-explorateur, l’un des plus beaux que l’on puisse rêver.Ces hommes réunissaient dans leur âme deux éléments : ils avaient la soif des vastes horizons de l’inconnu, et, répudiant toutes les jouissances de ce monde, ils brûlaient de se sacrifier pour la gloire de Dieu.Arrivés ici quand l’Ouest n’était encore qu’un immense désert dont nul ne connaissait le secret, ils cherchèrent à gagner de plus en plus dans l’intérieur, à la recherche d’âmes à sauver, de pays à conquérir à la Foi.Ils s’adaptaient autant que possible aux idées, aux usages, à la nourriture des indigènes,, et ne revenaient que passagèrement à la civilisation, quand c’était nécessaire.Us n’avaient qu’une seule préoccupation pour le temporel, celle d’étendre la domination de la France, et encore était-ce parce que le nom de leur patrie était synonyme de catholicisme, parce que son agrandissement offrait le moyen le plus efficace de combattre l’influence anglo-protestante.Seuls et sans appui ils ont traversé les premiers une région aussi large que l’Europe, ne semant partout chez les indigènes que des paroles de paix et d’amour.Renouons aussi connaissance avec Jolliet : c’est un vrai Canadien français, celui-là, né à Québec de Jean Jolliet et de Marie d’Abancourt, tous deux venus de France.Son père mourut alors que Louis était encore jeune ; les Pères Jésuites se chargèrent de son éducation et il fit ses études à leur collège.Grandissant parmi les apôtres de l’Evangile, témoin de leurs actes de vertu ou auditeur attentif de récits héroïques, Louis souhaitait être un jour pareil à eux, il entra à leur Noviciat. 152 L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE C’est à cette époque qu’une discussion philosophique le mit aux prises avec l’intendant Talon, lui-même ancien élève des Jésuites de Clermont et ami de la controverse.Talon remarqua Louis Jolliet et se souvint de lui lorsque, plus tard, il eut besoin d’un homme de confiance et de science.Jolliet, au sortir du Noviciat, (il n’avait pas la vocation religieuse) fit un voyage en France (1667) — Voyage d’études —, il revint (1668), ayant appris l’art de dresser une carte marine, d’indiquer le cours des fleuves, de fixer la position d’une terre inconnue.Il brûlait de découvertes.Talon réalisa ses vœux en le chargeant de trouver les fameuses mines de cuivre que recélait la région des Grands Lacs.C’est au cours de cette excursion que Louis rencontra le Père Marquette et dès les premiers entretiens, ils évoquèrent l’ombre fabuleuse et fascinatrice du grand Meschacébé.“Nous irons”, se disaient-ils, et il se noua entre eux des liens de solide amitié.Voilà, à grands traits, la physionomie des deux pionniers destinés par la Providence au geste immortel : la découverte du Mississipi.B.Leur Mission Depuis longtemps, puisque le rêve hantait Colomb, Cartier, Champlain, on cherchait la route fameuse, ce passage menant à la Chine ou aux Indes.Le trouver devenait un désir de plus en plus tenace, à mesure que missionnaires, explorateurs et trappeurs entendaient les Sauvages assurer l’existence d’un superbe fleuve dont on ignorait l’issue.Talon s’intéressait à la question et jugeait expédient de tenter l’aventure.L’exploration fut donc décidée et approuvée par Frontenac.Cette fois encore, l’intendant songea à Jolliet pour mener à bien cette affaire ; Jolliet, à son tour, songea au Père Marquette.Des cinq Français, ses autres compagnons, les noms ne sont malheureusement pas entrés dans l’histoire.C’est à l’automne de 1672 que Jolliet reçoit sa mission et il doit hâter ses préparatifs pour être, avant l’hiver, au poste Michilimakinac.Il y arrive le 8 décembre, note le Père Marquette dans son récit : “ jour de l’Immaculée-Conception de la Sainte Vierge que j’ai toujours invoquée depuis que je suis en ce pays pour obtenir la grâce de visiter les bourgades qui sont sur la rivière Mississipi.” (3) Pour l’âme du pieux apôtre, cette coïncidence doit être une consolation.C.Le voyage Nous voici au point central du récit ; l’expédition commence.Prenons place dans les canots et suivons nos vaillants explorateurs.C’est le 13 mai 1673.(4) Permettez que j’emprunte le récit du départ à un ouvrage récent : Né à Québec : (5) Lecture A la mission Saint-Ignace, le 13 mai 1673.C’était l’aube.Les Indiens s’affairaient autour des canots.Des Hurons au regard inquiet.Il y avait eu des songes.Les présages étaient mauvais.Les vieux désapprouvaient l’expédition.Ils aimaient Marquette, la Robe-de-la-Douceur.Et son ami, ce jeune chef aux cheveux blonds, bravait les dieux.De l’est venaient les Iroquois, mais que pouvait apporter le sud, l’Inconnu ?Une brume ouatée flottait sur le lac.Marquette grelottait, toussait.Son visage, sous la barbe noire, s’était encore creusé.A un porteur qui plaisantait sur l’existence de ce fleuve que nul témoin n’avait pu encore se vanter d’avoir vu, Marquette, en souriant, répondit par les adieux d’Isabelle-la-Catholique à Colomb : “ Si la terre n’est pas créée, Dieu la fera jaillir pour Toi du néant, afin de justifier ton audace ”.Deux canots.Jolliet y fit ranger la pacotille, les sacs de sel, les calumets empennés de plumes blanches, et cette cassette de bois brun qui renfermait l’astrolabe, la boussole, celle de ses premiers voyages — la carte approximative tracée sur les indications des sauvages, des rouleaux de papiers L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE 153 durs.Marquette portait la pierre du Sacrifice et le calice sacré.Les deux hommes échangèrent un regard, Jolliet donna un ordre bref.Pour un moment, les pagayeurs s’immobilisèrent.Ils étaient cinq.Alors Marquette, les mains jointes, invoqua la Vierge à haute voix et fit le vœu, si l’expédition réussissait, de donner au fleuve fabuleux le nom de Conception.Tous se signèrent.Et, sur un geste de Jolliet, les pagaies — cinq éclairs — trouèrent l’eau sombre.Le soleil se levait.Voilà donc les voyageurs en route, “ faisant jouer joyeusement l’aviron ”, dit le vieux récit.Ils entrent dans la Baie Verte ou Baie des Puants.Là, au fond de la baie, ils pénètrent dans la rivière des Outagamis qu’ils remontent jusqu’à sa source.Un court portage de 2,700 pas, et de nouveau les canots se balancent sur la rivière Wisconsin.C’est bientôt la victoire puisque, d’après les renseignements recueillis, ils ne sont qu’à quelques jours de navigation du grand Meschacébé, Mitchi Sibi, Micbi Sipi, Enfin : Mississipi ou Grande Rivière.(6) Le Wisconsin, disent les Sauvages, se déverse sûrement dans le Meschacébé.Le Wisconsin est large, mais la navigation y est difficile à cause des bancs de sable qui en obstruent le cours ; un grand nombre d’îles couvertes de vignes sauvages émergent des flots ; les rives sont ombragées par des chênes, des noyers et des tilleuls, ou bien simplement couvertes d’un tapis de verdure ; on y aperçoit des chevreuils et des vaches (bisons) qui paissent par troupeaux.Chaque soir les voyageurs s’arrêtent et campent sur le rivage désert.Je cède la parole à Ernest Gagnon pour vous faire jouir, mes chères compagnes, d’une page que je trouve bien belle : (7) Lecture Chaque soir ils s’arrêtent pour camper sur la rive déserte.Arrêtons-nous nous-mêmes un instant pour contempler le tableau qu’offre alors ce groupe de Français, si sublimes de courage, de désintéressement, de virile simplicité.Au fond de la plupart des expéditions qui marquèrent les commencements des diverses colonies des deux Amériques, on trouve, à un degré plus ou moins accusé, l’idée du lucre, de la domination, de l’ambition d’arriver à des jouissances vulgaires.Combien est dégagée de toutes préoccupation analogue l’âme des explorateurs que nous voyons faire halte sur ce rivage inconnu du nouveau monde ! Le missionnaire s’entretient familièrement avec ses compagnons ; il parle de la douce France, qu’il a quittée pour aller à la conquête des âmes, du Christ Jésus dont il est le disciple et l’apôtre ; il parle de cette créature privilégiée qu’il vénère entre toutes, dont l’âme, blanche comme la corolle des lis, n’a jamais été flétrie par la moindre souillure.Jolliet note les observations géologiques de l’un de ses canotiers, qui a quelque expérience des mines ; armé de son astrolabe, le chef de l’expédition interroge le ciel, où se détache, lumineuse, cette “ faucille d’or ” dont parle le poète.Tous font la prière “ en commun ” et méditent sur le suprême voyage qui est le terme de toute vie humaine.Enfin, le Mississipi ! C’est le 17 juin 1673, un samedi : sourire de l’immaculée à son dévoué serviteur.Les frêles canots d’écorce semblent perdus Sur ce grand fleuve aux eaux lentes et profondes.Une date nouvelle s’inscrit dans notre histoire et Fréchette, rêvant sur la page qui nous occupe s’est écrié : Jolliet, Jolliet, quel spectacle féerique Dut frapper ton regard quand ta nef historique Bondit sur les flots d’or du grand fleuve inconnu ! (8) Pendant huit jours, les voyageurs descendent le cours majestueux de la rivière sans voir aucune figure humaine.Le soir, ils mettent pied à terre pour y allumer un feu et préparer leur repas ; ils se délassent en marchant sur la grève, mais, par mesure de prudence, regagnent le large pour le repos de la nuit.Un homme veille dans chaque 154 L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE canot ancré, tant pour avertir de l’approche des dangers possibles que pour faire contrepoids aux mouvements inconscients des dormeurs : il suffit de peu de chose pour faire chavirer un canot d’écorce.Les voyageurs font donc ainsi plus de soixante lieues sans rencontrer d’êtres humains.Le 25 juin, un dimanche, ils aperçoivent au bord de l’eau des marques de pieds d’hommes : les découvreurs arrivent au pays des Illinois.Ils suivent pendant environ deux lieues un petit sentier battu qui les conduit à une bourgade.Les sauvages leur font une cordiale réception et leur chef souhaite la bienvenue aux étrangers en termes éloquents : “ Que le soleil est beau, Français, quand tu nous visites et que tu entres en paix dans nos cabanes.” —Le Père Marquette, qui connaît l’idiome de cette tribu, profite de la bienveillance du chef pour prêcher Jésus-Crucifié.— Au départ, six cents Sauvages conduisent les voyageurs à leurs canots.Les embarcations reprennent leur course aventureuse.C’est l’embouchure de la rivière des Illinois, celle du Missouri, de l’Ohio, enfin, la rivière Arkansas.Les Sauvages font bonne réception et apprennent aux Français qu’ils ne sont qu’à cinq jours du golfe du Mexique, mais les mettent en garde contre les tribus du sud.Atteindre l’embouchure du Mississipi serait pour les explorateurs une grande satisfaction, ce serait une gloire! Iront-ils jusque là?.Il faut compter avec les Espagnols, leurs alliés sauvages, les fièvres.Jollist et Marquette tiennent conseil, tout est pesé et le retour décidé : il ne faut pas risquer le fruit de tant d’efforts.Retour pénible, sous un soleil de feu, harcelés par les moustiques, ramant contre le courant.— A la rivière des Illinois, Jolliet décide de laisser le Mississipi et de remonter cette rivière qu’il ne connaît pas mais dont la source, il le croit du moins, n’est pas loin du lac Michigan.Des indiens s’offrent à le conduire : de la rivière des Illinois, on passe dans la rivière des Plaines, puis dans une autre qui se jette près de la bourgade Chicagou, le Chicago actuel, au sud du Lac Michigan.Encore cent lieues de navigation et c’est la Baie Verte.Le Père Marquette semble exténué.Jolliet insiste pour le ramener au Sault Sainte-Marie ou au moins à sa mission Saint-Ignace.L’apôtre refuse : il y a là des vieillards à soigner, des néophytes à instruire, des enfants à baptiser.— C’est l’adieu ! Se reverront-ils ?l’histoire n’assure rien (9).— Le Père Marquette meurt deux ans plus tard, à 38 ans, le 19 mai 1675.Jolliet se rend au Sault Sainte-Marie ; il y passe l’hiver non pas inactif, car il dresse une grande carte détaillée de tous les endroits visités, il indique ses observations, celles de ses compagnons.Puis il rédige son journal de voyage.Au printemps, fin de mai 1674, il part pour Québec avec un canotier et un petit indien.(Cet enfant, je ne l’ai pas dit plus haut, lui avait été donné par le chef des Illinois.D’une vive intelligence, l’enfant apprit à lire et à écrire en Français pendant l’hiver et le Père Dreuillettes lui montra le catéchisme.On croit qu’il fut baptisé avant son départ pour Québec et reçut le nom de “ Louis ”.) Aux rapides de Lachine, le canot renverse, les compagnons de Jolliet se noient et lui-même n’est sauvé par des pêcheurs qu’après quatre heures de lutte contre le courant : un miracle de la Vierge qu’il avait priée de toute son âme pendant ces heures d’angoisses.Carte, journal, “ raretés ”, tout est au fond de l’eau.Jolliet est reçu à Québec avec enthousiasme ; les cloches sonnent à son arrivée.Il rend compte verbalement et de mémoire de sa mission : Frontenac est vivement intéressé et Talon envoie en France un rapport enthousiaste.Comme récompense de ses services, Jolliet reçoit la seigneurie de l’île d’Anticosti.(10) D.Résultat de l’expédition La découverte du Mississipi ouvrait un vaste domaine à la colonisation et à la propagation de l’Évangile ; elle établissait des communications avec le golfe du Mexique ; elle mettait fin à l’expansion de la Nouvelle-Angleterre réduite à l’étroite L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE 155 bande qui s’étend de la mer aux Alléghanys ; par le Missouri, elle permettait de songer à un passage nouveau pour atteindre l’océan Pacifique.— Cependant, il restait à prendre officiellement possession de ce vaste domaine : ce sera l’œuvre de Robert Cavelier de la Salle.But éducatif Et quel sera pour nous, mes chères compagnes, le résultat pratique de cette longue randonnée en compagnie des nobles personnages que sont Jolliet et le Père Marquette ?Quelle leçon garderons-nous du contact de ces belles âmes ?Ne nous parlent-ils pas de bien servir Dieu et la patrie ?Dans la future école paroissiale qui sera notre champ d’action et d’exploration, servons bien les meilleurs intérêts religieux et patriotiques de notre Canada, de notre Province de Québec, en formant de notre mieux les enfants qui nous seront confiés.Bibliographie (1) Né à Québec, par Alain Grandbois, page 117.(2) Les Canadiens du Michigan, par T.Saint-Pierre, pages 27 et 28.(3) Cité par Ernest Gagnon dans Louis Jolliet, page 34.(4) Le 13 mai, dans Louis Jolliet par Ernest Gagnon ; il cite les premières lignes du récit du Père Marquette, publié par Thévenot en 1681.— D’autres auteurs fixent le départ au 17 mai.(5) Né à Québec, par Alain Grandbois, page 161.(6) Louis Jolliet, par Ernest Gagnon, page 45.(7) Louis Jolliet, par Ernest Gagnon, page 48.(8) La légende d'un peuple, par Louis Fréchette, page 101, édition Beauchemin, 1908.(9) Louis Jolliet, par Ernest Gagnon, page 81.(10) Voir aussi le chapitre VIII de l'Histoire de la race française aux Étals Unis, par l’abbé D.-M.-A.Magnan — Paris 1913.Isabelle Bouchard, Elève du cours supérieur de VEcole normale de Roberval.LA BOTANIQUE À L’ÉCOLE RURALE (Pour Y Enseignement Primaire) Novembre : — Les plantes malfaisantes — Les dangers qu’elles présentent—La Cicutaire maculée — La Ciguë maculée — Le Panais sauvage—Le Sumac toxique.Nous voici en novembre.Le vent souffle dans les bois et fait tournoyer les feuilles mortes, il pleut souvent.Les champs si beaux, si invitants il y a quelques semaines, ne nous attirent plus.Ce n’est donc plus une herborisation que nous ferons aujourd’hui, mais une petite étude de certaines plantes malfaisantes, afin que lorsque vous les rencontrerez, le printemps prochain, vous vous en éloigniez, et ceci vous servira pour toute votre vie.Eh ! bien oui, mes petits amis, si beaucoup de plantes nous sont de la plus grande utilité, il en est d’autres qui sont très dangereuses parce qu’elles sont vénéneuses.Il est donc nécessaire de lesbien connaître.Bon nombre d’enfants ont la mauvaise habitude de porter à leur bouche tout ce qui leur tombe sous la main.Si dans un champ ils aperçoivent une plante avec des graines ou des fruits, vite ils y goûtent ; à défaut de graines, ils mâchonnent les feuilles ou les racines. 156 L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE ce qui peut amener de graves accidents, puisque certaines de nos plantes contiennent du poison.A la tête des plantes dangereuses, se placent : la Cicutaire maculée—Carotte à Moreau, la Ciguë maculée — Ciguë d'Europe, le Panais sauvage, toutes trois de la famille des Ombellifères, le Sumac toxique ¦— Herbe à la puce.Un mot des Ombellifères.Chez les Ombellifères, les fleurs sont très petites et groupées en grand nombre à l’extrémité des branches principales ; elles sont disposées en ombelles ordinairement composées.De l’extrémité de la branche qui supporte des fleurs, s’échappent un certain nombre de pédoncules qui divergent comme les baleines d’un parapluie.Si l’ombelle est composée, chacun de ces pédoncules est terminé, à son tour, par un bouquet de pédoncules plus petits, formant une ombellule : ce sont ceux-ci qui se terminent par les fleurs.A la naissance des ombelles et des ombellules, il existe presque toujours des bractées (petites feuilles) qui constituent l’involucre (Réunion de bractées).Les Ombellifères sont importantes au point de vue alimentaire et médé-cinal.Elles contiennent des substances aromatiques dans leurs tiges, leurs feuilles et leurs fruits.Ces substances sont renfermées dans de petits canaux qu’on aperçoit très bien dans le fruit, en coupant celui-ci de travers.Les Ombellifères les plus employées pour leur arôme sont : l’Anis ou Carvi consommé à l’état de fruits, l’Angélique dont les tiges sont utilisées par les confiseurs, après avoir subi la cuisson qui les débarrasse des substances âcres: D’autres Ombellifères sont dépourvues de principes âcres ou vénéneux, on les emploie dans l’alimentation.La Carotte, le Panais, le Céleri, le Persil et le Cerfeuil en sont des exemples.Enfin, d’autres Ombellifères contiennent des substances vénéneuses qui les rendent dangereuses.Telles sont les trois que je vous ai déjà nommées.La Cicutaire maculée-— Cicuta maculata— Carotte à Moreau est une plante à tiges épaisses, creuses et articulées, à longues branches de 3 à 6 po.de longueur, parfaitement lisses, vert pâle, marquées de lignes pourpres.La racine est formée de tubercules charnus, en forme de fuseaux, comme de petits panais.Les feuilles sont composées, dentées, subdivisées deux ou trois fois, à la base élargie, embrassantes.Les fleurs sont petites, blanches, en ombelles composées, de 1 à 4 po.de diamètre.La Cicutaire fleurit de juillet à août, les graines mûrissent d’août à septembre.Elle se rencontre dans les terrains bas, le long des cours d’eau.Les racines et les graines contiennent un poison violent (Cicutoxine) pour l’homme aussi bien que pour les animaux de la ferme.Ces derniers, surtout les bêtes à cornes, les arrachent en broutant, au printemps, et en sont très friands.Lorsque les animaux sont mis dehors, à la fin de l’hiver, ils trouvent peu de plantes vertes à manger, aussi, en paissant dans les lieux humides, où la Cicutaire se plaît, ils trouvent les nouvelles pousses et en les mangeant, ils arrachent les racines qui viennent facilement, car cette plante a peu de racines fibreuses (en forme de fil), alors ils s’empoisonnent.Non seulement les racines ressemblent à de petites racines de panais, mais, comme ces dernières elles ont une forte odeur aromatique qui les fait beaucoup aimer des animaux et qui trompent les personnes.On assure que la Cicutaire fleurie, fauchée et fanée avec le foin, ne produit aucun effet sur le bétail qui en mange, que seules les plantes portant les graines mûres sont dangereuses.Toute la plante néanmoins contient un principe vénéneux, quoiqu’il soit vrai qu’il s’en trouve en plus grande proportion dans les racines et les graines.Voici les symptômes de l’empoisonnement sur les personnes : douleurs dans la région de T«stomac, nausées, diarrhée, dilatation de la pupille de l’œil, respiration difficile, écume à la bouche, pouls faible, intermittent et rapide, convulsions, inconscience.Une très petite quantité de Cicutaire suffit pour causer la mort.On traite le sujet empoisonné en provoquant des vomissements rapides et abondants par l’absorption d’eau salée.Après rejet, frictions énergiques sur tous les membres.11 faut empêcher le malade de dormir, le soutenir et le faire promener en attendant l’arrivée du médecin.la Ciguë maculée— Conium maculatum — Ciguë d'Europe a la tige veineuse, cylindrique, creuse et parsemée de taches pourprées dans la partie inferieure.Les feuilles sont d un vert foncé et très finement dentées, c’est ce qui la distingue de la Cicutaire maculée que plusieurs confondent.L’histoire ancienne nous fait connaître que c’est de cette plante que les Athéniens tiraient le breuvage qu’ils faisaient prendre à leurs condamnés à mort.Vous apprendrez plus tard que Socrate, un grand savant grec, a été condamné à boire de la Ciguë. L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE 157 PLAMTES mLFHl5AMTES ~ FRUI T WniULE_______(tKrxldïxlüuL^ GEhRE, EîïPEXX-CijtalZl^ 'rnaXuJxxtcL/ MOM.CvXU-LuAt, /mstn i !/ t.CoajjCCL; OL/ 'YYIoWujl onOLLLULtb : BRACTEES FRUIT ^rnJfcttL^tAjL GEMRE^ÎjPECE CstHuiirn /mnrn bîTim non.CuiixL YnaxuxlljL Ci-oui.d &ax-\x>^xL/ R^mlle.©mlcuiiiAM/ 6OiR£^5PECE-0U£>VjScA, AatUrtv nor(.J3^ukxA' CüJXi>vô (JuvioÎA FAMILLE______ÛAXaOïfldlJjCLCjjA GErHRE,L5P£CE.RKu4 5wXû£U*uhr* NOM-
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