L'enseignement primaire : journal d'éducation et d'instruction, 1 mai 1937, Mai
58e Vol.Québec, Mai 1937 N° 9 L'ENSEIGNEMENT PRIMAIRE ÉDUCATION — INSTRUCTION IMPORTANT AVIS AUX ABONNÉS Comme Y Enseignement Primaire, après une carrière de 57 années, sans interruption aucune, subira bientôt de profondes modifications, l’Administrateur de la revue prie les abonnés de ne pas renouveler leur abonnement pour la prochaine année scolaire.PÉDAGOGIE “ D’UNE ÉCOLE A L’AUTRE ” Le cercle pédagogique Desrosiers a récemment publié la livraison N° 1 des “ Vendredis de l’École normale Jacques-Cartier ”.Cette livraison renferme deux conférences de M.Joseph Dansereau, principal adjoint de l’école primaire supérieure, Le Plateau, Montréal.Ces deux conférences abondent en idées justes et généreuses : nous en recommandons la lecture au personnel enseignant.M.Dansereau ne méprise ni “ l’école du passé ”, ni les éducateurs qui ont laborieusement peiné et tracé la voie à la génération actuelle.A l’encontre de certains réformateurs plus ardents que judicieux, M.Dansereau est d’avis que : “ Honnir l’école du passé, c’est facile, mais c’est injuste et sûrement stérile.L’adapter au présent, voilà ce qui compte.” Et plus loin : “ Notre rôle n’en est donc pas un de ronflantes accusations du passé, mais d’intelligente et tenace application à administrer d’après les exigences du moment, l’héritage confié.On ne nous jugera pas d’après nos attaques contre le passé, mais d’après notre habileté à le réparer, à le compléter et d’après l’impulsion qu’à notre tour nous imprimerons à notre vie nationale.” On ne saurait mieux dire.L’école primaire, “ l’école du passé ” n’a pas joué le rôle néfaste qu’on lui attribue trop à la légère, il semble, pour des fins plutôt de polémiques que d’améliorations opportunes et de réformes généreusement inspirées. 562 L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE Pour être juste envers l’école primaire, “ la pelée, la galeuse, d’où nous vient tout le mal ”, ne faudrait-il pas dire et redire que dans le passé elle a toujours été le parente pauvre, celle qui recèvait une 'piastre quand l’enseignement spécial et l’enseignement supérieur en recevaient cent.N’insistons pas.L’histoire, l’histoire impartiale, l’histoire prochaine devra revenir sur ce- sujet, où ceux qui, avec un réel mérite, ont porté le flambeau de l’instruction en notre province depuis cinquante ans, recevront mieux que des horions et des injures.M.Dansereau, avec une grandeur d’âme qui l’honore, reconnaît que “ l’école du passé” a laissé un héritage digne de la jeune génération, pleine d’ardeur et animée d’un patriotisme intense et débordant.“ Le passé, dit M.Dansereau, nous a conduits, tous, au moment présent et au seuil de l'avenir.C’est son mérite indiscutable.Le climat nouveau, en passe de transformer la mentalité canadienne-française, ne suscitera chez nous des réalités nouvelles que si nous utilisons les matériaux du passé.Donc l’œuvre de notre enseignement n’a pas été stérile: elle laisse un héritage précieux qui ne demande qu’à être développé et orienté, avec prudence et mesure, vers les aspirations de la génération nouvelle.D’ailleurs, cette génération nouvelle, si éveillée, si ardente, si généreuse, ne fait-elle pas honneur à la Province de Québec par ses nombreux écrivains, orateurs et conférenciers ?Et d’où sort cette génération brillante, sinon de nos écoles et de nos collèges ?Donc .Dans un article de l’École Canadienne de janvier 1937, M.René Guénette exprime, d’une autre façon, des idées identiques à celles parues dans D’une école à Vautre : “ Savoir la mesure, la charité, l’humilité, vertus qui permettent à deux compatriotes de différer honnêtement d’opinions sans se dire des injures.” Nous retrouvons aussi cette note “ raisonnable ”, pleine de bon sens, sous la plume de l’un des rédacteurs de l’Action catholique, M.L.-P.Eoy.Voici ce qu’il écrivait à la date du 28 décembre 1936 : “ Nous reproduisons de Sept l’article qui suit.Ne le dirait-on pas écrit pour le Québec ?“ Nos lecteurs constateront une fois de plus combien ont tort ceux qui traitent d’ignorants, d’arriérés, d’imbéciles, de toqués les maîtres de notre enseignement.Ils ont tort parce que les éducateurs de France qu’on nous cite souvent en modèles se plaignent pareillement des maux dont nous souffrons.“ D’autre part, nos lecteurs constateront aussi combien ils ont raison ceux qui, désireux d’améliorer notre enseignement, se permettent des suggestions.Ils ont raison puisque nos cousins de France réclament la même adaptation de leur enseignement aux circonstances nouvelles et aux besoins nouveaux.“ Deux observations contradictoires, direz-vous.Non pas! Certains changements peuvent s’imposer aujourd’hui qu’il eut été imprudent de faire hier.On peut suggérer, voire même critiquer sans dénigrer ou lapider.” On se plaint, non sans raison, du peu de soin que nous apportons à bien parler notre langue, la langue française.Il en est de même en France.Voici ce qu’un écrivain de marque, Louis Latzarus, écrivait dans Les Nouvelles Littéraires de décembre 1936 : “ Mais la langue française, dont Rivarol disait qu’elle était la seule qui eût une probité attachée à son génie, est en train de mourir tout au moins sur les lèvres.Elle devient, dans la conversation courante, l’instrument le moins sûr et le plus grossier.Elle emploie des mots nés sur la borne qui ont des significations contradictoires, entre lesquelles on ne peut choisir que grâce L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE 563 à l’intonation et au geste.Il y a un français vulgaire qui étouffe le français classique, un mauvais français qui assassine le bon français.On ne l’écrit pas encore, ou guère, mais on y viendra tout à l’heure.“Entoutcas,combien y a-t-il de bacheliers capables encore d’écrire l’autre, au long d’une page entière ?” Dans une revue pédagogique, non catholique, de la région parisienne, YÊcole et la Vie, du 21 novembre 1936, je lis ce qui suit au sujet de la composition au Certificat d’études : “ Chaque année, je constate que la majorité des devoirs est notée de 2 à 6, peut-être même avec quelque bienveillance.Pauvreté d’imagination, incorrections d’orthographe et d’expression, digressions, textes retenus de mémoire et insérés au hasard, tels sont les défauts les plus communs.” Ce qui précède est détaché d’un article signé d’un Inspecteur de l’Enseignement primaire., Une autre revue française, catholique, celle-là, L’École, organe de l’enseignement libre, commence ainsi un article intitulé : “ Habituons les élèves à bien lire ” : “ Nous avons en vue, ici, les demi-illettrés, qui pullulent dans toutes les écoles, tous ceux qui lisent assez mal pour perdre la plupart des bienfaits de la lecture.Ils sont légions ! Pour s’en convaincre, il n’y a qu’à prêter l’oreille lors de la leçon de lecture dans une classe, ou mieux, au moment de l’épreuve aux examens, depuis le certificat d’études primaires jusqu’au brevet, et même, affirment les juges compétents, fort au-delà.” Ne croirait-on pas lire un critique de chez nous.Certes, les doléances qui précèdent s’adressent aussi à nos écoles, indirectement, car notre enseignement primaire n’est pas sans faiblesse, et c’est le devoir de tous les maîtres véritables d’y remédier courageusement.Mais il serait injuste de croire qu’en dehors de la Province de Québec tout soit parfait.Quoi qu’il en soit, n’est-il pas convenable, obligatoire même de traiter la question de l’éducation suivant les règles de la bonne éducation ?Qu’il me soit donc permis d’exprimer objectivement quelquex réflexions sur la question du jour.Ce qui presse dans le moment, je crois, ce n’est pas tant le procès de notre enseignement qu’une campagne de presse et de conférence appuyant d’abord le vœu du Comité catholique du Conseil de l’Instruction publique, recommandant à la Législature de fixer par une loi un minimum de traitement en faveur des institutrices.Ce vœu a reçu l’approbation unanime des archevêques et évêques de notre province, Son Éminence le cardinal Villeneuve en tête.Ce qui presse, ce n’est pas d’insinuer où de laisser entendre que Nos Seigneurs les évêques sont plus ou moins à leur place au Conseil de l’Instruction publique, parce que plusieurs d’entre eux ignoreraient les choses de l’enseignement — ce qui serait à démontrer et à prouver : presque tous nos évêques ont fait de l’enseignement dans nos collèges classiques ou nos écoles normales^ et la plupart d’entre eux ont fait des études en Europe, soit à Rome, à Paris, à Louvain ou à Fribourg — ce qui presse, dis-je, ce serait la création d’une Commission de perfectionnement qui, sous la direction du Comité catholique, où ce projet a déjà été suggéré par Son Excellence Mgr Ross, étudierait des mesures pratiques, opportunes et réalisables, capables d’améliorer notre école primaire, en utilisant et développant ce qui est.Cette commission permanente devrait être peu nombreuse et composée d’éducateurs choisis pour leur réelle compétence et leur vrai mérite.Elle étudierait les projets que le Comité catholique lui soumettrait et ferait rapport 564 L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE à qui de droit ; elle prendrait des initiatives de réalisation possible et justifiées par les besoins de l’heure.Ce qui presse ce n’est pas d’ébranler la confiance du peuple en nos évêques comme éducateurs et sages gardiens de nos écoles catholiques et juges expérimentés des réformes scolaires qui s’imposent, mais de combattre par la presse, la tribune et la chaire de vérité les assauts du communisme qui ont pour but d’amoindrir l’autorité de l’épiscopat, du clergé et des communautés religieuses aux yeux du peuple, afin d’arracher de son âme et de son cœur la foi des aïeux.Ne l’oublions pas, le système scolaire de notre province bénéficie non seulement de la sagesse et de la bienfaisante influence de l’épiscopat au Conseil de l’Instruction publique, de la science et du dévouement de centaines de prêtres et de religieux qui enseignent quasi gratuitement dans nos collèges classiques, mais aussi du concours efficace de 7,697 Religieuses et de 3,121 Frères consacrant leur vie au service de l’enseignement primaire et primaire supérieur et dans les écoles normales.En ajoutant à ces chiffres imposants le nombre de prêtres et de religieux des collèges classiques, on peut établir qu’au moins 12,000 instituteurs, institutrices et professeurs religieux se consacrent à l’enseignement dans la Province de Québec.Sachant ce qui est : science et dévouement dans nos maisons d’éducation, est-ce que s’est servir la cause de la jeunesse que de critiquer outre mesure ?Est-ce que c’est ce dénigrement qui presse ?— Non.Ce qui presse encore et avant tout, c’est une propagande organisée, ferme mais bienveillante, en faveur des instituteurs et des institutrices, à la campagne, surtout, afin d’assurer à ces méritants serviteurs de la patrie le juste salaire auxquels ils ont droit pour vivre convenablement.Cette propagande de presse, de sermon, de lettres pastorales, si la chose est jugée nécessaire, formerait l’opinion publique et faciliterait la tâche des législateurs, qui seraient unanimes, sans aucun doute, à aider l’école primaire et à lui accorder, enfin, l’encouragement auquel elle a droit.M.Dansereau, au cours de sa première conférence, a fait ce loyal aveu: “ S’il ne se produit pas un désarroi plus accusé dans les idées et des désordres plus nombreux dans la rue, c’est que le vieux rampart de nos traditions chrétiennes et françaises d’ordre et de patience, tient encore bon.Si “ le vieux rempart de nos traditions chrétiennes et françaises d’ordre et de patience tient encore bon ”, est-ce que Vécole, à tous ses degrés, le primaire compris, n’y serait pas pour quelque chose ?Une grande réforme, celle de nos écoles normales de filles aété récemement décidée par le Comité catholique du Conseil de l’Instruction publique.Bientôt, seules parmi les laïques, les normaliennes auront le droit d’enseigner dans la Province de Québec.Les écoles normales de filles, d’ici à un an ou deux, deviendront presqu’exclusivement professionnelles.N’y seront admises que les jeunes filles qui désirent enseigner et auront fait, avant d’y entrer, la huitième année du cours complémentaire.Pour obtenir un diplôme à l’école normale future, ces jeunes filles devront y faire un séjour d’au moins deux ans pour le premier brevet, et trois ans pour un brevet supérieur.L’école normale de l’avenir ne recrutera des huitièmes ou des neuvièmes que si, au sortir de l’école professionnelle, les normaliennes sont assurées d’un traitement digne de leur préparation onéreuse et de leur haute fonction sociale, sans quoi les meilleures réformes seront stériles.C’est là la vraie question sur laquelle l’unité doit se faire.Nous ne pourrons garder dans l’enseignement les éducatrices bien préparées qu’en leur L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE 565 assurant une carrière véritable.Voilà le terrain sur lequel les amis du progrès scolaire doivent évoluer avec ensemble, d’une façon objective, sans faire le procès des autorités et des personnes qui ont rendu possible les réformes qui s’imposent aujourd’hui.C.-J.Magnan.Québec, 1er avril 1937.SUR UNE TOMBE Pour une fois l’hommage dépasse les cercles intimes : les journaux, une forte partie du public profane soulignent les mérites éminents d’une humble religieuse, proclament qu’elle fut l’une de nos bienfaitrices.C’est que les circonstances, plus que d’autres, mirent en contact avec le monde extérieur Mère Sainte-Anne-Marie.Elle ne put dissimuler sa part personnelle dans une œuvre qui fut très considérable.On apercevait son influence, sa douce et tenace volonté au fond d’entreprises multiples et fructueuses.L’énumération, très simple et presque sèche, que nous en donnions hier permet, à elle seule, de deviner l’étendue et la portée de son action.Elle a bâti solide, elle a bâti pour longtemps.Les hommages qu’on lui prodigue expriment la plus juste, la plus méritée des gratitudes.La rumeur d’admiration qui entoure son modeste cercueil se nuance de tendresse.Car, si elle fut intelligente et énergique, elle fut aussi, et peut-être surtout, très bonne.Plusieurs générations d’anciennes élèves le proclament à l’envi.Ceux même qui n’ont fait que la croiser n’ont pu échapper à cette impression de rayonnante et maternelle bonté.Elle était vraiment Mère Sainte-Anne-Marie.* * * Et nous songions, devant cette tombe, si justement honorée, à tant d’autres que le public ne connut pas, qui passèrent presque inaperçues, dont l’œuvre cependant est mêlée à toute notre histoire, en est à la fois l’une des plus solides assises et des plus belles parures.Depuis les jours de Maisonneuve, Marguerite Bourgeois, la lointaine aïeule de Mère Sainte-Marie, ses compagnes et ses filles veillent sur nos jeunes filles, préparent les mères de famille.Tout à côté d’elles, les Ursulines et combien d’autres congrégations ont poursuivi cette œuvre d’essentielle formation.Nous les retrouvons partout et, pour une large part, nous leur devons ce qu’il y a de meilleur chez nous.Il est difficile d’imaginer ce qu’il serait advenu de notre groupe si, depuis les débuts de la colonie, nous n’avions eu les écoles dirigées par les congréganistes ; ce qu’il en adviendrait, même à l’heure actuelle, si nous ne pouvions compter sur ces milliers et ces milliers d’institutiiees de carrière.Certes, nous nous inclinons avec un profond respect devant les institutrices laïques, et personne ne songe à contester leur mérite.Il en est dont la mémoire vivra très longtemps et qui furent de véritables héroïnes ; mais, enfin, nous sommes dans un pays où il n’est guère possible d’imaginer que se constituera un corps, permanent et puissant, d’institutrices laïques.Le mariage a tôt fait de prendre la plupart d’entre elles ; et, s’il n’en était ainsi, faudrait-il beaucoup s’en réjouir ?Les congrégations nous ont fourni un personnel considérable, permanent, que rien ne pouvait distraire de sa tâche, qui n’avait d’autre objet que le perfectionnement 566 L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE de son œuvre.Du simple point de vue pédagogique, sans compter même la valeur morale des congréganistes, ce fut énorme.Et combien de fois la modestie des traitements dont se contentaient les congréganistes n’a-t-elle pas permis de maintenir, en des endroits où la chose eût été autrement impossible, des écoles d’une valeur supérieure ?Ces choses existent depuis si longtemps, elles font tellement partie de notre paysage moral, nous avons tellement l’habitude de les voir que nous ne songeons plus guère à les remarquer, que nous ne nous arrêtons pas beaucoup à méditer sur leur importance.Cela est assez naturel.Mais songeons donc, pour un moment, à ce que serait notre province, à ce que seraient tous les groupes français d’Amérique, sans la présence, :sans le dévouement de nos institutrices congréganistes ! * * * Notre histoire est traversée de beaucoup de faiblesses.L’une de nos gloires, indiscutablement, c’est la naissance et le rapide progrès de tant de congrégations enseignantes.Regardez autour de vous.Tout à côté des anciennes, comme la Congrégation de Notre-Dame et les Ursulines, dont les origines se lient à notre plus vieux passé, vous apercevez celles qui sont à la veille d’atteindre leur centenaire ; puis ; celles qui sont nées dans les trois derniers quarts de siècle, les presque récentes et les puissants rejetons qu’ont donnés ici les congrégations françaises victimes de la persécution.La rapidité de ces progrès étonne.Voici cinquante ans, quand celui qui écrit ces lignes n’était encore qu’un bambin, on voyait de temps à autre arriver dans son très modeste village une souriante petite vieille, que les quatre jeunes sœurs du couvent entouraient d’une touchante affection.C’était Mère Saint-Joseph, l’une des fondatrices des Sœurs de l’Assomption de Nicolet.A l’heure actuelle, cette congrégation compte plus de douze cents professes ; elle possède des établissements, non seulement dans son diocèse d’origine et dans le voisinage, mais dans l’Ontario, en Alberta, en Saskatchewan, aux Etats-Unis et jusqu’au Japon.Lequel de nos lecteurs d’un certain âge ne pourrait, en feuilletant un peu ses souvenirs, évoquer de pareilles images ?* * * Et c’est peut-être apporter à la mémoire de Mère Sainte-Anne-Marie un hommage qui en vaut un autre que de la rattacher de cette façon à toute sa magnifique lignée, au corps vénéré dont elle fut l’une des plus illustres représentantes.Elle nous aura, dans la mort, rendu un suprême service, si elle nous permet de mieux apprécier le mérite, le dévouement, la grandeur de l’œuvre accomplie par des milliers d’anonymes, ou presque, qui, à côté d’elle, ou avant elle, menèrent le bon combat.Mais, jamais, nous ne saurons tout ce que nous leur devons ; jamais nous ne pourrons assez hautement leur dire notre gratitude.Omer Héroux.(Le Devoir, 16 mars 1937.) L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE 567 MÈRE SAINTE-ANNE-MARIE Hommage de la Commission des Écoles Catholiques de Montréal Mère Sainte-Anne-Marie est morte.Le drapeau flotte tristement à mi-mât au-dessus de TUniversité de Montréal, de la Commission des Ecoles Catholiques, de l’Institut Pédagogique et de cent autres maisons d’éducation.L’enseignement tout entier, les sciences et les arts, la philosophie et les lettres ont perdu une inspiratrice, une grande amie.La pédagogie est en deuil.Tracer, même en raccourci, le portrait de la noble défunte et redire un peu ses œuvres et ses mérites ne sont pas tâches faciles.Aussi, pour y mieux réussir, faut-il recourir à quelques passages de nos Saints Livres, si coutumiers, eux, de dire beaucoup, infiniment même, en peu de mots.Ils ont d’ailleurs fixé depuis longtemps les traits de la femme modèle ; rappelons ce portrait pour y confronter la figure de celle qui, à l’heure présente, remplit notre pensée attristée.Comme il convient bien à Mère Sainte-Anne-Marie le portrait que trace le Livre des Proverbes : “ Fortitude et decor indumentum ejus Elle était revêtue de force, de dignité et de grâce.La force, la dignité et la grâce rayonnaient de sa personne, quand on la voyait venir dans les longs et clairs corridors de l’Institut Pédagogique et partout où elle apparaissait.Haute et forte de taille, elle allait avec assurance et lenteur, sans que rien dans sa démarche révèle la raideur ou la faiblesse.Ses deux mains repliées, se soutenant l’une l’autre, semblaient dire : “ Je vous apporte tout ce que je possède Elle ne connut jamais, nous dit-on, la vivacité, l’impétuosité, la brusquerie, qui caractérisent si souvent la jeunesse et parfois même un âge plus avancé.Elle était née grande dame et le resta toujours.C’est sur les traits de sa figure surtout que se lisaient la force, la dignité et la grâce.Il s’en dégageait une énergie qui semblait commander à la nature et lui assurer des années de vie presque sans fin ; une dignité telle que, sans jamais intimider les plus craintifs, elle imposait le respect aux irréfléchis ou aux audacieux, une grâce qu’un sourire discret et constant répandait loin autour d’elle .Son regard, dont elle voulait sans cesse comme diminuer l’éclat et l’acuité, illuminait toute sa personne, tandis qu’il pénétrait jusqu’au plus intime de votre pensée.Et sa voix, sa parole, mesurée, posée, presque toujours douce et sympathique, qui savait cependant au besoin se montrer ferme et impérieuse, finissait toujours par vous envelopper de sa captivante mélodie.1S’insistons pas cependant sur ces avantages physiques, auxiliaires imparfaits d’une âme élevée, d’une forte intelligence et d’un grand cœur.Dans ces facultés supérieures, qui constituent vraiment notre valeur humaine, Mère Sainte-Anne manifestait aussi cette force, cette dignité, cette grâce qu’exigent nos Saints Livres.Elle se montra religieuse accomplie : c’était une sainte.Elle le fut par la parfaite obéissance à ses supérieurs de tout ordre et de tout rang ; par l’accomplissement quotidien de ses grands et de ses petits devoirs d’état; par la modestie et l’humilité auxquelles ses nombreux voyages, ses contacts avec les classes les plus élevées de la société, ses hautes fonctions et ses continuels succès auraient bien pu l’exposer à faire quelques 568 L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE légers accrocs.En tout et partout, Sœur Sainte-Anne-Marie resta dans l’ordre et sut conserver une dignité exemplaire.La prière était sa consolation de chaque jour comme son suprême recours aux heures des difficultés ou des entreprises audacieuses pour le bien.Elle pratiquait ses vertus sans formalisme étroit, sans austérité ni raideur ; elle y mettait plutôt de l’aisance, de la grâce, au point que cette grâce montrait la pratique elle-même de la vertu facile et attrayante, et invitait les autres à s’y engager.Mère Sainte-Anne-Marie sut dominer, subjuguer le tempérament et le caractère que sa forte constitution devait produire et parfois faire bouillonner en elle ; mais en luttant contre elle-même, elle ne perdit rien de son énergie morale.Au contraire, elle la redoubla.Elle se montra forte et persévérante en tout ce qu’elle entreprit, dès qu’elle savait que ses projets tourneraient au bien général et à la gloire de Dieu.En conséquence, pour atteindre ces nobles fins, elle usait largement de la sagesse et des conseils de ceux que Dieu a préposés à la garde de son troupeau.Il y a 25 ans, Son Excellence, Mgr Bruchési, dans ses vues généreuses et à longue portée, inspirait Mère Sainte-Anne et lui marquait les œuvres à entreprendre pour le bien de notre peuple et de l’Eglise.Elle pouvait d’ailleurs toujours compter sur son appui.Aussi, garda-t-elle fidèlement à son Archevêque une vénération profonde, avec le dévouement le plus sincère et le plus entier.Son Excellence, Mgr Georges Gauthier, ne lui ménagea pas non plus les conseils, les directions et ses précieux encouragements.Mère Sainte-Anne manifestait sans cesse à son égard, en public comme dans ses entretiens particuliers, une estime qui n’avait d’égale que sa filiale soumission.Forte ainsi de l’appui des chefs de l’Église et aussi des chefs de l’État pour l’accomplissement de ses œuvres, Mère Sainte-Anne ne parut pas faiblir devant la contradiction, la difficulté des débuts et la lenteur des progrès.Elle ne devait non plus ni craindre ni trembler devant la maladie et en face de la mort, lorsqu’elle tenait entre les mains un crucifix et son rosaire.Quand il y a 15 jours, elle s’est sentie terrassée, elle n’a pas voulu que le sourire quittât son regard et ses lèvres ; sa résignation à la volonté divine fut complète, son acceptation de la mort, joyeuse.Alors qu’il semblait qu’une longue carrière lui restait encore à parcourir et qu’elle y marchait d’un pas léger malgré ses 75 années d’âge, elle s’arrêta net sur un signe de la Providence, mit avec calme de l’ordre dans toutes ses affaires, renonça à ses nombreux projets, puis se prit à se réjouir de ce que tout à l’heure elle irait au ciel voir son Divin Maître et sa Mère, Notre-Dame, qu’elle avait tant et si longtemps aimés et servis.Le tout final s’accomplit comme tout s’était passé dans sa vie : avec la force, la dignité et la grâce dont elle avait fait son vêtement de chaque jour : “ Fortitude et decor indumentum ejus ”.A une âme si forte répondait un cœur sans limites.Qui connaîtra jamais toutes ses charités ?Qui dira avec quelle finesse d’intuition elle savait découvrir ce qui ferait plaisir, ce qui serait utile, ce qui était nécessaire à celui-ci ou à celle-là ?Quelle délicatesse enfin ne possédait-elle pas pour faire accepter à l’indigent le secours opportun, non, comme une charité, mais bien plutôt une obligation de sa propre part, le paiement d’une dette, une marque de sa reconnaissance.Savoir donner est un art délicieux et précieux ; Mère Sainte-Anne en avait la maîtrise.Les sommes dont elle disposait pour l’œuvre de l’enseignement lui permettaient des largesses qui n’allaient pas à l’encontre de son vœu de pauvreté.Aussi profita-t-elle souvent de cette heureuse latitude, et nombreuses sont les jeunes filles qui, grâce à sa générosité, ont pu faire de sérieuses L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE 569 études pédagogiques, conquérir d’honorables diplômes, entrer ensuite dans la carrière de l’enseignement où elles bénissent son nom en continuant son œuvre.Comme la femme de nos Saints-Livres, “ Elle a tendu la main aux malheureux, elle a ouvert la main à l’indigent Que dire de l’élévation de son intelligence, de l’envergure de son esprit, de l’étendue de ses connaissances ?Les titres nombreux qu’elle a reçus des universités, les honneurs que l’Église, la France, l’Angleterre et notre propre pays lui ont décernés en font foi largement, les œuvres qu’elle a accomplies en témoignent davantage et d’une façon encore plus réelle et plus éloquente.Les journaux en ont énuméré quelques-unes ; la liste complète en serait presque sans fin.Mère Sainte-Anne voyait de loin et un peu partout.Comme de la femme modèle, on peut écrire d’elle d’une façon qui tient de l’allégorie : “ Elle a considéré un champ et l’a acheté ; du fruit de ses mains elle y planta une vigne.Elle a ceint de force ses reins et affermi ses bras, et elle a senti que son gain était bon.” La vigne que Mère Sainte-Anne a plantée, qu’elle a arrosée des sueurs de son front, cultivée avec soin, c’est toute une suite de travaux, d’œuvres et d’institutions au profit de l’éducation et de l’instruction chrétiennes, non seulement dans notre ville, mais aussi dans notre province et le pays tout entier.Ne mentionnons que les principales : 25 années d’enseignement dans un de nos meilleurs couvents; fondation du Collège Marguerite-Bourgeoys, il y a près de 30 ans ; direction générale des études chez les Dames de la Congrégation ; organisation des cours de pédagogie, fondation de l’Institut Pédagogique et de plusieurs écoles normales ; mise en marche des cours d’extension et des cours de vacances ; création d’écoles pour l’enseignement de la musique, de la peinture, du dessin, des Arts et Métiers et de l’économie domestique ; préparation à l’éducation des arriérés mentaux et des retardés pédagogiques.Et pendant que cette femme, débordante d’activité dans son apparente trans-quillité, dirigeait tous ces enseignements ou visitait ses fondations, elle trouvait encore le temps de siéger au sein de la Commission des Écoles Catholiques de Montréal, de prendre part aux longues études et discussions de ses comités et sous-comités, et de répandre partout la lumière de son savoir, le calme serein de sa parole et la clémence qui coulait de ses lèvres.Ils sont légion ceux et celles qui regretteront, pleureront même, le départ précipité de Mère Sainte-Anne-Marie.Il laisse un vide profond au sein de la Commission des Écoles Catholiques de Montréal, où son souvenir et ses exemples resteront comme une forte leçon d’esprit chrétien, de sens pratique et du plus pur civisme.Toute consacrée à l’action, Mère Sainte-Anne n’eut guère de temps à donner aux lettres.Elle ne laisse pas, que je sache, de volumineux écrits.N’y aurait-il que des adresses qu’elle composera par centaines et sa correspondance, qu’elle mériterait d’être rangée parmi nos bons écrivains.Jamais, je crois, on ne sut profiter mieux qu’elle de toutes les circonstances, de tous les détails et de toutes les réminiscences classiques, pour composer des compliments qui plaisent et touchent jusqu’aux larmes, sans jamais exagérer, ni forfaire à la vérité.Le style s’y élevait facilement a la hauteur des pensées et à la délicatesse des sentiments.Marguerite Bourgeoys a la gloire d’avoir fondé une noble congrégation ; l’armée de ses filles a pendant des siècles répandu parmi nous la foi, la haute culture et le savoir ; à Mère Sainte-Anne-Marie revient l’honneur d’avoir, dans les plus pures traditions de la Bienheureuse Fondatrice, décuplé et porté à son sommet d’efficacité l’œuvre accomplie par sa glorieuse congrégation.Qu’on ne m’en veuille donc pas si j’ose lui appliquer ces autres paroles du Livre des Proverbes : “ Multae filiae congregaverunt 570 L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE divitias, tu supergressa es universas — Beaucoup d’entre les filles de Marguerite Bourgeoys ont amassé des trésors de mérites toi, tu les as surpassées toutes.C’est aussi par un autre passage du même Livre sacré que, sous la forme d’une ardente prière adressée à Dieu le Père, à Dieu le Fils, et à sa sainte Mère Marie, je termine ce faible éloge d’une grande canadienne et d’une sainte religieuse : “ Date ei de fructu manuum suarum, et laudent earn in portis opera ejus ”— Donnez-lui, au ciel, la récompense du fruit de ses mains, et que ses œuvres disent sa louange aux portes de la bienheureuse éternité.J.-O.Maurice, pire, Visiteur en chef des écoles de Montréal, Professeur au Collège Marguerite-Bourgeoys.DÉVELOPPEMENT DE PENSEES MORALES Instruction et Education (Pour Y Enseignement Primaire) Nombreux sont les éléments qui entrent dans la formation des jeunes âmes.Qu’il s’agisse d’écoles primaires ou secondaires, il va sans dire que chaque maître se préoccupe avant tout de dispenser à ses élèves les connaissances qui seront conformes à leur rang social et utiles à leur profession, sinon à leurs études ultérieures.La plupart des programmes actuels, sous ce rapport, témoignent d’un zèle poussé jusqu’à l’extrême : les cerveaux des écoliers sont devenus les réceptacles d’un savoir encyclopédique.Voilà pourquoi les corps enseignants rivalisent d’ardeur pour se perfectionner dans leur branche respective.Même lorsque les diplômes pédagogiques ont été conquis de haute lutte, l’apprentissage du professorat n’est pas terminé.Max Bonnet a pu écrire : “ H n’y a de bon professeur que celui qui reste étudiant.” Ces tendances sont louables en soi, mais encore faut-il que les élèves puissent assimiler tout ce qui entre quotidiennement dans leur mémoire.La tête humaine n’est pas un appareil enregistreur.Avant de se spécialiser, un jeune étudiant ne peut prétendre à être spécialiste dans toutes les matières.Il y a des études générales qui précèdent et préparent celles qui se feront dans un domaine plus défini ; là, on travaillera en profondeur.Mais il est téméraire d’y penser dans les Ecoles primaires ou dans les Collèges.Écoliers et Collégiens doivent développer avant tout leur raisonnement, leur jugement.C’est ce que Montaigne appelait “ une tête bien faite plutôt que bien pleine.” Notez cette scène savoureuse d’une séance d’examen au siècle dernier : Saint-Marc-Girardin, membre du jury au baccalauréat, interrogeait un candidat bien doué.Ayant obtenu des réponses satisfaisantes, il posa des questions de plus en plus épineuses et le jeune éphèbe finit par demeurer coi.Le professeur, après un moment d’attente, rassura sa victime : “ Je vous donne une très bonne note, dit-il pour ce que vous avez eu l’esprit de ne pas apprendre.Vous avez su discerner ce qui dépassait les limites du programme.” L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE 571 Ainsi donc, nos élèves ont à s’instruire ; mais cette instruction doit se ramener à quelques principes essentiels dont tous les autres découlent ; les études du début ont pour mission d’affiner et d’assouplir les facultés.Quand on a obtenu ce résultat, la première formation est-elle achevée ?Certains intellectuels de notre époque inclinent à le croire ; à leurs yeux, la science porte en elle-même un dynamisme moralisateur : “ Quiconque ouvre une école ferme une prison.” Cet aphorisme a fait fortune.Par malheur, les faits vont à l’encontre de cet optimisme irraisonné.La clientèle des geôles et des bagnes n’est pas en baisse, bien au contraire, depuis que les masses sont plus instruites.Il n’y a pas lieu d’en être surpris : au-dessus de la plèbe, on rencontre des savants et des philosophes qui professent l’inexistence de la morale.Tout au moins, il semble que la culture littéraire et artistique, visant à un idéal moins matériel, pourrait créer une atmosphère plus pure ; et pourtant, il n’y a qu’à se rappeler l’inconduite d’un Voltaire, d’un Musset, d’un Baudelaire, d’un Verlaine, pour constater que le commerce des Muses va de pair avec les plus déplorables désordres.Enfin, à défaut de ces facteurs impuissants, la connaissance approfondie des vérités religieuses, enseignées dès l’enfance, ne devrait-elle pas préparer des hommes intègres ?C’est encore une illusion, car un trop grand nombre de nos incrédules modernes n’ignorent pas les principes de notre Foi.Force nous est de conclure que l’instruction telle quelle est en faillite, s’il s’agit de conduire l’humanité au mieux moral.C’est que l’instruction n’est rien sans l’éducation.Dans un congrès de pédagogie de la British Association, James Jeans avait raison de dire : “ Tous nos maux viennent de ce que l’homme a su maîtriser la nature avant d’avoir acquis la maîtrise de soi.” On peut ajouter, avec un autre éducateur : “ De nos jours, la science est en avance sur la justice.” Retenons enfin ces graves sentences d’Émile de Saint-Auban : “ Quiconque instruit sans moraliser fait des criminels ins- truits, voilà tout.La science mène où l’on veut : à la gloire ou à la honte.” Tout cela revient à dire que la lumière de l’esprit n’est pas une force motrice dans une direction invariable : les idées mènent le monde vers le bien ou vers le mal.En quoi donc doit consister l’éducation capable de sanctifier le savoir ?Il serait vain de chercher une formule absolue, puisque le Fils de Dieu lui-même, modèle des éducateurs, a eu un douloureux échec avec l’un de ses Apôtres, tandis que les autres ne lui ont pas donné, durant sa vie terrestre, toutes les satisfactions désirables.Dans la suite des temps, les hérésiarques et les apostats avaient été pourtant à bonne école pour former leur cœur, leur volonté, non moins que leur esprit.N’insistons pas sur le nombre incalculable de Chrétiens parfaitement éduqués qui ont faussé compagnie au Maître adorable.De même, dans les groupes d’élèves les mieux formés, il y aura toujours des déchets.La question est de savoir comment on peut réduire ces pertes au minimum, dans les conditions actuelles où se trouve la jeunesse.Il ne fait doute pour personne, dans la société des vrais Chrétiens, que rien ne saurait suppléer aux pratiques religieuses.Toutefois, les habitudes cultuelles deviennent parfois machinales ; la routine les rend inopérantes dans les profondeurs de l’âme et les réduit à un automatisme simplement extérieur : “ Ce peuple m’honore des lè- vres, mais son cœur est loin de moi.” C’est la condamnation du formalisme par Dieu lui-même.Le seul critère qui ne trompe jamais en matière religieuse et morale, c’est l’esprit de sacrifice.Voilà donc enfin le point sur lequel tout maître doit insister, s’il désire atteindre autre chose que les méninges de son jeune auditoire.De temps à autre, un devoir écrit touchant ce sujet capital doit trouver place dans l’horaire des classes.Nous allons indiquer ci-après quelques-unes des considérations qu’il convient de suggérer aux enfants et aux jeunes gens, pour que les copies apportent au correcteur quelque chose de substantiel et de vigoureux.Nous ne sommes pas ici dans les précisions mathématiques.L’entraînement aux actes mortifiants est un art qui doit transformer une bonne part des instincts naturels. 572 L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE Certes, l’esprit de sacrifice n’a pas été inconnu aux païens de l’Antiquité : leurs écrivains nous ont laissé des pages pénétrées du plus pur héroïsme.Il n’est donc pas mauvais, quand on vise notre génération contemporaine, de mettre en valeur les raisons simplement humaines qui montrent la nécessité, la beauté de la souffrance librement consentie.Mais le Christianisme a exalté cette vertu au point d’en faire un titre de noblesse infiniment plus glorieux.Sans être un sermon, la dissertation aura donc une double série d’arguments dont la force ira crescendo jusqu’à la conclusion.Commençons par les motifs humains.L’individu qui s’interdirait tout effort pénible ne mériterait plus le titre d’homme.On l’appellerait un “ efféminé”, terme particulièrement impropre puisque le monde féminin est capable de pratiquer l’héroïsme à sa manière.Quoi qu’il en soit, voyez l’austère discipline à laquelle se soumettent avec enthousiasme certains sportifs de notre époque ; pour obtenir des trophées, ils se privent de nombreux plaisirs, même légitimes : ils règlent, ils rationalisent leur régime, leur sommeil, leurs exercices préparatoires.Il n’en va pas autrement pour les vedettes des théâtres, qu’il s’agisse de la scène ou de l’écran : la force ou le velouté de l’organe vocal, la souplesse et la beauté des mouvements corporels, tout cela ne s’obtient pas dans la débauche.Considérez ensuite les ouvriers de la plume : que de lectures, que de veilles, parfois jusqu’à l’épuisement ! Ce n’est pas précisément ce qui distingue la jeunesse de nos jours.L’activité musculaire a pris le pas sur les fonctions de l’esprit.Que les maîtres ne se fassent pas faute de montrer aux professionnels des jeux violents le déséquilibre qui résulte de cette prédominance de culture physique : les facultés les plus nobles demeurent inactives et s’atrophient.Cet athlétisme n’est pas une école de grandeur d’âme, quels que soient les efforts d’endurance inhérents à ce dur métier.C’est que de tels champions n’ont en vue qu’un objectif assez vulgaire ; la réputation d’agilité ou de force brutale.Autrement méritoire, autrement fructueuse fut la lutte que soutinrent les premiers colons du Canada contre leurs ennemis ; pendant qu’ils défrichaient une terre encore inculte, ils devaient rester sur le pied de guerre.Mais en même temps, leur cœur débordait d’enthousiasme patriotique et religieux.Si leurs lectures dans les livres étaient rares, faute de temps et de moyens, ils lisaient au fond d’eux-mêmes, ils priaient, ils entrevoyaient les destinées de leur race sur le sol canadien.JRien ne leur faisait pressentir que leurs descendants actuels seraient livrés surtout à l’activité extérieure.Ils savaient se recueillir et donner une valeur morale à chacun de leurs sacrifices.Pour revenir à ces mâles traditions, il faut d’abord limiter les vains amusements et se faire un programme de vie qui comporte des renoncements pénibles.Qu’on se rappelle le vers de Musset : “ L’homme est un apprenti, la douleur est son maître.” Ensuite, tout être raisonnable qui se soumet à l’épreuve doit s’assigner un but supérieur pendant les heures douloureuses.S’il se rend compte qu’il contribue ainsi à sa propre amélioration et à celle d’autrui, c’est déjà beaucoup.Mais il n est pas permis de s’en tenir là, quand on connaît les théories chrétiennes sur l’esprit de sacrifice.Nous arrivons ainsi au second ordre de considérations qu’exige notre plan.Faisons bien comprendre à nos élèves qu’il n’y a pas de sanctification possible sans de rudes combats.Bossuet a pris soin de nous avertir : “ Quand Dieu se choisit une âme, il la marque à son empreinte, le sceau de Dieu, c’est la croix.” Il y aura des poltrons qui, sous couleur d’humilité, prétendront qu’ils ne font pas partie de cette élite ; ils nous opposeront une fin de non-recevoir qui sera une honteuse reculade ; c’est l’attitude des mauvaix soldats qui font tout pour se soustraire à la bataille.Mais qu’ils y prennent bien garde ! Ce n’est pas impunément qu on se tient a 1 arrière, L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE 573 quand on a sa place marquée en première ligne.Deux exemples formidables illustrent ce principe.Le monde moderne avait voulu vivre dans les délices ; il a été broyé par une guerre internationale plus féroce que toutes les précédentes.Cette terrible bétacombe n’ayant pas suffi, l’esprit public s’étant de nouveau enlisé dans les jouissances coupables, nous voilà aux prises avec une nouvelle guerre dont nous n’entrevoyons pas la fin : guerre entre les classes sociales dans les frontières mêmes de chaque nation.Toutes les tortures qui en résultent ne sont-elles pas infiniment plus horribles que les souffrances normales auxquelles chaque citoyen aurait dû consentir antérieurement, pour accomplir son devoir dans une atmosphère pacifique ?Donc, en dépit de tous les sophismes, la terre n’est habitable que si l’ensemble des humains sait se faire violence volontairement, quand il en est temps encore.La vie sagement comprise est une perpétuelle réaction contre les mauvaises tendances indi-duelles, familiales, sociales ; et tous ces redressements ne vont pas sans meurtrissures plus ou moins cuisantes.Au reste, il peut survenir des infirmités qui se surajoutent à ces batailles quotidiennes; il faut les accepter au lieu de les maudire, dans la conviction qu’elles cadrent avec le plan divin dans l’œuvre immense de la restauration collective.Nous voilà au sommet de cette méditation, puisque nous arrivons au Calvaire qui est le rendez-vous des cœurs généreux.Les âmes pleinement pénétrées de ces vivifiantes doctrines ont éprouvé le désir insatiable d’être crucifiées à leur tour.Toutes proportions gardées, nos élèves doivent partager de tels sentiments, et il est nécessaire que nos propres convictions, traduites par des actes, leur donnent à comprendre que ce ne sont pas là des théories abstraites.Si leurs forces semblent parfois défaillantes devant un idéal qui dépasse tellement l’esprit du siècle, mettons en relief les compensations supérieures qui sont réservées aux vaillants.Saint Paul déclarait “qu’il surabondait de joie dans toutes ses tribulations.” A aucun prix, il n’aurait voulu échanger son sort contre celui des païens réputés les plus heureux.C’est assez dire que les mots “ joie, bonheur, félicité” correspondent à des réalités qui se heurtent entre elles.En tout cas, il serait contre nature de vouloir être malheureux en tout et pour toujours.Mais il est parfaitement raisonnable d’accepter une bonne part des misères d’ici-bas pour y trouver un mieux-être, même dès cette vie.Essayez, éducateurs et éducatrices, de traiter ce thème avec vos élèves.Réagissez avec la dernière énergie contre l’attirance morbide des plaisirs qui conduisent nos contemporains vers la barbarie et la misère.Ne vous laissez pas effaroucher par la sévérité des formules que nous venons de voir.De la sorte, vous ne tronquerez pas la morale ; vous ne la réduirez pas à quelques pratiques qui en font un code incolore, édulcoré, et qui assoupissent les consciences au point d’offrir un semblant de justification au pire relâchement.Que vous procédiez par degrés dans cette ascension, je le veux bien.Mais, quand approche la clôture annuelle des classes, n’oubliez pas de mettre ce couronnement à toutes vos savantes leçons.Le zèle admirable que vous; avez déployé à développer les intelligences, appliquez-le à fortifier les volontés et à, toucher les cœurs.Vous aurez des adeptes, soyez-en sûrs.N’y en eût-il que quelques-uns, vous n’auriez pas fait œuvre vaine ; ceux-là seront des entraîneurs pour la grande masse hésitante ; l’influence divine fera le reste.C’est l’avant-dernier de nos articles pour le présent cycle scolaire, et le dernier qui porte sur le développement des pensées morales.Puisse-t-il vous fournir toute* les indications nécessaires pour relever le niveau spirituel de vos jeunes Canadiens ; l’affaire est d’importance, car ils seront appelés bientôt à “ combattre le bon combat ” afin de défendre leur pays et d’en assurer la grandeur.Abbé F.Charbonniek, Docteur ès-Lettres. 574 L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE PAS D’A PEU PRÈS Le célèbre Cuvier faisait passer un examen à un candidat.— Qu’est-ce qu’une écrevisse ?demanda-t-il.» — C’est, répondit l’élève, un poisson rouge qui marche à reculons.— C’est à peu près cela, remarqua l’examinateur, avec cette différence que l’écrevisse n’est pas un poisson, qu’elle n’est pas rouge et qu’elle ne marche pas à reculons !.Si nous sommes sérieux, ne nous contentons pas des à peu près : autrement nous ne ferons rien de bon.Fermer à peu près sa porte, c’est risquer de se faire voler.Le chasseur qui tire à peu près juste est certain de revenir bredouille.Avoir sa poche à peu près consue, c’est s’exposer à perdre son argent.Se couvrir à peu près quand il gèle, c’est risquer un bon rhume.Arriver à peu près à l’heure à la messe, c’est être un chrétien médiocre.Élever à peu près ses enfants, c’est préparer des hommes sans valeur.Etre à peu près sobre, c’est avoir des instants d’intempérance qui peuvent occasionner les pires sottises.Faire à peu près ses prières, c’est n’avoir pas Dieu en haute estime.Un navire à peu près dirigé, un train à peu près surveillé courent à des catastrophes.Nos aieux, ceux qui ont fait nos cathédrales, aimaient le travail fait en conscience, le travail bien fait.Us n’étaient pas les chevaliers de l’à peu près.Imitons-les.Faisons toutes choses comme il faut.Mettons dans nos actes la consigne donnée par saint Bernard à ses moines : “ Appliquez-vous soigneusement à bien faire toutes choses.Dieu ne récompense pas le verbe faire, mais l’adverbe bien.“ Le verbe lui importe peu, si l’adverbe ne s’y trouve pas.” « L’Ami de la Famille, publication de la Société de Saint-Vincent de Paul, b, Rue du Pré-aux-Clercs, Paris, VIIe {France).LE TRAVAIL MISSIONNAIRE DES PREMIÈRES INSTITUTRICES CANADIENNES URSULINES ET SOEURS DE LA CONGREGATION DE NOTRE-DAME AUPRES DES INFIDELES {Suite et fin) MÉTHODE D’ÉDUCATION DE CES NÉOPHYTES “ Coloniser, c’est humaniser ”, a-t-on écrit.Dans les vues des Fondateurs et du Gouvernement colonial français, cette humanisation devait être tout de suite poursuivie au Canada.Or, connaître Dieu, le servir et l’aimer sur terre pour jouir de lui dans le ciel et éternellement, est pour le Sauvage comme pour tout homme, le devoir primordial.Civiliser le Sauvage pour l’humaniser, c’est donc d’abord lui enseigner L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE 575 sa raison d’être sur terre.Et c’est bien surtout en ce sens qu’il est vrai de dire que “ christianiser est l’unique procédé pour civiliser L’œuvre de la conversion des Sauvages était donc normalement la première à poursuivre dans le pays neuf.Le Sauvage christianisé devenait ainsi plus susceptible de formation intellectuelle et sociale par l’acquisition de mœurs polies et par l’étude.“ Ceux qui passent ici de votre France, écrit le Père Le Jeune, sont quasi tous trompés en un point : ils ont des pensées extrêmement basses de nos Sauvages.Ils les croient massifs et pesants, et sitôt qu’ils les ont pratiqués, ils confessent que la seule éducation leur manque.” L’éducation, voilà encore ce qu’entreprendront de fournir à leurs néophytes par la formation intellectuelle et sociale, les premières missionnaires canadiennes.En cela devait apparaître de nouveau et d’une façon patente, le lien qui joint leur œuvre à l’histoire du pays.Les intentions sont formelles, en effet, qu’affirment les gouvernants au nom du Souverain, de franciser les Indiens.On veut que l’on francise autant que l’on pourra les Sauvagesses, écrit Monsieur Tronson, en 1686, et cela ne se peut, ajoute-t-il, qu’en les faisant aller à l’école et en les mettant en pension.” Voilà donc la raison d’être des écoles et des pensionnats ou séminaires de Sauvagesses, comme des gratifications royales et de l’appui effectif des gouvernants pour soutenir ces œuvres.Pour recevoir l’éducation, les petites Indiennes étaient donc recueillies comme pensionnaires par les Religieuses missionnaires.“ Quand on nous les donne, écrit en 1640 la Vénérable Mère de l’Incarnation, il faut les laver depuis la tête jusqu’aux pieds, à cause de la graisse dont leurs parents les oignent par tout le corps ; et quelque diligence qu’on fasse, et quoiqu’on les change souvent de linge et d’habits, on ne peut de longtemps les épuiser de la vermine.Une sœur emploie une partie du jour à cela.” C’est évident l’entraînement à la propreté entre en première ligne de compte dans la formation humaine des filles sauvages.On les habillera ensuite à la française.Une partie des libéralités du gouvernement colonial comme de celles des bienfaiteurs des missions canadiennes serviront à fournir des effets aux Sauvagesses.Cette œuvre de civilisation et de francisation, on l’avait crue facile dans les commencements.L’expérience devait peu à peu détromper les espoirs trop optimistes.Et malgré tout on s’y dévoue sans compter.L’on en poussera l’effort jusqu’à faire suivre aux filles sauvages les classes des petites françaises.Dans la relation de sa visite à la Montagne, Monseigneur de Saint-Vallier s’exprime comme suit : “ Les Sœurs de la Congrégation de Notre-Dame, ont, dans la mission de la Montagne, une école d’environ quarante filles sauvages qu’on habille et qu’on élève à la française.” Les premières missionnaires canadiennes apprennent aux petites filles “ à lire» à écrire, à filer, les prières, les mœurs chrétiennes et tout ce que doit savoir une fille ”.Tout ce que doit savoir une fille, c’est-à-dire : parler correctement et avec facilité, se présenter avec grâce et se former aux mœurs honnêtes des plus sages et des plus vertueuses chrétiennes qui vivent dans le monde.“ Le règlement de 1694 des Sœurs de la Congrégation de Notre-Dame prescrit qu’outre l’instruction qu’elles donneront aux filles, les Sœurs tâcheront de leur apprendre à travailler, à tricoter, coudre, filer, se tenir proprement et confectionner ses hardes.” A la formation intellectuelle et physique que l’on s’efforce ainsi de donner aux Sauvagesses aussi bien qu’aux Françaises, se joint l’entraînement à la vie chrétienne et réglée.Les pensionnaires chez les Religieuses du 17e siècle comme celles du 20e siècle, sont tenues à l’assistance quotidienne à la Sainte Messe, à la récitation du chapelet et à la prière du soir.L’examen de conscience semble avoir été en plus un moyen puissant pour l’éducation des néophytes.Mère Marie de l’Incarnation le rappelle à plusieurs reprises dans sa correspondance.“ Je vous disais l’an passé, lit-on dans une de 576 L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE ses lettres de 1642, combien nos séminaristes sont ponctuelles à faire leur examen de conscience et à s’accuser charitablement les unes les autres, sans qu’aucune s’offense.Elles continuent ce saint exercice par le moyen duquel elles vivent dans une pureté de cœur qui n’est pas croyable.” Devant ces affirmations, je vous avoue que je me suis dit : nos mères réalisaient de telles pratiques chrétiennes avec des Sauvagesses ; et nous qu’obtenons-nous de nos peuples civilisés ?Mais passons.Les Indiennes assistent aussi aux offices de l’église où elles chantent “ en trois langues différentes les louanges de Dieu ”, dit l’histoire.Quant à la formation sociale on ne réussira que pour de très rares sujets à donner aux Indiens la politesse et l’urbanité des peuples civilisés.La grâce du Baptême, la pratique des vertus chrétiennes les arrachant à la barbarie, à l’égoïsme et au terre-à-terre, aideront cependant à créer peu à peu chez-elles des mœurs plus sociables.Dans son livre de l’Instruction au Canada sous le .Régime Français, Monseigneur Gosselin dit : “ Pour former les enfants à la bonne tenue et à la modestie dans les rues et surtout à l’église, on les faisait lire dans la Bienséance et Civilité Chrétienne ou dans lInstruction de la Jeunesse.” L’indication est précieuse pour souligner le souci des premières institutrices-missionnaires canadiennes de donner à leurs élèves une formation à la vie sociale.“ En rendant les Sauvages sujets de Jésus-Christ, songez à les rendre aussi sujets du roi ” avant dit le gouverneur Frontenac aux Religieux missionnaires.Cette préoccupation, c’est assurément parce que Monsieur de Meules l’avait reconnue chez la Mère Marguerite Bourgeoys qu’il sollicitait en 1683, pour l’œuvre de la Missionnaire les libéralités du Ministre de la Marine.“ Messieurs de Saint-Sulpice, écrit-il à Monsieur de Seignelay, ont fait deux classes pour instruire les petits Sauvages de la Montagne.Dans l’une, il n’y a que les garçons qu’ils instruisent eux-mêmes.Deux filles de la Congrégation sont chargées de la seconde, où sont les filles.Elles ont soin de leur enseigner leur croyance, de les faire chanter à l’église, de leur apprendre à lire, à écrire, à parler français, et tout ce qui convient aux filles.Si Sa Majesté voulait accorder un petit fonds de cinq à six cents livres pour les Sauvagesses de la Montagne, on pourrait leur apprendre à faire des bas à l’aiguille ou du point de France.Elles sont naturellement très adroites.On les mettrait en état de gagner quelque chose, et de s’en servir pour s’habiller.On pourrait de ce petit fonds de cinq ou six cents livres, leur acheter quelques petits habits à la française, et les accoutumer à s’en servir.Leurs habits sont ce que je leur ai trouvé de plus vilain.” La gratification sollicitée sera accordée.Le programme noté plus haut par l’intendant deviendra donc un compte-rendu témoignant du travail accompli par la première missionnaire du Canada pour répondre aux désirs du Souverain et de ses représentants au pays.Les missionnaires de Québec et de Montréal fournissent à leurs élèves avec le couvert, la nourriture et le vêtement, tout le matériel de classe.Mais la ” gratitude est une fleur qui ne s’épanouit qu’au ciel ” a dit quelqu’un.Les Sauvages ne cultivent pas généralement cette fleur de paradis.L’histoire des Ursulines rapporte qu’” un jour que le Révérend Père Jérôme Lalemant visitait la classe des élèves sauvages, il s’informe avec bonté si elles se trouvaient bien au Couvent, et si elles désiraient y rester encore.Alors, ces petites prirent un air grave et mystérieux et se pressant autour du Père, comme si elles eussent eu à lui confier un grand secret : “ Vous voyez, Père, dirent-elles, que nos robes sont vieilles et usées et que l’on ne nous en donne point de neuves ; nous n’avons pas bonne mine comme les Françaises et cela nous rend tristes.” Le Père ne put s’empêcher de rire et il rapporta cela à la Mère Supérieure de la manière la plus aimable.La Mère de l’Incarnation, sans s’étonner de leurs plaintes et sans rappeler à ces enfants toute la charité dont on avait usé à leur égard, alla tout L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE 577 de suite chercher une pièce de belle serge rouge et leur tailla à toutes des robes et des “ mitaines cette bonne Mère voulut de plus leur avoir des bas et des souliers neufs, et les habiller de ses propres mains.Elle fit tout cela “ de crainte, disait-elle, que ces petites ne reçussent pas avec plaisir dans leurs cœurs les semences de la foi, et que le chagrin n’empêchât ces semences divines de jeter des racines assez profondes pour produire les fruits d’une vie pure et vraiment chrétienne.” C’est donc évident.A l’instar des enfants, les Sauvages reçoivent tout comme leur étant dû.“ Les Sauvages, commente Dom Jamet, étaient naturellement orgueilleux et insouciants, et ces défauts expliquaient déjà suffisamment leur ingratitude.Mais de plus, ils étaient peu expansifs.Cette extrême réserve ne donnait que plus de poids à leurs manifestations affectives.Car, en effet, les missionnaires s’efforcent malgré tout de cultiver le sentiment de la reconnaissance dans l’âme des Indiennes et elles y réussissent parfois.La correspondance de Mère Marie de l’Incarnation témoigne : “ Les Sauvages, dit la Vénérable Mère, sont naturellement ingrats, comme nous l’expérimentons en ceux qui ne sont pas encore baptisés ; mais pour ceux qui le sont, la grâce dont leurs âmes sont embellies les rend très reconnaissants et presque toutes leurs prières et leurs communions se font pour la conservation des personnes de France qui leur font du bien et qui par leur charité les ont retirés de l’infidélité.” “.Les Sauvages de plus sont changeants et ils ne se fient pas volon- tiers les uns aux autres qu’après une longue épreuve de fidélité”, déclare encore Mère Marie de l’Incarnation.La prudence que les Sauvages mêmes jugeaient nécessaire dans leurs rapports mutuels, s’imposait à bien plus forte raison aux éducatrices de ces âmes par nature versatiles.De là donc la coutume indispensable de les éprouver longtemps avant d’admettre les nouvelles chrétiennes à la réception des sacrements et surtout à la vie religieuse.A cette fin de s’assurer aussi de leur fidélité, l’on prolongeait leur stage de formation au pensionnat.Mais lorsqu’elles apparaissaient suffisamment instruites et formées, on les mariait, après les avoir dotées, à des chrétiens fervents et cela dans le but de créer ainsi des foyers où se perpétueraient la foi et la civilisation.Les anciennes pensionnaires indiennes reviendront une fois mariées, de temps à autres vers leurs Mères du Couvent, pour être aidées, conseillées ou simplement écoutées.Et que de traits d’héroïsme chrétien rapportés par elles comme des faits ordinaires, témoigneront alors aux Religieuses émues que la semence fécondée par leurs sacrifices et leurs prières a germé pour produire des fruits abondants, savoureux et doux.Et cependant, le succès de ces efforts des premières éducatrices canadiennes auprès des Indiennes a été discuté.Certains, généralisant des difficultés notées dans la correspondance du temps ou dans l’histoire, semblent avoir voulu annuler le grand travail des missionnaires.Les Sauvages de Québec non plus que ceux de Montréal, ne sont pas, il est vrai, devenus des peuples policés et français.Cependant l’œuvre des Premières Missionnaires Canadiennes n’a pas été vaine, même si elle n’a pas transformé les peuples.Les individus en grand nombre en ont bénéficié.Les Jésuites, dans leurs Relations et les Religieuses dans leurs lettres ne nous permettent pas en effet de conclure à un échec dans l’œuvre des premières Missionnaires canadiennes.D'ailleurs, la mission de la Montagne transférée en 1701 au Sault-aux-Récollets, puis à Oka, où en 1720, les Sulpi-ciens ont bâti aux Iroquois des Cinq Nations, une église, un couvent et un collège que les Sauvages continuent de fréquenter gratuitement, cette mission existe encore aujourd’hui.Le Couvent reste confié aux filles de Marguerite Bourgeoys et comptait, l’an dernier, 16 Iroquoises.C’est là un prolongement jusqu’au 20e siècle du travail des premières Missionnaires canadiennes auprès des Indiennes.Puisqu’elle se continue depuis plus de deux siècles, cette œuvre était donc utile et viable. 578 L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE Quelle que soit cependant la valeur humaine de l’entreprise des premières Missionnaires de chez nous, elle reste vraie la parole de Saint Pierre Fourier : “ Gagner une seule âme c’est plus que de créer un monde.” Elles ont donc fait plus que de créer des milliers de mondes, ces femmes dont toute la vie est tissée d’actes rédempteurs.Par leur esprit surnaturel, leur dévouement plein, leur abnégation totale, elles ont très largement contribué à cette “ Oraison en actions” que fut notre histoire primitive.Rendons-leur honneur ! Méditer leur héroïsme, n’est-ce pas reprendre une envolée toujours plus rapide vers l’idéal de notre vocation ?C’est sûrement du moins affermir en notre âme le désir de travailler avec une ardeur sans cesse renouvelée, sous le regard de Marie, la Reine des Apôtres, pour que de plus en plus Jésus soit glorifié et qu’il règne ! IPSI GLORIA ET IMPERIUM ! Sœur Saint-Adolphe, de la C.N.D.METHODOLOGIE MIEUX CONNAITRE POUR MIEUX AIMER NOTRE LANGUE Explication d’un texte français : La mort d’un chêne, par Victor de Laprade (Pour Y Enseignement Primaire) On se souvie t que nous avons commenté, il y a quelques mois, un morceau d’Édouard Schuré sur les sapins d’Alsace.Les poètes lyriques vivent souvent en communion intime avec la nature.Or, il n’est pas mauvais d’éveiller ce sentiment dans l’âme de nos élèves, surtout à l’approche des vacances.Pour notre jeunesse rurale, n’est-ce pas un moyen de la maintenir en contact avec le sol et de lui en inspirer l’amour ?Quant à la jeunesse citadine, elle ne doit pas envisager la campagne uniquement comme un lieu d’amusement et de détente ; les enfants des villes sont les descendants plus ou moins immédiats des robustes générations qui furent attachées à la glèbe ; si nous voulons qu’ils ne répudient pas leurs origines, tâchons de leur faire partager les nobles émotions des poètes devant les grands spectacles des montagnes, des champs et des forêts.Leurs horizons seront par là-même élargis et ils se sentiront plus près du Créateur.Victor de Laprade, issu du Forez comme Louis Mercier, s’est plu à chanter les splendeurs de sa terre natale.Nous allons analyser aujourd’hui une pièce extraite de ses Odes et Poèmes ; elle a pour titre La mort d’u?i chêne.L’artiste s’apitoie sur la mort de ce géant, attaqué et vaincu par le bûcheron.Sans doute, dans les temps reculés, quand il fallait établir des champs cultivables au lieu et place des forêts vierges, il y L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE 579 avait des hécatombes nécessaires.Mais plus tard, l’esprit de lucre et de rapacité a poussé la race humaine à transformer en dévastation systématique les sacrifices raisonnables du début.Dans la plupart des nations, les arbres ont été voués à des hécatombes, et l’équilibre climatérique s’en est fortement ressenti.C’est cette folie que déplore Victor de Laprade, comme un crime de lèse-nature que les premiers occupants sauvages n’avaient point songé à commettre.Mais cette élégie ne constitue que la première partie du morceau ; après ces lamentations, l’écrivain s’apaise et entrevoit avec enthousiasme une humanité moins barbare.Examinons les aspects de ce double sentiment.Le début est un immense cri de douleur ; les êtres animés et inanimés qui peuplent la forêt compatissent au sort de la victime ; le poète lui-même sent son âme bouleversée, comme s’il voyait mourir un de ses plus chers amis : “ Quand l’homme te frappa de sa lâche cognée, O roi qu’hier le mont portait avec orgueil.Mon âme, au premier coup, retentit indignée, Et dans la forêt sainte il se fit un grand deuil.Ta chute laboura, comme un coup de tonnerre.Un arpent tout entier sur le sol paternel ; Et quand son sein meurtri reçut ton corps, la terre Eut un rugissement terrible et solennel.” Les strophes suivantes insistent sur l’étendue d’un pareil désastre.Voyez ces multitudes d’oiseaux qui abritaient leur nichée parmi des feuillages réputés inviolables ; leurs plus doux espoirs se sont évanouis : “ Ta chute a dispersé tout ce peuple sonore ; Mille êtres avec toi tombent anéantis ; A ta place, dans l’air, seuls voltigent encore Quelques pauvres oiseaux qui cherchent leurs petits.” Aux alentours, les jeunes pousses d’arbres plus fragiles et même les fourrés d’arbres adultes trouvaient là un abri ; ils sont enveloppés tout à coup dans la même catastrophe : “ Tes branches ont broyé des troncs déjà robustes ; Autour de toi la mort a fauché largement.Tu gis sur un monceau de chênes et d’arbustes ; J’ai vu tes verts rameaux flétris en un moment.” Le poète n’a plus qu’à se retirer avec sa douleur.S’il revient plus tard, que verra-t-il ?Telle était la robustesse de la souche du chêne, qu’elle conserve des traces de fécondité : “ La sève afflue encor par l’horrible blessure.” Mais cette survie n’est pas durable.Victor de Laprade s’adresse à la nature qui maternelle en dépit de tout, dérive inutilement ses énergies vitales sur cette base engourdie : “ Oh ! ne prodigue plus la sève à ces racines ; Ne verse pas ton sang sur ce fils expiré.Mère ! Garde-le tout pour les plantes voisines ; Le chêne ne boit plus ce breuvage sacré.” Jetant un dernier regard sur les membres du noble vaincu, ossature déjà mise en morceaux pour les besoins factices de l’industrie humaine, notre poète a l’impression qu’une grande âme flotte encore sur ces restes épars, et il lui adresse un suprême adieu : 580 L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE “ O chêne, je comprends ta puissante agonie ! Dans sa paix, dans sa force, il est dur de mourir ; A voir crouler ta tête au printemps rajeunie, Je devine, ô géant, ce que tu dois souffrir.Ainsi, jusqu’à ses pieds l’homme t’a fait descendre ; Son fer a dépecé les rameaux et le tronc ; Cet être harmonieux sera fumée et cendre, Et la terre et le vënt se le partageront ! ” Ce sont les dernières harmonies du chant funèbre.Victor de Laprade ne va pas s’attarder sur ces impressions déprimantes ; il écoute les voix mystérieuses que lui apporte le vent et qui semblent venir des régions célestes : voix consolatrices, accents d’optimisme et d’espoir.Les poètes païens dialoguaient avec leur Muse ; le poète chrétien découvre une divinité moins imaginaire ; c’est le Créateur lui-même qui parle à un fils pieux, quand vient l’heure du recueillement : “ Lève-toi ! C’est assez pleurer sur ce qui tombe ; La lyre doit savoir prédire et consoler ; Quand l’esprit nous conduit sur le bord d’une tombe, De vie et d’avenir c’est pour nous y parler.Va ! l’œil qui nous réchauffe a plus d’un jour à lui ; Le grand semeur a bien des graines à semer ; La nature n’est pas lasse encor de produire.Car ton cœur le sait bien, Dieu n’est pas las d’aimer.” Échappée grandiose sur l’avenir ! C’est qu’en effet, la méchanceté humaine a beau accumuler les ravages, la vie universelle triomphe.L’histoire nous rapporte des cataclysmes autrement graves que la destruction des forêts : les guerres, surtout les guerres modernes, peuvent saccager le sol et anéantir des générations entières.Il n’en reste pas moins que, tôt ou tard, les champs de bataille ne seront plus les champs de la mort la végétation reparaîtra dans ces lieux désolés ; d’autres humains y établiront leur demeure, se souvenant à peine des luttes titaneqsues qui s’y déroulèrent.Victor de Laprade a développé ce thème, dans les limites qu’il s’était assignées : “ Tandis que tu gémis sur cet arbre en ruines, Mille germes là-bas, déposés en secret, Sous le regard de Dieu veillent dans ces collines, Tout prêts à s’élancer en vivante forêt.Croissez sur nos débris, croissez, forêts nouvelles ! Sur vos jeunes bourgeons nous verserons nos pleurs ; D’avance je vous vois, plus fortes et plus belles, Faire un plus doux ombrage à des hôtes meilleurs.” Presque un siècle s’est écoulé depuis la publication de cette poésie ; les lecteurs de 1844 pouvaient en accepter l’augure et saluer par anticipation ces “ hôtes meilleurs ” qu’on leur faisait entrevoir.Quant à nous, le spectacle que le monde contemporain offre à nos yeux ne nous permet pas d’escompter le prochain retour d’un âge d’or.Néanmoins, quelque lointaine que puisse être la réalisation d’un si beau rêve, rien ne nous empêche d’y croire.Le bouillonnement actuel des idées est peut-être le prélude laborieux d’un ordre nouveau où l’inquiétude fera place à la sécurité.Enregistrons donc les généreux élans de cette poésie divinatoire, qui va s’élargissant dans les dernières strophes pour nous décrire, non un coin de forêt, mais un immense Eden où s’ébattront nos arrière-neveux.Les lecteurs qui resteraient sceptiques peuvent y voir, à tout le moins, le bonheur supra-terrestre que Dieu réserve à ses amis : L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE 581 “ Poète aux longs regards, vois les races futures, Vois ces bois merveilleux à l’horizon éclos ; Dans ton sein prophétique écoute leurs murmures ; Tu n’entends plus un bruit de fer et de sanglots.Sur des coteaux baignés par des clartés sereines, Où des peuples joyeux semblent se reposer, Sous les chênes émus, les hêtres et les frênes.On dirait qu’on entend un immense baiser I ” Nous n’avons cité que les meilleurs passages.Par endroits, l’auteur nous parle de Cybèle et des dieux antiques ; la mythologie voisine fâcheusement avec les croyances chrétiennes.A l’époque où écrivait Victor de Laprade, notre poésie n’était pas encore complètement affranchie de ce vocabulaire composite qui nous venait de la Renaissance.Ailleurs, on rencontre des strophes assez faibles et des vers moins bien venus.La pensée elle-même manque de clarté.Mais nous n’avons pas eu de peine à isoler les strophes où l’on a pu admirer un enchaînement d’une parfaite cohérence, et cela parce que Victor de Laprade multiplie les images pour exprimer un même sentiment.Contrairement à celui de Lamartine, son lyrisme tourne à l’épopée et devient une peinture aux décors multiples.C’est un bel exemple d’amplification pour nos élèves.Le professeur pourra leur faire comparer, un par un, ces développements où n’entre jamais rien de banal.Au surplus, parti d’un fait isolé, le poète y découvre un symbolisme qui l’amène à de hautes spéculations philosophiques, dans le genre d’Alfred de Vigny : La Maison du Berger, La Bouteille à la Mer.Les extraits de morceaux choisis que possède tout professeur, même dans les écoles primaires, faciliteront ces rapprochements suggestifs entre plusieurs poètes.Pour ce qui concerne spécialement Victor de Laprade, un critique récent donne une appréciation typique des Odes et Poèmes : “ C’est là qu’il a fait sa plus riche et sa plus féconde moisson lyrique ; c’est là qu’il a chanté, avec cet enthousiasme, avec cette exubérance de jeunesse que les poètes eux-mêmes n’éprouvent qu’une fois dans leur vie, son cantique à la gloire de l’univers visible, son hymne à la nature.” Le morceau que nous venons d’analyser serait donc lu avec la couleur locale en pleine forêt, dans un sous-bois où la lumière serait tamisée par le feuillage ; la jeunesse scolaire, en congé ou en vacances, devrait être accompagnée d’un maître qui lui déclamerait avec émotion ces strophes pleines de santé.Les jeunes promeneurs éprouveraient la sympathie que méritent les hautes futaies des majestueuses forêts du Canada.Abbé F.Charbonnier, Docteur ès-Lettres LA SEMAINE DU DIMANCHE La Semaine du Dimanche aura lieu cette année du 2 au 9 mai.Dans toutes les écoles et dans chaque classe, les maîtres et les maîtresses se feront un devoir de rappeler aux élèves l’obligation, combien agréable et réconfortante, de respecter le Jour du Seigneur.Lectures en classe, dictées, rédactions, récitations, voilà des moyens pratiques d’instruire la jeunesse de ses devoirs envers Dieu relativement à la sanctification du dimanche.Au chapitre des Exercices scolaires, présente livraison, voir, au Cours moyen, la récitation : le Dimanche du paysan.C.-J.Magnan. 582 L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE LA BOTANIQUE A L’ÉCOLE RURALE (Pour YEnesignement Primaire) Mai.— Quelques 'plantes printanières.— Leurs caractères.Vite, mes petits amis, tout le monde dehors aujourd’hui, la nature efet en fête, les arbres font éclater leurs bourgeons ; au sein des forêts humides et touffues foissonnent les colonies de plantes printanières, qui vous attendent.Allez fureter dans les sous-bois pour y découvrir, qui la Sanguinaire, qui l’Hépatique, qui la Dentaire.Chacune de ces blanches fleurs et bien d’autrefe encore se hâtent d’étaler leur coupe fleurie à la pleine et chaude lumière avant que les feuilles se déplissent et les couvrent de leur voile ombrageux.Voici la première née parmi cette frondaison ; c’est l’Hépatique acutilobée—Hepatica acuti-loba D.C.La teinte bleue de sa corolle indique qu’il y a plusieurs jours qu’elle a passé sa tête au travers les feuilles mortes, puisqu’à sa naissance elle était blanche.Cette petite fleur coquette change trois fois de parure durant sa floraison ; elle débute par une toilette blanche, qu’elle remplace par une autre teintée de rose, avant de se parer d’un bleu azur.Si l’Hépatique est vaniteuse, elle est par contre très prévoyante.Toutes ses fleurs sont formées à l’automne, et s’épanouissent parfois même durant les chaudes journées de cette saison.En ce moment vous ne trouverez que les fleurs de l'Hépatique ; elles sont portées sur un pédoncule lourd et soyeux.C’est le trait caractéristique de cette plante.Ces fleurs, vous le remarquerez, sont accompagnées de leurs vieilles feuilles de l’an dernier.Comptez les étamines.Elles sont nombreuses.Et le pistil.Voyez il y a dessus des graines, on dirait une petite fraise qui commence à se former, il ressemble aussi au Bouton d’or (Renoncule âcre) que vous récolterez à l’été.L’Hépatique comme le Bouton d’or appartiennent à la famille de Renonculacées.Une autre belle plante, majestueuse même, nous sourit à côté de l’Hépatique ; c’est la jolie Sanguinaire du Canada ou Sang-Dragon -— Sanguinaria canadensis L.Sa feuille unique, avec les replis de son limbe, semble vouloir cacher aux regards indiscrets l’unique fleur qu’elle protège.Mais cette plante n’est pas sans tige, enlevez la terre qui entoure la base de la feuille et de la fleur, vous trouvez à quelques pouces de profondeur, un petit corps brun foncé de la longueur et de la grosseur du doigt : c’est la tige de la Sanguinaire.Parce qu’elle se cache sous terre on lui donne le nom de rhizome.Voyez les petites racines sont disposées tout le long du rhizome.A l’un des bouts vous apercevez le pétiole de la feuille et le pédoncule de la fleur, l’autre bout semble se déssé-cher.Comme tous les rhizomes des plantes vivaces, celui de la Sanguinaire se détruit par une extrémité en s’allongeant par l’autre.Brisez la tige qui porte la fleur.Voyez, elle laisse couler un jus rouge-vermeil qui tache vos doigts, on dirait du sang.Comprenez-vous maintenant, mes petits amis, pourquoi cette plante porte le nom de Sanguinaire ou Sang-Dragon.Le liquide qui découle de la Sanguinaire, dès qu’on la blesse, n’est pas la sève de la plante, mais un suc appelé latex rouge.D’autres plantes comme le pissenlit, le pavot, etc., ont un latex blanc.Le principal intérêt de la Sanguinaire réside en grande partie dans la fleur.Celle-ci, en effet, est complète ayant : sépales, pétales, étamines et pistil.Seulement si vous voulez voir les deux sépales du calice, il faut que vous cueilliez la fleur avant qu’elle s’épanouisse, car à ce moment ils tombent sur le sol ; la corolle seule avec ses huit à douze pétales persiste et continue son rôle protecteur auprès du pistil et des étamines.Elle s’en acquitte d’ailleurs avec une minutieuse attention, car tous les soirs vers quatre ou cinq heures, vous la trouverez déjà presque complètement close.Jadis les Indiens recherchaient cette plante pour en extraire le “ sang ” avec lequel ils se tatouaient abondamment tout le corps, surtout à l’époque de leurs grandes fêtes et de leurs guerres barbares. L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE 583 QUELQUES PLflnTEô PRiriTflrïlERES CENR E,tt>PtCC:He^>aI£^ QXuIÜffGu rtOt^éjsotûy-^ ao>XoL>-^- (^rVOVUL»j»X^CJLL4 OCCt Coptic QArünn \ ptuijL- àUtyuXrrJbxrrui; Jb OyvrO^XAT^L/ TftniLUe ÛLTUX>CXJU^ tSEfiRE.tbpCCE.G/U40jIatux.XàjJÇ Mm FflMlU_E 0^ûptCE: tDJ&ul£UU /I NOM- ^Jxuue, AXyvAkUXsr (^OaIÂaJaÆOlXUjLA- FAMJulE GENRE.ESPECE NOM:Cix*y^ Ca/Lct^J^- Famille Oa^cÀj^xuum^ GENRE ESPECE CuAqaIâLùLujj NOM (WiA^taEiL oj^cuyu 584 L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE La Sanguinaire a un grand renom même encore aujourd’hui dans la médecine populaire, les anciens y ont une confiance sans limite.Le lait ou latex rouge séché et réduit en poudre a des propriétés purgatives, vomitives, émollientes.A haute dose c’est un poison narcotique.Cettp belle plante indigène aussi remarquable par la beauté de sa feuille, de sa fleur que par la vive coloration de son latex, appartient à la famille du Pavot (Coquelicot) à grandes fleurs rouges ou blanches, au cœur tacheté de pourpre, qui ornent nos jardins potagers et desquelles on extrait deux narcotiques puissants : l’opium et la morphine.C’est donc une Papavéracée.Ne manquez pas, mes petits amis, d’aller voir la Sanguinaire du Canada.C’est un spectacle que le Divin Créateur n’accorde qu’à nous seuls, les habitants du Nord-Est de l’Amérique, puisque la Sanguinaire ne se rencontre nulle part ailleurs.Il n’est pas permis aux petits botanistes canadiens d’ignorer cette beauté de notre flore canadienne.Une autre jolie petite fleur qui avoisine l’Hépatique et forme de grands tapis dans nos sous-bois feuillus, c’est la Claytonie de Caroline— Claytonia caroliniana L.de la famille des Portu-lacacées.Allez doucement si vous voulez cueillir ces fleurs avec leur tubercule (petite racine en forme de patate de la grosseur d’un gros haricot), car les tiges sont tendres et se brisent facilement.Les feuilles de la base (basilaires eh terme botanique) sont pétiolées, oblongues-spatulées, celles qui tiennent à la tige (caulinaires, encore un terme de botanique) sont ovales-lancéolées et opposées.Les fleurs blanches ou roses, veinées de rose plus foncé, sont disposées en grappes.La Claytonie a une manière spéciale de fleurir pour conserver son espèce : les boutons, d’abord pendants par une légère courbure du pédoncule, se redressent au moment ou la fleur doit s’épanouir, afin qu’elle regarde bien le soleil ; le pédoncule se recourbe de nouveau pendant que la fleur se flétrit, mais quand la capsule est mûre, il se redresse une seconde fois, celle-ci éclate et projette les graines dans toutes les directions à une distance qui peut atteindre jusqu’à deux pieds.N’est-ce pas, mefe bons amis, que la Claytonie de Caroline est ingénieuse pour conquérir le domaine où elle s’implante ?Voici une petite plante bien délicate, que vous remarquerez, je suis sûre, dans votre excursion.C’est la Trientale boréale—Trientalis borealis Raf.de la famille des Prumalacées.Sa tige très courte de taille, c’est à peine si elle s’élève à six pouces du sol, est terminée par une rosette de feuilles vert-pâle, verticillées, au centre de laquelle surgit une petite fleur blanche en forme d’étoile et ordinairement solitaire.C’est une plante typique où le chiffre sept se trouve répété presque partout : sept feuilles, sept sépales, sept pétales, sept étamines.La Trientale si gentille plaît au regard par sa grande simplicité, cueillez-en quatre ou cinq beaux spécimens pour votre herbier, elle est si petite, qu’un seul spécimen ne suffirait pas.Sur la mousse humide, à l’ombre des Cônifères, vous chercherez de la Savoyane — Sabouil-lane — Sibouillane — Coptide de Groenland — Coptis groehlandica Oeder.Vous la connaissez peut-être déjà pour avoir goûté à ses rhizomes, jaune or, très amers que votre maman vous a préparé en tisane comme tonique apéritifs?.Pouvez-vous la trouver dans les bois?.La Savoyane a des tiges glabres (dépourvues de poils) qui poussent en petites touffes ; les feuilles toutes basilaires et persistantes (vivant d’une année à l’autre) sont longuement pétiolées ; le limbe divisé en trois lobes est luisant à la partie supérieure.La fleur est petite, les pétales de cinq à sept sont étroits et en forme de capuchon.La Savoyane était fort utilisée autrefois chez les Indiens qui s’en servaient pour teindre le cuir.De là son nom de Savoyane tiré de Tisavoyane qui signifie en Micmac : teinture pour les peaux.C’est aussi des Indiens que nos Pères apprirent les propriétés médicinales de cette plante si célèbre comme antiscorbutique, tonique, et antiseptique.La Savoyane appartient à la famille des Renonculacées.Sous les touffes de noisetiers, vous apercevrez la Dentaire à deux feuilles —- Dentaria diphylla Michx., généralement désignée sous le nom de Carcajou.Elle est facile à reconnaître par sa fleur blanche assez grande, composée de quatre pétales et quatre sépales opposés en forme de croix ; c’est le caractère des Crucifères (qui portent des croix), famille à laquelle elle appartient.La Dentaire a généralement deux feuilles opposées, composées* de trois grandes folioles à larges dents.Vous remarquerez que les rhizomes à fleur de terre, pour la plupart, ne se désarticulent pas faci- L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE 585 lement ; ils ont une saveur de moutarde, aussi dans plusieurs de nos campagnes, on les marine en guise de condiment.Vos yeux ne manqueront point d’être attirés par le Gouet triphylle que je vous ai déjà signalé le mois dernier.Voici comment vous reconnaîtrez ce petit chef-d’œuvre de notre flore.Attention ! La grande membrane, verdâtre à l’extérieur et rayée verticalement de blanc et de violet foncé à l’intérieur, ce n’est pas la fleur, mais simplement une enveloppe florale qui protège un groupe de fleurs staminées ou pistillées.Cette enveloppe s’appelle sputhe.Au centre de la spathe s’élève une petite colonne charnue, violet-foncé et garnie de fleurs à sa base, c’est le spadice.Le spadice se tient au centre de l’ouverture, sous le toit de la spathe, avec la dignité d’une moine dans la chaire ; c’est ce qui lui a valu, des Anglais, le nom de preacher in the pulpit ou moins révérencieusement ; jack in the pulpit.Les Canadiens le désignent sous le nom de : Oignon sauvage — Petit prêcheur -— Pied de veau; les savants le surnomment Gouet triphylle —• Arisème triphylle —- Arum.Est-ce son allure de sermoneur qui a valu tant de noms à ce petit chef-d’œuvre si admirable ?.L’Oignon sauvage porte deux feuilles trifoliolées ; la racine de cette plante est un rhizome demi sphérique à saveur piquante.N’allez pas goûter à ce suc, il n’a aucun goût en touchant à la langue, mais quelques minutes suffisent pour déterminer une brûlure intense qui durera tout le jour, si vous avez l’imprudence de vouloir en faire l’expérience.Les gens de nos campagnes canadiennes rendent comestibles les rhizomes de l’Oignon sauvage en les débarrassant de leur âcreté par l’ébullition ; ils les emploient contre “ la faiblesse du sang et les troubles de l’estomac ”.Qui parmi vous, chers petits botanistes, découvrira le “Petit prêcheur” caché dans sa chaire et annonçant à sa manière, l’arrivée des beaux jours printaniers ?Il faut, mes petits amis, que vous ayez dans votre petit herbier la Fleur de mai —¦ l’Epigée rampante — Epigea repens L.Voici les caractères de cette humble mais charmante petite plante à fleurs odorantes.Elle a des tiges de deux à douze pouces, à rameaux séparés dès la base et qui rampent sur le sol à travers le gazon, ou la mousse, ou les feuilles mortes.Elle cache ses corolles roses ou blanches sous ses feuilles oblongues, épaisses, toujours vertes et garnies de petits poils roussâtres à peine visibles.Hâtez-vous de cueillir la Fleur de mai, ce premier sourire du printemps ; elle est rare et ne fleurit pas longtemps.Il me reste à vous décrire une de nos plus belles plantes printanières qui charme et qui étonne par le coloris de sa fleur et la singularité de sa forme.Je veux vous nommer la Sabot de la Vierge — Cypripède acaule— Cypripedium acaule Ait.C’est dans les bois humides, remplis d ombre, ou dans les savanes, au-dessous d’épaisses feuillées que vous découvrirez, dans sa cachette, ce bijou de notre flore.Les savants disent que les cypripèdes sont des plantes à fleurs irrégulières ; car elles n’ont pas de corolle ; la partie rose ou jaune ou blanche striée de rouge, selon l’espèce, et qui ressemble à un sac ,n’est qu’un pétale médian appelé labelle, fendu en avant sur toute sa longueur.Le tissu en est luisant et brillant comme du satin.Les étamines et le pistil unis en colonne sont projetés en avant au sommet du sac.Comme son nom l’indique, le Cypripède acaule (sans tige), le plus commun de nos Cypripèdes, n’a pas de tige ; sa hampe florale qui peut atteindre douze à quinze pouces de hauteur, ne supporte qu’une seule fleur penchée ; ses deux feuilles basilaires sont elliptiques et fortement nervées.Le mot Cypripède signifie sabot à cause de la forme de la fleur.La ressemblance qui existe entre le labelle de cette plante et l’article d’un usage journalier, le soulier, a fait donner, selon les pays, le nom de Sabot de la \ ierge, Soulier de la Vierge, Soulier de Notre-Dame.Témoignage non équivoque de la grande vénération des peuples pour la sainte Vierge.Mes chers petits botanistes, en allant à la cueillette des neuf plantes que je viens de vous décrire, combien d’autres de toutes nuances et de toutes espèces vous rencontrerez.Elles vous diront d’un air mélancolique: Fais-moi donc l’honneur de me cueillir pour ton herbier!.Ne les dédaignez pas, joignez-les à celles que vous connaissez déjà par leur nom pour les collectionner également dans votre bel herbier.Mais, me direz-vous, qui viendra à notre aide pour les identifier?.Voici un petit secret que je vous confie et qui va vous tirer d’embarras, si vous savez en user avec habileté.Je vous dis tout bas : Demandez à Monsieur le Cure et à Messieurs 586 L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE les Commissaires, à l’occasion de leur visite d’examen de fin de l’année ou encore par une gentille lettre bien tournée, de vous faire, cette année même, le cadeau, comme prix collectif pour votre école, d’une Flore Laurentienne du Frère Marie-Victorin.Vous trouverez dans ce magnifique volume la description de toutes les plantes que vous cueillerez au cours de vos excursions et bien d’autres encore.Comme vous deViefidrez de savants botanistes en le feuilletant et comme vous serez étonnés de découvrir tant de richesses dans notre belle flore canadienne ! Sœur Marie de Sainti>-Alberte, r.s.c.LA COMPOSITION A L’ECOLE NORMALE Sujet historique Lettre d’un seigneur canadien a un ami de France.(1763) Au lendemain de la conquête, un seigneur canadien écrit à un parent de Paris, qui Va engagé à retourner en France avec sa famille.Sa décision est prise : il reste.Il sait bien qu'en France il pourrait mener une existence plus facile, mais des motifs d'intérêt supérieur le retiennent au Canada : a) il ne veut pas décourager davantage les malheureux colons canadiens.b) il désire continuer l'œuvre de tant de héros qui sans regret ont accepté les plus durs sacrifices pour permettre à la race française de Pimplanter en Amérique.c) deux de ses fils ont trouvé une mort glorieuse sur les Plaines d'Abraham.Il reste pour prier sur leur tombeau.Rédigez sa lettre.COMPOSITION HISTORIQUE Lettre inédite datant du 15 octobre 176 i A Monsieur Gaston de Léry Paris Mon cher cousin, Votre chaleureuse invitation de repasser en France avec ma famille m’est parvenue en même temps que la nouvelle de la signature du traité qui nous constitue définitivement sujets britanniques.Merci, mon ami, de l’intérêt et de l’affection que vous me témoignez en cette circonstance particulièrement douloureuse pour tout homme de cœur.Votre offre arrive trop tard, cependant, car ma décision est prise et elle est irrévocable : je reste au pays, quoi qu’il puisse arriver.Et pourtant, vous l’avouerai-je franchement, mon cher de Léry, la perspective de couler paisiblement des jours meilleurs dans quelque bonne petite ville normande, d’y refaire, s’il se peut, ma fortune presque entièrement ruinée par le malheur des temps, celle enfin de renouer nos relations familiales d’autrefois ont un instant ébranlé mon L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE 587 ccurage : comme tant d’autres, j’ai été sur le point de céder à la tentation du départ.Mais des motifs d’intérêts supérieurs plus forts que toutes ces considérations me retiennent au pays natal.D’abord, mon départ et celui des autres qui s’autoriseraient de mon exemple pour déserter le Canada, décourageraient davantage peut-être nos malheureux colons canadiens encore sous le coup de la dépression morale apportée ici par les derniers événements.C’est une bien lourde épreuve, mon pauvre de Léry, que celle de la défaite ’’ployant les âmes jusqu’à terre,’ mais qu’est-ce donc quand la défaite s’accompagne d’une ruine totale des biens matériels, comme celle que subit tout ce petit peuple “ de héros en guénilles ” ?Voilà bientôt dix ans cme pour conjurer la banqueroute royale et suppléer à l’insuffisance de la monnaie dt cartes en usage dans tout le royaume, l’intendant Bigot — que Dieu pardonne à cet h jmme tout le mal qu’il nous a fait — émettait sous sa signature des lettres de change payables par les Trésoriers-Généraux des colonies.Vous n’ignorez pas, sans doute, que ces derniers, continuellement pressés par de nouvelles dépenses, ont reculé sans fin l’échéance de ces sortes de billets promissoires.Qui dira les effets désastreux de ces injustes retards ?La guerre éclata soudain et la disette se mit de la partie.Les habitants durent payer toutes choses 300 et 400 pour cent de leur valeur, pendant que Monsieur Bigot les obligeait à vendre leurs denrées et leurs bestiaux à des prix trois fois inférieurs à tous les prix d’achat.Tout compte fait, au moment de la conquête, le roi de France ne devait pas moins de quatre-vingt-dix millions à la colonie.De récents courriers d’Europe nous apprennent que le 10 février dernier, jour même de la signature du Traité de Paris, le ministre Choiseul, sur les représentations des plénipotentiaires anglais, a signé une déclaration au nom du roi par lequel il s’engage à payer exactement les billets de change, “ après liquidation faite dans un temps convenable.” Que vaut exactement cette promesse ?Personne n’ose encore se livrer à l’espérance.D’autre part, la questions religieuse est loin d’être rassurante pour tous les vrais catholiques.Il est vrai que les signataires anglais, lors de la reddition de Québec, ont accordé “ le libre exercice de la religion romaine,” et que l’acte de la Capitulation de Montréal a apporté à la question encore plus de précision et d’ampleur, car pas moins de neuf articles y ont trait.Mais qui dira la douloureuse surprise et du clergé et des habitants quand les termes du récent traité concernant notre sainte religion parvinrent à leur connaissance ! Sa Majesté britannique convient d’accorder aux habitants du Canada la liberté de la religion catholique et cependant, l’article quatrième du texte s’achève sur un bout de phrase le plus diplomate et le plus insidieux qui se puisse imaginer : “ en tant que le permettent les lois de la Grande-Bretagne.” Or, les lois de la Grande-Bretagne, mon cher ami, proscrivent d’une façon absolue l’exercice de la religion dans tout le Royaume-Uni.Et voilà, mon cher de Léry, sur quel texte de loi ambigu va se décider à Londres la reconnaissance d’un évêque catholique pour le pays privé de son pasteur depuis le 8 mai 1759.Le clergé est en pleine lutte pour faire reconnaître son chef, et, s’il y réussit, il lui faudra recommencer pour conquérir le droit de se recruter.Les mêmes inquiétudes étreignent les âmes dans nos couvents de religieuses.“ Que nous sommes tristes,” s’écriait, il y a quelques jours, Monsieur l’abbé Gravé, du Chapitre de cette ville, en apprenant la désespérante réponse de lord Sherburne : “ Londres ne peut accorder d’évêque^au clergé du Canada.” 588 L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE Enfin, et pour achever la peinture de nos malheurs, vous imaginez-vous un peu, mon cousin, à quel étrange retour sur eux-mêmes ne doivent pas se livrer ces incorrigibles coureurs des bois, miliciens d’hier, ramenés enfin dans leurs foyers où ils leur faut souvent héberger avec leur famille la soldatesque anglaise qu’ils ont harcelée pendant un siècle et demi sur tous les points du continent?Que vont devenir dans cette nouvelle atmosphère de protestantisme la foi et les mœurs des nôtres ?Et pourtant, nos gens n’acceptent pas facilement l’humiliation ! Ils n’acceptent pas davantage l’écrasement et la défaite définitive ! Au cœur de cette race énergique de Normands doublés de catholiques persiste à jamais la volonté de sauver leur âme, sans doute, mais aussi celle de s’enraciner au sol défriché par les ancêtres et arrosé du sang des martyrs.J’admire leur patience obstinée et têtue cherchant dans les cendres encore fumantes l’emplacement de leurs foyers, acceptant le travail et la pauvreté pour la résurrection de la patrie ! Tant d’héroïsme me touche profondément et je me reprocherais comme une lâcheté d’abandonner à leur sort ces pauvres gens qui, “ sans haine comme sans vile flatterie, synthétisent la pacifique résistance d’une race qui ne sait pas mourir.” Comme eux, je veux continuer l’œuvre des héros, nos pères, et dussé-je y mourir, je ne déserterai pas le poste où j’ai déjà donné le meilleur de moi-même et où j’ai l’assurance d’être encore utile au relèvement de mon pays.Et tout d’abord, ne trouvez-vous pas avec moi, mon cher ami, que le moyen le plus efficace d’y coopérer, c’est de garder sous nos pieds le territoire de la patrie ?Sur ce point, les circonstances ont franchement favorisé nos Canadiens : ils ont pu conserver dans la presque totalité les vastes domaines qu’ils possédaient avant la conquête.Les départs forcés ou volontaires, les renversements subits de fortune ont bien laissé ici et là quelques terres en friche, mais très peu passent aux mains des Anglais.Si quelques fils d’Albion se ruent à l’accaparement des terres, c’est pour porter leurs convoitises au-delà des domaines de culture.Quant à nos gens, rentrés chez eux, la guerre finie, consolés et guidés par un clergé qui a su se placer à la hauteur de sa mission, ils se remettent paisiblement à faire valoir leurs terres.C’est ainsi qu’ils entendent conserver le sentiment de leur dignité, refaire la patrie et durer avec elle.Que la Providence veille à jamais sur ce petit peuple de héros en route vers ses glorieuses destinées ! Enfin, mon bon cousin, laissez-moi vous confier en terminant, la suprême raison pour laquelle je ne puis me résoudre à quitter la terre canadienne teinte du sang le plus pur de notre France.Ce sol sacré garde les tombeaux de mes deux fils, tombés glorieusement le 8 septembre 1759 au combat des Plaines d’Abraham.Charles, le cadet, qui faisait à dix-huit ans ses premières armes à côté de l’héroique marquis de Montcalm est mort dans mes bras, frappé en pleine poitrine dès les premières décharges de l’ennemi.Mon valeureux Gaston, votre filleul, n’a survécu que quelques heures à une blessure reçue à la tête en ralliant quelques fuyards.Ses dernières paroles ont été celles d’un bon fils : “ Adieu, père, je m’en vais ; consolez maman.” Charles et Gaston dorment maintenant côté à côté à l’ombre de la grande croix du cimetière Notre-Dame, qui vient d’être restauré.Une force instinctive m’attire tous les soirs vers leurs deux tombes.J’aime à m’y agenouiller avec ma chère femme et les deux jeunes fils que le bon Dieu m’a laissés.La prière nous console ; elle ravive nos espérances en l’éternelle réunion.Adieu, mon cher Gaston.Veuillez, je vous prie, présenter à Madame de Léry l’hommage de mon respectueux attachement. L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE 589 Quant à vous, rien ne m’est plus précieux que votre amitié : faites-moi donc le plaisir de me la conserver toujours.Ce sera une bien grande consolation pour celui qui vous serre affectueusement la main et se dit Votre affectueusement attaché, Charles de Kepentigny.Québec, ce 15 octobre 1763.Marguerite Gagnon, Elève du cours élém.t* année.Ecole normale de Rimouski.SOLFEGE ET CHANT Concours oral Mai.1 — étudiées.Le professeur questionne individuellement les élèves sur les figures de notes et de silences Exemples : a) Quelle différence y a-t-il dans la forme et la durée : de la pause et de la demi-pause, du soupir ou du demi-soupir?Tracez ces figures de notes et de silences au tableau noir.b) Nommez un silence unique qui remplacerait deux croches.c) Nommez la note qui a la même durée que la demi-pause.d) Quel est le silence qui équivaut à une noire.(Multiplier les questions de ce genre.) Le professeur fait solfier individuellement en marquant les temps de la mesure par des mouvements de la main 3 — Le professeur a) b) 4 — Le professeur a) b) Exercices page 29, noa 8 à 17.fait solfier individuellement Chants pages 30 et 32.Il fait appliquer les paroles des chante en marquant les temps de la mesure par des mouvements de la main.Il fait reconnaître à l’audition les notes et le silences formant la mesure.Concours écrit 1 — a) Quelle figure de note remplace la demi-pause ?(Tracer la figure de note et le silence.) b) Quelle figure de note remplace le demi-soupir ?(Tracer la note et le silence.) 2 — a) Nommez et tracez le silence qui remplace la noire.b) Nommez et tracez le silence qui a la même durée que la ronde.3 — Tracez cinq barres de mesure de manière à faire quatre mesures à 2 temps.1ère mesure 2ème mesure 3ème mesure 4ème mesure Trois notes et Une note et Une note et Une note et un silence.un silence deux silences ?trois silences ?Dans chaque mesure, formez les figures de notes et de silences nécessaires pour constituer une mesure à 2 noires : chaque mesure doit renfermer 2 noires ou des durées équivalentes.4 —¦ Tracez cinq barres de mesure de manière à former quatre mesures.: 1ère mesure 2ème mesure 3ème mesure 4ème mesure Une seule note.Trois notes et Deux notes.Une note et un silence.un silence.Dans chaque mesure formez les figures de notes et de silences nécessaires pour constituer une mesure à quatre noires : chaque mesure doit renfermer 4 noires ou des durées équivalentes.Une Religieuse de la Congrégation de N.-D. 590 L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE L’INSTRUCTION CIVIQUE A L’ÉCOLE PRIMAIRE 7e et 8e années Leçon VII LA LÉGISLATURE PROVINCIALE 1.1.L’organisation gouvernementale de Québec se compose d’une Législature locale, dont le siège est à Québec, la capitale provinciale.2.La Législature de Québec se compose de différents corps que l’on nomme -pouvoirs publics.IL 1.Les pouvoirs qui composent la Législature sont : le Pouvoir législatif (les deux Chambres et le Roi, représenté par le LieutenantGouverneur) et le Pouvoir exécutif (le Gouvernement Provincial).2.Le pouvoir législatif provincial se compose du Roi, représenté par le Lieutenant-Gouverneur, du Conseil législatif et de l’Assemblée législative (Chambre des députés), siégeant à Québec, à l’Hôtel du Parlement local.3.Le rôle du Conseil législatif et de l’Assemblée législative consiste à faire les lois nécessaires à l’administration particulière de la Province de Québec, à voter le budget de la province et à contrôler les actes du Gouvernement local.III.1.Le Conseil législatif se compose aujourd’hui de 24 membres nommés à vie par le Lieutenant-Gouverneur en conseil (c’est-à-dire le Gouvernement), au nom du Souverain.Chaque conseiller représente une des 24 divisions électorales de la province.2.Le Conseil législatif est présidé par un de ses membres qui porte le titre d’Orateur.3.Le Conseil législatif approuve ou repousse les projets de loi adoptés par l’xàssemblée législative (1).Ses membres ont aussi le droit de proposer, discuter et adopter des mesures qui n’affectent pas les revenus publics.Ces mesures doivent être ratifiées par l’Assemblée législative.iV.1.L’Assemblée législative se compose de 90 députés élus par les quatre-vingt-dix comtés ou collèges électoraux de la Province de Québec (2).2.L’Assemblée législative est élue pour un terme de cinq ans.L’Assemblée législative est dissoute par le Lieutenant-Gouverneur, sur l’avis de ses ministres.Y.1.L’Assemblée législative et le Conseil législatif sont convoqués en sessions par le Lieutenant-Gouverneur en conseil 2.L’Assemblée législative possède le pouvoir législatif conjointement avec le Conseil législatif.Elle peut aussi blâmer ou approuver les actes du ministère, et par l’intermédiaire d’un comité de ses propres membres (les ministres) elle gouverne la province.VI.1.L’Exécutif provincial (Conseil exécutif) se compose du Lieutenant-Gouverneur, représentant le Souverain d’Angleterre, et de ses conseillers que l’on appelle Ministres.C’est ce que l’on nomme le Gouvernement provincial.2.Le Lieutenant-Gouverneur est nommé par le Gouvernement fédéral.Son office dure ordinairement cinq ans.3.Le rôle de l’Exécutif ou Gouvernement provincial consiste à faire exécuter les lois provinciales, à maintenir l’ordre public dans les limites de la Province de Québec, enfin à prendre les diverses mesures nécessaires à la prospérité de la province : Education, Colonisation, Agriculture Voirie, etc.QUESTIONS LEÇON II.- LA LÉGISLATURE PROVINCIALE I.1.Comment se compose l’organisation gouvernementale de la Province de Québec?2.Comment la Législature de Québec est-elle composée?IL 1.Quels sont les pouvoirs publics qui composent la Législature locale (ou provinciale) ?2.De qui se compose le pouvoir législatif provincial?3.Quel est le rôle du Conseil législatif et de l’Assemblée législative?III.1.Com- (1) Toute législation adoptée par l’Assemblée législative doit être approuvée par la majorité des membres du Conseil législatif, avant d’être présentée au Lieutenant-Gouverneur qui, par sa signature, donne force de loi à tout bill consenti par les deux Chambres.(2) Un seul député représente les comtés de Charlevoix et Saguenay à l'Assemblée législative L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE 591 ment le Conseil législatif est-il composé ?2.Qui préside le Conseil législatif ?3.Quelles sont les attributions du Conseil législatif?IV.1.Qui compose l’Assemblée législative?2.Pour combien de temps l’Assemblée législative est-elle élue ?Par qui l’Assemblée législative est-elle dissoute ?V.1.Qui convoque les Chambres ?2.Quelles sont les attributions de l’Assemblée législative ?VI.1.Comment est composé Je pouvoir exécutif provincial?2.Qui nomme le Lieutenant-Gouverneur?Quelle est la durée de son office?3.Quel est le rôle de l’Exécutif ou Gouvernement provincial ?C.-J.Magnan.LECTURE EN CLASSE La messe paroissiale C’était le matin d’un beau jour de dimanche ; les cloches, sonnant à toute volée, appelaient les fidèles à la messe ; les villageois en habits de fête se rendaient à l’église ; j’y entrai avec eux et je fus très édifié de leur silence et de leur recueillement dans le lieu saint.Tous suivaient les prières de la messe ou récitaient dévotement le chapelet.Après l’Évangile, M.le Curé monta en chaire, pour faire le prône.Entre autres paroles, je me rappelle celles-ci : “ Mes frères, nous ne sommes sur la terre que pour connaître, aimer et servir le bon Dieu “ C’est là notre fin, notre destinée.“ Ceux qui ne servent pas le bon Dieu ne font pas la seule chose pour laquelle ils existent.Ils sont comme une vigne qui ne donnerait point de raisin, comme un arbre qui ne produirait ni fruit ni ombrage.“ Aimons ce bon Maître et pratiquons sa religion ; et il nous en récompensera en nous comblant de ses bénédictions sur la terre, et en nous admettant après notre mort dans son paradis.” Il entonna ensuite le Credo, que tous les assistants chantèrent ensemble.On continua le saint sacrifice ; et jusqu’à la fin les bons villageois montrèrent le même respect, la même piété.Au sortir de l’église, ils se formèrent par groupes sur la place ; et là ils parlaient de leurs affaires, et surtout de leurs récoltes.On voyait à l’air de leur visage qu’ils étaient contents et heureux.Je compris que le bonheur se trouve dans la simplicité, le travail et la fidèle pratique de la religion.Lecture Courante.‘ ‘ TALITHA ’ ’ “ Une fiction délicieuse ”, dit le chanoine Chartier, “ une fantaisie vraisemblable et magistralement agencée ”.Dans cette nouvelle évangélique, l’auteur suppose que la fille de Jaïre, ressuscitée par Notre-Seigneur, au commandement de ” Talitha, qoumi — Jeune fille, lève-toi”; garde par la suite, comme nom, ce mot magique du Maître : Talitha.Elle rencontre le fils de la veuve de Naïm : ils se racontent leur histoire, s’aiment et.L’auteur a obtenu de l’Archevêché de Montréal le “Nihil obstat ” et “l’Imprimatur”.Le Chanoine Chartier, vice-recteur de l’Université de Montréal, a écrit la préface du livre, qui est vraiment une œuvre d’apologétique où sont enchâssées les plus belles pages de l’Evangile.Inutile donc d’ajouter que ce sera un excellent livre de récompense pour toute la jeunesse étudiante.Élégante plaquette de 95 pages, vingt-cinq sous l’unité, chez l’auteur, trente sous par la poste.Philippe Cusson, suite 306, 266 ouest, rue St-Jacques, Montréal.Tél.Harbour 9434. 592 L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE RÉCITATION Laissez venir à moi tous ces petits enfants ; Le royaume, des Cieux est pour qui leur ressemble, A dit le doux Jésus.Les petits, tous ensemble, S’avancèrent sans crainte, émus et triomphants, Et lui, le grand docteur, l’oracle, la sagesse, Près de lui, tour à tour, souriant, les plaça, S’inclina tendrement et puis les embrassa.Laissant tous les savants rire de sa faiblesse ; Car l’homme, c’était tout aux yeux du pharisien, La femme, un peu de chose.et l’enfant n’était rien.* * * Laissez venir à moi toutes ces jeunes têtes, Dit le Seigneur Jésus.Dans ses plus belles fêtes, Du fond du Tabernacle, il nous appelle encor ; Il n’attend point que l’âge ait mûri nos pensées : Il les prend, en leur fleur, à peine commencées ; Et tous les séraphins, avec leurs harpes d’or, Font résonner des Cieux l’harmonieuse enceinte, Quand par nous, conviés devers la Table Sainte, Seigneur, en longue file, émus et triomphants, Pour la première fois s’avancent vos enfants.P.-J.-O.Chauveau.PHRASEOLOGIE ET COMPOSITION 7e Leçon.— Phrase interrogative-positive Mot principal complément du verbe.Portons l’attention sur le complément, en y logeant le mot principal.(P.22, 23, 24), pour la phrase interrogative-positive : (1) Chacune de mes fleurs a-t-elle salué le soleil ?(2) Dans mon parterre, chacune des mes fleurs a-t-elle salué le soleil ?(3) Dans mon parterre, chacune de mes fleurs a-t-elle salué le soleil à son lever ?Il est aisé de continuer cette gymnastique, soit avec le mot pluie ou tout autre.Pluie : (1) Notre champ de céréales a-t-il été noyé par la pluie?(2) Notre beau champ de céréales a-t-il été noyé par la pluie?(3) Notre beau champ de céréales a-t-il été noyé par l’abondante pluie de ces jours derniers?De grands dommages ont-ils résulté de la froide pluie du printemps ?Les torrents de vos montagnes, ont-ils quitté leur lit à cause des pluies d’orage de l’été ?Dans la montagne, de graves dégâts ont-ils été produits par les dernières pluies torrentielles ?Nos grands espoirs ne proviennent-ils pas des fortes pluies de mai ?Les pâturages reverdiront-ils après cette pluie bienfaisante ? L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE 593 Rue L’enfant bien élevé s’attarde-t-il le soir dans les rues ?La pluie du dernier orage transforma-t-elle la rue en torrent ?De beaux peupliers ornent-ils les rues de votre ville P Dans votre ville tolère-t-on les attroupements dans les rues ?De nombreux épiciers n’étalent-ils pas leurs marchandises dans les rues de notre ville ?8e L^çon.— Phrase interrogative-nègative Mot principal complément du verbe.Les pages 25, 26, 27, donnent à la question un tour négatif.(1) Les nuages ne voilent-ils pas le soleil ?(2) Aujourd’hui les nuages d’ouest ne voilent-ils pas le soleil ?(3) Aujourd’hui les nuages d’ouest ne voilent-ils pas le soleil à tout moment?Ce qui permet encore toute une série d’exercices, dans le genre suivant : Rivière étant complément ; (1) La pluie n’a-t-elle pas grossi la rivière ?(2) La pluie abondante des jours derniers n’a-t-elle pas grossi la rivière ?(3) La pluie abondante des jours derniers n’a-t-elle pas grossi la rivière Saint-Charles ?Au bord de la rivière, ne passerons-nous pas d’agréables moments?L’admirable panorama des hauteurs ne descendait-il pas avec harmonie jusqu’au bord de la rivière ?Par les jours chauds de juillet, les écoliers en vacances ne coulent-ils pas des heures agréables sur les rivières ?L’élevage des canards ne se pratique-t-il pas aisément aux abords des rivières ?Mon ami Paul n’a-t-il pas failli se noyer en traversant la rivière ?Le paysage des Laurentides ne nous pénètre-t-il pas d’admiration pour ses rivières pittoresques ?Et vous avez là les principales formes interrogatives, positives et négatives, qui se peuvent offrir à l’activité des écoliers.9e Leçon.— Phrase exclamative-positive La phrase exclamative suit, positive d’abord, (P.29, 30, 31).(1) Avec quelle docilité le soleil obéit ! (2) Avec quelle docilité prompte le soleil obéit ! (3) Avec quelle docilité prompte le soleil obéit à la voix de Josué i Avec lac comme sujet et autant d’autres qu’on trouvera, les exercices se poursuivent : (1) Comme le lac brille ! (2) Comme le vaste lac Saint-Pierre brille ! (3) Comme le vaste lac Saint-Pierre brille sous les rayons du soleil couchant ?Aux jours de tempête, comme le lac Saint-Pierre moutonne sur toute son étendue ! Que d’agréables excursions les lacs des Laurentides offrent aux touristes au cours des vacances ! Quels délassements sains nos lacs réservent aux étudiants en villégiature ! De quelle riche beauté nos lacs parsèment nos montagnes pittoresques ! Quels plaisirs innocents nos lacs recèlent pour la jeunesse étudiante ! Quelle reconnaissance envers la Providence nos lacs magnifiques font sourdre de nos cœurs émus ! 10e Leçon.— Phrase exclamative-négative Avec les pages 32, 33, 34, on aborde la forme exclamative-négative : (1) Quel panorama le soleil n’a-t-il pas éclairé ! (2) Quel panorama splendide le soleil n’a-t-il pas éclairé ! (3) Quel panorama splendide le soleil n’a-t-il pas éclairé à son lever ! Et l’exercice se poursuit avec foret comme sujet, ou tout autre, au choix (1) (2) (3) juillet ! De De quelles odeurs la forêt ne nous embaume-t-elle pas De quelles odeurs pénétrantes la forêt mystérieuse ne nous embaume-t-elle pas ! De quelles odeurs pénétrantes la forêt mystérieuse ne nous embaume-t-elle pas en plein _ _ quelle grandeur paisible la forêt n’imprègne-t-elle pas l’âme avide de recueillement ! De quelles immenses richesses la forêt de conifères ne nous gratifie-t-elle pas chaque année ! Quelle terreur la forêt n’inspire-t-elle pas à l’enfant sans secours ! Quel spectacle rassurant la forêt n’offrit-elle pas spontanément à nos regards ! 594 L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE De quel carnage récent la forêt n’affirmait-elle pas avoir été le théâtre ! Combien d’animaux féroces la forêt n’abrite-t-elle pas en tout temps ! 11e Leçon.— Phrase exclamatxve-positive Le mot principal, complément ; L’attention se porte ensuite sur le complément, (P.35, 36, 37).(1) Avec quelle admiration nous avons contemplé le soleil ! (2) Avec quelle admiration naïve nous avons contemplé le soleil ! (3) Avec quelle admiration naïve nous avons contemplé le soleil descendre à l’horizon dans un brasier immense ! Les exercices se continuent avec lac ou tout autre nom comme complément : (1) De quel plaisir nous jouirons sur le lac ! (2) De quel plaisir innocent et sain nous jouirons sur le lac ! (3) De quel plaisir innocent et sain nous jouirons à la pêche sur le lac Saint-Pierre, dans cette après-midi idéale ! Quels poissons étranges nous capturâmes sur le lac en cette soirée orageuse ! Comme le Seigneur Jésus regardait avec amour le lac de Génézareth et ses pêcheurs ! Avec quelle allégresse le canotier hume l’air du lac, après un difficile portage ! Dans nos forêts, à l’hiver, que de solides chemins traversent les lacs ! Que de magnifiques villas de repos s’élèvent sur les rives de nos lacs ! Avec quelle joie, après une rude et longue besogne l’on prend pour quelques jours le chemin du lac ! 12® Leçon.— Phrase exclamative-négative Mot principal complément.Puis passons à la phrase exclamative-négative, avec le mot principal pour complément.(P.38, 39, 40).(1) De quelle féérique splendeur notre étang n’étincelle-t-il pas sous le soleil ! (2) De quelle féérique splendeur notre bel étang n’étincelle-t-il pas sous le soleil ! (3) De quelle féérique splendeur notre bel étang n’étincelle-t-il pas sous les ardeurs du soleil de juillet ! Et les exercices d’imitation se multiplient comme précédemment, avec forêt par exemple : (1) Quelle paix ne goûtons-nous pas dans la forêt ! (2) Quelle paix délicieuse ne goûtons-nous pas dans la forêt ! (3) Quelle paix délicieuse ne goûtons-nous pas dans la forêt agitée par un vent modéré ! Quel délassement inaccoutumé ne remplit pas notre être au sein de la forêt ! De quelle paix l’homme harassé ne jouit-il pas en pleine forêt ! Quelles rencontres terribles ne risque-t-on pas d’avoir parfois au fond de la forêt ! Quelle force l’homme agité ne recueillerait-il pas de quelques jours en forêt ! Quels mérites les ermites n’entassaient-ils pas par leur vie pénitente dans la forêt solitaire ! Peu importe le temps, pourvu que la phrase soit correcte et claire.Et en avant les exercices, oraux, sur le cahier-brouillon, au premier prêt, et cinq phrases pour finir sur le cahier de devoirs.Depuis longtemps, chacun a vu le procédé bien simple de ces phrases, dont les exercices exposés à la file, dans une seule leçon, deviennent fastidieux.Affirmative elle se dédouble Que la phrase soit : Interrogative en Exclamative positive et négative De plus le mot principal est employé comme sujet d’abord, puis comme complément.Ce qui donne douze phrases diverses, avec des verbes différents chaque fois.Et cela nous éloigne, je crois, de la sempiternelle phrase unique du sujet, du verbe et du complément, et supplice insupportable, où le verbe être occupe à lui seul la moitié du temps la place d’honneur, qu’il cédera parfois à faire, trouver, mettre ou à quelqu’autre vocable aussi incolore.Sans doute que l’écolier entraîné à construire assez promptement ces diverses phrases peut traiter quelques petits sujets.Dire quelque chose en ordre sur un objet qu’il connaît bien.Chacune de ses phrases ne contiendra qu’une seule proposition.Et l'unique lien entre elles consistera en un peu de logique de bons sens.J’ose croire qu’une demi-douzaine d’exemples n’épuisera pas votre patience.Frère Arsène-Louis, /.G. L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE 595 A L’OCCASION DU DEUXIÈME CONGRÈS DE LA LANGUE FRANÇAISE Projet de concours sur le vocabulaire (Smte) Butin du dimanche Marchand de hardes faites Change Etre habillé en tous-les-jours Cilet, blouse, coat Morning-coat Prince-Albert Eroc (de travail) Froc (de cérémonie) Surtout Chienne Smoking, tuxedo Capot Capot de poil Capot d’écolier Blazar Wind-breaker Sweater Pull-over Coat simple breast Coat double breast Basque Overalls Breeches Calotte Casque Tuyau, tuyau de castor Mou Chapeau de tweed Tourmaline Cap Sailor Palette (de casquette) Shape (de chapeau) Bas (d’homme) Souliers mous Pardessus (claques) Claques, rubbers Slippers Running-shoe, shoe-claque Cuillère à chaussure Crochet de bottines Zipper Gaiters Gants de kid Jaquette Corps Caoutchouc, ciré Brayet Crémeur Stoff Stud Êpinglette Loquet, laquet Snap Habillement Habits du dimanche Marchands de confections Rechange, vêtement de rechange Porter des habits de travail Veston, habit Jaquette Redingote Blouse Redingote Redingote Blouse Veston de soirée Paletot, pardessus Paletot de fourrure Uniforme, tunique de collégien Veston de sport Blouse de cuir Gilet de laine Chandail Veston, habit droit Veston, habit croisé Revers Salopette Culotte bouffante Casquette Bonnet de fourrure Haut de forme, chapeau de soie Chapeau mou Chapeau d’étoffe Béret Casquette, bonnet, béret marin Canotier Visière Forme, carcasse Chaussettes Mocassins Couvre-chaussures Caoutchoucs Pantoufles Soulier de sport Chausse-pied Tire-boutons Fermeture éclair Bottines à élastiques Gants de chevreau ou de peau Chemise de nuit Camisole Imperméable Caleçon de bain, costume de bain, maillot de bain Mouton de Perse, agneau de Perse, astracan Etoffe Bouton de chemise Épingle de cravate Breloque Bouton à pression 596 L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE LEÇONS PRATIQUES DE GRAMMAIRE ANGLAISE 9ème leçon FORME PASSIVE (Pour Y Enseignement Primaire) 1.Un verbe se conjugue à la forme passive, en anglais comme en français, en ajoutant son participe passé aux différents temps de l’auxiliaire être.Ex.: to be loved.Présent : Past : Perfect : Future : I am loved, you are loved, he is loved, we are loved.I was loved, you were loved, he was loved.I have been loved, you have been loved, he has been loved.I shall be loved, you will be loved, he will be loved.2.Le sujet d’un verbe à la forme active devient 1 objet du verbe à la forme passive.Bob writes a letter.Tom is beating his dog.3.Lorsque le verbe à la forme active a deux sives correspondantes.Willie gave me a fountain-pen 4.Les verbes qui exigent une préposition à forme passive.She laughed at me.I was laughing at her.A letter is written by Bob.The dog is being beaten by Tom.compléments, il peut y avoir deux formes pas- I was given a fountain-pen by W.A fountain-pen was given me by W.la forme active gardent cette préposition à la I was laughed at (by her).She was being laughed at (by me).5.La forme passive anglaise sert souvent à traduire la construction française avec on comme sujet.On me parle, on nous parle.I am, we are spoken to.On dit que vous êtes malade.You are said to be sick.It is said that you are sick.On trouvera ma montre là.My watch will be found over there.6.Les verbes réfléchis français ayant un sens passif se traduisent par la forme passive.Vous vous trompez.You are mistaken.Ce mot s’épelle ainsi.This word is spelt thus.Exercises.-—-1.Conjugate : to be pleased, to be mistaken, to be used, to be taught, to be frozen, to be spoken, to to be laughed at.2.Make sentences with the preceding verbs.3.In the following text, point out the verbs in the passive voice.— Reproduce the text in the past tense, in the perfect tense, in the future.Snow-Houses.—fin our countries, houses are built of stone, of bricks, and of wood ; but in the frozen regions of the far North, houses are made of ice and snow.The snow is cut into blocks like large bricks, these blocks are piled up just as in a brick house.Half melted snow is used as mortar.That snow is frozen by the cold, and the bricks are joined together in one mass.For window, pieces of clear ice are fixed in the walls or in the roof.The floor is covered with furs of animals.In the doorway, a skin is hung to keep out the cold wind.4.Turn each sentence of the preceding text to the active voice, supplying the proper subject : people, the Eskimos, the cold.Same exercise with the following sentences.— This dog was given me by a friend This car was found in the street by my brother.The bell v'as rung by a passerby.Paper is made with wood-pulp.The room will be swept by the maid.We have been scolded by the teacher L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE 597 The milk has been drunk by the kittens.Our linen is washed by the Chinese.Tom’s hair has been combed with a nail.It is said that the red forces are defeated.We had been warned long ago My mother was shown the letter.He is supposed to have signed the document.We shall be given a holiday.Are you not taught Arithmetic ?This bread was baked yesterday.Tom is said to be rich.The vegetation, as might be supposed, is scant.I want to be listened to.He was looked at by everybody.By whom was Belgium invaded in 1914 ?Shall you be rewarded?Has not this cake been for you ?By whom will it be eaten ?5.Turn to the passive voice.— Cats eat mice.I see him.They received a letter.My mother will dress Baby.Mary opened the shutters.A gentleman met her.We sold the property.Our neighbor will buy it.They wash the linen in the river.My mother would not see me.Someone was listening to me.At the evening school, they teach us Mechanics.Some women were scrubbing the floor.They say that the gangsters will come.You should take care of your health.Mother has promised me a watch.One must not think of it.The offlcer ordered his men to shoot the spy.Somebody told me that Tom is dead.They showed me rare post-stamps.Fanny upened the kitchen-door.I sharpen my skates.Bob gave Freddy a good lesson.Do you know this man?Did they buy the house?Shall you bring the album yourself?Did they speak to you ?Have you not seen them ?Does the teacher give you a lesson every day ?Were they not laughing at you ?Do you find trouts in this brook ?Do they gather apples in September?Did not John cut down the maple-tree?Has he lighted the lamp ?Who led the Allies to victory in 1918 ?6.Translate in the passive voice, and in the active voice.— On vous parle.On m’a dit de venir.On sonna les cloches.On vous attend.On a ri de cet enfant.On nous prend pour des étrangers.On suppose que le ministre est parti pour l’Amérique.On croyait qu’il était ruiné.On m’a donné un Kodak pour Noël.On dit que les armées des nationaux triomphent.Ce stylo se vend trois dollars.On me dit, on nous dit, on lui a dit, que c’était trop tard.On m’attend On nous écoute.On vous regarde par la fenêtre.On parlait de moi.On entendra parler de moi.On exige des élèves beaucoup de travail.On sait que votre mère est bien bonne.Ici on boit de l’eau au souper.On dit que sa mère est malade.On ne trouve plus de gibier dans ces bois.On croyait que la production serait considérable.On a toujours ri des gens vantards.On n’aimerait pas beaucoup cette remarque.Forme emphatique.— La forme emphatique sert à affirmer ou à nier avec insistance avec force.1.Au présent, au passé, à l’impératif, cette forme du verbe emploie l’auxiliaire do, did dans les phrases affirmatives, et le supprime dans les phrases négatives.I do know my lesson.Je vous affiime que je sais ma leçon.Do speak.Veuillez pailer.She did see me.Elle me voyait certainement.He knows not.Évidemment il ne sait pas.2.Au futur, la forme emphatique intervertit les auxiliaires.(Voir Enseignement Primaire, Février 1937).Exercises.— 1.Write in the emphatic form.— I know him.We liked this place.She nursed me so well.Everybody knows I like travelling.The wind blows.He never tasted alcohol in his life.Mothers love their children.2.Translate into French.— Do go on, said Scrooge’s niece.Yes, you did act like a gentleman.I do know good old wine.They did laugh a bit, I tell you.Do come and see me.It does seem strange that you were away.3.Translate, using the emphatic form.— Je vous dis qu’il vient.Je vous assure que je travaille tant que je peux.Veuillez me prêter quelques dollars.De grâce, marchez lentement.Soyez sûr que je vous écoute.Parlez donc fort.Forme fréquentative.— La forme fréquentative exprime l’habitude, la répétition fréquente d’un acte.Cette forme du verbe emploie l’auxiliaire will au présent et would au passé.When the cat’s away, the mice will play.Quand le chat est loin, les souris dansent.Every day, the milkmaid would carry her milk to town.Chaque jour la laitière portait son lait à la ville. 598 L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE Remarque.— L’habitude s’exprime aussi à l’aide des verbes to use, to be used to, to be wont.I used to live in Quebec.Je vivais à Québec.I was wont to play chess.J’avais coutume de jouer aux échecs.Exercises.— Translate, .using the frequentative form.Les garçons et les filles bavardent quand le maîtie est absent.Chaque soir j’étudiais mes leçons.Enfant, j’allais à l’école du rang tous les matins.Nous rentrions à la maison quand nous étions las.Elle venait à quatre heures chaque jour.Fred va à la chasse presque tous les jours.Les écoliers pensent à leurs jeux plus qu’à leurs leçons.Frère Régis-Stanislas, F-E.C.DOCUMENTS OFFICIELS A Messieurs les Inspecteurs d’Écoles de la Province.Québec, le 11 mars, 1937.Messieurs, Nous sommes informés que certains inspecteurs semblent hésiter à donner leur approbation à la campagne qui se poursuit depuis plus d’un an en faveur de la création d’une Association Provinciale d’institutrices, avec cellules locales et régionales.On nous affirme même que quelques inspecteurs auraient fortement dissuadé certaines institutrices de s’enrôler dans ces associations.Nous sommes portés à croire que les plaintes faites à ce sujet contre les inspecteurs sont mal fondées, mais, pour éviter tout malentendu, nous désirons donner les directions suivantes : .1° L’encyclique “ Rerum Novarum ” reconnaît aux ouvriers de toutes catégories le droit de se former en corporations ou associations pour la protection de leurs intérêts communs.2° Les autorités religieuses de la Province favorisent l’établissement de ces associations ou syndicats, du moment qu’ils acceptent la direction d’un représentant de l’Ordinaire.3° Il n’y a pas de raison pour que les instituteurs ou les institutrices ne jouissent pas des mêmes droits que les autres classes ouvrières ou professionnelles.4° Les institutrices rurales surtout ont des raisons sérieuses de se grouper pour s’entr’aider, eu égard au traitement insuffisant qui leur est généralement servi par les commissions scolaires.Les inspecteurs d’écoles devront donc se garder de battre en brèche le droit d’association d’un groupe quelconque d’instituteurs ou d’institutrices.Toutefois, ils sauront au besoin tempérer les excès de zèle ou tout ce qui serait de nature à donner naissance à des conflits non justifiés entre les membres des associations et leurs employeurs, en l’espèce les commissions scolaires.Mais ils se feront un devoir de soutenir toutes les associations formées selon la discipline ecclésiastique et de leur prêter main forte dans toutes leurs revendications justes et raisonnables J’ai l’honneur d’être, Votre tout dévoué, Cyrille-F.Delage, Surintendant A\ B.— Cette lettre a reçu l’approbation de Son Éminence le Cardinal Villeneuve.Au Département de l'Instruction publique M.E.-C.-J.Piédalue et M.Roch Aubry font maintenant parti du personnel du Département de l’Instruction publique.Le premier est l’assistant de M.B.-O.Filteau, Secrétaire du Département, et le second l’assistant de M.C.-J.Magnan, Inspecteur général des écoles normales catholiques.Ces deux officiers supérieurs ont été nommés par arrêtés en conseil en date du 19 février 1937. L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE 599 CERTIFICAT D’ÉTUDES PRIMAIRES Dates d’examens Avec l’approbation de M.le Surintendant de l’Instruction publique, le Comité de régie a fixé comme suit la date des prochains examens pour l’obtention du certificat d’études primaires : Le 10 juin 1937, pour les élèves de sixième année ; Les 10 et 11 du même mois pour les élèves de huitième année.Les membres du personnel enseignant des écoles primaires de la Province, sous contrôle ou indépendantes, qui ont à présenter des candidats, sont priés de transmettre à leur inspecteur d’écoles de district, avant le premier mai prochain, la liste de leurs élèves désireux de subir lesdits examens.Pour se conformer au paragraphe 6 de l’article 76a des Règlements du Comité catholique, les instituteurs et les institutrices doivent certifier sur la formule qui leur a été remise par l’inspecteur d’écoles que les candidats qu’ils présentent ont obtenu, au cours de la présente année, au moins 50% des points alloués pour l’assiduité, la conduite, le travail et le succès.Seuls les élèves qui ont conservé au moins cette moyenne sur chacun des sujets mentionnés ci-dessus, sont admis à subir les examens pour l’obtention du Certificat d’Études primaires de sixième ou de huitième.En outre, sur la formule d’admission aux examens, on devra inscrire l’âge qu’aura chaque aspirant le 1er juin 1937.Pour toute autre information au sujet des règlements relatifs à ces examens, les titulaires de classe et les commissaires d’écoles devront consulter leur inspecteur de district ou leur inspecteur régional.L’Inspecteur général des écoles primaires, C.-J.Milles, Secrétaire du comité de régie.CHEQUES NON RÉCLAMÉS Des chèques du Département de l’Instruction publique, destinés aux institutrices dont les noms suivent, n’ont pas encore été réclamés : Mlles Flora Tellier, Béatrice Lemire, Irène Kelly, Adèle LeBel, Rose Délima Tellier, Berthe Lefebvre, Emélia Pelletier, Miss Elizabeth M.Poe.S’adresser à M.le Surintendant de l’Instruction publique, Hôtel du Gouvernement, Québec, 202ième RÉUNION DE L’ASSOCIATION DES INSTITUTEURS CATHOLIQUES DE LA CIRCONSCRIPTION DE L’ECOLE NORMALE LAVAL Samedi, le 30 janvier 1937.La séance du matin s’ouvre sous la présidence de Monsieur A.-A.Letarte, I.E., à dix heures, par la récitation de la prière.Y assistèrent : L’honorable Cyrillé-F.Delage, M.B.-O.Filteau, secrétaire du Département de l’Instruction publique, MM.les inspecteurs généraux C.-J.Magnan et C.-J.Miller ; MM.les inspecteurs L.-O.Pagé, L.-P.Goulet, I.Jolin, A.-H.Tremblay, E.Parent, J.-W.Caron, A.-L.Auger, O.-J.Desaulniers ; M.l’abbé Aimé Labrie, préfet des études au Séminaire de Québec ; les abbés J.-E.Mathieu, R.Couture, L.Pageau et A.Dumas, de l’École normale Laval ; les professeurs N.Tremblay, Geo.Brûlé, J.-H.Jobin, J.-Ph.Garneau, Eug.Badeau, R.Létourneau, J.-Z.Tousignant, L.Gravel et P.-P.Magnan ; M.L.Faguy, du Département ; MM.Léo Trépanier et W.Caron, des Trois-Rivières ; M.G.Audet, principal de l’Institut Thomas ; MM.les instituteurs de la ville de Québec et du district: R.Alain, E.Allard, L.Allard (Ancienne Lorette), E.Arteau, J.Asselin, R.Asselin, O.Auclair (Ancienne Lorette), C.Aubé 600 L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE (Gifîard), J.-R.Brochu, P.-E.Brault, M.Bergeron, J.-F.et C.Blanchet, J.-M.Badeau, A.Bégin, J.-W.Beaumont, D.Bilodeau, W.Carbonneau, O.Chabot (Plessisville), M.Corriveau, P.Careau (Gifîard), R.Croteau, A.Duchesneau, (St-Raphaël), G.Deblois, L.-H.-M.Deschênes (Ange-Gardien), J.-B.Despins, M.Duchesne, C.Dussault (Sillery), M.Fortier (Gifîard), R.Godbout, G.Gagnon, C.-E.Gosselin, L.Garant, O.Guimont, R.Genest, A.Goulet, H.Goulet (Charles-bourg), V.Gauvreau, F.-X.Goupil, J.-F.Hamel, H.John (Gifîard), T.Lessard, L.Lemay, U.Leclerc, J.-P.et L.-M.Lavoie, H.Lesage, F.Lemieux, L.Létourneau, A.Lamontagne (St-François-de-Montmagny), A.Lebel (Château-Richer), H.Lesage, A.Letarte, A.Lapierre, J.-P.Marceau, H.Morissette, J.-M.Mailhot, A.Marquis, H.Noreau, R.Noreau (Neuville), R.Nadeau, W.O’Donnell, J.-P.Otis, P.-E.Pagé, G.Poulin, F.Picard, C.-A.Plante, J.-F.Perron, G.Paré, R.Parent, L.Poulin, M.Parent (Gifîard), J.-G.Rousseau (Bienville), L.Roy, J.-M.Rondeau, L.-D.Savard, L.et C.Tanguay, P.Turcotte (Lac Édouard), J.-F.et Chs-E.Tremblay, A.Vaillancourt (Kiskissink) ; les élèves-maîtres de l’École normale Laval : MM.R.Tremblay, C.Tousignant, J.Aubé, M.Couture, R.Tremblay, L.-P.Bélanger, F.Roy, L.Roy, R.Poulin, P.Bouchard, L.Mercier, J.Thériault, R.Bouchard, R.Plamondon, G.Létourneau, B.Michaud, L.Perrault, R.Tremblay, L.Dumas, J.Ruel, P.-E.Dion, L.Bélanger, A.Minville, P.Laliberté, J.-M.Paquet, J.Gosselin, L.Tardivel, M.-A.Lirette, L.-P.Desjarlais, A.Bélanger et L.Tanguay.Bienvenue Après avoir souligné la présence de tous les hauts personnages du Département de l’Instruction publique.Monsieur le Président souhaita la bienvenue à tous et exprima les vœux d’usage.Les minutes de la réunion de mai sont lues et approuvées.L’Association apprend avec beaucoup de plaisir la nomination de Monsieur B.-O.Filteau au poste de Secrétaire français du Département de l’Instruction publique et s’empresse, à sa première réunion, de lui présenter ses meilleurs vœux de félicitations et de succès.Monsieur le Président Letarte, parlant au nom de l’Association, rappela en termes délicats la mémoire de celui que nous regrettons tous, Monsieur L.Bergeron, et souhaita que son successeur Monsieur Filteau soit pour l’Association ce qu’a été son prédécesseur : un ami sincère.Monsieur le Président prouva en quelques mots combien le nouveau Secrétaire, Monsieur B.-O.Filteau, était un maître zélé, un professeur émérite et un fonctionnaire modèle et effectif.Il le cita comme modèle aux jeunes qui se préparent à l’enseignement.Monsieur le Président excusa Monsieur le Principal, J.-J.Dubé, que la maladie éloigne de nous, mais dont le cœur est avec nous, puisqu’il disait, ce matin, “ Je serai de tout cœur à la fête ”.Monsieur le Surintendant de l’Instruction publique est invité à dire quelques mots et décerna à Monsieur Filteau un témoignage non équivoque de juste appréciation du travail passé et entrevit un bel avenir pour lui.11 loua sa belle éducation familiale et religieuse qui assurera à notre Province un serviteur capable et dévoué.Au nom de l’École normale Laval, Monsieur le professeur N.Tremblay dit quel honneur rejaillit sur notre Alma Mater par cette belle nomination de M.Filteau.Il rappela plusieurs faits de la vie de ce dernier à TF.N.L.et offrit au nom de ses collègues ses meilleurs souhaits de longue vie et de succès.Monsieur l’Inspecteur général des Écoles normales, à titre d’ancien professeur et ami intime, est heureux de joindre sa voix au beau concert de félicitations et d’éloges dont Monsieur Filteau est à juste titre l’objet.Sa nomination actuelle est un bel hommage rendu par l’honorable Secrétaire de la Province au mérite et à la compétence.Le nouveau titulaire doit être heureux aujourd’hui d’avoir toujours été fidèle au devoir.Tous ses collègues ont confiance en lui parce qu’ils l’ont déjà vu à l’œuvre.M.Magnan félicite M.Filteau du grand honneur qui échoit à sa famille.Il termine en lui souhaitant une longue et fructueuse carrière au Département de l’Instruction publique.C’est aux applaudissements de toute l’assistance que le nouveau secrétaire se lève pour répondre aux élogieuses paroles qu’on venait de lui adresser.Voici un résumé de l’allocution de M.Filteau : “ Il en est de la joie du cœur comme de la lumière du soleil ; les joies partagées sont des joies qui se mutiplient.” Ma nomination est une marque de confiance de mes chefs, témoignage dont je conserverai le meilleur souvenir.Votre réception et toutes ces félicitations me sont très sensibles.Merci, Monsieur le président, Monsieur le Surintendant, Monsieur Tremblay, Monsieur Magnan, de toutes les aimables choses que vous m’avez dites et des compliments que vous m’avez faits mais que je n’ai pas tous mérités, assurément.Laissez-moi payer un juste tribut à ceux à qui je dois ma formation et cet avancement : à Mgr Rouleau, pour ses conseils éclairés, à MM.Magnan et Tremblay, pour les connaissances qu’ils m’ont inculquées.La confiance de mes anciens élèves et leur estime m’ont puissamment encouragé.C’est surtout la Providence que je remercie aujourd’hui, parce qu elle a tout coordonné, plaçant des circonstances favorables et des personnes excessivement bienveillantes sur mon chemin. L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE 601 “ Messieurs Magnan, Bergeron et Delâge sont les facteurs de ma promotion ; l’amabilité et la générosité de l’honorable Albini Paquette, assureront au Département toute ma loyauté, mon dévouement et ma gratitude.Du fond du cœur, je vous adresse à tous un merci ému pour cette preuve de véritable attachement à mon humole personne.“ Mes amis, je continuerai d’être des vôtres par notre Amicale ; je veux répandre partout dans notre province l’idée du bon maître laïc catholique : nous travaillerons ensemble à cette réalisation.Il n’y a pas beaucoup d’institutrices de carrière, tandis que nous, c’est bien différent.Je suis en faveur d’aider les municipalités à avoir des maîtres capables et catholiques ; avec l’appui assuré de l’honorable Paquette, nous doublerons les allocations qui emploieront des normaliens bien qualifiés, favorisant ainsi nos écoles normales et les stimulant à former de bons sujets.“ Mes amis les élèves-maîtres que je vois ici, préparez-vous à enseigner dans nos campagnes.Faites une spécialité de l’étude de l’agriculture et de l’économie rurale, tout en vous préparant à faire de l’action catholique.Vos professeurs se dévouent aujourd’hui à votre service ; nos inspecteurs vous aideront au sortir de l’école normale ; dans l’exercice de vos fonctions d’instituteurs à la campagne, soyez un auxiliaire respectueux et dévoué du curé.” De vifs applaudissements accueillent la fin du discours.Le Deuxième Congrès de la Langue Française au Canada Monsieur le Président Letarte présente le préfet des études du Séminaire de Québec, qui parlera de la part que les instituteurs doivent prendre au grand congrès, qui sera tenu à Québec en fin de juin prochain.Monsieur l’abbé Aimé Labrie parle d’abord des raisons de ce ralliement, puis de son organisation et enfin nous indique la collaboration qui est attendue des instituteurs.Survivre et aider les groupements isolés à se maintenir, voilà l’objectif.Combattre l’infiltration étrangère, perfectionner notre parler, surveiller nos écrits, maintenir nos lois, cultiver nos arts et garder nos bonnes mœurs, voilà les moyens à prendre pour maintenir et assurer notre survivance comme peuple distinct.C’est à la demande du cardinal Villeneuve de fêter le 25ième anniversaire du premier congrès, qu’on a décidé d’en avoir un second.Deux comités conjoints, ceux de Québec et de Montréal, sont formés ; des comités régionaux existent dans chaque comté de notre province, lesquels ont formé des comités paroissiaux ; d’autres comités spéciaux sont aussi à l’organiser dans les groupes français, en dehors de notre province.La propagande se fera par les journaux, la radio, les tracts et les soirées.Les organisateurs du Congrès comptent sur les instituteurs pour communiquer à leurs élèves un véritable enthousiasme en faveur du grand ralliement de juin prochain.Séance de l’après-midi A 2 h.15, sont présents les mêmes, moins quelques-uns.Dès la réouverture, Monsieur le professeur Nérée Tremblay, parlant du Congrès, propose la formation d’un Comité qui déterminera l’apport que l’Association devra fournir pour la réussite de cette entreprise nationale.Quelques raisons de nous corriger Le conférencier du jour, M.H.Tremblay, est ensuite invité à prendre la parole.Monsieur l’Inspecteur Tremblay débute en saluant M.B.-O.Filteau et en le félicitant.Il définit ensuite l’Éducation nationale, puis énumère les lacunes de notre éducation qui nous conduiront à la “ dissolution du sens national ”, suivant M.l’abbé Groulx : 1.La fausse sécurité où nous place le pacte confédératif, de 1867.2.Le goût inné du superficiel, de 1’ “ à peu près 3.L’ignorance de notre histoire, même locale.4.Le matérialisme et la satisfaction de tous les instincts.5.La fringale de la langue anglaise.Deux remèdes apporteront un frein à ces causes de notre manque de patriotisme : 1.L’école bien à nous, essentiellement canadienne et française.Pas d’enseignement de l’anglais avant la septième année.Nous formerons des Canadiens fiers et patriotes, comme les Italiens et les Allemands.2.La “ Clientèle ” que nous accordons trop aux étrangers ; nous devrons reprendre le domaine économique que nous avons presque perdu.Les cinq huitièmes de nos achats sont faits chez des étrangers.De toute nécessité, il faudra garder pour nous et les nôtres ce que nous gagnons chez-nous.Le conférencier indique, en terminant, la nécessité urgente pour les éducateurs de préparer une génération qui saura combattre pour les principes français et catholiques qui conserveront notre race et la maintiendront forte. 602 L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE Monsieur Omer-Jules Desaulniers, I.E., des Trois-Rivières, en remerciant M.l’inspecteur Tremblay, donne une note plus optimiste, cependant ; il cite en exemple sa ville qui a réussi à garder une population au 97% française.D’après M.l’abbé Tessier, notre peuple s’anglifie lui-même ; on n’a qu’à voir l’engouement de nos gens pour les annonces à consonnances anglaises.C’est un manque sérieux de réflexion de notre population ; alors, habituons-la à réfléchir et partant à prévoir les conséquences de ses actes.Rapport sur le congrès de Montréal Monsieur le Président résume les séances de ce congrès intéressant et mémorable de cinq jours, que l’Alliance catholique des deux mille instituteurs et institutrices de Montréal mena rondement à un beau succès.Assurance-groupe Monsieur Lessard expose la situation de notre Fonds d’assurance et répond à plusieurs demandes de renseignements.Il est ensuite question de confier cette Assurance à une compagnie canadienne-française, s’il s’en trouve qui s’occupe de ce genre d’affaires.Il sera nommé trois membres qui étudieront le plan actuel et feront rapport en juin.Fonds de pension Plusieurs plaintes sont portées, avec preuves à l’appui, contre le fonctionnement actuel de ce fonds et surtout contre la limite d’âge et les certificats requis en cas de maladie.Il ne serait que juste que nous ayons au moins les mêmes avantages que les employés civils.Notre représentant, M.Nérée Tremblay, dit que c’est une administration indépendante du gouvernement et que ses décisions sont sans appel et par conséquent arbitraires.Il est fortement en faveur de rétablir la pension en cas de maladie, après vingt ans.Le Comité de régie a chargé Monsieur J.-Philippe Garneau d’étudier tous les fonds de pension des provinces canadiennes, et il sera alors en mesure, de présenter un rapport intéressant à la réunion de juin.Nouveaux membres Six membres nouveaux sont admis dans l’Association, sur proposition de Monsieur Wilfrid Carbonneau, secondé par Monsieur Eugène Picard ; ce sont : MM.Charles-Eugène Gosselin et Alfred Letarte, de Québec ; Arsène Vaillancourt, de Kiskissink ; Paul Turcotte, de Lac Édouard ; Marcel Parent et L.Careau, de Giffard.Résolutions Il est proposé par M.Roland Nadeau, secondé par M.Rolland Parent, et résolu: “que MM.J.-Ph.Garneau et L.Gravel soient nommés membres du sous-comité chargé d’étudier l’Assurance collective “ en collaboration ” avec M.Théofred Lessard.” Des résolutions de sympathies sont adoptées et offertes à M.l’inspecteur Irénée Jolin, qui a perdu sa mère, bien-aimée et à M.Wilfrid Carbonneau.qui a eu la douleur de perdre son père.Sur proposition de M.J.-Ph.Garneau, secondé par M.Roch Létourneau, de sincères félicitations sont offerte à Monsieur Jean-Charles Magnan, pour sa récente promotion au directorat de l’Enseignement agricole dans notre province ; également, à Monsieur l’Inspecteur Omer-Jules Desaulniers, à l’occasion de sa récente nomination à l’inspectorat.Ce dernier vœu est proposé par M.J.-Éloi Perron, secondé par M.Théo.Lessard.Il est résolu aussi, sur proposition de M.R.Parent, secondé par M.R.Nadeau: “que l’Association des Instituteurs catholiques de la circonscription de l’École normale Laval demande à la Commission canadienne de Radiodiffusion de donner ses nouvelles en français, le soir à llh.45.” La résolution suivante est adoptée à l’unanimité : “ M.Léopold Roy propose, appuyé par M.Léopold Poulin, que l’Association prie respectueusement l’honorable Secrétaire provincial d’accorder, à l’avenir, les positions relevant du Département de l’Instruction publique, de préférence à des Instituteurs.” Il est ensuite voté un montant de dix piastres à la Fédération jiciste du diocèse de Québec, sur proposition de M.Louis-Marie Lavoie, secondé par M.Léopold Garant et approuvé à l’unanimité, après lecture d’une lettre de cette fédération nous invitant à leur venir en aide.A propos de la fréquentation de certains théâtres locaux, il est résolu sur proposition de M.Eugène Picard, secondé par M.J.-M.Rondeau : “que l’hon.Procureur-général de la Province soit prié de prendre tous les moyens possibles pour empêcher la continuation d’un abus qui a assez duré, dans notre ville, par suite de la fréquentation de plusieurs théâtres de la cité de Québec par les enfants en bas de seize ans, causant à ces jeunes gens des torts moraux incalculables. L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE 603 Unanimement approuvée est la proposition faite par M.Charles-A.Plante, que seconda M.Urbain Caumartin : “ Que l’Association des Instituteurs catholiques de la Cicronscription de l’École normale Laval réclame la restauration des allocations pour années d’enseignement et des primes pour succès dans ce même enseignement, et prie respectueusement l’honorable Secrétaire provincial d’insister fortement pour le rétablissement immédiat de ces allocations.” A six heures, Monsieur le Président, considérant l’heure assez avancée, remet le soin de préparer la séance de juin au Comité de Régie, et la réunion se termine par le chant “ O Canada ! ” A.-A.Letarte, inspecteur d’écoles, Lt-col.Roland Croteau, instituteur, président.secrétaire.EXERCICES SCOLAIRES LES ANGES GARDIENS ET LES DEMONS (Pour Y Enseignement Primaire) Tout homme sur terre est confié par la Providence à la garde d’un ange.C’est une vérité de foi que le catéchisme enseigne aux enfants.Elle ne peut se démontrer par la raison comme l’existence de Dieu, l’immortalité de l’âme, et autres vérités naturelles dont l’Eglise a fait cependant des dogmes de son Credo.Si vous en requérez la preuve, U faut ouvrir l’Écriture.Mais les passages qui traitent de ces célestes compagnons sont quelque peu voilés et leur explication devient théologie.Aucun développement ne vous conduira à ce sujet en dehors du domaine de la foi.C’est une vérité qu’il faut affirmer, et pour appuyer le catéchisme utilisez plutôt les faits d’apparitions mentionnés dans l’histoire.Les lectures et les revues pieuses vous donneront l’occasion d’en dresser une liste assez fournie, et la preuve sera suffisante, si vous avez soin de montrer qu’il est bien logique que Dieu ne permette ces faits miraculeux que pour confirmer sa parole.Ces compagnons venus du ciel prennent soin de l'homme depuis sa naissance jusqu’aux portes du tombeau, et comme si leur rôle ne se terminait pas avec le dernier soupir de ceux qu’ils gardent, l’Église les invoque encore dans sa liturgie à l’occasion des funérailles.Au chant du Libera elle demande aux anges de venir prendre celui pour qui on prie et de l’introduire en ce lieu de repos qu’on appelle “ le sein d’Abraham”.Notre ange gardien est le bienfaiteur le plus négligé.Sans obliger les enfants à une confession publique, invitez-les à constater en leur conscience l’exactitude de cette vérité.Cet oubli est malheureux.Il détourne de la spiritualité et fait perdre le mérite de plus d’un acte de foi.Vous ne sauriez trop le rappeler aux enfants.Inspirez-leur envers leur bon ange une solide et sincère dévotion.A y bien penser, l’ange gardien devrait être au premier rang après Jésus et la Sainte Vierge.Sa nature et ses fonctions lui donnent droit à cet honneur.De même, il serait utile à l’enfant de savoir et de se rappeler que trois êtres ne le perdent jamais de vue : Dieu, son ange gardien et sa conscience.Cette dernière manifeste continuellement sa présence, mais les deux autres restent cachés dans le mystère.Semblables vérités ne sont connues que par la foi, mais de là aussi vient tout le mérite quand on y conforme sa conduite.Dieu confie encore aux anges de veiller sur les empires et les royaumes, sur les provinces, sur les diocèses et les paroisses de l’Église.On apprend aussi par l’histoire sainte comment ils sont intervenus dans la dixième plaie d’Egypte et ce qu’ils ont fait subir à l’armée du roi Sennachérib, à l’occasion d’un siège de Jérusalem.Compagnons intimes de notre vie privée, il se mêlent donc aux événements sociaux, dans la mesure où Dieu les y appelle. 604 L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE Les anges ont été créés par Dieu bons et heureux, tout comme nos premiers parents dont nous parlerons plus loin.Ce premier bonheur était gratuit et il appartenait aux anges de mériter par eux-mêmes d’en jouir toujours.En cela Dieu les a traités de la même façon que les hommes.Nous ignorons à quelle épreuve ils furent soumis ; nous savons cependant que le péché des anges fut de vouloir se faire les égaux de Dieu, puisque Saint Michel, leur adversaire, transforme en cri de guerre le reproche qu’il leur adresse : “ Qui est semblable à Dieu ?” Ils ont péché par orgueil et c’est en parlant de péchés capitaux que nous expliquerons comment il ne pouvait en être autrement.La faute était sans rémission ; ils le savaient.La peine fut d’être irrémédiable ment fixés dans la volonté de mal faire et de s’en aller séjourner dans l’enfer.Nous les appelons démons.La punition n’a pas changé leur nature ; ils sont restés des anges, comme un homme perverti reste toujours un homme, mais toutes leurs ressources désormais ne serviront qu’à mal faire.Ce n’est qu’avec la permission de Dieu qu’ils peuvent venir sur terre et se mêler à la vie des hommes.Un fait de l’Evangile nous renseigne sur ce point.Quand Jésus délivre de leurs démons les deux possédés du pays de Gérasa, ces esprits mauvais le supplient de ne point les reléguer en enfer, et de souffrir qu’ils habitent encore cette région, fut-ce même dans le corps des animaux.On sait le reste de l’histoire.Dieu leur donne cette permission en vue de notre bien.Les embûches qu’ils nous tendent sont nos occasions de mérite, et c’est par là que nous faisons la conquête du ciel.Us forment entre eux un empire organisé.Chacun y joue son rôle et s’acquitte du travail que lui confie son chef.Us ont leurs attributions marquées.Jésus parle du démon muet, du démon impur, du démon qui ne peut supporter aucun vêtement, de ceux qui ne peuvent être vaincus que par le jeune et la prière.Quel exemple de discipline dans l’armée du mal.La liberté qui leur est faite d’habiter parmi nous ne se limite pas aux tentations dont ils nous poursuivent.Us ont aussi le pouvoir de s’introduire dans l’homme et d’absorber sa volonté.C’est le cas de possession.Les possédés dont ils se sont emparé agissent à leur guise.Us s’en servent pour donner le scandale.U ne faut pas considérer les possédés comme des coupables.Quand Dieu soumet des hommes à cette humilitation, c’est bien plus une épreuve qu’une punition.L’Evangile rapporte que Jésus a remis ses péchés à plus d’un malade en le guérissant, mais parle-t-il quelque part de la faute des possédés ?Nous aurions tort de la supposer.Job a subi les vicissitudes du démon, et c’était un homme juste.Relisez son histoire.Elle enseigne aussi que Dieu met une réserve à la puissance du démon possesseur.Il ne peut s’attaquer à la vie de ses victimes.Job a tout subi sauf la mort, et l’enfant possédé dont le démon tint les Apôtres en échec se jetait dans l’eau et dans le feu sans mourir.Les démons peuvent encore nous étonner par leurs actions.Le péché n’a pas diminué leurs ressources naturelles, et ils ont la puissance d’agir en dehors de l’ordre du monde où nous sommes, à l’encontre des lois de la nature, comme il advint lorsque Satan transporta Jésus du désert au Pinacle du Temple.Qu’ils interviennent de la sorte, et nous sommes en face des prestiges diaboliques.Ces feux miracles sont la troisième et dernière manifestation des démons sur terre.Mais Dieu veille.U a donné à son Église les moyens de distinguer les œuvres divines et celles de Satan.En résumé, il faut apprendre et faire retenir à l’enfant que les démons sont des anges pervertis, et que leur action s’exerce sur terre, avec la permission de Dieu, sous forme de tentations, de possessions et de prestiges.Florido Gagné, 'prêtre. L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE 605 LANGUE FRANÇAISE École primaire élémentaire COURS INFÉRIEUR Exercices de pensée et de langage 1.Trouver différents noms d’habitations.Exemple Maison, hôtel, château, palais, chalet, cabane, baraque, hutte.2.Nommer les différentes parties du fauteuil : Les bras, les pieds, le dossier, les roulettes, le siège.3.Nommer les principaux légumes.Exemple Les haricots, les pois, les fèves, les carottes, les concombres, les choux, les navets, les raves, les oignons, les poireaux, les épinards, l’oseille, la laitue, et toutes les salades.4.Comment s’appelle le lieu d’où l’on tire des pierres, des ardoises, du marbre, des meules, du plâtre, du sable, de la tourbe ?Carrière, ardoisière, marbrière, meulière, plâtrière, sablière, tourbière.3.Comment appelle-t-on une armoire faite dans le mur, un jardin pour les légumes, un jardin planté d’arbres fruitiers ?Un placard, un potager, un verger DICTÉES I LE VILLAGE DANS LES ARBRES Rien n’est beau comme un village à demi caché sous le feuillage des arbres ainsi qu’un nid d’oiseau.Le clocher de l’église le domine.Les maisons apparaissent plus blanches et plus coquettes, plus avenantes, au milieu de cette verdure ombreuse qui leur donne la fraîcheur et l’abri.Questions.— De quoi se compose un village ?(D’une église, avec, autour, des maisons et des fermes.) — Quelles sont .les autorités du village ?(Le curé et le maire.) — Où peuvent être les arbres ?(Sur la place de l’église autour du couvent, sur le bord des chemins et dans les jardins qui avoisinent.) — Quels avantages procurent les arbres ?(Le vert feuillage et son ombrage, les fleurs, les fruits et du bois.) — Que sont les arbres pour un village ?(L’habit et la parure.) — Qui le do- mine ?(Le clocher de l’église.) — Comment les maisons sont-elles plus coquettes, plus avenantes ?(La verdure leur fait un cadre gracieux qui charme la vue.Grammaire.— Trouver: 1° un adjectif qualificatif épithète (ombreuse) ; 2° quatre adjectifs attributs (beau, blanches, coquettes, avenantes.) — Analyser les huit derniers mots de la dictée.II l’adjectif indéfini L’adjectif indéfini détermine le nom en y ajoutant une idée vague de nombre ou de qualité.Autre personne — chaque matin —¦ toutes les messes — même prière — même chose — maint personnage — plusieurs fenêtres — quel accident — quelque jour — nul profit — tout profit — tous les motifs — un prétexte — une réprimande — tous les matins — bienfait quelconque — telle faute — telles excuses — aucun ouvrier — quels élèves — quelles erreurs — tels meubles.Exercices.— 1° Reconnaître l’adjectif indéfini et en indiquer le genre.2° Dire si l'idée qu’il exprime se rapporte à la qualité ou à la quantité.RÉCITATION UN BOUQUET POUR MAMAN Sur chaque fleur que j’ai cueillie, Ma bouche un instant s’est posée; Ainsi, pour ma Maman jolie, J’ai fait un bouquet de baisers.J’ai prononcé des mots charmants, Tout bas, au fond de leurs corolles ; Au cœur de ma chère Maman, Leur parfum dira mes paroles. 606 L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE RÉDACTION (Observations — Elocution') LA FENÊTRE — Préparer la rédaction par la leçon qui suit :— Mettre les enfants devant une fenêtre.Leçon.— Nous allons examiner aujourd’hui cette fenêtre.C’est, comme vous voyez, une ouveiture percée dans le mur.Quelle est la forme de cette ouverture ?En avez-vous vu d’une autre façon ?(Ronde, ovale, carrée, triangulaire.) Voici les châssis de bois ; qui les a faits ?En combien de parties sont-ils divisés ?Ces parties contiennent les vitres.En quoi sont les vitres?Qui les a posées ?Comment s’appelle cet objet, que je prends dans ma main, qui sert à ouvrir et à fermer la fenêtre ?Voici le rebord muni d’une petite galerie.Quand je me mets à la fenêtre, je pose mes bras sur Y appui.Pendant le jour, la fenêtre èst ouverte.Dans l’épaisseur du mur se trouve Yembra-sure.S’il pleut ou s’il fait froid, nous fermons la fenêtre et nous y voyons clair, malgré cela.Pourquoi ?Pendant la nuit, on tire les volets, ou bien ?Les persiennes.L’été pour éviter la chaleur ou l’éclat du grand soleil, nous abaissons ?Un store (le faire).Que doit éviter un enfant qui se met à la fenêtre ?Se pencher au dehors, cracher, jeter des objets, appeler les passants.Pourquoi cela ?Exercices.— I.Faire copier les mots en italiques pour favoriser l’orthographe d’usage.II.Rédaction orale puis résumé écrit.COURS MOYEN Exercices de pensée et de langage I.Compléter les phrases suivantes : La paille sert à.(faire la litière des animaux).Le blé sert à.(faire du pain).L’orge sert à.(faire de la tisane).L’avoine sert à.(nourrir les chevaux).Le riz sert à.(faire des poudingues).Le foin sert à.(nourrir le bétail).4.(Revision.) Former dix phrases où vous ferez entrer les mots suivants : boulanger — pétrin — pâte — levure — croûte — mie — miche — boulangerie — farine — croûton.— Exemples : Le boulanger fait le pain.— Il le pétrit dans le pétrin.— La farine et l’eau forment la pâte.— On met de la levure dans la pâte, etc.II.Trouver des noms au pluriel, convenant au sens : .Dans la cour de la ferme, on peut voir de3 poules, des pigeons, des canards.— Dans les prés, on peut voir paître des.— Sur les rochers escarpés, on peut voir grimper des.— Dans les plaines, le chasseur poursuit les.— Dans les bois, il y a de petits oiseaux tels que les.— Les animaux dont nous mangeons la chair sont les.—Dans la rivière profonde on peut pêcher des.— Les insectes qui nous fournissent le miel et la cire sont les.DICTÉES I LA LIBERTÉ ET LE CHISTIANISME La liberté est une invention chrétienne.Elle suit le Christ où il va ; elle disparaît d’où il se retire.Vous parlez d’installer sur terre la liberté ?Pas de liberté sans la religion chrétienne.La liberté est un don du Christ.Vous ne serez pas libres si vous n’êtes pas chrétiens, et vous ne serez pas chrétiens si vous n’êtes pas catholiques.L.Veuillot.Questions.— Quel est le contraire de la liberté ?(L’esclavage.)— Qu’est-ce que l’esclavage dans l’antiquité ?(C’était la situation misérable et malheureuse où se trouvaient la plupart des hommes.Les esclaves étaient sous la dépendance absolue de leurs maîtres qui pouvaient les vendre, les acheter, les maltraiter comme des animaux.)— Quels sont les premiers hommes qui se sont déclarés véritablement libres ?(Ce sont les martyrs qui sont morts pour défendre leur foi.) Vocabulaire.Liberté, libre, libérer, libérateur, libération.Chrétien, chrétienté Christ, christianisme.— Parler, parole, parleur, parloir, parlementer, parlement.— Catholique, catholicisme, catholicité. L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE 607 II JEANNE D’ARC Dès Y aube, Jeanne faisait le ménage et quelquefois elle conduisait les animaux à la prairie ; au milieu du jour, elle allait sarcler, labourer ou piocher la terre en compagnie de son père ; le soir, elle filait à côté de sa mère.Loyale et franche, jamais elle n’accompagnait ses paroles d’un serment.Elle disait oui, quand c’était oui ; non, quand c’était non.Tout le monde l’aimait, tant elle était douce, obligeante et point fière.Les enfants, sentant en elle une bonté infinie, recherchaient ses caresses ; on dit même que les petits oiseaux venaient lui manger dans les mains.Joseph Fabre.Questions.— 1.Que signifient : aube, obligeante?2.Analyser : Les enfants recherchaient ses caresses.3.Conjuguer le verbe manger à la 2e pers.du sing, de tous les temps de l’indicatif.4.Quelles sont les qualités de Jeanne mentionnées dans la dictée?5.Où et quand vécut Jeanne d’Arc?Réponses.— 1.Aube, première clarté qui paraît le matin à l’horizon.— Obligeante, complaisante, serviable.2.Les, art.déf., se rapp.à enfants, masc.p.l ; enfants, nom corn., masc.pl., sujet de recherchaient ; recherchaient, verbe rechercher, forme act., sens trans.; mode indic., temps imparf., 3e pers.du plur., 1er gr.; ses, adj.poss., se rapp.à caresses, fém.plur.; caresses, nom corn., fém.plur., compl.dir-d’obj.de recherchaient.3.Tu manges.— Tu mangeais.— Tu mangeas.— Tu as mangé.— Tu avais mangé.-— Tu eus mangé.-— Tu mangeras.— Tu auras mangé.4.La franchise, la douceur, l’obligeance et la simplicité.5.Née à Domrémy, France, en 1412.A la tête de ses troupes, elle délivra son pays du joug des Anglais.Elle fit sacrer Charles VII à Reims, fut faite prisonnière par les Anglais et brûlée à Rouen en 1431.Cette jeune bergère divinement inspirée fut canonisée en 1920 par le Pape Benoît XV.Au temps de Jeanne d’Arc, le Canada français n’existait pas, mais en sauvant la France cette grande sainte permit la fondation de la Nouvelle-France au 17e siècle.III l’écureuil Quand on se promène dans les grands bois, souvent on aperçoit un charmant petit animal.Gravement assis sur ses pattes de derrière, il grignote quelque fruit qu’il porte à sa bouche avec ses pattes de devant.Si l’on ne fait pas de bruit, on peut admirer son pelage roux, sa tête fine aux grands yeux noirs éveillés, ses oreilles dressées, sa belle queue en panache.Questions et explications.— Où habite l’écureuil ?— De quoi se nourrit-il ?(De noix, de noisettes, de glands, de jeunes pousses, de bourgeons, etc.)—Bois, étendue de terre plantée d’arbres.Un petit bois est un bosquet.— Grignoter, manger par petits morceaux et comme en rongeant.— Admirer, considérer avec surprise et avec plaisir.—Pefage, couleur du poil.— Panache, bouquet de plumes flottantes qui sert d’ornement.Ici, ce mot désigne la queue de l’écureuil relevée sur son dos.Grammaire.— Distinguer les deux propositions de la lere phrase.— Trouver les compléments d’objet du verbe admirer (dernière phrase).RÉCITATION LE DIMANCHE DU PAYSAN L’office a commencé : l’église est large ouverte; La grosse voix du chantre éclate jusqu’à nous.On aperçoit, du seuil, les femmes à genoux ; Les hommes sont debout, la tête découverte.C’est la loi du repos, ils ont pour la journée Quitté l’arpent de terre à peine ensemencée.Sur les longs coteaux bruns le soc gît enfoncé, Dans les chaumes déserts la herse est retournée.Us ont laissé les bœufs à l’étable accroupis Et comme eux absorbés dans un oubli paisible.Ils tournent par instant vers l’autel invisible Leur front dont la sueur fit germer nos épis.Les bras ont travaillé, l’âme prend sa revanche, Car, redressant l’échine aux premiers carillons, Le rude paysan, le fils des noirs sillons, Courbé durant six jours, n’est droit que le dimanche.Eugène Manuel. 608 L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE RÉDACTIONS I SUJET A TRAITER Le mois de mai Ce qu’est le mois de mai.Ce qu’il est dans la Province de Québec.SUJET TRAITÉ Mois de mai ! Voici trois mots qui éveillent de douces pensées.Le mois de mai, c’est celui que l’Eglise a consacré à la bonne Sainte Vierge ; aussi ai-je pour lui beaucoup d’affection.Chaque jour on célèbre les vertus de notre Mère du ciel, on la prie particulièrement et on l’honore comme Reine du ciel.Chaque soir de mai, avec ma sœur Lucie, je vais à l’église pour assister au Mois de Marie.Pour grand’maman, maman élève un petit autel sur la commode de notre chambre.Les gradins de cet autel en miniature sont faits avec des livres recouverts de toile bleue et de mousseline blanche.Au milieu est la statue de la Sainte Vierge, de chaque côté un pot de fleurs, un petit candélabre et un petit ange en prière.C’est ainsi devant cette chapelle que, matin et soir, nous récitons notre prière, puis nous chantons un cantique en l’honneur de la Vierge Marie.Dans la Province de Québec, le mois de mai est le mois des Communions solennelles.Aussi voit-on, à cette saison, des petites filles vêtues de blanc, des petits garçons portant le brassard.Dans un an, j’aurai le bonheur d’être parmi ces enfants de Communion solennelle.Je vais redoubler de ferveur durant ce mois de mai pour demander à la bonne Sainte Vierge de m’aider à me préparer dignement à ce grand acte.Jacques.II IMITONS SAINT JOSEPH Idée principale — Saint Joseph modèle des humbles travailleurs.Idées secondaires — Il est secondé par la Sainte Vierge et Jésus.Tous trois nous rappellent que les fils d’Adam, petits et grands, sont condamnés à la loi divine du travail.Développement La première pensée que nous inspire saint Joseph est celle du travail pénible de l’ouvrier modeste.Près de lui est la Sainte Vierge également livrée aux humbles occupations d’une bonne mère de famille.Avec lui est Jésus lui-même, le divin “ ouvrier, le fils d’ouvrier ” qui peine et sanctifie le labeur.Tous trois nous rappellent que, fils d’Adam et pécheurs, nous sommes condamnés à “ manger notre pain après l’avoir gagné à la sueur de notre front.’ Les enfants doivent aussi travailler avec un bon esprit à leurs devoirs d’écoliers, et se rendre utiles dans la famille.COURS SUPÉRIÉUR VOCABULAIRE LES JEUX Les noms.— Le ballon, le cerceau, la toupie, la poupée, les billes, cache-cache, la marelle, colin-maillard, saute-mouton, la balançoire, les bulles de savon, le chemin de fer mécanique, un jeu de construction, les jouets, les jeux, les joueurs.Les adjectifs.— Le ballon gonflé, le cerceau léger, la toupie sonore, la poupée incassable, les billes polies, les bulles de savon multicolores, un jeu de construction absorbant, les jouets amusants, des jeux animés, des joueurs inlassables.Les verbes.— Lancer un ballon, pousser un cerceau, faire ronfler une toupie, habiller une poupée, sauter à cloche-pied, s’élancer sur la balançoire, faire gonfler, voir briller et crever des bulles de savon, tendre et déclencher les ressorts d’un jouet mécanique, édifier, renverser une construction.Les jeux distraient, amusent, divertissent.a.Exercices écrits.— Remplacer les points par les mots convenables : L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE 609 Un.(ballon) en caoutchouc lancé en l’air rebondit plusieurs fois sur lui-même.— Ma jeune sœur est soucieuse de sa .(poupée) comme une mère peut l’être de sa fille.— Le jeu de.(colin-maillard) consiste à attraper, les yeux bandés, un joueur et à chercher à le reconnaître/— Au moyen d’une planche et de deux cordes fixées à une branche, papa nous confectionna rapidement une.(balançoire).— Les.(billes) rondes, polies et élastiques, sont souvent le jeu préféré des jeunes garçons.— Il faut, en jouant à la .(marelle), être assez adroit pour lancer le palet du bout du pied ni trop près ni trop loin.DICTÉES I l’obéissance Il y a plusieurs espèces d’obéissance : il y a l’obéissance passive, forcée, de l’homme qui se dit : “ Si je ne fais pas cela, je serai puni ; il faut faire tant bien que mal mon devoir cela c’est l’obéissance de l’esclave ; c’est une chose triste et odieuse.Il y a une autre obéissance que j’appellerai l’obéissance de l’honneur ; c’est celle du soldat qui se dit : “ J’appartiens à un corps qui n’a de force que par l’unité.Il faut obéir aveuglement aux chefs qui commandent, car si chacun de nous se mettait à désobéir, il n’y aurait plus d’armée, plus de défense de la patrie.” Cette obéissance, c’est peut-être à la mort qu’elle mène ; mais l’honneur commande, il n’y a qu’à marcher.Lien de plus grand, rien de plus beau que cette obéissance raisonnée et patriotique.Mais dans la vie ordinaire, il est une espèce d’obéissance qui n’est pas moins délicate, quoiqu’elle expose à de moindres sacrifices : c’est ce que l’on appelle l’obeis-sance d’amour.Un noble dévouement se plaît à servir ceux qu’on aime ; c’est volontairement, c’est librement qu’on met son orgueil et sa gloire à respecter son père, à courir au-devant des désirs de sa mère, à se faire le chevalier de sa sœur.Ce que nous admirons là, ce n’est pas cette chétive obéissance qui ne fait rien qu’en rechignant et en discutant ; non, c’est l’amour filial ou fraternel dans toute sa noblesse, dans toute son aimable générosité.Edouard Laboulaye.QuESTiONS.-— 1.Définir les expressions : obéissance 'passive ; obéir aveuglément ; se faire le chevalier de sa sœur.2.Analyse logique de la phrase : l’honneur commande, il n’y a qu’à marcher.3.Analyse grammaticale et fonction de chacun des mots que soulignés.II DICTÉES HISTORIQUES A l’aide de ces dictées, revoir les règles de syntaxe et de grammaire étudiées depuis Janvier.) LOUIS JOLLIET Premier seigneur d’Anticosti I C’est une figure bien sympathique de notre histoire que celle de Louis Jolliet, le premier propriétaire et seigneur de l’île d’Anticosti.Versé dans les sciences exactes, latiniste, musicien, dessinateur, logicien, un peu théologien, tel il nous apparaît dans son adolescence, à la fin de sa vie d’étudiant.Puis nous le retrouvons dans le monde, tantôt à Québec, objet de l’estime et de la confiance de ses concitoyens, tantôt dans la région des grands lacs, se familiarisant avec les langues algonquine et huronne, parlées par les Sauvages de l’Ouest ; puis au pays des Illinois, qu’il fait connaître à la société civilisée ; dans les cantons iro-quois, où il se rend en qualité d’ambassadeur ; à la baie d’Hudson, au Labrador, aux îles Mingan, à Anticosti,— tour à tour explorateur, négociant, armateur, hydrographe, artiste, seigneur féodal.Louis Jolliet était fils d’un ouvrier de la basse-ville de Québec.Orphelin dès l’âge de cinq ans, il devint un des meilleurs élèves des Jésuites, sut capter, dès ses premiers pas dans la vie pratique, la confiance de Tracy, de Courcelles, de 610 L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE Talon, comme, plus tard, celle de Frontenac, de Champigny et de Denonville, et partagea avec un des missionnaires de la Compagnie de Jésus la gloire d’avoir découvert le grand fleuve qui traverse le pays des Illinois et roule ses eaux profondes jusqu’au golfe du Mexique.Note—Rappeler que Jolliet et le P.Marquette découvrirent le Mississipi en 1673.Jolliet naquit à Québec en 1645.Il mourut vers 1700 dans une des îles Mingan.II Le titre de découvreur du Mississipi appartient donc bien légitimement à Jolliet, en même temps qu’au Père Marquette.Mais ce grand fait, qui suffit à l’immortaliser, ne remplit pas toute sa carrière.Pendant les vingt-sept ans qui suivirent, Jolliet continua à se rendre utile à sa patrie par ses travaux, par ses voyages, par ses études hydrographiques, par ses entreprises de pêche et de colonisation, par les cartes importantes qu’il traça.Il explora les côtes du Labrador, il enseigna l’hydrographie aux jeunes Canadiens, il contribua, par ses observations, à rendre plus facile la navigation du Saint-Laurent ; deux cents ans avant M.Menier, il fonda un établissement sur l’île d’Anticosti, dont il était devenu le premier seigneur en 1680.Bref, durant les quarante dernières années du XVIIème siècle, peu d’hommes jouèrent au Canada un rôle plus actif et plus honorable que Louis Jolliet.Ernest Gagnon.{Louis Jolliet, Québec, 1902.) Note.— Le P.Marquette naquit à Laon, France, en 1637.Au cours de 1937, on célébrera donc le trois centième anniverssaire de la naissance du célèbre missionnaire Jésuite.III LES CROISÉS DE MONTRÉAL Lorsque au matin du dix-huit mai, mil six cent quarante-deux, deux petits voiliers et deux chaloupes amenèrent enfin jusqu’à l’Ile de Montréal Maisonneuve et sa recrue avec quelques Jésuites, on vit deux femmes, en plein air, dresser et parer un autel : c’étaient Mademoiselle Mance et Madame de la Peltrie.Mademoiselle Mance savait, maintenant, pourquoi les impulsions mystérieuses l’avaient portée vers le Canada.Elles avaient toutes deux la joie de préparer les liturgies par lesquelles allait s’inaugurer la vie de Ville-Marie.Le Père Vimont célébra la grand’messe, et se tournant vers cette quarantaine de fidèles qui voulaient être les assises d’une ville, il leur disait : “ Ce que vous voyez ici n’est qu’un grain de sénevé ; mais il est jeté par des mains si pieuses, qu’il faut sans doute que le Ciel ait de grands desseins, puisqu’il se sert de tels instruments pour son œuvre ; oui, je ne doute nullement que ce petit grain ne produise un grand arbre, qu’il ne fasse un jour des progrès merveilleux, ne se multiplie et ne s’étende de toute part.” L’hostie, tout le jour, demeura sur l’autel : on voulait qu’elle affirmât son règne.Georges Gotau.{Les Origines religieuses du Canada.) RÉCITATION FÊTE-DIEU Les longs cierges jaunis dans la brume du soir Jettent timidement leurs lumières mystiques.Dont le pâle reflet sur les bouquets rustiques Se voile des parfums d’un léger encensoir.Le prêtre vêtu d’or gravit le reposoir, Et sous le doux frisson des feuilles de portiques.Perpétuant l’amour des coutumes antiques, Il fait reluire au loin les feux de l’ostensoir.L’extase la plus pure embrase les fidèles ; Dans le lointain charmeur on entend un bruit [d’ailes Qui fait passer au loin un souffle harmonieux : Et l’on croit voir, dorant la nue ensoleillée, Dans un trône indécis fait de l’azur des cieux, Le Seigneur qui bénit la terre agenouillée.André Lamandé. L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE 611 RÉDACTION SUJET A TRAITER L’élève décrira le train passant avec rapidité.L’impression reçue par cette vitesse.Quelle belle invention que celle des chemins de fer ! Rappeler l’inauguration du premier chemin
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