L'enseignement primaire : journal d'éducation et d'instruction, 1 juin 1942, Juin
^ .V' .: IIIe GetUen aile dU Mantn&al Vol 1 Québec — Enseignement Frimaire - juin 1942 No 10 M.Victor DORÉ, surintendant de l'Instruction publique.LETTRE ADRESSÉE AUX INSTITUTEURS ET AUX INSTITUTRICES DE LA PROVINCE, p.797 Mgr J.CHARBONNEAU, archevêque de Montréal.LETTRE-PRÉFACE, p.800 Un PROFESSEUR de l’Université Laval SALUT DES ÉDUCATEURS DE QUÉBEC À MONTRÉAL, p.802 Benoit BROUILLETTE, prof., Ecole des Hautes Études^Commer-ciales de Montréal.LA GÉOGRAPHIE DE MONTRÉAL, p.803 Dans une classe-promenade, aux flancs du Mont-Royal, l’auteur, carte en main, nous fait voir et comprendre la géographie de la métropole.D’un mot ou d’un geste, il nous indique les facteurs physiques, humains et économiques.Il nous fait assister au prodigieux développement de Ville-Marie.Aristide Beaugrand-CHAMPAGNE de la Société des Dix, Montréal.LE VIEUX MONTRÉAL, p.814 Pèlerins du passé, l’auteur nous fait visiter le fort de Maisonneuve, l’hôpital de Jeanne Mance, les terres de Jean Gadois et de Jean de Saint-Père.Après quelques explications sur le projet d’un centre religieux, sur l’absence de Maisonneuve, notre guide nous situe, sur la carte du 66 Vieux Montréal ”, la réserve de l’enclos du séminaire dont il nous raconte l’histoire.En rentrant de cette tournée historique, son souvenir se porte sur les si méritants premiers colons.Sr S.Stanislas-de-Jésus, C.N.D., Collège Marguerite-Bourgeoys, Montréal.L’HISTOIRE DE LA FONDATION DE MONTRÉAL, p.823 Avec un accent de piété enthousiaste, l’auteur chante un psaume d’action de grâces à M.de la Dauversière, â M.Olier, et messieurs et dames de la Société Notre-Dame de Montréal, à M.de Maisonneuve età Jeanne Mance par sa voix, elle redit aux générations_ nouvelles les sublimités de leur idéal et l’indomptable ténacité de leur volonté d’apôtre au cœur de feu.Monsieur Jean BRUCHÉSI Sous-secrétaire de la Province.AUX TEMPS HÉROÏQUES DE VILLE-MARIE, p.834 C’est l’epreuve qu’on juge les hommes.Lisez les pages de cet article et vous conclurez que Ville-Marie peut se glorifier d’avoir vécu des temps héroïques: épreuves matérielles, épreuves morales, inondation du fleuve, inondation iroquoise menacèrent souvent de tout emporter.Aucun ennemi n’a eu raison de la vaillance des fondateurs et des premiers habitants de Montréal.Les tempêtes ont fortifié l’arbre géant dont l’immense ramure couvre une grande partie de l’île de Montréal.L’Enseignement Primaire, Québec, Vol.I, N° 10, juin 1942. 798 L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE Mgr Olivier MAURAULT, P.D., p.s.s.Recteur de l'Université de Montréal.M.Honoré PARENT, C.R., avocat de la cité de Montréal.M.Édouard MONTPETIT, Secrétaire général, Université de Montréal.Mgr Louis-Philippe PERRIER, P.A., V.G.Montréal.Mlle Marie-Claire DAVELUY bibliothécaire-adjointe, Bibliothèque municipale, Montréal.M.Roger DUHAMEL, rédacteur-adjoint au « Canada », Montréal.L’ÉGLISE DE MONTRÉAL, p.843 Idéale, l’épopée mystique de la fondation de Ville-Marie devint réalité en 1612.Le premier acte est la célébration du saint sacrifice de la messe par le Père Vimont et l’exposition du Saint-Sacrement sur un autel rustique.Quinze ans après Ville Marie voit arriver les messieurs de Saint-Sulpice.Les offices paroissiaux se font à l’Hôtel-Dieu.1663 voit l’érection canonique de la paroisse de Ville-Marie.Les Jésuites et les Récollets viennent apporter leur concours en 1692 et en 1694.En 1820, Mgr Lartigue, ancien avocat, est nommé en charge pour le district de Montréal.Mgr Bourget lui succède en 1840, c’est l’époque du grand développement de l’Eglise de la Métropole.Mgr Fabre, Mgr Bruchési, Mgr Gauthier et Mgr Charbonneau sont les continuateurs de l’œuvre de Mgr Bourget.Montréal compte aujourd’hui 800,000 catholiques.LES MODES D’ADMINISTRATION, p.850 Il faut être initié pour décrire les douze modes de gouvernement de l’administration de Montréal.Suivez l’auteur, pas à pas, et vous sortirez enchantés du labyrinthe des plus compliqués où il vous aura conduits.L’entrée dans le dit labyrinthe se fait en 1642.Changement complet de direction en 1760.1832 voit s’ouvrir huit sections, huit quartiers.Depuis 1845 le peuple a son mot à dire dans l’élection du maire.Ecoutez bien votre guide.Il vous explique maintenant la constitution 1910-1918 et tout le régime actuel.L’ÉCOLE AU CANADA FRANÇAIS, p.860 L’auteur nous fait assister à la naissance de l’Ecole au Canada-fransçais.Il nous indique les sollicitudes et même les inquietudes qui entourèrent ses premiers ans.Après avoir souligné le rôle du clergé dans la fondation des Ecoles au Canada français, il nous trace, à grands traits, l’histoire de l’enseignement chez nous.L’ÉCOLE A MONTRÉAL, p.863 À l’ombre du clocher, l’École.Il en fut ainsi dès les debuts de Montréal.Marguerite Bourgeoys, la première, fit la^ classe et avec elle, les Sœurs de la Congrégation.De leur cote, les Sulpiciens instruisent les enfants sauvages, en particulier l’abbé Souard, 66 premier maître d’école ” du pays.^ Jean François Charron établit une Ecole normale de maîtres d’ecole.En 1759, la plupart des paroisses avaient leur école.J®**® le désarroi dans le régime scolaire.Communautés religieuses, évêques, curés assurent la réorganisation.1845 voit les écoles publiques de Montréal placées sous le contrôle d’une corporation composée de 12 commissaires.Les SS.Grises, les SS.de Sainte-Anne, les SS.de Sainte-Croix, les SS.des SS.NN.de Jésus et de Marie, les SS.de la Providence, les SS.du Sacré-Cœur, les Petites-Franciscaines, les SS.de l’Assomption; les Frères de différentes communautés prodiguent leur dévouement et leur enseignement.Des centaines et des centaines, voire même quelques milliers d’instituteurs et d’institutrices rivalisent aujourd’hui avec eux.LA SOCIÉTÉ FÉMININE À MONTRÉAL, p.872 Aimez-vous la peinture ?Aimez-vous les peintures de mœurs où les artistes nous présentent des tableaux qui fey^vr® à nos yeux les plus beaux spectacles de la Société feminine .Visitez l’exposition de la série de tableau de Mlle Marie-Cla’re Daveluy.Costumes, élégances, charmes qui alternent avec la grâce la plus parfaite.L’âme française y brille avec toutes ses nuances et avec toutes ses qualités fondamentales qui la rendent à nulle autre pareille.Ne manquez pas de vous arrêter devant les tableaux si impressionnants par leur majesté, leur dignité et leur distinction — de nobles mères aux nombreux enfants.Vous en garderez une impression de vénération profonde et le souvenir affectueux d’un “ passe qui fut pittoresque, aimable, et d’une si rare humeur héroïque MONTRÉAL LITTÉRAIRE, p.881 L’auteur nous explique comment les premières années de la ville de Montréal et l’époque héroïque étaient plus favorables au métier des armes qu’à celui des lettres.Il faut attendre 1773 pour voir la fondation d’un college a Montréal, fondation faite par les messieurs de Saint-Sulpice.1778 voit paraître la “ Gazette Littéraire ”.Hector Bossange établit un commerce de librairie en 1817.Vers la meme que la poésie fait ses premiers essais.C’est vers la fin du siècle dernier que naquit à Montréal une école littéraire dont les principaux membres furent: Nelligan, Lozeau, Charbonneau, Gill, Désaulniers et Ferland.L’Enseignement Primaire, Québec, Vol.I, N° 10, juin 1942. L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE 799 Mme Annette LaSalle-Leduc, violoniste, Montréal.LA MUSIQUE, p.886 L’écho des premiers accords qui ont retenti sur l’île de Montréal et réjoui ses premiers habitants n’est pas parvenu jusqu’à nous.Il n’en est pas moins vrai que nos pères et nos mères avaient l’âme chantante; témoins les créations du folklore et de tous nos chants populaires.Monsieur Henri Letondal a raconté l’extraordinaire apostolat de son grand-père qui, foute sa vie, par son enseignement et le rayonnement de sa personnalité sut faire apprécier, aimer et cultiver la musique.Gustave Gagnon, Galixa Lavallée, Dominique Ducharme et Arthur Letondal, ses disciples, continuèrent son œuvre et, comme lui, formèrent des élèves et des maîtres.Qui peut ignorer les Concerts symphoniques inspirés par madame Athanase David, réalisés par la Commission des Ecoles catholique , alors que monsieur Victor Doré était président, et dirigés par monsieur Wilfrid Pelletier ?Cet organisme contribua beaucoup au développement de l’art musical.M.Gérard MORISSET, Directeur de l'Enseignement du dessin dans la Province.MONTRÉAL ET SES ARTISANS, p.891 Rien de plus humble que Ville-Marie au temps de sa fondation .Avec les constructeurs apparaît le type de la maison montréalaise; viennent ensuite les architectes amateurs dont plusieurs sont Sulpiciens.Chausse-gros-de-Léry est le premier architecte professionnel.Au début du IXe siècle l’achitecture subit une transformation notable.Plusieurs détails vous surprendront.L’Institut des Frères Charron donna naissance à la sculpture montréalaise.Chaboillez est le maître.Jourdain, Janson-Lapalme, Sirier, Lenoir, Lambert et Liébert viennent ensuite.L’auteur parle aussi des peintres de portraits et de tableaux et il termine par un hommage aux artisans ouvriers.M.James LYNG.assistant-directeur des Etudes, écoles anglaises, Commission des Ecoles catholigues de Montréal.1642 à 1942, p.901 Dans une magnifique synthèse, l’auteur nous raconte l’histoire de la ville de Montréal, depuis les détails merveilleux de la “ folle entreprise ” jusqu’aux extraordinaires développements politique, économique et scientifique de la métropole actuelle qui est devenue un centre d’attraction, non seulement pour le pays tout entier, mais encore pour les pays étrangers.L’histoire de l’éducation retient sa plume un peu plus longuement.Elle semble s’attarder, comme à plaisir, à décrire l’organisation de l’enseignement primaire de la Royal Institution, de l’Université McGill et de toutes les institutions de la ville de Montréal.M.Lucien LORTIE, avocat, Québec.COLLABORATEURS, p.912 Diplômé de l’École de Bibliothéconomie de Montréal, spécialiste en vue de la cité de Québec, monsieur Lucien Lortie a bien voulu nous faire l’honneur de présenter au public lecteur de “l’Enseignement primaire’’ la bio-bibliographie des auteurs du présent numéro-souvenir, juin 1942, publié à l’occasion du troisième centenaire de Montréal.Il est toujours intéressant, en lisant un maître de connaître sa personne et ses oeuvres.La Rédactrice de l'Enseignement Primaire RENSEIGNEMENTS ET DIRECTIVES, p.915 Dans une très brève relation, “l’Enseignement primaire’’ rend hommage au grand éducateur, M.C.-J.Magnan, décédé alors que la revue était sous presse.M.le Surintendant de l’Instruction publique COURS D’ÉTÉ, p.916 Communiqué important annonçant les cours de perfectionnement organisés par le Département conjointement avec quelques autres Institutions, suivant la nature de ces cours.Parcourez attentivement les huit sections et choisissez.TABLE GÉNÉRALE DES MATIÈRES (d’après les auteurs) p.919 /J iau'lf /nOSUt&l U&CGvttC&l ! Cécile ROULEAU, rédactrice.L’Enseignement Primaire, Québec, Vol.I, N° 10, juin 1942. 800 L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE LETTRE - PRÉFACE Ce sont tous les citoyens, les catholiques surtout, de Ville-M.arie qui doivent un merci du coeur a M.le Surintendant et aux collaborateurs si compétents dont il a su s'entourer.En exaltant sa propre ville, il a étalé les titres de chacun d'eux h la fierté nationale.Les institutrices et les maîtres de nos écoles entre autres devront lui savoir gré de cette ini' tiative.Les pages quelle a inspirées constituent comme la synthèse de notre histoire locale’ comme une petite encyclopédie des exploits accomplis par nos pères aussi courageux que croyants-Quelle mine ou puiser des exemples et des images pour éclairer leurs leçons, pour enseigner aux petits d'aujourd'hui.Par quels devoirs on grandit jusqu'aux deux ! En définitive, c'est eux, les enfants de nos écoles, qui bénéficieront des merveilleux tableaux entassés dans cet album.Il y a là une leçon de choses unique, si l'exposé ici contenu leur fait mieux comprendre que leur bonheur à venir se fonde sur leurs sacrifices présents et que, à certains moments, le sacrifice doit se hausser jusqu'à l'héroisme.Cette leçon, il ne convenait à personne autant qu à une revue d'enseignement primaire de la leur présenter.Si l'on trouve U tableau trop brillant, qu'on ne s'inquiète pas; les historiens se chargeront d'en estomper les couleurs trop voyantes et les enfants auront assez, vite à constater des laideurs pour qu'on leur mette aujourd'hui de la beauté plein les yeux.En réitérant aux auteurs le merci de l'archevêque de Ville-M.arie, je me réjouis d'avance, avec tous nos fidèles, du bien immense que j'attends de leur pieux travail.L'archevêque de Montréal, f Joseph CHARBONNEAU.L'Enseignement Primaire, Québec, Vol.I, N° 10, juin 1942. L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE 801 Aux INSTITUTEURS et INSTITUTRICES de la PROVINCE de QUÉBEC uin vous apporte le dernier numéro de (U'Enseignement primaire)) pour Vannée scolaire 1941-42 Sous sa nouvelle forme, notre revue a pénétré dans chacune des écoles catholiques de la province.Nous avons tenté de relier par son entremise tous les artisans de la formation primaire qui demeure avant tout, une œuvre de collaboration.Les instituteurs et institutrices de la province auront reconnu, je l'espère, la bienveillance du Département à leur égard et le sentiment de fraternelle sympathie qui anime le Surintendant sorti de leurs rangs, et sa fidélité a ce souvenir.Notre publication répond-elle a son objet; je le crois et je l'espèn.De nombreux témoignages V attestent, dont le bureau de direction de la revue se réjouit, sans en tirer vanité.Dans mon rapport aux Chambres, j'ai souligné V intelligente activité de Mademoiselle Kouleau, rédactrice de notre revue, et remercié ses collaborateurs.Tiré h 12,000 exemplaires, ((EEnseignement primaire^ a été distribué a toutes les écoles primaires sans distinction, ainsi qu aux membres du Comité catholique, aux membres de la Législature, aux inspecteurs d'écoles ainsi qu a MM.les curés des 1200 paroisses de la province.(( Cependant, cette large distribution ne répond pas aux vœux du personnel.Les titulaires des grandes écoles, surtout, exposent qu il leur est impossible de prendre connaissance de la revue lorsqu'il n’y en a qu'un exemplaire dans la maison )).L’honorable Secrétaire de la province mis au courant des faits a bien voulu augrnenter nos appropriations budgétaires au chapitre des publications, pour l'année scolaire 1942-43; ceci nous permettra d'assurer une plus large diffusion de notre revue.* * * Montréal célèbre cette année le 300ième anniversaire de sa fondation.En temps ordinaire, la métropole du Canada aurait marqué par des fêtes grandioses T allégresse de sa population.En effet, un projet de grande envergure avait été élaboré où, pour rester dans la tradition universelle.L’Enseignement Primaire, Québec, Vol.I, N° 10, juin 1942. 802 L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE la vje de la grande ville eut été reconstituée depuis ses origines; et pendant des jours, des semaines, des mois, c'eut été la suite des pageants, des défilés historiques ou l'allégorie aurait eu sa place coutumière.Le soir, dans les parcs publics, il y aurait eu pluie d'étoiles.Sans doute, Vâme populaire aurait trouvé dans les manifestations extérieures qui marquent habituellement la joie que les villes éprouvent a vieillir, une satisfaction plus vibrante et plus conforme â ses appétences de bruit, de jeux et d'artifices.Le peuple, éternellement jeune, se serait porté en foule sur la place publique, et de tous les coins de la province notre population aurait accouru vers la grande ville pour communier â sa liesse et ajouter à son exubérance.Revenues au village, des familles entières auraient rapporté de leur voyage des souvenirs imprécis et peut-être, aussi, Vinstinctive nostalgie qui naît du contact et du mystère des foules.Vu les événements dont la gravité pèse lourdement sur le pays tout entier, le programme que Von sétait proposé a du être modifié et simplifié.Non, le temps n'est pas aux joies factices, mais au recueillement, â la méditation.Le souvenir du tricentenaire de Montréal sera marqué du sceau de la piété—piété religieuse, piété patriotique, piété intellectuelle.Toute la vie de la grande cité faite d'hêroisme, d’apostolat, de labeurs aura été évoquée, non plus pour la joie des yeux, mais pour celle, plus profonde et plus consolante, du cœur et de l'esprit.Obéissant â un même élan et mus par une même pensée, nos historiens et nos écrivains ¦—-poètes et littérateurs — auront puisé aux sources du passé pour ajouter au trésor des lettres canadiennes.Aussi, espérons-nous que ce dernier numéro de notre revue, consacré exclusivement ci l'histoire de Montréal, sera favorablement accueilli de tous nos lecteurs.En leur nom, je remercie tous ceux qui ont contribué â sa présentation et m'ont ainsi apporté un nouveau gage de leur très précieuse amitié.Victor Dore, Surintendant de VInstruction publique.L Enseignement Primaire, Québec, Vol.I, N° 10, juin 1942. L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE 803 SALUT DE QUÉBEC ENSEIGNANT A LA METROPOLE.On -peut voir, a Notre-Dame, deux verrier es à sujets d'histoire.Dans le chatoiement des couleurs apparaissent deux personnages: une religieuse qui enseigne des petites sauvagesses près d'un donjon vieilli, un prêtre du siecle, M.Blier, entouré de petits garçons attentifs a sa leçon, dans le jardin d'un manoir antique.Ces verrières disent avec éloquence le premier souci qu'ont eut les fondateurs de Ville-Marie après celui de prendre racine: instruire au vrai sens étymologique; instruire les âmes, les préparer à leurs formidables devoirs.Dans ce ministère qui fera resplendir ces élus comme des étoiles, se distinguent M.Souart, prêtre de Saint-Sulpice, le premier d'une lignée merveilleuse de grands éducateurs, Marguuerite Bourgeoys dont on ne saurait trop magnifier le role, les Frères Charon.Et depuis ! Montréal ne compte plus ses écoles innombrables, ses couvents, ses collèges.Ses séminaires et ses universités ont une renommée internationale.Cest partout une émulation sans pareille.Qu'il nous suffise de mentionner le zèle du Surintendant de l'Instruction publique: — montréalais de toujours, nous saluons le québécois qu il est devenu depuis mai — en ce domaine de l'éducation.Et l'on peut bien dire aujourd'hui que Montréal est une ville de porte-lumières, la cité missionnaire entre toutes et sous toutes les formes.Les professeurs, les institutrices, les maîtres de Québec, a tous les degrés de l'Enseignement, se font un honneur de saluer leurs collègues de Ville-Marie, aux du passé qu’on célèbre, ceux du présent qu’un même souci rattache au passé: préparer a Dieu des élus, a EEglise des ministres, des fidèles, à l’Etat des fils capables d'aborder et de soutenir les tâches les plus lourdes; le tout h la gloire de la patrie terrestre, a la gloire suprême de Celui de qui descend tout don parfait.Nous prions nos premiers instituteurs du passé, Mgr de Laval, Marie de l'Incarnation, les saints Martyrs Jésuites, et la Vierge Marie si- douce d vos destinées comme aux nôtres, de soutenir votre apostolat dans les tourmentes qui passent pour lui faire rendre sans défaillance, comme autrefois et maintenant, les fruits qui demeurent.Un professeur de l'Université Laval L’Enseignement Primaire, Québec, Vol.I, N° 10, juin 1942. 804 L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE Benoît Brouiüette LA GÉOGRAPHIE DE MONTRÉAL La géographie d’une ville s’apprend en plein air.Les flancs du Mont-Royal sont des lieux de classe-promenade.Les gratte-ciel offrent de leurs sommets des perspectives d’autant plus intéressantes qu’ils dominent les parties les plus actives de la ville.Le maître devra préparer ses leçons avant de sortir, et donner à ses élèves quelques notions générales.I — FACTEURS PHYSIQUES 1 — Situation et site a) Longitude et latitude.Montrons l’emplacement de Montréal sur la carte (1) 73° 20’ Long.O.et 45° 30’ Lat.N.En expliquer le sens.b) Une -plaine.La carte du Canada nous apprend que Montréal est situé le long du fleuve Saint-Laurent entre les Grands Lacs et l’océan Atlantique.Précisons davantage.Notre ville est au centre de la plaine laurentienne, qui va des rives du lac Huron à celles de l’estuaire du Saint-Laurent, et qui, en largeur couvre environ 80 milles entre le pied des Laurentides et les premières collines des Appalaches, à l’est.c) Les cours d'eau.La plaine de Montréal attire les rivières vers son centre.Ce sont: le haut Saint-Laurent, d’abord rapide jusqu’à Cornwall, formant le lac Saint-François en face de Valleyfield, puis les rapides des Cèdres, qu’on évite par le canal de Beauharnois, le lac Saint-Louis jusqu’à Lachine, enfin d’autres rapides, ceux de Lachine, et encore un autre lac jusqu’au pont Victoria; \'0u-taouais, dont l’embouchure s’étale dans le lac des Deux-Montagnes.Les eaux prennent alors trois directions: une partie rejoint le fleuve par deux bras autour de l’île Perrot, une autre alimente la rivière des Prairies, la troisième, celle des Milles-Iles.Montréal est bien un archipel.Peu s’en est fallu que le Kichelieu, hésitant dans le bassin de Chambly, ne se dirigeât lui aussi vers notre ville.Fait a retenir: c’est à Montréal que le fleuve cesse d’être entrecoupé de rapides On peut remonter le courant depuis Québec.Donc Montréal est un lieu de transbordement, un carrefour de voies naturelles.Il doit à cela une bonne partie de son développement économique.CD Carte de la Province de Québec, 1939, publiée par le Gouvernement provincial, à l’échelle de 14 milles au pouce.L’Enseignement Primaire, Québec, Vol.I, N° 10, juin 1942. L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE 805 2 — Relief et structure a) Quelle nve ?La rive droite est trop basse, trop sujette aux inondations.Une digue protège les rues de Saint-Lambert.Sur l’île de Montréal, le sol s’étage en plusieurs terrasses.La plus basse altitude est de 25 pieds au-dessus du niveau de la mer dans le port; la plus élevée eàt de 763 pieds au sommet du Mont-Royal.Les deux autres sommets sont ceux d’Outremont (675 p.) et de Westmount (625 p.) b) Histoire géologique Il est difficile d’expliquer le relief à des enfants qui n’ont pas fait de géologie.Di-sons-leur que les pierres sous le sol meuble sont vieilles d’environ 700 millions d’années.Elles se sont formées durant l’ère primaire (nous sommes maintenant au Quarternaire), à l’époque ordovicienne.S’ils ont la curiosié de visiter une carrière comme celle de la rue de Fleurimont, ils y verront, le long d’une falaise de 75 pieds, les trois formations principales de l’île; au fond les calcaires Chazy, au-dessus les trois couches du Black River, au sommet le Trenton.c) L'ere -primaire Retenons que le sous-sol date de l’ère primaire et qu’il est bâti de couches géologiques assez horizontales.Ces couches ont cependant subi des cassures, sinon des plissements; car elles sont souvent entrecoupées de failles.Une chose est beaucoup plus importante: la surextion du Mont-Royal, vers la fin de la période dévonienne.L’est du Canada fut alors le théâtre de grands mouvements de l’écorce terrestre.Grands, mais très lents, car à l’échelle des phénomènes géologiques, c’est-à-dire imperceptibles par l’homme.Dans les Cantons de l’Est surgissaient les Appalaches en chaînes probablement aussi hautes que nos Rocheuses actuelles.A la faveur de leurs plissements la poussée intérieure a crevé l’épaisse couche de roches sédimentaires sur l’emplacement du Mont-Royal.Des roches dures (syénite et esséxite) ont édifié la cheminée d’un appareil qui fut vraisemblablement un volcan.Une reste rien maintenant des produits d’éruption (laves et cendres) ni de l’emplacement du cratère; pas plus d’ailleurs que des couches supérieures du Primaire.Pourquoi ?Parce que durant les autres périodes du Primaire et les deux ères géologiques suivantes, le Secondaire et le Tertiaire, c’est-à-dire durant quelque chose comme 250 millions d’années, la région de Montréal fut soumise à l’érosion des agents atmosphériques : les eaux courantes, le gel et le dégel, les vents, etc .Rien d’étonnant qu’à la fin du Tertiaire notre région ait été réduite à l’état de plaine, sauf autour du Mont-Royal, dont la dure carcasse a mieux résisté.d) Glaciation et Mer Champlain Au début de Tère Quaternaire, à l’époque du Pléistocène (il y a 800,000 ans), le climat de l’Amérique du Nord s’est tellement refroidi que les glaciers du pôle (comme ceux du Groenland actuel) ont envahi le continent jusqu’à la latitude de New-York.Toute la plaine de Montréal fut recouverte, bien au-dessus du Mont-Royal.En fondant sur place le glacier a laissé échapper des masses de blocs rocheux, de cailloux anguleux, L'Enseignement Primaire, Québec, Vol.I, N° 10, juin 1942. 806 L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE de sables grossiers et de boues.On nomme ces dernières argiles h blocaux.Telle est l’origine des couches les plus profondes des sols meubles, qui recouvrent la plate-forme rocheuse, formée au Tertiaire.Le glacier disparu, le sol affaissé sous son énorme poids, se trouvait au-dessous du niveau de l’océan.La mer envahit la région par plusieurs côtés à la fois.C’est la mer Champlain.Le Mont-Royal en était entouré et formait un îlot, puis plusieurs îlots, à mesure que le sol se relevait.Car peu à peu la mer s’est retirée, non sans laisser des vestiges, sous forme de dépôts argileux de fond.Telles sont les argiles b Léda.Au dessus d’elles on trouve les sables des rivages, laissés par la mer en se retirant.Ce sont des sables à saxicave perchés à 5 et 600 pieds sur les flancs sud-ouest du Mont-Royal, d’autres en vastes affleurement à l’ouest de la montagne.Moraines, argiles et sables, voilà les sols du début de Tère Quaternaire, du Pléistocène.Durant une période plus récente, appelée justement le Récent, des sols nouveaux sont en train de se former.Il y en a peu encore.Ce sont des dépôts de marne (sorte d’argile) et de tourbe dans les anciens lacs desséchés (exemple: le lac des Castors), les graviers et les sables de rivières le long des ruisseaux descendant vers le fleuve, qui sont presque tous disparus aujourd’hui.e) Terrasses actuelles Le relief actuel résulte de la longue histoire géologique que nous venons de résumer.Autour du Mont-Royal, les sols se sont déposés sur une ou plusieurs plate-formes rocheuses, en une magnifique succession de terrasses, quelques fois limitées par un escarpe ment assez brusque.1.—Terrasses supérieures.—Les terrasses situées à plus de 200 pieds ne sont pas très larges ni très applanies.Cependant au nord de la montagne, on voit s’étendre une vaste surface (entre 225 et 200 p.) dans Outremont, depuis le coin de l’avenue du Parc et Mont-Royal, jusqu’aux voies du C.P.R., à la gare Jean-Talon et jusqu’à la Côte Visitation vers le nord.On la retrouve dans Notre-Dame-de-Grâce, mais plus étroite.D ailleurs, là et dans Westmount, on compte plusieurs palliers, entre les niveaux de 200 et 500 pieds, sur lesquels s’accrochent les rues longitudinales et que gravissent péniblement les rues transversalles.2- Terrasse moyenne.—La terrasse qui couvre la plus grande partie de la ville est celle située entre 200 et 125 pieds.Sa limite inférieure est facile à préciser, du moins entre Bleury et le Boulevard Pie IX.C’est, selon l’expression populaire, (( la côte de ia rue Sherbrooke )).On la gravit par toutes les rues transversalles : Bleury, Saint-Laurent, Saint-Denis, Saint-Hubert, etc .3- Terrasse inférieure.—Vers le bas de la ville, on distingue enfin une terrasse inférieure, entre 75 et 50 pieds d’altitude.Les rues Ontario, Sainte-Catherine et Dorchester y sont bâties.On doit y raccorder le niveau plus élevé que les rues voisines du L Enseignement Primaire, Québec, Vol.I, N° 10, juin 1942. L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE 80T quartier des affaires (Saint-Jacques et Notre-Dame), car la dépression isolant cette ride-et suivie par la rue Craig fut creusée par un ancien ruisseau.LECTURES: Brouillette, B.Le Canada par l’image, Montréal, 1936, p.23-29.Tanche, R.Montréal, 1936, pp.11-18.Stansfield, J.Les dépôts pléistocmes et récents de l’île de Montréal— Ottawa, 1917, 70 p.(carte hors-texte à 21/2 pouces au mille).3.-—Le climat Le facteur climatique a une importance relative moins grande pour une ville que pour une région, où l’exploitation agricole ou forestière prédomine.Il faut savoir cependant que nous habitons la zone tempérée froide de l’hémisphère nord, qui, à l’état naturel, était recouverte d’une forêt où les bois durs prospéraient.Les érables, ormes et chênes que la ville conserve dans ses parcs et le long de certaines avenues, sont des survivants ou des remplaçants de la forêt primitive.Montréal participe au climat continental qui s’étend sur le centre et Test de l’Amérique.Et cela, malgré sa position presque voisine de l’Atlantique (200 milles à vol d’oiseau).L’explication est simple.À notre latitude les vents dominants sont d’ouest en est.Ils apportent jusqu’ici tantôt les masses refroidies d’air qui séjournent en hiver au centre-nord du continent, tantôt les masses d’air chaud et humide qui vient en été du Golfe du Mexique.Les vents d’est au contraire apportent la neige en hiver, la pluie en été.Consultons les statistiques.L’Annuaire du Canada (1931, p.61) nous apprend que la moyenne des mois les plus froids, janvier et février, est de 13° et 14°, tandis que celle des mois les plus chauds, juillet et août, est de 70° et 67°.Donc l’écart de température est grand, de l’ordre de 55 degrés.Voilà un climat de type continental.Mais l’autre facteur climatique, les précipitations, apportent une atténuation à ce caractère; en effet, un tel type de climat est d’ordinaire sec.Or le nôtre est humide, deux ou trois fois plus que celui de J a Prairie canadienne.En effet, le total des pluies et de la neige dépasse 40 pouces.On compte en moyenne 106 jours par an de pluie et 61 de neige.La répartition est assez égale sur les 12 mois.Avril et mai semblent les plus secs.Juillet est pluvieux avec des orages d’été.Cela s’explique par la présence des nappes d’eau autour de Montréal, vers l’ouest (Grands-Lacs) comme vers l’est (Atlantique).Les grandes chaleurs d’été sont étouffantes parce qu’humides.Les saisons intermédiaires sont brèves, surtout le printemps; après le long hiver, la chaleur éclate brusquement.Souvent l’automne est beau, surtout lorsqu’il se prolonge sans trop de pluie jusque vers la fin d’octobre.LECTURE: Tanghe, R.—Montréal, 1936, pp.18-26.L'Enseignement Primaire, Québec, Vol.I, N° 10, juin 1942. 808 L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE II—FACTEURS HUMAINS 1—La Population, ses Progrès « La ville est agglomération ravitaillée par l’extérieur », a dit un géographe français.C’est une création artificielle de l’homme, qui a d’abord voulu se défendre contre d’autres hommes, ses ennemis, et contre les éléments naturels.Puis il s’est groupé autour d’un point pour faire le commerce des produits de son pays et de ceux qu’il devait acheter de 1 etranger.Lorsque 1 industrie a dépassé le cadre de la famille, la ville surtout en a profité; car elle concentre la main-d’œuvre employée dans les usines de plus en plus vastes et nombreuses; elle attire les voies de transports nécessaires au développement industriel.Un grand nombre de travailleurs dans les diverses spheres de la vie moderne s’y trouvent rassemblés.Montréal a toujours été un lieu de rassemblement.Même les Indiens, pourtant si dispersés sur le sol canadien, avaient ici une bourgade appelée Hochelaga.Durant le régime français, Québec et Montréal furent les deux villes principales.La population de Québec doublait celle de notre ville vers la fin.Ce ne fut qu’un siècle plus tard, lors du premier recensement effectué sous la Confédration (1871), que Montréal possédait le double de la population de Québec, soit 131,000 sans compter la banlieue.De dix ans en dix ans, les progrès sont remarquables.Chose curieuse et facile à retenir par les élèves, Montréal a doublé trois fois sa population à chaque période de vingt ans depuis la Confédération.Lisez plutôt: 1891: 270,000 (double de 1871), 1911: 548,000 (y compris la banlieue), 1931: 1 million.Au recensement de l’année dernière, on a compté 1,100,000 âmes.Le rythme du progrès semble stabilisé.2.—Densité Chacun sait que les villes du nouveau monde s’étendent amplement en surface.Tel est le cas de Montréal, qui couvre environ 100 milles carrés, qu’il faut partager en trois parties.L’une est habitée par une population rurale, forte de 1,500 à 2,000 jardiniers, éleveurs de volailles, producteurs de lait et de crème; ce sont les héritiers des ancêtres qui ont colonisé l’île.Leur densité est de 50 au mille carré.Le reste se répartit en deux groupes: l’un d’une très forte densité urbaine, l’autre dans la banlieue.Dans Montréal, Verdun, Outremont et Westmount se masse plus d’un million d habitants sur 41 milles carrés, soit environ 20,000 au m.c.La banlieue s’étend sur 27 milles carrés et compte 16 agglomérations, dont la densité de chacune varie de 9,000 à un millier au m.c.3-—Conurbation.Néologisme qui signifie une agglomération urbaine, faite d’une ville principale et des villes voisines qui, en augmentant, se rapprochent au point d’être confondues.C est justement ce qui s’est passé ici.La conurbation de Montréal s’étend de Dorval au sud-ouest à la Pointe-aux-Trembles au nord-est, en passant par Lachine, Ville-Lasalle, Saint-Pierre, Montréal-Ouest, Verdun, Westmount et Montréal-Est.Elle gagne la rivière des Prairies vers l’ouest et le nord, par Outremont, Hampstead, Mont-Royal et Saint-Laurent, enfin Montréal-Nord.Il faut y inclure quatre centres situés sur la L’Enseignement Primaire, Québec, Vol.I, N° 10, juin 1942. L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE 809 rive droite du Saint-Laurent, aux extrémités des ponts Jacques-Cartier et Victoria: Longueil et Montréal-Sud, Saint-Lambert et Greenfield-Park.Si l’on y ajoutait les villes riveraines du lac Saint-Louis, on aurait une deuxième conurbation, d’un type différent.Ce sont des villes séparées physiquement, mais liées par des intérêts économiques.En rattachant Dorval à ce groupe, la conurbation du Lac Saint-Louis comprend Pointe-Claire, Beaconsfield et Sainte-Anne de Bellevue, soit environ 10,000 citadins.4.—Eléments de la Population Non seulement Montréal est la métropole du Canada, elle en est aussi la ville la plus cosmopolite.Sur un million d’individus recensés en 1931 dans l’agglomération montréalaise, voici quels étaient les groupes principaux, selon l’origine: 1.—Canadiens jran pais.600,200 soit 60% 2.—(Anglais, Irlandais et Écossais).226,000 “ 26.6% 3.—Origine européenne.(rubriques proposées par M.R.Tanghe) 127,600 12.8% a) Ceux qui ont tendance à parler anglais : Israélites.58,000 Allemands et Autrichiens.8,100 Russes et Ukrainiens.6,600 Scandinaves et Finlandais.4,000 Tchécoslovaques.3,700 Hongrois.3,600 Hollandais.1,100 Autres.4,900 90,000 soit 9% K) Ceux qui apprennent de préférence le français: Italiens.22,150 Polonais.7,800 Belges .3,050 Roumains.2,650 Autres.1,950 37,600 soit yU% 4.—Jaunes (Chinois surtout).4,750 soit 1/2% 5.—Indigènes (Indiens).175 6.—Indéterminés.2,000 Nous avons indiqué les chiffres exacts pour fixer les idées.Mais ne faites apprendre aux élèves que le pourcentage ou l’ordre de grandeur.LECTURE: Tanghe, R.—Montréal, pp.38-44 L’Enseignement Primaire, Québec, Vol.I, N0 10, juin 1942. 810 L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE III—FACTEURS ÉCONOMIQUES Comment vit ce million d’hommes, rassemblés sur 67 milles carrés?Les fonctions économiques d’une grande ville sont multiples et variées.Montréal combine les fonctions de l’esprit et le travail des mains, il concentre la direction des plus vastes et des plus importantes entreprises commerciales et industrielles, renferme les plus importants établissements intellectuels, religieux et juridiques de la nation.Mais ses fonctions commerciale et industrielle prédominent.1.—Fonction commerciale Montréal tire cette fonction du fait qu’il est un port maritime et fluvial, et le plus important terminus ferroviaire du Canada.A) Le Port.a) Son Aménagement.Ses installations bordent le fleuve depuis le pont Victoria jusqu’à la Pointe-aux-Trembles, sur 10 milles.Les quais se partagent en deux groupes: celui du sud commence au canal Lachine et est protégé contre les eaux tumultueuses par un môle parallèle à la rive.Cette partie renferme les principales installations du port, groupées autour de huit bassins, formés par des quais élevés et des jetées perpendiculaires.Le chenal a partout une profondeur de 29 à 32 pieds, suffisante pour recevoir les navires du plus fort tirant d eau.Sur les rives se trouvent des voies ferrées, des entrepôts, trois élévateurs à grain d une capacité de 10 millions de boisseaux, reliés aux postes de mouillage par un réseau de convoyeurs, qui chargent et déchargent les navires.On y voit aussi deux entrepots frigorifiques.Le groupe de quais du nord est situé à l’aval du courant Sainte-Marie, sous le pont Jacques-Cartier.Des jetées en dents de scie se détachent de la rive depuis le pied de la rue Aylwin jusqu’au Boulevard Pie IX.Il y a là le plus vaste élévateur à grain de Montréal.Plus bas la cale-sèche Vickers sert de bassin de radoub.Enfin, beaucoup plus loin, dans Montréal-Est, ce sont les quais des sociétés qui importent le pétrole brut pour le raffiner dans leurs vastes usines, bâties entre le fleuve et les rues Sainte-Catherine et Sherbrooke.P) Son Commerce De la seconde quinzaine d’avril à la fin novembre, le port reçoit de 1,500 à 2,000 paquebots, jaugeant 5 millions de tonnes, qui viennent de toutes les mers du globe, et 5 ou 6,000 barges et navires fluviaux qui sillonnent les Grands-Lacs et le fleuve.Durant les Ungt dernières années le commerce a passé de 5 millions de tonnes à 13.Il est mieux équilibré maintenant.Les importations (entre 5 et 6 millions de t.), se composent surtout de combustibles minéraux.Le charbon vient des Maritimes, des États-Unis et d Angleterre; le pétrole arrive par bateaux-citerne des États-Unis et d’Amérique du u .Il en viendra moins désormais avec la concurrence du (( pipe-line» entre Portland, i laine, et Montréal.Parmi les autres produits les plus importants, signalons la canne a sucre et les mélasses; d autres matières premières à destination des États-Unis, comme a pâte de bois, des produits fabriqués et semi-ouvrés et des denrées alimentaires.L’Enseignement Primaire, Québec, Vol.I, N° 10, juin 1942. L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE 811 Les exportations ne sont plus que la moitié de ce qu’elles furent il y a dix ans.Leur volume oscille entre 3 et 4 millions de tonnes.Le blé canadien et la farine sont encore les produits principaux, bien que les ventes de blé soient tombées des deux-tiers.Les autres produits agricoles sont les viandes et saindoux, les conserves alimentaires et le foin.Les forêts et les mines fournissent des bois et du papier, du cuivre et du zinc.On exporte en outre des automobiles et leurs accessoires, du ciment, etc .Le port est aussi un lieu fréquenté par les voyageurs, ceux qui, en temps de paix, s’embarquent pour l’Europe et ceux qui vont en touristes visiter les plages de l’estuaire et du Golfe Saint-Laurent.Cependant les quartiers qui bordent son approche n’ont rien d’attrayant.Leur fonction est essentiellement commerciale et industrielle.Les grossistes y possèdent leurs magasins et entrepôts.Les rues fourmillent de camions et de lourdes voitures à chevaux.Beaucoup d’usines se sont bâties à proximité du port et du canal Lachine pour profiter des facilités de transport.B) Les Gares Montréal est la ville des gares multiples.Voir la carte ci-jointe.Constatons qu’elles ne sont pas éloignées du port.La gare centrale, destinée à les remplacer toutes, est orientée en droite ligne vers le port pour ses cours de fret.Les gares Viger et Moreau sont près du port.Les voies de ceinture du Pacifique-Canadien se rejoignent à la gare Jean-Talon et desservent les quartiers industriels qui s’agrandissent vers la banlieue.Même chose pour les voies de raccordement entre les autres lignes.Vraie plaque tournante des chemins de fer, Montréal est un point d’arrivée et de départ pour tous les itinéraires.Ces derniers sont nombreux.Vers l’est, on va de Montréal à Halifax (C.N.R.) et à Saint-Jean, N.-B.(C.P.R.); vers le nord, à Québec (C.P.R.) au Lac Saint-Jean et en Abitibi (C.N.R.); vers le sud, à Boston (C.N.R.), à New-York et Washington (C.N.R.), à New-York (D.& H.et N.Y.C.); vers le sud-ouest, en Ontario et à Chicago et vers l’ouest, à Vancouver par les deux réseaux transcontinentaux.C) L'Aviation Montréal possède les deux plus vastes aéroports du Canada, l’un à Saint-Hubert, l’autre à Dorval et un poste d’amérissage pour hydravion à Boucherville.C’est le terminus de la ligne aérienne transcontinentale à travers le Canada, et, lorsque la paix sera rétablie dans le monde, ce sera une étape sur la route aérienne de l’Atlantique nord entre l’Europe et l’Amérique.D) Autres Voies de Transport Les routes terrestres prennent une importance grandissante dans l’activité commerciale du monde moderne.Le camion, l’autobus et l’automobile sont de nouveaux moyens de transport qui concurrencent le bateau et le train.Notre ville fut une des premières à bien paver et élargir ses grandes artères.Ses voies d’accès furent longtemps insuffisantes.Mais durant ces dernières années, la voirie provinciale a doté notre L’Enseignement Primaire, Québec, Vol.I, N° 10, juin 1942. 812 L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE région de routes qui répondent aux besoins d’une circulation intense.Montrer sur une une carte routière les voies d’accès de la ville, en provenance d’Ontario, des Laurentides, de Québec, de Sherbrooke, des Etats-Unis.La ville possède plusieurs gare-terminus d’autobus, la principale étant celle de la rue Dorchester ouest.Les services se comptent par plusieurs dizaines.Les itinéraires couvrent des distances moindres que ceux des trains.Cependant, il y a des services directs vers New-York et Boston, vers Toronto et Ottawa, vers Mont-Laurier et jusqu’à Val d’Or, vers Trois-Rivières et Québec, vers Sherbrooke.E) Commtrct de Détail et Finance.Bateaux, trains, avions et automobiles amènent à Montréal ou emportent de notre ville des flots de marchandises et des foules de voyageurs.Ainsi fonctionne l’activité commerciale entre la ville et l’extérieur.Mais à l’intérieur même, le commerce de détail satisfait un million de citadins et des centaines de mille visiteurs.Ce sont les grands magasins des quartiers spécialisés, comme ceux de la rue Sainte-Catherine, et la multitude des boutiques plus modestes qu’on rencontre dans tous les quartiers en bordure des rues dites commerciales.Ce sont en outre les banques et les sociétés d’administration du quartier des affaires, du (( bas de la ville )), rue Saint-Jacques et Notre-Dame.On a vu se construire ici depuis 20 ans les premiers gratte-ciel de la métropole, jusqu à la côte Beaver-Hall et au (( carré )) Dominion.La fonction financière, représentée par la Bourse de Montréal et le Curb Market, ne sert pas seulement au commerce.Elle est l’âme de l’industrie.% 2.Fonction industrielle Montréal est devenu et reste la plus grande ville industrielle du Canada.Les facteurs de son développement sont les facilités de transport, les marchés locaux et étrangers, x abondance de la main-d œuvre et de l’électricité.Sans ses voies d’eau, Montréal ne se serait pas agrandi autant.La ville et sa banlieue renferment 2,650 établissements industriels (1939) donnent du travail à 126,000 ouvriers et salariés et produisent pour une valeur brute de 600 millions de dollars.Industries très variées.Celles qui emploient le plus de main-d .’œuvre sont les textiles (31,400): filatures de coton et de soie, établies près du port, de confection de Niements pour dames et pour hommes (500), qui occupent 20,000 mains, produisent Pour ^ m^üons de dollars et se trouvent le long des rues Saint-Laurent, Sainte-Catherine et Bleury.a métallurgie ensuite.C est naturel; car si les femmes travaillent aux textiles, es ommes forgent les métaux.Elle emploie quelque 25,000 ouvriers, qui pour les 2/3 tra\ ai ent le fer.L industrie lourde, fonderies et forges, ateliers de matériel roulant, e mac^ inerie, de plaques de tôle et de quincaillerie, se localisent depuis Lachine jusqu’à Montreal-Est, le long des canaux et du fleuve.10, juin 1942.L Enseignement Primaire, Québec, Vol.I, N° L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE 813 La fabrication des appareils et accessoires électriques et l’affinage du cuivre occupent un plus grand nombre d’ouvriers, depuis que la radio progresse, et que l’usage de l’électricité se répand comme force motrice.Les mines de cuivre d’Abitibi affinent leur minerai à Montréal-Est.Le groupe des produits végétaux donne du travail à quelque 18,000 ouvriers.Ce sont les boulangeries et biscuiteries, dont les produits nourrissent la ville et se vendent au-dehors.Puis le travail du tabac, traditionnel, occupe 5,500 mains et prépare les trois quarts des cigarettes canadiennes.Les ateliers se localisent rue Craig principalement.Les brasseries et distilleries ont une réputation ancienne à soutenir; avec les fabriques d’eau gazeuses, elles emploient près de 3,000 personnes.Deux vastes raffineries de sucre de canne et deux grosses minoteries se sont établies ici parce que Montréal est un port maritime.Ces quatre entreprises sont situés sur les quais.Le groupe des produits animaux occupe environ 12,500 personnes, dont plus de la moitié au travail du cuir.Les Canadiens français se sont spécialisés dans l’industrie de la chaussure et détiennent presque toutes les cordonneries mécaniques.Les abattoirs, situés près des gares de fret et du port, et les fabriques de beurre et de fromage emploient de 2 à 2,500 ouvriers.Arrêtons ici notre énumération, mais non sans mentionner les imprimeries, ateliers de reliure et de lithogravure, (6 ou 7,000 ouvriers), qui offrent une transition entre le rôle industriel et le rôle intellectuel de notre ville.3—Autres fonctions urbaines Les fonctions administratives, civiles et judiciaires, sont symbolisées par l’Hôtel de Ville et les deux palais de Justice.Les fonctions religieuses le sont par la Basilique Saint-Jacques (siège d’un Archevêque) et la multitude des églises paroissiales, dont la cathédrale Notre-Dame (place d’Armes) est la plus ancienne.Le rôle intellectuel de Montréal se marque enfin dans la géographie urbaine par un grand nombre d’institutions.Les écoles primaires, administrées par deux commissions; les maisons d’enseignement secondaire; les universités de Montréal et McGill et les écoles spécialisées: Beaux-Arts, Technique, etc .Avec ses bibliothèques et ses musées, ses cercles littéraires et ses sociétés savantes, ses journaux et ses revues, notre ville fait bonne figure.On peut s’y instruire et s’y divertir, tout en y gagnant sa vie.Nous ne voulons pas dire que tout est parfait.Mais ce n’est pas ici l’endroit de dire comment on pourrait améliorer le bien-être social et intellectuel de notre peuple.LECTURE: Tanghe, R.Montréal, pp.45-82.s Brouillette, B.Le -port de Montréal, Actualité Economique, mai 1935, juin-juillet 1938.Benoît Brouillette.L’Enseignement Primaire, Québec, Vcl.I, N° 10, juin 1942. 814 L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE Aristide Beaugrand-Champagne LE VIEUX MONTRÉAL ontréal est né de l’enthousiasme de deux mystiques: messieurs Olier et La Dauversière; du courage chrétien d’un bon soldat, Chomedey de Maisonneuve- de l’abnégation d’une sainte fille, Jeanne Mance; et de la générosité d’une femme de bien, Madame de Bullion.Voilà pour la part du providentiel et du merveilleux.L’Histoire a quelques droits aussi dans cette extraordinaire aventure.Si l’on avait oublié vers 1630 les voyages et les récits de Jacques Cartier, déjà vieuxd’un siècle, la fondation de Québec en 1608 et la publication en 1603,1613, 1619 et 1632 des relations de voyages de Champlain donnaient aux choses du Canada une saveur d’actualité bien propre à susciter les initiatives généreuses.On avait pu apprendre qu’au temps de Cartier il y avait dans l’île d’Hochelaga une assez grande ville iroquoise fortifiée; que l’île elle-même est un (( paradis )); que la navigation fluviale prend fin en cet endroit;qu’au delà de l’archipel se trouve un arrière-pays très vaste et rempli de promesses d’avenir.Dès 1603, Champlain avait signalé une petite langue de terre formée par le confluent du fleuve Saint-Laurent et d’une petite rivière qui vient de l’intérieur des terres; en 1611 il revint voir l’endroit et s’assurer de la possibilité de s’y établir.Il fut d’avis que l’on pouvait fortifier le lieu en creusant un fossé en travers de la langue de terre, de manière à relier plus directement la petite rivière au fleuve, et former ainsi un réduit triangulaire, facile à défendre, et sur lequel on pourrait ériger un fort.Champlain nomma l’endroit Place-Royale; fit abattre des arbres; construisit une muraille de terre pour voir comment le lieu se comportait par rapport à la crue des eaux àl automne et au printemps, et, convaincu que sa hauteur de 12 pieds au dessus du niveau du fleuve suffirait à protéger son mur témoin, se rembarqua après un séjour de deux mois en cet endroit.Manifestement, Champlain voulait revenir en 1612 et fonder définitivement un établissement.Il y revint en effet en 1613, en 1615 et même après, sans toutefois donner suite à son projet, comme on sait.En octobre 1641 Maisonneuve vint reconnaître les lieux où il fonderait Montréal 1 année d après.Il pouvait rester quelques traces des défrichements de Champlain et, peut-être, du mur de terre à foulon qu’il avait fait construire.En tout cas, c’est a 1 endroit appelé par Champlain Place Royale, et depuis connu sous le nom de Pointe-a-Callières que Maisonneuve fonda Montréal en 1642.L Enseignement Primaire, Québec, Vol.I, N° 10, juin 1942. L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE 815 L’emplacement exact du Fort aux courtines de pieux et aux bastions de pierre, se trouvait limité à l’Est par ce qui est aujourd’hui la rue du Port, à l’Ouest par la rue Saint-Pierre, au Nord par l’alignement du trottoir de la Place Youville, et, du côté du fleuve, par le mur de protection de la rue de la Commune.Ce Fort était un carré de 320 pieds de côté, dans lequel on éleva à la hâte une habitation commune pour les colons, une chapelle, une maison et un petit hôpital pour Mademoiselle Mance et une maison pour Maisonneuve.Champlain étant mort en 1635, personne n’avait pu, d’expérience, conseiller Maisonneuve dans son établissement de 1642quant au danger d’inondation- aussi ne fut-on pas peu surpris dès l’automne de cette mêmeannée, de constater que le petit plateau sur lequel s’élevait le Fort n’était nullement à l’abri de l’inondation.Il est bien probable que, le danger passé, on se mit à réfléchir sur la possibilité du retour de pareille calamité, et que c’est à cette occasion que Mademoiselle Mance jugea qu’elle devait mettre son hôpital en lieu plus sûr.Mademoiselle Mance avait remarqué déjà, un petit plateau situé à treize cents pieds environ du Fort, et sur lequel il lui sembla que l’on pourrait avantageusement établir l’hôpital.L’endroit était d’à peu près 35 pieds plus élevé que le sol du fort ef se trouvait ainsi pour toujours à l’abri des inondations.C’était, en fait, le pied d’une hauteur dont le sommet allait de l’église Notre-Dame au Marché Jacques Cartier, et de la rue Saint-Jacques à la rue Le Royer, et qui porte la c»te de niveau de 75’ de la carte militaire.Cette hauteur dévalait de tous côtés en pente douce vers le plateau de la cote de 50’ qui, en cet endroit, se trouve être le niveau de la rue Saint-Paul, et c’est donc sur cette rue,à l’encoignure de la rue Saint-Sulpice, que Jeanne Mance vint implanter son hôpital.Mademoiselle Mance avait obtenu de Maisonneuve dès 1644, pour le soutien de l’hôpital qu’elle voulait ériger, la concession de deux cents arpents de terre à prendre « quatre de large sur le bord du fleuve Saint-Laurent et continuant pareille largeur dans la profondeur de l’île jusqu’à la dite quantité de deux cents arpents )).C’était le coeur même de la future ville que Maisonneuve venait de concéder, sans s’en douter bien sûr, puisque les quatre arpents de largeur allaient de la rue Saint-Sulpice à la rue Saint-Laurent, et les cinquante arpents de profondeur depuis le fleuve, jusqu’aux environs de la rue Marie-Anne, soit près de deux milles.Mais Mademoiselle Mance se rendit bientôt compte de l’impossibilité de tirer parti de sa vaste concession, à cause de la présence des Iroquois qui avaient eu vent de l’installation des Français, et infestaient l’île depuis.Elle remit donc sa concession à Maisonneuve en en réservant environ seize arpents, soit quatre de large sur à peu près quatre de profondeur, c’est-à-dire depuis le fleuve jusqu’au pied du plateau de la cote de 75 pieds dont on a parlé plus haut.En échange de cet abandon, Mademoiselle Mance recevait, pour l’hôpital, la promesse de la concession de cent arpents de terre de l’autre côté du Fort, c’est-à-dire la moitié de la métairie de deux cents arpents qui touchait au jardin du Fort, et que les Seigneurs de Montréal s’étaient réservée.L’Enseignement Primaire, Québec, Vol.I, N° 10, juin 1942. 816 L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE Comme on peut voir, on ne lésinait pas quant au soutien de l’hôpital; et c’était bon, puisque non seulement reconnaissait-on le bien que l’on pouvait attendre de cette fondation en pays de frontière, constamment exposé aux attaques des Iroquois, mais aussi l’appoint qu’apportait à la colonie naissante la dépense d’une somme de plusieurs milliers de livres, qu’allaient coûter les travaux envisagés.Entre-temps, les travaux commençaient.Un sentier se dessinait du Fort à l’Hôpital.On abattait les arbres et l’on formait une enceinte de pieux.L’enclos se trouvait limité au Sud par le sentier dont on vient de parler, et qui devint par la suite la rue Saint-Paul; à l’Ouest, par un autre sentier, nécessité par les travaux en cours, et qui devint dans la suite la rue Saint-Joseph, puis la rue Saint-Sulpice; au Nord, par le pied du plateau qui correspond à la ligne de division Sud des lots qui ont actuellement front rue Notre-Dame; à l’Est, par les terres non concédées qui formèrent bientôt le fief Closse, tel qu’il était à son origine.Plus tard, les Religieuses Hospitalières de Saint-Joseph cédèrent environ 100 pieds de largeur par la profondeur de 400 pieds environ aux Sœurs de la Congrégation, en échange d’une terre de 70 arpents qui servit à compléter le fief Saint-Joseph.C’est ainsi qu’il ne resta plus de l’enclos primitif que les quatre arpents carrés ou environ qui constituèrent tout au long du régime français, et jusqu’en 1860, l’Enclos dit de l’Hôpital.En différents temps les Religieuses Hospitalières de Saint-Joseph avaient concédé la partie basse du fief de l’Hôpital, entre la rue Saint-Paul et le bord du fleuve, après qu’on en eût soustrait ce qu’il fallait pour l’établissement de la Commune, et ensuite pour l’érection des fortifications.Je me suis un peu longuement attaché à décrire cette première concession de l’île de Montréal, noyau de la grande cité dont nous sommes fiers, et que nous devons pour une large parta cette adroite Champenoise qu’était Jeanne Mance, aussi bien capable du plus pur héroïsme et de la plus grande abnégation, que du sens leplusaigu des réalités comme de l’enthousiasme que rien ne rebute, et de la finesse qui pare à toutes les pointes que l’on veut porter contre la fondation naissante.C’est pour aller du Fort à l’Enclos de l’Hôpital, que les sentiers se forment, qui deviendront les principales rues de la ville.C’est de l'Hôpital que partaient les sentiers qui menaient au plateau de la Place d’Armes; à la Colline du Moulin; au pont qui enjambait la Riviere Saint-Martin,à l’endroit où se trouve aujourd’hui la rue Saint-Laurent.C est: a partir de 1 Enclos de l’Hôpital que l’on commencera de compter les arpents qui constituent les concessions.C est dans la chapelle de l’Hôpital l’on viendra pendant plus de vingt-cinq ans entendre la messe et faire ses dévotions, en attendant la construction de la première église paroissiale.En 1645 le premier hôpital était prêt.On ne sait pas très bien comment il emit fait, mais par la description de la sœur Morin, la première annaliste de l’Hôtel-Dieu, qui ne 1 a jamais vu, mais qui en avait entendu parler par Jeanne Mance, on cioit comprendre qu’il était entièrement en bois, «en charpente)) dit-elle, et qu’il uevait ressembler a ces maisons de «pièces sur pièces)) qui nous sont familières.Il CSu Pr°bable que ces pièces, simplement équarries à la grand’hache et posées L’Enseignement Primaire, Québec, Vol.I, N° 10, juin 1942. H'JT-JA CQÜES I $ £) ‘ARMES EMCL\03 ES ^OtUÆS ?E LA com, eg Arm Semina -, JtAi *eni I Xl T PLACL por*L£f LCTUILL* f ^ PLAN PAH TIE L DU VIEUX MON TREAT MONTRANT L £5 PREMIERES CONCESSIONS.DRESSÉ SUR LE PLAN TERRIER DES SE/DMEURS, ET5UR.LE PIAN DÉ MONTREAL EN IJZ9, DE CH A U55EGR05 DE LEKV.MÙiEUR JM PO/.CALLi££E5 U h H \ U\\ l£ Fo^r PAR ARISTIDE BEAUGRAND-CHAMPAGNE ARCHITECTE AYK.il 1342 818 L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE horizontalement, étaient lambrissées de planches amincies à l’herminette, ou de dosses, posées verticalement, et les joints recouverts de « parcloses )).La toiture semble avoir été faite de planches posées dans les sens de l’égoût de chaque versant, de manière que le « fil » du bois se trouvât dans le sens de la pente.Ces planches étaient posées de façon à laisser un vide entre deux, et ce vide recouvert d’une autre planche chevauchant de côté et d’autre sur celles qui la portaient.C’est peut-être pour cela que sœur Morin dit quelque part que le vent et la neige « y passois sans peine )), et qu’à chaque tempête il fallait ramasser la neige avec des pelles et des balais.Tout gelait dans la maison qui n’était chauffée que par des foyers.À l’un des angles de ce premier hôpital, du côté de la rue Saint-Sulpice, et sur le long-pan qui regarde le Nord, on avait construit pour l’usage de mademoiselle Mance un petit oratoire en pierre, de 10 pieds de côté environ, et voûté.C’est la première construction en pierre de Montréal.On pourrait croire que c’était une chose toute naturelle que de construire en pierre dans l’Ue de Montréal, tout au contraire.D’abord on ne trouve pas de pierre à construire dans cet espèce d’îlot formé par les méandres de la Rivière Saint-Martin, et le Fleuve; de plus, le plateau était couvert d’arbres et coupé de marais et de mares qui en rendaient la prospection difficile, et surtout dangereuse, à cause de la présence à tout instant des Iroquois.Pour les fondations du premier hôpital et pour l’oratoire de mademoiselle Mance, on alla chercher la pierre dans l’île-à-pierres q»e l’on a voulu identifier avec l’Ile-aux-Fraises située en amont de File Sainte-Hélène.Pendant que l’on posait ainsi les fondements réels de Montréal, et que l’on consolidait cette première conquête contre les éléments et les ennemis, les colons se tenaient comme enfermés dans le Fort et n’en sortaient que pour venir travailler à l’hôpital, ou pour tenter quelques essais de culture dans le voisinage de la palissade.* * * Petit à petit cependant on s’enhardissait: l’exemple du courage et de la détermination de Jeanne Mance commençait à porter ses fruits, et, en 1648 Maisonneuve concéda a Pierre Gadois une terre sise entre ce qui est aujourd’hui la rue Saint-Pierre (d’où le nom) et la rue McGill.Ce fut la première concession de File faite à un particulier, honneur que 1 on a quelquefois attribué à Jean de Saint-Père.Il était naturel que 1 on eût accordé la première concession à un particulier, à l’abri même du Fort; il était, semble-t-il, impossible de se risquer encore aussi loin que l’Hôpital, et ce n’est qu’en 1658, soit dix ans plus tard, que Lambert Closse vint s’établir à l’Est de l’Enclos de j Hôtel-Dieu, dans le fief que Maisonneuve venait de lui concéder.En 1650, nouvelle offensive: M.de Lauzon demande et obtient une concession à i Ouest de celle de Pierre Gadois; Jean de Saint-Père, une concession curieusement située en pleine Place-d Armes d’aujourd’hui, face à la Cour d’Honneurdu Petit-Séminaire, avec front sur 1 alignement Nord de la rue Notre-Dame, qui n’existait pas alors.V.ette disposition demande que l’on s’y arrête.L'Enseignement Primaire, Québec, Vol.I, N° 10, juin 1942. L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE 819 Au moment où Maisonneuve accordait sa concession à Saint-Père, les Sulpiciens n’étaient pas arrivés — ils ne vinrent qu’en 1657 —et c’étaient les Jésuites qui desservaient la paroisse naissante.Mais, comme on le sait, les Sulpiciens existaient depuis 1642; Maisonneuve avait sans doute l’intention de les appeler et paraît bien y avoir pensé en distribuant les premières concessions.Maintenant que la limite Est était pour le moment fixée par l’Enclos de l’Hôpital et la limite Ouest par la concession de Pierre Gadois (elle restera de ce côté la dernière des concessions comprises dans l’enceinte fortifiée), le centre (( actuel )>, et l’endroit le plus favorable à tous les points de vue pour des fondations importantes, était justement le terrain qui s’étendait vis-à-vis le confluent de la Petite-Rivière et du Fleuve, depuis le rivage jusqu’à la pointe extrême du plateau de la cote de 75 pieds, dont il a été question déjà.Maisonneuve réserva donc un terrain d’au moins 5è arpents carrés, peut-être plus, formé de 12 perches de front à partir de la « Grande Rivière », sur environ 46 perches de profondeur, ce qui faisait aboutir cette réserve au delà de ce qui est aujourd’hui le centre de la rue Notre-Dame.On peut voir qu’à quelques pieds près, la concession de Saint-Père et le trait-carré, si l’on peut dire, de la réserve dont on vient de parler se touchaient; les quelques pieds qui paraissent manquer, une dizaine, viennent tout simplement de ce que l’on ne peut savoir d’où partir exactement au bord du Fleuve.Ainsi, il n’était pas question d’une rue Notre-Dame, en 1650 ni plus tard.C’est pourquoi Maisonneuve fit commencer la concession de Saint-Père au bout de sa réserve, comme en 1651 il concédera la terre de Nicolas Godé et de son fils, tout à côté de sa réserve et de la concession Saint-Père, sans le moindre souci de rue Notre-Dame.Il en sera de même de la concession de Robert Cavelier en 1654 et de celle de Jean Desroches en 1655- Qu’est-ce à dire ?C’est que dès 1644, très probablement, au moment où l’on construisait l’hôpital, en tout cas dès 1650, Maisonneuve avait décidé que le « centre religieux » de Ville-Marie, église et séminaire, s’élèverait rue Saint-Paul, à l’angle de la rue Saint-Joseph (Saint-Sulpice) et que l’on commencerait par le séminaire, dont la construction paraît dater effectivement de 1657, et que l’église future irait à l’encoignure, quand on serait en état de l’entreprendre; en attendant on utiliserait la chapelle de l’hôpital.C’est évidemment pour cette raison que les 9 perches de front, rue Saint-Paul, sur 46 de profondeur, longeant la rue Saint-Joseph, furent réservées dans la distribution des « arpents » à ceux qui en demandaient et pouvaient en recevoir.En 1650 on n’était encore embarrassé par rien; on taillait en plein drap, et seuls les accidents de terrain que l’on ne pouvait éviter ni redresser ne contrecarraient l’accomplissement des promesses que l’on avait faites aux colons aventureux des premières recrues.En 1651 Maisonneuve concède à Nicolas Godé père et à Nicolas Godé fils, la terre de 4 perches de front par 50 perches de profondeur qu’ils se divisèrent par moitié, le père prenant le bas de la concession et le fils l’autre partie.En 1651 également, Maisonneuve concède à Urbain Tessier 8 perches de front à commencer au bout de la réserve L’Enseignement Primaire, Québec, Vol.I, N° 10, juin 1942. 820 L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE du Séminaire — c’est-à-dire en pleine Place d’Armes d’aujourd’hui — sur une certaine profondeur qui ne nous paraît pas très clairement déterminée, mais qu’il nous importe peu de connaître pour le moment.On voit bien, ici encore, que l’on n’a aucune idée de rue Notre-Dame ni d’une église en cet endroit.Nous sommes donc arrivés à enclore la réserve proprement dite de Maisonneuve, et il ne reste de disponible que les 8 perches de l’encoignure Saint-Paul—Saint-Joseph, et les 31 perches qui séparent la concession de Nicolas Godé de celle de Pierre Gadois, c’est-à-dire de la rue Saint-François-Xavier à la rue Saint-Pierre.Or voici que les concessions cessent tout-à-coup.Est-ce parce que les affaires de Ville-Marie vont au plus mal, et que le découragement commence de gagner les colons, ce qui force Maisonneuve à passer en France pour chercher du secours, en même temps que pour régler ses affaires de famille ?On peut le croire.A quoi servirait-il de demander des terres ou d’en concéder si l’on est pour abandonner la lutte et s’en retourner; au reste, qui donc aurait l’autorité de concéder des terres pendant l’absence du Gouverneur ?Maisonneuve revint en 1653 avec une autre recrue et de bonnes nouvelles pour l’avenir.Les concessions recommencent.En 1654 Robert Cavelier reçoit la concession de deux arpents de front sur 20 de profondeur.C’est la deuxième plus grosse concession faite jusqu’ici, et elle absorbe 20 perches des 31 de front qui étaient encore disponibles.L’année suivante, 3 perches de front sur 31 de profondeur vont à Jean Desroches qui se trouve voisin de Nicolas Godé.La même année, 8 perches de front sur 11 de profondeur sont concédées à Jean Milot; et c’est ainsi que sont comblés les vides qui se trouvaient entre la terre de Gadois et celle de Godé.Il y a ici un petit défaut de concordance au sujet de la concession de Milot qui reçoit 7 perches par le plan et 8 par la description; mais comme le plan est plus sujet à erreur que la description, sur laquelle repose le droit de cens, il faut conclure qu il y avait bien 31 perches au lieu des 30 que montre le plan.Quand on sait que le plan officiel de la Cité de Montréal, dressé en 1930, contient des erreurs, on peut fermer les yeux sur celles du plan terrier des Concessions de 1642 à 1657, aujourd’hui perdu ou égaré, et remplacé par le plan terrier des Seigneurs, sur •equel nous avons travaillé.En 1654, Charles Le Moyne de Longueuil avait reçu la concession de 9 perches de front (( sur le niveau de la rue Saint-Paul )) sur 11 perches ae profondeur le long de la rue Saint-Joseph.C’était le commencement du morcelle-lement des quelques arpents réservés pour l’église future.Il nous paraît que, revenu de France, Maisonneuve a changé d’avis; il a maintenant 1 assurance que les Sulpiciens viendront et, soit qu’il ait montré à Paris un plan concessions actuelles et des projets qu’il nourrissait, et qu’on les ait trouvés exagérés, soit que de lui-même il ait pensé qu’ils l’étaient, il résolut de réduire à sa réserve -._ 12 perches de front le terrain que l’on connaîtra depuis sous le nom de l’Enclos du Séminaire.C est pour cela qu en 1655 Maisonneuve concède à Jean Gervais ou Ger-va^se 530 toises carrées, soit environ 9 perches de front à partir du trait-carré de la L’Enseignement Primaire, Québec, Vol.I, N° 10, juin 1942. L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE 821 concession de Charles Le Moyne, sur environ 1\ perches de profondeur le long de la rue Saint-Joseph.Ici encore on constate une légère différence entre le plan et la description; elle vient de la face biaise de la concession de Le Moyne, qui ne mesure pas en réalité tout à fait 9 perches, quand la mesure est prise à quelque distance de la rue Saint-Paul.C’est en voulant porter sur le plan cette concession de Jean Gervais, que nous avons découvert que la rue Saint-Joseph (Saint-Sulpice), n’a pas toujours eu l’inclinaison que nous lui connaissons aujourd’hui, et qu’elle s’alignait autrefois parallèlement à la rue Saint-François-Xavier, ce que confirme, au reste, le plan dit de 1685, qui n’a pu être tracé en cette année là, mais bien probablement en 1665- Il doit y avoir erreur de graveur ou de transcription.S’il en était autrement, Jean Gervais n’aurait jamais pu posséder 530 toises carrées, c’est tout juste s’il en aurait eu la moitié.Il restait environ 10 perches de profondeur le long de la rue Saint-Joseph pour rejoindre le front de la concession d’Urbain Tessier, situé en ligne avec celui de la concession de Jean de Saint-Père.Pourquoi ce lopin de terre resta-t-il sans preneur jusqu’en 1687, soit pendant plus de trente ans après les événements dont on vient de parler, époque alors qu’il fut en partie concédé au notaire royal Bénigne Basset ?C’est qu’au bout de ce terrain, juste dans ce qui est aujourd’hui la rue Notre-Dame, se trouvait un marais qui s’étendait jusque vers la rue du Roy, devenue depuis la rue Saint-Dizier, et dont le trop-plein s’écoulait par un fossé profond descendant au fleuve précisément dans Taxe de cette rue, alors qu’un autre fossé, ou une branche de celui-ci, s’y rendait en passant par le terrain des Soeurs de la Congrégation et le terrain d’André Carrière, situé entre les rues Saint-Jean-Baptiste et Saint-Gabriel1.C’est aussi à cause de ce marais que l’église paroissiale de 1672 fermait complètement la rue Notre-Dame, que l’on avait fini par ouvrir du côté de l’Ouest,pour parler selon l’orientation .populaire, et que sa façade se trouvait orientée de ce côté, le chevet touchant le marais.Plus tard, à une date que nous n’avons pu établir encore, on assécha complètement ce marais et l’on en fit un cimetière; c’est après cela que l’on ouvrit enfin la rue Notre-Dame vers l’Est, peu à peu selon les besoins, et qu’elle finit par aboutir à la Colline de la Citadelle.Nous nous excusons auprès des lecteurs qui auront eu la patience de nous suivre jusqu’ici, de la sécheresse de cet exposé qui paraîtra fastidieux peut-être.Nous croyons que l’occasion est bonne de dire ces choses qui ne l’ont jamais été jusqu’ici.La réserve de l’enclos du Séminaire est maintenant entourée de tous côtés, et pour compléter notre modeste relevé, il convient de revenir sur cette question controversée du premier Séminaire, ou, comme on Ta appelé pendant longtemps, du Châteaiî de Maisonneuve.Nous croyons bien volontiers que monseigneur Olivier Maurault a raison de prétendre que Maisonneuve ne s’est jamais construit de château, et que la reconstitution de L.-P.Morin dans l’Album du Vieux Montréal de Beaugrand est (1) Archives Publiques du Canada; Papiers du Séminaire de Saint-Sulpice, Vol I pages 233-238.Ordo-nances et jugements des Intendants du Canada; de 1705 à 1707, Vol.I p.118 dans Complément etc., Vol.3, Québec 1856.Le dépôts Pléistecènes et Récents de l’Ile de Montréal; carte détaillée, Ottawa 1917.L’Enseignement Primaire, Québec, Vol.I, N° 10, juin 1942. 822 L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE fantaisiste.Fantaisiste quant à l’architecture de la façade peut-être, fantaisiste quant au plan et aux jardins qui l’entourent peut-être aussi, mais fantaisiste quant à l’emplacement, certainement non.Il est bien entendu qu’il a existé un édifice à l’endroit désigné, et qu’il est devenu le premier séminaire.Tout le monde l’admet.On sait d’autre part que les Sulpiciens sont arrivés au pays en 1657 et que pendant « plusieurs années )) dit Soeur Morin, (Annales de l’Hôtel-Dieu, p.64) ils ont résidé à l’Hôpital; et plus loin (p.92) « pendant ce temps )), c’est-à-dire pendant le temps où les (( ouvriers étant occupés à la maison du séminaire de messieurs les prestres )), ils (( demeurèrent dans une chambre de la maison de mademoiselle Mance».Il paraît donc que la maison a été commencée en 1657, que sa construction a duré quelques années, disons de 1657 à 1660, et qu’à cette date elle était terminée.L’erreur de Morin serait peut-être d’avoir pris 1660 pour 1650, chose facile à expliquer.On ne voit pas comment le séminaire n’était pas terminé en 1667, comme le croit M.E.-Z.Massicotte; ce qui aurait fait durer sa construction pendant plus de dix ans b Si M.Souart a dispensé Jeanne Mance, à cause de sa maladie, d’aller rendre foi et hommage au Fort,où elle était tenue de le faire2,ce n’est pas croyons-nous parce que la maison n’était pas en état de la recevoir, mais bien parce que ce n’était pas le lieu où l’on devait légalement s’acquitter du devoir de vassalité, tout comme aujourd’hui on ne demande pas au Petit Séminaire même, mais au bureau de la Fabrique rue Saint-Sulpice, la permission d’enterrer dans le cimetière de la Côte-des-Neiges, entre autres choses.Nous sommes arrivés au terme de notre voyage d’exploration du centre du très Vieux Montréal; du Montréal des grandes figures qui ont déjà reçu la consécration historique; du Montréal des héros obscurs qui n’ont que la gloire d’avoir colonisé cette île en y laissant, avec leur nom, une postérité nombreuse, quand ils n’ont pas été sacrifiés dès les premières années par la vengeance implacable, mais explicable, des Iroquois, les premiers occupants.C’est à ces petites gens surtout que nous avons pensé dans cette courte énumération des tout premiers défricheurs.Ils n’auront jamais d’autre monument que celui de la Place Royale et peut-être est-ce suffisant; mais, il n’est pas superflu de profiter du troisième centenaire de leur arrivée, pour rappeler leur nom à tous les indifférents qui traversent journellement les vieux sentiers qu’ils ont percés à travers la forêt et foulés les premiers, la hache d une main et le mousquet de l’autre.Sans rien exagérer, croyons-nous, et sans grand effort ni beaucoup d’argent, ne pourrait-on pas présenter à tous nos concitoyens d’abord, et aux touristes qui nous visitent chaque année, ces plus vieux noms de notre histoire locale, en les appliquant, a certaines des rues de la basse-ville qui en portent d’insignifiants, quand ils ne sont pas franchement ridicules ?Aristide Beaugrand-Champagne, _________ de la Société des Dix.(1) Les Cahiers des Dix; No 5, p.181.(2) Le même.L’Enseignement Primaire, Québec, Vol.I, N° 10, juin 1942. L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE 823 Sr St-Stanislas-de-Jésus HISTOIRE DE LA FONDATION DE MONTRÉAL L’histoire de la fondation de Montréal possède toute la beauté, toute l’élévation d’un psaume.Dans l’histoire comme dans le psaume, l’action de Dieu est manifeste, éclatante.Elle domine et conduit l’action de l’homme.Dans les deux cas aussi, le Seigneur, Dieu des nations, reçoit, de ses créatures reconnaissantes, une juste louange.En effet, dans les pages bibliques, la lyre inspirée du royal écrivain a chanté les miséricordes et les préférences de Jéhovah pour son « peuple choisi )).Dans les annales montréalaises, des âmes mystiques ont écrit le merveilleux cantique de la puissance et de la protection divines sur une terre d’élection habitée par un nouveau (( peuple de Dieu )).De plus, si, dans les chants du roi-poète, nous lisons l’action incessante et, au besoin, les interventions miraculeuses de Dieu envers Israël se réclamant d’une extraordinaire prérogative: (( non fecit taliter omni nationi )), nous trouvons également, dans l’épopée de Ville-Marie, et nous suivons du doigt les opérations du Tout-Puissant, établissant ici une race forte et pure, source d’édification chrétienne et (( lumière pour éclairer les nations )>, (( Lumen ad revelationem gentium ! )); Montréal fut fondé surtout pour être un centre de missions.Enfin, si le ton dominant des psaumes est celui de l’exultation et de la reconnaissance envers le Seigneur qui fait de grandes choses, les accents des conquérants pacifiques qui ont travaillé, au nom et à la place de Dieu, à l’entreprise de Montréal, sont aussi ceux d’une immense gratitude envers le Dieu qui confie un mandat d’honneur à ses faibles créatures.Il est cependant un trait que David, sous la loi de crainte, ne pouvait imprimer à ses pieux versets, mais que le psaume moderne, composé par les fondateurs de la ville de Marie, porte triomphalement: celui de la protection de la Vierge que Dieu a donnée à l’humanité sous la loi d’amour.Le bon vouloir de Marie ! Comme l’histoire des origines de Montréal en reçoit un caractère merveilleux et unique, en même temps que gracieux et attachant ! LES CO-FONDATEURS 1) M.de la Dauversière Celui par qui s’ouvrit la merveilleuse épopée montréalaise, celui qui entonne le psaume de la fondation de Ville-Marie, c’est un simple laïque, Jérôme LeRoyer de la L’Enseignement Primaire, Québec, Vol.I, N° 10, juin 1942- 824 L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE Dauversière.Une confiance entière en Dieu et la souffrance portée jusqu’au martyre du cœur, telles furent les caractéristiques de cet élu du Seigneur.La confiance ou la foi ! Rien n’était plus nécessaire à ce percepteur d’impôts, marié et chargé de six enfants, sans fortune, à peine connu, en dehors des limites de sa petite ville de la Flèche.Avant de le faire entrer dans l’histoire canadienne, Dieu l’avait préparé à la vocation extraordinaire qu’il lui réservait.Il l’avait, depuis longtemps, favorisé de grâces de choix, nous laissent entendre ses biographes.Mais, aussi, selon qu’il en agit le plus souvent avec ses serviteurs, il l’avait laissé aux prises avec les pires tentations.Au jour de son choix, c’était le 2 février 1630, alors que le bon Jérôme était dans sa trente-troisième année, il le délivra soudain de toute peine intérieure.Le dévot Congréganiste de la Sainte Vierge, aussitôt rendu à la paix surnaturelle, conçut le désir de se consacrer, ce jour-là, avec sa femme et ses enfants, à la Sainte Famille.Ce que faisant, il entendit l’ordre de Dieu lui commandant d’établir une nouvelle communauté d’Hospi-talières, qui irait en l’île de Montréal, en Canada, pour y soigner les malades.« Comment cela se fera-t-il ?)) dut se dire le père de famille, tout pieux qu’il était.Comme bien on pense, il s’en ouvrit à son confesseur qui interdit à son pénitent de songer à un projet aussi extravagant qu’irréalisable.L’appel divin attendra six ans la réponse des actes, délai prévu sans doute par le Maître des cœurs et pendant lequel se préparent lentement tous les consentements nécessaires à l’œuvre jugée tout d’abord humainement impossible.Dieu conduit son élu tout doucement vers la fondatrice de la future communauté, en le faisant nommer administrateur de l’hôpital Sainte-Marguerite de la Flèche.C’est là qu’il rencontre, déjà tout occupée du soulagement des malheureux et des malades, celle que tout la Flèche nomme la (( sainte demoiselle )), la (( mère des indigents ».Marie de la Ferre, qui s’est consacrée à Dieu dans le secret de son cœur, dès l’âge de seize ans, attend depuis quelque vingt-cinq années, que le Ciel lui indique la voie où il la veut.Or, voilà que Dieu va parler clairement; il suscite même à la pieuse fille une vision qu elle raconte à M.de la Dauversière.Elle a vu, en esprit, une vaste salle contenant beaucoup de lits alignés, pendant qu’une voix lui disait qu’elle trouverait là le moyen de satisfaire au précepte de l’amour de Dieu.On comprend l’impression qu’un tel récit fit sur l’administrateur de l’hôpital, qui n avait pu oublier la mission reçue au jour de la Purification de l’année 1630.Le Père Chauveau, entendant de nouveau parler du projet de son pénitent, mais avec une a.ddition de première importance parce qu’elle portait le sceau évident du surnaturel, fut gagné à la cause du nouvel Institut.Et comme Dieu, à son heure, remue les cœurs 'yr ^cs volontés, 1 évêque d Angers approuve les constitutions que Jérôme avait rédigées.On peut dire que dès lors 1 Ordre des Hospitalières pour Montréal est fondé, si toutefois L Enseignement Primaire, Québec, Vol.I, N° 10, juin 1942. L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE 825 il n’est pas aussi vrai d’affirmer en même temps que la ville canadienne sera fondée pour que ces Hospitalières de Saint-Joseph de La Flèche,— tel est leur nom—, y exercent leur apostolat.Montréal, cependant, n’existait encore que dans les désirs de Dieu et de son pauvre instrument, monsieur de la Dauversière.C’est, du moins, ce que croyait ce dernier.Bientôt, notre gentilhomme va rencontrer des collaborateurs humains.Le Père Chauveau conseille à son dirigé d’aller à Paris consulter le Père Lalemant, procureur des Missions des Jésuites au Canada.Dieu lui fit alors connaître distinctement, assure-t-on, les personnes appelées à concourir à la fondation de Montréal.Bientôt, le saint homme parlera de cette île avec une précision digne d’un explorateur qui aurait fait son tour d’Amérique.Or, on sait que M.de la Dauversière ne vint jamais au Canada, pas plus d’ailleurs que son collaborateur de la première heure, le saint prêtre suscité aussi par Dieu pour la fondation de Ville-Marie et dont nous devons maintenant parler.2) Monsieur Olier Ici, Dieu laisse à sa sainte Mère le rôle de premier plan.Le psaume de la fondation de Montréal vibre nettement sous l’inspiration mariale, à partir de l’entrée en scène de monsieur Jean-Jacques Olier.Une illumination intérieure reçue pendant la récitation de l’Office divin a ajouté la vocation missionnaire à là vocation sacerdotale, chez celui qui deviendra un appui et un secours indispensable à Jérôme le Royer.Le jour de la Purification de l’année 1635 ou 1636 — les biographes, ici, ne sont pas d’accord — monsieur Olier s’est arrêté sur cette parole du Nunc dimittis: « Lumen ad revelationem gentium !» Ces paroles sacrées prirent pour lui, au moment où il les prononçait, une signification toute particulière.Elles le dardaient au cœur, comme un trait lancé du ciel.Nettement, il comprit que Dieu le voulait aux œuvres des missions.Où ?C’était le mystère.Autour de lui, d’un côté, le bien à faire se présentait, urgent et considérable; de l’autre, il est vrai, un mouvement de mysticisme avait, depuis quelques années, réchauffé un certain nombre d’âmes tant dans le siècle qu’au sein des cloîtres et du clergé.Mais la masse des tièdes et des indifférents restait imposante.Même dans certains milieux cléricaux, « le sel de la terre » s’était affadi.Monsieur Olier commença par redoubler de zèle auprès de son entourage; son ardeur apostolique cherchait qui atteindre dans le champ de son action sacerdotale.Bientôt, sa route s éclaira un peu: il ne pouvait trouver là les gentils pour qui il se sentait un attrait croissant, depuis que le Cantique les lui avait révélés comme attendant la lumière du salut.(( Lumen ad revelationem gentium ! » Les gentils, les nations ! Pour sûr, il fallait sortir de France ! Mais alors, comme tout devenait clair ! Les premières Relations des Jésuites montraient combien, dans le lointain Canada, les âmes étaient en souffrance, gisant (( à l’ombre de la mort ».Ici se place, providentielle et d’une efficacité décisive pour la fondation de Montréal, la rencontre de Meudon.La Sainte Vierge va jeter, dans les bras l’un de l’autre, ses L’Enseignement Primaire, Québec, Vol.I, N° 10, juin 1942. 826 L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE deux apôtres, ceux qu’elle s’est choisis comme aides, en la fête de sa Purification, en deux endroits éloignés comme l’étaient alors la capitale française, ou plus exactement Saint-Germain-des-Prés, et une ville d’Anjou.Notre-Dame inspire à ses deux serviteurs, M.de la Dauversière et M.Olier, d’aller consulter, le même jour, à Meudon, non loin de Paris, le garde des Sceaux, Pierre Séguier.Se rencontrant dans la galerie du château, ils se saluent mutuellement par leur nom et chacun est surnaturellement instruit du dessein de l’autre.Aussi, le prêtre s’empresse-t-il de célébrer la messe que sert M.de la Dauversière.La sainte communion scelle à jamais la sainte amitié qui vient de s’ouvrir entre les deux collaborateurs.Trois heures durant, se tint une conversation qui dut ravir les anges et dont le résultat fut la fondation d’une société et d’une ville sous le vocable de Notre-Dame.C’est donc clairement sous l’influence de Marie que se font tous les travaux d’approche convergeant à la fondation de sa ville de prédilection en Nouvelle-France.La vieille France est toute constellée des sanctuaires de Notre-Dame: cathédrales superbes de Paris, de Chartres, d’Amiens, humbles chapelles de petites villes ou de bourgs, oratoires de villages.La richesse du culte marial revêtira une autre forme dans le Nouveau-Monde.Les espaces y sont vastes et Marie s’est choisi toute une île, fief immense dont elle veut être constituée Suzeraine, où elle réserve en même temps un rôle d’honneur à son virginal époux et à son divin Fils.Ce sera File de la Sainte-Famille et le plan marial est d ores et déjà en voie d’exécution.La puissante Reine du ciel tient en mains les fils conducteurs; elle est au centre de l’action et va susciter la fondation d’une Société capable de créer la Cité de son choix.La Société de Montréal Pour comprendre 1 influence de ce groupement, apprenons quelque chose de son histoire.Rappelons d abord que les plus puissants promoteurs en furent les deux hommes de Dieu dont nous venons d’étudier l’idéal et les moyens d’actions, et que la Société est proprement le premier résultat de l’entrevue de Meudon.Les documents ch, I époque, jamais laconiques, on le sait, donnent au long le nom de la Compagnie: (( nés Messieurs et Dames de la Société de Notre-Dame-de-Montréal pour la conversion des Sauvages de la Nouvelle-France )).^ Le but de 1 association ne peut être plus clairement indiqué.En choisissant l’île c e Montréal pour en faire une colonie française, on entendait, avant tout, nous l’avons déjà noté, créer un centre de missions, avec l’espoir, jamais égalé par la réalité, d’y rassembler les sauvages nomades et, par le moyen de l’agriculture et des exemples des Européens, de les gagner à la civilisation.Historiens et poètes, avec raison, ont appelé ces apôtres de la religion et de 1 humanité d les croisés de Montréal )).Ces âmes d’élite escomptent, avec la grâce de Dieu, une prompte victoire sur la barbarie.L’idéal est Si eau clue ProPagande fait vite monter le chiffre des Sociétaires de huit qu’il était, en ^41, â trente-cinq selon la Relation de 1642.C’est Jeanne Mance qui assura le L Enseignement Primaire, Québec, Vol.I, N° 10, juin 1942. L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE 827 succès de cette propagande.Nous verrons bientôt l’œuvre propre de cette sainte fille.Disons seulement qu’elle fit mettre par écrit les intentions de la Compagnie de Montréal pour en envoyer des copies aux grandes dames de Paris, et s’assura ainsi les plus précieuses collaborations.Rien n’est plus intéressant que de relire les noms de ces sociétaires des deux sexes que nous pouvons nommer, sans mensonge historique, les fondateurs et les fondatrices de la métropole du Canada.Tous et toutes, en effet, usèrent, pour le Montréal naissant, de leur or, de leur influence et de leurs prières aussi, car beaucoup de ces personnages appartenaient à des associations d’une intense valeur surnaturelle, telles que la Compagnie et la Confrérie du Saint-Sacrement.Après messieurs de la Dauversière et Olier, les deux premiers membres émérites, nous rencontrons le baron de Fancamp qui entrera dans les ordres huit ans après la fondation de Montréal.Il négocie l’achat de File auprès de M.de Lauzon, préside au premier recrutement pour Ville-Marie, paie un tiers des frais de l’expédition.Par la suite, il sera un bienfaiteur signalé des Hospitalières de Saint-Joseph et de la Congrégation de Notre-Dame.En 1683, il donnera la cloche de l’église paroissiale de Notre-Dame de Montréal.Vient ensuite le baron de Renty que ses parents font revenir de chez les Chartreux pour qu’il continue la lignée familiale.Membre de la Compagnie du Saint-Sacrement, il fut favorisé des dons extraordinaires d’oraison.Dans une vision, il connut que Notre-Seigneur lui donnerait un grand emploi dans la fondation de l’Église de Montréal.Le défilé nous présente ensuite M.de Maisonneuve et Jeanne Mance, Pierre de Puiseaux, qui hébergera à Sainte-Foy toute la recrue de Montréal pendant l’hiver de 1641-1642, madame de Bullion, si longtemps la « bienfaitrice inconnue )), la princesse de Condé, pour ne nommer que les personnages les plus familiers à nos mémoires.De cette merveilleuse Société qui compta jusqu’à 45 membres à un certain moment, et à qui Montréal doit sa fondation, une étude historique dans « Ville, ô ma Ville », explique ainsi le religieux enthousiasme et la pureté d’intention: « Tous les courants frémissants de mysticité, tous les mouvements de charité embrassante, dignes des âges apostoliques, qui marquèrent la dévotion, ou simplement le sentiment religieux du grand siècle, baignent de leur ferveur l’atmosphère de la Société.Elle plonge ses plus fortes racines dans la Société du Saint-Sacrement .».1 Or, cette Société du Saint-Sacrement était un des plus ardents foyers de mysticisme et de sainteté en France à cette époque.Une fois de plus, reconnaissons dans quelle sphère surnaturelle s’est élaborée la fondation de Montréal et comment Faction concertée de Dieu et de sa sainte Mère d’une 1.Mlle Marie-Claire^Daveluy: « La Société de Notre-Dame de Montréal », dans « Ville, ô ma Ville », édition de la Société des Écrivains Canadiens, p.61.L’Enseignement Primaire, Québec, Vol.I, N° 10, juin 1942. 828 L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE part, des âmes d’élite de la France mystique d’alors d’autre part, a rendu possible l’établissement de la Cité de Notre-Dame au Canada.La Compagnie de Montréal, dans la personne de ses six premiers associés, ceux de la toute première heure, a déboursé 75,000 livres, pour lever un contingent de choix, une cinquantaine de colons, pieux, robustes, de bon vouloir.Vraiment, la période un peu longue des inspirations et des préparatifs est fermée.Dix ans se sont écoulés depuis l’étincelle première jetée au coeur de Jérôme Le Royer de la Dauversière.Jésus et Marie n’ont certes pas brusqué les volontés et substitué leur divin vouloir au libre arbitre des hommes.Dieu ne prodigue pas les coups de foudre à la saint Paul.C’est bien humainement, si on croit les apparences, que l’idée mystique d’une colonie de la Vierge a fait son chemin à travers les rangs des fervents catholiques de l’époque: par voie de persuasion, de sainte amitié et de ce qu’on appelle la contagion du bien.Du ciel, cependant, la Vierge, jusqu’ici, a tout conduit, en réalité.Elle a fait concevoir les plans et les moyens de réussite de sa fondation.Dressons le bilan de l’oeuvre.M.de la Dauversière a déjà réuni autour de Marie de la Ferre d’excellentes filles, noyau des Hospitalières de Saint-Joseph.M.Olier a conçu très nettement la mission à laquelle Dieu le convie; son dessein est agréé des Associés qui s’engagent, en achetant l’île de Montréal, en août 1640, à y établir un séminaire d’ecclésiastiques pour l’exercice du culte et la conversion des sauvages, une communauté de religieuses destinées à l’enseignement et un hôpital pour le soin des malades.Les autres Associés, les recrues y vont généreusement, ou de leurs biens ou de leurs personnes.Maintenant, la rapidité de l’action et la fermeté de l’exécution vont faire surgir des merveilles et, puisqu’il s’agit de nouveaux croisés, le monde sera témoin de nouveaux (( Gestes de Dieu par les Francs )).3) Monsieur de Maisonneuve Pour traverser les mers, pour diriger les travaux, sur place, en terre canadienne, on ne s’attend pas à ce qu’un père de famille abandonne femme et foyer.Monsieur de la Dauversière restera donc en France.On croit plus sage également qu’un fondateur d ordre doive diriger de près l’oeuvre à peine commencée: malgré son ardent désir de vivre la vie missionnaire, monsieur Olier ne verra jamais l’île où il enverra plus tard ses fils.La Sainte Vierge a choisi un chef, Paul de Chomedey de Maisonneuve.Célibataire, il sera tout coeur pour diriger la fondation de Montréal.Homme de vertu, il pratiquera le désintéressement.Apôtre, il veillera à atteindre parfaitement le but fondamental de la Société.Habile militaire, nul mieux que lui n’organisera la résistance en cas d incursions iroquoises.Sage et prudent, il commandera la confiance des colons et mettra en place les principaux rouages de l’administration juridique et économique de la nouvelle cité.L Enseignement Primaire, Québec, Vol.I, No 10, juin 1942. L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE 829 Comment la Vierge mit ce gentilhomme de province et vaillant soldat en relation avec monsieur de la Dauversière et les autres associés, voilà encore de quoi intéresser les croyants aux origines mystiques et merveilleuses de Ville-Marie.Monsieur de Maisonneuve ne se sentait véritablement de vocation que pour la carrière des armes à laquelle il s’était attaché dès l’âge de treize ans.Mais son aversion était grande pour la vie dissolue des camps.Il s’était toujours tenu à l’écart de toutes les faiblesses de la chair et ne désirait rien tant qu’unir le service de son Dieu à celui de son roi.Après avoir lu les Relations des Jésuites, il apprit que le Père Lalemant, missionnaire au Canada, se trouvait en France.L’idée lui vint de l’aller visiter, de s’en faire connaître et de s’instruire, par un témoin oculaire, de toutes les conditions de vie au Canada, en s’informant si un colonel de sa trempe ne trouverait pas, en Nouvelle-France, un endroit idéal pour s’acquitter du service de Dieu et du devoir militaire.Mais, précisément, monsieur de la Dauversière vient de songer qu’il n’a pas encore le chef désiré pour jeter les fondements de Montréal.Les prières nombreuses faites à cette intention sont sur le point d’être exaucées.Le saint homme de la Flèche décide d’aller consulter aussi le même Père Lalemant, nouvellement arrivé des missions.« Mais, j’ai votre homme )) dit le bon missionnaire, visible truchement de la Providence.Monsieur de la Dauversière et monsieur de Maisonneuve se voient.Les propositions de l’un répondent aux intenses désirs de l’autre.Le chef de Ville-Marie est trouvé.Immédiatement, selon les pouvoirs reçus du roi, la Compagnie de Montréal nomme monsieur de Maisonneuve commandant de l’expédition et premier gouverneur de la future ville.Les associés prient monsieur de Fancamp et monsieur de la Dauversière de se rendre à La Rochelle, d’où les bateaux feront voile pour le Canada, et d’y aider monsieur de Maisonneuve pour l’embarquement des recrues.On y surveillera avec soin le départ des colons.Il ne faut pas qu’il s’en glisse d’autres que ceux qui ont été minutieusement choisis.Tout était maintenant prêt pour la traversée, tout, excepté une chose.Dans l’organisation telle que prévue à l’origine, on comptait avoir les Soeurs Hospitalières de Saint-Joseph.N’avaient-elles pas été fondées tout spécialement en vue du service des malades à Ville-Marie ?Et occasionnellement, n’aurait-on pu s’en remettre à elles, à leur prévoyance, à leur savoir-faire féminin, pour mille petits détails d’organisation et d’administration interne, comme la conservation et la distribution des comestibles et des autres effets nécessaires au voyage et à l’établissement ?En dépit de la célérité de monsieur de la Dauversière, les Hospitalières de La Flèche n’étaient pas encore assez nombreuses pour qu’on songeât à en détacher un groupe pour L’Enseignement Primaire, Québec, Vol.I, N° 10, juin 1942. 830 L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE la future fondation canadienne.De plus, elles n’avaient pas encore reçu l’érection canonique.N’étant pas encore, aux yeux de l’Eglise, une communauté religieuse régulière, elles ne purent se rendre aux désirs de la Compagnie.De fait, le bon Dieu leur laissera désirer dix-huit ans l’établissement au Canada.Mais la Providence avait dès longtemps préparé une hospitalière laïque pour Ville-Marie, c’est Jeanne Mance.4) Jeanne Mance Au moment où les Associés de Montréal font les préparatifs de l’expédition prochaine, Jeanne Mance éprouve un véritable enthousiasme pour tout ce qui se rapporte au Canada.Les Relations des Jésuites sont connues à Langres, ville natale de Jeanne.Le chapelain de la Sainte-Chapelle de Paris, un sien cousin, dont le frère est missionnaire au Canada, et qu’elle a l’avantage d’aller visiter, achève de la convaincre qu’elle a une mission à remplir en Nouvelle-France.Laquelle ?Elle ne sait au juste.Elle a trente-quatre ans; deuxième enfant d’une famille qui en comptait douze, elle dut prématurément se charger de remplacer au foyer familial la mère morte.Les fatigues et les veilles imposées à un corps trop frêle l’ont déjà usée.Elle n’a apparemment qu’un organisme assez délabré à offrir à Dieu et aux missions de la Nouvelle-France.Mais son directeur spirituel, d’abord hésitant, lui conseille de suivre ses attraits.La permission accordée à Jeanne, tout Paris s’émeut.La reine Anne d’Autriche et toutes les grandes dames veulent connaître la jeune fille généreuse qui se sacrifie pour la nouvelle mission.On sait que Jeanne Mance, en bonne organisatrice qui a le sens des réalités et le flair d’une financière, frappera bientôt à la porte de ces grandes dames, convertissant par son sourire, sa persuasion et le charme de sa personnalité, leur curiosité mondaine en charité donnante.Cependant, ce fut la duchesse de Bullion qui décida de la mission particulière de Jeanne pour l’Hôtel-Dieu de Montréal.La riche dame offrit à la jeune fille les fonds nécessaires à la construction d’un Hôtel-Dieu dans la ville future, à la seule condition que son don restât anonyme.Jeanne accepta, bien qu’elle ne sût alors comment elle s’acquitterait de sa mission.Elle se rendit à La Rochelle, parce qu’elle avait entendu dire que des embarquements s y faisaient parfois et sans se douter qu’elle faisait pleinement le jeu du ciel et se laissait conduire par Marie dans la ville canadienne.Jeanne Mance devient dès ce moment une figure de premier plan dans la petite expédition.Monsieur de la Dauversière et monsieur de Maisonneuve la reçurent comme une envoyée du ciel.Et le premier répondit à une de ses secrètes angoisses en lui annonçant, au moment du départ, qu’elle rencontrerait, en Nouvelle-France, trois compagnes, parties de Dieppe à destination du Canada.Il y avait, en tout, trois bateaux destinés au Canada; celui de monsieur de Maisonneuve arriva à Québec trois semaines après celui qui portait Jeanne.Cette dernière L Enseignement Primaire, Québec, Vol.I, N° 10, juin 1942. L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE 831 eut à subir les contrecoups du refroidissement général de la colonie de Québec lorsqu’on y apprit que les recrues étaient destinés à un nouveau poste.On avait cru, un instant, à du renfort, en hommes, en vivres et en matériel.Jeanne défendit comme elle put le projet de la Compagnie de Montréal; pour sa part, elle savait que la générosité de madame de Bullion s’adressait exclusivement à l’établissement de Ville-Marie.Surtout, elle temporise.C’est ce que fit aussi l’admirable Paul de Chomedey quand, ayant, à son tour, mis pied à terre, il se vit interroger sur ses intentions par le gouverneur de Québec.Un sursaut d’humeur lui dicta la fière réponse, devenue historique, que nous connaissons, et qui ne manque ni d’éloquence ni même d’une certaine saveur épique.La colonie (( montréalaise )) hiverne à Québec, chez monsieur de Puiseaux dont la maison passait à bon droit pour « le bijou de la colonie ».Si bien qu’on y fût, ce n’était pas le chez soi, ce n’était pas le terme du voyage.Avant que le froid se fit sentir, monsieur de Maisonneuve voulut venir voir l’île de Montréal, ce que ne put lui refuser le gouverneur de Québec.Très courtoisement même, monsieur de Mont-magny accepta d’y accompagner le gouverneur de Ville-Marie, jugeant de son devoir d’assister à la prise de possession de « l’île dangereuse ».La reconnaissance faite, la petite troupe redescendit à Québec, endroit où l’hiver-nement s’imposait.Monsieur de Maisonneuve mit ses artisans à l’ouvrage.Il s’agissait de construire les bateaux et gabarres nécessaires au transport des colons et du matériel de fondation, le printemps suivant.Les chênes du domaine de monsieur de Puiseaux furent mis à contribution.La cause de Montréal avançait, quoique le temps pesât, à la recrue tout entière qui, avec les réserves d’enthousiasme et d’énergie accumulées, devait se contenter d’une installation de fortune et, il faut le dire, d’une demi-activité.Jeanne Mance, qui était le sourire de la colonie hébergée à Sainte-Foy, crut bon, à un anniversaire de monsieur de Maisonneuve, de faire une salve d’artillerie.Malheureusement on entendit de Québec cette pétarade pour laquelle notre ingénue en fait de droits militaires n’avait nullement songé à se munir d’une permission auprès de monsieur de Montmagny.Le gouverneur de Québec crut de son devoir d’assigner des punitions et réprimandes que les nouveaux venus durent accepter en soupirant: (( Quand nous serons à Montréal ! » Enfin, le bienheureux jour arriva où on s’embarqua pour l’île désirée.C’était le 8 mai.Madame de la Peltrie, intimement intéressée à un nouvel établissement d’Ursu-lines à Ville-Marie, actompagnait mademoiselle Mance et les trois femmes venues de France avec les colons.On aime à croire qu’il fut rayonnant, ce 17 mai 1642, jour du débarquement, en terre montréalaise, de la vaillante troupe en qui tous les Associés mettaient leurs espoirs de fondation.Quatre mois plus tôt, en France, à Notre-Dame de Paris, les 35 membres de la Compagnie avaient consacré l’île de Montréal à la Sainte-Famille, sous la protection spéciale de la Sainte Vierge.La messe est dite.Madame de la Peltrie et mademoiselle Mance ont orné l’autel avec la plus grande piété et toutes les ressources de l’ingéniosité féminine en pareil cas.L’Enseignement Primaire, Québec, Vol.I, N° 10, juin 1942. 832 L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE Ce même jour, le pic des ouvriers déchire le sol.Des tentes d’écorce, faites selon un art appris à Québec, seront les logis provisoires.Il ne faut pas tarder à se créer l’abri d’un fort et à donner à Dieu une chapelle au moins recouverte et sûre.Car, sur la Place Royale, il ne convenait guère que l’Hostie restât trop longtemps exposée, et privée de ce qu’exigent les rubriques du culte.Il est vrai, comme on l’a tant dit, que la voûte du ciel constituait un dôme inégalé par l’art des hommes, que le Soleil radieux faisait l’office de lampe du sanctuaire, et que les arbres de la forêt toute proche servaient de colonnes au temple aérien, que les oiseaux chantaient à leur Créateur des hymnes de jubilation.Mais, on avait apporté de France un splendide tabernacle fait à Paris spécialement pour la première église de Ville-Marie, et on voulait bien, puisque les hommes avaient leur habitation, que Dieu eût aussi sa demeure.En août, au jour de l’Assomption, monsieur de Maisonneuve, « dévot comme un moine )>, donna des ordres pour la consécration officielle de l’île à la Sainte Vierge.Il y eut communion générale de tous les habitants.Ce fut comme une ratification de la consécration faite au mois de février précédent, à Paris, par les Associés, propriétaires de l’île.Vraiment, Marie était la Suzeraine de File, Marie avait son fief en notre pays.* * * Montréal est fondé.Monsieur de la Dauversière, monsieur Olier, monsieur de Maisonneuve et Jeanne Mance sont, sans doute, loin d’avoir achevé leur tâche.Ils sont à des étapes plus ou moins avancées de leur mission respective qu’ils mèneront à heureuse fin.Les épreuves ne manqueront pas, chacun en aura sa part surabondante, mais surabondante aussi sera la grâce d’état, et surabondant le secours spécial de la Reine des cieux qui a voulu cette mission française et mariale dans le Nouveau-Monde.Mariale ?oui.Remarquons l’influence de Marie sur tous les acteurs de la grande aventure de Montréal, même les coïncidences de dates mariales et des décisions ou apprêts relatifs à l’organisation.Dans la seule vie de monsieur de la Dauversière, ces coïncidences sont nombreuses.Chez monsieur de Maisonneuve, elles le sont plus encore, ou peut-être sont-elles plus frappantes.Paul de Chomedey est le chevalier qui a voué à Marie sa virginité.Il a fait de sa Dame du Ciel la Reine de sa vie privée et de sa cité.Sa dévotion mariale est sans défaillance: tous les jours, il récite le chapelet et le petit office de la Sainte Vierge.C est un samedi de mai qu’il fonde la ville consacrée à Marie.On le verra travailler lui-même à construire Notre-Dame de Bon-Secours; plus tard, il demandera à la pieuse population de sa ville d’élever une chapelle à la Vierge sur le Mont Royal.Il établira une confrérie militaire de la très Sainte Vierge, si prospère que tous les hommes de la ville étaient des congréganistes et que l’histoire nomme fréquemment les défenseurs des temps héroïques de Montréal les (( Soldats de la Vierge ».L’Enseignement Primaire, Québec, Vol.I, N° 10, juin 1942. L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE 833 Mademoiselle Mance avait aussi une foi inébranlable en la protection de Marie.Quoi qu’il arrivât, elle demeura dans la plus ferme conviction que Notre-Dame veillerait à la sûreté et à la survie de sa ville.C’est après avoir prié dans un sanctuaire de la Vierge, en France, qu’elle se rendit vénérer le coeur de monsieur Olier et obtint, de ce grand serviteur de Marie, la guérison d’un poignet fracturé.Quant à monsieur Olier, c’est en un matin de la Purification qu’il décide de refuser le siège épiscopal qu’on lui a offert, et se sent clairement poussé à la cause de Ville-Marie.Et on sait que la Société Saint Sulpice porte à la Reine des Cieux une dévotion spéciale.Et si nous plongeons notre regard dans l’avenir prochain de la petite colonie de 1642, vers 1653 par exemple, nous verrons Mère Bourgeoys, une autre conquête de la Vierge, qui aura le bonheur de voir Marie d’abord lui sourire, et plus tard, lui affirmer, dans un moment où la future apôtre gémissait sous la plus cruelle anxiété: « Va en Canada; je ne t’abandonnerai pas )).C’est cette vertueuse fille de Champagne, — de cette Champagne qui a déjà donné au Canada monsieur de Maisonneuve et mademoiselle Mance —, qui complétera le dessein des Associés de représenter la Sainte Famille sur File de Montréal.Elle fondera la Congrégation de Notre-Dame pour honorer plus excellemment la Vierge Marie; monsieur de la Dauversière, conjointement avec mademoiselle Mance et les Hospitalières de la Flèche, rendront possible l’érection de l’Hôtel-Dieu où le culte de saint Joseph est particulièrement à l’honneur; et monsieur Olier, par l’oeuvre de Saint-Sulpice qui s’occupe du recrutement des vocations sacerdotales, honore bien la vie de Jésus, premier apôtre du grand et perpétuel sacrifice qui relie la terre au ciel.Le dessein des Associés de Montréal a été magnifiquement accompli et le caractère mystique et marial des origines de la métropole du Canada ressort en traits frappants de l’étude historique de la fondation de Montréal.Ajoutons qu’une autre caractéristique n’est pas moins remarquable et intéressante pour les catholiques militants de notre époque: c’est l’union, la collaboration étroite de l’élément laïque et de l’élément religieux dans l’établissement de Ville-Marie.Puisse la ville trois fois centenaire se retremper à la force et à la pureté de ses sources, et continuer, dans la paix de ses nombreux temples modernes, par sa vie catholique et française, le psaume commencé il y a trois cents ans, le psaume de la miséricorde et de la puissance de Dieu et de sa sainte Mère.Soeur Saint-Stanislas-de-Jésus, Congrégation de Notre-Dame L’Enseignement Primaire, Québec, Vol.I, N° 10, juin 1942. 834 L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE jean Bruchési.AUX TEMPS HÉROÏQUES DE VILLE'MARIE H l’heure où s’achevait le glorieux règne de Louis XIII, la Nouvelle-France, que la ténacité de Champlain et la clairvoyance de Richelieu avaient reprise aux Anglais, en 1632, comptait moins de quatre cents colons, dispersés entre les postes de Québec, des Trois-Rivières et de Tadoussac.Cédée à la Compagnie des Cent Associés, qui avait pris l’engagement de la peupler et d’y répandre l’enseignement de l’Evangile, elle n’en recevait, pour ainsi dire, un peu d’aide que dans la mesure où le monopole du commerce se traduisait par des bénéfices en écus sonnants.Mais déjà, à la faveur, entre autres choses, de l’intérêt suscité par les Relations, l’oeuvre apostolique, l’idée missionnaire, de tradition si française, avaient attiré quelques âmes d’élite sur les rives du Saint-Laurent.Précisément, l’année où les Augustines de Dieppe et les Ursulines de Tours s’embarquaient pour Québec, l’île inculte et déserte de Montréal devenait l’objet d’une entreprise qualifiée de (( folle )) par ceux-là mêmes qui la conçurent.Deux hommes, qui ne devaient jamais y mettre le pied, bien qu’ils aspirèrent longtemps à y aller finir leurs jours — Jérôme Le Royer de la Dauversière, receveur des tailles à La Flèche, et Jean-Jacques Olier, prêtre de Paris — jetaient, en 1639, les bases d’une société qui prit, trois ans plus tard, le nom de Société Notre-Dame de Montréal.Construire, sur l’île que M.de Lauzon leur cédait non sans se faire prier, une ville fortifiée qui, en attendant de devenir le (( boulevard du catholicisme dans le Nouveau-Monde », servirait de rempart contre les Iroquois et aiderait à la conservation de Québec, y élever un séminaire et un hôpital, y rassembler les Sauvages pour en opérer plus aisément la conversion: telle était, pour employer encore les termes mêmes dont ils se servaient, la « pieuse chimère » des huit associés de 1639, devenus trente-cinq en 1642.N A peine M.de Lauzon avait-il consenti à leur céder l’île de Montréal que la Compagnie des Cent Associés protestait.Sans doute finit-elle par confirmer l’acte de cession que Louis XIV ratifia en 1644.Mais ce regrettable contre-temps ne fut pas de nature à faciliter la tache des fondateurs, sans compter que ceux-ci, bien aises de trouver un Maisonneuve pour exécuter leurs ordres, parvinrent difficilement à recruter les premiers colons de Ville-Marie.Et lorsque la petite troupe au complet, pourvue de vivres et d armes, arriva enfin en Nouvelle-France, la saison était trop avancée pour qu’il fût possible de s établir tout de suite sur l’île de Montréal.Force fut donc à Maisonneuve et à ses compagnons d hiverner à Québec où M.de Montmagny n’eut rien de plus pressé que de combattre, par tous les moyens imaginables, le téméraire dessein des nouveaux L’Enseignement Primaire, Québec, Vol.I, N° 10, juin 1942. L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE 835 « croisés ».Mais si, comme le rapporte le Sulpicien Belmont, le pouvoir et l’indépendance de Maisonneuve surprirent les Québécois, sa ténacité les étonna davantage.Et, le 17 mai 1642, les quelque cinquante personnes, dont trois femmes, qui devenaient les premiers habitants de Ville-Marie, abordaient, en poussant des cris de joie et en chantant des cantiques, la pointe de terre (( prête à bâtir », défrichée par Champlain trente ans plus tôt et appelée par lui (( Place Royale ».Comme il n’y avait pas de temps à perdre, on entreprit aussitôt la construction du fort: une enceinte de pieux pour abriter l’hôpital, la chapelle et la maison commune.L’automne venu, les colons, qui avaient dû vivre sous la tente jusque là, s’y installèrent enfin, bien que les travaux ne fussent pas entièrement terminés.De fait, ceux-ci se poursuivirent tout l’hiver, sous la direction d’un charpentier fort habile, Gilbert Barbier, dit le Minime en raison de sa petite taille, à qui revient le mérite, s’il faut en croire Dollier de Casson, d’avoir (( bâti presque toute l’île de sa main ».Déjà — et l’on comprend que les colons s’y soient employés en arrivant — la terre environnante avait donné ses premiers fruits; cette terre, « la plus belle qu’il soit possible de voir, labourable, unie et plaine », décrite par Cartier et dont Champlain disait qu’elle était « comme prairie où l’on pourrait semer des grains et y faire des jardinages ».• Au printemps de 1643, aucun Iroquois ne s’était encore montré.Mais, en juin, l’alerte était donnée.Désormais, les attaques ne cesseraient plus et la guerre iroquoise se poursuivrait presque sans répit jusqu’à la grande paix de 1701.Chroniqueurs et historiens en ont rapporté les phases successives et les registres de Ville-Marie gardent les noms de ceux qui, par centaines, — hommes, femmes ou enfants — furent massacrés sur place, autour du fort ou sur le seuil de leur maison, quand ils n’étaient pas traînés en captivité pour y mourir au milieu des plus affreux tourments.Contre un ennemi féroce et rusé qui n’admettait pas qu’on pût s’établir à demeure sur un territoire dont il se proclamait le seul et unique possesseur, la petite poignée de Français, réunie par Maisonneuve, déploya — le fait est connu — toutes les ressources d’une énergie indomptable et d’une bravoure dont il y a peu d’exemples dans l’histoire de l’Amérique.Et ce serait une erreur de croire que les premiers habitants de Ville-Marie furent sans défauts, ni faiblesses, qu’ils ne réagissaient pas, comme nous le ferions, devant le danger, le froid, la pauvreté et les contradictions que la malice des hommes ou les desseins de la Providence multiplient généralement autour des grandes entreprises.Derrière les bastions de maçonnerie grossière, substitués, dès l’automne de 1643, à l’enceinte de pieux, les Montréalistes rendirent coup pour coup à l’assaillant.Bien plus, si le grand nombre, comme le rapporte Soeur Morin, restèrent près de onze ans enfermés dans le fort, quelques-uns eurent, à partir de 1645, l’audace de vivre à l’extérieur, de l’autre côté de la rivière-Saint-Pierre, sur la ligne de la rue Saint-Paul d’aujourd’hui où le terrain plus élevé offrait un abri plus sûr contre la crue des eaux, où ils L’Enseignement Primaire, Québec, Vol.I, N° 10, juin 1942. 836 L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE construisirent de modestes maisons en pièces de bois (( pierrotées )), aux murs percés de meurtrières et qui furent autant de petites forteresses.En attendant d’être démoli bientôt, le fort du début ne servit plus qu’en cas d’alerte générale et, moins de vingt ans après sa fondation sur la Pointe à Callières, Ville-Marie s’était transportée là où elle devait bientôt offrir l’aspect d’un quadrilatère en forme de parallélogramme, véritable berceau du grand Montréal.Mais, à ce nouvel endroit, comme au premier — et davantage peut-être, car on y construisit une palissade de pieux, avec courtines, bastions, et redoutes, que de 1685 à 1688 — le colon demeurait sous la menace constante de l’Iroquois, d’autant plus acharné contre Ville-Marie, après 1650, que les Hurons décimés n’étaient plus dans son chemin.Aussi bien, comme il fallait tout de même défricher et cultiver le sol, les habitants n’allaient pas au travail sans être armés.Ils ne s’éloignaient des maisons qu’au son de la cloche qui annonçait aussi la fin de la journée.Et c’était encore la cloche de la chapelle du premier Hôtel-Dieu qui donnait l’alarme, lorsque ce n’étaient pas les aboiements de la célèbre chienne Pilote.Commandés par Maisonneuve lui-même, par l’héroïque Lambert Closse — « homme tout de coeur et généreux comme un lion )) au dire de Dollier de Casson — ou par Charles Le Moyne, les Montréalistes, hommes et femmes, se défendaient alors avec l’énergie du désespoir.Soit qu’ils attendissent l’attaque, soit qu’ils crussent préférable, comme Dollard en 1660, de devancer l’assaillant, ils finirent chaque fois par repousser l’agresseur, et le poste de Ville-Marie, contrairement à l’attente générale, demeura imprenable.Rien d’étonnant toutefois, dans les circonstances, que les progrès du poste aient été aussi lents, et que le nombre des habitants dépassât à peine cinquante, neuf ans après la fondation.La perspective d’aller vivre à Ville-Marie n’avait certes rien d’engageant.Sans cesse exposés aux coups d’un ennemi qui ne lâchait pas prise, ne se couchant jamais le soir sans se demander si la nuit ou le lendemain n’amènerait pas l’Iroquois à leur porte, les Montréalistes n’étaient pas davantage certains d’avoir toujours de quoi manger.Soit que la récolte fût détruite par la gelée hâtive ou par les Sauvages, soit que ces derniers ne permissent pas aux colons de cultiver leurs champs, comme il arriva à deux ou trois reprises, une disette était toujours possible.Force était alors de faire venir des vivres de Québec ou de se mettre à la ration.Vingt-cinq ans après l’arrivée de Maisonneuve, Ville-Marie commençait tout juste à se suffire à elle-même.Si la faim et le froid ajoutèrent périodiquement aux souffrances physiques des colons, des déboires de toutes sortes, bien propres à abattre les courages les mieux trempés, ne manquèrent pas de souligner la justesse de ce mot du Père Vimont: (( Les desseins qu’on entreprend pour la gloire de Jésus-Christ en ce pays se conçoivent dans les dépenses et dans les peines, se poursuivent dans les contrariétés, s’achèvent dans la patience».L’établissement de l’île de Montréal ne comptait pas encore trois ans d existence que les premières défections se produisaient.Déçue de ne pouvoir y amener les Ursulines, madame de La Peltrie, qui avait d’abord embrassé avec enthousiasme la cause de Ville-Marie, optait définitivement pour Québec.De son côté, M.de Pui- L Enseignement Primaire, Québec, Vol.I, N° 10, juin 1942. L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE 837 seaux, seigneur de Saint-Michel et de Sainte-Foy, chez qui Jeanne Mance et Maisonneuve étaient descendus durant l’hiver de 1641-42, et qui avait supplié d’être admis dans les rangs de la Société de Montréal, allant jusqu’à céder à cette dernière ses deux seigneuries, reprenait sa parole en 1644.Sans doute était-il, à ce moment-là, malade, et qui plus est, malade du cerveau.N’empêche que, pour avoir la paix, Maisonneuve dut céder au caprice du vieillard qui se hâta de rentrer en France où les affaires de la Société n’étaient pas des plus brillantes.Des trente-cinq associés de 1642, il n’en restait plus que neuf, huit ans plus tard.D’une saison à l’autre, les envois d’hommes et d’argent se faisaient de plus en plus rares et finissaient même par s’arrêter complètement.Privée des secours que ses fondateurs s’étaient engagés à lui fournir, la petite colonie pouvait encore moins compter sur la sympathie des gouverneurs de la Nouvelle-France.Convaincu que l’oeuvre n’avait aucune chance de subsister, Montmagny, non seulement ne voulait rien faire pour en retarder la faillite certaine à ses yeux, mais encore empêchait de venir à Montréal quiconque avait la velléité de s’y établir.Et les événements lui rendaient la tâche facile, à une époque où, d’après Dollier de Casson, (( un pauvre homme, à dix pas de sa porte, n’était point en assurance )), où (( il n’y avait pas un morceau de bois qui ne pût être pris pour l’ombre ou la cache d’un ennemi ».Le départ de Montmagny et son remplacement par Jean de Lauzon, en 1651, n’entraînèrent, bien au contraire, aucun changement dans l’attitude des autorités locales à l’endroit de Ville-Marie.Préoccupé surtout sinon uniquement des intérêts de sa famille, le nouveau gouverneur ne donna pas le moindre appui à Maisonneuve, et Dollier de Casson ne s’est pas trompé en affirmant que si M.de Lauzon (( eût plus soutenu ce poste avancé, les inondations iroquoises n’auraient pas pris leur cours vers Québec ».Les « inondations iroquoises » menaçaient de tout emporter, en 1652, lorsque Maisonneuve décida de passer en France pour y chercher des secours.S’il ne se souciait (( non plus d’argent que de fumier », comme l’affirme Soeur Morin, le fondateur de Montréal n’en sentait pas moins l’obligation de s’en procurer, non pas pour lui certes, mais pour l’oeuvre dont il avait la charge.Précisément, aux heures les plus tragiques de l’hiver 1651-52, alors que la caisse était vide, Jeanne Mance lui abandonnait la forte somme qu’elle avait elle-même reçue de la généreuse madame de Bullion pour établir l’Hôtel-Dieu.Encouragé, Maisonneuve gagna Paris, y rencontra les Associés de Notre-Dame dont le nombre était descendu à sept ou huit, remua ciel et terre, avec l’aide de l’infatigable Le Royer, et revint à Ville-Marie, l’année suivante, non seulement avec des promesses, mais avec une recrue de cent hommes.Une seule femme avait cependant demandé et obtenu d’entreprendre le périlleux voyage: Marguerite Bour-geoys.Quant aux Hospitalières de Saint-Joseph, elles se faisaient encore attendre, comme les Sulpiciens.Car il ne fait pas de doute que l’établissement de Montréal n’était pas, dirions-nous aujourd’hui, très populaire.Jérôme Le Royer à La Llèche et Jean-Jacques Olier à Paris, de même que Maisonneuve à Ville-Marie, se heurtaient à une hostilité le plus souvent sournoise, à des résistances qui ne désarmaient pas et qui n’étaient pas moins nuisibles parce qu’elles s’inspiraient parfois de louables motifs.L’Enseignement Primaire, Québec, Vol.I, N° 10; juin 1942. 838 L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE Maisonneuve et ceux dont il était le dévoué mandataire ne renonçaient pas, pour autant, à poursuivre leur oeuvre, sachant bien, du reste, comme l’avaient déjà proclamé les Associés de Notre-Dame, en réponse à leurs critiques, que si Dieu n’était point en l’affaire de Montréal, si c’était une invention humaine, elle ne durerait guère.Or l’affaire durait, en dépit de tout; elle durait depuis 1642 et elle venait précisément de surmonter sa plus terrible crise depuis ses débuts.Encouragés par le retour de Maisonneuve et l’arrivée d’une recrue qui triplait leur nombre, les Montréalistes se sentirent plus résolus que jamais à résister à tous les assauts, à repousser toutes les attaques.Plus riches de vertu que des biens de ce monde, au témoignage de Dollier de Casson, forts de leur charité désintéressée et de leur courage, ils vivaient, comme le proclame le Père Vimont, en grande union et en bonne intelligence, au point de faire dire à Soeur Morin que « tous n’étaient qu’un coeur en charité, toujours prêts à se servir et à parler des autres avec estime et affection )).L’année même où le gouverneur d’Argenson parlait de Montréal comme d’une (( place qui fait tant de bruit et est si peu de chose )), les premiers Sulpiciens, désignés, quelques semaines avant sa mort, par M.Olier, y venaient prendre charge du soin des âmes.Deux ans plus tard, en 1659, c’était le tour des trois premières Hospitalières et des quatre courageuses femmes qui allaient permettre à Marguerite Bourgeoys de fonder la Congrégation Notre-Dame.Des unes et des autres, accueillies avec l’enthousiasme qu’on devine par les Montréalistes, de ces saintes filles du pays de France, à qui le Canada apparaissait (( comme un pays de sanctification et de martyre spirituel », nous pouvons dire, avec l’annaliste de l’Hôtel-Dieu, qu’elles (( eurent de quoi contenter le désir ardent qu’elles avaient de souffrir pour leur divin Époux crucifié qu’elles étaient venues chercher au Canada pour l’y trouver plus avantageusement et s’unir à lui plus intimement ».v A peine, du reste, s’étaient-elles installées auprès des malades, (( préparées dans leur esprit à souffrir le martyre par les Iroquois », que les Hospitalières apprenaient la mort de leur bienfaiteur, et les Montréalistes, celle de l’homme qui avait tant fait pour 1 établissement et le soutien de la colonie.Et qui plus est, M.de la Dauversière étant mort ruiné, 1 Hôtel-Dieu se trouvait sans ressources; situation d’autant plus tragique que la maison de La Flèche, si peu empressée à laisser partir ses sujets pour '' dle-Marie, 1 était encore moins à y envoyer les sommes d’argent promises.Plaie d argent n est pas mortelle sans doute; et les religieuses pouvaient bien penser que vlaisonneuve et les habitants de Montréal ne les abandonneraient pas à leur triste sort: ce qui, dans les circonstances, eût entraîné leur départ immédiat.Mais l’épreuve levêtit une forme infiniment plus pénible lorsque Mgr de Laval refusa de reconnaître ies Hospitalières, comme il refusait, en même temps, d’approuver la fondation de Marguerite Bourgeoys.Lorsque Mgr de Pétree eut, en 1668, confirmé M.de Queylus dans sa charge de curé de la « Paroisse », les Sulpiciens ne furent pas mieux disposés, pour autant, à partager, L Enseignement Primaire, Québec, Vol.I, N° 10, juin 1942. L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE 839' leurs droits, même aux seules fins du ministère des âmes, avec les Jésuites ou les Récollets,•; après avoir été les premiers missionnaires de la Nouvelle-France, les uns et les autres se voyaient interdire de « planter leur piquet )) à Ville-Marie.Entre temps du reste, la Société Notre-Dame, passablement laissée à elle-même, après la mort de ceux qui en étaient l’âme, et réduite à quelque six ou sept associés, n’avait pas cru mieux faire, pour assurer la permanence de l’entreprise, que de céder aux Sulpiciens tous ses droits et obligations sur File de Montréal.Mais, à peine étaient-ils entrés en possession de leur bien, que les nouveaux seigneurs se heurtaient à la mauvaise volonté du gouverneur, voire à son hostilité.Bien plus, c’est l’attitude de M.de Mésy — attitude d’autant plus étrange qu’elle ne tenait aucun compte de vingt-trois ans de loyaux et généreux services — qui entraîna, en septembre 1665, le départ définitif de Maisonneuve dont l’indépendance n’avait jamais été bien vue à Québec.Si Maisonneuve n’obtint pas, de son vivant, la réparation à laquelle il avait droit, les Sulpiciens, par contre, ne furent pas lents à recevoir justice.Talon, qui exprima maintes fois le souhait de faire passer au Canada des ecclésiastiques du genre des fils de M.Olier, corrigea, dès son arrivée, les erreurs de M.de Mésy.D’accord avec le baron de Courcelles, qui avait remplacé ce dernier comme gouverneur, le grand intendant se hâta de reconnaître aussi l’Hôtel-Dieu et la Congrégation Notre-Dame, ce que Mgr de Laval ne se décida à faire, mais pour les Hospitalières seulement, qu’en 1669, après avoir renoncé à fusionner ces dernières et les Augustines de Québec.Quant à Marguerite Bourgeoys, c’est Mgr de Saint-Vallier qui lui donna, en 1671, l’approbation canonique attendue si longtemps.À cette époque, Ville-Marie n’était encore qu’un village d’un millier d’âmes à peine, comme il y en avait des centaines au royaume de France.Dix ans plus tard, la population s’était accrue d’un tiers; population de petites gens et, dans l’ensemble, de très braves gens dont l’honnêteté, reconnue par tous les chroniqueurs, et la Soumission aux lois facilitèrent, avec moins d’empressement toutefois après 1670, la tâche de ceux qui avaient pour mission de faire régner l’ordre et la paix.C’était le temps où — rapporte Soeur Morin — les hommes et les femmes, qui pouvaient le faire, se seraient crus excommuniés si, chaque jour de travail, ils n’avaient pas entendu la messe, les premiers à quatre heures du matin, les autres à huit heures; le temps où les vols étaient à peu près inconnus, les crimes et délits plutôt rares.S’il faut en croire Soeur Morin, « rien ne fermait à clef, ni les maisons, ni les coffres, ni les caves; tout demeurait ouvert, sans que personne eût à se repentir de sa confiance ».Mais l’accroissement de la population et le développement rapide du commerce avec les Sauvages, qui, dès 1670, faisait de Ville-Marie le grand centre du trafic des pelleteries, joints à la présence continue des troupes, contribuèrent rapidement, comme il était fatal, à assombrir le tableau enchanteur des premières années.En marge du départ de Maisonneuve, Dollier de Casson exprimait l’amertume des Montréalistes, privés désormais de leur père.De son côté, la brave Soeur Morin ne L’Enseignement Primaire, Québec, Vol.I, N° 10, juin 1942. 840 L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE trouvait pas de mots pour déplorer que la guerre iroquoise eût obligé Louis XIV à envoyer des soldats en Nouvelle-France et à Ville-Marie en particulier.La traite de l’eau-de-vie, qui donna lieu à de si violents débats, pendant toute la durée du régime français, ne fut certes pas étrangère au changement déploré par les contemporains.Condamné au nom de la morale par l’autorité religieuse, toléré, quand il ne fut pas encouragé, par l’autorité civile, pour des motifs d’ordre politique ou économique, ce commerce finit rapidement par entrer dans les moeurs.Quoi qu’il en soit, dès la fin du XVIIe siècle, Montréal — le nom même de Ville-Marie disparaissait peu à peu du langage courant et des documents officiels — Montréal, avec ses quelque 1,600 habitants, n’offrait plus le spectacle serein des premiers jours.Dès 1667, Talon soulignait combien ceux qui composaient cette colonie n’étaient (( pas tous d’égale force ni de vertu pareille )) et n’avaient (( pas tous les mêmes dispositions au bien ».Depuis que les frasques et la conduite scandaleuse de François-Marie Perrot avaient agité l’opinion publique, la ville était de fait restée quelque temps sans gouverneur, et la nomination des fonctionnaires relevait désormais du Conseil Souverain de Québec.Le gouverneur de la colonie, qui prit de plus en plus l’habitude de passer à Montréal la majeure partie de l’hiver, y était représenté par un lieutenant général civil et criminel, et l’intendant ne tarda pas à y avoir aussi son délégué.L’un ou l’autre, quand ce n’était pas l’intendant lui-même, prescrivait, au moyen d’ordonnances, les règlements que les circonstances exigeaient d’année en année, pour interdire, par exemple, de lancer des boules de neige à la tête des passants, ou de faire trotter les chevaux en face de l’église paroissiale, le dimanche, à l’heure des offices, ou encore pour obliger les habitants à faire ramoner leurs cheminées par de petits Savoyards, une fois le mois, quand ce n’était pas pour interdire de laisser errer les animaux dans les rues.Et cette dernière ordonnance autorisait celui qui trouvait un cochon errant à le tuer et à.le manger .De si louables préoccupations n’empêchaient pas que les rues de Montréal — du Montréal de la fin du XVIIe siècle — fussent plutôt malpropres, pour la raison principale qu elles n’offraient pas de pente suffisante.Et, comme il n’y avait pas encore de trottoirs, les habitants ne raffolaient pas de la promenade à pied.Aussi bien préféraient-ils, quand il faisait beau, s’asseoir (( pour causer et se récréer matin et soir », sur le seuil de leur maison, ou encore, lorsque celle-ci avait quelque importance, sur les sièges installés a cette fin de chaque côté de la porte principale.Beaucoup d’habitants,- du reste, avaient leur jardin ou leur potager et plusieurs y cultivaient avec bonheur le melon qui venait bien dans la (( terre noire et pierreuse » déjà célébrée par Champlain.Telles étaient à peu près les distractions que les plus honnêtes des Montréalistes pouvaient raisonnablement s’offrir, sans parler des réunions qui les rassemblaient dans le « Hangar des Habitants », chaque fois qu’il était nécessaire d’élire le syndic ou un juge, ou de protester contre la hausse subite des prix du sel et du pain.Par bonheur, i existence quotidienne et les exigences de la vie en société leur en offraient d’un autre L Enseignement Primaire, Québec, Vol.I, NT 10, juin 1942. L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE 841 genre.Au printemps, c’était le départ des canots d’écorce pour les Pays d’En-haut, et leur rentrée, en septembre ou en octobre, avec des charges de pelleteries.Parfois — et aussi longtemps que dura la guerre iroquoise — c’était le retour inespéré de prisonniers qui avaient pu échapper à la torture, l’arrivée de Sauvages alliés ou d’une délégation ennemie venue pour négocier la paix.Ou, encore, comme il n’y avait pas loin à aller pour chasser le canard ou la perdrix, en toute saison de l’année, on ne se faisait pas faute d’en profiter.Plus souvent, sans compter l’animation qui y régnait les mardi et vendredi de chaque semaine, la Place du Marché attirait les badauds, voire les citoyens les plus sérieux, car elle était le théâtre où se déployait à l’aise l’appareil d’une justice redoutable dont gangue, pilori, carcan et potence étaient plus que des symboles.Et puis, il y avait le port, ou, plus exactement, ce qui en tenait lieu: une grève bourbeuse qui, en certains endroits du moins, servait de dépotoir; de sorte que barques à voiles ou à rames, bricks ou deux-mâts devaient jeter l’ancre au large, sans jamais dépasser le Pied-du-Courant, d’où ils étaient ensuite toués sur la rive, les canots seuls pouvant remonter le fleuve jusqu’à la Place Royale.Quant aux habitants que les spectacles de la rue ou de la nature ne satisfaisaient pas, ils n’eurent pas à attendre longtemps, comme c’était à prévoir, l’apparition des tavernes, cabarets et salles de jeux.Les cartes et le billard ne manquèrent pas d’adeptes, et le romesteck, venu probablement de la Normandie, qui l’avait elle-même importé des Flandres, fut longtemps le jeu de hasard à la mode dans le plus célèbre cabaret de Ville-Marie: celui qu’Abraham Bouat, marguillier de Notre-Dame, exploita avec profit, à quelques pas de la « Paroisse )), de 1670 à 1702, ayant obtenu le privilège d’y vendre e trouve en germe dans la charte de 1840 « et ses amendements )), comme on dit couramment dans notre langage juridique.VIII — 1874-1910 — (37 Vict., ch.31) En 1845 on avait procédé à une refonte de la charte municipale.On en fit une autre en 1851 qui présente cet intérêt particulier que le maire, à compter de ce moment, fut élu par le peuple au lieu de l’être par le Conseil.Mais cette dernière charte, comme les précédentes, fut modifiée presque chaque année, si bien qu’on en fit une nouvelle refonte en 1874.A première vue, on constate trois innovations: la charge de conseiller est abolie; le Conseil ne forme qu’un seul corps formé d’un maire et d’échevins tous élus par le peuple; en outre les cotiseurs et les auditeurs deviennent des fonctionnaires ordinaires que le Conseil choisit.Voyons donc où l’on en était en 1874.Le Conseil.—La Ville se partage en neuf circonscriptions électorales, dont le nombre passe à douze, pour s’arrêter à dix-sept en 1899.Elles envoient chacun trois représentants à l’hôtel de ville, jusqu’en 1899, alors que leur nombre est réduit à deux chacune.Tous les électeurs concourrent à l’élection du maire; il en sera de même jusqu’à nos jours.Le Conseil comprend donc d’abord vingt-sept échevins, puis trente-quatre, et un maire.Le ter-m'edu maire est d’un an; celui des échevins est de trois années.En 1899, tous sont élus pour deux ans.Ce n’est qu’à compter de cette date que les échevins reçurent une indemnité.La qualification foncière du maire est d’abord de quatre mille dollars, elle s élève jusqu’à dix mille dollars en 1899; celle des échevins demeure a deux mille dollars.Sont électeurs: les personnes qui sont propriétaires ou locataires ou occupants de biens-fonds d’une valeur de trois cents dollars ou d une valeur locative annuelle de trente dollars.En 1899, les veuves et les filles majeures qui ont ces qualifications, possèdent le cens électoral.Les hommes seuls sont électeurs et éligibles.Point a souligner: il faut encore avoir acquitté ses impôts, non seulement pour être candidat, mais même pour avoir droit de vote, sauf en ce qui regarde les cotisations relatives au coût des ameliorations locales.Dernier vestige d’un temps qui devait disparaître bientôt, les personnes qui étaient redevables d’une (( corvée)) quelconque étaient également privées du droit de voter.Les élections se faisaient encore à vote 'public, mais en un seul jour.Ce n est qu a compter de 1889 que les élections eurent lieu au scrutin secret.Le Conseil avait la faculté de nommer des comités formes de ses membres poui l’étude et l’expédition des affaires, mais les décisions de ces comités devaient lui être soumises avant de prendre effet.Le maire n avait aucun pouvoir d administration.Ses attributions d autrefois qui lui permettaient de présider la « Cour du Maire )), aïeule de notre Cour du recorder,-ou de nommer un assistant greffier, sont abrogées.L’Enseignement Primaire, Québec, Vol.I, N 10, juin 1942. 856 L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE Le prochain changement de régime se produira en 1910, alors que l’on créera le Bureau des Commissaires.Sous l’avalanche des amendements annuels, on dut faire deux nouvelles compilations de la charte: en 1889 et en 1899, avant d’atteindre cette date.1889-1899 Le Maire:—La loi de 1899 confère au maire des pouvoirs nouveaux et assez étendus.Il a « droit de surveillance, d’investigation et de contrôle».Il peut soumettre des observations au Conseil sur les matières qui sont du ressort de ce dernier, et (( dans l’exercice de ses fonctions comme chef exécutif de l’administration .il a droit .de suspendre un officier ou un employé, au service de la Corporation, et en pareil cas, le maire doit, à la plus prochaine occasion, faire rapport de la chose au Conseil ou au comité ayant la surveillance immédiate du département affecté, donnant par écrit les raisons de cet acte de sa part ».Comité des finances:—Depuis assez longtemps, comme je l’ai indiqué, le Conseil pouvait former des comités chargés de s’occuper de certaines affaires.Il semble qu’avec les années un comité des finances avait pris une certaine importance.En 1889 la charte en reconnaît l’existence par l’article 94 qui autorise cet organisme à faire des règlements relativement aux fonctions des évaluateurs.Mais jusqu’ici on n’avait pas déterminé son rôle.En 1899,1a loi lui donne des attributions bien définies et prépondérantes.En effet, c’est lui qui voit à «la préparation des prévisions budgétaires», il «examine toute recommandation comportant dépenses d’argent ainsi que l’adjudication de tout contrat à moins qu il n y ait déjà un crédit de voté», et le Conseil ne peut autoriser aucune dépense de ce chef «sans qu’elle ait été soumise au Comité des finances et approuvée par celui-ci».Le Conseil peut cependant passer outre à ses décisions, « par le vote des trois-quarts de ses membres ».Les fonctionnaires:—Cette disposition des anciennes lois qui interdisait aux fonctionnaires de voter, disparaît en 1899.Impôts: La liste des impôts, des taxes et licences de toutes sortes s’est allongée considérablement au début de notre siècle.Elle ne cessera de s’accroître, de prendre une allure menaçante; elle sera entraînée par la vague de fonds des dépenses d’expropriations, des emprunts et des annexions.IX — 1910-1918 — (9 Ed.VII, c.82) Nous voici rendus en 1910.La Ville compte alors environ 465,000âmes; et son revenu s’élève à $6,600,000.Selon la nouvelle Constitution la municipalité comprend trente et un quartiers.Le Conseil se compose du maire, de quatre commissaires élus par tous les électeurs, et un ^cke^in par collège électoral.Le Comité des finances disparaît définitivement.Bureau des Commissaires: Le Bureau des Commissaires administre la chose publique.Au début on exigeait une qualification foncière de $10,000 pour les charges de maire et de commissaires.Les commissaires sont élus pour quatre ans,mais le maire et les é-chevins ne le sont que pour deux ans.Le maire préside les séances de cet organisme.L Enseignement Primaire, Québec, Vol.I, N° 10, juin 1942. L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE 857 Les attributions du Bureau des Commissaires ressemblent à celles du Comité Exécutif actuel.Il dresse le budget et dès que le Conseil a approuvé ce dernier, c’est lui qui en assume la gestion.Il nomme et révoque les fonctionnaires, sauf le greffier qui relève exclusivement du Conseil, et des avocats, du contrôleur et de l’auditeur que le Conseil seul peut démettre à la suite de la recommandation du Bureau.Les rapports de ce dernier que le Conseil n’a pas modifiés ou rejetés dans les trente jours de leur réception, prennent effet à compter de l’expiration de ce délai.Ainsi que le décrète la loi, d’une façon générale (( les pouvoirs législatifs appartiennent au Conseil, et les pouvoirs administratifs et exécutifs au Bureau )).Les Commissaires prennent part aux séances du Conseil « avec voix consultative seulement ».Le Maire:—Les pouvoirs que la loi précédente conférait au maire sont abolis.Cependant, il a la faculté de désavouer une décision du Conseil, en soumettant par écrit ses raisons à ce dernier Le Conseil peut annuler ce désaveu en approuvant de nouveau les actes concernés, à la majorité des voix.Échevins:—En 1916 le nombre des échevins fut réduit à vingt.Soulignons ici que le maire, les commissaires et les échevins sont dispensés de toute qualification foncière à compter de 1912.Emprunts:—La.dette s’élève à $47,932.50 et représente 15% de la valeur des immeubles imposables dont l’évaluation est de$319,550,000.00,mais la municipalité est autorisée à emprunter, à l’avenir, jusqu’à concurrence de 12% de 1 augmentation de valeur des biens-fonds en plus de ce dernier chiffre.Il en sera de même jusqu en 1940.Il ne faut pas se laisser impressionner outre mesure par les cadres que la loi impose au pouvoir d’emprunt.On continuera comme par le passé, à autoriser des emprunts en marge des restrictions établies.Cette pratique remonte au moins a 1 annee 1907 où l’on retrouve la formule maintenant consacrée par un long usage a 1 effet que 1 emprunt (( ne fera pas partie de la dette fondée ».L’ère des annexions qui avait commence en 1883, s est continuée jusqu en 1918, alors qu’eut lieu la coûteuse absorbtion de la Ville de Maisonneuve avec son cortege d’emprunts et d’exemptions d’impôts.Le rythme des expropriations s’accentue de son cote.Il en est de meme des emprunts qui prennent le pas sur les evaluations foncières et qui s enflent a vue d œil.L’administration est incapable de boucler son budget.Quelque chose devait se produire.Il se produisit en 1918, lorsque le gouvernement provincial nomma une Commission administrative avec les pleins pouvoirs de remettre Montréal sur pied.X — 1918-1921—(8 Geo.V, ch.84) La Commission:—Cette Commission formée de cinq membres nommés par le Lieutenant-gouverneur en son Conseil, a toutes les attributions que possédaient jusque-là le Conseil et le Bureau des Commissaires.L’Enseignement Primaire, Québec, Vol.I, N° 10, juin 1942. 858 L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE On laisse subsister le Conseil cependant qui se compose alors de vingt et un échevins, lesquels représentent chacun un quartier.Le maire est élu par tous les électeurs.La Commission doit soumettre à l’approbation du Conseil les budgets; les virements de fonds; l’affectation du produit des emprunts; les prélèvements d’impôts; les règlements, sauf ceux qui se rapportent aux attributions des fonctionnaires; les concessions de franchises et de privilèges, et les annexions.Le Conseil peut cependant rejeter ou modifier les rapports qui précèdent à la majorité des trois-quarts de ses membres.Si ces recommandations toutefois ne sont pas adoptées, modifiées ou rejetées dans un délai de trente jours de leur réception (soixante jours dans le cas d’un règlement), elles sont censées adoptées dès l’expiration de ce délai.Le Maire:—Les seuls pouvoirs du maire consistent à soumettre des observations au Conseil et à la Commission.Il a droit de voter sur toutes les affaires qui sont de la compétence du Conseil, et il a en outre un vote prépondérant dans le cas de partage égal des voix, au sujet des questions qui requièrent la majorité des suffrages pour leur adoption.XI — 1921-1940 — (11 Geo.V, ch.112) La Commission ne put finir son terme.Dès 1921, la Législature, à la suite d’une consultation populaire, donnait une nouvelle constitution à la métropole, constitution qui s’est transmise jusqu’à nous, dans son principe: le partage de l’administration entre un Conseil élu par le peuple et un Comité exécutif.Cependant la Commission avait remis de l’ordre dans les affaires municipales.De 1918 à 1921 la dette fondée demeurait presque stationnaire: arrêtée à $118,892,118 en 1918, elle n’était que de $119,312,169.00 en 1921.Le Maire et le Conseil:—En 1921, la Ville de Montréal se divise en trente-cinq quartiers, représentés chacun par un échevin à l’hôtel de ville.A venir jusqu’en 1937, il fallait savoir (( lire couramment et écrire lisiblement )), pour être candidat, mais on a alors aboli cette qualification.(I Geo.VI, c.103, art.66).Le Maire:—La situation du maire reste la même.Le Conseil:—La législature municipale est formée d’un Conseil et d’un Comité Exécutif.Le Conseil exerce tous les pouvoirs qui ne sont pas dévolus par la loi au Comité Exécutif.D’une façon générale il édicte, modifie ou abroge les règlements concernant la paix et le bien-être général.Il adopte les budgets et autorise les règlements d’emprunt.C est lui qui nomme les chefs de services.Il ne peut toutefois se prononcer que sur les rapports que lui soumet le Comité Exécutif.En règle générale il est privé de tout droit d’initiative.Le Comité Exécutif:—La Ville est, en fait, gouvernée par un Comité Exécutif dont les cinq membres, y compris son président, sont élus par le Conseil, dès la première seance de celui-ci, après les élections.Ses membres conservent leur siège au Conseil.La gestion du budget demeure entre ses mains et il possède presque tous les pou-voirs administratifs et exécutifs.Il autorise seul sans le concours du Conseil, les contrats qui entraînent une dépense inférieure à $5,000.00.L Enseignement Primaire, Québec, Vol.I, N° 10, jiun 1942 L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE 859 Les notes qui précèdent décrivent la Constitution de 1921, dans l’état où elle se trouvait il y a deux ans, c’est-à-dire avec les modifications qui y furent apportées annuellement jusque là.XII — Vingt ans après — 1940 En 1940, près de vingt ans après l’inauguration du régime décrit plus haut, la dette fondée avait touché un nouveau sommet de $268,769,933.00 en fin d’exercice.A l’aide de toutes sortes de stratagèmes on avait rétabli l’équilibre budgétaire depuis une dizaine d’années.En février 1940, le budget était en déficit.En outre, l’administration avait à pourvoir, pour les deux ans à venir, à des échéances d’emprunts qui s’élevaient à $25,065.-500.00.La Ville devait en outre aux banques, la somme de $24,000,000 remboursable à même des règlements d’emprunts.Dans les neuf années à venir, il fallait faire face à $90,000,000 de nouvelles échéances.Incapable de renouveler ces emprunts, la municipalité était même impuissante non seulement à boucler son budget mais même à négocier un emprunt d’équilibre.La Législature mit la Ville de Montréal sous l’autorité de la Commission Municipale et modifia la constitution.Le Conseil, le Comité Exécutif et le Maire:—Depuis l’année 1940, Montréal compte onze districts électoraux dont chacun envoie six députés à l’hôtel de ville.Les propriétaires fonciers de chaque collège électoral élisent trois de ces mandataires, ceux de la catégorie A.Ceux de la catégorie B, au nombre de trois également, sont choisis par les électeurs de l’arrondissement, sans distinction.Enfin, treize associations que la loi détermine, nomment trente-trois délégués qui ont les mêmes prérogatives que les représentants mentionnés précédemment: ils forment le groupe C.La Chambre municipale comprend donc quatre-vingt dix-neuf conseillers.Chaque catégorie délègue à son tour deux représentants qui feront partie du Comité Exécutif.Les attributions du maire ne sont pas modifiées.Les pouvoirs du Conseil et du Comité Exécutif sont les mêmes que ceux des organismes précédents, avec quelques restrictions cependant, quant à ceux du premier.Emprunts:—La limitation des emprunts est abolie.Commission Municipale de Québec:—Depuis la fin de mai 1940, la Ville est temporairement sous le contrôle de la Commission municipale de Québec, laquelle a droit de véto sur toutes les décisions des autorités municipales.Elle peut en outre prescrire à celle-ci, et mettre en vigueur s’il y a omission ou refus d’obtempérer, les actes qu’elle juge nécessaires.Elle nomme et démet le personnel dont elle détermine les traitements et les conditions d’engagement.Elle fixe également le taux et le montant des impôts à prélever.Depuis deux ans, les emprunts ont cessé.La dette nette a diminué d’environ $2,500,000.00.Les dépenses ont été comprimées d’une façon appréciable.Enfin, les autorités étudient présentement un plan de finances qui, s’il est adopté, mettra fin aux embarras financiers de la municipalité, assurera l’équilibre de son budget et lui fera économiser annuellement des sommes considérables, à l’article du service de sa dette.Honoré Parent L’Enseignement Primaire, Québec, Vol.I, N° 10, juin 1942. 860 L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE Édouard Montpetit L’ÉCOLE AU CANADA FRANÇAIS Un Souci constant du Canada prançais L’école est le signe de l’esprit.Lorsque la France s’installe au Canada, un siècle après la découverte, son œuvre civilisatrice s’épanouit au souffle de l’imagination.Quelle diversité ! Les compagnies d’établissement rêvent d’exploiter le pays à leur profit; la marche des missionnaires, des explorateurs, des trafiquants, des soldats élargit les bornes d’un empire; les colons s’attachent à la terre et leur patience peuple la vallée laurentienne.Des villes se fondent et grandissent.Les seigneuries deviennent des villages.Au début du XVIIIe siècle, on compte soixante-dix paroisses et, quelques années plus tard, un voyageur compare les rives du fleuve à une route bordée de maisons.La paroisse réunit déjà autour du clocher une population vigoureuse, et renferme l’accord d’un monde très vieux à une vie nouvelle.v A Québec et à Montréal, jetées dans la splendeur primitive, les fondateurs se préoccupent de l’intelligence.L’école suit de très près le défrichement.Les Relations des Jésuites disent une volonté tendue vers l’enseignement; et l’histoire dégage des faits qui opposent une orientation précise aux reproches d’insouciance lancés contre le groupement français du Canada.Dès 1635 s’ouvrent à Québec une école primaire et un collège classique.Bientôt les Sulpiciens, fixés à Montréal, se livrent à l’instruction.Vers le même temps, l’Anglo-Saxon, dans son zèle religieux, jette les bases de l’institution qui deviendra l’Université Harvard.Les deux civilisations s’attachent donc à 1 école, avec le souci de la maintenir dans le cadre de leurs traditions.L abbé Amédée Gosselin relève, un siècle après l’éveil, en 1735, quinze écoles primaires pour garçons dans le district de Québec, dix dans la région de Montréal, et sept aux Trois-Rivières.Quinze maisons d’enseignement destinées à l’éducation des filles sont dirigées par les Ursulines, les Hospitalières et la Congrégation de Notre-Dame.A Québec le Séminaire s’affermit; à Montréal se dessine un enseignement secondaire que les Jésuites assument.Résultats modestes, mais dont on mesure l’importance aux difficultés vaincues.Le pays est vaste, la population peu nombreuse et dispersée.Le prêtre, pour remplir son ministère, parcourt 1 infini.Le climat, les maladies, la guerre, sapent les forces L’Enseignement Primaire, Québec, Vol.I, N° 10, juin 1942. L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE 861 de la jeune nation.Il y a des postes où l’école n’atteint pas.L’improvisation supplée l’enseignement organisé: des curés se font précepteurs; des fils de famille, maîtres d’école; des instituteurs ambulants relient les foyers dispersés.L’empressement se généralise.Toutes les classes de la société s’intéressent à l’école.Le clergé est le grand animateur.Depuis les Récollets, penchés sur les enfants des bois, l’apostolat ne se relâche plus.Mgr de Laval conduit dans le temps une foule de disciples.L’administration réclame une aide que la monarchie ne donne pas toujours.Les gens aisés y pourvoient; et le peuple prélève sur la précarité de ses ressources pour seconder le sacrifice.On donnerait en vain l’impression, que tout était parfait dans une colonie aussi jeune, perdue dans la solitude; mais l’école existe, même dans le plus profond passé.L’étude du français unifie la colonie que la pratique des patois eût divisée.Le programme de l’école primaire a la simplicité des anciens jours: lecture, écriture, calcul.Il répond aux besoins de l’heure.L’enseignement classique est identique à celui de France, tandis que l’enseignement que j’appelle professionnel, faute d’un mot moins moderne, prépare des artisans, des marchands, des marins et des découvreurs.Les professeurs qui viennent au Canada y apportent leurs méthodes et l’inestimable fécondité d’une discipline; ils dispensent une formation française.L’école, ainsi conçue, engage les habitudes de vie dans un sens canadien et français, avec une telle force que la nation continue de s’en nourrir après que la fortune des armes l’a séparée de la France.La conquête plonge la colonie dans des difficultés que va compliquer la révolution américaine: les institutions reflètent les troubles politiques.L’enseignement réagit contre les projets d’assimilation, jugés inacceptables par le clergé et la masse du peuple.Les Canadiens français restent attachés à leurs disciplines.L’isolement qui en résulte est sans doute déplorable, mais le souci des traits nationaux commande.Le gouvernement, changeant de tactique, confie à un Institut royal d’organiser l’enseignement, sous la direction du pouvoir public, et de répandre une doctrine officielle.Mgr Plessis est prêt à collaborer si on divise l’institut en deux sections, suivant la religion et la langue.Cette idée, dont la fécondité éclate aujourd’hui, passera plus tard dans la pratique.En 1824, puis en 1829, le législateur établit des écoles provinciales ou de district.Le clergé, bien qu’il n’y reconnaisse pas toutes les protections qu’il réclame, les accepte pour le bien qu’elles permettent d’accomplir.Cette période de réserve n’exclut pas les fondations; et les instituteurs ambulants poursuivent leur travail.Les écueils disparaissent sous l’Union.En 1846, l’enseignement est décentralisé et confié, dans chaque paroisse, à une commission dont le curé fait partie et sur laquelle L’Enseignement Primaire, Québec, Vol.I, N° 10, juin 1942. 862 L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE un surintendant exerce une autorité lointaine.C’est l’autonomie.L’école retrouve ses origines et devient confessionnelle, ce que les Canadiens français n’avaient pas laissé d’exiger.L’institution s’épanouit.En peu d’années, on y superpose des écoles normales; et un Conseil de l’Instruction publique sépare les catholiques des protestants, pour ne les réunir qu’en de rares occasions.La liberté religieuse s’installe définitivement.La Confédération sanctionne cette conquête.Fédérée, la province de Québec établit à sa guise son régime scolaire.L’enseignement primaire, fidèle à son passé, s’adapte néanmoins à l’esprit de la Constitution.La direction suprême émane du Conseil de l’Instruction publique.Des commissions, élues par le peuple selon sa croyance, nomment les instituteurs et gèrent l’école.Régime de liberté, de compréhension, auquel l’opinion canadienne n’a pas rendu l’hommage qui lui revient.Si les écoles françaises établies dans d’autres parties du Dominion ont à lutter contre des législations restrictives, les écoles de la minorité protestante jouissent, dans la province de Québec, de privilèges égaux à ceux des écoles catholiques.Le progrès a rayonné: plus de huit mille écoles primaires accueillent les enfants catholiques; et soixante et onze écoles normales forment les instituteurs, tant religieux que laïques.Est-ce là une province d’une ignorance étroite ?Toute son histoire révèle, au contraire, la générosité à l’égard de l’école, j’entends: la générosité de l’esprit.Malgré les dures étapes de la colonisation, les luttes politiques, le peu de ressources pécuniaires, la province de Québec apporte au Dominion la contribution de sa «petite école» où vibre un sentiment de justice et de liberté que l’on ne retrouve pas toujours ailleurs et qui constitue, dans les effervescences modernes, la vraie chance de vie pour notre pays.On connait bien l’Article 93 de la Constitution qui fut le rond-point de tant de déceptions.Il est vibrant de luttes et renferme l’attitude d’un siècle.Les deux parties en ont surveillé la rédaction d’un œil jaloux.Il est multiple et prudent.Ses affirmations ses précautions, ses espoirs, méritaient mieux que ne lui a donné la réalité.Tel qu il est, nous l’avons accepté, confiants que les autres l’entendraient ainsi que nous.Nous avons fait plus, nous l’avons respecté; et logiquement, puisqu’il exprime la suite et l’aboutissement de nos actes.Édouard Montpetit L Enseignement Primaire, Québec, Vol.I, N° 10, juin 1942. L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE 863 Philippe Perrier, V.G.L’ÉCOLE À MONTRÉAL On a dit, avec raison, que la paroisse avait été le rempart de notre nationalité contre tous les ennemis qui nous ont menacés.Mais à l’ombre du clocher paroissial, il y avait aussi la petite école qui a gardé à notre peuple son caractère propre.(( L’école de chez nous est née de la pensée et du coeur du curé )) (M.René Guénette).On la voit naître à mesure que les paroisses naissent et grandissent.Tout d’abord ce sont les congrégations religieuses qui eurent charge de l’enseignement primaire à Montréal comme ailleurs dans le Québec.Il serait intéressant de refaire dans le détail l’histoire de l’école à Montréal, depuis la première classe de Marguerite Bourgeoys dans l’étable qu’elle accepta de Maisonneuve jusqu’aux splendides palais scolaires que la Commission des Ecoles catholiques a érigés depuis sa naissance en 1845- Mais l’espace alloué ne me le permettra pas.Rappelons tout de même que la première école de Ville-Marie s’ouvrit le 25 novembre 1657.Dix ans plus tard, la communauté des Soeurs de la Congrégation était reconnue par l’autorité civile.Elle avait réussi à établir plusieurs classes à Montréal et, jusqu’en 1760, elle ouvrit plus de quatorze écoles dans les plus riches paroisses du Saint-Laurent.De leur côté, les Sulpiciens donnaient l’instruction aux enfants des Sauvages et des Français de la colonie.On se souvient que l’abbé Souard aimait à ajouter à sa signature ces titres divers: (( Supérieur de Saint-Sulpice de Montréal, premier curé de cette ville et premier maître d’école du pays.)) Le mérite des deux premiers essais d’enseignement pédagogique avant 1760 revient aux Soeurs de la Congrégation et aux Frères Charon qui travaillèrent si activement à la formation du personnel enseignant.Le régime français se forme avec un nombre d’écoles suffisant pour les besoins de la population de notre ville.Les Sulpiciens encouragèrent de leurs paroles et de leurs deniers ceux qui voulurent se consacrer à l’oeuvre de l’éducation des enfants.La communauté des Frères Charon bénéficia de leur bienveillant concours.Dans son hôpital Jean-François Charon ouvrit une école pour les orphelins à qui on enseigna la lecture, l’écriture et le calcul, en attendant qu’on pût les appliquer à des métiers.Il voulut aussi établir une école normale de maîtres d’écoles.« Par le grand fruit que font les Soeurs de la Congrégation à l’égard des filles, nous pouvons juger de celui que produiraient les maîtres d’écoles à l’égard des garçons.)) (( Tout en se vouant à la tâche colossale de bâtir un pays en forêt américaine, les Français trouvèrent le moyen de conserver toutes les caractéristiques spirituelles, toutes L’Enseignement Primaire, Québec, Vol.I, N° 10, juin 1942. 864 L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE les aspirations supérieures de leur race.Dans 1 ordre intellectuel et scolaire, on ne voit point qu’ils se soient comportés au Canada, autrement qu’ils ne l’eussent fait en une province de France.L’école est un témoignage.» Selon le mot de l’un de nos historiens, le petit Canadien de l’ancien régime aurait pu tenir le langage du jeune Éliacin : J’adore le Seigneur^ on m'explique sa loi.Dans son livre divin on m’apprend à le lire.Et déjà de ma main, je commence h l’écrire.L’intendant de Meulles, en 1680, écrit au ministre: (( Vous ne sauriez croire combien les filles de la Congrégation font du bien au Canada.Elles instruisent toutes les jeunes filles, de tout côté, dans la dernière perfection.» Quarante ans plus tard, ce sera un historien habitué à peser ses jugements, le Père Charlevoix, qui rendra à Marguerite Bourgeoys ce significatif hommage: « Sans d’autres ressources que son courage et sa confiance en Dieu, elle entreprit de procurer à toutes les jeunes personnes, quelque pauvres et abandonnées qu’elles fussent, une éducation que n’ont point, dans les royaumes les plus policés, beaucoup de filles, même de condition.)> En 1759, à la veille de la cession, la plupart des paroisses avaient leur école.Mais la conquête de 1760 portera le désarroi dans le système d’instruction publique.Les répercussions s’en feront sentir jusqu’à la Loi des Ecoles de Fabrique en 1824.Les communautés enseignantes pendant cent ans porteront le poids de l’enseignement populaire.Elles représenteront de vieilles et respectables traditions pédagogiques, constituant un capital matériel et moral en état, avec un peu d’aide, de mettre au plus bas coût le service social de l’enseignement.Elles s’harmoniseront avec les traditions nationales et religieuses de la population.Les projets de 1789 empêchèrent le développement de nos écoles.Ils avaient eu pour principal auteur l’évêque Inglis; le nouveau projet d’écoles anglaises sera emprunté à l’évêque de Québec, Jacob Mountain.Puis vint l’Institution royale.Mais nos évêques miséreux, fidèles aux exemples de leurs prédécesseurs, ne seront pas seulement des hommes qui parlent; ils agiront.Leurs premières ressources, ils les emploieront à des fondations de petites écoles pour lesquelles ils donnaient le terrain, le local, le salaire des maîtres, fournissant, en outre, les écoliers de tout le nécessaire: livres, papier, vêtements quelquefois.Les prêtres de paroisse imiteront le dévouement épiscopal.Une figure familière à cette époque, c’est celle du curé fondateur d’école.L’école pour ces prêtres du Canada français est comme une annexe obligatoire de l’Église, un surgeon du clocher.D autre part, les Sulpiciens inaugurent en 1796 un mouvement scolaire qui ira toujours en grandissant.Outre les deux écoles déjà existantes, M.Roux, curé de Notre-Dame, en ouvrit une nouvelle au faubourg Saint-Laurent, et dans la suite plusieurs autres a Bonsecours et au faubourg Saint-Joseph.« Des cinquante-deux écoles, L Enseignement Primaire, Québec, Vol.I, N° 10, juin 1942. L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE 865 dit Jacques Viger, qui existent en 1825, dans Montréal et la banlieue, il y en a vingt-cinq sous la direction du clergé et des religieuses de l’Église catholique, sans compter les 300 écoliers du séminaire fondé par le sulpicien Curatteau en 1767.» 1200 enfants, au moins, reçoivent presque gratuitement l’instruction dans les langues française et anglaise.Dans le diocèse de Montréal, en 1822, l’évêque peut recenser 115 écoles fréquentées par 3,202 écoliers.La loi des écoles élémentaires de 1829 expirait au 1er mai 1836.« C’est aujour- d’hui, disait la Minerve, qu’expire une loi vitale et importante pour la colonie.Le Conseil législatif, dans sa fureur et sa folie, a fermé 1,665 écoles élémentaires; il en a chassé 40,000 enfants.C’est donc avec la livrée du deuil que nous annonçons ce fait.)) Il faudra que nos pères attendent après l’Union, sous la constitution de 1841, pour que l’instruction prenne de plus grands développements.On jouit alors du régime municipal et les pères de famille sont enfin appelés à dire leur mot dans cette grande cause qui les intéresse avant tout: l’avenir de leurs enfants.C’est en 1845 que les écoles publiques de Montréal furent mises pour la première fois sous le contrôle d’une corporation composée de douze commissaires d’école nommés par le Conseil municipal de cette ville, dont six catholiques et six protestants, chaque bureau formant une corporation distincte.En 1869, cette organisation fut changée; les commissaires furent nommés par le Lieutenant-gouverneur et le Conseil de la Cité.Un autre changement se fit en 1894.La commission se compose alors de neuf commissaires: trois sont nommés par le Conseil des Ministres, trois par l’Archevêque de Montrai et les trois autres par le Conseil de Ville.Cette commission administrait les écoles de l’ancienne commission.Bientôt il y eut dans la ville et les villes annexées trente-six commissions scolaires indépendantes, suivant la formation de nouvelles paroisses.Puis on eut une centralisation mitigée; une commission centrale avec quatre commissions de district: nord, est, centre et ouest.Après deux autres modifications l’on est revenu à une commission composée comme jadis: neuf membres dont trois nommés par l’Archevêque, trois par le Conseil des ministres, et trois nommés par l’Hôtel-de-Ville.Il ne manquerait pas d’intérêt de suivre par le détail le développement des écoles et leur accroissement depuis 1847.À partir de cette date les Soeurs de la Congrégation de Notre-Dame continuent d’enseigner dans des écoles qui leur appartiennent; elles en ouvrent d’autres; mais elles reçoivent des subventions de la Commission des Ecoles catholiques.L’Externat Notre-Dame, fondé en 1657 par la vénérable Marguerite Bourgeoys, devait se transformer en Ecole Notre-Dame.À l’école de la Visitation fondée en 1833 par les MM.de Saint-Sulpice, en faveur des jeunes filles pauvres du Quartier Visitation, ci-devant Faubourg Québec; à l’école Saint-Joseph fondée en 1836 encore par nos Messieurs pour l’instruction des filles pauvres de ce quartier; à l’école Bonsecours sur la rue Notre-Dame, en 1838, s’ajoute une liste respectable d’écoles au nombre de 29 avec 11,931 élèves, sous la direction de la L’Enseignement Primaire, Québec, Vol.I, N° 10, juin 1942. 866 L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE Commission des Écoles catholiques de Montréal.Elles ont, en plus, 4 écoles avec 3,772 élèves dans Verdun; 1 école avec 450 élèves dans Westmount.Elles possèdent ensuite neuf couvents ou écoles indépendantes avec 1,300 élèves.Mentionnons le Collège Marguerite Bourgeoys et l’Institut pédagogique.À cette vaillante congrégation qui remonte à nos origines sont venues se joindre plusieurs autres congrégations qui dans Montréal revendiquent leur noble part dans l’oeuvre éducationnelle.Soeurs Grises Dans leurs diverses maisons d’hospitalisation elles donnent l’instruction et l’éducation à 1000 enfants.Soeurs de Sainte-Anne Cette communauté possède 17 écoles dans la ville de Montréal avec 8,636 élèves.Elle dirige 2 écoles indépendantes: a) le Pensionnat l’Ange-Gardien, à Saint-Henri, fondé en 1897.Lors de la fondation, 261 élèves; en 1942, 208; b) le pensionnat Sainte-Angèle, à Sainte-Cunégonde, fondé en 1888.Lors de la fondation, 155 élèves; en 1942: 227.Soeurs de Sainte-Croix Elles sont chargées de 20 écoles avec 11,621 élèves, sous la direction de la Commission scolaire.Elles possèdent une école indépendante dans la paroisse de Sainte-Cécile.C’est une école primaire supérieure de 295 élèves.Elles ont un pensionnat à Notre-Dame-des-Neiges (196 élèves).Soeurs des SS.NN.de Jésus et de Marie Elles dirigent dans la ville de Montréal: a) 23 écoles subventionnées avec 17,720 élèves; b) à Outremont: 2 écoles avec 1,175 élèves.Elles possèdent, en outre, 4 couvents indépendants avec le pensionnat d’Outremont où il y a un jardin d’enfants, un collège classique pour filles, un institut de musique.Soeurs de la Providence Ces religieuses possèdent 12 écoles dans la ville de Montréal; neuf écoles indépendantes, une semi-indépendante, une sous le contrôle de la Commission scolaire.Il y a dans ces écoles 1993 élèves.Elles ont la charge de l’Institution des Sourdes-Muettes.Cette oeuvre, ayant pour fin l’éducation des sourdes-muettes, débuta avec deux élèves en 1851, à la Longue-Pointe au pensionnat de la ferme Saint-Isidore, à la demande de Mgr Ignace Bourget, évêque de Montréal.Elle fut continuée en 1858 à l’hospice Saint-Joseph, rue Mignonne (paroisse Saint-Jacques), puis transférée en 1864 dans une construction élevée à cette fin sur un terrain donné par M.Côme-Séraphin Cherrier, me Saint-Denis.Lors de son transfert de la Longue-Pointe à l’hospice Saint-Joseph en 1858, le nombre des élèves s’élevait à 32; et en 1864, à 50.L Enseignement Primaire, Québec, Vol.I, N° 10, juin 1942. L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE 867 En décembre 1887, à la demande de plusieurs bienfaiteurs de l’Institution et au désir exprimé par des personnes influentes du quartier, avec l’approbation de Sa Grandeur Mgr Fabre, on ouvrit un Jardin de l’Enfance.Onze élèves s’inscrivirent dès la première heure.Présentement 196 garçonnets y reçoivent l’éducation primaire.En mai 1938, après avoir approuvé le programme d’études particulier à l’Institution des Sourdes-Muettes, le Comité Catholique du Conseil de l’Instruction publique reconnaissait officiellement « L’Institution Chanoine F.-X.Trépanier )) comme École Normale pour la préparation des maîtresses spécialisées dans l’enseignement des sourdes-muettes, et approuvait le programme préparé spécialement pour cette école.L’Institution des Sourdes-Muettes est située dans la paroisse St-Louis de France.Nombre d’élèves sourdes-muettes en 1942: 251.s Elles ont, en plus, l’Ecole Emmélie Tavernier, Hôpital Saint-Jean de Dieu, Gamelin (Montréal).En 1930: 75 enfants des deux sexes (arriérés-mentaux); en 1942: 300 enfants des deux sexes, aussi arriérés mentaux.v A ces grandes communautés enseignantes: Soeurs de la Congrégation, Soeurs de Jésus-Marie, Soeurs de Sainte-Anne, Soeurs de Sainte-Croix, viennent se joindre les Filles de la Sagesse.Cette communauté ne possède qu’une école à Montréal; c’est l’école Gédéon Ouimet située dans la paroisse Saint-Eusèbe-de-Verceil.Construite en 1914, l’école Gédéon Ouimet fut ainsi nommée en l’honneur de l’ancien Premier Ministre qui fut aussi le troisième Surintendant de l’Instruction publique de la Province.L’école ouvrit ses portes en novembre 1914 à près de 350 élèves répartis en six classes.Dès l’année suivante, il y avait onze classes qui fonctionnaient.Jusqu’en 1919, l’école était considérée comme école maternelle et n’admettait les élèves que jusqu’à la 4ième année.Ce n’est donc pas la somme des diplômes obtenus qui stimulait le zèle des maîtresses, mais bien celle des premières communions; apostolat bien rude parfois, mais bien consolant aussi.Actuellement, l’école compte de 600 à 700 élèves répartis en 18 classes: de la 1ère à la 9ième.Soeurs du Sacré-Coeur Elles possèdent, au Sault, un pensionnat de 100 élèves; et, au demi-pensionnat de l’avenue Atwater, 200 externes ou demi-pensionnaires.Petites Franciscaines Missionnaires de Marie Le 5 septembre 1912, le Révérend Père Amé, franciscain, premier curé à Saint-François-Solano, fait appel à la communauté des Petites Franciscaines de Marie pour avoir des religieuses à la direction de son école; immédiatement, la maison mère délègue de Baie Saint-Paul, cinq religieuses qui reçoivent le meilleur accueil du Pasteur et des paroissiens.150 élèves, garçons et filles, leur sont confiés.Le labeur est particulièrement pénible à ses débuts: le local à la disposition des religieuses laissant beaucoup à désirer.C’est en septembre 1914 que l’on entre dans la nouvelle école du Sacré-Coeur de L’Enseignement Primaire, Québec, Vol.I, N° 10, juin 1942. 868 L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE Jésus, construction sise angle des rues Masson et Charlemagne.En mai 1931, l’école change son nom en celui de « Madeleine d’Ailleboust ».Lors de la fondation: 150 élèves; à l’heure actuelle: 416.J s Les Petites Franciscaines Missionnaires de Marie dirigent aussi l’Ecole Marie Rollet, dans la paroisse de Saint-Jean-Vianney.Cette école fut fondée en septembre 1920.Nombre d’élèves: à) lors de la fondation: 80; b') en 1942: 206.Soeurs de l’Assomption de la Sainte Vierge Elles ne possèdent qu’une école dans le diocèse de Montréal.Elles en ont pris charge en 1930, dans la paroisse du Christ-Roi.Environ 125 élèves lors de la fondation.En 1942: 260.Arrivée des Frères des Écoles Chrétiennes a Montréal Le 7 novembre 1837 arrivaient à Montréal, après un voyage de trente-deux jours sur mer, les Frères Aidant, Adalbertus, Rombaud et Euverte.Ils furent reçus par les Messieurs de Saint-Sulpice qui leur cédèrent quatre petites salles, au troisième étage de l’aile droite du Séminaire.Bientôt, on les installa en face du Séminaire, rue Notre-Dame, à l’angle de la rue Saint-François-Xavier; et leur école s’ouvrit l’avant-veille de Noël.Deux cents élèves furent admis.Bien d’autres voulurent se faire accepter.En septembre 1838, les élèves se présentèrent plus nombreux que jamais.L’Ecole Saint-Laurent fut ouverte le 16 novembre 1840.On y installa les classes de la rue Notre-Dame et celles ouvertes précédemment tout auprès, dans les remises Laframboise.C’était un grand pas dans l’histoire de l’éducation de Montréal.Un fait allait se produire à Saint-Laurent et qui se répétera à chaque fondation d’école, au cours de plus d’un siècle: à peine bâtie, la maison devenait trop petite pour ses huit cent soixante écoliers répartis en huit classes, dont quatre de langue anglaise.Trois classes nouvelles furent ouvertes en 1843, dans l’ancien Collège de Montréal, à l’extrémité ouest de la rue Saint-Paul; deux autres au sous-sol du palais épiscopal, ou presbytère Saint-Jacques.L’année suivante, deux classes anglaises s’établirent à 1 angle des rues Sainte-Hélène et des Récollets.Dès 1845, huit frères vont au faubourg Québec, d’autres enseignent au quartier Saint-Joseph (1863), à la Côte-des-Neiges (1864) et au quartier Saint-Antoine (1873).On n’a qu’à se louer des succès remportés par les Frères que la vertu du vénérable de La Salle a légués à l’univers, et que la générosité des Messieurs de Saint-Sulpice a procurés a la ville, au diocèse, au Canada, aux États-Unis.Ce n était pas la première fois que les Frères prenaient contact avec Montréal.En 1695, Saint-Jean-Baptiste avait fourni à la Nouvelle-France un maître d’école formé à son école, Antoine Forget.Plus tard, en 1737, les FF.Denis et Pacifique furent envoyés au Canada pour essayer de sauver l’oeuvre des Frères Charon.Mais cette tentative n eut pas de suite.Ce n’est qu’un siècle plus tard, en pleine tourmente révolutionnaire de 1837, que Montréal reçut, fort discrètement d’ailleurs, les quatre premiers Freres de cette belle Congrégation.L’Enseignement Primaire, Québec, Vol.I, N° 10, juin 1942. L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE 869 Mont-Saint-Louis (1888) Les Frères voulurent doter Montréal d’un grand pensionnat comme plusieurs villes de France en comptaient déjà: celui de Passy, dans la banlieue parisienne, était cité comme un modèle du genre.Lors de la célébration de son cinquantenaire, Mgr Gauthier pouvait dire: «Je suis heureux de profiter de cette occasion pour redire aux Frères des Ecoles Chrétiennes toute l’admiration que leur porte l’archevêque de Montréal et le clergé du diocèse où s’exerce si efficacement Faction bienfaisante de votre magnifique institution.)) Je sais mieux que personne l’action religieuse profonde exercée au Mont-Saint-Louis par des hommes qui mettent la prière et le sacrifice à la base de leur influence éducationnelle.De ce sens religieux, de cette vie surnaturelle intense, je félicite les Frères, je les en remercie également et je les exhorte à continuer.C’est parce qu’il compte nombreux les religieux intérieurs que le Mont-Saint-Louis a pu vous inculquer avec les notions du savoir humain, le sens de vos responsabilités, le souci de la morale publique et le renoncement nécessaire aux grandes réalisations.Les Frères des Écoles chrétiennes ont 14 écoles, dont 13 à Montréal et une à West-mount, avec un chiffre de 9,550 élèves.Dans le Mont-Saint-Louis, ils se vouent à l’éducation d’environ 550 élèves.Ils dirigent, en plus, l’Institut pédagogique Saint-Georges.L’oeuvre scolaire de Montréal s’élargit avec les fondations de plusieurs communautés religieuses enseignantes; le grand évêque ouvrit largement son diocèse et sa ville épiscopale à des communautés enseignantes originaires de France.À la voix de Mgr Bourget, onze congrégations arrivaient et Je chiffre des écoles du Canada français allait, en vingt ans, s’élever de douze cents, fréquentées par trente-huit mille enfants, à près de trois mille six cents, peuplées de cent soixante-dix-huit mille écoliers.Le 8 mai 1886, arrivaient des Freres de F Instruction chrétienne.Ces Frères répondaient à l’appel de Mgr Fabre et du R.P.Turgeon, S.J., recteur du Collège Sainte-Marie.Après une tentative infructueuse d’établissement à Saint-Denis-sur-Richelieu, les Frères de l’Instruction chrétienne commencèrent leur oeuvre éducatrice au Canada, au Collège Sainte-Marie et à Chambly en septembre 1886.Ils venaient augmenter le nombre des religieux venus de France apportant leur belle culture et leur attachement aux règles de leurs communautés, affrontant partout le sacrifice avec un sourire.Les Frères Norbert et Daniel-Marie ouvraient leur premiere ecole dans la paroisse de l’Immaculée-Conception, dirigée par les Pères Jésuites.Aujourd hui, dans les anciennes limites de cette paroisse, les Frères de 1 Instruction chrétienne dirigent cinq grandes écoles avec un personnel de 90 frères et environ 3,500 eleves.Au printemps de 1897, deux mois seulement avant la fin de 1 année scolaire, s ouvrait à Montréal dans la paroisse de Sainte-Élisabeth, leur deuxième établissement de la grande métropole canadienne.L’Enseignement Primaire, Québec, Vol.I, N° 10, juin 1942. 870 L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE Mgr Bruchési disait, en 1906: « Nous sommes heureux de reconnaître tout le bien accompli par les Frères de l’Instruction chrétienne dans notre diocèse, et c’est de tout coeur que nous bénissons l’oeuvre de leurs juvénats.)) Ils dirigent 10 écoles avec 5,480 élèves.Clercs de Saint-Viateur Appelés également par Mgr Bourget, les Clercs de Saint-Viateur dirigent huit écoles dans la ville de Montréal, avec 5,258 élèves; une école primaire supérieure avec 368 élèves.Ils ont aussi charge de deux écoles dans Outremont, avec une population scolaire de 452 élèves.L’une d’elles possède un cours primaire supérieur.N’oublions pas de mentionner leur Institution des Sourds-Muets avec leurs 290 élèves.Les Freres Maristes possèdent dans la ville de Montréal quatre écoles subventionnées, avec une population scolaire de 2,370 éièves.Les Freres de Saint-Gabriel dirigent à Montréal les institutions suivantes: 1.Ecole Christophe-Colomb, paroisse Saint-Arsène, fondée en 1909.Nombre d’élèves: 88 en 1909 et 1,026 actuellement.Elle a fourni 300 élèves à l’école Cassegrain dirigée par des laïques.2.Ecole Saint-Etienne, paroisse Saint-Etienne, fondée en 1915- Nombre d’élèves: 120 en 1915 et 426 actuellement.3.Orphelinat Saint-Arsène, paroisse de Villeray, fondé en 1906.Nombre d’internes: 60 en 1906 et 430 actuellement.4.Patronage Saint-Vincent-de-Paul, paroisse Notre-Dame, fondé en 1892.Nombre de protégés ., près de 100 actuellement.Dans Outremont: École Lajoie, fondée en 1920, paroisse Sainte-Madeleine.Nombre d’élèves: 160 en 1920 et 400 actuellement.Section française: 210; section anglaise 190.Dans Montréal-Est.École Richard, paroisse Saint-Octave, fondée en 1928.Nombre d élèves: 115 en 1928 et 109 actuellement.Frères du Sacré-Coeur Ils ont dans la ville de Montréal six écoles sous le contrôle de la Commission scolaire, avec 2,608 élèves.En plus, ils ont trois écoles sous le contrôle de la Commission scolaire de Verdun, avec 1,452 élèves.Frères de la Charité Outre 1 École de Réforme, fondée en 1873 dans la paroisse Saint-Jacques de Montréal, et depuis 1931 transférée dans la paroisse Saint-François d’Assise, école subventionnée par le Gouvernement de Québec, les Frères de la Charité dirigent une école des commissaires dans la paroisse Saint-François d’Assise.yp L Enseignement Primaire, Québec, Vol.I, N° 10, juin 1942. L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE 871 Frères de Sainte-Croix Les Frères de Sainte-Croix dirigent, dans la ville de Montréal, cinq écoles dont le nombre des enfants s’élève à 2,269 élèves.Ils ont, en plus, une école indépendante: Collège de Notre-Dame, avec une population scolaire de 450 élèves Frères de la Présentation Cette communauté, venue d’Irlande vers 1908, possède cinq écoles à Montréal dans les paroisses de Saint-Gabriel, Saint-Patrice, Saint-Michel, Saint-Aloysius.L’une de ces écoles est le (( Catholic High School of Montreal )).Ecoles laïques Les communautés d’hommes et de femmes ne revendiquent pas le monopole de l’enseignement.Au surplus, elles se sont vu déborder.Elles n’ont pas assez de sujets pour subvenir aux demandes nombreuses d’éducateurs et d’éducatrices.Les laïques sont nombreux dans l’enseignement.On les trouve travaillant en collaboration intime avec les religieux ou dans les écoles composées d’un personnel entièrement laïque.La Commission des Écoles catholiques possède ainsi 54 écoles françaises dirigées par des professeurs laïques: 40 pour garçons et 14 pour filles; elle dirige également 18 écoles anglaises d’institutrices: 12 pour garçons et 6 pour filles Ce sont des écoles profondément chrétiennes comme celles dirigées par les religieux ou religieuses.Concluons avec M.René Guenette, le distingué directeur de l’École canadienne: «À l’occasion du troisième centenaire de la fondation de notre ville, l’école faisant un retour sur le passé, peut se rendre Je témoignage qu’elle n’a pas tourné le dos aux disciplines spirituelles que lui avaient léguées ses fondateurs.Par le fait même, elle voudra, sans craindre, prendre l’engagement d’y rester passionnément fidèle.)) Mais ajoutons que, tout en glorifiant le passé, nous reconnaissons ses lacunes.Adaptons notre enseignement au présent, aux exigences de l’ordre nouveau qui s’annonce.Le passé nous a conduits, tous, au moment actuel et au seuil de l’avenir.Former des cerveaux: oui; mais il est plus difficile encore de former des caractères et des consciences.Il faut cultiver la personnalité de l’enfant.Mgr Dupanloup affirme: (( Je n’ai jamais rencontré de personnalité plus profonde que chez les enfants )).Apprenons-leur à penser, à vouloir, à agir, conformément aux exigences de la raison illuminée par les splendeurs de la foi.Développons la passion de 1 étude, pour que ceux qui viendront après nous puissent goûter (( la joie de connaître )> et de vivre intensément leur vie catholique et française.Philippe Perrier, V.G.L’Enseignement Primaire, Québec, Vol.I, N° 10, juin 1942. S72 L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE Marie-Claire Daveluy LA SOCIÉTÉ FÉMININE À MONTRÉAL, SOUS LE REGIME FRANÇAIS Les femmes des gouverneurs Nous avons plaisir à présenter, à l’occasion du troisième centenaire de Montréal de petits tableaux rapidement esquissés de la société féminine de notre ville sous le régime français.À côté des héroïnés consacrées vont prendre place des figures moins connues qui ont tenu un rang considérable à leur f époque.Ces femmes des gouverneurs, car il s’agira principalement d’elles, accomplirent certains gestes publics à côté de leurs maris, elles donnèrent le ton, réprimèrent ou lancèrent quelques modes, établirent des coutumes.La sociabilité, si naturelle aux femmes, ne manquait point à nos aïeules, souvent filles de grandes familles ou de familles anoblies de fraîche date, ou encore appartenant à la bonne bourgeoisie.Rappelons, par ailleurs, qu’en Nouvelle-France, au XVIIe et au XVIIIe siècles, les classes sociales demeuraient moins nettement séparées que dans la vieille France.Une jeune colonie ne pouvait pratiquer de rigorisme absolu, dans quelque domaine que ce fut, sous peine de nuire à son développement ou à la bonne harmonie qui aide au progrès.Puis, comme dans tous les pays neufs, la valeur personnelle comptait pour beaucoup, il fallait se débrouiller sans cesse, renverser ou contourner les obstacles, créer l’outil sur place, et surtout se défendre, le mousquet à la main, homme ou femme, en conduisant la charrue ou en agitant les berceaux.Les lettres de noblesse, du reste, ne manquaient point d’être conférées par le roi, dès que dès actions d’éclat, l’impôt du sang, des services sociaux éminents, se démontraient clairement.Signalons les familles des Couillard, des Aubert de la Chesnaye, des Denys, à Québec; des Le Moyne et des Le Ber, à Montréal; des Boucher, des Hertel et des Godefroy aux TroisrRivières; leurs états de service furent tôt reconnus, appréciés et récompensés.1642-1665.Paul De Chomédey De Maisonneuve (1612-1676) Premier gouverneur de Montréal.Un quart de siècle vit M.de Maisonneuve, un célibataire, commander aux destinées ac la petite cité de Notre-Dame.Y eut-il une vie sociale possible, à Ville-Marie, autour de ce Fort, dans les pièces sévères, où l’on sc rassemblait aux heures de péril, L Enseignement Primaire, Québec, Vol.I, N° 10, juin 1942. L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE 873 ou 1 on vint même demeurer deux ans, durant une sanglante détresse publique, de 1651 à 1653 ?Cependant, le courage de ces Français et de ces Françaises rendait toujours possible le sourire sous les larmes, la grâce d’une riposte, la saveur d’un bon mot; au moindre répit, on relevait le front, prêt avec quel entrain émouvant à se lancer de nouveau a 1 attaque, a se défendre, jusqu a la mort.Montréal a certes connu la générosité française, tout comme la furia francese, qu’on pourrait symboliser par le geste d’une main qui se tend volontiers vers autrui, mais qui dégaine avec la rapidité de l’éclair des qu elle se voit repousser avec dédain ou mépris.Sous M.de Maisonneuve, toutes les qualités de l’âme française se marquèrent d un trait si profond qu’on en vit rarement ailleurs l’équivalent.Ce fut, vraiment, pour une personnification totale de l’héroïsme, (( le milieu, la race, le moment )).C’est que les dons naturels des âmes des Montrealistes devaient leur caractère achevé à une foi que 1 on a comparée, pour mieux la définir, à celle des chrétiens de l’Église primitive.Les fondateurs de Montreal furent des mystiques qui ne songèrent qu’à surnaturaliser leurs moindre gestes.Pour le Christ d’abord, puis pour la France et le roi ! Nous avons parlé tout a 1 heure du célibat de M.de Maisonneuve.En somme, cela mettait peu d ombre dans la vie en commun des colons.L’époque maintenait chacun trop en alerte, et les ennemis se montraient sans merci comme sans repos dans l’attaque perfide.Puis, il y avait Jeanne-Mance (1606-1673), cette femme d’une bonté et d’une tendresse qui se prodiguaient envers tous; cette pourvoyeuse géniale de Ville-Marie sans cesse menacée d’extinction; cette « sœur de Charité, a écrit Salone, qui fut le premier lieutenant de M.de Maisonneuve en Europe comme en Amérique)).La petite communauté, le noyau social montréalais qu’était-ce en ces époques ?Voici un tableau de Ville-Marie au lendemain de la fondation, cueilli dans les pages des Veritables Alotifs des Messieurs et Dames de la Société de Notre-Dame de Montréal pour la conversion des Sauvages de la Nouvelle-France, parus en 1643, sans nom d’auteur, de lieu, ni d imprimeur.« L edifice d’un fort de défense, d’un hôpital pour les malades et d un logement, déjà capable pour 70 personnes qui y vivent et que l’on augmente tous les jours, avec deux pères jésuites qui leur sont connus comme pasteurs, y ont chapelle qui sert de paroisse, sous le titre de Notre-Dame à laquelle avec l’île et la ville qu’on y désigne sous le nom de Ville-Marie, elle est dédiée.On y fait le pain bénit, processions aux bonnes fêtes, le salut du Saint-Sacrement, les jeudis au soir au retour de la journée des ouvriers, exhortations, baptêmes des Sauvages, et mariages, quand il s’en présente, et autres cérémonies de l’Église, vivant, la plupart en commun, comme a une manière d'auberge, les autres de leur revenu, en particulier, mais vivant tous en J.-C.en un cœur et une âme représentant en quelque façon la forme de la primitive Église.)) Aux cotés de Jeanne Mance, il y avait madame de la Peltrie, première visiteuse de marque de Montréal, et Charlotte Barré, sa dame de compagnie, une bourgeoise distinguée.Durant l’été de 1643, apparaît madame Louis d’Ailleboust de Coullonges, née Barbe de Boullongne.Auprès de cette jeune femme, de trente ans à peine, belle, intelligente, gracieuse, d’une piété profonde, prenait place, sa sœur Philippine, personne discrète et fort réservée, toutes attitudes convenant à la future religieuse de 1648.Sa L’Enseignement Primaire, Québec, Vol.I, N° 10, juin 1942. 874 L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE bonne grâce la rendait néanmoins cordiale, puisqu’on la plaisantait, parfois, sur les résultats de ses pratiques de dévotion.« Un jour qu’un Iroquois poursuivi, se réfugiait dans la cour de l’Hôtel-Dieu, bousculant Mlle de Boullongne, qui s’y promenait en récitant son chapelet, les Montréalistes qui capturèrent le Sauvage, remarquèrent en riant que les prières de Mlle de Boullongne étaient bien puissantes puisque les prisonniers allaient presque tous se jeter dans ses bras ».(Paillon).Il y eut, en outre, de petites sociétés dans cette communauté qui ne comptait pas encore cent membres.Très plaisamment, M.Massicotte voit une première « Société des Dix » dans la fraternité d’œuvres et de prières créée par Maisonneuve et composée de cinq hommes et de cinq femmes: MM.de Maisonneuve, Lambert Closse, Lucot dit Barbeau, Gilbert Barbier, Louis Prudhomme; Mesdames de la Pel trie, d’Ailleboust, Mlles Jeanne Mance, Philippine de Boullongne et Charlotte Barré.« Ils ne s’appelaient que frères et sœurs, écrit Sœur Morin, s’étudiant à se déférer en tout, a servir tous les autres (premier service social, à Montréal ?) quand ils auraient besoin d’eux, à les consoler, à servir les malades, etc; ils firent quantité de neuvaines et de pèlerinages à la Montagne à pied, dans le risque de leur vie, à cause des Iroquois.tout étant en bois debout et forêts fort épaisses.cela ne refroidissait point la dévotion de ces dames.Ce qu’elles firent pendant 9 jours de suite en la compagnie des 5 frères, et de quelques autres encore.» 1668-1683.—François-Marie Perrot (1644-1691) deuxieme gouverneur de M.ontréal Madeleine La Guide-Meynier, sa femme La société montréalaise changeait un peu d’aspect depuis quelques années.Aussi bien, la jeunesse d'origine montréalaise, avait poussé, grandi, affirmé sa personnalité depuis 1648, date de la naissance du premier enfant né de parents européens, à Montreal.L effort colonisateur avait apporté ses résultats lents encore mais réels.Plus de mouvement, de gaieté, et même parfois de regrettables incidents publics.L on attendait 1 intendant Jean Talon, accompagné de François-Marie Perrot, nomme gouverneur de Montréal depuis la démission officielle de M.de Maisonneuve, à la fin de l’année 1668.M.Perrot était marié à Madeleine La Guide-Meynier, la nièce très chère de l’intendant Talon ce qui explique la faveur dont put jouir ce gouverneur nonobstant les reproches très fondés de ses contemporains à l’égard de son administration tumultueuse, xihe se prolongea durant près de quatorze ans.Le silence entoura les gestes de Made-Line La Guide-Meynier durant ces années où elle agissait en qualité de « première dame de la Cité ».Elle déplorait, en les excusant, sans doute, les écarts publics de son mari; par affection ou par intérêt, il était peut-être parfait pour elle.Puis, ses enfants naquirent au Canada, pour la plupart, ce qui la tenait éloignée des manifestations au dehors, tout comme des reunions mondaines.Elle fut chérie, redisons-le de l’intendant Talon,^ comme en témoigne son testament daté de 1694.Il porte cette clause: «Je L^ue à Madeleine La Guide-Meynier, femme de M.Perrot, la terre et vicomté de Ville- L’Enseignement Primaire, Québec, Vol.I, N° 10, juin 1942. L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE 875 Jouy-sur-Vigne et dépendances, de même que la maison, les terres et les vignes qui m’appartiennent; substituant tout aux enfants de Aî.Perrot et dame, vivants au jour de mon décès; je lègue à Madeleine Perrot, sa fille et ma nièce, la somme de deux mille écus pour aider à la mettre en religion si Dieu lui en inspire le dessein ou pour aider à son mariage voulant qu’à cet effet cette somme soit placée le plus sûrement qu’on pourra, afin qu elle ne soit pas dissipée avant le temps de P emploi à sa destination.Nous tenions à citer ces clauses dans le texte original.Elle nous permettent de lire entre les lignes.Le clair esprit et l’âme probe de Talon ne voyaient que trop les dispositions morales douteuses, en affaires, de son neveu par alliance.Aussi, protégea-t-il sa nièce contre toute ingérence dont on pouvait suspecter l’honnêteté.Nous avons été frappée de l’effacement complet de cette jeune femme qui pouvait si bien trouver à Montréal des femmes distinguées ayant son âge et ses goûts.Mais avec ce mari qui emprisonnait juge, citoyens éminents, délégués, officiels, pour peu qu’il lui déplut d’être accusé par eux de contravention à la loi, concernant la traite des fourrures qu’il pratiquait avec quelle audace et quelle impunité sur Tîle Perrot.Cette île, il avait désiré qu’on la lui concédât avec cette intention, justement, d’arrêter les Sauvages à ses comptoirs afin d’en acheter à vil prix, ou avant tout autre, en tout cas, les peaux les plus lucratives.Frontenac eut raison pendant un temps de cet habile trafiquant.Mais il dut employer la ruse.Alors, cette pauvre Madame Perrot, que vouliez-vous qu’elle fit ?Par exemple, en face du juge Charles d’Ailleboust des Mus-seaux et de sa femme, Catherine de Repentigny, des victimes de son mari; ou encore, de Jacques Le Ber, du Major Bizard, le mari de Jeanne-Cécile Closse, d’autres victimes de son mari ?Elle se trouvait vis à vis de ces vieilles familles influentes de Ville-Marie, dans quelle situation délicate ! Elle s’effaça donc, se consacrant exclusivement à l’éducation de ses enfants.* * * 1683-1699.—Louis-Hector de Callières (1646-1703) troisième gouverneur de Montréal Monsieur Perrot que les montréalais mécontents ne virent rappeler qu’à la fin de l’année 1683, fut soudain remplacé par deux gentilshommes à la fois : Huneau des Rivaux et le Chevalier Louis-Hector de Callières.Celui-ci finalement demeura maître de la situation, grâce à l’influence de son frère, Jacques de Callières, écrivain et diplomate fort bien en cour.Le Chevalier de Callières un célibataire, fut un des gouverneurs les mieux doués que Montréal ait jamais possédés, M.de Maisonneuve excepté.Tous s’inclinaient devant l’autorité qu’il détenait.On le trouvait courtois, agréable, charmant à certaines heures.Habile à se maintenir en place, comme à monter en grade, M.de Callières fut un diplomate achevé, qui sut manier avec dextérité, les tribus sauvages qui entouraient les Français.Il eut, cependant, pour d’assez mesquines raisons ou questions de préséance, des démêlés regrettables avec Mgr de Saint-Vallier.L’affaire du prie-Dieu à Montréal, vers 1695, jettera toujours de l’ombre sur le rôle de ce gouverneur, dont on n’épargnât pas à cette occasion la conduite privée qui n était sans doute pas sans reproche.L’Enseignement Primaire, Québec, Vol.I, N° 10, juin 1942. 876 L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE 1699_1704—Philippe de Rigaud Marquis de Vaudreuil (1643-1725) gouverneur de Montréal Louise-Elisabeth de Joybert, sa femme (1673-1740) M.de Callières devient gouverneur de la Nouvelle-France en 1699.Nous voudrions avoir plus d’espace pour raconter « le plaisant tour de Normand » qu’il joua aux deux rivaux qui convoitaient avec lui la faveur d’aller demeurer au Château Saint-Louis à Québec: l’intendant Bochart de Champigny et Philippe de Rigaud de Vaudreuil.M.de Callières partit donc pour Québec; il y assumait déjà la charge suprême par intérim.Le Marquis de Vaudreuil devint gouverneur de Montréal.Race ancienne que celle des Rigaud dont on aime à citer à ce sujet, un vieux proverbe languedocien: Les Humards, les Lévis, les Rigauds Ont chassé les Vis igot s; Les Lévis, les Rigauds, les Voisins Ont chassé les Sarrasins.Le marquis était au Canada depuis 1687 et avait épousé en 1690 une Canadienne, Louise-Elisabeth de Joybert.Son foyer comptait cinq fils.Le château de Vaudreuil se construisit bientôt dans les environs de la Place Jacques-Cartier, (en 1701 exactement).Il y reçut la société du temps, avec quelle aimable mais onéreuse munificence ! Ses lettres au ministre de la marine révèle l’état pénible de ses affaires.(( C’est un gentilhomme de qualité et de mérite, écrit l’intendant Bochart de Champigny, à son tour, au ministre, qui soutient l’emploi, dont il est revêtu, quoiqu’il n’ait pas de biens et qu il soit chargé de plusieurs enfants qu’il élève très bien pour servir un jour le roi.» Il allait, en effet, compter plus tard 12 enfants, neuf fils et trois filles.Ce château de Vaudreuil était de grande dimension.Un corps de logis, comme on a écrit, agrémenté d’avant-corps et flanqué d’ailes formant cour.La façade s’ornait de chaînes d encoignure, de bandeaux, d’œils de beuf, de porches, de corniches, de frontons, etc.Des jardins entouraient la propriété.La maîtresse de céans «la première dame de la ville», possédait avec beaucoup de charme, une tête solide, un cœur voué aux intérêts de ses enfants, un sens pratique remarquable.Son mari pouvait sans crainte compter sur elle.Elle reste touchante, c^tte marquise, aux prises avec la gêne toute sa vie.Le marquis devenu en 1703, à la moi t de M.de Callières, gouverneur de la Nouvelle-France, ne parvenait guère malgré ms secours du roi à gérer convenablement ses affaires.Et lorsque, en 1708, la marquise c'e ^ audreuil fut choisie comme sous^gouvernante des enfants de France, il dut, à la k is acceptei 1 aide pécuniaire que lui apportait sa femme et l’éloignement de celle-ci.v-.ie partait pour la France, en 1709, et n’en revint qu’en 1724, un an avant sa mort.^!-L‘alTie de \ audreuil mit a profit sa présence à la cour de France et ne cessa d’adresser ^es uemandes pour son mari et ses enfants.L’un d’eux deviendra gouverneur de la Nou\elle-France (le dernier) en 1755, un autre sera gouverneur de Montréal, de 1757 a 1760- La marquise de Vaudreuil, décéda à Paris, à la fin de janvier 1740.Haute et attachante figure, de ces temps dont nos paysages montréalais encadrèrent durant quelques années, 1 activité, l’ingéniosité et la grâce.Oh ! pouvoir ressusciter L Enseignement Primaire, Québec, Vol.I, N° 10, juin 1942. L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE 877 un moment ce chateau de Vaudreuil ! Par quelque beau soir de lune retrouver dans ses jardins d’été la société élégante de l’époque! 1704-1724.—Claude de Ramezay (1659-1724) gouvtrneur de Montréal Marie-Charlotte Denys de la Ronde, sa femme (1674-1742) 1704 ! C est l’avènement à Montréal des Claude de Ramezay.Ils y arrivèrent au printemps le 15 mai exactement, symbole de la vie brillante et mouvementée qu’ils inaugurent.Durant vingt ans, en effet, le Château de Ramezay construit en 1705 deviendra le rendez-vous de la société de l’époque.Les dîners d’État succéderont aux soupers fins, les bals aux réceptions officielles.Madame Claude de Ramezay comptait plusieurs membres de sa famille à Montréal, tout comme jadis, sa sœur, Madame Jacques-Alexis de Fleury d’Eschambault.Coïncidence intéressante ! Tandis que du côté est de la rue Notre-Dame madame de Ramezay et son mari achevaient la construction de leur petit Château, le frère de madame de Ramezay, supérieur de la Maison des Récollets, jetait les fondements, du côté ouest de la rue Notre-Dame de la Chapelle du monastère.Famille remarquable que ces Denys de la Ronde, têtes claires, une humeur courageuse à l’excès et toujours en quête d’entreprises menées bravement jusqu’au bout.M.de Ramezay ne passait certes point pour un seigneur, un chef, aux manières douces, engageantes, persuasives.Très autoritaire, il avait du service militaire une conception rigide.On le craignait, on l’aimait peu ou point.Et cependant quelle solicitude, il manifestait soit au service du roi, soit lorsqu’il se retrouvait au milieu des siens et qu’il s’agissait de l’éducation et de l’avenir de ses fils et de ses filles, qu’il adorait sous son abord sévère.Il eut 16 enfants.Deux de ses filles entrées religieuses à Québec, l’une chez les Ursulines, l’autre à l’Hôtel-Dieu l’atteignirent au cœur par leur vocation.D’autre part, ses embarras financiers qui furent toujours harassants, s’en trouvèrent augmentés.Où trouver leur dot ?Ici, nous pourrions vous narrer un petit fait providentiel qui allégea grandement ses craintes à ce sujet et lui permit de faire honneur à sa signature vis-à-vis des cloîtres où entraient mesdames ses filles.L’une lui fut particulièrement chère.Elle semblait comprendre ce cœur dur pour lui-même et souvent pour les autres, mais qui battait tendrement parfois.Ces grandes familles canadiennes, aux nombreux enfants, les d’Ailleboust en comptèrent quatorze, les Le Moyne à peu près autant; les Vaudreuil, nous l’avons vu, douze et enfin, les Ramezay, seize.Quels soucis d’avoir à bien les pourvoir tous ! Quels appels aux ministres et aux amis en cour.La vie de ces seigneurs, si pauvres, en fut sans cesse assombrie, et parfois enveloppée de tragique.Puis que d’holocaustes ! La guerre continue fauchait cette jeunesse hardie, aimant les aventures, sortant d’un bal pour aller décrocher le fusil, ou ceindre l’épée; ou encore partir pour les plus lointaines et les plus périlleuses expéditions.Suivre pendant vingt ans l’existence de Claude de Ramezay et de Charlotte Denys en leur qualité de gouverneur et de « gouvernante de Montréal )), ce serait raconter L'Enseignement Primaire, Québec, Vol.I, N° 10, juin 1942. 878 L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE la vie de cette époque, remplie de mouvement, de gaieté, mais aussi traversée, nous le répétons, de deuils sanglants et de difficultés financières lamentables.Le cadre restreint d’un article ne nous le permet pas.* * * 1724-1729.—Charles Le Moyne, premier baron de Longueuil (1656-1729) gouverneur de M.ontréal Claude Elisabeth Souart d’Adoncourt, sa femme.(1656-1724) En deuxièmes noces,—Marguerite Le Gardeur de Tilly (1657-1742) M.de Ramezay meurt en 1724.Les Le Moyne de Longueuil apparaissent à la tête de l’administration de la ville.C’est une autre de ces familles régnantes dont nous parlions plus haut, en esquissant quelque chose de la vie des Closse, des Moyen des Granges, des du Gué de Boisbriand.Charles Le Moyne, premier baron de Longueuil, avait été commandant intérimaire à Montréal, durant le long terme de Claude de Ramezay.A cette époque, il avait auprès de lui, une femme charmante Claude-Elisabeth Souart, qu’il avait épousée à Paris, par contrat passé au Château de Versailles.Car Claude-Elisabeth était fille d’honneur de Son Altesse Royale Madame de France.Son frère le Chevalier Dominique Souart d’Adoncourt était brigadier des armées du roi.Cette alliance brillante d’un Longueuil s’explique très bien.La jeune femme était la nièce de M.Gabriel Souart, distingué Sulpicien de Ville-Marie.Elle avait été pensionnaire chez les Dames de la Congrégation durant quelque temps, à Montréal, grâce à son oncle, si généreux pour les nièces et neveux qu’il attirait au Canada.Elle connut, sans doute, à cette époque les Le Moyne de Longueuil.Elle reçut en 1672, neuf ans avant son mariage une donation de cet oncle sulpicien, dont témoigne une pièce du greffe de Basset, à Montréal datée du 6 octobre 1672.Durant les premières années de son mariage elle habita le Château que le baron avait fait construire à Longueuil de 1685 à 1690.Elle donna à son mari huit enfants.Sa mort coïncida avec l’élévation du baron au poste de gouverneur de Montréal.Mais durant un intérim de son mari, elle avait agi en qualité de première (( dame de la Cité )).Trois ans plus tard, une nouvelle grande dame entrait comme maîtresse de céans, chez le baron de Longueuil.Le 17 septembre 1727, Marguerite Le Gardeur de Tilly, fille de Charles Le Gardeur de Tilly et de Geneviève Juchereau épousait le baron.Marguerite Le Gardeur, se remariait pour la 3e fois.Elle avait été unie d’abord à Louis-Joseph Le Gouez de Grais, puis en deuxièmes noces, à Pierre de Saint-Ours, décédé comme la première femme du baron de Longueuil, en 1724.Cette femme qui dut être agréable à coup sûr, avait été élevée chez les Ursulines de Québec, grâce à la générosité du gouverneur Daniel Rémy de Courcelles, très ami avec ses parents.Elle survécut treize ans au baron de Longueuil, et mourut le 25 février, 1742, à l’âge de 82 ans.L Enseignement Primaire, Québec, Vol.I, N° 10, juin 1942. L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE 879 1729-1733-—Jean Bouillet de la Chassaigne (1654-1733) gouverneur de Montréal Marie-Anne de Longueuil, née en 1678.Le baron de Longueuil fut remplacé par son beau-frère, Jean Bouillet de la Chassaigne, au gouvernement de Montréal.Marie-Anne Le Moyne de Longueuil, qui comptait un demi-siècle, seconda fort bien son mari, très âgé, et qui portait les traces d’une existence militaire rudement menée.Il mourut au bout de trois années, (( alors que le roi, justement, lui accordait, sa retraite avec une pension de 3000 livres sur son trésor )).* * 1733-1749.—Jean-Maurice Josue du Boisberthelot de Beaucours (1662-1750) gouverneur de Montréal Gabrielle-Françoise Aubert de la Chesnaye, sa femme (1687-1759) Et voici, qu’en 1733 apparaît Jean-Maurice Josué du Boisberthelot de Beaucours, un officier très âgé, lui aussi et marié depuis 1723, à Gabrielle de la Chesnaye, fille d’une troisième femme de Charles de la Chesnaye, Marie-Angélique Denys de la Ronde, sœur de Madame Claude de Ramezay.Gabrielle avait épousé en premières noces Paul Le Moyne de Maricourt.Le pouvoir à Montréal se maintenait donc autour des mêmes grandes familles, l’influence sociale également.M.de Beaucours et sa femme demeurèrent quinze ans à leur poste d’honneur.Une ombre regrettable enveloppe leur souvenir: la persécution mesquine exercée autour de la personne de Madame d’Youville et de ses œuvres et dont on comprend mal les raisons.* * * 1749-1755.—Charles Le Moyne, deuxième baron de Longueuil (1687-1755) gouverneur de Montréal Catherine-Charlotte Le Gouez de Grais (1698-1745) Le deuxième baron de Longueuil recueillit la succession de M.de Beaucours, le 15 janvier 1749.Il n’était plus très jeune.Il avait épousé en 1720, à Saint-Ours, « la douce, charmante et pieuse », Catherine-Charlotte Le Gouez qui lui donna dix-huit enfants et qui s’éteignit, à l’âge de 49 ans, en 1745- Aucune femme ne partagea donc avec le 2e baron de Longueuil les honneurs et les soucis du pouvoir.Et cependant, quelle vie mouvementée menait à l’époque la société de notre ville.Nous avons un témoin oculaire intéressant, pour nous raconter les fêtes brillantes montréalaises, dans la personne d’Elisabeth Rocbert de la Morandière, veuve depuis 1748 du frère de l’intendant Bégon.Le plaisir de pouvoir vous lire deux lettres de Mme Bégon, me paraît irrésistible.Elles sont datées de janvier 1749 et adressées à son gendre, en service à Saint-Domingue.(( Bonjour cher fils.Il faut te dire des nouvelles des plaisirs d’aujourd’hui.On a dansé tout l’après dîner et M.de Longueuil le Gouverneur, pour donner plus de libtrté aux demoiselles, à fait porter un beau dîner à ce que l’on dit, chez M.de Latagnac où L’Enseignement Primaire, Québec, Vol.I, N° 10, juin 1942. 880 L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE il est avec M.Varni et M.de Noyau, sans oublier Deschambault qui y a porté de bon vin, si bien que l’on assure qu’il y a de belles besognes faites: on y chante sauvage et on se prépare à aller au bal soûler son menuet.» La veille, le 19, elle avait écrit ceci assez malicieusement, mais elle a tant d’esprit, madame Bégon.« M.de Longueuil sort d’ici, qui m’est venu dire que sa fille donnait un bal demain à toutes les jeunes demoiselles .Il est sorti après m’avoir fait un grand détail du repas qu’il y aurait à cette fête et enfin qu’il était obligé de faire les honneurs de la place qu’il occupe.Mais en vérité il les fait bien particulièrement, allant demander où il y a de bons vins de liqueur, et tu entends bien qu’on n’en offre à M.le Commandant.Tu sais qu’il a des talents pour vivre où les autres mourraient de faim.Mais je vois, cher fils, qu’il m’arrive trop souvent de faire de petites médisances avec toi ».Elle est délicieuse, madame Bégon ?L'on ne saurait trop remercier l’archiviste de la Province de nous avoir présenté sa correspondance dans le Rapport des archives de Québec pour l’année 1934-1935.* * * 1755-1760.—François-Pierre de Rigaud, comte et marquis de Vaudreuil (1703-1779), gouverneur de Montréal Louise-Thérèse Fleury de la Gorgendière, sa femme (1713-1775) Et enfin voici le dernier gouverneur de Montréal François-Pierre de Rigaud de Vaudreuil, fils du marquis et frère de M.de Vaudreuil-Cavagnal, dernier gouverneur de la Nouvelle-France.Ils avaient épousé, tous deux des Fleury de la Gorgendière d’Eschambault, la tante et la nièce.La femme du gouverneur de Montréal, Louise-Thérèse, était la fille de Joseph Fleury de la Gorgendière et de Claire Jolliet, fille de Louis Jolliet, le découvreur du Mississipi.L’une de ses sœurs avait épousé le juge Thomas-Jacques Taschereau.Elle fut obligée de se retirer en France en 1760.Elle vécut auprès de son mari, et de son oncle et beau-frère, le marquis de Vaudreuil-Cavagnal.Elle mourut en 1775, au cours d un voyage à Saint-Domingue.Les pénibles événements de la Guerre de Sept ans enveloppent d’ombre ces derniè-les et trop brèves évocations féminines du régime français, à Montréal.Aussi bien, toute vie sociale devenait difficile.À quel désastre ne pouvait-on s attendre en constatant le manque de secours, en regrettant le peu d’intérêt, apportés par la France, a la situation de sa colonie d’Amérique en détresse.Elles avaient bien mérité, pourtant, ces nobles familles aux nombreux enfants.Leur courage avait su accepter combien de misères matérielles, de gênes financières, qu il fallait bien avouer parfois.Toutes avaient payé lourdement et volontiers l’impôt du sang.Quelques-uns d entre nous reconnaîtront des ancêtres dans cette émouvante galerie mcien Régime.Leur fierté nous sera douce, comme la bienveillance de ceux qui nous liront.Marie-Claire Daveluy.Mai, 1942.L’Enseignement Primaire, Québec, Vol.I, N° 10, juin 1942. L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE 881 Roger Duhamel MONTRÉAL LITTÉRAIRE Il serait présomptueux de vouloir, en quelques pages, retracer le destin littéraire d’une ville au cours de trois siècles.Entreprise qui exigerait au reste quelques années de recherches et qui formerait sans peine la substance d’un gros bouquin.Ce n’est pas ici mon propos.Je désirerais simplement fournir quelques aperçus sur la vie de l’esprit à Montréal et sur sa projection dans le domaine purement littéraire.Je n’aurai donc le loisir que de citer au passage quelques noms et quelques institutions qui ont marqué d’une façon ou d’une autre dans l’évolution de notre milieu intellectuel.On sait que Ville-Marie est née d’un rêve apostolique conçu au début du XVIIe siècle par quelques âmes d’élite, qui ne recherchaient en aucune façon des gains matériels, mais qui brûlaient du désir de convertir au Christ les peuplades infidèles du Nouveau Monde.Le groupe des fondateurs n’avait aucun intérêt de lucre, bien au contraire.Les premières années de la ville rappelaient les moeurs de la primitive Eglise.Les colons venus de France et triés sur le volet s’improvisaient tour à tour agriculteurs, maçons, menuisiers et surtout soldats.Vie rude qui remplissait leur âme d une joie âpre et profonde.Cette période héroïque était peu propice à la formation d’une vie littéraire.Les cantiques et les chansons des provinces françaises suffisaient à satisfaire le goût poétique enfoui en chacun des hommes.Il ne fallait pas s’attendre à davantage.D autant plus que les recrues, même demeurées dans leur pays, ne se fussent très probablement pas adonnées au métier des lettres.Ce sont des paysans, des ouvriers, des soldats des armées du roi.Il ne leur serait jamais venu à l’idée d’écrire.C est la en effet une occupation de luxe, un passe-temps de désœuvré ! Un continent s offre a eux, il n est donc pas question de fignoler des phrases ! Dès les débuts, Québec fut un centre administratif et religieux, la capitale modeste d’un immense pays peu peuplé.C’est là qu’on retrouve les principaux représentants de la noblesse, c’est là que se donneront bientôt des fêtes brillantes, dont Montcalm parlera avec admiration dans sa correspondance.Ville-Marie demeure longtemps un poste de traite et un établissement agricole situé à l’avant-garde.Cette différence de destination explique fort bien que la vie intellectuelle sera plus lente a se développer, jusque sous le régime anglais, alors que Montréal reprendra le temps perdu et se mettra au niveau de sa rivale.L’Enseignement Primaire, Québec, Vol.I, N° 10, juin 1942. 882 L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE Au reste, tout au cours du régime français, les quelques écrivains que nous pouvons signaler ne nous appartiennent pas en propre.Ils ne sont pas nés en Nouvelle-France.Ils y sont venus à l’âge d’homme, ils y ont écrit des récits, s’inspirant certes de notre nature et de nos paysages, mais qui ont été édités à Paris et lus par des lecteurs de France.Ce n’est que la matière des sujets traités qui les rapproche de nous.C’est le cas de la savoureuse relation que Jacques Cartier a faite de ses voyages aux terres lointaines, de celle de Champlain, des Relations des jésuites, oeuvre de propagande excellente qui attira l’attention de nombreux Français sur le pays naissant, de l’histoire du Père Charlevoix, des lettres de la grande mystique que fut Marie de l’Incarnation, etc.Il ne paraît donc pas exagéré de soutenir que durant le siècle et demi qui suivit sa fondation, Ville-Marie a connu une vie intellectuelle au ralenti et une vie proprement littéraire à peu près nulle.Le fait n’a rien qui doive étonner.C’est le contraire qui serait insolite.Préoccupés de peuplement et d’évangélisation, un groupe d’hommes, dont la plupart n’ont aucune préparation intellectuelle, ne songent guère à enregistrer leurs impressions et à transposer leurs expériences.Il sont plus habiles à faire le coup de feu et à tracer un sillon qu’à tenir la plume.À la cession, Montréal compte seulement 4,000 habitants.La ville connaîtra sous peu un accroissement numérique prodigieux, qui permettra l’éclosion d’initiatives intellectuelles.Quelques faits, souvent cités, permettent de poser des jalons et de marquer des progrès.En 1773, soit dix ans après le traité de Paris qui concédait à jamais le Canada à l’Angleterre, les Messieurs de Saint-Sulpice fondaient à Montréal un collège, qui formerait une élite religieuse et professionnelle.C’est là une date d’une importance capitale, car c’est par la diffusion des humanités qu’il est possible de créer un milieu apte à participer à l’activité désintéressée de l’esprit.Dès 1778, Fleury Mesplet publie la Gazette du Commerce et Littéraire qui transforme bientôt son nom ridicule en celui plus juste de Gazette littéraire.C’est là que le public peut lire les chroniques littéraires et philosophiques de Valentin Jautard, qui fut le premier journaliste montréalais.Cette Gazette énonçait souvent des idées discutables dans une forme d une correction douteuse.Dans de précieuses études, M.Séraphin Marion s est efforcé de montrer la place exacte qu’elle a occupée dans le domaine des idées.Le lecteur curieux y trouvera une foule de renseignements intéressants.C est dans les premières années du XIXe siècle que Jacques Viger, qui a laissé une copieuse Saberdache, passée depuis une quarantaine d’années à la ville de Québec, se livrait à des études d histoire qui n’ont rien de définitif, mais fournissent néanmoins une foule d informations utiles.De son côté, Denis-Benjamin Viger publiait volontiers des poèmes de bonne volonté d’où l’inspiration est désespérément bannie et où se révèle un médiocre artisan du vers.Les Montréalais lisaient à cette époque.En 1817, le Français Hector Bossange établissait un commerce de librairie qui fut assez florissant.Et Michel Bibaud affirme qu en 1822, la bibliothèque de la ville comptait 8,000 volumes.Depuis lors, on doute L Enseignement Primaire, Québec, Vol.I, N° 10, juin 1942. L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE 883 que le nombre s’en soit accru au même rythme que la population ! Il serait certes intéressant de savoir ce qu’on lisait surtout à l’époque, mais cette recherche nous entraînerait beaucoup trop loin.Le journal, œuvre éphémère qui ne vit que quelques heures, n’est pas un critère de progrès littéraire, mais il indique dans l’ensemble les préoccupations d’une collectivité.Instrument d’information plus que de formation, il est néanmoins un véhicule des idées régnantes à une époque déterminée.Les Canadiens-Français eurent toujours de nombreux journaux, dont la vie fut parfois brève et traversée d’épreuves.Outre la Gazette littéraire, déjà citée, notre ville compta aussi la Gazette de Montréal (1785), le Spectateur (1813), l’Aurore (1815), Y Abeille canadienne (1818).Ce sont là les ancêtres de nos journaux actuels.La plupart d’entre eux se contentaient de reproduire, au fur et à mesure de l’arrivée des courriers d’Europe, des textes de littérature française.Pour beaucoup de gens, c’était alors la seule façon de suivre, de loin, ce qui se passait à l’étranger.La Gazette littéraire publie de son côté des essais dont quelques-uns trahissent l’emprise qu’exerçait alors sur certains esprits la pensée des Encyclopédistes, surtout de Voltaire.Il va sans dire que ce n’était que le fait de quelques intellectuels et que la majorité de la population demeurait imperméable à l’action de ces idées.La poésie commençait de vivre, sous une forme tout à fait primitive.Comme dans toutes les littératures, c’est d’abord la chanson militaire, le chant épique, qui fit fortune.De ces strophes enflammées, il ne reste rien, sauf l’ennui mortel à les lire.D’une inspiration conventionnelle et d’une expression maladroite, ces poèmes fabriqués par des aèdes improvisés ont une valeur littéraire à peu près nulle.Deux poètes, Français d’origine, ont connu un succès viager à Montréal, dans les débuts du siècle dernier.Ce sont Joseph Quesnel et Joseph Mermet.Le premier, arrivé en notre pays en 1779, fut marchand à Boucherville avant de s’installer définitivement à Montréal.Par les œuvres qu’il a laissées, on constate qu’il possédait des goûts variés et qu’il s’essaya dans différents genres.Il reste de lui des vers abondants, des comédies en vers et en prose, dont Colas et Colinette.Joseph Mermet était, lui aussi, un Français, et qui ne passa au Canada que trois ans.Cependant, tant la muse canadienne était pauvre à cette époque, on ne tarda pas à annexer à nos lettres ce poète guerrier, qui savait transformer en strophes ronflantes les événements d’actualité.Ses vers parurent, grâce à l’obligeance de Jacques Viger, dans le Spectateur.De ces poésies, qui eurent à l’époque du succès dans les salons montréalais, la postérité, bonne fille, a retenu La Victoire de Château^uay, où Mermet exalte le magnifique exploit de Salaberry et de ses braves.Un autre poète montréalais, aujourd’hui bien oublié, c’est Joseph Lenoir, qui mourut à trente-huit ans, après avoir été l’adjoint de P.-J.-O.Chauveau à la rédaction du Journal de l'Instruction publique.Ses Poèmes épars, qui n’ont été réunis en volume que près d’un siècle plus tard, ont néanmoins le mérite de s’éloigner de la veine patriotique et de communiquer des émotions simplement humaines, sur un mode romantique, si L’Enseignement Primaire, Québec, Vol.I, N° 10, juin 1942. 884 L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE l’on veut, mais toutefois d’un lyrisme authentique.Il fut sans aucun doute le poète le plus préoccupé de soucis artistiques de son temps.Signalons au passage une Histoire du Canada, due à la plume d’un Montréalais qui déploya une considérable activité intellectuelle, Michel Bibaud.Cette œuvre, où ne manquent pas des aperçus originaux, ne pouvait obtenir aucun succès lorsqu’elle fut publiée.Son auteur ne partageait pas les sentiments de la grande majorité de ses compatriotes et il s’employait à justifier les procédés mis en œuvre par la Grande-Bretagne à l’égard des Canadiens.Bureaucrate lui-même, il soutenait les vues de l’administration contre les patriotes.Il reste aussi de lui de nombreux recueils qui révèlent le travailleur acharné et où il est encore possible de glaner des renseignements sur le Montréal intellectuel du siècle dernier.Peu à peu s’organisaient des cercles et des groupements à la fois soucieux d’action patriotique et de recherches intellectuelles.Nos ancêtres éprouvaient le besoin de se grouper et de travailler en commun.Il faut signaler à cet égard la fondation de Sociétés historiques, d’instituts canadiens, de Sociétés Saint-Jean-Baptiste, etc.Ces diverses organisations créaient une ambiance, un climat favorable à l’éclosion d’une vie intellectuelle plus intense.S il faut faire remonter aux environs de 1860 le début de la première grande période de notre histoire littéraire, il est juste de constater que Montréal n’y joua à vrai dire qu un rôle secondaire et que la ville ne fournit que peu d’artisans à ce grand œuvre.Si 1 abbe Ferland est né dans notre ville, c’est à l’Université Laval qu’il professa son ^ours d Histoire du Canada qui a établi sa réputation.Des grands poètes de ce temps, b n y a que Louis Fréchette que nous pouvons revendiquer à demi, puisqu’il passa une grande partie de sa vie ici, où il fut adulé à l’égal d’un maître.Sa renommée locale rappelle la gloire de \ ictor Hugo, si parva licet componere magnis.Si le maître de la chronique, Arthur Buies, naquit au petit village de la Côte-des-Neiges, qui était alors ci quelque distance de Montréal, sa vie aventureuse qui le mena un peu partout à travers jC moncle et sa propre province, nous interdit de le considérer comme l’un des nôtres.C est à la fin du siècle dernier que naquit à Montréal une école littéraire qui groupa 'Jn ce^tain nombre de jeunes poètes d’un talent inégal mais d’un enthousiasme unanime poar la Beauté.Cette École, dont les réunions publiques au château de Ramezay sont emeurées célèbres, marquait une volonté de renouvellement et le désir de s’affranchir u^s canons reçus.C était une réaction salutaire contre le régionalisme.De jeunes mtellectuels comprenaient que notre littérature avait besoin du vent du large, qu’elle ae Pour donner des œuvres marquantes, s’élever au plan de l’universel.Ce qui au jlc ne les empêchait pas a 1 occasion de chanter leur pays en des vers d’une belle inspiration.Les principaux membres de cette École furent Émile Nelligan, mort il y a quelques mois et qu il est permis de rattacher au symbolisme français, Albert Lozeau, Jean Char-onneau, Charles Gill, Gonzalve Désaülniers et Albert Ferland.L’initiative de l’École L'Enseignement Primaire, Québec, Vol.I, N° 10, juin 1942. L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE 885 littéraire fut féconde.Elle fut un ferment salutaire dans notre vie intellectuelle.Montréal lui doit une pléiade de poètes, dont quelques-uns remarquables, et qui enrichissent le patrimoine de nos lettres.La volonté de libération n’était pas encore satisfaite.D’autres poètes viendraient, qui affirmeraient un souci artistique plus exigeant, une méconnaissance systématique des thèmes patriotiques si longtemps en honneur chez nous.C’est le cas de Paul Morin, dont le Paon d'Email et les Po'emes de cendre et d'or demeurent des oeuvres exotiques d’un charme incontestable et d’un métier très sûr.C’est aussi le cas de Guy Delahaye et de René Chopin.Et nous voici arrivés à l’époque contemporaine.Finis les vagissements et les balbutiements ! L’action culturelle d’une Université, de nombreux collèges disséminés sur tout le territoire métropolitain, les études supérieures poursuivies par les nôtres dans les différents centres européens, la création de cercles et de sociétés intellectuels et littéraires, d’innombrables conférences par des maîtres français et canadiens, le goût, de plus en plus répandu dans le public, d’accéder à la culture, tout cela contribue à faire de Montréal, grand centre commercial et financier, une ville où sont reconnus les droits de l’esprit.Parmi les travailleurs intellectuels aujourd’hui disparus et donc l’action a été bienfaisante en ces dernières années, je me permets de signaler Olivar Asselin, Jules Fournier, Aegidius Fauteux.Et les vivants sont nombreux qui chacun dans leur domaine contribuent efficacement à notre prestige: Robert Choquette, Roger Brien, Jovette Bernier, chez les poètes; Edouard Montpetit, l’abbé Lionel Groulx, Mgr Olivier Mau-rault, Mgr Emile Chartier, chez les universitaires et les historiens; Jean-Charles Harvey, Georges Pelletier, Edmond Turcotte, chez les journalistes d’opinion; Léo-Paul Desrosiers, Michelle Le Normand, Victor Barbeau, chez les écrivains.Cette liste n’est pas complète, elle ne prétend pas à la fidélité du catalogue.Elle suffit néanmoins à montrer l’importance intellectuelle de Montréal.Ville-Marie a trois siècles cette année.C’est une date importante pour une ville américaine.Au cours de son existence, elle a connu différents régimes politiques, elle a aussi connu, après une quasi stagnation, une expansion d’une rapidité incroyable.Poste de traite, ville de pionniers, ville militaire, ville commerciale, ce n’est à vrai dire que depuis cent ans qu’il lui est possible de se livrer à une activité intellectuelle.C’est au reste ce qu’elle a fait.Le mouvement ne se ralentit pas.Ce qui manque le plus à Montréal, c’est un milieu de culture.Les intellectuels sont dispersés et travaillent chacun de leur côté.Néanmoins, la jeune génération, plus instruite, mieux formée et désireuse d’agir, permet d’entrevoir de belles réalisations.Des revues se créent où s’affirme le goût de l’art et de la recherche désintéressée.C’est plus qu’une promesse, c’est déjà un début d’accomplissement.Roger Duhamel L’Enseigistement Primaire, Québec, Vol.I, N° 10, juin 1942. 886 L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE Annette La Salle Leduc LA MUSIQUE À MONTRÉAL -jé^^^usqu’au milieu du siècle dernier, notre vie musicale avait fourni des preuves ^ si incertaines et si fragiles de son existence qu’on ne peut guère songer à lui M conférer quelque réalité historique au delà de cette période.Jusqu’à ce qu’ar-¦ rivent parmi les nôtres quelques grammairiens et quelques théoriciens de l’art des sons, notre peuple ne possédait que la richesse de son folklore, c’est-à-dire du folklore des vieilles provinces de sa patrie d’origine, la Champagne, la Picardie, l’Angoumois, la Normandie, la Saintonge.« Les premiers chants que le petit Canadien entend au berceau, écrivait en 1865 Ernest Gagnon, sont presque toujours — à part les improvisations — des chansons qui nous viennent de France, comme « la Poulette grise)); et simultanément, avant même qu’il puisse aller à l’église, il entend des cantiques, des psaumes, des hymnes et en général les chants de la grande mélopée grégorienne )).Si les échos de ces traditions émouvantes se perdent de plus en plus, — surtout dans une ville comme la nôtre où rien ne défend le peuple contre 1 invasion de certaines musiques d’inspiration étrangère, musique des « crooners )) dont la facile et barbare monotonie est si loin du goût et de la sensibilité de nos ancêtres, et cette autre musique d’importation française popularisée par les Tino Rossi, art faussement sentimental dont les gens des faubourgs ne sont pas les seuls chez nous à subir les grossières séductions, — ces traditions de nos vieux chants populaires, dis-je, aux sources si fraîches, si imprégnées de rusticité poétique et de charme, restent néanmoins liées aux souvenirs et aux impressions d’enfance de la plupart d entre nous.Ces chants de la vieille France, auxquels s’adjoignent ceux mêmes du crû, du Canada-français, veux-je dire, continuent d’inspirer des oeuvres qui comptent parmi le meilleur de notre production musicale.Je n’en veux citer pour exemple que la (( Suite canadienne )) de Claude Champagne, et les Danses d'Hector Gratton.Dans la colonie montréalaise d’il y a un siècle, le sort de ceux qui faisaient de la musique leur carrière, ne semble pas avoir été particulièrement digne d’envie.L’on a te le cas de ce professeur de musique qui partait de chez lui chaque matin, emportant 568 provisions pour le reste de la journée; il se rendait à pied chez ses élèves, pour recevoir oe chacun d eux, le mois fini, le mirifique cachet de .un dollar.Il est vrai que ce dollar en valait plusieurs des nôtres.Et il est vrai aussi que ce maître de musique n était pas tout à fait le premier venu, puisqu’on lui confia les orgues de l’une des églises L Enseignement Primaire, Québec, Vol.I, N° 10, juin 1942. L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE 887 les plus célèbres de Montréal, poste qu’il dut cependant abandonner par la suite: on le remercia de ses services sous le prétexte que la musique qu’il jouait était « trop sérieuse ))1.Il serait facile de reprocher aux Canadiens d’alors leur conception primaire de la musique.Parmi ceux-ci, plusieurs ne connaissaient rien d’autre que les refrains simplistes du folklore et quelques danses villageoises; d’autres étaient familiers avec d’incalculables morceaux «de genre)), valses, mazurkas, marches, polkas, fantaisies, généralement qualifiées de«brillantes)), qui leur fermaient l’univers musical.A quelques exceptions près, ces exceptions dont le groupement constitue peu à peu une élite, il ne pouvait être question à l’époque dont je parle, de ce que l’on appelle un public, un public, veux-je dire, assez éclairé pour goûter et comprendre cette musique dite « sérieuse )) qui n’est le plus souvent, et en dépit du profane, que la musique tout court.D’ailleurs, ce public avisé, sensible, intelligent, Montréal le possède-t-elle, même à l’heure actuelle ?Si notre ville compte un nombre de plus en plus considérable de mélomanes, ces derniers accordent-ils toujours le meilleur de leurs suffrages aux beautés et aux subtilités de la musique pure, de la musique de chambre, de la musique où l’on puisse reconnaître l’influence des grandes formes classiques ?Il est certain qu’une élite digne de ce nom croît sans cesse parmi les nôtres, surtout depuis les grandes auditions symphoniques et les matinées d’initiation pour la jeunesse.Notre public d’aujourd’hui, nous en avons maintes preuves, (observons avec quel enthousiasme et quelle ferveur les enfants se pressent aux matinées symphoniques), aime la musique avec la même passion et le même ravissement que les Canadiens d’il y a un siècle.Le tout est une question de choix, de jugement, et en premier lieu sans aucun doute, d’initiation.M.Henri Letondal nous racontait que son grand-père, M.Paul Letondal, qui fut un musicien émérite, organiste et virtuose du violoncelle, entreprit à son arrivée au pays, en 1852, il était alors âgé de vingt-cinq ans à peine, une tournée de virtuose.Non seulement M.Letondal jouait admirablement du violoncelle, mais il était, de plus, possesseur d’un superbe Amati.Dans les petites villes où il se rendit, évidemment sans le secours de la publicité moderne, un récital était une chose toute nouvelle, et le violoncelle un instrument mystérieux que l’on ne désignait pas autrement que sous le vocable: « un gros violon ».Le jeune maître fut si outré de l’ignorance et de l’incompréhension que l’on manifesta à l’égard de ses concerts et de la musique (( sérieuse )) dont il s’était fait l’apôtre, qu’il dit adieu pour toujours au violoncelle et refusa de prendre l’archet pour le reste de sa vie.Cette aventure n’empêcha cependant poinf M.Letondal père de mettre au service de la population canadienne de Montréal son talent d’organiste et son exceptionnel génie de pédagogue; et nous savons quelle influence profonde et décisive il exerça sur l’évolution artistique et le développement musical de notre ville.Son enseignement, son exemple et le rayonnement de sa personnalité furent véritablement ceux d’un initiateur.Plusieurs de ses disciples continuèrent son oeuvre avec (l)—Je tiens ce récit de mademoiselle Antonine Bernier, musicographe, auteur d’un livre en préparation sur l’évolution de la musique au Canada.L'Enseignement Primaire, Québec, Vol.I, N° 10, juin 1942. 888 L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE une magnifique autorité, et parmi ceux-ci, Gustave Gagnon, Calixa Lavallée, Dominique Ducharme et plus tard son propre fils, M.Arthur Letondal, formèrent à leur tour des élèves de grand mérite.Une autre zone d’influence eut son point de départ en M.R.-Octave Pelletier, à qui un grand nombre d’élèves doivent aussi leur excellente formation.Parmi ces derniers, ceux qu’il m’a été donné de connaître conservaient de lui un souvenir très fervent, et dans les communautés religieuses où il professa, chez les Dames de la Congrégation, chez les Révérendes Soeurs de Sainte-Anne, on avait un véritable culte pour le vieux maître.Tous s’accordaient à louer en lui uneérudition élégante, une sensibilité de poète, un peu féminine sans doute, un goût très sûr, une science approfondie de son art, surtout en matière de musique religieuse;ildutcertainememtlutter avec courage pour imposer ses idées à une époque où la facilité et la banalité avaient seuls gain de cause auprès du public.L’un de ses biographes nous dit qu’il fut « le premier organiste qui introduisit les oeuvres de Bach dans les églises du Canada; et qu’à une époque où la musique religieuse était lamentablement dévoyée, il restaura sa dignité au plain-chant et au répertoire de l’orgue, où il se montra un véritable initiateur ».Il fut aidé dans cette tâche par un autre musicien de renom, le plus grand sans doute que connut le Canada français au siècle dernier et au début du nôtre: Guillaume Couture.Il avait été maître de chapelle à l’église Sainte-Clotilde, à Paris, alors que César Franck y tenait les grandes orgues.Des oeuvres de lui furent jouées à la Société Nationale deParis, fondée par Saint-Saëns, et personne n’ignore l’existence de son oeuvre capita-le, «Jean le Précurseur».Son influence comme leader du mouvement musical à Montréal dépassa celle du compositeur.Il déploya une activité infatigable à organiser à Montréal des saisons musicales, et à faire entendre avec la Société Philarmonique et le Montréal Symphonie Orchestra (ceci se passait entre les années 1880 et 1907) des programmes J une haute portée artistique, faisant connaître au public canadien des oeuvres du répertoire symphonique et vocal parmi lesquelles figuraient la Neuvième Symphonie de Beethoven, les Ruines d’Athènes, la Damnation de Faust, Le Messie deHaendel, La création, et les Saisons de Haydn, Roméo et Juliette de Gounod (Montréal a décidément une préférence pour cette oeuvre).Le Songe d’une Nuit d’été, Tannhauser, les Requiem de Rossini et de Mozart .Montréal s éveillait à la vie musicale.Parmi la bourgeoisie et dans les institu-™s °ù 1 on formait la jeunesse, une culture s’ébauchait.Les Canadiens français se ; vêlaient extrêmement doués pour la musique, et déjà Albani avait conquis une gloire mondiale.Par la suite, d autres musiciens de Montréal devaient faire, à l’étranger, giandement honneur à la race canadienne-française: Rodolphe Plamondon, Wilfrid Pelletier, Claude Champagne, Raoul Jobin, sans oublier le petit André Mathieu, que Paris comrait de lauriers à 1 âge où’les enfants vont encore en kiddie-car .Depuis 1 institution du Prix d Europe et des Bourses d’Études du Gouvernement provincial, auxquels reste lié le nom de ce grand bienfaiteur de l’art, M.le sénateur L Enseignement Primaire, Québec, Vol.I, N° 10, juin 1942. L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE 889 Athanase David, maintenant remplacé dans sa tâche par l’honorable Hector Perrier, les musiciens, virtuoses, compositeurs et musicologues, sont maintenant en nombre suffisant pour créer à Montréal un véritable milieu (un humoriste pourrait ajouter: et même, hélas ! plusieurs milieux .).Des courants importants se sont dessinés.L’un d’entr’eux se rattache à la culture française et classique, tout en étant particulièrement sympathique au mouvement musical moderne.Il est dominé par les figures de M.Claude Champagne et de notre regretté ami M.Léo-Pol Morin.Dans des sphères différentes, tous deux ont contribué pour une immense part au progrès de l’éducation musicale et à la formation d’une élite parmi les nôtres.Et il serait vain de mésestimer l’influence, la plus directe peut-être, que le journal et la T.S.F.exercent de nos jours sur le public.Pour la cause de la musique et des musiciens, nous savons tout ce que M.Jean Beaudet, pianiste et chef-d’orchestre si admirablement doué, a fait au poste de Radio-Canada dont il assume la direction musicale.M.Jean Vallerand, de qui une oeuvre remarquable, délicieusement bien-sonnante, « le Diable dans le beffroi )) a été exécutée récemment aux Concerts Symphoniques, sous la direction de M.Désiré Defauw, a succédé à M.Léo-Pol Morin à la rubrique musicale du journal (( le Canada ».Un esprit d’analyse aigu et une faculté d’enthousiasme des plus sympathiques, lesquels s’appuient sur une large culture,—qualités qui se révèlent pleinement dans une série d’études, récemment publiées, que M.Vallerand consacrait aux maîtres de la musique, et qui ont été, pour plusieurs d’entre nous, une révélation, — contribuent à faire de lui un critique qui cherche simplement à nous communiquer son bel amour de la musique et à affiner chez notre public le goût de l’art et de la culture.Dans ce domaine de la critique musicale, un immense progrès s’est d’ailleurs affirmé depuis quelques années.S’il est encore, hélas, quelques (( pions » qui prennent terriblement au sérieux leur bavardage inutile, s’il est des critiques qui croient créer sur une base constructive en exerçant à plaisir leur faculté de dénigrement, s’il en est qui s’obstinent à poursuivre des chimères ou à défendre maladroitement des causes perdues, il en est heureusement quelques autres qui cherchent avec une objectivité de plus en plus grande à inculquer à notre public le sens des valeurs, à lui communiquer l’enthousiasme et l’amour de la tâche bien faite.N’est-ce pas à ce seul prix que la tâche elle-même du critique peut devenir véritablement chose créatrice et atteindre à la valeur d’une mission, d’un témoignage ?Depuis un quart de siècle, les artistes, les institutions, les organisations de tous genres qui servent à Montréal les intérêts de la musique se sont multipliés.Il n’est guère possible, malheureusement, d’en parler ici: ils sont trop.Signalons seulement les activités du (( Ladies Morning Musical Club », auquel reste attaché, au premier plan, le nom de madame Arthur Léger, de l’École Supérieure de Musique d’Outremont, de M.Robert Schmitz à l’Institut Pédagogique, de M.Claude Champagne dans le domaine des sciences musicales—harmonie, contrepoint, fugue et composition de M.Maurice L’Enseignement Primaire, Québec, Vol.I, N° 10, juin 1942. 890 L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE Onderet pour l’enseignement du violon, de M.Alfred Laliberté, de M.Arthur Letondal, de Mlle Yvonne Hubert pour le piano .Quelques événements d’une nature extraordinaire ont jalonné dans son cours notre histoire musicale.Le plus important, le plus lourd de conséquences fut peut-être la fondation des Concerts symphoniques de Montréal, dont la direction artistique fut confiée dès ses débuts à monsieur Wilfrid Pelletier, surtout si on leur annexe les (( Matinées )) d’initiation pour la jeunesse.Nous savons que c’est à madame Atha-nase David, avec l’appui de la Commission des Ecoles catholiques de Montréal dont monsieur Victor Doré assumait la présidence à cette époque, que revient l’iniative de cette fondation.L’effort accompli par cette magnifique organisation, et que le dévouement de M.Wilfrid Pelletier put maintenir constamment dans la voie du progrès, est l’un de ces miracles pour lequel l’éminent chef d’orchestre du « Metropolitan )) mérite d’être loué avec toutes les marques d’une gratitude infinie.Et un autre événement, que l’on pourrait qualifier de sensationnel dans notre vie musicale, fut l’arrivée du maitre Désiré Defauw à titre de chef d’orchestre des Concerts Symphoniques de Montréal.La discipline rigoureuse, le souci du style, de la grandeur, de la couleur, de la pureté, de la belle matière, qu’il a su imposer avec une merveilleuse et splendide autorité à notre orchestre, ont permis à celui-ci d’atteindre à des sommets que l’on pouvait croire inaccessibles, à un point de perfection qui lui a valu, à maintes reprises, de soutenir la comparaison avec des organisations symphoniques de plus haute renommée.L’on nous dit aussi que dans le domaine de l’éducation musicale,de très grandes réalisations seront bientôt possibles.Et que demain, le Conservatoire que nous attendons ouvrira ses portes .C’est alors que notre ville deviendra définitivement un centre musical.Tout cela autorise les plus beaux espoirs.Annette La Salle Leduc L Enseignement Primaire, Québec, Vol.I, N° 10, juin 1942. L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE 891 Gérard Morisset MONTRÉAL ET SES ARTISANS Hvant d’être des commémorations joyeuses et bruyantes, lyriques ou pompeuses, les centenaires sont d’abord des pauses de recueillement, de recherche, d’étude.On médite sur la fécondité et le mobile des ouvrages des hommes; on ramasse des matériaux historiques qui sont pour la plupart des paperasses jaunies, des imprimés d’autrefois qui récupèrent leur actualité, des tableaux enfumés ou des gravures tachées de rouille; on compare patiemment des textes et des images, des témoignages et des controverses, des documents qu’on croit naïfs, d’autres qui fleurent l’incurable vanité humaine.Quand il s’agit du troisième centenaire d’une ville qui, par son état géographique et le labeur tenace de ses habitants, en arrive à prendre la première place dans un immense pays, la tâche de l’érudit grandit sans trop se compliquer, tandis que celle de l’historien devient une sorte de gageure avec l’incohérence.Elle est pleine de mystère, la grand’ville ! Née il y a trois cents ans autour d’un fortin de pieux durcis à la flamme, elle se blottit longtemps dans des frontières naturelles.Puis elle a de vagues échappées vers l’ouest, par minuscules paquets de villas campagnardes; elle pique au pied de la Montagne les coquelicots de ses toitures de tuile; elle glisse par une pente mollement accidentée vers la plaine de Lachine, vers les bords capricieux et riants de la mare aux rapides.Un peu plus tard, une large coulure vers l’est lui donne l’aspect d’un adolescent qui a grandi trop vite: elle s’allonge indéfiniment, tandis que ses muscles restent maigres; çà et là on voit des trous, des surfaces lépreuses, des pans de forêt curieusement découpés, des fermes enclavées, des prairies verdoyantes, des maisons robustes dont l’ocre des pierres brille au soleil.Vient un temps où la grand’ville, au lieu d’engloutir les territoires qui l’entourent, se refait des muscles, des tissus, de la chair neuve.Surtout après le désastre de 1852.Une horrible tache noire, hérissée de murailles croulantes, de bois calciné et de débris fumants, est comme une plaie géante, un cancer qui ronge la ville à son flanc.Cette plaie refermée, c’est .une nouvelle expansion, cette fois dans tous les sens.Comme en un jour de pluie, de petites flaques d’eau isolées se fondent en un étang d’où n’émergent que des arbustes ou de simples brins d’herbe, ainsi les communes qui, naguère encore, formaient à la grand’ville une ceinture d’habitations ombragées d’ormes majestueux, semblent se donner la main et sont happées par les faubourgs qui s’étirent.Et ils L’Enseignement Primaire, Québec, Vol.I, N° 10, juin 1942. 892 L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE s’étirent tant, les faubourgs, ils se transforment si rapidement qu’on en devine à peine les points d’origine; pas davantage leurs points de contact avec la banlieue.ARCHITECTES ET Rien de plus humble que Ville-Marie au temps même de son CONSTRUCTEURS fondateur.Un fort minuscule de poteaux de cèdre et de terre battue; des maisons de bois presque toutes semblables, qu’élèvent Gilbert Barbier l’entrepreneur et le tabellion de Saint-Père; des rues non pavées, alignées à la diable, même obstruées de constructions.C’est Père de’s défricheurs, donc Père de la construction de bois.Mais voici venir des hommes de métier, maîtres-maçons et charpentiers de la Basse-Bretagne et du Maine, de l’Anjou et de la Champagne.Ce qu’ils transplantent en Nouvelle-France, c’est moins un type d’architecture domestique que des traditions professionnelles, des coutumes séculaires dans Part de bâtir.Au début, ils tâtonnent un peu.Ils éprouvent vite les matériaux du pays; ils font connaissance avec son climat.Et lentement, de la somme des expériences de ces artisans, surgit un type d’habitation en maçonnerie, qui n’est ni breton ni champenois, ni angevin ni manseau.Car c’est la maison montréalaise, courte, massive, profonde, flanquée de cheminées robustes et de coupe-feu, faite de gros cailloux noirs ou de ton rouille noyés dans un épais mortier blanc; dans sa lourdeur paysanne, elle semble surgir de terre comme une forteresse domestique, comme un abri sûr — symbole des luttes sans nombre que les Montréalistes ont sans cesse à soutenir contre les ennemis du dehors.Ce type de maison n’est point fixité; il comporte une grande variété de formes, depuis la maison minuscule aux proportions avenantes jusqu’à l’habitation de vastes dimensions, dont l’aspect ne laisse pas d’être farouche.Il s’étend dans Pile de Montréal, dans les îles avoisinantes; il traverse sur la rive nord du Saint-Laurent, fleurit dans la région mascoutaine et produit ses plus beaux fruits sur les rives de l’Assomption; il s’implante sur la rive sud en subissant une légère transformation, nettement visible encore aujourd’hui: à cause des carrières du pays, on n’y voit que des roches noires.Mais les roches, qu’elle' soient d’ardoise ou de calcaire ferrugineux, dessinent des murailles de proportions parfaites, ordonnées par des artisans formés à la forte discipline de 1 apprentissage.Et l’apprentissage crée les dynasties d’artisans.Il y a les Jourdain dit Labrosse, les Janson-Laplame, les Branchaud et les Archambault, Courcelles dit Chevalier et Joseph Fournier, tous maçons de père en fils, soigneusement respectueux de leurs propres traditions.Leur action se fait sentir jusqu’au milieu du XIXe siècle.Voici maintenant les architectes amateurs.Ce ne sont pas les moins estimables.Parmi eux, il y a des prêtres.Celui qui élève, à la fin du XVIIe siècle, le « Fort des Messieurs )> est un Sulpicien, Vachon de Belmont; est également Sulpicien Dollier de Casson qui élève le Séminaire de Montréal, dont la façade sur les jardins est peut-être ce L Enseignement Primaire, Québec, Vol.I, N° 10, juin 1942. L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE 893 que l’architecture canadienne a produit de plus imposant.Les Sulpiciens comptent toujours un des leurs qui manie avec plus ou moins de facilité le tire-ligne et l’équerre.Après 1760, c est 1 abbé Montgolfier qui reconstruit Y Hôpital-gêner al; un peu plus tard, c’est l’abbé Molin, prêtre français réfugié au Canada, qui donne le plan du troisième College de Montréal et celui du premier Collège de Saint-Hyacinthe.i % Y î x X I «a> I Iiilli 1.CHAPELLE et COUVENT DES RÉCOLLETS de Montréal, dessinés vers 1826 par John DRAKE, pour l’ALBUM de Jacques Viger (cet ALBUM est conservé aux archives du Séminaire de Québec).Le portrait de la chapelle des Récollcts a été exécuté en 1713 par Pierre Labrosse.(Photo, de l’Inventaire des Oeuvres d’art.) Quant aux architectes professionnels, Ville-Marie n’en compte qu’un seul: Chausse-gros de Léry; il construit la charmante gentilhommière qu’était le Château Vaudreuil, détruit en 1803; puis il dresse, vers 1722, un plan de style jésuite pour Notre-Dame de Montréal.Et tous ces bâtisseurs, constructeurs de métier ou amateurs, sont tellement réfléchis, tellement imbus de la noble simplicité de l’époque du Roi-Soleil, qu’ils font de Montréal la plus belle ville des deux Amériques.Il faut lire les mémorialistes étrangers, voir les aquarelles des topographes, examiner les naïves gravures de b’époque 1800 pour se rendre compte que la grand’ville fût, avant l’immigration massive du début du XIXe siècle, l’étonnement et la joie du touriste curieux.Les maisons sont noirâtres et les rues dégoulinantes de boue; la circulation est pénible: c’est la rançon de toute ville en L’Enseignement Primaire, Québec, Vol.I, N° 10, juin 1942. 894 L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE croissance.A côté de ces tares inévitables, que de beautés se découvrent aux yeux avides et fureteurs des visiteurs européens et des Montréalais qui daignent regarder leur ville.Là vit un peuple simple, travailleur, observateur, réfléchi, volontiers goguenard, parfois blagueur, bien français.Son architecture le peint tout entier.Elle est sobre, solide, spirituelle, pleine de bonhomie et de sourires entendus.Ainsi nous apparaît-elle en parcourant aujourd’hui certaines rues anciennes ou en flânant près de Bon-Secours.Elle nous apparaît encore mieux dans les admirables dessins que John Drake exécute en 1826 pour un fanatique de la grand’ville, Jacques Viger.Au début du XIXe siècle, l’architecture montréalaise subit une transformation notable.En 1805, l’Allemand Wilhelm Berczy trace les plans de la première cathédrale anglicane de Montréal; trois ans après, il édifie le monument McTavish.En 1824, l’Irlandais protestant O’Donnell commence la construction de la Notre-Dame actuelle.L’année suivante, on institue un concours pour la construction d’une nouvelle Prison, au Pied-du-Courant; et sept architectes présentent des projets, sept noms à consonance étrangère: William Bell, Clarke et Appleton, Blaicklock, Cushing, John Cliff et Nixon; et c’est Blaicklock qui obtient l’entreprise.Cet édifice à peine commencé, on songe à reconstruire le marché Bon-Secours; c’est un Allemand, Footner, qu’on choisit comme architecte.Et combien d’architectes étrangers participent alors à l'édification de la grand’ville: John Wells, Ostell, Fahrland, Hopkins, Lawford et Nelson, John Ritchie et Thomas, Philipps .Chose étrange, ces architectes, qui n’ont rien de français, font du Louis XIV — un Louis XIV provincial un peu lourd peut-être, mais sobre, bien étudié, agréable, vigoureusement mouluré, souvent magnifique .Que font nos architectes du cru ?Du Louis XIV, eux aussi; mais un Louis XIV paysan, sévère, imposant, d’une simplicité conventuelle —- car, pour eux, une habitation qui possède plus de six fenêtres par étage est un couvent ou devrait l’être; il faut donc qu’elle en ait l’allure.Telle est toute l’esthétique de l’ancien entrepreneur Victor Bourgeau; il taquine parfois le gothique, mais il sent bien que ce style le fuit; il s’essaie au style roman et, dans ce domaine, il n’est pas inférieur aux architectes archéologues étrangers; mais quand il élève un long bâtiment de pierre, percé de fenêtres à petits carreaux et hérissé de lucarnes, il est dans son élément; il reste dans la tradition de ses devanciers.Il y apporte un sens très sûr des proportions et le goût de la muraille nette.Bourgeau a des émules, des imitateurs: les Gauthier et les Perrault, les Lecourt et les Leprohon prolongent son art, mais avec moins de finesse et de sens architectural.Une nouvelle génération grandit vers 1880, celle des architectes qui possèdent beaucoup de livres d’images et les consultent fréquemment.Ils exploitent sans esprit des styles morts et ne retrouvent plus les clients éclairés d’avant la grande immigration.C est 1 époque agaçante de l’histoire architecturale de la grand’ville.Époque bigarrée, monstrueuse, incohérente, où les escaliers tire-bouchonnent avec insolence, où les frontons de tôle plastronnent avec ostentation, où presque tous les éléments architectoniques jouent un role de poudre aux yeux.L’Enseignement Primaire, Québec, Vol.I, N° 10, juin 1942.i L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE 895 SCULPTEURS DE Tout comme la sculpture québécoise, la sculpture montréalaise VILLE-MARIE prend naissance dans une école d’arts et métiers — si l’on peut donner ce nom au modeste institut des Frères Charon.Vers 1703, il y a là un sculpteur, Charles Chaboillez.Celui-ci travaille d’abord pour la maison qui l’héberge et sculpte des Madones de bois; il sculpte ensuite des tabernacles pour les Récollets et pour les Hospitalières de l’Hôtel-Dieu.Il meurt en 1708.Chaboillez est le premier sculpteur de Montréal.De 1708 aux environs de 1730, il y a un hiatus dans l’Ecole de Ville-Marie.Les successeurs médiats de Chaboillez sont des artisans nés avec le siècle ou peu après: les Jourdain dit Labrosse, les Janson-Lapalme, Antoine Cirier et les Lenoir.D’Antoine Jourdain, il reste le grand Crucifix de bois du Musée Saint-Sulpice; de l’oeuvre considérable de Cirier, il existe à Repentigny des autels latéraux fort abîmés, mais d’une sculpture à faible relief.Aux dynasties des Jourdain et des Janson-Lapalme, on peut ajouter celle des Cirier à laquelle appartiennent les Lenoir, Lambert et Philippe Liébert.Ce dernier est la grande vedette du groupe.Philippe Liébert, s’il est né dans la Bourgogne septentrionale, est un Montréaliste d’adoption; il meurt à Montréal en 1804.C’est un artiste d’une personnalité attachante, tour à tour souriante et grave.Montréal possède quelques-unes de ses plus belles oeuvres: un autel et une crédence chez les Soeurs Grises, le maître-autel de la Crèche d’Youville et un tabernacle à l’Hôtel-Dieu.Liébert n’est pas un simple sculpteur-ornemaniste; il façonne des statues de bois, il sculpte des bas-reliefs; il mêle adroitement la figure humaine aux entrelacs de style Louis XIV; il compose des scènes d’un réalisme paysan fortement accusé.A l’Ecole de Montréal, Liébert donne sa physionomie presque définitive.Sans lui, Quévillon eût été tout autre et n’aurait certainement pas pratiqué le même style; Joseph Pépin et Saint-James eussent produit des oeuvres aussi parfaites d’exécution mais de formes moins pures; Urbain Brien dit Desrochers et Amable Gauthier, Paul Rollin et Charles Desnoyers se fussent peut-être orientés dans une autre direction de l’art ornemental.On peut s’en convaincre à Notre-Dame même: l’ancien tabernacle, sculpté par Paul Rollin, est un reflet de l’art de Liébert; même constatation dans les fragments de l’ancienne église de Louiseville, sculptés vers 1828 par Desrochers et conservés au Château Ramesay.Si l’on fait exception du décor sculpté de la chapelle Notre-Dame-des-Anges et de certaines pièces du musée de l’Ecole du Meuble et du Château Ramesay, c’est tout ce qui reste à_ Montréal de l’atelier des Ecorres — ou, plus précisément, des sculpteurs de Saint-Vincent-de-Paul.Notre-Dame a perdu, en 1830, tous les meubles qu’y avaient sculptés Liébert, Quévillon et Saint-James; même chose pour Notre-Dame-du-Bon-Secours.Le reste a été brocanté ou a péri .Après 1830, l’atelier des Écorres travaille, non pour la grand’ville, mais pour la campagne.Il se passe en sculpture le même phénomène qu’en architecture: ce sont généralement des artisans étrangers qui possèdent la faveur du public: O’Brien à l’Hôtel-Dieu et à l’Hôpital-général; Bourriché à Notre-Dame; Michelot, Sohier et Movor chez L’Enseignement Primaire, Québec, Vol.I, N° 10, juin, 1942. 896 L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE les bourgeois qui veulent être à la mode victorienne ou du Second Empire; Vacca et Bullet au Palais épiscopal; Baccerini et Catelli, Mariotti et Sula, Carli et Pétrucci auprès des amateurs de fadeurs italiennes.Les nôtres ne sont peut-être pas en minorité au point de vue du nombre; ils le sont sûrement au point de vue de la clientèle.Le plus grand de tous est Philippe Hébert; point n’est besoin d’insister sur son oeuvre, que Jean-Baptiste Lagacé a étudiée dans des articles pénétrants.Longtemps Montréal n’a compté, comme monument commémoratif, que la Colonne Nelson, édifiée en 1809 par niilisi •Xfces de (< University of Western Ontario )) constituent un enseignement pratique rédaction orale et de complsith^ ^ eXeraceS de Mammaire, d’élocution et de conversation, de phonétique, de orales.^ déluré des certificats d anglais à ceux qui suivent régulièrement les cours et qui réussissent les épreuves Ontario, London, Ontario dcmande a M.H.-E.J enfin, Directeur des Cours de Vacances, University of Western 10, juin 1942.L Enseignement Primaire, Québec, Vol.I, N° 919 L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE TABLE GÉNÉRALE DES MATIÈRES (d’après les auteurs) ORDRE ALPHARÉTIQIJE A ALBERT (Révérend Père), o.m.cap.ÉDUCATION I—Réflexion.II—Formation de l’intelligence.III— Formation de la volonté.IV— Formation du caractère.V—Formation physique.VI—Formation de la pureté.VII—Formation de la pureté (suite) .VIII—Formation sociale.ANONYME (A.-M.G.L.) ÉDUCATION NATIONALE À L’ÉCOLE I—L’éducation nationale à l’école.II—Nos soldats disparus.III— Programme général pour “Journées d’Éducation nationale” .IV— Sir Wilfrid Laurier, 1841-1919.V—Semaine de fierté nationale (12 au 19 avril).VI—Jeanne Mance.ANONYME (Collaboration) RÉPARTITION MENSUELLE DU PROGRAMME Cours primaire élémentaire: première année .deuxième année.troisième année.“ “ “ quatrième année.cinquième année.“ “ “ sixième année.“ “ “ septième année.Cours primaire complémentaire: huitième année .“ “ “ neuvième année.Cours primaire supérieur (garçons) : dixième année.“ “ “ “ onzième année.Cours primaire supérieur (filles): douzième année: section scientifique.section commerciale.dixième année: section générale.section commerciale.section spéciale.onzième année: section générale.section commerciale.section spéciale.douzième année : section générale.section commerciale section spéciale.SUGGESTIONS PÉDAGOGIQUES POUR REVUE MENSUELLE DU PROGRAMME I—Octobre.II—Novembre .III— Décembre.IV— Janvier.Pages .167 .245 347 410 490 581 665 743 160 247 401 485 660 738 5 9' 16 23 31 40 51 62 74 85 98 109 121 124 127 127 129 132 133 135 138 139 .181 .259 .335 .422 L'Enseignement Primaire, Québec, Vol.I, N° 10, juin 1942. 920 L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE SUGGESTIONS PÉDAGOGIQUES .(Suite) Pages V—Février.5(M VI—Mars.591 VII—Avril.676 VIII—Mai et juin.756 ANONYME (S.de la C.) Analyse littéraire: Coucher du soleil sur mer.370 ANONYME (Le vieux prof.) CHRONIQUE I—Le parler de nos maîtres.218 II—Bon langage et religion.378 III—-Le bon langage et la fierté nationale.788 ANONYME (Brother J.) ENGLISH SECTION I—Observation the key to clear thinking.621 II—The vocabulary.707 III—The essay.785 ANTHONY OF PADUA (Sister of Charity of Halifax) ENGLISH SECTION Is formal discipline in the High School Outmoded ?.623 B BILODEAU (Charles), officier Éducation et démocratie spécial, département de l’Instruction publique.455 BOULANGER (Trefîlé), directeur du personnel enseignant, Commission des Ecoles catholiques de Montréal.ÉDUCATION ET PSYCHOLOGIE I—Exposé.II—Psychologie rationnelle et expérimentale.III Les méthodes de la psychologie expérimentale.IV—La croissance physique.V—La croissance de l’intelligence.VI—La vie émotive.VII—L’intérêt.VIII—L’attention.BROUILLETTE (Benoît), professeur, École des Hautes Études Commerciales, Montréal.POUR MIEUX CONNAITRE LA GÉOGRAPHIE DE LA PROVINCE DE QUÉBEC.I—Aspect physique de la Province.II—La Plaine laurentienne.III— La ville de Montréal.IV— La plaine de Montréal.V—Entre le lac Saint-Pierre et Québec.VI La ville des Trois-Rivières.VII La ville de Québec.VIII~Le8 Plateaux du sud de l’estuaire et la Gaspésie.162 .243 .322 .404 .487 .576 .662 .741 156 239 320 398 481 572 657 733 C CARON (Wilfrid), inspecteur de la ville de Québec.LA VOIX DE L’EXPÉRIENCE A quoi bon faire de l’analyse Comment assurer le succès des examens.CHOQUETTE (Robert) POÈME Rondel du petit Noël.214 214 .321 L’Enseignement Primaire, Québec, Vol.I, N° 10, juin 1942. L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE 921 D • Pages DANIEL (Brother) ENGLISH SECTION The fourth commandment.706 DESAULNIERS (Orner-Jules), i.e., président de la Corporation des Inspecteurs d’Écoles de la Province.LA VOIX DE L’EXPÉRIENCE Savez-vous comment rendre l’enseignement de la religion efficace à l’école primaire ?.380 DORE (Victor), surintendant de l’Instruction publiqe.I—A nos lecteurs.II II—Le professeur d’histoire.304 III— Vœux.;.382 IV— Enquête scolaire (1er communiqué).452 V—Enquête scolaire (2e communiqué).462 VI—Congrès d’éducation.558 VII—Survivre.638 VIII—Foreword.533 DUMAIS (l’abbé Ernest), assistant-directeur de L’A.S.C.NOTRE HISTOIRE I—Régime militaire, 1760-1763 .154 II—Domination anglaise.237 III— Anxiété de nos ancêtres.318 IV— À propos d’émigration.396 V—Lendemain d’un traité.».479 VI—La question religieuse.655 VII—La question religieuse (suite).731 DUMONT (l’abbé Armand), curé de Valcartier.CHANT DES ÉCOLIERS “O Saint-Laurent, fleuve de gloire”.574 F FAUCHER (Albert), L.S.S.L’ÉDUCATION CIVIQUE À L’ÉCOLE I—Condition d’un ordre démocratique.Il—Condition d’un ordre démocratique (suite) III— Un ordre démocratique, qu’est-ce ?.IV— Société civile et démocratie.V—Autorité et discipline en démocratie.VI—Qu’est-ce donc que la liberté ?.FIDELIS (Brother F.S.C.) ENGLISH SECTION The mission of the english teacher.FILTEAU (B.-O.), secrétaire du Département de l’Instruction publique.L’École et la collaboration chez nos voisins du sud.CAMBER (S.) POÈME Sur mon cœur G GERMAIN (l’abbé Victorin), de la Crèche Saint-Vincent-de-Paul.SOLILOQUES I—Qui, que, quoi ?.II—Re-consécration III— Mon héros.IV— Mon faible.V—Mon protecteur.VI—Mon compagnon VII—Mon mystère .VIII—Ma sœur.152 234 315 475 568 726 535 385 224 146 226 310 390 468 562 644 722 L’Enseignement Primaire, Québec, Vol.I, N° 10, juin 1942. 922 L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE GIROUX (l’abbé Alphonse), L.S.S.Importance de l’orientation professionnelle.Pages .247 J JASMIN (Léopold), L.S.S.(Université de Montréal) LA STATISTIQUE ET L’ÉCOLE I—Principes généraux.II—Les procédés statistiques.KIPLING, (R.) POÈME Si.K L LANE (J.-Henry), professeur, École normale de Lévis.À L’ÉCOLE RURALE I—Tableau de l’emploi du temps.II— La préparation de classe.III— L’enseignement religieux.IV— La langue maternelle.V— La langue maternelle (suite).LAURENCE (Jean-Marie), professeur, École normale Jacques-Cartier.MÉTHODOLOGIE DU FRANÇAIS I—Avertissements.II—Qu’est-ce que la grammaire ?.III— Qu’est-ce que la grammaire ?(suite).IV— L’abécé du style.V—L’abécé du style (suite).VI— L’abécé du style (fin) .VII—Savoir lire (la lecture expliquée).VIII—Savoir lire (suite).: ¦ ¦ • 472 651 144 162 324 407 579 672 175 254 332 416 497 586 670 751 LEBLOND (Docteur Wilfrid), chargé des cours d’hygiène sociale à l’Université Laval.HYGIÈNE SOCIALE I—Hygiène scolaire.II—Hygiène scolaire (suite).III— Hygiène et le personnel enseignant.IV— Le repos.V—Le repos diurne.VI—L’alimentation.150 232 313 393 565 649 LÉVESQUE (Révérend Père Geo.-Henri), O.P., directeur de l’École des Sciences sociales, politiques et économiques de l’Université Laval.À propos d’organisation professionnelle.LORTIE (Lucien), avocat, diplômé de l’École de Bibliothécaires de l’Universite de Montréal.I—Novembre.II—Décembre.III— Janvier.IV— Février.V—Mars.VI—Avril.VII—Mai (En parcourant les revues).148 296 373 460 551 628 716 794 MAGNAN (C.-J.), membre de la Société royale du Canada.ÉDUCATEURS D’AUTREFOIS I—Monsieur F.-X.Toussaint (1857 à 1894).II—Monsieur Émile Fenouillet.L’Enseignement Primaire, Québec, Vol.I, N° 10, juin 1942. L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE 923 MARIE-THÉOPHILE (Révérende Mère), C.N.D.Pages LE CHANT À L’ÉCOLE I—Octobre.I79 II—-Novembre.355 III— Décembre et janvier.479 IV— Février._ 499 'V—Mars.589 VI—Avril.675 VII—Mai et juin.753 MARIER (Roger), avocat, L.S.S.La prévoyance sociale.477 MATHIEU (l’abbé J.-C.)?assistant-principal de l’École normale Laval.LE PETIT CATÉCHISME I—Introduction.171 II—De la fin de l’homme.250 III— De Dieu et de ses perfections.330 IV— De la création.414 V—De nos premiers parents.494 VI—La chute.584 VII—Le péché actuel et ses espèces.668 VIII—Notre-Seigneur Jésus-Christ.748 MILLER (C.-J.), inspecteur général des Ecoles primaires.RENSEIGNEMENTS I—Résultats des examens des certificats d’études primaires (juin 1941).211 II—Avis au personnel enseignant des écoles primaires concernant l’examen officiel de la fin d’année sur la langue seconde.454 III— Quelques précisions concernant les examens du certificat d’études primaires.538 IV— Horaire.540 MILLER (C.-J.), inspecteur général des Ecoles primaires.LA VOIX DE L’EXPÉRIENCE Le français à l’école.294 MIRIAM OF THE TEMPLE, (Sister C.N.D.) ENGLISH SECTION Missa.784 O O’DONNELL (W.), secretary, Catholic High School examination.I—Report of the Catholic High School examination.213 II—Final examinations for 1942 .626 P PÉGUY (Charles).POÈME L’enfant qui s’endort.292 PERRON (Louis), professeur agronome.AGRICULTURE I—Pour ruraliser l’histoire du Canada.177 JJ_ 66 66 66 66 66 .256 JJJ_ 66 66 66 66 «6 .501 IV—Un tableau de botanique à la disposition du personnel enseignant 620 R RÉDACTION (Note de la).I—Liste des textes à étudier en 10e, lie et 12e année».3 II—Les projections lumineuses devant la classe.213 III— Echanges de correspondance.215-374 IV— Radio-coUège.L’Enseignement Primaire, Québec, Vol.I, N° 10, juin 1942. 924 L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE RÉDACTION (Note de la) (Suite) V—Pour les secrétaires-trésoriers des municipalités.VI—Condoléances.VII—Une expérience d’éducation civique.VIH__Avis au personnel enseignant concernant la Commission administrative du Fonds de Pension.IX— Concours de la Victoire (24 janvier au 14 février).X— -Monsieur J.-P.LaBarre à l’honneur.XI— Mgr L.-A.Paquet.Pages .300 .388 .474 .539 .555 .578 .656 RONDEAU (Jean-Marcel), secrétaire de l’Association de la Circonscription de l’École normale Laval.Procès-verbal de la Circonscription de l’École normale Laval.711 ROULEAU (Cécile), rédactrice de “L’Enseignement primaire”.I—Clef de la répartition.I II—Mieux savoir .Mieux servir.142 III— Épargne ! Guerre ! Paix !.222 IV— Au soir de “41”.307 V—Une recette .Un secret.383 VI—Voir ! Agir ! Collaborer !.464 VII—Remerciements et félicitations.575 VIII—Collaborons.560 IX—Semaine de fierté nationale.575 X—La joie, facteur de succès et de bonheur.641 XI—Pour être au point.717 XII—Un test.755 ROY (Lionel), avocat, professeur à l’Université Laval.ACTUALITÉ INTERNATIONALE I—Octobre.216 II—Novembre.298 III— Décembre.375 IV— Janvier.458 V—Février.553 VI—Mars.635 VII—Avril.715 VIII—Mai.792 T TURCOT (Marie-Rose), Hull.POÈME Nativité (Extrait “Le Maître”).302 U URSULINES DE MÉRICI.RAPPORT Les projections lumineuses dans la classe 630 \Y WESCOTT (Edson), i.e.ENGLISH SECTION A world about grammar.534 A.Les auteurs du présent numéro ne sont pas indiqués dans cette table générale des matières.On voudra bien référer au sommaire, à la page 801.L En*bignement Primaire, Québec, Vol.I, N° 10, juin 1942.C ( ¦> ¦ I ‘J.* ) « *,•>>' iW .) J V.' * ) .¦> 11 c i 4 *
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