Le lingot : un journal du Saguenay, 1 janvier 1952, Supplément
I Le Lingot Un Journal du Saguenay La culture est une curiosité désintéressée que l'Individu a de sol-méme, de son milieu de ses relations avec l'univers; c'est ujifc^r&cJretche de ce qui a été pensé, senti, exprimé avant nous et ailleurs que chez^nous.André SIEGFRIED Le Lingot, Arvida, jeudi 31 janvier 1952 LA petite école primaire de San-rCtersolé, dans les A-pennins, à quelques kilomètres de Florence, est quelquefois appelée “la plus célèbre de l’Italie”.Des pédagogues venus de différents pays l’ont visitée, ont écrit des articles à son sujet.La Corporation britannique de Radiodiffusion — la B B C.— en a parlé dans une de ses émissions.Cette renommée est due aux remarquables méthodes qu’applique Mme Maria Maltoni, qui depuis plus de vingt ans est institutrice à San-Gersolé.La population du village est clairsemée — 800 personnes à peine; tous les jeunes qui sont astre nts à suivre l’école primaire (de 6 à 11 ans» reçoivent les leçons de Mme Maltoni, qui a une quarantaine d’élèves.Aux plus avancés, elle consacre la matinée, et l'après-midi elle s’occupe des autres.La salle de classe est une petite chambre au premier étage, ornée de fleuri et de branches fraichement cueillies: l'on v remarque aussi des dessins faits et coloriés par h|és innées de l’intelligence et IftU coeur; grâce à son aide, l’enfant peut développer et mettre en oeuvre les dons qu'il possède naturellement, l'habileté manuelle, la rapidité du coup d’oeil.Il est nécessaire, dit-elle, de maintenir limpide et sereine la vision intime de l’enfant; U faut le guider pour qu’il la fasse agir sur les phénomènes de son propre monde, d une manière pai-s ble, avec amour.Pour en arriver là.Mme Maltoni encourage ses élèves à voir les choses dans tous leurs détails; à bien approfondir leu"s observations; à s’exprimer soit en paroles soit en images avec une clarté, une précision toujours plus grandes.Avant de s’étabbr à San-Ger-solé.Mme Maltoni qui depuis bien des années enceigna't dans une école où il fallait suivre un programme rgide et plus ou moins stéréotypé, avait l’intention de prend-e sa retra’t'1.Ma s quand elle vit cette netite école rust'que.ces fils et fp’es de paysans qui ne connaissent que la campagne avec ses bruits et ses travaux journaliers, elle eut l’es- •r , .sar- • $ i % ** V V/: i Un groupe d enfants de San Gersolè s'en retournant à la maison en compagnie de la Maestro Maltoni.(Photo Dqvid Lees, Florence) naissances obligatoires; en outre ils savent une foule de choses oui ne sont pas inscrites au programme.Mme Maltoni emploie des mé- toi tes leurs formes, puis mettent par écrit leurs observations.Parfois un enfant ou un groupe est chargé d une étude qui durera des semaines, peut-être des Si encourageant qu’il soit, ce succès est chose secondaire pour Mme Maltoni.Elle-même appuie sur le fait qu’elle ne cherche pas à former des écrivains ou des MARIA MALTONI, ses élèves: Leur classe est le monde par Dorothy Nevile Lees les enfants- Les quatre fenêtres donnent sur des vignes et des collines où croissent les oliviers.Dans son travail, Mme Maltoni s'attache au principe fondamental sur lequel repose son système.Elle considère l’enfant comme une personne sérieuse, un homme ou une femme en herbe; elle tient compte du milieu où il se trouve.Elle cherche non pas à imposer aux élèves un énorme bagage de faits difficiles, mais à réveiller leurs perceptions, leurs aptitudes; elle encourage les qua- poir de trouver là un champ qui lui permette d'appliquer ses théories pédagogiques, de les mettre à l’épreuve.Elle comprit qu’une 1 tâche nouvelle et vitale lui était offerte.Au début, l’inspecteur des écoles désapprouva ces méthodes o-riginales; mais les résultats obtenus démontrèrent qu° sans aucun douté, le système était bon, de sorte que 1 institutrice finit par obtenir gain de cause.Quand ils sont en âge de ouitter 1 école, tous les élèves possèdent les con- thodes fort simples pour développer la perception et le pouvoir de s’exprimer.Chacun des enfants tient un ‘‘journal" qui décrit sa vie quotidienne, tout ce ou’il fait, voit ou entend; le texte est illustré par des dessins en couleurs, que les élèves exécutent au moyen de crayons.L’institutrice leur demande d’apporter à l'école des fleurs, des baies, des graines et des insectes; ils les étudient tranquillement, avec amour; ils les dessinent sous divers angles, dans mo's: il sagira par exemple des hirondelles dont on observera la vie et les habitudes, en inscrivant tout ce cue 1 on a remarqué et en l’illustrant par des dessins.Ensuite l’institutrice et les enfants consultent des manuels et des oeuvres poétiques pour obtenir des lumières nouvelles, pour rectifier ou confirmer les observations faites; or, comme le déclare Mme Maltoni, les élèves ob-senent si attentivement la nature que leurs remarques surpassent quelquefois en exactitude les textes imprimés.Grâce à ce système, les enfants parviennent à des résultats merveilleux: leurs récits et leurs images sont remarquables.Avec joie, dans le calme, ils s'appliquent, ils observent, ils s’expriment; graduellement leur écriture devient plus belle, plus fine: leurs phrases prennent de la force et de la concision; leurs dessms se trouvent être expressifs, comnlets, et les couleurs s’harmonisent- En général les enfants choisis-.sent eux-mêmes leur sujet.Ils décrivent, ils illustrent tout ce q-’ils voient, entendent ou apprennent — Les semailles, la mo^-’n, les vendanges, la récolta des olives et leur pressurage, jfres foires au bétail, les grands marchés, les vieilles coutumes, la maison où ils demeurent, ses chambres et son jardin — tout cela est exactement dépeint jus-cue dans les moindres détails.Les lectures faites à l’école fournissent des sujets mythologiques h'storiaues ou poétiques que les é’èves traitent d’une manière o-riginale.ave: beaucoup de fraîcheur et de charme.Lorsqu’à Florence, à Milan et ailleurs on evpcsa leurs dessins, leurs'etudes concernant la nature.et leurs '“ournaux” illustrés (plusieurs de ces documents avaient été réunis en un volume), certains peintres ou écrivains en Tirent si frappés ru'ils déclarèrent: Pour apprendre notre métier, nous devrions suivre la même école que ces enfants! peintres; les récits et leurs illustrations représentent à ses yeux un moyen de mesurer les progrès et le dé\eloppement des é-lèves.Un récit embrouillé, un dessin confus, taché, indiquent simplement à l’institutrice que l’écolier a besoin d'apprendre à penser plus clairement à mieux conduire sa main pour atteindre la précision.Dans la salie de classe de San-Gersolé régnent l'entrain, le calme, et chacun s’intéresse à ce qu’il fait.Les élèves sont heureux.bien disciplinés, travaillent avec zèle; ils se sentent à l’a'se, sèntendent bien avec leur institutrice et leurs camarades.Au double point de vue théorique et pratique.Mme Maltoni a prouvé par une longue expérience la valeur de ses méthodes.Elle a donc le droit d’affirmer ceci: Si l’on accoutume l’enfant à observer avec joie et d’une manière approfondie les choses qui l’entourent, puis à exprimer ce qu'il a pu voir, il acquiert une foule de connaissances; en outre il apprend à penser clairement, à devenir habile, et pourra mieux trouver la place oui lui convient aujourd’hui et à l’avenirji Surtout, ce système éveille chez l’enfant l’amour de la nature et du prochain; or, selon Mmq Maltoni, c’est là l’éducation par ex- ,, cellence.“L’amour.’’ nous dit-«l}«.; “est le but suprême auquel- toué doivent tendre”.::t v * *• Reproduit en exclusivité grâce à une entente avec le Christian Science Monitor.Intérieur de la classe de l'école Son Gersolè.Maestro Maltoni aide une de ses élèves à faire ses devoirs.L'on remarquera aux murs les dessins colorés exécutés par les enfants.(Photo David Lees, Florence) Vs * ’**• • 'f ï.iidjfijfciifr Le Lingot, Arvida *v * * Les industries du Saguenay Sous la rubrique “Les Industries du Saguenay”, te LINGOT se propose d examiner à tour de rôle les principales industries Me notre région.Il s'agit dune tentative pour évaluer leur rôle dans réeamomie tant au point de vue régional que canadien et international.Le LINGOT s'attachera unssi tout particulièrement à démontrer les possibilités réelles de développements futurs qui ne demanderaient pas mieux que de devenir des realites sous la conduite d’hommes courageux, possédant la compétence vou'ue pour mener à bien des entreprises.Le savoir-faire et l'expérience ne s'acquiérent pas dans un jour et il est grand temps que Ton se préoccupe davantage d'entraîner les spécialistes qu’il nous faudra pour mettre en valeur toutes les richesses encore inexvloitées de notre beau royaume.C'est en vue de montrer ce qui a déjà été fait et d'encourager les jeunes à se préparer pour ce quil reste à faire que le LINGOT entreprend cette nouvelle série de reportages.Qui de vous, automobilistes, qui filez à toute allure vers Québec sur le nouveau boulevard Talbot, se doute qu'il frôle à un certain moment la plus grande ferme d'élevage du vison au Canada.L'entrée du domaine de Clair-val.à peine visible sur la droite du chemin à quelque cinquante verges avant le Manoir du même nom.peut facilement passer tout à fait inaperçue.Les bâtiments, un peu en retrait, ne se laissent pas deviner de la route et il faut vraiment s'aventurer quelque peu sur le petit chemin avant d'entrevoir les premières manifestations de cet extraordinaire agglomération qui abrite tout ce qui rend possible la précieuse vie de 10 000 visons.Nicholas Schoch.un immigré Suisse, commença l’élevage du vison en 1023 en se procurant une quinzaine de couples qu’il captura dans des régions situées à plusieurs centaines de milles au nord du Lac St-Jean.Grâce à la nature prolifique de ces petites bêtes et à l’apport constant de nouveaux sujets capturés dans les régions nordiques.Nicholas Schoch se trouvait en possession de 4 000 visons de presque toutes les variétés connues lors de sa mort survenue en 1941.Ses deux fils, Pete- r* Arnold, qui avaient obtenu leur degré d" bachelier es-sciences du "Bishop’s Co^ege” héritèrent donc d'une grosse affaire aux rouages extrêmement délicats, mais qu’ils surent faire profiter davantage grâce à leur expérience pratique et aux connaissances théoriques acquises à l'université.Retardés quelque peu par leur service dans les forces armées.Peter dans l’armée et Arnold dans la Marine Rovaîe Britannique.les deux frères continuèrent dans la tradition de leur père tout en faisant les améliorations qui s’imposaient afin de conserver la place importante que leur ferme avait su prendre dans l'industrie canadienne du vison.Ils firent tant et si bien que leur élevage devint le plus important du Canada et qu’ils sont reconnus comme des autorités dans leur sphère.Peter a même été élu représentant des producteurs canadiens auprès du "Mutation Mink Breeders Association" à Milwaukee au Wisconsin, et doit siéger chaque mois au sein de cet organisme chargé de maintenir K haute qualité du vison de l’Amérique du Nord.L'établissement des frères Schoch emploie 35 hommes à l'année.Non seulement faut-il s’occuper des soins à donner aux visons, mais il y a aussi 1 000 dindes, des chèvres, des poulets, des faisans, des oies, des outardes et les essais d'acclimatation des marthes que l'on a bon espoir de voir se reproduire en captivité pour la première fois.(Comme chaque peau d'une mar-the rapporte environ $125, on peut se rendre compte de l’intérêt que comporte de telles expériences».Les employés et leur famille sont logés dans des maisons individuelles situées dans le domaine de 150 acres de Clairval.qui comprend lac.forêt, gravier et terre fertile.Huit familles se partagent ainsi des logis gratuits et obtiennent par surcroît l’éclairage, le chauffage et le iait sans ren débourser.Un véritable esprit d’équipe, qui fait plaisir à voir, a-nime ces ouvriers astreints à un travail dur qu’ils accomplissent à la canadienne.avec gaieté de coeur dans une atmosphère de franche camaraderie Plusieurs sont à l’emploi des Schoch depuis de nombreuses années et leur destin semble intimement lié au sort de cette industrie qui a des ramifications dans tous les grands centres mondiaux de la fourrure qui sont New-York.Londres et Montréal.La région du Saguenay est particulièrement propice à l’élevage du vison.Nul part ailleurs, la fourrure de cet animal ne semble devenir aussi soyeuse et fournie et posséder des tons aussi riches.Il existe trois autres importants éleveurs de visons dans la région it plusieurs petits producteurs parviennent à vendre quelques fourrures.Elever .les visons n’est pas une mince affaire et il y a loin des essais d’amateurs aux so;ns scientifiques et professionnels que reçoivent les visons dans une ferme de grande emergure comme celle des Schoch.Chaque vison doit posséder une cage individuelle, car il se battrait à mort s’il était placé en compagnie d’un congénère.Ces cages construites en broche et recouvertes d'un couvercle de bois sont bâties sur pilotis afin de rendre le nettoyage plus facile.L’odeur que dégage cette multitude de petits animaux est à peine perceotible chez les Schoch et peut être réduite à un minimum avec des soins de propreté appronriés.La cage est numérotée et ce chiffre se réfère à un numéro de régistre indiouant la parenté du vison, le nombre des petits de sa portée, sa date de naissance et autres détails intéressants le producteur.Les visons doivent être nourris deux fois par jour et l’on peut s'imaginer quel travail cela représente lorsque l’on sait que leur alimentation est extrêmement variée et inclut viande, poisson, céréales, légumes, lait of même huile de foie de morue.Un immense établissement frigorifique d une capacité de 500 000 lu res de viandes conserve la nourriture des visons à une température de -10 F.Une litière de paille est changée une fois la semaine et des soins médicaux sont fournis aux visons dont l’état de santé exigerait des attentions particulières.les visons sont exposés à contracter plusieurs maladies et le danger d’épidémie n’est pas à négliger.Un véritable petit hôpital a été construit à Clairval pour soigner les malades qui reçoivent des injections et que l’on opère de temps à autre lorsqu’ils ont le malheur de s’entrer un morceau de paille dans l’oeil, etc.Grâce à des soins constants, les Scho-'h sont parvenus à réduire leurs pertes annuelles à environ 3%.Lorsqu'une é-pidémie se déclare dans l’année res pertes peuvent atteindre 10e*-.mais la science moderne perrpet d’éviter des désastres tels que celui d'un été d'il y a plusieurs années lorsqu’ils eurent le malheur de perdre 1 200 visons.Pour mettre toutes les chances de leur coté.les Schoch possèdent trois autres fermes séparées de l’établissement principal où ils maintiennent quelque trois milles visons.Il faut se rappeler que tout vLson qui meurt en dehors de la courte saison de 10 jours durant laquelle sa fourrure est à son mieux est une perte presque totale.Chaque été les Schoch se rendent au nord du Lac St-Jean où ils capturent une trentaine de visons sauvages qui leur serviront à enrichir le sang de leurs visons captifs.La sélection des sujets appelés à se reproduire est une science qui exige une connaissance approfondie des lois de Mendel sur l’hérédité.La plupart des variétés de visons obtenues l’ont été par accident de mutation et il s’agit après cela de perpétuer le caractère désiré dans la descendance du vison.Cela n’est pas chose facile lorsque l’on sait que les visons exercent des préférences dans leur choix du partenaire et refusent souvent de s’accoupler- La femelle est en chaleur au mois de mars pendant un j^ur de chaque semaine, elle m^t bas 45 jours environ après avoir été frondée et sa portée varie de un à dix petits avec une moyenne de quatre.La période suivant la naissance est très critique car si la mère est effrayée par un bruit quelconque ell-* mange ses pe-t'ts.Les visons grandissent très rapidement et à l’âge de huit mois, pendant la courte période où leur fourrure a sa plus grande valeur, on prend les mesures nécessaires pour les en débarrasser.I*?procédé de la mise à mort est très simple puisqu’on place les visons dûment sélectionnés dans de petites cages qui sont ensuite alignées au fond d une boite hermétiquement Peter et Arnold i les deux propriéto lo ferme d’élevo vison à Clairval.:; photographe les c en plein travail que Peter venc choisir un vison c fouiiure lui parai point et que soi notait le fait di registre contenan les faits saillants portant à chaci 10,000 pensionna leur établisscmcn Les peaux doive ajustées sur les reaux de telle faç elles ne puissen ger pendant la de séchage qui c heures.De petit' qui doivent être individuellement à les maintenir er L'Elevage du Vi .Reportage de Pi é- Le vison possède une vitalité extraordinaire.Pour le mettre à mort sons endommager sa fourrure, on le place dans de petites cages qui sont alignées dans une boite qui ferme hermétiquement.Le tuyau d’échappement d’une voiture automobile est relié à la boîte et quelques minutes après la mise en marche du moteur, la mort a fait son oeuvre.; ÆMm La peau du vison semble s’enlever assez facilement.Le procédé fait penser à l'opération de l'enlèvement d'un gant.Il faut tout de même une grande dextérité pour travailler rapidement sans rien endommager.Les ouvriers des frères Schoch ont tous eu une longue expérience dans le métier. I 31 JANVIER 1952 * * * ;y».^ ip:;.:.:> *¦ ''mwJ n à Claîrval Benoit .fermee Le tuyau d’échappement d’une voiture automobile est relié à la boite et quelques minutes après la mise en marche du moteur, les cadavres des visons sont retirés des cages et expédiés à à la petite usine de transformation où la peau est enlevée, nettoyée et mise à sécher sur un fourreau de bois qui maintient la forme désirée.Lorsque toutes les peaux auront été préparées et classées d’après les meilleures méthodes.
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