Québec science, 1 janvier 1970, Décembre
IÜW iililli SPSS ‘VVWVVW1 mm mzm ¦¦v.v.v.sv.v.v mm Les planètes joviennes ne resteront plus longtemps inexplorées: avant la fin de cette décennie, quatre satellites auront quitté la terre à destination de Jupiter, Saturne, Pluton, Uranus et Neptune.SOMMAIRE TEXTES PAGES Éditorial: Il est encore temps.Jocelyne Dugas i SCIENCE ET ACTUALITÉ La photo en trois dimensions A.J.Brandenberger 2 - 6 Les applications de la photogrammétrie, terrestre ou aérienne, sont innombrables.L'art de fouiller sans détruire Vassos Karageorghis 7 - 9 L'archéologie n'était autrefois qu'un agréable passe-temps C'est aujourd'hui une science à part entière.1977: Le grand tour interplanétaire Jean-René Roy 10-11 La NASA prépare fébrilement le lancement de satellites en direction de Jupiter, Saturne, Uranus et Neptune.L’ACFAS est-elle sur la bonne voie?Françoise Côté 12 A l'issue d'un contrés mouvementé, le nouveau président de l'ACFASparle des orientations futures de son association.Les jeunes scientifiques lancent un s.o.s.Maurice L.Roy 13 - 14 Privée de subventions, /'Association des jeunes scientifiques réunie en congrès s'est adressée, en termes pressants, au gouvernement RUBRIQUES L'expérience du mois: Variations sur les nombres binaires Jean-Paul Boudreault 15- 17 Comment on devient: ARPENTEUR-GÉOMÈTRE Comment devenir: Renée Rowan 18 - 19 Le Labo: Des plantes qui hibernent Roger Desparois 20 Flashes-Jeunes Marc Duvivier 21 Flash.Flash.Flash.Michel Gauquelin 22 23 Voulez-vous lire?Yvan Chassé Lise Nicole Clément Delisle A.M.Duvivier 24 Vous dites?Résultats de QUÉBEC SCIENCE ENQUETE C Tous droits réservés © 1970 - LES PRESSES DE L'UNIVERSITÉ DU QUÉBEC - Dépôt légal quatrième trimestre 1970 — Bibliothèque nationale du QUÉBEC — Imprimé au Canada Revue mensuelle de promotion scientifique publiée par Les Presses de l'Université du Québec, en collaboration avec le ministère de l'Éducation et l'Association canadienne-française pour l'avancement des sciences (ACFAS).Rédaction Directrice et rédactrice en chef Jocelyne Dugas Adjoint à la rédaction Marc Duvivier Couverture, illustrations et mise en page couthuran, québec Composition typographique couthuran, québec Impression les ateliers optima, inc.Tous droits de reproduction et de traduction réservés par l'éditeur Tout écrit publié dans la revue n'engage que la responsabilité du signataire Administration Québec Science, case postale 250, Sillery, Québec 6.Tél.: 651-7220 Abonnements Le volume annuel commence en octobre et se termine en mai, soit 8 numéros Tarif individuel: $3 (Canada); $3.50 (étranger) Tarif groupe-étudiants: $2(15 abonnements et plus à une même adresse) Vente au numéro: $0.50 Courrier de deuxième classe, enregistrement n°1052 Membres du comité d'orientation Louis Berlinguet, vice-président à la recherche.Université du Québec Claude Boucher, professeur agrégé au Département de mathématiques, Université de Sherbrooke Maurice Brossard, doyen aux études graduées et à la recherche.Université du Québec à Montréal Roger Brunei le, professeur.École Regina Mundi, Montréal Pierre Couillard, professeur titulaire au Département des sciences biologiques.Université de Montréal Jacques Desnoyers, professeur agrégé en chimie.Université de Sherbrooke Guy Dufresne, directeur des projets spéciaux, Consolidated Bathurst Alain Faucher, étudiant au collégial II, Collège de Lévis André Fournier, responsable de l'enseignement des sciences au secondaire, Ministère de l'Éducation Serge Fradette, étudiant en biochimie, Université de Montréal Claude Frémont, directeur adjoint au Département de physique, Université Laval Jacques Hébert, étudiant, CEGEP du Vieux-Montréal G.Kaplan, professeur de biologie, Université d'Ottawa Pierre Lamonde, économiste, Institut national de la recherche scientifique.Université du Québec Paul Laurent, agent d'information, Service des relations publiques, Hydro-Québec Gérald Marion, directeur du département de sciences économiques, Université de Montréal Joaquin Miro, coordonnateur de sciences, CEGEP St-Laurent Lise Nicole, professeur, département de biochimie.Université Laval Gilles Papineau-Couture, directeur du contrôle Laboratoires Ayerst-McKenna Daniel Paquet, étudiant au secondaire.Collège Bourget, Rigaud Guy Rocher, Département de sociologie, Université de Montréal Guy Simard, étudiant, CEGEP du Vieux-Montréal Pierre Tougas, coordonnateur de sciences.Commission des écoles catholiques de Montréal Marielle Trudeau, étudiante au secondaire, École Stella Maris 1 LEST ENXRE TEMPS ^ par Jocelyne Dugas LA SCIENCE N'A PAS DE FRONTIÈRES.MAIS LES SCIENTIFIQUES ONT DES RACINES.LES JEUNES, SURTOUT.EN TERRE QUÉBÉCOISE.ILS VEULENT VIVRE, AIMER, CRÉER, TRAVAILLER ICI.POUR LES GENS D'ICI.ET DANS LEUR LANGUE.IL VA FALLOIR COMPTER AVEC LES JEUNES, DORÉNAVANT.ILS N'ADMETTENT PAS QUE L'INTÉRÊT PERSONNEL OU CORPORATIF PRIME CELUI DE LA COLLECTIVITÉ.C'EST PEUT-ÊTRE UN FAIT NOUVEAU CHEZ-NOUS.ILS REFUSENT D'APPLIQUER LES TRADITIONNELLES SOLUTIONS SUICIDAIRES.CELA NE LES EMPÊCHERA PAS DE PARTIR À LA CONQUÊTE DES GÈNES ET DE LA FISSION NUCLÉAIRE, DE MENER LA LUTTE CONTRE LA POLLUTION ET LE CANCER.AU CONTRAIRE.CELA LEUR PERMETTRA DE CLAMER PLUS FORT CONTRE LA FABRICATION DES BOMBES AU NAPALM.CAR AVANT TOUT ILS VEULENT UN QUÉBEC PLUS HUMAIN.UN QUÉBEC PLUS PROSPÈRE AUSSI - POUR TOUS.L'INTÉRÊT PARTICULIER SOUMIS À L'INTÉRÊT GÉNÉRAL .VOILÀ LA GRANDE LEÇON DONNÉE PAR LA JEUNESSE.A PARTIR DE CE TREMPLIN: INVENTER UNE SCIENCE ET UNE TECHNOLOGIE QUÉBÉCOISES INCARNÉES DANS DES INITIATIVES ORIGINALES, OUVERTES AUX APPORTS EXTÉRIEURS.ÊTRE SOI-MÊME D'ABORD, POUR APPORTER DAVANTAGE AUX AUTRES.DONNONS À NOS JEUNES DES OUTILS ET NON DES ARMES.IL EST ENCORE TEMPS. mm % ¦ ’ ' ¦ ' vV, Uj ¥i m l i sf/'-r ; r Photographie aérienne du centre de Quebec.For du cliché original 9" x 9".Appareil de prise de vu Wild RC 8.Altitude approximative: 4 400 pieds.Échelle approximative: 1/9.600.Aérophoto par A.J.Brandenberger Qu'est-ce que la photogrammétrie?C'est une technique qui, par l'intermédiaire de la photographie, terrestre ou aérienne, permet de déterminer la dimension et la forme d'un objet ou même d'un continent.Principalement utilisé en cartographie, ce rocédé permet également de résoudre de nombreux problèmes balistiques, spatiaux, industriels et même criminels.Il y a quelques années, un père, profondément affligé par la mort de sa fille unique, tombée dans la crevasse d'un glacier des Alpes suisses, vint nous demander s'il était possible à un sculpteur d'exécuter, à partir de quelques photographies, un buste de la disparue.Ingénieur en mécanique, il avait entendu parler de la photogrammétrie et il pensait que ce procédé pouvait apporter une réponse à son problème.Il possédait plusieurs photos d'identité et, par chance, deux d'entre elles avaient été prises sous des angles différents, la jeune fille ayant tourné la tête entre les prises de vues.En observant stéréoscopi-quement ces deux documents presque identiques, nous pouvions discerner le visage en relief.Mesurer les monuments O Mais comment matérialiser cette image dans le bronze?Ou, plus précisément, comment réduire ce document géométriquement semblable au sujet en une information exploitable par le sculpteur?La meilleure solution était d'observer les deux clichés, non au moyen d'un simple stéréoscope, mais à l'aide d'un «restituteur photogrammétrique».Cet appareil permettait de mesurer l'image dans ses trois dimensions, comme nous l'aurions fait directement sur le sujet lui-même.Nous pouvions reproduire le modelé du visage et fournir à l'artiste les renseignements qui lui permettraient de reconstituer avec fidélité la tête de la jeune fille.Cette poignante histoire nous donne l'occasion d'esquisser une définition de la photogrammétrie: c'est une technique très élaborée qui, avec l'aide de la photographie, permet de déterminer les dimensions et les formes des objets, le mot objet pouvant, ici, désigner aussi bien une chose de très petite dimension qu'une vaste portion du territoire d'un pays, voire la Terre entière.Entre ces extrêmes, la photogrammétrie nous donne les moyens, par exemple, de décrire les effets de la corrosion sur une surface, de calculer les déformations des grandes antennes de radar, de mesurer les monuments historiques classés. image Un appareil topographique O En 1859, Aimé Laussedat, colonel de l'Armée française, présenta, devant l'Académie des sciences de Paris, une nouvelle méthode pour le levé des cartes topographiques.Ses travaux ne restèrent pas théoriques.Désireux de prouver à ses supérieurs la validité du procédé, il conçut un appareil de prise de vues «topographique» qui lui permit de cartographier environ 300 milles carrés.Son instrument, combinaison d'un appareil photographique et d'un appareil d'arpentage appelé théodolite, se singularisait par le fait qu'il ne nécessitait pas de mise au point pour la distance.Tous les objets étaient en effet suffisamment éloignés pour fournir une image nette.Cette particularité permettait de reconstruire avec exactitude, en laboratoire, la gerbe perspective qui avait impressionné la gélatine.Pour ce faire, Laussedat devait replacer la plaque dans la position exacte qu'elle occupait lors de la prise de vues, en s'aidant de repères gravés sur le fond de la chambre et dont les images se retrouvaient sur la photographie.Ces repères étaient également conçus de façon à matérialiser un système de coordonnées rectangulaires dans l'image.La position de chaque détail pouvait donc être définie avec précision et, à condition qu'un même point du paysage soit enregistré sur deux clichés, il devenait possible, par calcul, de connaître sa position exacte sur le terrain et de le reporter sur la carte.La «marque flottante» O Bien que cette méthode se soit révélée plus rapide que les procédés de la topographie classique, elle .restait limitée aux points nettement identifiables du paysage, et la position des autres détails ne pouvait être qu'interpolée.C'est un Allemand, le professeur Cari Pulfrich, qui mit au point le «stéréocom-parateur», appareil qui permettait l'observation des clichés par stéréoscopie et multipliait les possibilités du procédé.Puis, en 1911, le lieutenant E.von Orel, officier autrichien, songea à relier le système d'observation, la «marque flottante», à un crayon et à la déplacer dans les trois dimensions à l'aide de deux manivelles et d'une commande au pied.Ainsi, tout détail pouvait être facilement restitué et, en fixant la marque flottante à une altitude appropriée, il devenait facile de tracer des courbes de niveau à l'aide des deux manivelles seules.L'équipement fondamental était alors réalisé.Mais, en raison des nombreux angles morts, le levé des terrains plats restait toujours difficile.La photographie aérienne, apparue peu avant la Grande Guerre, permet par contre, une vision d'ensemble du paysage et réduit considérablement les angles morts.A ses débuts, l'exploitation cartographique de tels documents s'avéra extrêmement difficile car on ne pouvait pas repérer avec exactitude la «station de prise de vues», c'est-à-dire l'endroit exact d'où la photographie avait été prise.Cet élément était pourtant indispensable pour déterminer avec précision la position des points à cartographier.Principes de la méthode de levé topographique imaginée par Aimé Laussedat.Deux photos peuvent nous indiquer la taille et la forme de l'objet photographié.U faut, pour cela, suivre les indications figurant sur ce dessin.D'abord, les photos doivent être prises à l'aide d'un appareil ayant un rapport géométrique constant entre le plan de l'image et le centre O de la projection des lentilles.D'autre part, les angles de prise de vues (0' et O") doivent être différents et correspondre à des distances fixées préalablement.Enfin, les axes de l'appareil doivent être parallèles.Si ces conditions sont remplies, l’opération de mesure des coordonnées x - z du point p de la même image sur chacune des photos permet d'indiquer le point p sur le sol à partir des positions 0' et 0".L'intersection de ces deux directions détermine la position du point p dans l'espace; le relevé d'une série de points semblables permet de déterminer les dimensions du sujet.Photographies aériennes O Dans le procédé terrestre, celui de Laussedat, les méthodes de la topographie classique fournissent les coordonnées de la station de prise de vues.La solution — un ingénieux procédé indirect consistant à connaître les trois coordonnées (abscisse, ordonnée, élévation) d'un minimum de points au sol — fut trouvée par un Allemand, le professeur Otto von Gruber.C'est toujours selon cette méthode que sont dressées, dans plus de 90 pour cent des cas, les cartes topographiques actuelles dont la précision est quasi légendaire.Les documents utilisés sont presque toujours des vues aériennes verticales.Le vol photographique consiste à couvrir le territoire, à altitude constante (de 1 000 à 50 000 pieds et davantage), de bandes parallèles dont l'espacement est tel que chacune d'elle déborde sur la précédente afin d'obtenir une couverture complète.En photogrammétrie aérienne stéréoscopique — la méthode la plus couramment employée — chaque portion du terrain doit figurer au moins sur deux photographies successives, ce qui conduit à effectuer un «recouvrement» d'environ 60 pour cent à l'intérieur de chaque bande.Depuis la seconde Guerre Mondiale on utilise, conjointement avec les appareils photographiques, des instruments accessoires fournissant la position de l'avion à l'instant de la prise de vues, en termes de longitude, de latitude et d'altitude.Des plates-formes à inertie permettront bientôt d'obtenir des photographies exactement verticales. Outardes 4: Photographies terrestres prises le 22 pian selon la méthode terrestre.Observés stéréos-mai 1966 (Focale: 165.01 mm).copiquement, Us permettent d'étudier la falaise Ces deux clichés ont été utilisés pour le levé d'un dans ses moindres détails.¦i-.l'ÎF: ï,i y % h » • Im# ?'f,r ÏÏÏ SÆ-Î ••V; h JS L'assassinat de Kennedy O La cartographie reste le domaine d'application le plus répandu de la photogrammétrie.Mais il existe une infinité d'autres problèmes qui peuvent être abordés par cette technique.Dans certains pays européens, en Suisse notamment, les accidents de la circulation sont systématiquement relevés par moyens photogrammétriques.Sur les lieux, la facilité d'emploi des appareils permet l'évacuation rapide des blessés et le rétablissement de la circulation en un minimum de temps.Des plans sont ensuite dressés, à l'échelle de 1/100, au moyen d'un restitu-teur simplifié.Les documents ont valeur juridique et permettent d'obtenir, sans contestation possible et dans les meilleurs délais, les informations nécessaires au jugement.De plus, la mise en archives des clichés pourrait permettre, plusieurs années après, de préciser en toute rigueur tel point particulier présentant une importance primordiale dans une action en recours.La photogrammétrie peut permettre également de résoudre des problèmes policiers.Un triple meurtre avait été commis dans un jardin public de Chicago.Il nous fut possible de déterminer, à la minute près, grâce à la direction de l'ombre des arbres du parc ensoleillé, l'heure exacte à laquelle l'une des victimes avait pris une dernière photographie du parc avec l'appareil retrouvé à ses côtés.De l'analyse des alibis fournis par les suspects, le juge d'instruction tira les conclusions qui permirent d'inculper l'assassin.On se souvient, sans doute, que de semblables études furent entreprises après l'attentat qui coûta la vie au Président Kennedy.Les documents provenaient d'un film 8 mm pris par un cinéaste amateur.Quelques microns O Les exemples précédents peuvent laisser croire que la photogrammétrie n'est pas apte à résoudre des problèmes véritablement techniques.Il n'en est rien.Au contraire, elle est utilisée, depuis peu, en métallurgie, notamment dans l'étude de la corrosion des métaux.La topographie de la zone considérée peut être relevée avec une précision de quelques microns.Un colonel japonais nous montra, un jour, les résultats qu'il avait obtenus en ce sens sur quelques anciens sabres de Samouraïs.Un curieux problème nous fut aussi posé par un officier de l'Aviation américaine.Le nombre des incidents à l'atterrissage était, pour l'une des pistes de l'aérodrome dont il avait la responsabilité, beaucoup plus élevé que la moyenne admise: dès que les roues touchaient le sol, les pilotes ne maîtrisaient plus la course de leur appareil.Nous fîmes effectuer des photographies stéréoscopiques de surfaces échantillons.Les documents photogrammétriques permirent de calculer le coefficient d'adhésion de la piste qui se révéla très inférieur à celui qui avait été prévu.En microphotogrammétrie, l'appareil de prise de vues se trouve très près de l'objet parfois même à moins d'un pied.Le temps — la quatrième dimension — entre en ligne de compte lorsque l'on étudie le déplacement d'un objet dans l'espace.La photogrammétrie offre la solution la plus élégante à l'étude des courbes décrites par les trajectoires les plus complexes.Projectiles traçants O Un industriel suisse nous demanda d'étudier les mouvements effectués par les ouvriers employés à une chaîne de montage.De petites lampes furent fixées aux poignets des sujets.Un rhéostat automatique, déclenché à intervalles de temps réguliers augmentait subitement l'éclat de la source lumineuse.Les photographies prises pendant tout le cycle d'une opération laissaient apparaître une trace lumineuse ponctuée de points plus nets.La restitution, effectuée dans les plans vertical et horizontal, permit de tirer les conclusions qui menèrent à l'adoption d'une disposition plus efficace des éléments constitutifs de la chaîne.En photogrammétrie balistique le procédé reste le même mais les distances augmentent considérablement.Il faut donc obtenir des résultats exacts et, pour cela, utiliser des appareils de prises de vues d'une haute précision.Ces mesures portent généralement sur l'étude des projectiles d'artillerie ou des missiles.Les trajectoires permettent ensuite de contrôler la précision des instruments de tir et la qualité des munitions.Ces expériences se déroulent la nuit avec des projectiles traçants.Trois appareils au moins assurent l'enregistrement des trajectoires lumineuses, fragmentées, par adjonction devant les objectifs d'obturateurs rotatifs parfaitement synchrones. Triangulation mondiale O La photogram-métrie balistique s'applique, sur une échelle beaucoup plus grande, à l'observation des satellites artificiels de la Terre.Mais, ici, le problème est l'inverse du précédent: il s'agit de déterminer les coordonnées des stations de prises de vues à l'aide des enregistrements réalisés.Les formes des continents sont, à présent, parfaitement connues grâce aux travaux de la géodésie conventionnelle utilisant les techniques de la triangulation.Cependant, les réseaux ainsi établis ne peuvent être prolongés au-delà des océans et les systèmes demeurent indépendants les uns des autres.A ce jour, seule l'astronomie de position permet la liaison.En géodésie photogrammétrique le satellite est visé simultanément de trois points.Par calcul, les angles formés à la base de la pyramide ainsi créée peuvent être connus, comme en géodésie classique.Principale différence entre les deux méthodes: l'intervisibilité entre les stations n'est plus nécessaire.En effet, grâce à son altitude très élevée,le satellite est visible, au même moment, de points très éloignés comme les Açores, la Guyane et l'Afrique occidentale.Il joue simplement le rôle d'un voyant ou, selon la terminologie professionnelle, d'une mire.Il peut, soit réfléchir la lumière solaire (il est alors passif: Pageos, Midas, Explorer 19 et Explorer 39), soit être muni d'un feu automatique à éclat (il est alors actif: Geos A).En ce moment, un réseau de triangulation mondiale est en cours d'élaboration sous les auspices de l'U.S.Coast and Geodetic Survey.Il consiste en triangles formés à partir de 44 stations au sol.Il faudra ensuite effectuer une mise à l'échelle par mesure de distances au sol.La précision relative dépassera le 1/1 000 000, c'est-à-dire que la position d'une station sera connue, par rapport à n'importe quelle autre, avec une erreur inférieure à 15 pieds en plani-métrie et 25 pieds en altimétrie.BIBLIOGRAPHIE Cartes de la lune O Laussedat avait également envisagé d'utiliser la photogrammé-trie pour constituer des archives architecturales.Les exigences du développement industriel nécessitent parfois la détérioration, voire la destruction, d'oeuvres d'art.En Égypte, la construction du barrage d'Assouan a mis en péril l'existence du temple d'Abou-Simbel.Sans une coopération internationale, il eut été noyé sous les eaux du Nil.Sa façade fut découpée et chaque élément élevé à une hauteur convenable pour le sauver des eaux.Mais avant cette opération, l'Institut géographique national français avait effectué le relevé photogrammétrique complet du temple, ce qui permit, par la suite, la reconstitution exacte de l'ensemble.Dans le domaine des sciences de l'espace, la photogrammétrie permet, outre la calibration exacte des réflecteurs de radiotélescopes, le levé précis de cartes de la Lune, dont une triangulation sera préalablement réalisée grâce aux photographies des satellites.L'ingénieur civil l'utilise soit pour étudier les projets de routes, de canaux, de voies ferrées, soit pour connaître les déformations des ouvrages d'art.Le météorologue peut mesurer la hauteur des nuages et il a recours quotidiennement aux documents transmis par les satellites photographiques.Même le psychologue a trouvé une application de la photogrammétrie: il enregistre la façon dont se traduisent, sur le visage, les émotions ressenties par le sujet!O OUVRAGES American Society of Photogrammetry, Manual of Photogrammetry.American Society of Photogram-metry.Falls Church, Va., Third Edition 1966.BURGER, A., Photographies aériennes et aménagement du Territoire.Dunod, Paris, 1957.CHEVALLIER, R., Photographie aérienne, Panorama intertechnique.Gauthier-Villars Éditeur, Paris, 1965.CHOMBARD DE LAUWE, P.,Photographies aériennes, Méthodes-Procédés-!nterprétation, L'Étude de l'Homme sur la Terre.Librairie Armand Colin, Paris, 1951.DUBUISSON, B., La Photogrammétrie des Plans j topographiques et parcellaires.Éditions Eyrolles, Paris, 1969.MARTIN, R., Notions de Photogrammétrie.Éditions Eyrolles, Paris, 1968.OLLIVIER, F., La Topographie sans Topographe.Éditions de la Revue d'optique théorique et instrumentale, Paris, 2ème édition entièrement refondue en 1967.ROUSSI LHE, H., La Photogrammétrie et ses AppU- | cations générales.Léon Eyrolles, Paris, 1936.von GRUBER, O., Traité de Photogrammétrie aé-rienne et terrestre, (traduction de l'allemand), Édi- 5; 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V- ¦.' f> '•aJ'- Ï.W WM- *r '*Fr, - **&£.-^r ;-]*& ; ^ „ • T*" Quadrillage sur remplacement du bâtiment de scène du théâtre romain de Salamine.' ::&~' mm m;: YM.*¦&, : r -5.»^
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