Québec science, 1 janvier 1978, Novembre
Volume 17, numéro 3 NOVEMBRE 1978 $175 Gaz naturel UN ATOUT DISCRET ’N, i „ J- { 'jl; if' j il ï] l A-%.V ,/y 'ir,~ ¦- ¦ • » , V.f \ r.L %- UN MARKETING TRANSCENDANTAL FATIGUE OU EXPANSION, LÀ EST LA QUESTION À LA RECHERCHE DU PAYS DU VIN • UN CHANTRE DEVENU CRITIQUE d Vient aux araitr Albert Jacquard Eloge kde la différence La génétique et les hommes La science est invoquée pour justifier l’inégalité des races, l'hérédité de l'intelligence etc.Autant d’idées reçues que réfute un examen lucide de la génétique moderne.“Je souhaite que le lecteur retienne de la biologie cette leçon : notre richesse collective est faite de notre diversité”.224 pages $ 11.95 Collection Science ouverte dirigée par J.M.Lévy-Leblond En vente en librairie ou à Diffusion DIMEDIA Inc.539, bd Lebeau St-Laurent P.Q.-H4N 1S2 en nous retournant ce coupon accompagné d'un chèque en règlement du montant de votre commande.M Adresse Code postal .Déjà parus : Collectif Discours biologique et ordre social $18.70 (coll.Science ouverte) Jacques-Michel Robert L'hérédité racontée aux parents $13.30 Dans la collection POINTS-SCIENCES : Collectif La recherche en biologie moléculaire (vol.q.) $5.95 Collectif La recherche en neurobiologie (vol.qt.) $6.60 Joël de Rosnay Les origines de la vie (vol.q.) $5.95 QUÉBEC SCIENCE / novembre 1978 3 Le magazine Québec Science, mensuel à but non lucratif, est publié par Les Presses de l'Université du Québec avec le soutien du ministère de l'Éducation du Québec et du Conseil national de recherches du Canada.La direction laisse aux auteurs l'entière responsabilité de leurs textes.Les titres, sous-titres, textes de présentation et rubriques sont dus à la rédaction.ISSN-0021-6127.Dépôt légal.Bibliothèque nationale du Québec, quatrième trimestre 1978.Répertorié dans PÈRIODEX et RADAR.Courrier de deuxième classe, enregistrement no 1052 Port de retour garanti: LE MAGAZINE QUÉBEC SCIENCE, C.P.250, Sillery, Québec GIT 2R1 © Copyright 1978 — le magazine Québec Science — Université du Québec.Tous droits réservés pour tous pays.Sauf pour les citations dans une critique, il est interdit, sans la permission écrite de l'éditeur, le magazine Québec Science, de reproduire ou d'utiliser ce mensuel, ou une partie de ce mensuel, sous quelque forme que ce soit, par des moyens mécaniques, électroniques ou autres, connus présentement ou qui seraient inventés à l'avenir, y compris la xérographie, la photocopie et l'enregistrement, de même que les systèmes d'informatique.COMITÉ DE SOUTIEN Bell Canada M Claude St-Onge vice-président Zone provinciale à Québec Banque de Montréal Jean Savard vice-président — Division du Québec Imasco Limitée Les produits Imperial Tobacco Limitée Institut de recherche de l'Hydro-Québec M.Lionel Boulet directeur La Sauvegarde Cie d'assurance sur la vie M Clément Gauthier président Sommaire Jean-Marc Gagnon directeur Jean-Pierre Rogel rédacteur en chef Diane Dontigny adjointe à la rédaction Jean-Pierre Langlois directeur de la production 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Physiologie Trahi par les yeux 50 Politique de l'énergie Des intentions ambitieuses 51 Maladies neuromusculaires Le mystère de la dystrophie Maladies neuromusculaires Le secret de la myasthénie 52 Ces chers ancêtres 54 Parutions récentes 57 En vrac 15 Gaz naturel un atout discret Jacques Larue-Langlois Pour le Québec, la carte du gaz naturel pourrait s'avérer bien utile dans le jeu serré de la politique de l'énergie 22 Prix Kalinga 1 977 recherche Jean Baroux L’UNESCO annonce l'attribution à Fernand Seguin dü prix Kalinga 24 Un chantre devenu critique Gilles Provost «On ne peut plus se contenter de faire l'apologie de la science» 28 À la recherche du pays du vin Luc Chartrand Les sagas des Vikings gardent leurs secrets 36 Un marketing transcendantal Claude De Launière et Pauline Gagnon La méditation transcendantale comme nouvelle panacée à couvert scientifique 41 Fatigue ou expansion, là est la question Louis de Bellefeuille Une entrevue avec les astronomes Jean-Claude Pecker et Gilles Beaudet 4 novembre 1978 / QUÉBEC SCIENCE COURRIER.LES DANGERS DES ÉNERGIES Suite à l'article de Gilles Provost.Maquiller le risque nucléaire, paru dans le numéro de juin dernier, le Dr Herbert Inhaber, de la division des études de la Commission de contrôle de l'énergie atomique, a adressé à Québec Science une longue réponse à l'article de notre collaborateur.Pour des raisons d'espace, nous avons dû pratiquer quelques coupures dans le texte de M.Inhaber.Voici de larges extraits de ce texte: (.) J'aimerais remercier M.Provost (et son collaborateur, Pierre Sormany) d'avoir prix le temps d'étudier un bon nombre des calculs et tableaux présentés dans le rapport, ce que beaucoup de personne, à cause de sa longueur (environ 150 pages), n'avaient pas le temps de faire.Il aurait été surprenant que M.Provost ait, au cours de son analyse, été d'accord avec tout ce qui est écrit dans le rapport.Les données dont nous disposons ne sont pas encore assez bien connues pour que nous puissions nous attendre à un accord parfait.Relevons donc les points sur lesquels M.Provost exprime une opinion différente: (1) l'évaluation des dangers, (2) la création d'emplois, (3) la centralisation, (4) l'hydro-électricité, (5) le cadre temporel des données (.).Pour donner suite à ce débat constructif sur les dangers des filières énergétiques, je vais commenter brièvement chacun des points soulevés.(1) Dans le rapport, les dangers sont définis en fonction des journées de travail perdues par unité d'énergie produite.Dans l'article, ils sont définis en fonction du nombre de journées de travail perdues par unité de temps requis pour l'acquisition des matériaux, la construction, l'exploitation et l'entretien.Il n'y a, bien entendu, aucune façon de prouver qu'une définition est meilleure que l'autre et M.Provost a certainement droit à son opinion.Toutefois, le fait de changer la formule (laquelle n'a été définie nulle part dans l'article) ne signifie pas qu'il y a eu camouflage, comme le sous-entend le titre.Il n'y a donc pas eu de camouflage.En fait, les scientifiques qui écrivent sur les dangers relatifs des filières énergétiques utilisent la même définition que dans le rapport.Je suis peut-être coupable de ne pas avoir autant d'imagination que M.Provost, mais j'ai suivi une pratique courante.Le fait d'utiliser un dénominateur différent dans l'évaluation des dangers conduit naturellement à des résultats différents.De plus, le temps pris en considération dans l'article est incomplet.Par exemple, on ne tient pas compte du temps requis pour la construction de systèmes de stockage de l'énergie et de systèmes d’appoint, le transport des matériaux, etc.Si ces facteurs étaient entrés en ligne de compte, les conclusions de l'article seraient bien différentes.De même, la formule utilisée dans l'article néglige entièrement les dangers que représente pour le public l'exploitation des filières énergétiques.(.) (2) La création d'emplois.L'un des principaux objectifs de l'auteur était de montrer que certaines filières énergétiques créent plus d'emplois que d'autres (par unité d'énergie produite).Il ne fait aucun doute que cela soit vrai.Cependant, le rapport n'avait pas pour objet de discuter des emplois mais des dangers inhérents à l'énergie.La question des emplois et de l'énergie mérite d'être discutée à part.(.) En termes philosophiques, la filière énergétique qui crée le plus d'emplois par unité d'énergie produite n'est pas nécessairement la meilleure pour le pays.Supposons que le million de chômeurs au Canada soient payés pour produire de l'électricité en faisant tourner d'immenses roues.Du coup, le problème du chômage serait réglé.Mais combien d'énergie serait produite?En moyenne, une personne peut produire environ 50 watts.En supposant que chaque chômeur travaille 2 000 heures par an et que le système ne tombe pas en panne, ils produiraient environ 11 mégawatts d'énergie.Or, un réacteur nucléaire du type de Pickering produit environ 2 000 mégawatts.Il faudrait toute la population des États-Unis pour en produire autant.Bien que nous désirions tous éliminer le chômage et avoir amplement d'énergie, nous ne devons pas choisir le pire des moyens pour y arriver.(3) La centralisation.Dans l'article, on prétend que les filières décentralisées sont naturellement meilleures que les filières centralisées.Pareille présomption a été faite par des gens comme Amory Lovins.Encore une fois, le rapport n'avait pas pour but d'évaluer les filières en fonction de leur centralisation, mais en fonction de leurs dangers.Les filières les plus dangereuses par unité d'énergie sont les centrales au charbon et au pétrole, toutes deux très centralisées.Elles sont suivies de près par les installations solaires et éoliennes décentralisées.Puis viennent les filières centralisées les moins dangereuses comme les centrales nucléaires et au gaz naturel.Conclusion: il est impossible de dire que la centralisation comporte plus ou moins de danger.(4) L'hydro-électricité.On donne dans l'article une importance considérable aux dangers associés à l'hydro-électricité.Or, contrairement à ce que l'on prétend, cette filière n'a pas été traitée différemment des ^autres.Les calculs ont été présentés intégralement mais, faute de temps, certains résultats n'ont pu être illustrés graphiquement.Cette lacune a été comblée dans la seconde édition que l'on peut maintenant se procurer.Je regrette si cela a pu causer quelque inconvénient.Il est dit dans l’article que, selon les gens de l'Hydro-Québec, les chiffres avancés pour exprimer les dangers de l'hydro-électricité (en se fondant, je suppose, sur la formule utilisée dans le rapport), sont trop élevés.Si à l'Hydro-Québec, on possède des données qui pourraient être utiles à l'évaluation des dangers associés à cette source d'énergie, mes confrères et moi-même serions heureux d'en prendre connaissance dans un rapport scientifique.Je peux dire très franchement que mon assistant en recherche et moi avons eu beaucoup de mal à recueillir les données sur les dangers de l'hydro-électricité malgré que cette forme d'énergie soit des plus courantes au Canada.Nous avons utilisé certaines données de l'Hydro-Ontario et un peu moins de l'Hydro-Québec, choix qui a été dicté par l'affirmation dans une récente série d'articles, parus dans Le Devoir, que la direction de l'Hydro-Québec n'avait pas beaucoup pensé aux dangers globaux de l'hydro-électricité.Ces articles étaient signés Gilles Provost.(.) (5) Le cadre temporel des données.Dans l'article, on prétend qu'une comparaison est faite entre les industries modernes et les industries désuètes.Les données citées dans le rapport étaient toutes, sans exception, courantes ou aussi récentes que possible.Cependant, nous n’avons jamais essayé d'extrapoler sur l'avenir; c'est peut-être ce qui nous a valu les commentaires faits dans l'article.Par exemple, il est possible que, suite à l'amélioration des dispositifs anti-pollution, les dangers associés aux centrales au charbon ou au pétrole s'amoindrissent dans l'avenir.On peut en dire autant pour toutes les onze filières étudiées.Toutefois, personne ne sait exactement comment les dangers changeront plus tard.Il serait peu réaliste de penser qu'ils ne changeront que pour une ou deux des filières.(.) Pour résumer, l'auteur de l'article a étudié à fond le rapport, la principale différence étant qu'il s'est servi d'une autre méthode pour calculer les dangers.Le manque d'explications peut laisser le lecteur perplexe.J'ai essayé d'y mettre un peu d'ordre.Dr Herbert Inhaber Malgré le titre et les illustrations percutantes dont Québec Science a encadré mon article, celui-ci n'était pas la démonstration d'un «maquillage du risque nucléaire».Je voulais seulement évaluer l'étude de M.Inhaber en «profane éclairé» QUÉBEC SCIENCE / novembre 1978 et en montrer les limites dans le débat actuel.Ceci dit, l'étude m'a quand même paru si peu sérieuse que je suis près de penser qu'il y a bien eu maquillage.Dans notre société, le but premier de l'énergie est de procurer des emplois.J'ai donc souligné au passage qu'on devait aussi tenir compte de cette dimension dans le choix d'une filière et ne pas favoriser celle qui ne causerait aucun accident de travail parce qu'elle n'aurait créé aucun emploi.Je n'ai pas négligé les dangers pour le j public; j'ai plutôt tenté de ne pas prendre systématiquement la pire évaluation lorsque la plage d'incertitude à l'égard des dangers varie par un facteur 7 000 selon les auteurs.J'ai aussi soutenu qu'on doit comparer les centrales nucléaires modernes avec des technologies modernes et non pas avec la moyenne des industries désuètes.Je répète que l'annexe sur l'hydroélectricité est d'une faiblesse lamentable.j // suffisait de la lire pour deviner vos problèmes de documentation.Je n'ai jamais affirmé la supériorité d'un système décentralisé, mais je demande qu'on compare des systèmes j comparables.Si on met en lice le nucléaire avec un chauffage solaire domestique, on doit induré du côté nucléaire les risques inhérents à la construction et au fonctionnement du réseau de distribution électriqpe, du circuit électrique des résidences et de la fabrication des chaufferettes.U peut être frustrant de ne pas avoir \ accès à mes calculs ou hypothèses mais il y a des limites au bénévolat et je ne pouvais décemment remettre à Québec Science un article aussi aride et aussi | long que votre étude.Gilles Provost FUMER PASSIVEMENT Vos articles sur le cancer en octobre et ) novembre 1977 m'ont bien intéressée ainsi que ceux sur la contamination (Conseil des sciences du Canada).Est-ce qu'une étude a été faite sur les non-; fumeurs: la fumée qu'ils absorbent quand même, l'influence sur leur organisme.Continuez votre bon travail, on en apprend beaucoup en lisant la revue.Geneviève Decelles Pierrefonds, Québec j Selon un article paru au mois d'août ; 1978 dans la revue médicale The Lancet, plusieurs non-fumeurs se plaignent d'écoulement des yeux ou de malaises au niveau du nez et de la gorge, en présence de fumeurs.L'inconfort s'aggrave chez les personnes souffrant d'asthme ou de bronchite.Cet article rapporte une étude récente du chercheur W.S.Aronow qui démontrerait que fumer passivement (c'est-à-dire des non-fumeurs en présence de fumeurs) aggraverait l'angine.On ne sait pas encore que! est le composé du tabac qui serait responsable de ces effets, mais le monoxyde de carbone semble être le principal suspect.LE BRAS LE PLUS FORT J'aimerais apporter certains éléments de réflexion concernant l'article paru dans Québec Science et intitulé «L'ordinateur contre l'évidence» (septembre 1978).Je m'accorde avec les conclusions du professeur Greenisen en ce que le bras supérieur soit responsable de la force déployée lors d'un lancer au hockey.Par contre, j'aimerais préciser que ce devrait être le cas d'environ 75 pour cent des sujets, puisque me référant à d'autres recherches (Landgraf, 1 972) faites sur la latéralité, 75 pour cent des droitiers manuels (pour l'adresse) ont également leur bras droit égal ou plus fort que leur bras gauche.Il y aurait donc environ 25 pour cent de cas qui n’entreraient pas dans les conclusions de la recherche de Greenisen.Cette hypothèse pourrait être vérifiée par l'auteur, afin de satisfaire mes réflexions personnelles, ne possédant pas moi-même des moyens de mesure aussi efficaces que les siens.J’aimerais connaître par la même occasion la référence qui a permis à Pierre Sormany de rédiger l'article en question.En passant, je tiens à souligner que je suis un fanatique de votre revue.Michel Bellavance Buckingham, Québec Deux publications ont parlé des travaux rapportés dans cet article.Un premier dans McGill Research, une publication du service de l'information de l'université McGill sur les recherches qui sont effectuées dans cette université, rapporte les résultats du Dr Michael Greenisen.Et dans la revue Chercheurs, publiée par le Vice-rectorat à la recherche de /'Université de Montréal, un article sur les recherches du Dr Roland Doré.Vous pourrez probablement obtenir copie de ces articles en vous adressant à ces deux services d'information.QUELQUES PRÉCISIONS Je tiens d'abord à féliciter le magazine Québec Science pour l'effort constant fourni pour présenter, le plus honnêtement possible, une information scientifique vulgarisée.La présence de vos 5 journalistes à un congrès scientifique, comme celui de l'Association canadienne-française, tenu à Ottawa cette année en est un exemple.C'est pourquoi j'aimerais ajouter quelques précisions à l'article de M.Jean-Marc Fleury intitulé: «Le glas du sirop de poteau» paru dans l'édition du mois d'août 1 978.En premier lieu, il aurait fallu écrire, au 4e paragraphe de l'article, qu'il n'existe aucune méthode de déterminer si un sirop a été frelaté ou non par l'addition de sucre «autre que la toute récente méthode des rapports isotopiques».Nous tenons à souligner en passant que la méthode des rapports isotopiques appliquée au sirop d'érable a été mise au point l'année dernière aux laboratoires du Dr Marcel Gagnon et Dr Claude Hilaire-Marcel du Centre de recherches en sciences appliquées à l'alimentation (CRESALA) de l'Université du Québec à Montréal.Deuxièmement, le spectromètre de masse que nous sommes à perfectionner en collaboration avec le Centre de recherches sur les atomes et les molécules de l'université Laval, principalement au niveau de l’analyseur et du détecteur, aura une augmentation de sensibilité telle qu'il sera possible d'effectuer sur une période de vingt-quatre heures «une centaine d'échantillons».La méthode d'analyse des rapports isotopiques exige une telle précision qu'il n'est pas encore possible avec la technologie actuelle de procéder à l'analyse «de centaines d'échantillons» comme le laisse supposer M.Fleury.Quant aux difficultés d'exportation du sirop d'érable, le cas de quelques refus a toujours impliqué plusieurs variables dont la conductivité électrique en était une parmi d'autres.Réal Faquin Laboratoire d'expertises et d'analyses alimentaires Ministère de l'Agriculture AU SECOURS DES LÉPREUX J'ai lu votre article «La lèpre court toujours», daté du mois d'août 1978 (volume 1 6, numéro 12) et je désirerais prendre part activement dans un mouvement de secours aux lépreux.Pourriez-vous m'indiquer l'adresse de Secours aux lépreux (Canada) ou quelconque mouvement.Mark Tremblay Sainte-Foy Au Québec, deux organismes s'occupent des lépreux.// s'agit de l'Institut Fame Pereo, situé au 2065, Sherbrooke Ouest, Montréal (téléphone: 931-3867) et Secours aux lépreux (Canada) Inc., dont /'adresse est 347 Varry, Montréal (téléphone: 336-9492). 6 novembre 1978 / QUÉBEC SCIENCE 4$ "WJ" C^P P (l r P L- Thérèse Dionne et Bernard Dupuis La multiplication des plantes par des procédés végétatifs Les végétaux ont cette merveilleuse possibilité de reproduire une plante indépendante, complète, identique à la plante-mère, par bouturage, division des touffes, marcottage, ou greffage.Le bouturage Le bouturage consiste à prendre un fragment de plantes (bourgeon, tige, feuille) que l'on place dans un milieu réunissant toutes les conditions favorables, à température et humidité assez élevées pour qu'il développe des racines et autres organes et reconstitue une plante.C'est un procédé de multiplication très employé en horticulture, car il permet une propagation rapide et souvent peu coûteuse de nombreuses plantes qui conservent ainsi les caractères des pieds-mères.L'enracinement est la phase critique du bouturage.Plusieurs facteurs influencent le pourcentage de reprise des boutures: le choix des boutures, le milieu, les types de boutures et l'époque du bouturage.Le choix des boutures — Comme les racines se développent particulièrement bien sur lestigestendres, on emploie surtout des rameaux jeunes, prélevés à la périphérie de plantes saines, exemptes de parasites.Une coupe nette engendre une cicatrisation facile.Le milieu — Les boutures ont besoin d'humidité, de chaleur et de lumière pour s'enraciner rapidement.L'humidité est indispensable aussi bien dans l'atmosphère autour des boutures que dans le sol.On réussit assez facilement à maintenir cette humidité en recouvrant les boutures d'un sac ou d'une tente de polythène percé de quelques trous pour assurer une légère aération.À l'échelle commerciale, les boutures sont placées sous nébulisation constante et contrôlée.Les boutures ont besoin d'une température déterminée pour reprendre; celles munies de feuilles réussissent souvent mieux avec de la «chaleur de fond», c'est-à-dire un sol à température un peu plus élevée que l'atmosphère; la fraîcheur relative de cette dernière diminue la transpiration des feuilles qui amène le flétrissement prématuré des boutures.Alors que les semis peuvent être maintenus à l'obscurité dans la phase qui précède la germination, les boutures doivent bénéficier d'une lumière (du jour ou artificielle) pas trop vive qui favorise l'enracinement.’ Elle doit être suffisante pour éviter le jaunissement des feuilles et l'étiolement des tiges, sans être assez forte pour entraîner une transpiration et une photosynthèse excessives auxquelles la bouture ne saurait répondre par manque de racines.Un demi-ombrage convient dans la plupart des cas.Les boutures de tige ligneuse mûre — Les boutures de rameaux non feuillés sont très souvent employées pour la multiplication des arbres et arbustes à feuilles caduques: hydrangées, philadelphes, chèvrefeuilles, gadeliers, saules, etc.Elles se font pendant le repos de la végétation, tard à l'automne.Chaque bouture aura 20 à 25 cm de hauteur et devra compter au moins trois bourgeons sains.Mettre en bottes de 1 5 à 25 boutures Bouture herbacée se coupe au-dessous d'un nœud Bouture ligneuse et placer en jauge (c'est-à-dire inclinées, dans une tranchée, et recouvertes de terre) à l'extérieur, dans un sol bien drainé ou en couche froide.Recouvrir de paille.Dès que le sol est ressuyé, planter chaque bouture de façon que seul le bourgeon supérieur sorte de terre et butter légèrement.Les boutures de tige de bois vert — Les boutures sont prélevées lorsque la plante est en pleine croissance.Il faut des boutures fermes, sans être trop liquéfiées, d'une longueur de 1 5 à 20 cm.On enlève les feuilles du bas, pour n'en garder que trois ou quatre paires le long de la tige que l'on plante dans le sol à un tiers de sa longueur.Il faut l'abriter du soleil et la recouvrir d'une feuille de polythène.C'est le type de boutures qui réussit très bien sous brouillard (mist).Pour éviter la pourriture des tiges et faciliter l'enracinement, les bouts peuvent être enrobés de charbon de bois (qui empêchera la putréfaction) et de poudre d'hormone de croissance (qui favorisera le développement des racines).Les boutures herbacées — Elles se préparent de la même façon que les boutures de bois vert et s'appliquent à nombre de plantes de maison ou de parterre; géraniums, irésines, coléus, chrysanthèmes, etc.Les boutures de racines — On appelle généralement boutures de racine l'usage partiel d'organes souterrains d'une plante destinés à la multiplication de celle-ci: portion de racine, portion de tubercule, portion de rhizome.Les fragments de trois à huit centimètres de longueur, d'autant plus longs qu'ils sont plus gros, sont étalés à plat et recouverts de terre ou plus rarement repiqués verticalement, leur plus grosse extrémité au niveau du sol.Leur grosseur va de celle d'un crayon à celle d'un doigt.Bouturer en pleine terre tout au début du printemps et à mi-ombre. QUÉBEC SCIENCE / novembre 1978 7 ft èse É.ISfil its Iles.sJe 1UI3 » «tes i «tw ntija OA! ISBA, aile, te Je se et isonl SAC! iesle iis*.joït* esq»1 ÎIAff croii' sines' lieli i# jiiaiAi Les boutures de feuilles — Choisir des feuilles ayant atteint tout leur développement; lesfeuilles trop jeunes, trop âgées ou dépérissantes ne conviennent pas.Selon les plantes, on utilise les feuilles entières (sédum, fittonia, pépéromia, saintpaulia, columnea) avec ou sans pétiole, ou des fragments de feuilles (begonia rex, sansevieria).Les boutures de conifères — Un bon nombre de cultivars parmi les Juniperus, Taxus, Thuya, se multiplient par bouturage; effectué en juin-juillet sous brouillard, le bouturage donne de bons résultats.Prélever des boutures de 15 à 26 cm avec une partie de l'écorce de l'année précédente; on l'appelle «bouture avec talon».La division des touffes La division des touffes ou éclatage est le plus simple procédé de multiplication des plantes.Il consiste à séparer d'un pied une ou plusieurs pousses déjà enracinées.La division des touffes est le moyen habituel pour multiplier les fleurs vivaces (aster, rudbeckia, delphiniums, etc.) de même que certains arbustes touffus (symphorine, spirée, sureau, etc.).On choisit de préférence les éclats extérieurs qui sont plus jeunes et plus vigoureux.Selon la force des touffes, on les divise en les écartelant à la main (muguet, campanule, népéta) ou en séparant les éclats en les coupant avec un couteau (pivoines), soit encore en les écartelant à l'aide de deux fourches à dents plates posées dos à dos.En principe, la division des plantes vivaces se fait pendant l'arrêt de la végétation, qui se produit après leur floraison.Le marcottage Ce procédé de multiplication consiste à provoquer la formation de racines adventives sur des rameaux non encore sevrés de leur pied-mère.Le marcottage par couchage consiste à courber les branches du pied-mère, les coucher sur le sol en les fixant avec un fil de fer en forme d'épingle à cheveux Marcottage Marcottage par enrobage par buttage Marcottage par couchage simple iOA^; [(BS ^ leir*111 Ailé3" I à l'endroit où elles doivent raciner de manière à ce que le rameau puisse se relever à angle droit ou presque du côté opposé.On recouvre le rameau courbé de 8 à 10 cm de terre friable qu'on garde humide.Au bout de six à huit semaines pour les plantes herbacées et l'année suivante pour les ligneux, le rameau racinéest coupé et retransplanté ailleurs.Le marcottage par buttage convient à certaines plantes qui ne se prêtent pas au marcottage par couchage.On butte les touffes pour leur permettre la formation d'un bon enracinement avec 1 5 à 20 cm de terre qui recouvre les plantes.Le marcottage aérien, ou par enrobage, constitue une alternative dans le cas où l'on ne peut mettre la marcotte en terre: on déplace alors la tourbe de sphaigne pour entourer le point d'enracinement choisi.On pratique, à l'endroit choisi sur la tige, une légère incision qu'on laisse ouverte au moyen d'un petit coin de bois, puis on l'entoure de sphaigne humide qu'on recouvre de polyéthylène pour garder l'humidité; on attache en haut et en bas le manchon ainsi confectionné.Lorsque les racines apparaissent, on coupe la tige en bas des racines.Ce procédé est utilisé pour rajeunir des plantes d'intérieur comme les dieffen-bachia, dracaena, ficus elastica, qui n'auraient des feuilles que dans le haut des tiges.Le greffage Le greffage est l'opération dans laquelle une partie du végétal est unie à un autre végétal qui devient son support et lui fournit les aliments nécessaires à sa croissance de telle manière qu'ils ne constituent plus qu'une seule plante ayant les caractères généraux de la première.On l'appelle «sujet» ou porte-greffe, le végétal qui reçoit la greffe.On appelle «greffon», la partie de plante, soit un fragment de tige, soit un œil, qui sera fixée sur le sujet, afin de se développer sur lui.Seules les plantes aptes à se supporter et s’associer mutuellement peuvent être greffées, c'est-à-dire des plantes de même espèce, toujours de même famille mais de variétés différentes.C'est uniquement par le contact étroit entre le cambium du sujet et celui du greffon que pourra s'établir la soudure indispensable à la reprise.En plein air, le greffage a lieu entre le moment du départ de la sève (mars) et son déclin (septembre-octobre); il se fait de préférence au printemps et à la fin de l'été.C'est la greffe en écusson qui est la plus souvent employée parce qu'elle est la plus facile à pratiquer.On peut lever un écusson de différentes manières; l'important est d'avoir un écusson de 3 à 5 cm, le bourgeon étant au centre et de ne lever que peu ou pas de bois.Le sujet est entaillé en T, par deux incisions, l’une transversale, l'autre, longitudinale; avec la spatule du greffoir, on soulève l'écorce et on glisse l'écusson dans cette fente, en le saisissant par le tronçon de pétiole.On ligature fortement au raphia ou mieux, avec une bandelette de caoutchouc.Il y a souvent avantage à placer autant que possible l'écusson du côté nord, protégeant ainsi la greffe du soleil de midi.Pour en lire plus Daniel-A.Seguin, Cs propa^ar/on rfesp/anres,publication QA 38-R4-5 P.Cuisance, Multiplication des végétaux et pépinière.Éditions J.B.Ballières et fils, 19 Hautefeuille, Paris L'encyclopédie des jardins.Larousse 1973 PUBLIREPORTAGE Les symbioses racinaires des arbres et des plantes forestières Un plus un ne font pas toujours deux.Pendant longtemps la vie en symbiose n'a été considérée que comme un cas particulier du parasitisme.Mais depuis une dizaine d'années, de plus en plus d'équipes de recherches se penchent sur ces relations privilégiées, qui sont, en fait beaucoup plus répandues qu'on le pensait.Qu entend-on au juste par symbiose?C'est une relation entre deux organismes où il y a pénétration mutuelle des cellules ou des tissus, qui entraîne des modifications morphologiques et physiologiques des deux organismes.Ces modifications se traduisent enfin par des comportements écologiques nouveaux.Le laboratoire de physiologie de l'arbre de la faculté de foresterie et géodésie de l'Université Laval, dirigé par le Dr J.A.Fortin, a entrepris depuis quelques années des études approfondies des symbioses mycorrhiziennes des plantes Illustration schématique des 3 principaux types de mycorrhizes.A: Ectomycorrhizes; B: Endomycorrhizes à vésicules et arbuscules; C: Endomycorrhizes des orchidées.IV.Furlan.1972) vasculaires.Dans ce cas, le symbiote est un champignon dont le mycélium s'entre-mêle au système radiculaire de la plante-hôte.Il peut soit pénétrer dans les couches de cellules les plus externes de la racine et on pèrlera alors d'endomycorrhizes, soit se contenter de s'immiscer entre les cellules et on parlera d'ectomycorrhizes.À la suite des recherches faites jusqu'à présent, il est hors de doute que les symbioses mycorrhiziennes chez les plantes vasculaires sont la règle plutôt que l'exception, il est devenu évident que les plantes et les champignons ont évolué les uns par rapport aux autres au cours des millénaires, un peu comme les plantes à fleur et les insectes pollinisateurs l'ont fait.La symbiose, au sens large, constitue un prolongement évolutif de la compétition, de l'allélopathie et du parasitisme.-Le professeur Fortin et son équipe travaillent depuis plus de dix ans sur les mycorrhizes, c'est le seul laboratoire dans l'est du Canada à effectuer des recherches fondamentales sur cet aspect essentiel de la vie végétale.Plus les recherches avancent plus l'omni-présence des relations arbre-champignon se confirme et ouvre de nouvelles perspectives de recherches fondamentales et appliquées.Prenons plus particulièrement les recherches du Dr Fortin qui se centrent sur les ectomycorrhyzes, où les racines de l'arbre sont enrobées par le mycélium du champignon, ce dernier s'insinuant entre les cellules du cortex radiculaire.Il semble que tous les arbres de la forêt boréale vivent ainsi en symbiose avec différentes espèces de champignons à chapeaux: des bolets, des lactaires, des russules.Le champignon extrait du sol les sels minéraux et l'arbre fournit à son hôte les sucres nécessaires à sa croissance.En fait le mycélium du champignon multiplie par un facteur très important les surfaces de contact entre le sol et la racine, rôle, qui en l'absence de mycorrhizes revient aux poils absorbants des radicelles.Dans la plupart des sols, il y a des spores, ou semences de champignons, et la symbiose se fait.par la force des choses.Les facteurs régulateurs de cette relation n'ont pas encore pu être déterminés avec exactitude mais il semblerait que plus les conditions de croissance sont difficiles pour l'arbre, plus les mycorrhizes sont abondantes.On comprendra que ces échanges font intervenir plusieurs disciplines en plus de la physiologie végétale et notamment la mycologie et la microbiologie.Dans le laboratoire du Dr Fortin, les racines des arbres occupent le premier plan au pointqu'onycultivecouramment des racines isolées dépourvues de tiges et de feuilles.Ces travaux nécessitent l'usage de chambres climatisées (aussi appelées phytotrons).La faculté de foresterie et géodésie de l'Université Laval dispose d'un ensemble de 15 unités, équipement unique au Québec.En pratique dans les sols de pépinières, la recherche sur les mycorrhizes prend toute sa signification.Pour supprimer les champignons porteurs de maladies, on le désinfecte complètement.Les jeunes arbres, placés dans ce milieu aseptisé sont obligés de se nourrir seuls.ce qui demande de très fortes quantités d'engrais.Si, avant de les transplanter on enrichissait le sol en champignons mycorrhizateurs, la croissance serait la même avec une fertilisation fortement réduite.Ceci a été démontré au niveau expérimental avec des plants de résineux aussi bien que de feuillus.On imagine facilement les économies que cette technique peut représenter.De plus, lors de la transplantation dans le site définitif de croissance, hors de la pépinière, un arbre dont les racines ne sont pas mycorrhizées a beaucoup plus de difficultés à survivre dans un milieu où les sels minéraux sont peu accessibles.Il y a donc intérêt à transplanter des arbres mycor-rhizés qui pourront plus facilement s'adapter à un nouveau substrat, si peu fertile soit-il, ce qui ouvre des perspectives intéressantes pour le réaménagement des terrains dont le sol a été détruit par des activités d'extraction ou des travaux PUBLIREPORTAGE es de génie.Il a aussi été démontré que certaines mycorrhizes permettent à l'arbre hôte de mieux se défendre contre les maladies dans le cas du Picea mariana par rapport au Mycélium radiais atro-virens.Le champignon mycorrhizien dans ce cas était de Svillus granulatus (bolet granulé).ipteli ans Is S SB E tactë dm: lises 4 espar, iismls aées[a anlred sate lé* tels Si ces quelques lignes ont montré l'intérêt des recherches sur les ectomycorrhizes en foresterie, il reste encore bien des aspqcts fondamentaux de cette question qui n'ont été qu'effleurés: quel est l'impact des mycorrhizes sur la circulation du phosphore, quel est son coût énergétique pour la plante hôte, quels sont les déclencheurs physiologiques et les bases génétiques de la symbiose.Ce dont on est certain, c'est de l’importance du phénomène et de ses retombées sur l'aménagement forestier.Il y a encore là de quoi occuper pendant de longues années le laboratoire de physiologie de l'arbre.Il’aitn issani ilaüt.iiafi Isatef-ispoie ail.|» relaw de ms icesif idaie lllliief: an*1 Marianne Gagnon Division de l'information Université Laval Laval en capsules Une subvention de $3 000 000 en endocrinologie C'est le 8 septembre dernier que le Dr René Simard, président du Conseil de recherches médicales et le recteur Jean-Guy Paquet ont signé l'entente qui accorde à l'Université Laval une subvention de l'ordre de $3 000000, répartie sur une période de cinq ans, pour le maintien et le soutien financier du groupe de recherche CRM en endocrinologie moléculaire.Pierre Cayer SAV y Le groupe est dirigé par le Dr Fernand Labrie, et les chercheurs principaux associés sont les Drs Nicolas Barden, Paul A.Kelly et Georges Pelletier.Les recherches du groupe sont centrées sur les hormones hypophysaires et leur action dans le reste de l'organisme, principalement au niveau des fonctions sexuelles, de certains cancers, du diabète et de certaines maladies mentales.;ate aiiiit;' les.C* esui^ iud» coi# amie8 isplaof teiifo: ideJ1'’ avec*1 iniîf : défia- siat"* iciili**1 Pour en savoir plus: B.Boullard, 1968, Les Mycorrhizes.Masson et Clé, Paris, 135 p.G.C.Marks, T.D.Kozlowski (eds.) fcfomycor-rhizæ.Academie Press, London, 444 p.iiigv1 J.L.Harley, 1969, The biology of mycorrhiza.5 .Leonard Hill, London, 334 p.ifX# ooiitSÎ P.E.Sanders, B.Mosse, P.B.Tinker (eds.), 1975, Endomycorrhizas.Academie Press, London, 626 p.Contrats des É.-U.pour des recherches sur des analogues d'hormones Jean-Michel Fauquet SAV » Le professeur Charles Engel du Département de chimie de l'Université Laval vient d'obtenir deux importants contrats du gouvernement des États-Unis d'une valeur totale de 240000 dollars canadiens pour des recherches sur des hormones de reproduction.Ces contrats des «National Institutes of Health» s'étendent sur une période de deux ans.Le premier contrat, centré sur le contrôle de la fertilité féminine, portera sur la synthèse d'analogues de la progesterone, sur des antagonistes d'hormones et sur des recherches vers une plus grande compréhension des modes de fonctionnement des produits anti-fertilité.Le second contrat porte, quant à lui, sur le contrôle de la fertilité masculine.Les «National Institutes of Health» des É.-U.et plus spécialement le «National Institute for Child Health and Human Development» avaient ouvert les soumissions pour des travaux dans ces domaines et c'est un signe de reconnaissance de la haute qualité des travaux du professeur Engel que d'avoir obtenu ces contrats.Le Dr D.Mukherjee, deux associés postdoctoraux, quelques étudiants gradués et des assistants forment l'équipe du professeur Engel.Les tests biochimiques et biologiques seront effectués en collaboration avec le groupe de recherches en endocrinologie moléculaire dirigé par le DrFernand Labrie, dont les laboratoires sont situés au Centre Hospitalier de l'Université Laval.Les Instituts américains, pourvoyeurs de fonds et des entreprises de produits pharmaceutiques feront aussi certains tests ainsi que la production en grande quantité d'analogues d'hormones synthétisés d'abord dans les laboratoires du professeur Engel à l'Université Laval.Deuxième congrès de l'ICRAF L'Institut canadien de recherches pour l'avancement de la femme tient son deuxième congrès annuel au Château Bonne Entente à Ste-Foy du 9 au 11 novembre 1977.Regroupant environ 800 membres, presque tous diplômés d'université, cet institut veut mettre à la disposition de toutes les femmes ses capacités d'analyse et de recherche et ainsi les aider à trouver des solutions pratiques à leurs problèmes.De création récente, l'Institut fonctionne actuellement avec un très petit budget.Il compte sur des subventions pour pouvoir offrir des bourses d'études, principalement au niveau de la maîtrise.L'Institut est présidé par Pauline Jewett, présidente de l'Université Simon Fraser, de Burnaby en Colombie-Britannique.Lors du congrès à Québec, les membres de l'ICRAF se pencheront sur l'action sociale et politique de la femme, son devenir, son domaine d'action, les problèmes socio-sexuels et la santé.Une réunion publique aura lieu le samedi 11 novembre sur le campus de l'Université Laval sur le thème de la santé de la femme au travail.Division de l'information Université Laval 10 novembre 1978 / QUÉBEC SCIENCE MANIPULATIONS GÉNÉTIQUES UN SOSIE DOUTEUX Au bruit qui l'entoure, le livre du journaliste américain David Rorvik A son image: le clonage d'un homme est incontestablement une bombe.Dans les milieux scientifiques, et aussi dans le grand public: alors que l'Académie des sciences américaine prépare sa réponse officielle, Hollywood négocie les droits pour une version filmée et dix traductions envahissent le marché mondial des livres — y compris celle que les éditions Québec-Amérique lançaient sur le marchéquébécois au début d'octobre.Rorvik prétend qu'on a réussi à cloner, c'est-à-dire à dupliquer à partir de ses propres gènes, un homme.Un clone est une «copie conforme» d'un individu, un bébé qui a les mêmes gènes que cet individu et dont la «mère» n'a servi que de porteuse-nourricière du fœtus après que son ovule ait été fécondé en éprouvette, à partir des seuls gènes de l'individu.Le clonage est donc une opération extrêmement complexe, à priori plus complexe que la fécondation en éprouvette réalisée par les docteurs Steptoe et Edwards en Angleterre en juillet dernier.Dans ce dernier cas, la mère transmettait ses gènes à l'enfant, en plus d'être la porteuse-nourricière du fœtus.Le livre nous conte une histoire étonnante.«Max», un homme d'affaires milliardaire, rencontre Rorvik et lui propose un pacte secret.Le journaliste devra organiser une expérience clandestine, dans laquelle les gènes de Max seront utilisés pour fabriquer en laboratoire un embryon qui sera le double génétique de Max.Assuréqu'il aura le droit d'arrêter l'expérience en tout temps sans que Max puisse s'objecter, Rorvik accepte.Après moultes difficultés, il engage «Darwin», un brillant scientifique, et une petite équipe de chercheurs.Ceux-ci s'installent dans un hôpital que Max possède quelque part sous les tropiques, et commencent à travailler, toujours dans le plus grand secret.Deux ans plus tard, Darwin réussit à implanter dans l'uté- rus de «Moineau», une jeune fille de 17 ans choisie pour ses qualités hormonales, un embryon qui est le double génétique de Max.La grossesse se déroule bien et, alors que la délivrance approche.Moineau s'envole (!) dans un avion privé de Max pour accoucher, deux jours plus tard, d'un bébé que l'on nous dit beau et en santé.Le scénario est romancé à souhait, mais Rorvik nous avait prévenu dans une note de préface qu'étant donné la nature délicate du sujet, il avait modifié certains détails pour protéger l'identité des personnes impliquées.Cependant, le livre nous étant présenté comme véridique, et l'histoire bien réelle, on est en droit de porter un regard critique sur les informations scientifiques qu'il apporte.Et c'est là que Rorvik essuie un feu roulant de critiques et d'objections, qui finit par laisser l'impression que son livre est peut-être une mystification de premier ordre.Dans un article publié dans le numéro de septembre de The Sciences, Rae Goodell et June Goodfield, deux chercheurs au fait des manipulations génétiques (Goodfield vient de publier un ouvrage sur le sujet) reprennent plusieurs critiques formulées contre À son image.Les techniques de clonage telles qu'exposées par Rorvik, disent-ils, sont très complexes, mais plausibles, dans l'état actuel de la science.Ce qui est suspect, c'est l'extraordinaire concours de circonstances qui a permis un tel succès, si tôt.Lorsque Rorvik explique que les cellules prélevées sur différentes parties du corps de Max ont eu leur noyau enlevé par action de la cyto-chalasine B, que ces noyaux ont été replacés dans les cellules d'ovules «dénoyautées» et qu'elles se sont par la suite reproduites en conservant le code génétique original des cellules de Max, cela suppose une séquence parfaite de manipulations extrêmement nombreuses et délicates.Dans quelles conditions, par exemple, les cellules spécialiséesdu corps de Max ont-elles été dédifférenciées pour se comporter non en calque de leurs cellules d'origine, mais en noyaux d'un embryon totalement nouveau?Comment les mécanismes hor- monaux de Moineau ont-ils réagi au fœtus porteur des seuls gènes de Max?Peu de précisions sont fournies à ce sujet , par Rorvik, qui bénéficie d'une porte de sortie bien commode: il était en voyage, dit-il, à certains moments de l'expérience.Ainsi n'a-t-il pas assisté à aucun des tests scientifiques qui eut établi, hors de tout doute, que le bébé était bien une copie génétique de Max.Finalement, notent Goodell et Goodfield, le livre ne nous , éclaire nullement sur les points cruciaux du clonage.Plus encore, font-ils remarquer, Fauteur ne révèle rien, pas la moindre information, qui ne soit nouvelle pour les scientifiques.Bien sûr, Rorvik donne une vaste documentation sur les expériences de clonage des animaux.Mais, outrequelques erreurs de détail çà et là, on remarque qu'il «oublie» facilement les échecs encourus en ce domaine.Ainsi affirme-t-il que l'Américain Mac Kinnell a cloné avec succès des batraciens, même si seuls des têtards anormaux ont été obtenus, lesquels têtards sont morts un 1 peu plus tard.Ce point est très important car les chercheurs n'ont jusqu'ici réussi à cloner que des embryons d'animaux qui, chez l'homme, correspondraient à des embryons de huit semaines seulement.Finalement, il reste la crédibilité de l'auteur, et celle de son éditeur.Ce dernier, pru-dent, ne veut pas s engager sur l'authenticité des faits rapportés.Dans son contrat avec Rorvik, il s'est d'ailleurs habilement protégé en précisant que «Fauteur n'a donné aucune preuve, documentaire ou autre, à l'éditeur concernant l'authenticité du livre».Moyennant quoi, il s'est contenté de publier le livre sur la parole de Fauteur, sans toucher au manuscrit.Avant lui, trois éditeurs plus connus avaient refusé de publier le manuscrit.De son côté, Fauteur jouissait d'une excellente réputation comme chroniqueur scientifique, auteur de quatre livres de vulgarisation sur la génétique.Son goût pour les sujets controversés, aux limites de la science, avait cependant nui à sa réputation dans les dernières années.Mais ce qui le rend tout à coup CSCfti ciefiini omiiws iiHii e I'api: iSliSSi IfflillS1 lie taj ne iku les pro [ Plus f-Hfe1 i, pas t i, qui es1 s stiff:- smeiï, i sin fei-lasec; quelqsî: el lin ie>la* suras f ffirae-il KWi bte' les lé® j enusjasj moils-'j it est» «tas iàdofa: l'aiwi-1 j ofiesp» os delis ela#!* I telle d ntt P ijjjeis-' is# liai ^ Nisi* piécisai (éato< louaii* iaiii l'!-' loyeofi' dep^ ^l’auto oaii^ euis^ sé*f .son18'; ,me^- auie»';' jaiisi1".Son ^ ^ ! QUÉBEC SCIENCE / novembre 1978 11 suspect, c'est la révélation qu'il avait écrit sous un pseudonyme en 1972 un roman de «science fiction érotique» dans lequel on retrouve plusieurs éléments du scénario de/4 son image.Alors, révélations sur une technique de pointe en généti- Derniers nés dans la catégorie des grands transporteurs sur mer, les méthaniers géants commencent à sillonner les mers du globe.Ainsi tout récemment, au chantier maritime de Quincy situé à quelques kilomètres de Boston, une filiale de la multinationale General Dynamics lançait le LNG Ge- que ou habile mystification?Les milieux scientifiques doutent et penchent sérieusement pour la mystification.On pourra se consoler en se disant que ce ne serait pas la première dans l'histoire de la science.Jean-Pierre Regel mini.Ce géant de mer de la lignée des plus gros navires en son genre au monde servira au transport du gaz naturel liquéfié (constitué principalement de méthane et de petites quantités d'autres gaz tels l'éthane, le propane et l'azote) entre les ports indonésiens et japonais.Le gaz naturel liquéfié (G.N.L.) est refroidi à -165°C pour devenir un liquide qui n'occupera qu'un GOOième de son volume antérieur.Le vaisseau-thermos contient 125 000 mètres cubes de GNL emprisonné dans cinq sphères de 36 mètres de diamètre, c'est-à-dire suffisamment pour desservir pendant deux mois une ville de 250000 habitants.De 38 millimètres d'épaisseur, les sphères sont faites d'un alliage d'aluminium habituellement utilisé dans la construction de véhicules militaires et qui se renforce au froid.Préfabriqués à Charleston, en Caroline du Sud, elles sont minutieusement isolées à l'uréthane et inspectées avant d'être livrées par voie d'eau à Quincy, où on les dépose dans le lit du navire au moyen d'une grue géante.Elles sont par la suite protégées par une coupole hermétique.Les plus gros navires-citernes voués au transport de GNL sont moins longs que les plus gros pétroliers: ils mesurent en effet 285 mètres et contiennent 125 000 mètres cubes comparativement aux pétroliers qui s'allongent jusqu'à 410 mètres et véhiculent 470000 mètres cubes.Ils sont plus rapides (leur vitesse de croisière atteint vingt nœuds) et se manœuvrent, dit-on, plus facilement.Le LNG Gemini a été construit au coût de 150 millions de dollars.Jusqu'à date, l'Aquarius a complété plus de trente voyages sans incidents, l'Ariès, dix.Les autorités du chantier de Quincy précisent que tout a été mis en œuvre pour réduire au minimum les risques d'accidents: la double-coque et la solidité de la structure assurent une forte résistance au choc que causerait une collision ou un échouement; la constitution et l'épaisseur des réservoirs diminuent de beaucoup la possibilité que des fissures puissent se produire et même se propager.À l'intérieur de la coque, la partie scellée entourant les sphères est remplie d'azote, un gaz inerte (le GNL ne peut brûler que lorsque mélangé à l'air).Bien que les Américains s’appuient sur le GNL comme future source d'énergie, nombre d'entre eux voient cependant d'un mauvais oeil l'importation et l'utilisation massives de ce gaz et réclament des mesures de sécurité rigoureuses.La Chambre des Représentants des États-Unis est d'ailleurs en train d'étudier et d'élaborer des normes nationales strictes s'appliquant à l'entreposage et au transport TRANSPORT LE GAZ NATUREL PREND IA MER CKRL-MF station de rade communautaire, à but non lucratif, 89,1 - - De par sa nature communautaire, Campus Laval (CKRL) s'appuie pour une large part, tant dans sa crédibilité que dans son financement, sur le soutien moral et économique que lui apportent ses membres.Devenir membre de CKRL-MF c'est participer à son orientation par le biais de l'assemblée générale, c'est recevoir le bulletin d'information «En Différé», c'est finalement adhérer à un projet collectif d'amélioration et de prise en charge de la radiophonie par la communauté.En faisant parvenir votre nom et votre adresse, ainsi qu'un chèque au montant de $5.00 à CKRL-MF, suite 0447, Pavillon de Koninck, Université Laval, Ste-Foy, G1K 7P4, vous pourrez ainsi devenir membre.CKRL-MF, suite 0447, Pavillon de Koninck, Université Laval, Ste-Foy, P.Q.G1 K 7P4. 12 novembre 1978 / QUÉBEC SCIENCE du GNL; des contrôles sévères seraient mis en vigueur sous peu.Des groupes de citoyens désirent par ailleurs s'assurer que les réservoirs de GNL seront d'une parfaite étanchéité et solidité afin de résister aux éventuels tremblements de terre, tornades, sabotages, etc.On se souvient qu'en 1944, cent vingt-huit ouvriers périrent à Cleveland dans un gigantesque incendie provoqué par une fuite de gaz d'un réservoir, et qu'en 1973, vingt autres furent tués lors de l'effondrement d'un toit de réservoir en réparation, Si on en croit un article publié en avril 1977 par la revue Scientific American, «le plus grand danger est un incendie lors d'un déversement accidentel.Ces gaz peuvent brûler comme un nappe de pétrole.Et s'ils ne s'enflamment pas spontanément lors du déversement, les vapeurs inflammables pourraient être poussées par le vent vers une source de mise à feu.» Le débat n'est donc pas clos, même si les grands méthaniers commencent déjà à sillonner les mers en grand nombre.Marije Kronstrom OCÉANOLOGIE L’ÉNIGMATIQUE COURANT DE GASPÉ Quel rôle exact joue le mystérieux courant de Gaspé dans l'activité biologique primaire de l’estuaire et du golfe du Saint-Laurent?S'ils ne donnent pas une réponse complète à cette question, les récents travaux de la Section d'océanographie de l'Université du Québec à Rimouski (SOUQAR), entrepris cet été à bord du navire scientifique CSS Dawson, apportent quelques éléments nouveaux dans la connaissance de l'interaction entre les processus biologiques et physiques dans l'estuaire du Saint-Laurent.Depuis de nombreuses années, on sait l'importance de l'estuaire du fleuve comme source majeure d'éléments nutritifs, ce qui expliquerait la haute production primaire de certaines de ses zones.Des scientifiques ont depuis longtemps fait le rapprochement entre ce processus de production biologique et ceux, physiques, des courants de ce secteur, en rapport avec la productivité des eaux côtières environnantes.D’autres ont constaté les corrélations entre l'apport d'eau douce dans l'estuaire et le rendement de plusieurs espèces de poissons exploitées commercialement dans le golfe.L'équipe de la SOUQAR a, quant à elle, fait le rapprochement entre la production biologique maximum du secteur de l'estuaire et la présence du tourbillon anticyclonique (courant tournant dans le sens contraire des aiguilles d'une horloge), situé à l'ouest de l'île Anticosti.Elle a aussi constaté l'influence d'un courant d'environ 15 ou 20 km de large, qui s'étend des environs de Rimouski jusqu'à Rivière au Renard, et qui peut atteindre trois nœuds à l'heure, soit le courant de Gaspé.Par contre, à mesure qu'on acquiert des connaissances sur ce courant qui frôle la péninsule, les chercheurs lui accordent autant sinon plus d'importance qu'au tourbillon d'Anticosti pour la production de plancton, pour les sels nutritifs qu'il charrie, et comme habitat temporaire des œufs et des larves de plusieurs espèces de poissons commerciaux.Partant des paramètres biologiques et physiques, le directeur de la SOUQAR et son En forme de Bongos V Grâce à ces filets-chaluts de type Bongos l'équipe scientifique de SOUQAR a pu recueillir des échantillons d'œufs et de larves de poissons.- SUBVENTIONS UN TOKAMAK DANS IA BALANCE Si tout se passe comme prévu, Ottawa devrait bien annoncer sous peu (si ce n'est pas déjà fait au moment où vous lisez ces lignes) l'octroi d'importantes subventions à diverses équipes québécoises de recher- ches en fusion thermonucléair(e.Réparties entre diverses sources (un fonds de recherche sur la fusion de $400000 administré par le Centre national de recherche; le programme d'aide aux laboratoires industriels; et le programme de subventions thématiques à la recherche universitaire consacré à l'énergie), ces multiples subventions devraient, si elles sont toutes confirmées, permettre aux équipes de recherches regroupées derrière HREQ (Centre de recherches de l'Hy-dro-Québec, à Varennes) de se doter, au cours des prochaines années, d'un petit cerceau métallique destiné à la production et au confinement magnétique de plasmas d'hydrogène à très très haute température.Une telle machine, baptisée Tokamak par ses créateurs soviétiques, est en quelque sorte un modèle réduit des gigantesques appareils baptisés TFTR aux USA et T-10 en URSS, et qui seront sans doute, entre 1981 et 1983, les premières machines magnétiques à libérer cette formidable énergie potentielle de la fusion du deuterium en hélium.À défaut d'être sur le peloton de tête, les chercheurs québécois pourront désormais, au moins, suivre la vague.Mais en même temps, cette décision qui survient avec quatre ans de retard, pourrait bien s'accompagner d'une lourde perte pour la recherche de pointe québécoise.Dans ce jeu parfois curieux de l'équilibre national, nos compétences en techniques lasers, à peine implantées grâce au soutien gouvernemental, se trouvent aujourd'hui «mises dans la balance».À moyen terme, sinon à court terme, elles risquent d'être le prix à payer pour ce cadeau magnétique! Avec le laboratoire de recherche en laser de Valcartier, le département d'optique de l'université Laval, le gfoupe de recherche sur la fusion par laser de l'INRS-Énergie de Varennes.Le Québec disposait pourtant hier encore des meilleures compétences nationales dans ce domaine de pointe, mis à part sans doute le groupe de recherche en laser du Centre national de la recherche d'Ottawa, branché plus directement sur le robinet financier fédéral.Cela justifiait en tout cas qu'avec les groupes spécialisés dans les plasmas de l'Université de Montréal et de l'École polytechnique, des laboratoires RCA de Sainte-Anne-de-Belle-vue, et des laboratoires de l'Hydro-Québec, à Varennes eux aussi, on ait présenté, dès 1974, une première proposition en vue d'établir au Canada un mini-programme de recherche sur la fusion thermonucléaire.Rappelons succinctement que la fusion est un procédé physique au cours duquel des atomes légers (l'hydrogène, le deuterium ou le tritium) et non radioactifs sont précipités les uns contre les autres, pour dégager une quantité d'énergie proportionnellement plus grande que celle qu'implique la fission de l'uranium.Parce qu'il utilise une matière première à première vue surabondante, et ne crée pas directement de produits radioactifs, ce procédé de fusion a été présenté souvent comme la solution ultime à nos problèmes d'énergie.Pourtant, la pénétration forcée des atomes légers les uns dans les autres ne peut se faire qu'à très grande vitesse, c'est-à-dire que si l'on chauffe les gaz jusqu'aux températures de plasmas (la température du soleil par exemple) tout en empêchant leur fuite en tous sens! cl qi lu Kil r QUÉBEC SCIENCE / novembre 1978 ïr ÎÉ.iefï )»pe lion: leiî1,: Jiips IS T: aliK! i PK ejtt.: lu Car tetra rite oui iW l’Uw e :: w® ie-Bîi oiies i 10': eniJî # joaiii eel»* «te cttf; ipiW jpuda opir; m|df: ipite •es M ifW 0 plffî n.M !S»isM s Jilî' idioad on î #= )S uita»: ESaio- lesîl'i pu s [Hits Deux techniques sont envisagées pour y arriver: l'implosion d une billette de deuterium par un impact laser très intense, ou réchauffement progressif |d'un gaz confiné dans une enceinte magnétique.Pour ajouter à la compétence québécoise, I INRS s'était aussi dotée d'une machine magnétique, mais dont on doit avouer humblement qu'elle était plus un instrument de recherches théoriques sur les plasmas qu'une véritable machine à fusion.De toute façon, tout était déjà en place au Québec pour ce programme modeste qui visait simplement à maintenir au Canada une «compétence minimale» dans le secteur pourcentages à même les fonds du programme thématique sur l'énergie, les programmes al-bertains et de Colombie-Britannique, pourtant moins considérables, recevaient la presque totalité des sommes demandées.La manœuvre avait provoqué alors l'indignation de l'ancien directeur de l'INRS-Énergie, M.Brian Gregory, qui avait même profité des colonnes de Québec Science pour dénoncer ce «fédéralisme à sens unique».Entre temps, d'autres «pertes» significatives vont passées presque inaperçues.D'abord la dissolution progressive de l'activité scientifique de pointe aux laboratoires de Valcartier.—.r.* Cette machine-miroir de l'INRS-Ênergie est une machine à confinement magnétique des plasmas, selon le même principe lue les tokamaks; il ne s'agit toutefois pas d'un tokamak.de la fusion thermonucléaire, avec entre autres la conception at la construction de ce mini-:okamak, et de nouvelle unités de laser plus puissantes.Tout était prêt à Québec, mais pas à Ottawa, semble-t-il.Car non seulement le gouvernement décidait-il d'ignorer presque complètement la demande patronnée par l'IREQ, mais il devait, au cours des années suivantes, refuser la grande majorité des subvenions demandées par les mem-ares du groupe, sitôt qu'elles semblaient trop reliées à ce arogramme.Ainsi, l’année dernière, alors que les équipes québécoises de recherche en usion par laser voyaient leurs femandes de subventions sa-isfaites dans de très faibles À l’époque où Ottawa demande au CNR de décentraliser ses laboratoires, le ministère de la Défense nationale, pour sa part, coupait à son seul laboratoire en territoire québécois tout espoir de revivre un jour.Seconde perte importante: le transfert hors du Québec des laboratoires de la firme RCA.Seul l'ancien directeur, Dr.M.-P.Bachynski, est resté ici pour tenter de ressusciter à titre privé une compétence technologique qu'il refusait de voir s'expatrier.Enfin, troisième élément au bilan des pertes: la subvention quinquennale qu'avait reçue l'INRS-Ènergie en 1974 (avant la présentation du projet «Fusion Canada») et visant à développer sa compétence techni- que dans le domaine des lasers, s'épuise progressivement, pour se terminer officiellement dans quelques mois.Déjà le nouveau directeur Jacques Martel déplore pour cette année un «manque à gagner» de $150000 à $200000.Et rien n'indique qu'Ottawa ait l'intention d'y pourvoir.Bien au contraire! Lefaitque les subventions du programme thématique sur l'énergie aient favorisé, l'année dernière, les groupes en lasers de l'Alberta et de la Colombie-Britannique, et que le président du conseil du Centre national de recherche, M.W.G.Schneider, se soit permis dès septembre dernier d'annoncer, dans une entrevue à la Presse Canadienne, qu'il était «possible que des laboratoires du CNR soient construits à cette fin bientôt en Alberta, avec l’aide fédérale», tout laisse donc croire que, dans la logique de l'équilibre interprovincial, Ottawa n'aurait accepté le Tokamak québécois qu'en lui joignant le transfert vers l'Ouest de l’effort en fusion par laser.Le problème, dans tout çà, c'est que rien n'indique que les chercheurs québécois aient gagné au change.D'abord, ce ne sont pas les mêmes qui travaillent avec les lasers et avec les machines magnétiques.On remplace donc une compétence établie par une autre, encore à naître.En second lieu, le domaine des lasers a des applications beaucoup plus variées que celui des machines de fusion par confinement magnétique.Enfin, avec le lent effacement de Valcartier, et le resserrement du robinet des subventions aux projets par laser au Québec, notre compétence locale se trouve déjà fortement compromise.A moins, bien sûr, qu'on oublie pour quelque temps nos frontières interprovinciales, et qu'on aille installer le groupe d'optique de Laval et l’équipe laser de l'INRS-Ènergie.quelque part en Alberta! Pierre Sormany 13 Le courant sur mesure \ £«vab- ‘f On a mouillé plusieurs de ces courantomètres.Ils sont munis d'un magnétophone miniature qui enregistre la vitesse du courant, la direction, la profondeur (par la pression), la température et la salinité (par la conductivité) de l'eau.équipe ont constaté que la production primaire de phyto-plancton était au moins dixfois plus importante dans le fort courant de Gaspé que dans le tourbillon d'Anticosti.Plusieurs aspects pratiques découlent d'une meilleure connaissance de ce courant, notamment l'aide à la navigation.Si un navire se dirige vers le golfe et l'Atlantique, il peut augmenter sa vitesse de deux à trois nœuds, sans pour cela consommer plus de carburant ou pousser plus à fond les moteurs.Il n'a qu'à suivre le courant de Gaspé.Par contre, s'il remonte le fleuve vers Québec, afin de ne pas lutter inutilement contre le courant de Gaspé, à la sortie du chenal Laurentien, dans le golfe, le pilote y gagnera à naviguer à plusieurs milles marins au large de la rive-sud, là où le courant a plutôt tendance à remonter vers l'ouest.Le deuxième aspect intéressant touche la protection de cet environnement marin extrêmement fertile pour la croissance primaire et le transport des œufs et des larves de poissons.Advenant une catastrophe maritime, les équipes de nettoyage et de contrôle de la nappe de mazout pourront plus facilement planifier leur travail s'ils connaissent la localisation exacte du courant de Gaspé, sa zone d'influence, sa rapidité et sa direction précise.En dernier lieu, il faut noter l'importance fondamentale du courant de Gaspé en relation avec les pêcheries du golfe du Saint-Laurent.La période printanière de fraie du hareng se 14 novembre 1978 / QUÉBEC SCIENCE produit en mai et en juin, et justement dans le secteur du courant de Gaspé, le long de la péninsule, depuis Matane jusqu'à Rimouski, et peut-être plus loin en amont.Les chercheurs sont d'ailleurs intrigués par cet étrange migration vers un site de fraie où très tôt les oeufs et les larves sont charriées par le courant très fort de Gaspé et se dispersent ensuite dans presque tous les secteurs du golfe, depuis la pointe de Gaspé jusqu'aux hauts fonds des îles-de-la-Ma- Partout dans le monde, le désert gagne sur les terres fertiles.Lentement, progressivement, mais sûrement.Selon l'ONU, au Soudan, le désert a avancé en direction du sud de 100 kilomètres en moins de vingt ans.En Afrique du Nord, il gagne chaque année plus de 100 000 hectares de terres.Dans la zone du Sahel, cette bande de terres qui borde le Sahara au sud sur plus de 3000 km de long, plus de 650000 km2 (plus du tiers du Québec) se sont transformés en désert au cours des cinquante dernières années.Face à cela, que faire pratiquement?Les solutions, répétées à la Conférence des Nations Unies sur la désertification en août 1977, sont évidentes: éviter le surpâturage, associer l'agriculture à l'élevage là où c'est possible, irriguer prudemment pour éviter la remontée des sels, ne plus copier servilement les techniques d'agriculture mécanisée, éviter les monocultures.Et éliminer le plus possible ces ineffables chèvres dévastatrices et vagabondes! Dans la pratique, pourtant, rien n'est simple.Ce n'est pas facile de vulgariser des techniques agricoles saines pour des paysans le plus souvent illettrés.Cela devient d'autant plus difficile qu'il faut aller «au rebours de l'histoire»: faire comprendre au paysan tunisien qu'il doit laisser son tracteur et revenir à la houe attelée qui deleine et de tout le sud du golfe.S'il est possible de localiser et de quantifier les populations d'œufs et de larves et d'établir un taux approximatif de survivance durant leur difficile passage dans le courant de Gaspé, on pourra beaucoup plus facilement déterminer quels seront les stocks exploitables lorsque les harengs atteindront, quatre ans plus tard, une taille permettant la pêche commerciale.Florent Plante «écorche» moins sa terre, au villageois pakistanais qu'il doit cesser temporairement d'irriguer, etc.Mais, plus encore, les querelles politiques tiennent souvent le hautdu pavéet bloquent toute action concertée.Lorsqu'il ne s'agit pas d'un conflit majeur (guerres du Poli-sario dans le Sahel, ou de l'Ogaden dans la Corne de l'Afrique), ce sont ces conflits inter-étatiques épisodiques, aux racines historiques profondes.Enfin, bien des gouvernements préfèrent accuser la sécheresse plutôt que de reconnaître qu'ils favorisent des pratiques agricoles irresponsables.Il vaut mieux, n'est-ce pas, invectiver le ciel tout son saoûl, plutôt qu'insulter publiquement son voisin ou un membre de sa famille.La conférence de l'ONU a ainsi totalement échoué dans sa tentative d'adopter des mesures concrètes en faveur du retour au nomadisme.La raison est très simple: tous les gouvernements concernés, y compris l'URSS, la Chine et l'Algérie, se méfient des nomades, qu'ils considèrent comme des bandits de grand chemin, des guérilleros en puissance ou des évadeurs de taxes.Une stratégie progresse toutefois à pas de géant.C'est celle de la «barrière verte» pour freiner l'avancée du désert.Évidemment, il ne s'agit pas de planter une ligne d'arbres pour marquer la limite du désert.Celle-ci n'existe pas, on s'en doute, de cette façon, et l'idée d'une ligne verte Maginot» est assez ridicule.Plus exactement, cette barrière consiste à refaire une couverture végétale stable là où c'est possible, autour des «patches» des oasis, en plantant arbres et arbustes appropriés.La riche Arabie séoudite a fixé ainsi ses dunes de sable dans le semi-désert d'EI Hara, près de Plofuf, en plantant quelque 10 millions d'arbres.Dans le Sahel, la richesse est moindre, les projets plus modestes, mais les «taches vertes» progressent depuis deux ans, sous divers programmes du Comité inter-états de lutte contre la sécheresse (CILS) ou de l'ONU.La création récente d'un Institut du Sahel à Bamako aidera à recueillir et à diffuser les connaissances scientifiques nécessaires.En Algérie, cette politique des taches vertes est établie maintenant depuis plus de cinq ans et se développe bien.Le pompage de l'eau souterraine et l'arrivée de nouvelles variétés de maïs ont permis à plusieurs oasis de fleurir,^ L'utilisation des nappes aquifères souterraines est une autre des stratégies avancées qui donne de bons résultats.On sait que le Sahara, notamment, dispose d'une immense nappe d'eau, un bassin artésien situé à des profondeurs allant de 80 à 1 500 mètres sous terre.Il faut seulement creuser et pomper, ce qui, malgré les difficultés à surmonter, est possible, comme le prouve un projet de l’ONU groupant douze nations arabes du Moyen-Orient dans ce but.La mise au point de nouvelles pompes fonctionnant à l'énergie solaire devrait décupler les possibilités dans un proche avenir, indique un document de la FAO.Et même si ces nations arabes répugnent, pour des raisons politiques, à s'inspirer de l'exemple de la colonisation du Négev par Israël, il est évident que la sophistication des techniques d'irrigation israéliennes (récupération de l'eau de rosée, alimentation directe des plantes à la racine) est une expérience enrichissante.Le dernier grand projet de l'ONU concerne la mesure scientifique de la désertification et la prévision météorologique.Quatre pays (Iran, Inde, Pakistan, Afghanistan) ont mis leurs efforts en commun à ce sujet.Ils utilisent notamment le Landsat, satellite américain d'observation météorologique.Les progrès récents en ce domaine permettent maintenant de prévoir, par exemple, la forme des moussons de fin d'août en Inde par l'observation des variations de température dans l'eau du Golfe arabique deux mois plus tôt.Ce type d'information est éminemment précieuse pour les autorités des pays concernés.S'il est vrai que le climat deviendra plus variable au cours des prochaines décennies (voir Québec Science, décembre 1977) du moins pourra-t-on mieux le prévoir et se prémunir à l'avance contre ses incartades.Comme on l'a répété à Nairobi en 1977, à Londres en 1978 et dans le message annuel de l'ONU «sur l'état de l'environnement» en juin dernier, il n'y a pas de solution miracle à la lutte contre la désertification.Tout juste une panoplie de recettes appropriées, qui relèvent du bon sens.Plusieurs projets sont en cours et, notait le message de l'ONU, «dans la bonne voie».Comme dit le slogan, ce n'est qu'un début, continuons le.Jean-Pierre Pogel AGRICULTURE UNE BARRIÈRE VERTE CONTRE LE DÉSERT sr >Xt QUÉBEC SCIENCE / novembre 1978 15 GAZ NATUREL UN ATOUT DISCRET Pour le Québec, la carte du gaz naturel pourrait s’avérer bien utile dans le jeu serré de la politique de l’énergie par Jacques Larue-Langlois Récemment, SOQUIP, (Société québécoise d'initiatives pétrolières) découvrait à Parke, près de Rivière-du-Loup, une structure géologique identifiée qui constituerait probablement un des plus grands réservoirs naturels pour stockage souterrain en Amérique du Nord.Cette découverte est susceptible de modifier toute la logistique d'approvisionnement en gaz naturel du continent nord-américain.Des forages dans cette région ont en effet révélé la présence, dans des grès situés à 2 000 mètres de profondeur de «structures particulièrement prometteuses» d'une épaisseur de 15 mètres environ sur une superficie minimale de 25 kilomètres carrés.SOQUIP n'hésite pas à affirmer que ces réservoirs naturels où le gaz serait injecté sous pression «sont du même ordre d'importance pour l'entreposage du gaz naturel que les dômes de sel des îles-de-la-Madeleine, constituant eux-mêmes un des plus grands réservoirs au monde pour le stockage du pétrole.» Les espaces souterrains disponibles à Parke, permettant le stockage d'environ neuf milliards de mètres cubes de gaz naturel sur un coussin initial de 17 milliards de mètres cubes, seraient peut-être même plus vastes encore, selon un porte-parole de la Société.SE CONVERTIR AU GAZ NATUREL Compte tenu des réserves de gaz naturel découvertes dans la mer de Beaufort et les îles de l'Arctique et des surcroîts de production qu'entraînerait l'exploitation de ces puits, cette configuration géologique située en bordure du Saint-Laurent, devient l'emplacement naturel privilégié d'un grand port méthanier et d'une usine de regazéification.Le Québec pourrait y fonder une alternative à ses approvisionnements en gaz naturel, pour le moment ' r ; .i.' W V; .MO Dès 1849 C'est sur le site actuel de la gare du Palais que fut construite, en 1849, la première usine à gaz de houille de la ville de Québec.Elle fut désaffectée en 1905.Une zone sédimentaire Québec 'Montréal, La zone sédimentaire du Québec est susceptible de receler des quantités intéressantes d'hydrocarbures.La zone du golfe du Saint-Laurent représente d'ailleurs 145 000 km2 sur un total de 210 000 km2, soit près des deux tiers de la superficie de ce bassin.Le droit sur les ressources de ces fonds marins, revendiqué par toutes les provinces, est contesté par le fédéral.apanage exclusif de l'Alberta, comme c'est de là que pourrait partir un pipeline distribuant dans tout l'Est des États-Unis les surplus canadiens de gaz naturel qu'y transporteraient les super-méthaniers de l'Arctique dont on envisage la construction au Canada depuis plusieurs mois déjà.Si les vérifications en cours, qui ont déjà établi la porosité moyenne de la roche à 22 pour cent, prouvent que les dimensions estimées de cet espace de stockage sont justes, le gouvernement du Québec devrait, compte tenu de l'importance des investissements requis, solliciter un certain degré de participation de l'entreprise privée dans l'exploitation de ces réservoirs naturels.Cette découverte vient à point, quelques mois après la publication, au cours de l'été, par le ministre responsable Guy Joron du livre blanc sur la politique québécoise de l'énergie dont une phrase, en particulier, résume les raisons qui motivent la décision du gouvernement d'envisager que soit doublée la consommation de gaz naturel au Québec d'ici 1 990: «Les qualités particulières du gaz naturel comme facteur d'industrialisation, ses caractéristiques de propreté au niveau du transport et de la combustion, ainsi que la sécurité des approvisionnements de gaz naturel en font une forme additionnelle d'énergie avantageuse pour le Québec dans la transition énergétique qui s'amorce.» Pour le moment, les quelque 2,25 milliards de mètres cubes de gaz naturel que nous consommons chaque année (à peine plus du dixième de la consommation de l'Ontario où les prix de ce combustible sont pourtant sensiblement les mêmes qu'au Québec) ne constituent que six pour cent de notre bilan énergétique.Tout en reconnaissant que l’effort québécois doit surtout porter dans le secteur de l'électricité, une ressource ¦m ¦¦i renouvelable dont nos approvisionnements autonomes sont assurés, le ministre délégué à l'Énergie entend diminuer notre dépendance à l'égard des pays exportateurs de pétrole en s'efforçant d'amener une conversion au gaz naturel.Il entend faire passer de 6 à 1 2 pour cent la part du gaz naturel dans le bilan énergétique québécois d'ici 1990.À court terme, la quasi-totalité du gaz continuera de venir par pipeline de l'Alberta, à moins que cette récente découverte du réservoir naturel de Parke ne vienne bouleverser nos modes d'approvisionnement.UN ASSOCIÉ DU PÉTROLE Les deux formes d'hydrocarbures exploités, gaz et pétrole, sont presque toujours associées dans la nature.Dans le schéma le plus classique, on trouve une poche de gaz au-dessus de la roche imprégnée de pétrole, elle-même imprégnée de gaz.On ne peut donc établir de frontière précise entre «pétrole» et «gaz», et l'exploitation de l'un ou de l'autre dépendra des conditions locales.Souvent, d'ailleurs, on exploite les deux, mais en prenant soin de les séparer: un pétrole brut trop chargé de gaz est un casse-tête pour les pétroliers, à cause de son instabilité, alors qu'un gaz trop lourd en produits liquides pose bien des problèmes de transport.Les cas les plus favorables à l'exploitation du gaz sont les gisements riches en méthane.C'est un gaz léger dont la molécule se compose d'un atome de carbone aux quatre valences occupées par des atomes d'hydrogène: CH4.Dans les gisements, on trouve aussi, avec le méthane, d'autres gaz plus lourds: éthane, propane et butane.Il s'agit de molécules plus grosses, C2H10 pour l'éthane, C3H8 pour le propane et C4H10 pour le butane.Les teneurs sont si variées qu'on ne peut pas donner une composition moyenne.Ce qui est constant cependant, c'est le fait que le méthane domine toujours, représentant de 70 à 95 pour cent du volume des gaz des gisements naturels, de sorte qu'on en est d'ailleurs venu à le qualifier de «gaz naturel».Avant l'annonce, en 1973, d'une prévisible raréfaction des produits pétroliers, alors que les multinationales du pétrole imposaient encore leurs lois sur le marché, on jugeait le gaz naturel tout juste bon à être brûlé en torchères au sommet des tours des raffineries, ou sur les puits de pétrole au Moyen-Orient.Jusqu'au début des années 60, toutes les grandes villes occidentales fabriquaient, en distillant de la houille, ce qu'on appelait «gaz d'éclairage» ou «gaz de ville» et qu'on appelle aujourd'hui «gaz manufacturé».La haute valeur calorifique du gaz naturel et son très bas indice de pollution, reliés aux découvertes récentes d'importants gisements, ont, à toutes fins pratiques, éliminé la production de gaz manufacturé, aujourd'hui en usage dans quelques rares secteurs industriels seulement.Les gisements eux-mêmes, leur géologie, leurs conditions d'existence, n'ont rien qui soit propre au gaz naturel.Il faut toujours une «roche magasin» plus ou moins poreuse et une «couverture» imperméable.À ce niveau, la différence entre pétrole et gaz c’est qu'on ne peut trouver de gisements de gaz en surface mais à des milliers de mètres de profondeur seulement.Par exemple, les schistes bitumeux de l'Athabaska et d'ailleurs peuvent donner du pétrole mais ne peuvent donner de gaz, les hydrocarbures volatils qui constituent le gaz naturel s'étant évaporés depuis longtemps.À sa sortie du puits, le gaz naturel est conduit à l'usine de traitement qui devra, par désulfuration, en éliminer l'hydrogène sulfuré: éliminer également le C02; séparer par dégazolinage le méthane et les hydrocarbures condensables dont certains sont comprimés pour les bouteilles de butane ou de propane ou pour servir de base à des fabrications chimiques: utiliser l'hydrogène sulfureux dans d'autres produits de synthèse et en extraire le soufre.En fin de compte, le «gaz épuré» reste presque uniquement composé de méthane.C'est un remarquable combustible, d'une grande pureté, d'emploi commode, très souple et fort peu polluant, dont le pouvoir calorifique vaut deux fois celui du gaz de houille.Le transport du gaz naturel de l'usine aux secteurs de consommation peut être assuré de deux façons: sous forme gazeuse, via un pipeline, ou sous forme liquéfiée, par navires ou camions citernes calorifugés.Techniquement, il est relativement simple de liquéfier le gaz naturel en faisant appel à la technologie cyrogé-nique (basse température) qui le porte à -162°C.Le plus important avantage de cette liquéfaction provient du fait que le gaz naturel liquéfié occupe un volume 640 fois moins grand que le gaz naturel à l'état pur.(Un mètre cube de gaz naturel liquéfié équivaut à 640 mètres cubes de gaz naturel à l'état pur.) Il doit cependant, avant sa distribution aux consommateurs, passer par une usine de regazéification qui lui rendra sa forme gazeuse originelle.UNE DES PLUS IMPORTANTES CONSOMMATIONS AU MONDE Le Québec, où la consommation d'énergie par habitant est effectivement l'une des plus importantes au monde, recourt, dans une vaste proportion, à des sources énergétiques importées de l'extérieur.Cette situation, loin de lui être particulière, est même sensiblement plus marquée dans certains pays industrialisés et se compare, par exemple, à celle de la plupart des pays européens.Au niveau de la consommation, le Québec utilise 22 pour cent d'électricité, 70pourcentde novembre 1978 / QUÉBEC SCIENCE 1 # St-Jérôme Réseau de distribution Gaz Métropolitain, inc.Gazoduc TCPL ,1 Usine deli( Ste Scholastique # Lorraine 0 Ste-Thérèse 0 ennevili raison livraison) D'abord la région de Montréal Plus de 90 pour cent de la consommation gazifère s'effectue dans la région de Montréal.Trois régions du Québec sont cependant desservies par le gaz naturel.Chacune de ces régions fait l'objet de franchises distinctes.H s'agit de Gaz Métropolitain à Montréal, de la Société gazifère de Hull dans POutaouais et de Gaz provincial du Nord à Ftouyn-Noranda.J THE A B __ j'CJSfWVGf ¦ I «TTHOirr cfcrnrc * JÊ 17 QUEBEC SCIENCE / novembre 1978 Joliette 9 Sort;/ 9 Contrecœur me cl liquéfactib 9 Boucmervi/lle LongueSil 9 St-Hyacinthe Bruno Broxar hambly Marœville Granby 9 St-Jean Iberville Matin Mnt de livraison •1 mil Source: Direction générale de l'énergie, 1978 La belle époque La «belle époque du gaz de ville» n'est pas si loin dans la mémoire de nombre de Québécois.Poêles à gaz, chauffe-eau à gaz, les appareils domestiques à gaz d'alors savaient vanter leurs mérites chez le marchand du coin.jrik tes; T."r j-tfcyr i-i kmo j — ^ a pétrole, 6 pour cent de gaz et environ 2 pour cent de charbon.Dans son livre blanc sur la politique québécoise de l'énergie, le ministre Guy Joron rappelle d'abord que, pour fins d'autonomie énergétique, il importe avant tout de développer au maximum notre potentiel hydro-électrique qui, en plus d'être abondant, constitue une source d'énergie renouvelable.Il y insiste cependant sur la nécessité de remplacer une certaine proportion de nos importations d'huile à chauffage en particulier par le gaz naturel, dont les caractéristiques de propreté au niveau du transport et de la combustion, ainsi que la sécurité des approvisionnements permettent la conclusion de contrats fermes pour des périodes suffisamment longues.D'autant plus que prospections et forages sur les 210000 kilomètres carrés de terrains sédimentaires du Québec susceptibles de receler des hydrocarbures ont permis, au cours des dernières années, de découvrir des gisements de gaz naturel dans notre sol même.Un premier dépôt de gaz, découvert à Pointe-du-Lac, près de Trois-Rivières, en 1955, était mis en production en 1966 mais s'avérait d'importance mineure.Depuis lors cependant, SOQUIP acquérait des permis d'exploration au Québec et confirmait l'existence de structures favorables dans les basses-terres du Saint-Laurent et en Gaspésie notamment.Un premier résultat encourageant provient de la découverte, en 1975, de gisements de gaz naturel à Saint-Flavien et à Villeroy, sur le rive sud, non loin de Québec.SOQUIP annonçait d'ailleurs, à la fin de septembre dernier, la signature d'un intéressant contrat de distribution avec la compagnie Gasbec à l'intention d'entreprises privées implantées dans la région de la vieille capitale, d'une première levée de cette réserve de 280 millions de mètres cubes identifiés au puits, près du sixième de la consommation québécoise annuelle présente.Toujours selon SOQUIP, on peut évaluer théoriquement les réserves de gaz naturel du Québec entre 14 et 20 milliards de mètres cubes, soit suffisamment pour six ou sept ans de consommation locale au rythme actuel.Les forages se poursuivent par ailleurs dans la zone d'argiles fracturées allant de Villeroy à Saint-Hyacinthe et particulièrement, depuis quelque temps, à Saint-Thomas-d'Aquin, municipalité voisine de Saint-Hyacinthe.Afin d'accélérer l'exploration, le gouvernement du Québec a annoncé qu’il augmentait la dotation de SOQUIP au-delà de son budget annuel, présentement de 7,5 millions de dollars, lui versant 50 millions au cours des cinq prochaines années, par tranches de 10 millions par année.Cependant, si SOQUIP demeure l'outil privilégié du gouvernement québécois à court terme, elle peut néanmoins — et l'a déjà fait avec Dome Petroleum Limited — attirer des partenaires du secteur privé pour partager les risques et faire bénéficier le Québec de l'effet multiplicateur de telles associations.IL LEUR EN SORTIRAIT PAR LES OREILLES Pour le moment, tout le gaz naturel utilisé au Québec provient encore d'Alberta; de récentes découvertes y assurent de telles réserves à long terme qu'un confrère journaliste canadien a prétendu que le gaz naturel «sortait par les oreilles des Albertains».En fait, en 1977, l'Alberta exportait 110 millions de mètres cubes par jour de gaz naturel dans les autres provinces canadiennes et 80 millions de mètres cubes par jour aux États-Unis, soit respectivement 48 et 28 milliards de mètres cubes par année.Ses réserves actuelles prouvées sont de l'ordre de 1 700 milliards de mètres cubes.Or, voici que la découverte, au début de l'été dernier, d'un nouveau gisement de gaz naturel à Deep Basin, à la frontière de l'Alberta et de la Colombie-Britannique, est susceptible d'augmenter considérablement ces réserves.Selon ses exploitants, Canadian Hunter Explorations Limited (propriété à 75 pour cent de Noranda Mines), ce gisement, le plus important en Amérique du Nord, contient 12,5 milliards de milliards de mètres cubes de gaz naturel dont 1,4milliard de milliards sont exploitables au prix courant.Cette immense nappe de gaz naturel à elle seule pourrait rapprocher singulièrement le Canada du deuxième rang comme producteur de gaz naturel au monde, derrière l'URSS et les États-Unis, dont les besoins énergétiques sont plus de vingt fois supérieurs aux nôtres.Terre-Neuve dispose par ailleurs de réserves récemment découvertes au large de ses côtes et qui seraient de l'ordre de 510 milliards de mètres cubes.Par ailleurs, Dome Petroleum déclarait, dans un mémoire à l'Office national de l'énergie (O.N.E.) — un organisme fédéral — que les régions de l'Arctique recelaient un potentiel de 1 7 500 milliards de mètres cubes de gaz naturel, ce qui équivaut à 365 fois la consommation canadienne en 1977.Une telle réserve pourrait, au rythme actuel de consommation, durer 365 ans à elle seule.Déjà, la production de gaz naturel au Canada est telle que l'Alberta a dû, en mai dernier, accepter de réduire temporairement ses obligations contractuelles envers son plus gros client, Trans-Canada Pipe-Lines Limited de Toronto, qui transporte 114 millions de mètres cubes de gaz naturel albertain par jour.En se portant acquéreur, tel que prévu, de toute la production non utilisée en Alberta ou expédiée à l'ouest de cette province, cette firme s'est retrouvée avec deux fois trop de gaz naturel par suite, d'une part, des 18 novembre 1978 / QUÉBEC SCIENCE »j Le compagnon du pétrole Au puits de forage, gaz nature! et pétrole jaillissent souvent du même gisement, et les équipements technologiques de base sont presque les mêmes pour les deux formes d'hydrocarbures.contingentements imposés par l'O.N.E.sur les exportations aux États-Unis et, d'autre part, d’une hausse des prix qui a amené une stabilisation des marchés de l’Est et freiné l'augmentation prévue de la consommation.La plupart des quelques centaines de producteurs albertains de gaz naturel ont dû réduire leur production à environ 80 pour cent du volume prévu par leurs contrats et accepter de vendre six milliards de mètres cubes de moins par année pour les années fiscales 1 978-1 979 et 1 979-1980.Autre conséquence de cette réduction de la demande: au moins six usines albertaines de raffinage du gaz ont dû fermer leurs portes.UN RÉSEAU DE PIPELINE Pour que, conformément aux prévisions du livre blanc sur l'énergie, le Québec en vienne à doubler sa consommation de gaz naturel d'ici douze ans, il importeque la majorité du territoire ait accès à ce carburant, ce qui est loin d'être le cas présentement et constitue un des principaux problèmes auxquels il faudra s'attaquer dans un avenir rapproché: le transport du gaz.Celui-ci, on l'a vu plus haut, peut se faire sous formegazeuseparvoie de pipeline et sous forme liquide, via méthanier flottant ou roulant.Si l'on s'en tient aux sources d'approvisionnement actuelles, en provenance de l'Alberta par pipeline, on ne peut d'abord que préconiser une pénétration accrue des franchises desservies par le réseau existant.Déjà à elle seule.Gaz Métropolitain pourrait toucher 50 pour cent des ménages du Québec, 55 pour cent de l'activité de commerce au détail et 60 pour cent de l'activité manufacturière.D'autre part, l'extension du réseau de pipeline permettrait d'avoir accès à des clientèles additionnelles.Deux projets d'extension du réseau de transport de gaz naturel à l'est de Montréal sont présentement en préparation et, comme le soulignait le ministre d'État à l'Énergie du Québec dans son récent mémoire à l'O.N.E., «il y aurait naturellement avantage à ce que le développement des infrastructures de transport au Québec se fasse assez rapidement.afin que le gaz naturel puisse prendre le relais du pétrole.» Le premier de ces projets, celui de la Trans-Canada Pipe-Lines (TCPL), consiste à prolonger le réseau existant de Montréal jusqu'au centre de la zone industrialisée du Québec, passant par Trois-Rivières puis traversant le Saint-Laurent pour mener à Bécancour où on retrouve les usines sidérurgiques de SIDBEC et les centrales nucléaires voisines à Gentilly.Sur ces quelque 210 kilomètres de pipeline de gros calibre, des embranchements en cours de route desserviraient sur une distance totale de 60 kilomètres un certain nombre de municipalités, par exemple, Louiseville, Joliette, Shawini-gan et Grand-Mère.Dans un deuxième temps, le réseau serait prolongé jusqu'à Québec et les réserves québécoises de gaz naturel de Vil leroy et de Saint-Flavien pourraient y être raccordées au besoin.Il a en outre été question, quoique cela ne fasse pas partie du projet de TCPL, d'étendre ce réseau jusqu'à Chicoutimi et même à Sept-îles.Un autre embranchement, à partir de Bécancour, pourrait pourvoir en gaz naturel les municipalités N de la région de l'Estrie.En ce qui a trait à la ville de Québec elle-même, une étude de marché a été déposée au cabinet du ministre concerné il y a peu de temps, y recommandant l'établissement d'un service de distribution de gaz naturel.On peut supposer qu'à partir de ses politiques actuelles, le gouvernement envisagerait la participation à ce réseau de capitaux en provenance à la fois d'un partenaire privé expérimenté, de groupes 1 québécois de financement comme le Mouvement Desjardins et la Caisse de dépôts et des deniers publics.Québec & Maritimes Pipelines, une firme appartenant conjointement à Alberta Gas Trunk Line Limited, de Calgary, et à la corporation fédérale Pétro-Canada, dont le projet n'est pas encore défini mais devrait être soumis à l'O.N.E.dès cet automne, envisage par ailleurs de prolonger le réseau de transport gazier depuis Montréal jusqu'aux provinces de l'Atlantique.Cela lui permettrait de desservir également en cours de route à peu près les mêmes marchés que le projet TCPL.C'est en définitive l'Office national de l'énergie qui décidera lequel des deux projets doit être mis de l'avant et le gouvernement québécois, quoique fort intéressé à la question, ne peut, à l'intérieur des structures confédérales actuelles, que faire des représentations auprès de cet organisme.UN SUPER-PORT POUR SUPER-NAVIRES «On peut cependant d'ores et déjà souligner, lit-on dans l'exposé écrit du Québec présenté en août aux audiences de l'O.N.E.sur le gaz naturel, que, dans son appréciation des projets de prolongation, le Québec attachera la plus grande importance à la localisation sur son territoire d'un terminal méthanier.» Ce port méthanier, qui permettrait d'écouler sur le marché québécois les disponibilités de gaz naturel liquéfié (GNL) en provenance de l'Arctique et éventuellement du marché mondial, on l'a déjà hypothétiquement situé, au cours des dernières années, à Cap-Chat et même à proximité de la ville de Québec.La découverte du réservoir d'entreposage naturel de Parke laisse cependant envisager qu'il devrait logiquement être construit à proximité de cette structure géologique providentielle, c'est-à-dire dans la région de Rivière-du-Loup.C'est là que des navires combinant le volume des grands pétroliers et la force des brise-glace, calorifugés pour maintenir leur cargaison à -165°C, déverseraient le GNL en provenance de la mer de Beaufort et des îles du Roi Christian, dans l'Arctique.Un des problèmes majeurs « QUÉBEC SCIENCE / novembre 1978 19 r 7 La Société québécoise d’initiatives pétrolières fSOQUIPJ, constituée en novembre 1969 par le gouvernement de l’Union nationale, a pour objets: «a) de rechercher, produire, emmagasiner et vendre des hydrocarbures bruts, liquides ou gazeux; «b) de participer au raffinage des hydrocarbures bruts, liquides ou gazeux, à l’emmagasinage, au transport et à la vente d’hydrocarbures raffinés ainsi qu’à la mise en valeur des découvertes d’hydrocarbures faites par d’autres.«Elle a aussi pour objet de s'associer à toute personne ou société pour ces fins.» (Statuts refondus du Québec, chapitre 36.) Pour accomplirces tâches, dont certaines impliquent des investissements considérables, SOQUIP est munie d'un fonds social de 100 millions de dollars divisés en deux millions d'actions de $50 chacune attribuées au ministre des Finances à titre de fonds public.Outre un budget annuel de 7,5 millions de dollars, elle touche 10 millions par année pour une période de cinq ans commençant cette année, en vue d'accélérer ses travaux d'exploration.En plus de ses nombreuses activités d'exploration du sous-sol et des couches sédimentaires sous-marines, lesquelles ont déjà permis les découvertes de trois gisements de gaz naturel sur le territoire québécois, sans compter cet espace d'entreposage qui pourrait être appelé à révolutionner les rapports d'exploitation et de distribution du gaz naturel en Amérique du Nord, SOQUIP détient, depuis 1 975, trois contrats avec le gouvernement de l'Alberta.Ce mandat d'exploration en terre albertaine lui fut confié alors que le gouvernement québécois s'inquiétait, par suite de la pénurie de ressources pétrolières, de l'avenir de sa société sidérurgique, SIDBEC, grande utilisatrice de gaz naturel.SOQUIP exploite donc depuis lors des puits de pétrole albertains qui lui ont procuré, en 1 977, des revenus de production de l'ordre de $500 000.SOQUIP, société «d'initiatives», ne peut justifier d'intervention d'importance là où existent déjà des projets connus de pipelines.Elle ne s'intéresse aux différents projets actuels d'extension du réseau de gazoducs que selon leur proximité des puits qu'elle exploite déjà dans les basses-terres du Saint-Laurent, entre Villeroy et Saint-Hyacinthe.Les 90 personnes qui sont à son emploi s'occupent à la fois de prospection physique et de prospection dans l'avenir afin de fournir au gouvernement du Québec les instruments de travail qui devraient le guider dans l'élaboration de ses politiques pétrolières.On peut prévoir que son orientation possible, au cours des années 1980, comporterait, en outre des fonctions qui lui sont présentement dévolues, le transport massif des hydrocarbures, leur stockage et leur distribution de même que, peut-être, une partie du domaine des énergies redécouvertes (énergie solaire, vent, bois, tourbe, déchets domestiques, etc.).Suivant en cela les instructions gouvernementales, SOQUIP a jusqu'ici concentré ses efforts dans le domaine de la recherche et de l’exploitation des hydrocarbures, un secteur où, selon le livre blanc sur l'Énergie, «elle a acquis une compétence technique reconnue dont H paraît opportun de profiter dans le cadre de l'application de la politique énergétique».tient au fait que la construction d'un seul de ces navires coûterait aux environs de 200 millions de dollars.Dome Petroleum Limited, la compagnie qui a constitué le fer de lance des explorations de la mer de Beaufort, serait sur le point de passer commande en vue de la fabrication de ce qu'elle a appelé des «locomotives marines de l'Arctique» (Arctic Marine Locomotives — AML).Chaque navire mesurerait 1 60 mètres de long et 34 mètres de large et serait actionné par trois turbines au gaz cumulant 110000 kilowatts.Ces vaisseaux, deux fois plus puissants que les brise-glace actuels, serviraient à maintenir ouverte, pendant toute l'année, la voie de l'Arctique.L'Algérie, où on a trouvé plusieurs réserves intéressantes de gaz naturel au cours des dernières années, possède déjà de grands méthaniers équipés pour transporter le GNL, mais ces navires ne pourraient affronter les glaces polaires.Elle entend cependant s'en servir afin de ravitailler l'Amérique du Nord en gaz naturel, à partir d'un super-port méthanier qui serait construit à Lorneville, près de Saint-John, au Nouveau-Brunswick.Ce projet de 700 millions de dollars comporterait la construction d'une usine de regazéification d'une capacité de 2 000 millions de mètres cubes de gaz naturel algérien à Lorneville et d'un gazoduc pouvant transporter ces énormes quantités vers les marchés de la Nouvelle-Angleterre et de l'État de New York.Il a cependant été mis en veilleuse, depuis qu'il a reçu l'approbation de l'O.N.E.canadienne, par suite des hésitations des Américains à s'engager fermement dans cette entreprise conjointe.Reste à savoir si le québec, recevant et entreposant d'énormes quantités de Pipelines et gazoducs Ht.* .m •¦VV .¦ > Les pipelines de pétrole brut, devant transporter des liquides et non des mélanges gazeux sous pression, diffèrent sensiblement des pipelines de gaz naturel, ou gazoducs.Au Canada, le grand gazoduc de Trans-Canada Pipelines permet l'arrivée du gaz albertain jusqu'à Hull et Montréal, et ce depuis 1958 iliiil novembre 1978 / QUÉBEC SCIENCE LES DISTRIBUTEURS AU QUÉBEC Trois réseaux distincts se partagent la distribution du gaz naturel au Québec, chacun constituant un monopole dans le secteur géographique qui lui a été attribué: • à Montréal, Gaz Métropolitain Incorporée, propriété de Northern and Central Gas, lui-même simple groupe des services publics /'«utilities»;/ de Norcen Energy Resources, un holding chapeautant également Cigas, une entreprise d'exploration albertaine; • à Rouyn-Noranda, Gaz Provincial du Nord Incorporée, également propriété de Northern and Central, qui, grâce à un bon rapport de prix, a pénétré près de 50 pour cent du marché résidentiel entre 1966 et 1971; • à Hull, La Société gazifère de Hull, appartenant au grand distributeur torontois.Consumers' Gas.Accordé en 1 957, le territoire d'origine de Gaz Métropolitain Incorporée, dont les activités impliquent 90 pour cent de la distribution totale du gaz naturel au Québec, comprenait alors l'île de Montréal et les localités situées dans un rayon de 25 kilomètres.Il s'étend aujourd'hui d'ouest en est de Saint-Eustache à Marieville et jusqu'à Sorel sur la rive sud, desservant un total de 56 municipalités qui comprenaient quelque 170 000 clients en 1 977, un chiffre en baisse constante depuis 1968 alors qu'on en comptait 207 000.Cette régression, qui touche presque exclusivement le service résidentiel sans chauffage, n'a toutefois que fort peu affecté le total des ventes de la compagnie.63 pour cent de la clientèle de Gaz Métro est constituée de clients résidentiels sans chauffage, 30 pour cent de clients résidentiels avec chauffage, six pour cent d'établissements commerciaux et moins d'un pour cent d'industries.Ce sont cependant ces dernières qui consomment le plus de gaz, soit environ la moitié des 2,2 milliards de mètres cubes vendus par Gaz Métro.À elle seule, SIDBEC, à Contrecœur, consomme près du septième de ce total.Le total des ventes de Gaz Métro en 1 977 lui a valu un profit d'opération de 2,7 millions de dollars comparativement aux 11 millions de l'année précédente.Cette baisse considérable du taux de profit découle d'une perte de revenus de près de 10 millions de dollars consécutive à la fermeture de l'usine de Lasalle Coke, une entreprise annexe de la compagnie qui fabriquait du charbon de houille et qu'elle s'est résignée à fermer par suite des dangers que représentait l'équipement vétuste qui y était encore utilisé.Conformément aux contrats qui la tient à son fournisseur, Trans-Canada Pipe-Lines Limited, Gaz Métro achète plus de gaz naturel qu'elle n'en distribue pendant l'été, bénéficiant du flot continu que permet l'usage du pipeline, et en entrepose 60 millions de mètres cubes en citernes, sous forme liquéfiée pour usage durant les pointes de la demande hivernale.Cela implique, bien entendu, qu'elle dispose d'une usine de liquéfaction et de regazéification.La compagnie pourrait théoriquement en entreposer davantage et avoue rechercher un emplacement souterrain à cette fin.Celui de Parke pourrait lui sembler un peu lointain pour ses besoins actuels, quoiqu'elle envisage d'étendre considérablement ses services dès que sera réalisée l'extension au-delà de Montréal des pipelines existant présentement.À cette fin, Gaz Métro mène d'ailleurs des études de marché en vue de sonder la rentabilité de la distribution du gaz naturel dans les villes de Lachute, Saint-Jérôme, Joliette, Trois-Rivières et Bécancour.Selon la compagnie, certains des revenus provenant de l'exportation de gaz naturel albertain aux États-Unis devraient être utilisés pour subventionner les coûts de l'expansion du marché au Québec.Pour Gilles Barbeau, vice-président et directeur général de l'exploitation et du marketing, le Québec constitue le plus vaste marché de gaz naturel non développé au Canada et, puisque «c'est ici que l'Alberta vendra son gaz, H est normal que ses revenus d'exportation de pétrole aux États-Unis permettent de supporter un tarif de développement à la baisse.» gaz naturel de l'Arctique dans un port méthanier situé près de Parke, serait en mesure d'amorcer la construction d'un pipeline vers les États-Unis et de revendre j le produit aux Américains.Quoi qu'il advienne, c'est par navire qu'il faudra, à court terme, envisager le transport des réserves de gaz naturel de l'Arctique, évaluées à 150 milliards de mètres cubes.En effet, le ministère fédéral de l'Énergie décrétait en janvier dernier, en réponse à Polar Gas qui demandait le droit de construire un pipeline de 6,1 milliards de dollars des îles de l'Arctique aux marchés de l'Est, qu'il n'y avait ' «aucun besoin de pipeline depuis l'Arctique avant 1990 au plus tôt».LE VRAI PROBLÈME: LA COMPÉTIVITÉ Pour le moment cependant, c'est d'Alberta que provient la quasi-totalité du gaz naturel utilisé au Québec et il semble bien que la situation doive demeurer ainsi pendant quelques années encore sauf dans le cas de découvertes étonnantes dans notre sous-sol.Sous ce rapport, les journaux annonçaient à la mi-septembre que le gouvernement albertain s'est déclaré prêt, par la voix de son ministre de l'Énergie, Don Getty, à engager des discussions bilatérales avec le gouvernement québécois en vue d'ententes prévoyant même des approvisionnements à long terme.Messieurs Joron et Getty doivent d'ailleurs se rencontrer prochainement à ce sujet.Le ministre albertain a également laissé entendre qu'il envisageait la négociation d'une ggsr ; Le gaz de ville Mis en place à la fin du siècle dernier, des réseaux de gaz de ville existaient à Montréal, Québec, Sherbrooke, Saint-Hyacinthe et Trois-Rivières.Us assuraient la distribution dans les villes du gaz fabriqué à partir du coke de charbon, d'où le nom de «gaz de ville».L'usine de Québec (notre photo), qui appartenait à t'Hydro-Québec, fut définitivement fermée en 1974.Les réseaux de Saint-Hyacinthe et Trois-Rivières ont aussi été abandonnés.Celui de la ville de Sherbrooke a été converti au gaz propane en 1948 et a été racheté en 1967 par Gaz du Québec, filiale de Northern and Central Gas. QUÉBEC SCIENCE / novembre 1978 21 LA CONVERSION DU GAZ NATUREL La conversion aux unités du système international commence aussi à s'implanter dans le domaine du gaz naturel.Ainsi on prévoit l'utilisation des unités SI dans les systèmes de gestion des affaires en décembre 1978.Pour suivre le mouvement et vous convertir vous aussi au SI, voici quelques données utiles: Un mètre de gaz nature! correspond à 35,3 pieds cubes.Nous consommons actuellement 2,25 milliards de mètres cubes de gaz nature! par année, soit 80 milliards de pieds cubes.On évalue théoriquement les réserves de gaz nature! du Québec entre 14 et 20 milliards de mètres cubes, ou encore entre 500 et 700 milliards de pieds cubes.Le prix du gaz naturel à Montréal est actuellement de $7.24 le cent mètres cubes (ou de $2.05 le mille pieds cubes), à la suite d'une augmentation de $0.53 les cent mètres cubes (ou de $0.15 les mille pieds cubes) consentie par l'O.N.E.aux producteurs albertains.L'énergie calorique produite par un mètre cube de gaz nature! est de 36 000 kilojoules, alors qu'un pied cube produisait 1 000 B.T.U.; nP t P P ,1)1# i0l: fliir forme de financement de l'infrastructure du gazéoduc acheminant le gaz naturel vers le centre du Québec.Rien de plus naturel en somme, puisque c'est l'Alberta d’abord qui en profitera.Le vrai problème demeure cependant celui des prix du gaz naturel sur le marché québécois.C'est à ce niveau en effet que se pose la question essentielle de la compétivité du gaz face à d'autres formes d'énergie et le gouvernement du Québec pense à retirer sa taxe de vente au détail de huit pour cent sur le gaz naturel afin de faciliter la mise en marché.C'est du moins ce que prévoit le livre blanc sur l'énergie sans toutefois préciser le moment où cette suspension prendra effet.Cette taxe québécoise ne constitue cependant qu'un ajout fort marginal au prix du gaz naturel qui a été considérablement haussé face à la pénurie appréhendée de ressources en hydrocarbures, au début des années 70.Cette hausse devait, d'une part, assurer la mise en valeur des nouvelles réserves canadiennes en vue de réduire la dépendance trop forte à l'égard des approvisionnements étrangers et, d'autre part, favoriser la conservation de l'énergie.À $0.49 les 100 mètres cubes en 1972, le gaz naturel, dont le prix a été artificiellement fixé à 85 pour cent du prix du pétrole pour équivalence calorique, est actuellement, pour consommation domestique, de $4.84 à la frontière albertaine, de $7.06 à Toronto et de $7.24 à Montréal.Ces tarifs, en vigueur depuis le premier août dernier, résultent d'une augmentation de $0.53 les cent mètres cubes consentie par l'O.N.E.aux producteurs albertains qui en demandaient une de $0.60.LE MODE DE CHAUFFAGE LE PLUS ÉCONOMIQUE Trans-Canada Pipe-Lines, qui achemine le gaz naturel sur les marchés de l'Est, touche 22 pour cent de cette augmentation pour ses frais detransport, réduisant la hausse à la frontière albertaine à moins de $0.39 les cent mètres cubes, ce qui vaudra quand même à cette province des revenus supplémentaires de l'ordre de 210 millions de dollars.Au niveau du consommateur, l'augmentation résulte en un coût supplémentaire oscillant entre $21 et $29 par année pourceuxqui chauffent leur maison au gaz naturel.Afin de pouvoir comparer les prix du gaz naturel à ceux du pétrole, il importe d'abord de comparer leur énergie calorique (en joules).Si le corps humain produit 316 kilojoules à l'heure, un mètre cube de gaz naturel en produit 36 000 alors qu'un litre d'huile à chauffage numéro 6 en produit 41 775; ce qui revient à dire que 1,16 mètre cube de gaz naturel équivaut à un litre d'huile à chauffage.Dans un mémoire remis le premier septembre dernier à l'Office national de l’énergie, et portant sur La demande et l'approvisionnement de gaz naturel au Canada, la Compagnie pétrolière impériale limitée rapporte que «les prix du gaz au brûleur dans les secteurs résidentiel et commercial sont présentement inférieurs aux prix du pétrole (compte tenu de l'équivalence).» Dans le secteur industriel, précise-t-on plus loin, lesprixdu gaz naturel et du mazout lourd sont comparables.Une enquête pan-canadienne démontrait récemment que le gaz naturel constitue le mode de chauffage d'une maison normale le plus économique, mais elle révélait également que c'est au Québec qu'il en coûte le plus cher pour se chauffer au gaz, $505 par année par rapport à $286 en Alberta.Toujours selon la même enquête, c'est le chauffage à l'huile qui est le plus dispendieux au Québec, atteignant quelque $570 par année alors que lè coût de dépense énergétique d'un chauffage à l'électricité se situe entre $416 et $531 per annum.Pour le ministre Guy Joron, il faudra définir clairement le mécanisme de fixation des prix du gaz afin d'éviter l'incertitude.Dans ce but, il a invité l'O.N.E.à indexer le prix du gaz naturel à 75 pour cent du prix du pétrole pendant une période suffisamment longue pour absorber les coûts liés à la substitution d'une forme d'énergie importée en majeure partie par celle qui est produite localement.Pour sa part, James Baugh, président de la Canadian Petroleum Association, n'hésite pas à avancer qu'il faudra peut-être réduire les prix du gaz naturel de l'Ouest canadien afin d'assurer de nouveaux marchés au Québec et en Ontario.POUR ACCROÎTRE L'AUTONOMIE Des projections à long terme émanant de SOQUIP et fondées sur une recherche sérieuse menée pendant plusieurs mois permettent d'ores et déjà d'établir qu'en dollars courants et en millions de joules, le gaz et le pétrole sont à prix égal à compter de maintenant et le demeureront jusqu'en 1990 au moins, ce prix des hydrocarbures étant sensiblement moins élevé que celui de l'énergie hydro-électrique équivalente.Les projections en question laissent cependant prévoir que les 100 mètres cubes de gaz naturel, qui valent présentement $7.24 sur le marché québécois, passeront à $16.82 en 1990, augmentant au même rythme que l'huile à chauffage.On peut par ailleurs projeter, à partir du rapport annuel de Gaz Métropolitain Incorporée, que le coût total de l'énergie-gaz pour le Québec, qui sera de 170 millions de dollars en 1978, atteindra 850 millions en 1990.Ces prévisions tiennent compte à la fois des augmentations plus ou moins parallèles de la population, du pourcentage de consommation du gaz naturel par rapport aux autres sources d'énergie et des prix de ce carburant.Comme le confirment toutes les sources publiées, la plus grande partie du déficit de la balance commerciale du Québec est fonction de ses importations d'hydrocarbures.Il importe donc que le gouvernement québécois joue convenablement ses cartes en ce domaine, particulièrement s'il entend assurer une autonomie financière relative à son projet d'un État souverain et associé.Dans cette optique, la découverte des grands réservoirs naturels de stockage souterrain de gaz, à Parke, constitue sans doute un atout de première force. 22 FERNAND SEGUIN, PRIX KALINGA 1977 Le vendredi 20 octobre, à l'heure où Québec Science allait sous presse, l'UNESCO annonçait à Paris l'attribution à Fernand Seguin du prix Kalinga, la plus haute distinction pour la vulgarisation scientifique.Fernand Seguin devenait l'égal des Bertrand Russell (prix Kalinga 1 957), Louis de Broglie (1 952), Julian Huxley (1 953), Jean Rostand (1 959), Margaret Mead (1 970), Alexander Oparin et George Porter (ex-æquo, 1976).Un honneur d'une telle distinction constitue l'émouvante reconnaissance d'une oeuvre que nos lecteurs connaissent déjà bien, pour avoir maintes fois écouté Fernand Seguin à la radio et à la télévision.On lira dans les pages qui suivent l'entrevue qu'a réalisée notre collaborateur Gilles Provost avec Fernand Seguin.Plus que jamais, il nous paraissait important de laisser parler notre ami Seguin, défaire le point avec lui.Et sur ce Prix, et sur le rôle de l'information scientifique dans notre société.Mais dans un premier temps, nous avons voulu présenter une carrière qui, toute entière, est vouée à l'information en français et à la science; une carrière qui, sans que Fernand Seguin, dans sa modestie, ne l'ait jamais désiré, est devenue un véritable symbole tant elle a suscité de vocations parmi les jeunes scientifiques.novembre 1978 / QUÉBEC SCIENCE Né à Montréal en 1 922, Fernand Seguin est le sixième d'une famille ouvrière de sept enfants.De 1 929 à 1 937, il fait ses études primaires à l'école Louis-Hippo-lyte-Lafontaine.En 1940, il termine ses études secondaires à l'école supérieure Le Plateau.Il entre alors à la faculté des sciences de l'Université de Montréal où il obtient une licence es-sciences chimiques en 1944 et une maîtrise es-sciences biologiques en 1945.Sa thèse de maîtrise porte sur une méthode de détermination de l'aminopyrine dans le sang; elle lui vaut, la même année, le prix Casgrain-Charbonneau pour le meilleur travail scientifique dans le domaine de la pharmacologie.CHERCHEUR DIX AINS L'intérêt de Fernand Seguin pour la recherche scientifique se manifeste dès 1 943, alors qu'il entreprend des travaux d'été sous la direction du professeur Louis-Paul Dugal, directeur de laboratoire de physiologie générale à l'Institut de biologie de l'Université de Montréal.Ses premières recherches, sur la pharmacologie des sulfamidés, font place ensuite à des travaux d'endocrinologie portant plus spécifiquement sur l'influence de l'hormone mâle dans le métabolisme des protéines.Ces recherches se poursuivent jusqu'en 1 948.En 1 945, il effectue à l'université Northwestern de Chicago un séjour d'études portant sur l'identification des composés organiques.En septembre 1945, il est chargé de cours à la faculté des sciences de l'Université de Montréal.De 1945 à 1948, il donne un cours de biologie et de biochimie cellulaire aux étudiants qui se destinent à la maîtrise es-sciences biologiques.En 1947, il est invité à prononcer quelques causeries de vulgarisation scientifique à Radio-Collège.C'est là que débute sa collaboration avec la Société Radio-Canada, collaboration qui prendra de l'ampleur avec les années et qui s'est poursuivie jusqu'à ce jour à la radio et à la télévision.En 1948, il quitte l'Université de Montréal pour accepter le poste de professeur titulaire à l'École de technologie médicale.C'est ainsi que Fernand Seguin, tout en poursuivant sa carrière d'enseignement, occupe la même année le poste de directeur du laboratoire de biochimie clinique de cet hôpital; ce qui l'incite à poursuivre sa carrière de chercheur, dans le domaine des maladies mentales cette fois.En 1950, il fonde le département de recherches biochimiques à l'hôpital Saint-Jean-de-Dieu.Il se spécialise dans la recherche des causes biologiques de la schizophrénie, ce qui, à l'époque, paraissait quelque peu révolutionnaire.Il met au point une méthode spectrophoto-métrique de diagnostic fondée sur la présence, dans le liquide céphalo-rachi- QUÉBEC SCIENCE / novembre 1978 23 UN PRIX RÉVÉLATEUR Ainsi donc, le Québec aura produit son premier prix «Nobel»: le prix «KALINGA» qui vient d'être attribué à Fernand Seguin constitue en effet l'équivalent d'un prix Nobel de la communication scientifique.Et nous, à QUÉBEC SCIENCE, nous nous réjouissons fortement que pareil prix ait été attribué dans un secteur traditionnellement perçu par les scientifiques dans un sens plutôt préjoratif.Paradoxalement, c'est là que le Québec excelle! Car la course effrénée à l'augmentation de la connaissance humaine, à la conquête du savoir, est réservée à une poignée de cerveaux exceptionnels.Et plus ces cerveaux se spécialisent, plus leurs travaux deviennent hors de portée du commun des mortels.Et plus le savoir appliqué engendre d'instruments sophistiqués, plus le citoyen se trouve démuni devant un ensemble de «boîtes noires» représentant les mécanismes obscurs qui gouvernent son quotidien.Dès lors, l'effort de communication apparaît comme absolument essentiel au débloquage des relations et de la compréhension mutuelle des membres de la micro-société scientifique avec ceux de la société tout court.Il ne s'agit plus seulement de tenter de vulgariser à tous le savoir acquis par certains, mais aussi de tenter d'introduire les préoccupations des citoyens ordinaires dans le processus d'analyse scientifique et, enfin, d'exercer une fonction critique de la société à l’endroit de la science.Trente ans d'efforts constants en ce sens ont marqué la vie, la carrière et la personnalité de ce communicateur génial qu'est Fernand Seguin.Soutenu par Radio-Canada, Fernand Seguin a passé l'essentiel de sa vie à décoder, analyser, triturer, interroger savants et documents au nom d'un public pour qui il était souvent la seule source d'information scientifique.Ce sont ces efforts constants qui ont constitué l'œuvre que l'UNESCO vient de reconnaître et de souligner au monde entier.Fernand Seguin, lui qui concluait lors d'un colloque organisé en février 1977 par l'Association des communicateurs scientifiques du Québec, que «la communication scientifique, tout comme la connaissance, est en soi révolutionnaire», sait bien que le travail ne fait que commencer.Et, nous en sommes persuadés, il n'aura de cesse tant que la démocratisation de la science ne sera pas réalisée.Nos chaleureuses félicitations et toute notre admiration à Fernand Seguin.Jean-Marc Gagnon Directeur dien, de produits de dégradation de l'acide ribonucléique.Il tente également des essais cliniques de traitement biochimique des maladies mentales.Quatre ans plus tard, il doit abandonner ses recherches à la suite de coupures de subventions et parce que la faculté de médecine exigeait qu'il détienne un doctorat en médecine.LE GRAND SAUT L'année 1954 marque donc un point tournant dans la carrière de Fernand Seguin.Face à la quasi-impossibilité de poursuivre sa double carrière de chercheur et d'enseignant, il opte (et c'est presque à contre-cœur, au début) pour la vulgarisation scientifique à la radio et à la télévision.Cest alors le début d'une longue série d'émissions qui marqueront l'émergence d'une curiosité scientifique populaire au Québec et susciteront nombre de vocations de jeunes scientifiques.Son premier public, ce sont les jeunes.La science en pantoufles, pendant la saison 1 954-1 955, offre à l’intention des adolescents un exposé des lois fondamentales de la chimie, de la physique et de la biologie.Les années suivantes, L'œil ouvert, La joie de connaître, La vie qui bat s'adressent au même public et couvrent essentiellement le domaine des sciences naturelles.Ce n’est qu'avec Le roman de la science, 130 émissions de télévision de 1 956 à 1 960, que Fernand Seguin aborde de front le public adulte.Il est vrai que son public des années 50 a alors grandi avec lui et que la soif d'apprendre est fantastique dans cette société québécoise qui, en partie grâce à la télévision, s'ouvre sur le monde.Avec Aux frontières de la science, à la saison 1 960-1961, il se fait reporter sur les recherches de pointe, puis revient sur la science à travers ses acteurs avec L'homme devant la science.L'abord est cependant plus large, plus ouvert sur les grands problèmes (faim, surpopulation, contraception, etc.).Avec Le sel de la semaine, qui dure de 1965 à 1970, cet aspect plus réflexif et plus critique de la science s'approfondit.À la radio, M.Seguin anime depuis 1970 l'émission hebdomadaire La science et vous.De 1975 à 1977, il anime aussi Science Réalité chaque semaine à la télévision.UN HOMME DE CONSCIENCE À la télévision éducative de Radio-Québec, il a signé en 1976 cinq Dossiers Santé de deux heures chacun, en plus de deux émissions d'une heure.Le Médecin imaginaire, à la suite du colloque sur la santé de la revue Critère.En 1977, il a réalisé une émission spéciale de télévision d'une heure sur le cancer, tournée en France, aux États-Unis et au Canada.Résumer une telle carrière, qui touche finalement à tous les aspects de la vulgarisation scientifique, peut sembler fastidieux.Il serait injuste de ne pas signaler que pour le Prix Kalinga 1977, les responsabilités sociales vont de pair avec le rôle réfléchi d'informateur.Membre du Conseil des universités du Québec, du conseil d'administration de l'Institut du cancer ou de celui d'Oxfam, Fernand Seguin tient toujours à exercer ces fonctions en homme de conscience.On se souvient qu'il a démissionné du Conseil des sciences du Canada, en 1976, lorsqu'il s'est trouvé en désaccord profond avec les orientations d'un rapport sur le Canada de l'an 2000.Finalement, il reste que, dans ce cas comme dans d'autres, un rappel du travail accompli est toujours étrangement statique.L'enracinement d'une œuvre, son dynamisme, c'est ce qui compte le plus.Heureusement, quand vous ouvrirez votre récepteur de télévision la semaine prochaine et que vous verrez Fernand Seguin vous expliquer un événement scientifique — clair, précis, modeste —, vous vous direz, comme nous, qu'un Prix Kalinga s'écrit au présent et au futur et que ce n'est, comme le dit l'intéressé lui-même, «qu'une occasion pour aller plus loin».Recherche de Jean Baroux 24 novembre 1978 / QUÉBEC SCIENCE UN CHANTRE DEVENU CRITIQUE «On ne peut plus se contenter de faire l’apologie de la science» m ' ÈF % I par Gilles Provost «Il est fini le temps où j'étais un thuriféraire inconditionnel de la Science, porte-parole de la communauté scientifique et chantre de ses activités.À titre de vulgarisateur scientifique, je me rends compte maintenant qu'il y a autre chose à faire.Le public du Québec est plus averti qu'il ne l'était lors de la naissance de la télévision.(.) On ne peut plus de contenter de faire l'apologie du Progrès et de la Science comme au siècle dernier, alors qu'on pensait pouvoir bientôt créer des cellules vivantes, percer les secrets du cerveau humain et résoudre tous les problèmes de l'humanité.Depuis lors, les chercheurs ont surtout découvert la fantastique complexité de l'univers.Ils ont découvert l'humilité.Ou plutôt non! Obnubilés par leur religion scientifique, contraints par leur intérêt à court terme, les hommes de science font trop rarement acte d'humilité.Ils refusent d'avouer à quel point ils sont démunis, emmurés dans leur spécialisation de plus en plus étroite.(.) La communauté scientifique est aussi gravement irresponsable.Elle refuse d'avouer les retombées néfastes de ses travaux.Et si elle les voit, elle ne fait rien pour les dénoncer.Les triomphes de la Science sont aussi le triomphe de la pollution par les innombrables produits synthétiques et toxiques qui apparaissent sur le marché à chaque semaine.» Pesant soigneusement ses mots mais ne craignant pas pour autant de formuler des jugements très sévères sur l'activité scientifique (qui reste quand même pour lui une véritable passion), Fernand Seguin a consenti à faire le point sur son évolution et sur sa carrière pour Québec Science.Dans son bureau de travail semblable à une bibliothèque publique, au rez-de-chaussée de son logis rustique accroché à la berge abrupte du Richelieu, à Saint-Charles, cet homme souriant et timide, à la fois célèbre et inconnu, simple et fascinant, a répondu à nos questions pendant une demi-journée.Pour ce perpétuel pigiste qui doit travailler dur pour gagner sa croûte, le temps est une denrée rare et précieuse.Mais noblesse oblige.Premier Canadien à remporter le prix Kalinga de l'UNESCO, véritable prix Nobel de la vulgarisation scientifique, Fernand Seguin est aussi le premier lauréatqui ait fait uniquement carrière dans les media électroniques.Lui qui savait si bien interroger les grands hommes pour les amener à «se livrer» devant la caméra a dû accepter de passer de l’autre côté et de parler de lui-même, pour une fois.N'est-il pas une vedette, partageant le podium avec des sommités comme Jean Rostand, Margaret Mead, Bertrand Rus-sel, Julian Huxley, Louis de Broglie ou encore Alexandre Oparin et Fred Hoyle?GRÂCE À RADIO-CANADA «En recevant une telle distinction, je me sens partagé entre trois sentiments principaux, avoue-t-il: d'une part un certain vertige face à un tel honneur, puis un fort sentiment de gratitude à l'égard de Radio-Canada et de tous les administrateurs et les techniciens sans lesquels aucune œuvre audio-visuelle n'est possible et, enfin, le sens d'une responsabilité nouvelle à l'égard de mon public, en raison de l'influence accrue que je pourrai peut-être avoir.» Embarrassé d'avoir à expliciter ses sentiments, il laisse errer ses yeux à travers la porte-patio, sur un méandre du Richelieu tout proche.«Je viens d’une famille humble, prolétaire, explique-t-il finalement.Mon père, électricien, avait vu le jour en France, dans une maison du Poitou au plancher en terre battue et il n'avait que trois ans lorsque sa famille vint s'établir au Canada.Pendant la crise économique de 1 939, nous vivions sur la rue Saint-André, à Montréal.Ma mère a travaillé longtemps dans une manufacture.J'étais le sixième d'une famille de sept enfants et la vie n'était pas toujours rose.Évidemment, mes parents n'avaient pas les moyens de me payer un cours classique et j'ai dû m'orienter plutôt vers le cours primaire supérieur.Au moment d'entrer à l'université, j'ai dû me contenter de la seule faculté qui n'exigeait pas de baccalauréat.Ensuitej'ai dûabandon-ner successivement mes deux grandes passions, l'enseignement et la recherche scientifique: aux yeux des Autorités, je ne pouvais pas faire un bon travail, n'étant pas docteur en médecine.J'ai poursuivi ces mêmes ambitions sous l'angle de la vulgarisation scientifique à force d'un travail incessant.Alors, maintenant je me retrouve brusquement sur un pied d'égalité avec un groupe d'hommes et de femmes que j'ai toujours admirés et qui fj sont reconnus à travers le monde.C'est assez émouvant.Je me dis aussi que c'est peut-être une douce vengeance pour la petite société soumise et colonisée où je suis venu au monde.Nous qu'on disait nés pour un petit pain, on n'est pas si bêtes que ça!» Aussitôt après avoir ainsi parlé un peu de lui, il souligne très longuement le QUÉBEC SCIENCE / novembre 1978 25 CM "I Radio-Canada II, t.• Au début des années 50, l'émission La 1,11 ; ' Science en pantoufles qu'animait Fer-''P- nand Seguin avec Marc Favreau, néces-eii i sitait toute une mise en scène.leol" caractère collectif de son travail.«Les autres lauréats du prix Kalinga, jusqu'à maintenant, ont été honorés pour leur œuvre écrite, essentiellement individuelle.Moi, au contraire, je n'aurais rien pu faire si Radio-Canada n'avait décidé, surtout pendant les années 50, d'inscrire de telles émissions scientifiques à son horaire.C'est ce qui a rendu ma carrière possible.Il y a eu là un effort culturel unique au monde par rapport à notre population On n'a aucun exemple d'un autre réseau de radio-télévision qui ait investi systématiquement autant d'efforts dans l'éducation populaire.Je pense ici non seulement à l'information scientifique mais aussi aux émissions pour enfants qui se sont multipliées dès 1 954.Ça n'a pas été facile.Il a fallu se battre.Mais au bout du compte, ils ont dit oui.Lors des débuts du réseau français de Radio-Canada, quand j'ai moi-même commencé, on sentait cette ambition defairequelque chose d'exceptionnel.Il y avait chez la plupart des dirigeants une volonté d'éducation populaire, un désir d'ouvrir notre société au monde extérieur.Ce furent les belles années de la télévision.C'est sans doute pourquoi son influence a été si décisive.La création de Radicx-Canada a sans doute été l'événement le plus important de l’histoire du Québec depuis Jacques Cartier.C'est toute une société qui s'est ouverte au monde moderne.» «Malheureusement, poursuit-il, cet esprit ne s'est pas maintenu pendant les années 60.On avait alors une réserve d'émissions et le publics'était renouvelé.La production originale a donc fait place à la rediffusion des émissions déjà en boîte.Cette mutation correspond aussi à la naissance de Télé-Métropole et, par le fait même, à la perte du public captif de Radio-Canada.La Société d'État s'est mise à jouer la carte des «ratings», oubliant qu'elle était un investissement collectif et non pas une entreprise commerciale.(.) Sans vouloir faire de per- sonnalités, je pense que ceux qui sont maintenant responsables de la télévision (publique ou privée) ont une conception fort méprisante du «peuple» ou de la «masse».Sous prétexte de plaire, on préjuge de son public.On décide à l'avance que l'information scientifique, par exemple, n'est pas intéressante.Pourtant, l'expérience démontre que rien n'est plus faux.C'est le genre de sujets dont le putilic n'est jamais rassasié.Si on lui en donne, il s'y intéresse et en demande encore plus.On doit satisfaire la curiosité du public et l'alimenter en même temps.La science et la technique ont tellement de retombées sur la vie de tous les jours que la vulgarisation est une donnée absolument essentielle à la vie moderne.» DE L'APOLOGIE A LA CRITIQUE Fernand Seguin se sent aussi extrêmement responsable à l'égard de «son public», de ce public qui l'a écouté avec ferveur et qui a «mordu» à son message: «Jamais je n'aurais pu faire ce que j'ai fait s'il n'y avait eu une réponse enthousiaste dans toutes les couches de la société et surtout parmi les jeunes, souligne-t-il.Sans cette soif de connaissances, jamais je n'aurais obtenu le prix Kalinga.Maintenant, mes auditeurs ont pris de la maturité.Ils se sont éveillés aux grands problèmes comme l'écologie ou le nucléaire et je dois suivre leur évolution en leur donnant une nourriture plus substantielle.Je dois passer de l'apologie à une analyse plus critique du rôle de la science.Je dois utiliser le surcroît de crédibilité que peut me donner le prix Kalinga pour éveiller aussi aux dangers de la science, pour aider la société à ne pas se laisser dominer par la technique.Cette dernière n'est qu’un outil et elle doit être subordonnée aux priorités sociétales.» «Dans les années 50, j'ai moi-même adopté une attitude triomphaliste à l'égard de la science, reconnaît-il.Il fallait montrer son importance, éveiller les jeunes à la curiosité scientifique et à la méthode.La science paraissait encore voguer de triomphe en triomphe et je cherchais à exalter les grands savants pour éveiller chez nous des vocations semblables.Le public répondait d'ailleurs merveilleusement.Je recevais à l'époque de 200 à 300 lettres par semaine.De nos jours, une émission a rencontré un succès phénoménal si elle suscite une trentaine de lettres.Ma correspondance était passablement stéréotypée.On y disait par exemple: «M.Seguin, j'ai 16 ans.J’ai bien aimé votre émission sur Pasteur.J'aurais le goût de faire des sciences et d'entreprendre des recherches en biologie.Quedevrais-jefaire?Où devrais-je m'adresser?» J'ai eu une autre confirmation de l'impact de mes émissions en 1 964, lorsque j'ai repris contact avec les universités pour préparer l'Expo 67.À ma grande surprise, quatre étudiants sur cinq s'étaient inscrits à la faculté des sciences parce qu'ils avaient été éveillés au départ par la télévision.En somme, il m'a fallu créer un climat favorable à l'activité scientifique, climat qui n'existait absolument pas.» D'ailleurs, lui-même avoue qu'il a été fasciné dès son jeune âge par l'activité scientifique et il dit garder encore la nostalgie de la recherche.Probablement qu'il se laisserait même tenter si un jour on lui offrait de s'intégrer dans une équipe de chercheurs, surtout s'il s'agissait d'explorer un domaine qui fait encore froncer les sourcils de l'«establishment» scientifique! «La science est une religion qui cherche constamment à conserver son orthodoxie, souligne-t-il avec une pointe d'humour.On y trouve des chapelles et des modes.L'histoire enseigne que la plupart des découvertes scientifiques marquantes ont été faites par des «hétérodoxes» en butte à l'hostilité de leurs collègues.» Lui-même se souvient aussi avec nostalgie de l'époque où il venait de créer le département de la recherche à l'hôpital Saint-Jean-de-Dieu et où il espérait démontrer que plusieurs maladies mentales ont des causes biologiques comme la plupart des autres maladies.«Cela m'a fait bien plaisir de lire dans Le Devoir, il y a quelques mois, qu'on traite maintenant la schizophrénie en épurant le sang des malades à l'aide d'un rein artificiel», avoue-t-il.LA RELIGION ET LES IRRESPONSABLES Tout en confessant sa fascination persistante pour la recherche scientifique et tout en regrettant l'époque où il a tâté de l'activité de chercheur avec un maigre budget de $600 par année (jusqu'à ce que la faculté de médecine n'annexe son laboratoire et le mette à la porte sous prétexte qu'il n'était pas médecin), Fernand Seguin est maintenant féroce dans ses critiques de l'activité scientifique moderne.«Les chercheurs, dit-il, refusent de remettre en cause leur «religion».La communauté scientifique, dans sa quête perpétuelle de subventions, tente de faire que tout ce qui sort de la science est forcément bon.C'est de la propagande pure et simple.Le public est bombardé d'informations sur de prétendus «miracles» de la science mais il entend rarement une analyse critique de ces activités.Il y a un siècle, Berthelot croyait bientôt être en mesure de fabriquer une cellule vivante.Maintenant, on doit constater que la complexité de la Vie est de très très loin supérieure à tout ce qu'on avait prévu.À part quelques succès partiels, le vingtième siècle a surtout découvert à quel point la réalité est complexe.On est loin de l'optimisme d'antan mais bien peu 26 novembre 1 y /o / UUtbtü SCIENCE - - y^j/ de chercheurs oseraient l'avouer.Les hommes de science sont condamnés à se spécialiser chaque jour davantage, à tel point qu'ils perdent de vue l'ensemble de leur domaine.Finalement, on assiste à un dialogue de sourds où chaque chercheur ne peut communiquer vraiment qu'avec ceux qui travaillent sur le même problème et dans la même optique.L'étude du cerveau est un excellent exemple de ce phénomène.La neurochimie et les neurotransmetteurs mettent en jeu des phénomènes d'une complexité effroyable, à tel point qu'on peut se demander s'il est possible de les comprendre vraiment.Les mathématiciens ont déjà démontré qu'il est impossible qu'un ordinateur, aussi perfectionné soit-il, puisse emmagasiner assez d'information pour se «connaître» lui-même.Peut-être en est-il de même pour le cerveau humain?Telle est en tout cas la conclusion provisoire d'un scénario de film que je prépare présentement sur le cerveau.» «Même si la connaissance scientifique n'est qu'une approximation toute relative de la réalité, un miroir déformant en quelque sorte, les hommes de science s'offusquent quand les vulgarisateurs ne transmettent pas les moindres nuances de leurs propos.Plus grave encore, ils désirent avant tout des propagandistes, des thuriféraires qui feraient leur publicité sans jamais les critiquer.Une telle attitude ne peut pas durer longtemps.Tout se passe comme si la remise en question d'une découverte équivalait à mettre en cause les chercheurs eux-mêmes.Tout cela aboutit à une irresponsabilité foncière de la communauté scientifique qui fait le jeu des grandes entreprises à la recherche d'un profit toujours plus important.Par exemple, on assiste à une conspiration du silence à propos des substances organiques qui contiennent du chlore, du fluor ou un autre halogène.Il est de notoriété publique que tous ces produits, inconnus dans la nature, sont toxiques.Or, la grande industrie passe son temps à en introduire de nouveaux sur le marché sans se soucier des catastrophes probables.Tout au plus mani-feste-t-on un certain malaise si des effets nocifs viennent à se manifester.C'est le triomphe des toxiques et non pas de la science! Pour l'industrie, l'information scientifique n'est qu'une facette du marketing, un moyen d'inciter le public à acheter ses produits.ou à les tolérer.» FAIRE RÉFLÉCHIR AVANT TOUT «Face à la question nucléaire ou au problème écologique, il n'y a d'autre solution qu'une réflexion en profondeur sur nos priorités sociales, sur notre société de consommation.Il faut mettre fin à l'agression du milieu ambiant mêmesi cela ne sera pas facile.Toute la publicité nous conditionne à penser que le confort est la valeur suprême du progrès.C'est ainsi qu'on va utiliser des tonnes de détergents même si du savon ordinaire serait beaucoup moins néfaste pour les cours d'eau.Pour faire cesser cette agression, il faudrait une grande prise de conscience.Il faudrait aussi renoncer en partie au mythe du progrès et de la croissance économique.Sans cela, on va à la catastrophe.Malheureusement, cette dernière approche lentement et progressivement.La prise de conscience pourrait bien venir trop tard.J'avoue que je suis pessimiste .même si on sent un certain réveil.On affirme souvent qu'une société de conservation ne pourrait fournir assez d'emplois.Pourtant, les études démontrent qu'une transition graduelle serait réalisable.Des emplois nouveaux seraient créés, qui remplaceraient ceux qui disparaissent.Il y aurait peut-être moins de vendeurs d'autos et de réfrigérateurs mais il y aurait plus de réparateurs.Pour l'instant, notre société semble aller dans une voie différente, à mesure que se multiplient les instruments à usage unique, jetables après usage, et que disparaissent des métiers comme celui de cordonnier.» «Pourtant, reconnaît-il en même temps, un véritable débat de fond semble devoir s'établir autour de l'option nucléaire.Il y a dix ans, personne n'aurait bougé.Maintenant, la pression publique se fait sentir avec assez de force pour que les politiciens parlent d'organiser un referendum.Parce que le public a reçu une certaine quantité d'information pertinente, il se demande s'il a vraiment besoin du nucléaire.Il commence à réfléchir aux objectifs de la société dans laquelle il vit.On peut se poser des questions similaires à l'égard de beaucoup d'autres activités scientifiques qui absorbent des budgets importants.Par exemple, il est question que la micro-électronique et la production en série de microprocesseurs permettent bientôt à chaque ménage de posséder son propre ordinateur qui pourrait organiser le budget et contrôler le fonctionnement de tous les appareils électro-ménagers.Avons-nous besoin de cela?N'est-ce pas un nouveau «gadget» inutile qui n'enrichit aucunement le vrai sens de l'activité humaine?» pli 411 h in én coi jia lis ds ip inli M SCI « ici èl sis «si iiji 08 M fa tîl les si» l’n SOI «a: fa fa «« «s Sü[ tOi; Ni fa il %: QUÉBEC SCIENCE / novembre 1978 27 «li; )mj:: ‘P*:; io« iloné.1 Wies I '*1-| inéirül pot: i ec«r: I ès.Cé| mes J »il»-pou a ei ta ipiKi oncsi ilettK mwa il, ta | pirçe ipoim eiesj luefi esoca «ISS les* iseK liiiid noiid ipuî^ a «si* elÿ meti*- leltfî ileW éa»e je.»' aiisfr espt’ iieniis' teit?’ iie,îs a Je chiis: elle*'' (mile” atii';î itflii?pyeS:- ip# jfllS f; to#; 3PPî,i: jesfl'»’ ^afr Dans ce contexte, M.Seguin avoue ne plus être intéressé à participer maintenant à des émissions scientifiques où l’on se contenterait, comme autrefois, de «montrer des choses» aux gens.«Je suis bien plus intéressé à faire réfléchir qu'à émerveiller», précise-t-il.C'est d'ailleurs pourquoi il a refusé de participer à des émissions comme Science Réalité dont il conteste le ton trop apologétique, la trop grande «glamorisation» de la science.Par contre, il a accepté de participer occasionnellement à l’émission d'information Ce Soir, lorsque l'actualité le justifie.À ses yeux, il faut justement que la dimension scientifique soit intégrée aux autres aspects de la vie et qu'elle sorte de l'espèce de ghetto où les media ont tendance à la reléguer.En vertu de la même philosophie, certains des rares chroniqueurs scientifiques québécois ont refusé de prendre en charge une page particulière, préférant que leurs écrits soient disséminés parmi les autres informations quotidiennes, selon leur mérite et leur intérêt.Il lui paraît d'ailleurs essentiel de multiplier les informations à caractère scientifique et technique dans tous les media d'information, des grands quotidiens jusqu'aux hebdomadaires de quartier en passant par les postes de radio et de télévision.«C'est toute une dimension de l'actualité qui est presque passée sous silence dans l'information actuelle,» dit-il.CRÉER OU DISPARAITRE Il souligne la nécessité d'insister davantage sur l'information scientifique, de créer des emplois dans ce domaine et de former des journalistes versés à la fois dans les techniques de la communication et dans les sujets scientifiques: «C'est un métier difficile qui demande beaucoup de travail, reconnaît-il.Il faut vraiment comprendre la matière à transmettre, dégager les éléments essentiels à la compréhension et faire le lien avec l'expérience de l'auditeur ou du lecteur.Une formation scientifique peut évidemment être utile mais il suffit souvent que le journaliste s'intéresse au sujet et qu'il accepte de toujours se perfectionner.Il faut aussi un esprit de synthèse, pour passer sans problème d'une discipline à l'autre.C'est un défi continuel.En même temps, c'est assez fascinant.Pour ma part, je lis énormément de revues scientifiques pour me tenir à date de l'actualité.Ce sont surtout des magazines de publications originales ou de très haute vulgarisation comme Science, Nature, New Scientist.À partir de ce bagage, je choisis des sujets intéressants et j'improvise mes commentaires ou mes explications devant le micro.En un sens, c'est un peu une ouverture sur l'étranger parceque la portion québécoise des découvertes mondiales est infime, de l’ordre de la moitié de un pour cent.Le journaliste scientifique qui œuvre au Québec doit absolument être A chacune de ses émissions L'Homme devant la Science, Fernand Seguin rencontrait des scientifiques de renom tels que Jean Rostand (qui a aussi reçu le prix Kalinga) et René Lavocat.Et au cours de l'émission Le sel de la semaine, H interviewait des personnalités autant du milieu artistique, comme Juliette Gréco (notre photo), Henry Miller, Miche! Simon, que du monde scientifique comme Adrien Pou Hot.bilingue puisque la plupart des communications scientifiques internationales se font en anglais.» «Malgré tout, conclut-il, ce problème linguistique peut aussi être un avantage.C'est sans doute pourquoi, malgré toutes nos carences, il se fait beaucoup plus d'information scientifique originale au Québec qu'au Canada anglais.La comparaison entre les deux réseaux de télévision est éclairante à ce sujet: au Québec, l'information scientifique a reçu un traitement de choix dès le départ (même si cela a baissé par la suite) tandis que, du côté anglophone, il y a à peine trois ou quatre ans qu'on commence à s'y intéresser avec la présence de David Suzuki qui y fait à peu près le même travail que moi.Les anglophones n'ont qu’à utiliser ce qui s'écrit aux États-Unis ou à le recopier servilement dans leurs journaux.Cela a tué toute créativité.Chez nous, la barrière linguistique fait disparaître l'obstacle de la concurrence et nous oblige à être originaux.Nous devons absolument adapter l'information ou l'inventer.Finalement, d'un point de vue culturel, on peut dire que nous sommes en meilleure position que les anglophones: nous devons absolument créer sous peine de ne rien avoir.» novembre 1978 / QUÉBEC SCIENCE par Luc Chartrand Vers l'an 1020 après Jésus-Christ, un groupe de pèlerins arrive à Rome.Parmi eux, se trouve unefemmed'origineScandinave qui a parcouru l'Europe à pied avant d'en arriver à ladite ville.Rien de très particulier à cela — nombre de pèlerins faisaient de même à cette époque — si ce n'est que cette femme, du nom de Gudrid, est la mèredu premier Américain d'origine européenne, un jeune Viking s'appelant Snorri.Cela n'a rien de la légende.Gudrid fut une personnalité assez importante au sein de la communauté viking du Groenland pour que l'on puisse retracer avec certitude les grandes lignes de son existence.Les Vikings sont venus en Amérique, cela ne fait plus de doute.Nous savons même qui étaient les principaux personnages qui faisaient partie des expéditions et vers quelle année ils ont fait leurs voyages.Le grand mystère reste à savoir où ils ont accosté et ce qu'ils cherchaient chez nous.LES HELLS-ANGELS DU MOYEN-ÀGE L'image que nous nous faisons des Vikings est souvent faussée.L'histoire nous les a présentés comme des violeurs et des pillards sanguinaires.Étaient-ils vraiment ces Hells-Angels du temps de la chevalerie?C’est ce qu'on est parfois porté à croire mais il ne faut pas oublier que toute l’information que nous avons reçue sur leur compte nous a été transmise par ceux qui ont été massacrés par eux.En fait, il est probable qu'on ne rigolait pas avec ces gens-là.Mieux valait les compter parmi ses amis.Mais si malcommodes furent-ils, leur principale activité était le commerce.Pour comprendre un peu les intérêts qui amenèrent les Norrois à venir coloniser l'Amérique, il faut se replacer dans le contexte qui donna naissance à la civilisation viking et à son empire commercial.La chute de l'empire romain bouleverse la carte de l'Europe.Après les invasions barbares, un nouvel empire chrétien se forme en Europe occidentale sous la direction de Charlemagne.Le monde Scandinave qui avait vécu en vase clos pendant l'Antiquité se voit maintenant atteint par les nouvelles routes commerciales qui traversent l'Europe via le Rhin et la Hollande.Par ailleurs, la Scandinavie connaît une explosion démographique qui la force à accroître considérablement Nord vont donc, par la force des choses, sortir de chez eux.Mais pas de n'importe quelle façon: sur des «Knarrs» et des «drakkars».parable à l'époque (et peu égalée aujour- A IA RECHERCHE DU PAYS DU VIN Les sagas des Vikings gardent leurs secrets QUÉBEC SCIENCE / novembre 1978 une marge de manœuvre fantastique.Le drakkar, qui peut naviguer dans 85 centimètres d'eau, remonte à peu près n'importe quel fleuve.Les conditions sont donc réunies pour que les Scandinaves fassent une entrée remarquée sur la scène européenne.En 793, ils frappent.L'île Sainte est pillée et des moines sont massacrés.Bientôt, une prière s'élève dans toute l'Europe: «De furore norman-norum, libéra nos domine» (De la fureur des Normands, délivre-nous Seigneur).Leur activité belliqueuse n'était cependant qu'un à-côté de leur expansion commerciale.Celle-ci fut formidable.Vers Lan 1000, on les retrouve aussi bien à Jérusalem que dans la mer Caspienne ou en Islande.Les Suédois, qu'on appelle à l'époque les Rouss, envahissent la Russie et y laissent leur nom.Ils atteignent Constantinople où l'empereur les engage pour en faire sa garde personnelle.Les Danois, pour leur part, envahissent l'Europe de l'Ouest tant par la Méditerranée que par l'Atlantique tandis que les Norvégiens deviennent maîtres d'une partie des îles britanniques et, graduellement, progressent dans l'Atlantique nord.Des Orcades et des îles Shetland, ils se rendront à l’archipel des Feroés, puis en Islande où ils établiront une colonie importante vers 870.Cette percée vers les îles de l'Atlantique découle de la recherche constante de nouveaux territoires de chasse et de pêche.La fourrure notamment est l'une des principales denrées d'échange des Scandinaves, si bien que dès le 9ième siècle, on peut trouver des peaux de castor au Moyen-Orient.Le besoin de plus en plus grand de terres cultivables, à la suite de l'expansion démographique viking, amène aussi les gens à immigrer vers les nouvelles contrées.La colonisation de l'Islande fut assez rapide.En Norvège, le régime sévère du roi Harald (860-930) provoqua le départ de nombreux colons.Entre 874 et 930, on estime qu'une population de près de 30 000 habitants s'était développée sur l'île.Au milieu du lOième siècle, les terres cultivables s'y faisaient déjà rares.TERRE VERTE: UNI NOM BIEN TROMPEUR C'est à Éric le Rouge, un Norvégien à la vie mouvementée, que revient l'honneur d'avoir découvert le Groenland.Mêlé à une histoire de meurtre, il doit s'enfuir de la Norvège en 860 par crainte de représailles.On le retrouve donc en Islande mais, là encore, il s'accorde mal avec certains de ses concitoyens et, à la suite d’une dispute, il est banni pour une période de trois ans.Il profite donc de ce congé forcé pour aller se balader en mer.Un ami lui avait déjà dit avoir aperçu une terre en naviguant à l'ouest de l'Islande.Éric décide alors de tenter sa chance de ce côté.Lorsqu'il atteint le Groenland, il y trouve un pays plutôt glacial et désertique mais l'occasion de quitter une Islande surpeuplée paraît unique.Éric décide de rentrer en Islande pour y organiser une expédition de colonisation.Ayant de toute évidence les qualités requises pour devenir un bon agent de promotion touristique, il baptise le coin Groenland, (la Terre Verte), «parce que, dit-il, les gens seront attirés si le pays a un beau nom.» En 986, 25 bateaux quittent donc l'Islande à destination de la nouvelle colonie, emmenant près de 500 personnes, du bétail et des outils.Le voyage n'est pas facile: 14 navires arrivent à destination, les autres ayant coulé ou simplement rebroussé chemin.Deux établissements sont fondés, Brattahlid et Hvalsey.L'un perdurera jusqu'en 1342et l'autre jusqu'à la seconde moitié du 1 5ième siècle.Rapidement, le Groenland devait devenir indépendant sur le plan économique.Les rapports avec l'Europe s'affaiblissent mais ne cessent jamais tout à fait.La distance entre cette nouvelle colonie et l'Amérique n'était pas plus grande 29 que celle qui la séparait de l'Islande.Il fallait bien qu'un jour quelqu'un la franchisse.DANS LES JOURNAUX D'IL Y A 1 000 ANS Les hypothèses voulant que les Vikings aient été les premiers à fouler le sol américain sont apparues avec la découverte des sagas en Islande.Les sagas étaient des genres de journaux oraux, transmis à l'intérieur d'une même famille et destinés à glorifier le passé des ancêtres.On a retrouvé deux sagas qui relatent l'expédition, la découverte et les essais de colonisation du Vinland.Celles-ci concordent avec une remarquable précision sur plusieurs points du récit.Par contre, d'autres points cruciaux demeurent fort discordants.Cela ne doit pas surprendre car les sagas ont été mises sur papier longtemps après les fameux voyages et leur but étant celui de glorifier, on ne peut s'attendre à y trouver un souci de précision cartographique.Des deux sagas retrouvées, celle d'Éric le Rouge et celle des Groenlandais, la seconde est généralement considérée comme la plus fiable.Elle fut écrite peu avant l'an 1200 après Jésus-Christ.Selon cette source, le premier Européen à apercevoir le continent américain s'appelait Bjarni Herjulfsson, un marchand islandais.Un jour, lorsqu'il tentait de gagner le Groenland, son navire fut surpris par une violente tempête et entraîné vers l'ouest.Après avoir dérivé pendant plusieurs jours, il aperçut une terre.Il savait qu'il ne pouvait s'agir du Groenland.Malheureusement pour lui, Bjarni ne comprit pas l'occasion qui lui était offerte de passer à la postérité et ne crut pas utile de débarquer.Son souci était de regagner le Groenland.Il mit donc le cap vers le nord en espérant rentrer chez lui.Il devait mettre neuf jours de navigation avant de regagner la colonie groenlandaise.Pendant son retour, il distingua deux autres terres à l'ouest.Le récit de cette étrange aventure enthousiasma Leif Eriksson, le fils d'Éric le Rouge.Celui-ci décida d'aller y voir de plus près: il acheta le bateau de Bjarni et organisa une expédition.Vers Lan 1000, Leif et son équipage de 35 hommes entreprenaient de suivre à rebours le tracé de Bjarni.Après avoir traversé le détroit de Davis, l'expédition apercevait la dernière terre découverte par Bjarni.Ils n'y trouvèrent qu'un paysage désolé de roches et de glaciers.Ils nommèrent ce lieu Helluland, (Terre des pierres plates).Aujourd'hui, nous sommes à peu près certains qu'il s'agissait de la Terre de Baffin.Les sagas rapportent que l'expédition poussa ensuite vers le sud où elle aperçut une seconde terre.Celle-ci était plate, bordée de plages sablonneuses et cou- 30 novembre 1978 / QUÉBEC SCIENCE Patrick Plumet fiCTÀ' -S’ ! ' .«t ' .•.;•’•?'É;' ê-y f S.à'tr* < y^: ir-: t Àafe’;^2É >T> ' Vi' .‘f’f V .t * ./'T' ¦œJl* *5^._ 5W; Un objet de controverse Cet artefact trouvé dans fUngava est, selon Thomas Lee, la représentation du «marteau de Thor».La plupart des archéologues attribuent cependant Tobjet aux paléo-Esquimaux.verte de forêts.On la nomma donc Mark-land (Terre de la Forêt).La description porte à croire que les aventuriers se trouvaient près de l’embouchure de la rivière de l'Aigle sur la côte du Labrador, plus précisément au Cap Porcupine.C'est le seul endroit qui peut correspondre au récit si l'on suppose que le nombre rapporté de jours navigués est exact.Par contre, comme le paysage ne correspondait pas à la description que Bjarni Fler-julfsson avait faite de la première terre qu'il avait vue, le navire viking continua sa descente vers le sud.Une autre terre leur apparut alors; devant la rive, en direction nord, se trouvait une île.LA TERRE DU VIN Les hommes de Leif débarquèrent et, comme l'endroit leur plut, ils décidèrent d'y construire des maisons et d'y passer l’hiver.L’endroit avait beaucoup d'attrait pour des hommes habitués aux rigueurs de la toundra groenlandaise.Le climat était plus doux, on y trouvait beaucoup d'arbres et du saumon en abondance.Mais de toutes les qualités, celle qui impressionna le plus Leif et ses hommes était la présence de raisin sauvage.Pour cette raison, le pays fut baptisé Vinland, la Terre du Vin.Une fois l'hiver passé, l'équipage rentra au Groenland avec un chargement de bois et de vin.Fort impressionné, le frère de Lief, Thorvald, organisa lui aussi une expédition et se rendit jusqu'au Vinland.Il fut cependant blessé mortellement au cours d'une bataille avec les autochtones (que l'on nommait les «Skraelings»), On l'enterra sur place à la façon chrétienne.Entre l'an 1003 et l'an 1023, une tentative de colonisation du Vinland fut effectuée: 60 personnes, conduites par le capitaine norvégien Karlsefni, s'embarquèrent avec tout le nécessaire pour l'établissement d'un camp permanent, bestiaux, outils, etc.C'est au cours de ce voyage que naquit Snorri, premier Américain d'origine européenne.Les sagas rapportent que l'établissement dura trois ans mais qu'à la fin, la guerre éclata avec les autochtones.Après une bataille particulièrement sanglante, la colonie fut abandonnée.Les sagas ne mentionnent qu'une seule autre expédition à destination du Vinland.Celle-ci fut menée par la demi-sœur de Leif et de Thorvald, Freydis, fille d'Éric le Rouge.Elle se rendit au Vinland mais n’y resta pas longtemps.L'histoire du Vinland s'arrête là.Y a-t-il eu d'autres voyages?Y a-t-il eu une véritable colonie permanente?Quelle est la part de vérité contenue dans les sagas?À partir d'ici, les indices sont très minces.On croit que la coupe du bois continua pendant longtemps au Markland, mais rien n'indique que les Vikings y eurent un établissement permanent.LA NOUVELLE ATLANTIDE La passion du public pour l'épopée viking débuta à la première moitié du 19ième siècle lorsqu'un éditeur Scandinave publia les sagas islandaises se rapportant à la découverte de l'Amérique.Depuis ce temps, on a découvert des Vinland un peu partout, du Labrador à la Floride, et même.au Minnesota! Dès qu'un quidam trouvait une pierre portant quelque «inscription» ou gravure douteuse, on clamait aussitôt avoir découvert l'emplacement de la célèbre colonie.Les Bostonnais ont élevé une statue à Leif Eriksson où il est mentionné qu'il posa pied en Amérique pour la première fois à quelques pas de la ville.On ne compte plus les petits villages de la côte américaine commençant leur histoire par «Leif Eriksson est venu ici en l'an 1000».Comme le fait remarquer Patrick Plumet, archéologue à l'Université du Québec à Montréal, «c'est l'abondance de preuves qui devient suspecte.C'est un peu le même phénomène qui se produit lorsqu'on attribue tout ce qu'on ne peut expliquer aux Martiens.C'est beaucoup plus facile de dire «ce sont les Martiens» que d'essayer de comprendre ce qui s'est passé ou de reconnaître modestement notre ignorance.» Une des «preuves» les plus souvent avancées pour localiser le Vinland en Nouvelle-Angleterre était la fameuse tour de Newport.Des vestiges d'une tour ont été trouvés près de la mer et, incapable d'en expliquer l'origine, on s'empressa de l'attribuer aux Vikings.Aujourd'hui, il est démontré qu'il ne s'agit que d'un ancien moulin érigé là par le gouverneur du Rhode Island en 1675.En fait, de toutes les pierres «runi-ques» (portant des inscriptions écrites dans l'ancienne languescandinave)trou-vées en Amérique, aucune n'a résisté à l'enquête approfondie des spécialistes. QUÉBEC SCIENCE / novembre 1978 Patrick Plumet, qui a examiné la pierre de Popham Beach sur laquelle on disait avoir trouvé une telle inscription norroise, fait remarquer qu'«elle ne porte que de vagues stries glaciaires qui témoigneraient tout aussi bien en faveur des Minoens, des Phéniciens que des Martiens!» DES PREUVES FAITES SUR MESURE La plus connue de ces pierres est sans doute celle de Kensington, qui identifiait j le passage des Vikings dans cette ville du Minnesota en 1 362.Trouvée en 1 898 par un fermier du nom de Olaf Ohmen (natif | de Suède), cette pierre de 90 kilogrammes portait une inscription runique écrite en une sorte de jargon suédois.La découverte sema la consternation et intrigua les milieux scientifiques pendant un certain temps.Un mot cependant devait trahir le farceur.On y lisait notamment Opdagelsefard, ce qui signifie «voyage de découverte».Or, ce mot n'est apparu dans les langues Scandinaves que plusieurs siècles après 1362.Pour le reste, le farceur avait bien préparé son coup car la date correspondait à une expédition organisée à partir de la Norvège vers le ; Groenland et possiblement vers le Vinland en 1 360.C'est le roi de Norvège qui avait commandé ce voyage quoiqu'on ait jamais ! été certain que l'expédition prit un jour la mer.La liste de ces «preuves» est si longue qu'elle a sans doute grandement compliqué le travail archéologique sérieux.De tous les gags, le plus superbe est sans doute celui de la célèbre carte du Vinland.Celle-ci fut trouvée en Europe en 1 957, acquise en 1 965 par l'Université de Yale et acclamée comme «la plus fabuleuse découverte cartographique du siècle.» Jointe à un manuscrit authentique datant du 15ième siècle, la carte représentait, à sa position à peu près exacte, la côte du Labrador avec la mention Vinlanda Insula.Il aura fallu attendre 1974 pour que les experts s'aperçoivent que l'encre utilisée ne pouvait avoir été fabriquée avant le 20ième siècle.Il s'agissait d'un des faux les mieux élaborés de l'histoire.Certains milieux scientifiques étaient restés fort sceptiques lors de cette découverte.Pourtant, l'Université de Yale avait mis un bon bout de temps à commander une expertise.Pourquoi?Comme à peu près tout le monde à l'époque, les archéologues de Yale avaient succombé à la griserie de la trouvaille et à un certain romantisme.Ce romantisme a prévalu (et prévaut encore souvent) au cours de toutes les recherches sur les Vikings.Ce sont dans des régions du Canada et des États-Unis où de fortes populations Scandinaves s'étaient établies à la fin du 19ième siècle et au début du 20ième siècle que l'on a mis à jour à peu près toutes ces «preuves».L'archéologue McManis y voit l'expression évidente d'un romantisme national.Au début des années 60, on avait tellement «trouvé» de Vinland qu'on finit par croire qu'il ne s'agissait que d'une terre imaginaire, une sorte d'Atlantide.L'idée de l'historien Georges Bancroft qui, au siècle dernier, prétendait que les sagas n'étaient que des récits mythologiques, reprenait le dessus.Bref, Christophe Colomb conservait son titre.LA FAUTE AUX SAGAS Les sagas, point de départ de toute cette énigme, étaient quand même grandement responsables de cette confusion.Bien sûr, il est absurde de vouloir les considérer comme porteuses de vérité scientifique.Ce sont des albums de famille, un point c'est tout.Cependant, elles demeurent le seul point de référence de l’archéologue et de l'historien.Ces récits nous ont laissé plusieurs indices qu'il est utile de se rappeler.Ce sont les descriptions de paysages, les neuf jours de navigation de Bjarni du Vinland au Groenland, la présence du saumon, la longueur du jour en hiver, la douceur de l'hiver et la présence de raisin sauvage.C'est ce dernier indice qui pose le plus gros problème.Si l'on suppose que le nombre de jours de navigation relaté est juste, le récit ne concorde pas avec la réalité.En effet, avec les moyens de navigation de l'époque, il était impossible à partir de Brattahlid, de se rendre en neuf jours dans une région où poussait le raisin sauvage.Même si l'on tient compte du fait que la température d'il y a mille ans était plus douce, il eut été impossible de trouver du raisin sauvage au nord du Nouveau-Brunswick et on n'en aurait trouvé que fort peu en cet endroit.On a souvent supposé qu'il y avait des erreurs dans le nombre de jours navigués.On cherchait donc le Vinland plus au sud, particulièrement dans la région de Cape Cod.Avec les résultats que l'on sait.On a aussi cru à un problème de sémantique.Peut-être Leif et ses hommes ont-ils fabriqué du vin au Vinland.Mais pourquoi faut-il absolument que ce soit du vin de raisin?Il aurait pu s'agir de merises, de cerises ou d'une multitude de baies sauvages.Le fait demeure que les sagas sont contradictoires et incomplètes.Tenter de trouver une cohésion dans ces récits est purement illusoire.Ils visaient à éveiller la mémoire des hommes et de leurs aventures, pas celle des lieux.ET PUIS VINT INGSTAD À un moment où plus personne n'y croyait, en 1960, un archéologue amateur du nom de Helge Ingstad décidait d’entreprendre une exploration systématique de la côte Atlantique, essayant de trouver un site correspondant aux des- 31 criptions géographiques des sagas.Il remonta ainsi toute la côte de la Nouvelle-Angleterre, se rendit en Nouvelle-Écosse et à l'île du Cap Breton, sans y trouver ce qu'il cherchait.Bien peu d'archéologues croyaient à la possibilitéque le Vinland se situe plus au Nord.Ingstad poursuivit quand même son exploration du côté de Terre-Neuve.Arrivé à la pointe extrême nord de l'île, il se trouva devant un paysage qui réunissait plusieurs des caractéristiques rapportées par les sagas.Il s'agissait de la Baie des Épaves, près du village de pêcheurs de l'Anse-aux- Meadows.Bien sûr, il n'était pas question d'y trouver de vigne.Par contre, une île se trouvait au nord du rivage et une rivière à saumon se déversait dans la mer.Si l'on faisait exception de l'indice concernant le raisin, l'endroit avait toutes les chances d'être le bon.Ingstad se rendit donc au village et questionna les habitants pour savoir s'ils ne connaissaient pas l'existence de ruines dans la région.Un pêcheur lui signala alors la présence d'un vieux campement indien à un peu plus d'un demi-kilomètre du village.Cette fois, la concordance des faits était frappante.L'explorateur se rendit sur les lieux et vit une série de bosses qui pouvaient rappeler les formes des maisons qu'il avait déjà visitées au Groenland.L'année suivante, Ingstad revenait sur les lieux accompagné de sa femme, archéologue professionnelle, et d'une équipe de spécialistes.L'excavation fut entreprise.Huit maisons ont pu être identifiées.Rien cependant n'indiquait qu'il s'agissait là de constructions vikings.Peut-être était-ce simplement des constructions autochtones?La carte Skalholt Cette carte date de l'an 1590; elle fut dessinée par l'Islandais Sigurdur Sté-fansson.L'original fut perdu mais il en existe une copie, produite par le Bishop Thord Thorlaksson en 1670. 32 UN PUZZLE QUI S'ASSEMBLE Le doute devait persister jusqu'en 1 964.Cette année-là, le premier objet témoin indubitablement viking était déterré.Il s'agissait d'un volant de fuseau (pour filer la laine) fait de stéatite.L'objet était inconnu des autochtones et fort semblable à ceux déjà trouvés en d'autres sites norrois.Cette trouvaille confirme également la présence de femmes vikings en Amérique puisque le filage était une activité exclusivement féminine.Les artefacts sont rares mais, tranquillement, les morceaux du puzzle se rassemblent.En 1968, on trouvait une autre preuve d'occupation viking, une épingle de bronze à anneau.Quelques autres objets identifiés comme non amérindiens mais de provenance indéterminée ont été mis à jour.En tout, quelque 130 objets attribués aux Norrois ont été trouvés, la plupart étant des clous ou des rivets de fer, ou encore des fragments non identifiés du même métal.Une des constructions découvertes est identifiée comme une forge.On y a trouvé du charbon, du minerai defer ainsi que des scories (résidus de métal en fusion).Le minerai de fer est originaire d’un marais avoisinant.La technique de transformation du fer des marais était connue des Norrois de l'an 1000 mais pas des autochtones.Seize dates ont pu être obtenues par l'expertise au carbone 14.Elles s'échelonnant de 640 à 1080 après J.-C.Certaines dates correspondent donc à celles mentionnées dans les sagas.D'autres sont antérieures à la visite viking mais les chercheurs sont convaincus que l'endroit a connu plusieurs périodes d'occupation dorsétienne.L'ensemble des traces d'occupation relevées laisse croire que le séjour de la colonie de l'Anse-aux-Meadows n'excéda pas 25 ans.Chez les colonies islandaises et groenlandaises, les maisons reposaient généralement sur des fondations de pierres.À Terre-Neuve, les fondations sont toutes de terre battue et pourtant, à proximitédu site, on peutfaci-lement se procurer de bonnes pierres de grès.Seules les maisons temporaires étaient construites sur des fondations de terre si l'on se fie auxtrouvaillesfaites en Islande et au Groenland.De plus, on considère que la maison de terre ne peut guère tenir plus de 25 ans sans être restaurée.Or, les maisons de l'Anse-aux-Meadows ne semblent pas avoir été reconstruites ou rénovées.Ces constatations amènent à se poser la question suivante: quels furent les rapports entre les autochtones et les Vikings.Les Sagas rapportent quelques combats avec les fameux Skraelings.Qui étaient-ils?Les fouilles effectuées par Parcs Canada à Terre-Neuve n'ont relevé aucune trace de présence inuit postérieure au 9ième siècle.Cependant, on a novembre 1978 / QUEBEC SCIENCE EXTRAIT DE LA SAGA DES GROENLANDAIS ( ~ 1 200 après J.-C.) Ils (Leif, fils d’Éric le Rouge et un équipage de 35 hommes) équipèrent leur navire et prirent le large dès qu’ils furent prêts, et ils rencontrèrent la première terre que Bjarni et ses compagnons avaient aperçue en dernier.Ils se dirigèrent alors vers le rivage, ils jetèrent l’ancre, mirent une embarcation à la mer, ils abordèrent et ne virent d’herbe nulle part.Là haut, à l’intérieur du pays, tout n’était que grands glaciers et, des glaciers à la mer, tout semblait ne former qu’une seule pierre plate.Il leur parut que le pays était infertile, Leif dit alors: «Nous n’avons pas fait comme Bjarni puisque nous avons débarqué.Je vais maintenant donner un nom à ce pays, je l’appellerai Terre des Pierres Plates.» Puis, ils se rembarquèrent.près cela, ils mirent cap au large et ils rencon-jjîsæ» trèrent une seconde terre, ils se dirigèrent sur la côte, jetèrent l’ancre, mirent un canot à la mer et débarquèrent.C’était un pays plat et boisé.De tous côtés, ce n’étaient que vastes étendues de sable blanc, les côtes étaient basses.Leif dit: «C’est d’après la qualité de ces terres que je choisirai un nom pour ce pays, je l’appellerai la Terre des Forêts.» Us se rembarquèrent ensuite au plus vite.(Peut-être à cause des moustiques!) Ils s’éloignèrent des côtes, poussés par le vent du Nord-Est.et restèrent deux jours et deux nuits avant de voir à nouveau la terre, ils mirent alors le cap vers le rivage et ils rencontrèrent une île située au large de la terre ferme, ils y débarquèrent et regardèrent tout autour d’eux, le temps était beau, ils remarquèrent que l’herbe était couverte de rosée et ils s’avisèrent par hasard de passer les mains sur cette rosée et de les porter à leurs bouches, il leur sembla n’avoir rien goûté d’aussi doux.Ils regagnèrent ensuite leur bateau et pénétrèrent dans le détroit qui s’ouvrait entre l’île et la pointe que formait la terre au nord; ils mirent le cap à l’ouest et doublèrent la pointe.À marée basse, on rencontrait un vaste haut fond et leur navire s’échoua, du navire la terre paraissait lointaine.Mais ils étaient si curieux de se rendre à terre qu’ils n’eurent pas la patience d’attendre que la marée vint soulever leur bateau et ils coururent vers la terre à un endroit où une rivière se jette après avoir traversé un lac; et aussitôt que la mer eut soulevé leur navire, ils prirent leur embarcation et rejoignirent le navire à force de rames, ils firent remonter à celui-ci la rivière puis ils le firent pénétrer dans le lac, ils y jetèrent l’ancre, ils descendirent à terre leurs hamacs et montèrent des baraquements; ils prirent ensuite la décision de faire des préparatifs pour passer là le prochain hiver, et ils construisirent là de grands bâtiments.Les saumons ne manquaient pas, ni dans la rivière ni dans le lac, et ils étaient plus gros que ceux que ces hommes avaient vus jusque-là.A ce qu’il leur semblait, le pays était si riche que.l’hiver, il ne devait pas y avoir besoin de fourrage pour le bétail; il ne gelait pas en hiver et les herbages restaient toujours aussi drus.11 y avait moins d’inégalité entre le jour et la nuit qu’au Groenland et en Islande; le soleil brillait à neuf heures du matin et à trois heures et demie aux jours les plus courts de l’hiver. QUÉBEC SCIENCE / novembre 1978 réussi à établir la présence d'une population d'indiens archaïques durant la même période que celle des Vikings.Il est donc possible que des relations difficiles entre les deux peuples aient été à la source de l'abandon du présumé Vinland A-t-on enfin vraiment trouvé le Vinland?Bien malin qui pourrait l'affirmer.Les coïncidences sont nombreuses mais peut-être nous trouvons-nous aussi / devant une colonie viking non mention-:i née dans les sagas.Il faudrait arriver à i découvrir la tombe de Thorvald pour avoir la certitude qu’il s'agit bien de l’endroit visité par Leif Eriksson.Rien ne dit qu'il n'y a jamais eu d'autres expéditions que celles que nous connaissons.Il peut sembler bizarre que l'existence d'emplacements européens en Amérique i soient restés à peu près inconnue en Europe.Cela s'explique par l'effondrement du pouvoir viking en Europe.L’or-i ganisation féodale naissante a permis aux nations de mettre les hommes du Nord à la porte et l'axe commercial de l'Atlantique Nord s'en est trouvé grandement affecté.Au 12ième siècle, les rela- Itions entre le Groenland et l'Islande étaient devenues très épisodiques.Certaines années, personne ne faisait le voyage.Quant aux récits mi-légendaires qu'étaient les sagas, ils furent rapatriés en Islande après la chute du Groenland mais la culture de cette colonie nordique ! reste fort méconnue.Si bien que lorsque : Colomb traversa, rares étaient ceux qui i savaient que des Scandinaves avaient déjà peuplé la Terre Verte.POURQUOI PAS EN UNGAVA?Il existe d'autres ruines, au Québec cette fois, que certains archéologues attribuent aux colons vikings.L'un d'entre eux, Thomas Lee, dont les thèses sont loin de faire l'unanimité, maintient qu'il a trouvé un site norrois aux abords de la rivière Arnaud, dans la baie Ungava.Le complexe fouillé par Lee est impressionnant, particulièrement sur le plan architectural.On y trouve deux établissements différents, l'un aux abords de l'Arnaud et l'autre au lac Payne.L'établissement du lac Payne comporte plusieurs maisons longues, dont l'une que Lee interprète comme étant une église, une chaussée dallée pour «véhicules à roues», et un barrage.Celui de l’Arnaud comprend aussi plusieurs maisons ï longues en pierre, une douzaine de grands cairn-balises (sortes d'amas de pierres pouvant parfois atteindre quatre mètres de hauteur; possiblement des repères de navigation), des abris pour nids d'eiders ainsi qu'une «sculpture» pour le moins étrange qui représenterait selon Lee le «marteau de Thor».Même si la thèse de Lee ne s'appuie pas sur des évidences — aucun artefact viking n'a été identifié comme étant authentique — on ne peut quand même pas l'écarter du revers de la main.Sa conviction est peut-être davantage le fruit d'une intuition que le résultat d'une démarche vraiment scientifique, mais l'intuition pourrait aussi être la bonne.Patrick Plumet qui a fouillé les maisons de l'Arnaud est d'avis qu'il s'agit plutôt de l'oeuvre des Paléo- Esquimaux.«Il y a un certain ethnocentrisme, dit-il, dans la théorie qui veut que les ruines de l'Un-gava témoignent d'une culture trop élaborée pour être esquimaude.» En fait, on connaît ailleurs — notamment en Terre de Baffin et sur l'île de Victoria — des habitations paléo-esquimaudes différentes, soit, mais voisines dans leur fabrication.Les éléments découverts en Ungava restent sujets à de multiples interprétations.On y a trouvé, entre autres, un certain nombre d'outils typiquement dor-sétiens ainsi que plusieurs autres qui selon Thomas Lee demeurent non classifiés.Cela est attribué par Thomas Lee à un croisement hypothétique des Vikings et des Dorsétiens.Les deux cultures se seraient mélangées et auraient entraîné des variantes dans les réalisations matérielles.Cette théorie d'un croisement Norrois-autochtones a déjà été émise par un archéologue du nom de Oleson, mais elle est toutefois loin d'être admise dans les milieux scientifiques.Un crâne trouvé sur les lieux et paraissant moins typiquement esquimau que les autres viendrait, d'après Lee, étayer cette thèse.LA FIN D'UN MYTHE Longtemps, les Vikings nous sont apparus en héros wagnériens.D'une histoire, fascinante il est vrai, on a extrapolé toutes sortes de mythes et de théories farfelues sur leur compte.Le romantisme a poussé bon nombre de Québécois à se croire descendants de ces beaux géants blonds, les Scandinaves à imaginer leurs ancêtres conquérant l'Amérique d'un océan à l'autre, et les Américains en général à trouver leurs traces partout.Ingstad a été l'un des premiers à donner à la recherche du Vinland un caractère tant soit peu scientifique.La recherche à venir sera peut-être moins passionnée mais combien plus passionnante.Ce n'est pas parce que l'on a découvert un établissement qui pourrait bien être la fameuse Terre du Vin que s'arrête notre exploration de l'épopée des Norrois en Amérique.En fait, nous avons des raisons de croire que ceux-ci sont venus ailleurs et beaucoup plus souvent que ne le rapportent les sagas.On a découvert des documents écrits qui attestent qu'en 1121 l'évêque du Groenland, Eirik Gnupsson, partit en bateau pour visiter le Vinland.On n'en sait pas plus sur ce voyage mais cela peut signifier que d'autres expéditions ont pu être entreprises entre celle de Karlsefni et le 12ième siècle.Plus récemment, en 33 février 1978, un nouvel indice de présence viking chez nous a été découvert.Des archéologues ont trouvé en Terre de Baffin une sculpture esquimaude de la culture Thulé datant du 13ième siècle.Elle représente un homme de type européen vêtu à la manière des Groenlandais de ce temps.L'objet est attribué aux Esquimaux de l'Arctique canadien et on ne croit pas qu'ils aient pu franchir la distance qui les séparait de la colonie groenlandaise.Cette trouvaille laisse donc supposer que les Vikings se sont aventurés en Amérique plus tard qu'on ne l'avait soupçonné.Rien n'exclut qu'ils se soient rendus en Ungava ou qu'ils aient exploré le Saint-Laurent.Mais attention, avec toutes les spéculations archéologiques qui courent les rues de nos jours, on finira par voir Ulysse mangeant des bleuets au lac Saint-Jean et les Phéniciens trappant le castor en Abitibi.Pour en lire plus Régis Boyer et al, Les Vikings et leur civilisation.Problèmes actuels.École des hautes études en sciences sociales, Paris, 1976 (Patrick Plumet est l'auteur d'un chapitre intitulé «Les Vikings en Amérique.La fin d'un mythe».) Régis Boyer, Les sagas islandaises.Payot, collection Bibliothèque Historique, Paris, 1978 Helge Ingstad, Westward to Vinland, Macmillan Company of Canada Limited, Toronto, 1969 Howard LaFay, The Vikings.National Geographic Society, Washington, 1972 Le Canada depuis l'origine dans Dossiers de l'archéologie, numéro 27, mars-avril 1978, Paris ^ ’© isem mm •; ^.:4i ¦tp>\ræ >-.• r^pL ^ , -tir- ^xr - æ- jr mv^ £^3S?55: K"^s3âÿ5 -rr-v'- iàagâgy ¦SGèSs MSuJlL :.
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