Voir les informations

Détails du document

Informations détaillées

Conditions générales d'utilisation :
Protégé par droit d'auteur

Consulter cette déclaration

Titre :
Québec science
Principal magazine d'information scientifique généraliste québécois. [...]

Le mensuel d'information scientifique Québec Science est publié à partir de 1970. Il est le résultat de l'acquisition par l'Université du Québec de la revue Jeune scientifique, qui était publiée par l'Acfas. C'est Jocelyne Dugas, auparavant responsable de la revue Techniques, publiée par le ministère de l'Éducation, qui préside à cette mutation.

Québec Science opte pour une formule plus journalistique que pédagogique. La revue sera un terreau de développement de la profession de journaliste scientifique. Michel Boudoux, Yannick Villedieu, Christian Coutlée, Daniel Choquette, Solange Lapierre-Czerniecki, Pierre Sormany, Michel Gauquelin, Madeleine Harbour, Fabien Gruhier, Lise Laberge, Gilles Provost, Gilles Paquette, François Picard y participent.

La revue vise à intéresser les jeunes à la science et aux carrières scientifiques en leur offrant une information scientifique à jour présentée par des articles rigoureux et approfondis. Un accent est mis sur l'attractivité visuelle; une première couverture signée par le graphiste Jean-Pierre Langlois apparaît ainsi en septembre 1973. Pierre Parent et Richard Hodgson poursuivront le travail de ce dernier. Diane Dontigny, Benoit Drolet et André Delisle se joignent à l'équipe au milieu des années 1970, alors que Jean-Pierre Rogel en dirige la rédaction à partir de l'automne 1978.

Les premières années sont celles de l'apprentissage du journalisme scientifique, de la recherche de l'équilibre entre la vulgarisation, ou plutôt la communication, et la rigueur scientifique. Les journalistes adoptent styles et perspectives propres à leur métier, ce qui leur permet de proposer une critique, souvent liée à l'écologie ou à la santé. Plus avant dans les années 1970, le magazine connaît un grand succès, dont témoignent l'augmentation de ses ventes et la résonance de ses dossiers.

Québec Science passe sous la responsabilité des Presses de l'Université du Québec en 1979. La revue est alors prospère; en 1980, le magazine est vendu à plus de 25 000 exemplaires, dont 20 000 par abonnement. Les années 1980 sont plus difficiles à cause de la crise économique. Luc Chartrand pratique le journalisme d'enquête pour la revue, dont l'équipe de rédacteurs se renouvelle. On assiste ainsi à l'arrivée de Gilles Drouin, Bernard Giansetto, Claude Forand, Louise Desautels, François Goulet et Vonik Tanneau. Québec Science produit des articles sur les sujets de l'heure : pluies acides, sida, biotechnologies.

Au tournant des années 1990, le magazine fait davantage appel à des collaborateurs externes - journalistes, professeurs et scientifiques. Le cégep de Jonquière devient l'éditeur de la revue. Il en gardera la charge jusqu'au transfert de Québec Science à Vélo Québec en 2008.

Au moment de l'arrivée, en 1994, du rédacteur en chef actuel, Raymond Lemieux, le magazine est encore en difficulté financière. Il connaîtra cependant une relance, fort de la visibilité engendrée par la publication, depuis février 1993, d'un numéro spécial sur les découvertes scientifiques de l'année au Québec. Québec Science devient le premier média québécois à se trouver sur Internet, ce qui lui offre un rayonnement international. Le magazine surfe sur cette vague, avec davantage de contenus et de grands reportages qui franchissent les frontières du Québec; il obtient un soutien accru du gouvernement québécois, ce qui lui permet de recomposer une équipe de journalistes : Catherine Dubé, Vincent Sicotte, Marie-Pierre Élie, Joël Leblanc viennent travailler pour la revue.

Québec science profite ensuite de l'engouement pour les avancées technologiques et s'attire de nombreux collaborateurs qui maintiennent le dynamisme de la revue.

Source :

LEMIEUX, Raymond, Il était une fois¿ Québec Science - Cinquante ans d'information scientifique au Québec, Québec / Montréal, MultiMondes / Québec Science, 2012, 165 p.

Éditeurs :
  • Québec :Les Presses de l'Université du Québec,1970-,
  • Montréal :Vélo Québec éditions inc.
Contenu spécifique :
Septembre
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
chaque mois
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Prédécesseur :
  • Jeune scientifique
Lien :

Calendrier

Sélectionnez une date pour naviguer d'un numéro à l'autre.

Fichiers (14)

Références

Québec science, 1979, Collections de BAnQ.

RIS ou Zotero

Enregistrer
mm V ¦i* a t - ' \ .- à .%Wi ; ;v''.'- t V 0 SEPTEMBRE 1979 Volume 18, numéro 1 âfeg nouveaux agtte MpM Un livre agréable fascinant,utile Pour les amateurs ou les professionnels de la mer «Les vastes espaces marins forment un réseau serré de communications dont dépend la perpétuation de toutes les formes de vie.Mais ce système est aussi délicat que vaste.Le déploiement irréfléchi des puissantes techniques des XXeet XXIe siècles peut, en provoquant la fonte des calottes glaciaires, élever le niveau des océans jusqu’à engloutir les villes côtières, ou encore amener une nouvelle ère glaciaire.L’exploration et l’exploitation des mers peuvent briser les délicats systèmes de communication et interrompre les cycles de reproduction qu’ils permettent, entraînant la mort de nombreuses espèces.Les effluents industriels et les détritus domestiques d’une population sans cesse croissante, ainsi que les déchets radioactifs, peuvent à la longue détruire le phytoplancton des couches supérieures de la mer, qui produit plus de la moitié de l’oxygène de la planète.» «Telle est l’une des issues possibles du drame des océans.Il appartient à l’homme de refuser ce destin.» La scène le cadre géophysique, l'évolution de la vie, la trace de l'Homme Les acteurs les pêcheurs, les marins, les spécialistes de l'énergie, les mineurs, les architectes, les envahisseurs du littoral, les guerriers Le drame les océans en danger de mort, une chance de survie Elisabeth Mann Borgese LA PLANÈTE MER Elisabeth Mann Borgese 162 pages, SI.95 çgséÜi; .L, .,/ ' ¦MR sa*.le Seuil OFFRE SPÉCIALE Procurez-vous l’édition reliée de Cet Ouvrage de 162 pages (avec de nombreuses illustrations.) En vente chez les libraires ou directement chez DIMEDIA au prix exceptionnel de $7.95 jusqu’au 30 octobre (ou épuisement des stocks).Veuillez me faire parvenir .exemplaires de LA PLANÈTE MER au prix de $7.95 chacun Vous trouverez ci-joint ?un chèque ou ?un mandat postal au montant de .Nom:.Adresse: .Code postal:.Téléphone:.DIFFUSION DIMEDIA INC., 539, boulevard Lebeau, Ville Saint-Laurent, Québec H4N 1S2 (514) 336-3941 QUÉBEC SCIENCE / septembre 1979 Le magazine Québec Science, mensuel à but non lucratif, est publié par Les Presses de l'Université du Québec avec le soutien du ministère de l'Éducation du Québec et du Conseil de recherches en sciences naturelles et en génie Canada.La direction laisse aux auteurs l'entière responsabilité de leurs textes.Les titres, sous-titres, textes de présentation et rubriques sont dus à la rédaction.ISSN-0021-6127.Dépôt légal.Bibliothèque nationale du Québec, troisième trimestre 1979.Répertorié dans PÉRIODEX et RADAR.Courrier de deuxième classe, enregistrement no 1052.Port de retour garanti: LE MAGAZINE QUÉBEC SCIENCE, C.P.250, Sillery, Québec G1T2R1 ©Copyright 1979 — le magazine Québec Science — Université du Québec.Tous droits réservés pour tous pays.Sauf pour les citations dans une critique, il est interdit, sans la permission écrite de l'éditeur, le magazine Québec Science, de reproduire ou d'utiliser ce mensuel, ou une partie de ce mensuel, sous quelque forme que ce soit, par des moyens mécaniques, électroniques ou autres, connus présentement ou qui seraient inventés à l'avenir, y compris la xérographie, la photocopie et l'enregistrement, de même que les systèmes d'informatique.COMITÉ DE SOUTIEN Bell Canada M.Claude St-Onge vice-président Banque de Montréal Jean Savard vice-président — Division du Québec Control Data Canada George J.Hubbs président Imasco Limitée Les produits Imperial Tobacco Limitée Institut de recherche de l’Hydro-Québec M.Lionel Boulet directeur La Sauvegarde Cie d’assurance sur la vie M.Clément Gauthier président Sommaire Jean-Marc Gagnon directeur Jean-Pierre Rogel rédacteur en chef Diane Dontigny adjointe à la rédaction Jean-Pierre Langlois .directeur de la production Raymond Robitaille composition typographique Andrée-Lise Langlois maquettiste Patricia Larouche administration et secrétariat Marie Prince promotion et publicité Nicole Bédard Claire D'Anjou diffusion Distribution postale Paul A.Joncas Photogravure et impression L’Éclaireur Itée Distribution en kiosques Les Messageries Dynamiques Abonnements (1 an / 12 numéros) Régulier: $17.00 Groupe (10 et plus): $15.00 À l'étranger: $21.00 A l’unité: $1.75 Port de retour garanti Le magazine QUÉBEC SCIENCE Case postale 250 Sillery, Québec GIT 2R1 Tél.: (418) 657-2426 Télex: 051 3488 TWX: 610-571-5667 Les chèques ou mandats postaux doivent être établis à l’ordre du MAGAZINE QUÉBEC SCIENCE 4 Courrier 8 Économie Faire de l'argent avec de l'or 9 Technologie Une fidélité à toute épreuve 10 Environnement Les îles sous les déchets 11 Futurologie «1984»: Un mauvais rêve?13 Océanologie Les maisons de la mer 14 Neurobiologie L'électricité contre la douleur Environnement Le golfe noir 47 Immunologie Des molécules révolutionnaires 48 Technologie La couleur standardisée 49 Spéléologie Le trésor de Saint-EIzéar 50 Éthologie Hurler avec les loups 54 Ces chers ancêtres 56 Parutions récentes 57 5.3 7 En vrac 16 Les nouveaux asiles Yanick Villedieu Nos fous sont les enfants du Largactil et de la Révolution tranquille 22 D'égal à égal sur la Côte-Nord?Jacques Keable Préparant l'après Baie James, l'Hydro-Québec lorgne vers la Côte-Nord.Mais cette fois, les Montagnais l'attendent de pied ferme 30 Quand la science frappe du beurre Jacques Larue-Langlois Le beurre, la margarine, et votre santé: beaucoup de recherches, aucune certitude 36 La course d'obstacles du savoir Jean-Pascal Souque et Jacques Desautels Qu'il est dur le chemin de la culture scientifique! En ce mois de rentrée scolaire, deux enseignants nous disent pourquoi.40 Le retour du faucon pèlerin Jean-Pierre Rogel Traqué par l'homme, décimé par les pesticides, le magnifique faucon pèlerin avait presque disparu.Grâce à certaines recherches, il est de retour parmi nous. 4 septembre 1979 / QUÉBEC SCIENCE Les Éditions du CNRS publient des ouvrages dans tou tes les disciplines relevant des sciences exactes et naturelles ou des sciences humaines Il s'agit moins de livres de lecture courante que de documents de référence, d'instruments de travail élaborés par des chercheurs pour d'autres chercheurs ou pour un public cultivé soucieux d'améliorer un niveau culturel déjà élevé Le fonds des Éditions du CNRS corn prend plus de 2000 titres presque tous disponibles Editions du CNRS MISE AU POINT, RÉALISATION ET CONTRÔLE D’UN PROGRAMME D’INITIATION ÉCONOMIQUE EN MILIEU ADULTE Ouvrage collectif 2-222-02068-9 112 pages $6,25 LA MARCHANDISE CULTURELLE Ouvrage collectif 2-222-02074-3 100 pages $6 INVENTAIRES ET CARTOGRAPHIES DE RÉPARTITIONS D’ESPÈCES Faune et flore M Cartan 2-222-02248-7 146 pages $6,50 CHIMIE DU SOLIDE ET MÉTALLURGIE Rapport de prospective Ouvrage collectif 2-222-02087-5 36 pages $2,60 LE CHOIX SOLAIRE Une énergie qui entre dans la vie quotidienne Ch.Vauge L energie solaire est-elle rentable9 Les expériences ont-elles été concluantes9 Où en est-on en France9 «Le cnoix solaire» répond à toutes ces questions Cet ouvrage fait le point sur le sujet 2-222-02326-2 254 pages $14,05 (Coédition Tchou) Je désire recevoir votre documentation ?Veuillez m expédier les titres cochés ?* Paiement ci-joint à Tordre des Presses de l'Université de Montréal Nom .Adresse .Code postal DIFFUSION AU CANADA m Les Presses A de l’Université de Montréal CP 6128.Suce A W Montréal.Qué .Canada H.1C 3.J7 Tél 343 6929 COURRIER IL FAUT CHOISIR LA BONNE Dans votre livraison de juin 1979, vous parlez des effets bénéfiques des vitamines du complexe B en tant qu'insectifuges.À ce sujet, j'aimerais faire la mise au point suivante.Ce ne sont pas LES vitamines du complexe B qui pourraient être insectifuges, mais une seule vitamine (du complexe B): la THIAMINE HCl.à des doses d'environ 100 à 200 mg pour les adultes et d'environ la moitié de cette dose pour les enfants (doses quotidiennes); il est préférable de prendre cette vitamine au moins une journée avant l'exposition aux moustiques.Cet effet insectifuge de la thiamine n'a pas été prouvé hors de tout doute (même si nous donnons ici deux références pour appuyer nos dires, ces études n'ont pas été, hélas, contrôlées de façon scientifique).Les doses suggérées ci-haut sont très élevées (près de 100 fois les besoins quotidiens), mais cette vitamine est peu toxique et s'élimine dans l'urine.Cependant, je ne conseillerais pas l'ingestion PROLONGÉE d'une substance médicamenteuse telle que cette vitamine, sans raison d'ordre médical.Références: 1) International Journal of Dermatology, n° 12, pages 258 à 260, 1973; 2) Medical Letters, n° 10, page 55, 1968.Serge Duchesneau, pharmacien Montréal L'ALIMENTATION NATURELLE À la suite de l'article «Sans pilules et sans stéthoscope» de Michel Gauquelin paru dans le numéro d'avril dernier, voici quelques suggestions de lectures pour ceux qui s'intéressent à ce sujet.D'abord, les Presses Rodale, 33 East, Minor Street, Emmaus, Pa.18049 USA, et particulièrement leurs deux mensuels: Organic Gardening et Prevention.Un de leurs journalistes, Mark Bricklin, consulte la presse scientifique internationale et rapporte des recherches qui atteignent rarement le public.Des médecins et scientifiques collaborent aussi à leurs publications.Amenés à jardiner biologiquement parce que nous vivons près d'un lac que nous ne voulons pas polluer, notre production d'aliments organiques nous a amenés à nous renseigner davantage sur COURRIER COURRIER l'alimentation naturelle et après avoir consulté des ouvrages américains, parce que je n'ai à peu près rien trouvé en français qui me convienne, je vous suggère de lire la nutritionniste biochimiste Adelle Davis dont 9 500000 exemplaires de ses livres ont été vendus: Let's Get I'Ve//#451-E7826, Let's Eat Rightto Keep Fit #E7245; Let's Have Healthy Children #E7593 et Let's Cook it Right #E7246, tous publiés par Signet en livre de poche, à $2.25.De même, les recettes de Nancy Albright: The Rodale Cookbook et Naturally Great Foods Cookbook, Rodale Press Inc.Il y a aussi: The New York Times Natural Food Cookbook par Jean Hewitt publié par Avon, Publishers of Bard, Camelot and Siscus Books et The Soybean Cookbook de Dorothea Van Gundy Jones, publié par Arco Publishing Co.Inc., 219 Park Avenue South, New York, N.Y.10003, à $1.50.Les livres d'Adelle Davis se vendent au Little Classic Book Shop du moins à Sainte-Foy, Québec.Monique Brunelle-Ferland Lac Etchemin ZOO POUR ESPÈCES EN VOIE DE DISPARITION Je suis très intéressé par les zoos, progrès architectural et reproduction d'espèces en déclin.Je possède Le zoo, son histoire, son univers (James Fisher, 1966).J'aimerais savoir s'il y a eu d'autres parutions traitant de ce sujet.J.P.Levesque Loretteville Nous pouvons vous suggérer le livre de Gerald Durrell, L'arche immobile, paru aux éditions Stock, en 1977.Gerald Durrell est un spécialiste dans ce domaine et il a installé sur l'île de Jersey, dans ia mer de la Manche, un zoo presque modèle qui s'attache principalement à sauver des espèces en voie d'extinction, donc le sujet qui vous intéresse plus particulièrement.LA MAISON DE BOIS CORDÉ Pour ceux qui seraient intéressés aux constructions en bois cordés, un article a COURRIER 5 COURRIER COURRIER QUÉBEC SCIENCE / septembre 1979 COURRIER paru sur ce sujet dans Harrowsmith (numéro 15).Cette revue d'orientation écologique traite de tous les sujets pouvant intéresser ceux qui retournent aux sources tout en ne s'y noyant pas.De plus, le «Northern Committee» de l'Université du Manitoba a publié un volume sur les maisons de bois cordés qui, à mon avis, est plus complet que celui de l'Aurore.Le seul désavantage, c'est qu’il est en anglais.Je vous donne les adresses des deux publications mentionnées: Harrowsmith.Camden East Ontario, Canada, KOK 1J0, $10.00 par année pour huit numéros.Stackwall: HowtoBuildit, par The Northern Housing Committee, University of Manitoba, Book Department, Winnipeg, Manitoba, R3T 2N2; il coûte $12.00 plus $1.00 pour les frais de poste.Claude Messier Québec LE SOURIRE DE LA SCIENCE La science nous a trop longtemps été présentée comme quelque chose de très sérieux, avec lequel on ne plaisante pas.Mais votre chronique En vrac vient apporter unetouche humoristique vraiment appréciée.C'est d'ailleurs la première chronique que je lis quand je reçois ma revue.Les caricatures qui l'illustrent depuis quelques numéros contribuent aussi à la rendre plus attrayante.De plus, ce qui n'est pas à dédaigner, elle n'est nullement dépourvue d'intérêt scientifique.Au contraire, on y retrouve un aperçu des dernières découvertes ainsi que des anecdotes sur le monde scientifique.Cette chronique nous montre que le monde scientifique sait aussi faire sourire.Manon Robitailie Ancienne-Lorette DES FOSSILES MIS A JOUR J'ai découvert récemment trois roches fossilisées dans la région de Montréal, sur la rive sud, près du fleuve Saint-Laurent.Selon mes recherches, ces fossiles seraient de l'ère paléozoïque, période du cambrien, mais sans en être sûr à 100 pour cent.Ce que je voudrais savoir, c'est: est-ce que ces fossiles (fossilisés dans des roches sédimentaires probablement) représentent un grand intérêt scientifique, c'est-à-dire une espèce de coquille.non connue jusqu'à présent, ou encore une espèce rare et recherchée, bref peut-être une découverte, qui sait?Pourriez-vous m'indiquer où il serait possible d’avoir de tels renseignements.Serge Levesque Lévis Le Dr A.Achab.qui travaille à l'INRS-Pétrole, 2700, rue Einstein, Sainte-Foy, Québec, pourrait sûrement répondre à vos questions.Nous avons déjà parlé des travaux du Dr Achab (voir Québec Science, volume 15, numéro 6, page 41 ) à l'occasion de l'inventaire qu'il a effectué d'une abondante couche fossilifère qui fut découverte en Gaspésie.LES BALLES RONDES En lisant récemment votre revue d'avril 1979, je suis tombé sur un de vos articles intitulé «Une technique qui ne s'acclimate pas».Cela ne m'a pas du tout plu.Pour un, j’ai utilisé cette nouvelle presse et je n'ai que des éloges sur cette nouvelle technologie.Il est clair qu'il faut adapter beaucoup d'opérations secondaires en vue d'un bon fonctionnement.Mais ce que je voudrais souligner est plus important.Votre article démontre clairement qu'il est difficile de sécher au séchoir ces grosses balles rondes.Je ne nie pas ce fait mais je trouve malhonnête de publiciser ainsi une méthode de conservation (séchoir vs méthode traditionnelle) au détriment d'une méthode de récupération (balle ronde vs balle rectangulaire conventionnelle).Mon expérience ainsi que celle de plusieurs fermiers est la suivante: pour celui qui n'a pas de séchoir, les grosses bottes sont idéales.La pression à l'intérieur des bottes rondes est moindre que dans les bottes conventionnelles.Le foin, une fois bottelé, sèche plus rapidement et ne «chauffe» pas du tout.Ce qui est fréquent avec les bottes conventionnelles.(.) Jacques H.Lachance Natashquan (NDLR).Nous vous félicitons pour votre succès personnel avec cette nouvelle méthode de récolte et qui plus est, sur la Côte-Nord.Toutefois, nous tenons à vous rappeler que notre article, qui ne visait nullement à discréditer cette méthode, est fondé sur les résultats de recherches élaborées et d'essais sur le terrain, tant à l’université Laval qu’à la ferme expérimentale Deschambault, dont le sérieux est garanti par la rigueur de /'expérimentation scientifique.GAGNANT DU VOILIER LASER M.Pierre Brassard, de Saint-Hubert Deuxième prix: Une embarcation «LA PIROGUE» M.Alain Brodeur, Saint-Hyacinthe Troisième prix: Un canot d'eau vive D.B.R.SPORT M.René Boyer, Pointe-du-Lac Quatrième prix: Un canot de lac D.B.R.SPORT M.Alain Grimard, Deschaillons Cinquième prix: Un kayak D.B.R.SPORT Mlle Nicole Raymond, Québec COURRIER COURRIER COURRIER Bruit et urbanisme La pollution par le bruit peut sembler moins importante que la pollution de l’air ou de l'eau, et pourtant.L’excès de bruit a des effets spécifiques aux niveaux tant physiologique que psychologique.Un bruit intense peut entraîner des troubles de l’audition comme l’ont montré toutes les études médicales sur les surdités professionnelles.Les effets psychiques sont plus difficiles à prévoir car ils peuvent varier fortement d’un individu à l’autre suivant son mode de vie, son histoire, ses intérêts, ses activités, son travail, le moment auquel il est soumis au stress sonore.Le bruit peut donc affecter considérablement les relations humaines et avoir des conséquences allant des maux de têtes à la névrose ou à la dépression.Le coût social et économique de la pollution par le bruit n’a pas été évalué exactement, et bien qu’il soit difficile de le faire, on peut facilement supposer qu’il se chiffre par des milliers d’heures de travail perdues et par des accidents et des soins de santé de tous ordres.Vue d’ensemble de la maquette dans la chambre de mesure insonorisée, avec le générateur d’ultrasons et le microphone de mesure.La législation sur le sujet reste fragmentaire.Les règlements existent quant aux seuils maximaux de bruits acceptables en milieux industriels dans les bureaux ou à l’intérieur des habitations, mais sont-ils toujours respectés?Est-ce même possible de les faire respecter?Jean-Gabriel Migneron, professeur à l’École d’architecture de l’Université Laval, s’est penché depuis bientôt dix ans sur les problèmes d’acoustique urbaine et principalement sur ceux provenant de la circulation automobile.Les recherches du professeur Migneron veulent déboucher sur des recommandations urbanistiques pour une meilleure intégration des corridors de transport urbain, sur une évaluation plus précise de la gêne psycho-sociologique par rapport à la nature du trafic automobile et finalement sur les conséquences aux niveaux économique et foncier de la pollution acoustique.Les directives d’aménagement pourraient s’appliquer à différentes facettes du problème: la conception des voies de circulation, la PUBLIREPORTAGE technologie des murs écrans, la végétation sur les emprises routières et à un niveau plus global, le zonage des abords des axes de transport.Les bruits émis par un véhicule en mouvement ont plusieurs origines: le moteur, la carosserie, la suspension et le frottement des pneus sur la chaussée.Chacune de ces composantes peut varier assez fortement suivant l’état général du véhicule, la façon dont il est conduit, le revêtement et même le temps qu’il fait, la pluie et la neige fondante élevant le niveau sonore.Les réalisations pratiques tendant à diminuer l’impact des voies de circulation sur leur environnement immédiat sont assez limitées au Canada.Il existe néanmoins plusieurs écrans de protection comme à Sainte-Foy et/ou surtout dans la région de Toronto.En plus des mesures sur le terrain, le professeur Migneron base partiellement ses recherches sur la simulation de bruits urbains dans une chambre acoustique.Il travaille actuellement sur une maquette au 1/50 du boulevard Henri IV à Québec.La méthodologie applicable aux opérations de simulation est assez complexe; en effet, il faut effectuer un transfert des fréquences pour que les conditions de diffraction des ondes sonores sur le terrain et sur la maquette (50 fois plus petite) soient comparables.Le bruit de la circulation simulée se situe aux alentours de 30000 hertz.L’équipe de recherche est en train de mettre au point un dispositif de simulation élearonique qui permettra de reconstituer la dynamique d’une circulation automobile de grand débit.Les mesures effectuées permettront de mémoriser les isocontours de niveau de bruit aux abords immédiats de l’emprise de l’autoroute.Les résultats réels et ceux de la simulation étant confrontés, les isocontours types seront corrigées pour obtenir ensuite un modèle directement utilisable.Les investissements de base pour mesurer les besoins et l’équipement du laboratoire d’acoustique ont été financés initialement par une subvention FCAC de deux ans, puis par une subvention du vice-rectorat à l’enseignement et à la recherche de l’Université.Vu l’intérêt de ces recherches pour protéger la qualité de la vie urbaine, il serait étonnant que d’autres subventionnaires ne s’intéressent pas à ces études.Marianne Gagnon Division de l’information Université Laval Pour en savoir plus: Alexandre, A.et Barde, J.-P., Le temps du bruit, Ed.Flammarion, Bois (1973) Aubrée, D., Auzou, S.et Rapin, J.M., Étude de la gêne due au trafic automobile urbain, contrat 68-01-389, compte-rendu scientifique, C.S.T.B., Paris (1971) Beranef, L.L.(éditeur), Noise and Vibration Control, Mc Graw Hill, New-York, 650 p.(1971) Burns, W., Noise and Man, John Murray Ed., London, 336 pages (1968) Liénard, P., Décibels et indices de bruit, Ed.Masson, Paris (1974) Migneron, J.-G., Acoustique urbaine, Ed.Masson, Paris et PUL, Québec (1979, sous presse) L’UNIVERSITÉ LAVAL EN CAPSULES Des subventions pour étudier le comportement des argiles sensibles Le laboratoire de géotechnique du Département de génie civil de l'Université Laval vient de recevoir deux subventions, Lune de $69000 du ministère des Transports et une autre de $37 000 du ministère des Richesses naturelles, pour étudier différents aspects du problème posé par les argiles sensibles.Toutes les zones habitées de la province, de même que le sud de la Baie James, sont recouvertes de ce type d'argile qui cause des problèmes.Le Département de génie civil de l'Université Laval s’intéresse aux argiles sensibles depuis une quinzaine d'années mais y travaille de façon spécifique depuis 1970.Depuis lors, le laboratoire de géotechnique, dirigé par Monsieur François Tavenas, a développé un programme d'expérimentation du comportement des remblais sur des dépôts d'argile molle.Le projet concerné par la subvention du ministère des Transports s’inscrit donc dans la continuité du travail fait depuis 4-5 ans.L'objet de la subvention de $69 000 a trait au comportement de grands remblais (8 à 12 m) construits sur des dépôts épais d'argile molle et particulièrement au comportement des remblais qui sont en cours de construction sur l’autoroute 40 entre Berthierville et Trois-Rivières.Dans le cadre de ce projet, le laboratoire de géotechnique devra mettre au point une méthode de prévision du tassement des fondations à long terme et, en même temps, mettre au point une méthode de construction lente de ces remblais qui devrait permettre à l'argile de s’adapter à la charge et de se consolider.Une amélioration des techniques de calcul de la consolidation aurait donc des conséquences économiques et techniques importantes sur les futurs projets de construction de remblais en terrains argileux.Le laboratoire de géotechnique devra étudier quatre remblais, deux sur l’autoroute entre Berthierville et Trois-Rivières et deux autres en des endroits qui restent à déterminer par le ministère des Transports.On espère ainsi mettre au point des techniques de calcul et de mesure des propriétés des sols qui vont permettre de fournir à ce ministère un outil de travail adéquat.Le ministère des Richesses naturelles s intéresse également aux argiles sensibles spécialement en ce qui a trait aux glissements de terrains.Il vient d’accorder une subvention de $37 000 au laboratoire de géotechnique de l’Université Laval pour établir une méthodologie simple de détection des pentes naturelles potentiellement instables.^ « g > » • m En fait, il apparaît que l’importance économique et sociale des glissements de pentes naturelles en terrains argileux dans la province de Québec n’est plus à faire.La répétition, à intervalles de temps assez brefs, de glissements catastrophiques du type de ceux de Saint-Jean Vianney, Nicolet ou Yamaska, a conduit le gouvernement à prendre certaines mesures, dont la création du service de géotechnique du ministère des Richesses naturelles, afin de protéger la population contre les effets de ces glissements.Jusqu'à maintenant, l'attention des ingénieurs et chercheurs a surtout été centrée sur l'explication a posteriori des glissements de terrains dans diverses régions, en fonction des conditions géologiques, hydrogéologiques et géotechniques.On tentait ainsi de comprendre les mécanismes de la rupture d’un talus naturel, et d’en arriver à une méthode d’analyse de la stabilité applicable à toute pente, instable ou non.Le but du présent projet consiste à vérifier la validité de certaines idées de base sur le comportement des pentes d'argile avant la rupture pour en arriver à mettre au point une méthode simple de détection des glissements potentiels dans les zones urbanisées.Ce projet sera mené en collaboration avec le service de géotechnique du ministère des Richesses naturelles.La biodégradation vue sous un jour nouveau grâce au microscope électronique Édité récemment par les Presses de l’Université Laval et diffusé en France par Vuibert, «l’Atlas ultra structural» réalisé par Gyorgy M.Olah, de la Faculté des sciences de l’agriculture et de l’alimentation de l’Université Laval, Otto Reisinger et Gérard Kilbertus, de l’Université de Nancy, est un bel exemple de ce que les techniques modernes de microscopie électronique à transmission et à balayage apportent à l’étude d'un phénomène toujours d’actualité, la biodégradation et l’humification.Jusqu’ici, les résultats obtenus étaient dispersés dans de nombreuses publications et peu accessibles aux non-spécialistes.L’atlas, qui a été réalisé avec l’aide d’une subvention accordée au titre de la coopération franco-québécoise, permet de réaliser une synthèse de toutes ces données éparses, en les complétant par des acquisitions récentes.Il comprend notamment: — un schéma d’ensemble sur les processus de biodégradation et d’humification; — une description détaillée des différentes catégories de micro-organismes responsables; — les différentes étapes de la décomposition des champignons, des algues, etc.; — l’atlas est rédigé en français et en anglais et comporte 332 pages abondamment illustrées de photos au microscope électronique réalisées par les trois auteurs.Comme le souligne la préface, cet examen visuel, ainsi poussé à l'extrême, contribuera à rendre de plus en plus indistinctes les frontières de la morphologie et de la biochimie.Le CRIQ appliquera à l’échelle industrielle les inventions faites à TUniversité Le 14 juin dernier, l’Université Laval signait avec le Centre de recherche industrielle du Québec (CRIQ) une entente dans le but de mettre en valeur sur le plan industriel, les recherches faites à Laval.Comme l’a souligné le président du CRIQ, André Marier, «les travaux de recherche universitaire mènent souvent à des résultats dont le potentiel économique, à court ou moyen terme, est fort intéressant: la réalisation de ce potentiel dépend fréquemment plus des capacités de passage au niveau de la production industrielle que de sa valeur intrinsèque.Dans un milieu concurrentiel, la rapidité de ce transfert peut faire toute la différence entre un résultat intéressant.appliqué ailleurs, et le bénéfice de la production dans une de nos entreprises».Il semble qu'une cinquantaine d’inventions faites à l’Université Laval seraient susceptibles d'être développées sur un plan industriel, mais les universités n’ont généralement pas les ressources leur permettant de franchir la phase finale de l’implantation industrielle.Par contre, c’est la fonction spécifique du CRIQ de servir de relais entre les inventeurs et les entreprises, notamment les PME, et de fournir à celles-ci le «know how» qui leur fait souvent défaut.Cet accord constitue une première qui sera sans doute suivi par d’autres universités québécoises soucieuses de réaliser les échanges de technologie avec le secteur gouvernemental et l’industrie privée qui sont recommandés par le livre vert «Pour une politique québécoise de la recherche scientifique».PUBLIREPORTAGE 8 septembre 1979 / QUÉBEC SCIENCE ÉCONOMIE FAIRE DE L'ARGENT AVEC DE L'OR De tout temps, l’or fut un objet sans égal de spéculation.Actuellement à 300 dollars l’once de Troyes (31 g) sur les marchés boursiers de Londres et de Zurich, peut-être vers 500 dollars à la fin de cette année, l’or profite grandement aux thésauriseurs.Les producteurs de l’or noir sont sans doute devenus les plus grands consommateurs de l’or jaune, mais la production mondiale du métal jaune est demeurée constante depuis quelques années en se situant autour de 38 millions et demi d’onces.Depuis longtemps, l’Afrique du Sud demeure le premier producteur mondial et c’est très loin en arrière que l’on retrouve le Canada, bon deuxième des pays occidentaux, avec ses quelques deux millions d’onces bon an, mal an.Récemment, le président de l’Institut canadien des mines et de la métallurgie, M.Edward Cardwell, laissait entendre qu’il devenait beaucoup plus intéressant, avec la montée croissante du prix de l’or, d’exploiter les mines qui autrefois n’étaient pas assez rentables.Sur le marché international, le Canada possède un certain avantage au niveau de la technologie et de la productivité.Au Québec, par exemple, où se produit plus du quart de l’exploitation minière aurifère canadienne, la réouverture de plusieurs vieilles mines, fermées au cours des dernières années, est dorénavant possible.Cinq des 22 mines d’or qui étaient en opération dans les années 1950 sont encore en activité.Ces mines situées dans le Nord-Ouest québécois procurent de l’emploi à plus de 1 200 travailleurs et, n’eût été un changement aussi radical récemment dans le cours du marché de l’or, certaines d’entres elles, notamment la mine Lamarque, seraient sans doute fermées à l’heure actuelle puisque leur teneur est relativement faible; dans certains cas, elle n’est que de 0.12 once par tonne de minerais.Toutefois, le contexte actuel modifie sensiblement les règles du jeu.De plus, les efforts consentis par les compagnies minières de même que par le ministère des Richesses naturelles, qui va consacrer une partie encore plus grande de son budget de recherche au secteur aurifère, permettent d’envisager une exploitation encore plus importante.D’autant plus que les dépenses d’exploration des compagnies jouissent depuis 1975 de dégrèvements fiscaux intéressants.«Il faut s’attendre à plusieurs réouvertures de mines», indique le président de l’Association des mines et métaux du Québec, M.Louis-Gonzague Langlois, qui prévoit une nouvelle ruée vers l’or dans le Nord-Ouest.Effectivement, parmi les projets d’exploitation minière prévus pour les deux prochaines années, le ministère des Richesses naturelles indique qu’il est plus que probable que la moitié des 18 mines, qui seraient mises ou remises en activité, soient des mines d’or.Avec la faiblesse du secteur minier québécois pour des métaux comme le cuivre et le zinc qui ont connu leurs heures de gloire, on ne peut que se réjouir des efforts mis de l’avant pour relancer ces produits qui sont souvent accompagnés de plusieurs métaux secondaires comme l’or.Ainsi, plus du quart de la production québécoise d’or vient des mines de cuivre et de zinc où l’extraction du métal jaune ne nécessite pas de travaux supplémentaires et constitue pratiquement un cadeau, non du ciel, mais de la terre.Les projets d’ouverture de mines à Balmoral, Montauban et Desmaraisville sont avancés.D’autre part, le gisement de Silverstack, près de Cadillac, où la société d’Etat Soquem détient 49 pour des intérêts, est sur le point d’être mise en activité même si sa faible teneur exige l’extraction de six tonnes de minerais pour obtenir une once d’or.Quoi qu’il en soit, à l’heure actuelle, il existe des réserves évaluées à plus de 37 millions de tonnes de minerais contenant de l’or et tout indique que cette industrie connaîtra une relance au Québec.Si l’Abitibi est sans contredit le pays de l’or, on ne peut pour autant dire que le Québec soit à la fine pointe au niveau des recherches industrielles pour les utilisations technologiques de l’or.Selon le modèle américain, outre une part de transformation en lingots pour la vente sur le marché international, un peu plus de 50 pour cent de la production d’or est utilisée dans l’orfèvrerie et les bijoux, 15 pour cent pour les soins dentaires et près de 30 pour cent dans l’industrie.Cependant, au Centre de recherches industrielles du Québec, on ne connaît qu’une industrie qui s’occupe du recyclage de l’or.Par ailleurs, au Centre de recherches minérales du Complexe scientifique du gouvernement québécois, le directeur des recherches, M.Roland Lehaulier, fait remarquer qu’un grand nombre de contacts électroniques sont recouverts d’or et que généralement les télécouleurs en possèdent.L’électrochimie est également une bonne cliente du marché de l’or, car les cellules d electrolyse recouvertes d’or sont très résistantes à la corrosion et à l’oxydation.Même au centre de recherche de la Canadian Copper Refiners de la compagnie Noranda, à Pointe-Claire, on se contente uniquement de la transformation de l’or en lingots.L’or qui a la caractéristique d’être très malléable et de composer des alliages avec de nombreux métaux fait donc l’objet de très peu de recherches et développements au Québec.Pourtant, l’utilisation industrielle de l’or est en hausse constante chez nous.L’industrie de la construction, par exemple, utilise des vitres et même des panneaux recouverts d’une mince couche d’or, dont l’effet est de refléter les rayons du soleil.Cette utilisation compense la diminution de l’or dans la fabrication des bijoux puisque le prestige s'exprime maintenant par d’autres objets de consommation énergivores.Evidemment, les stylos à plumes d’or ainsi que les porte-cigarettes n’ont plus tellement leur utilité dans notre monde du «jetable après usage».L’art dentaire consacre encore une place toute importante à l’or.On n’en est plus, bien sûr, à l’époque où trois Américains sur quatre se vantaient d’avoir au moins une dent en or, mais les travaux spécialisés de denturologie se sont raffinés depuis le temps des Aztèques.Sur le plan médical, l’arthrite, le traitement des tumeurs, les hémorragies sérieuses et les opérations des terminaisons nerveuses requièrent souvent l’utilisation de l’or.Le mystère de la pierre philosophale ne sera sûrement pas résolu par nos «alchimistes» québécois car ceux-ci se laissent facilement damer le pion par les chercheurs américains, en particulier dans le domaine de la technologie de l’espace.En effet, si les réacteurs atomiques des fusées spatiales sont dou- IV QUÉBEC SCIENCE / septembre 1979 9 ClfflCE 3 du ètc- sélet- ] lier i télt- L'eb iime kéiie blés de feuilles d’or, en raison de la tolérance du métal à la haute température, le cordon ombilical qui relie le cosmonaute au vaisseau est également fait d’or.En fait, que ce soit au niveau technologique ou industriel, des recherches ont prouvé que bien souvent le platine peut remplacer l'or dans ses utilisations, mais il coûte cependant beaucoup plus cher, d’autant plus qu’il est très rare.Il n’y a alors vraiment pas de raison de mettre le veau d’or de côté, lui qui a la couenne endurcie depuis le début de l’humanité.André Lamoureux iréis- TECHNOLOGIE te de iCop-iigeie ,onse de 11 UNE FIDELITE À TOUTE ÉPREUVE tel*'' entP* iouP" i< dir Grâce à un nouveau principe de conception des disques, les mélomanes avertis pourront, d’ici quelques années, jouir d'une reproduction de la musique produisant l’illusion d’avoir l’orchestre dans son salon.à condition que les industriels agissent de concert.!La nouvelle méthode découle d’un croisement de techniques déjà «vieilles» pour la plupart.La principale fut mise au point en 1937 par Alec Harvey Reeves: il s’agit de la modulation par impulsions codées (MIC).Le principe de base consiste à coder les sons en impulsions binaires, soit de les représenter par une série de chiffres 0 ou 1.C’est l’utilisation de cette technique qui nous a permis d'assister au débarquement du premier homme sur la lune.Les signaux radio ordinaires se déforment toujours; l’avantage de la MIC est que le signal, même reçu plus faiblement, peut toujours être recons-titué: un 0 sera toujours compris comme un 0 et un 1 comme un 1.Mais comment transforme-t- Ion de la musique en chiffres?D’abord il faut voir que lessons sont des ondes voyageant dans l’air et que ces ondes possèdent deux caractéristiques de base: la fréquence (aiguë, grave) et l’amplitude (ou la force du son).Notre oreille perçoit les sons dont la fréquence varie entre 20 et 20000 hertz (nombre d’oscillations par seconde).Ce qu’a imaginé M.Reeves c’est de découper les sons en fines tranches, puis de mesurer la «force» de chaque tranche qu'on notera par un nombre binaire.Pour bien reproduire une oscillation il faut la découper au moins en deux, or la plus rapide vibration qu’on peut entendre oscille 20 000 fois par seconde, on doit donc découper une seconde de musique en au moins 40 000 tranches.En pratique on en utilise 44 056.Il a ensuite fallu se fixer une échelle pour mesurer la «force» de chaque tranche.Chaque mesure est codée par un nombre binaire de 13 chiffres ce qui permet de graduer l’amplitude de 0 à 8 192 et d’atteindre ainsi une haute fidélité de reproduction.Un premier appareil, le codeur, se charge donc de cette transformation du son en chiffres.Cependant pour transcrire une heure de musique il faut enregistrer 13 chiffres 44 056 fois par seconde, 3600 fois et doubler le tout pour la stéréophonie; on grimpe aussitôt dans les quatre milliards de chiffres, on a donc intérêt à enregistrer tout ça très vite et efficacement.On avait déjà solutionné ce problème pour la télévision.Chaque seconde, un magnétoscope peut enregistrer sur ruban magnétique 6 millions d’informations élémentaires qui correspondent à chaque point lumineux de chaque ligne de chaque image.On utilise donc la même technologie pour enregistrer nos sons chiffrés et, ensuite, pour les relire.Un premier avantage de la technique MIC est qu’on peut éliminer les bruits parasites dus aux poussières sur le ruban.Pour cela après chaque série de 13 chiffres on en ajoute deux ou trois comme référence selon un code préétabli, si une erreur se glisse dans une tranche musicale elle sera détectée par l'enchaînement illogique des chiffres de référence et on remplacera cette tranche par un nombre moyen entre ceux représentant la tranche précédente et la suivante.Par un procédé analogue on élimine aussi, électroniquement, les effets de pleurage et de scintillement (bruits parasitaires graves et aigus) dus aux variations de vitesse de défilement de la bobine.Mais la principale richesse de la technique MIC est d’élargir l’écart entre les sons les plus graves et les plus aigus que l’on puisse enregistrer.On calcule cet écart en décibels: les meilleurs systèmes existants à date ne transmettent que 65 décibels.Les enregistrements MIC avec leurs 89 décibels permet- tront à l’auditeur de participer aux moindres soupirs d’une salle de spectacle ou d’enregistrement.Pour améliorer cet effet, les techniciens ont «étiré» l’échelle de graduation de l’amplitude de façon à ce que plus de chiffres décrivent les sons faibles, ceux justement que l’oreille perçoit le mieux.Tout cela est bien beau mais un magnétoscope va chercher dans les quelques milliers de dollars.L’industrie s’est donc mise sur la piste du disque digital pour monsieur-tout-le-monde.Les compagnies Sony et Phillips viennent de mettre en marché des appareils fonctionnant sur ce principe.Les disques (30 cm de diamètre chez un et environ 10 cm chez l’autre) sont perforés de trous microscopiques (un micron).Le disque est lu par un appareil comportant un laser hélium-néon qui permet d’établir la différence entre les chiffres Université de Montréal Département de physique Cours d'astronomie générale (PHY 1971C) Ce cours s'adresse à tous ceux qui s'intéressent à l'astronomie, et ne nécessite aucun prérequis.Le but du cours est de donner une connaissance de base de l'Univers et des phénomènes cosmiques, et d'explorer les plus excitantes découvertes de l'astronomie moderne.L'enseignement se fait par des leçons descriptives — sans mathématiques — et par des séances d'observation.Nombre de crédits: Professeur: Coût du cours: Horaire: Début du cours: Lieu: 3 René Racine $52.50 Lundi de 19:00 à 22:00 Le 10 septembre 1979 Pavillon principal 2900 Édouard-Montpetit Local E-310 Pour inscription au cours ou renseignements additionnels, prière de se présenter à la salle E-310, le 10 septembre 1979 à comper de 17:30 Pour ceux qui ne peuvent suivre ce cours à la première session (automne 1979), le cours sera répété à l'hiver 1980. 10 septembre 1979 / QUÉBEC SCIENCE musicaux (0 et 1) en calculant le temps de réflexion plus ou moins long selon que le rayon frappe la surface métallique du disque ou un trou.Ces disques sont recouverts d’un enduit protecteur transparent et ne peuvent bien sûr pas être écorchés par la lumière du laser.Nous avons donc pour une fois un produit qui est voué à durer.Seulement, la conversion au nouveau système sur une grande échelle, ce n’est pas pour demain! Il faudra d'abord que les producteurs s’entendent sur la standardisation du nombre de tranches musicales par seconde, sur le nombre de chiffres binaires qui graduent l’amplitude, sur la vitesse de lecture des disques, tout autant que sur leurs dimensions.Ensuite, il faudra que le consommateur ait au moins le choix entre quelques disques intéressants avant d’investir dans un appareil tout de même assez coûteux.Et surtout, il devra pouvoir s’offrir des haut-parleurs à quelques centaines de dollars (chacun) qui sont les seuls pour l’instant à pouvoir restituer la haute fidélité que produit cette nouvelle merveille de la technologie: le disque à modulation par impulsion codée.François Beaulieu ENVIRONNEMENT LES ÎLES SOUS LES DÉCHETS Dans un monde dominé par le prêt-à-porter, le prêt-à-manger et, forcément, le prêt-à-jeter, la question de l’élimination des déchets provoqués par toute cette consommation est devenue cruciale.Le Québec n’y échappe pas, même si sa vieille image idyllique de grands espaces verts non pollués et de cours d’eau limpides a la vie dure.La vérité, c’est que la Belle Province commence à sentir, et qu’il est grand temps qu’on s’attelle à faire le ménage.C’est à peu près le constat que l’on a fait aux îles-de-la-Madeleine, au moment où le problème se pose de plus en plus crûment.Pourtant, s’il existe un endroit qui vient à l’esprit lorsque l’on parle de refuge encore intact et inviolé, c’est bien celui-là; mais les îles sont depuis toujours confrontées à une difficulté de taille que l'achalandage des dernières années n’a fait qu’empirer: ici, mis à part les touristes, ce qui rentre ne sort plus et on doit éparpiller les rebuts sur le territoire restreint et fragile de l’archipel.La question des carcasses d’automobiles constitue peut-être, à ce propos, l'exemple le plus frappant et le plus connu.Aux prises avec des milliers de ces carcasses pourrissant un peu partout, certaines autorités municipales ont fini par décider une compagnie de récupération du continent de venir ramasser une bonne partie de cette ferraille envahissante dont personne ne voulait plus, même pas les homards; on avait un instant songé à les immerger pour servir d’abris pour les crustacés, mais une expérience américaine en ce sens ne s’étant pas avérée concluante, l’idée est vite apparue impraticable, voire dangereuse avec le risque de fuites d’huile au beau milieu de l'habitat des homards.Quant aux autres déchets, jusqu’à cette année, on les déposait dans les traditionnels dépotoirs à ciel ouvert.L’insuffisance et les dangers de pollution, associés à la nouvelle législation du ministère de l’Environnement, ont cependant contraint les autorités à rechercher d’autres solutions.La situation était préoccupante pour certaines nappes d’eau potable déjà hypothéquées par un pompage abusif.D'autre part, les dépotoirs commençaient à déborder dangereusement, entre autres à Étang-du-Nord où la lagune était menacée.En règle générale, on s’entendait donc sur la nécessité de recourir à d’autres expédients.Sous le parrainage du conseil de comté des îles, qui fait figure de gouvernement régional, on a mis sur pied un organisme, le «Comité pour la gestion des déchets», regroupant un représentant de chacune des municipalités et du comité local de l’environnement; celui-ci étant indépendant mais attentif à toutes questions d’écologie aux îles.Résultat: après plusieurs mois de travail, on a soumis une solution d’ensemble, le «Règlement des îles en matière de gestion des déchets».Reprenant essentiellement les idées maîtresses de la Loi 69 mais faisant valoir les particularités des îles, le plan propose trois sites d’enfouissement en tranchée, alors que la loi ne prévoit qu’un site d’enfouissement sanitaire par comté.Ils sont dispersés stratégiquement sur ____________________\ l’archipel: un à chaque extrémité, à Grande-Île et à Havre-Aubert, un troisième au cœur, à Havre-aux-Maisons.Le centre névralgique de l’archipel, Cap-aux-Meules, a été écarté à cause de la porosité de son sous-sol que les eaux de percolation issues du site pourraient facilement traverser pour aller contaminer la nappe d’eau potable.Parallèlement, le rapport recommande qu’on brûle sur place ce qui est combustible, même si cette pratique ne cadre pas tellement avec la loi du ministre Léger.À ce chapitre, on ne s’en fait pas trop aux îles, puisqu’on a pris l’habitude d’appliquer la théorie de la relativité aux normes gouvernementales édictées en fonction d’un modèle qui ne correspond pas souvent au contexte particulier du territoire.De toutes façons, l’esprit de la lettre sera atteint, disent les responsables, si on réussit à protéger l’environnement en faisant sortir les méthodes d’élimination des déchets du «Moyen-Age» où elles semblaient enferrées.C’est probablement cette conviction qui a facilité, à la mi-juillet, l’acceptation du plan par le conseil de comté, qui prévoit sa mise en opération dès l’automne.Pour le reste, on parle de récupérer les déchets organiques pour fabriquer du compost ou les débris de verre pour alimenter une éventuelle verrerie; mais aux yeux des gens impliqués dans le domaine de la protection de l’environnement, le principal combat va se jouer au niveau de la consommation.Déjà, à la fin-mai, une campagne de sensibilisation menée sous le thème «Le fardeau se fait sentir» a lancé le débat au niveau du public.En effet, peu importe le système choisi, il ne fera que retarder l’échéance si on n’attaque pas le problème à sa source: la surproduction des déchets est engendrée par une surconsommation, elle-même engendrée par une négligente insouciance, aux îles comme partout ailleurs.René Vézina 11 QUÉBEC SCIENCE / septembre 1979 FUTUROLOGIE «1984»; UN MAUVAIS RÊVE?Le «Big Brother» du célèbre roman «1984», de Georges Orwell, ou son équivalent, pourrait bien surveiller nos actions, y compris les moments les plus intimes de notre vie ^ privée et jusqu’à nos pensées les plus secrètes dans un avenir très rapproché.C'est du moins la conclusion à laquelle arrive le chercheur américain David Goodman (Revue Futurist, décembre 1978) après avoir inventorié les prédictions parsemées dans le fameux bouquin.En 1972, déjà, il constatait que 80 des 137 prédictions s’étaient matérialisées et, aujourd’hui, on en compterait plus de 100.Résumons brièvement le livre: en 1984, le monde se trouve divisé en trois superpuissances gouvernées par des régimes totalitaires où l’individu, tant dans ses droits que I dans ses aspirations, se trouve «broyé» par la science et la technique, servantes fidèles du pouvoir central.Ces trois puissances se livrent des guerres limitées aux régions du Moyen-Orient, de l’Asie du Sud-Est et de l’Afrique, les guerres directes étant impossibles sous peine d’anéantissement mutuel dans un holocauste nucléaire.La vie dans ces États tient à peu de choses, les villes tombent en ruine et les services essentiels fonctionnent de façon aléatoire ou sont inexistants; la pauvreté règne pour la majorité des gens qui vivent dans une peur constante, espionnés continuellement par une télévision «policière».Ces 137 prédiaions, M.Goodman les a divisées en deux catégories: celles à caractère scientifique et technologique et celles d’ordre social et politique.La plupart des premières se sont déjà réalisées ou sont à l’état de projet.Ainsi existent toutes les prédictions concernant la psycho-biologie, le champ de spécialisation de M.Goodman.En fait, dans ce domaine, la réalité dépasse la fiction.Depuis 1963, le nombre de spécialistes du cerveau a décuplé et il existe maintenant plus de 3 000 thérapies de modification du comportement.Par ailleurs, les techniques et les connaissances sont prêtes pour développer une technologie policière digne de «1984».Du côté militaire, beaucoup des prévisions orwelliennes ont vu le jour.La plus remarquable, celle concernant un poison capable de détruire la végétation d’un continent, vit le jour sous le joli nom de «agent orange», un défoliant utilisé au Vietnam.La prédiction de forteresses flottantes, espèce d’îles artificielles, se déplaçant ou demeurant stationnaires sur la mer compte parmi celles qui n’ont pas encore été réalisées.N U M É R O 16 VOL 1 16 CTOBHE 78 Saqucnay-LacSami-lean 10 ara a* Cog»p: La* usina* du savoir Las bancs privas Port Folio: Las carnavals occitans Vars un» musique d'ambiance québécoise * Saipmiay-Lac-Saai! luan a Si>ceia] bonheur N U M É R O 18-19 IL N’Y A QU’UNE SEULE REVUE REGIONALE DE CE GENRE AU QUÉBEC.Focus présente mensuellement: 1 port folio d'un photographe régional (sur papier glacé), 3 dossiers d'analyse de type socio-culturel, une dizaine de chroniques (condition féminine, media, consommation, .,)et.11 est difficile de trouver Saguenay-Lac-Saint-Jean.ALORS.ABONNEZ-VOUS! 12 numéros.$12.00 NOM.____________________ Focus en dehors du soutien $20.00 ADRESSE: VILLE: _ code postal Payable par chèque ou mandat-poste à la REVUE FOCUS.C.P.10.JONOUIÊRE 12 septembre 1979 / QUÉBEC SCIENCE Mais les spécialistes en armement y songent.Il est plus difficile d’évaluer le bien-fondé des prévisions d’ordre social et politique.Selon M.Goodman, les trente dernières années présentent un lent glissement vers le totalitarisme, un lent grugement des libertés individuelles et de la vie privée des citoyens.À cinq années de la date fatidique, il faut bien admettre, et M.Goodman le fait, qu'au rythme actuel, «1984» n’est pas pour 1984.Cependant, il pense que le processus pourrait s’accélérer sous l'impulsion d’un événement qui agirait un peu comme un déclencheur.Par exemple, l’entrée en scène d'un groupe de terroristes possédant des armes nucléaires.Cette éventualité n’est pas à négliger puisque l'on sait qu’en 1977 un scientifique découvrait une méthode pour séparer les isotopes de l’uranium à l’aide d’un laser au dioxide de carbone.La quantité nécessaire à une bombe (11 kg) pourrait être produite en moins d’une année au coût approximatif de 100000 dollars, un budget à la portée de plusieurs petites organisations.Les gouvernements devraient alors poser des actions draconiennes et cela, inévitablement, au prix d’une perte des droits et libertés individuelles.Toutefois, comme le souligne M.Goodman, l’élément clef pavant la voie au totalitarisme pourrait tout aussi bien être une catastrophe écologique ou économique.Pour beaucoup de futurologues, Orwell n’est qu’un analyste doué.Ce n’est pas parce qu’un certain nombre de ses prévisions sont passées de la fiction à la réalité qu’il faut en faire un prophète infaillible de l’apocalypse.Comme Jules Verne, il a su extrapoler à partir de travaux expérimentaux, exploiter des projets à l’état encore embryonnaire et manifester une intuition souvent étonnante; mais, rien de plus.Bref, «1984», ce n’est pas nécessairement dans cinq ans, ni peut-être même pas dans 10 ou 15.Claude de Launière La Recherche a des lecteurs dans 83 pays: pourquoi pas vous?Offre spéciale * •/-C" /- N RECHERCHE ¦Pour chercheur, liant, ;itaire, che cons-/nthèse 3 tout ce dim- fl U3 les fronts de la recherche JèT/M de la %Æi biochimie à l'astro-physique^B F La ^ Recherche est une revue internationale^B publiée en^B français.hfcv Ses articles'» ” sont écrits ¦ aar des cher- fl I du monde k Et lus dans .monde i entier, i Je désire souscrire un abonnement d’un an (11 nos) à la Recherche au tarif de 26 dollars canadiens au lieu de 33 dollars.nom________________________________________________________________ adresse____________________________________________________________ pays_______________________________________________________________ à retourner accompagné de votre paiement à DIMEDIA, 539, bd Lebeau, Ville-St-Laurent P.Q.H4N 1S2.* offre réservée aux particuliers, à l’exception de toute collectivité. QUÉBEC SCIENCE / septembre 1979 13 OCÉANOLOGIE LES MAISONS DE LA MER pmnmnin*" Jules Verne, ce visionnaire, nous l’avait prédit: l'avenir de l'homme est dans la mer.Et pourtant, l'aventure sous-marine commence à peine.Sur le simple plan des connaissances, nous savons encore peu de choses des mécanismes de fonctionnement du monde marin.Nous découvrons, souvent à tâtons, un monde complexe, souvent hostile, dans lequel nous ne savons pas comment évoluer et nous adapter.Et malgré l’expérience de sociétés entières de pêcheurs, c’est à petits pas que l’homme effectue son «échappée» dans l’élément liquide.Pourtant, on parle déjà, en pensant à l’aquaculture ou à l'exploitation des ressources minérales ou végétales des fonds marins, d’un aménagement possible de l’espace marin et sous-marin.À tel point qu’à la vitesse où se développent les nouveaux projets d’habitat en milieu aquatique, on peut même parler d’une architeaure marine, voire d’un urbanisme spécifique à la mer.Futuriste, chimérique, irréaliste?Il faut bien avouer qu’on entre là dans un domaine où se sont toujours côtoyés les poètes et les scientifiques, les aventuriers et les chercheurs.Parmi la multitude de projets d’habitats sous-marins connus, il y a quelques élucubrations tout à fait irréalisables dans l’état actuel des sciences et des techniques.Mais les progrès sont rapides et les réalistes d’aujourd’hui sont les rêveurs d’hier, argue-t-on.En 1895, Jules Verne décrivait une île flottante dans son roman l’fle à hélice.Avec sept kilomètres de long, cinq de large, cette île d’acier voguait dans le Pacifique, au grand plaisir de ses 10 000 habitants, de riches oisifs américains comme il se doit.À la fin du roman, elle sombrait dans un cyclone, mais, notait Jules Verne, «elle sera reconstruite un jour ou l’autre».De fait, plusieurs architectes proposè- rent des projets de cités flottantes ancrées, compléments des super-paquebots, dans les années 20 et 30.Mais il fallut attendre 1958 pour que soient publiés des projets plus élaborés: la Marina City dujaponais Kikutabé et les projets d’expansion de Tokyo sur sa baie par Kenzo Tangé et Paul May-mont.Ce dernier reprenait l’idée d’un îlot flottant comme satellite maritime de la principauté de Monaco en 1962 sous le nom de Thalassa.De l’avis des connaisseurs, Thalassa est un classique admirable dans ce type de recherches: forme ovale ouverte sur l’espace, orientation pour résister aux vents et aux courants, bâtiments en acier et en aluminium.À la même époque, et toujours pour les eaux territoriales de Monaco, l’architecte Édouard Albert proposait une structure flottante en forme de pentagone, étudiée avec le commandant Cousteau.En 1970, une équipe européenne dessinait «Acrocean-City», une tour flottante dont 24 niveaux sont immergés et sept au-dessus de la mer.À la même époque, fleurissaient les projets d’hôtels flottants et de centres culturels reliés à des marinas, et Buck- minster Fuller proposait sa cité tétraédrique de trois kilomètres de long «qu'on peut remorquer en pleine mer, si l’on veut», ajoutait-il généreusement.Parallèlement, l’exploration des fonds marins pour la recherche scientifique entraîna la réalisation de plusieurs structures d’habitat entièrement sous-marin.De nombreuses expériences ont permis d’étudier les obstacles que l'homme doit affronter pour vivre en profondeur.Elles ont servi de bancs d’essai pour la mise au point de laboratoires de grande profondeur.Le Centre d’architecture de la mer (C.A.M.) de Paris, qui regroupe autour de Jacques Rougerie une équipe pluridisciplinaire enthousiaste et dynamique, a notamment travaillé sur le centre de recherche Pulmo, qui pourrait faire vivre une équipe de chercheurs jusqu’à trois mois par — 4 000 m.La structure, sorte de grosse demi-sphère ajourée retenue par des ancres aux fonds marins, comporte différents laboratoires indépendants, en forme de bulles.La maison sous-marine Gala-thée, réalisée par le C.A.M.en 1977, représente un concept neuf et un pas de plus dans l’habitat marin.De forme oblongue, fermée à deux extrémités par des dômes en plastique acrylique transparents, elle est maniable et peut accommoder quatre à cinq personnes, à des profondeurs allant jusqu’à 60 mètres.Son esthétique est soigné et elle s’adapte très bien à son environnement marin, tout en offrant à ses habitants à la fois des aires de détente et de travail.En 1978, les chercheurs du C.A.M.ont aussi fabriqué des abris sous-marins légers, nommés Aquabulle.Comme des refuges en montagne, ils permettent aux plongeurs des haltes dans des espaces étanches et protégés, dans le périmètre d’intervention de Gala-thée.Tout ceci ne veut pas dire que l’homme va coloniser les fonds marins dès demain.Les handicaps psychologiques et sensoriels de la vie dans l’eau existent réellement, sans compter les limitations techniques d’approvisionnement en air, en énergie, et en ces mille et une douceurs de l’existence des terriens.De toute évidence, ce sont d’ailleurs les habitats lacustres ou de bord de mer, encore reliés au plancher des vaches, qui risquent de se développer de plus en plus.Plusieurs sont d’ailleurs en construction, dans la pure tradition des cités lacustres, mais avec une intégration plus poussée de l’environnement.C’est le cas des villages de fermes d’aquaculture modernes, construits récemment aux Philippines et au Japon.C’est le cas de marinas des États-Unis, plongeant de plus en plus loin vers la mer.La NASA, en particulier, a investi d’énormes sommes pour la réalisation de projets pilotes à Hawaii.De leur côté, les commerçants saisissent le filon, puisqu’on voit apparaître en Floride, après les hôtels et les motels, les «flotels», maisons amarrées sur des pontons.Il ne faudrait pas oublier non plus que l’industrie pétrolière s’avance vigoureusement sur les 14 septembre 1979 / QUÉBEC SCIENCE mers avec les plates-formes marines, de plus en plus grosses et de plus en plus complexes.De sorte que la «colonisation» des mers semble bien amorcée.Quelle se fasse de façon «douce» et harmonieuse, intégrée à la vie marine, comme le souhaite le directeur du C.A.M., Jacques Rougerie, ou de façon plus brutale mais efficace, comme le pratiquent les ingénieurs de compagnies de pétrole, c’est tout un débat dont les échos devraient bientôt nous toucher.En attendant, le capitaine Nemo et son Nautilus n’ont qu'à bien se tenir, les envahisseurs contestant son autorité suprême sur les fonds marins s’en viennent.Jean-Pierre Rogel NEUROBIOLOGIE L'ÉLECTRICITÉ CONTRE LA DOULEUR La possibilité de contrôler le cerveau humain par des stimulations électriques continue de susciter de vives inquiétudes chez certains.Mais tandis que la hantise du lavage de cerveau s’installe, on commence aussi à bénéficier des applications positives de la manipulation des zones profondes du cerveau.Ainsi un appareil portatif permettant de soulager la douleur a-t-il été récemment mis au point par le docteur Yoshio Hosobuchi, de l’Université de Californie à San Francisco.Il s’agit d’un petit stimulateur de courant électrique relié à un appareil radio portatif de la grosseur d’un paquet de cigarettes.Le stimulateur est implanté dans la poitrine du malade et est relié par des fils à des électrodes minuscules fixées sur la partie centrale du cerveau.Le passage d’un courant dans les électrodes déclenche la production de bêta endorphine, une substance chimique naturelle proche de l’opium, qui contribue activement à soulager la sensation de douleur.Après une stimulation de 15 minutes, le soulagement de la douleur peut durer de quelques heures à quelques jours, suivant le cas.À l’origine, le Dr Hosobuchi cherchait une façon d’éviter la toxicomanie qui se développe chez les malades qui prennent des médicaments opiacés pour soulager la douleur.Si, avec sa technique, il a résolu élégamment le problème de la dépendance pharmacologique, il n’a toutefois pas résolu entièrement le problème de l’accoutumance — c’est-à-dire de la nécessité de doses de stimulation électrique de plus en plus élevées pour obtenir le même soulagement de la douleur.Mais il a fait une découverte intéressante à ce sujet: il a isolé un acide aminé, le L-tryptophane, qui semble aider à diminuer l’accoutumance de façon significative.Cette découverte est d’ailleurs importante pour le traitement des toxicomanies en général et plusieurs biochimistes sont sur la piste de cette L-tryptophane.En attendant, l’appareil d’Hosobuchi suppose l’emploi de techniques très sophistiquées, notamment en ce qui concerne l’implantation des électrodes dans une zone profonde du cerveau.En fait c’est un appareil de recherche de pointe plutôt qu’un nouveau gadget-miracle à la portée de toutes les bourses, mais son avenir pourrait être prometteur toutefois.ENVIRONNEMENT LE GOLFE NOIR * ¦ « gpBg ^ T ^ .••tit 'J -V- Pour un peu, la plus grande catastrophe écologique maritime de tous les temps passerait inaperçue: c’est pourtant en ce moment qu’elle se déroule, dans le golfe du Mexique.L’explosion, qui s’est produite le 3 juin dernier sur la plate-forme de forage pétrolier «Ixtoc Un», a en effet déclenché la marée noire la plus importante de tous les temps.Trois semaines plus tard, on estimait à 125 000 tonnes le pétrole déversé du puits, mais surtout on abandonnait tout espoir de venir à bout de l’incendie qui s’est déclaré sur le site et donc de colmater ce puits.Ce qui veut dire que la seule solution possible est d’accélérer les deux forages complémentaires actuellement en cours afin de diminuer la pression du puits défectueux.Lorsque ceci sera réalisé — les experts pensent que ce ne sera pas avant les premiers jours de septembre — «Ixtoc Un», qui appartient à la compagnie nationale mexicaine Pemex, aura laissé s'échapper quelque 350 000 tonnes de pétrole.C’est beaucoup plus que l’Amoco Cadix en 1978 sur les côtes françaises ou que la plateforme Ekofisk en mer du Nord.La zone contaminée est une des plus riches du monde pour la reproduction des crustacés et plus de 400000 pêcheurs se retrouvent sans gagne-pain depuis début juin.Selon les experts, l’évaluation des dégâts ne sera pas terminée avant la fin octobre et l’écosystème marin de cette zone du golfe du Mexique, au large de Campêche et du Yucatan, sera profondément perturbé durant les six ou sept prochaines années.Certaines espèces de crustacés ou de poissons pourraient même disparaître totalement de la région.i i La naissance d'une centrale hydroélectrique Au Québec, l'électricité provient presque en totalité de ressources hydrauliques.Contrairement au reste du Canada et à beaucoup d'autres pays, où les sites hydroélectriques aménageables se font de plus en plus rares, les cours d'eau du Québec offrent encore des possibilités.Cependant, la sélection des sites est soumise à des critères techniques, économiques et environnementaux qui nécessitent des études s'échelonnant sur plusieurs années.Le cheminement suivi pour la sélection se fait en trois étapes qui permettent de s'assurer que le choix final de l'emplacement et le mode d'aménagement sont les meilleurs.Le cheminement est à peu près le même, qu'il s'agisse d'une centrale de base ou d'une centrale de pointe.Première étape: évaluation préliminaire du potentiel Il s'agit d'une recherche qui permet d'établir un répertoire de l'ensemble des sites hydrauliques et de leurs principales caractéristiques.On oriente d'abord les recherches en fonction des différents bassins hydrographiques, en commençant par les plus importants.Cette importance est déterminée par la superficie du bassin.Depuis les dernières années, les recherches sur les grands bassins, c'est-à-dire ceux dont le potentiel est supérieur à 100 MW, sont pratiquement terminées.Cinquante pour cent de ceux-ci ont déjà fait l'objet de recherches et d'une identification des sites.Pour les 50 % restants, on a seulement identifié le potentiel théorique sans faire de recherches de sites.Cette première étape consiste d'abord à rassembler toute la cartographie disponible, à l'échelle de 1:250 000 et 1:50 000, puis à étudier les renseignements géologiques et hydrologiques recueillis par différents ministères.On est alors en possession de données sur la géologie générale, la topographie à petite échelle et le débit modulaire des rivières.À l'aide de ces trois données, et par des méthodes de calculs simples, on définit les sites privilégiés et on détermine leur potentiel en se basant sur l'hydrologie et les possibilités de dénivellation, en vue d'un facteur d'utilisation de 80 %.Puis, faisant usage de facteurs de pondération appliqués à une dizaine de caractéristiques majeures telles que le potentiel, la distance des sources d’approvisionnement (en.\ les matériaux de construction), etc., on détermine les sites les plus favorables.Ces études conduisent à un répertoire de sites qui expose toutes leurs caractéristiques et facilite les choix au moment de procéder aux études préliminaires de faisabilité.Ce travail dure quelques semaines.Deuxième étape: études préliminaires C'est en fait l'étude de faisabilité.On reprend, de façon plus précise, les recherches de la première étape, assorties de reconnaissances sur le terrain et d'études des conditions géologiques et topographiques.On aborde ensuite la conception préliminaire des principaux ouvrages et les études de coûts et d'identification des impacts majeurs sur l'environnement.On évalue enfin le type de bar- rage et de centrale à construire et la meilleure façon d'aménager le bassin hydrographique.Cela fait ressortir les sites «acceptables» sur le plan technique, économique et environnemental.Cette deuxième phase se prolonge sur une période de un à deux ans.Troisième étape: avant-projet La dernière étape porte sur le choix du site et le mode d'aménagement, compte tenu des critères de rentabilité.On détermine les ouvrages et on précise l'aménagement du site.L'avant-projet comprend la conception détaillée de tous tes ouvrages —barrage, éva-cuateur de crues, centrale, déversoir, etc.— et l'évaluation de leur coût, et inclut une description et une évaluation des impacts sur l'environnement, tout en proposant aussi des solutions correctrices (mesures de mitigation).Cette étude est basée sur des cartes à l'échelle de 1:20 000 à 1:10 000, sur des relevés hydrologiques, géologiques et biologiques intensifs et sur une phase de communication (information et consultation) avec les publics locaux et régionaux et les ministères concernés par ce dossier.Cette phase permet de confirmer la rentabilité du projet et de décider de sa réalisation.Elle donne lieu à un rapport sur les études d'avant-projet en vue de la prise de décision du Conseil d'administration d'Hydro-Québec et de l'obtention des autorisations et permis gouvernementaux requis.Elle dure de trois à quatre ans.a Hydro-Québec Septembre 1979 PUBLIREPORTAGE LES NOUVEAUX ASILES Nos fous sont les enfants du Largactil et de la Révolution tranquille par Yanick Villedieu «Guérir la schizophrénie?Comment le pourrait-on?On ne sait même pas ce qu'on traite.» C'est un psychiatre, Luc Blanchet, un psychiatre pas très orthodoxe il est vrai, qui laisse tomber cette affirmation.Catégorique.Trop, peut-être.Dure aussi.Mais qui résume toutefois très bien l'impression dominanteque l'on retire d'une dizaine de jours de rencontres, d'entretiens, de visites au royaume-enfer de la schizophrénie.Ou des schizophrénies, faudrait-il plutôt dire, tellement ce mot fourre-tout recouvre de réalités aux contours souvent incertains, de pathologies qui ne sont pas nécessairement pathologiques aux yeux de tout le monde, d'expériences et de situations prêtant à une incroyable diversité d'interprétations, de points de vue, d'opinions, d'approches, de formules thérapeutiques.Et aussi, disons-le, avant d'aller plus loin dans le nôtre, de discours sur la schizophrénie.Avec bien souvent, au beau milieu de tout cela, le silence du fou.Bref, ce que Pierre Migneault, un autre psychiatre, pas tout à fait comme les autres lui non plus, appelle «la danse autour du psychotique».ÉLASTIQUE ET CONTESTÉ Premier pas de la danse: définir ce dont on parle.D'emblée, c'est le malaise.Car la schizophrénie, c'est par ses symptômes, ses manifestations extérieures qu'on la définit.Le Vocabulaire psychiatrique de l'Association canadienne pour la santé mentale parle de «trouble affectif grave, d'intensité psychotique, caractérisé par un retrait de la réalité avec déformations délirantes, hallucinations, discordance affective et conduite régressive».On précisera parfois en expliquant que le sujet a fortement tendance à se replier sur soi, à se désintéresser du monde qui l'entoure, à perdre toute motivation, à ne plus même être capable de vivre le plaisir.Ou alors qu'il se montre inapte à faire face à sa situation familiale, sociale, professionnelle.Comme si on décrivait la grippe exclusivement en termes de comportements bizarres, de bouffées fiévreuses, de découragement devant la tâche à accomplir et de perte d'intérêt à l'égard des choses et des gens — et non pas en termes d'infection virale se manifestant de telle ou telle façon —, on nomme donc schizophrénie tout un ensemble, plus ou moins bien défini, de comportements, de réactions, d'attitudes.Pour essayer d'y voir un peu plus clair, on y va de sous-catégories, elles aussi définies par les symptômes généralement prédominants, mais qui ne leur sont pas nécessairement exclusifs.Appartenant de plus à la grande famille des psychoses, la schizophrénie n'est pas toujours facile à distinguer d'autres pathologies-sœurs: entre la schizophrénie schizo-affective et la psychose maniaco-dépressive par exemple, la différence est une question de nuances, d'appréciation un peu subjective, pas d'épreuves de la laboratoire ni de tests objectifs.Flou, imprécis, élastique, le concept de schizophrénie reste discuté, contesté.Bien sûr, il existe des cas patents, des «beaux cas» de schizophrénie.«Dans 70 pour cent des cas diagnostiqués, note un psychiatre de Québec, Yvon Garneau, 90 pour cent des psychiatres seront d'accord avec le diagnostic posé.Mais sur les 30 pour cent restants, il peut souvent y avoir désaccord.En Amérique du Nord, ajoute-t-il, on va plus vite en affaire qu'en Europe où le terme de schizophrénie n'est employé que dans les cas de détérioration grave de la personnalité: ici par contre, on parle plus volontiers de réactions schizophréniques, ce qui est un concept plus large.» Selon le directeur du département de psychiatrie de l'université McGill, Maurice Dongier, on pose effectivement «trop légèrement» le diagnostic de schizophrénie en Amérique du Nord: «Dans 30 à 40 pour cent des cas, dit-il, on devrait plutôt parler de psychose aiguë».Mais qu'on parle de réactions schizophréniques ou de schizophrénie comme telle, on parle toujours d'une maladie mentale grave, affectant profondément la personnalité sur les plans psychique, affectif et comportemental, associée à un délire et accompagnée d'hallucinations.Et l'on parle aussi — ce point est de première importance —d'une maladie chronique, d'une maladie au long cours.LE COUP DES FAUX PATIENTS C'est autour du constat de la valeurtoute relative du diagnostic de schizophrénie que s'est articulée, en bonne partie, la critique de l'approchetropexclusivement médicale de ce phénomène.Jérôme Guay, professeur à l'École de psychologie de l'université Laval, rappelle les résultats de plusieurs études montrant bien, selon lui, que «n'importe qui, aussi bien patient qu'acteur ou chercheur, peut manipuler à volonté ce diagnostic».On a par exemple pu démontrer que la classe sociale du patient avait un impact direct — on devine dans quel sens — sur la gravité du diagnostic posé.Ou qu'un patient souffrant d'une pathologie légère, mais présenté comme pauvre, était jugé comme plus sévèrement atteint qu'un patient souffrant de pathologie grave, mais présenté comme riche.«Mais plus encore que la classe sociale ou le salaire des patients, note Jérôme Guay, il a été montré que leurs opinions politiques de même que leur attitude face aux psychiatres influent sur le diagnostic psychiatrique.Dans une recherche, on a pu constater que plus le patient était gauchiste, plus il était jugé comme perturbé.Mais l'impact le plus important a semblé venir des insultes dirigées contre les professionnels de la santé mentale.» L'exemple le plus célèbre — et le plus troublant — de manipulation du diagnostic de schizophrénie est celui de Rosenhan: lui et sept autres personnes parfaitement saines d'esprit, simulant un des symptômes bien connus de la schizophrénie (entendre des voix), ont réussi à se faire hospitaliser dans huit hôpitaux différents.Le diagnostic?Dans 7 cas: schizophrénie.La durée moyenne de l'hospitalisation?Dix-neuf jours, avec un minimum de 7 et un maximum de 52 jours.Le diagnostic à la sortie?Schizophrénie «en rémission», autrement dit provisoirement inapparente.Et cela, malgré le fait qu'immédiatement après avoir été hospitalisés, les pseudo-patients se soient remis à avoir un comportement naturel et aient bien précisé qu'ils n'entendaient plus de voix.Malgré le fait aussi que plusieurs personnes se soient douté de la supercherie: des patients, des vrais.Le plus inquiétant toutefois est que la direction d'un hôpital, où l'on avait appris les résultats de l'expérience, a défié Rosenhan de réussir le coup avec son personnel.Rosenhan releva le défi.Il affirma qu'il ferait hospitaliser un ou des pseudo-patients au cours d'une période de trois mois déterminée à l'avance.Sur les 193 patients admis en psychiatrie pendant cette période — et tout le personnel de l'hôpital avait été averti d'être sur ses gardes —, 41 furent jugés comme étant des pseudo-patients par au moins un membre du personnel; 23 furent considérés suspects par au moins un psychiatre et 19 par un psychiatre et un autre membre du personnel.Pourtant, Rosenhan n'avait envoyé aucun pseudopatient à l'hôpital durant les trois mois de la contre-expérience.BIOLOGIQUE OU PSYCHOLOGIQUE Tout cela, bien entendu, ne veut pas dire que schizophrénie et schizophrènes n'existent pas.Des personnes souffrent, et d'une souffrance difficile à imaginer.Elles sont atteintes d'un mal sur lequel on en ignore sans doute encore beaucoup, mais qui n'en est pas moins réel.«Il est sûr qu'il n'est pas toujours facile de diagnostiquer la schizophrénie, admet Yvon Garneau, qui exerce la psychiatrie et dans un hôpital général et dans un grand hôpital psychiatrique de Québec, Robert-Giffard (naguère Saint-Michel-Archange).Cette difficulté provient du fait que nous sommes en présence d'un phénomène très humain: on fait tous des rêves schizophrènes, on a tous un inconscient.Et le schizophrène, c'est une personne dont l'inconscient sort par tous les pores de la peau, sans barrières.» Mais pourquoi, chez certains, cette espèce de débordement incontrôlable de l'inconscient?Qu'est-ce qui cause, en d'autres mots, cette maladieterriblement humaine?Un événement ou une série d'événements malheureux se répercutant profondément dans la personnalité de l'individu?Ou un dérèglement de nature physiologique au niveau du cerveau?Devient-on schizophrène et si oui, pourquoi?Ou, au contraire, le naît-on?Poser de telles questions, c'est, inévitablement, déchaîner des passions.Ou, à tout le moins, donner l'occasion de solides empoignades entre tenants de chacune des thèses en présence.En mettant les choses au plus simple, deux points de vue s'affrontent en effet quand il s'agit d'expliquer la cause de la schizophrénie: un point de vue organique, biologique d'une part, et un point de vue psychologique et sociologique d'autre part.Dans le premier cas, on cherche à identifier le mécanisme neurologique et biochimique défectueux chez le malade — et on dit l'avoir presque sûrement trouvé.Dans le second cas, on essaye plutôt de découvrir comment, pourquoi et quand l'individu a «appris» sa schizophrénie — ou même, plus prosaïquement, comment la lui faire désapprendre. 18 DES MESSAGERS CHIMIQUES Le moins qu'on puisse dire, c'est que les tenants de la thèse organique ont le vent dans les voiles depuis déjà quelques années.Et même, dans une certaine mesure, depuis plus d'un quart de siècle, alors que commençait, en 1952, la «révolution pharmacologique» en psychiatrie: le fait en effet que des substances chimiques puissent agir sur les manifestations de la schizophrénie milite nettement en faveur d'une interprétation biochimique des causes de cette maladie.Ces médicaments, les neuroleptiques pour les appeler par leur nom, on n’en connaît toujours pas parfaitement le mode d'action.Ce qu'on a appris cependant, c'est que tous les membres de cette famille assez nombreuse ont au moins un point en commun: ils agissent comme des inhibiteurs de la dopamine, l'un de ces neurotransmetteurs dont la découverte aura marqué un point tournant dans l'histoire de la neurobiologie.Le cerveau humain, on le sait, est composé de dizaines de milliards de cellules nerveuses, les neurones.Entre deux neurones, au niveau de cette zone de contact hautement spécialisée qu'on appelle la synapse, les influx électriques circulent sous forme de substances chimiques messagères: ces substances, ce sont justement les neurotransmetteurs.C'est sur leur mode d'action que se situent les recherches de pointe qui permettront peut-être, si la piste est bonne, d'élucider un jour l'énigme de la schizophrénie — et de plusieurs maladies mentales graves en général.Comme les neuroleptiques améliorent les manifestations schizophréniques et comme ils agissent par blocage de la dopamine, il est logique de penser que le schizophrène souffre d'une hyperactivité du système dopaminergique.«Plus récemment cependant, note Claude de Montigny, psychiatre et chercheur en neurobiologie à l'Université de Montréal, on a montré qu'il fallait plutôt mettre en cause les récepteurs à dopamine, c'est-à-dire ces sites spécialisés qui rendent le neurone sensible à l'action du neurotransmetteur.Selon ce modèle d'explication donc, il y aurait, chez le schizophrène, hypersensibilité à la dopamine: des études ont mis en évidence l'existence, chez des malades décédés, d'un plus grand nombre de récepteurs à dopamine que chez des individus normaux comparables à la fois par l'âge et par le sexe.» Pourtant, ajoute le chercheur, il convient de rester «extrêmement prudent» face à de tels résultats, puisqu'on sait que l'administration de neuroleptiques pendant une longue période a pour effet, entre autres, de provoquer une augmentation du nombre de récepteurs sensibles à la dopamine.CAMISOLE DE FORCE LE «TRANQUILLISANT» DU DR RUSH LWst ¦l tinwiiiMjji; Le T9e siècle a aussi développé ses méthodes de «tranquilliser» les malades trop agités.Le Dr Rush pensait même que son «tranquillisant», en plus d'immobiliser le malade devenu trop violent, avait aussi un pouvoir curatif! septembre 1979 / QUÉBEC SCIENCE LES FAMILLES DE SCHIZOPHRÈNES Même si l'on devait montrer que d'autres principes biochimiques plus fondamentaux encore sont à l'origine de la schizophrénie (on pense en effet que ce dérèglement du système dopaminergique pourrait être plus apparent que réel et qu'il faudrait, en fait, incriminer un autre système neurologique).Un fait s'impose: de plus en plus, les bases biologiques, organiques de la schizophrénie apparaissent comme existant bel et bien.D'ailleurs, une autre série de faits vient étayer cette thèse: la schizophrénie — et en tout cas ses formes les plus caractéristiques et les plus graves — est en bonne partie héréditaire.Il existe, comme on dit de façon un peu brusque, des «familles de schizophrènes».Plus élégamment, on estime à 10 pour cent le risque d'apparition de la maladie dans la parenté proche d'un schizophrène.De plus, des études sophistiquées effectuées avec des jumeaux (qui, en soi, ne sont pas plus sensibles à la schizophrénie que la population en général) ont montré que pour ce genre de trouble affectif grave, il existe environ 50 pour cent de chances de voir la maladie se manifester chez le jumeau vrai d'un patient, alors que le risque n'est pas plus élevé pour le faux jumeau que pour un quelconque autre membre de la fratrie.Bien sûr, rétorquera-t-on, des jumeaux n'ont pas que leur bagage génétique en commun: leur héritage familial, culturel et social, bref les déterminants environnementaux sont les mêmes et peuvent avoir les mêmes conséquences sur leurs personnalités.Pour faire la part, toutefois, entre facteurs héréditaires et facteurs environnementaux, une étude d'envergure a été effectuée au Danemark auprès d'enfants adoptés, donc séparés de leur famille biologique en très jeune âge.Et les résultats sont clairs: «On constate toujours que la schizophrénie se propage au sein des familles, écrit Seymour Kety, professeur de psychologie à la Harvard Medical School et responsable de la recherche, mais on voit maintenant que cette maladie atteint presque exclusivement les membres de la famille biologique, dont les schizophrènes n'ont partagé qu'en partie, et parfois pas du tout, l'environnement.Les membres des familles adoptives des schizophrènes, qui les ont élevés et ont partagé leur environnement, ne montrent pas plus de tendances à la schizophrénie que l'ensemble de la population.» UNE QUESTION DE POIDS Tout porte donc à croire, pour reprendre les mots de Maurice Dongier, de McGill, en «un faisceau d'arguments très forts montrant qu'il existe des prédispositions QUÉBEC SCIENCE / septembre 1979 biologiques à la schizophrénie.Pas une fatalité, mais une fragilité.» Car même les plus «organicistes» admettent que les facteurs environnementaux —familiaux, psychologiques, culturels, sociaux — jouent un rôle non négligeable dans le processus conduisant à la schizophrénie.De la même façon, la majorité des «envi-ronnementalistes» admet, à un degré ou à un autre, qu'un individu «craque» à cause des circonstances sans doute, mais aussi parce qu'il présentait une certaine vulnérabilité biologique à la maladie.Ce n'est donc peut-être pas tellement le fait de croire ou de ne pas croire en l'existence de bases biologiques à la schizophrénie qui provoque les antagonismes — et ils sont parfois aussi vigoureux que fondamentaux — entre spécialistes ou praticiens de la santé mentale.C'est plutôt le poids qu'on accorde, dans son système d'interprétation et donc dans sa façon d'intervenir, à chaque facteur explicatif.Le psychiatre, médecin de formation, est de plus en plus soucieux d'affirmer son statut de scientifique à la fois face aux médecins des autres spécialités médicales et face aux travailleurs de la santé mentale des autres disciplines.Par ailleurs grand manitou de Larme chimique qu'est le médicament, le psychiatre, donc, a tendance à favoriser l'approche biologique et pharmacologique de la schizophrénie.Le psychologue, qui a dû et doit encore jouer très fort des coudes pour se tailler une place sur le marché de la psyché souffrante, parle en termes de dysfonctionnement, de comportements problématiques, déficitaires ou inappropriés, et entend faire de la formation, voire du conditionnement, avec celui qu'il ne considère plus comme un malade, mais comme un handicapé.Pour d'autres, c'est la famille qui est responsable de l'apparition du syndrome schizophrénique.Et c'est au niveau de la famille qu'il faudra intervenir, pour y modifier l'équilibre des relations interpersonnelles qui condamnaient un membre du groupe à la schizophrénie.Pour les tenants de l'école psychanalytique, qui parlent par exemple de «mère schizophrénogène», c'est dans l'inconscient du patient qu'il faut aller chercher les racines profondes de la maladie, cette issue de secours symbolique que l'enfant a dû choisir en désespoir de cause, pour fuir des conflits impossibles à résoudre.Selon d'autres encore, c'est la société dans son ensemble qu'il faut incriminer, et au premier chef les institutions qu'elle se donne pour enfermer et réprimer la maladie mentale — pour l'inventer, disent même ces empêcheurs de calmer en rond que sont les fameux «anti-psychiatres».De son côté enfin, et conformément à la vision et à l'approche politiques des problèmes de santé mentale qu'il a déve- loppées alors qu'il travaillait en milieu défavorisé, à la clinique communautaire de la Pointe-Saint-Charles, Luc Blanchet insiste sur la dimension essentiellement politique et sociale du problème de la schizophrénie: «Ce problème, dit-il, ne se pose pas et ne se vit pas de la même façon dans toutes les classes sociales — ne serait-ce qu'au niveau du diagnostic dont la sévérité, entre autres choses, est fonction de variables socio-économiques.» LA RÉVOLUTION TRANQUILLISANTE Multiplicité des interprétations, des points de vue, des approches, des formules thérapeutiques, disions-nousen commençant.C'est un fait.Et ce presque-pays dans un presque-pays qu'est la schizophrénie au Québec n'est pas facile à cerner, à comprendre, à présenter de façon un tant soit peu exhaustive.Élément central du paysage, omniprésent, tantôt lourdement visible et tantôt très discret, souvent décrié et même vomi dans tous les sens du mot, à la fois meilleure et pire des choses: le médicament, le neuroleptique.Ici comme ailleurs, on a vécu la «révolution psychopharmacologique» commencée au tout début des années 50 avec l'introduction de la chlorpromazine, le célèbre Largactil.Ce fut, en quelque sorte, la révolution tranquillisante.Pour la première fois, on possédait un instrument efficace pour calmer les états de crise et soulager les souffrances au long cours.On en a usé et, on le sait, abusé.Toujours est-il qu'on a pratiquement pu réduire de moitié la clientèle des asiles psychiatriques.Et même, comme ce fut le cas à Sherbrooke au début des années 60, arrêter les travaux de construction d'un nouvel asile.Mais comme tous les miracles, les neuroleptiques ont leur côtéfléau.Même si les psychiatres réagissent avec vigueur à la réputation de «camisole chimique» que ces médicaments se sont fabriquée, il faut entendre le récit d'un patient — un patient de 1979, pas de 1952 — pour comprendre ce dont il s'agit.Physiquement, c'est parfois terrible.Moralement, c'est souvent écrasant.Le malaise et la maladie, vus par le patient, c'est le médicament qui les cause; on a la gorge sèche ou l’on fait l'hypersalivation, on se sent incapable de faire quoi que ce soit et notamment de parler pour expliquer ce qu'on ressent, on est pris de tremblements incontrôlables, on grimace ou Ton a ce regard vide de drogué qui est le regard même de la folie moderne.C'est de ce bien-là qu'on parle quand on dit qu'on se sent mieux.Bien sûr, on n'a pas grand-chose d'autre.Bien sûr, les produits et les doses peuvent être prescrits avec intelligence et modération et on connaît maintenant des médicaments qui ont pour effet de réduire les effets indésirables des neuro- 19 leptiques.Mais tout cet arsenal pharmacologique est loin d'être l'idéal.Comme le dit le psychologue Jérôme Quay, de l'université Laval, «les neuroleptiques, ce n'est jamais que du réalisme thérapeutique».«Si j'avais cinq schizophrènes à traiter au cours des 30 prochaines années, dit pour sa part Luc Blanchet, je n'emploierais pas de médicaments; si j'en avais 500, j'en utiliserais un peu; mais si j'en ai 5 000.» Ceci dit, les neuroleptiques ne guérissent pas la schizophrénie, ils en suppriment ou en atténuent certains symptômes gênants, comme l'agitation, le délire, les hallucinations.«Malheureusement, explique Maurice Dongier, la chimiothérapie de la schizophrénie est loin d'être satisfaisante.Les médicaments dont nous disposons actuellement sont, à toutes fins utiles, sans effet sur les symptômes dits négatifs de la maladie; ils ne font rien au désintérêt, au renfermement sursoi, au manquedegoûtetdeplaisirde vivre que ressent le patient.» DE 5 000 MALADES A 2700 BÉNÉFICIAIRES Nos fous sont les enfants du Largactil et de la Révolution tranquille.La chimie fournissant les moyens et la technocratie fixant les règles du jeu, on a inventé, ces dernières années, de nouvelles façons de «manager» les malades.Fini par exemple, du moins dans la grande majorité des cas, ce «gardiennage de schizophrènes» auquel se réduisait finalement l'activité des asiles.Rebaptisés «centres hospitaliers» pour la circonstance, ils ont pour ambition de traiter et pour projet de réhabiliter leurs pensionnaires, parfois même les plus anciens.De l'intérieur par exemple, l'hôpital psychiatrique veut changer, se trouver un style et une vocation.C'est du moins ce qui semble ressortir d'une visite à un centre hospitalier spécialisé comme Robert-Giffard, à Québec.Les bâtiments du campus — énorme monument rappelant tout à la fois Ubu et les affres du siècle dernier, celui qui s'est terminé dans les années 50 —, les bâtiments n'ont plus de barreaux aux fenêtres.On entre.C'est de la bonne et classique architecture institutionnelle.Mais les temps changent.Derrière la façade, on rénove ici et là, abaisse des plafonds, brise les enfilades de couloirs, met de la couleur, ouvre des salles de sport, d'ergothérapie et de conditionnement physique.Le printemps dernier, on a même construit une terrasse de café à Robert-Giffard.Pour les résidents.Au coup d'œil, du moins pour le visiteur, tout cela aurait presque quelque chose d'humain.Ou en tout cas, quelque chose de différent par rapport à ce qu'on s'attendait à trouver avant de pénétrer dans cet endroit réputé interdit. 20 Un fait est à noter: ici, comme dans tous les autres hôpitaux psychiatriques, la clientèle est remarquablement moins nombreuse que par le passé.Du temps où Robert-Giffard s'appelait encore Saint-Michel-Archange, on a eu souvent plus de 5 000 malades.Aujourd'hui, on n'a pas 2 700 bénéficiaires.Le vocabulaire, lui aussi, tend à changer.Les deux tiers, soit environ 1 800 personnes, relèvent de la section centre d'accueil de l'hôpital; parmi eux, des «autonomes fonctionnels» qui, à la limite, ne consomment ici que des services d'hôtellerie et pourraient vivre à l'extérieur pour peu qu'ilsy soient motivés, des «potentiellement autonomes», que l'on pourrait ou pourra peut-être amener à vivre un jour en dehors de l'institution, et enfin des «multihandicapés» mentaux et physiques.Quant à l'autre tiers de la clientèle de Robert-Giffard, il appartient à la section centre hospitalier proprement dit et y reçoit des soins spécialisés (l’urgence) ou des soins prolongés.À noter au passage que l'ensemble de ces 2 700 résidents font vivre plus de 3 000 employés, parmi lesquels une pléiade de professionnels de la santé mentale.70 POUR CENT DE RÉUSSITE Mais y a-t-il véritablement du nouveau dans les vieux murs de l'asile?Dans une certaine mesure, oui.Du moins si l'on s'en tient à certaines expériences pilotes, à certaines tentatives effectuées en vue de redonner au résident un statut de personne à part entière et non plus de malade morcelé en autant de partiesqu'il existe d'intervenants professionnels.Au centre d'accueil de Robert-Giffard par exemple, on vient de mettre en place de petites «unités de vie» dont l'aménagement physique est calqué sur un modèle très peu médico-hospitalier: la maison unifamiliale.Quelques chambres, une salle de séjour, une cuisinette, une salle de bain.Cinq ou six résidents, schizophrènes pour la plupart, y vivent ensemble, avec deux éducateurs.L'expérience, menée sur une échelle toute expérimentale il est vrai, semble prometteuse si on en croit les responsables.On peut même imaginer qu'une fois bien familiarisés l'un à l'autre, les membres d'une unité, bénéficiaires comme éducateurs, s'en aillent vivre ailleurs qu'à l'hôpital.Autre exemple: le travail d'une équipe de psychologues qui, sous le nom de «module behavioral», a fonctionné durant plus de six ans à Robert-Giffard.Le «module» comme tel est aujourd'hui démantelé, n'ayant pas survécu à un conflit psychologues-psychiatres qui soit dit en passant, saute auxyeuxsitôtqu'on se promène un peu dans le monde de la santé mentale.Quoi qu'il en soit, les résultats obtenus étaient plutôt bons sur le plan de la réadaptation: les bénéficiai- res, pour la plupart des schizophrènes chroniques, de ces cas «avec lesquels on avait tout essayé et rien réussi», pouvaient sortir de l'hôpital dans une proportion de 65 à 70 pour cent, après une quinzaine de mois passés au module.Leur durée moyenne d'hospitalisation, pourtant, était de 14 années au début de l'expérience, en 1970.«On a même réussi à faire sortir une personne qui était hospitalisée depuis 41 ans», raconte Jacques Côté, l'un des artisans de l’expérience.Pour ces psychologues behavioristes, le débat sur les causes de la schizophrénie n'avait qu'une importance secondaire.Ce qui comptait, c'était d'encourager le bénéficiaire, graduellement, à assumer de nouvelles responsabilités, à conquérir une certaine autonomie.«En général, raconte encore Jacques Côté, on commençait par diminuer les doses de médicaments parce qu'ils inhibent, dans une certaine mesure, les facultés d'apprentissage.Puis notre intervention se situait à deux niveaux: d'abord, priver, sevrer le bénéficiaire des «avantages» institutionnels classiques qui, en fait, développent sa dépendance et font de lui un malade chronique; ensuite, favoriser l'apprentissage de comportements de la vie quotidienne et créer un état d'esprit favorable à la réadaptation dans le monde extérieur.» Pour obtenir ce genrede résultats, un système de récompense et de non-récompense était utilisé, système qui se matérialisait par l'attribution de jetons avec lesquels le bénéficiaire pouvait subvenir à certains besoins quotidiens.DE NOUVEAUX ASILES?Les méthodes behaviorales ont quelque chose de la carotte et du bâton, c'est un fait.On peut aussi se demander dans quelle mesure cette thérapie du comportement — à l'instar d'ailleurs du médicament qu'administre le psychiatre — ne fait pas que calmer les symptômes de la schizophrénie beaucoup plus qu'elle ne traite la schizophrénie elle-même.Mais les résultats étaient là.Et le taux de réhospitalisation plutôt faible.«La principale cause de retour à l'hôpital, explique Jacques Côté, c'était le manque de ressources d'accueil pour le bénéficiaire qui sortait de l'institution, souvent après y avoir fait un fort long séjour.» Car c'est bien là, en effet, que le bât blesse.Qu'on «déshospitalise» des chroniques, schizophrènes ou autres, par les moyens que l'on veut, «le» problème reste leur réinsertion dans le monde dit normal.«Quand on est à l'hôpital, dit un schizophrène, ce n'est pas parce qu'on s'y sent bien qu'on veut y rester: c'est parce qu'on a peur du monde extérieur.» Et il faut bien reconnaître que dans le bel et grand mouvement d'ouverture des asiles qu'on a entrepris depuis une dizaine d'années — pris entre la générosité humanitaire, le septembre 1979 / QUÉBEC SCIENCE réalisme thérapeutique et le calcul de technocrates en mal de coupures budgétaires —, on y est allé parfois de façon plutôt expéditive.«Le résultat?s'interroge le directeur du département de psychiatrie de McGill.Il n'y a pas de quoi s'en vanter.Autrefois, c'était- l'asile.Aujourd'hui, c'est encore l'asile, celui qu'on refait en silence, dans le milieu.Car prendre véritablement des gens en charge, les aider à trouver et à assumer un peu d'autonomie, cela, c'est long, difficile.Et extrêmement coûteux.» Nouveaux asiles ou pas — les réalités et les perceptions qu'on peut en avoir sont multiples —, une foule de lieux d'aide, d'accueil et d'hébergement se développe maintenant à l'extérieur des institutions psychiatriques, parfois comme leur prolongement officiel, parfois comme leur contestation.Le meilleur exemple de prolongement de l'hôpital, c'est sans doute celui du service des ressources extérieures de Robert-Giffard, un service dont la clientèle est, à 80 pour cent, composée de schizophrènes.«Ici, dit le responsable à la programmation, Wilfrid Pilon, un psychologue, nous n'acceptons pas cette espèce de fatalisme biologique qui fait dire, à la limite: schizophrène un jour, schizophrène toujours.Nous croyons au contraire que la schizophrénie est un comportement appris et qu'il y a toujours lieu de se demander, face à tel individu, ce que l'on peut faire avec lui en termes de réinsertion sociale.«On a appris, poursuit-il, que le motif du retour en milieu hospitalier, c'est presque toujours des problèmes d'ordre psycho-socio-économique, et rarement de nature médicale à proprement parler.Nous mettons donc à la disposition des bénéficiaires qui sortent de l'hôpital tout un éventail de ressourcesqui vont l'aider, de façon progressive, à «graduer» dans le monde extérieur.» Créé à l'automne 1977 et employant actuellement une soixantaine de personnes, le S.R.E.offre, sur le plan de l'hébergement et sur celui du travail, des services où l'individu devra de plus en plus faire preuve d'autonomie.C'est ainsi que, depuis le centre d'accueil jusqu'à la maison de chambre ou à l'appartement supervisés, en passant par le foyer de groupe et le centre de réadaptation, le passage de l'hôpital à la résidence autonome peut se faire au rythme et selon les capacités de chacun.De la même manière, le retour au monde du travail peut commencer par l'atelier d'apprentissage, puis par l'atelier protégé, et se poursuivre par le «plateau de travail» en milieu industriel et à salaire minimum.Actuellement, près d'une cinquantaine d'ex-résidents de Robert-Giffard travaillent au Hilton de Québec, dans des conditions analogues à celles des autres employés.Pour plusieurs d'entre eux, c'est l'ultime étape à franchir avant de pouvoir voler de leurs propres ailes et QUÉBEC SCIENCE / septembre 1979 21 rentrer sur le marché du travail compétitif.AU SALAIRE MINIMUM.ET MOINS D'évaluation critique des résultats obtenus par le service des ressources extérieures, il ne s'en est encore guère faite: le programme a tout juste deux ans.Ce qu'on sait, c'est que sur les quelque 600 personnes qui ont utilisé ce service, une trentaine ont été réhospitalisées.Ce qu'on sait aussi, c'est que seulement cinq ou six personnes parmi celles qui travaillent au Hilton ont encore à se prévaloir des ressources de l'hôpital.Pourtant, et sans minimiser en aucune façon ce genre d'approche, on peut se demander si ce programme de «normalisation» par et pour le travail n'est pas, en fin de compte, le meilleur allié, le meilleur complément de l'approche médicale et pharmacologique — normaliser en tranquillisant — contre laquelle on prétend s'insurger.La médication, certes, est plus légère, et c'est tant mieux.La dépendance de l'individu vis-à-vis de l'institution est fortement diminuée, et c'est tant mieux.Sa marge d'initiative personnelle est augmentée, et c'est tant mieux.Mais c'est dans un monde somme toute pas très rose qu'on réinsère l'ex-bénéficiaire — dans celui des tâches peu valorisantes et du salaire minimum.Et parfois moins.«Aller fabriquer des mop-pes ou du savon à vaisselle dans un atelier protégé pour 10dollars par semaine, dit un ex-patient, merci pour moi.» Tout cela, pourtant, ne veut pas nécessairement dire qu'une personne qui a vécu un épisode de maladie mentale ou qui vit un handicap comme la schizophrénie n'ait pas envie de trouver du travail.«Au contraire, explique Jean-Claude Hébert, travailleur social à L'Arbre, un service de placement dont les usagers sont en très grande partie des schizophrènes.Quand nous réussissons à trouver la bonne place pour la bonne personne, le taux de satisfaction, mesuré en terme de stabilité dans l'emploi, s'avère excellent.» PSYCHIATRIE POLITIQUE: ICI AUSSI Mais le schizophrène ne peut-il choisir qu'entre l'hôpital d'une part et une réinsertion «normalisante» dans et par le travail d'autre part?Plusieurs le contestent, qui cherchent à définir de nouvelles approches du problème de la santé mentale.À Québec par exemple, un petit organisme comme La Chaumine se donne pour but d'éviter l'hospitalisation ou la réhospitalisation de jeunes qui souffrent de problèmes de santé mentale.«Quand tu es seul, explique-t-on à La Chaumine, et que tu ne te sens pas bien, ton réflexe est d'aller te remettre entre les mains d'un médecin, de te réfugier à l'hôpital.Pourtant, les médicaments qu'on va te donner ne régleront rien pour vrai.Au contraire.En fait, la meilleure pilule, c'est quand on est ensemble.» Écouter les jeunes qui fréquentent La Chaumine, c'est entrer de plain-pied dans le cauchemar de l'univers psychiatrique tel que vécu par les malades.Marginaux parmi ces marginaux que sont les jeunes, ils parlent en termes de répression, de perte de droits, de défense à organiser.«Quand on rentre, c'est de force.Cest la police qui vientte chercher.Et qui te matraque au besoin.» Ou encore: «Tout ce qu'on sait quand on retourne là-bas, c'est qu'il faut se défendre contre eux: car, quand tu arrives, ils te font donner une signature et après, avec ça, c'est le médecin qui décide de tout, absolument.» Ou bien: «En psychiatrie, tu es toujours un cobaye.» La Chaumine — et ce n'est évidemment pas le seul organisme de ce genre — c'est l'îlot de secours, l'arche essentielle, sur laquelle on embarque pour raison de survie: il suffit d'y passer une soirée pour le comprendre.C'est fragile comme une coque de noix et immense comme l'amitié qu'on y met dedans.Plus structuré sans doute, et peut-être plus radical aussi, le groupe «Action-Santé» (mentale) de la Clinique communautaire de la Pointe-Saint-Charles, à Montréal, se présente également comme une alternative à la psychiatrie officielle, accusée de faire le jeu du système économique en place.«La psychiatrie, dit un psychiatrequi a longtemps travaillé à la Clinique, Luc Blanchet, a chez nous aussi un rôle politique, un rôle de classe.Son rôle social, de plus, est d'étiqueter celui qu'elle diagnostique comme malade: c'est lui —c'est l'autre — qui est fou.Et ce fou-là, c'est un individu qui souffre d'une maladie individuelle.«Dans notre optique, poursuit Luc Blanchet, les problèmes de santé mentale ont fondamentalement une dimension collective qui les rend impossibles à individualiser.Et cette approche sociale, relativement aisée dans un quartier au tissu social fort comme l'est celui de la Pointe, s'est avérée des plus fécondes.On a par exemple pu démédicaliser considérablement les problèmes, en laissant le plus possible les gens dans leur milieu, sans leur coller d'étiquette, en multipliant les réseaux naturels de communication et d'entraide, en favorisant la prise en charge collective.Et aussi, bien entendu, en limitant au minimum l'utilisation des neuroleptiques: aussitôt que quelqu'un nous arrivait du Douglas (l'hôpital qui dessert ce quartier), on coupait automatiquement les doses par deux.Tout cela parce que l'intégration sociale, ça fait quelque chose que le Largactil ne fait pas.» LES OUBLIÉS Les neuroleptiques, a-t-on dit, ne guérissent pas: ils ont tout juste permis de déplacer un problème qu'ils n'ont pas réglé, de sortir la schizophrénie hors de l'asile traditionnel, de mettre en quelque sorte une bonne couche de pommade sur le mal: c'est déjà un acquis, quoi qu'on en dise.Comme sont intéressants les efforts de réadaptation, même si l'on doit admettre qu'on réadapte les malades à une société elle-même malade.Et même s'il faut bien comprendre, comme le dit Jérôme Quay, qu'un dilemme profond subsiste: «Jusqu'à quel point l'adaptation à la société détruit-elle l'originalité et la richesse du schizophrène, et jusqu'à quel point le respect de cette originalité condamne-t-il le schizophrène à une marginalité pénible à supporter?» Reste aussi, au bout de tout cela, le constat de notre ignorance à comprendre, de notre impuissance à guérir et de notre méconnaissance de l'art de prendre soin de ceux qui souffrent.Car reste enfin, dans les murs de pierre ou de chimie de l'asile, la vie quotidienne, les calmés qui ne sortent plus, les agités qu'on gèle, la visite fugace du psychiatre.Restent les journées entières à se bercer.Les semaines à regarder la télé, cette camisole électronique.Les années à se coucher tôt tous les soirs.Parce qu'on est abandonné des siens, oublié du monde et coupé d'une société qui ne vous veut peut-être pas de mal, mais pas de bien non plus.Reste l'asile.Et nous dehors. 22 septembre 1979 / QUÉBEC SCIENCE D’EGAL A EGAL S Préparant l’après-Baie James, l’Hydro-Québec lorgne vers la Côte-Nord.Mais cette fois, les Montagnais l’attendent de pied ferme par Jacques Keable Harnacher la dizaine de sombres et spectaculaires rivières qui se succèdent, entre Sept-îles et Blanc-Sablon, cela signifie ajouter quelque 6 000 mégawatts à la puissance actuellement installée de l'Hydro-Québec, soit 18 000 MW.Cette puissance totale, qui comprend l'énergie venue de Churchill Falls, au Labrador, sera bientôt portée à quelque 30000 MW, quand l'aménagement de la rivière La Grande sera terminé.Les rivières-fleuves de la Basse et de la Moyenne Côte-Nord constituent donc un potentiel non négligeable.À l'Hydro-Québec, les études sont en cours.La rivière la plus étudiée à ce jour, celle dont le harnachement est le plus prévisible, à court terme, c’est la Romaine, à une vingtaine de kilomètres à l'ouest de Havre-Saint-Pierre, dont le potentiel dépasse les 1 400 MW.«Cette rivière est à l'étude depuistrois ou quatre ans.Nous en sommes à la dernière étape avant la décision finale», nous dit Simon Paré, ingénieur à la direction de la planification de l’Hydro-Québec.En jetant un œil sur la carte (voir page 26), on comprend les bouleversements physiques et écologiques qu'entraînerait le harnachement, en fonction d'un rendement maximal, de la rivière Romaine.À quelque 1 60 km de la côte, près de la frontière avec le Labrador, on procéderait au détournement d'une autre importante rivière, la Saint-Jean, dans le lit de la Romaine.Donc, détournement d'une rivière, construction de barrages et constitution de réservoirs d'eau, d'où inondation de grandes portions de territoire (de l’ordre de 500 km2) et assèchement plus ou moins important selon les casd'autres portions de ce même territoire, notamment le long de la rivière Saint-Jean détournée.Un tel bouleversement de l'actuel équilibre écologique entraîne bien évidemment des conséquences plus ou moins graves sur l'environnement.La rivière Saint-Jean, par exemple, est une importante rivière à saumons.L'inondation ou l'assèchement de portions de territoire risque d'affecter l'habitat du caribou, de l'orignal et de diverses espèces animales.La réduction considérable du débit de la rivière Saint-Jean, à son point de rencontre avec l'eau du golfe modifiera sensiblement, selon toute vraisemblance, l'importance de la montée d'eau salée dans une rivière dont le débit actuel d'eau douce tient l'eau salée en retrait.Toutes ces questions font l'objet d'études attentives, par des groupes de spécialistes de l'Hydro qui, pour la première fois avant la construction d'un grand ouvrage, analysent les effets prévisibles des travaux de l'environnement et tentent d'en amoindrir, dans la mesure du possible, les effets négatifs.UN CONTRAT EN OR A RENÉGOCIER Si le maintien de l'équilibre écologique est une responsabilité de l'Hydro-Québec, il est deux problèmes majeurs qui la dépassent, et qui sont d'ordre politique.Le premier problème, et le plus facile des deux, est celui des nécessaires ententes avec Terre-Neuve: le harnachement des rivières de la Moyenne et Basse Côte-Nord risque fort d'inonder des territoires situés au Labrador, d’où nécessité d'obtenir un accord de Terre-Neuve.Le KASSINO INNOAT AMI PISTSHI: INNOASTSHKH RICHAUD MALONEY liAd UTAPANA NOTIÎM TSIEI'I ?I" U I* % P 1% ileststpictemeî .CONE RAISON A PII • SINE AU ET RICHARI ‘ ÎMS.ÇJ CIRCULER ; MOTEUR SUR LA REî A COMPTER DU 30 (L Ndic If 15 STMCTlV Mrtmo ro* «Mt * ai SOWS T ^ to pkmctaatc and c«cm.a ri on roor os wnlvf'C î | hi no an f#©M ocroofR tmc jo trr« ro« i||>- le, PAR ORDRE DU CONE., "T Sa * . R IA COTE-NORD?POIITÀSK TSHIITSHI PIIIiV C()USfi\l:AU MAK UKUSHA HUOUlîS KH: Î8l|lSH INIUT.S MEDEHENDU POUR au-1 E ET NUQUES COU-A LONE Y DE PENE -JEDS OU EN VEHICULE Eirë INDIENNE MING A N' i (.1974 POUR TOUJOURS ( :e *W> HUOUtS COUSIMtAU AND RICHARD MALONC* Lt HD TOR ON THIS INDIAN RCSCRVE Of DE BANDE DE MINGAN deuxième problème, le plus délicat, est celui qui est lié à la présence d'indiens montagnais, depuis toujours, dans ces territoires.Et les Montagnais, en 1979, sont résolus à faire valoir et respecter l'ensemble des droits qui sont leurs, dans cette région du Québec.Encore ici, il faut lire le texte avec un œil sur la carte de la Côte-Nord et du Labrador.Les rivières coulent du nord au sud.Elles prennent leurs sources au Labrador dont le découpage, de type colonial, est aussi inopportun que la majorité des découpages coloniaux de territoires.Or, harnacher ces rivières, en territoire québécois, de façon à en tirer le maximum d'énergie hydro-électrique, aurait pour nécessaire conséquence de provoquer des inondations plus au nord, en territoire du Labrador, donc de Terre-Neuve.Et Terre-Neuve se laisse pousser des dents de plus en plus aiguisées dans le dossier des relations énergétiques avec le Québec.Le grief de Terre-Neuve remonte à 1 966.À l'époque, le Premier ministre du Québec, Daniel Johnson, négociait un contrat en vue d'une participation de l'Hydro à l'aménagement des chutes Churchill, au Labrador.Le Québec contribuait financièrement au harnachement de ces eaux, mais prenait une option pour l'achat d'une part importante de la production des nouvelles centrales.Le contrat signé à l'époque est valide jusqu'en 2016 et est renouvelable, selon le bon vœu du Québec, à peu près aux mêmes conditions, pour une autre période de 25 ans, donc jusqu'en 2041.C'est long et loin!Si,en1966, Terre-Neuve se réjouissait d'un contrat qui lui semblait favorable et qu'au Québec plusieurs personnes faisaient grief à Daniel Johnson d'avoir engagé le gouvernement pour aussi longtemps, les choses ont singulièrement changé depuis.Il y a eu la crise de l'énergie et l'inflation galopante.Les réjouissances des Terre-Neuviens se sont changées en lamentations de plus en plus amères, et inversement pour les Québécois! Donc, depuis quelques années déjà, les responsables terre-neuviens réclament une réouverture et une renégociation du contrat.La nécessité pour le Québec d'obtenir la permission de Terre-Neuve pour inonder des terres du Labrador arrive au bon moment pour Terre-Neuve.De son côté, Québec bénéficie également d'un argument de poids: Terre-Neuve entend construire de nouvelles centrales au Labrador, à Gull Island et Muskrat Falls.Un potentiel de quelque 2 400 MW.Cette électricité du Labrador serait alors vendue, à bon prix, à des acheteurs américains, ontariens ou des Maritimes.Mais il y a un problème: Terre-Neuve ne peut vendre son électricité du Labrador autrement qu'en la faisant passer par le territoire québécois.D'où, pour le Québec, la possibilité de tenir la dragée haute.Les négociations sont en cours, lentement, difficilement.La guerre Québec-Terre-Neuve n'éclatera pas, il y aura certainement des éclats de voix, et une entente finira par intervenir: les intérêts des deux parties sont trop évidents pour qu'un compromis n'intervienne pas.Le problème que pose la question des droits indiens est autrement plus aigu, plus délicat, plus embarrassant.Les responsables québécois risquent, en ce domaine, de passer quelques nuits blanches à se ronger les ongles nerveusement.UN QUÉBEC COLONIAL Dans le dossier indien, Québec se retrouve dans la gênante position de la puissance coloniale.Le gouvernement, comme tout le monde, n'aime pas s'apercevoir dans cette inconfortable situation.De fait, le Québec est à l'égard des Indiens un peu ce qu'est Ottawa par rapport au Québec.Les Indiens ne se privent pas de le dire et de le répéter, sachant fort bien qu'ils font mouche à coup sûr.Pendant longtemps, les «droits indiens» sont demeurés une responsabilité fédérale dont le Québec ne voulait à peu près rien savoir.Encore récemment, sous le régime Bourassa, le Québec con- 24 septembre 1979 / QUÉBEC SCIENCE LA ROMAINE, D’ABORD LABRADOR LAC LONG LAC MARC LAC BRÛLÉ LAC LOZEAU DÉRIVATION RO-4 RIVIÈRE SAINT-JEAN NORD-EST RO-3 RO-2 RIVIÈRE I SAINT-JEAN RO-1 HAVRE • SAINT-PIERRE Iles de mingan L'Hydro-Québec et le gouvernement doivent décider très prochainement, si ce n'est déjà fait au moment de la parution, de ce numéro, de la réalisation du harnachement de la rivière Romaine.On prévoit y aménager quatre centrales, la plus éloignée de la côte étant située à 194 kilomètres de la mer.Puissance installée prévue: 1 416 MW au total.Si aucune entente n'intervient avec Terre-Neuve, au sujet de l'inondation de portions de territoires du Labrador, à la suite de la construction des barrages en territoire québécois, on ne construirait alors que trois centrales.Dans ces deux cas, on procéderait au détournement de la rivière Saint-Jean dans le lit de la Romaine.On étudie cependant aussi la possibilité de ne pas détourner cette rivière, ce qui réduirait la puissance d'environ 155 MW.Si la décision finale est positive, comme on peut le prévoir, encore que l'importance du harnachement puisse être fonction des négociations avec Terre-Neuve, les travaux seraient entrepris en 1 983 et terminés en 1992.C'est en 1989 qu'on trouverait le plus grand nombre de travailleurs sur le chantier même, soit 2,512.Quant au coût, on l'estime, grosso modo, mais à titre tout à fait approximatif, à un milliard de dollars de 1975, ce qui devrait signifier, en dollars présumés de 1992, quelque chose comme $4 milliards, encore que ce chiffre ne soit que grossièrement indicatif.Comment l'aménagement de la Romaine s'inscrit-il dans l'ensemble des plans de développement de l'Hydro?Il faut tracer brièvement le portrait de notre «parc hydro-électrique» pour le situer.La puissance actuellement installée est de 17 200 mégawatts.Ceci inclut les 4 800 MW venant des chutes Churchill au Labrador, mais n'inclut pas les auto-producteurs tels que l'Alcan (3 300 MW au total).Les travaux en cours au complexe La Grande, à la Baie James, porteront le total de la puissance installée à quelque 30 000 MW.Il est acquis qu'un agrandissement de la centrale de Manic-5 ajoutera 1 000 MW au potentiel de l'Hydro; 2 000 MW viendront de la centrale — réserve pompée — de Delaney.Il est prévu, à court terme, que des décisions d'engager les travaux seront prises par l'Hydro, relativement à un suréquipement à LG-2, haussant son potentiel de 1 500 MW.Également, 2 300 nouveaux MW pourraient venir de la rivière Grande-Baleine.En outre, à plus long terme, l'Hydro pourrait aller chercher 5 500 MW au complexe NBR (Nottaway, Broadback, Rupert), à la Basse Baie James.Enfin, il y a aussi un potentiel de quelque 6 000 MW dans les rivières de la Côte-Nord.Sur papier tout au moins, au début du deuxième millénaire l'Hydro pourrait afficher un potentiel hydro-électrique de l'ordre de 48 000 mégawatts.Si l'Hydro et le gouvernement en sont au seuil d'une décision finale quant à la Romaine, cette rivière n'est pas la seule à faire l'objet des attentions de l'Hydro.Les études sont assez avancées dans le cas de la rivière Moisie, dont on pourrait tirer plus de 1 100 mégawatts.Elles sont aussi assez avancées dans le cas de la rivière Petite Mécatina, dont le potentiel dépasserait les 1 000 mégawatts.Les autres rivières de la Moyenne et Basse Côte-Nord, auxquelles on s'intéresse particulièrement mais au sujet desquelles les études sont encore largement incomplètes, sont notamment la Natashquan, la Magpie, la Sainte-Marguerite. QUÉBEC SCIENCE / septembre 1979 cédait sans pudeur, dans ce vaste territoire de la Côte-Nord, des droits forestiers sans précédent à la multinationale ITT, sans égard non seulement aux «droits indiens», mais même sans égard à leur présence ancestrale en ces territoires concédés.Les choses ont changé.Les Monta-gnais sont, sur le territoire de la Côte-Nord, autour de 5 000.Ils parlent surtout montagnais, encore que plusieurs parmi eux, notamment ceux qui habitent près des villages de Blancs, se débrouillent bien en français.Nous sommes, disent-ils, les premiers habitants.Nous sommes chez nous.Sur notre territoire.Nous en sommes les possesseurs.Les droits considérables qui nous ont été légués officiellement en 1763, par la proclamation royale, n'ont jamais été officiellement modifiés.Le fait que les Blancs, continuent-ils, aient régulièrement bafoué nos droits ne signifie pas que ces droits n'existent pas.Le fait que nos terres aient été accaparées par les Blancs ne signifie pas que cesterres ne nous appartiennent plus.Et pour l'instant, concluent-ils, rien ne dit que nous soyons nécessairement d'accord pour que les Blancs viennent harnacher d'autres rivières, pour produire une électricité à laquelle nous ne tenons pas particulièrement, en détournant des rivières, inondant nos territoires de chasse et de pêche.C'est à voir, disent-ils, et de près! Qui pourrait s'étonner de la méfiance des Indiens à l'égard des Blancs?Leur histoire depuis la venue de la civilisation européenne en terre américaine, et leur statut actuel, ne les incitent pas à une confiance aveugle.Désormais, ils veulent des certitudes.Des assurances.Ils ne veulent plus, en fait, vendre l'avenir contre des bénéfices immédiats.Près de Sept-îles, à la réserve de Malioténam, certains jeunes Montagnais laissent clairement paraître à l'interlocuteur blanc qui se présente qu'il n'est pas chez lui.Aucune violence, mais une froideur hautaine qui marque une indifférence que l'on veut rendre visible.LES POTEAUX DE L'HYDRO En mai 1978, une équipe de l'Hydro-Québec, très certainement animée des meilleurs sentiments, s'est rendue sur la Moyenne Côte-Nord.Objectif: rencontrer les populations, indiennes et blanches, pour connaître leurs points de vue face à un éventuel harnachement de la Romaine.Les Blancs, rapidement, ont parlé et consenti à mettre sur pied des comités d'étude pour analyser, au sein de leur communauté, l'impact de ce projet et formuler leurs craintes et leurs vœux.Quant aux Indiens, s'ils se sont présentés aux rencontres initiales, c'est surtout pour dire qu'ils ne veulent pas collaborer à ce genre d'études, de crainte d'engager I avenir, de se compromettre, de se «faire 25 w «+* + *+»: lii: embarquer» malgré eux.Ils ne croient plus spontanément les Blancs, pas plus ceux de THydro que les autres.Dans le rapport de l'équipe de travail, on note ce genre de remarque, fort significative, de l'un des participants indiens à une prérencontre: «Thomas Mestokosho note que le conseil a reçu une lettrede l'Hydro-Québec pour savoir si les Indiens approuvaient l'installation des poteaux sur leur réserve.Le Conseil n'a pas répondu tout de suite et l'Hydro-Québec a installé les quatre poteaux la semaine dernière.» Consultés ou pas, si l'Hydro a décidé d'agir, elle agira donc, affirment les Indiens aux membres de l'équipe.Et elle agira comme elle l'entend.Nous, concluent-ils, on ne veut pas s'embarquer dans cette galère.Et si de vraies négociations s'engagent, elles seront de toute façon interminables.Le rapport de l'Hydro note que le Montagnais Philippe Piétasho «se réfère à ce qu'il connaît de la Convention de la Baie James et du Nord québécois en affirmant qu'il n'accepterait pas de compensation en argent advenant des négociations en rapport avec la question du titre indien sur le territoire.Il se dit d'avis qu'avant que de telles négociations aient été réglées, il retirera déjà sa pension de vieillesse.» UN SEUL TEXTE: 1763 En 1 763, le nouveau maître des lieux est l'Angleterre.Sa Majesté émet une proclamation royale par laquelle, entre autres choses, elle ratatine très considérablement le territoire de la province de Québec.Le bon souhait de Sa Majesté est que le Québec se limite, au nord, à la hauteur de la rivière Saint-Jean.De ce point, le roi trace une ligne qui va en descendant, vers le sud-ouest, en traversant le lac Saint-Jean, jusqu'au lac À la mode indienne La religion est profondément enracinée dans les coutumes indiennes des Montagnais de Mingan.Depuis plusieurs années, l'église de l'endroit est décorée à l'ancienne mode indienne, du maître-autel au fonds baptismaux en passant par le chemin de croix.La messe se dit encore parfois en Montagnais à la paroisse de Saint-Georges-de-Mingan, une désserte indienne établie en 1857, soit plus d'un siècle avant que le ministère des Affaires indiennes créé la réserve actuelle.André Lamoureux 26 septembre 1979 / QUÉBEC SCIENCE est du Québec Puissance a ,_eOMPLEXE CHURCHILL v_«.! -y ) i'" \ Centrale diesel existante appartenant à I Hydro-Québec Centrale possible Centrale hydraulique existante appartenant à l'Hydro-Québec Centrale hydraulique existante autre que l'Hydro-Québec (compagnie) Centrale hydraulique existante du Labrador (Terre-Neuve) Centrale hydraulique en étude (potentiel) du Labrador (Terre-Neuve) Digue pour réservoir existant appartenant au Labrador (Terre-Neuve) HAVRE SAINT-PIERRE SEPT- LES # Nipissing.Et le souverain affirme qu'au nord, outre les terres déjà concédées et celles qui sont propriété de la compagnie de la Baie d’Hudson, tout le territoire est réservé à l'usage exclusif des Indiens.Dès lors, aucune terre n'y peut être concédée, cette terre est indienne.Depuis, sans que jamais ce texte ne soit modifié —- il demeure donc intact — la réalité a changé, les tribunaux ont fait des interprétations et les Blancs ont agi.Sur la Côte-Nord, les Montagnais et les Blancs, qui petit à petit allèrent s'y installer pour la trappe et le bois, ne se promenaient pas avec une photocopie de la proclamation royale de 1763 dans leurs porte-documents.Les Indiens considéraient qu'ils étaient chez eux, mais les Blancs aussi.Avec la prétention de tous bons colons, les Blancs estimaient sans doute que c'était laisser un privilège aux Indiens que de les laisser trapper.Les Indiens, eux, considéraient qu'ils faisaient un privilège aux Blancs en les laissant trapper en territoire indien.Il y avait donc, à tout le moins, une incompréhension fondamentale qui ne semblait fatiguer personne, avant la venue du grand développement industriel de la Côte.Les Indiens — ils l'ont signalé à l'équipe de l'Hydro-Québec — prêtaient même assistance à ces Blancs, étrangers, en territoire indien.Thomas Mestokosho indique que les Indiens employaient parfois des Blancs pour la coupe du bois.Et ils permettaient que des lots de trappage soient attribués à des Blancs.Mestokosho dit: «On n'a jamais ri des Blancs, à l'époque de la pauvreté.» Puis, l'Iron Ore est venue, la Quebec Cartier Mining, et encore, il y a peu, ITT.La proclamation royale de 1763 était rendue loin: l’industrie des Blancs, l'argent, la technologie, venaient modifier profondément les rapports Indiens-Blancs.Le livre d'Anne Kapesh, une Montagnaise, Je suis une maudite sauvagesse, traduit bien ce bouleversement radical.Ce qui s'appelait peut-être le «droit indien», ou le «titre indien» sur le territoire, faisait place à la force.Pour les territoires de la Côte-Nord, on en est là au moment où l'Hydro commence à parler de nouveaux grands projets de développement, après la construction de neuf centrales sur les rivières de la Haute Côte-Nord, soit Bersimis, Outardes et Manicouagan.Les Montagnais ont suivi, avecgrande attention, les négociations qui ont conduit à la conclusion d'une Convention liant les Cris, les Inuit, Ottawa et Québec, en vue du développement de la Baie James.Cette Convention, dont Québec-Science a déjà longuement fait état (La Baie James, pour le meilleur et pour le pire, sept, et oct.1978), crée un précédent extrêmement important.Extrêmement dangereux surtout, estiment de plus en plus d'indiens, semble-t-il.L'élément majeur et fondamental de cette négociation est celui-ci: les Indiens cris et les Inuit ont consenti à «éteindre», pour employer ce mot pudiquement choisi et en usage, leurs historiques «droits indiens».Cette Convention balaie tout ce qui a pu exister, pour tout le territoire de la Baie James et le Nord du Québec.En retour, les gouvernements consentent à reconnaître un certain nombre de droits limités, clairement définis, portant sur des territoires précis, le tout étant coiffé d'une importante somme d'argent.«ÉTEINDRE» DES DROITS Cette entente, qui n'a pasfait l'unanimité chez les Indiens directement intéressés, semble faire de plus en plus l'objet du mécontentement indien.Le sentiment que les Blancs ont «acheté» des droits considérables, avec de l'argent et des droits limités, indispose apparemment de plus en plus d'indiens.Sur la Côte-Nord, ce sentiment est particulièrement vif.Et la crainte fondamentale des Montagnais est de voir l'extinction des droits qu'ils affirment.Et si en 1973 les Montagnais de la réserve de Bersimis avaient accepté, moyennant un dédommagement de $200000 qu'une partie de leurs terres de chasse soient inondées par les travaux de l'Hydro, tout indique que cette fois-ci, QUÉBEC SCIENCE / septembre 1979 ils ne céderont pas, et feront front commun avec les autres bandes montagnaises.Au terme d'une longue étude entreprise dans le cadre de la Commission Dorion en 1 971, le professeur Henri Brun écrivait: «Aucune souveraineté indienne, aucun véritable droit aborigène, ne subsiste aujourd'hui sur le territoire du Québec.» D'un point de vue strictement juridique, le professeur Brun évoque la proclamation royale de 1763 et la jurisprudence qui s'en est suivie pour reconnaître qu'«un titre indien de nature privée existe théoriquement sur une immense partie du territoire actuel du Québec, en l'occurrence sur la partie s'étendant au nord de la province de Québec de 1 763», dont nous avons plus haut décrit la limite nord.«Cetitre, poursuit M.Brun, consiste dans le droit d'y chasser et pêcher pour sa subsistance.Il subsiste encore aujourd'hui en faveur des bandes indiennes qui utilisent effectivement ce territoire comme terrain de chasse et pêche.Il se limite donc, pratiquement, aux portions de ce territoire ainsi utilisées au bénéfice de ceux qui les utilisent.» Et encore: «La législation fédérale peut éteindre ou altérer ce titre, explicitement ou tacitement, sans entraîner la nécessité juridique d'une compensation.» Et de terminer: «Les atteintes illégales à ce titre pourraient (.) donner ouverture à dédommagement, à condition qu'un dommage précis soit prouvé.Ces atteintes seraient le fait de lois québécoises ou d'actes du gouvernement du Québec.» Ce «titre indien de nature privé» peut enfin être éteint par entente entre les parties, donnant ainsi naissance aune «libre convention conçue de gré à gré».Ce point de vue juridique, élaboré quelques années avant l'éclatement de la crise à la Baie James et la tenue de négociations entre les autorités gouvernementales et les représentants des Indiens, a de toute évidence fait autorité.Et la Convention de la Baie James reflète largement ce point de vue juridique.Cette Convention est l'œuvre du régime libéral du gouvernement Bourassa.Dans la négociation qui s'annonce maintenant pour les territoires de la Côte-Nord, quelle sera l'attitude du gouvernement Lévesque?L'HOMME-CLÉ On dit de René Lévesque qu'il est particulièrement pointilleux pour tout ce qui touche aux Indiens.On le dit rempli de bonne foi, de bonne volonté, soucieux de contribuer à trouver à cette délicate question une solution juste, équitable, assurant le développement du Québec dans le respect non seulement strictement juridique mais aussi politique des «droits indiens».Il s'est réservé personnellement ce dossier chaud.Le grand inspirateur de l'ensemble du gouvernement, en matière indienne, est Éric Gourdeau, responsable d'un organisme né sous l'actuel gouvernement, le Secrétariat aux activités gouvernementales en milieu amérindien et inuit, le SAGMAI.M.Gourdeau, un homme au langage vif et souvent vertement coloré, bénéficie auprès du gouvernement d'une marge exceptionnelle de crédibilité.Dans les propos ministériels, notamment du Premier ministre, à l'égard des rapports avec les Indiens, on retrouve l'écho à peine déformé de la voixde M.Gourdeau.Que pense-t-il, alors, de cette question du «droit indien»?Il réfère à la lecture du texte, cité plus haut, du professeur Brun.Il estime que ce texte est fondamental, ce qui n'est pas sans inquiéter certains.Il n'est pas étonnant, dans ces conditions, qu'Éric Gourdeau trouve assez logique l'idée de commencer par «éteindre» — ou faire éteindre par le gouvernement fédéral qui en a seul l'autorité — les droits indiens, parce que ces droits lui semblent imprécis, ambigus, vagues.Puis, dans un second temps, négocier de nouveaux droits, plus précis, modernes, adaptés à la réalité.Ceci étant dit, le responsable du SAGMAI se dit tout à fait disposé à étudier d'autres possibilités, devant le fait de plus en plus clair que les Montagnais refuseront systématiquement une extinction de leurs droits anciens.«Est-ce qu'il s'agit, quand on parle des droits indiens, dit Éric Gourdeau, d'un simple droit usufruitier sur un certain territoire ou d'un droit absolu?La vérité est quelque part entre ces deux extrêmes, il s'agit de voir.Les conséquences ne sont pas les mêmes selon qu'il s'agit du premier cas ou du deuxième».«On pourrait, par exemple, ajoute-t-il, ne pas éteindre les droits des Indiens et, dans la reconnaissance de ces droits, négocier des ententes.Mais je ne suis pas sûr que ce soit possible.» DÉFINIR DES DROITS Le responsable du SAGMAI parle, avons-nous dit, assez vertement, notamment quand il évoque les universitaires qui se préoccupent de la situation des Indiens du Québec.Il leur reproche, sans en identifier aucun cependant, de vouloir plier la réalité à leurs théories, de faire dire aux Indiens ce qu'ils ne disent ni ne pensent nécessairement, d'être quelque peu «en mal de doctorats.» Tout cela n'empêche évidemment pas M.Gourdeau d'être lui-même sans doute le plus connu des spécialistes québécois.Mais il cherche, à cause de ses responsabilités gouvernementales, des solutions concrètes qui vont mettre un terme à ce qu'il considère comme de la littérature et du verbiage inutiles.Il faut, dit-il, que la société soit organisée, qu'elle ait des bornes légales, des chemins clairement balisés.Cette organisation nécessaire de la société est, explique-t-il, essentielle à la survie collective.«Tant que c'était la 27 nature, les cycles, qui déterminait la démographie, si ça allait, tant mieux.Si ça n'allait pas, les sociétés s'éteignaient.Ce qui signifie qu'à la limite, sans organisation ordonnée, comme la démographie n'est plus fonction de la nature immédiate, il faudrait que nous disparaissions tous.» La nécessité d'un ordre clair, avec des droits et des obligations définis, étant établie, le problème reste de toute évidence entier.Concrètement, comment cet ordre peut-il s'articuler, dans le cas précis des Montagnais de la Côte-Nord et des Indiens du Québec?L'idée d'appliquer une quelconque «souveraineté-association» à la question des Indiens indispose visiblement le gouvernement.Tout au moins M.Gourdeau qui, sans contester absolument le bien-fondé de pareille revendication théorique, soulève rapidement un tas de questions à son sujet.Par exemple: qu'entend-on par souveraineté-association pour les Indiens?qu'est-ce que cela contiendrait, en pratique, concrètement?.Bref, on a un peu l'étrange sentiment d'entendre, ailleurs, un fédéraliste parlant à un péquiste: qu'est-ce que c'est ce projet?qu'est-ce que cela veut dire?n'y a-t-il pas moyen de trouver une formule dans le cadre des structures existantes?DES SPÉCIALISTES DE LA NATURE De fait, le responsable du SAGMAI, qui est «vieux de la vieille» dans ce dossier complexe, voit plutôt l'avenir en termes d'une intégration harmonieuse entre Indiens et Blancs.Un peu commecertains fédéralistes, très certainement de bonne foi, voient le Québec et le Canada s'intégrer plus harmonieusement au sein d'une confédération ajustée.Pour M.Gourdeau, la coïncidence entre la présence d'indiens en territoire québécois et le statut, vraisemblablement pour un bon moment, de quasi-religion qu'ont pris l'écologie, la protection de l'environnement, bref, toute cette tendance axée sur un nouveau type radicalement différent des rapports entre les sociétés organisées et la nature, cette coïncidence, donc, constitue une chance historique pour cimenter les rapports Indiens-Blancs.«On a toujours laissé les Indiens dans la nature, en contact avec la nature.Aujourd'hui, la société découvre les vertus de la protection de l'environnement.Il y a donc là une rencontre évidente entre les objectifs de la société et la compétence des Indiens, qui sont très préparés.» On devrait donc, estime Éric Gourdeau, contribuer à créer les conditions qui vont permettre de faire des Indiens des spécialistes exceptionnels qui se verraient confier des tâches qui ne seraient pas liées à la simple récolte.D'où la nécessité, estime-t-il, d'en arriver, rapidement, à des programmes scolaires 28 septembre 1979 / QUÉBEC SCIENCE %* '4& mm.¦ Sombres et puissantes, les rivières de la Basse Côte-Nord traversent de vastes étendues sur lesquelles nos connaissances scientifiques sont encore limitées.On voit ici la rivière Petite Mécatina, près du village de Chévery.wm mmê t'.¦¦ Sré-C kÆt&i; îrtfejjp La réserve de Mingan se situe environ à une trentaine de kilomètres de Havre-Saint-Pierre.Une bonne partie de la population indienne, les femmes surtout, travaille à l'usine de transformation de la crevette de la Eastern Quebec Seafood.L'artisanat est la seconde industrie locale, car // faut dire que peu de Montagnais travaillent pour les entrepreneurs forestiers de la région.plus conformes à la réalité indienne.Il dira, par exemple, que les Indiens seraient très probablement davantage intéressés à des cours de biologie qu'à l'histoire de France et d'Angleterre.Il évoquera la possible souplesse de l'école qui n'interdirait pas, bien au contraire, de réaliser des cours pratiques carrément en plein bois, de manière à coller au vécu des Indiens.Las de tant d'années d'abus et surtout d'indifférence, les Indiens seront peut-être tentés, devant ces tardives manifestations de bonne foi, de trouver, comme les Québécois face à Ottawa, si souvent, que «c'est trop peu, trop tard».UN GRAND SILENCE Pour l'instant, les Indiens sont silencieux.Aux approches de l'Hydro-Québec, pour parier de l'exploitation des rivières de la Moyenne et de la Basse Côte-Nord, ils ont répondu par le silence.Ou plutôt, une condition: avoir la garantie que cette collaboration ne signifierait, en aucune façon, une acceptation du projet.Sur cette simple condition, la confusion règne: qui va en rédiger le texte, du gouvernement ou des Indiens?Les négociations ne sont pas encore officiellement entamées, le débat pratique porte plutôt sur la forme de la table devant servir à d'éventuelles pré-négociations devant décider s'il y aura ou non des négociations.La route à parcourir s'annonce longue.Que comptez-vous faire, avons-nous demandé à M.Gourdeau?Attendre le bon moment, dit-il.Peut-être, estime-t-il, les Indiens veulent-ils attendre et déposer éventuellement une injonction, comme à la Baie James?Pour l'instant, insiste-t-il, le SAGMAI, le Premier ministre en particulier, et l'ensemble du gouvernement gardent l'esprit ouvert en vue d'une solution de justice.Entre temps, à l'Hydro-Québec, tout en souhaitant que le double QUÉBEC SCIENCE / septembre 1979 problème avec Terre-Neuve et, surtout, les Indiens, trouve une solution satisfaisante, les spécialistes de l'environnement continuent leurs forts importants travaux.Ainsi, on calcule l'impact de la réduction considérable du débit d'eau de la rivière Saint-Jean, haut lieu de la reproduction du saumon, sur le renouvellement de cette richesse.Et on imagine des solutions.Un exemple: la déviation possible de la rivière Saint-Jean dans la Romaine réduira le débit d'eau de cette rivière au point d'empêcher la remontée du saumon vers les lieux de reproduction.Deux possibilités au moins: refaire artificiellement, ailleurs, plus bas dans la rivière, un lieu comparable où le saumon pourrait se reproduire, ou alors, plus astucieusement, relever le niveau d'eau, à l'époque de la ponte, pour permettre le passage des saumons.La question est importante, quand on songe que la rivière Saint-Jean, selon les études de l'Hydro, est un des hauts lieux de la reproduction du saumon.Les géniteurs qui remontent ce cours d'eau sont d'un poids variant de 4,5 à 7 kilogrammes.Ce poids atteint une moyenne impressionnante de 11 kilogrammes dans la rivière Moisie, que l'Hydro songe aussi à harnacher.Dans la rivière Natashquan, le poids moyen des saumons-géniteurs est de 3,5 kilogrammes.Dans la rivière Romaine, un lieu de reproduction devra nécessairement être déplacé à cause de la construction d'une centrale: la remontée du saumon sera alors impossible, d'où nécessité de réaménager artificiellement un lieu comparable pour la fraie.Un petit affluent de la Romaine, la Puyjalon, constitue aussi un lieu privilégié pour la reproduction.Or, la modification dans le débit d'eau risque fort de l'affecter, d'où un second déménagement prévu, s'il se confirme que la Puyjalon deviendra inaccessible aux saumons.LE CARIBOU ET L'ORIGNAL Cette rigueur dans les études de l'Hydro se vérifie encore par rapport, par exemple, à l'impact de ces travaux sur le caribou et l'orignal.On a pratiqué des relevés à partir d'avions pour déterminer le nombre de ravages et leurs lieux.Cette étude, entreprise en 1977, de la rivière Moisie à la Petite Mecatina, a été poursuivie de Moisie jusqu'à la Manicouagan, en 1979.Une fois les ravages identifiés, on s'est rendu, par hélicoptères, là où les densités étaient les plus significatives, pour procéder au décompte le plus systématique possible.On sait désormais que la population de caribous de cette région, une population vieillie, est en sérieux déclin, notamment à cause des incendies de forêt et de la pression exercée par les chasses menées par les chasseurs sportifs et les Indiens.On a ainsi pu découvrir que l'habitat d'hiver du caribou, au lac Fournier, au nord de la rivière Magpie, se déplaçait au nord des rivières Saint-Jean et Romaine, en été.En conséquence, il est peu vraisemblable que le harnachement de la Romaine ait un impact sur la vie des caribous estiment les spécialistes, puisqu'ils ne seront pas directement affectés dans leur habitat ordinaire.Pour ce qui est de l'orignal, dont la densité de population est légèrement en hausse, dans les régions étudiées, on estime que l'impact sera très léger.On compte actuellement un orignal par sept kilomètres carrés, actuellement, ce qui est une hausse significative par rapport aux années antérieures, mais ce qui demeure relativement faible par rapport aux habitats préférés des orignaux, en Abitibi, par exemple, où la densité est de deux orignaux par kilomètre carré.L'aménagement de la Romaine provoquera l'inondation de terres propices à l’orignal.Cependant, comme cet animal ne revient jamais dans les mêmes ravages, il est vraisemblable de croire qu'il déménagera sans que l'espèce, dans cette région, en soit vraiment affectée.Bref, chacune des espèces animales fait l'objet de recherches attentives et fort détaillées.Il faut voir, par exemple, les volumineux documents que produisent les divers spécialistes qui travaillent actuellement à analyser, notamment, la région qui serait affectée par le harnachement de la rivière Romaine.En cette matière, l'Hydro travaille d'ailleurs en très étroite collaboration avec les ministères intéressés de Québec et d'Ottawa, qui ont entrepris l'inventaire écologique complet de la Côte-Nord.L'Hydro fait aussi appel à des firmes de consultants.La firme Archéotec a ainsi produit, pour la direction de l'Environnement de l'Hy-dro, un document portant le titre 6'Étude de l'utilisation des ressources du territoire de ta Romaine, de ia période préhistorique à la période contemporaine.On y trouve l'histoire de cette région, dans le détail, la description du potentiel archéologique, l'histoire de la colonisation et du développement, la description de la situation actuelle, tant de l'environnement que des rapports des populations avec l'environnement, l'histoire, très détaillée, de la trappe, de la pêche, des niveaux de capture, des fluctuations, des migrations d'animaux, etc.FAIRE SAUTER LES BLOCAGES Ces travaux importants sont, pour la première fois dans l'histoire de l'Hydro-Québec mis en oeuvre avant que les bulldozers n'arrivent, que les forêts ne soient rasées pour y tracer des routes, que les rivières ne soient détournées ou harnachées.Cette fois, la direction de l'Hydro et le gouvernement connaîtront l'ampleur des dégâts avant de les commettre, et 29 non seulement après les avoir commis.S'il est peu probable que l'on sacrifie un nombre significatif de mégawatts au nom des saumons ou des castors, personne, désormais, ne pourra se voiler le visage.À moyen terme, l'espoir est permis.De toutes façons, que cela plaise ou non, il est vraisemblable que les débats les plus importants seront liés d'une part aux négociations nécessaires avec Terre-Neuve et d'autre part — et surtout — aux éventuelles négociations avec les Indiens dont le nationalisme de plus en plus identifiable pousse au cœur même du nationalisme des Blancs québécois.Deux volontés de «souveraineté-association» qui risquent de s'affronter, notamment à cause d'une longue ignorance des Blancs québécois.Retour de Mingan vers Montréal: deux Indiens voyagent avec moi.Elle est Montagnaise, lui est Naskapi.La radio, en ce jour de la Confédération, diffuse les plus beaux de nos chants nationalistes.On y parle des défricheurs, de ces géants — blancs, bien sûr — qui ont su abattre des arbres, ouvrir des chemins, civiliser un continent.Bref, qui ont su «bâtir un pays».L'ennui, c'est que ces belles chansons frémissantes, entendues dans la promiscuité des seuls véritables autochtones de ce territoire, offrent comme tout à coup, clairement, un arrière-goût, tout aussi réel que naïf, de colonisation.On pense tout à coup au tristement célèbre «What does Quebec want?» et on se prend à espérer que tous les blocages sautent d'un coup avant que des Québécois blancs, nationalistes, ne posent une question équivalente à l'égard des Indiens.La négociation Québec-Indiens, dans les projets de développement de la Côte-Nord, sera révélatrice. QUAND LA SCIENCE FRAPPE BEURRE Le beurre la margarine, et votre santé: beaucoup de recherches, aucune certitude par Jacques Larue-Langlois Le printemps dernier, trois chercheurs américains ont provoqué un coup de théâtre dans les milieux scientifiques canadiens en affirmant qu'une étude approfondie avait mis en évidence des corrélations positives entre gras total, gras végétal et mortalité par cancer, tandis que les corrélations étaient négatives entre gras animal et mortalité par cancer.Il n'en fallait pas davantage pour que certains journaux, dont les deux quotidiens de langue anglaise de Montréal, en tirent des manchettes à sensation attribuant des propriétés cancérigènes à la margarine.L'affaire eut d'autant plus de retentissement que les chercheurs en question, les docteurs Mark Keeny, George Mann et Robert Oison, étaient de toute évidence cautionnés par les nobles institutions que sont l'université Laval, l'Université de Toronto et l'Université de Montréal, des institutions dont la bonne foi ne saurait être mise en doute.À la vérité, les trois visites s’inscrivaient dans une vaste campagne de publicité savamment orchestrée par l'industrie du beurre qui entend ainsi mettre un frein à la progression accélérée de la consommation de margarine et faire échec aux opinions récentes selon lesquelles le beurre serait moins bon pour la santé.Dans les trois cas, les prestigieux invités n'avaient pas été choisis par les institutions de haut savoir qui les recevaient, mais par l'agence de publicité Cockfield Brown, chargée de la publicité du beurre pour le compte du Bureau canadien des produits du lait, un organisme regroupant les producteurs de lait canadiens.Les propos tenus par les trois conférenciers ne sont pas entièrement dépourvus de sens, quoique certaines de leurs assertions aient été démenties depuis par d'autres chercheurs tout aussi compétents.Il ne s'agit donc pas de mensonges scientifiques conscients mais d'une démonstration de l'usage que des intérêts financiers considérables peuvent faire de travaux de recherchequi se poursuivent un peu partout dans le monde.Dans un tel contexte, est-il possible de fournir une information valable sans faire le jeu des grands ensembles commerciaux?Comment éclairer le public dans un débat scientifique aussi complexe où chacun tire la «couverte» de son bord?LA TEMPÊTE DANS CE VERRE D'EAU?Directeur du département de biochimie de l'Université du Maryland, à Baltimore, le docteur Mark Keeny conteste d'abord la validité de l'hypothèse émise par l'American Cancer Society à l'effet qu'il '¦ pourrait y avoir une relation entre le cancer et le régime alimentaire et que le gras animal serait «le grand coupable Depuis 1909, soutient-il, la consommation de gras animal (beurre, produits laitiers, viande, etc.) n'a pas cessé de diminuer par rapport à un accroissement: continu de celle du gras végétal et à un-accroissement également continu du taux de mortalité par cancer.Keeny', _ Mann et Oison appuient leurs révélations * sur deux cas de statistiques comparées / 2.1 entre des groupes nationaux dont les régimes alimentaires présentent des différences fondamentales à la base même.À Porto Rico, avacent-ils d'abord, où 88 pour cent de la consommation de gras est d’origine animale par rapport à un taux de 62 pour cent aux États-Unis continentaux, le taux de cancers du sein et du colon est de 30 à 40 pour cent plus bas que le taux américain.Par ailleurs, en Finlande, où la consommation de gras animal est supérieure à celle des Pays-Bas, le taux de cancers du sein et du colon ne représente que la moitié de celui des Pays-Bas.Enfin, la théorie qu'ils mettent de l'avant impute à l'hydrogénation des huiles végétales une cause possible des cancers du sein et du colon.Selon eux, ce procédé, utilisé en vue de solidifier les huiles végétales et d'en faire de la margarine «tartinable», provoque des changements au niveau des liens chimiques entre les atomes et les molécules d'acides gras.Les liens modifiés de ces acides perturbent la fonction des membranes cellulaires, terrain propice au développement du cancer.Dans les trois cas cependant, les savants exposés de ces scientifiques se bornent, dans leurs conclusions formelles, à conseiller, «s'il existe vraiment une relation entre régime alimentaire et can-er, que les huiles végétales hydrogénées oient étudiées de très près».Cette confusion prudente ne justifie aucunement ^es titres flamboyants qui coiffaient les pomptes rendus de leurs conférences.Pour le docteur Michèle Nadeau, du épartement de nutrition de l’Université de Montréal, les observàSips des chercheurs américains sur I^^HC^MÉfffTôns porto-ricaine, américaine,iBSWüaise et hollandaise tendent, il est vrai, à incriminer une fois de plus les lipides alimentaires (les corps gras ingurgités).«Il existe effectivement, précise-t-elle, une association positive entre la consommation de graisses ou de cholestérol et le risque de cancer du colon, mais ces données ne fournissent qu'une évidence circonstancielle du rôle de l’alimentation et aucun mécanisme précis n'a encore été identifié.» En somme, ces études démontrant une relation entre la nutrition et le cancer sont surtout d'ordre épidémiologique et il est donc extrêmement délicat de tirer des conclusions fermes à partir des associations rapportées.Une association n'implique pas nécessairement une relation de cause à effet, laquelle ne peut toutefois exister sans association.«Rien de sérieux n'a été prouvé par le docteur Keeny ou ses collègues, affirme encore le docteur Nadeau.Il s'agit d'une tempête dans un verre d’eau, fondée sur une emphase pour le moment injustifiée à l'égard des acides gras «trans» dont on ne connaît encore que peu de chose.» DES CIS ET DES TRANS Que sont ces acides gras «trans»?Avant de l'expliquer, il faut revenir aux acides gras en général.Ceux-ci forment à peu près 98 pour cent des triglycérides alimentaires dont sont composées toutes les graisses que nous consommons.Chimiquement, ils sont constitués d'une longue chaîne de molécules de carbone 32 septembre 1979 / QUÉBEC SCIENCE ' * i i' m\ dont chaque atome possède quatre valences ou liaisons chimiques avec d’autres atomes.Ces acides gras peuvent être saturés, insaturés ou polyinsaturés.Ils sont saturés — et plus dommageables pour la santé de celui qui les consomme — lorsque les valences libres des molécules de carbone qui sont liées ensemble sont occupées par des atomes d’hydrogène.Le beurre et les graisses animales en général contiennent plus d’acides gras saturés que les graisses ou les huiles végétales.Ils sont insaturés lorsque les deux atomes de carbone sont liés ensemble par une double liaison, les deux atomes d’hydrogène ayant quitté la chaîne.Ils sont polyinsaturés lorsqu'ils présentent plus d'une double liaison; dans ce dernier cas, leur consommation peut abaisser le taux de cholestérol dans le sang.Par ailleurs, contrairement à ce que l'on dit si souvent, la friture n'entraîne pas la saturation des acides gras.Ces acides gras polyinsaturés présentent une configuration géométrique que l'on retrouve normalement dans la matière à l'état naturel.Sous leur forme originelle, dite «cis», ils constituent une chaîne recourbée dont les atomes d'hydrogène n'occupent qu'un côté.L'hydrogénation est le procédé auquel on soumet les huiles végétales en vue de les solidifier partiellement.Il consiste essentiellement à porter ces huiles à des températures élevées, sous de fortes pressions, en présence d'hydrogène et d'un catalyseur.Ce faisant, on sature une partie des acides gras des huiles.On se trouve également à modifier la configuration d'une partie des acides gras «cis», dont la chaîne s'étend dorénavant sur une ligne droite et est caractérisée par des atomes d'hydrogène situés de part et d'autre de l'axe central, au niveau des doubles liaisons.Ainsi modifiés, les acides gras «cis» deviennent des acides gras «trans».Et c'est à ces acides gras «trans» que Keeny et ses collègues attribuent une certaine toxicité qui, à leur avis, rendrait les margarines fabriquées ainsi particulièrement néfastes pour la santé.Pour Keeny, ce sont les travaux récents de Hsu et Kumerow, pour le compte de l'Organisation des aliments et de l'agriculture des Nations Unies, qui mettent en évidence l'effet des acides gras «trans» sur les fonctions des membranes cellulaires.Ces derniers ont en effet démontré l'altération de la fonction des enzymes au niveau de la mitochondrie dans les tissus d'animaux de laboratoire nourris aux gras végétaux hydrogénés.Ils attribuent ces effets à une incorporation significative des acides gras «trans» dans les phospholipides de la membrane.Tous les scientifiques consultés s'accordent cependant à déclarer que les effets prouvés chez les animaux ne s'appliquent pas nécessairement aux humains et qu'il faut Seulement 16 pour cent du gras que nous absorbons vient du beurre, de la margarine, des huiles et autres matières grasses visibles.Mais la viande, à elle seule, produit 43 pour cent du total de gras que nous absorbons.être très prudent dans l'application de ces recherches.Pour le docteur Jean Davignon, directeur des recherches sur l'artériosclérose à l'Institut de recherches cliniques de Montréal, affilié à l'Université de Montréal, cette toxicité des acides gras «trans» n'est pas absolument prouvée: «Il n'est pas certain que leur absorption soit dommageable mais il faut leur prêter une certaine attention», insiste-t-il malgré tout.Il existe au moins trois méthodes de fabrication des margarines.La moins coûteuse et, comme on peut l'imaginer, la plus couramment utilisée, est une simple hydrogénation partielle d'une huile liquide végétale (de maïs, de soja, etc.).C'est ainsi que sont fabriquées la plupart des margarines qu'on retrouve sur le marché.La deuxième méthode consiste à mélanger un certain pourcentage (de 10 à 25 pour cent) d'huile complètement hydrogénée à une huile d'un autre type non hydrogénée.La troisième et la plus sûre quant à la conservation des caractéristiques diététiques d'une huile consiste à mélanger de 40 à 60 pour cent d'huile naturelle à 60 à 40 pour cent de cette même huile, partiellement hydrogénée.Seule cette dernière méthode rencontre l'approbation du Food and Nutrition Board de l'American Academy of Sciences.Toutefois, peu de margarines sont préparées chez nous selon cette méthode plus dispendieuse.DES ASSOCIATIONS FUYANTES Quoi qu'il en soit, il y a encore loin avant de pouvoir relier directement l'incidence du cancer à l'absorption de gras animal ou végétal Pour le moment, les recherches les plus sérieuses se contentent d'indiquer l'évidence de plus en plus grande du rôle important que joue la nutrition dans la pathogénèse de différents types de cancers chez l'humain.Ainsi, l'alcoolisme, habituellement associé à des déficiences nutritives, augmente considérablement le risque du cancer des voies digestives, surtout chez les fumeurs.D'autre part, la sous-alimentation, et par les carences qu'elle entraîne, peut provoquer le cancer de l'estomac, du cou ou de la thyroïde, tandis que la suralimentation affecterait plutôt le développement de certaines formes de cancers, dont celui du colon, du pancréas, du rein, du sein, des ovaires, de l'utérus et de la prostate.Cependant, plusieurs recherches, tant du point de vue épidémiologique qu'expérimental, tendent à relier les facteurs étiologiques de certains cancers à une haute consommation de matières grasses.Une étude comparative, menée dans plusieurs pays par Carroll et Khor, démontre par ailleurs une association générale entre la consommation de gras et le taux de cancers du sein.Encore une fois cependant, cette association reste épidémiologique, c'est-à-dire qu'on peut en constater le rapport avec un grand nombre d'individus sans parvenir à identifier le mécanisme précis par lequel s'établissent les cellules cancérigènes.Seules, de longues et patientes expériences de laboratoires, d'abord sur des animaux, permettront d'aboutir à des conclusions sûres.La vie est un processus lent.Il faut se souvenir que le développement des techniques agricoles ne remonte qu'à 7 000 QUÉBEC SCIENCE / septembre 1979 ans environ.Durant cette période — relativement Courte du point de vue évolutif — l'homme serait devenu de plus en plus carnivore.D'autre part, depuis le début du 20e siècle, en particulier, plus il consomme de calories, moins il en dépense dans des travaux physiques.Il accumule donc des quantités excessives de matières nutritives, particulièrement sous forme de graisses et de cholestérol qui se transforment en un volume toujours plus élevé de gras.Ces excès alimentaires peuvent se traduire à leur tour par une augmentation du niveau des lipides dans le sang, affectant les parois artérielles et provoquant une formation toujours plus grande de cholestérol sanguin et d'acides biliaires.En d’autres mots, étant donné sa relative inactivité physique, l'homme d'aujourd'hui s'alimente fort mal et, pendant que les deux tiers des habitants de la planète souffrent de sous-alimentation, le troisième tiers se tue littéralement en se suralimentant.RICHE BOUFFE ET PAUVRE CŒUR La consommation de gras alimentaires joue également un rôle important dans le développement des maladies cardio-vasculaires et particulièrement dans l'incidence de l'artériosclérose, ou durcissement des artères.La question est d'autant plus importante que les troubles cardiovasculaires représentent plus de 50 pour cent du taux de mortalité enregistré au Canada, comme dans la plupart des pays industrialisés; et, dans ce taux, l'artériosclérose est à l'origine de plus de 80 pour cent des décès.Si l'on ne possède pas encore de preuve scientifique absolue qu'un changement de régime alimentaire, des gras saturés (en général, du gras animal) aux gras insaturés (en général, du gras végétal), peut avoir des effets directs sur l'incidence des maladies cardio-vasculaires, des observations fortement suggestives tendent malgré tout à prouver que tel est le cas.Pour le chercheur qu'est le docteur Jean Davignon, les causes ultimes et réelles de ces maladies sont toujours inconnues.On reconnaît cependant que le cholestérol peut causer des dommages à l'endothélium, ce revêtement pavimen-teux de la paroi interne des vaisseaux sanguins et du cœur, et infiltrer la paroi artérielle pour produire l'artériosclérose.Toutefois, un très grand nombre de facteurs entrent en ligne de compte dans la détermination des origines du mal: l'âge (sauf en de rares cas héréditaires, les individus sont exempts de ce genre de maladies avant la trentaine), le sexe (les femmes sont en général protégées des maladies cardio-vasculaires jusqu'à la ménopause, les hommes y étant plus sensibles dès la quarantaine et quelquefois plus tôt), l'hypertension artérielle, le tabagisme, la présence du diabète, l'obésité, l'inactivité physique, l'excès de '—nmilv- - I .- mm Tous les aliments dans la fabrication desquels on utilise des huiles végétales hydrogénées sont susceptibles de contenir des acides gras.C'est le cas des vinaigrettes manufacturées, des craquelins, des tablettes de chocolat et autres gâteries.caféine et même certaines prédispositions aux maladies coronariennes chez les individus du groupe sanguin A.LA PART DU CHOLESTÉROL Il est certain aussi que l'hypercholestérolémie, une surabondance de cholestérol sanguin qui peut découler de l'absorption de cholestérol alimentaire, constitue un facteur important de maladies coronariennes.Or, il a été établi hors de tout doute que les gras saturés font augmenter le niveau de cholestérol.Il est d'ailleurs possible qu'il fasse également augmenter l'incidence du cancer, puisqu'on a noté depuis quelques années une diminution progressive des maladies coronariennes coïncidant avec la propagande en faveur des gras non saturés.Le rapport entre l'ingestion de cholestérol alimentaire et le taux de cholestérol sanguin fera toujours l'objet d'une controverse.Le docteur Jean Davignon cite, à titre d'exemple, le cas de l'un de ses patients, habitué à une alimentation régulière à haute teneur calorique, qui peut manger une douzaine d'œufs par jour sans modifier pour autant son taux de cholestérol sanguin.Cependant, chez un autre individu, le même régime pourrait causer une hausse considérable du taux de cholestérol.Tout le monde ne réagit pas de la même façon.Ce qui ne fait aucun doute, c'est que pour les 30 pour cent de la population dont le taux de cholestérol est de plus de 220 et/ou le taux de triglycérides de plus de 1 50 et qui ont donc un surcroît de matières grasses 33 dans le sang (hyperlipidémie), les règles alimentaires doivent être plus strictes encore.Ces gens ont intérêt à réduire en calories leur menu et à limiter sérieusement leur ingestion de graisses saturées et de cholestérol alimentaire.Il leur reste le recours aux gras polyinsaturés qui — c'est établi définitivement et irréfutablement — contribuent à abaisser le taux de cholestérol dans le sang.Bien que plusieurs études semblent indiquer que ce régime aux gras polyinsaturés tend à réduire les maladies coronariennes, la preuve absolue n'est pas encore disponible et les laboratoires de recherche américains continuent de dépenser des fortunes pour l'établir définitivement.Les chercheurs qui se sont penchés sur ce dossier ont voulu avant tout tester l'hypothèse des lipides, c'est-à-dire abaisser le niveau de cholestérol sans altérer les autres facteurs susceptibles d'influencer le développement de l'artériosclérose.«Au moins sept articles sérieux indiquent une évidence de régression de l'artériosclérose quand on parvient à abaisser le taux de cholestérol mais, dit encore le docteur Davignon, les techniques d'évaluation sont très difficiles et la preuve scientifique définitive reste à venir.J'entretiens cependant la conviction morale qu'un tel abaissement a des effets durables sur l'évolution de l'artériosclérose.» Les huiles et les graisses polyinsa-turées sont donc habituellement recommandées dans le traitement ou la prévention des hyperlipidémies et des maladies coronariennes.On sait cependant que, bien que leur toxicité cancérigène n'ait pas été prouvée, les acides gras «trans» découlant du procédé d'hydrogénation d'huiles polyinsaturées se comportent comme des acides gras saturés.Il en découle que plus une margarine est hydrogénée, moins elle possède d'acides gras polyinsaturés, plus elle est susceptible, selon le procédé de fabrication utilisé, de posséder des acides gras «trans».MOINS GRAS, MEILLEURE SANTÉ Sur le strict plan donc des maladies coronariennes, la quantité d'arguments à l'appui de leur relation avec le cholestérol et les graisses est plus qu'imposante.Pour éviter d'être victime de ces conséquences de l'obésité qui s'associent souvent à l'hypertension artérielle, à l’hypertriglycémie, au diabète, il importe de conserver un poids idéal en équilibrant les dépenses et les ingestions de calories.À cette fin, surtout si on ne se livre qu'à très peu d'activités physiques, il faut limiter sa ration totale de matières grasses, de sucre et d'alcool dans le régime.Et, bien sûr, réduire la quantité totale d'acides gras saturés en ne mangeant pas le gras visible des viandes et 34 septembre 1979 / QUÉBEC SCIENCE ?M ï " '¦ ¦ r-.; Au point où en sont les recherches, il n'existe pour le moment aucune preuve que la margarine soit cancérigène et qu'on doive la bannir de notre alimentation.En attendant confirmation ou infirmation de certaines recherches préliminaires, il apparaît toutefois que, du simple point de vue de l'hygiène alimentaire, nous aurions tout intérêt à diminuer la consommation totale de ces deux produits concurrents, le beurre et la margarine.des bouillons, en n'utilisant le beurre qu'avec modération et, dans la mesure du possible, en remplaçant les acides gras saturés par des acides gras polyin-saturés.En fait, ces recommandations ne sont pas nouvelles et sont tirées du rapport présenté en décembre 1976 au ministre fédéral de la Santé et du Bien-être social du Canada par un groupe de chercheurs dirigé par le docteur J.F.Mustard et dont faisait partie le docteur Jean Davignon.Elles ne s’appliquent pas aux patients soumis à un régime thérapeutique ou aux nourrissons mais pourraient profiter à l'ensemble de la population et particulièrement aux personnes en pleine croissance, aux femmes enceintes ou qui allaitent ainsi qu'aux personnes âgées ou infirmes qui devraient faire tout particulièrement attention au choix de leurs aliments tout en s'assurant d’un apport suffisant d'éléments nutritifs essentiels.Quant à faire un choix, un fait est certain, il est trop tôt pour songer à inciter sans discernement toute la population à manger de la margarine plutôt que du beurre ou le contraire.Au point où en sont les recherches, il n'existe pour le moment aucune preuve que la margarine soit cancérigène et rien n'indique qu'on doive la bannir de notre alimentation.Ce que certains journaux ont annoncé, le printemps dernier, c'est une mise en garde, venant de chercheurs sérieux, contre le procédé d'hydrogénation des graisses végétales pour en faire de la margarine.Mais en fait, la margarine et le beurre contiennent exactement le même pourcentage de gras (80 pourcent) et la même quantité de calories (36 par cuillerée à thé) contrairement à un autre mythe bien répandu qui veut qu'il y ait moins de calories dans la margarine.C'est donc la consommation totale de l'un comme de l'autre de ces deux produits qu'il importe de contrôler.Oui, la plupart des margarines et des «shortenings» contiennent un pourcentage élevé d'huiles hydrogénées et donc d'acides gras «trans».On peut objecter qu'il existe aussi des acides gras «trans» d'origine animale, produits par des bactéries du tube digestif des bovins mais ceux-ci n'existent que dans des proportions qui restent inférieures à un pour cent des graisses animales.Bien entendu, tous les aliments dans la fabrication desquels on utilise des huiles végétales hydrogénées sont également susceptibles de contenir des acides gras «trans» dans des proportions pouvant atteindre 30 pour cent.C'est le cas des vinaigrettes manufacturées, des craquelins, des croustilles, des tablettes de chocolat et autres «gâteries» de même nature.La chimie alimentaire crée, souvent pour des raisons d'économie ou de présentation, de nouveaux corps chimiques qu'il faut considérer avec prudence avant d'en inciter la consommation généralisée.C'est un fait.Il faudra faire des pressions pour que des recherches soient poussées plus avant sur ces acides gras «trans», mais il est faux de prétendre ou même de laisser entendre pour le moment que la consommation de margarine peut provo- quer le cancer ou les maladies cardiovasculaires.D'ailleurs, tous les faits connus n'ont pas été portés à la connaissance du public.Ainsi, ni Keeny, ni Oison, ni Mann ne révèlent que la consommation per capita de gras animal a diminué de 57 pour cent de 1 963 à 1975, alors que la consommation de gras végétal per capita augmentait de 44 pour cent, ce que démontre WJ.Walker dans un article du New England Journal of Medecine (N° 197, 1977).Il est impossible, à ce jour, d'établir une relation de cause à effet entre ces changements diététiques chez la population nord-américaine et un net déclin parallèle du taux de mortalité coronarienne.Cependant, les données connues devraient suffire à inciter la conduite de recherches expérimentales sérieuses en vue de confirmer ou d'infirmer une relation de cause à effet.Pour le moment, si l'on s'en tient aux données de la science, il n'existe même pas de preuve concluante que le fait de réduire le taux de cholestérol sanguin par un régime alimentaire approprié réduise également les risques de maladies coronariennes.Pour le docteur Madeleine Blanchet, responsable de la politique de nutrition au ministère des Affaires sociales du Québec, la génétique joue un rôle aussi important que l'alimentation dans l’incidence de certaines maladies et le présent débat «est alimenté par des chercheurs en faveur de l'une ou l'autre cause.Or, il y a des limites à vouloir changer le mal de place.Pour le moment, insiste-t-elle, la relation est strictement linéaire et on s'est contenté de semer le doute dans des esprits moins bien avertis.» Dans Le Devoir du 30 mai dernier, la journaliste Renée Rowan écrivait: «Il ne faut pas se faire d'illusion: sous cette campagne de contre-information qui fait rage depuis plusieurs mois se cachent de gros intérêts financiers.» Il ne faudrait pas que les consommateurs fassent les frais de ces ambitions mercantiles des grands monopoles de l'alimentation, d'autant plus que l'importance de cette part de gras alimentaire est limitée.Seulement 16 pour cent du gras que nous absorbons quotidiennement nous vient du beurre, de la margarine, des huiles et des autres matières grasses visibles.La viande à elle seule en produit 43 pour cent alors que le reste provient des fromages, du lait, des produits de boulangerie, des pâtisseries et des mets cuisinés.Aussi, le conseil ultime de la diététiste Louise Lambert-Lagacé est de «cuisiner avec le moins de gras possible, quel qu'il soit; de manger son pain quotidien sans beurre ou margarine, ou si peu; de diminuer les portions de viande et de consommer davantage de volaille et de poisson».Et bonne santé! Université McMaster Faculté des Etudes Supérieures L'université McMaster offre des programmes d'études supérieures dans les disciplines suivantes: M.A.; Ph.D.M.Sc.; Ph.D.Maîtrise; Doctorat MA.Anglais Anthropologie Etudes Religieuses Géographie Histoire Philosophie Psychologie Sciences économiques Sociologie Biochimie Biologie Chimie Géographie Géologie Mathématiques Métallurgie Physique Science des matériaux Sciences médicales Génie chimique Génie civil Génie électrique Génie mécanique Allemand Bien-être social Didactique Etudes classiques Etudes françaises Grec Latin Sciences politiques Ph.D.M.Sc.Maîtrise Etudes romaines Génie nucléaire Sciences de la gestion Biodynamique humaine Didactique Informatique Statistiques Génie métallurgique Génie physique Sciences de l'administration Sciences de la santé Aide financière C'est la politique de l'université McMaster de mettre à la disposition de tous ses étudiants à temps complet une aide financière qui prend la forme de bourses et d'assistanats, lesquels peuvent s'élever annuellement à quelque $7,000 pour les étudiants de maîtrise et à $8,000 pour les candidats au doctorat.Ces derniers reçoivent normalement une aide financière d'une durée de quatre ans au delà de la maîtrise (ou de cinq ans au delà du baccalauréat), laquelle peut être prolongée sur la recommandation du département.Les étudiants de maîtrise reçoivent, quant à eux, une aide financière d'une durée d'un an, renouvelable sur la recommandation du département pour un quatrième et un cinquième trimestre.Un certain nombre de bourses au mérite provenant de fonds établis expressément à cet effet et utilisables exclusivement pour l'inscription à McMaster sont attribuées chaque année.Des assistanats sont également fournis aux étudiants qui reçoivent des bourses fédérales ou provinciales L'Université Les activités de McMaster se déroulent sur un agréable campus sis à proximité d'importants Jardins Botaniques et par ailleurs à une courte distance du centre de Hamilton.Les salles de classe, laboratoires, salles de réunion, bibliothèques et bureaux sont fonctionnellement répartis parmi plus de 40 pavillons.Le centre du campus est réservé aux piétons.Pour de plus amples renseignements, écrire au: Directeur, Département de.Université McMaster Hamilton, Ontario Canada L8S 4K1 36 septembre 1979 / QUÉBEC SCIENCE LA COURSE D’OBSTACLES DU SAVOIR Qu’il est dur le chemin de la culture scientifique! par Jean-Pascal Souque et Jacques Desautels 0, 10, 50, 100 km/h en six secondes.Ceux qui apprécient la griserie associée à ce genre d'accélération aiment bien éprouver ce sentiment de «passer au travers du siège».Et même en conduisant plus sagement, négocier un virage le moindrement pointu vous colle contre la portière de façon incontestable.Ces forces, dites d'inertie, qui vous assoient vigoureusement au départ du métro ou qui vous promènent d'un côté à l'autre de l'autobus vous semblent bien réelles, et pourtant.Malgré vos postérieurs malmenés et vos épaules meurtries, ces forces n'existent pas dans ce qu'on appelle la Mécanique classique.Elles sont «inventées» par les physiciens pour rendre compte des phénomènes observés dans des systèmes accélérés tels qu'autobus, métros, etc.Ceux qui ont eu le loisir de s'initier à cette mécanique diabolique se souviendront peut-être des maux de tête que ce paradoxe leur causait.Eh bien, qu'ils se consolent: le problème est plus généralisé qu'on ne le pense! Ce n'est un secret pour personne: la réalité et la représentation que chacun de nous s'en fait ne sont pas sœurs jumelles.En particulier, il semble difficile d'acquérir une vision véritablement scientifique de tout ce qui nous entoure: des études publiées ces dernières années montrent que malgré les cours de sciences de l'élémentaire à l'université, nous avons beaucoup de peine à nous défaire de nos propres réponses à l'éternelle question: comment ça marche?LE pH DE MON SHAMPOING Car chacun a recherché et recherche toujours des explications à tout.En d'autres termes: de la réalité, chacun se fait une idée.Il est d'ailleurs facile de s'en rendre compte au nombre de personnes qui se forment une opinion sur la réalité sociale et qui n'hésitent pas à la livrer.Parcontre, qu'il y ait chez toute personne une idée En ce mois de rentrée scolaire, deux enseignants nous disent pourquoi.y relativement permanente de la réalité physique ne constitue pas une évidence.Après tout, les stations de radio, en ouvrant leurs lignes téléphoniques, font rarement appel aux auditeurs pour qu'ils se prononcent sur la masse, l'énergie ou l'espace-temps et il faut bien reconnaître que ces concepts génèrent fort peu souvent de discussions entre amis.Ce n'est donc pas facile d'identifier clairement les opinions sur cette partie de la réalité qui fait l'objet de l'activité scientifique, même si le terrain est en partie défriché.Quelques modèles spontanés de la réalité physique laissent voir un coin de leur architecture fantaisiste.Il suffit d'écouter et d'entendre que la chaleur monte, que la nature a horreur du vide, que l'alcool réchauffe, que Skylab est en apesanteur et que le pH de mon shampoing est naturel.Ce terrain défriché est aussi miné par endroits.Qu'une centrale hydroélectrique soit «un bâtiment dans lequel on extrait l'électricité de l'eau» (authentique!) produit une de ces explosions qui provoquent moins de rires qu'on peut le penser dans une école secondaire.Et pourtant la science des manuels scolaires est si joliment structurée, tellement rigoureuse et logique qu'on en vient à se demander pourquoi toutes ces représentations perverties de la réalité ne volent pas en éclats dès les premiers cours de sciences.Car elles se maintiennent ces représentations que Gaston Bachelard qualifiait de pré-scientifiques, et elles semblent aussi résister à la plus soigneuse des éducations scientifiques.DES MODÈLES POUR DÉCODER Hors de tout doute, une grande partie de l'activité intellectuelle de l'individu, depuis la naissance, consiste à se construire des modèles explicatifs de la réalité.Par besoin de sécurité bien sûr, afin de conférer à l'environnement un caractère prédictible.Mais, d'une part, la complexité, le mystère de cette réalité ne stimule pas chaque individu au même point et, d'autre part, on se dote des outils ntellectuels les plus sophistiqués à un QUÉBEC SCIENCE / septembre 1979 âge où on se lasse de poser des questions.Aussi donc, de façon bien naturelle, nos premiers modèles seront grossiers, animistes, religieux, peu importe, mais ils auront le mérite de décoder cette réalité menaçante.C'est ainsi que la Lune suit notre petit bonhomme de six ans «parce qu'elle veut l'éclairer», que «le ciel est bleu parce que la mer se réflète dedans» (bien voyons!) et que «le petit Jésus fait pleuvoir pour que les récoltes poussent abondamment».Et tant que la nécessité de changer de modèle n'apparaîtra pas (et quelquefois elle n'apparaît jamais!), nul besoin de modifier nos modèles ne surgira.Or, un cours de sciences réclame la modification radicale de bien des représentations de la réalité.Le malheur c'est qu'il la réclame comme si l'étudiant était totalement disponible vis-à-vis de ce nouveau savoir.D'où la frustration de nombreux professeurs de sciences.Ce qui est loin d'être nouveau.Déjà en 1938, Gaston Bachelard écrivait: «J'ai souvent été frappé du fait que les professeurs de sciences, plus encore que les autres si c'est possible, ne comprennent pas qu'on ne comprenne pas.(.) Ils n'ont pas réfléchi au fait que l'adolescent arrive dans la classe de physique avec des connaissances empiriques déjà constituées: il ne s'agit pas d'acquérir une culture expérimentale, mais bien de changer de culture expérimentale, de renverser les obstacles déjà amoncelés par la vie quotidienne».Ce changement radical, requis pour accéder au savoir scientifique, est loin de s'avérer facile et quelques recherches le démontrent de façon évidente.Pour l'instant, la physique et la biologie ont le plus bénéficié de l'intérêt des chercheurs et la chimie fait figure de parent pauvre.Sur un plan plus général, certains résultats sont véritablement surprenants.Témoin cette recherche menée aux États-Unis en 1958 par William P.Rogers dans le cadre de sa thèse de doctorat.En étudiant la prédominance de certaines représentations pré-scientifiques chez les élèves de 9e et 10e années (14-15 ans), Rogers a découvert que 58 à 71 pour cent des enfants de cet âge étaient persuadés que le Soleil était au centre de l'Univers.Il serait intéressant de savoir ce qu'en pensent les jeunes du même âge aujourd'hui.L'exploration spatiale, les trous noirs et les supernovas, Odyssée 2001 et la Guerre des étoiles ont-ils définitivement oblitéré le dieu Ra, les forges de Vulcain, le Soleil Roi?DES OBSTACLES AU SAVOIR En fait, les représentations pré-scientifiques ne sont qu'une des variétés de ce que Gaston Bachelard a appelé les obstacles épistémologiques ou obstacles à la connaissance scientifique.En voici d'autres.37 Un des modèles explicatifs le plus populaire et donc le plus dangereux par son attrait est le système d'explication circulaire.Molière en donne un bel exemple lorsqu'à la fin du Bourgeois Gentilhomme, des médecins firent passer en latin de cuisine un doctorat oral à un candidat.Ils lui demandent: «Pourquoi l'opium fait-il dormir?» Le candidat réplique avec une assurance indestructible: «Parce qu'il contient un principe dormitif».Essayez maintenant d'envisager l'avenir de la biochimie! L'animisme, ou tendance à associer une âme aux objets, cause aussi quelques ravages.Avant Aristote, il était bien connu que si la pierre en chute libre voyait sa vitesse augmenter en se rapprochant du sol, c'est qu'elle avait tellement hâte de rencontrer le sol, qu'elle se dépêchait de plus en plus jusqu'à la rencontre finale.En évacuant tout anthropomorphisme du monde «inanimé», la science a fait un pas de géant.Cependant, nombreux sont les élèves enclins à attribuer aux électrons, aux ions, aux rayons lumineux et à d'autres manifestations physiques d'obscurs desseins.Il faut dire que certains manuels, en identifiant à propos de l'équilibre chimique de prétendues tendances vers l'énergie minimum et le désordre maximum (beau cas de conscience!) ne facilitent pas les choses.Le substantialisme constitue un autre des modèles spontanés qui font obstacle à la connaissance scientifique.Qu'un chandail soit rouge représente une évidence indépendante de la lumière pour la plupart des élèves du secondaire.Qu'il soit encore rouge dans le noir constitue un de ces paradoxes humoristiques qui agrémentent la vie d'un enseignant en sciences! Essayer d'enseigner l'interaction lumière-matière, dans ces conditions, voilà le défi.Dans un autre domaine, les solutions dans l'eau, dans le cours de chimie subissent un mystérieux transfert conceptuel.Ainsi, une solution d’hydroxyde de sodium (du vulgaire Drano!) dans l'eau devient une substance autonome d’où l'eau est exclue! Il ne faudrait cependant pas croire que les cours de sciences n'ont pas d'effet sur les étudiants.En 1973, Lucie Leboutet, professeur à l'Université Paris VIII, rendait compte d'une enquête se proposant d'identifier les représentations des phénomènes physiques et d'étudier leur évolution avec l'âge dans un groupe d'environ un demi-millier d'écoliers français: «Il nous est apparu avec une grande netteté que les concepts nouvellement introduits pénétraient dans le système des connaissances préalablement installées sans en affecter la structure.L'acquis nouveau ne vient pas remanier profondément l'ancien, au contraire, il s'y infiltre sans l'attaquer».En d’autres termes, on pourrait dire que le savoir scientifique est «récupéré» par le savoir ordinaire comme certains mouvements contestataires sont «récupérés» par l'establishment! CE MONDE DE LA COMPLEXITÉ Si les modèles scientifiques de la réalité n'arrivent pas à s'imposer, c'est peut-être aussi «parce qu'ils ont pas d'allure»! En effet, il n'est pas si facile d'accepter une remise en question de ce que nous avons élaboré depuis longtemps à l'aide de nos sens à qui nous faisons totalement confiance.Bachelard disait: «Il vient un temps où l'esprit aime mieux ce qui confirme son savoir que ce qui le contredit, où il aime mieux les réponses que les questions.Alors, l'instinct conservatif domine».Surtout quand les modèles scientifiques confinent au délire.Par exemple, lorsqu'on demande à certains élèves de secondaire V (16 ans) de croire qu'un électron possède une certaine probabilité de présence en une région de l'espace, qu'il peut se dématérialiser là et réapparaître plus loin, au-delà d'une surface où sa probabilité de présence est nulle.Et c'est cette même science qui demande aux mêmes élèves de ne pas croire en la télépathie, ni aux OVNI, ni à l'astrologie! Heureusement pour les professeurs, les élèves sont suffisamment dociles pour avaler certaines représentations scientifiques, les ressortir à l'examen et les laisser s'évanouir par la suite.Car les nouveaux concepts introduits n'ayant manifestement pas modifié radicalement la structure, l'échafaudage personnel de nos connaissances, ne se présentent plus à l'esprit que sous forme de traces et finiront par s'évanouir.Restent les mots savants, au pouvoir magique: «On fait croire que l'on sait parce qu'on connaît les mots-clefs et on croit savoir parce que l'on sait désigner», dit Jacques Migne, l'un des chercheurs français les plus actifs dans le domaine des représentations pré-scientifiques chez les adultes.Exemple de ces mots magiques: l'ADN, qui finit par devenir le seul principe explicatif humain. 38 septembre 1979 / QUÉBEC SCIENCE LA CHALEUR ^ DU COTON, LES POUMONS fig DES POISSONS.^ André Giordan illustre de façon saisissante la façon dont un élève peut mémoriser sous la contrainte un tas de connaissances sans qu'elles modifient le modèle que cet élève s'était déjà construit.Il s'agit d'un groupe d'élèves de la première année du secondaire français qui était capable de lui dire, puisqu'il l'avait appris l'année précédente: «Le poisson rouge respire par les branchies, il absorbe l'oxygène dissous dans l'eau et rejette le gaz carbonique».Ces élèves se proposaient d'approfondir ce point sur des poissons rouges vivants et morts.La premièrechosequ'ilsfirent, ce fut de disséquer un poisson rouge.Giordan leur demanda pourquoi.«Pourvoir où étaient les poumons».Demandant aux élèves d'élaborer leur réponse, ceux-ci dessinèrent au niveau des branchies, un système relativement complexe de filtre destiné à séparer l'air de l'eau et à envoyer celui-là dans les poumons.Laissons André Giordan poursuivre: «Voilà des élèves à qui on avait parlé de cellule en sixième (sec.I) et qui en avaient regardé au microscope.Quand on les interroge en cinquième (sec.Il) on obtient par exemple, ce type de discours: «Sans le noyau, la cellule ne peut vivre, c'est son cœur, j'ai vu aussi plusieurs points qui bougent, ce devait être des globules rouges, à part qu'ils étaient verts».Quant aux élèves de dernière année du secondaire, voici ce qu'ils pensent de la respiration: «L'oxygène va aux muscles, il va les faire gonfler» (avec le geste du ballon qui se gonfle).Un autre article d'André Giordan montre comment débloquer une représentation-obstacle en relatant les discussions entre ses élèves et lui-même.Il s'agit du problème de la germination et de la croissance des plantes.Trois de ses élèves soutenaient l'idée que les graines germaient dans la terre parce que c'était «sa chaleur» qui jouait un rôle prépondérant (idée d'ailleurs très commune jusqu'au XVIIIe siècle).Ils lui soutenaient aussi que si les graines germaient mieux sur le coton, c'est aussi «qu'il était chaud, et en plus, qu'elles (les graines) étaient 'douillettes'».À la suite d'une série d'expériences librement décidées dans lesquelles les élèves arrivent à utiliser un thermomètre pour mesurer la température des milieux de germination, ceux-ci arrivent à identifier le rôle prépondérant de l'eau.Par contre des élèves qui avaient fait des expériences par une méthode dialoguée pour montrer que l'eau était indispensable, définissaient ainsi les conditions de germination: Élève G — L'eau est indispensable pour que les graines germent.Maître — Et la terre?Élève G — C'est son milieu naturel, ça fait mieux germer parce que c'est plus chaud, c'est pas la peine de mettre de l'eau.D'ailleurs dans le coton, ça germe plus vite que dans la sciure ou dans la terre car c'est plus chaud, et la sciure c'est mieux car c'est plus chaud.Dans ce cas-là, conclut André Giordan, le maître leur avait fait découvrir ce fait en dehors de leur représentation initiale.Or l'idée de «chaleur de la terre» s'était maintenue parallèlement: le nouveau fait qui aurait dû falsifier la représentation initiale aurait été dans ce cas, simplement mémorisé et juxtaposé.Ces recherches d'André Giordan invitent bien sûr à la réflexion et à la prudence surtout depuis que le cours d'écologie est obligatoire en secondaire I au Québec.Il est à souhaiter que les professeurs de biologie, s'ils désirent voir leurs élèves acquérir un savoir authentique dans cette discipline, savoir qui débouchera sur une action socialement utile (certaines attitudes devant le corps, l'environnement, la génétique, etc.), puissent élucider ces représentations-blocages présentes chez les élèves et trouvent des idées originales pour les surmonter.Car si la construction de la réalité est essentiellement personnelle, quelques caractéristiques communes apparaissent ici, comme l'animisme, par exemple, explication préscientifique fort répandue.Les représentations pré-scientifiques font donc partie de notre bagage intellectuel et elles peuvent s'avérer redoutablement coriaces.En effet, même après un long apprentissage des sciences, elles nous guident encore dans notre appréhension de la réalité quotidienne.Bachelard n'a pas manquéd'identifier ce phénomène et il l'a traduit par ce qu'il appelle le profil épistémologique.Plus près de nous, Leprince Ringuet avouait avec une certaine humilité qu'il n'avait jamais parfaitement compris la mécanique quantique, même s'il l'enseignait depuis de longues années.Comment expliquer cette réticence à changer de point de vue, cette difficulté à assimiler la façon scientifique de saisir l'univers matériel dans lequel nous baignons?L'explication ne nous est pas totalement connue, sans quoi l'enseignement des sciences aurait fait un bon en avant, qu'il n'a pas de toute évidence, effectué.Les pistes à explorer en vue de cerner la réponse à ce problème sont fort nombreuses et conduisent sans aucun doute au monde de la complexité.En fait, cela revient à chercher une réponse à la question fondamentale: «Comment fait-on pour connaître?» C'est évidemment loin d'être simple.Cependant, en accumulant des observations sur la façon dont les étudiants réagissent aux cours de sciences, on arrive à dégager quelques parcelles d'explication.Témoin cette histoire de la matière vue sous l'angle des petits morceaux: avant d'aborder, dans un nouveau cours, le modèle particulaire de la matière, nous possédons déjà un modèle «faux», mais relativement fonctionnel de la structure de la matière.En effet, suite à nos interactions sensorielles avec l'environnement, nous nous construisons une explication généralement «continue» des propriétés de la matière même si nous avons déjà entendu parler d'atomes et de molécules.À BAS LA DICTATURE DES SENS Malgré tout, le cours de sciences nous raconte que la matière est formée d'atomes, tous composés d'un noyau autour duquel gravitent de minuscules électrons, un peu à l'image, fausse d'ailleurs, d'un système planétaire.Comme la distance entre les noyaux est très grande par rapport à leurs propres dimensions, il faut en conclure que la matière, c'est à proprement parler, du vide! On n'accepte qu'avec scepticisme cette conclusion qui nie totalement l'expérience quotidienne.Alors, il faudra convertir les hérétiques en relatant par exemple quelques expériences qui valurent le Prix Nobel à leurs auteurs.Ou en brandissant l'arme suprême: le pouvoir prédictif du modèle scientifique, en gros, la maîtrise du futur. QUÉBEC SCIENCE / septembre 1979 Le néophyte que nous sommes va-t-il abandonner pour autant sa vision continue de la'matière?Dans l'état actuel des choses, il est permis d'en douter.Shim-son Novick et Joseph Nussbaum, de l'Université de Jérusalem, ont conduit en 1978 une expérience dans laquelle ils demandaient à des élèves qui avaient étudié le modèle particulaire de la matière de leur décrire certains phénomènes.Par exemple, les auteurs créent un vide partiel par aspiration dans une bouteille d'un litre.La bouteille est «vide» c'est-à-dire remplie d'air.Ils posent aux élèves la question suivante: «Si l'on pouvait voir l'air dans la bouteille, comment faudrait-il représenter la bouteille avant et après l'aspiration?» Seulement 60 pour cent des élèves utilisent de façon systématique le modèle particulaire pour répondre à cette question.Mais parmi ces élèves-là, seulement 46 pour cent acceptent sans problème qu'il y ait du vide entre les particules qui composent l'air.Les autres ne peuvent s'y résoudre! Ce qu'il en ressort, c'est que le passage d'une vision continue de la matière à une vision discontinue exige un effort de rationalisation et l'abandon de la preuve sensorielle.C'est le mode de connaissance qui change radicalement.Et si nous devons abandonner le recours aux sens, il nous faut nous brancher sur une pensée abstraite, refuser l'image au profit du concept.«Nos connaissances physiques seraient tirées de la sensation, disait le physicien Max Planck, mais leur progrès consiste précisément à se libérer de tout anthropomorphisme.Et, par conséquent, à s'éloigner autant que possible du donné sensoriel!» Citant cette phrase, le psychologue Jean Piaget conclut que la connaissance ne provient donc jamais de la sensation seule, mais de ce que l'action ajoute à ce donné.DES BEAUX QUARKS ET DES ÉLECTRONS SAUTEURS L apprentissage des sciences exige donc un changement dans le mode de connaissance, dans la façon d'appréhender la réalité.Cette exigence se fera de plus en plus grande au fur et à mesure que l'on s éloigne du réalisme naïf vers des concepts, des théories qui ne font plus appel à l'intuition première, concrète.La très belle mécanique newtonienne par exemple permet encore le recours à certaines images concrètes.Même si la force qui agit instantanément à distance et que l'on représente par un vecteur, est un concept beaucoup plus abstrait que l'intuition concrète de force.Toutefois, dans la mesure où la science se «mathématise» davantage au moment où l'on passe de la mécanique newtonienne à la mécanique quantique, il n'est plus possible de faire référence à l'image, à la représentation sensorielle.Les concepts n'ont plus le même sens bien que l'on utilise les mêmes mots tels espace, temps, masse.Comme le souligne le physicien Heisenberg en particulier: «Nos concepts habituels ne peuvent être utilisés pour décrire la structure de l'atome».Le langage usuel ne suffit plus.Une des conséquences de cette insuffisance de notre langage s'illustre dans le choix des qualificatifs associés aux quarks: le charme, la beauté et l'étrangeté.Non seulement le langage ordinaire ne suffit-il plus dans la description de la structure atomique, mais la réalité atomique telle que décrite par la théorie quantique et la théorie de la relativité transcende les catégories de la logique classique.Il y a paradoxe selon cette logique lorsqu'on affirme par exemple que la lumière est à la fois onde et particule ou que les vitesses ne s'additionnent pas à la vitesse de la lumière.L'atome d'hydrogène, le plus simple de tous, est constitué d'un proton chargé positivement — le noyau — et d'un électron chargé négativement, en perpétuel mouvement autour de lui.On s'attendrait à trouver l'électron à n'importe quelle distance du noyau, de façon continue, un peu comme un élastique que l'on tend peut prendre toutes les longueurs possibles jusqu'à ce qu'il se rompe.Eh bien, la description quantique de l'atome d'hydrogène attribue à celui-ci seulement quelques niveaux d'énergie permis.Ou, si l'on veut, l'électron ne peut se trouver qu'à quelques distances moyennes possibles du proton.C'est comme si notre élastique ne pouvait mesurer que un, deux, trois ou quatre centimètres.Ainsi, il n'est ni vrai ni faux qu'un atome d'hydrogène occupe un niveau d'énergie situé entre deux niveaux permis, tout comme notre élastique mesure 2,5 cm, par exemple.C'est tout simplement absurde.La logique de la mécanique quantique doit introduire une nouvelle valeur en plus du vrai et du faux.UNE MUTATION CULTURELLE De fait c'est l'image «occidentale» du monde elle-même qui est remise en question par la physique atomique.Telle est la thèse que soutient Fritjof Capra, physicien à l'Université de la Californie à Berkeley, dans son livre intitulé: The Tao 39 of Physics.Non seulement, dit-il, la physique atomique remet en question l'image occidentale du monde, mais il semblerait que la vision orientale telle qu'exprimée par l'hindouisme, le boudhisme, le taôisme et le zen fournirait un cadre philosophique magnifique et cohérent, correspondant à nos théories physiques les plus avancées de l'univers matériel.Dès lors, lorsqu'il s'agit de l'apprentissage des théories les plus évoluées en science, le terme «saut épistémologique» devrait possiblement être remplacé par un terme plus juste: on pourrait parler de «mutation culturelle».«En fait, disait Gaston Bachelard, on connaît contre une connaissance antérieure.Accéder à la science, c'est spirituellement rajeunir, c’est accepter une mutation brusque qui doit contredire un passé».Le chemin qui mène au savoir scientifique est donc tortueux et ardu.Tant qu'on reste inconscient de ce qui nous empêche de savoir dans ce que l'on sait, ce chemin estplussouventqu'autrement un chemin de croix.Les enseignants, en particulier, pourraienttrouver intérêt à se pencher sur ces obstacles avant d'entreprendre avec leurs étudiants la longue marche vers la connaissance scientifique.Mais plus généralement, tous ceux impliqués dans le partage du savoir scientifique — professeurs, vulgarisateurs, journalistes.lecteurs de revues scientifiques! — gagneraient à étudier d'un peu plus près ces obstacles.Peut-être pourra-t-on ensuite répondre un peu mieux à une double question loin d'être résolue: comment enseigner la science à l'école et comment la vulgariser au bénéfice de tous?Pour en lire plus: Gaston Bachelard, La formation de /‘esprit scientifique, Vrin, Paris, 1938 Gaston Bachelard, La philosophie du non.Presses universitaires de France, Paris, 1940 Francis Flalbwachs, La pensée physique chez T enfant et le savant, Delachaux et Niestlé, Neuchâtel, 1974 Lucie Leboutet, L'enseignement de la physique, Presses universitaires de France, Paris, 1973 Edmond Michaux, La pédagogie des sciences.Presses universitaires de France, Paris, 1970 Serge Robert, Les révolutions du savoir.Éditions du préambule, Montréal, 1978 40 septembre 1979 / QUÉBEC SCIENCE LE RETOUR DU FAUCON PÈLERIN Traqué par l’homme, décimé par les pesticides, le magnifique faucon pèlerin avait presque disparu.Grâce à certaines recherches, il est de retour parmi nous. QUÉBEC SCIENCE / septembre 1979 41 par Jean-Pierre Rogel Le coup d'ôeil en vaut la peine.Du hautdu toit de l'hôpital des Vétérans, à Sainte-Anne de Bellevue près de Montréal, on découvre toute la campagne alentour.D'un côté, c'est le fleuve, avec ses îles; de l'autre, c'est Pointe-Claire, Dorval et la grande banlieue de la métropole, étendues grises trouées des taches vertes des parcs et des petites taches bleues des piscines privées.Mais les maîtres incontestés de ce quinzième étage avec vue imprenable ne sont pas les convalescents d'un hôpital moderne et aseptisé.Ce sont des faucons.De grands et magnifiques faucons pèlerins, de cette espèce en voie de disparition, menacée par les pesticides, par le D.D.T.en particulier — donc, par l'homme — et que l'on tente aujourd'hui de sauver et de réintroduire dans l'environnement.Les artisans de cette lutte sont des chercheurs du Centre d'étude sur les rapaces du collège Macdonald de l'université McGill.Depuis trois ans, treize faucons pèlerins bagués ont été relâchés à partir du toit de l'hôpital, après avoir été élevés en captivité au Centre.Bientôt, plusieurs des quatorze autres faucons pèlerins de la sous-espèce tundrius, originaire de l'Arctique canadien, seront eux aussi libérés.Où iront-ils?Personne ne peut le dire, et ce n'est pas très important.Ce qui compte, c'est que ce grand oiseau, rapace majestueux et formidable, soit de retour dans les airs, parmi nous.Ou plutôt, pour être plus exact, parmi les autres animaux, à sa place dans l'écosystème terrestre, dont l'homme fait partie — trop souvent pour déloger ou détruire d'autres animaux.LA FLÈCHE VIVANTE Voir un faucon pèlerin adulte en plein vol est un spectacle d'une rare beauté.Son vol est majestueux, ses ailes longues et effilées le distinguent des aigles, buses et éperviers, aux ailes plus larges et arrondies.Son œil est plus gros que celui de l'aigle, ses pattes sont très fortes, son ventre est généralement blanc, moucheté ou strié de noir, son dos est gris bleu ou bleu ardoisé très foncé.Comme chez les autres rapaces, la femelle est d'ordinaire plus grosse que le mâle.Ce n'est pas le plus gros des oiseaux de proie: à côté de l'aigle doré ou de l'aigle à tête blanche — cet autre rapace menacé de disparition en Amérique, au sud des Grands-Lacs —, qui peuvent atteindre un mètre de long et deux mètres d'envergure, il paraît plutôt petit avec ses 35 à 50 cm de long et son envergure d'environ 1,40 m.Pourtant, c'est un chasseur d'oiseaux bien supérieur à I aigle et c'est pourquoi, aux beaux jours de la fauconnerie au Moyen-Âge, c'était l'oiseau des rois, surnommé «la flèche * •' vivante» et dressé à chasser les oiseaux-gibier.Il se nourrit d'ailleurs presque exclusivement d'oiseaux, contrairement aux autres rapaces qui se nourrissent volontiers aussi de petits mammifères, de reptiles ou de poissons.N'importe quel oiseau de petite, de moyenne ou même de grosse taille peut être sa proie: sa rapidité en vol en piqué est tellement grande, et son habileté à tuer en plein vol d'un seul mouvement précis est tellement phénoménale, que rien ne lui résiste.C'est à la vitesse d'une balle de golf frappée par un Jack Nicklaus qu'il fond sur sa proie: il atteint alors aisément 250 km/h, voire 300 km/h.L'œil humain a d'ailleurs peine à saisir ce mouvement, tant il est vif.C'est l'oiseau le plus rapide.À cette vitesse fantastique, il est évident qu'il prend sa proie par surprise.Un coup de patte suffit, puis le faucon pèlerin attrape l'oiseau et s'en va le déplumer sur une roche voisine.Comme son cousin le gerfaut de la toundra arctique, lui aussi un faucon, le faucon pèlerin ou Falcoperegrinus niche très haut, le plus souvent dans un creux de falaise et s'accouple pour la vie.Les jeunes mettent trois ou quatre ans avant de pouvoir procréer et les femelles peuvent pondre de trois à treize œufs tous les ans.Au Canada, on ne le rencontre plus guère que dans la zone arctique, du Yukon à Terre-Neuve.Pourtant, il n'était pas rare il y a trente ans dans nos montagnes du Sud.On a même l'exemple d'un couple de faucons pèlerins qui a vécu pendant 17 ans, de 1936 à 1 953, au sommet de l'édifice de la Sun Life à Montréal, se nourrissant des pigeons de la ville, une proie facile pour ces tueurs hautement qualifiés.Par contre, ses deux autres cousins, le faucon émerillon et la crécerelle d'Amérique, beaucoup plus petits et qui n'ont pas ses qualités de Dans ce nid situé dans un creux d'une haute falaise dominant la région, une femelle Gerfaut fFalco rusticolus/ cousin du Pèlerin dans l'Arctique, vient de dépecer, pour ses petits âgés de quatre à cinq semaines, un lièvre.p-ng P!A6Q 42 David Bird 508 >.v* Une boîte sert de nid artificiel, accroché au sommet d'une des ailes de l'hôpital des Vétérans à Sainte-Anne de Bellevue et aussi de site de remise en liberté des faucons pèlerins, tandis que de grandes cages de bois sont utilisées au centre de recherche sur le campus du collège Macdonald pour les faucons captifs.chasseur, sont familiers du sud du Québec et des plages de la côte est des États-Unis, où on les aperçoit chaque année.Comme l'émerillon, le pèlerin émigre habituellement vers le sud des États-Unis ou jusqu'en Amérique latine pendant l’hiver, parcourant ainsi de très longues distances.DES BAROMÈTRES Pourquoi s’intéresser à la survie du faucon pèlerin ou d’autres oiseaux de proie?«À part leur rôle évident dans l'écologie des populations animales, répond le responsable du programme de McGill, le Dr David Bird, ces rapaces partagent le sommet de la chaîne alimentaire avec l’homme et sont parmi les premières espèces à démontrer les effets des substances chimiques toxiques accumulées dans notre environnement.Ce sont donc d'excellents baromètres de la dégradation de l'environnement».septembre 1979 / QUÉBEC SCIENCE Et quels baromètres! Depuis l'introduction des pesticides chimiques organo-chlorés, issus de la grande technologie pétrochimique de l'après-guerre, les populations de faucons ont décliné progressivement, jusqu'à frôler l'extinction totale.De nombreuses études ont mis en évidence le rôle néfaste joué par le D.D.T.et par le D.D.E., son produit de transformation.Non biodégradable, hautement résistant et persistant dans l'environnement, — sa demi-vie est de 50 ans —, ce composé chimique massivement utilisé comme pesticide en agriculture dans les années 50 et 60 s'accumule dans les tissus des petits animaux, particulièrement dans les graisses.Il se concentre en remontant la chaîne alimentaire et se retrouve finalement dans les tissus des grands prédateurs tels que le faucon, l'aigle et l'épervier.On a notamment remarqué que les coquilles des œufs de faucon pèlerin se sont amincies de plus de 25 pour cent entre la période d'avant le D.D.T.et la période d'après.La mortalité embryonnaire a augmenté sensiblement, la coque se brisant plus facilement ou devenant plus sensible à la déshydratation.Plus généralement, les substances toxiques organochlorées agissent sur le système nerveux ou sur les hormones sexuelles des faucons adultes ou des jeunes.Ceux-ci deviennent stériles ou très affaiblis, parfois inaptes à chasser ou même à voler.Dans certains cas, on a même vu les femelles briser les coquilles des œufs et les manger, signe d'un changement de comportement dû à des déséquilibres physiologiques graves chez cette espèce.Si bien qu'en 1965, plus aucun des 200 endroits privilégiés de nidation de la sous-espèce anatum aux États-Unis n'abritait de couple fertile.En 1970, une étude du Service canadien de la faune ne dénombrait que 53 couples, 11 individus solitaires et 129 nids, la plupart inoccupés.De ce nombre, seulement deux couples de faucons pèlerins furent observés au sud du Labrador, tandis que la grande majorité des 53 couples recensés vivaient aux îles Charlotte, en Colombie-Britannique.Il s'agissait de la sous-espèce Falco peregrinus pealei, aussi appelée faucon de la côte ouest, dont la population est stable et n'est pas menacée.DES LOIS ET DES ÉMIRS Par contre, les deux sous-espèces F.p.anatum et F.p.tundrius — cette dernière est présente au nord du Québec — n'existaient pratiquement plus.Le 14 juin 1 972, après sept mois d'audiences publiques, l'Agence pour la protection de l'environnement aux États-Unis bannissait le D.D.T., interdisant sa vente dans tous les États après le 1er janvier 1973.Le Canada devait aussitôt emboîter le pas.Mais dès le mois de mars 1972, les deux sous-espèces anatum et tundrius QUÉBEC SCIENCE / septembre 1979 du faucon pèlerin étaient officiellement classées «en danger de disparition» aux États-Unis et strictement protégées par une loi.Au Canada, la conférence fédérale-provinciale de Yellowknife sur la faune avait sonné l'alarme en 1970.C'était le D.D.T.autant que la manie des collectionneurs d'œufs de voler dans les nids ces œufs aux couleurs délicates qui menaçait la survie du faucon pèlerin.Mais aussi et surtout, c'était un marché noir secret et bien organisé qui décimait ces rapaces: desfauconniersallaientfurtivement voler de jeunes faucons pèlerins encore incapables de voler du nid, puis les entraînaient pour la chasse.Ou bien les expédiaient au Moyen-Orient, où d'obscurs émirs versaient jusqu'à 6 000 dollars pour s'adonner à leur sport favori, très prisé là-bas, (la fauconnerie à partir de Cadillacs et non plus à cheval: les temps changent!).En 1971, le gouvernement provincial de l'Ontario passa donc une loi sur les espèces menacées, qui identifia le faucon pèlerin comme l'espèce numéro un à protéger.Actuellement, cette loi offre une protection complète à plusieurs espèces comme le faucon pèlerin, l'aigle couronné à tête blanche, le cougar de l'Est, le pélican blanc, le courlis esquimau et le pluvier siffleur.La pénalité infligée à ceux qui molestent ou détruisent des espèces est une amende allant jusqu'à 3000 dollars et une peine de prison de six mois, ou les deux.Au Québec, un comité pour la protection des espèces en danger a été formé récemment sous l'impulsion de l'Association des biologistes du Québec, mais il ne s'agit pour l'instant que de sensibiliser les autorités gouvernementales à ce sujet Le faucon pèlerin n'est pas sauvé pour autant.Ou du moins, pas encore.Les traces de D D.T.persistent encore dans l'environnement, vingt ans après, et ce pesticide est encore utilisé dans les pays d'Amérique latine où certains faucons passent l'hiver.D'un autre côté, les programmes expérimentaux d'élevage en captivité se multiplient, mais la mortalité est élevée et les résultats sont lents.Tout de même, le Centre d'élevage des espèces en danger du Service canadien de la faune situé à Wainwright en Alberta, relâche maintenant des faucons de captivité au rythme de 40 par an.Plusieurs pèlerins anatum ont notamment été libérés dans le parc Algonquin en Ontario et ont semblé se réadapter.De son côté, l'université Cornell, à Ithaca, dans le nord de l'État de New York, a élevé 368 faucons pèlerins de plusieurs sous-espèces depuis 1973 et en a libéré 220 dans la nature.C'est de ces deux programmes et du programme du Centre d'étude sur les rapaces du collège Macdonald que dépend la réintroduction du faucon pèlerin en Amérique du Nord.43 UN LABORATOIRE POUR LES RAPACES Le programme du collège Macdonald est relativement jeune.Il a débuté en 1 972, mais d'abord avec des recherches.«Nous avons cherché à développer une approche originale», explique son jeune directeur, David Bird.«Il a d'abord fallu approfondir nos connaissances sur la biologie et particulièrement sur la biologie de la reproduction des rapaces: pour cela, nous avons étudié de très près, en laboratoire, le Kestrel américain, qui est un petit faucon.Falco sparverius.Nous avons établi une colonie de Kestrels ici pour roder les techniques d'élevage en captivité et étudier le comportement de ces oiseaux».Le Dr Bird a surtout beaucoup travaillé sur les techniques d'insémination artificielle sur le Kestrel.Le Centre d'étude sur les rapaces dispose de deux granges aménagées, situées sur le campus du collège Macdonald.À l’intérieur, un couloir sépare deux rangées de grandes cages carrées de quatre mètres de côté, un grillage couvrant le côté extérieur.Les cages sont assez spacieuses, mais le Dr Bird souligne qu'il y fait très chaud l'été, sans doute trop chaud pour les oiseaux originaires de Nord canadien.En plus des Kestrels et des faucons pèlerins, le Centre élève quelques éperviers à queue rouge (Buteo jamaciensis) dans des cages en bois situées dans un champ attenant aux granges, ainsi que deux aigles dorés et un aigle à tête blanche, autant pour des fi ns pédagogiques que de recherche.Jusqu'ici, le Centre a réussi à élever en captivité plus d'une vingtaine de faucons pèlerins.«Il a d'abord fallu les obtenir, ce qui n'a pas été facile», souligne David Bird.«Nous désirions travailler sur les pèlerins de la sous-espèce tun-drius, originaire de l'Arctique canadien.Cela nous a pris trois ans avant d'obtenir des couples capables de se reproduire».L'an dernier, une femelle tundrius âgée de huit ans a pondu quatre œufs fécondés grâce à l'insémination artificielle.Cette année, l'équipe de McGill suivait avec enthousiasme les progrès d'un jeune faucon pèlerin né en captivité au début de juin et qui s'en allait bravement dans sa deuxième semaine d'existence lors de notre passage au Centre.DES ENNEMIS CHIMIQUES «Bien sûr, notre grand défi, c'est qu'ils survivent, s'adaptent et se reproduisent une fois relâchés dans leur environnement naturel» explique le Dr Bird, qui espère pouvoir réintroduire un jour les pèlerins tundrius dans l'Arctique.En effet, on sait que le taux de mortalité des jeunes faucons est très élevé, soit de 50 à 70 pour cent lors de la première année, et on s'aperçoit que celui des faucons élevés en captivité et relâchés ensuite atteint 80 à 90 pour cent.Lejeune oiseau qui a toutes ses plumes reste vulnérable la première année et succombe souvent aux griffes de ses prédateurs naturels, aigles, éperviers et hiboux.«Ceci, quand un chasseur ou un fermier inconscient ne s'avise pas de tirer sur le jeune faucon», dit Bird.L'action des pesticides se fait sentir sur une période de quelques années, et il n'est pas exclu qu'ils jouent un rôle dans la mortalité des jeunes oiseaux.Si le D.D.T.n'est plus utilisé, les biphényls polychlorés (BPC) semblent de plus en plus l'avoir remplacé comme «l'ennemi chimique numéro un».Hautement résistants, ils affectent le système nerveux, même lorsqu'ils sont à l'état de traces dans les tissus.Leur influence sur le système de reproduction et sur les malformations congénitales, observée chez d'autres espèces d'animaux, est aussi démontrée, bien qu'on ne dispose pas d'études suffisantes pour prouver les mécanismes par lesquels les BPC affectent les rapaces.Récemment, le Dr Bird remarquait en particulier que la concentration de sperme était plus faible parmi les Kestrels auxquels on injectait de faibles doses de PCB, en comparaison avec un groupe témoin.L'échantillon sur lequel portait l'étude était cependant trop petit pour qu'on puisse conclure hors de tout doute que les PCB affectent directement la qualité du sperme des faucons mâles.On bague les faucons pèlerins quand on les libère, mais on n'a pas d'indication précise sur leur sort une fois lâchés dans la nature.Des treize pèlerins libérés du toit de l'hôpital des Vétérans de Sainte-Anne de Bellevue, en 1976, on sait cependant qu'une femelle a été tuée d'un coup de fusil dans le Dakota du Nord au printemps suivant.Un autre oiseau a passé l'hiver aux alentours du collège, puis a disparu subitement.«Des autres, on ne sait rien, sinon que des amateurs nous rapportent régulièrement qu'ils ont aperçu des faucons pèlerins dans le ciel de la région de Montréal», précise le directeur du centre de recherches.UN SITE IDÉAL Le campus du collège Macdonald est, à vrai dire, un site idéal pour libérer des oiseaux de proie.Très étendu, abritant les facultés d'agronomie et de nombreux bâtiments de fermes expérimentales, il offre une nourriture abondante aux petits oiseaux.Une multitude d'espèces d'oiseaux vit ainsi de restes de grain et de déchets d'animaux.Au collège Macdonald, des ornythologues ont même organisé en 1 974 un «recensement» d'oiseaux, pour en compter plus de 1 200.Les arbres, les toits des hangars, les silos, sont parsemés de nids bien abrités et les populations d'oiseaux croissent vite, en l'absence de gros prédateurs.À partir de l'été 1976, toutefois, la belle vie des pigeons, des grives, des 44 septembre 1979 / QUÉBEC SCIENCE Âgé de cinq semaines, ce faucon pèlerin va être introduit dans la boîte de bois dont le panneau à clairevoie se soulèvera lors de la remise en liberté dans quelques jours, dans le parc Algonquin en Ontario.Ces jeunes Kestrels âgés de trois semaines sont nourris chaque jour par les chercheurs du Centre de recherches sur les rapaces du collège Macdonald.m iA4 merles, des pinsons et des fauvettes de Sainte-Anne de Bellevue a été brutalement troublée ISrsque les premiers faucons ont été libérés.Les gros pigeons de la banlieue ouest de Montréal, paresseux parce que trop bien nourris, ont dû faire de l'exercice pour échapper aux raids des jeunes faucons.Certains y ont perdu quelques plumes, d'autres y ont perdu jusqu'à l'appétit lorsqu'ils se sont retrouvés dans les serres et le bec crochu des faucons.«Ce contrôle de la population des pigeons, commente David Bird, n'est certainement pas mauvais en soi, car ils sont en excès sur le campus».Ils présentent même un danger potentiel pour l'homme, à cause de l'accumulation de leur déchets et de leur fiente, porteuse éventuelle de salmonelles et d'hysto-plasmose.L'équipe de McGill a même craint que les pigeons, ces éboueurs des rues à raz du sol, n'empoisonnent les faucons par les résidus toxiques accumulés dans leurs tissus, notamment le plomb.Fort heureusement, les examens du Service canadien de la faune se sont avérés négatifs: ces pigeons-là ne sont pas contaminés.Chanceux faucons! Le site du collège Macdonald est aussi idéal pour les faucons parce qu'il leur offre une «falaise» bien placé, qui domine toute la région.C'est le toit de Thêpital de Sainte-Anne de Bellevue, dont l'aile est a été aménagée.Les faucons pèlerins y ont leur spacieux appartement: un grand nichoir de bois, triangulaire, s'ouvrant sur le devant par un panneau à claire-voie.Les jeunes faucons y sont transportés lorsqu'ils sont âgés de cinq à six semaines.Chaque jour, ils ont droit à un régime de jeunes princes: des rats, des poulets et des pigeons fraîchement tués leur arrivent par un tuyau, poussés par des mains humaines qu'ils ne peuvent voir.Au bout de trois semaines, le personnel enlève le panneau à claire-voie.Sur la plate-forme, les pèlerins, qui ont maintenant toutes leurs plumes, battent des ailes.Puis ils s'élancent, vont se percher sur un rebord voisin du toit.Ils commencent à voleter alentour, d'abord hésitants, puis sûrs de leur vol.Bientôt, ce sont de grands oiseaux au vol rapide et puissant.Ils se mettent à chasser, mais n'ont pas encore l'habileté des adultes.Ils reviennent encore au nichoir, où ils sont nourris, quoiqu'à intervalles plus espacés, par les chercheurs du Centre des rapaces.«Maisquandlejourestvenu où je me suis retrouvé entouré par cinq pèlerins braillards, surgis de nulle part à la seule vue de mon panier vert de ravitaillement, raconte David Bird, alors j'ai décidé qu'assez c'était assez!».Sa décision de ne plus les nourrir donna vite de bons résultats, puisque cette fois les oiseaux se mirent à tuer des pigeons.On 1 ne les vit plus que rarement autour du nichoir à partir de ce moment-là.Et puis, un jour, ils se sont envolés pour de bon.Loin, vite, silhouettes majestueuses, immanquables dans le ciel de la banlieue montréalaise.«Après?Eh bien, çà, c'est une autre histoire.».Qu'importe en effet puisque, libre, de retour à sa place dans la nature, le faucon pèlerin n'a plus besoin de l'homme, son plus féroce ennemi.Pour en lire plus: Raymond Cayouette et Jean-Luc Grondin, Les oiseaux du Québec, Société zoologique de Québec Inc., Orsainville, Québec, 1972, 118 pages Darryl Stewart, Canadian Endangered Species, Gage Publishing, Toronto, 1974, 175 pages Falcons, numéro spécial de la revue Ontario Naturalist, vol.17, n° 5, Toronto, décembre-janvier 1978 Endangered Species Issue, numéro spécial de la revue Ontario Fish and Wildlife Review, vol.16, n° 4, Toronto, 1977 wmm mm'm Wfm 4 SOCIETE DE RECHERCHES SCIENTIFIQUES INC.ENTREPRISE QUEBECOISE A LA MESURE DES NATURALISTES QUEBECOIS SERVICES OFFERTS: • Librairie spécialisée en sciences naturelles, la plus complète au Canada.• Matériel de récolte, de collection et d'étude en sciences naturelles.• Service complet de taxidermie.• Cartes topographiques.• Cours d’éducation populaire: Botanique, ornithologie, mammalogie, ichtyologie, entomologie, minéralogie, géologie du Québec, cartographie et boussole, technique de récolte en sciences naturelles, taxidermie.• Pour les membres: local et équipement mis à leur disposition, 7 jours par semaine -10% d’escompte sur les livres et le matériel S.V.P.me faire parvenir • Catalogue de livres et matériel scientifique (gratuit) • Index des cartes topographiques (gratuit) • Prospectus de NABEC (gratuit) • Carte de membre ($5.00) Adresse Signature S.R.S.NABEC INC.- 4057 Ste-Catherine est, Montréal, Qué.H1W 2G9 — Tél.(514) 523-3945 HEWLETT PACKARD vous propose la HP 33E: calculatrice scientifique programmable.La HP 33E fart partie de la nouvelle série de calculatrices de Hewlett-Packard.Fidèle à la tradition de qualité HP, la 33E présente les caractéristiques suivantes: * 49 lignes de programme, ce qui représente 75 à 100 touches et plus, * grande flexibilité pour composer, reviser et corriger les programmes, * possibilité de 3 niveaux de sous-programmes * 8 mémoires adressables, * 8 tests conditionnels, * fonctions mathématiques, trigonométriques, hyperboliques, * fonctions statistiques préprogrammées: moyenne, écart type, régression et estimation linéaire, coefficient de corrélation, * un affichage clair et facile à lire, * des messages d'erreurs précis et explicites, * séquence de test automatique.HP 33E: $126.30 mm Nous avons disponible d'autres modèles HP 31 E: $67.35, HP32E: $101.00, HP37E: $105.25, HP38E: $168.25, HP 67: $568.00, HP 97: $947.00.[Les prix sont sujets à changement sans préavis.] Surveillez la sortie de la HP 33C.En plus d'avoir toutes les caractéristiques de la 33E elle sera dotée d'une mémoire continue.CCCPCIV Des dépliants détaillés sont à votre disposition.Pourquoi payer plus cher ailleurs?Venez nous voir.* Commandes postales acceptées avec chèque visé; prière d'ajouter la taxe de vente provinciale [8%} et les frais d'expédition de $Jt.OO [$6.00 pour les modèles de plus de $200.].COOPERATIVE ETUDIANTE DE POLYTECHNIQUE LOCAL C-106 Ecole Polytechnique Campus de l'Université de Montréal C.P.6079, Suce.«A» Montréal H3C 3A7 Tél.: (514) 344-4841 CHEMIN DE POLYTECHNIQUE QUEEN-MARY QUÉBEC SCIENCE / septembre 1979 47 IMMUNOLOGIE DES MOLÉCULES RÉVOLUTIONNAIRES Nous savons depuis longtemps que l’organisme humain se défend de l’agresseur, ces antigènes, par le phénomène du rejet immunologique.Cette défense que l’organisme élabore peut se distinguer de deux façons.La première se présente sous la forme d’une réponse spécifique, c’est-à-dire que l’agresseur qui pénètre l’organisme est reconnu et l’agressé répond par son système immunologique et combat exclusivement ce type d'antigène, soit par les anticorps, soit par les lymphocytes.Cette dernière réaction n'est pas liée à la présence d’anticorps circulants.De plus, elle peut être transmise à un sujet non sensibilisé par transfert de cellules et non de sérum comme le sont les anticorps.Les manifestations sont séparées par un intervalle de temps pouvant varier de quelques minutes à plusieurs heures.La deuxième forme s'explique comme étant une réponse non spécifique.Dans ce cas, on essaie d'augmenter la résistance de l'hôte sans se soucier de l’agent agresseur.Aujourd’hui, grâce aux adjuvants, on a pu amplifier les formes de défense qui consiste à accroître de manière non spécifique la réponse immunitaire à un antigène spécifique.Les adjuvants sont les nouvelles molécules révolutionnaires en immunologie.Par leur action irritante, ils peuvent amplifier notre système de défense en attirant les cellules immunocompétentes vers l’endroit où 1 adjuvant et l’antigène ont été administrés.Cette réaction immunitaire peut être trop faible ou ne pas se manifester du tout si l’antigène seul est injecté.Grâce à ces molécules, on amplifie le pouvoir protecteur de certains vaccins et on peut même faire la mise au point de nouveaux vaccins impossibles jusqu'à ce jour.Ces molécules, qui ont un poids moléculaire de 500, sont de nature glycopeptidique, c’est- à-dire qu’elles sont composées d’une molécule de sucre et de deux acides aminés légèrement modifiés.Les professeurs Le-derer, du CNRS, et Lefrancier, des laboratoires Choay, en changeant ces deux acides aminés par les dix-huit d’autres, ont pu obtenir des adjuvants avec des effets parfois semblables et parfois différents.À chaque fois qu’une nouvelle molécule est connue, elle est expérimentée dans les laboratoires du professeur Chedid sur des centaines d’animaux.Connaissant l’importance de cette molécule dans le domaine de la vaccination, les chercheurs ont mené un travail rigoureux et très long.Aujourd’hui, 800 molécules ont été synthétisées et mises au point à travers le monde.C’est ce qu'on retient du congrès organisé par l’Institut américain de la santé, à Bethesda, aux États-Unis, au printemps 1979.Le premier adjuvant puissant fut mis au point par Freund! Cet adjuvant «complet de Freund» consiste tout simplement à injecter l’antigène contre lequel on veut sensibiliser l’organisme après l’avoir émulsionné avec de l’huile de paraffine contenant des mycobactéries.Cependant, cet adjuvant de Freund ne reste qu’un réactif de laboratoire puisqu'il présente deux inconvénients majeurs.Le premier, lié à la bactérie elle-même, est qu’il provoque fièvre, inflammation locale, arthrite, allergie, etc.Et le deuxième, c’est que l’huile de paraffine, n’étant pas résorbée, provoque des abcès persistants et peut être cancérigène.Il fallait donc découvrir un adjuvant qui soit actif en phase aqueuse et débarrassé des effets secondaires.En 1972, toujours en travaillant avec les mycobactéries,}.F.Petit et A.Adam mettaient au point dans le laboratoire de Lederer une fraction, le W.S.A.(Water Solube Adjuvant), à partir de la paroi cellulaire de la mycobactérie.Cette fraction avait l’énorme avantage d’être soluble dans l’eau et, de plus, elle éliminait les effets secondaires de l’adjuvant de Freund.La deuxième étape de cette lutte pour l’adjuvant était de connaître la nature chimique du W.S.A.pour envisager la possibilité de le synthétiser en laboratoire.C’est le professeur Lederer qui, en 1974, entreprit la tâche de disséquer cette molécule pour aboutir à une structure chimique qui porte le nom générique de glycopep-tide.C'est-à-dire d’un sucre connu sous le nom de M-Uramyl et de deux acides aminés, respectivement la L-Ala-nine et la D-Glutamine.La connaissance de la structure chimique du MDP (M-Uramyl) qui est un dipeptide a permis à C.Merser et P.Sinay d’effectuer à Orléans la première synthèse de cet adjuvant.Si cet adjuvant bouleverse le monde scientifique, c’est que contrairement à l’adjuvant de Freund, il ne provoque aucune réaction néfaste chez l'animal.Des essais préliminaires ont été effectués sur des souris à l’Institut Pasteur, avec un vaccin antigrippal et antitétanique.Ils ont donné des résultats favorables.De plus, M.Parent a pu démontrer que les substances analogues au MDP ont un effet antibactérien vis-à-vis de certains microbes résistants aux antibiotiques.Jusqu'à présent, les vaccinations contre les parasites n’ont jamais pu se réaliser.L’important pour un parasite c’est de vivre avec son hôte en déclenchant le moins possible une réaction mortelle pour celui-ci.Dans l’avenir, les vaccins contre certains parasites pourraient alors se réaliser grâce à l’action amplificatrice du MDP.Au congrès de Bethesda auquel participaient de nombreux biologistes et les plus grandes firmes pharmaceutiques, les docteurs Siddique, de l’Université de Hawaï, et Kotain, de l’Université d’Osaka, ont pu immuniser des singes contre la la maison aux énergies douces BRFNDA et ROBERT VA16 ^ LA MAISON AUX ÉNERGIES DOUCES BRENDA et ROBERT VALE À l'heure où notre vie dépend totalement des services publics qui nous ap-provisonnenent en eau.gaz.électricité, «la maison aux énergies douces- de Brenda et Robert Vale, deux architectes anglais, se suffit à elle-môme.captant et stockant l'énergie solaire et éolienne, produisant du gaz à partir du recyclage des déchets.Ce livre met radicalement en question nos habitudes de consommateur; il nous apporte aussi des solutions différentes, mais toujours pratiques, pour vivre sans recourir aux énergies traditionnelles et, par là môme, sans nuire à l'environnement.Illustré par plus de 100 figures plans et graphiques, ce livre, devenu un «classique» dans les pays anglo-saxons, intéressera tous ceux qui sont à la recherche de voies nouvelles en matière d'écologie ainsi que ceux qui souhaitent construire ou faire construire leur maison avec les «énergies douces»-.LE MONITEUR.1979.251 pages.117 figures $23.10 Veuillez m’expédier.ex.de LA MAISON AUX ÉNERGIES DOUCES au prix de $23.10.?CHÈQUE ?MANDAT-POSTE Paiement ci-joint à Tordre de SOMABEC, 275 Sylva Clapin, Case Postale 295, St-Hyacinthe, Qué.J2S 5T5 NOM.ADRESSE .VILLE.CODEPOSTAL . 48 septembre 1979 / QUÉBEC SCIENCE malaria en inoculant l’antigène dans des liposomes avec du MDP.L’avenir de cet adjuvant semble prometteur pour élaborer un vaccin contre cette maladie parasitaire qui frappe presque le quart de la population mondiale, en particulier dans le Tiers-Monde.D’autre part, l’équipe du professeur Michel Sela, en collaboration avec des équipes françaises, a pu obtenir un vaccin en plaçant les vingt acides aminés représentant l'antigène d’un virus bactériophage sur le MDP.Ce résultat donne le feu vert pour l’élaboration de vaccins extrêmement purs et efficaces grâce au fait que l’amplificateur est lié à l’antigène au lieu d'être administré en même temps que l’antigène.Cependant, à l’Institut Armand Frappier, le docteur Marc Quevillon fait remarquer qu’il est encore trop tôt pour juger de la valeur du MDP.Il vaudrait donc mieux afficher un optimisme modéré.On a souvent entendu parler dans la littérature scientifique d’adjuvants extrêmement puissants et inoffensifs mais qui sont tombés dans l’oubli quelques mois ou quelques années plus tard.Malgré tout, le docteur Quevillon attribue aux adjuvants deux propriétés importantes: premièrement, ils provoquent une réaction irritante et deuxièmement, ils ne sont pas métabolisés facilement par l’organisme et libèrent donc lentement les antigènes en donnant un stimulus constant à l’organisme.Or, la composition chimique du MDP (un sucre et deux acides aminés) semblant à première vue facilement métabolisable, comment peut-il donc provoquer un stimulus qui dure longtemps?Une question importante qui reste sans réponse sûre.A l’Institut Armand Frappier, plusieurs adjuvants ont déjà été utilisés pour diverses expériences concernant entre autres le BCG qui semble jouer un rôle important, mais mal connu, au niveau des cancers.Enfin le docteur Quevillon fait remarquer que l’avenir est sûrement prometteur pour les adjuvants.On ne peut pas encore savoir si c’est le MDP qui en portera les honneurs.Mais une chose reste certaine: plus l’antigène est de faible poids moléculaire, moins le système immunitaire répond à son action et plus il est nécessaire de lui ajouter un adjuvant puissant et inoffensif.Roberto Agro TECHNOLOGIE LA COULEUR STANDARDISÉE Presque tous les moyens de communication visuels, seulement en noir et blanc il y a quelques années, sont maintenant en couleur.Il en est ainsi de la télévision, du cinéma, de la photographie, de la publicité.La couleur prend de plus en plus d’importance dans la vie quotidienne.Aussi cherche-t-on à mieux la connaître.Depuis des années, on essaie de mettre au point des méthodes de mesure de la couleur qui tendent vers la perfection.Mais, ce n’est pas chose facile car il faut compter avec une part subjective très importante: comme nous voyons une couleur n’est pas forcément comme notre voisin la voit.Plusieurs chercheurs se sont penchés sur la question, surtout dernièrement, avec la mise au point de plusieurs techniques de détection des couleurs et, plus particulièrement, une nouvelle méthode d’évaluation de l’aspect des couleurs dans leurs conditions d’observation.Pour en arriver là, il a fallu percer la plupart des secrets de la couleur et de notre perception.Selon l’Encyclopédie Larousse, la couleur, c’est «la sensation transmise vers le cerveau par la vision d'un objet coloré éclairé».Donc, notre perception de la couleur dépend de l’état de notre récepteur des couleurs, de la nature de l’objet coloré et de son environnement.Il faut alors tenir compte de tous ces éléments et de leurs combinaisons.Le spectre électromagnétique visible capable de stimuler l’œil se situe dans les longueurs d’ondes allant de 380 à 780 nanomètres.La plus courte longueur d’onde représente le bleu, le maximum de sensibilité de l'œil se trouve vers 560 nanomètres, dans le vert-jaune, tandis qu’à l’autre extrémité du spectre on est dans le rouge.En 1669, Isaac Newton, le célèbre physicien anglais, découvrit un procédé de décomposition de la lumière blanche au moyen d’un prisme.Dès lors, on savait que la lumière blanche est en fait un mélange bien dosé de violet, indigo, bleu, vert, jaune, orangé et rouge.Ce n’est cependant que vers 1801 qu’un autre physicien anglais, Thomas Young, comprit que des éléments de la rétine étaient sensibles à trois couleurs de base (bleu indigo, vert jaune et rouge) et, par combinaison de ces couleurs, à leurs composés.Quand les cônes du fond de l’œil reçoivent la lumière réfléchie par un objet, il se passe tout d’abord une réaction photochimique au niveau de trois sortes de cônes.Selon Young, les uns capteraient surtout les grandes longueurs d’ondes lu- mineuses, d’autres les moyennes et les dernières les plus petites.Cependant, on n’a pas encore réussi à isoler les substances chimiques à l’origine de la réaction qui permettent de saisir les données à retransmettre au cerveau.Malgré tout, cette théorie de la trichromie est à la base des différentes méthodes de mesure et d’identification des couleurs.La plus vieille méthode est bien sûr celle du détecteur humain: environ six millions de cônes captent des signaux et les retransmettent au cerveau sous forme codée par le biais d’un million de fibres nerveuses.Selon des études récentes, il s’agirait de signaux de luminance rouges, verts et bleus combinés de diverses façons et de deux signaux de différence de couleur.Pour apporter davantage de précision au détecteur humain, les Anglais ont d’abord conçu et mis au point un teintomètre optique.Une lampe à quartz sert alors à éclairer l’échantillon à travers des filtres de verre de différentes densités absorbant le rouge, le vert ou le bleu.Le système permet d’observer en même temps la lumière provenant de l’échantillon à travers les filtres et une lumière de référence passant à travers les mêmes filtres.En connaissant les propriétés des filtres, on peut obtenir une valeur de vert, rouge et bleu combinés qui donne une caractérisation propre à la couleur observée.Après modification et perfectionnement, cet appareil a donné naissance à un colori-mètre photo-électrique où les cônes de l’œil humain sont remplacés par des cellules photo-électriques équipées de filtres appropriés.Les Américains sont les spécialistes de ce genre d'appareil qui peut donner des informations très précises en supprimant la part subjective du récepteur humain.Très souvent, ces appareils sont reliés à des ordinateurs.Un autre appareil, le spec-trophotomètre, permet non pas de mesurer la combinaison et le dosage des couleurs de base, mais tout simplement la longueur d’onde selon laquelle l’énergie a été réfléchie ou émise par un échantillon.Mais même si tous ces appareils assurent une standardisation des valeurs d’une couleur, ils ne la voient pas comme nous.L’œil humain est en effet influencé par l'éclairage employé, par la luminance et la chroma-ticité de la zone entourant la couleur de même que par la familiarité que nous avons de voir l’objet en question ou sa couleur.Tout dépend aussi de la couleur vue par l’œil juste avant l’observation. QUÉBEC SCIENCE / septembre 1979 49 Un chercheur des laboratoires de KODAK en Angleterre, R.W.G.Hunt, trouve préférable de faire appel à un observateur humain pour définir une couleur.Il a donc proposé un cadre de termes à utiliser pour diminuer au maximum la part subjective de l'interprétation.Il s’agit pour l’observateur de définir avec beaucoup de précision différentes caractéristiques de la couleur qu’il voit: sa brillance, sa coloration et sa valeur chromatique.Pour la brillance, on lui fait comparer le degré de luminosité de l’échantillon à celui d’un objet blanc.La coloration est la mesure du contenu chromatique d'une couleur soit par rapport à sa brillance, soit par rapport à la brillance moyenne de l'environnement.Pour définir la valeur chromatique, l’observateur doit d’abord trouver quelles sont les deux couleurs de base qui se retrouvent dans la couleur de son échantillon.Ensuite, il donne le plus précisément possible la position de la couleur observée entre les deux couleurs de base.Un jaune vert peut par exemple être classé comme ayant 80 pour cent de jaune et 20 pour cent de vert.L’observateur situe ensuite sa couleur sur une échelle de référence des couleurs.Selon un autre chercheur de chez KODAK, M.H.Pointer, chaque observateur utilise bien sûr les valeurs de manière différente, ce qui est donc le plus important c’est la référence finale à une même échelle.L’expérience s’est avérée concluante puisque les observateurs n’ont pas eu de mal à se définir un propre système de classement logique et la concordance entre leurs systèmes était bonne.Les chercheurs essaient maintenant de trouver une liaison entre ces évaluations subjectives et des mesures objectives.Ils voudraient obtenir une concordance encore plus grande entre les différentes interprétations des couleurs de la part des individus.Il s'agit en fait davantage d’un problème de communication que d'un problème d’identification.François Picard SPÉLÉOLOGIE LE TRÉSOR DE SAINT-ELZÉAR Quel chercheur n’a pas rêvé de mettre la main, un jour, sur un dépôt d’archives inédites, de faire la trouvaille qui permette de vérifier ou de corriger les spéculations basées sur des données imprécises?Eh bien! Cette chance unique a été fournie, depuis quelques années, à une équipe du ministère québécois des Richesses naturelles qui s’affaire présentement, non pas à dépoussiérer une vieille bibliothèque oubliée, mais plutôt à disséquer les précieux secrets patiemment accumulés depuis des millénaires dans les profondeurs des cavernes de Saint-Elzéar.Les cavernes (ou la grotte) de Saint-Elzéar sont situées en forêt, à quelques kilomètres du village du même nom, un peu en retrait de la Baie-des-Chaleurs, en Gaspésie.À l’hiver 1977, un groupe de chasseurs découvrait, par pur hasard, un trou dans la neige, un trou qui s’enfonçait profondément dans les entrailles de la terre.Après quelques hésitations, le plus brave entreprit la descente pour réapparaître quelques minutes plus tard: selon toute vraisemblance, il était le premier être vivant à ressortir en vie de la grotte après en avoir foulé le fond.Car, avant toutes choses, les cavernes de Saint-Elzéar constituent une trappe, un piège mortel pour les animaux, à cause d’une chute verticale d’une douzaine de mètres.C’est ainsi que s’est formé, au pied de cette cheminée, un impressionnant talus qui prend l’allure d’une pyramide tronquée où se sont entassés les débris végétaux et animaux provenant de la surface: un musée hétéroclite qui permet aujourd’hui de retracer l’histoire animale, végétale, géologique, climatique même, de toute une région.Mis au courant de l’affaire, le ministère des Richesses naturelles prit alors la décision d’interdire l’accès de la caverne pour deux bonnes raisons: d’abord, pour éviter que des ossements humains viennent enrichir la collection de la grotte, dangereuse en soi, mais aussi pour éviter le pillage car des curieux avaient déjà eu le temps de sélectionner quelques souvenirs.On tente depuis de surveiller les abords pour que l’équipe du ministère qui travaille à inventorier le contenu de la caverne puisse minutieusement découper le talus sans qu’une intervention humaine ne dérange l’ordre mis en place par la nature.Le responsable du dossier «Saint-Elzéar», M.Pierre Las aile, un géologue du ministère, s’est adjoint quelques spécialistes d’universités américaines pour mener à bien les fouilles qui durent tout au plus une dizaine de jours par / 4 année, à l’automne.Le plus gros du travail se passe cependant en laboratoire à nettoyer et examiner les matériaux recueillis.Un véritable travail de bénédictin qui a déjà permis d’identifier plusieurs boîtes d’ossements provenant de musaraignes, d’orignaux, de chevreuils, d’ours, de renards, et peut-être de carcajou, une bête absente de cette contrée, en principe depuis toujours.La Société québécoise de Spéléologie s’intéresse aussi aux cavernes.En effet, si les cavernes représentent une mine d’or pour les scientifiques, elles sont également très belles, avec leurs salles, leurs couleurs, leurs structures, (dont, évidemment, les fameux stalactites et stalagmites, qui ne sont pas légion au Québec) et, finalement, l’espèce de sérénité inquiétante qui s’en dégage.Rien d’étonnant à ce que la Société québécoise de Spéléologie s’y soit intéressée dès le début en organisant quelques expéditions pour Saint-Elzéar.Ces visites ont entraîné une série de documents et de recommandations visant à préserver et mettre en valeur ce site unique.Aux yeux de la SQS, les caractéristiques de cette grotte et de son milieu environnant démontrent bien la valeur et la richesse d’un tel site cavernicole: c’est la grotte la plus concrétionnée au Québec, tant par la profusion que la variété de ses formations, la seconde grotte au Québec pour sa dénivellation, sans compter la présence d’un puits vertical et de grandes salles.On a procédé à des expertises pour dater l’origine de la cavité: sa formation remonterait à 204 000 ans.Cependant, l’ouverture en surface serait beaucoup plus récente.Déjà, on savait que le potentiel en cavernes du Québec était considérable à cause des nombreuses couches de calcaire qu’on y retrouve, principalement dans l’Outaouais, dans la région de Portneuf, au Sague-nay-Lac Saint-Jean, à l’île d’Anticosti et en Gaspésie.Trop souvent, malheureusement, des emplacements de grande valeur ont été mal exploités, voire dénaturés, par une utilisation commerciale.Pour les respon- septembre 1979 / QUÉBEC SCIENCE ÉTHOLOGIE HURLER AVEC LES LOUPS 50 sables de la Société de Spéléologie, il importerait donc de penser l’aménagement des lieux «pour déterminer le meilleur mode d’utilisation qui en assure la meilleure préservation possible et une exploitation rationnelle de qualité de ses avantages pour l’homme».Dans ces avantages, on inclut évidemment la spéléologie qui risque cependant de passer au second plan dans l’immédiat: M.Lasalle estime en effet à cinq ans, au moins, la durée des travaux à compléter avant qu’on puisse songer à élargir l’accès à la grotte.La science avant le sport.Au milieu de ce débat qui s'amorce, il reste les villageois de Saint-Elzéar.Dès le départ, ils ont formé un comité, le «comité de mise en valeur des cavernes de Saint-Elzéar».Bien qu’un peu perplexes devant la tournure des événements, ils collaborent activement avec le ministère lors des excavations et entendent bien surveiller jalousement «leur» trésor.En attendant de pouvoir inviter véritablement les visiteurs à admirer les lieux, on a bâti dans le village un musée qui donne un aperçu des cavernes et des ossements qu’on y a retrouvés.En quelques années, les citoyens de Saint-Elzéar sont devenus passablement ferrés en matière de cavernes.C’est devenu une fierté bien légitime pour un petit village dont on pensait qu’il était condamné à péricliter.Les questions de cavernes meublent les conversations, et on a même recommencé à parler de ces braconniers qui, il y a quelques générations, étaient partis en forêt pour ne plus jamais revenir.et même si tout indique que la grotte ne les a pas épinglés à son tableau de chasse, elle contient assez de richesses de tous genres pour devenir un centre d’intérêt majeur d’ici quelques années.René Vézina Le hurlement du loup, ce long cri plaintif et modulé si caractéristique, a toujours impressionné les hommes.Mais pourquoi au juste les loups hurlent-ils?Pour la première fois, une étude expérimentale, qui porte sur sept ans d’observation de meutes de loups sauvages, permet de répondre à cette question.Et si ses résultats ne sont pas spectaculaires, du moins sont-ils solidement étayés et bien représentatifs de la nouvelle approche des études d’éthologie.C’est le chercheur américain David Mech, bien connu pour ses études sur les loups de l’Isle Royale, à la frontière canadienne, qui a conduit ces re- cherches relatées dans la revue Behavior (Vol.68, 1979, p.207).Il était aidé d’une équipe du service de la faune des États-Unis.Étiquetés, équipés d’émetteurs radios, les loups de plusieurs bandes différentes ont été observés systématiquement dans leurs déplacements lorsqu’ils hurlaient, soit spontanément, soit en réponse à un stimulus.Ce stimulus, c’était l’imitation du hurlement par Mech lui-même.Les loups semblaient en effet répondre plus volontiers à cette voix naturelle qu'à l’enregistrement amplifié de leur propre cri.Repérant les meutes par hélicoptère, puis sautant dans un camion pour les suivre, continuant parfois à KPISMOV TRADlill i B1 CALCUL DIFFERENTIEL ET INTEGRAL N.PISKOUNOV Tome I ÉDITIONS DE MOSCOU • Piskounov enfin de retour au Québec! • «Manuel parfaitement adapté à certains cours du CEGEP et du 1er cycle universitaire» — Paul Martel, collège de Lévis.• Réédité 9 fois en russe, 7e édition française, aussi traduit en anglais et en espagnol.• Section de problèmes et exercices dont certains résolus et commentés.LA SCIENCE SOVIÉTIQUE AU QUÉBEC .EN FRANÇAIS S.V.P.! En vente dans toutes les librairies qui tiennent un rayon scientifique ou bien retournez-nous ce coupon accompagné de votre paiement à l’adresse suivante: LIBRAIRIE NOUVELLES FRONTIÈRES 185, rue Ontario Est Montréal H2X 1H5 Tel : 844-3636 OURMAEV.A.: Éléments de simulation sur calculateurs analogiques, 272 p„ relié, 1978 ?$ 7.50 TARASSOV, L.: Bases physiques de l'électronique quantique, 335 p.relié, 1979 ?$ 9.50 BARANSKI.P.: Électronique des semi-conducteurs, T.I: 526 p.T.Il: 672 p.relié, 1978, set de 2 livres ?$17.50 KARAPETIANTZ, M.: Thermodynamique chimique.642 p.relié.1978 ?$14.25 PISKOUNOV, N.: Calcul différentiel et intégral.T.I: 512 p.T.Il: 614 p.relié, 1978, set de 2 livres ?$18.95 EINSTEIN.LE LIVRE DU CENTENAIRE (Éditions Hier et Demain.France) — Sous la direction de A.P French.Président de la Commission Internationale pour l’enseignement de la physique Préface d'Alfred Kastler.Prix Nobel Bibliographie, index des sujets, index des noms 340 p.grand format, 1979 ?$28.90 Ci-joint un chèque ?ou un mandat ?au montant de $.NOM .ADRESSE.VILLE.C ODE POSTAI. QUÉBEC SCIENCE / septembre 1979 51 D H.Pimlott 11 »< A ¦ .¦ jM' •; pied hiver comme été, Mech a donc «hurlé avec les loups» pendant deux ans.Il a enregistré soigneusement leurs réponses.La première découverte est que les loups répondent beaucoup plus aux hurlements s’ils sont autour de leur tanière que lorsqu’ils vagabondent sur leur territoire.Ils hurlent aussi bien plus lorsque les louveteaux sont jeunes que lorsqu’ils approchent l’âge adulte.Enfin, ils sont enclins à hurler en réponse à un hurlement d’intrus surtout lorsqu'ils viennent de tuer une grosse proie.L'analyse des données montre qu'ils ne répondent pas lorsque la proie fraîchement capturée est petite — lièvre, marmotte, castor — ou lorsqu’il s’agit d’une proie déjà en partie dévorée, à l’état de carcasse osseuse rongée.Mais lorsque la meute vient de tuer un orignal, alors le hurlement des loups est fort et prolongé.Bien que des loups solitaires puissent aussi hurler à l'occasion, le hurlement est une «activité de groupe».C’est toujours un adulte de la meute qui l entonne, et toujours en présence du chef de bande ou de meute.Tous ces comportements, concluent Mech et son collègue Harrington, font du hurlement un avertissement aux autres loups, un avertissement qui n'est servi que lors- qu’il importe que les bandes rivales se tiennent à distance.Cette idée que le hurlement soit une menace voilée est d’ailleurs confirmée par le comportement, répété à huit reprises, de loups mâles chefs de bande.Ceux-ci ne se contentèrent pas de répondre par la voix aux intrus qu’étaient Mech et Harrington, mais ils s’approchèrent du camion des deux Américains et tracèrent des cercles autour, hurlant doucement et urinant de place en place pour bien marquer leurs droits territoriaux.Les bénéfices de cette tactique de menace sont évidents car toute rencontre se transforme vite en tuerie sanglante.À l’opposé, le hurlement donne aux rivaux la position de la bande, de sa tanière ou d’une proie de choix.Le risque est toutefois limité puisque ce hurlement n’a lieu que lorsque les loups les plus vigoureux de la bande sont présents et garantissent ainsi une défense forte.Quant aux autres animaux, l'évidence est qu’ils comprennent le «message»: le grand prédateur est là, il clame ses droits territoriaux, l'avertissement est assez clair.Assez pour que même l'homme habitué, le chasseur ou le coureur de bois, s’arrête un instant, se fige et cherche à localiser l’appel de celui qui reste à bien des égards le roi des forêts du Nord canadien.Jean-Pierre Rogel À la découverte des oiseaux du Québec.vient de [uiriiitn' NICHOIRS D’OISEAUX par Raymond Cayouette illustrations de Jean-Luc Grondin La description de 20 espèces d’oiseaux qui occupent les nichoirs.Des trucs pour les attirer et les faire nicher.Plus de 25 modèles de maisonnettes.IS planches en couleur.56 pages, illustrées en couleur, S4.00 nouvelle édition LES OISEAUX DU QUÉBEC par Raymond Cayouette et Jean-Luc Grondin L'habitat, les mœurs, le nid.le chant, la distribution, les migrations et lieux d'hivernage de 245 espèces d’oiseaux du Québec.Un complément idéal aux guides d'identification sur le terrain.I20 pages, illustrées en noir et blanc.S5.00 Les Oiseaux du Québec Cil IDE SONORE DES OISEAUX DU QUÉBEC Vol.I réalisé par Jean Bédard Disque microsillon présentant les chants et les cris de plus de 80 espèces d’oiseaux du Québec enregistés en pleine nature.Un outil indispensable pour l’identification des oiseaux et l’enseignement des sciences naturelles.S5.40 (taxe incluse) LES ÉDITIONS DE LA SOCIÉTÉ ZOOLOGIQUE DE QUÉBEC, INC.Nom.Adresse.Code postal.Nichoirs d’oiseaux ?$4-00 Chèque ou mandat à l’ordre de Les Oiseaux du Québec ?$5.00 La Société zoologique de Guide sonore des oiseaux du Québec ?$5.40 Québec, inc.8191, avenue du Zoo, Charlesbourg, Qué.GIG 4G4 L’INRS en 1978-1979 L'année 1978-1979 a été active pour l'Institut national de recherche scientifique.Voici, à l'intention des lecteurs de QUÉBEC SCIENCE, les faits saillants de l'année pour chacun des centres: S À l’INRS-Eau, les chercheurs ont témoigné d'une très grande activité en 1978-1979.En effet, les scientifiques ont obtenu trois contrats de recherche, au montant global de 200000 $, de la part de l'Alcan, de l'Hydro-Québec et du ministère des Richesses naturelles.Ces études ont porté sur les réseaux météorologiques hydrologiques.Un autre contrat de recherche du ministère des Terres et Forêts, de l'ordre de 20000 $, a permis d'étudier la toxicité du Fénitrothion et du Matacil sur les algues et le zooplancton.D'autres études ont rendu possible l'établissement d'une stratégie qui assure le contrôle de la qualité des actions humaines et d'une nouvelle méthode d'évaluation des impacts.En regard de la matière particulaire, le professeur André Tessier a été invité par ['UNESCO, à titre d'expert.Le centre a aussi collaboré, pour la sixième année consécutive, au programme de sensibilisation du public urbain à l'économie de l'eau.Dans son programme de formation, le centre a également réussi, entre autres, à démarrer le programme d'enseignement de troisième cycle et à mettre sur pied un atelier de travail de 10 jours sur le modèle hydrologique CEQUEAU, lequel regroupait des personnes de diverses institutions.De plus, la poursuite des minicolloques, la mise à jour de BANQUEAU et la diffusion des publications ont permis de faire rayonner les résultats des travaux du centre.Enfin, des professeurs du centre ont soumis un mémoire à la Commission chargée de la loi-cadre sur l'environnement.A A l’INRS-Energie, les chercheurs ont reçu, dans les divers média d'information du Québec et du Canada, beaucoup de publicité à propos de l'énergie solaire ou de la fusion thermonucléaire (projet Intor).D'autre part, le centre a été invité à participer, entre autres, à des expositions de sensibilisation du public aux problèmes de l'énergie et à accueillir plusieurs groupes et organismes à ses laboratoires de Varennes.La mise en marche officielle du programme en énergie solaire a débuté grâce à une subvention de 121 000 $ de la Direction générale de l'énergie du Québec et de 15000 $ du Prêt d'honneur Inc.de Montréal.Ainsi donc, les chercheurs ont étudié les problèmes de l'énergie solaire quant à son utilisation pour le chauffage intégral d'une maison standard.De plus, ils ont procédé à l'évaluation de plusieurs capteurs solaires grâce à la station d'essai localisée au centre même.Une autre subvention de 260000 $ du Conseil de recherche en sciences naturelles et en génie a donné lieu à des études technologiques et scientifiques reliées à la fusion thermonucléaire par confinement magnétique dans un dispositif torique (Tokamak).Ce projet fait appel à la collaboration de l'IREQ, de l'université de Montréal, de MPB Technologies Inc.et de Canatom.Une subvention du Conseil de recherche en sciences naturelles et en génie, de l'ordre de 140 000 $, fut aussi obtenue pour le programme Interaction laser-matière.Quant aux programmes d'enseignement des deuxième et troisième cycles, ils ont connu un franc succès, et les chercheurs ont été invités à présenter plusieurs conférences scientifiques à des congrès de sociétés internationales.A /& À l’INRS-Éducation, dans le cadre de ses quatre programmes de recherche, l'équipe a œuvré intensivement et même si l'on est rendu à la fermeture du programme SAGE, ce dernier a encore été le plus actif de la dernière année.Un colloque, tenu en avril 1979, sur ce sujet, a fait savoir, par les témoignages de plusieurs enseignants, que SAGE représente une alternative pédagogique valable pour le niveau élémentaire au Québec.Le lancement du livre du professeur Bégin, sur l'individualisation de l'enseignement, a représenté un très grand succès universitaire.Il faut aussi souligner que M.Bégin a été élu à l'Assemblée des gouverneurs de l'Université du Québec et est devenu membre du Comité exécutif de l'Université du Québec.Quant à M.Mariel Leclerc, il a été nommé membre du Conseil d'administration de l'Institut et président du Conseil d'administration de la Revue des Sciences de l'Éducation.Il ne faudrait pas passer sous silence l'accueil de plusieurs dizaines de stagiaires et de visiteurs, y compris de l'Europe, qui ont séjourné au centre.À lïNRS-Pétrole, on a continué l'effort de resituation de l'apport de recherche aux besoins du Québec.Le centre a été aidé dans cette tâche par un comité visiteur formé de scientifiques réputés.Soulignons que les chercheurs ont reçu plus de 92 000 $ en subventions pour diverses études en géologie pétrolifère ainsi qu'un contrat de recherche de 75 000 $, de la Direction générale de l'énergie du Québec, relativement au stockage du gaz dans les Basses-Terres du Saint-Laurent et à la stratigraphie de l'île d'Anticosti.Par la restructuration de ses programmes de recherche, l'effort marqué dans le domaine de la publication, la participation aux programmes d'enseignement de 2e et 3e cycles et l'encadrement de thésards d'universités québécoises, sa participation à la collaboration franco-québécoise, l'INRS-Pétrole a apporté une aide appréciée dans un secteur énergétique qui représente une des priorités du Québec.9E À l’INRS-Télécommunications, vu l'ampleur des divers schèmes de collaboration suscités par le centre, on aura besoin, durant la prochaine année, de locaux additionnels.L'INRS-Télécommuni-cations a réorganisé sa programmation en recherche en encadrant ses projets dans trois domaines: systèmes de communications visuelles, système de communication par la parole et réseaux de télécommunications.PUBLIREPORTAGE Le centre a accueilli plusieurs visiteurs scientifiques intéressés au fonctionnement de son équipement, lequel permet, à l'aide de l'ordinateur, de scruter scientifiquement la télévision.Tout en conservant une qualité fiable, cet équipement, qui peut réduire le nombre des signaux nécessaires à la transmission des images et stocker l'information pendant une période relativement longue, constitue présentement une pièce unique au monde dans le domaine du développement de la technologie de la télévision.En regard de son programme de maîtrise en télécommunications, le centre a mis au point trois nouveaux cours, vu à la formation de personnels de la société Recherches Bell Northern et de thésards de l'université McGill, en plus des étudiants de l'Institut.Ce modèle de collaboration s'avère un des plus grands succès de l'INRS.0 À l’INRS-Océanologie, deux contrats de recherche, d'Approvisionnements et Services Canada, au montant de 134 000 $ et de 61 000 $ ont permis d'étudier respectivement la mise au point et les applications de la culture massive du plancton, du phytoplancton et du zooplancton et la quantification des échanges de matières nutritives et de polluants entre l'estuaire et le golfe du Saint-Laurent.D'autres études, qu'elles soient reliées, entre autres, au chimiotactisme du zooplancton ou à l'utilisation de la moule bleue comme indicateur de pollution ont permis aux chercheurs d'être reconnus à l'échelon international.De plus, les chercheurs ont été invités à faire partie du groupe international «Mussel Watch»; les études sur l'enlisement du port de Gros-Cacouna et le perfectionnement de l'échantillonneur de seston ont Îapporté des résultats intéressants.Enfin, les chercheurs de l'INRS-Océanologie ont été invités à participer à plusieurs colloques et ateliers.Ils ont aussi pris part intensivement aux programmes d'enseignement et à la tenue de colloques de l'UQAR et collaboré avec l'Institut scientifique et technique des pêches maritimes (ISTPM) de France au sujet de l'intercalibration de méthodes analytiques reliées à la pollution par les métaux lourds.^ À l’INRS-Santé, la majeure partie des efforts a porté sur les préparatifs de l'opération du contrôle du doping des athlètes aux Jeux olympiques d'hiver de Lake Placid, en février 1980.Cette réalisation (après Montréal 1976) représente une première mondiale dans l'histoire des Jeux.D'une valeur de plus d'un million de dollars, cette mission fournit l'occasion d'une expertise très intéressante, entre autres, dans le développement des sciences forensiques québécoises, la compréhension du métabolisme des médicaments et l'ouverture de nouvelles avenues d'analyses des contaminants, à faibles concentrations, de l'environnement.Les chercheurs ont pu œuvrer dans les programmes connus de recherche et des travaux sur le stress et les lipides ont reçu un encouragement pécuniaire respectif du FCAC et de la compagnie Ciba-Geigy.LJ À l’INRS-Urbanisation, le projet majeur sur les nouveaux espaces résidentiels — NER — (un million de dollars octroyés par le Conseil de recherches en sciences humaines du Canada et répartis sur quatre années) a connu une évolution normale dans son avancement, mais a été surtout marqué par l'organisation de plusieurs ateliers ouverts qui ont été beaucoup appréciés par les divers participants.Le programme FCAC a octroyé au centre une subvention d'infrastructure de 190000 $ pour les trois prochaines années.Aussi, il a obtenu un contrat de recherche de 97 000 $ de l'O.P.D.Q.pour les fins d'une étude des flux de biens et de services dans l'Outaouais.De plus, les chercheurs ont œuvré pour le compte du Conseil des universités en regard des prévisions des clientèles étudiantes pour la période 1979-1994 et de l'impact socio-économique des universités à caractère régional.En ce qui a trait à l'enseignement, les professeurs du centre ont été encore sollicités cette année quant aux programmes d'universités québécoises.L'INRS-Urba-nisation a aussi collaboré activement à l'organisation de la maîtrise en gestion urbaine de l'UQAM en aidant, entre autres, à la détermination des objectifs et du contenu des cours.Ce programme est en bonne voie de réalisation.Aussi, l'expertise des chercheurs a été mise en valeur à l'échelle internationale.La diffusion des publications du centre a connu d'énormes succès cette année et on a procédé à la diffusion, entre autres, de travaux dans les collections «Études et documents» et «Rapports de recherche».Perspectives Somme toute, l’œuvre de l'INRS a été remarquable en 1978-1979, et cela, à tous les points de vue.L'année prochaine marquera le dixième anniversaire de sa création.À l'aube d'une période de nouveaux défis, en 1979-1980, l'INRS tient à affirmer que ses réalisations et son modèle de fonctionnement ont fait avancer de plusieurs pas la recherche universitaire et le style de la formation de chercheurs au Québec depuis 10 ans.Conscient de l'apport accru dont il peut gratifier le système universitaire québécois (si on lui en fournit les possibilités), l'INRS est à l'écoute de toutes propositions visant à aider les Québécois et désire intensifier encore sa collaboration avec les universités, l'industrie et le gouvernement et susciter une animation scientifique plus élaborée que celle qui a été réalisée jusqu'à ce jour.Renseignements Secrétariat général INRS Case postale 7 500 Sainte-Foy, Québec G1V 4C7 — Tél.: (418) 657-2508 Université du Québec Institut national de la recherche scientifique PUBLIREPORTAGE 54 septembre 1979 / QUÉBEC SCIENCE par Luc Chartrand Le centaure du Lac-Saint-Jean le monde a entendu parler de Jos Montferrand, le Mohammed AU des Canadiens français, ou de Louis Cyr, /'«homme le plus fort du monde».Les Québécois ont un petit côté texan: ils aiment bien se dire que «le plus grand», «le plus fort», «le plus bagarreur» ont été des leurs.Cette recherche du superlatif aurait de quoi intéresser les amateurs de psychiatrie collective, le Dr Laurin en tête.Chaque fois qu'un Hull, un Orr ou un Esposito commettent l'audace d'éclipser un record au hockey, les fervents de ce sport trouvent le moyen de calmer leur angoisse en se disant: «Si Maurice Richard avait été là, il aurait sûrement fait mieux.» Parmi nos «meilleurs», se trouve un athlète moins bien connu qui a quand même laissé sa trace: Alexis Lapointe dit «le Trotteur».Celui-là fut semble-t-il «notre» plus rapide au monde.Impossible de vérifier avec exactitude les performances de cet illustre ancêtre.Car il faut préciser qu'Alexis n'eût pas /'occasion de courir sur la piste d'un stade.Le décor de ses exploits se voulait plus poétique — champs, bois, routes de gravier, etc.— mais peu propice à l'enregistrement des records.On voit ma! comment on pourrait aujourd'hui inviter l'Allemand de T Est Cierpinski à courir de T église de Saint-Félicien jusqu'au lac Bouchette pour faire la preuve de sa supériorité sur Alexis.Tenter de démontrer aujourd'hui qu'Alexis le Trotteur aurait éclipsé tous les records mondialement reconnus de course à pied serait donc difficile.Chose certaine, le Trotteur a bel et bien existé: il courait et de façon phénoménale.Ses contemporains ne se contentèrent pas de voir en lui un simple surhomme; on alla jusqu'à le baptiser le «surcheval»! Né Alexis Lapointe à La Malbaie en 1860, le Trotteur vécut jusqu'à l'âge de 64 ans et devait mourir accidentellement, «en pleine course».Toute sa vie, on l'aura associé davantage à un cheval qu'à un homme.Le docteur Marius Barbeau, folkloriste, écrivit un jour à son sujet: «Il était vraiment le seul de son espèce, ni un homme ni un cheval, mais les deux à la fois sous la même peau, porté à mordre, à ruer, à piaffer, à hennir et à galoper.Ses muscles d'acier, ses jambes velues, son torse couvert de poils roux, son haleine et son odeur de cheval en faisaient un coursier plutôt qu'un homme.» D'autres descriptions laissées par ses contemporains sont plus ou moins flatteuses.«Sa seule apparence quelque part provoquait le rire.// avait la langue très grande et longue comme celle d'une vache: il se la passait jusque sous le menton et de chaque côté du nez.» H avait de plus, «des jambes de cheval, un coeur de cheval, des poumons de cheval, une langue de cheval, des oreilles de cheval et même une allure de cheval.» Évidemment, les photos de lui qui sont parvenues jusqu'à nous permettent de croire qu'on a caricaturé un peu.Chose curieuse cependant, le Trotteur lui-même s'identifiait au noble animal et en tirait une certaine fierté.«Il hennissait, ruait, piétinait, se fouettait, s'attelait, mâchouillait des brins de foin» (!) histoire de se mettre dans la peau de son «personnage».Peu scolarisé, Alexis était d'abord et avant tout un amuseur public.// était aussi réputé pour ses dons de danseur, de joueur d'harmonica et de bouffon que pour sa capacité de courir.Encore là, le contexte ne se prêtait guère à l'évaluation précise des aptitudes du coureur.Au cours d'une recherche en vue de l'obtention d'un baccalauréat en éducation physique, Jean-Claude Larouche a essayé de savoir si notre coureur national était si grand qu'on le raconte.4 000 heures de recherche et quelque 200 témoignages recueillis plus tard, on ne dispose toujours d'aucune certitude.Côté performances, les handicaps dont nous avons déjà parlé rendent impossible une évaluation sérieuse.On nage dans l'imprécision.Le coureur enregistra ses meilleurs temps entre 1890 et 1900.Or, les gens qui, en 1966, purent témoigner de ces exploits étaient forcément des personnes âgées qui de surcroît avaient assisté aux courses alors qu'elles étaient enfants.La mémoire, on le sait, ne s'encombre pas toujours de précision.Alexis ne se mesura pas souvent avec ses semblables.Il courut beaucoup plus souvent contre des chevaux.On peut supposer que peu de ses congénères acceptèrent de le défier.De plus, les compétitions de course à pied ne comptaient pas beaucoup d'adeptes dans le Québec de 1890.Toutefois, au cours d'un séjour à Paterson dans le New Jersey, il eut l'occasion de supplanter quelques bipèdes.Selon deux témoins oculaires, Alexis y assistait à une compétition comme simple spectateur.Les concurrents devaient faire trois tours de piste de 1,6 kilomètre chacun.Après le premier tout, le Trotteur ne tenant plus en place sauta sur la piste et compléta cinq tours pendant que les autres en faisaient deux! Pareille histoire semble invraisemblable.A supposer que les autres coureurs aient été des amateurs courant 4,8 kilomètres en 18 minutes, notre compatriote aurait alors couru huit kilomètres en 13 minutes, soit 1 minute 37 secondes au kilomètre.Ce qui est physiologiquement impossible selon Larouche puisque le record mondial pour la course d'un kilomètre est actuellement de 2 minutes 22,8 secondes.Si l'on suppose qu'Alexis a accompli quatre tours plutôt que cinq, cela lui accorde encore une moyenne de 2 minutes 1 seconde au kilomètre. QUÉBEC SCIENCE / septembre 1979 55 Si les épreuves de course à pied ne faisaient pas fureur à l'époque, il en allait autrement des courses de chevaux.C'est en courant contre ceux-ci qu'Alexis obtint ses plus grands succès.Un jockey de Saint-Jérôme du Lac Saint-Jean, qui se mesura plusieurs fois avec le Trotteur, apporte le témoignage suivant: «Certes, Alexis essayait bien d'épeurer mon cheval pour qu'il fasse le grand tour du rond, mais H reste qu'il courait quand même le mille à côté de nous.Sur les dix fois environ que j'ai couru avec Alexis, H m'a battu environ sept fois.(.)Je me souviens aussi qu'il avait battu «Cavack».un cheval de la classe 2 minutes 20 secondes (au mille).Soyez assuré, qu’il (Alexis) faisait le mille en 2 minutes 40 secondes.« Larouche qui rapporte ce témoignage parmi des centaines d'autres demeure sceptique et pour cause.Soutenir le rythme d'un cheval sur une courte distance demeure plausible car l'homme atteint sa vitesse maximale beaucoup plus vite que le quadrupède.Mais sur une distance de plus d'un kilomètre.De?courses, Alexis Lapointe en fit de toutes sortes: contre des bateaux, des chiens, des trains.En 1920, —H avait alors 60 ans — // déclassa les premières automobiles introduites au Lac Saint-Jean, ces véhicules dont il disait qu'ils étaient «mus par le diable».f La légende veut qu'il soit mort en courant contre un train à 64 ans.Selon la version populaire, il aurait été écrasé par la locomotive après avoir chuté sur la voie ferrée.En fait, on ne sait pas exactement si Alexis courait devant le train, s'il a été heurté simplement en traversant la voie ou encore s'il est tombé alors que le train était en marche.Toujours est-il qu'au cours de sa vie, cet homme qui disait courir 19 kilomètres pour se réchauffer, avait engendré une quantité phénoménale d'anecdotes: six heures et demie pour courir les 109 kilomètres séparant Saint-Félicien et Mistassini; 20 minutes pour parcourir les 13,5 kilomètres entre Grande Baie et Chicoutimi; 35 minutes pour faire aller-retour les 11 kilomètres entre Grands Fonds et La Malbaie (pour aller chercher un violon), etc.En déterrant les ossements du Trotteur, Jean-Claude Larouche voulut savoir si Lapointe ne devait pas son talent à quelque formation physique particulière.Le squelette fut étudié minutieusement par le Dr R.Hugues de la Section d'anthropologie physique du Musée national.On ne découvrit rien de surhumain, sinon que les fémurs étaient plus longs et surtout beaucoup plus résistants que chez l'homme moyen.Ces os obtenaient un indice de résistance de 152, là où la moyenne humaine se situe entre 110 et 120.Par ailleurs, on a remarqué qu'U possédait une forte cage thoracique, ce qui laisse supposer la présence de poumons hypertrophiés tandis que les attaches musculaires plus grosses que la normale indiquent une bonne musculature.Les pieds du coureur étaient également très fortement constitués.Enfin, notre «phénomène» mesurait 1,69 mètre.Coïncidence?La grandeur moyenne de tous les champions du marathon de Boston de 1896 à 1965 est de 1,70 mètre.Y aurait-il une grandeur idéale pour les coureurs de fond?Chose certaine, il eût été illusoire de penser trouver plus de surprises dans cette recherche anthropométrique.La vitesse atteinte par le coureur n'allait sûrement pas être inscrite sur les fémurs! Qu'importe après tout qu'Alexis n'ait pas battu officiellement tous les records de course à pied?En revanche, il aurait pu se vanter d'être parmi les rares grands coureurs de notre temps à n'avoir pas été contraints de tourner en rond.Pour en lire plus: Larouche, Jean-Claude.Alexis le Trotteur, athlète ou centaure?Les éditions JCL enr., Saint-Nazaire de Chicoutimi, 1977 r:— 56 QUÉBEC SCIENCE / septembre 1979 PARUTIONS RÉCENTES CIVILISATIONS EXTRATERRESTRES ISAAC ASIMOV CIVILISATIONS EXTRA TERRESTRES Isaac Asimov, L'Étincelle, Montréal, 1979, 382 pages, $13.95 Comme pour Trous noirs, ne pas se laisser abuser par le titre! Devant l'absence de preuves tangibles de l'existence d'intelligences non humaines, écrire quatre cents pages à propos de civilisations extraterrestres relèverait plus du délire créatif que de la vulgarisation scientifique.Or, dans ce livre, Asimov ne «science-fictionne» pas: «Je n'ai l'intention d'explorer que les voies repérées par certains éléments de preuve», affirme-t-il dès les premières pages.C'est ainsi que de civilisations extraterrestres, il n'en sera pas trop question dans ce bouqin qui risque de refroidir les inconditionnels de Von Daniken et des visiteurs intergalactiques.Ce qu'Asimov a recherché ici, et il l'a fait avec son génie habituel, c'est à dénombrer dans notre galaxie les corps célestes susceptibles d'héberger des civilisations technologiques.La masse d'informations multidisciplinaires traitée par l'auteur pour arriver à ce résultat est énorme.Mais c'est avec son amabilité et son humour coutumiers que ce diable d'homme nous la livre.Impossible de résister au charme produit par la conjugaison d'une érudition aussi fulgurante et de son humilité caractéristique! Le dénombrement effectué, Asimov consacre le dernier tiers de l'ouvrage à l'exploration de l'espace et aux communications avec les civilisations voisines.Commence alors un chaud plaidoyer en faveur de la renaissance de l'esprit pionnier américain, avec la suggestion de l'envoi de colonies spatiales — les «mondes libres» —, qui, générations après générations, échangeraient entre elles et avec les habitants de la galaxie.Beau prétexte pour livrer ici un maximum d'informations passionnantes et très ac- tuelles sur les voyages et communications interstellaires.Si Trous noirs permettait à Asimov de nous ligoter deux cents belles pages d'astrophysique, Civilisations extraterrestres lui donne l'occasion d'élaborer sur les aspects biologique et culturel de l'astronomie et de se laisser aller de façon généreuse et optimiste sur le problème de notre présence dans l'Univers.On attendait impatiemment un livre qui traiterait de ces sujets sans tomber dans le travers mystique.C'est fait.De plus, Asimov a réussi à redonner au lecteur un goût qui s'affadissait depuis une dizaine d'années: celui de l'aventure spatiale.Jean-Pascal Souque KONRAD LORENZ Alec Nisbett, Éditions Pierre Belfond, collection Les grandes biographies de notre temps, Paris, 1979 (édition originale anglaise, 1976), 283 pages, $19.95 La Fondation Nobel en avait étonné plus d'un, en 1973, en attribuant son prix de médecine à trois spécialistes de l'éthologie, l'étude des comportements animaux: Konrad Lorenz, Karl von Frisch et Niko Tinbergen.Il faut dire qu’il n'existe pas de prix Nobel de la biologie, une science dont le développement réel est encore trop récent, sans doute.Et c'était suffisant pour que le père de Konrad, Adolf Lorenz, lui-même «presque Nobel» de médecine dans les années 1930, voit d'un très mauvais œil son fils, médecin comme lui, «perdre son temps» à des études dans une science aussi peu sérieuse.De ces années du début du siècle (Konrad est né en 1 903)jusqu'au débat politique assez violent qui devait suivre l'attribution du prix de 1973, Lorenz ayant «commis» en 1940 un texte encourageant les Nazis à pratiquer l'amélioration de la race, c'est à la fois l'histoire de la pensée scientifique de ce siècle et celle de cette «nouvelle» discipline de l'éthologie que nous raconte Alec Nisbett.Le sujet en valait la peine.Lorenz est à la fois une personnalité forte et un être débonnaire, un obstiné et un naïf, même dans ses erreurs scientifiques auxquelles il continue parfois à croire malgré les démentis.Mais il est de ces hommes qui font progresser la science même lorsqu'ils ont tort, parce que leur anticonformisme lève des tabous, créent des brèches par où la vérité finit par percer.On pourra faire reproche au biographe d'accorder trop facilement son pardon aux «erreurs» de Lorenz, de lui donner toujours le bénéfice du doute dans les grandes controverses, mais c'était sans doute inévitable.On ne pouvait être le biographe d'un homme aussi attachant, sans se montrer indulgent.Mais Nisbett n'évite malgré tout aucun aspect de l'attaque, de sorte que le lecteur conserve, au-delà du parti pris de l'auteur, toute latitude de jugement.C'était un tour de force: réussir à nous faire aimer cet homme important, sans esquiver ses faiblesses.Pierre S or many DESTINS D'AMÉRIQUE Rémi Savard DESTINS D’AMERIQUE les autochtones et nous l'hcxagonc «iCtear ; Les autochtones et nous Rémi Savard, Éditions de l'Hexagone, Montréal, 1979, 186 pages, $8.95 Dur métier que celui d'anthropologue! Rémi Savard, avec cette lucidité intellectuelle et ce sens de l'engagement qu'on lui connaît, l'explique avec force.Il s'agit bien, écrit-il, «d'éviter le double écueil contre lequel se heurtent les propos habituellement tenus au sujet de ces peuples: soit valoriser leurs pratiques culturelles, au risque de les reléguer dans une sorte de limbes politiques, d'en deçà ou d'au delà de l'histoire, soit accepter de les inclure dans nos trajectoires historiques, dans nos vécus politiques, au risque cette fois d'en arriver à nier la pertinence actuelle de ce qui leur est propre.» La démarche de Savard est de tenter d'éviter ce double écueil, dans la tradition d'un Lévi-Strauss dénonciateur de l'ethnocentrisme.Cette collection d'articles et de communications diverses est donc intéressante, rafraîchissante et utile, tant les vues que nous avons sur nos voisins du Nord, Inuit et Indiens, sont confuses et vagues.On y trouve aussi bien des articles scientifiques déjà publiés dans des revues spécialisées sur certaines pratiques culturelles que des textes polémiques ou des causeries données au réseau FM de la radio d'État.Les analyses de Rémi Savard sont vigoureuses, elles ne manquent pasd'en-racinement dans un vécu qui remonte, nous dit-il, «aux absences fréquentes et prolongées d'un père parti chez-les sauvages».Et ce qui, chez d'autres, pourrait paraître comme l'irruption dangereuse d’une subjectivité, d'un parti-pris pour les autochtones, ne dérange pas chez Savard, parce que cet élément reste médiatisé par la rigueur intellectuelle et l'honnêteté de l'analyse.Il reste qu'il ne s'agit que d'une collection de textes déjà publiés et qu'on aurait bien besoin, à l’heure des choix collectifs des destins — le leur, le nôtre — d'un livre plus complet, plus synthétique, qui nous éclaire sur nos voisins et nos ambivalentes relations avec eux.Pour qu'enfin on puisse répondre à la bonne question: Que faire avec les Indiens, et non, comme cela est encore trop souvent le cas, que faire des Indiens.aid! I iî fini | pil Lit ti Ipoill adeclr mW» »èr ÎÜlllS Jean-Pierre Roget ,»«! Derniers livres reçus Hôpital: j'accuse Rosemonde Pujol Denoël/Gonthier, collection Femme.Paris.1979.211 pages.$14.25 Jean-Jacques Rousseau et la médecine naturelle Serge A.Thériault L'Aurore.Montréal.1979.150 pages.$8.95 Les minéraux de nos régions A.Clark Elsevier-Sequoia.collection Photo-guide.Paris-Bruxelles.1979.127 pages.$11.25 La peur qu'on a Madeleine Laik Robert Laffont.Paris.1979.425 pages.$24.95 Pratique, critique et enseignement de la médecine générale Robert N.Braun Payot.Paris.1979.512 pages.$52.00 O.V.N.T.: le projet «Blue Book» Brad Stiger Pierre Belfond.collection Initiation et connaissance.Paris.1979.222 pages.$16.50 Pratique, critique et enseignement de la médecine générale Robert N.Braun Payot.Paris.1979.512 pages.$52.50 iiiiji «« ttoloji K N* S diii ’sot Si L M“l| S, QUÉBEC SCIENCE / septembre 1979 57 UNE TOUR-MOULIN A VENT Un ingénieur de la Californie, Charles Kaempen, propose de construire une tour creuse de deux kilomètres faite de plastique renforcé de fibre de verre pour fournir à bon marché de l'électricité.Ce conduit troposphérique, à travers lequel des courants d'air ascendants seraient créés pour faire fonctionner un générateur électrique, agirait comme un énorme moulin à vent.M.Kaempen s'inspire d'un phénomène se produisant dans la troposphère — partie de l'atmosphère située entre la surface de la terre et la limite inférieure de la stratosphère — et selon lequel les températures de l’air baissent rapidement en fonction de l'altitude.Il estime qu'une telle tour pourrait fournir 100 mégawatts d'électricité.Plusieurs institutions, dont la NASA et l'Institut de technologie de Californie, étudient cette idée.ENLEVER LES DENTS POUR LES RÉPARER Certains dentistes chinois ne font plus le plombage des dents des patients en les leur fraisant dans la bouche; ils enlèvent plutôt la dent, la réparent et la remettent en place tout simplement.L'agence de presse chinoise rapporte qu'un hôpital dans la province de Shanxi a replanté 250 dents dans les trois dernières années et a obtenu un taux de succès de l'ordre de 90 pour cent.Les dents difficiles à fraiser sont ainsi enlevées, nettoyées, remises à neuf et replantées en un peu plus de 30 minutes.Les aliments solides doivent être évités pendant sept à dix jours; tout revient à la normale en trois semaines.LIRE LA MÉTÉO DANS LES FEUILLES DE THÉ Des scientifiques se demandaient pourquoi les plantations de thé près de Kéricho, au Kenya, ont des tempêtes de pluie et de grêle 132 jours par an.Leur conclusion: les particules sèches de feuilles de thé lancées en l'air par les cueilleurs sont d'excellents noyaux autour desquels la glace peut se former à partir de l'humidité atmosphérique.Les feuilles de thé pourraient-elles être un moyen d'ensemencement des nuages plus efficace que l'iodine d'argent pour provoquer la pluie?LA SAUCE BÉARNAISE La sauce béarnaise (composée d'œufs, de beurre et d'estragon) et ses propriétés coagulantes ont déjà fait l'objet d'un article scientifique dans la revue Nature.Les auteurs de cette étude suggéraient que la sauce maintient son homogénéité grâce à l'équilibre de sa charge électrique et que les particules demeurent en suspension dans une solution liquide aussi longtemps que l'acide acétique ionisé les garde en répulsion.La sauce se coagulerait donc lorsque le jeu des charges se brise.Selon les auteurs, deux Danois et un Allemand, le secret de la coagulation réside dans l'emploi de l'acide acétique (vinaigre) complété par un brassage vigoureux de la sauce.Deux Américains, un biochimiste et un chef, pour ne pas être en reste, on fait un article dans le New England Journal of Medecine sur les différentes méthodes de «dé-coagu-lation» de la sauce béarnaise.La meilleure méthode, à leur avis, serait de brasser lentement de petites quantités de sauce à la fois dans un récipient contenant un petit volume d'eau (entre 40° C et 50° C).Il en découle alors que l’acide acétique et l'ionisation ne seraient pas le seul secret d'une sauce douce.Qui a raison?Et la théorie française là-dessus qui se fait attendre! Quel dommage pour la science! CULTIVEZ VOS OIGNONS La prostaglandine A,, connue pour réduire la pression sanguine, a été repérée dans des extraits d'oignon par Katherine et Moses Attrep de l'Université d'État du Texas de l'Est.C'est la première fois que la prostaglandine est découverte dans une plante.Cette découverte allait relancer la croyance populaire à l’effet que manger des oignons, remède maison traditionnel pour diminuer la haute pression, serait un remède sensé bien que malodorant.Les résultats des Attrep ne peuvent confirmer ce rôle médical des oignons, mais une injection d'un milligramme du composé actif de ce légume (l'équivalent de quatre bulbes) a diminué considérablement la pression sanguine chez le rat.LE PORTE-DOCUMENTS ET L'ÉNERGIE Une attaque virulente contre le porte-documents a été faite dernièrement par M.Clare Brokenshire.Selon ce scientifique, ce moyen de transporter une charge est beaucoup moins efficace que le sac à dos.Dans une expérience réalisée en médecine sportive à l'Université d'Otago, dix personnes (cinq de chaque sexe), âgées de 19 à 21 ans, ont transporté une charge équivalente à huit pour cent de leur poids respectif à l’aide d’un porte-documents et d'un sac à dos.La méthode de transport n'a apporté aucune différence significative dans l'échange respiratoire du marcheur, son rythme cardiaque ou sa pression sanguine.Par contre, ceux qui se servaient d'un porte-docu- 58 septembre 1979 / QUÉBEC SCIENCE ments consommaient beaucoup plus d'oxygène, et par conséquent dépensaient plus d'énergie que leurs collègues ayant un sac à dos.Peut-on imaginer, suite à cette attaque énergétique (énergique), Wall Street parcourue par des hommes d'affaires avec un sac à dos?LA THÉORIE DE L'ÉVOLUTION EST LÉGALE AUX ÉTATS-UNIS La théorie de l'évolution fait l'objet de débats dans les Cours de justice américaines depuis 1925.En fait, depuis qu'un professeur de biologie d'une école secondaire, M.John Scopes, a été reconnu coupable devant une Cour de l'État du Tennessee d'avoir enseigné la théorie de Darwin qui «nie l'histoire de la création divine de l'homme comme l'enseigne la Bible».Cette année, à Washington, les supporteurs de Darwin et de la Bible se sont à nouveau rencontrés en Cour mais, cette fois, Darwin a gagné.Un juge de la Cour fédérale a statué que l'Institut Smithsonian n'avait pas à ériger un exhibit décrivant la théorie de la Genèse à côté d'un exhibit de $463 200 sur la théorie de l'évolution de l'homme.Le demandeur arguait que l'interprétation de la Bible devait bénéficier d'une représentation égale à la théorie de l'évolution ou, à défaut, il requerrait que cette dernière soit bannie d une institution supportée par des fonds publics.LE DANGER D'UNIFORMISER Les spécialistes en agriculture de l'Institut international de recherche sur le riz, aux Philippines, craignent qu'avec le développement et l'usage de nouvelles variétés de riz hautement productives, on en arrive à une uniformité assez poussée du bagage génétique, c'est-à-dire un patrimoine génétique de plus en plus semblable d'une variété à l'autre.Les réserves mondiales seraient ainsi beaucoup plus vulnérables aux catastrophes.Par exemple, une infection virale chez une variété pourrait s'étendre rapidement à toutes les réserves qui lui présenteraient une même sensibilité.Déjà plusieurs variétés de riz asiatique sont perdues, d'autres sont menacées.Le périodique Development Forum rapporte que l'Institut, confronté à cette possibilité, conserve en lieu sûr les protoplasmes des germes de plusieurs variétés existant à travers le monde.Il en compterait déjà 45 000.en OCTOBRE 1 Georgette Goupil nous présentera une entrevue exclusive avec B.F.Skinner, le père du behaviorisme 2 André Lamoureux fera le point sur une espèce qui se porte bien au nord du Québec, le caribou Jacques Beaulieu explorera, photos à l'appui, le 3 monde de la microscopie électronique, qui nous permet de mieux comprendre le vivant et la matière 1801 NE NOUS CHERCHEZ PLUS ABONNEZ VOUS Au tarif de $17.00* (1 an / 12 numéros), je m'abonne pour .années au magazine QUÉBEC SCIENCE.?abonnement ?réabonnement COUPON D'ABONNEMENT (à remplir en lettres MAJUSCULES) IJ .1.I.O 31 | | nom i I l I II 1 1 i 1 il i il l l l 1 61 prénom 80 LBJ U 7 | | 8 1 1 1 1 1 II II 1 1 1 1 1 1 1 1 1 1 9 | | numéro rue 1 1 1 1 II 1 M 1 appartement 28 M II M 1 1 1 29 LL ville i i M I J l l II 48 1 1 1 M 1 1 1 1 i i i i il i i i i i i i i i i i i i i 60 49 province ou pays I I I 1 I 1 I 69 code postal 74 Le magazine QUÉBEC SCIENCE, case postale 250, Sillery.Québec, GIT 2R1.68 ?Chèque ou mandat postal ci-jomt ?Veuillez me facturer * Tarif en vigueur jusqu'au 31 mai 1980 La «bible» de la santé des Québécois mmm a.* s Kfi é* Un livre qui fait réfléchir Louis Brunei TÉLÉCOMMUNICATIONS DES MACHINES ET DES HOMMES LES DOSSIERS DE QUÉBEC SCIENCE DEMAIN LA SANTÉ par Yanick Villedieu, postface de Fernand Seguin 13,5x21,5 cm, 296 pages, index, bibliographie, ISBN-0-91 9712-00-2, 4e trimestre 1976, SB.50 Télécommunications: DES MACHINES ET DES HOMMES par Louis Brunei préface de Gérard Pelletier 13,5x21,5 cm, 175 pages, index, bibliographie, ISBN-0-91 971 2-00-2, 4e trimestre 1978, $7.50 Fernand Seguin, Prix Kalinga 1978 «Un volume excellent et indispensable».Anne Richer, La Presse «On lit ce qu'on n'osait pas dire à haute voix».Marie Laurier, Le Devoir «Quiconque s'intéresse de près ou de loin à ce problème (la santé) ne saurait se dispenser de parcourir cette étude».Ghyslaine Rheault, Le Soleil «Tous les Québécois ne sont pas égaux, ni dans la vie, ni dans la mort.Plusieurs appréhendaient déjà cette vérité, mais voilà que Yanick Villedieu en donne la confirmation».Pierre Sormany, L'Actualité «Un premier bilan vulgarisé de notre état de santé».r-1 Bon de commande Jean-Louis Morgan, ANTENNES «Il y a maintes matières à réflexion dans cette étude, où l'on retrouve des références, des préoccupations techniques chères à nos lecteurs (fibre optique, Symphonie, Antiope, télédistribution).C'est pourquoi ce petit ouvrage devrait faire partie de la bibliothèque de tout Québécois intéressé aux communications.Livre à rêver, car derrière les merveilles que nous promettent les communications techniques, se profile le visage d'un Big Brother bionique qui, déjà, nous catalogue, nous fiche, nous dicte nos goûts, nos loisirs, nous fond dans la grisaille de l'uniformité, nous informe de la manière qui convient, nous abrutit s'il le veut.» Veuillez me faire parvenir les volumes suivants: Un livre d'une actualité criante Onze collaborateurs du magazine QUÉBEC SCIENCE QUÉBEC SCIENCE FACE AU NUCLÉAIRE par J.-M.Carpentier, L.de Bellefeuille, A.Delisle, M.Gauquelin, F.Gruhier, B.Lévy, F.Picard, G.Provost, J.-P.Ftogei P.Sormany et Y.Villedieu.13,5x21,5 cm, 320 pages, index, bibliographie, ISBN-2-920073-00-1, 1er trimestre 1979, $9.50 Pourquoi le nucléaire?Quels en sont les risques pour la santé, l'environnement, la sécurité?Avons-nous le choix, nous, Québécois, face au nucléaire?Comment fonctionne le nucléaire?Quel est l'état de la recherche en ce domaine?L'homme se serait-il donné des outils trop complexes pour le servir?Rédigé en termes simples et accessibles par onze collaborateurs de QUÉBEC SCIENCE, FACE AU NUCLÉAIRE est un livre objectif et complet (le premier livre québécois sur le sujet rédigé et publié par un organisme indépendant) qui vous permettra de faire un choix éclairé et de participer au référendum de QUÉBEC SCIENCE sur le nucléaire au Québec.Quantité Total ?DEMAIN LA SANTÉ, Yanick Villedieu, 296 p., $8.50 .?DES MACHINES ET DES HOMMES, Louis Brunei 176 p„ $7.50 .?FACE AU NUCLÉAIRE, collectif.320 p„ $9.50 .?Ci-joint mon paiement au montant de $.?Veuillez me facturer pour la somme de $.Nom .A dresse H .Code posta!.LES DOSSIERS DE QUÉBEC SCIENCE • C.P.250.Sillery, Québec, .Téléphone.GIT 2R1 Téléphone: (418) 657-2426 A l'Université du Québec à Montréal Vivre la biologie de renvironnement La protection et la gestion de l'environnement sont au coeur des préoccupations des Québécois.Depuis quelques années, le département des sciences biologiques de l'U.Q.A.M.oriente son enseignement et sa recherche vers l'étude du milieu et de ses perturbations, si bien que l'U.Q.A.M.est,aujourd'hui, la seule université au Québec où l'environnement constitue un axe de développement reconnu.Ainsi, des équipes multidisciplinaires mènent des recherches approfondies dans la vallée du Richelieu, au sud de Montréal, une des régions les plus riche en faune, en flore et en organismes vivants.Baie Missisquo QUÉBEC ÉTATS-UNIS Champlain En milieu aquatique par exemple, les chercheurs de l'U.Q.A.M.ont pu formuler des recommandations quant à 'impact de l'aménagement d'un barrage sur la rivière Richelieu.Ces recherches écologiques ont permis de mettre au point des méthodes et de dégager l'information nécessaire à l'élaboration d'un schéma général d'aménagement qui tient compte des zones d'intérêt écologique, cynégétique, halieutique, récréatif, résidentiel et agricole de la vallée du Richelieu.À partir des données recueillies, un groupe de chercheurs s'est penché sur l'influence des plantes aquatiques sur certains micro-organismes d'eau douce, sur la physico-chimie de l'eau et des sédiments d'un secteur de la rivière du Sud (Haut-Richelieu).Par ailleurs, la vallée du Richelieu est soumise à de longues et fortes inondations.C'est pourquoi, à chaque printemps depuis 1975, des chercheurs de l'U.Q.A.M.effectuent des relevés et mesurent, à l'aide de programmes d'ordinateur, l'incidence des crues printanières sur la flore du Richelieu et de la baie issisquoi.La complémentarité existe non seulement à l'intérieur des équipes multidisciplinaires, mais aussi entre elles.Ainsi, au moment où un groupe de recherche s'intéresse aux aspects biosocio-économiques de la pêche dans la vallée, un autre recueille des données permettant de localiser certaines espèces de poisson d'intérêt pour la pêche sportive.Les recherches du département des sciences biologiques de l'U.Q.A.M.donnent lieu à des recommandations applicables à court ou à long terme.Elles sont nécessaires dans une société où l'aménagement passe par la connaissance et le respect de l'environnement.Université du Québec
de

Ce document ne peut être affiché par le visualiseur. Vous devez le télécharger pour le voir.

Lien de téléchargement:

Document disponible pour consultation sur les postes informatiques sécurisés dans les édifices de BAnQ. À la Grande Bibliothèque, présentez-vous dans l'espace de la Bibliothèque nationale, au niveau 1.