Québec science, 1 janvier 1982, Janvier
W) I H Volume 20, numéro 5 JANVIER 1982 2,50$ DECLEN PRtëfTO / i£ FRANÇAIS, PEAU DE CHAGRIN VIVRE AU RYTHME DE LA LUMIERE MÉGA VITAMINES ET MINI-MÉTAUX DES DINOSAURES À SANG CHAUD?ort de retour garanti ) iURRIER 2ième classe Enregistrement numéro 1 052 Port payé a Québec C P 250.Sillery Québec GIT 2R1 UN PARADIS DE LA POLLUTION Jean-Pierre Rogel Dossier complet, bien documenté et extrêmement percutant Des villes recouvertes par des brouillards de pollution, des lacs envahis par des algues ou au contraire empoisonnés par les pluies acides, des terrains vagues imprégnés de déchets toxiques: manifestement, le Québec n’a rien à envier à ses voisins, et vit comme eux le cauchemar écologique des sociétés industrielles modernes.Une pollution industrielle presque érigée en système, des politiques gouvernementales auxquelles il manque toujours des dents: telles sont les deux causes principales, selon Jean-Pierre Rogel, rédacteur en chef de Québec Science, de la dégradation de notre qualité de vie.Et c’est un bilan complet, bien documenté et extrêmement percutant de nos problèmes en matière de pollution qu'il nous livre.Toutes les ombres que des écologistes isolés (souvent qualifiés d'alarmistes) laissent planer épisodiquement adoptent soudain ici des proportions très réelles.Réelles, mais pas moins terrifiantes.Cependant, la partie n'est peut-être pas perdue, et l'auteur suggère plusieurs façons non seulement de réparer les dégâts, mais aussi de prévenir les problèmes éventuels.Avant toutes choses, il nous appartient collectivement de redéfinir le type de développement économique auquel nous aspirons.Car, de façon très rigoureuse, l’auteur démontre clairement qu’à défaut d’une réaction immédiate, la mesure sera bientôt comble.LE PARADIS DE LA POLLUTION par Jean-Pierre Rogel Québec Science Éditeur Québec, 1981 ISBN 2-920073-20-6 276 pages, 14,95 $ BON DE COMMANDE Veuillez me faire parvenir les volumes suivants: ?DEMAIN LA SANTÉ, Yanick Villedieu, 300 p.9,95 $ ?LE SEL DE LA SCIENCE, Fernand Seguin, 140 p.9.50 $ ?FACE AU NUCLÉAIRE, collectif, 2e édition, 334 p.10,95 $ ?LES TRACES DU PASSÉ, François Picard.208 p.9,95 $ ?DES MACHINES ET DES HOMMES, Louis Brunei 1 76 p .8,95 $ ?A LA REMORQUE DES TRANSPORTS, Daniel Latouche .13,50$ ?ÉCOLE + SCIENCE = ÉCHEC, Jacques Désautels, 283 p.14,50$ ?UN PARADIS DE LA POLLUTION, Jean-Pierre Ftogei 276 p 1 4,95 $ Sous-total Frais de port et de manutention Ci-joint, chèque ?ou mandat-postal ?au montant de Nom Adresse Code posta!.1,75 $ Téléphone .Chez votre LIBRAIRE ou chez QUÉBEC SCIENCE ÉDITEUR, C.P.250, Sillery, Québec GIT 2R1 Téléphone: (418) 657-2426 Sommaire Volume 21, numéro 5 JANVIER 1982 18 Les déclencheurs d'amour Luc Chartrand De nombreux produits ont acquis, au cours des ans, une réputation d'aphrodisiaques, mais la méritent-ils vraiment?* ; 24 Vivre au rythme de la lumière Robert W.Rivest La lumière n'est pas la source de nos biorythmes, mais c'est elle qui en détermine la fréquence.L'auteur a travaillé sur ce sujet au M.I.T., à Boston 30 Méga-vitamines et mini-métaux Pierre S or many Une nouvelle médecine plus écologique s'intéresse aux éléments qui, bien que présents en faible quantité, jouent un rôle important dans l'équilibre de la santé 38 Des dinosaures à sang chaud?Pierre Béland Ou plutôt à sang froid?Cette question a soulevé récemment une vive discussion.Pierre Béland y a participé en tant que paléoécologiste Actualités^Chroniques 5 16 53 Post-Scriptum Prisme : Le français peau de chagrin Cherchez l'erreur 6 54 Énergie 48 Boîte à livres Le quatrième jour: Exploitation minière Caniapiscau Le risque avant tout 55 Le livre du mois 7 49 Agriculture québécoise Publications scientifiques 56 Dilettantes ou géants Citez les premiers.Courrier 8 51 58 Pharmacologie Langage En vrac L'ordinateur se fait chimiste Un singe et sa grammaire 12 52 Sans frontières Astronomie Les pluies d'étoiles filantes en 1982 QUÉBEC SCIENCE, mensuel à but non lucratif, est publié par les Presses de l’Université du Québec.La direction laisse aux auteurs l’entière responsabilité de leurs textes.Les titres, sous-titres, textes de présentation et rubriques non signées sont dus à la rédaction.Dépôt légal: Bibliothèque nationale du Québec, premier trimestre 1982.ISSN-0021-61 27.Répertorié dans PÉRIODEX et RADAR.Courrier de deuxième classe, enregistrement n° 1052.Port de retour garanti: QUÉBEC SCIENCE, C.P.250, Sillery, Québec GIT 2R1 Téi.: (418) 657-2426 Télex: 051 3488 TWX 610-571-5667 Membre de: CPPA ©Copyright 1981 — QUÉBEC SCIENCE — PRESSES DE L'UNIVERSITÉ DU QUÉBEC.Tous droits de reproduction, de traduction et d’adaptation réservés HEWLETT PACKARD VOUS RECOMMANDE SA MEILLEURE CALCULATRICE LA HP-41CV » HP-41CV * Une version améliorée de la HP-41C vous permettant: - L’utilisation maximale de ses 319 registres adressables déjà incorporés ou plus de 2000 étapes de programmation.- L'utilisation maximale de ses périphériques (lecteur de cartes, imprimante, lecteur optique).- L'utilisation de modules préprogrammés plus les caractéristiques existantes de la HP-41C, soit: * Plus de 130 fonctions.* Affichage alphanumérique.* 10 tests conditionnels, 56 indicateurs internes (Flags).* Contrôle des boucles, adressage indirect, touches personnalisées, mémoire continue.—• .i.;.• Z:- ;: : O ! : c< « ¦; /ir 6> «rNTt» » [HEWLETT * 12 caractères visibles, décalages pour visualier 24 caractères, fonctionnement mémoire permanente.Modules mémoires * Modules de spécialité préprogrammés disponibles.Lecteur optique * Lecture de codes-barres imprimés, traduction des données et des programmes dans le calculateur.* Livres de solutions avec codes-barres disponibles (en anglais seulement).Lecteur de carte * Conserve des programmes complets et des données sur cartes magnétiques.* Cartes magnétiques des HP-67 et 97 compatibles.L'Imprimante * Caractères numériques et alphabétiques (majuscules et minuscules).Tracés et graphiques ainsi que dessins à caractères spéciaux.Intensité d'impression réglable, extrêmement silen cieuse.«LES PRIX: HP 41 CV: $479.95, LECTEUR DE CARTES: $300.50, IMPRIMANTE: $549.50, MODULES MÉMOIRE: $43.95, LECTEUR OPTIQUE: $180.50 (Une réduction est accordée aux membres).» Des dépliants détaillés sont à votre disposition.Pourquoi payer plus cher ailleurs?Venez nous voir.• (.'nmmaruies postales acceptées avec chèque insé.pnère d ajouter la taxe de vente provinciale |*%| et les frais d expédition de SJ*.00 \S6.00 pour les modèles de plus de S200.\.nies prix sont sujets é changement sens préavis» COOPERATIVE ETUDIANTE DE POLYTECHNIQUE LOCAL C 106 Ecole Polytechnique Campus de l'Université de Montréal C P 6079, Suce.«A» Montréal H3C 3A7 Tél : (5141 344 4841 KJ- CHEMIN DE POLYTECHNIQUE en O CJ O en O QUEEN MARY lUÉBEC SCIENCE / janvier 1982 5 QUÉBEC SCIENCE DIRECTION: Jean-Marc Gagnon, directeur général RÉDACTION: Jean-Pierre Rogel, rédacteur en chef Diane Dontigny, adjointe à la rédaction Luc Chartrand, André Delisle, Claude de Launière, François Picard et Yanick Villedieu journalistes et collaborateurs réguliers PRODUCTION GRAPHIQUE: Pierre Parent, responsable de la production Andrée-Lise Langlois (réalisation graphique) Louis Ducharme (photo couverture) Gaëtan Laroche (illustrations des têtières) Raymond Robitaille (typographie) Litho Acme inc.(séparation de couleurs) Imprimerie Canada inc.(photogravure et impression) ADMINISTRATION, VENTES ET PUBLICITÉ: Gilles Lachance, directeur Raynald Lavoie, responsable Marketing et Publicité Marie Prince, représentante publicitaire (institutions) Nicole Bédard (abonnements) Messageries Dynamiques (distribution en kiosques) Presses de l'Université du Québec Québec Science Abonnements! Canada: Spécial: (2 ans / 24 nos): 38,00$ Régulier: (1 an / 12 nos): 21,00$ Groupe: (10 et plus — 1 an): 19,00$ A l'unité: 2,50$ À l'étranger: Spécial (2 ans / 24 nos): 51,00$ Régulier: (1 an / 12 nos): 28,00$ A l'unité: 3,00$ Les chèques ou mandats postaux doivent être établis à l'ordre du MAGAZINE QUÉBEC SCIENCE SOUTIEN FINANCIER Le soutien financier de QUÉBEC SCIENCE est assuré par ses lecteurs, ses annonceurs, l'Université du Québec, le ministère de l'Éducation, le Conseil de recherches en sciences naturelles et en génie du Canada, ainsi que par les contributions privées suivantes: Bell Canada M.Claude St-Onge vice-préfident Banque de Montréal Jean Savard vice-président — Division du Québec Control Data Canada George J.Hubbs président Imasco Limitée Les produits Imperial Tobacco Limitée Institut de recherche de l'Hydro-Québec M.Lionel Boulet directeur Recherches Bell Northern M.André J.Beauregard vice-président adjoint Laboratoire de l'Ile des Sœurs Pratt & Whitney Aircraft Canada Ltée Longueuil, P.Q.¦ nTSCRIPTUM Magazine d'information et de vulgarisation scientifique, Québec Science est rédigé, pour l'essentiel, par des journalistes et non par des chercheurs.Parfois, cependant, il nous fait plaisir de présenter dans nos pages des articles écrits par des chercheurs.C'est le cas ce mois-ci pour deux articles: «Vivre au rythme de la lumière» et «Des dinosaures à sang chaud?».Robert W.Rivest, qui signe le premier de ces deux articles, est un Québécois qui a effectué des études post-doctorales au prestigieux Massachusetts Institute of Technology, près de Boston, et poursuit actuellement ses recherches en Suisse.Spécialisé dans l'étude de l'influence de la lumière sur les rythmes biologiques, il nous livre un aperçu des recherches de pointe menées actuellement dans le monde sur ce sujet fascinant.«Les horloges internes qui rythment nos vies sont complexes et délicates, remarque-t-il, et il est étonnant qu'on en sache si peu sur ces mécanismes fondamentaux, dont la maîtrise débouche sur des applications thérapeutiques fantastiques.» À l'heure de conquérir l'espace, n'est-il pas important de comprendre le rôle de la simple lumière du jour sur nos existences?L'article sur les dinosaures qui paraît dans ce même numéro est lui aussi écrit par un chercheur, Pierre Béland, paléontologue.M.Béland.photographié ici en pleine action, a participé à deux expéditions en Afrique, sur les bords de la rivière Luangwa, en Zambie, ainsi qu'à de nombreuses fouilles de terrain en Alberta.«Lire à rebours de longues périodes de l'histoire de la Terre est un exercice passionnant», assure-t-il.Et nous le croyons bien volontiers, tant il arrive, par sa description de ce «safari aux grands dinosaures» auquel il nous convie, à transmettre le feu sacré de la recherche, en même temps qu'il nous captive parson style précis et concret (lisez l'introduction de son article, saisissante de réalisme.).De telles qualités de vulgarisation chez un scientifique sont rares et le plaisir de présenter cet article est redoublé du fait que son auteur est un des paléoécologistes (c’est-à-dire un spécialiste des écosystèmes dans lesquels vivaient les espèces disparues) les plus connus au Canada.De telles expériences de collaboration avec des chercheurs réputés, qui choisissent de s'adresser directement au grand public en vulgarisant — clairement et de façon vivante — leurs recherches dans Québec Science nous semblent, quant à nous, extrêmement fructueuses.Bien sûr, Québec Science, en tant que magazine d'information, reste attaché à unecertaine démarche journalistique, qui donne le ton de l'essentiel de nos livraisons.Mais il nous semble important de favoriser le plus possible ce «pont direct» entre la recherche et le grand public.Cela, aussi, fait partie de la mission d'un grand magazine d'information scientifique et répond aussi bien aux attentes des milieux de la recherche qu'à celles du grand public, nous semble-t-il. janvier 1982 / QUÉBEC SCIENCE ACTUALITES La création de la nouvelle «Terre du Nord, terre d’énergie » continue de plus belle.Le quatrième jour de cette création «version SEBJ» fut révélée une vaste mer d’eau douce: le réservoir de Cania-piscau, cuve d’eau cinq fois plus grande que le lac Saint-Jean.De quoi alimenter la ville de Montréal en eau potable pendant 92 ans ! L'inauguration de cet ouvrage, le 25 octobre dernier sur le chantier même, le plus grand chantier du monde, couronnait une autre phase importante des dix ans de création du Complexe La Grande (Phase 1) par les ingénieurs québécois.Le premier jour de cette « recréation » du paysage nordique, il y eut LG-2, immense monstre des cavernes au cœur de métal, dont seuls les bouillons d'écume et la crête de béton trahissent la présence en surface ; c’était à l'automne 1980.Puis ce fut Opinaca.Et Eastmain.Deux grandes coupes entourées de sable et de gravier, dont le précieux liquide est détourné pour nourrir le monstre glouton.Le dernier-né, Caniapiscau, accumulera en son sein la potion qui remplira les veines de LG-2, mais surtout de ses futurs rejetons LG-3 et LG-4; l’humeur du monstre et de sa progéniture sera d’ailleurs fortement temporisée par le flux puisé dans cette coupe presque sans fond.Dix ans de travaux de géants ont évidemment changé la face d’un territoire presque immuable, soumis pendant des millénaires à la lente action de modelage par les éléments naturels.Des mers domestiquées, qu’on peut vider de leurs eaux avec des robinets de fer et de béton, ont remplacé de longs réseaux de rivières vigoureuses et de lacs en cascades.Des lits de roc dénudé, anciennes rivières aujourd’hui privées d’eau, ont succédé à de majestueux torrents aux eaux poissonneuses.: ¦ * i fï'SS ML , (.> ENERGIE LE QUATRIEME JOUR: CANIAPISCAU La troisième plus grosse rivière du Québec est coupée de l’essentiel de son approvisionnement hydrique sur une distance de 440 kilomètres, asséchant ainsi cinq chutes d’importance.Fleuve coulant autrefois vers le nord et se jetant dans la baie d’Ungava après avoir formé la rivière Koksoak longue de 160 kilomètres, le cours d’eau est maintenant contraint d’ajouter son débit à celui de la rivière La Grande; ses eaux, détournées vers l’ouest, aboutissent donc à la baie James.La clef de ce détournement est un réservoir dont la superficie dépasse 4 200 kilomètres carrés.Des digues et des barrages, dont la longueur totalise 58 kilomètres, sont disséminés sur un territoire de 10 000 kilomètres carrés pour contenir les flots de cette mer artificielle d’eau douce.De vastes portions des forêts de cette nouvelle « terre d’énergie » sont désormais sous-marines .Les arbres des territoires inondés sont laissés en place sauf en certains endroits aux abords des ouvrages de génie, pour des raisons esthétiques.Avant la mise en eau, les bêtes des forêts sont intensivement trappées et chassées par les autochtones de façon à éviter les destructions massives de populations fauniques utiles.Des éclaircies sont dégagées sur les futures berges du réservoir et à proximité des tributaires pour créer des frayères à l’intention des poissons qui coloniseront le lac une fois rempli, c’est-à-dire à l’automne 1983.Le nouveau Nord québécois réserve aussi quelques surprises.Dans la région de Caniapiscau, on peut rencontrer des caribous « électroniques ».Pour sauvegarder une population importante de caribous du Nouveau-Québec, on a équipé 25 femelles avec des colliers munis de radio-émetteurs, de façon à suivre leurs déplacements au cours de la période de remplissage du réservoir.Si leur comportement présentait des problèmes susceptibles de menacer la survie des troupeaux, des opérations de sauvetage pourraient alors être organisées.Pour le moment, plus de 600 caribous vivent dans le secteur de Caniapiscau, constituant de ce fait une des concentrations vitales du Nord québécois.L’ingéniosité des «créateurs» de la SEBJ ne s’arrête pas là.Des travaux gigantesques et des infrastructures colossales ont été nécessaires pour créer le plus grand réservoir du Complexe La Grande; les eaux d’un bassin hydrographique de plus de 36 000 kilomètres carrés sont captées et accumulées, contribuant par la suite à 35 pour cent de la production totale d’énergie de l’ensemble des centrales.Plus de 500 kilomètres de routes, des villages, des campements et des aéroports ont été aménagés pour répondre aux besoins d un chantier s'étendant sur un territoire deux fois plus vaste que l'île-du-Prince-Édouard ; le travail assidu de 22 000 ouvriers 31 : seffitB :: lit Près le I « été K» oo fis moms lû éire o poor estir millions r muériiiiï aires il;; fit toril, its ntilisition, lires; TCpétitiou tiansplam busies qr «Arts dis.Enfin, t knce écolo modifia’ Et G .fWenij, c«, const Ek reis I l%rs.M k "niiïta S|bles.G Neitt) ttrlesProl T'Sen ^ilr ^ejper, One corn '“cotes.crest K Su «oet/1 “fait IUÉBEC SCIENCE / janvier 1982 7 .auquel s'ajoutent des investis-i iements de 1,1 milliard de dollars ont été les nerfs de l’effort complété avec succès par la société de production d’énergie.Près de 225 sites différents ont été touchés par un aspect ou l’autre des aménagements.Pas moins de 60 carrières ont dû être ouvertes et exploitées pour extraire les quelque 25 i millions de mètres cubes de i matériaux de remblai néces-: saires à la construction de deux barrages et de 65 digues.Au .total, ces aires bouleversées, qu'on a réparées après leur i:utilisation, couvrent 1 100 hectares; aujourd’hui réaménagés en pentes douces et recouverts d’humus, les sols neufs sont l'propices à la reprise de la végétation.Et il reste encore à transplanter 1,2 million d’arbustes qui remplaceront les arbres disparus.Enfin, un réseau de surveillance écologique sera maintenu jusqu'en 1987, pour évaluer les modifications qui surviendront dans les milieux créés.Les œuvres de l’envergure du réservoir de Caniapiscau, dans l’environnement fragile du Nord québécois, constituent un précédent.De tels bouleversements ne .vont pas sans changements majeurs.Même après des études poussées, les équilibres écolo-|j giques qui prendront place dans le nouveau paysage nordique demeurent à peu près imprévisibles.Une attention soutenue permettra néanmoins de détecter les problèmes qui pourraient se présenter et de déterminer les améliorations à apporter.Les experts de la SEBJ acquerront là des outils essentiels pour continuer leur création, une création qui s’étendra encore sur près de 30 ans, si tous les projets se réalisent.André Delis le Avis aux chercheurs : «¦L'imagination se lasse plus vite de concevoir que la nature de fournir.» Pascal La révolution de l'agriculture québécoise réserve encore des surprises.La ferme artisanale, exclusivement agricole, disparaîtra peu à peu.Les exploitations qui survivront à cette implacable sélection due à un contexte économique très difficile sont de dimensions très différentes et présentent des formules d’exploitation opposées.Les premières survivantes, et les plus importantes, seront sans aucun doute les « agro-entreprises », qui croîtront en taille et en nombre, au détriment des exploitations de grosseur limitée.La hausse des taux d’intérêt et son corollaire foncier, l’augmentation du prix des terres, resserreront l’étau sur les petits producteurs disposant d’un capital restreint.Curieusement, les seuls «petits» propriétaires terriens qui résisteront au «rouleau compresseur» de l’expansion des grandes exploitations commerciales seront les fermiers amateurs ! Ainsi, les agriculteurs dilettantes vont vraisemblablement croître en nombre, puisant à même des revenus extérieurs à la ferme les ressources nécessaires à l'acquisition et à la culture de terres à proximité des centres urbains.Ces fermiers à temps partiel, travailleurs de villes durant la journée, risquent ainsi de contrôler de vastes superficies agricoles, malgré une production relativement restreinte.Ces projections surprenantes ont été avancées par George L.Brinkman, professeur à l’Université de Guelph en Ontario, dans le cadre du Colloque d’économie rurale sur le thème de «L’agro-alimentaire québécois et son développement dans l’environnement économique des années 1980».Déjà, en 1979, ces fermiers «urbains ou ex-urbains», définis statistiquement comme générant un revenu agricole brut inférieur à 5 000 $, représentaient pas moins de 27 pour cent des agriculteurs contribuables du Qué- AGRICULTURE QUÉBÉCOISE DILETTANTES OU GÉANTS - < Entre l’agro-entreprise et l’agriculture à temps partiel, c’est la ferme moyenne qui aura le plus de mal à survivre dans un contexte économique difficile.bec.Du fait de leurs activités rentables non agricoles, ces « agriculteurs sur la marge » ne réussissent à fournir, en valeur commerciale, que deux pour cent de l’ensemble des produits agricoles.D’ailleurs, la majorité de ces fermiers amateurs, intéressés par les avantages fiscaux de l’agriculture, déclarent des pertes nettes.C’est donc dire qu’ils investissent une part non négligeable de leurs revenus pour l’amélioration des fermes et des moyens de production.Ainsi, par exemple, la perte moyenne de ces petites exploitations s’est élevée à 1 320 $ en 1979, alors que le revenu moyen des exploitants dépassait 16 000 S ! Les éventuelles victimes de cette lutte pour la survie, les «vrais petits agriculteurs», sont déjà moins privilégiées.Tirant de leurs fermes entre 5 000 $ et 40 000 S de revenus bruts par an, ils bénéficient d’un revenu moyen se situant entre 10 000 S et 11 000 S par an seulement.La guerre des épiciers risque de suivre un patron analogue; le petit marché du coin de la rue cédera peu à peu sa place aux géants de l'alimentation.et aux plus petits marchands d’aliments délicats.Les experts de l’agro-alimentaire notent l'apparition de phénomènes nouveaux qui suggèrent des tendances radicalement opposées.La concentration graduelle du marché des aliments dans quelques grandes chaînes de magasins, parallèlement à l'éclosion rapide de multiples boutiques spécialisées dans l’alimentation fine, est un indice que les consommateurs changent leurs habitudes de vie et précisent leurs besoins.Pour Mme France Dufour-Shakrani, du département de diététique de l'université Laval, le consommateur des années 80 continuera à rechercher commodité et économie dans le choix de ses aliments.Mais il voudra aussi exprimer son individualité par une alimentation plus variée et par un retour à la production domestique de certaines denrées.En plus de l’évolution des valeurs, des changements dans le mode de vie et la struaure des familles peuvent expliquer ces glisse- Office provinciale de publicité janvier 1982 / QUÉBEC SCIENCE .JL mènes des habitudes d'achat des individus.Mme Dufour-Shakrani mentionne, par exemple, l’augmentation du nombre de petits ménages, la réduction du temps consacré à la préparation des aliments, la préoccupation grandissante pour la santé, la forte augmentation de la part du budget affectée aux dépenses alimentaires et la fréquentation plus assidue des restaurants.Pour les experts en marketing, le profil du consommateur de demain se traduira par une fragmentation du marché: pour mieux satisfaire ses goûts spécifiques, il achètera ses aliments de base dans les supermarchés et visitera les boutiques personnalisées pour des mets plus sophistiqués.Ce ne sont là que quelques facettes des profonds changements qui bouleverseront le secteur de l’agro-alimentaire d’ici l’an 2000.Explorer ces changements, qu'ils concernent l’avenir de la ferme artisanale et de l'épicier du coin, ou lution des caractéristiques des marchés intérieurs et extérieurs, est un défi d’envergure.C'était pourtant celui que s’étaient donné les organisateurs du Colloque d’économie rurale, réunissant à Québec, en octobre dernier, près de 300 intervenants de tous les secteurs de l'agro-alimentaire.Au moment où le ministre québécois de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation, M.Jean Garon, rendait publique sa politique dans le document Nourrir le Québec, cette réunion tombait pile.Les participants ont pu, pendant quatre jours, examiner en profondeur les orientations passées du secteur agro-alimentaire québécois, en faire ressortir les avenues les plus fructueuses et suggérer les options de développement prometteuses dans une perspective économique devenue particulièrement difficile depuis le début de la décennie.l evo- André Delis le PHARMACOLOGIE L'ORDINATEUR SE FAIT CHIMISTE c f est parce que la plante avait des feuilles en forme de cœur qu’on la recommandait jadis pour le traitement des troubles cardiaques.Jusqu’à ce qu’on y découvre la digitaline, aujourd’hui le plus utilisé des médicaments pour le cœur.Mais les «signes naturels » ne sont pas toujours aussi clairs.Et c’est probablement par «essais et erreurs» que les anciens Péruviens en sont arrivés à manger la poudre d’écorce de l'arbre cinchona pour traiter les fièvres et prévenir le paludisme.Cela nous a conduit à la découverte de la quinine.Une grande partie de l’arsenal pharmaceutique actuel dérive de telles recettes tradition- Vient de paraître aux Presses de l’université Laval MICRO-ORDINATEURS Applications individuelles et professionnelles miCRO-ORDinPIT€UR5 RppCoatkxv inefividuetea v-v f' ^- S ^ 5^'' %&*>£?'¦£?.; /S" ~ ?^ rrÆ • .^ P w^.v'-y.yÿyÿtr ,^y' *'; '\çSSp '"y '‘ ¦ • ' BweaB te®âa L ¦àïg «aJ ïtŸSi QUÉBEC SCIENCE / janvier 1982 31 /HEGAMITAMINES /HINI-/HETAUX par Pierre Sormany Leslie Dawson avait 34 ans lorsqu'elle s'est présentée la première fois à la clinique du Dr Theron Randolph, à Chicago.Elle souffrait depuis quelques années de fortes tendances dépressives, mais les drogues courantes n’étaient d'aucun secours.Les psychothérapies, guère plus.Prise entre la lassitude et la culpabilisation, elle allait donc s'accrocher à cette dernière bouée de sauvetage: un médecin prétendait soigner les troubles de comportement ou les malaises diffus en agissant sur l'environnement chimique et alimentaire de ses «patients».Et si c'était ça ! Theron Randolph a créé, il y a déjà près de 30 ans, sa «Fondation de recherche sur l'écologie humaine».Son but: étudier les réactions de l'homme à son environnement et les problèmes desantéqui en découlent.Mais alors que Hans Selye, le «père du stress», étudiait à Montréal les réactions non spécifiques de l'organisme à toute agression subie, Randolph insistait au contraire sur les relations précises.À une époque où l'on ne parlait guère de pollution de l'air que dans les usines ou dans les villes minières, à une époque où les appareils de mesure ne permettaient pas encore de déceler les «micropolluants» organiques ou les métaux lourds à faible teneur, le jeune médecin de Chicago avait pourtant la certitude que des «allergies» à certains aliments, à certains produits domestiques ou certaines pollutions imperceptibles expliquaient bien des malaises physiques ou psychologiques.Le cas de Leslie Dawson (le nom est fictif, mais l'histoire est réelle) ' ^ /, r Les allergies sont une illustration de la sensibilité de l'organisme à son environnement.Pour identifier le ou les allergènes en cause, on doit tester chaque substance susceptible de provoquer une réaction.n'est qu'un des 3 000 dossiers accumulés dans son centre, depuis le milieu des années 50.Selon la méthode de Randolph, cettefemmea donc dû se soumettre à quatre jours de jeûne total, dans un environnement stérile parfaitement contrôlé.Puis on a réintroduit un à un les principaux aliments, les objets courants (vêtements synthétiques, produits de toilette, etc.) avant qu'elle regagne sa demeure.Le verdict: une allergie marquée aux vapeurs organiques dégagées par divers produits cosmétiques, par les cires à plancher, et les solvants utilisés dans les matériaux de construction de sa résidence.C'était en 1 959.Vingt ans plus tard, les Québécois victimes de la mousse isolante d'urée formaldéhide vivent le même problème.Les symptômes sont différents, certes, mais il s'agit là aussi de malaises d'abord diffus, variant beaucoup d'une personne à l'autre, qui semblent résister à tout diagnostic, à toute forme de traitement.jusqu'à ce qu'on identifie le coupable.Et le coupable est d'autant plus pernicieux qu'il agit à très faible dose.CES MOLÉCULES QUI NOUS CONTRÔLENT Certes, la toxicologie de l'environnement a fait de grands progrès au cours de ces 20 dernières années.On connaît les risques liés à l'usage des solvants organiques et des métaux lourds (mercure, plomb, cadmium surtout).Mais la méthode de Randolph (retrait total des effets environnementaux, puis leur réinsertion contrôlée) permet encore d'identifier certains agents provocateurs.même lorsque leurs effets sont diffus.C'est le domaine, aux frontières imprécises, des malaises psychosomatiques: migraines, fatigue chronique, douleurs vagues, asthme, nausées, insomnie.Mais, plus souvent encore, c'est celui des troubles du comportement, où la biologie classique n'ose guère s'aventurer.Au Pediatric Center de Jackson, au Tennessee, le docteur William G.Crook a développé une variante du test de Randolph.Des enfants, soumis à un régimesélectif(pasdejeûne total, cette fois), reçoivent sur la langue quelques gouttes d'un extrait concentré des divers produits que l'on veut tester.Les réactions sont parfois dramatiques.On a ainsi pu mettre en évidence que, chez les Américains, les allergies au lait de vache sont beaucoup plus fréquentes qu'on l'admet généralement: à côté des enfants qui présentent des diarrhées ou des douleurs abdominales, faute d'enzyme pour digérer le lactose, beaucoup d'autres deviennent irritables, agités, incapables de se con- Illustration: Gaétan Laroche 32 janvier 1982 / QUÉBEC SCIENCE , OüSC centrer, sinon hyperactifs, dès qu'on réintroduit le lait dans leur alimentation contrôlée.En 1965, le docteur Benjamin Feingold, allergiste au Kaiser-Permanente Medical Center de San Francisco, avait découvert qu'une diète exempte d'additifs alimentaires, chez une patiente fortement allergique, avait aussi réglé certains problèmes psychiatriques de cette femme.En appliquant ensuite cette diète de manière sélective avec quelques centaines d'enfants hyperactifs, Feingold avait identifié de la sorte certains pigments naturels et certains colorants synthétiques, comme cause fréquente de l'hyperactivité.Contestée depuis lors, la théorie des colorants a tout de même permis d'identifier certains mécanismes biochimiques de l'hyperactivité, dont la nature «alimentaire» a souvent été confirmée depuis.Il s'agit toutefois de confirmations cliniques.Les mécanismes d'action de ces «allergies subliminales» restent encore flous.Et comme les comportements qu'on prétend corriger sont souvent définis de manière très subjective (après tout, qu'est-ce qu'un enfant hyperactif?), la médecine «conventionnelle» regarde avec beaucoup de scepticisme cette nouvelle «écologie médicale».UNE MÉDECINE «NATURELLE» Il faut dire aussi que ces nouveaux «écologistes» traitent avec le même scepticisme la médecine traditionnelle ! «Quand on rencontre une maladie qu'on ne comprend pas, qu'on ne sait pas comment soigner, on lui accole une étiquette-valise de la psychiatrie clinique: psychose, dépression, névrose, état pré-schizophrénique .C'est fou le nombre de gens qu'on a ainsi diagnostiqués, puis qu'on a soumis aux traitements standards de la psychiatrie, sans chercher plus loin», déplore Carl C.Pfeiffer, auteur de deux livres à succès sur les éléments nutritifs essentiels et la santé mentale.¦VIi.¦ • «La médecine biochimique moderne est un fiasco, ajoute Bernard Rimland, pédiatre à San Diego.Dans certains cas, elle dévient un cauchemar: elle crée plus de malades qu'elle n'en guérit.Et l'effet secondaire de toutes ces drogues que l'on prescrit pour un tout ou pour un rien ?Il se chiffre en des milliers de cancers du sein chaque année!» Randolph, Crook, Feingold, Pfeiffer, Rimland, ces chercheurs représentent aujourd'hui le premier front d'une nouvelle branche de la médecine.En grande vogue aux États-Unis, à peine connue au Canada, deux ou trois cliniques peut-être au Québec, elle s'est donné un nom : la médecine orthomoléculaire (en grec, orthos signifie «correctif»).«En fait, la plupart des maladies, qu'elles soient d'origine génétique ou environnementale, impliquent des mauvaises réactions chimiques», expliquait le docteur Michael Lesser, fondateur de la Société de médecine orthomoléculaire, dans un article pour le magazine Omni.Leur approche cherchera donc à rétablir les équilibres chimiques naturels, par un contrôle de l'environnement et de l'alimentation, avec force suppléments minéraux ou vitaminiques s'il le faut.mais le moins possible de produits de synthèse étrangers au corps humain.«Personne n'oserait prétendre que le schizophrène est une personne normale qui souffre de déficience en neuroleptiques.Ou que l'enfant perturbé est un enfant normal qui manque de Ritalin ou d'autres calmants! Alors au lieu de les rendre dépendants de ces drogues, pourquoi ne cherche-t-on pas ce qui leur manque?» demande Bernard Rimland, lui-même spécialiste des maladies mentales infantiles.On peut s'imaginer les problèmes qu'occasionne une allergie à un aliment de base tel que le lait, allergie plus fréquente qu'on l'admet généralement.En fait, l'origine de cette pratique médicale remonte au débutdu siècle, lorsqu'un médecin du Deep South américain, Goldberger, constata la forte incidence d'une maladie (le pallagra) chez les paysans de ces États.Parce que la maladie associait la diarrhée et des irruptions cutanées à des symptômes plus diffus comme la fatigue généralisée et des accès de démence, Goldberger soupçonna un facteur alimentaire, en particulier la forte prévalence du maïs dans ces régions.Ce n'est qu'en 1 937 que le docteur Elvehjem, de l'Université du Wisconsin, identifia le «coupable»: l'alimentation de ces paysans était déficiente en un élément nutritif essentiel, l'acide nicotinique, aujourd'hui connu sous le nom de niacine, ou vitamine B-3.Mais le plus dramatique, c'est qu'on a alors découvert que, dans certains établissements pour malades mentaux INCURABLES de ces États du Sud, dix pour cent des pensionnaires étaient guéris en quelques semaines, si on leur fournissait une alimentation riche en niacine, associée à d'autres vitamines B et à des protéines riches en tryptophane (un précurseur d'un neurotransmetteur, sur lequel agit cette B-3).LA MODE DES MÉGAVITAMINES En 1952, deux psychiatres de l'Université de la Saskatchewan, Abraham Hoffer et Humphrey Osmond, qui travaillent sur les psychoses induites par la mescaline, extrapolent ces résultats en faisant l'hypothèse que ce dérèglement de l'axe tryptophane-dopamine serait commun à tous les cas de schizophrénie, et qu'une diète riche en protéines, en niacine, et en vitamines complémentaires pourrait donner de fort bons résultats.Dans les années 50, ils publieront trois études différentes qui confirment que, si la diète ne suffit pas à «guérir» le schizophrène, elle permettait de doubler l’efficacité des traitements de l'époque (psychothérapie et électrochocs).s::' s ,4: diété! rési' (ton laies d'or Cool: tôt la dieas le$or K dfe d'act, Ea QUÉBEC SCIENCE / janvier 1982 33 Étudier les substances présentes dans l'organisme en très faibles quantités, comme les métaux, nécessite un appareillage très sophistiqué, te! ce spectrophotomètre à absorption atomique dont est équipé le Laboratoire de toxicologie du CHUL.fi' Mais contre la schizophrénie chronique, déjà trop avancée, l'approche diététique et mégavitaminique a des résultats très douteux.En outre, les deux chercheurs ont la malchance de publier leurs études au moment où les tranquillisants envahissent le marché, avec des résultats spectaculaires.Au moment où l'industrie pharmaceutique découvre la mine d’or des drogues psycho-actives.Contre pareille concurrence, on aura tôt fait d'oublier les pionniers canadiens.Mais ils ont ouvert la voie.À San Diego, Rimland commence à expérimenter les mégavitamines sur des enfants autistiques, cette maladie qu'on a longtemps confondu avec la schizophrénie infantile^ Résultats encourageants, mais limités: environ 1 6 pour cent des artistiques réagissent très favorablement à de très fortes doses de vitamine B-6, associées à un régime spécial et à de la vitamine C.Au cours des dix dernières années, les résultats de ce genre n'ont cessé de s'accumuler pour un nombre de plus en plus grand de troubles d'origine cérébrale: difficulté d'apprentissage, désordres cérébraux chez l'enfant, alcoolisme, dépressions, syndromes de «manque» reliés aux narcotiques, dysrythmies accompagnées de comportements violents, léthargies, etc.Pourtant, à côté de quelques très bonnes études, faites avec toute la rigueur méthodologique exigée en médecine, s'accumulent aussi de nombreuses études de cas, évaluées subjectivement, et auxquelles on n'accorde guère de crédibilité.En outre, personne ne parvient à décrire réellement les mécanismes d'action qui entrent en jeu, encore moins à les confirmer.C'est de l'empirisme, en somme, et l'empirisme est suspect.En 1968, Linus Pauling, prix Nobel de chimie, publie un livre mi-scientifique, mi-vulgarisé: Vitamin C and the Common Cold.La médecine orthomoléculaire (c'est Pauling qui inventera ce mot) quitte l'anonymat discret pour entrer dans la controverse.Les marchands de niacine, d'acide folique, de lécithine, de mégavitamines, et d'autres suppléments de tout genre entrent sur le marché.Un marché qui, aux États-Unis, échappera désormais à tout contrôle, puisque les vitamines, définies comme des produits «naturels», ne relèvent pas de la Food and Drug Administration (FDA).Les médecins flairent le racket.La nouvelle médecine orthomoléculaire se voit pourchassée, en même temps que les vendeurs du temple.LES AVATARS DU «FAST FOOD» Entre-temps, les orthomolécularistes, eux, ont changé de cible.Les vitamines restent importantes, certes, mais on a découvert que les réactions biochimiques nécessitaient aussi des cofacteurs métalliques.Ce sont les éléments-trace, qu’on retrouve en très faible concentration dans l'organisme, dont on connaît mal les mécanismes d'absorption, dont on ne connaît pas du tout les modes de distribution entre les différents organes, mais qui sont essentiels à toutes les réactions, ou qui peuvent au contraire les perturber totalement.Rien de nouveau a priori.La médecine connaît depuis fort longtemps les effets désastreux de carences en fer, en magnésium, en zinc, en cuivre, et quelques autres métaux du même genre.Les effets toxiques à trop fortes doses aussi.Mais voilà : entre ces extrêmes, autour d'un niveau «optimal» défini arbitrairement d'après la moyenne, on ne sait plus très bien ce qui se passe.Et rien ne nous assure que cette «moyenne» soit suffisante.Depuis un quart de siècle, le raffinage des produits alimentaires a fait disparaître beaucoup de ces éléments de notre diète.L'agriculture intensive aussi: alors que l'on fournit sans cesse à la terre le calcium, le phosphore et le potassium, on n'ajoute guère le sélénium, le manganèse, le cuivre ou le magnésium qu'on draine à chaque récolte.Et même chose du côté des métaux lourds.On connaît certes les effets des empoisonnements massifs au plomb, au mercure ou au zinc, mais qu'arrive-t-il à très faible dose?Et c'est d'autant plus complexe que ces métaux sont souvent des antagonistes des éléments essentiels.Un peu trop de phosphate, par exemple, nuit à l'absorption et à l'utilisation du zinc et du manganèse! Il y a dix ans, en tout cas, les nutritionnistes ne croyaient pas aux carences, du moins auprès d'une population nord-américaine «bien nourrie».Aujourd'hui, on admet volontiers que notre consommation de chrome est probablement trop faible (perturbation du mécanisme d'utilisation des sucres par l'insuline; man- Andrée-Lise Langlois 34 janvier 1982 / QUÉBEC SCIENCE V* ' %- r .?J*Ê& rj*.ZZiSTT' ¦ -.- •' ^5*% viv^tC .-T’;':.• ':• l/ll V- ->^s 53iv:> ••s-V •¦ ¦v':'.' ' •'v j • V.p, que d'énergie), que le magnésium fait défaut lui aussi en bonne partie à cause de l'adoucissement de l'eau (affaiblissement des défenses immunitaires, augmentation du risque de cancer, formation de calculs rénaux, et augmentation marquée des risques d'infarctus), que les personnes qui surveillent leur alimentation et diminuent l'apport de viande risquent de manquer de zinc (acné, maladies de peau, transpiration et odeurs, retard de croissance chez les foetus, diminution de la fertilité, léthargie), que le fer consommé abondamment n'est peut-être pas absorbé en quantités suffisantes, etc.LES COUPEURS DE CHEVEUX C'est sur ces données nouvelles que s'est donc réorientée la médecine orthomoléculaire.La consultation typique, dans une de ces cliniques aux États-Unis, comprendra un questionnaire détaillé sur l'alimentation, sur l'environnement domestique ou professionnel, sur les habitudes de vie et sur les «petits malaises» ressentis.Après quoi, on prélève un cheveu, dont le contenu minéral sera étudié en laboratoire, et si possible quelques gouttes de sang.Tout ça est confié à l'ordinateur, qui juge des carences et des excès probables: on prescrit un régime particulier, des suppléments, des vitamines (beaucoup de vitamines), et surtout pas de café et de drogues, peu d'alcool.Roger William, découvreur d'une des vitamines du groupe B (l'acide pentothénique) et un des chefs defile de cette nouvelle école médicale, explique cette approche par le concept de «supernutrition».Toutes les réactions biochimiques, explique-t-il, nécessitent plusieurs minéraux, vitamines ou autres molécules, et il suffit qu'il y ait carence d'un seul élément pour débalancer toute la chaîne de réactions.Pour lui, il devient donc important de fournir toujours un peu plus que requis, sans atteindre les seuils de toxicité, et en veillant bien à équilibrer les quantités pour éviter les effets antagonistes.C'est présentement sa liste des «vitamines et suppléments minéraux pour une assurance nutritionnelle» que les ortho-molécularistes utilisent partout.Des bases scientifiques?«Des bases cliniques», répond le docteur Michael Lesser.«En montant sérieusement le dossier minéral et vitaminique de chaque patient, on évalue bien mieux ses besoins qu'en se fiant aux normes recommandées arbitrairement par les médecins.Et les améliorations cliniques sont si évidentes qu'on est vite rassuré!» À l'Institut de recherches cliniques de Montréal, le docteur André Barbeau, un des pionniers de cette étude sur l'importance des éléments-trace dans le cerveau (et les effets des métaux lourds comme le mercure) s'insurge contre de telles affir- L’agriculture intensive, en appauvrissant les sols, a contribué à éliminer de notre alimentation certains éléments-trace, tels que le cuivre et le manganèse.mations: «Les analyses de cheveux, ça ne veut rien dire, parce qu'ils sont contaminés par l'environnement; ça ne peut servir qu'à suivre l'évolution dans le temps d'un même patient.Les analyses de sang, c’est un peu ridicule, parce que c'est le dernier système du corps à se débalancer, et les symptômes paraissent bien avant; ça ne peut servir qu'à confirmer un diagnostic ! » UNE IDÉE INTÉRESSANTE.PRÉMATURÉE Il y a une quinzaine d'années, André Barbeau s'était intéressé au rôle de déficiences en magnésium dans la maladie de Parkinson.Comme pour les travaux de Hoffer et Osmond sur la schizophrénie, ses recherches ont coïncidé avec l'introduction du L-Dopa.«Mais à l'époque, on n'avait absolument aucune documentation sur la répartition des minéraux dans les différentes zones du cerveau.Alors entre une idée valable sur le rôle d'un nutriment et l'apparition d'une thérapeutique, il y a des années de recherches de base.Ceux qui vont directement aux applications cliniques, je me dis que ce sont des fraudeurs.» Le L-Dopa, lui, était prêt pour l'application.Le docteur Barbeau a donc réorienté en partie ses travaux.«Quand nous avons commencé à étudier les effets du cadmium», note pour sa part le docteur Albert Nantel, du Centre de toxicologie du CHUL, à Sainte-Foy, «nous avons dû nous fabriquer une instrumentation très sophistiquée, dans un environnement parfaitement contrôlé, parce qu'autrement, on ne mesurait qu'un bruit de fond.Alors, penser que n'importe quel bureau peut analyser des éléments-trace en quantités aussi restreintes, c'est de la fumisterie!» Pour Nantel, comme pour Barbeau, la philosophie derrière l'approche orthomoléculaire est très intéressante.«Mais ils devraient reconnaître que pour l'instant, ils n’ont pas encore l'instrumentation voulue.Et surtout, ne pas faire croire à leurs clients qu'ils leur offrent une solu- pareif : ¦coupai : •- : :: r; : : : !c :: ¦.¦' puni;: : P-;:.: - Ijlî ; ; ; s'ils > °-': U".- ¦Ça Hi Su: la r Mais la dapcej 13 'ache * : “Mont, cieo, dç Nam, il y, .' H, 3UÉBEC SCIENCE / janvier 1982 Les Nord-Amencams.c est bien connu, sont «bien nourris».Et pourtant notre alimentation souffre de carences.En magnésium par exemple, à cause de la « douceur» de l'eau que l’on boit.L tion définitive, qu'ils ont trouvé le «coupable»! C'est arrivé si souvent en médecine, que ça serait important qu’au moins ces nouvelles approches ne tombent pas dans ce panneau; parce qu'on peut alors faire plus de tort que de bien en retardant un diagnostic convenable.» Pour Monique Gélinas, du département de nutrition de l'Université de Montréal, c'est aussi un domaine très important pour la recherche.Aucun doute là-dessus.Les faits s'accumulent et plaident en faveur I d'une approche plus «écologique» de la santé.«Mais il est beaucoup trop tôt pour lancer cela dans le grand public et inciter tout le monde à prendre des suppléments.» D'autant plus que les suppléments vitaminiques coûtent parfois très cher.Mais la recherche fondamentale est une affaire à long terme.À très long terme.On met les éléments ou les vitamines à l'essai un par un dans des études à double insu (ni le chercheur, ni ses «patients» ne savent s'ils reçoivent l'élément en question ou un placebo).Et les conclusions de l'American Psychiatrie Association sont formelles: jusqu'à présent, aucun résultat des «orthomolécula-ristes» n'a pu être reproduit.«Ça nous renseigne sur la procédure de la recherche médicale, répond Michael Lesser.Absolument pas : sur la pratique que nous proposons.Mais la médecine a toujours tendance à supersimplifier!» Directeur des programmes et de la recherche à la société pour l'aide au développement émotif de l'enfant, à Montréal, Jacques Perras est conscient des limites de la recherche fondamentale.«Mais en attendant, il y a des gens qui sont pris avec des problèmes psychologiques, ou avec des enfants en difficulté d'apprentissage ou hyperactifs.On leur offre une solution possible, et c'est normal qu'ils l'essaient.Et dans bien des cas, ça amène des résultats.Pourquoi n'y aurait-il pas place, à côté de la recherche fondamentale, pour des essais cliniques ?» L'Association a en tout cas fait venir le docteur Crook à son congrès de novembre dernier.Un succès énorme! LA MÉDECINE DE DEMAIN En attendant que le débat s'estompe, la recherche se poursuit, sur les deux fronts.Et à un rythme endiablé.Yuri Tanaka, du Laboratoire des éléments-trace de l'Hôpital Saint Mary's de Montréal, prépare un livre sur les éléments nutritifs essentiels ou toxiques.Il s'agit en quelque sorte de remettre à jour le livre de Pfeiffer, édité en 1975.«J'ai amassé plus de 2 000 références nouvelles, depuis cette date!» Et encore, le livre ne touchera pas le domaine des vitamines ! Des faits nouveaux: le rôle probable du ribidium, un élément non encore étudié, dans la genèse de certaines dépressions; la perte importante du magnésium en période de stress, et son impact sur les calculs rénaux et les risques d'infarctus; le rôle possible de la vitamine E dans le maintien de l'équilibre cellulaire contre le vieillissement; la présence dans certains légumes de substances naturelles anti-cancer; la très forte concentration d'aluminium dans les cellules cérébrales des malades atteints de démence sénile et d'autres maladies nerveuses dégénératives.«Et vous allez en voir de plus en plus, ajoute Albert Nantel, parce que nos instruments d'analyse se perfectionnent.Il y a des minérauxqu'on ne peut pas mesurer aujourd'hui, mais qui se révéleront fondamentaux demain.En outre, la toxicologie en général se développe.Quand on faisait face à des empoisonnements massifs aux métaux lourds, on n'avait pas le temps de se préoccuper des effets minimes.Mais de plus en plus on évolue vers ces analyses fines, comme indice général de la santé.» Un point unanime en tout cas: si les orthomolécularistes apportent quelque chose à la médecine, cela aura trait surtout à l'importance de la nutrition.«Traditionnellement, déplore Yuri Tanaka, les universités n'avaient même pas de département de recherche en nutrition.Ça vient à peine de se créer au québec.Alors, c’est bien évident que ce que les médecins n'apprennent pas, ils n'ont pas tendance à l'appliquer dans leur pratique.Mais ça va changer d'ici quelques années et ça, c'est très important, car la nutrition, c'est la base même de la santé».«Ça devrait être le centre des facultés de médecine: un cancéreux qu'on traite, il en a au plus pour une quinzaine d'années à vivre.Un bébé que l’on protège en surveillant la nutrition de la mère, il en profitera pendant 70 à 80 ans!» ?Andrée-Lise Langlois mini-ordinateur voyage au Portugal ** t JÊt ABONNE ACTUEL NOM .ADRESSE CODE POSTAL .TÉLÉPHONE .Je déclare avoir lu routes les conditions du règlement du concours de Québec Science et j'accepte de les observer.(Signature).Ci-joint chèque ?mandat ?au montant de _____________________S, à l’ordre de : Québec Science C.P.250, Sillery, Québec GIT 2R1 NOUVEL ABONNÉ VEUILLEZ ABONNER À QUÉBEC SCIENCE, MONSIEUR ?MADAME ?31 1 1 nom 1 1 1 II II 1 1 II 1 1 1 1 1 1 1 1 61 prénom 80 LBJ U 7 1 1 8 1 1 1 II 1 1 1 Il 1 1 1 1 1 1 1 1 1 9 1 1 numéro rue i l l 1 1 1 1 1 appartement 28 1 l 1 1 l l II 1 1 1 29 ville province 4g II 1 1 1 1 1 1 1 1 Il 1 II 1 1 II 1 1 49 u pays Mill 1 68 Il 1 1 M 1 1 1 1 1 69 code postal 74 téléphone 60 Code 73 Illustration: Michel-Thomas Poulin À l’occasion de sa 20e année de publication.QUEBEC SCIENCE organise une campagne d’abonnements et offre à ses abonnés actuels, ainsi qu’à tous ceux et celles qui s'abonneront d’ici au 28 février 1982, une chance de GAGNER des prix.SI VOUS ETES ABONNÉ A QUÉBEC SCIENCE, SI VOUS DÉSIREZ VOUS ABONNER À QUÉBEC SCIENCE, et que vous nous faites parvenir les nom et adresse d'un nouvel abonné, accompagnés d’un chèque au montant de 21 $ (voir le formulaire au recto de » cette page), vous participerez automatiquement LJ au tirage des deux prix suivants: • Un voyage au Portugal d’une durée de deux semaines pour deux personnes et comprenant un séjour d'une semaine à Cascais et une semaine en Algarve, villages de pêcheurs datant du temps des Romains et sites au panorama enchanteur entourés de plages de sable doré.Le prix comprend le trajet aller-retour par avion CPR Montréal-Lisbonne, les frais d’hôtel (sauf les pourboires), le petit déjeuner et les taxes obligatoires.Ce voyage, d’une valeur de 2 450 S environ, est offert en collaboration avec Vacances Skylark.Le gagnant devra obligatoirement fixer la date de son départ un lundi entre le premier mars 1982 et le 30 juin 1982.• Un poêle Modèle Patriote, à combustion lente, fabriqué par F.X.Drolet inc., d'une valeur de 549 S.De plus, la personne que vous aurez contribué à faire s'abonner à QUÉBEC SCIENCE deviendra éligible au tirage des six prix décrits ci-contre.Deux abonnés se partageront ces prix Les prix offerts dans ce concours d’abonnement représentent une valeur totale de 5 724 $ Les droits afférents ont été payés conformément à la Loi sur les concours publicitaires.S'il y avait un litige dans Vattribution des prix, veuillez vous adresser à la Régie des loteries et courses du Québec.Conditions de participation et règlements et que vous nous faites parvenir votre abonnement accompagné d'un chèque au montant de 21 S (pour un abonnement d’un an, 12 numéros), ou encore, qu’un parent ou un ami vous a offert un abonne- Üment-cadeau à QUÉBEC SCIENCE, vous pouvez gagner l’un des prix suivants: • Un mini-ordinateur (micro-processeur) HP41CV, avec ses accessoires: une imprimante, un lecteur de cartes, un lecteur optique et deux modules de mémoire au choix du gagnant, le tout d une valeur de 1 600 S Ce mini-ordinateur est offert en collaboration avec la firme Hewlett Packard et la Coopérative étudiante de Polytechnique.• L’une des cinq bicyclettes de marque Peugeot, modèle U05 «club», d’une valeur de 225 S chacune, fabriquées au Québec et offertes en collaboration avec Vélo Sport (1974) inc.Six nouveaux abonnés se partageront ces prix 1.Pour être admissible au présent concours, l'abonné actuel ou le nouvel abonné doit avoir fait parvenir sa demande d'abonnement accompagné d'un paiement au montant de 21 S au magazine QUÉBEC SCIENCE avant minuit, le 28 février 1982, le cachet de la poste en faisant foi.ou avoir conclu un contrat d'abonnement avec un représentant de QUÉBEC SCIENCE avant cette même date et avoir payé la somme de 21 S QUÉBEC SCIENCE décline toute responsabilité en cas de perte, dommage ou retard du courrier 2.L’abonné actuel de QUÉBEC SCIENCE qui participe au concours doit être un abonné en règle au plus tard le 28 février 1982.3.Le présent concours débute le 27 iKtobre 1981 et se termine le 28 février 1982.Les prix seront attribués au cours du mois suivant.Les gagnants seront avisés avant le premier avril 1982 et leurs noms publiés dans le numéro de mai 1982 de QUÉBEC SCIENCE A.Une personne ne peut gagner qu'un seul prix.Un abonné actuel a autant de chances de gagner l'un des prix offerts dans sa catégorie qu'il fait parvenir de nouveaux abonnements à QUÉBEC SCIENCE.N Ce concours s adresse exclusivement aux particuliers résidant au Canada.6.Lin prix doit être accepté comme tel.Il ne peut être échangé contre une somme d’argent.7.Les membres du personnel de QLIÉBEC SCIENCE et des PRESSES DE L'UNIVERSITÉ DE' QUÉBEC, ainsi que leurs familles ne sont pas admissibles au concours.8 Tous les bulletins de participation deviendront la propriété de QUÉBEC SCIENCE 9.Les chances de gagner un prix dépendront du nombre de coupons et de contrats d'abonnement reçus. 38 janvier 1982 / QUÉBEC SCIENCE DES DINOSAURES À SAIMG CHAUD?Ou plutôt à sang froid?Cette question a soulevé récemment e discussion.Pierre Béland y a participé en tant que paléoécologiste par Pierre Béland Humant l'air, le rhinocéros noirsortit des buissons comme s'il émergeait de la préhistoire.N'aimant pas être inquiété à l'intérieur de son territoire, il venait avec circonspection respirer l'odeur des intrus que nous étions.Alors que son assurance semblait grandir à mesure qu'il s'approchait, la nôtre ne s'appuyait plus que sur la certitude que le moteur de la Land-Rover démarrerait au moment voulu.Je ne sais quelle forme nous prenions à ce moment parmi les fantasmes peuplant le cerveau de l'animal, mais dans le mien, ce rhinocéros était plus qu'un formidable pachyderme africain.Je voyais s'approcher un magnifique mécanisme biologique capable de transformer les feuilles des buissons avoisinants en matière organique animale.J'imaginais d'autres systèmes vivants qui auraient pu jouer le même rôle dans la communauté de ce grand parc africain.Et, comme cela devait arriver, puisque c'était au fond la raison de notre présence en cet endroit poussiéreux, je me surpris à tenter de discerner chez ce monstre ce qu'il y avait de différent ou de comparable avec les grands dinosaures herbivores disparus depuis si longtemps.Plusieurs mois auparavant, mes collègues et moi-même regardions le soleil se lever sur les badlands du Parc provincial des dinosaures, à quelques heures de Calgary.La lumière grandissante révéla bientôt dans cet inquiétant paysage martien les formes de quelque buisson et de la fleur cramoisie d'un cactus.À notre réveil, la présence familière de ces plantes terrestres nous convainquit que nous n'avions pas été mystérieusement transposés, pendant notre sommeil, sur une autre planète.Pendant que la pénombre achevait de s'évaporer, nous nous retrouvâmes comme suspendus au rebord de la Plaine.Devant nous, apparaissait un vaste enchevêtrement de ravins et de pignons.Nous savions que dans ces couches rocheuses, en relief repoussé, qui s'effritent en glissant vers le fond des vallées, il est possible de lire à rebours une longue période de l'histoire du pays.Tout comme les premiers explorateurs qui découvrirent ces falaises en les longeant par la voie fluviale, les paléontologues modernes y trouvent une abondance d'ossements épars et de squelettes complets d'animaux bien réels mais qui ont acquis une aura mythologique: les dinosaures.Cette région, protégée par la loi albertaine, est celle qui, dans le monde, a produit le plus grand nombre et la plus grande diversité de squelettes de dinosaures.Il y a 75 millions d'années, au même endroit, le soleil se levait sur une rivière qui s'ouvrait au loin en un delta marécageux où pénétrait la mer.Dans cet immense territoire vivaient une faune et une flore variées que l'on connaît de façon imparfaite par les fossiles préservés dans le parc.Des milliers de formes de vie disparues se sont partagé les différents habitats et se sont succédé sur des berges que la rivière redessinait à loisir.En effet, à maintes reprises, la mer s'est avancée profondément, recouvrant la plaine de fines vases et laissant les restes d'animaux marins.Quand la mer se retirait, la rivière remaniait sables, vases et cendres volcaniques, pendant que, sur les berges, de nouvelles lignées de dinosaures évoluaient lentement.Leurs os s'accumulèrent dans cette alternance de sédiments et de fossiles d'origines diverses.Plusieurs millions d'années après l'extinction des dinosaures, la rivière Red Deer creusa dans ces couches rocheuses.Au flanc des vallées, sous le niveau morne des Plaines, patiemment, elle remit au jour des troncs d'arbres pétrifiés et les ossements de ces grands animaux qui avaient vécu eux aussi dans le voisinage d'une rivière maintenant disparue.UN SAFARI CHEZ LES DINOSAURES Nous avions, cet été-là, goûté la joie rare des fouilles paléontologiques.La joie des petits matins quand le temps éclate parce qu'on est le premier humain à contempler les os gigantesques enfouis depuis la mort lointaine d'un animal étrange.Et pourtant, au long de ces journées torrides occupées à parcourir les ravins pour accumuler les pièces d'un casse-tête, un sentiment de frustration s'était graduellement emparé de nous.Malgré le travail de nos prédécesseurs, malgré les collections de pollen et de plantes fossiles, malgré les os déjà répertoriés et les squelettes montés dans les salles des musées du monde entier, nous n'arrivions pas à interpréter correctement le paysage sous nos yeux.Après tout, ce n'était qu'un cimetière.Et nous voulions reconstituer la communauté de ces animaux de leur vivant.Bref, nous rêvions d'un safari dans un grand parc de dinosaures.Hélas, les reptiles actuels occupent des niches bien différentes de celles des grands sauriens d'autrefois.Il fallait nous contenter d'observer les plus grands vertébrés actuels QUÉBEC SCIENCE / janvier 1982 39 mmm .JBwr ¦im'j -r 1 -.•3r i'" ~ , ".- Pour l'écologiste, ce qui distingue le rhinocéros du cératopsien.ce sont les adaptations qui déterminent le mode de vie.Séparés par 70 millions d'années, ces deux vertébrés herbivores se nourrissent de plantes ligneuses.La dentition et la musculature du cératopsien lui permettent de cisailler les branches.Le rhinocéros se nourrit d'herbes et de feuilles que ses mâchoires broient plus efficacement.// maintient ainsi un métabolisme plus élevé que celui du cératopsien à sang froid.— afin d’en tirer quelqu'enseignement.C'est pourquoi l’été suivant nous retrouvait en Afrique, sur les bords de la rivière Luangwa, face à face avec un rhinocéros.Nous étions en Zambie, dont les parcs nationaux préservent tous les 1 représentants de la grande faune africaine.La vallée de la Luangwa se caractérise par des éléments climatiques et physiographiques qu'on retrouvait à la fin du crétacé au Parc des dinosaures d'Alberta.Nous pouvions donc observer, dans un cadre approprié, les relations entre la végétation et une communauté de grands vertébrés.Il devint vite évident que la clé était la rivière, puisqu'elle génère une diversité d'habitats.Le cours actuel et ses anciens chenaux devenus lacs de méandres (damhos en zambien) constituent des habh its aquatiques.Sur leurs berges aux sols riches poussent des bandes de forêt fermée.Plus loin, la forêt s'ouvre, puis devient broussaille et, enfin, parfois savane.A chacun de ces habitats correspondent des animaux particuliers qui maintiennent la végétation dans un équilibre dont les composantes sont l'eau, le sol, le broutage, la prédation.Il en était ainsi à l'époque des dinosaures, et c'est pourquoi, en Alberta, tant d'espèces différentes vécurent aux abords de la rivière disparue.Et, en examinant la dentition des dinosaures de différentes P Béland Musée national 40 •iMÊsïm 165 millions d'années séparent les dinosaures, dont les ossements truffent une colline du sud de la Tanzanie, des mammifères qui y vivent aujourd'hui.Plus gros et à sang froid, les dinosaures carnivores (à gauche), pour survivre, devaient tuer beaucoup moins de proies que le lion.Mais dans les deux cas, l'observation des herbivores présents (à droite) ne permet pas de déterminer lesquels tombaient sous la griffe du prédateur.vif.;;-; j Vite tailles, nous avions pu identifier des groupes adaptés à se nourrir de certains types de plantes croissant à des étages précis dans l'ensemble de la végétation.La distribution des squelettes, dispersés sur des kilomètres de badlands, nous permit ensuite de diviser la vallée qui avait existé en ces temps reculés en trois régions naturelles! Cependant, la plus grande abondance des ossements fossilisés en Alberta, par rapport à ceux qui, en Afrique, semblent se préserver, demeurait un point d'interrogation.En réalité, cela devait bientôt nous suggérer la réponse à une question alors brûlante en paléontologie: les dinosaures étaient-ils des animaux à sang froid ou à sang chaud?AURAIENT-ILS ÉTÉ SUPÉRIEURS AUX MAMMIFÈRES?Les vertébrés à sang froid ont un métabolisme de base inférieur à celui des vertébrés à sang chaud.Les premiers sont représentés, par exemple, par les reptiles, et les seconds, par les mammifères et les oiseaux.Les reptiles sont incapables d'un effort musculaire intense qui soit soutenu.Leur température corporelle varie en fonction de l'effort et de la chaleur ambiante.Parce qu'ils dérivent de leur environnement (notamment des rayons du soleil) une partie de l'énergie nécessaire au maintien d'une température corporelle suffisant à les tenir actifs, on dit qu'ils sont ectothermes.Par contre, les mammifères et les oiseaux, ou endothermes, conservent une température interne élevée et constante sans qu'il leur soit nécessaire de générer de la chaleur par une activité mécanique.Cela est possible grâce à l'activité biochimique de leur métabolisme et à des structures anatomiques isolant leur corps du milieu extérieur ou favori- janvier 1982 / QUÉBEC SCIENCE sant la perte de chaleur lors d'un exercice soutenu.On sait que les mammifères, les oiseaux et les reptiles actuels sont tous descendants de lointains reptiles ectothermes primitifs.Dans l'histoire des vertébrés, il y a donc eu un moment où l'endothermie est apparue.La position des dinosaures par rapport à l'un ou l'autre groupe souleva il y a quelques années une controverse.Les dinosaures étaient-ils vraiment ces tranquilles géants qu’abattaient facilement des brutes carnivores, mais lourdaudes?Et s'ils avaient été aussi actifs que les mammifères actuels, capables de courses agiles et effrénées?La controverse dégénéra rapidement en une querelle de paléontologues qui ameuta des chercheurs dans plusieurs disciplines.Par les caractères de leur squelette, les dinosaures se classent sans contredit tout près des reptiles, de même que leurs plus proches parents actuels, les crocodiles.La sagesse traditionnelle considérait donc l'ensemble des dinosaures comme de lents animaux à sang froid affublés du dédain que les humains portent généralement aux vertébrés dits inférieurs.Pourtant, les dinosaures ont une origine passablement nébuleuse, et le terme regroupe un très grand nombre d'espèces taxonomiquement et écologiquement fort variées.D'ailleurs, on retrouve ici et là, dans les publications scientifiques parues depuis le début du siècle, des suggestions d'une conception différente de la thèse traditionnelle.En 1972, un jeune paléontologue américain, Robert Bakker, les reprenait et les amplifiait dans un article-choc publié par le périodique prestigieux et souvent audacieux.Nature.Au cours des huit années qui suivirent, Bakker entreprit de démontrer ce qu'il appelait la supériorité des dinosaures sur les mammifères.Affirmant qu'ils étaient à sang chaud, il les rendit en quelque sorte plus sympathiques et plus attrayants au yeux du public.Il fit école et devint le appela Di Latliéi Éosaufs de vertél) des dira: lesmar tout petit te main n'est elle mammile l l-es pie,, PafBatk, flee.Il ,| fledfi ly croupis : e- eui tE'ÎUgyp te' oroii cmsrepfj sauresfy monoe e P31 e*e[] Pendant, e* ïr.,rar|Çais raPPelaS Nsenc! QUÉBEC SCIENCE / janvier 1982 41 eu«î appî ’U' ftï Y9 roups 0.10 es,1*" -e* iis»1- esoK le# W* e^ I # I efj ! •C^' I oi# I i#l: (lil'f ! I '0- Il îd'1 pies
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