Québec science, 1 janvier 1985, Juillet
2,95$ JUILLET 1985 LE MAGAZINE SANS FRONTIÈRES INFQPUQ LE SERVICE D'INFORMATION PAR ORDINATEUR DES PRESSES DE L'UNIVERSITÉ DU QUÉBEC 00 h 1 5, Pierre relève le courrier électronique laissé à son attention deux heures plus tôt.Coût: 25 cents 08 h 02, Isabelle.enseignante s'informe du contexte géopolitique d'une nouvelle Salut Pierre je suis bien content de ton adhésion à INFOPUQ.Ça va simplifier nos communications Avec le temps, tu découvriras sûrement d'autres usages à cette banque Je fais suivre le texte A bientôt André sîis,^ 20 h 40, Isabelle consulte des références bibliographiques 18 h 35, Yan.14 télécharge un logiciel éducatif de la banque.Coût: moins d‘un dollar 14 h 12, Pierre, chargé d’affaires obtient le relevé des congrès tenus cette semaine 17 h 23, Sophie, 12 ans, se documente sur les ressources fauniques Une excellente raison de s'équiper d'un micro et.de l'utiliser Reliez votre ordinateur personnel à INFOPUQ, le service d'information accessible instantanément par le 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informatique.INFOPUQ, l'information au doigt et à l'œil Tarif: • Les frais d'adhésion sont de 35$.• Le service est facturé selon le nombre de minutes passées en ligne.Le taux horaire varie selon la période d'utilisation, de 4$ à 8$ pour la banque d'information et de 4$ à 15$ pour le courrier électronique.• Un (1 $) dollar par mois de frais d'administration.Pour plus d'informations ou pour obtenir un formulaire d'adhésion, contactez- INFQPUQ 2875, bout Laurier, Sainte-Foy, QC Canada G1V 2M3 Tel : de Québec, (418) 657-3551 poste 2647 de l'extérieur, 1 -800-463-4799 NOTE: N'envoyez pas de chèque sans le formulaire 99 feiiomp**' QUEBEC SCIEnCE Page 35 Page 12 Page 40 ENQUÊTES/REPORTAGES Les envahisseurs de l’été Jean Faquin Comment se défendre contre des hordes de moustiques implacables et assoiffés?12 Genève, la cité des particules Bernard Giansetlo Des chercheurs d’élite, une machinerie hyper-complexe : le CERN place l’Europe occidentale à la fine pointe de la physique des hautes énergies 18 Les orchidées d’ici Céline Arseneault De l’exotisme dans nos sous-bois : il y en a 50 espèces qui poussent au Québec 26 Un remède à la myopie?Claire Chabot On prédit la fin du brouillard des petits et des grands myopes.Toutefois, la chirurgie de la cornée provoque encore des débats houleux 28 Les métamorphoses de l’engin-libellule Richard Beaudet Issu de dessins techniques du début du siècle, l’hélicoptère est à l’aube de changements majeurs 35 Le long voyage de Ramsès II Louise Desautels Momifié voilà plus de 3 000 ans, le célèbre pharaon se porte mieux que jamais grâce à la technologie moderne 40 J Spécial ACFAS L’aluminium sous la poussée de la concurrence 7 Post-scriptum Le mot du rédacteur en chef 5 Forêt: les dessous du modèle finlandais 8 Infopuce Apprivoiser l’informatique 11 La grenouille, le bœuf et l’ACFAS 9 Cinéscience La science à l’écran 48 L’exceptionnel fjord du Saguenay 43 En vrac Les p’tits mots de la fin 49 Le marathon de Lindsay 46 Mois prochain 50 QUÉBEC SCIENCE • JUILLET 1985 3 Des aciers sans caries C Richard Cœur de Lion, à la tête des Croisés, tenta un jour de démontrer à Saladin, sultan des Sarrasins, la supériorité de l'acier de son sabre, en fendant une masse d'armes.Quel ne fut pas l'étonnement des Croisés lorsque Saladin, pour toute réponse, trancha de son sabre damasquiné un mince voile de soie lancé dans les airs.C'était en 11 92, et déjà on recherchait la supériorité technique en métallurgie.A CANMET, centre de recherche en métallurgie d'EMR, on ne s'occupe plus de forger des sabres, mais les travaux visent à mettre au point des aciers légers et résistants, et à en faire l'essai.Les recherches qui y sont effectuées visent à produire des aciers qui seront utilisés dans les véhicules et dans la fabrication des pipe-lines.Équipé d'un laminoir pilote, semblable à ceux des grandes aciéries, CANMET fait l'essai de nouvelles techniques.Ainsi l'acier est laminé, refroidi, puis recuit suivant un processus cyclique entièrement contrôlé.Ce processus donne un produit plus mince et plus uniforme.Les étapes habituelles de la fabrication de l'acier sont l'extraction, la réduction, la coulée, le laminage et le façonnage.Un acier de qualité supérieure doit être apte au formage, et posséder une grande résistance à la corrosion et aux contraintes mécaniques.Les propriétaires de véhicules sont toujours désolés de voir apparaître la rouille qui fera tôt ou tard tomber en morceaux leur investissement.C'est pourquoi CANMET met à l'essai des aciers qui, même emboutis et pliés, résisteront aux effets combinés du sel et de l'humidité.De surcroît, ces aciers sont plus légers que les aciers traditionnels.Leur utilisation permettra d'alléger la carrosserie et ainsi accroître le rendement énergétique des voitures.En outre, les nouveaux aciers mis au point par l'industrie avec l'aide de CANMET doivent présenter de bonnes aptitudes au formage, c'est-à-dire qu'ils doivent pouvoir adopter des formes complexes et arrondies sans se fissurer et sans s'affaiblir à certains endroits.Pour ce qui est des pipe-lines, on peut en améliorer le rendement en utilisant des aciers à haute résistance mécanique, épais et résistants à la corrosion.Grâce à de tels aciers, on peut accroître le diamètre des canalisations et y maintenir une pression de gaz plus élevée.Ainsi il est possible de transporter un plus grand volume de gaz.Dans ce domaine, CANMET aide l'industrie de l'acier à répondre aux exigences de l'Office national de l'énergie en effectuant des essais de traction, de dureté et de résistance mécanique sur des échantillons prélevés sur la canalisation.Par ses recherches, CANMET aide l'industrie canadienne à produire des aciers plus résistants et ainsi, à mieux soutenir la concurrence qui lui est livrée sur les marchés.Pour plus de renseignements, veuillez communiquer avec: Communications EMR 580, rue Booth Ottawa (Ontario) Kl A 0E4 (613) 995-3065 1+ Énergie, Mines et Ressources Canada Energy, Mines and Resources Canada Canada PU B Ll-RE PORTAGE 4 numéros par année au fil des saisons La revue de l’Clnion québécoise pour la conservation de la nature 12 $ pour un an 22 $ pour 2 ans) Pour recevoir FranHNord écrire à:üQCN/Franc*Nord, 9141 avenue du Zoo, Charlesbourg, GIG 4G4 (418) 628-9600 JUILLET 1985 • QUÉBEC SCIENCE QUÉBEC SCIENCE C.P.250, Sillery, Québec GIT 2R1 Tél.: (418) 657-3551; 1-800-463-4799 Abonnements: poste 2854; Rédaction: poste 2494 I DIRECTION [ Fernand Grenier, directeur i, Jean-Pierre Rogel, rédacteur en chef RÉDACTION j Diane Dontigny, adjointe à la rédaction j Gérald Baril, Ginette Beaulieu, Gilles Drouin, | François Picard, Pierre Sormany, Vonik Tanneau, journalistes, collaborateurs réguliers Claude Forand, correspondant à Toronto j Bernard Giansetto, correspondant à Paris Ève-Lucie Bourque, recherches iconographiques PRODUCTION ! Richard Hodgson, conception graphique Raymond Robitaille, typographe [ Alain Vézina, photo couverture Reprolab, séparation de couleurs Imprimerie Canada, photogravure et impression PUBLICITÉ Communications 2005 Raymond Denis 3355, Chemin Queen Mary, Bureau 731 Montréal, P.Q.H3V 1A5 Tél.: (514) 598-5096 COMMERCIALISATION René Waty, directeur de la commercialisation Marie Prince, adjointe à la commercialisation Nicole Bédard, abonnements Messageries dynamiques, distribution en kiosques Presses de l'Université du Québec Québec Science Abonnements Au Canada: Régulier: (1 an/12 nos): 25,00$ Spécial: (2 ans/24 nos): 44,00$ Groupe: (1 an/12 nos): 23,00$ (10 ex.à la même adresse) À l’étranger: Régulier: (1 an/12 nos): 35,00$ Spécial: (2 ans/24 nos): 61,00$ À l’unité: 3,50$ Voir le coupon d'abonnement à la fin du magazine QUÉBEC SCIENCE, mensuel à but non lucratif, est publié par les Presses de l’Université du Québec.La direction laisse aux auteurs l’entière responsabilité de leurs textes.Les titres, sous-titres, textes de présentation et rubriques non signées sont dus à la rédaction.Le soutien financier du magazine QUÉBEC SCIENCE est assuré par ses lecteurs, ses annonceurs, l’Université du Québec, le Fonds FCAC pour l’aide et le soutien à la recherche, le Conseil de recherches en sciences naturelles et en génie du Canada, ainsi que le Programme d’appui fédéral à la sensibilisation du public à la science et à la technologie.Dépôt légal: Bibliothèque nationale du Québec, troisième trimestre 1985, ISSN-0021-6127.Répertorié dans POINT DE REPÈRE.Courrier de deuxième classe, enregistrement n° 1052.Port de retour garanti.Port payé à Québec.Télex: 051-31623 Membre de: CPPA © Copyright 1985 — QUÉBEC SCIENCE — PRESSES DE L’UNIVERSITÉ DU QUÉBEC.Tous droits de reproduction, de traduction et d’adaptation réservés.LE MO RÉDACTEUR CHEF Un centre de recherches financé par 13 pays européens, un budget annuel équivalant à 360 millions de dollars canadiens, 5 800 employés dont 3 000 scientifiques, des installations sur 560 hectares, à cheval sur la frontière franco-suisse : voilà qui n’est ni petit, ni banal, de prime abord.Mais il y a plus.Le Centre européen de recherches nucléaires ou CERN c’est la preuve que la science est internationale par essence.Cette véritable ville de science retirée près de Genève est un centre de rencontre et d’échange d’information véritablement mondial, recevant chaque année aussi bien des Américains que des Soviétiques ou des Chinois, qui ne se cachent rien.Qu’y fait-on?On y interroge la matière.Je veux parler des atomes, et de ces particules encore plus petites que les atomes.Des «bêtes» éphémères qu’on traque dans de gigantesques installations très compliquées.Et c’est important: la recherche des secrets profonds de la matière a ses prix Nobel.Ainsi Carlo Rubbia et Simon Van der Meer, deux chercheurs du CERN précisément, ont-ils mérité le Nobel de physique l’an dernier.Il faut reconnaître que ce domaine de la science, la physique des particules — on dit aussi: physique des hautes énergies — n’est pas très accessible pour le commun des mortels.Trop de modèles et de théories, des «objets de recherche «totalement impalpables et éphémères.« D’accord, j’irai au CERN, précisément parce que je ne comprends rien à la physique des particules», m’avait répondu Bernard Giansetto il y a un an, lorsque je lui avais proposé ce reportage.Depuis, Bernard, qui est devenu entre-temps notre correspondant en Europe, a potassé son sujet, s’est rendu au CERN, a écrit et ré-écrit son article pour qu’il soit accessible à tous.Et même s’il reste quelques passages plus difficiles pour les non-initiés (c’est ardu, la science!), je crois que le défi d’une assignation très exigeante a été remarquablement relevé.Ah! oui, la photo! Il s’agit bien de Bernard Giansetto, posant, selon lui, «dans un champ de particules inexploité».Sans commentaires.Il me reste quelques lignes pour vous souhaiter un excellent été.Les hélicoptères, Ramsès II, la chirurgie de la myopie (un article qui a valu à son auteur, Claire Chabot, le prix de journalisme scientifique 1985 du ministère de la Science et de la Technologie), les orchidées d’ici et ¦— dernier sujet, mais non le moindre — les moustiques : voilà ce que ce numéro de juillet nous offre.Emportez-le en vacances.ne serait-ce que pour taper sur ces achalants maringouins ! QUÉBEC SCIENCE • JUILLET 1985 5 Faisons berge BERGES NEUVES n a a a JUILLET 1985 • QUÉBEC SCIENCE SPÉCIAL Chicoutimi, une ville sise sur le bord d'un fjord exceptionnel, celui du Saguenay, à quelques kilomètres d’Arvida, la ville de l’aluminium, située dans une région au riche passé archéologique.C'est dans cette ville que s'est tenu le 53e congrès de l’A CFA S à la fin de mai dernier.On ne peut donc se surprendre que nombre de colloques et de communications aient présenté des recherches concernant cette région.Et cela se reflète dans les articles que nous ont rapportés les journalistes de Québec Science qui ont assisté au congrès.Cette année, on remarquait également une participation américaine et européenne accrue.Dans les textes qui suivent, elle se manifeste, entre autres, par l’apport des Finlandais à la question, cruciale au Québec, du développement de la foresterie.ACE4S L’ALUMINIUM SOUS LA POUSSÉE DE LA CONCURRENCE Une simple réduction de poids de 3,5 grammes de chacune des 60 milliards de cannelles d’aluminium produites annuellement représente une diminution de 210 000 tonnes dans la production globale de cette industrie.Une diminution de l’épaisseur du papier d’aluminium, la fabrication de moteurs plus petits et quelques autres améliorations techniques exigées par le marché contribuent à une baisse de la production annuelle de plus d’un million de tonnes dans une industrie qui plafonne pour ainsi dire à une production d’environ 15 millions détonnes par an avec un taux d’accroissement de deux pour cent.Ce ne sont là que quelques chiffres présentés par M.François Ameye, adjoint au vice-président à la planification de l’Alcan, pour illustrer les difficultés que doit affronter cette industrie vitale à l’économie du Saguenay-Lac-Saint-Jean.Le problème est d’autant plus aigu lorsqu’on jette un coup d’œil à l’industrie de l’aéronautique qui a jadis permis à l’industrie de l’aluminium de con- naître une croissance phénoménale.Par exemple, un Boeing 767 contenait 81 pour cent d’aluminium contre 3 pour cent de matériaux composites (fibres de carbone).Maintenant, le même type d’avion ne contient plus que 51 pour cent d’aluminium contre 25 pour cent de composites, et ce malgré que la recherche ait permis de mettre au point un alliage d’aluminium et de lithium plus léger.Sans cela, la part de l’aluminium aurait pu chuter à 11 pour cent.Dans un tel contexte, il est facile de comprendre l’importance de la recherche dans cette industrie.L’Alcan a ainsi profité du dernier congrès de l’ACFAS à Chicoutimi pour présenter ses principales réalisations des dernières années.Au centre de ces progrès technologiques se trouve la mise au point de cuves d’électrolyse utilisant un courant électrique de 275 000 ampères qui permet d’augmenter considérablement l’efficacité de la production (voir Québec Science, mai 1984, pages 8 et 9).Ces cuves, de la série Apex, devraient être utilisées à la nouvelle usine de Laterrière, au Saguenay-Lac-Saint-Jean, qui entrera en opération vers la fin des années 80, si le marché mondial permet à l’Alcan d’y investir rapidement les sommes nécessaires à sa construction.Un autre volet de la recherche à l’Alcan, particulièrement en évidence à Chicoutimi, est celui du contrôle de la qualité ou, pour être plus précis, de la propreté de l’aluminium.Des marchés importants comme ceux des cannettes et des garnitures métalli- Les cuves Apex du centre de génie expérimental de l’Alcan à Chicoutimi.QUÉBEC SCIENCE • JUILLET 19S5 7 Alcan ¦ —! ques exigent un aluminium exempt le plus possible d’inclusions non métalliques, c’est-à-dire des particules en suspension qui, au moment du laminage, pourront provoquer des fissures ou des perforations du produit.Dans l’industrie, on ne tolère pas, sur la ligne de remplissage des cannettes, un taux de rejet supérieur à 1 pour 100 000.L’industrie des boissons gazeuses, par exemple, n’a que faire des cannettes fabriquées dans un aluminium qui éclate trop souvent, ralentissant ainsi la production.Pour contrôler cette propreté, l’Alcan a mis au point un procédé appelé LIMCA, un acronyme de l’anglais qui, en français, signifie analyseur de la propreté d’un métal liquide.Cette technique est fondée sur la détection des impulsions électriques produites par le passage des particules non métalliques en suspension dans l’aluminium en fusion dans un orifice soumis à un fort champ électrique.Cette technique s’applique sans interruption au moment de la coulée.Elle est plus rapide et plus efficace que celle utilisée jusqu’à récemment.Son système de filtre, qui utilise un lit d’albumine, présente une efficacité de 90 pour cent, ce qui est supérieur au 60 pour cent des lits de céramique.Enfin, les gens de l’Alcan étaient particulièrement fiers de présenter leur procédé de traitement de l’aluminium en creuset (TAC).Le système TAC vise essentiellement à éliminer les composés alcalins (sodium, calcium, lithium) dans l’aluminium de première fusion.Ces alcalins sont considérés comme des contaminants qui affectent la qualité du produit final.L’originalité du procédé tient au fait que tout le traitement s’effectue à même les creusets de transport de l’aluminium; on économise ainsi une étape de transvidage de l’aluminium en fusion et, évidemment, du temps et de l’argent.Pour l’Alcan, la recherche est le nerf de la guerre.Gilles Drouin FORÊT : LES DESSOUS DU MODÈLE FINLANDAIS .‘.v.«¦ ¦ .' -V - * mm La Finlande: un pays au climat tempéré, comme le Québec méridional, au paysage parsemé de nombreux lacs (l’eau douce couvre 13 pour cent de la superficie), aux vastes forêts de conifères.Comme au Québec, la forêt est un secteur important de l’économie, les industries forestières rapportant près de 50 pour cent des revenus nets d’exportations.Autant de ressemblances qui ont incité les chercheurs à se pencher sur le « modèle finlandais » lors du dernier congrès de l’ACFAS.Le mode de propriété distingue toutefois la Finlande du Québec.En effet, 64 pour cent des 20 millions d’hectares des forêts finlandaises sont propriété privée, alors que l’État en possède 24 pour cent et les compagnies forestières, 8 pour cent.Au Québec, seulement 14,5 pour cent de la forêt est privée.Si l’on se fie aux chiffres de M.Matti Heiginheimo, du Bureau forestier central de Tapio, la productivité des forêts finlandaises est supérieure à celle des forêts québécoises.Par exemple, les forêts finlan- daises connaîtraient un accroissement annuel de la production de 3,3 mètres cubes de bois à l’hectare, comparativement à 1 mètre cube au Québec; la récolte s’y chiffrerait à environ 3 mètres cubes à l’hectare tandis qu’au Québec, elle atteindrait à peine 0,5 mètre cube.Toutefois, selon le sociologue Risto Alapuro et l’ingénieur forestier Esa Puustjârvi, tous deux de l’Université de Helsinki, le développement de la foresterie et de l’industrie forestière ne s’est pas fait sans heurts ni sans conséquences sur l’organisation sociale et économique de ce pays, particulièrement dans les régions rurales.Au début du 20e siècle, les paysans possédaient la majeure partie des forêts finlandaises — en fait, 56 pour cent du territoire.À cette époque, le travail forestier leur rapportait autant de revenus que l’agriculture.Cette symbiose entre la foresterie et l’agriculture prit fin vers les années 60 quand l’industrie forestière, pour s’accaparer une part importante du marché internatio- 8 JUILLET 1985 • QUÉBEC SCIENCE nal, entreprit la rationalisation et la mécanisation de l’exploitation forestière.Il en résulta une diminution des travaux saisonniers dans les petites fermes et une prise en charge de la récolte du bois par les organisations des industries forestières.Cela provoqua un exode massif de la population rurale vers les centres industriels du sud-ouest du pays et une migration importante vers la Suède.Selon M.Puustjâarvi, le dépeuplement des régions rurales a aujourd’hui atteint un point critique.Pour renverser cette situation, on envisage différentes mesures telles que remettre entre les mains des propriétaires les travaux forestiers et les inciter, par une rémunération plus élevée, à mieux entretenir leurs forêts.L’exploitation de sa forêt par le propriétaire lui-même, ajoute M.Puustjàrvi, «est plus conforme aux désirs esthétiques du public et des propriétaires, dont l’aversion envers des méthodes très mécanisées est fortement sentie en Finlande aujourd’hui».Le «modèle canadien», que les Finlandais disent avoir suivi en optant pour l’intensification de la mécanisation de l’exploitation forestière, ne semble plus faire l’unanimité dans ce pays.Et diverses conceptions de la gestion forestière apparaissent.Ainsi que le soulignait Aarne Reunala, de l’Université de Helsinki, il faut dorénavant tenir compte, dans la planification, des différents aspects de la forêt, aussi bien écologiques, sociaux et récréatifs qu’économiques.Il rejoignait ainsi le sociologue Robert Laplante, de l’Université du Québec à Trois-Rivières, pour qui la forêt au Québec «doit rester et continuer de se développer comme un patrimoine collectif dont l’État est le fiduciaire.Il faut, ajoutait-il, se donner une politique d’ensemble de la forêt, cesser de voir celle-ci seulement comme un stock de matière ligneuse.» Diane Dontigny QUÉBEC SCIENCE • JUILLET 1985 LA GRENOUILLE, LE BŒUF ET L’ACFAS /I était une fois un grand rassemblement de scientifiques très ennuyeux qui s’appelait «congrès annuel de VA CF AS».Une cérémonie plutôt guindée de messieurs sérieux, pontifiant sur la science chacun à tour de rôle, pendant cinq jours d’affilée.Triste, ésotérique, un peu poussiéreux.C’était il y a bien longtemps.Aujourd’hui, la très digne Association canadienne française pour l’avancement des sciences, VAC FA S, qui a survécu à l’éclatement des grandes fédérations de chercheurs et a su demeurer un lieu unique de rassemblement des scientifiques francophones du Québec, a repris du poil de la bête et présente un congrès attrayant.Avec des colloques et des symposiums spécialisés, avec des tribunes de débats interdisciplinaires, et une bonne dose de flirt avec les thèmes à la mode (Vous avez dit: « virage technologique » ?).Au point où Guy Arbour, le directeur général de V AC F AS, n’hésitait pas à présenter le dernier congrès, dans un cahier spécial du journal Le Devoir, comme «le plus important (numériquement, du moins) congrès scientifique d'expression française au monde», et comme «un substrat de notre matière grise collective».Ce langage de l’audace est plaisant, mais il mérite qu’on lui apporte quelques nuances, si on ne veut pas revivre une certaine fable de la grenouille qui veut devenir un bœuf Ce congrès demeure principalement un tremplin pour les jeunes chercheurs, un lieu de rencontre de chercheurs de diverses disciplines qui ont peu d’occasions de se parler.En tant que tel, il est irremplaçable et le dynamisme actuel de V ACF AS ne peut être que bénéfique.Mais il ne faudrait pas oublier qu’il se dévoile au congrès fort peu de primeurs scientifiques, que trop de communications y sont répétées d'année en année sans un seul élément nouveau d’information, que les chercheurs séniors y brillent par leur absence et avouent préférer livrer leurs résultats ailleurs.En somme, un congrès important pour la communauté scientifique québécoise, et principalement pour ses jeunes chercheurs.Mais rien qui puisse se mesurer aux grands congrès spécialisés internationaux ou simplement nord-américains (celui de l’AAAS, par exemple).L’équivoque dissipée, il reste à souhaiter un excellent congrès 1986 à VA CFA S.Le meilleur possible, compte tenu des réalités.Jean-Pierre Rage! GÉOGRAPHIE EL NINO ET LA BOURSE El Nino est un phénomène climatique planétaire qui se reproduit deux ou trois fois par décennie.Une des plus importantes manifestations de ce phénomène s’est déroulée en 1982-1983 alors que nous assistions à une poussée soutenue sur les marchés boursiers.Voilà l’une des coïncidences soulignées par Yves Cloutier, un géographe d’Agriculture Canada.Au cours des 25 dernières années, El Nino s’est produit six fois: en 1963, 1965, 1969, 1972, 1977 et 1983, tandis que 1960, 1970, 1974, 1980 et 1982 sont considérées comme des années de récession.El Nino ne s’est également produit qu’une seule fois entre 1925 et 1940.Coïncidences?(G.D.) Gouvernement du Québec Ministère de l’Enseignement supérieur de la Science et de la Technologie ^ DIFFUSION DE LA CULTURE SCIENTIFIQUE ET TECHNOLOGIQUE Programme de soutien à des organismes à but non lucratif ¦ OBJECTIF Ce programme de soutien à des activités de diffusion de la culture scientifique et technologique s'adresse aux organismes à but non lucratif œuvrant dans le domaine de la diffusion de la culture scientifique et technologique au Québec, c'est-à-dire la vulgarisation scientifique, le loisir scientifique, les activités CONDITIONS D’ADMISSIBILITÉ Sont admissibles au programme les organismes à but non lucratif, légalement constitués et voués principalement à la diffusion de la culture scientifique et technologique au Québec.Sont toutefois exclus les institutions d'enseignement, les centres ou instituts de recherche ainsi que les organismes appartenant aux divers paliers gouvernementaux.L'organisme qui veut se MODALITES DE VERSEMENTS DE LA SUBVENTION Le paiement de la subvention s'effectue en deux versements.Le premier à titre d'avance, représente un maximum de 70% du montant total accordé.Le second, Québec d’animation, de sensibilisation et d'initiation du public à des connaissances et à des pratiques scientifiques et technologiques.Par ce programme, le ministère de l'Enseignement supérieur, de la Science et de la Technologie met à la disposition de ces organismes 30 subventions de 15 000$ cha- prévaloir du programme doit présenter, sur le formulaire prévu à cette fin, une description du projet qu'il entend réaliser à l'aide de la subvention.Ce projet doit avoir un caractère nouveau ou inédit pour l'organisme, c'est-à-dire qu'il doit s'ajouter à ses activités existantes et s'en distinguer suffisamment.Les demandes doivent parvenir au ministère de l’Enseignement supérieur, de la cune, pour leur permettre de développer de nouveaux projets de diffusion de la culture scientifique et technologique.Chaque subvention doit servir à contribuer à la rémunération d'une personne que l'organisme engagera pour réaliser le projet, sur une période de 48 semaines ou moins.Science et de la Technologie avant le 30 août 1985 Outre le formulaire, tout dossier de demande doit comprendre une copie des lettres patentes de l'organisme ainsi que le curriculum vite et les attestations d'études de la personne pressentie pour la réalisation du projet.Un organisme peut présenter plus d'un projet à la fois, mais il ne pourra obtenir qu'une seule subvention.dans les dernières semaines du projet, sur réclamation de l'employeur et présentation d'un rapport d'activités, représente le solde de la subvention totale autorisée.Pour obtenir le formulaire de demande et toute information supplémentaire: Ministère de l’Enseignement supérieur, de la Science et de la Technologie 875, Grande-Allée Est Édifice « H », 3e étage Québec GIR 4Y8 (418) 643-3885 PHARMACOGNOSIE UN SÉDATIF NATUREL PSYCHOLOGIE IMITER LE CERVEAU Les gens qui utilisent des banques de données organisées selon une structure arborescente (menu) font généralement au moins une erreur par recherche d’information et, la moitié du temps, ils ne trouvent pas ce qu’ils cherchent.C’est une des constatations de Rachel Belleau, une assistante de recherche au département des communications de l’Université de Montréal, qui veut comprendre comment le cerveau fonctionne pour chercher de l’information afin d’améliorer la présentation des banques de données.Il s’agit de savoir comment le cerveau classifie ses informations, suivant quelles étapes.Les premières indications montrent que plus il y a de rubriques au menu — donc un contenu plus détaillé — moins les gens commettent d’erreur dans leur démarche, même s’ils prennent plus de temps pour lire ce menu.(G.D.) NUTRITION UN COMPLÉMENT AU VÉGÉTARISME Les individus qui pratiquent le végétarisme devraient s’assurer d’équilibrer leur diète avec des suppléments de vitamine Bl2, et de fer tout en surveillant bien la complémentarité des protéines qu’ils consomment.Telles sont les principales conclusions d’une petite étude réalisée par Alice Locong, du département de nutrition humaine de l’université Laval, auprès d’une quarantaine de jeunes adultes végétariens.Elle a enregistré, entre autres, des taux particulièrement bas de vitamine B12 chez certains sujets bien qu’il n’y ait pas eu de symptômes d’anémie pernicieuse de rapportés par ces mêmes personnes.Le travail de Mme Locong confirme ce que plusieurs végétariens savaient déjà.(G.D.) Van dung Nguyen, de l’École de pharmacie de l’Université de Montréal, a identifié les mêmes principes actifs, mais dans des proportions différentes, chez une variété québécoise de valériane {officinalis) que chez les variétés européennes.La valériane contient des valépotriates, substances reconnues pour leur effet sédatif et utilisées dans la fabrication de médicaments en Allemagne fédérale.Jusqu’ici, on ignorait si la variété québécoise contenait ces mêmes principes actifs.La valériane est une herbacée qui pousse en grande quantité à l’état sauvage au Québec.Il serait donc possible de l’utiliser pour la fabrication de sédatifs.(G.D.) 10 rUILLET 1985 • QUÉBEC SCIENCE L’ INFORMATIQUE À VOTRE PORTÉE PIRATE OU PAS?À en croire les producteurs de logiciels, le monde n’est fait que de «pirates», de gens malhonnêtes qui copient leurs logiciels à qui mieux mieux.Leurs affaires s’en ressentent, semble-t-il, et ils se disent prêts à engager des poursuites judiciaires.La situation est devenue grave et il est temps d’engager un débat sérieux sur le sujet.La question à se poser est la suivante: le public acheteur de logiciels a-t-il le droit de copier des logiciels pour en faire profiter des amis sans en tirer des bénéfices monétaires ou a-t-il tous les torts de son côté s’il le fait?C’est un sujet fort délicat.On ne peut nier qu’à cause du copyright, l’acheteur d’un logiciel ne devrait ni le copier, ni en copier la documentation pour un usage autre que personnel.La loi existe bel et bien comme pour la copie de musique et de films sur cassettes ou celle de documents écrits par photocopie, une loi rendue désuette par les développements technologiques des dernières années et qu’il est devenu impossible de faire respecter sérieusement.A vrai dire, elle place hors-la-loi presque toute la population du Canada, ce qui n’est pas très réjouissant et pour le moins ridicule.mais laissons aux législateurs leur travail.Ce mal a donc atteint la micro-informatique et il devrait empirer avec l’augmentation du nombre de logiciels sur le marché.Et le pire, dans toute cette histoire, c’est que les producteurs et marchands de logiciels se servent de cette loi comme d’une sorte de moyen de pression pour tenter de faire rapidement des profits exagérés sur la vente de ces produits.Certains vont jusqu’à justifier leurs prix élevés par le fait qu’il faut récupérer des uns ce que les autres ne paient pas.Mais un logiciel de traitement de texte à 300$, un logiciel de base de données à 350$ ou un logiciel éducatif peu développé à 150$, c’est aussi anormal qu’un roman à 100$ ou un pain tranché à 10$, toutes proportions gardées.Il faut savoir en effet que le développement d’un logiciel de niveau professionnel par des programmeurs sérieux peut coûter entre 5 000$ et 50 000$, rarement plus, et 300$ multiplié par 1 000, cela fait.De son côté, le consommateur se retrouve bien entendu obligé d’acheter des logiciels pour profiter de l’ordinateur dont il a fait l’acquisition.Il les achète quelquefois au prix de vente proposé, mais il se rend vite compte que s’il continue à ce rythme, il se ruinera au profit du marchand de logiciels et il ne sera jamais capable de rentabiliser son informatisation.Il n’a alors comme solutions de rechange que d’utiliser partiellement son ordinateur ou de tenter d'obtenir d’autres logiciels pour moins cher que le prix demandé par le marchand.—1 WM Dans certains cas, il obtiendra une copie du logiciel désiré et de sa documentation d’une autre personne qui, elle aussi, considère que c’est normal, «étant donné le prix que ça coûte» ou «qu’au prix où c’est vendu, c’est quasiment du vol».Dans d’autres cas, il va partager l’achat d’une version marchande du logiciel avec une ou plusieurs personnes; chacune ayant payé sa part se sent moins dans l’illégalité.D’autres utilisateurs d’ordinateurs achètent d’un marchand un logiciel, s’en font une copie pour eux-mêmes, puis revendent ensuite l’original à un autre.Telle est la situation, pour le moins confuse, et on peut se demander comment y remédier.Une chose est sûre: moins les logiciels sont chers, moins ils sont difficiles à trouver et moins ils sont copiés.Les producteurs et marchands de logiciels québécois devraient s’en rendre compte au lieu de penser qu’ils vont pouvoir faire rapidement autant de profits que leurs collègues américains.Personnellement, face aux prix élevés et au manque de disponibilité des logiciels au Québec, j’ai préféré acheter par correspondance aux États-Unis la plupart des logiciels dont j’ai eu besoin au cours des trois dernières années.Ils m’ont coûté en moyenne la moitié du prix que j’aurais payé ici, mais j’ai quand même trouvé cela navrant.Producteurs et marchands devraient comprendre qu’il vaut mieux vendre de nombreux exemplaires d’un logiciel à bas prix que très peu à un prix trois ou quatre fois plus élevé.Certains éditeurs québécois de logiciels en sont déjà conscients et ce sont ceux qui percent plus vite sur le marché.Le vrai problème se situe dans le rapport prix de vente / service rendu.Que l’on pense simplement au producteur du logiciel de communication PC-Talk destiné au IBM-PC qui a décidé de placer son logiciel dans le domaine public, d’autoriser quiconque à le copier et de demander seulement à ceux qui le font de lui envoyer 10$ sur une base volontaire.Des milliers de personnes lui avaient envoyé ce 10$ dès la première année, ce qui a largement rentabilisé son travail.D’un autre côté, lorsque les prix auront baissé, on pourra commencer à sensibiliser sérieusement les gens, les jeunes en particulier, au problème des copies.Car ce n’est pas facile pour l’instant de leur faire comprendre que certains seulement peuvent «légalement» profiter de la situation.Le gouvernement a aussi un rôle à jouer en révisant la loi sur les droits d’auteur et en réglementant les prix, car ces prix trop élevés ralentissent autant le développement du marché des logiciels que celui de la micro-informatique en soi; c’est comme un dérapage qui risque de rendre plus difficile le virage technologique.On peut écrire à l’auteur de cette chronique ou laisser un message par courrier électronique sur Infopuq (INFOPUQ) ou CompuServe (ID 72135, 1410).QUÉBEC SCIENCE • JUILLET 1985 11 ¦ JUILLET 1985 • QUÉBEC SCIENCE MM» cura Comment se defendre contre des hordes de moustiques implacables et assoiffés?JEAN FAQUIN tous les ans, au cours des mois de juin et juillet, on participe bien malgré nous W \ au processus de reproduction des mous-w tiques.En effet, pendant ces deux mois, Y leurs femelles s’abreuvent de notre sang pour permettre à leurs oeufs de terminer leur développement.Environ deux à trois semaines plus tard, elles pondront entre 100 et 200 oeufs à la périphérie humide des mares en voie d’assèchement.Bien que ce comportement représente la règle générale pour les 300 à 400 espèces des pays tempérés froids, il n’en constitue pas moins une exception si l’on considère la grande famille des moustiques qui compte environ 2 500 espèces. ENTOMOLOGIE CHRONOLOGIE DE LA DESTRUCTION DES LARVES DE MOUSTIQUES PAR L’UTILISATION DU BACILLUS THURINGIENSIS ISRAELENSIS (B.t.i.) 1-4 heures 5-10 minutes Exosquelette Les cristaux s’accumulent dans l’intestin et se dissolvent Paroi de 1 intestin Les larves se nourrissent des cristaux en suspension dans l’eau Coupe transversale d’un moustique.Destruction de la paroi intestinale 2-12 heures Les cristaux complètement dissous, les larves meurent r, Le Vectobac 200G, un larvicide contenant du B.t.i., fut introduit sur le marché canadien en 1984.Les granules, faits à partir d’épis de maïs, flottent à la surface de l’eau et libèrent le B.t.i.dont on les avait préalablement imprégnés.Ce n’est qu’au printemps suivant, lors de la fonte des neiges, que ces œufs écloront.En effet, chez la plupart des espèces, ils doivent d’abord subir une période de repos, appelée diapause.Au début du mois de mai, les premiers adultes sortent des mares.Les mâles émergent habituellement les premiers et forment des essaims que les femelles rejoindront pour l’accouplement.Dès qu’elles sont fécondées, celles-ci partent immédiatement en quête de leur repas de sang puisque le nectar des fleurs n’est pas suffisant pour permettre aux œufs d’arriver à leur maturité.C’est alors que les moustiques nous imposent leur présence et leur nuisance.Heureusement, tout se termine normalement vers la fin du mois de juillet.Au Québec, bien que ce soit surtout dans les quartiers résidentiels que l’on se plaint de l’inconfort causé par les insectes piqueurs, il s’agit d’un problème d’ordre rural ou forestier, et non urbain comme sous les climats plus chauds.Ce sont les moustiques du genre Aedes qui provoquent la nuisance et les espèces de ce genre se développent dans des zones humides temporaires, telles les prairies, les tourbières et les forêts humides.Or, 33 des 52 espèces recensées au Québec appartiennent à ce genre.Il est difficile d’évaluer précisément l’impact économique du problème causé par les insectes piqueurs.Par exemple, ils peuvent entraîner une dévaluation des propriétés immobilières situées près des sites où ils se développent ou provoquer des interruptions de travail à l’extérieur au cours de l’été.Ou encore, ils peuvent éloigner les clients des terrains de golf, des sites de camping ou d’autres lieux de villégiature.Comme ils sévissent jusque vers la fin du mois de juillet, leur nuisance ampute donc une bonne partie de la saison tour-ristique estivale.Dans le nord du Québec, on ressent davantage ce problème car, comme le souligne Jacques Boisvert, du Groupe de recherche sur les insectes piqueurs de l’Université du Québec à Trois-Rivières (UQTR), l’été n’y dure que deux mois, de la mi-juin à la mi-août, et c’est l’époque de la prolifération phénoménale des moustiques et des mouches noires.QUELQUES PIQÛRES DE VIRUS Les insectes piqueurs du Québec, contrairement à ceux des régions tropicales, transmettent rarement des maladies virales.Et il s’agit alors, comme l’explique le directeur du centre de recherche en virologie de l’Institut Armand-Frappier, Serge Belloncik, surtout d’encéphalites qui touchent les chevaux et occasionnellement l’homme.Toutefois, un certain nombre d’arbovirus sont présents dans la nature et comme certaines femelles de moustiques peuvent piquer plus d’une fois, les moustiques sont donc potentiellement vecteurs de maladies virales.«Ce n’est pas, explique Daniel Leprince, de la faculté de 14 JUILLET 1985 • QUÉBEC SCIENCE Abbott Laboratories ENTOMOLOGIE médecine vétérinaire de l’Université de Montréal, un simple vecteur mécanique qui ne fait que transporter le virus.La femelle l’attrape en piquant un animal infecté et le virus se multiplie dans ses tissus; lorsqu’elle pique une autre fois, elle le transmet.» La femelle peut également, dans certains cas, transmettre le virus à ses œufs.«Comme dans nos régions, explique Alain Maire, du groupe de recherche de l’UQTR, les œufs passent l’hiver en période de diapause, c’est une façon pour le virus de passer l’hiver.» Ce mode de transmission a d’ailleurs été démontré dans la plupart des cas d’encéphalites que nous retrouvons au Québec.En 1972, trente chevaux sont morts de cette maladie du système nerveux central en l’espace de 24 à 72 heures.On n’a relevé aucun autre cas depuis cette date.Toutefois, lors des compétitions équestres qui se sont tenues dans cette région à l’occasion des Jeux olympiques de 1976, la menace était encore assez présente pour que l’on procède à une démoustication afin de protéger les chevaux.Les chiens font aussi partie des victimes des insectes.Depuis deux ans, dans la région de Hudson au Québec, nous souligne Daniel Le-prince, on compte de plus en plus de cas de Dirofilaria immitis, une maladie causée par un parasite transmis par des moustiques.Ce parasite se développe sous la peau du chien pendant une partie de son cycle vital, puis va se loger dans la région du cœur où il peut provoquer des troubles circulatoires susceptibles d’entraîner la mort.Chez les humains, c’est dans la région d’Entrelacs, dans les Lauren-tides, qu’on a diagnostiqué en 1978 le premier cas clinique humain d’encéphalite de Californie.Jusqu’en 1981, on en a dénombré 11 cas, dont 8 étaient des enfants âgés de dix ans et moins.Selon le docteur Belloncik, leur système immunitaire moins développé que chez les adultes expliquerait peut-être leur plus grande sensibilité.À noter que le Québec et l’Ontario abritent l’espèce de moustique vec- SK NICHER DANS UN PNEU Depuis quelques années, aux États-Unis, deux espèces de moustiques, Aedes triseriatus et Aedes atropalpus, ont commencé à coloniser de nouveaux sites et à se développer dans des dépotoirs à pneus.Dans l’indiana, l’Illinois, l’Ohio et la Pennsylvanie, on trouve maintenant ces deux espèces ensemble, alors que dans les conditions naturelles, elles se développent isolées l’une de l’autre.L’espèce Ae.triseriatus se trouve habituellement dans les creux d’arbres tandis que Ae.atropalpus est associée aux creux des rochers en bordure des cours d’eau.Le problème, c’est que l’espèce Ae.triseriatus est vectrice de l’encéphalite de La Crosse et il a été démontré, depuis environ un an, qu’elle pouvait transmettre le virus à l’autre espèce lorsqu’elles se développent dans les mêmes mares.Or, ces deux espèces vivent au Québec; Ae.triseriatus atteint sa limite nord à la base des Laurentides tandis que Ae.atropalpus se retrouve jusqu’à la baie James.De plus, les dépotoirs à pneus ne sont pas rares.Aussi Alain Maire et Jean-Pierre Bourassa, du Groupe de recherche sur les insectes piqueurs de l’UQTR, veulent vérifier si l’association de ces deux insectes ne représente pas un danger au Québec également.Selon Alain Maire, l’espèce Ae.atropalpus pourrait prendre le relais comme vecteur de la maladie dans les régions plus nordiques du Québec.Le risque de transmission de la maladie serait donc plus élevé que lorsque les deux espèces sont limitées à leurs milieux naturels.Il veut donc répertorier les dépotoirs à pneus pour mesurer l’importance du problème ici et, en collaboration avec Serge Belloncik, de l’Institut Armand-Frappier, vérifier si les larves puisées dans ces milieux ont le virus.«Je crois, explique Alain Maire, qu’à partir du moment où le problème est aigu en Indiana et en Ohio, il faut vérifier s’il existe ici parce que l’indiana, climatiquement, n’est pas si loin.C’est un problème très récent, ajoute-t-il, et qui est dû à l’homme.Là, c’est vraiment lui qui s’est créé son propre problème.» Via la piqûre du moustique, un virus peut parfois passer d'un animal à un autre, ou même à l'homme trice de la malaria.Mais comme cette maladie n’est pas présente ici, il faudrait, souligne Serge Belloncik, une très grande quantité de cette espèce de moustique pour qu’il y ait transmission de la maladie.Chez nos voisins du Sud un problème nouveau a fait son apparition : on a découvert que certaines espèces de moustiques ont pris l’habitude de se développer dans des dépotoirs à pneus.Ce sont des espèces qui se retrouvent habituellement dans d’autres milieux et qui sont potentiellement vectrices d’arbovirus.«Nous entreprenons cet été, annonce Jean-Pierre Bourassa, directeur du groupe de recherche de l’UQTR, de vérifier si on observe la même chose ici.Nous avons aussi de ces pneus dispersés dans la nature.Nous avons carrément créé un nouvel habitat pour des espèces qui, lorsqu’elles sont en contact, peuvent se transmettre le virus.Lorsqu’elles sortent de l’eau, si elles piquent des gens, il pourrait y avoir des problèmes.» MOUSTIQUES EN LIBERTÉ Au Québec, il y a très peu de programmes de contrôle des insectes piqueurs.À Gagnonville, ainsi qu’à la Baie-James, lors des travaux d’aménagement de ce territoire, on a effectué des traitements contre les mouches noires et les moustiques.Les régions de Sept-îles et de Clark City recevront aussi cet été ce traitement pour une deuxième année, tandis qu’à Pointe-Calumet, on s’attaquera pour une quatrième année aux moustiques.Comme l’explique Jean-Guy La-nouette, le président de la firme de biologistes-conseil G.D.G.Environnement Mauricie, qui a la responsa- QUÉBEC SCIENCE • JUILLET 1985 15 ENTOMOLOGIE bilité de ces deux programmes de traitement, il est nécessaire d’effectuer des études préalables au traitement.Il s’agit d’identifier les espèces nuisibles, leurs sites de développement, et de proposer l’insecticide adéquat en précisant le dosage, son mode d’application ainsi que les périodes où il faudra l’administrer.Mais les municipalités n’ont pas toujours les moyens de payer pour une telle étude.C’est le cas, par exemple, de plusieurs petites municipalités de la Gaspésie, rapporte M.Lanouette.«La plupart des villes ont l’argent pour défrayer 50 pour cent de l’étude.» Le genre de programme de contrôle que l’on pratique maintenant nécessite une cartographie précise des sites de développement des insectes piqueurs.En effet, les caractéristiques du cycle vital des moustiques et des mouches noires ont amené les responsables de ces programmes à s’attaquer aux larves des insectes plutôt qu’aux adultes.«Les adulti-cides, explique Jacques Boisvert, du groupe de recherche de l’UQTR, ne sont presque plus utilisés, sauf en dernier recours.La cible idéale, c’est la larve.Elle est facile à identifier et, avec des insecticides hautement sélectifs, nous pouvons faire un contrôle efficace.» En ne traitant que les sites de développement des larves, on fait des économies d’insecticides et surtout on épargne davantage l’environnement.Grâce à des photographies prises par satellite, on peut définir les zones à traiter en se basant sur la relation entre le type de végétation et les espèces de moustiques présentes.MOUCHES NOIRES CONTRE B.t.Il y a également eu une évolution dans le genre d’insecticides employés.Après les organochlorés (DDT et méthoxychlore) et les organophos-phorés (temephos), nous en sommes maintenant à l’étape des insecticides microbiologiques.Dans cette dernière catégorie, selon Jacques Boisvert, l’insecticide de l’avenir serait celui fabriqué à Les larves de moustiques se nourrissent essentiellement des bactéries, des filaments de champignons et des algues qui se développent sur les feuilles en voie de décomposition.partir de Bacillus thuringiensis var.israelensis (B.t.i.), une bactérie de la même famille que celle utilisée dans la lutte contre la tordeuse des bourgeons de l’épinette.«Le B.t.i., explique-t-il, a réellement passé par la grande porte.En Amérique du Nord, nous avons fait plus de tests sur le B.t.i.qu’avec le DDT.» Attaquer avant qu'ils ne nous attaquent: les nouveaux insecticides visent les larves de moustiques Comme la grande majorité des Bacillus thuringiensis, cette bactérie a la propriété, en se développant, de produire une protéine cristallisée.À la fin de sa croissance, la bactérie libère cette protéine dans le milieu et c’est cette dernière qu’on utilise pour la fabrication de l’insecticide.Mais, contrairement aux autres, la protéine du B.t.i.ne s’attaque qu’aux diptères, dont les larves de moustiques et de mouches noires.«Ce n’est pas, précise le docteur Boisvert, comme un insecticide chimique qui agit souvent par contact.Ce qu’il y a de particulier avec le B.t.i., c’est que les larves doivent pouvoir ingérer et dissoudre la protéine, lors de la digestion, pour que les toxines soient libérées dans leur intestin et le détruisent.Comme l’organe important chez une larve de moustique ou de mouche noire, c’est l’intestin, ça tue la larve.» Ce qui fait la grande spécificité du B.t.i., c’est que ce ne sont pas les larves de toutes les espèces qui possèdent le mécanisme nécessaire pour digérer cette protéine et libérer les toxines.Le B.t.i.possède en plus les qualités recherchées dans un insecticide, soit une utilisation facile, une longue stabilité, un prix compétitif et qu’il soit sécuritaire pour l’environnement.Cet été, avec la sortie sur le marché américain de produits à base de B.t.i.à peu près au même prix que les insecticides chimiques, le problème de coût devrait être solutionné.» Un autre avantage du B.t.i.: on peut l’utiliser dans les conditions d’eau froide que l’on connaît au Québec; les autres insecticides sont très peu dispersibles à ces températures.Cet été, on expérimentera cet insecticide dans la lutte contre les mouches noires et un peu contre les fl» Éti l’C It CO poi l’efl an cei gro ci[ sta o.a :: in h rat àt de de pai lée rai 1“ tei l’ei ne les su sei fei de ai rc ce « ¦ v- I3J.D’autre part, en dépouillant la momie de ses bandelettes, on a pu mesurer toute l’étendue de la science que les embaumeurs avaient acquise au fil des siècles, par une longue suite de tentatives et d’erreurs.Leur éternelle ennemie: la décomposition du corps.L’AU-DELA EN PREMIÈRE CLASSE.Lorsque la mort frappe un organisme vivant, aussitôt s’amorce le processus de sa putréfaction: les bactéries et les champignons, que plus aucun mécanisme de défense immunitaire ne combat, y prolifèrent.La momification cherche donc à empêcher l’emprise des microorganismes en transformant le cadavre alléchant en milieu hostile.Pour ce faire, les embaumeurs égyptiens avaient recours à deux techniques qui rappellent nos principes de conservation alimentaire: la déshydratation du corps et son isolation de l’oxygène.A iHV 3 Grâce aux techniques modernes, Ramsès II a échappé à une «deuxième mort » que lui imposaient inexorablement les parasites.Tel que décrit par Hérodote, l’historien grec du 5e siècle avant Jésus-Christ, et confirmé par les travaux des égyptologues modernes, il existait en Égypte trois catégories de momification.La première était réservée aux fortunés (famille régnante, prêtres, hauts fonctionnaires) QUÉBEC SCIENCE • JUILLET 1985 41 Musée de l’Homme/CL.J.Oster RAMSES II et exigeait plus de deux mois de soins.Les viscères —sauf le cœur — étaient retirés, de même que le cerveau.Les cavités seront un peu plus tard comblées avec des herbes, des tampons imbibés de résine, de la sciure de bois.On nettoyait ensuite le corps avec des produits parfumés tels que la myrrhe, certainement toxiques pour les bactéries.Puis venait l’étape cruciale du «salage» (le sel employé est le natron) combiné au séchage par chaleur sèche.La peau était par la suite huilée et recouverte d’innombrables couches de bandelettes enduites de résine.La peau n’était alors pratiquement plus en contact avec l’oxygène porteur de micro-organismes et essentiel au développement de la plupart de ceux qui pourraient déjà s’y trouver.Les organes précédemment retirés sont soumis au même traitement avant d’aller rejoindre le corps.Toutes ces étapes faisaient partie d’un rituel.Si notre esprit ne retient pour efficaces que ces moyens techniques, ils n’en constituent pas moins qu’une partie des recours.Manière de toucher au défunt, de le vêtir, de le maquiller, phrases destinées à le prémunir contre les pilleurs de tombe, chaque mouvement et chaque parole des embaumeurs visaient la conservation du corps qui leur avait été confié.OU EN SECONDE Pour la «seconde classe», le procédé est simplifié et les produits employés, moins exotiques.Par exemple, la résine est parfois remplacée par du bitume, la myrrhe par du cumin.Enfin, pour les plus pauvres, on omet l’étape de l’éviscération; on sèche le corps en le baignant dans le sel, puis on pose les bandelettes.Entreposées dans des endroits secs, un grand nombre de ces momies ont tout de même résisté à la putréfaction.Beaucoup d’animaux — oiseaux et chats — ont aussi bénéficié de cette véritable science de la conservation.On a retrouvé à Saqqarah un cimetière dont les interminables galeries souterraines comptent près de deux millions d’ibis, un grand échassier vénéré des Égyptiens.Mais pourquoi vouloir à tout prix préserver ces corps inanimés?« Les Égyptiens avaient une approche très matérialiste de l’Au-delà, explique Michel Guay, égyptologue de l’UQAM.Pour eux, c’était la continuation, en mieux, de leur vie terrestre.» Ils avaient donc besoin de leur corps.Et d’une maison, de nourriture, de leur famille, etc.La présence physique de tous ces éléments autour de la momie était un moyen simple de garantir également leur présence dans l’Au-delà.Pour éviter une deuxième mort que causerait la destruction du corps ou de ce dont il a besoin, on procédait aussi par ce que M.Guay nomme «la magie du mot et de l’image», c’est-à-dire une reconstitution de la vie terrestre par des textes, dessins et sculptures.Dans les tombes, on a trouvé en abondance ces descriptions de repas, ces statuettes à l’effigie des serviteurs côtoyant d’immenses murales ou statues représentant le mort.autant de documents inestimables aux yeux des historiens qui cherchent à reconstituer et à interpréter l’époque pharaonique, 2 000 ans après sa fin.Toutefois, au cours des siècles, les momies ont connu de bien curieuses utilisations.«Au lie et au 12esiècle, rapporte M.Guay, tout bon apothicaire européen avait son flacon de poudre de momie!» Le commerce de cette panacée était alors florissant et a entraîné la disparition de milliers de momies.Encore en 1979, un com- merçant new-yorkais vendait une telle poudre aux fins de sorcellerie pour 40 $ le 30 grammes.! LA VIE SOUS LE RÈGNE DES PHARAONS Pas de Ramsès II momifié à voir cet été à l’île Notre-Dame?Pas surprenant lorsqu’on sait que les quelques centaines de momies qui restent sont presque toutes à l’abri de l’humidité et des bactéries dans des chambres spécialement aménagées.Somme toute, l’exposition montréalaise n’y perd pas grand-chose: elle montre des objets moins fragiles mais tout aussi représentatifs de cette époque considérée comme l’apogée de la civilisation égyptienne.Selon M.Guay, «Ramsès II et son temps» offre une vision de l’Égypte un peu moins exotique que ce que l’on en connaît habituellement, soit les intrigantes pyramides et les dorures de Toutân-khamon.Un fil plombé et une équerre pour rappeler que les artisans des temples grandioses ne travaillaient pas sans instruments, un papyrus avec des scènes d’animaux, un buste de Ramsès, le couvercle de son sarcophage.en tout quelque 80 artefacts prêtés par le Musée du Caire et qui n’ont jamais foulé le sol de notre continent.Quoi qu’en dise M.Guay, l’exposition reste assez exotique lorsqu’on pense que ces objets côtoyaient, il y a quelques années à peine, leur propriétaire momifié dans son tombeau.?Des champignons Deadalea biennis Fries, prélevés sur la momie.Pour l’en débarrasser, on a eu recours aux rayons gamma produits par du cobalt 60.mm 42 JUILLET 1985 • QUÉBEC SCIENCE L'EXCEPTIONNEL FJORD DU SAGUENAY Le fjord du Saguenay, comme tous les fjords à travers le monde, a la particularité d’être une vallée glaciaire en forme de U surcreusée à l’embouchure, ce qui donne un cours d’eau à la fois très long, très profond et relativement étroit, comportant un seuil à son entrée.En fait, le fjord du Saguenay, le seul de cette envergure dans l’Est du Canada, s’étend sur une longueur de 100 kilomètres avec une profondeur de 275 mètres et une largeur variant entre un et quatre kilomètres.Voilà pour le coup d’œil d’ensemble ! Mais ses ressemblances avec les autres fjords s’arrêtent à peu près là.En effet, il s’en distingue nettement tant au plan physique que biologique.Alors que dans tous les autres fjords, le renouvellement des eaux est une question d’années, il est, dans le fjord du Saguenay, tellement rapide qu’un cycle de marées suffit.«C’est le seul fjord au monde qui comporte une telle particularité, à ma connaissance», signale Mohammed El-Sabh, du département d’océanographie de l’Université du Québec à Rimouski.Un très fort débit d’eau douce de l’ordre de 1 500 mètres cubes par seconde, combiné à de forts courants amont aval et à de fortes marées accéléreraient le processus de renouvellement, empêchant les eaux de stagner.Une autre particularité physique du fjord consiste en sa très forte sédimentation.Ainsi, plusieurs centimètres de sédiments s’y déposent chaque année.Ce processus est dû en particulier à la composition du sol, de l’argile sensible.Le fjord est donc très sensible à l’érosion.Tout le monde se rappelle la catastrophe de Saint-Jean-Vianney qui a versé d’un seul coup 140 000 mètres cubes de sol argileux dans le Saguenay.Et Saint-Jean-Vianney n’était pas une première.Les catastrophes de ce genre ne sont pas rares lorsqu’on remonte le cours de l’histoire, comme l’ont mis en lumière les chercheurs de l’Institut d’océanographie de Bedford, en Nouvelle-Écosse.Nos connaissances sur l’océanographie du fjord sont encore bien générales, précise M.El-Sabh, car on ne s’intéresse à comprendre ce qui s’y passe que depuis une quinzaine d’années environ.Il nous faut maintenant chercher à connaître plus en détail la dynamique du fjord, par exemple le rôle des marées dans le processus de stratification des eaux ou la relation entre les variations du vent sur les variations de courant.Largement conditionné par ses particularités physiques et chimiques, le milieu biologique confirme la singularité du fjord du Saguenay.On sait que le «brassage» constant du milieu donne des eaux très bien oxygénées, ce qui favorise grandement la productivité aquatique du fjord.Autre particularité, les eaux du Saguenay se divisent en une nappe superficielle, chaude et peu salée, et QUÉBEC SCIENCE • JUILLET 1985 43 Mario Gagnon / UQAR 010202235353535323233048484800 en une épaisse nappe profonde, froide et très salée, qui hébergent conséquemment deux faunes, l’une boréale dans la nappe superficielle et une faune arctique dans la nappe profonde.«Le fjord du Saguenay est en quelque sorte une enclave arctique dans une zone boréale», explique Raynald Côté, du département des sciences fondamentales de l’Université du Québec à Chicoutimi.Des chercheurs de Chicoutimi ont par ailleurs observé, au cours d’études récentes, que la production primaire, c’est-à-dire la production de micro-organismes ou de microalgues comme les diatomées, était faible dans le fjord.«Ce phénomène peut s’expliquer en partie par l’énorme quantité d’eau douce qui entre dans le fjord», note Raynald Côté.Par contre, la production de phytoplanc-ton et de zooplancton, qui est à la base de la nourriture des poissons et crustacés, est satisfaisante.L’impact de la pollution n’est pas négligeable sur la productivité aquatique du fjord, comme l’ont démontré, ces dernières années, plusieurs études.Le problème, c’est que les eaux douces de l’amont (lac Saint-Jean) traversent une région fortement industrialisée, où l’on trouve alumineries et papeteries.De ce fait, elles reçoivent de grandes quantités d’eaux usées qui sont chargées de substances toxiques, comme des ions métalliques, ou de la matière ligneuse dissoute contenant également des substances toxiques.Ces polluants affectent notamment l’activité photosynthétique du phytoplancton et, de façon générale, la productivité.Le fjord est pollué: voilà le constat tragique fait par plusieurs chercheurs qui s’intéressent au fjord.On y signale la présence de plusieurs métaux plus ou moins toxiques, cadmium, zinc, plomb.Et que dire du mercure! La mise en marché de la crevette du Saguenay est interdite depuis 1971 à cause de teneurs anormalement élevées de mercure dans la partie comestible.Depuis la fermeture de l’usine polluante, en 1976, on a observé une importante baisse de la concentration en mercure, mais les crevettes présentaient encore, en 1983, des teneurs en mercure supérieures à la normale.Il semble donc que ce soit l’habitat de la crevette qui soit contaminé.Les sédiments du fjord contenaient encore en 1983 des concentrations de mercure dix fois supérieures au niveau naturel.Il faut donc laisser à la sédimentation le temps de faire son oeuvre.On retrouve également des hydrocarbures polycycliques aromatiques (HPA) en grande quantité dans le Ijord.Une étude sur les sédiments montre qu’il pénètre quatre à cinq fois plus de HPA par année dans le fjord qu’ailleurs.En fait, de 1930 (date de l’entrée en fonction de l’aluminerie d’Arvida) à 1976, le taux de HPA a monté en flèche.Jusqu’en 1976, l’Alcan rejetait directement dans le fjord les eaux de lavage des cuves.Or, c’est précisément dans ces cuves qu’on retrouve des taux de HPA particulièrement élevés.L’entreprise a évalué entre 100 et 200 tonnes la quantité de HPA rejetée par année, selon cette méthode.On en retrouve en fait à peine un pour cent dans les sédiments, le reste étant possiblement retenu par le sol.Depuis 1976, l’Alcan rejette ses HPA dans l’air.Louis Martel, de l’UQAC, souligne que pour la période de 1978 à 1982, les concentrations dans les sédiments du fjord restaient encore plus importantes qu’ailleurs.«Il se pourrait bien qu’une bonne partie de ces HPA soit sortie du fjord et se retrouve maintenant dans le Saint-Laurent», suggère-t-il.On observait, en 1983, une concentration 4,5 fois plus élevée en HPA dans l’air d’Arvida que dans le centre-ville de Paris.En somme, le fjord du Saguenay, un milieu exceptionnel sur plusieurs plans, semble condamné à supporter une bonne partie de la rançon de l’industrialisation de cette région et ainsi à voir son écosystème durement mis à l’épreuve.Ginette Beaulieu LE STÉRILET CAUSERAIT L’INFERTILITÉ (D'après New England Journal of Medecine) Les jeunes femmes qui n’ont jamais eu d’enfants et qui désirent en avoir plus tard ne devraient pas utiliser le stérilet comme méthode contraceptive.C’est du moins ce que suggèrent deux études rendues publiques dernièrement aux États-Unis.L’infertilité serait causée par une infection pelvienne qui obstrue les trompes de Fallope empêchant ainsi l’ovule d’atteindre l’utérus.C’est la première fois que des études américaines relient directement ce dispositif intra-utérin avec l’infertilité malgré que des études précédentes aient suggéré une relation causale.Les études ont démontré que les différents types de dispositifs intra-utérins augmentent de deux à sept fois les risques d’infertilité.(G.D.) DANGER : HÔPITAL (D’après Science Digest) Dans les hôpitaux américains, cinq pour cent des patients attrapent une infection qu’ils n’avaient pas avant leur admission.Ces maladies ont pour effet de " / .Jsr- ' doubler le temps de séjour à l’hôpital et, selon certaines estimations, causeraient la mort de 50 000 Américains par année, soit la sixième cause de mortalité aux États-Unis.La plupart de ces infections apparaissent dans les centres hospitaliers universitaires et municipaux qui doivent traiter les cas de maladies les plus graves.(G.D.) 44 JUILLET 1985 • QUÉBEC SCIENCE — 7373^^37 I/outil de gestion de la PME En plus de vous offrir des calculatrices de marque réputée HEWLETT-PACKARD, COOPOLY vous ouvre maintenant les portes de l’informatique personnelle.Hewlett-Packard 150.Venez faire l’essai de l’ordinateur personnel Hewlett-Packard 150.Avec son écran tactile, plus besoin de mémoriser les commandes.Tout est à la portée de votre doigt.L’instrument parfait pour la petite ou moyenne entreprise.Thinkjet LaserJet Nous avons la gamme complète des produits Hewlett-Packard.Imprimantes, telles que la LaserJet, Thinkjet, tables traçantes de haute qualité et des logiciels pour vous aider dans l’administration de votre entreprise.Contactez-nous ou venez nous voir! coopoly COOPÉM.TH'E fTUWkWTÏ d# PCVTTCHNIOUf 5000 ouest, rue Jean-Talon Suite 120 Montréal H4P 1W9 Tél.: (514) 340-4433 ORDINATEURS PERSONNEL CONCESSIONNAIRE HERBICIDE DISCRIMINATOIRE s.o.s.CHERCHEURS Gordon MacNabb s’inquiète de l’avenir immédiat de la recherche et du développement dans certains secteurs au Canada.Le président du Conseil de recherches en sciences naturelles et en génie, un organisme chargé d’accorder des subventions de recherche aux professeurs et des bourses aux étudiants de maîtrise et de doctorat, rendait publics récemment les résultats d’une étude sur les besoins en main-d’œuvre spécialisée en vue d’accroître la recherche et le développement d’ici les cinq prochaines années.Selon le rapport, les efforts du gouvernement fédéral visant à stimuler la relance économique grâce à la R & D dans le domaine des sciences naturelles et du génie seront freinés par une pénurie de spécialistes.D’une part, nos universités n’augmenteront fort probablement pas le nombre de diplômés d’études supérieures d’une manière suffisante.Et, d’autre part, il est presque impossible de songer à importer des compétences dans les domaines en forte demande comme l’informatique et la biotechnologie puisqu’il y a déjà pénurie mondiale de spécialistes.Une solution envisagée?Augmenter la productivité des chercheurs actuels en favorisant, entre autres, des carrières à long terme.Toutefois, de souligner M.MacNabb, si le Canada veut demeurer compétitif au niveau international au cours de la prochaine décennie, il devra posséder un bassin suffisant de chercheurs et, par conséquent, il aura à augmenter son engagement à long terme envers la recherche et envers la formation de chercheurs dans nos universités.Un avis qui tombe au moment où le ministre fédéral de la Science Torn Siddon reconnaît qu’il aura du mal à augmenter de façon significative ses budgets, contrairement aux promesses électorales de son parti.(È.-L.B.) (D'après Science News) Une équipe de la compagnie Calgene vient de réussir l’introduction d’un gène bactérien dans des plants de tabac qui permettent à ceux-ci de mieux résister aux effets d’un herbicide courant, le glyphosate.Jusqu’ici, l’emploi de cet herbicide était délicat puisqu’il pouvait causer de sérieux dommages aux planta de tabac.Le procédé serait commercialisable immédiatement pour le tabac tandis que la compagnie a déjà réussi l’introduction du gène en laboratoire chez des plants de soya et de tomates.Les chercheurs travaillent présentement sur le maïs.(G.D.) QUÉBEC SCIENCE • JUILLET 1985 45 LE MARATHON DE LINDSAY i— fT' ' - - *1 -• >>
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