Québec science, 1 janvier 1986, Supplément 1
Volume 1 / numéro 1 Printemps 1986 TECHNOLOGIE ET SOCIETE SCIENCE, LA SCIENCE EN VITRINE Cest en mars, à la veille des élections législatives françaises, que se sont ouvertes les premières sections de la Cité des sciences et de l’industrie, sur le site des anciens abattoirs de La Vilette, à Paris.Le terme cité est tout à fait approprié: La Villette, c’est 120 000 m2 de plancher, une exposition permanente en quatre volets, des expositions temporaires à tous les quatre mois, un planétarium, un cinéma Omnimax et une médiathèque où les chercheurs et le grand public peuvent consulter des livres et des documents audiovisuels.On y attend annuellement 6 millions de visiteurs.Les quatre volets de l’exposition permanente portent respectivement sur l’univers, l’aventure de la vie, la matière et le travail de l’homme, les langages et la communication.Les manipulations interactives et les spectacles multimédias permettent aux visiteurs d’apprendre à leur rythme.Il est même possible de choisir soi-même son itinéraire.La Cité des sciences et de l’industrie est entourée d’un parc aux activités diverses: expositions temporaires, musée, théâtre, animation culturelle.Cest la Géode qui attire d’abord l’attention.Dans ce grand dôme géodésique recouvert de miroirs, on a installé un cinéma Omnimax, système canadien de projection où l’image est projetée sur un écran hémisphérique de 1 000 m2.Ce projet voit le jour au moment où ici, le gouvernement provincial impose un moratoire sur la Maison de la science et de la technologie de Montréal.Sera-t-elle condamnée à l’abattoir?AU SOMMAIRE Éditorial Face à des projets comme la guerre des étoiles, notre société a besoin plus que jamais d’une science consciente, explique Charles Halary, directeur du CREST.Page 2 Nouvelles STS L’Université Laval se dote d’un musée scientifique.Le président du Conseil des sciences du Canada critique le projet de libre-échange avec les États-Unis.Page 3 Dossier : le CREST fait ses premières dents Le Québec est maintenant doté d’un outil d’évaluation des impacts sociaux des technologies.Il suit en cela l’exemple de plusieurs pays Nouvelles internationales Le visionnement à l’accéléré des bandes vidéos a modifié les habitudes de concentration des jeunes Japonais.Page 7 Â lire, à suivre.Page 8 Editorial Science sans conscience L'activité scientifique et la création technologique sont fonction du niveau de mobilisation d'une société.Science et technologie sont des phénomènes tout aussi sociaux que le chômage, la scolarisation, la santé ou l'urbanisation.Les découvertes scientifiques sont le fait d'êtres humains, tout comme les réalisations technologiques.Ni la science, ni la technique ne sont introduites dans la société, elles en font partie intégrante.En ce sens, toute science est sociale, toute technologie est celle de la société.Séparer science, technologie et société est une erreur scientifique, technologique, et sociale.Les effets sont doubles.D'une part, apparaît un discours mystificateur sur le "virage technologique" et la "révolution scientifique" qui nie ou rejette à l’arrière-plan toute préoccupation sociale.D'autre part, une critique intégriste se développe sur la menace que font peser science et technologie sur les "valeurs culturelles".Dans ce cas, la morale s'institue comme discours auto-suffisant.Les ingénieurs, physiciens et biologistes demeurent peu sensibles aux arguments des sociologues et des philosophes.Ces derniers négligent souvent de renouveler leurs travaux aux sources d’informations scientifiques et techniques les plus récentes.En temps de crise, le souci de l'action à court terme prend le dessus.L'évaluation sociale des technologies, dont les résultats se lisent plutôt à moyen terme, peut alors être sacrifiée sur l'autel des restrictions budgétaires.Elle rejoindrait dans les oubliettes les préoccupations esthétiques qui déplaisent aux sociétés productivistes.De telles sociétés se détournent des potentiels de créativité qui sont propres à la jeunesse.Sans créativité juvénile, une société se bloque, vieillit et se sclérose.Or, le blocage d'une société est en cours au Québec.Un potentiel de synergie créative est gâché et force les générations montantes au recours à des solutions de fuite ou de résignation.Ces forces de création se transmutent en avatars guerriers, le beurre en canon, la charrue en glaive d'acier.Les scientifiques, techniciens et ingénieurs nord-américains vont se mobiliser pour mettre au point des armes à rayonnement.Faute de perspectives différentes, et pour "sauvegarder l'emploi", la société va suivre sans en débattre une Initiative de Défense Stratégique qui reporte d'une ou deux générations la résolution des problèmes d'urbanisation, de qualité de travail, de santé, de pollution, du chômage et d'alphabétisation.2 Science sans conscience sociale n'est que ruine pour l'humanité.Paraphraser Rabelais aujourd'hui, ce n'est plus seulement faire appel à l'éthique individuelle du savant, mais intégrer la connaissance dans un cadre diversifié, contradictoire et démocratique qui peut seul en garantir la qualité.Le bulletin Repères, en mettant en liaison des initiatives de création sociale, veut rendre compte d'une réaction vitale qui commence déjà à animer la communauté des personnes qui oeuvrent pour lier science, technologie et société.Ce trimestriel permettra aux chercheurs de communiquer entre eux par delà leurs origines disciplinaires, tout en informant un public plus vaste des voies actuelles de la recherche en sciences sociales et humaines, et plus particulièrement dans les rapports qu’entretiennent science, technologie et société.Pour atteindre ces objectifs, Repères a besoin de l’aide de ses premiers lecteurs: les chercheurs.Nous sommes intéressés à diffuser l'information que vous voudrez bien nous faire parvenir: communiqués, recherches, publications, annonces de séminaires et colloques.Ce n'est qu'avec votre aide que Repères pourra atteindre ses objectifs.Charles Halary, directeur Centre d'évaluation sociale des technologies Nouvelles STS BACCSTS L'université du Québec à Montréal offrira bientôt un programme de baccalauréat en science, technologie et société.Le Conseil des Universités a en effet adopté le projet en mars.LTJQAM deviendra ainsi la première université au Québec à offrir un tel programme.Il aura comme objectif de former des personnes capables de comprendre les problèmes liés à l'implantation des nouvelles technologies, tant dans le cadre culturel, économique, politique que social.Le programme sera ouvert aux étudiants détenant un diplôme d'études collégiales (D.E.C.) et ayant complété un minimun de cours de mathématiques.En plus de cours méthodologiques sur l'évaluation sociale des technologies, il comprendra un ensemble de cours de sciences et de sciences humaines.PRINTEMPS 1986 - REPÈRES Nouvelles STS LA CONNAISSANCE, RICHESSE NATURELLE La prospérité économique du Canada de demain reposera sur sa capacité de s'affranchir de sa dépendance à l'égard des ressources naturelles pour miser sur les connaissances humaines de pointe.Mais comme les secteurs de haute technologie emploieront peu de gens, il nous faut une nouvelle conception du travail.C'est le message qu'a laissé le Dr.Stuart L.Smith, président du Conseil des sciences du Canada, aux auditeurs des conférences Augustin Frigon, à l'École Polytechnique de Montréal, en mars dernier."Le libre-échange ne peut déboucher sur la diversification dont le pays a besoin", a-t-il déclaré."Les mesures du récent budget n'y parviendront pas non plus.Il faut investir dans la relance de l'économie en se réorientant vers de nouvelles industries de haute technologie".Selon lui, le gouvernement va devoir soutenir le secteur des services, appellé à fournir un grand nombre d'emplois."Cela va à l'encontre des tendances actuelles de coupures de services aux personnes", a-t-il précisé.M.Smith a aussi parlé des impacts possibles des nouvelles technologies sur les valeurs de la société."Nous avons besoin de philosophes des sciences et technologies, et surtout d'une population informée, car elle pourra alors orienter les voies de recherches." C’est pourquoi il a recommandé que les sciences et technologies soient enseignées dès le niveau primaire, et au secondaire.CONTRÔLE! Le développement des technologies informatisées créera-t-il un contrôle social des individus, d'autant plus pernicieux qu'il conduira les individus à s'autocensurer, se sachant surveillés?Plusieurs participants au colloque "Science, technologie et société" organisé par le Centre interdisciplinaire d'évaluation sociale des technologies (CIEST), le 21 mars dernier à Montréal, ont indiqué comment il sera possible de reconstituer la vie des individus, et même leur déplacements quotidiens grâce aux banques de données personnelles.Les transferts informatisés de fonds, mieux connus sous le nom de monnaie électronique, permettraient en effet une telle reconstitution.Des questions de méthodologie ont aussi marqué les débats.Par exemple, peut-on aborder l'étude de la diffusion des technologies et de leurs impacts sans parti-pris moral ou idéologique, c'est-à-dire sans assigner une connotation négative ou positive au rôle social des technologies?REPÈRES - PRINTEMPS 1986 CENTRE MUSÉOGRAPHIQUE Décidément mars fut le mois des musées scientifiques.Après la Cité des sciences et de l'industrie de Paris, c'est l'Université Laval de Québec qui a inauguré le sien.Le Centre muséographique de lUniversité Laval occupe 2 000 m2 dans l'ancien cloître du pavillon Casault.Selon Nicole Brindle, responsable de l'accueil et de la conservation, il s'agit d'un musée didactique, destiné à l'enseignement de l'astronomie, de la physique, de la minéralogie et de la géographie aux niveaux universitaire, collégial, et dans une certaine mesure, secondaire.Des guides seront disponibles pour rendre l'information accessible au grand public.Le centre regroupe des collections scientifiques de lUniversité Laval, ainsi que des objets scientifiques ayant apartenu au Séminaire de Québec.Les expositions y sont réparties en quatre modules: lunivers, la terre, la vie et l'homme.Les deux premiers ont été inauguré le 21 mars.Les deux autres devraient suivre au cours des prochaines années.Grâce à ce centre, la ville de Québec possède son musée scientifique avant la ville de Montréal.INTELLIGENCE ARTIFICIELLE L’intelligence artificielle est le sujet interdisciplinaire par exellence.La recherche pour amener des machines à percevoir, former un jugement, et agir en conséquence est au carrefour de l'informatique, de la psychologie et de l'ingénierie.L'institut canadien des recherches avancées (ICRA) l'a bien compris en créant il y a deux ans un programme sur l'intelligence artificielle et la robotique.Cet institut, financé à 60% par l'entreprise privée, supporte et coordonne un réseau de chercheurs des universités McGill, de Colombie-Britannique et de Toronto dans leurs travaux sur la perception sensorielle et son application à la robotique.À lUniversité McGill, la recherche se concentre particulièrement sur les systèmes de vision.L'ICRA a choisi de se concentrer sur un sujet aussi précis parce que, selon son président J.Fraser Mustard, le Canada ne peut développer des équipes gagnantes dans tous les domaines technologiques d'avenir.L’ICRA mettra la même structure inter disciplinaire et intemniversitaire à profit pour les programmes sur les valeurs morales et sur la technologie et le changement, qui sont en préparation.Institut canadien des recherches avancées 434, University Ave.Suite 502 Toronto, Ontario, M5G 1R6 Tél.: (416)963-1380 3 Dossier: le Centre de recherche en évaluation sociale des technologies Le CREST fait ses premières dents Avec le CREST, le Québec est maintenant doté d'un outil d'évaluation des impacts sociaux des nouvelles technologies.Il suit en cela l'exemple de plusieurs pays de la CEE et des États-Unis.Pour ce premier dossier, nous avons pensé vous "faire les présentations".Les interrogations et les problèmes que posent la recherche scientifique et l'innovation technologique ne peuvent résulter d'une approche strictement disciplinaire.La technologie est un lieu d'intervention et de création pour de multiples individus, groupes privés et institutions publiques.C'est un complexe de relations sociales médiatisées par des objets et des réseaux.Comme le dit le philosophe français Jean-Claude Beaune, la technologie est introuvable et pourtant omniprésente.Le Centre de recherche en évaluation sociale des technologies (CREST) veut examiner l'ensemble des déterminations sociales de la technologie (culture, économie, histoire, politique) et de ses logiques internes (mathématique, physique, biologie).Par sa composition, par ses liens externes et ses objectifs de recherche, il entend jouer un rôle central dans le champ des études sociales des transformations scientifiques et techniques, souvent appelé recherche Science, Technologie et Société, ou STS.Le CREST est un groupe de recherche de l'Université du Québec à Montréal.Il travaille en étroite collaboration avec des chercheurs de l’École Polytechnique de Montréal.Il a vu le jour en février 1986, grâce au programme d'action structurante du ministère de l’Enseignement supérieur.Ce programme a permis d'obtenir $1,5 million réparti sur 5 ans pour engager du personnel de recherche et obtenir un équipement micro-informatique de démarrage fondé sur un réseau Apple Macintosh.Les locaux du CREST et ses ressources de fonctionnement proviennent de l'Université du Québec à Montréal (UQAM).Le directeur est le professeur Charles Halary.LA RECHERCHE Les objectifs de recherche du CREST sont liés aux problèmes contemporains du développement scientifique et technique dans les sociétés capitalistes développées.La recherche au CREST s'inspire d'une volonté d'orienter la maîtrise individuelle et sociale du développement technologique par une meilleure compréhension des interactions technologie/société.Elle sera centrée autour de deux grandes questions: l'analyse des effets sociaux de l'informatisation de la production, et l’appropriation des savoirs et du savoir-faire technologiques.Plus précisément, la recherche s'organise autour de quatre axes, intégrés par des méthodes d’investigation élaborées de manière commune et par des liens de type matriciel: automatisation sociale et robotique; impacts sociaux de l'informatisation des entreprises et des activités du tertiaire; diffusion de la culture scientifique et technique; dynamique organisationnelle et technologie.AUTOMATISATION SOCIALE ET ROBOTIQUE Les premiers robots industriels ont été inventés aux États-Unis en 1956.Certaines licences ont ensuite été accordées à des sociétés japonaises entre 1965 et 1967.La robotisation des industries est devenue aujourd'hui le problème central des manufactures.Au Canada, le parc de robots devait atteindre près de 900 unités à la fin de 1984 dont moins d'une centaine au Québec.La robotique est cependant une discipline professionnelle en voie d'institutionnalisation à l'échelle mondiale.L'étude de l'automatisation sous tous ses aspects est un problème crucial pour les sociétés qui valorisent l'usage systématique de machines.La robotisation va modifier l'organisation du travail dans l'entreprise, et aussi la conception même de la production des objets manufacturés.Or, c'est encore un objet original de recherche sociologique au Canada et au Québec.PRINTEMPS 1986 - REPÈRES 4 Dossier Au sein du CREST, Charles Halary, du département de sociologie de l'Université du Québec à Montréal, est le responsable de l'axe de recherche sur l'automatisation sociale et la robotique.Outre la réflexion sur le concept d'automate, cet axe valorise les études empiriques contemporaines qui traitent du robot comme objet technique et culturel.À l'heure actuelle les sujets suivants font l'objet d'une recherche plus intense: l'implantation et les mécanismes d'organisation et de diffusion de la robotique au Québec et au Canada, la filière internationale des automatismes industriels, l'histoire culturelle des horloges, automates et robots.INFORMATISATION DES ENTREPRISES ET DES ACTIVITÉS DU TERTIAIRE L'objectif principal de cet axe de recherche est, d'une part, l'étude des changements structurels que connaissent les entreprises du tertiaire et les activités tertiaires suite à l'implantation de nouvelles technologies reliées à la bureautique et, d'autre part, l'analyse de l'impact de ces technologies sur le contenu des tâches, la formation et les qualifications des employés et cadres subalternes de ces entreprises.Céline Saint-Pierre, du département de sociologie de l'Université du Québec en est la responsable.Les changements structurels que connaissent les entreprises en voie d’informatisation ont des impacts certains sur le volume de l'emploi, sur le type d'emplois offerts et abolis, sur la forme de l'organisation du travail (procès de production et modes de décision), sur la structure d'autorité et les formes d'encadrement des différentes catégories de personnel des entreprises .Ce sont là les aspects qui seront examinés dans un premier volet.Le second volet de cette recherche devrait permettre de mieux saisir l'impact de ces technologies et des changements structurels qui les accompagnent sur le contenu réel des tâches des employés et cadres subalternes, sur la formation demandée pour répondre aux exigences de différentes tâches et sur les qualifications, reconnues ou non.Une attention toute particulière sera portée à l’impact de ces nouvelles technologies sur le travail des femmes.Un autre objectif est d'analyser les modes d'intervention des agents directement impliqués dans l'informatisation des entreprises.Les modes d'implantation des nouvelles technologies favorisées par les gestionnaires seront étudiés tout particulièrement, ainsi que les attitudes et conduites des employés et cadres subalternes face à cette introduction et, s'il y a lieu, le rôle du syndicat.Cette recherche devrait recueillir et compiler un matériel important sur la spécificité du virage technologique dans le secteur tertiaire au cours des trois prochaines années.Ce matériel permettra aussi d'analyser les représentations des agents (gestionnaires, cadres subalternes et employés) sur toutes les questions du rôle et des finalités des nouvelles technologies dans le contexte de la production, de l'organisation et de la gestion des entreprises du secteur tertiaire.MUSÉOLOGIE ET DIFFUSION DE LA CULTURE SCIENTIFIQUE ET TECHNIQUE Les organisations de diffusion de la culture, comme les musées, les maisons de la culture ou même les clubs de loisir scientifique, sont parmi les véhicules de transmission du savoir scientifique et technique.Ils contribuent, avec d'autres médias de communication, à l'information du public, voire même à la diffusion de nouvelles habiletés.Se pose donc la question du rapport entre l'individu et ces organisations.S'agit-il d'une simple consommation de la culture scientifique et technique ou, au contraire, d'une tentative d'appropriation du savoir, donc de sa maîtrise relative ?L'étude des représentations de la science et de la technique dans une société passe nécessairement par celle des messages qui véhiculent ces représentations.Le CREST analysera les relations entre les messages et certaines structures organisationnelles.Cette recherche permettra d'appréhender les types d'appropriations du savoir scientifique et technique que favorisent les stratégies mises de l'avant par ces organisations.Bernard Schiele, du département de communication de lUniversité du Québec, coordonne cet axe de recherche.Le message soumis au visiteur d'un musée, ou d'une organisation apparentée, est fonction à la fois des conditions de production, qui relèvent de l'organisation muséologique, et du médium choisi pour véhiculer les informations: conférences, films, interprétations par un guide, panneaux, livrets explicatifs.Comme le message muséologique est un ensemble de messages coordonnés, cet axe de recherche considérera à la fois chacun des messages particuliers et les rapports qui les lient aux autres messages.La méthodologie de ce projet comprend le repérage des musées scientifiques et techniques du Québec et autres organisations apparentées, ainsi que leur ¦ REPÈRES - PRINTEMPS 1986 5 Dossier classification.Cette étape devrait être terminée en septembre 1986.L'analyse de leurs messages sera comparée avec des cas canadiens, américains et européens.Le rapport final de ce projet est prévu à l'automne 1988.DYNAMIQUE ORGANISATIONNELLE ET TECHNOLOGIE Les cadres professionnels et les managers ont été particulièrement touchés par les nouvelles technologies.Les cadres professionnels, les ingénieurs par exemple, doivent maintenant vivre avec les systèmes de conception et fabrication assistées par ordinateur (CAO-FAO).Les managers, pour leur part, sont confrontés à l'automatisation des activités administratives, que l’on appelle généralement bureautique, au moment où celle-ci entre dans une phase qui intègre la communication entre individus ou groupes.Le quatrième axe de recherche du CREST sera donc l'étude des mutations organisationnelles apportées par l'automatisation relativement aux cadres, professionnels et managers.Hélène Denis, du département de génie industriel de lEcole Polytechnique de Montréal, en est la responsable.L'ensemble des modifications apportées à l’organisation par la technologie, de même que les conditions de son implantation et les nouveaux besoins sociétaux qu'elle suscite, tels les besoins en formation, seront considérés.L'organisation est définie comme un ensemble systémique, composé de variables à la fois quantitatives et qualitatives, en relation homéostatique avec l’environnement de l'entreprise.Selon cette définition, l'organisation est le résultat des actions et des décisions des individus et des groupes qui la composent.Les technologies font donc l'objet de choix conscients ou inconscients, et leur implantation modifie profondément les comportements et les règles de conduites.Par ailleurs, une fois implantées, elles deviennent à leur tour une variable importante dans l'ensemble de la dynamique organisationnelle.Cette recherche comporte à la fois un volet théorique sur la compréhension du fonctionnement des organisations, et un volet pratique, qui proposera des actions à entreprendre pour mieux faire face aux changements technologiques.LES PERSPECTIVES Une caratéristique originale du CREST est de lier la recherche aux études de maîtrise et de doctorat.Dans les années qui viennent, le CREST va contribuer à la formulation d'un projet de programme cohérent d'études avancées en Science, Technologie et Société qui rassemblera les initiatives déjà à l'oeuvre au sein de différents départements et institutions universitaires de la région de Montréal.Pour l'instant, la recherche en évaluation sociale des technologies s'adresse aux universitaires qui disposent d'un diplôme disciplinaire de premier cycle.Elle rejoindra dans quelques années des diplômés du baccalauréat en Science, Technologie et Société qui s'ouvre au sein de la famille des sciences humaines de l'Université du Québec à Montréal au cours de l'automne 1986.Le CREST encadre des étudiants diplômés en génie ou en sciences sociales et naturelles qui souhaitent obtenir une maîtrise ou un doctorat dans le champ de l'évaluation sociale des technologies.CREST, UQAM Case Postale 8888, Succursale A Montréal, Québec, H3C 3P8 Téléphone: (514) 282-4018 En plus des documents et revues cités dans ce numéro, particulièrement en page 8, les documents suivants constituent une introduction pour le lecteur désireux d'en savoir plus sur l’évaluation sociale des technologies: Centre interdisciplinaire d'évaluation sociale des technologies, Évaluation sociale des technologies, actes du colloque des 29 et 30 avril 1985, Famille des sciences humaines, UQAM, Montréal, 1985 A lire en particulier, la communication de Jean-Claude Beaune, directeur de la revue Milieux.Famille des sciences humaines, UQAM, C.P.8888, Suce.A, Montréal H3C 3P8, tél.(514)282-8343 L'impact social des technologies nouvelles, textes du colloque général du 53e congrès de l'ACFAS, UQAC, Chicoutimi, 1985 UQAC, 555 Bout.Université Chicoutimi, G7H 2B1, tél.(418)545-5608 SAINT-PIERRE, C., ed., «Informatisation et bureautique», numéro thématique des Cahiers de recherche sociologique, octobre 1985, Département de sociologie de ITJQAM, Montréal Département de sociologie, UQAM, C.P.8888, Suce.A, Montréal H3C 3P8, tél.(514)282-4143 6 PRINTEMPS 1986 - REPÈRES Nouvelles internationales BILINGUISME A L'AMÉRICAINE Il est fréquent que des chercheurs japonais viennent se spécialiser dans des laboratoires américains.L'inverse est plus rare, mais il y a quelques exceptions.Depuis 1981, le MIT offre à ses étudiants en science et technologie des stages dans des laboratoires japonais, universitaires ou privés.À ce jour, 35 étudiants se sont prévalus de ce programme.C'est beaucoup si l'on considère qu'ils doivent d'abord suivre l'équivalent de deux ans de cours de japonais et participer pendant un an à un séminaire sur la culture locale.Les candidats acceptent d'interrompre leur programme d’études avancées, car le Japon est maintenant à l'avant-garde de la recherche dans plusieurs domaines, notamment l'intelligence artificielle et les céramiques.L'histoire ne dit pas combien s'installent définitivement au Japon au heu de revenir aux États-Unis.High Technology, mars 1986 LA CULTURE QUI RAPPORTE L'information du public en matière de recherche scientifique peut avoir d'autres motivations que la diffusion de la culture scientifique.Selon un rapport de la Royal Society (Grande-Bretagne), il ne faut pas s'étonner que le prestige et le financement de la recherche soient en baisse si les citoyens (et les hommes politiques en particulier) n'ont pas une idée juste de ce que font les hommes de science.L'existence de journalistes et d'écrivains scientifiques ne dispense pas les chercheurs eux-mêmes de communiquer avec le public.Il est donc essentiel pour les scientifiques de faire connaître clairement la nature et l'importance de leurs activités.Par exemple, tout auteur d'une thèse de science devrait en rédiger une brève présentation susceptible d'être lue par les profanes.et par les autorités administratives plus ou moins directement concernées.Le rapport souhaite qu'un prix annuel soit institué qui récompenserait l'homme de science ou l'institution scientifique qui aurait oeuvré le plus efficacement pour la compréhension publique de la science.LA RECHERCHE, Janvier 1986 57 rue de la seine, 75006 Paris, France FRANKENSTEIN VS SOCRATE Quel lien y a-t-il entre Jean-Jacques Rousseau, Frankenstein, et les opposants à l'expérimentation sur les animaux?Chacun a fait à sa façon une critique de la science.On a regroupé après coup ces critiques sous le dénominateur Anti-science.L'Américain Richard Oison a montré dans une étude récente («Aristophanes and the antiscientific tradition» dans Mendelsohn, E.(ed.), Transformation and tradition in the sciences, Cambridge University Press, New York, 1984) que ce courant de pensée s'est manifesté dès le cinquième siècle avant Jésus Christ, alors que le poète comique Aristophane critiquait dans ses pièces de théâtre le rationalisme du philosophe Socrate.L'objectif de l'anti-science n'est pas de proscrire l'étude de la gravitation, des particules élémentaires, des galaxies ou des acides nucléiques.Il s'agit, soit de protéger les valeurs et les idéaux légués par les ancêtres, soit de valoriser la sensibilité.Cette critique ne touche pas seulement les sciences pures.Il serait facile de citer des recherches sociologiques et psychologiques au cours desquelles des sujets humains ont été manipulés et observés comme s'ils étaient de simples objets.Le traitement par les économistes de certaines réalités sociales à travers les statistiques peut faire réfléchir.LA RECHERCHE, février 1986 L'AUTRE TÉLÉVISION ÉDUCATIVE Grâce à la consommation quotidienne de bandes dessinées vidéos et de jeux informatisés, les jeunes adolescents japonais ont développé une capacité de concentration sur plusieurs objets simultanément.En analysant les données compilées par un centre de recherche japonais, Magoroh Maruyama, de lUniversité d'Hawaï, a constaté que les jeunes japonais ont des comportements de pensée très différents de la logique séquentielle des générations précédentes.Beaucoup de jeunes fréquentent des clubs vidéos où ils louent et consomment sur place jusqu'à 20 bandes dessinées par jour.Pour économiser, ils visionnent en 30 minutes et à l'accéléré plusieurs vidéos d'une durée normale de 60 à 90 minutes chacuns.Et ils arrivent à saisir tous les détails de l'histoire! Autre tendance, de plus en plus les jeunes adolescents japonais programment leurs propres jeux informatiques.Ils saisissent aussi très rapidement la logique des jeux programmés dans d'autres pays.Technological Forecasllng and Social Change décembre 1985 REPÈRES - PRINTEMPS 1986 ¦ 7 A lire, à suivre Ottawa 5-7 mai 5e SYMPOSIUM CANADIEN SUR LA TECHNOLOGIE PÉDAGOGIQUE Conseil national de recherche du Canada (613)993-9009 Ottawa 9-11 mai 6e CONGRÈS SUR LES TRAVAILLEURS ET LES TRAVAILLEUSES ET LEUR MILIEU Université d'Ottawa, Pavülion Fauteux Tél.(613)564-2348,564-5734 Montréal 12-16 mai CONGRÈS DE L’ASSOCIATION CANADIENNE FRANÇAISE POUR L’AVANCEMENT DES SCIENCES Le congrès se déroule cette année à l’Université de Montréal.À suivre particulièrement, une communication de Pierre-André Julien et Louis Hébert, de njQTR, sur le rythme de pénétration des nouvelles technologies dans les PME manufacturières québécoises.ACFAS: (514)342-1411 New Delhi, Inde 18- 23 août XI CONGRÈS MONDIAL DE SOCIOLOGIE Plusieurs sessions sur l'évaluation sociale des nouvelles technologies figurent au programme.Un symposium porte sur la place de la science et de la technologie dans le changement social.Louis Maheu, sociologue de l’Université de Montréal co-organise une des quatre sessions de ce symposium.Le comité de recherche en sociologie du travail a mis à son programme deux sessions portant sur les nouvelles technologies, dont l’une est co-organisée par Céline Saint-Pierre, sociologue à l’UQAM.Elle traitera plus précisément des impacts de 1 informatisation sur le travail des cols blancs.Le comité de recherche en futurologie organise six sessions sur les conséquences sociales des nouvelles technologies.Serge Proulx, sociologue à njQAM, co-organise celle sur les conséquences sociales des nouvelles technologies sur la vie privée.Association Internationale de sociologie Oude Hoogstraat 24, 1012 Amsterdam,Pays Bas LIVRES PARUS BONE, E., MALHERBE, J.F., Engendrés par la science: enjeux éthiques des manipulations de la procréation, Le Cerf, Paris,1985 DEKEN, Joseph, Silico Sapiens: The Fundamentals and Future of Robots, Bantam, New York, 1986 FORESTER, T., ed., The information technology revolution, The MIT Press, Cambridge, Mass., 1985 Cette anthologie fait suite à Micro-electronics revolution (1980), du même auteur.LOWRANCE, W.W., Modern Science and Human Values, Oxford University Press, New York, 1985 Nouvelles technologies et société, Faculté des sciences sociales de l’Université Laval, Québec, 1985 Il s'agit des actes du colloque célébrant le 45e anniversaire de cette faculté Direction de U Faculté des sciences sociales, 3450 Pavillon de Konlnck Université Laval, Québec, G1K 7P4 tél.: (418) 656-2438 REVUES Centre de Prospective et dÉvaluation (CPE), «Rapport sur l'état de la technique», deuxième édition, numéro spécial de Sciences et Techniques, Paris, 1985 2, rue Béranger, 75003 Paris, France GURSTEIN, M., «Social Impacts of Selected Artificial Intelligence Applications: The Canadian Context», Futures, décembre 1985 «Les Vues de l'esprit», numéro 14 de Culture Technique, Centre de Recherche sur la Culture Technique (CRCT), Paris, 1986 Ce numéro spécial traite du séminaire de décembre 1984 du programme Science, technologie et société du CNRS intitulé "Visualisation et connaissance".CRCT, 69 bis, rue Charles Laffitte 92200 Neuilly-sur-Seine, France Repères est publié conjointement par le Centre de recherche en évaluation sociale des technologies (C.R.E.S.T.) et Québec Science grâce au soutien financier du ministère de l’Enseignement supérieur, de la science et de la technologie et du fonds FCAR-PAFAC.DIRECTION Charles Halary, directeur François Goulet, rédacteur On peut écrire au bulletin Repères à : Bulletin REPÈRES CREST UQAM Case postale 8888, succursale A Montréal, Québec, H3C 3P8 Téléphone: (514) 524-5324, 282-4018 Dépôt légal: Bibliothèque nationale du Québec premier trimestre 1986, ISSN 0831-6171.wu pcui aussi consulter Keperes ou laisser un message dans la banque de donnée informatique INFOPUQ, numéro d’usager-QC10977 6 8 SUPPLÉMENT AU MAGAZINE QUÉBEC SCIENCE, MAI 1986 PRINTEMPS 1986 - REPÈRES
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