Québec science, 1 janvier 1988, Juin
2,95$ ZH7 Volume 26, numéro 10 Juin 1988 h ci ES PONTS HJ QUEBEC EU «FOLIE» U SANTÉ MENTALE UVREZ LE FEU.D’ARTIFICE! ! FLOHAGE DU BOIS iS LECTEURS OPTIQUES ' wm/ J i y:î,; orner de 2e cleese.enregistrement n° 1052.Port payé à Québec 3 250.Sillery.Québec, Canada GIT 2R1 ¦ ¦! i;p- r: .-wiQTHEQUE NATIONALE wUEBEC Bureau depot legal 01977 1700 ST DENIS G SEPT 85 MONTREAL P.G.DEC 90 H^X 3 K 6 Aujourd'hui, Edison lui-même travaillerait chez nous ii Certains des plus grands chercheurs dans le domaine de l’électricité travaillent en effet à l’IREQ, l’Institut de recherche d’Hydro-Québec.L’IREQ regroupe dans ses laboratoires ultra-modernes un personnel hautement qualifié.En association avec des partenaires industriels, on y met au point de nouveaux produits d’une grande efficacité énergétique: l’Institut a ainsi participé récemment à la conception d’un four à infrarouge destiné au séchage industriel.Au Québec et à l’étranger, l’IREQ s'impose plus que jamais comme leader technologique.La recherche, pour Hydro-Québec, c'est un autre moyen d'améliorer notre qualité de vie.A t," L'ÊLECTRIFFICACITE Vlume 26, numéro 10 SOMMAIRE Juin 1988 ARTICLES 22 Les ponts du Québec Nos ponts arrivent à l’âge de la maturité, d’où l'importance d’une surveillance et d’un entretien adéquats de ces superstructures.Par Gilles Drouin 28 32 Les lecteurs optiques Les lecteurs optiques, ou numériseurs, offrent des possibilités fantastiques qui commencent à peine à être exploitées.Par François Beaulieu Le flottage du bois: nécessité ou folklore?Le spectacle de la drove est pittoresque, mais cette pratique s’avère coûteuse pour l’environnement.Par Raymond Lemieux 36 De la «folie» à la santé mentale Le vocabulaire a changé, mais la réalité demeure énigmatique, troublante et difficile à cerner.Par Robert Verreault Ouvrez le feu.d’artifice ! Utilisé jadis lors des guerres ou des fêtes, le feu artificiel est aujourd’hui un spectacle haut en couleurs et en savoir-faire.Par Raynald Pepin QUÉBEC SCIENCE, magazine à but non lucratif, est publié 11 fois l’an par les Presses de TUniversité du Québec.La direction laisse aux auteurs l’entière responsabilité de leurs textes.Les titres, sous-titres, textes de présentation et rubriques non signées sont dus à la rédaction.Tous droits de reproduction, de traduction et d’adaptation réservés.Télex: 051-31623 Dépôt légal: Bibliothèque nationale du Québec Deuxième trimestre 1988, ISSN-0021-6127 Répertorié dans Point de repère © Copyright 1988 QUÉBEC SCIENCE PRESSES DE L’UNIVERSITÉ DU QUÉBEC Page 22 Page 32 Page 36 Page 42 CHRONIQUES 7 POUR OU CONTRE?Les pesticides en milieu urbain Par Marc St-Arnaud et Gilles Vincent 9 LES PIONNIERS Le frère Marie- Victorin : la ferveur scientifique Par Claire Chabot 15 LA DIMENSION CACHÉE Que faisiez-vous au temps chaud?Par Raynald Pepin 17 ACTUALITÉ Par l’Agence Science-Presse L’automatisation des entreprises Les enfants sidatiques CL-215T: le SuperCanadair Une usine d’hydrogène liquide 48 DES SCIENCES À LOISIR La floriculture amateur Par Denis Gilbert 5 ENTRE LES LIGNES 6 COURRIER 47 EN VRAC 49 LU POUR VOUS Le sourire du flamant rose Atlas transcanadien Nouveau dictionnaire des médicaments Les observateurs de la Terre 50 DANS LE PROCHAIN NUMÉRO L’ UNIVERSITÉ DU QUÉBEC CHICOUTIMI .HOU VN Créée en 1968 par l’Assemblée nationale.l’Université du Québec constitue aujourd’hui un réseau implanté dans sept villes et rayonne, en outre, dans quelque 35 sous-centres.Le réseau compte 11 établissements : six universités constituantes — l’Université du Qué bec à Montréal (UQAM), l'Univer sité du Québec à Trois Rivières (UQTR), l'Université du Québec à Chicoutimi (UQAC).l'Université du Québec à Rimouski (UQAR).rUniversité du Québec à Hull (UQAH).l’Université du Québec en Abitibi-Témiscamingue (UQAT); deux écoles supérieures — l’École nationale d’adminis (ration publique (ENAP), l’École de technologie supérieure (ETS); deux instituts de recherche — l’Institut national de la recherche scientifique (INRS), l’institut Armand-Frappier (IAF): un établissement de formation à distance — la Télé université (TELUQ).L'Université du Québec regroupe aujourd’hui une communauté universitaire de plus de 78000 étudiants, plus de 1800 professeurs réguliers et 3000 employés non enseignants.L'Université du Québec offre 370 programmes d’études de 1er cycle.117 programmes d’études de 2e et 3e cycles.Elle rassemble aussi une commu nauté scientifique travaillant sur plus d’un millier de projets de recherche recensés et disposant annuellement de 34 millions de dollars en subventions, contrats et commandites.Université du Québec LE RÉSEAU DE L’ EXCELLENCE I QUÉBEC SCIEKE 2875, boul.Laurier, Sainte-Foy (Québec) G1V 2M3 Tél.: (418) 657-3551 — Abonnements: poste 2854 Rédaction: SCIENCE-IMPACT: (418) 831-0790 On peut rejoindre la rédaction de Québec Science par courrier électronique, au numéro Infopuq QS 00101.DIRECTEUR Jacki Dallaire RÉDACTION La coordination rédactionnelle de QUÉBEC SCIENCE est effectuée par Les communications SCIENCE-IMPACT C.S.I.Itée Rédacteur en chef Jean-Marc Gagnon Adjointe à la rédaction Lise Morin Révision linguistique Robert Paré Recherches iconographiques Ève-Lucie Bourque Collaborateurs Jean-Marc Carpentier, Claire Chabot, Gilles Drouin, Claude Forand, François Goulet, Michel Groulx, Fabien Gruhier, Élaine Hémond, Madeleine Huberdeau, Yvon Larose, Claude Marcil, Félix Maltais, Danielle Ouellet, Raynald Pepin, Gilles Provost, Fernand Seguin, René Vézina.PRODUCTION Conception graphique Richard Hodgson Typographie Raymond Robitaille Photo couverture Ève-Lucie Bourque Séparation de couleurs et photogravure Gravel Photograveur Inc.Impression Interweb inc.PUBLICITÉ Marie Prince 2875, boulevard Laurier Sainte-Foy, Québec G1V 2M3 Tél: (418) 657-3551, poste 2842 COMMERCIALISATION Abonnements Nicole Bédard Distribution en kiosques Messageries dynamiques Membre de: CPPA Abonnements Au Canada: Régulier: (1 an/11 nos): 25,00$ Spécial: (2 ans/22 nos): 44,00$ Groupe: (1 an/11 nos): 23,00$ (10 ex.à la même adresse) À l’unité 2,95$ À l’étranger: Régulier:,(1 an/11 nos): 35,00$ Spécial: (2 ans/22 nos): 61,00$ À l’unité: 3,50$ Pour abonnement ou changement d’adresse: QUÉBEC SCIENCE C.P.250, Sillery GIT 2R1 Jk u premier abord, l’article sur les lecteurs optiques de François XJ Beaulieu (qui effectue un retour dans les pages de Québec Science) A A a quelque chose de profondément insécurisant pour des gens qui, comme moi, font profession de rédaction et d’édition.Avec la diffusion de plus en plus étendue des lecteurs optiques, la plupart des métiers de transcription de textes et de données (qui sont déjà en voie de disparition depuis plusieurs années) seront purement et simplement éliminés.Mais la reproduction est loin (et même très loin!) d’être l’essentiel du métier d’éditeur.J'ajouterais qu’il s’agit de sa partie la plus fastidieuse.En fait, le plus important est de commander et de choisir des articles dans l’optique des lecteurs.Quelle histoire ! Pas trop susceptible, souhaitons-le, d’affecter la santé mentale de plusieurs Québécois ! Une santé mentale dont Robert Verreault nous dit que les moyens pour la promouvoir et la maintenir ont grand besoin d’être améliorés.Heureusement, il n’y a pas de quoi développer de «pontophobie» à traverser les ponts du Québec, comme le constate notre collaborateur Gilles Drouin, dans un dossier qui n’est ni alarmiste, ni spectaculaire, mais combien intéressant à la veille de partir en vacances ! À lire pour tout savoir, ou presque, sur les ponts.Claire Chabot commence ce mois-ci une série de 11 portraits de pionniers de la science québécoise.Le premier et sans doute le plus connu de ces pionniers à qui nous devons une grande partie de notre patrimoine scientifique, est le frère Marie-Victorin, né Conrad Kirouac, «père» de la botanique québécoise et «promoteur», entre autres, du Jardin botanique de Montréal.Claire Chabot le présente à travers le témoignage d’un autre pionnier (encore vivant, heureusement !), Pierre Dansereau.Un autre article, signé par Raymond Lemieux, porte sur le flottage du bois sur les cours d’eau du Québec.Heureusement, la drove prend de plus en plus l’allure d’une tradition que les préoccupations environnementales veulent reléguer au folklore.Mais il ne s’agit pas d’un simple jeu de billes et bien des considérations de nature économique entrent en ligne de compte.Enfin, pour oublier numériseurs mangeurs de caractères, maladies mentales, ponts à risques, draveurs noyés et pionniers disparus, quoi de mieux, à la veille des fêtes de la Saint-Jean et de la Confédération, que de regarder un feu d’artifice avec les yeux d’un journaliste scientifique curieux de tout comme Raynald Pépin?Toutes les chroniques de ce numéro sont aussi à lire absolument.Il y est question, entre autres, de chaleur, dans La Dimension cachée, et.du sourire d’un flamant rose, dans Lu pour vous.Sans oublier, bien sûr, la revue de l’actualité que nous prépare l’Agence Science-Presse, ni Pour ou contre?, qui présente ce mois-ci le point de vue de deux botanistes à l’emploi du Jardin botanique de Montréal, Marc St-Arnaud et Gilles Vincent, sur l’usage des pesticides en milieu urbain, une opinion que n’aurait pas désavouée l’illustre fondateur du Jardin.QUÉBEC SCIEtKE 2875, boul.Laurier, Sainte-Foy (Québec) G1V 2M3 Tél.: (418) 657-3551 — Abonnements: poste 2854 Rédaction: SCIENCE-IMPACT: (418) 831-0790 On peut rejoindre la rédaction de Québec Science par courrier électronique, au numéro Infopuq QS 00101.DIRECTEUR Jacki Dallaire RÉDACTION La coordination rédactionnelle de QUÉBEC SCIENCE est effectuée par Les communications SCIENCE-IMPACT C.S.I.Itée Rédacteur en chef Jean-Marc Gagnon Adjointe à la rédaction Lise Morin Révision linguistique Robert Paré Recherches iconographiques Ève-Lucie Bourque Collaborateurs Jean-Marc Carpentier, Claire Chabot, Gilles Drouin, Claude Forand, François Goulet, Michel Groulx, Fabien Gruhier, Élaine Hémond, Madeleine Huberdeau, Yvon Larose, Claude Marcil, Félix Maltais, Danielle Ouellet, Raynald Pepin, Gilles Provost, Fernand Seguin, René Vézina.PRODUCTION Conception graphique Richard Hodgson Typographie Raymond Robitaille Photo couverture Ève-Lucie Bourque Séparation de couleurs et photogravure Gravel Photograveur Inc.Impression Interweb inc.PUBLICITÉ Marie Prince 2875, boulevard Laurier Sainte-Foy, Québec G1V 2M3 Tél.: (418) 657-3551, poste 2842 COMMERCIALISATION Abonnements Nicole Bédard Distribution en kiosques Messageries dynamiques Membre de: CPPA Abonnements Au Canada: Régulier: (1 an/11 nos): 25,00$ Spécial: (2 ans/22 nos): 44,00$ Groupe: (1 an/II nos): 23,00$ (10 ex.à la même adresse) À l’unité 2,95$ À l’étranger: Régulier:.(1 an/11 nos): 35,00$ Spécial: (2 ans/22 nos): 61.00$ À l’unité: 3,50$ Pour abonnement ou changement d’adresse: QUÉBEC SCIENCE C.P.250.Sillery GIT 2R1 QUÉBEC SCIENCE / JUIN 1988 5 COURRIER AU NOM DE LA RAISON.Nous avons lu avec attention l’article de Lucie Pagé, paru dans le numéro d’avril dernier, intitulé «Au nom de la raison», et portant sur les fausses sciences.En accord avec l’auteur, nous trouvons important de dénoncer les faux voyants et les faux guérisseurs, de combattre ce qui peut nuire à la santé physique ou psychologique et de lutter contre les fausses croyances.Là où nous sommes en désaccord, c’est dans l’association trompeuse entre les phénomènes «dits» paranormaux et les fausses sciences.L’article met en effet complètement de côté l’approche scientifique des phénomènes psi (la parapsychologie ou la psilogie).Et pourtant, au Québec, il se donne, depuis plus de dix ans et dans au moins une douzaine de cégeps, le cours Introduction à la psilogie.Plus d’un milliard de personnes se sensibilisent chaque année à une approche rigoureuse des phénomènes psi, comme la perception extrasensorielle et la psycho-kinésie, et développent une attitude d’ouverture critique face à ces phénomènes.Dans ces cours, les faux voyants et les faux guérisseurs sont bien sûr dénoncés.La dénonciation de divers cas n’implique cependant pas que le sujet est clos et qu’il n’y a plus rien à dire.Ce serait une erreur de logique (si chère aux rationalistes), la partie n’étant pas le tout.Quantité d’expériences scientifiques bien contrôlées peuvent alimenter la réflexion et la discussion sur les phénomènes psi.Nier toute possibilité d’existence de phénomènes non encore expliqués dans le cadre actuel de la science, c’est non seulement insoutenable, mais c’est aussi augmenter le risque que les gens s’adonnent aux fausses croyances.Car la négation est tellement massive et peu nuancée, que cette position perd de sa crédibilité et ne permet pas aux gens de développer leur esprit critique.Les sceptiques, par un rationalisme étroit, risquent donc de nuire eux-mêmes à la réalisation de leurs propres objectifs.À quand un article bien documenté sur l’approche scientifique des phénomènes psi?Québec Science ne brille pas par sa rigueur dans ce domaine.L’article de Claude de Launière «La parapsychologie en question» (en septembre 1980), était une demi-vérité sur le sujet; celui de Lucie Pagé évite en quelque sorte le sujet.Nous sommes en droit d’être mieux renseignés, au nom de l’information.Jacques Boisvert Membre (critique) de l’Association des Sceptiques du Québec Saint-Lambert J’invite Lucie Pagé, les Sceptiques du Québec et leurs émules des États-Unis à plus de prudence et de modestie, quand ils balaient du revers de la main tout ce qu’ils appellent «pseudo-sciences», et quand ils mettent dans le même sac cartomancie et parapsychologie.Les grands philosophes, dont saint Thomas d’Aquin, étaient plus circonspects quand il s’agissait de s’opposer à une quelconque théorie.Ils avaient soin de faire la part des choses avant de condamner: ce qui les différencie des «pseudosceptiques» d’aujourd’hui, qui ne s’embarrassent pas de nuances ni de distinctions, faisant par là la preuve de leur manque flagrant de discernement.Ont-ils déjà oublié, ces ultrarationa-listes, que le grand Copernic a été condamné comme hérétique, par l’Église catholique et les sceptiques de son temps, pour avoir affirmé que la Terre tournait autour du Soleil et non l’inverse?Le célèbre Einstein, à qui on posait des questions concernant les OVNIS, se contenta de répondre: «Ces gens-là ont vu quelque chose, mais je sais pas quoi ! », se gardant bien d’aller plus loin que d’avouer son ignorance en la matière.L’Université Duke, de Durham, en Caroline du Nord, a jugé bon de se doter d’une chaire de parapsychologie dont le titulaire est le professeur J.B.Rhine, qui possède des qualifications impressionnantes.Cette université, qui en vaut bien d’autres, serait-elle dirigée par des imbéciles?Jean-N.Paquet Magog PROBLÈME Je vous félicite pour l’excellence de votre revue.J’aimerais toutefois exprimer mon désaccord au sujet d’une affirmation de M.Mandelbrot, dans votre chronique «Interview» du mois d’avril.Sur les chemins de la connaissance, les fausses sciences font rarement bonne route.Mais tout sceptique digne de ce nom, ne doit pas perdre de vue que les vrais scientifiques peuvent, à l’occasion, faire fausse route.Il en va ainsi lorsque M.Benoît Mandelbrot déclare: «Nous sommes habitués à penser que nous vivons dans un monde à trois dimensions spatiales et, depuis Einstein, nous voyons le temps comme la quatrième dimension.» Cette affirmation sous-entend que le temps serait la quatrième dimension de l’espace.Je ne comprends pas toute l’ardeur que semble mettre Québec Science, dans l’article sur les fausses sciences paru dans le numéro d’avril 1988, à dénigrer de façon subjective et très amateur tout ce qui n’est pas considéré comme science.J’adore la science, mais sans pour autant refuser catégoriquement d’autres approches.La lecture de Québec Science est nécessairement alourdie par votre lutte ridicule et votre chasse aux sorcières.J.Auger Montréal Certains lecteurs ont raison de souligner que, dans mon article sur les fausses sciences, j'ai tenu nul compte de l’approche scientifique des phénomènes psi.Là n’était pas le but de mon article.Je visais surtout à mettre en lumière le fait que les faux voyants et les faux guérisseurs sont des fraudeurs qui exploitent la crédulité des gens.J’avoue cependant qu’il est très difficile d’établir la frontière entre les fausses sciences et les phénomènes psi.Loin de «nier toute possibilité d’existence de phénomènes non encore expliqués dans le cadre actuel de la science», comme on m’accuse de le faire, je crois que, effectivement, il serait intéressant d’écrire un article sur les bases scientifiques des phénomènes psi.Cependant, je persiste à croire que toute pseudoscience mérite un sain doute.jusqu’à preuve du contraire ! Lucie Pagé D’ESPACE-TEMPS Or, rien n’est plus faux.La relativité a montré que les mesures de temps et d’espace ne sont pas indépendantes : d’où la fusion intime de ces deux notions en l’espace-temps.Cependant, il ne faut pas oublier que le temps y joue un rôle parfaitement distinct de celui de l’espace.La très grande majorité des relativistes admettent que les coordonnées d’espace sont au nombre de trois et que la quatrième variable représente une «dimension» imaginaire.Par conséquent, prétendre que le temps est une dimension de l’espace est aussi absurde que prétendre que la croissance d’un individu est une dimension de son corps.lit TE itjoui !*ts: kits Iftt, ttjoii fcti H Vis fltili, V Réjean Daigle Vanier 6 JUIN 1988 / QUÉBEC SCIENCE POUR OU CONTRE?Les pesticides en milieu urbain ijm •i'ifp ifil Im il)» M m3 » I «I ttd m il ih /his il.VI ¦Ink it *! Kl i ; ¦¦¦ lidfi 116^ iKii) * par Marc ST-ARNAUD et Gilles VINCENT* Depuis un certain temps, on voit se multiplier, dans les revues et journaux, des articles cherchant à sensibiliser la population aux dangers associés à l’utilisation des pesticides.Parallèlement, l’industrie reliée à l’aménagement paysager est en plein essor et on assiste à une véritable explosion de la demande pour les services d’entretien.Alors qu’il y a seulement 10 ans, les entreprises spécialisées dans l’entretien de pelouses étaient très peu nombreuses, on en compte aujourd’hui quelques centaines.Les plus importantes possèdent de véritables flottes de camions et offrent une gamme complète de services en ce domaine, dont, évidemment, l’application de pesticides.Par ailleurs, pour ceux qui préfèrent entretenir eux-mêmes leur coin de verdure, on propose toute une panoplie d’accessoires et de produits qui permettront d’obtenir une croissance luxuriante avec un minimum d’efforts ! En juin 1987, le gouvernement du Québec adoptait la Loi sur les pesticides.Cette loi a pour objet de régir et de contrôler les activités liées à l’usage des pesticides et comporte un ensemble de mesures visant à en assurer une gestion sécuritaire.Cette loi oblige aussi tous les vendeurs et la très grande majorité des utilisateurs de pesticides à obtenir un permis et un certificat, lequel ne sera décerné que si la personne a réussi l’examen prescrit ou reconnu par le ministère de l’Environnement.On ne peut que se réjouir de cette intervention du gouvernement et de sa volonté de mieux protéger notre environnement et notre santé.Une question reste cependant en suspens: ces produits, même utilisés avec circonspection et dans le cadre de l’usage précis pour lequel ils sont homologués, sont-ils réellement sans danger?Plusieurs de ces produits vendus pour usage domestique, dont le captane et le 2,4-D, voient aujourd’hui leur utilisation remise en question.À ce sujet, l’exemple du 2,4-D, un herbicide sélectif largement utilisé depuis 1947, est probant.Le 2,4-D est l’herbicide par excellence pour l’entretien des pelouses : il détruit pissenlits et autres mauvaises herbes à feuilles larges, sans affecter les graminées de la pelouse.Depuis quelques années, cependant, son utilisation est remise en cause, principalement par suite d’une étude réalisée conjointement par le National Cancer Institute et l’Université du Kansas.Cette étude épidémiologique laisse croire à une augmentation des risques d’apparition d’un cancer rare, l’hématosarcome non Hodgkinien, chez les travailleurs qui ont été exposés régulièrement au 2,4-D.Actuellement, de nombreux travaux sont toujours en cours, tant aux États-Unis qu’au Canada — notamment par le ministère de la Santé nationale et du Bien-être social du Canada —, et devraient permettre de déterminer précisément si le 2,4-D entraîne des problèmes de santé pour les utilisateurs.Il importe cependant de souligner que toutes ces études visant à mettre en relation le 2,4-D et certaines formes de cancer ont été réalisées sur des personnes qui sont en contact répété avec cet herbicide.À ce jour, en aucun cas il n’est fait mention de risques pour la population urbaine où le 2,4-D serait utilisé.UTILISER UNE MASSE POUR ÉCRASER UNE FOURMI Au-delà de ces considérations très techniques, la question qu’il faut peut-être se poser est la suivante: en milieu urbain, l’utilisation des pesticides est-elle indispensable?Bien malin qui peut répondre à cette question d’une façon définitive.Il ne manque pas de spécialistes pour nous citer en exemple des situations où l’utilisation d’un pesticide est la seule solution envisageable, sous peine de voir dépérir les plantes cultivées; d’autres spécialistes, par contre, pourront nous démontrer que, dans tel autre cas, une autre solution donnera d’aussi bons résultats, sans qu’on ait recours à un quelconque traitement chimique.Tous peuvent avoir raison, mais il est bien difficile de généraliser.Une chose demeure certaine: les pesticides sont des substances toxiques et moins on en utilise, moins les risques d’accidents sont élevés.À ce titre, l’exemple de la ville de Montréal est intéressant et illustre bien la volonté de minimiser le risque pour les citoyens.Lorsque l’on consulte la liste des pesticides en inventaire avant 1984 et qu’on la compare à celle de 1987, on constate une nette tendance à la réduction du nombre de produits utilisés.L’élimination de substances hautement toxiques a fait passer la liste de 30 produits, en 1984, à une dizaine, en 1987.La vraie solution passe beaucoup plus par un changement d’attitude envers ce que devrait être une pelouse ou un jardin esthétiquement acceptable.Ainsi, la présence de quelques pissenlits ou autres « mauvaises herbes » est-elle réellement si indésirable?Ne sommes-nous pas victimes de notre conditionnement à une certaine recherche de la perfection?De la même façon, pourquoi quelques pucerons sur un arbre devraient-ils entraîner automatiquement la pulvérisation d’un puissant insecticide ?Ne pourrait-on pas commencer par essayer de les déloger avec un jet d’eau?Et les dommages causés sont-ils si graves?Est-ce qu’on doit employer une masse pour écraser une fourmi?Toute une panoplie de solutions de rechange est de plus en plus accessible aux gens désireux de réduire l’application de pesticides chimiques conventionnels et cela, tout en leur permettant d’avoir un jardin convenant à leurs attentes.Nous sommes les seuls maîtres de ce que nous considérons comme acceptable dans notre environnement, surtout lorsque celui-ci est représenté par notre pelouse ou notre jardin.À nous, donc, de choisir et, qui sait?cela nous portera peut-être ensuite à considérer qu’un fruit ou un légume moins parfait, mais contenant également moins de pesticides, est quand même préférable.* Les auteurs sont botanistes au Jardin botanique de Montréal et responsables de l’expertise en matière de protection des végétaux pour la ville de Montréal.QUÉBEC SCIENCE / JUIN 1988 7 INRS OCEANOLOGIE En mai dernier, on annonçait, à Rimouski, la construction de la nouvelle station aqui-cole de Pointe-au-Père.L’INRS-Océanologie s’enrichit ainsi d’installations de premier ordre qui lui permettront de renforcer le rôle moteur qu’il joue en recherche océanologique.De vastes bassins d’expérimentation en eau de mer, des dispositifs permettant l’étude des écosystèmes marins et des phénomènes de pollution, des laboratoires pour les études fines de la biologie des espèces importantes sur le plan commercial.Tous ces équipements serviront une meilleure compréhension et une exploitation plus rationnelle des richesses marines.Bien ancrés dans le Québec maritime, l’INRS-Océanologie et son laboratoire de Pointeau-Père sont aussi, dès maintenant, un atout majeur pour le développement des industries de la mer dans cette région.Un contexte idéal pour la recherche océanologique: ?Environnement marin ?Milieu physique côtier ?Écotoxicologie ?Processus physiologiques et biochimiques en milieu marin ?Processus liés à l’aquiculture Renseignements: Tél.: Québec (418)654-2500 Rimouski (418) 724-1651 L’INRS LE SCEAU DE QUALITÉ EN RECHERCHE ORIENTÉE Université du Québec Institut national de la recherche scientifique LES PIONNIERS LE FRERE MARIE-VICTORIN : la ferveur scientifique par Claire CHABOT * Fondateur de l’Institut botanique de l’Université de Montréal et créateur du Jardin botanique de Montréal, il est aussi, bien sûr, l’auteur de La flore laurentienne, la bible des botanistes, qui reste l’ouvrage le plus complet écrit sur la flore du Québec.Mais qui est ce frère Marie- Victorin qui a incarné pour plusieurs générations, le symbole du développement scientifique du Québec?-.wY ci'-J «• Enthousiasmé par les travaux de Mendel, le frère Marie-Victorin introduisit les premières notions de génétique au Québec.Il a fourni les interprétations les plus poussées sur le dynamisme de la flore québécoise, dans une perspective géographique et en utilisant toutes les données scientifiques de son époque ! Doté d’une forte personnalité, Marie-Victorin, pourtant, n’était guère exubérant, comme le rappelle l’écologiste Pierre Dansereau.«Il donnait une poignée de main plutôt molle; il n’y avait rien d’enlevé dans ses gestes.Son intensité intérieure se traduisait par le regard et la parole.Il vivait la découverte et les rythmes du monde végétal comme on peut vivre la peinture ou la musique.» LA PIQÛRE DE LA BOTANIQUE Atteint de tuberculose à 20 ans, le jeune frère Marie-Victorin, est dis- * La rédaction de cette série d'articles a été réalisée dans le cadre du Programme de soutien aux activités de diffusion de la culture scientifique et technique du ministère de l'Enseignement supérieur et de la Science.QUÉBEC SCIENCE / JUIN 1988 9 Jardin botanique de Montréal pensé temporairement de son travail d’enseignant et part explorer la flore, son «Provancher» sous le bras.Maniant avec peine les clés analytiques, il cherche désespérément dans la Flore canadienne de l’abbé Léon Provancher, le nom d’une plante, lorsqu’un habitant, la hache sur l’épaule, lui demande: «Qu’est-ce que vous cherchez mon frère?— Le nom de cet herbage à fleur jaune.— Comment! Vous connaissez pas ça?Bénite ! C’est l’ail douce, mon frère, c’est l’ail douce!» Il regarde «ail doux» à la table des matières et trouve fièrement: «Érythrone d’Amérique» .Celui qui, à ses débuts, n’était pas très «connaissant» dans les «racinages» a choisi cette anecdote pour symboliser le début de sa passion pour la botanique, soulignant le chemin parcouru pour devenir un botaniste d’envergure internationale.Sa rencontre avec le frère Rolland-Germain, professeur au Collège de Longueuil, est déterminante pour sa carrière de botaniste.Excellent taxo-nomiste, le frère Rolland lui apprend à reconnaître les plantes qu’ils rapportent de leurs premières herborisations et l’initie aux méthodes scientifiques.Dans leurs temps libres, les deux enseignants parcourent à pied Saint-Bruno et Chambly, pour ensuite pousser leur récolte plus loin et constituer ainsi un herbier important.Ensemble, ils explorent la province, du Témiscamingue aux îles-de-la-Madeleine et de l’Abitibi aux Cantons-de-l’Est.«Lorsque Marie-Victorin commence à s’intéresser à la botanique, de puissants courants scientifiques projettent une image dynamique de la biosphère, image qui le marquera de façon profonde tout au long de sa carrière», explique Luc Brouillet, professeur à l’Institut botanique de Montréal.Dès 1908, Marie-Victorin publie un article sur ses premières découvertes, «Additions à la Flore d’Amérique», dans le Naturaliste canadien.Déjà, il sent le besoin de s’ouvrir à la communauté scientifique.Il entretient une correspondance avec plu- Le frère Marie- Victorin, âgé de 21 ans, dans son petit laboratoire au Collège de Longueuil (1906).Une grave hémorragie pulmonaire l'ayant forcé à délaisser l’enseignement, il amorce ses recherches en botanique.sieurs scientifiques, dont Merritt Lyndon Fernald, professeur à Harvard, considéré à l’époque comme le plus grand botaniste d’Amérique du Nord.Cette correspondance, des plus précieuses pour Marie-Victorin, est un moyen simple et efficace pour être à l’affût des développements récents et des nouvelles théories de la communauté scientifique internationale.C’est à cette époque qu-’il rencontre Francis E.Lloyd, professeur de botanique à McGill.Le livre que lui donne Lloyd ce jour-là, Plant Breeding de Davenport, lui révèle les théories de Mendel qui bouleverseront sa recherche.S’appuyant sur ces notions de génétique encore primaires, il publie, l’année suivante, «Notes sur deux cas d’hybridisme naturel» où il pourfend, tel un don Quichotte, le darwinisme, selon lui en pleine décadence, et conclut que «la loi des hybrides de Mendel lui a porté le coup fatal».Il faut dire que, dans les années 20, l’idée que l’homme serait issu des hasards de la sélection naturelle répugne encore aux humanistes, aux religieux et même à quelques savants.« Élevé dans la foi catholique et membre d’une communauté religieuse, le frère Marie-Victorin ne pouvait accepter l’idée d’évolution telle que le darwinisme le présentait», rappelle Luc Brouillet.DU PETIT LABORATOIRE À L’INSTITUT BOTANIQUE La carrière universitaire de Marie-Victorin commence avec la création, en 1920, de l’Université de Montréal, récemment affranchie de l’Université Laval.On confie alors, faute de botaniste canadien-français diplômé, la chaire de botanique à cet autodidacte de 35 ans.Sa communauté religieuse lui refuse des études en Europe.Dispensé du baccalauréat et de la licence, il présente un travail sur les Filici-nées, c’est-à-dire les fougères, et obtient, en 1922, un doctorat en règle, le premier doctorat ès sciences décerné au Canada français.Pour enseigner à l’université, Marie-Victorin obtient une permission spéciale de ses supérieurs.La première année, il a, comme étudiants, trois frères des Écoles chrétiennes, sa propre communauté, dont le frère Alexandre qui, plus tard, illustrera La flore laurentienne.Marie-Victorin raconte les débuts: «Ce furent des temps héroïques ! Ni local, ni matériel! Comme seule richesse, du vent dans les voiles.Les élèves s’asseyaient sur des boîtes vides, le 10 JUIN 1988 / QUÉBEC SCIENCE professeur s’adossait au mur.Ne parlons pas non plus des livres.En ce temps-là, on croyait dur que les manuels usités par nos pères sont partie intégrale de nos traditions nationales et que les plus vieux, comme les vins, sont les meilleurs.» L’écologiste Pierre Dansereau, un de ses plus brillants élèves, se souvient de son professeur : « Il savait traiter de botanique avec rigueur et en tenant compte des idées courantes et des recherches en cours, et ceci, malgré la pauvreté de notre bibliothèque et de nos moyens d’information.» Les premières années, la bibliothèque ne tient que sur une tablette.Afin d’augmenter sa collection de livres et de périodiques, Marie-Vic-torin envoie une circulaire pour obtenir des souscriptions privées.Son adjoint, Jules Brunei, propose d’envoyer partout dans le monde des exemplaires des Contributions de l’Institut botanique de l’Université de Montréal.Ses espoirs ne sont pas déçus: il reçoit en échange des centaines de publications botaniques intéressantes.À LA RECHERCHE DES ORIGINES En 1929, le frère Marie-Victorin profite du Congrès international de botanique, à Capetown en Afrique du Sud, pour entreprendre un voyage qui le mènera, pendant six mois, à travers l’Europe, l’Afrique et le Moyen-Orient.Sa communauté religieuse le laisse disposer à sa guise de l’héritage que son père lui a laissé pour payer, entre autres, ses dépenses de voyage.Délégué par l’Université McGill, Francis Lloyd l’accompagne à travers les jardins botaniques et les départements des universités des trois continents.En visitant les Jardins royaux de Kew, en Angleterre, ou le Jardin botanique d’Orotava, des îles Canaries, il cultive secrètement le projet d’un jardin botanique pour Montréal.Les pérégrinations de Marie-Victorin en Afrique et dans les Antilles, selon Pierre Dansereau, ont agrandi ses horizons et replacé le pays «lau-rentien» dans un cadre qui exigeait des interprétations nouvelles.«À une époque où l’on ne considérait guère les structures de végétation, il signalait une analogie entre les savanes d’Acacias africaines et les savanes d’Aubépines du Québec.» L’idée du rôle de l’évolution dans le dynamisme de la flore québécoise avait germé dans son esprit.C’est au congrès de Capetown qu’il fait la rencontre de l’abbé Henri Breuil, paléontologue réputé.Au retour, influencé par les positions de Teilhard de Chardin et de l’abbé Breuil, tous deux des scientifiques religieux, les réticences morales de Marie-Victorin tombent et il se range définitivement du côté des évolutionnistes.«Au cours des années 30, rappelle Pierre Dansereau, Marie-Victorin faisait assurément figure de libérateur.Il connaissait les textes de Teilhard de Chardin, qui circulaient sous le manteau.Il a choqué plus d’un de ses auditeurs de la «cave» de la rue Saint-Denis, en découvrant des perspectives scientifiques qu’une Église conformiste voulait tenir fermées.Ses supérieurs ne l’ont jamais brimé comme le faisaient ceux de Teilhard, mais, à quelques reprises, son obéissance nous surprenait, même si son humilité nous émouvait.» UNE RÉCOLTE DE GRAND CRU: LA FLORE LA URENTIENNE Sous l’influence de Fernald, son botanical father, Marie-Victorin dirige ses herborisations autour du golfe Saint-Laurent, riche en espèces endémiques, c’est-à-dire des espèces très restreintes.Fernald, grand spécialiste de phytogéographie, défend une théorie appelée «théorie des nunataks».Cette théorie tente d’expliquer la présence d’espèces endémiques dans la flore contemporaine du golfe Saint-Laurent.Elle soutient que les glaciers auraient laissé quelques îlots libres de glace où une flore «reliquale» de l’époque tertiaire aurait survécu.C’est en cherchant à corroborer cette théorie que Marie-Victorin découvre une espèce endémique unique, le Chardon de Mingan, qui pousse exclusivement en Minganie.Sa ressemblance avec le Chardon des Rocheuses lui suggère plusieurs hypothèses, dont celle des «nunataks».Mais une légère dissemblance l’incite tout de même à le cataloguer comme une espèce nouvelle et, encore en 1988, les botanistes ne s’entendent pas tous sur la classification à adopter.Après avoir publié de nombreux articles sur la flore du Québec dans LEFBmMAB.E-VICTORIN Prénom: Conrad Nom: Kirouac ^ Falls, et lieu de naissance: Cantons-de-l’Est i944 à Saint-Hyacinthe, dé: accidentellerncnt^le en revenant dun ^ verltable mier *, arisateur scientifique- ^ Jardin botaniqu ^ ^ QUÉBEC SCIENCE / JUIN 1988 différentes revues scientifiques et dans les Contributions de l’Institut botanique de l’Université de Montréal, Marie-Victorin met sur pied une équipe dont feront partie le frère Rolland-Germain, Jules Brunei, Jacques Rousseau et le frère Alexandre, l’illustrateur, pour réaliser sa flore laurentienne qui paraît en 1935.Fier de son œuvre, Marie-Victo-rin écrit dans un lyrisme bien personnel: «Tu vas quitter dans un instant le berceau de roses où des mains discrètement dévouées t’ont placé, pour t’envoler, en battant des pages vers ton destin, qui sera non seulement la Grande Vallée, mais le monde lui-même.» «La flore laurentienne, affirme Pierre Dansereau, demeure un modèle qu’aucune flore territoriale n’a dépassé.Elle possède toute la rigueur des modèles offerts par les botanistes européens et américains, et elle comporte, en plus, une richesse extrême de renseignements qui ont fourni un point de départ à d’innombrables recherches.» «C’est Marie-Victorin, rappelle Luc Brouillet, qui, le premier au Québec français, a parlé d’écotype, de biosphère, d’association, de succession», le jargon des écologistes.Ces notions, on les retrouve clairement dans La flore laurentienne : «Les associations qui composent les flores sont en réalité des mosaïques vivantes où lentement, parallèlement à l’évolution physique des facteurs écologiques, et même indépendamment de cette évolution, se font des substitutions d’éléments.» Affligé d’une santé chancelante, Marie-Victorin passe ses derniers hivers dans l’île de Cuba, à herboriser avec le frère Léon, auteur de La flore de Cuba et avec qui il a entretenu une correspondance continue depuis qu’il l’a rencontré au Collège de Lon-gueuil.C’est dans les Itinéraires botaniques dans l’île de Cuba qu’on retrouve les notions phytogéographi-ques et écologiques les plus poussées.Le frère Marie-Victorin y souligne la parenté entre la flore antillaise et celle qu’il a observée lors de son voyage en Afrique.Il invoque même iLÏ-VV :ï: .1 1RS 4 ^ * s Le projet le plus cher à Marie- Victorin fut de doter Montréal d’un jardin botanique.On le voit ici, à gauche, dans les serres du jardin (1936), en compagnie de Henry Teuscher, l’horticulteur qui en réalisa les plans.-I H kl l’hypothèse de Wegener sur la dérive des continents.«Les savanes de l’Afrique lui ont inspiré des idées sur les aubépines de Montréal, et l’arbre à Kapok de Cuba lui a fait voir les trembles des Laurentides avec des yeux neufs », écrit Pierre Dansereau.L’ÉPOPÉE DU JARDIN BOTANIQUE C’est au retour de son périple dans les «vieux pays», en 1929, que Marie-Victorin élabore le projet d’un jardin botanique pour Montréal.C’est le début de la grande crise et, même si le botaniste n’y voit aucun inconvénient, le moment semble mal choisi pour convaincre les contribuables de la nécessité d’un projet aussi ambitieux.Le maire de Montréal, Cami-lien Houde, un ancien du Collège de Longueuil, appuie son projet et lui affecte le site actuel de Maisonneuve et une somme de 100 000$, tirée à même les fonds de chômage.Marie-Victorin se rend à New York inviter le grand horticulteur Henry Teuscher, Allemand émigré aux États-Unis, à venir réaliser les plans du Jardin botanique de Montréal.C’est d’ailleurs Teuscher qui en sera le véritable architecte, mettant en œuvre son «jardin botanique idéal».La première serre et un pavillon administratif sont à peine construits que les travaux de chômage sont abandonnés pour des secours directs à la population.«Cela devait durer quatre années entières.Je ne perdais cependant pas courage, continuant,
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