Québec science, 1 janvier 1988, Septembre
2,95$ Volume 27, numéro 1 Septembre 1988 DUEBEC SCIEMCE A TECHNOLOGIE E LA COURSE S RETOMBÉES DANS VOTRE VOITURE l\ CHIRURGIE E L’ESPOIR k NAVETTE SOVIÉTIQUE MFIN DÉVOILÉE ES BRANCHES / IA RESCOUSSE DES SOLS?W Jk LON urrier de 2e classe, enregistrement n° 1052.Port payé à Québec.P.250.Sillery.Québec.Canada GIT 2R1. Pourquoi les étudiants formés à l’INRS ont-ils choisi l’Institut national de la recherche scientifique pour leurs études de maîtrise et de doctorat?Leur réponse*: ?Champs d’études et de recherches intéressants en énergie, santé, sciences de l’eau, télécommunications, urbanisation ?Programmes exclusifs et multidisciplinaires ?Réputation des professeurs-chercheurs de l’INRS ?Milieu de recherche dynamique et liaison avec les entreprises ?Bourses alléchantes, ressources physiques excellentes ?Facilité de trouver un emploi intéressant * Selon une enquête réalisée par l’INRS auprès de ses anciens étudiants et stagiaires.Les études de pointe à l’INRS ?Maîtrise et doctorat en énergie ?Maîtrise et doctorat en sciences de l’eau ?Maîtrise et doctorat en télécommunications ?Maîtrise en analyses et gestions urbaines ?Accueil pour étude en océanologie et en géoressources ?Stages et études postdoctorales Renseignements: (514) 468-7700 (418) 654-2524 (514) 765-7844 (514) 499-4000 (418) 654-2606 (418) 654-2606 »Ê L’INRS LE SCEAU DE QUALITÉ EN RECHERCHE ORIENTÉE Université du Québec Institut national de la recherche scientifique SOMMAIRE Septembre 1988 'aime 27, numéro 1 CHRONIQUES ARTICLES LES PIONNIERS La chirurgie de l espoir Hans Selye.la découverte du stress Par Claire Chabot 15 LA DIMENSION CACHÉE Gonfles, ces muscles! Par Raynald Pepin Page 22 ACTUALITÉ Par l’Agence Science-Presse SPÉCIAL ACFAS Les programmes de sciences ne sont pas en cause Pesticides, métaux et Parkinson Vive les espadrilles Bonne nouvelle pour les cancéreux 44 DES SCIENCES À LOISIR Page 28 L’aéromodelisme Par Denis Gilbert 5 ENTRE LES LIGNES 6 COURRIER AA t EN VRAC De délicates interventions en microchirurgie reconstruisent, de façon incroyable, les parties mutilées du corps.Par Madeleine Huberdeau 28 La technologie de la course automobile Plusieurs des innovations technologiques amenées par la course automobile se retrouvent dans nos voitures.Par Bruno Gilbert et Stéphane B.Gousse La navette soviétique enfin dévoilée Après dix années de mystère, les principales caractéristiques de la navette spatiale soviétique sont enfin révélées.Par Jean-Marc Carpentier 40 Les branches à la rescousse des sols?L’épandage de copeaux d’arbres peut-il être une solution à l’appauvrissement des sols?Des chercheurs y croient.Par Régys Caron Page 34 Hommage à Fernand Seguin Par Jean-Marc Gagnon LU POUR VOUS Image de soi et chirurgie esthétique Le cerveau de l’enfant La faune du Québec Les jardins d’oiseaux 50 DANS LE PROCHAIN NUMÉRO QUÉBEC SCIENCE, magazine à but non lucratif, est publié 11 fois l’an par les Presses de l’Université du Québec.La direction laisse aux auteurs l’entière responsabilité de leurs textes.Les titres, sous-titres, textes de présentation et rubriques non signées sont dus à la rédaction.Tous droits de reproduction, de traduction et d’adaptation réservés.Télex: 051-31623 Dépôt légal: Bibliothèque nationale du Québec Troisième trimestre 1988, ISSN-0021-6I27 Répertorié dans Point de repère e Copyright 1988 QUÉBEC SCIENCE PRESSES DE L'UNIVERSITÉ DU QUÉBEC Page 40 QUÉBEC SCIENCE / SEPTEMBRE 1988 3 SAVOUREZ EN TOUTES SAISONS LE FRUIT DU SAVOIF EN LISANT INTERFACE L* ÔU < ô A , m .h Beau temps, mauvais temps, INTERFACE vous offre dans chaque numéro une entrevue avec une figure marquante de notr communauté scientifique, des articles de recherche dans toutes les disciplines, des chroniques sur l’actualité scientifique un reportage sur un organisme de recherche, ainsi que des informations sur les subventions, les bourses, les prix, le événements à venir, les dernières parutions et les offres d’emploi.De plus, chaque été, INTERFACE publie un Bottin de I: recherche où plus de 700 institutions et 10 000 noms sont recensés Abonnement (5 numéros/an plus le Bottin de la recherche) Régulier : 25,00$ Étudiant*: 12,50$ Institution/étranger: 50,00$ EU Master Gard EU Visa EE chèque EE mandat poste EE comptant N0 de la carte___________________ Date d’expiration ¦Joindre une photocopie de la carte d'étudiant INTERFACE NOM PRÉNOM INSTITUTION D’ATTACHE (département ou division) ADRESSE AU TRAVAIL (ou de correspondance) VILLE PROVINCE CODE POSTAL STATUT : professeur-e ?administrateur-e ?étudiant-e ?CHERCHEUR-E ATTITRÉ-E ?JOURNALISTE-RELATIONNISTE ?AUTRE ?SEXE: FÉMININ ?MASCULIN ?DOMAINE D’ACTIVITÉ (en trois mots ou groupe de mots-clés) TÉLÉPHONE (AU TRAVAIL) Faire irvenir à: Acfas.2730.Chemin Côte Sainte-Catherine.Montréal (Québec) H3T 1B7.Tél.: (514) 342-1411 a: QUÉBEC SCIENCE 2875, boul.Laurier, Sainte-Foy (Québec) G1V 2M3 Tél.: (418) 657-3551 — Abonnements: poste 2854 Rédaction: SCIENCE-IMPACT: (418) 831-0790 On peut rejoindre la rédaction de Québec Science par courrier électronique, au numéro Infopuq QS 00101, ou par télécopieur: (418) 657-2271 DIRECTEUR Jacki Dallaire RÉDACTION La coordination rédactionnelle de QUÉBEC SCIENCE est effectuée par Les communications SCIENCE-IMPACT C.S.I.Itée Rédacteur en chef Jean-Marc Gagnon Adjointe à la rédaction Lise Morin Révision linguistique Robert Paré Recherches iconographiques Ève-Lucie Bourque Collaborateurs Jean-Marc Carpentier, Claire Chabot, Gilles Drouin, Claude Forand, Michel Groulx, Fabien Gruhier, Élaine Hémond, Madeleine Huberdeau, Jean Lalonde, Yvon Larose, Claude Marcil, Félix Maltais, Danielle Ouellet, Raynald Pepin, Gilles Provost, Jean-Guy Rens, René Vézina.PRODUCTION Conception graphique Richard Hodgson Typographie Raymond Robitaille Photo couverture Stéphane B.Gousse Séparation de couleurs et photogravure Gravel Photograveur Inc.Impression Interweb inc.PUBLICITÉ ET MARKETING Marie Prince 2875, boulevard Laurier Sainte-Foy, Québec G1V 2M3 Tél.: (418) 657-3551, poste 2842 COMMERCIALISATION Abonnements Nicole Bédard Distribution en kiosques Messageries dynamiques Membre de CPPA Abonnements Au Canada: Régulier: (1 an/11 nos): 25,00$ Spécial: (2 ans/22 nos): 44,00$ Groupe: (1 an/11 nos): 23,00$ (10 ex.à la même adresse) À l’unité 2,95$ À l’étranger: Régulier: (1 an/11 nos): 35.00$ Spécial: (2 ans/22 nos): 61,00$ À l’unité: 3.50$ Pour abonnement ou changement d’adresse: QUÉBEC SCIENCE C.P.250.Sillery G1T2R1 û vec cette couverture sur la technologie de la course automobile, on peut dire que notre année commence en grande! Les auteurs de AM cet article, Stéphane B.Gousse et Bruno Gilbert, deux jeunes diplômés en sciences et mordus de course automobile, sont un peu les chroniqueurs automobile de Québec Science.Grâce à leur formation scientifique, ils sont capables de voir la technologie à travers le clinquant des carrosseries des formules 1 et d’en extrapoler les «retombées» éventuelles sur la prochaine voiture de M.et Mme Tout-le-Monde.Madeleine Huberdeau, dans son article intitulé La chirurgie de l’espoir, nous parle de corps mutilés confiés aux mains expertes des microchirurgiens.Ici encore, il s’agit de prouesses associant les connaissances les plus avancées et la dextérité humaine la plus fine.Réalisées dans le secret des salles d’opération, ces exploits ne peuvent attirer les foules, mais, comme le montrent les photos qui illustrent l’article, ils pourraient donner la chair de poule à plus d’un, tout autant que la course automobile.Un peu plus haut, beaucoup plus haut, en fait, dans l’espace, une autre course vient de connaître une accélération importante après le virage difficile de Challenger, avec l’arrivée en piste de la navette spatiale soviétique.Voilà bien dix ans qu’on en faisait tout un mystère.Jean-Marc Carpentier, journaliste scientifique polyvalent, s’il en est, et toujours à l’affût de la dernière innovation, décrit cette navette qui, lois de l'aérodynamique obligent, ressemblera fort à la navette américaine.Toute spatiale et technologique soit-elle, notre époque n'en est pas non plus à un paradoxe près.Ainsi, on cherche encore comment utiliser à bon escient le bois raméal, c’est-à-dire les branches des arbres que Ion abat depuis des siècles ! Comme le rapporte Régys Caron, des chercheurs tentent d’utiliser ce bois perdu en le réduisant en copeaux et en s’en servant pour fertiliser les sols appauvris par l’exploitation agricole.Nous savons tous ce qu’est le stress.Mais beaucoup de gens ignorent que c’est Hans Selye — le pionnier de la science québécoise que nous présente Claire Chabot, ce mois-ci — qui a utilisé ce mot, pour la première fois, il y a 50 ans, pour décrire le mécanisme d’adaptation du corps humain à son environnement.Hans Selye, un personnage coloré de l histoire de la science québécoise à connaître absolument ! Dans «La dimension cachée», Raynald Pepin en fera réagir plus d’un en dégonfant le mythe des muscles, et Denis Gilbert termine sa série sur les loisirs scientifiques en nous présentant un mordu de I aéromodélisme.Daniel Harlond.Enfin, une bien triste nouvelle survenue alors que notre édition de juillet-août était sous presse: le décès de Fernand Seguin, père de la communication scientifique québécoise, à qui nous rendons un hommage bien mérité, plus loin dans ce numéro.QUÉBEC SCIENCE / SEPTEMBRE 1988 5 COURRIER i Témoignages sur le 25e anniversaire de Québec Science À l’occasion de son 25e anniversaire, Québec Science a reçu des témoignages d’appréciation de la part de ses lecteurs et de diverses personnalités.Les témoignages des lecteurs sont trop nombreux pour être rapportés ici.Voici, cependant, quelques extraits des commentaires formulés par un certain nombre de personnalités.À tous et à toutes les plus sincères remerciements de la direction et du personnel de Québec Science.L’intérêt manifesté par les Québécois pour l’information scientifique s’est accru et je tiens à souligner que l’apport de Québec Science à cet égard est plus que remarquable.Brian Mulroney Premier ministre du Canada Cet heureux événement mérite d’autant plus d’être souligné que cette publication à but non lucratif a su relever l’exigeant mais combien nécessaire défi d’ouvrir les frontières du monde scientifique à plusieurs générations de Québécoises et de Québécois, et s’avérer ainsi un précieux outil de connaissance et de réflexion.Robert Bourassa Premier ministre du Québec En cette année anniversaire, il m’est agréable de souhaiter longue et fructueuse vie à Québec Science et de remercier les nombreux lecteurs, les annonceurs et le personnel de leur engagement et de leur fidélité envers le magazine.Gilles Boulet Président Université du Québec Éveiller l’intérêt des Canadiens à l’égard des sciences est un défi de taille, Québec Science l’a relevé avec brio.Je suis certain de l’influence du magazine sur le développement des mentalités face à la haute technologie dans le domaine de l’emploi.Benoit Bouchard Ministre de l’Emploi et de l’Immigration du Canada Radio-Canada connaît bien l’excellence de Québec Science et le rôle que joue ce périodique dans le domaine de la vulgarisation scientifique et technologique.Je tiens à offrir aux responsables de Québec Science nos meilleurs vœux à l’occasion de son 25e anniversaire.Antonin Boisvert Vice-président à la communication Société Radio-Canada Je souhaite longue vie à votre magazine ! Robert C.Darveau Président Rexfor Nous reconnaissons l’importance des buts poursuivis par votre organisme et de ses réalisations.Nous vous souhaitons le meilleur des succès dans la réalisation de vos objectifs ! André Sicotte Vice-président aux communications Provigo Permettez-moi de vous féliciter, ainsi que votre équipe, pour la qualité du travail accompli au cours des années.Je vous encourage à continuer et vous souhaite tout le succès désiré dans la poursuite de vos objectifs.Richard D.French Ministre des Communications Félicitations pour l’excellence de votre périodique de vulgarisation scientifique et technologique publié par les Presses de l’Université du Québec.Sincères félicitations à toute l’équipe rédactionnelle à l’occasion de ce 25e anniversaire ! J.A uguste Mockle Président-directeur général Régie de l’assurance-maladie du Québec Nous reconnaissons la valeur indéniable de votre publication.J.R.Bombardier Vice-président du Conseil Bombardier Le rôle remarquable de vulgarisation scientifique que joue Québec Science nous réjouit, ainsi que le succès que remporte cette publication de classe.Meilleurs vœux de succès à toute l’équipe ! Diane Wilhelmy Sous-ministre Ministère des Relations internationales du Québec Permettez-moi de vous féliciter pour le 25e anniversaire de Québec Science.Ce magazine a contribué au développement d’une génération de jeunes scientifiques québécois.Et on ne peut que souhaiter qu’il poursuive le plus longtemps possible, parmi nous, son œuvre inestimable.John Ciaccia Ministre de l’Énergie et des Ressources du Québec La réussite de ce magazine est unique au Canada et reflète le dynamisme exemplaire du monde de la vulgarisation scientifique québécois.À plusieurs occasions, le CRDI a pu rejoindre le public canadien grâce à des publicités dans les pages du magazine ou par l’entremise de reportages sur des recherches subventionnées par le CRDI.À chaque occasion, nous avons été impressionnés par le sérieux des artisans de Québec Science et la qualité de leur travail.Enfin, plusieurs stagiaires africains, récipiendaires de bourses du CRDI, ont effectué des stages de formation dans les bureaux de votre revue.Félicitations pour l’appui que l’Université du Québec apporte à Québec Science \ ft de fer le el lu eh h ih de pei David Nostbakken Directeur des communications Centre de recherches pour le développement international Mon Ministère est un fervent admirateur de Québec Science.Je vous souhaite un vif succès pour les années à venir! Ili i les Marcel Masse Ministre de l’Énergie, des Mines et des Ressources du Canada (l’i La longévité de votre périodique témoigne de la pertinence de l’information qui y est véhiculée.J’espère que Québec Science continuera encore longtemps de remplir sa mission éducative auprès de la population québécoise.John Wise Ministre de l’Agriculture Canada Votre succès au cours des 25 dernières années témoigne de votre excellence dans le milieu des publications de vulgarisation scientifique au Québec.Y van Hardy Directeur général Centre de foresterie des Laurentides Félicitations pour l’excellence de votre revue.Recevez tous mes meilleurs vœux à l’occasion de ce 25e anniversaire ! Monique Vézina Ministre d’État aux Transports 6 SEPTEMBRE 1988 / QUÉBEC SCIENCE Merci Fernand SEGUIN ! En juin dernier, le Québec a perdu celui qui fut le père de la vulgarisation scientifique québécoise actuelle: Fernand Seguin.Le premier, il avait compris, à la fin des années 40 et dès le début de la télévision, que l’essentiel de la connaissance scientifique pouvait être rendu attrayant et compréhensible à un grand nombre de personnes.Avec une clarté et une simplicité jusqu'ici inégalées, il a su parler de sujets scientifiques à travers une caméra de télévision comme s’il s’adressait à chacun personnellement.Il s'intéressait à tout et rendait tout intéressant, sans formules et sans équations.Avec lui, tous les sujets devenaient simples.Et il les expliquait d’une manière si naturelle qu’elle ne semblait aucunement redevable aux innombrables heures qu’il consacrait à préparer ses communications.Toute sa vie fut consacrée à la seule communication scientifique.La vie d'un honnête homme, à l'esprit tout aussi libre que curieux, qui ne fit jamais de concession aux intérêts multiples qui n'ont pas manqué d’entraver sa route, ni à son ambition personnelle.Il avait fini par devenir un sage dont les réflexions étaient en train de marquer en profondeur la fin des années 80 au Québec.Rien d'étonnant à cela puisque toute une vie de science, de culture, de réflexion, de rencontres et d’humanisme s’y traduisait.L'influence de Fernand Seguin sur la société québécoise aura été et demeure bien plus grande qu'il n’y paraît.Sans aucun doute, il compte parmi nos grands hommes.Mais aussi et surtout, il est le seul, depuis la Révolution tranquille, à avoir été un familier de la science et de la technologie et la voie à laquelle il a tant cherché à donner accès à tous est celle de notre avenir.Mia et Klaus HANS SELYE la découverte du stress par Claire CHABOT * Nous savons tous ce qu’est le stress; il semble que ce soit, depuis toujours, le nom que l’on donne à tous nos petits malaises.Mais beaucoup de gens ignorent que c’est Hans Selye qui a utilisé ce mot pour la première fois, il y a 50 ans, l’empruntant au vocabulaire des ingénieurs anglais, pour décrire le syndrome de l’adaptation : le syndrome Selye.* La rédaction de cette série d’articles a été réalisée dans le cadre du Programme de soutien aux activités de diffusion de la culture scientifique et technique du ministère de l’Enseignement supérieur et de la Science.C’est à Hans Selye que l’on doit cette découverte majeure dans l’histoire de la médecine, celle de l’existence d’un mécanisme d’adaptation du corps humain à son environnement.Le docteur Selye a consacré sa vie à étudier les réactions du système de régulation du corps humain face aux agressions, que ce soit une infection, une brûlure, un effort physique, etc.Par ses recherches, il a prouvé qu’une maladie pouvait avoir plusieurs causes et que, bien souvent, les symptômes du stress étaient la cause de la cause.À la direction de l’Institut de médecine et de chirurgie expérimentales, il a, de plus, livré au monde scientifique une fournée de professeurs et de chercheurs émérites.«Hans Selye était un homme capable de s’émerveiller comme un enfant», raconte le docteur Pierre Jean, chercheur au Centre McLaug-ling de la Société royale des médecins et chirurgiens et ancien élève du docteur Selye.«Il voyait des choses que personne ne voyait, même des choses inattendues.11 était capable de percevoir la petite différence qui peut faire la grande différence.Au laboratoire, il avait plaisir à mettre la main à la pâte et il passait des heures à observer et à analyser les résultats et, il aimait dire: — Dr Jean, avez-vous remarqué que.— Non, je n’ai pas vu ça.— Ah! Comment se fait-il que vous ne l’ayez pas vu?Ce n’était pas pour être méchant, mais pour éduquer.» Parce qu’il était non seulement un chercheur mais un découvreur, il aimait citer Szent-Gyôrgyi, le découvreur de la vitamine C: «L’impor- tant, c’est de voir ce que tout le monde voit et de penser ce que personne ne pense.» LE SYNDROME D’ÊTRE MALADE Étudiant en médecine à Prague, Hans Selye assiste à sa première leçon de sémiologie, discipline qui traite du diagnostic des maladies.«Mon professeur avait choisi cinq malades sur lesquels il réussit à formuler cinq diagnostics précis, simplement en leur posant des questions, en observant leurs réflexes et en examinant certains signes.Je trouvais bien curieux que notre professeur n’ait jamais rien dit des manifestations de la maladie que, moi-même, sans connaissances médicales, je pouvais constater.Par exemple, ces cinq malades, quelle que soit leur maladie — le premier souffrait d’un cancer de l’estomac, le deuxième d’une maladie infectieuse, le troisième d’une allergie — avaient quelque chose en commun: ils avaient tous «Tair malade».C’est, je crois, à ce moment-là que l’idée du stress est née.» Hans Selye est né, dans la Vienne de l’Empire austro-hongrois, d’une famille où Ton exerce la profession médicale de père en fils.Après avoir obtenu un diplôme en médecine et un doctorat en chimie à Prague, il reçoit une bourse Rockefeller pour poursuivre ses recherches à l’Université Johns Hopkins de Baltimore.Mais le jeune chercheur européen s’adapte mal à la culture américaine ; des amis canadiens le convainquent de venir à Montréal où coexistent deux communautés culturelles, française et anglaise, plus attachées à leur origine européenne.8 SEPTEMBRE 1988 / QUÉBEC SCIENCE Unifié V.il , >'¦ -v ^ r Karsh / Réflexion QUÉBEC SCIENCE / SEPTEMBRE 1988 9 mÆ' À son arrivée au Canada, en 1932, le docteur Selye travaille au Département de biochimie de TUniversité McGill où il se joint à l’équipe de James B.Collip, connu pour avoir développé la technique de purification des extraits pancréatiques qui fournissent l’insuline.Collip est convaincu qu’il existe une hormone ovarienne autre que la progestérone et l’œstrogène, et dirige les travaux de son équipe vers la découverte de cette nouvelle hormone.Les chercheurs constatent alors que les extraits ovariens injectés aux animaux de laboratoire produisent un syndrome.N’étant pas convaincu qu’il s’agit d’une hormone sexuelle, le jeune Selye injecte des extraits de diverses provenances: muscles, foie, peau.Pour vérifier s’il s’agit d’une substance présente dans tous les tissus vivants, il introduit des matières toxiques non vivantes.Le résultat est surprenant: toutes ces substances sont actives et produisent le même syndrome.«J’étais très déçu, raconte le docteur Selye, jusqu’à ce que, soudainement, j’aie l’intuition que ce que j’avais en main, c’était le modèle expérimental du syndrome d’être malade.» LE STRESS ET LA DÉTRESSE En 1936, Hans Selye publie, dans la revue britannique Nature, un premier article sur le syndrome produit par divers agents nocifs, le syndrome de l’adaptation, qui se déroule en trois phases: la réaction d’alarme, pendant laquelle les forces de défense sont mobilisées; le stade de résistance où le corps s’adapte à l’agent stressant et le stade d’épuisement, lorsque l’agent stressant est assez puissant et durable.Dans notre société occidentale, les facteurs psychologiques liés au stress ont pris une telle ampleur qu’on serait porté à croire qu’ils sont les seuls en jeu.Le stress d’un divorce, d’un examen scolaire ou d’un travail exigeant nous est plus familier que le stress du froid et de la chasse que subit l’Inuit.Mais, pour survivre, le corps doit continuellement s’adapter non seulement au stress psychologique mais aussi au stress physique, par exemple, aux fortes chaleurs d’été ou à une « bonne » grippe, bien que nous les combattions férocement à coups d’air climatisé et de vaccins ! Sous l’action du stress, le corps est semblable à une chaîne mise sous tension; peu importe de quoi elle est faite, ou par quoi elle est tendue, devant une tension trop forte, c’est le chaînon le plus faible qui se brise.«Nous avons toujours, écrit Selye, un organe, un chaînon qui est plus faible que les autres.Le même stress peut produire chez une personne, une certaine maladie et chez une autre personne, une autre maladie.Mais pour le prouver, j’ai dû faire des expériences qui ont duré des années.» «Selye voulait dégager le non-spécifique dans la maladie », explique Gaétan Jasmin, directeur du Dépar- ; tement de pathologie de l’Université de Montréal.«On était dans une ère de haute spécificité et on en sort à peine avec la biologie moléculaire.Nous avons vécu le temps de Pasteur, ! croyez-le ou non, où l’on voyait dans l’infection la cause de toutes les maladies.Évidemment, on venait de connaître les antibiotiques et les vaccins.On avait l’impression que les maladies avaient une cause unique.Selye, dans sa recherche, essayait de démontrer les multiples facteurs qui étaient déterminants dans l’éclosion de la maladie et c’est ce qu’il appelait la non-spécificité.» Si, au début du siècle, on ne parlait pas de stress, l’idée qu’il puisse exister des mécanismes de régulation i avait déjà été émise.Par exemple, on savait que le corps a la capacité de s’adapter aux changements de température.Vers 1865, Claude Bernard, père de la médecine moderne, émit l’idée d’un besoin d’équilibre de l’organisme face à l’environnement, un concept révolutionnaire qui a choqué à l’époque! Puis, en 1930, un neurophysiologiste américain, Walter Cannon, reprit cette idée d’équilibre et démontra comment l’organisme se défend des agressions en libérant de l’adrénaline.S’inspirant de ces notions d’équilibre du corps face à l’environnement, Selye soutient que, face à n’importe quel changement, le corps s’adapte en déclenchant une réaction au niveau de l’hypophyse et des glandes surrénales qui libèrent des hormones corticoïdes.Au début, la presse scientifique s’applique à le ridiculiser et Hans Selye (à l’extrême droite) et ses étudiants dans la salle d’autopsie.Il leur explique, à partir des viscères qu’il tient dans ses mains, les effets provoqués par le syndrome du stress chez la souris.10 SEPTEMBRE 1988 / QUÉBEC SCIENCE Il lees £Lo Mas Sft -VJ
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