Québec science, 1 janvier 1990, Mai
3,25$ / / Volume 28, numéro 9 MAI 1990 £t .IPECIAL INVIRONNEMENf rYCLER D’ABORD MENTALITÉS DILEMME ID-NORD IK SCIENCE ST-EUE DËPASSËE AR LA POLLUTION?BIË DUMONT: M>EL AUX QUËBËCOIS UIEM UR LES SACS VERTS >ES DÉCHETS i MONTRÉAL i SYNDROME >E LA PELOUSE PARFAITE Par sa Politique d’environnement, Hydro-Québec ne se limite pas seulement à atténuer les effets environnementaux de ses nouveaux équipements et PROTÉGER L’ENVIRONNEMENT.activités.Bien plus, elle met à la disposition des communautés touchées C’EST TOUT NATUREL des sommes qu’elles peuvent investir dans la mise en valeur de leur environnement./b -vcd&wv En concertation avec leur population, les municipalités régionales de comté (MRC), les municipalités et les communautés autochtones proposent à Hydro-Québec des initiatives de mise en valeur reliées à des ressources environnementales.Certaines municipalités ont, par exemple, procédé à l’amélioration de la qualité de l’eau potable, à l’implantation de sites d’élimination de boues usées et à l’aménagement d’un étang à des fins fauniques et d’interprétation.De 1985 à 1990, quinze millions de dollars auront été consacrés à la réalisation de projets de ce genre.Par exemple, dans le cadre du projet Radisson-Nicolet- des Cantons, 62 organismes se partagent une somme de près de huit millions de dollars pour des initiatives de mise en valeur environnementale. olume 28, numéro 9 Mai 1990 SOMMAIRE ARTICLES SPÉCIAL ENVIRONNEMENT 18 Le dilemme Sud-Nord Comment les pays en voie de développement peuvent-ils s’industrialiser à moindres frais et sans polluer comme nous l’avons fait ?Par Jean-Marc Fleury 24 La science est-elle dépassée par la pollution?On accuse souvent la science d’être impuissante face à la pollution.Pourtant, dans bien des cas, les méthodes dépolluantes existent.Par René Vézina 29 Appel aux Québécois Une entrevue réalisée à Paris avec René Dumont, agronome et écologiste de réputation internationale.Par René Vézina 32 Le syndrome de la pelouse parfaite Traiter les pelouses aux pesticides, c’est remplacer un cycle naturel par un cercle vicieux, sans compter les menaces pour la santé.Par Michelle Dubuc 36 Requiem pour les sacs verts Principale composante des déchets domestiques, le papier est la clé du recyclage.Et le papier recyclé n’est pas sans attraits.Par Louise Desautels 42 La gestion des déchets Montréal ouvre la voie A la veille de la fermeture du site d’enfouissement Miron, la Ville de Montréal et la Régie intermunicipale innovent en gestion intégrée des déchets.Par Raymond Lemieux Page 18 Page 32 Page 24 Pvr.tàJk-.-TS -^*5 ftSîIClDfS?MÊÎ4 is vf; m - Page 36 CHRONIQUES 7 TECHNO-ACTION Les technologies propres Par Gilles Drouin 9 ACTUALITÉ Par l’Agence Science-Presse Quinze millions de pneus dans la nature Une molécule antisida québécoise Sommes-nous si ignorants ?Le laser plein la vue Austin: l’éclatante comète Bien combattre les mauvaises herbes 14 MICROMÉGA Etes-vous prêt pour T «audiofax» ?Par Michel Saint-Germain 46 LA DIMENSION CACHÉE Les bonnes vibrations Par Raynald Pepin 5 ENTRE LES LIGNES 48 EN VRAC 49 À LIRE Pour que demain soit State of the World 1990 Merci la Terre Compost, théories et pratiques Touche pas à ma planète Maisons originales autoconstruites au Québec 50 DANS LE PROCHAIN NUMÉRO D’où viennent les animaux de laboratoire ?Construire autrement La science au service des personnes handicapées QUÉBEC SCIENCE, magazine à but non lucratif, est publié 11 fois l’an par les Presses de l’Université du Québec.La direction laisse aux auteurs l'entière responsabilité de leurs textes.Les titres, sous-titres, textes de présentation et rubriques non signés sont dus à la rédaction.Tous droits de reproduction, de traduction et d'adaptation réservés.Télex: 051-31623 Dépôt légal : Bibliothèque nationale du Québec Deuxième trimestre 1990, ISSN-0021-6127 Répertorié dans Point de repère et dans l’Index de périodiques canadiens © Copyright 1990 - QUÉBEC SCIENCE PRESSES DE L'UNIVERSITÉ DU QUÉBEC MAI 1990 / QUÉBEC SCIENCE 3 m v-6 TB»  J- Ml Him fil I r SCI Une serie de vulgarisation sur la science et la technologie a la fine pointe du savoir contemporain.À la portée de tous, chaque émission présente un thème unique (conquête de lêspace, atome, génétique, astronomie.) abordé sous trois aspects differents, prenant la forme de vidéoclips.* Omni science Avec Claire Pimparé , Lundi "IPhSO Samedi 18h30 di Québec L est autre chose et c est tant mieux. QUÉBEC SCIENCE 2875, boul.Laurier Sainte-Foy (Québec) G1V 2M3 Tél.: (418) 657-3551-Abonnements: poste 2854 Rédaction:SCIENCE-IMPACT: (418)831-0790 On peut rejoindre la rédaction de Québec Science par courrier électronique, au numéro Infopuq QS 00101, ou par télécopieu r : (418) 831 -0009 DIRECTEUR Jacki Dallaire RÉDACTION Les Communications SCIENCE-IMPACT Rédacteur en chef Jean-Marc Gagnon Adjointe à la rédaction Lise Morin Révision linguistique Robert Paré Recherches iconographiques Ève-Lucie Bourque Comité de rédaction Jean-Marc Carpentier, Gilles Drouin, Claude Hamelin, Nicole Lemelin, Raynald Pepin, Yves Rousseau Collaborateurs Jean-Marc Carpentier, Claire Chabot, Françoise Côté, Gilles Drouin, Bernard Duchesne, Claude Forand, Élaine Hémond, Jean Lalonde, Yvon Larose, Marc Ledoux, Félix Maltais, Danielle Ouellet, Gilles Parent, Raynald Pepin, Jean-Guy Rens, Michel Saint-Germain, René Vézina.PRODUCTION Conception graphique Richard Hodgson Typographie Raymond Robitaille Photo couverture Brigitte Ostiguy Séparation de couleurs et photogravure Graphiscan liée Impression Interweb inc.PUBLICITÉ ET MARKETING Marie Prince Tél.: (418) 657-3551, poste 2842 COMMERCIALISATION Abonnements Nicole Bédard Distribution en kiosques Messageries dynamiques Québec Science remercie les gouvernements du Québec et du Canada de leur aide financière accordée respectivement dans le cadre du Programme de soutien aux revues de culture scientifique et technique et du Programme Sciences et Culture Canada.Tt,e Membre de: m Audit CPPA Bureau Abonnements Au Canada: Régulier: (1 an/l 1 nos): 28,00$ Spécial: (2 ans/22 nos): 49,00$ Groupe: (1 an/l 1 nos): 25,00$ ( 10 ex.à la même adresse) À F unité: 3,25$ À l’étranger: Régulier: (1 an/l 1 nos): 39,00$ Spécial: (2 ans/22 nos) : 68,00$ À l’unité: 4,00$ Pour la France, faites votre chèque à l’ordre de: DAWSON FRANCE.B.P.57, 91871 Palaiseau, Cedex, France Pour abonnement ou changement d’adresse QUÉBEC SCIENCE C.P.250, Sillery G1T2R1 Pour garder la tête froide face à une question qui ne l’est pas du tout ous dire qu’il s’agit d’un problème de frigo serait peut-être juste.En fait, constate Jean-Marc Fleury (un «vieux» pionnier de Québec Science dans les années 70 qui a, depuis lors, parcouru le monde entier) « une poignée de pays industrialisés a complètement hypothéqué l’environnement delà planète, à tel point que la terre ne peut se permettre un développement «à l’occidentale » de l’Afrique, de l'Asie et de VAmérique latine.Il n’y a tout simplement plus de place pour les quantités additionnelles de méthane, de dioxyde de carbone et de chlorofluorocarbones (CFC) que se préparent à produire 1100 millions de Chinois, 800millions d’indiens, 140millions de Brésiliens, etc.» et qu’il faut désormais comptabiliser et gérer.René Vézina est allé au Bois de Vincennes récemment dévasté par des tempêtes d’une violence jamais vue, « un exemple de la désolation que peut engendrer l’effet de serre », en banlieue de Paris, interviewer René Dumont, i incorrigible écolo de 86 ans qui n’a cessé de prophétiser des malheurs à l’Afrique - des malheurs qui se sont hélas ! matérialisés.Cette fois, ce sont les Québécois qu’ il pointe : « Vous êtes les seconds criminels du monde.Après les États-Unis, c’est le Canada qui produit le plus haut taux de dioxyde de carbone par personne sur la planète.» A côté de ces grands problèmes à la solution desquels seule une sorte d’alliance écologique encore à sceller entre les consommateurs, les industries et les gouvernements pourra améliorer la situation, des voies très concrètes s’ouvrent.Réduire les déchets domestiques et augmenter le recyclage est un pas très important.Louise Desautels en décrit les progrès encourageants et Raymond Lemieux montre comment Montréal ouvre la voie dans la collecte sélective des déchets.Enfin, il y a un moyen vraiment, mais vraiment à la portée de tous, c’est l’élimination «du syndrome de la pelouse parfaite » (ou, plutôt, parfaitement uniforme, c’est-à-dire composée d’une seule sorte d’herbe dont on maintient la domination à coup de surdoses d’herbicides, d’insecticides et d’engrais chimiques).Un premier article de Michelle Dubuc à lire et à faire lire comme l’ensemble de ce numéro, d’ailleurs.Ce symbole proposé par Environnement Canada pour identifier les produits canadiens fabriqués dans des conditions respectueuses de l’environnement est constitué de trois colombes entrelacées de façon à former une feuille d’érable.Jean-Marc GAGNON MAI 1990 / QUÉBEC SCIENCE S Université de Montréal Faculté des sciences de l’éducation Département de didactique La Recherche a des lecteurs dans 83 pays : pourquoi pas vous?Wjr Pour Wy lo i hôte heur Bp l'étudiant p I'umvorsitairo La Rochutt ho cons- Je désire souscrire un abonnement d'un an (il numéros) à La Recherche au tarif de 49 dollars canadiens au lieu de 65,45 dollars (prix de vente au numéro).Un délai minimum de huit semaines interviendra entre la date de la demande d'abonnement et la réception du premier numéro.L'abonné(e) le sera pour un an, à compter du premier numéro reçu.nom __________________________________________________________________ adresse _______________________________________________________________ pays _________________________________________________________________ à retourner accompagné de votre paiement à DIMEDIA, 539, boul.Lebeau, Ville Saint-Laurent, P.Q.H4N 1S2 * offre réservée aux particuliers, à l'exception de toute collectivité.Programme de maîtrise en éducation didactique des mathématiques, sciences et technologies Ce programme s'adresse à tous les conseillers pédagogiques et à tous les enseignants au primaire, du secondaire, du collegial et de l'orthopédagogie, détenant un diplôme de premier cycle universitaire et qui souhaitent soit mettre à jour ou approfondir leurs connaissances, soit améliorer leur pratique professionnelle en didactique des mathématiques, des sciences ou des technologies.Renseignements Bureau d'information Faculté des sciences de l’éducation Université de Montréal C.P.6128, succursale A Montréal (Québec) H3C 3J7 Tel.: (514) 343-7622 TOUT POUR L'ORNITHOLOGUE DETAIL GROS MATÉRIEL POUR LES AMATEURS DE SCIENCES NATURELLES — DIFFUSION — CATALOGUE GRATUIT SUR DEMANDE LIVRES • DISQUES • JUMELLES NICHOIRS • MANGEOIRES ABREUVOIRS POUR COLIBRIS APPEAUX • GRAINS • LOUPES FILETS À PAPILLONS HERBIERS • CONSEILS • ETC.¦an.Irnn BUSHflEll division dfl BAUSCH & LQMB JUMELLES • LUNETTES TÉLESCOPES • TRÉPIEDS À PRIX RÉDUITS LE CENTRE DE CONSERVATION DE LA FAUNE AILÉE DE MONTRÉAL 7950, RUE DE MARSEILLE MONTRÉAL QC H1L1N7 (MÉTRO HONORÉ-BEAUGRAND) Tel.: (514) 351-5496 6 QUÉBECSCIENCE/MAI 1990 TECHNO-ACTION par Gilles DROUIN Les technologies propres jog Au cours des dernières années, la préoccupation du grand public pour les questions environnementales n’a cessé de croître.Il est de plus en plus difficile de trouver des sites d’enfouissement ou d’entreposage pour les déchets.Le coût de l’élimination de ces matières a également monté en flèche.Par exemple, selon John Richmond, de l’Ontario Waste Management Corporation (OWMC), il en coûte une centaine de dollars la tonne pour disposer des déchets en Ontario, alors qu’il en coûtait environ 20$, il y a lOans.L’OWMC est une société d’Etat qui a entre autres mandats de promouvoir les technologies permettant la réduction des déchets.PRODUIRE PROPREMENT En raison de cette flambée des prix, et aussi à cause des nombreuses pressions, un nombre croissant d’industries ont choisi de réduire leurs déchets à la source.Généralement, il est moins coûteux de diminuer les rejets polluants en modifiant légèrement les techniques de production que de traiter les eaux et les déchets en bout de ligne.Ainsi, selon les dernières Statistiques disponibles, les industries ontariennes ont recyclé 160000 tonnes métriques de déchets dangereux en 1986.Les technologies propres gagnent aussi du terrain au Québec.Elles englobent toutes les améliorations dans les techniques de production qui permettent de réduire les émissions polluantes et de favoriser une réutilisation de la matière première recyclée.Selon Jean Guenette, de la Direction de la stratégie industrielle, au ministère de l’Environnement du Québec, le concept des technologies propres va beaucoup plus loin: «Il n’y a pas que des technologies, mais aussi une foule de modifications dans la gestion même de la production.» Par exemple, on peut penser à la réorganisation des séquences de travail, au contrôle et à l’analyse des rejets et à la planification de l’entretien des machines.La formation du personnel est importante aussi, car c’est souvent l’employé qui identifiera le mieux les problèmes et qui trouvera les solutions les plus simples.DES VOLAILLES ÉVISCÉRÉES À SEC Les exemples commencent à émerger dans les différents secteurs industriels.Dans le secteur agro-alimentaire, les abattoirs consomment beaucoup d’eau, entre autres pour le nettoyage, l’échaudage, le refroidissement et le transport des résidus à l’intérieur de l’usine.Le coût du traitement des eaux polluées devient vite hors de portée financière des entreprises.A Saint-Félix-de-Valois, la Coopérative fédérée de Québec utilise maintenant un conduit sous vide pour aspirer les viscères des volailles.Cette éviscération à sec permet de réduire d’environ 75 % la masse organique contenue dans les eaux rejetées par l’usine et qui constitue la principale source de pollution dans cette industrie.En plus, les viscères ainsi récupérés peuvent servir à l’alimentation animale.À Magog, QuéNord, la plus grosse usine de chlorate de sodium au monde, a aussi apporté des modifications importantes à son procédé de fabrication.Le chlorate de sodium sert à la production du bioxyde de chlore, un agent de blanchiment utilisé dans le secteur des pâtes et papiers.On obtient ce produit par l’électrolyse d’une solution aqueuse qui contient du sel de table (NaCl).La filtration des résidus de l’électrolyse produit des boues toxiques, car elles contiennent du bichromate de sodium ajouté lors du processus.Le procédé nécessite également beaucoup d’eau.La clé de la réduction des effluents toxiques se trouve dans un circuit fermé, qui permet de réutiliser l’eau tout en recyclant le bichromate de sodium.Dans le secteur de l’électroplacage, la compagnie Leader Plating, de Downsview près de Toronto, récupère le plus possible les métaux qu’elle utilise, comme le zinc, soit pour les réintroduire dans le processus de production, soit tout simplement pour Nous remercions le gouvernement du Canada de l'aide financière accordée pour la réalisation de cette chronique, dans le cadre du Programme Sciences et Culture Canada.La Coopérative fédérée de Québec a réduit de façon importante la charge organique polluante de son abattoir, grâce à l’installation d’un système de transport à sec des viscères des volailles.les vendre à une entreprise de Sudbury qui les raffine de nouveau.Au Québec, la compagnie Galvano fait de même.COUCHES DE PAPIER ET COUCHE D’AIR L’usine de Kimberley-Clarke, un fabricant de couches de Saint-Hyacinthe, est un autre exemple d’une entreprise qui, avec quelques modifications dans son procédé de fabrication, a réussi à diminuer considérablement la quantité d’eau utilisée et le volume de son déversement.Il y a quelques années, la compagnie rejetait beaucoup d’eau propre utilisée dans ses filtres à air.A l’intérieur de l’usine, les matériaux sont transportés dans des conduits d’air, lequel air doit être filtré avant d’être retourné à l’extérieur.L’ancienne méthode consistait à faire barboter l’air dans l’eau, qui retenait ainsi les particules indésirables.Maintenant, l’air est tout simplement épuré par des filtres conventionnels.C’est la première usine de couches à employer ce procédé en Amérique du Nord.Elle compte aussi de nombreuses pompes qui étaient auparavant refroidies à l’eau.Les ingénieurs ont donc conçu un système qui en permet la recirculation.L’eau utilisée est aussi filtrée avant d’être rejetée à l’extérieur.«Malgré que les installations soient parfois assez dispendieuses, explique René Saint-Hilaire, directeur de l’usine, nous avons rentabilisé ces investissements en moins de deux ans.» L’intégration de technologies propres aux procédés de fabrication relève du cas par cas.«Il n’y a pas deux usines exactement pareilles», remarque Jean Guenette.Cependant, dans la plupart des cas, les solutions sont simples et rentables.MAI 1990 / QUÉBEC SCIENCE 7 PUBLI-REPORTAGE L'ACCUMULATEUR PERFECTIONNE AU SODIUM ET AU SOUFRE DE POWERPLEX On ne voit pas souvent des voitures électriques sur les autoroutes.Mais on en verra bientôt.D’ici à cinq ans, quelque 5 000 véhicules pourraient sillonner les routes canadiennes et il se pourrait même qu’en l’an 2000 on en compte environ 45 000.La société Powerplex Technologies inc., une entreprise en coparticipation créée il y a trois ans par la société ASEA Brown Boveri (ABB), de Suisse, la société Magna International inc.de Markham (Ontario) qui fabrique des pièces d’automobiles, et la société japonaise NGK qui fabrique des céramiques, a reçu d’Énergie, Mines et Ressources Canada un appui pour son projet de mise au point d’un accumulateur perfectionné au soufre et au sodium utilisable dans les véhicules électriques.Un manque de puissance, une faible autonomie, une accélération lente et une basse capacité de charge caractérisent malheureusement la majorité des véhicules alimentés au moyen du traditionnel accumulateur au plomb et à l’acide.Cependant l’accumulateur Powerplex améliore considérablement le rendement des automobiles électriques.Il leur permet déjà une autonomie de 150 km.Mais on compte le perfectionner davantage afin d’atteindre une autonomie de 250 km et d’en augmenter la vitesse à plus de 130 km/h.On prévoit ramener de sept à cinq secondes, d’ici 1995, le temps d’accélération de la vitesse de 0 à 50 km des automobiles équipées d’un accélérateur Powerplex.L’accumulateur Powerplex comporte 360 cellules cylindriques renfermant du sodium et du soufre.Ces cellules sont séparées par un électrolyte en céramique qui permet au sodium de se mélanger lentement au soufre.Afin de produire de l’électricité, la température interne de l’accumulateur doit être maintenue à 300 °C.On peut toutefois toucher l’enveloppe métallique sans craindre de se brûler.Des scientifiques poursuivent leurs recherches sur l’électrolyte en vue d’en améliorer la fiabilité.L’accumulateur est relié, par une boîte de contrôle, à un moteur électrique à vitesses variables.L’entretien de ce montage est plus facile que celui des moteurs à combustion interne: aucun radiateur risquant de surchauffer, aucune vidange à effectuer, aucun tuyau d’échappement, aucun silencieux ou convertisseur ou bougies à remplacer.Les voitures de demain pourront même se passer de transmission.Chaque roue sera contrôlée par un moteur électrique à vitesses variables.Cependant, les modèles actuels de véhicules électriques à accumulateur ne sont pas sans inconvénients.L’accumulateur Powerplex, qui doit être rechargé à tous les 150 km, ne convient pas encore au transport de longue durée.Bien qu’on puisse le recharger en une heure et demie, cette opération exige normalement de quatre à six heures.Étant donné cet inconvénient, on misera davantage durant les cinq prochaines années, sur la construction de fourgonnettes et de véhicules destinés aux parcs automobiles des centres urbains.Les véhicules électriques semblent tout désignés pour les commerçants qui font des livraisons, car ils parcourent rarement plus de 175 km par jour.La recharge de l’accumulateur représente une consommation annuelle de quelque 4000 à 10000 kWh.Le chauffage d’une maison moyenne au Canada n’en requiert pas davantage.De plus, cette opération peut s'effectuer en dehors des heures de demande de pointe (entre 19 h et 6 h) et n’a que peu d’incidence sur la capacité de production d’électricité du pays.En décembre dernier, à Ottawa, on faisait l’essai d'une voiture électrique munie d’un accumulateur Powerplex.Cet événement soulignait le rôle de premier plan joué par le Canada dans la mise au point de cette technologie d’importance mondiale qui pourrait, d’ici la fin des années 1990, employer environ 2 000 personnes.La société Powerplex, fière de sa réalisation et fort encouragée par la mise en marché éventuelle de son produit, n’a toutefois pas encore déterminé le moment de la mise en vente de ce nouvel accumulateur.Le Canada mais aussi les États-Unis, à cause des sérieux problèmes de pollution atmosphérique auxquels ils doivent faire face, accordent beaucoup d'importance aux véhicules électriques.Près de 30% de la pollution atmosphérique dans les grandes villes américaines est attribuable aux émissions de moteurs à essence.On parle même, dans le cas de Los Angeles, de quelque 50 ou 60%.Sensibilisé à ce problème majeur, Marvin Brauder, un conseiller de cette municipalité, s'est fait l’un des grands promoteurs d’une nouvelle loi selon laquelle seuls les véhicules utilisant du carburant propre et conforme aux normes établies seraient autorisés à circuler dans les limites de la ville.L’entrée en vigueur de cette nouvelle loi s'échelonnera de 1991 à 1995.Sans vouloir minimiser la contribution des Européens à la mise au point de la technologie des voitures électriques, M.Don Skinner, directeur du Programme de recherche et de développement énergétiques dans l’industrie à ÉMR, considère que le développement rapide de cette technologie est attribuable, en grande partie, à la pollution atmosphérique de Los Angeles.L'intérêt des Européens et des Nord-Américains pour les automobiles électriques ne cesse de croître.Aussi l’accumulateur perfectionné au sodium et au soufre de la société Powerplex connaîtra-t-il, affirme M.Skinner, un grand succès au Canada comme à l’étranger, car il permet d'envisager la réduction de notre dépendance à l'égard du pétrole et, par conséquent, des émissions de gaz carbonique qui pollue l’atmosphère et contribue au réchauffement de la planète.La mise au point de cette nouvelle technologie à laquelle participe le Canada, profitera aux générations futures.La société Powerplex Technologies inc.a déjà investi 16 millions de dollars dans ce projet de 250 millions de dollars.Le gouvernement canadien, quant à lui, y a engagé 6,2 millions de dollars, dont 4,9 millions aux termes du Programme de recherche et développement énergétiques dans l’industrie administré par ÉMR, et 1,3 million aux termes du Programme d’aide à la recherche industrielle du Conseil national de recherches.Pour de plus amples renseignements, adressez-vous à: Énergie, Mines et Ressources Canada 580, rue Booth Ottawa (Ontario) K1A 0E4 I* Énergie, Mines et Ressources Canada Energy, Mines and Resources Canada Canada 8 QUÉBECSCENCE/MAI 1990 I re nt 56 il s.!6 is » JK 3$ le $, in o- s e is, je fe 3$ U- té 3U c- ll et je a, 5tl l IS je ie is je 1 * Actualité par l’Agence Science-Presse Quinze millions de pneus dans la nature .AniMat-Caoutech, une entreprise de l’Estrie, s’attaque à la montagne de pneus usés de Saint-Amable.L’entreprise déchiquette les pneus sur place, puis transporte et transforme les particules produites en une poudre de caoutchouc utilisée dans la confection de tapis.L?incendie du dépotoir de pneus de Hagersville, en ' Ontario, a ramené sur le tapis une vieille question, à savoir comment se débarrasser de ces déchets dangereux que sont les vieux pneus?Trois solutions sont possibles, soit le recyclage (récupération par déchiquetage), la pyrolyse sous vide et l’incinération - en plus de l’îlotage, la voie d’évitement temporaire préconisée par le ministère de l’Environnement du Québec (MENVIQ).Depuis l’été 1989, AniMat-Caoutech, une entreprise de l’Estrie, récupère les pneus du plus important dépotoir québécois, celui de Saint-Amable (au moins quatre millions de pneus).Le MENVIQ donne à la firme 65 $ la tonne de pneus pour que la montagne disparaisse avant le 31 mars 1991.Caoutech a installé des équipements de déchiquetage aux abords même de l’immense amas.Les particules produites sont transportées à l’usine de Saint-Élie-d’Oxford et soumises à de nouveaux broyages qui leur donneront leur forme définitive : une poudre de caoutchouc utilisée pour la confection de tapis.Pourrait-on faire disparaître de cette façon les 11 millions de pneus entreposés sur les 124 autres sites officiellement recensés au Québec ?« Le gouvernement explore toutes sortes de voies », a prudemment répondu le représentant du MENVIQ.La pyrolyse sous vide, qui permet de transformer les pneus en sous-produits utiles, est une option sérieuse.Mais, faute de capitaux, les projets stagnent.En 1988, une usine-pilote a été construite à côté du site de Saint-Amable.Mais le retrait du Petro-Sun, principal investisseur, et l’absence de capitaux ont paralysé depuis toutes les initiatives en ce sens.Par ailleurs, le syndicat des pompiers du Québec propose de brûler les pneus dans une cimenterie, comme cela se fait en Allemagne et au Japon.La firme Ciment Saint-Laurent serait prête à tenter l’expérience, pour autant que les pneus lui soient acheminés préalablement déchiquetés en morceaux d’un demi-pouce.Reste à savoir si la combustion des pneus ne polluera pas l’air davantage que le charbon et le mazout utilisés dans les cimenteries.Pressé par la catastrophe de Hagersville, le gouvernement québécois envisage une solution à court terme: Pilotage.Les 19 plus importants sites d’entreposage de pneus du Québec seraient d’abord ceinturés de clôtures, les plus gros étant même surveillés jour et nuit.Puis on séparerait les immenses pyramides en des monticules indépendants, plus faciles à éteindre.Cela, en attendant une solution définitive.En plus des millions de pneus entreposés, il y a tous ceux qui s’ajoutent chaque jour.«Il pourrait y avoir, d’ici peu, un développement très important dans le dossier, a révélé le président d’AniMat-Caoutech, M.Rosaire Croteau.Nous sommes en pourparlers avec le Ministère pour créer dans la région de Montréal un lieu de récupération de vieux pneus.» Les 2,5 millions de pneus que rejettent chaque année les Montréalais seraient aussitôt transformés en poudre à tapis.Tout compte fait, le dossier des pneus usés est peut-être sur une voie plus rapide que celui des BPC.Luc Dupont MAI 1990/QUÉBEC SCIENCE 9 Jacques Lévesque UNE MOLECULE ANTISIDA QUÉBÉCOISE Le BCH-189, une molécule antisida mise au point par IAF-Biochem, à Laval, continue de susciter beaucoup d’intérêt.Le National Cancer Institute des États-Unis (NCI) classe ce produit parmi les 38 substances les plus prometteuses qui soient à ce jour.Et Glaxo Holdings, de Grande-Bretagne, va investir 15 millions de dollars d’ici trois ans dans la poursuite des études précliniques (animales) et cliniques (humaines) du produit.Tout comme l’AZT, l’unique médicament anti-VIH sur le marché, le BCH-189 fait partie de Tune des seules familles de produits chimiques reconnus comme efficaces contre le virus du sida: les analogues nucléosiques.Dévoilé à Montréal en juin dernier, lors de la 5e Conférence mondiale sur le sida, par son créateur le Dr André Belleau (décédé peu La molécule BCH-189 est reconnue comme efficace contre le virus du sida (photo) dont elle ralentit la prolifération.après), le produit fait actuellement l’objet de tests dans quelques centres de recherche aux États-Unis et bientôt à l’Institut Pasteur.«L’investissement de Glaxo Holdings finance présentement la seconde série d’études précliniques, où la substance est injectée à la souris, au rat et au chien, indique M.Gervais Dionne, vice-président aux Affaires scientifiques d’IAF-Biochem.On en est à évaluer l’action à moyen terme du produit dans un organisme vivant, ainsi que sa toxicité.Les premiers essais chez l’humain sont prévus pour l’automne prochain.Si tout va bien, des études cliniques seront alors menées au Québec et dans la trentaine de pays où nous faisons actuellement des demandes de brevet.» Comme dans le cas de T AZT, le BCH-189 ne tue pas le virus; il en arrête la prolifération.Des études in vitro, effectuées au début de 1989 à l’Hôpital général juif de Montréal par le Dr Mark Wainberg, ont démontré le caractère antiviral très fort de la substance.Celle-ci est « efficace même sur des souches mutantes du virus, devenues à la longue insensibles à T AZT », de préciser le chercheur.Mieux: le BCH-189 a provoqué moins d’effets secondaires que T AZT.La nouvelle molécule sortira bientôt de Tombre, car comme l’indique M.Dionne, « la substance a été distribuée à d’importants chercheurs à travers le monde, et des études détaillées sur le BCH-189 paraîtront sous peu».Deux communications sont au programme de la 6e Conférence mondiale sur le sida qui se tiendra à San Francisco en juin 1990.Le Dr Wainberg, qui a testé plusieurs centaines de substances antisida, estime que «le BCH-189 est la substance qui présente le meilleur potentiel.» Luc Dupont SOMMES-NOUS SI IGNORANTS ?Ouest canadien : 28,7 %.Ontario: 20,7 %.Maritimes: 14,2%.Québec: 10,9%.Canadiens:31 %.Canadiennes: 8,7%.Telles sont les proportions des adultes qui ont obtenu au moins huit bonnes réponses sur dix à un test destiné à mesurer leurs connaissances scientifiques.Il s’agissait de questions comme: «L’oxygène que nous respirons provient-il des plantes ?Les électrons sont-ils plus petits ou plus gros que les atomes ?», etc.Ce test faisait partie d’un sondage qui a été mené auprès de 2 000 personnes par la firme torontoise Décima Research, pour le compte de la chercheuse Edna Einsiedel, de l’Université de Calgary.Bien que les résultats ressemblent à ceux des sondages du même genre réalisés en Grande-Bretagne et aux États-Unis en 1968, les différences entre les régions et entre les sexes sont surprenantes.Tout comme cette donnée à l’effet que 56% des Canadiens regardent régulièrement des émissions scientifiques et que 30% lisent un magazine scientifique.Le sondage révèle également que les Canadiens sont très intéressés par les nouvelles concernant la médecine (59,3%), l’environnement (58,1 %), les découvertes scientifiques (45,1 %) et l’exploration spatiale (29,9%) alors que seulement 23,9% se disent très intéressés par les nouvelles sportives et 26,4% par l’information culturelle.Il faudrait que le dirigeants des quotidiens et stations de télévision prennent connaissance de ce sondage.les jisi Ht li' oft Noil Félix Maltais 10 QUÉBECSCENCE/ MAI 1990 ¦ tpm ta te Unis LE LASER PLEIN LA VUE Sous la juridiction exclusive de l’industrie militaire, peu après sa découverte, il y a un peu plus de 30 ans, le laser, ce rayon lumineux monochromatique, est en train de transformer le domaine médical.Dans le cadre de la Journée d’optique organisée par le Centre d’optique, photonique et laser (COPL) de l’Université Laval, des chercheurs de cet établissement ont rappelé en effet que le laser a su «faire ses armes», particulièrement en ophtalmologie, où il est connu depuis plus de 20 ans.Un des conférenciers invités à cette journée, le Dr Richard Bazin du Centre hospitalier de l’Université Laval (CHUL), a démontré les avantages de l’utilisation du laser dans le traitement des différentes maladies de l’œil.Certains types de chirurgies, comme la kératotomie radiale, qui consiste en une série d’incisions de la cornée dans le but d’en atténuer la courbure, exigent une habileté et une acuité extrêmes dans l’art de manier le scalpel.Se substituant à cet instrument chirurgical, un laser appelé Eximère permet de pratiquer des incisions en brisant les liens entre les molécules.Cette technique crée des coupes DES DROITS D’AUTEUR POUR DES FRAISES o.If j ./y SJ84187-3 Plate 2 Chaque année, les fraises engendrent 14 millions de dollars en revenus agricoles au Québec.Parmi les fruits cultivés ici, elles occupent la deuxième place, juste derrière les pommes.On comprendra que Deborah Buszard, du Collège McDonald, près de Montréal, soit particulièrement fière de la variété Chambly qu’elle vient de mettre au point.Les plants Chambly sont faits sur mesure pour le Québec : ils résistent à des froids de - 25 °C et leurs fruits ne se ramollissent pas sous la chaleur et l’humidité de l’été.La variété Chambly sera offerte aux producteurs en 1991.D’ici là, le Dr Buszard compte sur une loi qui doit être adoptée pour percevoir des droits d’auteur sur la vente des plants.L’argent ainsi recueilli viendrait financer d’autres recherches.Montage expérimental d’un laser argon au laboratoire du Centre d’optique, photonique et laser de l’Université Laval.Ce type de laser est utilisé couramment en ophtalmologie.nettes, sans les habituelles traces du bistouri, et assure de meilleures chances de guérison après l’opération.Autre composante optique du laser en ophtalmologie, le système Axicon-lentille sphérique devrait, dans un avenir assez rapproché, être utilisé pour traiter la myopie et l’astigmatisme, ainsi que d’autres maladies de la cornée.Cette technique consiste à faire passer un laser à travers une lentille pour donner au faisceau la forme d’un anneau.« En dirigeant cet « anneau laser» sur la cornée, explique Alain Chandonnet, responsable du projet à l’Institut national d’optique (INO), on chauffe sa surface, ce qui a pour effet de contracter le collagène et de provoquer un étirement qui, lui, a pour résultat la diminution de la courbure trop prononcée de la surface de l’œil myope.» Pour l’instant, la «thermokératoplastie annulaire» n’a pas encore été expérimentée sur des patients ; les recherches se poursuivent pour tenter de contrôler la réponse de la cornée aux effets thermiques.René Caissy MAI 1990/QUÉBEC SCIENCE 11 NoznioH AUSTIN : L’ÉCLATANTE COMÈTE Les comètes très brillantes sont rares et souvent difficiles à observer.Malgré cela, les habitants de l’hémisphère Nord seront gâtés, cette année, alors qu’une comète découverte récemment promet d’être spectaculaire.La comète Austin, observée pour la première fois par l’astronome amateur néo-zélandais Rodney R.D.Austin le 6 décembre dernier, traversera le ciel de l’hémisphère Nord d’avril à juin 1990.Selon les prévisions, ce pourrait être la comète la plus brillante à apparaître en 15 ans ! Au moment de sa découverte, la comète Austin (1989 cl, pour les initiés) se situait à 370 millions de kilomètres de la Terre.lN3dü3S rs la,///- -T&rAlshain Deneb \ ^ VÎQiŒ' Jr ' ^pCuphin LS*-,, 2Ü'AASeV 'J'f 20/05 0/04 0/04 Sa brillance déjà très élevée suggérait qu’on aurait affaire à un objet intrinsèquement très brillant.Si la tendance déjà observée se maintient, elle devrait atteindre, d’ici quelques semaines, la même luminosité que les étoiles les plus brillantes du ciel (en termes techniques, on parle d’une magnitude de +1, comparable à celle des étoiles Altaïr et Antarès).Pour les observateurs des latitudes moyennes de l’hémisphère Nord, la comète ne deviendra visible qu’après le 9 avril 1990, lors de son passage au périhélie (point de son orbite où la distance au Soleil est la plus courte).Même alors, elle demeure trop près de l’horizon est au lever du Soleil, ou de l’horizon ouest au coucher, pour être facilement observable.Mais la situation s’améliore vers la fin avril, alors que la comète monte rapidement au-dessus de l’horizon nord-est, avant l’aube.La lumière de la Lune ne devrait pas être un obstacle avant la pleine lune du 9 mai, ni quelques jours après cette date.Après son passage au périhélie, la comète Austin s’éloignera rapidement du Soleil, mais passera à moins de 37 millions de kilomètres de la Terre, ce qui devrait se traduire par une faible diminution de sa brillance, de la mi-avril à la fin de mai.Durant cette période, la comète pourrait être très facilement observable à l’œil nu et présenter des détails intéressants à l’observateur muni de jumelles ou d’un petit télescope.La queue de la comète promet également d’être très spectaculaire.La carte montre l’aspect du ciel le lOmai 1990; on y a rapporté la trajectoire de la comète à 2h 30 (deux heures plus tôt le 10 avril, deux heures plus tard le 10juin).Pour utiliser la carte, retoumez-la de façon à ce que l’horizon qui vous fait face soit en bas, et tenez-la verticalement.Évitez d’observer au moment de la pleine lune.Enfin, vos observations devraient se faire à partir d’un endroit sombre, de préférence loin des villes.d’où l’horizon est bien dégagé.Pierre Chastenay •.t .v «sa M BIEN COMBATTRE LES MAUVAISES HERBES L’utilisation massive de pesticides en milieu agricole-surtout pour combattre les mauvaises herbes-pollue le sol, l’eau et l’air.Y a-t-il des solutions de rechange?Cette question a été au centre des débats lors du dernier congrès de la Société nord-américaine de malherbologie, qui a réuni à Montréal, en février dernier, plus de 1 000 spécialistes des mauvaises herbes.L’Ontario y a exposé son projet d’agriculture écologique : le programme « Food Systems 2002 ».Entrepris en 1988, ce programme vise à réduire de 50%, d’ici l’an 2002, l’utilisation de pesticides, tout en maintenant la viabilité économique de l’agriculture.Il s’agit d’utiliser plus efficacement les insecticides et surtout les herbicides, qui représentent 68 % de tous les pesticides vendus en Ontario.Au Québec, il existe des systèmes de lutte intégrée permettant de diminuer l’emploi d’insecticides.Grâce au dépistage des insectes dans les champs, on peut évaluer l’importance des ravageurs et déterminer si un épandage est vraiment nécessaire.Cependant, rien de tel n’existe pour contrôler les mauvaises herbes ; les herbicides sont donc automatiquement appliqués avant les semis.Il faudrait pouvoir prédire le moment où il est nécessaire d’utiliser des herbicides.C’est ce que tentent de faire des chercheurs d’Agriculture Canada.Dans certains cas, la présence ni pi pi pi h h b tlfK 12 QUÉBEC SCIENCE/MAI 1990 I La parcelle de maïs de gauche (en avant) a été infestée par le chiendent, alors que celle de droite a été désherbée avant le semis avec l’herbicide glyphosate.de mauvaises herbes ne nuit pas aux plantes cultivées.On a vu jusqu’à 3000 plants de spargoute (une mauvaise herbe de l’orge) par mètre carré, sans que cela n’affecte le rendement de l’orge.Claudel Lemieux, d’Agriculture Canada, et Gilles Leroux, de l’Université Laval, s’intéressent au chiendent.Cette mauvaise herbe peut être éliminée grâce à l’herbicide glyphosate.Mais, au bout de deux ans, cette plante très combative réapparaît et se propage très rapidement grâce à ses rhizomes (tiges souterraines).Un bourgeon peut produire, à l’intérieur d’une saison, jusqu’à 1000 pousses par mètre carré.Les deux chercheurs étudient la biologie de l’espèce, en particulier sa croissance, afin de pouvoir mieux la combattre.Au cours du congrès de la Société, des chercheurs du Collège MacDonald de l’Université McGill ont proposé leur solution au problème des mauvaises herbes.L’équipe du Dr A.K.Watson tente de mettre au point des herbicides biologiques.Il s’agit de se servir des ennemis naturels des plantes importunes : des bactéries et des champignons.Une fois isolés, ces microorganismes sont répandus sur les cultures envahies par les mauvaises herbes.Deux de ces herbicides biologiques sont déjà utilisés aux Etats-Unis.Aucun n’est encore homologué au Canada.Michelle Dubuc NOUVELLES CHAIRE HANS-SELYE L’Université de Montréal a annoncé la création de la chaire Hans-Selye, qui sera consacrée à la recherche fondamentale en biologie moléculaire.La compagnie pharmaceutique Squibb Canada inc.versera un montant global de 2,5 millions de dollars, réparti sur cinq ans.Une trentaine de spécialistes travailleront à l’Université de Montréal dans les domaines de la biologie moléculaire, de la biologie du développement et de l’immunologie.Hans Selye est notamment connu pour ses recherches sur le stress.DÉFIER LE SIDA Le Conseil de recherches médicales du Canada (CRM) a publié une brochure sur le sida intitulée Un défi sans précédent, à la recherche de solutions.Ecrit dans un style journalistique, ce document substantiel présente une dizaine d’entrevues avec des chercheurs canadiens dont les travaux, sur un aspect ou l’autre du sida, sont subventionnés par le CRM.Pour en obtenir un exemplaire, écrivez à l’adresse suivante: Conseil de recherches médicales du Canada 20 étage, Édifice Jeanne-Mance Pré-Tunney Ottawa (Ontario) Kl A 0W9 10 MILLIONS POUR L’IMAGERIE MÉDICALE La compagnie pharmaceutique canadienne Sterling-Winthrop a créé, à la fin de l’an dernier, un Institut national de recherche sur l’imagerie médicale qui portera son nom.Au cours des cinq prochaines années, cet institut investira 10 millions de dollars en subventions aux travaux de groupes de recherche des universités canadiennes et de leurs hôpitaux affiliés.L’imagerie médicale regroupe toutes les techniques qui permettent d’obtenir des images de l’intérieur du corps humain, comme la radiographie, la tomographie axiale et la résonance magnétique.ft B R E V ES INGENIEURS EN HERBE La compétition québécoise d’ingénierie s’est déroulée à l’Université du Québec à Trois-Rivières (UQTR) au début de février.Le prix d’excellence a été remporté par Julien Bilodeau, Martin Bérubé et Marlène Paul, de l’Université du Québec à Chicoutimi, avec un projet de bombe aérosol écologique fonctionnant à l’air comprimé plutôt qu’avec des gaz.Dans la catégorie « Design innovateur », une équipe de l’UQTR, composée d’Yves Gendron, Patrick Lemay et Manon Tremblay, a raflé le premier prix avec une boîte à lunch réfrigérante.Un autre étudiant de l’UQTR, Pierre Lévesque, a gagné le premier prix de la catégorie «Solution aux problèmes industriels», avec un projet d’application des capteurs ultrasoniques dans un système de commande de tête d’aspirateur de tourbe.Dans la catégorie « Design innovateur, aspects techniques », Louis Bégin et Stéphane Morin, de l’Université Laval, ont terminé premiers avec leur processus d’acquisition d’images tridimensionnelles par absorption de lumière.Chantal Gamache, de l’École Polytechnique, a fini première dans la catégorie.«Présentation théorique et technique»; son projet s’intitulait « La CFAO et le contrôleur de cellules ».Enfin, Patrick Beauchemin, également de l’École Polytechnique, a remporté le prix de communication du ministère de l’Enseignement supérieur et de la Science.LA GESTION DE LA TECHNOLOGIE En vertu d’un protocole signé avec l’Université du Québec à Montréal (UQAM) et la Fondation de l’UQAM, Hydro-Québec versera 375 000 $ pour le financement partiel d’une chaire de recherche en gestion de la technologie.Roger Miller, professeur au Département des sciences administratives de l’UQAM, en sera le titulaire.Cette chaire sera un lieu de réflexion et d’échanges entre chercheurs et gestionnaires, notamment sur les moyens de promouvoir l’innovation technologique et de stimuler l’esprit d’entreprise dans les secteurs de pointe.Les travaux porteront sur la technologie et les stratégies d’entreprise, la gestion du changement organisationnel, les processus administratifs de l’innovation et les relations avec les fournisseurs de technologies.MAI 1990/QUÉBEC SCIENCE 13 MICROMEGA par Michel SAINT-GERMAIN En quatre ans, le quart des entreprises canadiennes se sont équipées de télécopieurs.De décembre 1988 à mars 1989, selon le quotidien The Globe and Mail, le nombre d’appareils en usage au Canada est passé de 200000 à 340000.Une étude menée par les Associés Marie Selick, un bureau de placement de personnel, fait du télécopieur l’héritier présomptif du téléphone au titre de roi des communications d’affaires, devançant la télématique et les services de messagerie.Le télécopieur pénètre même le marché résidentiel.Les grands magasins offrent actuellement aux consommateurs des modèles coûtant moins de 1 000$.Une nouvelle technologie, l’audiotex, est déjà en train de remporter un succès comparable.Un serveur vocal installé par le quotidien The Gazette en novembre dernier a été submergé d’appels pendant les deux premières semaines, à tel point que certains utilisateurs ne pouvaient y accéder que la nuit ! On ne peut pas en dire autant du vidéotex.Dans l’ouest de Montréal, la police rapportait cet hiver une vague de vols de télécopieurs.Peut-on imaginer un seul vol de terminal ALEX?Le quotidien The Gazette s’est empressé de publier ses chiffres d’affluence sur Info-Line deux semaines après le lancement du serveur.Pourtant, plus d'un an après celui de Gazetel, son service vidéotex sur ALEX, on ne sait rien du nombre d’heures d’utilisation de ce service, et M.Clair Balfour, coordonnateur du projet, refuse de fournir le moindre chiffre.«Vouloir comparer l’audiotex et le vidéotex, dit-il, c’est un peu comme essayer de comparer le tirage d'un magazine hebdomadaire à celui d’un quotidien : ce sont deux médias différents.Presque tout le monde a un téléphone et un téléviseur : on peut donc mettre sur pied plus facilement un service audiotex ou une télévision interactive.Le développement du vidéotex prendra beaucoup plus de temps, car il faut s’occuper non seulement des services, mais aussi des utilisateurs.» Le télécopieur a attendu son heure pendant 80ans.C’est en effet en 1907 que le Français Edouard Belin inventa le bélinographe.Même en pleine société de l’information, ALEX devra-t-il attendre la même reconnaissance tardive ?Si ALEX rebute, le modem intimide encore plus.Combien de gens ont acquis un modem et ne s’en sont jamais servi?Etes-vous prêt pour l’«audiofax»?KJ»* Michel Dionne, président de Cerveau, entreprise de services audiotex: «La révolution informatique des années 80 n’était qu’un prélude à la turbulence qui s'annonce pour la décennie 90.» LA VOIX NUMÉRISÉE Pendant que certains intervenants du vidéotex s’impatientent, d’autres comme M.Dionne sont déjà ailleurs.M.Dionne dirige Cerveau, service d’hébergement vidéotex, mais aussi entreprise de services audiotex clés en main.Qu’est-ce que l’audiotex?On peut s’en faire une idée en composant le numéro de Cerveau : (514) 525-7776.La voix numérisée qui répond invite à appuyer sur l’un ou l’autre chiffre du téléphone à clavier, soit pour passer à l’anglais, soit pour rejoindre telle ou telle personne.Comme le vidéotex, qui est une succession de menus graphiques, l’audiotex propose des choix structurés selon des embranchements logiques.En fin de compte, on parle à la personne en question, ou on lui laisse un message dans sa boîte « vocale » ou encore, en cas de difficulté, on rejoint une téléphoniste en chair et en os.Tous les messages, ceux qu’on entend comme ceux qu’on laisse, sont numérisés et enregistrés sur le disque rigide d’un micro-ordinateur.Le tout est géré par une carte d’extension de microordinateur fabriquée aux Etats-Unis.La popularité grandissante de l’audio-tex s’explique par le fait que son «terminal » est déjà installé dans 99 % des foyers et des entreprises : le téléphone.Son interface est universelle.Loin de mettre les téléphonistes au chômage, l’audiotex absorbe les débordements d’appels, permet de contourner les billets roses et le ping-pong téléphonique.L’accès à l’audiotex est gratuit, à l’exception des lignes 976 des messageries vocales érotiques.L’audiotex d’affaires sert déjà de réceptionniste électronique chez Métro-Richelieu où il canalise 3 000 appels par jour.Chez Solution 2000, un service d’impôts, il remplace huit téléphonistes, 16 heures par jour, sur une base saisonnière.L’établissement d’un tel service coûte entre 15 000 $ et 45 000 $, selon le nombre de lignes connectées.Mais Michel Dionne ambitionne d’en étendre l’utilisation dans d’autres domaines.Il ne voit rien de moins que l’«audiofax», synthèse de l’audiotex et de la télécopie.fciél p® ¦Ci % |Î5l fflvoyi r>.Wvi jiS:Sl LE TANDEM TÉLÉPHONE-TÉLÉCOPIEUR «L’audiofax permet la transmission automatique de documents par télécopieur.N ji»ï .tt»® 'SlïL L'ill «ESI _ 14 QUÉBEC SCIENCE / MAI 1990 luiesl iMfr »• fojffi »¦ ids jioiîi sus pii!- p* lli» ‘Il P ((118 1 - ¦ éf te* littf iJU in* «('I1 i commandée à distance par un téléphone à clavier, explique Michel Dionne.Québec Science pourrait, par exemple, proposer un choix de rubriques ou d’articles sur un service audiofax, demander à la personne qui appelle de laisser son numéro de télécopieur et lui envoyer immédiatement l’article désiré.De même, une banque pourrait envoyer à un client son état de compte en lui demandant de taper son numéro d’identification personnel (NIP).Une université expédierait des textes de cours ou des résultats scolaires, un ministère, des formulaires ou des règlements, etc.» L’audiofax n'est pas une vague spéculation, car il intègre des technologies déjà existantes.D’autre part, il conviendrait à un type de clientèle aux besoins multiples.«Nous avons récemment soumissionné auprès du ministère québécois des Transports, explique Michel Dionne.Ce ministère envoie aux médias, à intervalles réguliers, des rapports sur l’état des routes et les travaux routiers.Actuellement, les fonctionnaires chargés de ce service envoient des cartes routières par télécopieur, alimentent un service ALEX, fournissent des données graphiques à Météomédia (sur le câble), répondent au téléphone et envoient des télex par Telbec.On devine aisément la perte de temps qu’occasionne un tel (morcellement.» « Avec la solution intégrée que nous leur proposons, poursuit Michel Dionne, les mêmes données, une fois entrées, sont envoyées par modem à un serveur télématique ALEX et à un serveur Vidéoway ; Telbec les reçoit par modem sous forme de communiqués.Les mêmes rapports, commandés par audiofax, sont expédiés par télécopieur et les médias électroniques les reçoivent en topos échantillonnés, numérisés, sur une ligne de qualité broadcast, meilleure que le téléphone ordinaire.Le journaliste tape un numéro de région administrative, puis la longueur (en secondes) du topo qu’il désire et appuie sur l’astérisque du clavier au moment précis où commence la diffusion du rapport, en direct.» L’AUDIOFAX: L’AVENIR DES TÉLÉCOMMUNICATIONS Cerveau conçoit des services audiotex au Québec - c’est son équipe de programmeurs qui a mis au point le logiciel qu’il utilise, ce qui permettra de l’adapter dans toutes les langues, le moment venu.Car le marché mondial n’est pas loin.« A long terme, reprend M.Dionne, Taudiofax s’insère dans une stratégie d’intégration voix-données.La fusion de la télématique et de l’audiotex sera rendue possible par le Réseau numérique à intégration de services (RNIS) (voir « RNIS : des communications sur mesure », Québec Science, janvier 1988).Dans deux ans, on pourra transmettre voix et données sur une même paire de fils de cuivre.Et dans 10 ans, on aura le vidéophone et la vidéoconférence sur terminal numérique.Fujitsu produit déjà des terminaux RNIS.» «La révolution informatique des années 80, poursuit Michel Dionne, n’était qu’un prélude à la turbulence qui s’annonce pour la décennie 90.En quelques années, nous sommes passés d’un monde de données à un monde de savoir, grâce à un système capable d’épurer les données et de les livrer en un format intelligent.Et c’est le traitement de l’information qui permettra aux entreprises de passer à travers la turbulence, d’effectuer leur mise en marché plus rapidement, de survivre en demeurant concurrentielles.Tout comme les Japonais, qui ont damé le pion aux géants américains de l’automobile.» DISPARITION PROCHAINE DU TÉLÉCOPIEUR Selon Michel Dionne, le télécopieur n’est pas nécessairement la voie de l’avenir.«Cette technologie a connu un boom dans les années 80.Son heure de gloire est en train de passer, son marché est presque saturé, il n’est plus là que pour quelques années.Ce n’aura probablement été qu’un feu de paille semblable à celui de la motoneige il y a 20ans.Le télécopieur sera remplacé par les communications numériques, plus difficiles à intégrer.» « Le modem ne décolle pas, parce que c’est une technologie complexe à laquelle il faut donner une configuration: lorsque ça ne fonctionne pas, il faut se demander si c’est à cause du modem, du logiciel, du câble, du micro-ordinateur ou du serveur ! Par contre, en télématique d’affaires, le processus est plus sophistiqué, mais plus puissant: la communication par modem est numérique et moins coûteuse (grâce à la transmission par paquets) que la télécopie.Selon les experts, au détour de l’an 2000, plus de données que de messages vocaux seront échangées par télécommunications.» « D’ici la fin de la décennie, le télécopieur sera supplanté par la télématique.(Il ne faudrait pas confondre la télématique, qui englobe de nombreux outils, et le vidéotex, qui est destiné au grand public.) Si la télématique d’affaires ne décolle pas encore, c’est uniquement par manque d’information ! » COURRIER COURRIER COURRIE LES DISTANCES ONT DE L’IMPORTANCE J’ai lu avec beaucoup d’intérêt votre article sur la télématique nord-américaine, dans le numéro de janvier 1990.J’habite en région éloignée et les liens intéressants avec le reste du monde me manquent beaucoup.Je possède un micro-ordinateur IBM-compatible, le SYSTEM V d’Ogivar.Voulez-vous me renseigner sur l’équipement nécessaire et la façon de me relier à un service comme INFOPUQ?Daniel Beauvais Baie-du-Poste Vous pouvez accéder à INFOPUQ par le réseau iNet 2000 de Bell, mais ce ne sera pas donné.Il faut d’abord compter 55$ pour F abonnement à iNet, plus 3,50$ par mois en frais d’administration, plus les frais d’interurbain pour vous relier au port d’accès Datapac le plus proche, en l’occurrence celui de Chicoutimi : 14,40 $ l’heure à partir de 23 h.INFOPUQ vous coûtera ensuite 15,50$ l'heure.Vous pouvez également accéder par interurbain à la ligne d’INFOPUQ, à Chicoutimi, pour 14,40$ lheure.L’utilisation d’INFOPUQ vous coûtera 6$ l’heure, ce qui revient en tout à environ 0,35$ la minute.M.Denis Gilbert, d’INFOPUQ, se fera un plaisir de vous renseigner davantage.On peut le rejoindre au (418)657-3551.Vous pouvez m’écrire à Québec Science ou par courrier électronique sur INFOPUQ (code: QC10143) et CompuServe (code: 76606,671).MAI 1990/QUÉBEC SCIENCE 15 LES MUTAGENES DE L'ENVIRONNEMENT ET LEURS EFFETS BIOLOGIQUES Alain LÉONARD MASSON Paris DECARIE Montréal Écrit de manière simple et didactique, ce livre s'adresse aussi bien aux spécialistes qu'à tous ceux qui s'intéressent au monde vivant et à l'environnement.SOMMAIRE CHAPITRE 1 Les polluants physiques CHAPITRE 2 Les polluants chimiques CHAPITRE 3 Les bases de la génétique toxicologique CHAPITRE 4 Tests à court terme utilisés pour détecter les propriétés génotoxiques des agents chimiques ou physiques CHAPITRE S Les conséquences des effets génotoxiques CHAPITRE 6 Principes et intérêt des méthodes utilisées pour la surveillance biologique des personnes exposées à des agents mutagènes et/ou cancérogènes CHAPITRE 7 Législation et normes CHAPITRE 8 Les grandes catastrophes industrielles et leurs conséquences biologiques • 306 pages • 38 figures • 58 tableaux • 127 références bibliographiques • couverture rigide • reliure caisse • 46,50 $ U O < ‘a H vO D ^ . 07 LU Uj D .a fe: x 9 ¦ .2 5- CN CO T* * CI X ^ CN CN 1 ? ^ ; :v ¦7 v ; ¦ Environnement Environment Canada Canada Service canadien Canadian Wildlife de la faune Service PLAN D'ACTION SAINT-LAURENT MÈÊÊÊà miammm Canada QUEBEC SCIENCE / MAI 1990 SPÉCIAL ENVIRONNEMENT par René VÉZINA ut v à - j Agronome, pacifiste, écologiste, René Dumont est de tous les combats.Cet homme, âgé de 86 ans, a choisi depuis longtemps de mettre la science au service des causes qu’il défend.Il publie ce mois-ci, aux Editions du Méridien, un livre intitulé La contrainte ou la mort.Lettre aux Québécois sur l’avenir de la planète, en collaboration avec Gilles Boileau, professeur de géographie à l’Université de Montréal.Québec Science l’a rencontré en mars dernier à son appartement de Fontenay-sous-Bois, en banlieue de Paris, alors qu’il rentrait tout juste d’une tournée de sept semaines en Afrique.Les sourcils dressés en bataille, René Dumont part une nouvelle fois en croisade.L’homme n’est pas un contemplatif.Il a déjà passé plus d’un demi-siècle à combattre les injustices qui affligent les pays du Tiers-Monde.Son sens de l’action le pousse cette fois-ci à interpeller les Québécois.Et l’accusation sort drue, étonnante: «Vous êtes les seconds criminels du monde ! » Venant d’un homme qui a été témoin des méfaits de la colonisation en Afrique et en Asie, le propos paraît brutal.«Comprenons-nous bien: vous n’agissez pas délibérément, mais le résultat est le même.Les dernières statistiques relevées par l’équipe de Lester Brown et du Worldwatch Institute le montrent clairement.Après les États-Unis, c’est le Canada qui produit le plus de dioxyde de carbone par personne sur la planète.Et le CO,, c’est la mort de l’humanité par l’effet de serre.Nous avons 10ans pour réagir et éviter la destruction.» Agronome, René Dumont connaît mieux que quiconque la situation alimentaire précaire des pays sous-développés.Après une percée prometteuse au début des années 80, les récoltes mondiales ont plafonné, puis décliné inexorablement au cours des dernières années.Les rendements à l’acre périclitent, même dans des pays qui avaient cru, comme l’Inde, pouvoir atteindre l’autosuffisance.La terre est épuisée, elle est aussi déshydratée.«Le dérèglement des climats et l’effet de serre sont maintenant une réalité.MAI 1990/QUÉBEC SCIENCE 29 Gilles Davoine Le directeur scientifique de la NASA l’a lui-même confirmé devant le Congrès américain, le 21 juin 1988.Il faut passer aux actes.» LA FORÊT QUÉBÉCOISE MENACÉE Comment penser aux catastrophes lorsque pour nous, nordiques, l’effet de serre laisse aussi présager un réchauffement des températures?En ce beau dimanche de printemps, à Paris, le mercure atteint 25 degrés Celsius, le temps est si doux, si agréable.«Et si sec, s’empresse d’ajouter René Dumont, alors que la sécheresse affame déjà l’Afrique et que la désertification s’intensifie.Vous-mêmes ne pourrez échapper aux conséquences néfastes de ce bouleversement.La forêt québécoise, par exemple, est adaptée à un certain climat.Elle soutient toute une infrastructure économique.Les forestiers québécois me disent qu’ils deviennent nerveux, puisqu’ils ont toujours travaillé avec l’hypothèse que le climat allait demeurer le même.Au train où vont les choses, le Maine connaîtra, dans 50 ans, le climat de la Géorgie.» Est-ce une menace?«C’est une menace, parce qu’elle est imprévisible.On sait que le réchauffement global moyen s’établit à 0,6 degré depuis 10 ans.C’est un phénomène sans précédent dans l’histoire de l’humanité.Bien sûr, il y a eu des changements par le passé, mais ces changements obéissaient à des cycles extrêmement lents, qui s’étendaient sur des périodes de 5 000 ans.Si nous augmentons la température terrestre de trois ou quatre degrés d’ici 50 ans, comment l’écosystème arrivera-t-il à s’adapter?Les signes avant-coureurs, comme les sécheresses, sont inquiétants.Voilà la menace.» René Dumont martèle le même discours depuis une vingtaine d’années, même si ses mises en garde sont devenues plus pressantes au fil des ans.Son audience s’est élargie, mais le redressement tarde.«N’oubliez pas que les premiers travaux de Barbara Ward et de René Dubos pour les Nations Unies, travaux auxquels j’ai collaboré, datent d’à peine 20 ans.La fameuse Conférence de Stockholm qui a donné un nouvel élan aux causes environnementales a eu lieu en 1972.Nous avons quand même fait du chemin depuis ces premiers coups de sonde.Le bilan annuel L'Etat de la planète est traduit en français depuis 1989.Vous venez tout juste de tenir au Québec une conférence sur le développement durable, événement auquel j’ai eu l’honneur d’être invité.Je m’y suis d’ailleurs élevé contre les prétentions de grandes sociétés comme Alcan, qui René Dumont : « Vous êtes les seconds criminels du monde.A Après les Etats-Unis, c’est le Canada qui produit le plus haut taux de dioxyde de carbone par personne sur la planète.» soutiennent qu’on peut accroître sans dommages la production industrielle à l’échelle de la planète.Tôt ou tard, nous aurons épuisé les ressources, sans parler du dérèglement des climats.» LE GRENIER DU MONDE SE VIDE Cet agronome qui a passé sa vie à étudier les rendements des sols n’en est pas à son premier avertissement.La situation africaine le préoccupe au plus haut point, mais il suit également de près la grande agriculture nord-américaine.Et de nouveau, il pointe un doigt accusateur.«Votre gouvernement fédéral finance la destruction de l’Ouest canadien en subventionnant la monoculture du blé, et cette monoculture tue les sols.C’est un calcul à courte vue.Dans l’Ouest, les tableaux d’érosion éolienne sont comparables à ceux de la savane africaine.Sécheresse et érosion, pas étonnant que les récoltes des dernières années aient été moins bonnes.Et le Canada est censé être le grenier du monde.Les réserves totales de céréales à travers le monde ont atteint l’an dernier leur plus bas niveau, à peine de quoi suffire à 50jours de consommation mondiale.» Développement, paix et respect de l’environnement.Pour René Dumont, la trilogie est indissociable.Même s’il s’adresse cette fois-ci en priorité aux Québécois, l’homme de science ne peut s’empêcher d’évoquer et de comparer ce qu’il observe au Tiers-Monde.Et de comparer.«Trois cents millions de vélos en Chine.Peu de voitures.Une pour 74000 citoyens.Et on sait lire et écrire.Pas de vélos en Afrique.Plus de voitures qu’en Chine.Et on ne sait pas lire ou écrire.C’est un choix de société.» Lorsqu’il parle de l’Afrique, la passion s’empare de cet homme qui avait déclenché une tempête aux premiers jours de la décolonisation en affirmant dans un livre-choc : L’Afrique noire est mal partie.La situation de la femme souvent réduite au rang de bête de somme, la progression démographique incontrôlée, l’affaiblissement des ressources alimentaires, tout concourt à lui faire réitérer ce jugement, mais cette fois de façon plus alarmante.C’est pourquoi, son prochain livre s’intitule L’Afrique noire est-elle perdue ?et qu’il ne mâche pas ses mots quand il dénonce le gaspillage qu’il observe chez nous.DES RICHESSES DILAPIDÉES «Le maire de Sherbrooke me disait qu’il a tenté, récemment, d’imposer les compteurs d’eau dans sa ville pour mesurer la consommation d’eau potable.Il n’y est pas parvenu.» En évoquant cette conversation, l’activiste de 86 ans élève le ton.L’indignation voisine l’ironie.«Vous disposez de ressources fabuleuses par habitant, alors vous les gaspillez toutes.Vous n’avez pas le droit, avec 25 millions d’habitants, d’avoir autant de ressources.C’est une injustice fondamentale ! Ils n’ont rien en Afrique et vous avez tout.Vous parlez de partage, vous vous dites chrétiens et vous dilapidez vos richesses.» Sans élaborer outre mesure sur la religion, René Dumont se prépare pour une rencontre prévue à la Faculté de théologie de l’Université «catholique» (sic) Laval de Québec, le 18 mai prochain.En souriant, il confie : « Ils 30 QUÉBEC SCIENCE / MAI1990 ' sas*.Gilles Davoine René Dumont et sa compagne québécoise, Charlotte Paquet.Elle a collaboré à la rédaction du dernier livre de M.Dumont, La contrainte ou la mort.Lettre aux Québécois sur l'avenir de la planète.m’invitent régulièrement pour dire du mal du Vatican! Lorsque le pape se prononce contre le contrôle des naissances en Afrique, comme il l’a fait -à mes côtés - à Bamako, il se conduit de façon irresponsable.Et je le redirai à Québec ! » Ses nombreux amis québécois le tiennent d’ailleurs régulièrement au René Dumont en compagnie du journaliste de Québec Science, René Vézina, dans le Bois de Vincennes.Au cours du mois de février dernier, lors de violentes tempêtes, de nombreux arbres séculaires ont été abattus dans ce parc.«Un exemple de la désolation que peut engendrer l’effet de serre», souligne René Dumont.courant des débats qui ont cours par ici.Les derniers démêlés survenus entre Hydro-Québec et les environnementa-listes ne lui ont pas échappé.«D’une part, si vous encouragez l’efficacité énergétique, vous allez mettre un frein au gaspillage d’énergie.D’autre part, je ne comprends pas pourquoi, à Montréal, les autos ne fonctionnent pas à l’électricité, alors que vous êtes les champions en ce domaine.» TAXER L’IMMODÉRATION Au sujet des automobiles, René Dumont est intarissable.Trente ans plus tôt, il a lui-même choisi d’emménager près d’une gare pour se servir le moins souvent possible de son auto.A ses yeux, les conducteurs de grosses voitures sont des criminels inconscients, parce que celles-ci émettent une quantité massive de dioxyde de carbone.«Je l’ai clamé par le passé et on me traitait d’inconscient.Or voici que le magazine Time du 2 janvier 1989 reprend certains de mes arguments.entre autres l’imposition d’une forte taxe dissuasive sur les carburants fossiles.Pourquoi d’ailleurs ne pas établir un péage sur les autoroutes, un péage écologique qui épargnerait les automobilistes qui pratiquent le covoiturage?C’est absurde de voir autant de voitures qui ne transportent qu’une seule personne.Aussi, pourquoi ne pas taxer la dépense immodérée d’électricité, lorsqu’elle atteint un certain seuil de consommation?Autrement dit, pourquoi ne pas favoriser la survie de la planète?Pour changer les mentalités, il nous faut comprendre que nous nous acheminons droit vers la mort.Une fois que nous aurons compris ce fait inéluctable, le reste suivra.» Pour bien montrer que ces bouleversements sont imminents, René Dumont nous invite à l’accompagner dans sa promenade quotidienne au Bois de Vincennes, à quelques minutes de marche.Il refuse d’ailleurs de prendre l’ascenseur, «d’autant plus que nous n’avons que quelques étages à descendre.Si tout le monde utilisait ses jambes, ce serait déjà une bonne économie d’énergie».Les violentes tempêtes de l’hiver dernier ont laissé leur marque au cœur de ce magnifique parc qui borde Paris.Plus de 4000 arbres ont été déracinés : chênes, hêtres, tilleuls.Ils jonchent encore le sol, à preuve que rien ne peut résister à la Nature lorsqu’elle se fâche.«Voilà un exemple de la désolation que peut engendrer l’effet de serre.À quelques pas de chez moi ! Ces tempêtes naissent dans l’Atlantique.On a évalué que si la température de la mer monte d’à peine un demi-degré, les vents deviennent beaucoup plus dévastateurs.Leur vitesse peut passer de 150 à 250 km/h.Ici, des chênes de 150 ans ont été emportés comme de vulgaires arbrisseaux.Le Bois de Vincennes est entretenu depuis plus d’un demi-siècle et jamais on n’avait enregistré d’aussi grands dommages.» Assis sur un de ces troncs désormais stériles, le scientifique lance une dernière exhortation.«L’humain est un être foncièrement égoïste.Il ne comprend que lorsque son bien-être est en cause.Déjà, des populations entières sont mortes à cause de nos négligences.Si nous ne changeons pas, notre tour viendra, c’est l’inévitable réalité.» ?MAI 1990/QUÉBEC SCIENCE 31 LE SYNDROME DE LA PELOUSE PARFATE par Michelle DUBUC Les pesticides, s’ils donnent toute la verdeur à la pelouse, n’en sont pas moins des intrus pour cet écosystème complexe, à l’équilibre précaire.En 1989, les camions de plus de 600 établissements d’entretien des pelouses ont sillonné les routes et les rues du Québec pour répandre herbicides, insecticides et engrais chimiques sur les pelouses de quelque 250000 résidences.Ces entreprises québécoises connaissent un essor extraordinaire depuis cinq ans.Leur chiffre d’affaires a été de 30millions de dollars en 1988.Au cours de la même année, les Canadiens ont dépensé environ 70,3 millions de dollars pour l’achat de pesticides (terme englobant les herbicides et les insecticides) pour la maison et le jardin.On utilise de plus en plus de pesticides en milieu urbain.Selon une étude menée dans l’ouest de l’île de Montréal en 1987, huit ménages sur dix utilisaient des pesticides pour entretenir leur pelouse et 40% d’entre eux faisaient appel à des firmes professionnelles.Même phénomène dans la région de Lanaudière, au nord de Montréal.En ville, en banlieue et en région, donc, la tendance se généralise.Sommes-nous en train de transformer nos pelouses, parcs et terrains de golf, ces havres de paix, en réservoirs de pollution?On sait que de nombreux problèmes de santé, tels certains cancers, sont potentiellement reliés à l’utilisation de pesticides en milieu agricole.De plus, ces poisons contaminent l’eau, l’air, les sols et les organismes vivants.On est donc en droit de se demander si les pesticides appliqués sur les espaces verts n’affectent pas aussi notre santé et notre environnement.La majorité des pesticides utilisés aujourd’hui sur les pelouses sont des herbicides de la famille des aryloxy-acides, dont le très controversé 2,4-D, soupçonné de causer des cancers, le dicamba, le mécoprop et le MCPA.Accusés également de causer des 32 QUÉBEC SCIENCE / MAI 1990 Edith Smeesters problèmes de pollution, ces.herbicides sont en voie de réévaluation par Agriculture Canada.On utilise aussi des insecticides du groupe des organophosphorés, tels le diazinon et le chlorpyrifos.Ces insecticides, peu sélectifs, éliminent d’autres organismes vivants, incluant des insectes bénéfiques, comme les polli-nisateurs, et des prédateurs naturels.Même à de faibles doses, les organophosphorés peuvent être dangereux pour l’homme et pour d’autres animaux, y compris les animaux domestiques ; ils peuvent endommager le système nerveux en inhibant la cholinestérase, enzyme qui joue un rôle dans la transmission des signaux nerveux.VISA L’INSECTE, TOUCHA L’HOMME Nul doute que les pesticides ont causé des problèmes de santé aigus, surtout chez les jeunes enfants exposés aux pesticides dans les 24 heures après un épandage, note Robert Laforte, médecin spécialisé en santé environnementale à l’Hôpital Lakeshore, de Montréal.Mais ce qui est encore plus préoccupant, selon lui, c’est que de nombreux doutes subsistent quant aux effets à long terme de ces produits, presque tous cancérigènes potentiels.Chaque année, près de 1 000 cas d’intoxication par les pesticides sont répertoriés par le Centre de toxicologie du Québec.Nausées, vomissements, éruptions cutanées, maux de tête, fièvre, crampes et pertes de coordination musculaire sont parmi les malaises aigus causés par ces produits que l’on peut absorber par contact cutané, par inhalation ou par ingestion.Les conditions d’utilisation des pesticides ont une influence déterminante sur les risques d’exposition; au moment de l’application, par exemple, Les oiseaux, dont les merles d’Amérique, souffrent d’un environnement traité aux insecticides qui restent à la surface du sol.Les jeunes merles parviennent en moins grand nombre à maturité et certains quittent même le nid lorsque celui-ci est situé dans un tel environnement.MAI 1990/QUÉBEC SCIENCE 33 plus de la moitié du produit risque de s’élever dans l’air et de se retrouver dans le potager du voisin.Cécile Laverdière, de la Direction du milieu agricole et du contrôle des pesticides du ministère de l’Environnement du Québec (MENVIQ), explique que le taux de volatilisation, pendant ou après l’épandage, dépend de la nature du produit, des vents, de la température, des caractéristiques du sol, de la grosseur des gouttelettes, etc.DES DÉJEUNERS SUR L’HERBE DANGEREUX On a retrouvé beaucoup d’oiseaux empoisonnés par des insecticides sur des pelouses et des terrains de golf traités.Les organophosphorés, dont le chlorpyrifos et le diazinon, se dégradent assez vite dans l’environnement (il reste, après 14 jours, 34% de chlorpyrifos et 2% de diazinon), mais sont extrêmement toxiques pour certaines espèces d’oiseaux.Ces insecticides pénètrent peu dans le sol et se retrouvent surtout sur les brins d’herbe et sur le chaume (débris d’herbe).Pour cette raison, ils sont particulièrement dangereux pour les herbivores comme la bemache du Canada.A Long Island (New York), en 1980, on a trouvé 81 bernaches mortes sur une pelouse qui venait d’être traitée au diazinon.Les biologistes ont découvert des taux de cholinestérase très faibles dans leur cerveau, indiquant l’effet toxique du pesticide.Nos pelouses sont des sites d’alimentation importants pour plusieurs espèces d’oiseaux, notamment le merle d’Amérique.Le Groupe de recherche et d’étude en biostatistique et en environnement (GREBE) effectue présentement une étude, pour le compte d’Environnement Canada et de la compagnie Dow Chemical.On cherche à déterminer les effets du traitement des pelouses aux pesticides, à la fois sur le merle et sur l’une de ses principales ressources alimentaires : le ver de terre.Les résultats préliminaires de cette étude laissent entrevoir que moins de jeunes oiseaux parviennent à maturité et quittent le nid lorsque celui-ci est entouré de pelouses traitées avec des _ insecticides.Jean-Luc Desgranges, du Service canadien de la faune à Environnement Canada, ajoute que les terrains traités au chlorpyrifos sur une période de quatre ans, contiennent moins d’espèces de vers de terre, et que leur nombre total est réduit.De plus, des merles gardés en captivité et exposés au chlorpyrifos pendant une période de trois à cinq heures présentaient des signes évidents de contamination avancée : perte d’équilibre, chutes et salivation.Robert Décarie et Claire Lépine, du GREBE, expliquent qu’il est cependant difficile, voire impossible pour le moment, de connaître les répercussions à long terme des pesticides sur la santé de l’écosystème.«Vu le peu d’études sur l’impact des pesticides en milieu résidentiel, explique M.Décarie, et compte tenu de la complexité du milieu, nous sommes confrontés à une série d’hypothèses opposées qui nous obligent à élaborer de nouvelles méthodologies plus complexes.» QUI CONTRÔLE QUOI?Afin de réduire l’usage des pesticides au Québec, l’Assemblée nationale a sanctionné, en 1987, la Loi sur les pesticides.Il était temps, car le Québec est l’avant-dernière province canadienne (il reste la Nouvelle-Écosse) à se doter d’une telle loi.Jacques Paré, de la Direction du milieu agricole et du UN SOL BIEN VIVANT Un hectare de sol sain peut contenir un milliard d’insectes, 100 milliards de protozoaires, 500 millions de bactéries, 400 000 champignons et plusieurs millions de vers de terre.Tous ces petits organismes travaillent la matière organique et les sels minéraux, et les rendent assimilables pour les plantes.Les nématodes, organismes microscopiques vivant dans le sol, participent à la transformation de celui-ci.* SI ! i Environ 99% de ces organismes sont bénéfiques, parce qu’ils améliorent le sol.Ce sont aussi des agents naturels de contrôle des organismes nuisibles, et ils participent tous au maintien de l’équilibre biologique du sol.Les vers de terre, par exemple, jouent un rôle majeur dans la formation de l’humus.Comptant parfois pour plus de la moitié de la biomasse du sol, ces laboureurs creusent des tunnels qui favorisent l’aération, le drainage et l’implantation des racines des plantes.Dans 100 mètres carrés de pelouse, il y a environ un million de plants.La pelouse traditionnelle est principalement composée d’une ou de plusieurs espèces de graminées.Il existe un nombre impressionnant de variétés d’herbes pour la pelouse, adaptées à différentes conditions de température, d’ensoleillement.Le pâturin est l’espèce la plus couramment utilisée, mais pas toujours la mieux adaptée.Mieux vaut un mélange de plusieurs espèces ou variétés (pâturin, fétu-que, trèfle, ray-grass), qui vont pouvoir résister aux changements de température et d’humidité survenant au cours de la période de croissance.De plus, la présence de trèfle réduit le besoin d’engrais, car cette légumineuse enrichit le sol en azote.Mais si vraiment le terrain ne se prête pas à la pelouse (trop ombragé ou trop en pente), pourquoi ne pas y mettre autre chose, comme un couvre-sol (lotier, ajuga, pervenche, etc.)?34 QUÉBEC SCIENCE / MAI 1990 ifili- contrôle des pesticides du MENVIQ, explique que des règlements, en vigueur depuis juillet 1988, obligent toute entreprise qui exerce une activité professionnelle de vente ou d’utilisation de pesticides à détenir un permis et à produire annuellement un état de ses transactions.« Ces nouveaux règlements, précise M.Paré, vont nous permettre de connaître les noms et les quantités des pesticides (sauf les produits d’usage domestique), vendus et utilisés dans chaque municipalité du Québec.» L’emploi régulier et systématique des pesticides appauvrit le sol, à long terme.Une partie des organismes décomposeurs du sol sont détruits par les insecticides ; la pelouse devient alors dépendante d’un usage fréquent et abusif d’engrais.Les insecticides détruisent les insectes que l’on veut exterminer, mais affaiblissent et éliminent aussi leurs prédateurs et leurs parasites, qui périssent faute de nourriture.Par ailleurs, quand le pesticide a cessé d’agir, les populations d’insectes nuisibles se rétablissent plus vite que les prédateurs, car elles ont toujours accès à de la nourriture.Il se produit alors une seconde infestation, et c’est le cercle vicieux.L’écosystème, au niveau du sol et de la pelouse, se trouve déséquilibré, et la situation s’aggrave encore quand les insectes nuisibles développent un mécanisme de résistance.On augmente alors les doses du produit, pour employer ensuite de nouveaux insecticides lorsque le premier n’est plus efficace.Un phénomène de résistance peut aussi s’installer par suite de l’usage d’herbicides qui détruisent les prétendues «mauvaises herbes» à feuilles larges, tels le pissenlit et le plantain.De plus, ces produits transforment les pelouses en monocultures qui sont, comme les monocultures agricoles, des écosystèmes perturbés, fragiles et extrêmement sensibles aux maladies.LES VRAIES SOLUTIONS AUX VRAIS PROBLÈMES Lorsqu’on épand des pesticides, on s’attaque aux symptômes et non aux causes du problème.«Une infestation Les groupes suivants font la promotion de pratiques culturales de remplacement pour contourner l’utilisation des pesticides : • Projets pour une agriculture écologique Collège MacDonald, Université McGill 21111, Bord-du-Lac, C.P.191 Sainte-Anne-de-Bellevue (Québec) H9X ICO Tél.: (514) 398-7771 1 Groupe de travail sur les pesticides inc.417, avenue Mount-Stephen Westmount (Québec) H3Y 2X7 Tél.: (514) 937-4596 Mouvement pour l'agriculture biologique au Québec inc.C.P.1000, succursale M 4545, avenue Pierre-de-Coubertin Montréal (Québec) H1V 3R2 Tél.: (514) 252-3039-8 • Nature-Action inc.C.P.434 Saint-Bruno-de-Montarville (Québec) J3V5G8 Tél: (514) 441-3899 Si vous en avez assez des épandages de pesticides sur les pelouses, c’est à l’adresse de Nature-Action que vous pouvez obtenir l’affiche jaune « Pesticides ?Non merci ! » (résistant aux intempéries), au coût de 3 $.Pour de plus amples renseignements sur les pesticides : • Info-pesticides Tél.: 1-800-267-6315 Pour des conseils sur l’entretien paysager : • Le Téléphone vert Tél.: 1-800-463-6944 de la pelouse par des insectes ou des champignons, par exemple, est souvent l’indice d’un déséquilibre du sol ou d’un entretien inadéquat», estime Cécile Laverdière.Un sol pauvre en éléments nutritifs produit une pelouse dont les plants, affaiblis, ne résistent pas aux attaques des parasites.Mme Laverdière explique qu’il est primordial d’avoir un sol riche, régulièrement nourri de matières organiques (compost, fumier, etc.).«Un sol riche, dit-elle, c’est un très bon herbicide.» Il produit une pelouse touffue et empêche l’invasion massive des mauvaises herbes.Il faut aussi vérifier le pH du sol, et le corriger au besoin.La présence de pissenlits, par exemple, est l’indice d’un sol acide auquel on pourrait donner de la chaux.D’autre part, une pelouse qui comprend trois ou quatre espèces de plantes risque moins les infestations dévastatrices (voir l’encadré).On suggère aussi de tondre la pelouse à une hauteur de 7 centimètres et d’arroser peu souvent mais longtemps, pour que les racines croissent en profondeur et résistent mieux aux sécheresses.Ainsi, durant un été sec, on recommande d’arroser une fois par semaine, jusqu’à ce que l’eau pénètre à 10 centimètres de profondeur.LE MEILLEUR PESTICIDE : UN CHANGEMENT D’ATTITUDE Plusieurs mouvements écologiques et quelques entreprises d’entretien paysager prônent actuellement ce genre de pratiques simples et naturelles pour entretenir la pelouse.Ainsi, si vous ne désirez pas arracher vous-mêmes les quelques pissenlits qui poussent sur votre pelouse, certaines entreprises le feront pour vous.À la Communauté urbaine de Montréal (CUM), par exemple, on n’utilise pas de pesticides ni d’engrais chimiques sur les pelouses des parcs, selon André Pilon, responsable de la réalisation des aménagements et de l’entretien des parcs.De toute façon, pourquoi vouloir une pelouse parfaitement uniforme?La pelouse n’est-elle pas tout ce qu’il nous reste de la nature en ville?Alors pourquoi en faire un tapis chimique?Cela vaut-il la peine de risquer sa santé, de perturber l’écosystème, de chasser les oiseaux, pour répondre à un critère d’ordre esthétique discutable?Faut-il attendre de disposer de preuves irréfutables pour réagir?Peut-être serons-nous tentés de récupérer la fameuse formule : « pas dans ma cour», en attendant la mise au point et l’homologation de pesticides biologiques ?Heureusement, le vert est le symbole de l’espoir ! ?Pour en savoir davantage : MORIN, Louise et CIOTOLA, Marie «Les bioherbicides: une nouvelle approche pour lutter contre les mauvaises herbes » /«fez/ace, janvier-février 1990.RUBIN, Carole How to Get your Lawn and Garden off Drugs Friends of the Earth, 1989.MAI 1990/QUÉBEC SCIENCE 35 N REQUIEM POUR LES SACS VERTS par Louise DESAUTELS Principale composante du contenu des sacs verts, le papier est la clé du recyclage.À leur rythme, les consommateurs, industriels et gouvernants prennent le train vert.Les déchets domestiques agonisent, vive les matières recyclables ! Inquiet de l’état de la planète, le citoyen cherche un geste concret à poser, et l’obésité de ses poubelles lui en offre l’occasion.L’époque des gros sacs verts tirerait donc à sa fin, alors que s’amorce celle des contenants de rebuts bien classés qui caractérisent la collecte sélective.Depuis peu, la population déjà sensibilisée par les groupes écologiques ainsi que les municipalités plus récemment converties, entrent au pas de course dans l’ère de la récupération et du recyclage.Tous les observateurs retiennent maintenant leur souffle en espérant que le mouvement entraînera aussi les industries capables de remplacer une partie de leurs matières premières par les rebuts domestiques: plastiques, papier, verre, métaux, etc.On décèle chez ces industries - elles-mêmes productrices de denrées qui se retrouvent rapidement dans nos poubelles- des signes encourageants.Le credo du 36 QUÉBEC SCIENCE / MAI 1990 R 0 N N N recyclage, teinté d’arguments économiques, commence à y faire sa marque.Curieusement, dans ce train vert qui prend de la vitesse, la recherche scientifique fait office de wagon de queue, à la remorque, notamment, de l’industrie.Mais là aussi, la ruée vers l’ordure ménagère s’engage.Deux voies semblent ouvertes: l’amélioration des technologies du recyclage (désencrage, traitement des matières plastiques, valorisation des rebuts combustibles, etc.) et la gestion des déchets (aspects économique, politique et sociologique).DIS-MOI CE QUE TU JETTES.Les Québécois produisent chaque année quelque 6,5 millions de tonnes de déchets domestiques ! Plus d’une tonne par habitant de tubes de dentifrice vides, de journaux écornés, de couches jetables souillées, de matelas crevés, de lessiveuses hors d’usage, etc.Surchargés, les dépotoirs municipaux ne peuvent plus en prendre, et il s’avère de plus en plus difficile d'en ouvrir de nouveaux : les normes de sécurité se multiplient pour éviter la contamination, particulièrement celle des eaux sous-terraines et de ruissellement, et personne ne veut d’un dépotoir dans son voisinage immédiat-pas plus, d’ailleurs, que d’un incinérateur.La solution prônée par le ministère de l’Environnement du Québec (MENVIQ) : réduire la quantité des déchets en leur soustrayant les rebuts recyclables ou «compostables».En 10 ans, selon le MENVIQ, on pourrait diminuer la quantité d’ordures de 35 %.Pour ce faire, le Ministère a mis sur pied l’an dernier un fonds auquel devaient souscrire volontairement les industries productrices de biens de courte vie, pour un total de 100 millions de dollars.Cet argent servirait à appuyer les municipalités, instances responsables des ordures ménagères.Les gestionnaires de ce fonds, baptisé Collecte sélective Québec, n’en sont cependant qu’à fixer leurs critères et leurs moyens d’action ; selon André Martel, directeur général, ils n’ont pas encore 1 million de dollars dans leur caisse.Certaines municipalités n’ont pas attendu cet appui pour agir.LaSalle, Saint-Bruno-de-Montarville, Artha-baska, quelques quartiers de Québec, de Montréal et leurs banlieues ont déjà mis sur pied leur système de collecte sélective, en association avec des entreprises de récupération privées.Dans chaque cas, la réponse des résidants dépasse les attentes.«Ce n’est pas surprenant, puisque la priorité de ces municipalités a été de répondre aux exigences des citoyens, plutôt qu’à des impératifs économiques», estime Jean-Pierre Revéret, professeur au Département de biologie de l’UQAM et directeur du Groupe de recherche et d’analyse en gestion de l’environnement.tes.In P»o(l O MAI 1990/QUÉBEC SCIENCE 37 À court terme, la municipalité ne verra pas de diminution de sa facture d’enlèvement des ordures ménagères.Tout au plus évitera-t-elle une escalade des coûts d’enfouissement.«Par contre, explique M.Revéret, la municipalité, de cette manière, investit à long terme, car la collecte sélective a une valeur éducative incroyable.» Trier les ordures amène inévitablement, selon lui, une prise de conscience par rapport au gaspillage des ressources, affecte les habitudes de consommation dans le sens d’une diminution de la quantité de déchets.LE PAPIER, C’EST LA CLÉ Selon M.Revéret, le papier est le moteur du recyclage, autant à cause de la place qu’il occupe dans nos ordures ménagères, que parce que les techniques permettant son retour dans la chaîne industrielle sont bien connues : remise en pâte et désencrage.De plus, estime le chercheur, les groupes écologiques ont réussi à sensibiliser les consommateurs à ce problème.Tout le monde sait, aujourd’hui, qu’une tonne de papier recyclé épargne 14 arbres et permet des économies d’énergie substantielles.André Poitras partage cet avis.Directeur de la Société de récupération Via, M.Poitras craint cependant que le Québec ne s’engage trop rapidement dans la collecte sélective et néglige d’assurer des débouchés pour les matériaux recueillis, le principal étant le papier journal.Pour son entreprise, absorber les baisses de prix des vieux journaux, telles qu’on en connaît depuis trois ans, s’avère périlleux.En 1987, une tonne de papier journal se vendait environ 60 $ auprès des usines de pâtes et papiers; on parle aujourd’hui de 30$.«D’après moi, dit André Poitras, le chaos va persister dans l’industrie de la récupération, tant qu’une usine de désencrage du papier journal ne fonctionnera pas à plein rendement au Québec.» M.Poitras fixe à environ trois ans cette période difficile, l’annonce de la construction d’une usine de désencrage du papier journal étant imminente.La seule qui existe à Theure actuelle au Canada est située à Thorold, en Ontario.Une telle usine a déjà fonctionné à Breakeyville, en banlieue de Québec, mais a dû réorienter ses opérations en 1987.De petite dimension, elle avait été mise en marche en 1985 par Cascades, grâce à un fonds spécial avancé par les sociétaires du Mouvement Desjardins et avec l’aide de subventions gouvernementales.Malheureusement, cette usine aura connu les déboires des précurseurs.Deux ans après son ouverture, l’usine modifiait sa vocation initiale pour désencrer plutôt du papier fort, comme les paquets de cigarettes, un marché mieux établi.Du jour au lendemain, r Breakeyville devenait rentable.« Ma conclusion, soupire M.Scott, c’est que dans le domaine du recyclage, tous les :! secteurs doivent avancer au même rythme.Ça ne vaut rien d’être en avance.» L’ARGUMENT AMERICAIN Le changement d’attitude des pape-tières, moins de trois ans plus tard, vient de nos voisins américains: les gouvernements de plusieurs États exigent que leur papier journal comporte une certaine proportion de fibres recyclées (40% en Californie, à partir JETER L’ENCRE V_y— DISPERSEUR J)
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